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La conspiration Hoover de Steve Berry

Présentation de l’éditeur :

De conspirations occultes en révélations explosives : Cotton Malone défie l’histoire officielle !
2000. Officier de marine, Cotton Malone est recruté par le ministère de la Justice pour récupérer au fond des mers une pièce de collection extrêmement rare. Celle-ci doit servir de monnaie d’échange pour obtenir d’un ancien opérationnel de la CIA des dossiers secrets relatifs aux agissements occultes du FBI dans les années 1960.

Merci aux éditions Le Cherche-Midi pour ce partenariat.

Mon avis :

Avec la lecture de ce roman, je renoue avec le personnage de Cotton Malone, héros dont je n’avais plus lu les aventures depuis 2014. Ce roman nous permet d’assister à ses débuts d’agent, tempérés par le recul du temps : c’est le Cotton d’aujourd’hui qui regarde celui d’hier, qui regarde aussi le chemin qu’il a dû parcourir, le chemin qu’il a dû faire et les erreurs qu’il a commises depuis ce jour – ou comment, dans ce métier, une simple erreur de jugement peut faire la différence entre la vie et la mort.

Cette première mission est menée sur les chapeaux de roue, et nous mènera aux quatre coins de la Floride, y compris dans un célèbre parc d’attraction à la gloire d’une célèbre souris – avec quelques pirates au passage – où le conflit trouvera son point d’orgue. Elle mène surtout Cotton Malone à ré-enquêter sur un des assassinats les plus marquants des années 60 : celui de Martin Luther King. J’ai eu l’impression, peut-être  à tort en cette année 2018, que l’on n’avait pas tant parlé que cela du cinquantième anniversaire de sa mort – parce qu’il n’y a rien à fêter, me dira-t-on. Parce que, aujourd’hui encore, l’on voit que le racisme est encore bien présent, que ce soit dans la société américaine ou ailleurs. On oublie. On oublie que Martin Luther King était un homme, avec ses failles, ses faiblesses, un homme avec une ligne de conduite qui n’était pas si simple à tenir : la non-violence, jusqu’au bout, là où d’autres auraient voulu la lutte armée, là où d’autres soutenaient la guerre du Vietnam. Ce livre permet aussi de redécouvrir, dans un contexte où la violence est toujours présente, son tout dernier discours, toujours tendu vers un but : la paix.  Et à lire l’aventure de Cotton, ce n’est pas franchement évident.

Autre figure historique que nous croisons dans ce roman : celle d’Edgar Hoover, presque comme une antithèse de Martin Luther King. Certains de ses hauts faits sont rappelés, et l’on aimerait qu’ils ne soient qu’inventés – voir, comme exemple, son acharnement envers l’actrice Jean Seberg. Même si l’intrigue est pleine de rebondissements, même si Cotton Malone a de la chance et trouve toujours la solution pour s’en sortir (la chance du débutant ?), il faut reconnaître que les aspects sombres dominent cette intrigue et pourraient se résumer en une phrase : jusqu’où est-on prêt à aller pour garder un secret ?

PS : n’oubliez pas de lire les notes finales de l’auteur, qui apportent un éclairage important sur ce roman.

 

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Tout est possible d’Elizabeth Strout

édition Fayard – 296 pages.

Présentation de l’éditeur :

La petite ville d’Amgash, dans l’Illinois, est en émoi. Lucy Barton, fille de la ville devenue écrivain à succès, exilée à New York depuis de longues années, vient de publier un livre sur sa jeunesse. Le récit de son enfance, pauvre et solitaire, provoque chez les gens d’Amgash des réminiscences, des questions et des révélations. Un jour, Lucy Barton en personne fait irruption à Amgash après dix-sept ans d’absence. Les retrouvailles de Lucy avec les siens sont l’occasion d’instants âpres, mais beaux – comme si la douleur de la fuite et la rancœur s’étaient dissipées en un instant.

Merci aux éditions Fayard et à leurs attachés de presse pour ce partenariat.

Mon avis :

J’ai souhaité lire ce livre parce que j’avais beaucoup aimé Je m’appelle Lucy Barton et que ce livre apparaît comme son prolongement. Nous ne retrouvons pas Lucy tout de suite, non, nous la retrouvons des années après, alors qu’elle est une écrivain reconnue, qu’elle donne des conférences, et que ses livres ont un retentissement jusque dans la petite ville de l’Illinois où elle a grandi.
Autant Je m’appelle Lucy Barton était un roman avec une seule narratrice, qui nous emportait dans son passé et se confrontait avec sa mère, autant Tout est possible est un roman polyphonique qui nous raconte la vie de ceux qui ont côtoyé Lucy et la famille Barton, qui nous raconte comment ils ont construit leur vie – ou pas.
Paradoxe : les Barton, en dépit de ce qu’ils ont vécu, sont restés ensemble, mari et femme, en dépit de tout ce qui était vécu au quotidien au sein de cette famille de laissés pour compte du rêve américain. Pete vit, plus ou moins bien, dans sa vie natale, Vicky, qui n’a rien oublié de ce qu’elle a vécu, travaille, a une fille, a bon espoir que celle-ci s’en sorte – et parte, comme Lucy avant elle. Ce qu’ils ont vécu étant enfant s’inscrit dans leur chair, dans leur psychisme, dans leur difficulté aussi à avoir des relations sociales.
Partir ? D’autres l’ont fait, volontairement ou pas. Je pense à Charlie, qui a fait « la guerre », celle dont les jeunes ne connaissent même plus l’existence. D’autres, des femmes essentiellement, ont fait le choix de quitter leur mari, que leurs filles soient grandes ou pas – les sorories sont plus nombreuses que les fratries.
Les points de vue se suivent dans chacun des chapitres, que l’on peut presque lire comme autant de nouvelles, cependant l’action progresse d’un chapitre à l’autre, comme le temps qui passe. Ils nous permettent de voir, de revoir les personnes que nous avons déjà entendues, de découvrir leur proche, en une vie qui est bien différente de celles que l’un des narrateurs nous a décrite. Chacun s’approprie sa vie comme il veut.
Au coeur du livre, ce qui est habituellement caché, à savoir la sexualité. Les couples sont seuls au monde, ou oublient qu’ils ne le sont pas. Ce n’est pas l’impudeur d’un couple qui vit pleinement son amour, c’est le fait d’imposer aux autres sa sexualité. Pourquoi ? Pour prouver qu’on est (encore) capable d’en avoir une, en une démonstration de supériorité, pour choquer l’autre, le soumettre, parce qu’il est vu comme une chose docile et incolore ? Plus encore que la sexualité, c’est le rapport aux corps des autres qui détonnent, corps que l’on n’ose pas toucher, même en un contact affectueux (Pete et Lucy), corps que l’on ne touche plus, même pour un geste de tendresse (Mary Mumford et son premier mari), corps jugé trop gros, trop maigre, corps que l’on vêtit selon des codes que l’on ne maîtrise pas, corps qui est proche de nous et que l’on désire.
En fond narratif, se tient l’enfance, à laquelle on revient toujours, et le fait d’avoir été pas assez ou mal aimé – quand il ne s’agit pas de maltraitance pure et simple comme dans le cas des Barton. Les Jolies Nicely ne se remettent pas forcément du fait que leur mère ne les a pas assez aimés pour rester quand même avec leur père. Que ne ferait-on pas, après, par crainte de l’abandon ? Angelina Mumford est déchirée entre son amour pour son mari et celui qu’elle porte à sa mère. Patty choisit celui qu’elle va aimer, ou du moins soutenir dans les moments difficiles.
Il arrive que le corps se venge aussi – ce n’est pas un hasard si Mary Mumford, avant de quitter son mari, a eu deux alertes sérieuses qu’elle n’a pas vu venir. Le corps peut aussi céder, en un trop plein de fatigue, un trop plein de tout, et de tendresse aussi éprouvé pour ses proches. Je serai bien rester encore un peu plus longtemps avec les habitants d’Amgash, mais la fin, qui m’a semblé pleine d’espoir parce que pleine d’une certaine solidarité, est une conclusion assez optimiste à ce roman.

Phoenix, Arizona de Sherman Alexie

Présentation de l’éditeur :

Avec Phoenix, Arizona, Sherman Alexie nous offre les riffs d’une écriture joliment jazzée. La plupart de ses personnages sont des anges égarés dans une civilisation qui les méprise. Victor, le gavroche de la réserve, Adrian, le mordu de rock and roll, Julius et Arnold, qui se défoncent divinement sur les terrains de basket, Joe-le-Dégueulasse, qui vide les flasques de bourbon dans les fêtes foraines, Thomas-Builds-The-Fire, le baroudeur qui se prend pour Jimi Hendrix au volant de sa camionnette pourrie, la douce Norma, championne du monde du pain frit. […] Mêlant portraits de famille et légendes indiennes, comptes rendus de procès et souvenirs scolaires, coups de poing et coups de cœur, autobiographie et sociologie, émotion et lyrisme, Sherman Alexie écrit à fleur de peau des histoires débordantes de tendresse. Sombres, mais jamais larmoyantes. Et souvent pétries d’humour, « cet antiseptique qui nettoie les plus profondes des blessures ».

Mon avis :

Les nouvelles sont un genre littéraire que j’apprécie très peu – pourtant, j’ai été sous le charme de la plume de Sherman Alexie, peut-être parce que nous pouvons retrouver les personnages d’une nouvelle à l’autre, comme des membres d’une même famille que l’on prendra plaisir à revoir.
Pourtant, la vie n’est pas tendre, pour les indiens de la réserve – j’ai retrouvé l’écho de certains faits relatés dans Le premier qui pleure a perdu . La vie n’a jamais été tendre, comme le rappellent certains conteurs de la tribu. Leurs seuls compagnons fidèles sont l’alcool et le diabète : le diabète est pareil à une maitresse, il vous fait mal de l’intérieur. j’étais plus proche de mon diabète que de n’importe lequel de mes amis ou des membres de ma famille. Même lorsque j’étais seul, tranquille, occupé à réfléchir, et que je ne désirais aucune compagnie, mon diabète était là. C’était la vérité. Leur vie quotidienne est parsemée par les actes de violence des blancs. Après tout, Les blancs veulent toujours se battre contre quelqu’un et ils se débrouillent toujours pour que ce soient les hommes à la peau brune qui se battent à leur place. Quoiqu’il arrive, même s’il ne boit pas, l’Indien est toujours suspecté de boire – ce n’est pas que les clichés ont la vie dure, c’est que les clichés ont été parfaitement intégrés par ceux qui ont un soupçon d’autorité.
Il est tout de même, et heureusement, des moments de joie, des moments de bonheur, des faits drôles, de véritables bouffées d’optimisme. La « scolarité » du jeune indien n’est pas la même que celle de son homologue blanc. Il peut lui aussi compter sur le sport pour se sortir de sa condition – vive le basket. Vive l’amitié aussi, les rassemblements où l’on chante, où l’on danse, et le soda light, indispensable à cause du diabète.
Un recueil pour ne pas oublier la vie quotidienne des amérindiens.

Dura lex de Bruce Desilva

édition Actes Sud – 448 pages.

Présentation de l’éditeur :

Un très jeune tueur en série, qui a sauvagement assassiné deux femmes et trois petites filles à coups de couteau de cuisine, est arrêté, en partie grâce à l’enquête du journaliste Mulligan. Mais le coupable, qui n’a que 15 ans, devrait bénéficier d?une faille dans le code pénal de Rhode Island, qui prévoit que tout délinquant juvénile, quel que soit son crime, doit être libéré à 21 ans. Pour Mulligan, le meurtrier doit rester derrière les barreaux, quitte à ce que la justice prenne quelques arrangements avec le droit. Pour son supérieur Mason, l’application stricte de la loi passe avant tout. Lorsque le meurtrier est relâché, partisans du droit et défenseurs de l’éthique se retrouvent dans le même camp : celui des proies.

Mon avis :

Bruce Desilva est l’auteur de trois romans traduits à ce jour en français. J’ai lu son premier roman Pyromane, voici deux ans, et après avoir lu sur mon ordinateur (j’ai emprunté l’ebook à la bibliothèque de Rouen), je fais le même constat que je faisais à l’époque : pourquoi ne parle-t-on pas davantage de cet auteur ?
Oui, il est atypique, puisque son enquêteur est un journaliste d’investigation qui travaille pour un journal au bord du dépôt de bilan, ce qui n’empêche pas d’avoir une éthique – on a trop souvent tendance à l’oublier quand on voit certains reportages télévisées que les mots doivent être pesés avant d’être dits, publiés, et les sources vérifiées. Mulligan est un homme particulièrement touchant, rendant visite à sa meilleure amie Rosie, lui apportant des fleurs – peu importe qu’elle ait été assassinée alors qu’elle tentait d’éteindre un incendie, elle est encore dans ses pensées, parce qu’elle était une amie, justement. Gloria, la photographe du journal, est toujours présente elle aussi, même si surmonter ses traumatismes physiques et psychologiques a été tout sauf facile. Merci-Papa est toujours son supérieur, et il n’est pas un si mauvais journaliste que cela, l’intrigue le prouvera.
L’intrigue, justement, venons-en à elle. Il n’y aura guère de suspens, parce que le coupable sera arrêté très rapidement. Je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, je ne suis pas fan du tout des histoires de tueurs en série, surtout quand nous sommes dans la tête du tueur. Heureusement, cela ne dure pas longtemps, mais cela nous permet de cerner sans préjugés aucun sa véritable personnalité et de ne pas être dupe de ses propos ultérieurs. D’ailleurs, bien qu’il ait tué cinq personnes, il n’est pas considéré complètement comme tel puisqu’il a tué deux fois – deux victimes d’abord, trois victimes ensuite – il aurait fallu qu’il tue une troisième fois pour recevoir ce titre peu enviable. Heureusement, il a été arrêté avant. Malheureusement, nous sommes dans l’état de Rhode Island, l’état le plus corrompu qui soit, mais aussi l’état le plus tranquille et sa législation n’est pas adaptée à l’existence de ce tueur en série mineur : il devrait donc être relâché à sa majorité. S’il ne l’a pas été, c’est à cause des infractions qu’il a commis pendant son emprisonnement, ce qui, au moment où s’ouvre la partie la plus importante du récit, est fortement remis en cause. Se pourrait-il que de fausses accusations aient été créées contre lui afin de le maintenir en prison, et si oui, a-t-on vraiment le droit d’agir ainsi, même si c’est pour le bien d’une communauté ? En effet, si l’on triche une fois, on peut être amener à le faire d’autres fois, et c’est la porte ouverte à tous les abus.
C’est cette enquête que nous allons suivre, ou plutôt ces deux enquêtes. D’un côté, Merci Papa, fils du patron et patron de Mulligan, oeuvre pour faire éclater la vérité sur les fausses accusations portées contre le tueur. Minutieux, il obtiendra même de lui rendre visite en prison grâce à sa nouvelle avocate, et pourra entendre sa version des faits, également sa version des crimes. De l’autre, nous avons Mulligan. Lui était le journaliste qui était là quand le jeune homme a été arrêté : Mulligan avait détesté chaque minute qu’il avait passé sur cette affaire. Avant Kwame Diggs, il avait vécu parfaitement tranquille sans côtoyer le mal incarné. Il se demanda s’il réussirait à chasser de ses rêves la puanteur du sang. Mais après dix ans passés à jouer et plus de trois passés à écrire sur ceux qui jouaient, il avait accompli quelque chose d’important. Il comprenait à présent ce que ressentait Rosie – et c’était un sentiment agréable. Peut-être était-il taillé pour ce genre, après tout. Lui connaît les détails des crimes, et n’a aucun doute sur la culpabilité du jeune homme. Il est quasiment certain qu’il recommencera. Pire : il est certain qu’il a dû commettre d’autres crimes, et que les enquêteurs de l’époque, en dépit de leur minutie, sont passés à côté d’une agression. Pour le journaliste, il n’a pu tenir aussi longtemps entre ces deux crimes connus sans en avoir commis un autre. Lui aussi se met à chercher, ce qui est tout sauf facile avec le recul du temps.
Ce recul permet aussi de savoir ce que sont devenus les proches. Les proches des victimes, d’abord, qui ont dû vivre avec les images de leurs soeurs, leurs nièces, massacrés, qui ont choisi de construire leur vie, malgré l’horreur. La famille de l’assassin n’est pas à oublier non plus, parce que son frère et sa soeur ont souffert également de ce qu’il a fait. Par la voix de Mulligan, l’auteur le déclare : il n’y a pas d’hérédité du crime, on ne devient pas meurtrier parce que l’on n’a pas été aimé, parce que l’on a été maltraité, non, on peut devenir un tueur sans émotion en ayant été entouré d’amour et de soin.
S’engage alors une course contre la montre, afin qu’il ne soit pas relâché, tout en respectant la loi. Tout le monde a le droit à la justice, tout le mode a le droit d’être protégé le mieux possible. Il faut aussi résister à la pression de l’opinion public, qui ne veut surtout pas entendre parler de la libération du tueur – et tant pis pour la loi. Parallèlement, une autre affaire est évoquée, mais elle est presque secondaire. Pourtant, le sujet est le même : la libération d’un homme dont les actes ont été jugés monstrueux. La différence ? Son âge et sa très faible capacité à nuire encore. Ah ! Il est blanc, mais c’est accessoire, dira-t-on. Ah ! Il a su se montrer plein de remords lors de son procès – et tant pis s’il a joué la comédie.
Dura lex est un roman très intéressant, qui je l’espère connaîtra enfin le succès qu’il mérite.

Meurtre à la sauce cajun de Robert Crais

Présentation de l’éditeur (raccourcie par mes soins) :

Jodi Taylor, vedette de la télévision, charge le détective privé Elvis Cole de retrouver ses véritables parents qu’elle n’a jamais connus.

Mon avis :

Comme vous pouvez le constater, je lis beaucoup de romans de Robert Crais en ce moment, parce que j’ai découvert un pouvoir relativement divertissant à ses intrigues et à ses enquêteurs. Les critiques s’enchaînent donc sur le blog, sans soucis de « diversification littéraire ». J’ai un peu zappé la lecture du manuel « comment devenir un blogueur qui a une vaste audience », l’important est le plaisir de lire et le plaisir d’écrire – toujours – sinon, à quoi bon tenir un blog ?

L’intrigue, au départ, semble simple : Elvis doit retrouver les parents biologiques d’une actrice en vue, une star de série télévisée. Pas très compliqué, il l’a déjà fait. Elle ne veut pas grand chose, simplement connaître leur identité, et aussi ses antécédents médicaux. J’ouvre une parenthèse : ceux qui vantent les vertus de l’accouchement sous x et du secret, du droit de la mère, oublie que les enfants sont ainsi privés d’éléments importants pour se construire. Ce n’est pas glamour, ce n’est pas romantique, mais c’est une réalité à laquelle Jodi (telle est son prénom) est confrontée.

Elvis Cole part donc enquêter en Louisiane – état dont est originaire Robert Crais. Il découvre le Sud, sa chaleur, ses spécialités culinaires. Il rencontre aussi une charmante avocate, engagée par Jodi, qui a déjà entrepris des démarches pour elle et passe maintenant le relais à Elvis – c’est ce qui se passe quand les voies légales ne sont plus envisageables.

Ce qu’il découvre ? La charmante hospitalité des gens du Sud. Surtout, il découvre qu’un autre détective est déjà sur l’affaire, qu’il est discret comme un éléphant dans une bourgade de Louisiane et qu’il est bien plus avancé que lui sur l’affaire. Oui, Elvis Cole ne s’embarrasse pas toujours avec la légalité, mais visiter sans son accord le bureau d’un confrère, n’est-ce pas une collaboration professionnelle d’un autre genre ?

Nous sommes déjà presque à la moitié du roman, nous avons eu des révélations, certaines franchement inattendues et… toujours pas de Joe Pike à l’horizon ! Oui, il commençait à me manquer sérieusement, d’autant plus que les adversaires d’Elvis Cole sont assez particuliers ! C’est avec bonheur que je l’ai vu arriver – et avec lui, les choses bien plus sérieuses, bien plus dures. Nous sommes en Louisiane, et si le passé de certains personnages n’est pas glorieux (vous avez dit racisme ?) le présent d’autres résidents est bien douloureux. On n’est plus simplement dans la recherche des origines, mais dans l’exploitation qui peut en être faites… Un classique, que le chantage – ce que le maître chanteur cherchait à cacher l’est moins.

Oui, meurtre à la sauce cajun est un polar bien ficelé, qui fait passer, à nouveau, de bons moments de lecture tout en montrant une réalité douloureuse. Il s’agit aussi pour le lecteur de se rappeler aussi que ce qui nous est montré dans ce livre est malheureusement tout à fait crédible.

Bienvenue à Mother’s Rest de Lee Child

Présentation de l’éditeur :

Pourquoi cette ville s’appelle-t-elle « Mother’s Rest » ? C’est la question qui pousse Jack Reacher à descendre d’un train, en pleine nuit, dans cette bourgade perdue de l’Oklahoma.À la gare, une femme splendide semble l’attendre. Mais Michelle Chang,  ex-agent du FBI, l’a pris pour Keever, qu’elle cherche désespérément.  Son collègue a disparu. Sans hésiter une seconde, Reacher décide de  l’aider à le retrouver. Mais ce qu’il ignore, c’est qu’après un périple à  travers tout le pays et dans les profondeurs du Darknet, il se retrouvera  à la case départ, à Mother’s Rest, face au pire cauchemar imaginable. «  Ce que j’aime Lee Child  !  »Haruki Murakami

Merci à Netgalley et aux éditions Calmann-Lévy pour ce partenariat.

Mon avis :

Jack Reacher n’a vraiment pas de chance. il rentre de France, où se passait sa dernière aventure, il se promène à nouveau dans tous les états d’Amérique, et découvre une petite bourgade de l’Oklahoma au nom évocateur – ce n’est pas la seule ville à avoir un nom bizarre, et s’il vivait ses aventures en France, peut-être se questionnerait-il sur l’origine de nom de communes telles que Le pont qui penche ou Tilleul Dame Agnès.
Mais le plus américain des héros crée par un anglais est bien en Oklahoma, et il entend bien satisfaire sa curiosité. Seulement… les habitants ne sont pas très loquaces, comme si la question ne leur avait jamais été posée. Chacun offre bien une explication, si ce n’est qu’elle est bidouillée à la minute pour satisfaire la curiosité de ce fouineur qu’est Jack Reacher, ce voyageur sans bagage.
Et pourtant, il voyagera encore plus que prévu dans ce nouveau volume de ses aventures, parce qu’il rencontre une ancienne agent du FBI, reconvertie en détective, qui est elle-même à la recherche de son partenaire, disparu dans cette charmante bourgade. Sauf qu’elle n’a rien, pas même les motifs qui ont guidé ces pas vers ce village quasiment hors du temps, où les téléphones portables ne passent pas.
Jack Reacher va morfler – un peu, beaucoup. Si l’entraînement militaire est toujours opérationnel, comme s’il restait toujours ce policier militaire, prêt à toutes les éventualités, les adversaires eux aussi sont entraînés, et n’ont aucun scrupule : « Espérer le mieux, se préparer au pire » est le mantra de Jack dès que la phase des combats commence. Il n’est pas seul, certes, mais l’allié dont il a besoin, en plus de Chang, est un spécialiste du net (Jack et la technologie, sauf militaire, cela fera toujours deux), pas des combats – et la violence a une forte tendance à faire irruption dans la vie de personnes très ordinaires, qui s’attendaient à tout sauf à avoir une arme, voire plusieurs braquées sur elles.
Se pose aussi dans ce livre la question que d’autres ne posent pas aussi implicitement : quand a-t-on le droit de tuer ? Si, quand sa vie ou celle de personnes sans moyen de se défendre est directement en jeu, la question ne se pose pas, il n’en est pas le cas… autrement. Reacher tranche, forcément, à chacun, ensuite, de se faire son opinion, comme Chang est amenée à le faire.
D’autres questions se posent au fil de l’intrigue, qui emmène Jack de la campagne à la ville – celle dont on ne montre pas vraiment les quartiers déshérités. Les intrigues des romans de Lee Child sont ancrées dans un réel social, pour ne pas dire, parfois, une misère sociale. Je voudrais simplement ne pas trop en dévoiler.
Bienvenue à Mother’s Rest est une enquête qui devrait plaire aux inconditionnels de l’auteur et de son héros fétiche.

L’autre côté du paradis de Sally Koslow

Présentation de l’éditeur :

Sheilah Graham, de son vrai nom Lily Shiel, issue d’une famille juive venue d’Ukraine dans les années 1910, est abandonnée par sa mère à l’âge de cinq  ans dans  un orphelinat londonnien.  À  sa sortie, pour survivre, elle vend des brosses à dents, avant de  rencontrer un employeur galant, Sir John Gillam  qui, sous le charme de sa beauté et de son tempérament, l’épouse alors qu’elle n’a que dix-neuf  ans  (il en a quarante-deux). Grâce à  lui,  elle fréquente la haute société britannique, rencontre entre autres Randolph  Churchill, un « amant de première classe  », et le marquis de Donegall, qui voudra à son tour l’épouser. En 1934, avec l’accord de son mari dont elle divorcera peu après, elle part aux  États-Unis  où  elle devient chroniqueuse pour divers journaux. Installée à Hollywood, le monde du cinema est à ses pieds.  En 1937, elle rencontre Scott Fitzgerald. Leur histoire d’amour est fulgurante, tumultueuse, durant les trois dernières années de la vie de l’écrivain, dont la notoriété littéraire est sur le déclin. La dépendance à l’alcool de Fitzgerald est terrible, elle manque à plusieurs reprises de ruiner leur passion, mais malgré ses accès de violence et des comportements insupportables, Sheilah Graham lui conservera son amour jusqu’à la fin (il meurt dans ses bras en 1940), après l’avoir aidé à retrouver un dernier élan créatif pour écrire Le Dernier Nabab,  resté inachevé.
Ce biopic écrit d’une plume alerte, emporte le lecteur dans  une histoire d’amour émouvante et méconnue.

Merci aux éditions Jean-Claude Lattès et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

L’envers du paradis, c’était le premier succès de Fitzgerald, c’était aussi, implicitement, le couple Zelda/Francis Scott. Le titre de ce roman biographique est sans doute un clin d’oeil à ce roman. En effet, Zelda est indissociable de Francis, et si on lit ces biographiques, on trouve peu de traces, si ce n’est fugaces, du dernier amour de Fitzgerald.
L’histoire commence d’ailleurs par la fin, quand Francis meurt, à quarante-quatre ans. Sheilah est l’autre femme, celle dont il est amoureux depuis trois ans et demi, celle dont la vie a été bouleversée par sa rencontre avec l’écrivain déchu : en 1936, on ne lit plus, on n’édite plus, on ne publie plus Fitzgerald. Scénariste, tous ses projets ou presque échouent. Il veille sur Zelda, qui est internée. Il entretient une abondante correspondance avec sa fille Scottie, qu’il couvre de conseils. Bref, il n’a pas grand chose pour séduire Sheilah, qui est fiancée à un aristocrate anglais. Il n’empêche : c’est l’étincelle, et l’histoire d’amour commence.
Retour en arrière, comme dans un film : nous découvrons qui est réellement Sheilah, tout ce qu’elle a caché, tout ce qu’elle a mis en oeuvre, ce qu’elle a renié aussi pour en arriver là. L’on découvre alors l’antisémitisme ordinaire du début du XXe siècle, pour ne pas dire un antisémitisme décomplexé, parfaitement assumé par les riches et les heureux de ce monde – et de mieux comprendre pourquoi la petite orpheline ne pouvait dire ses origines. Je ne dirai pas que ce sont les pages les plus intéressantes de ce retour en arrière, parce qu’elles le sont toutes, notamment quand Lily, en Allemagne, ressent le besoin de partir à la recherche de la tombe de son père – et de laisser de côté tous ceux qui apprécient tant la compagnie des officiers nazis.
Retour au présent, après les aléas de sa vie sentimentale, voici sa vie quotidienne avec Fitzgerald, rongé par le doute, par la reconnaissance qui s’est enfui, par l’alcool qui a affaibli son coeur. Ou comment vivre au jour le jour, tout en continuant, pour Sheilah, à exercer son métier de chroniqueuse mondaine. Il ne s’agit pas seulement de faire bouillir la marmite, il s’agit – aussi – de se construire réellement – pour ne plus avoir peur.
Et après ? Oui, nous saurons ce qu’il est advenu après, ou comment Sheilah a, si j’ose dire, accompli ses rêves.
Un livre pour tous ceux qui aiment l’oeuvre de Francis Scott Fitzgerald et qui veulent en savoir plus sur ses années dont on parle peu, et sur l’écriture de son dernier roman inachevé.