Archive | octobre 2012

Genkaku Picasso, tomes 1 à 3

 

 

Ma présentation de la série :

Genkaku Picasso est une série de trois mangas. Bonne nouvelle donc, pour ceux qui se lamentent en lisant des séries trop longues, celle-ci est complète, et je puis vous dire que sa qualité ne se dément pas au cours de ses trois volumes.

Mon résumé :

Hikari est passionné par le dessin. C’est sûr, il deviendra peintre, comme Picasso, son idole. Un jour qu’il dessinait au bord du fleuve avec son amie Chiaki, un accident survient. Chiaki décède, et grâce à ses prières ferventes, Hikari a la vie sauve. Il devra cependant s’acquitter d’une mission en échange de ce miracle : sauver la vie des gens en dessinant leurs tourments intérieurs et en se plongeant dans le dessin.

Mon avis :

Je n’ai pas souvent des coups de coeur pour des séries de mangas. La dernière fois, c’était pour New York, New York (4 tomes) de Marimo Ragawa un manga dont le thème était l’homosexualité, sans être véritablement un yaoi tout mignon et tout gentil. Ici, Genkaku Picasso semble un manga ordinaire, mâtiné de fantastique, l’histoire d’un lycéen un peu solitaire. Ce n’est pas aussi simple. Je ne sais ce qui m’a le plus frappée, la richesse du dessin, extraordinaire et inventif, la capacité de l’auteur à se renouveler en dépit d’un schéma narratif répétitif (un camarade a un problème, Genkaku et Chiaki, métamorphosée en elfe, vont le secourir) ou l’évolution subtile des personnages.

N’allez pas croire que Genkaku est fou de joie d’accomplir sa mission de sauveur, il s’en passerait volontiers ! Comme il se passerait volontiers de la mort de sa seul amie. Il est d’ailleurs au début un peu maladroit (notamment dans le premier volume) et peine à débusquer les véritables causes du malaise de ses camarades de classe.Il faut dire que leurs tourments sont bien enfouis, parfois même ignorés de ceux qui les portent. La grande force de cette série est de ne reculer devant aucun thème, de celui qui peut paraître le plus simple, aux tragédies les plus intimes, et donc les plus indicibles.

Genkaku connaît bien cette incapacité, lui qui ne peut parler de son don avec personne, et surtout, lui qui supporte la douleur de vivre avec la présence d’une absence. Là encore, ce thème est traité avec subtilité, et le dénouement de ces trois volumes clôt magnifiquement cette série.

A découvrir absolument si vous êtes fan de mangas.

L’histoire de la licorne de Michael Morpurgo

édition Gallimard Jeunesse – 84 pages.

Présentation de l’éditeur :

Tomas, huit ans, déteste l’école et les livre. Il préfère vagabonder dans les montagnes qui entourent son village. Un jour, sa mère le dépose à la bibliothèque, pour assister à l’heure du conte. Le jeune garçon réticent finit par s’approcher peu à peu de la  » Dame à la Licorne « , fasciné par les histoires qu’elle raconte. Mais la guerre arrive au village et les livres sont en danger…

Challenge Jeunesse/Young adult chez Mutinelle et Kalea.

Mon avis :

L’histoire de la licorne est un livre bref, certes, mais qui démontre tout le talent de Michael Morpurgo, notamment dans la qualité de l’écriture. Ecrire pour les enfants ne signifie pas écrire n’importe comment.

Bien sûr, il utilise dans ce roman des thèmes qui lui sont chers, à savoir l’enfance et la guerre. Est-ce un mal ? Je ne le crois pas, tant que ces thèmes sont traités comme ils le sont ici, sans manichéisme, sans pathos, sans volonté de donner des leçons. Tomas n’aime pas l’école, n’aime pas lire, il n’aime rien tant qu’être dans la montagne avec son père. Il faudra l’arrivée d’une nouvelle bibliothécaire et l’acharnement de sa mère à le conduire à la bibliothèque pour que le déclic se produise. Il faudra aussi une transmission orale, rappel que les enfants n’aiment rien tant qu’on leur fasse la lecture, même jusqu’à un âge avancé.

Ce n’est qu’après que la grand Histoire, celle qui fait couler le sang intervient. Celle qui conduite à brûler les livres, pour plusieurs raisons dont aucune n’est bonne. Celle qui force à se cacher, celle qui détruit et tue. La Licorne du titre est le symboles de cette résistance, elle peut s’incarner dans un humain (la dame à la licorne, qui transmet les récits) ou dans un objet symbolique, survivant à tous les tourments.

Comme souvent, le récit est rétrospectif, ce qui permet d’être rassuré sur le sort du narrateur. Cela permet aussi de savoir ce que sont devenus les principaux protagonistes, même si leur devenir n’est pas toujours heureux. Je suis persuadée que ce livre, s’il est partagé avec les jeunes lecteurs, devraient permettre de beaux échanges. Là encore, c’est un constat que je fais souvent avec cet auteur, et c’est plutôt une bonne nouvelle.

Challenge God Save the livre organisé par Antoni

Témoin muet d’Agatha Christie

Mon résumé :

Emily Arundell est victime d’un accident, chez elle. Elle a glissé dans l’escalier à cause de la balle de Bob, son chien. Le souci est qu’Emily Arundell se souvient très bien que Bob a passé la nuit dehors, ce n’était donc pas un accident. Elle se décide alors à écrire une lettre à Hercule Poirot.

Mon avis :

Je retrouve là un Agatha Christie plus classique, avec Hercule Poirot et son inséparable Hastings. Ce dernier revient d’Argentine, et va aider Hercule dans sa nouvelle enquête, tel un nouveau Watson (la comparaison est de lui, pas de moi). Comme dans le crime du golf, ils arrivent trop tard : Emily, dernière des soeurs Arundell vivante, est décédée de mort naturelle et a tout léguée à son insignifiante dame de compagnie Minnie Lawson.

Curieusement, je n’ai pas vraiment ressenti de compassion pour Emily. Vieille fille victorienne, elle pense que les garçons ont plus d’importance que les filles dans une famille et n’a aucune sympathie pour ses neveu et nièces. Certes, ceux-ci n’en veulent qu’à son argent, mais il faut reconnaître qu’ Emily n’aime rien moins que mener son monde à la baguette. Elle méprise sa dame de compagnie, ne peut pas voir ses petits neveux, laids car pas assez anglais (leur père est grec) et ne semble pas en faire mystère.  Elle n’aime guère ses voisines, vieilles filles elles aussi, ferventes adeptes du spiritisme et végétariennes convaincues. Seul Bob, son chien, trouve grâce à ses yeux.

Charles et sa soeur Theresa ont beau être intéressés, et ne pas en faire mystère pourtant je les ai trouvés infiniment plus sympathiques qu’elle. Eux-mêmes sont victimes de préjugés : leur mère a été jugée pour meurtre et acquittée faute de preuves, ce qui n’empêche pas les suspicions. Puis, j’approuve totalement la philosophie de la jeune femme, qui mettrait tous les Hercule Poirot et autre Sherlock Holmes au chômage. Elle est trop vivante pour ôter la vie à quelqu’un.  Theresa a en outre l’avantage de vouloir l’argent non pour elle, mais pour aider l’homme qu’elle aime dans ses recherches médicales. Petite précision utile : le docteur Donaldson ne demande rien, et rester quelques années de plus un simple généraliste de campagne ne le dérange pas, il ne doute pas de son talent, bien réel). Reste dans cette famille Bella, mariée au docteur Tanios, un grec. Ils vivent à Smyrne et ont deux enfants aux prénoms très anglais, Mary et Edward à qui ils veulent donner la meilleure éducation possible, c’est à dire une éducation anglaise. Voici donc les héritiers spoliés de la famille Arundell.

Hercule Poirot doit donc déméler qui a été assez habile pour assassiner la vieille dame sans que personne ne soupçonne un meurtre, mais pas assez habile pour devenir son héritier – à moins que la charmante dame de compagnie ne soit la coupable, qui sait ? Il reçoit l’aide de la seule personne qui sait tout, et ne peut rien dire : Bob, qui donne son titre au roman. Non, parce que s’il devait compter sur Hastings qui n’a qu’une envie, regagner Londres, il n’y aurait pas eu de romans du tout ! Il visite tour à tour les proches, les voisins, même le docteur et le notaire, en imaginant quelques mensonges pour justifier sa présence, en testant certaines théories, pour voir s’il frappe juste ou non. Hastings, qui a reçu une éducation puritaine, désapprouve ses méthodes, cette manie notamment, d’écouter ou portes après son départ, ou du moins de partie si lentement qu’il peut encore saisir des bribes de conversation. Je tiens d’ailleurs à préciser qu’Hastings est l’un des rares personnages, avec Ellen, la domestique (note : toutes les domestiques, chez Agatha Christie, se nomment Ellen) à avoir autant de scrupules. On écoute aux portes, on fouille dans les tiroirs, on falsifie quelques écrits, et tout va pour le moins pire dans le plus victorien des mondes.

Bien sûr, comme tout Hercule Poirot classique, nous aurons droit  la grande scène finale où notre détective belge, qui sera allé très souvent au restaurant, nous livrera l’identité du coupable. Nous aurons même une épilogue dans laquelle nous saurons ce que sont devenus les principaux protagonistes de l’affaire. Nous saurons même ce qu’il est advenu du témoin muet – c’est vous dire.

Challenge God Save the livre organisé par Antoni

La sirène de Camilla Lackberg

Circonstance d’écriture :

Insomnie, pour ne pas changer. J’ai lu ce roman depuis quelques mois, la chronique est très largement en retard, je me suis dit que c’était l’occasion de la rédiger.

Quatrième de couverture (extraits) :

Un homme a mystérieusement disparu à Fjällbacka. Toutes les recherches lancées au commissariat de Tanumshede par Patrik Hedström et ses collègues s’avèrent vaines. Impossible de dire s’il est mort, s’il a été enlevé ou s’il s’est volontairement volatilisé. Trois mois plus tard, son corps est retrouvé figé dans la glace. L’affaire se complique lorsque la police découvre que l’une des proches connaissances de la victime, l’écrivain Christian Thydell, reçoit des lettres de menace depuis plus d’un an. Lui ne les a jamais prises au sérieux, mais son amie Erica, qui l’a aidé à faire ses premiers pas en littérature, soupçonne un danger bien réel.
Mon avis :
Avec  le recul, je me focalise sur ce que je retiens de ce roman et j’essaie d’éviter quelques jeux de mots malvenus, qui pourraient en dévoiler trop sur l’intrigue.
Je suis sûre ou presque que les fans de Camilla Lackberg apprécieront ce nouveau volume des aventures d’Erica et de Patrick. Nous retrouvons en effet les mêmes personnages que dans les précédents opus, j’ai l’impression que pas un ne manquait à l’appel, l’intrigue es construite sur le même modèle, avec des retours en arrière, très facilement repérable, qui nous présente le passé de certains personnages.
Pour ma part, certains faits gnangnans m’ont dérangé. Ah ! Les grossesses simultanées d’Erica et de sa soeur, que c’est touchant ! Enfin, pas pour moi, leurs petits bobos de femmes enceintes m’agaçaient profondément Heureusement pour elles, elles n’ont pas été confrontées à des soucis plus poignants. J’ai même trouvé Erika particulièrement en forme bien qu’elle attende des jumeaux, et je souhaite à toutes celles qui se trouvent dans le même cas de pouvoir aller à des soirées organisées par leur éditrice et d’enquêter de mains de maître.
En effet, Erika enquête puisque, comme dans es précédents volumes, elle est directement concernée. Ce qui ne change pas non plus, ce sont les thèmes brassés par Camilla Lackberg : l’amour maternel, son absence, et les conséquences sur les enfants non aimés, plus aimés, mal aimés… La liste des qualificatifs est longue, le résultat est bien désastreux.
Je n’ai garde d’oublier ce qui vous fera peut-être vous interroger longtemps : le dénouement. Pour ma part, j’ai eu l’impression de sombrer dans un pure mélo. Si vous le lisez, j’ai hâte de savoir comment vous l’aurez perçu.

Le mystérieux Mr Quinn d’Agatha Christie

Avertissement :

Les joies de l’édition française ! Ce recueil est parfois scindé en deux par certains éditeurs ‘Le mystérieux Mr Quinn (nouvelles 1,2,3, 4, 5 et 11) et Mr Quinn voyage(6,7,8,9,10 et 12). Je possède pour ma part l’édition du livre de poche, qui contient des douze aventures de Mr Quinn, parues pour la première fois à Londres en 1930.

Mon résumé :

Mr Satterthwaite a 69 ans, il mène une vie de riche oisif et est très heureux ainsi. Il est devenu un grand observateur du genre humain. Maintenant, il voudrait bien être acteur, et non spectateur. Sa rencontre avec le mystérieux Mr Quinn lui permet de réaliser ce rêve.

Mon avis :

J’ai un peu abusé de thés ces jours derniers, de littérature anglaise aussi, je voulais terminer ce recueil de nouvelles et je dois dire qu’il ne s’accorde pas avec ma sensibilité, pour une raison simple : vous ne pourrez pas me persuader que la mort vaut mieux qu’une vie passée auprès d’un amoureux qui, un jour, se lassera peut-être de vous.

Etrange recueil que celui-ci, où le fantastique a sa part. Il est question le plus souvent d’amour, l’amour passionné d’un côté, l’amour raisonnable de l’autre, le premier pouvant être responsable de bien des crimes. Il a au moins un mérite, en se proposant de revoir les faits « à froid », celui de montrer les conséquences qu’une mort violente peut avoir sur la vie des proches, comment ils peuvent mourir un peu eux-mêmes.

Meurtres déguisés en suicide, suicide suivi de meurtres, tentative de meurtre suivi de suicide… Je crois que j’ai fait. Au centre, souvent, un trio voir un quatuor amoureux, souvent une femme « fatale » partagée entre deux hommes. Si elle n’a pas choisi le bon, si elle se laisse entraîner vers l’autre, les conséquences seront fâcheuses.

L’art est au centre des nouvelles : chanteuses d’opéra, danseuses, aspirantes artistes traversent les nouvelles, inoubliables ou simplement moyennes, elles n’en fascinent pas moins Mr Satterthwaite, ui tient à jouer son rôle, à dire les répliques justes dans les scènes de cette comédie de la vie à laquelle il participe. Il n’est pas étonnant dès lors que ce personnage réapparaisse dans Drame en trois actes, lui qui aime jouer plutôt que vivre. Il dit lui-même qu’il n’a jamais réellement vécu et qu’il est trop longtemps resté spectateur.

Quant à Mr Quinn, qui est-il réellement ? Je le qualifierai abruptement de messager des morts, interprétation toute personnelle, bien sur, mais qui irait bien avec la tonalité fantastique du recueil.

Challenge God Save the livre organisé par Antoni

La maison biscornue d’Agatha Christie

Mon résumé :

La guerre se termine, et Charles aura bientôt un nouveau poste. Il est amoureux de Sophia, une jeune résistante. Comme il sait qu’il ne la reverra pas avant deux ans, il ne lui propose ni mariage, ni fiançailles, il lui avoue simplement ses sentiments et lui propose de se retrouver à Londres deux ans plus tard.

Deux ans ont passé, Charles est de retour à Londres. Il reprend contact avec la jeune femme, qui lui annonce qu’elle ne pourra sans doute pas l’épouser : son grand-père vient d’être assassiné, et il se pourrait que le coupable ne soit jamais démasqué. Sophia sait que Charles a embrassé la carrière diplomatique, et que sa femme se doit d’être irréprochable. Elle l’aime trop pour lui offrir’une union qui pourrait le desservir. Il n’a plus le choix. Pour sauver son amour, il doit enquêter. Pratique, quand son propre père est chargé de l’enquête, et se montre bien heureux d’avoir un espion dans la place.

Challenge ô vieillesse ennemie

Mon avis :

Si vous n’avez pas lu ce roman d’Agatha Christie, dépourvu de ses enquêteurs de prédilection, je n’aurai que deux mots à vous dire : lisez-le ! Seule Agatha Christie peut oser une telle intrigue et surtout, un tel dénouement. Je préviens tout de suite : ce dénouement  et l’identité même du coupable peuvent choquer, et choqueront sans doute. Le châtiment réservé au coupable est en effet sans appel, et n’est pas exempt de morale victorienne.

L’intrigue se déroule quasiment en huit-clos, d’autant plus que la police a interdit aux habitants de quitter les lieux, et ce n’est qu’en s’évadant par une petite fenêtre que Sophia parviendra à renouer avec Charles. S’évader, là semble être tout le problème. Aristide, le patriarche, est mort, et tenait à garder tous les siens encore en vie près de lui : ses deux fils, ses belles-filles, ses trois petits-enfants, dont les deux derniers sont scolarisés à domicile, son ex belle-soeur, tous vivent sous son toit et sont à la merci de ses décisions. Il en ressort, en dépit de l’amour que chaque membre de la famille porte aux autres, une amertume et une tension que personne ne cherche plus à dissimuler. Leur point commun est leur détestation de la seconde femme du patriarche, de cinquante ans sa cadette. Encore une fois, il n’est que Sophia pour garder la tête froide, dans cette famille anglaise d’origine grecque, elle et sa grande-tante, qui servit de mère aux enfants de sa soeur décédée.

Famille dysfonctionnelle ? Ce n’est rien de le dire. Bien avant des traités modernes, Agatha Christie montre les ravages que des parents égocentriques peuvent faire sur leurs enfants, et je ne parle pas seulement du vieil Aristide. Ses deux fils, bien que cinquantenaires, se détestent, Madga, l’épouse du cadet appelle sa dernière fille Joséphine « la petite niaise » (si vous trouvez quoi que ce soit de gentil dans ce surnom, dites-le moi) et joue dans la vie comme elle joue sur scène. Eustace, son fils ne supporte ni sa soeur aînée, la trop lucide et trop intelligente Sophia, qui le dépossède du rôle qu’il croyait lui revenir de droit (le futur chef de famille, c’est lui !) ni sa soeur cadette, la très laide et très intelligente Joséphine. Vision pessimiste de la famille ? Je vous rassure malgré tout, Charles, notre enquêteur breveté et son père policier émérite sont réservés, certes, ce qui n’empêche en rien leur solide et profonde affection. Infimes moments d’optimisme : cette famille biscornue, dans cette maison biscornue, pourront-ils surmonter les tragédies qu’ils affrontent ? Je n’en suis pas sûre.

La maison biscornue est un très grand roman d’Agatha Christie, à lire absolument.

Challenge God Save the livre organisé par Antoni

Un meurtre est-il facile ? d’Agatha Christie

édition Le livre de poche – 224 pages.

Mon résumé :

Luke Fitzwilliam revient de Mayang. Il prend une retraite bien mérité. Dans le train, il rencontre la bien nommée Lavinia Pinkerton, une charmante vieille dame qui lui rappelle sa tante Mildred. Elle vient à Londres pour dénoncer un criminel qui n’a déjà que trop sévi. Luke l’écoute d’une oreille distraite. Seulement, quand elle trouve la mort accidentellement avant d’avoir pu aller au Yard, Luke se dit que cette mort n’a peut-être d’accidentelle que le nom.

Mon avis :

Je tiens à avertir les fans d’Hercule Poirot et de Miss Marple : aucun des deux héros phrases d’Agatha Christie n’apparaît dans ce roman. Seul le superintendant Battle fait une incursion, à la fin du roman, et uniquement pour arrêter le coupable. Son rôle est donc réduit au strict minimum, même s’il fait preuve, dans ces quelques pages, d’un m »lange d’ouverture d’esprit et de solide bon sens.

Ce serait pourtant dommage que vous passiez à côté de ce livre. Je l’ai lu quasiment d’une traite, ne serait-ce que pour voir si mes soupçons, nés à l’a moitié du roman se confirmaient. Et bien oui.

Laissez-moi vous présenter l’enquêteur. Luke Fitzwilliam n’est pas un novice, il vient même de prendre une retraite bien méritée après des années de services à Mayang. La mort de la charmante vieille dame le choque, plus encore le décès de celui dont elle avait prévu la mort : le docteur Humbleby est décédé d’une infection mal soignée, un comble pour un médecin. Luke, avec la complicité d’un proche, se rend donc sur place pour enquêter.

Nous retrouvons le climat de ses charmants petits villages de la province anglaise, où tout le monde se connaît depuis des années et où le fait d’être le cousin de la fiancée du châtelain (elle a une parenté si nombreuse !) ne peut qu’être un gage de bon accueil. Il ne manque personne. Lavinia Pinkerton (la bien nommée) a une amie dévouée, Honoria, prototype de la vieille fille charmante. Le châtelain local est un enfant du cru, parti faire fortune et revenu avec de l’argent plein les poches, un titre ronflant (Lord Gordon Whitfield), rachetant l’ancien manoir, le château et modernisant le village à tour de bras. Il ne manque pas non plus le médecin, l’avoué, l’aubergiste, le méchant garçon, la servante roublarde, un antiquaire excentrique surement très gay, la passionné de jardinage et même un passionné de bouledogues (Néron, Auguste, Nelly, lâchez ça, j’ai dit : lâchez ça !).

Seulement, le village joue de malchance. Non seulement l’un des médecins, le plus traditionaliste, est décédé, mais le cabaretier s’est noyé : lui qui faisait le chemin tous les soirs ivre mort est tombé à l’eau ! De même, le vilain garnement a fait une chute en lavant les carreaux de la bibliothèque, la servante s’est empoisonnée avec de la teinture à chapeau. Quant au passionné de bouledogue, sa délicieuse épouse est décédée un an plus tôt, d’une gastrite. Le village traverse vraiment une mauvaise passe. De très vagues histoires de sorcellerie sont colportées, mais, contrairement au cheval pâle d’Agatha Christie , ce phénomène ne sera que peu exploité.

Luke enquête, discrètement d’abord, puis plus ouvertement. Il croise des personnes charmantes, d’autres nettement moins. Il croise aussi Bridget, la jeune fiancée du châtelain. Elle a 28 ans, lui plus de cinquante. Elle a renoncé à l’amour après une grande déception. Elle n’a pas renoncé à sa lucidité, à son sens de l’observation, à son intelligence. Elle est de la trempe des plus grandes héroïnes d’Agatha Christie. Libre, elle aide Luke dans son enquête (le prétexte pour lequel il est venu n’a pas tenu longtemps). Libre, elle prend des décisions qui engagent son destin,bien plus qu’elle ne le pense. Elle est l’antithèse absolue du coupable, elle qui déteste dissimuler, et plus encore faire souffrir. Elle sait ce qu’elle doit aux autres, et la franchise pleine de tact est une de ses plus importantes qualités, avec le courage.

Un meurtre est-il facile ? est un roman d’Agatha Christie qui gagnerait à être mieux connu.