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Arpenter la nuit de Leila Mottley

édition Albin Michel – 416 pages

Présentation de l’éditeur :

Kiara, dix-sept ans, et son frère aîné Marcus vivotent dans un immeuble d’East Oakland. Livrés à eux-mêmes, ils ont vu leur famille fracturée par la mort et par la prison. Si Marcus rêve de faire carrière dans le rap, sa soeur se démène pour trouver du travail et payer le loyer. Mais les dettes s’accumulent et l’expulsion approche.
Un soir, ce qui commence comme un malentendu avec un inconnu devient aux yeux de Kiara le seul moyen de s’en sortir. Elle décide de vendre son corps, d’arpenter la nuit. Rien ne l’a pourtant préparée à la violence de cet univers, et surtout pas la banale arrestation qui va la précipiter dans un enfer qu’elle n’aurait jamais imaginé.

Mon avis : 

Tout d’abord, je tiens à remercier les éditions Albin Michel qui m’ont permis de découvrir ce livre – je rédige bien tard mon avis.

Black lives matter. Mouvement politique plus que jamais d’actualité. Et la vie des femmes ?

Kiara a 17 ans. Elle vit dans un appartement à Oakland, avec son grand frère Marcus. Il tente de percer dans le rap, comme leur oncle l’a fait avant lui. Lui et ses potes mettent toute son énergie dans son projet. Marcus ne pense qu’à ça, sa soeur devrait comprendre qu’il ne peut pas s’occuper du reste, c’est à dire de toutes les préoccupations de la vie quotidienne : payer le loyer, qui a encore augmenter, remplir le frigo, etc, etc… Oui, l’on a appris aux filles, aux femmes, à prendre soin de leur père, de leur mari, de leurs frères, de leurs fils. Qui leur a dit qu’il fallait aussi qu’elles prennent soin d’elles-mêmes ? Personne. Kiara, qui a tenté à maintes reprises de trouver un travail, se tournera vers ce que l’on nomme « le plus vieux métier du monde ».

Ce n’est qu’une des étapes dans la vie chaotique de Kiara. Oui, elle fera des mauvaises rencontres, et pas forcément celles auxquelles on pense. Police, corrompue, justice, à la ramasse : un très bon avocat sait jouer avec les failles du système, et elles sont particulièrement nombreuses. Ce n’est pas faute, pour Kiara, de se démener, pour son frère, pour les amis de son frère, pour cet enfant qui est quasiment livrée à elle-même, ou pour ce bébé qui a besoin de son père – c’est à dire d’un père qui ne soit pas en prison. Et qui se démène pour elle ? Oui, je sais, je me répète. J’ai eu très souvent l’impression qu’elle était irrémédiablement seule, et j’ai eu souvent l’impression de lire un récit dans lequel l’espoir était absent. Savoir que ce récit est inspiré de faits réels n’est pas non plus la révélation la plus encourageante qui soit.

Bien que nous sommes en Californie, un état que l’on se représente en règle générale comme « ensoleillé », « chaleureux », j’ai trouvé ce récit particulièrement glaçant, comme si, parfois, la narratrice cherchait à tenir à distance ce qui lui arrivait, comme si, parfois, tout cela était « trop », tout en étant en même temps quasiment inévitable. Tragique ? Oui. Et je terminerai par ces mots.

Le Sourire de Jackrabbit de Joe R. Lansdale

édition folio policier – 310 pages.

Présentation de l’éditeur :

À Marvel Creek, petite ville reculée du Texas, racistes et fanatiques font la loi… jusqu’à l’arrivée de Hap et Leonard.
Hap Collins, ouvrier texan idéaliste devenu enquêteur, est heureux : il se marie enfin avec sa compagne Brett, qui dirige l’agence de détectives où il travaille avec son vieil ami, Leonard, noir, gay, républicain et bagarreur. Mais en pleine noce surgit une famille d’intégristes religieux, qui leur demande de retrouver leur fille fraîchement disparue, surnommée Jackrabbit.
Fusillades, bastons et humour sont au rendez-vous dans cette nouvelle aventure de Hap Collins et Leonard Pine, mais le regard que porte Joe R. Lansdale sur la profonde fracture de la société américaine actuelle, et sa culture de la violence, n’a sans doute jamais été aussi tranchant.

Mon avis :

Il y a quelque chose de pourri au Texas, et pas seulement au Texas. Pourtant, ce nouveau tome des aventures de Hap et Leonard avait très bien commencé. Hap s’était marié avec Brett. Vive les mariés ! Tout le monde, absolument tout le monde était content pour eux (même une petite fille qu’ils soupçonnent fortement de plus tenir du vampire que de l’être humain) quand des humains qui étaient assez éloignés de l’humanisme sont venus troublés le repas de mariage parce qu’ils avaient besoin du duo d’enquêteurs pour retrouver leur fille et soeur, surnommée Jackrabbit. Racistes ? Je dirai plutôt qu’ils redéfinissent ce qu’est le racisme, et qu’ils ne sont pas les seuls à penser de manière aussi tordue.

Le pire ? Celui qui est nommé le Professeur. Pourquoi ? Il est intelligent, il manie parfaitement la rhétorique, rassurant ainsi ceux qui l’entendent dans leur convictions crasses. Mais Hap et Leonard connaissent hélas très bien (trop bien) ce genre de discours, et maîtrisent parfaitement l’art de le démonter, tant ils ont l’habitude de l’entendre. Pour citer Leonard : « Ségrégationniste, c’est juste une autre façon d’épeler raciste, dit Léonard . La seule différence entre les deux mots, c’est que le plus long porte une cravate et un costume. » Oui, et même si cela paraît incroyable, il est encore des personnes que l’amitié entre un blanc et un noir dérangent. Alors quand une jeune femme blanche se met en couple avec un homme noir et a un enfant avec lui, ces mêmes personnes sont scandalisées – voire même bien pire.

Hap et Leonard s’impliquent fortement, ne reculent devant rien. Les menacer, chercher à les impressionner ? C’est une très mauvaise idée. Parce qu’il est une personne qui ne peut absolument pas se défendre, au beau milieu de Marvel Creek, cette ville de tordu, c’est bien le bébé de Jackrabbit. Et, pour lui, ils ont bien l’intention d’aller jusqu’au bout, quitte à se faire aider de renfort – je pense au conjoint de Leonard, un chic type.

Je pense aussi, parce que les deux hommes n’oublient personne, à Rex, un chien qui a été maltraité de tout temps par son « maître ». Leonard ne se trompe pas, ce n’est pas le chien qui est responsable, c’est l’homme qui l’a rendu ainsi. « Je suis un libérateur » dit Leonard. Il a bien raison.

 

No Name Bay par Russell Heath

Présentation de l’éditeur :

Alors que Rinn s’éloigne discrètement des lieux d’un sabotage pour se réfugier dans la forêt, il ignore qu’un homme est sur le point de mourir. Lorsque son ancienne compagne, Kit Olinsky, une militante écologiste, est accusée puis arrêtée pour le meurtre, il découvre que les preuves contre elle sont accablantes. Mais l’incarcération de Kit semble arranger un sénateur local corrompu qui, désormais débarrassé d’elle, peut se tracer un chemin jusqu’au poste de gouverneur. Lorsque celle-ci est libérée sous caution, elle est plus déterminée que jamais à faire tout ce qui est en son pouvoir pour rétablir son nom et arrêter la mécanique implacable et destructrice, qui une fois lancée semble vouloir tout écraser sur son passage. Rongé par la culpabilité d’avoir laissé des preuves l’ayant incriminée, Rinn décide de laisser derrière lui sa vie isolée dans les montagnes pour lui venir en aide. Il est prêt à tout sacrifier pour sauver Kit, mais ce qu’elle va lui révéler bouleversera sa vie à jamais.

Merci aux éditions Mera et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Je reconnais que j’ai eu du mal à lire ce livre, non parce que j’étais victime d’une panne de lecture, mais parce qu’il s’agit d’un thriller éco-politique (c’est moi qui donne cette étiquette) et que ce n’est pas un genre que j’explore souvent. Cela m’arrive rarement, mais je me suis perdue avec le nom des personnages, Rinn, Kit, Dan, Macon… tout restait un peu flou pour moi, y compris les liens qui les unissaient réellement. Pour Rinn et Kit, militants écologistes tous les deux, c’est une grande histoire d’amour passée, une histoire aussi où Rinn demandait à Kit toujours plus sans rien lui donner en retour de ce qu’elle désirait vraiment, l’amenant, comme dans la chanson de Goldmann, à faire un bébé toute seule. Dan, lui, c’est l’ami de longue date, qui a été témoin de leurs engagements respectifs, et qui s’est éloigné de Rinn après sa rupture avec Kit – j’ai envie de dire après sa rupture avec la société tout court. Dan est aussi celui qui exploite les forêts, coupe le bois – ou plutôt  ses hommes – et fait vivre bien des familles avec ce commerce.

De l’autre côté, nous avons l’Alaska, son gouverneur, ses lois, le vote de ses lois, et, pour quelqu’un comme moi qui ne maîtrise pas du tout le système politique américain, je dois dire que je me suis souvent égarer dans les méandres des magouilles nécessaires pour faire voter des lois vraiment nécessaires pour les amérindiens. Bien sûr, en disant « magouilles », je simplifie à l’extrême, mais le roman nous montrera des scènes particulièrement significatives, comme le travail des militants bénévoles sur le terrain, les tractations avant les séances de la chambre, et les séances elles-mêmes – attention à ne pas rater le dernier avion ! Tout peut arriver, tout peut être chamboulé, les alliances peuvent très vite devenir caduques, les ambitions personnelles passant (parfois/souvent/toujours) avant l’intérêt des habitants. Il ne s’agit pas seulement des lois sur la subsistance, il s’agit aussi de la loi anti-avortement, dont le traitement est particulièrement significatif aussi.

La mort d’un homme devient aussi un levier politique. Enquêter, oui, brouiller les pistes aussi, et ne pas toujours être très regardant avec les procédures tant que cela peut nuire à l’adversaire politique. J’ai souvent eu le sentiment que Kit était quasiment seule avec son fils, que celles avec qui elle se bat depuis des années n’étaient pas forcément prêtes à la soutenir coûte que coûte, sauf rares exception. Elle n’est pas la seule à expérimenter ce sentiment de solitude.

Bizarrement, je suis restée sur ma fin en terminant ce livre, comme si une suite était possible, pour débrouiller enfin certains noeuds, et asseoir les ambitions de certains. Pourquoi pas ?

pour illustrer ce polar qui m’a mené en Alaska, autant prendre Hawaï.

 

Sur la route de Madison de Robert James Waller

Présentation de l’éditeur :

Francesca Johnson, fermière de l’Iowa, était seule cette semaine-là ; son mari et ses enfants s’étaient rendus en ville pour la foire agricole. Sa rencontre avec Robert Kincaid, écrivain-reporter qui photographiait les ponts du comté de Madison, eut lieu au cours de l’été 1965. Dès leur premier regard, ils surent qu’ils étaient faits l’un pour l’autre de toute éternité. Ils ne disposaient que de quelques jours pour se connaître, s’aimer et vivre une vie entière de passion silencieuse, avide et sans espoir.

Mon avis : 

Ne pas lire ce livre pendant le quart d’heure lecture, au cas où les larmes vous viendraient aux yeux. Je ne parle pas tant de la partie « passion », ces quelques jours qu’ils ont passé ensemble, je pense plutôt à l’avant et à l’après – l’avant, ce moment qui nous préparent au récit, et l’après, quand la vie quotidienne reprend le dessus, quand des rituels sont mis en place pour se souvenir, quand certaines actions ne sont pas vraiment comprises par les proches, même si ceux-ci, justement, ont autre chose à faire qu’être proches.

Francesca est une femme qui, au départ, n’a pas un destin ordinaire, elle a quitté l’Italie pour les Etats-Unis, suivant un beau G.I. qui lui promettait… quoi ? Une vie bien tranquille au fin fond de l’Iowa ? Peut-être pas. Alors oui, là-bas, les gens sont gentils, ils se préoccupent de toi, mais ils sont aussi très bavards, et ne se préoccupent pas tellement de la culture, pour ne pas dire pas du tout. Francesca en souffre-t-elle ? Oui, un peu, malgré tout. Comme elle ne peut pas vraiment avouer qu’elle ne comprend pas les goûts et les choix de son mari et de ses enfants.

Aussi la rencontre avec Robert Kincaid, écrivain-reporter est-elle … hors du temps, de son temps, de ce quotidien. Alors oui, la fin est connue, mais pouvait-il en être autrement ? Je ne le pense pas.

Oh, William ! par Elizabeth Strout

édition Fayard – 260 pages

Présentation de l’éditeur :

Pour Lucy Barton, le coeur de William, son ex-mari, a toujours été un mystère. Pourtant, malgré les années, ils sont restés intimement liés. Lucy n’est donc pas étonnée lorsque William lui demande de l’accompagner pour enquêter sur un secret de famille. En route vers le Maine, les anciens amants évoquent leurs souvenirs et dressent le bilan d’une existence partagée, de l’université jusqu’à la vie avec de nouveaux conjoints, en passant par la naissance de leurs filles. Elizabeth Strout dépeint de sa plume exquise les peurs et les incertitudes, les joies simples et les gestes tendres de ses personnages. Oh, William ! signe le retour de son héroïne fétiche, Lucy Barton, pour une méditation magistrale sur la famille.

Mon avis : 

Il est des choses qu’il est difficile d’expliquer. J’aime écouter la voix de Lucie Barton, j’ai aimé l’écouter dès que j’ai lu Je m’appelle Lucy Barton et après Tout est possible. J’aime cette voix. J’aime ce qu’elle nous raconte, en confidence. J’ai lu quasiment d’une traite ce livre, tant j’ai aimé écouter cette voix, que j’ai l’impression d’entendre encore en écrivant cet avis.

Lucie avait enfin trouvé la sérénité auprès de son second mari, une sérénité qu’elle n’avait pas auprès de William, son premier mari, avec lequel elle a eu deux filles. Aujourd’hui, Lucie a 64 ans, elle est veuve de son second mari. Elle est restée proche de William, son premier mari. Elle raconte leur vie, le présent, mais aussi le passé. Elle essaie de comprendre pourquoi leur vie de couple s’est déroulée ainsi, sous la bienveillante domination de sa belle-mère. Lucy, nous lecteurs qui suivons ses récits, savons à quel point elle a souffert dans son enfance, dans son adolescence, comment, contrairement à son frère, elle a eu la chance de s’extirper de cette violente absence d’amour – et pire encore.

Sereine, Lucy l’est encore, y compris quand la vie de William s’écroule, à la suite de deux événements qui n’ont aucun lien l’un envers l’autre. Ils sont encore tous les deux tellement liés que, quand il part à la recherche du passé de sa mère, de tout ce qu’elle lui avait caché. J’ai eu l’impression que l’on tendait un miroir à Lucy, lui montrant d’autres enfances bouleversées que la sienne.

En lisant ces livres, j’ai eu aussi l’impression que le destin de Lucy lui permettait de parcourir les Etats-Unis. L’Illinois, où elle est née et a grandi. New York, où elle a étudié, s’est mariée, est devenue autrice. Le Maine, d’où est originaire la mère de William. L’intertextualité est importante dans ce qui est pour l’instant une trilogie, puisque Lucy écrit son histoire, que nous connaissons en lisant nous-mêmes les livres dont elle est l’héroïne, et que d’autres personnes lisent ces livres, et apportent des informations complémentaires sur ce récit autobiographique.

 

Les gens des collines de Chris Offutt

Présentation de l’éditeur :

Depuis quatorze ans dans l’armée, où il est devenu enquêteur, Mick Hardin revient dans ses collines natales du Kentucky pour constater que son mariage est brisé. Sous le choc, il s’enferme dans la cabane de son grand-père avec une solide provision de bourbon. Mais sa sœur Linda, première femme shérif du comté et pas du genre à se laisser marcher sur les pieds, vient solliciter son aide sur une affaire : le cadavre d’une jeune veuve vient d’être retrouvé dans les bois. Or les gens des collines ont tendance à rendre justice eux-mêmes, d’où la nécessité de court-circuiter les rumeurs inopportunes, avant que les vendettas ne dégénèrent. Peut-être Mick, enfant du pays et vétéran respecté, pourra-t-il apprendre la vérité et agir à temps ?
Comme Nuits Appalaches, le nouveau roman de Chris Offutt plonge dans l’univers âpre des collines du Kentucky, où la violence côtoie parfois une certaine poésie.

Mon avis : 

Bienvenu dans le Kentucky, le Kentucky profond, où l’on sait bien vous recevoir, sans aucun souci.

J’exagère à peine. Mick Hardin est en permission, une permission qu’il prolonge, qu’il étire au-delà du possible et des règles. Il est chez lui dans ce Kentucky rural, où chacun se connaît, connaît les familles, les lignées, les liens entre eux, les inimitiés entre eux. Ici, on pardonne – mais pas tout de suite.

C’est peu de dire que Mick se laisse aller, disons plutôt qu’il a pris une sacré cuite. Quand sa soeur, shérif, vient le chercher parce qu’elle a besoin de son aide pour une enquête, elle pense autant à elle qu’à lui – il faut absolument le sortir de son marasme, dont on connaîtra la cause au fur et à mesure de la lecture – avant de découvrir son « visage professionnel » lors du dénouement. Lui et sa soeur sont des personnalités qui sortent de l’ordinaire, et qui, en l’état actuel des choses, doivent empêcher les gens des collines de se faire justice eux-mêmes. Pas simple.

C’est comme si l’histoire ne commençait pas aujourd’hui, mais bien avant, dans tous les liens qui se sont tissés entre les familles, dans toutes les traditions que certains ont essayé de faire perdurer, sans véritable succès – il est des enfants qui ont le réflexe de partir le plus loin possible de ces collines. Non, je ne me suis pas vraiment demandé pourquoi, l’espérance de vie me semble vraiment plus brève qu’ailleurs dans ces collines. La faute aux balles ou aux conditions de vie difficile ? Les deux, sans doute.

J’ai lu ce livre sans voir le temps passer, en deux temps, et en dépit de récits sanglants, douloureux, j’ai vraiment apprécié cette lecture. Bien sûr, je sais que ce n’est pas possible, mais j’aurai bien vu un autre roman se situant dans ces collines, pour mettre en scène d’autres récits de ces personnes pour qui le temps semble s’être arrêté.

73e lecture – Kentucky

Jamais plus de Colleen Hoover

Présentation de l’éditeur :

Lily Blossom Bloom n’a pas eu une enfance très facile, entre un père violent et une mère qu’elle trouve soumise, mais elle a su s’en sortir dans la vie et est à l’aube de réaliser le rêve de sa vie : ouvrir, à Boston, une boutique de fleurs. Elle vient de rencontrer un neuro-chirurgien, Ryle, charmant, ambitieux, visiblement aussi attiré par elle qu’elle l’est par lui. Le chemin de Lily semble tout tracé. Elle hésite pourtant encore un peu : il n’est pas facile pour elle de se lancer dans une histoire sentimentale, avec des parents comme les siens et Atlas, ce jeune homme qu’elle avait rencontré adolescente, lui a laissé des souvenirs à la fois merveilleux et douloureux. Est-ce que le chemin de Lily est finalement aussi simple ? Les choix les plus évidents sont-ils les meilleurs ? Le chemin d’une jeune femme pour se trouver et pour rompre le cycle de la violence. Est-ce que l’amour peut tout excuser ?

Merci aux éditions Audible et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

J’ai un souci avec ce livre. Je devrai plutôt dire plusieurs. J’ai souhaité le découvrir parce qu’une de mes élèves le lisait lors du quart d’heure lecture, qu’elle me disait les difficultés qu’elle avait à le lire bien qu’elle soit une bonne lectrice. J’ai eu alors envie de le découvrir.

Je noterai d’abord les points positifs. J’ai beaucoup aimé la lecture de Lila Tamazit, j’ai pris plaisir à l’écouter me lire ce texte, à suivre chacun des personnages, qu’elle parvient à nettement caractériser, j’ai vraiment aimé son expressivité. J’ai trouvé intéressant aussi les retours en arrière, quand Lily relit son journal intime, quand elle revit son adolescence, ce qu’elle a vécu avec Atlas, ce jeune homme SDF victime lui aussi d’une certaine forme de violence parentale.

Ce que je n’ai pas aimé ? L’intrigue. Oui, je comprends qu’il soit important de parler des violences conjugales, je comprends très bien que l’héroïne a souffert du climat de violence dans lequel elle a grandi, reprochant, mais pas explicitement, à sa mère de ne pas avoir quitté son père, d’avoir subi, encore et encore, les sévices physiques. Lily reconnaît cependant que son père pouvait avoir de grandes qualités – quand il n’était pas « en crise ». Et, juste après l’enterrement de son père, elle rencontre Ryle : il est beau, il est riche, il est neuro-chirurgien, bref, il m’a aucun défaut. En apparence. Mais rien n’est simple et plusieurs choses m’ont fait tiquer en découvrant le déroulement de leur histoire d’amour. Ou plutôt, de leur histoire de sexe, parce que c’est vraiment de cela dont il s’agit dans ce roman. Ce n’est pas tant le caractère érotique de l’oeuvre qui m’a dérangé, c’est proprement certaines situations un peu limite – la notion de consentement est à revoir. J’ai eu envie de dire à Lily « fuis » – preuve que, même avec ce qu’elle a vécu, elle passe outre ce qui lui arrive. L’on me dira que, quand on a vécu la violence étant enfant, on a tendance à se lancer dans une relation qui reproduira le schéma parental. Certes. Mais j’ai trouvé cela énorme, hors-norme, comme le fait qu’Alyssa, la soeur de Ryle, devienne spontanément la première et la seule amie de Lily. Comment se construire quand sa vie n’est qu’une immense solitude ? Difficilement.

A vous de voir si vous voulez vous lancer dans cette lecture. J’ai découvert aujourd’hui qu’une suite allait paraître en français en janvier 2023.

L’antre du diable par Douglas Preston, Lincoln Child

traduction de Sebastian Danchin

Présentation de l’éditeur :

Sept décennies après, le mystère plane encore à Roswell… Licenciée de l’Institut archéologique de Santa Fe, Nora Kelly accepte la proposition pour le moins inattendue du milliardaire Lucas Tappan : diriger des fouilles sur le site de Roswell, où un ovni se serait écrasé en 1947 ! En fait de vaisseau, Nora met au jour les corps de deux inconnus abattus d’une balle en pleine tête. Détail étrange : deux disques d’argent sont retrouvés auprès des cadavres. Aussi fait-elle appel à la jeune agente du FBI Corrie Swanson. À mesure que progresse l’enquête, les incidents se multiplient sur le chantier. Disparitions suspectes et morts violentes apportent bientôt la preuve qu’une puissance – extraterrestre ou non – est en action, prête à tout pour protéger certains secrets.

Dans cette aventure, la plus déstabilisante et la plus périlleuse qu’elles aient jamais vécue, Nora et Corrie sont aux prises avec des forces qui les dépassent…

Mon avis : 

Merci aux éditions l’Archipel et à Netgalley pour ce partenariat.

Je le reconnais, j’aime suivre les aventures de Nora Kelly, de son frère, et de Mitty, leur chien – ne pas oublier le chien, très important pour moi. Oui, je suis le genre de lectrice qui pense qu’un animal ne doit pas être maltraité au cours d’un roman. Voilà, c’est dit.

A l’institut archéologique de Santa Fe, cela ne va pas fort, et si vous suivez les avetures de Nora, comme moi, vous pouvez vous en douter. Le poste qui lui revenait de droit lui a passé sous le nez, son remplaçant est tout sauf à la hauteur, et quand un milliardaire qui semble ne pas savoir quoi faire de son argent se propose de sponsoriser des fouilles archéo-extraterrestres, la coupe est pleine, elle déborde, et Nora claque la porte. Seulement… c’est elle que Lucas Tappan veut pour diriger ses fouilles, c’est bien elle qui en prendra la direction : il sait être convaincant (non, je ne vous dirai pas comment il l’a convaincue !). Tout commençait bien, ou presque, jusqu’à ce qu’elle et son équipe trouvent deux corps pas vraiment morts de morts naturelles. C’est alors que le FBI entre en scène.

Je ne vous cacherai pas que les aventures de Nora sont toujours aussi agréables à lire, même si j’ai trouvé certaines péripéties un peu répétitives par rapport au volume précédent. Certes, ce n’est pas pour rien que l’armée est surnommée la grande muette, cependant j’ai trouvé que c’était un peu trop – un peu trop de complot, un peu trop de secrets très bien gardés, trop bien gardés, un peu trop de personnes prêtes à tout pour que les secrets restent profondément enterrés. Je me surprends à espérer que c’est ici le dernier tome de ses aventures, parce que Nora en voit vraiment des vertes et des pas mûres dans ce volume, elle mériterait non de très longues vacances, mais de très longues recherches couronnées de succès.

J’en oublie presque Corrie, et pourtant, elle est là, et bien là. Elle aussi traversera beaucoup d’épreuves – la misogynie a encore de beaux jours devant elle, quoi qu’en disent certains. J’ai eu l’impression qu’elle était un peu en retrait dans ce volume, mais peut-être n’est-ce qu’une impression. Voler de ses propres ailes n’est pas toujours facile, surtout quand on ne sait plus vraiment sur qui compter.

Les oiseaux des marais de Lisa Sandlin

Présentation de l’éditeur :

Delpha Wade est dans de sales draps. Quelques mois seulement après sa sortie de prison, elle risque une nouvelle fois de se retrouver derrière les barreaux. Son crime : avoir assassiné un serial killer sur son propre lieu de travail. Mais Delpha a un ange gardien : son patron, le fringant détective Tom Phelan. Un coup de peinture pour enlever les traces de sang, du mobilier de récup : Phelan et Delpha sont prêts à rouvrir l’agence et à recevoir le chaland. Et ce dernier se nomme Xavier Bell, un vieillard au regard fuyant, qui les charge de retrouver son frère Rodney. Mais Phelan ne réalise pas qu’en confiant cette mission à Delpha, il vient, une fois encore, de mettre sa secrétaire préférée sur une piste mortellement dangereuse…

Circonstances de lecture : 

J’étais au garage, dans la « salle d’attente » pendant que l’on réparait ma voiture. J’ai lu la moitié du roman ainsi. Je ne sais pas si je lis vite ou si les réparations ont été longues.

Mon avis : 

Ce livre est le deuxième roman mettant en scène les personnages. Je ne connaissais pas le premier et si je le regrette, ce n’est pas parce que ma compréhension de l’intrigue en a été gênée, mais parce que j’aurai aimé les connaître plus tôt, surtout que l’intrigue se passe dans un lieu que j’apprécie – en littérature.

Je ne commencerai pas par dire que la justice américaine, c’est du grand n’importe quoi – mais si. Delpha a la chance, cette fois-ci, d’avoir un bon avocat – elle n’en a pas eu un quatorze ans plus tôt. C’est ce qui fait toute la différence entre hier et aujourd’hui. Un bon avocat, bien habillé, sûr de lui, qui sait exactement ce qu’il convient de faire, ce que les policiers peuvent faire, ce qu’ils ne doivent surtout pas faire mais qu’ils s’autoriseraient volontiers à faire et à dire fait toute la différence entre la prison et la remise en liberté. Le lien avec l’affaire du tome précédent s’étendra le long du roman, parce que l’on ne quitte pas si facilement une affaire aussi dangereuse, pour tous. De même, nous découvrons, en nous plongeant dans les souvenirs de Delpha, des portraits de femmes détenues, ou autant d’exemples de la dureté du système judiciaire envers les femmes. Il faudrait toutes les citer, ne serait-ce que parce que Delpha n’est pas la seule à avoir vu la différence entre avoir un avocat commis d’office, et avoir un avocat qui a de belles chaussures bien cirées. C’est fou ce que les chaussures peuvent être importantes dans cette histoire.

Delpha n’est pas la seule à composer avec un passé douloureux, Phelan a aussi des réminiscences de ce qu’il a vécu avant, quand il était sur les champs de bataille. Il est aujourd’hui détective, et entend bien résoudre des affaires. Des affaires, il en aura, dans ce volume, une affaire principale, et d’autres secondaires, certes, mais importantes quand même : il faut de tout pour faire le métier de détectives, y compris des personnes qui ne mesurent pas la chance qu’elles ont. A cette époque, la lutte anti-drogue commence seulement, l’on n’en est pas (pas encore) aux vastes opérations coups de filet visant à démanteler des réseaux entiers, non, on se contente, et c’est déjà pas mal, de tous ceux qui se trouveraient comme pas hasard en possession d’une grande quantité de substance illicite, et pas vraiment pour sa consommation personnelle.

J’en oublierai presque l’intrigue principale, qui nous renverra au début du XXe siècle et nous plongera dans les méandres des archives de l’état civil. Il nous rappellera aussi que l’antisémitisme était bien présent sur le continent américain. Il nous apprendra aussi (est-ce toujours le cas ?) que, dans certains états américains, la prescription pour assassinat n’existe pas.

 

Hors-la-loi d’Anna North

Présentation de l’éditeur :

À dix-sept ans, la vie semble sourire à Ada : elle vient d’épouser le garçon qu’elle aime et son travail de sage-femme aux côtés de sa mère la passionne. Mais les mois passent et le ventre de la jeune femme ne s’arrondit toujours pas. Dans cette petite ville du Texas où la maternité est portée plus haut que tout, et la stérilité perçue comme un signe de sorcellerie, les accusations à l’encontre d’Ada ne tardent pas à se multiplier. Bientôt sa vie même est menacée et elle n’a d’autre choix doit que de partir, renonçant à tout ce qu’elle avait construit.
Elle trouve refuge au sein du tristement célèbre gang du Hole-in-the-Wall, une bande de hors-la-loi dirigée par un leader charismatique : le Kid. Le Kid rêve de créer un havre de paix pour les femmes marginalisées et rejetées par la société en raison de leurs différences.
À ses côtés, Ada apprend à monter à cheval, à tirer et à maîtriser l’art de se déguiser en homme pour piller des diligences ou voler du bétail. Mais le Kid veut aller plus loin et échafaude un plan qui pourrait bien leur être fatal. Ada est-elle prête à risquer sa vie pour un monde meilleur ?

Mon avis :

Je revendique avoir eu du mal à lire ce livre, bien que la narration ait été assez fluide. Oui, curieux début. Il faut cependant se plonger d’abord dans la thématique pour comprendre mes réticences. L’action se passe au XIXe siècle, aux Etats-Unis, après qu’une épidémie a décimé une grande partie de la population et que les survivants s’en sont remis à la religion pour surmonter ce qui s’était passé. Les femmes stériles sont mises au ban de la société, quand elles ne sont pas purement et simplement supprimées. Les femmes qui ont eu quatre enfants sont en revanche libres de faire ce qu’elles veulent – pour peu, bien sûr, que les quatre enfants qu’elles ont mis au monde soient vivants et en bonne santé.

Cela vous parait invraisemblable ? Pas tant que cela. Il suffit de repenser à ce qui passait en Roumanie jusqu’à la fin des années 80. Il suffit de voir comment la société américaine évolue actuellement, ou comment d’autres sociétés se comportent envers les femmes. Il est facile d’accuser, de faire condamner quand la justice est rendue par les hommes, pour les hommes, quand personne, surtout, ne cherche à trouver les véritables causes, à remplacer les idées fausses par des vraies. Trop difficile, trop fatiguant de se remettre en question, et de s’apercevoir que l’on s’est trompé pendant tout ce temps.

Ada est l’ainée d’une famille de quatre filles, sa mère est sage-femme et lui a transmis son savoir – une femme qui sait est dangereuse. Chassée par son mari, elle trouve un temps refuge dans un couvent, là où toutes les femmes stériles sont envoyées, quand elles n’ont pas été exécutées. Elle quitte cependant le couvent, parce qu’elle sait qu’elle est toujours recherchée, parce que cette vie ne lui convient pas, et rejoint la bande du Kid, un hors-la-loi.

Le sujet est tellement lourd que j’ai l’impression qu’il masque complètement l’intrigue et le style. Ada et les autres femmes de la bande du Kid n’ont pas vraiment eu le choix – la bande ou l’enfermement, la mort. L’autrice revisite le mythe du western, avec ses classiques (vol de chevaux et de bétails, femme fatale qui sert d’appât, braquage de banque) mais cette fois-ci, les hors-la-loi sont des femmes, qui se battent comme des hommes. Il a pourtant fallu apprendre, à vivre différemment sous le regard des hommes, apprendre à s’organiser, à tirer partie des talents que l’on possède (Ada sait soigner) et à développer ceux que l’on ne savait pas que l’on possédait, la survie du groupe est à ce prix.

Je me rends compte que j’ai du mal à toucher du doigt ce qui fait que cette lecture n’a pas été aussi épanouissante (plaisante ne me semblait pas convenir) qu’elle aurait pu l’être. Sans doute est-ce dû aux nombreuses scènes violentes qui rythment le roman. Sans doute est-ce dû aussi à tous ses commentaires médicaux fréquents : Ada partage son savoir avec nous, même si en tant que femme du XXIe siècle, nous en savons forcément plus sur les causes de la stérilité, qui sont largement inconnues ici, quand elles ne sont pas totalement fantaisistes. Note : elles le sont encore d’un certain point de vue. Pensez à toutes ses personnes qui disent : « non, mais, la stérilité, c’est dans ta tête, cesse d’y penser et cela ira » – il est même des professionnels de santé pour le dire. Bref, il reste encore du chemin à parcourir.