Archive | mars 2017

Sauveur et fils, saison 3 de Marie-Aude Murail

Présentation de l’éditeur :

Au numéro 12 de la rue des Murlins, à Orléans, vit Sauveur Saint-Yves, un psychologue antillais de 40 ans, 1,90 mètre pour 80 kg. Dans son cabinet de thérapeute, Sauveur reçoit des cas étranges comme ce monsieur Kermartin qui pense que ses voisins du dessus ont installé une caméra de vidéosurveillance dans le plafond de sa chambre à coucher ou comme Gervaise Germain qui s’interdit de prononcer le son « mal » par crainte qu il ne lui arrive un MALheur. Mais Sauveur reçoit surtout la souffrance ordinaire des enfants et des adolescents : Maïlys, 4 ans, qui se tape la tête contre les murs pour attirer l’attention de ses parents, Ella, 13 ans, cyberharcelée par ses camarades de classe, Gabin, 17 ans, qui ne va plus au lycée depuis qu’il passe ses nuits dans World of Warcraft, Margaux, 15 ans, qui en est à sa deuxième tentative de suicide ou sa sœur, Blandine, 12 ans, que son père aimerait mettre sous Ritaline pour la « calmer »…Sauveur peut-il les sauver ? Il n’a que le pouvoir de la parole. Il ne croit pas au Père Noël, mais il croit en l’être humain.

Précision : le livre a été lu, la chronique débuté avant les événements de Londres. Il ne faut jamais baisser les bras.

Mon avis :

Que dire, si ce n’est que ce troisième roman est très réussi et conclut en beauté ce cycle romanesque ? Et bien voilà, c’est dit !
Nous avions laissé certains personnages dans une situation plus que difficile, nous les retrouvons quasiment dans la même situation. Et oui, l’auteur ne choisit pas la facilité en résolvant leurs problèmes d’un coup de baguette magique, ou en profitant de l’ellipse narrative qui prend place entre les deux tomes. Là, pour le coup, cela aurait été vraiment décevant.
Encore une fois, Marie Aude Murail ose parler de tous les sujets, et elle en parle très bien. Elle n’est pas tendre avec les médecins qui prescrivent des médicaments à leurs patients, quel que soit leur âge, plutôt que de prendre le temps de les écouter. Elle me rappelle ainsi le regretté Pierre Bottero, qui montrait que certains « spécialistes » avaient déjà un diagnostic tout prêt, et la souffrance de leur patient se devaient de coller à celui-ci (voir Le garçon qui voulait courir vite). L’un comme l’autre rappellent qu’il est des médecins qui prennent le temps de regarder, d’écouter leurs patients, qu’ils soient généralistes ou spécialistes.
Moins de hamsters dans ce troisième tome, même si l’on assiste encore à quelques lâchés de Bidule lors des petits déjeuners dominicaux. Tout autant de situations parfois très cocasses à force de tragique – ou comment résister, pour Sauveur, à la tentation de passer par la fenêtre un patient qui n’a que trop tendance à passer à travers elle. Pas de situations convenues : tout ne se termine pas comme on aurait pu s’y attendre. Jusqu’au dénouement, la facilité est absente. A la fin du livre, Marie-Aude Murail nous livre d’ailleurs ses sources d’inspiration – force est de constater que j’en connaissais déjà beaucoup.
Sauveur et fils : une trilogie très réussie.

Les anges ont la dent dure de Sophie Jomain

Présentation de l’éditeur :

Je crois que cette fois, c’est sûr, je suis née sous une mauvaise étoile. J’ai d’abord découvert les vampires, puis les anges, ensuite les entre-deux, les démons, et maintenant, voilà qu’on me jette des sorts et qu’on accroche des poulets égorgés à ma porte. Il ne manquait plus que ça ! Daphnée, ma colocataire, affirme que c’est parce que j’ai un mauvais karma, tu parles !

Mon avis :

J’ai trouvé à qui ressemblait Felicity : à Sookie Stockhouse ! Oui, je risque de me fâcher avec les fans de l’une ou de l’autre héroïne, et bien tant pis. A sa décharge, Felicity est tout de même moins « courgette » que Sookie, et elle n’a pas vraiment envie de fricoter avec des vampires, les anges lui suffisent largement !
Elle va de surprise en surprise puisqu’elle fait connaissance avec d’autres catégories de créatures surnaturelles complètement timbrées dans ce volume – ne me demandez jamais de respecter quelqu’un qui sacrifie des bêtes pour accomplir un rituel et terroriser quelqu’un. Il faut dire aussi que la jeune femme a le chic pour avoir des proches qui se fourrent dans des situations plus qu’improbables. Ce n’est pas Greg qui dira le contraire.
Les péripéties sont nombreuses, suffisamment pour que l’on ne s’ennuie pas du tout. Felicity ne manque pas d’humour. Elle n’a pas su débusquer certains adversaires ? Ses anges gardiens non plus et pourtant, ils devraient être surentraînés ! Ce serait un coup à leur voler dans les plumes.
Ce tome 2 se termine sur une révélation (merci à la solidarité féminine) : ce sont les anges qui ne vont pas être contents.

L’enquête interrompue de Renato Olivieri

Mon avis :

Ce roman date des années 80. Cela se sent, parce que l’enquêteur fume. Et oui, c’est quasiment impossible, de nos jours, de présenter un policier en possession d’un paquet de cigarette, sauf si celui-ci est une pièce à conviction. Et pourtant… se pencher pour attraper son paquet de clopes sauve la vie du vice-commissaire. Mais qui a bien pu avoir l’idée d’abattre Ambrosio ?
L’enquête est pourtant des plus ordinaires, de prime abord. Un journaliste a été retrouvé assassiné dans un parc. Un vol qui a mal tourné ? Ce serait trop facile, surtout que la vie privée de Walter Merisi, tout comme sa vie professionnel, était très compliquée, pour ne pas dire parsemée d’ombres (légères) et de contradiction. Ambrosio s’acharne, il veut comprendre les liens qui unissent les différents protagonistes, voire le dessous de cette affaire. Il croise de bien curieux personnages, du travesti incompris (le début des années 80 vous dis-je, et encore, je ne suis pas sûre que les choses aient tant changé que cela) au colonel des services secrets à la retraite en passant par son chauffeur sanguin. Qui a-t-il pu déranger pour qu’on cherche à l’écarter de manière définitive ?
Fait rare : l’enquête est bien interrompue, par le changement de grade d’Ambrosio. Le hasard fait bien les choses, non ? Il laisse pourtant un goût amer au quinquagénaire milanais. Le lecteur saura pourtant qui et pourquoi ont commis ce meurtre – être réaliste, crédible, c’est aussi montrer les limites d’un système judiciaire, quel qu’il soit.
L’enquête interrompue est un roman policier italien solide et bien construit. N’hésitez pas à découvrir l’oeuvre de Renato Olivieri et son héros Ambrosio s’ils croisent votre route.

Wonderpark,tome 2 : Mégalopolis de Fabrice Colin


Présentation de l’éditeur :

Après avoir traversé Libertad, le monde des pirates, Mervin et Jenn se trouvent désormais dans l’univers de Mégalopolis, immense cité peuplée de superhéros aux pouvoirs incroyables. Ils espèrent y retrouver les ravisseurs de leur petite sœur grâce à l’aide de leur amie Orage, elle-même…

Mon avis :

J’ai préféré ce second tome au premier. Bien sûr, il aurait pu être encore plus abouti, mais il ne laisse pas une impression d’inachevé.
Ce second tome ne perd pas de temps : pas de longues explications sur les pouvoirs des trois amis, sur les liens qui les unissent ou sur ce qui les poussent à visiter Wonderpark. Il est bon de faire confiance à ses lecteurs, même jeunes.
Mégalopolis est la cité des super-héros, qui doivent leur pouvoir à des expériences qui ont bouleversé la morphologie de certains, tels l’Archange, qui est tantôt homme, tantôt femme, ou Lupin – l’expérimentation est parfois poussé très loin, sans véritablement choquer les habitants de ce monde.
Au début, j’avais peur que ce tome ne soit manichéen: les gentils super héros de l’un, les méchants super héros de l’autre. Rien n’est aussi simple qu’il n’y paraît. Les méchants peuvent paraître gentils, les gentils peuvent se demander à qui penser, en premier, à soi ou aux autres, qu’ils sont sensés protéger ?
Le livre se suffit presque à lui-même. Les trois amis maîtrisent de mieux en mieux leurs pouvoirs, ils prennent confiance en eux sans se trahir mutuellement. Ils confondent encore parfois « courage », et « témérité » – qui a dit qu’ils devaient être parfaits ?
Pour faire bonne mesure, des éléments maléfiques parviennent à s’échapper d’un tome à l’autre – vers un grand affrontement final ?

Les aérochats, tome 1 : comme chiens et chats de Donovan Bixley

Présentation de l’éditeur :

Europe, 1916. La terrible meute des CLEBs avance sur Paris alors qu’une nouvelle dramatique tombe au QG des CATs : le major Tom, le plus célèbre pilote de tout le royaume des chats, a disparu en territoire ennemi.
Félix Belair, n’écoutant que son courage, se propose pour accomplir la mission la plus périlleuse de sa jeune carrière en allant chercher le malheureux major Tom, au risque de retomber nez à nez avec le Setter rouge, son ennemi juré. Aidé par tous les membres des CATs et sous les ordres du commandant Katerina Mimine, le jeune pilote va se révéler à la hauteur de la mémoire de son père, un valeureux membre des CATs.

Merci aux éditions Slalom et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Nous sommes avertis : ce premier volume se déroule pendant la première guerre mondiale, mais certains éléments sont empruntés à la seconde guerre mondiale. Est-ce vraiment un problème ? Non, puisque l’univers est avant tout imaginaire, destinée à des jeunes lecteurs.
Personne ne manque à l’appel :
– le jeune héros, Félix, qui ne demande qu’à faire ses preuves et montre son courage, voire sa témérité ;
– le vieux briscard, Sacha, courageux mais en léger surpoids ;
– le héros légendaire, Tom, tombé aux mains de l’ennemi ;
– le mécanicien brillant et inventif. Fait rare, le rôle est confié à un personnage féminin, Manou ;
– le commandant, à nouveau un personnage féminin ;
– l’inventeur, maître Yocha, un peu catastrophique, avec tout de même des éclairs de génie ;
– l’ennemi qui respecte le code de l’honneur.
Je ne vous cacherai pas que, même si j’ai été sensible à l’impétuosité de Félix, ma préférence va au mystérieux Setter rouge, charismatique ennemi, dont, je l’espère, le personnage sera développé dans le second tome.
Je n’ai garde d’oublier les illustrations, très réussies, et l’humour, bien présent également. Mention spéciale pour les goûts culinaires de Sacha, aux conséquences prévisibles, et pour les petites soeurs de Manou.
Je lirai sans aucun doute la suite de cette série.

Journal d’un louveteau garou – 16 mars 2017

Cher journal
cela fait longtemps que je ne t’ai pas écrit, j’en conviens.Je suis débordé. Non seulement, je dois toujours convaincre les louveteaux adolescents de se révéler, mais je suis désormais un des alphas chargés des loupiots de trois ans, afin de détecter leurs aptitudes. Comme dit Gaël de Nanterry, notre principal : « on ne s’occupe jamais trop des plus jeunes membres de la meute. »Je conçois que j’ai été aussi petit qu’eux, à une époque pas si lointaine, j’ai d’ailleurs de vifs souvenirs des cubes en bois que j’ai mordillés avec bonheur. J’ai du mal à concevoir que j’ai été aussi mou à l’âge de trois hivers. Nanmého, ce n’est pas ‘heure de la sieste, c’est « jeux en liberté ». Ce n’est pas « dodo les yeux grands ouverts », c’est récréation. La jeune génération a dû recevoir des gènes de félons, ils dorment seize heures par jour.
Sinon, nous avons campé le week-end dernier. J’envisage d’écrire un article sur l’influence désastreuse des chevaliers dragons sur les phobies lupines. 40 % des louveteaux du pensionnat dorment avec leur doudou, 25 % reconnaissent faire des cauchemars – cela devrait les aider à vaincre leur phobie, paraît-il – 3% des louveteaux ont décidé de devenir vegan – ce dernier chiffre est celui qui me préoccupe le plus.
Enguerrand, mon tout petit frère, a fêté ses un an. Il pousse bien, il est plus actif que les loupiots que je surveille avec Sarah et Camille le mercredi après-midi. Puis,il est possible d’être calme sans être mou : Morgane, 11 ans, en est la preuve.
Je te laisse cher journal, Valère est en train de cauchemarder. Selon lui, un dragon livrerait directement à notre cantine des tonnes de carottes.Bonheur.
@bientôt,
Anatole Sganou
P.S. : c’est purée de céleri au cresson aujourd’hui à la cantine.
P.P.S. : les nouvelles des chevaliers dragons ne filtrent pas. Dommage.

Froid comme la mort d’Antonio Manzini

Présentation de l’éditeur :

Ester Baudo est retrouvée morte dans son salon, pendue. Le reste de l’appartement a été saccagé, et ce qui semble à première vue être un suicide se révèle vite un meurtre. On fait appel à Rocco Schiavone, ce drôle d’inspecteur, amateur de joints matinaux et de jolies femmes. Dans la petite ville grise et froide d’Aoste, il croise et interroge les proches de la victime. Il y a Patrizio le mari, Irina, la femme de ménage biélorusse à l’origine de la découverte du cadavre, ou encore celle qui semble avoir été la seule amie de la défunte, Adalgisa. Si la vie de la victime se dessine peu à peu, le mystère reste entier. Qui pouvait bien en vouloir à la calme et tranquille Ester Baudo ?

Mon avis :

Allô, météo Italie ? Non mais c’est quoi, cette météo ? Il neige, il nei-ge au mois de mars ! Un vrai scandale – surtout que le vice-questeur n’a plus une paire de pompes en état d’affronter ce fameux froid. Que faire ???
Surtout que les enquêtes se multiplient, et Rocco Schiavone, n’écoutant que son sens du devoir et ayant de grandes capacités à diriger ses troupes, confie un lourd travail de filature à la fine fleur de la police locale. Il nous offre ainsi des scènes absolument inoubliables, montrant à la face du monde que les policiers italiens sont prêts à tout pour parvenir à mener à bien leurs enquêtes. Copie de la vidéo disponible sur simple demande.
Il y a plus grave, forcément – même si une affaire de trafic de drogues est déjà grave en soi. Il y a eu un meurtre, et Rocco n’a pas l’intention de laisser un meurtrier impuni. Il ne met pas tout en oeuvre, non, il va au-delà, et tant pis pour la légalité puisque la loi n’est pas vraiment appliquée pour de multiples raisons, qui riment parfois avec corruption. Oui, à cause de cela, Rocco ne plaira pas à tout le monde (sans oublier son caractère plus que direct). A la société de réfléchir au changement qu’elle est prête à effectuer pour que la justice existe pour tous. A cet égard, la postface d’Antonio Manzini est éclairante.