Archives

Les femmes de Heart Spring mountain de Robin MacArthur

Présentation de l’éditeur :
Août 2011. L’ouragan Irene s’abat sur le Vermont, laissant derrière lui le chaos et la désolation. Loin de là, à La Nouvelle-Orléans, Vale apprend que sa mère a disparu lors du passage de la tempête. Cela fait longtemps que la jeune femme a tourné le dos à sa famille, mais cette nouvelle ne lui laisse d’autre choix que de rentrer chez elle, à Heart Spring Mountain. Elle y retrouve celles qui ont bercé son enfance : la vieille Hazel qui, seule dans sa ferme, perd la mémoire, et Deb, restée fidèle à ses idéaux hippies. Mais si elle est venue là dans le seul but de retrouver sa mère, c’est aux secrets des générations de femmes qui l’ont précédée que Vale va se confronter, réveillant son attachement féroce à cette terre qu’elle a tant voulu fuir.

Mon avis :

Me voici de retour aux Etats-Unis avec cette lecture. Au début, le sujet semble presque simple : le lecteur se retrouve face à une catastrophe naturelle, une catastrophe à laquelle, pourtant, l’on ne s’attend pas ; un ouragan s’abat sur le Vermont, causant d’énormes dégâts, des destructions, des morts et une disparition.

La disparue, c’est Bonnie, la mère de Val. Val, avertie, se rend sur les lieux. Cela fait des années qu’elle n’a pas vu sa mère, sa mère qui lui a préféré la drogue et son nouveau compagnon. Dans le Vermont, Val retrouve sa tante Deb, qui attend des nouvelles de son fils Danny, en mission au Guatemala, pays lui aussi dévasté par les catastrophes naturelles et Hazel, sa grande-tante. Elle va chercher, longuement, sa mère : les pistes sont peu nombreuses, la police manque cruellement de sensibilité dans sa manière d’avertir les proches dès d’une trace, une preuve quelconque est trouvée. En ont-ils trop vu ? Ou sont-ils naturellement indifférents face à la misère qui les entoure ? Il en est des personnes qui vivent dans des conditions précaires, d’autres qui sont à la rue, littéralement.

Et Val ? Et sa famille ? Au cours du récit, nous remontons le temps. Nous découvrons Lena, la mère de Bonnie, morte quelques jours après l’avoir mis au monde. Nous découvrons aussi Deb, jeune, en rupture avec sa famille, rejoignant une communauté hippie puis se mettant en couple avec Stephen, fils de Hazel, qui a tout fait pour ne pas aller au Vietnam. C’est un cliché, je le sens en l’écrivant, mais comment le dire autrement ? Le Vermon a payé un lourd tribu à cette guerre. De cette communauté ne restera que Ginny, que Deb voit encore de temps en temps, artiste et lucide sur cette utopie qu’ils ont vécu – lucide aussi sur le passage du temps.

Ce récit est aussi l’occasion de parler du sort réservé aux indiens, comme en filigrane du récit principal. C’est l’occasion aussi, pour Val, de découvrir des secrets qui ont été soigneusement gardés par les générations précédentes. Pas par Deb, non, par Hazel, entre autre, et moi de me dire, un peu comme Val, que si Bonnie avait su certaines choses – l’identité de son père, pour ne citer que ce point – sa vie aurait été bien différente. Je sais que certaines personnes pensent fièrement que l’on peut se construire sans racines, alors qu’elles-mêmes n’ont fait que rejeter les leurs, en toute connaissance de cause. Bonnie, sans mère, sans père, sans connaissance de ses origines familiales, avec seulement la courte légende familiale – un couple d’aïeuls, treize enfants, l’amour de la terre – a fait ce qu’elle a pu, c’est à dire très peu. Val s’en est mieux sortie, finalement, même si son parcours est un peu chaotique, en rupture avec sa mère qui ne parvenait plus à être mère.

Pour lire ce livre, il faut aussi accepter de se laisser bercer, de croire que les esprits des êtres aimés peuvent encore, peut-être, montrer leur présence.

Un beau roman, que j’ai lu quasiment d’une traite.

Crossroads d’Hervé Gagnon

Présentation de l’éditeur :

Donald Kane, historien, et Virginia Craft, anthropologue, sont invités à récupérer des objets ayant appartenu au célèbre bluesman Robert Johnson. Aux côtés d’un doigt momifié et d’une amulette, ils découvrent un manuscrit où le chanteur transcrivait ses chansons ainsi que des notes disparates. Ils cherchent des indices sur leur signification alors qu’une série de morts suspectes ravage Memphis.

Mon avis :

Il me faut l’écrire assez rapidement, avant que tout souvenir de ce livre ne me quitte. Oui, c’est ennuyeux, surtout pour moi qui aime autant la musique que la lecture.
Le récit avait pourtant tout pour être tentant : un bluesman légendaire a laissé des affaires, dans une boite bien fermée, à une femme qui a compté dans sa vie. Sa descendante, sans héritier, décide de la transmettre à deux universitaires, qui pourront en faire ce que bon leur semblera.
Admettons. Admettons que quelqu’un conserve une boite pendant des décennies sans être tentée de regarder son contenu, et sans l’égarer eu égard aux aléas de la vie, vie qu’elle a eu hors-norme – et tant pis pour les idées conformistes des deux universitaires à son égard. Admettons ensuite qu’elle contacte deux universitaires dont elle aurait découvert le nom, ce qui prouverait qu’on peut avoir dépasser les 80 ans et être au fait des dernières publications universitaires, soit. Admettons aussi que ces deux universitaires, célibataires de leur état (lui a une fille dont il est peu question, si ce n’est au début du roman et à la fin) tombent éperdument amoureux au premier regard et se lancent dans une liaison torride. Chacun est libre d’écrire ce qu’il veut. Pour ma part, cela sentait un peu le cliché à plein nez, et cela me faisait oublier l’intrigue principale.
Les deux malheureux universitaires vont être témoin de bien des actes étranges, qui ébranleront la rationalité de Kane. Pas celle de Virgie : elle a grandi avec une arrière-grand-mère avec laquelle le surnaturel faisait partie de la vie.
Au fur et à mesure de ma lecture, je perdais de vue la signification des objets qui ont appartenu à Robert Johnson et leur lien avec une série de morts qui semblent toutes en lien avec lui. Alors oui, les pages se tournent rapidement, le style est agréable à lire, cependant je suis restée sur ma faim. J’ai eu l’impression que tous ces morts, particulièrement sanglantes pour certaines, n’avaient pas réellement d’importance, ce que je regrette toujours quand je lis un roman policier ou un thriller. Oui, c’est dommage pour moi de n’être parvenue à garder que cela comme souvenir, parce que cette lecture ne fut pas désagréable.
Merci à Babelio et aux éditions Hugo Romans pour ce partenariat.

Philip Jackson, David Suchet

Ceux d’ici ne savent pas d’Heather Young.

Présentation de l’éditeur :

Adam Merkel, professeur de mathématiques du collège de Lovelock, Nevada, est mort cette nuit. C’est Sal Prentiss, l’un de ses élèves, qui vient de découvrir le cadavre calciné de ce quinquagénaire sur les pentes d’un canyon. Una annonce terrible qui secoue la petite ville et remue profondément la jeune professeurs Nora Wheaton. Elle qui se sentait liée à Adam par une solitude et une souffrance communes veut comprendre : qui a pu assassiner aussi brutalement cet homme sans histoires ? Alors qu’elle s’immerge dans le passé de son défunt collègue, Nora découvre peu à peu que Sal, ce jeune orphelin timide et farouche, semble en savoir bien plus qu’il ne veut le dire… Avec lui, la jeune femme se lance dans une enquête délicate. Une plongée aux confins de l’âme des habitants de cette région oubliée du monde, qui portent en eux un héritage de violence et de survie dont ils n’ont plus conscience.

Merci aux éditions Belfond et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Par quoi ai-je été attiré en lisant la quatrième de couverture ? Je l’ai été, tout simplement parce qu’il s’agissait d’un roman américain, qui devait me plonger dans un Etat bien précis, celui du Nevada, pas le Nevada de Vegas et ses alentours, non, celui d’une petite ville perdue. Le récit commence tout de suite par l’impensable ; un enfant découvre le cadavre de son professeur de mathématiques. Sal, onze ans, a déjà été durement éprouvé par la vie, puisque c’est lui qui a trouvé le corps de sa mère, Grace. Elle est officiellement morte d’une crise cardiaque, et tous ont accepté cette version officielle. La vérité ne changera rien au fait que Grace est morte, seuls Sal et Jake, le pompier qui a constaté son décès, savent ce qu’il en est. Pensez-vous qu’on proposerait de l’aide psychologique à Sal ? Non. C’est à peine si les services sociaux, à la mort de sa mère, se sont préoccupés de savoir dans quelle condition il vivrait chez ses oncles. Sal a de la famille, cette famille a un travail, une maison, des terres – pourquoi chercher plus loin ?

Sal, Nora, Jake, ce sont les trois narrateurs de ce roman. Nora est professeure, comme Adam, mais contrairement à lui, elle est née ici, elle a quasiment toujours vécu ici et a bien l’intention de partir un jour – quand elle aura accompli son devoir, c’est à dire quand elle ‘aurai plus besoin de veiller sur son père. J’ai parfois du mal à apprécier ces romans qui multiplient les points de vue. Dans ce récit, j’ai trouvé ce procédé particulièrement judicieux, parce qu’il permet de voir à travers les yeux de Sal tout ce que les adultes qui l’entourent ne peuvent savoir, ne peuvent même imaginer de sa vie. D’ailleurs, qui peut imaginer réellement ce que cachent certaines personnages, ordinaires, et qui se sentent parfaitement ordinaires ?

Pour savoir qui a tué Adam Merkel, il s’agit de savoir avant tout qui était réellement Adam Merkel, qui sont tous ces gens que côtoie Sal, dans le parc, ces personnes à qui leur médecin ne veut plus prescrire d’antidouleurs et qui s’en fournissent autrement – parce qu’ils se persuadent qu’ils ne peuvent pas vivre sans, parce qu’ils ne pensent pas être drogués. Ils pensent même qu’il est parfaitement possible de vivre « normalement » ainsi, qu’il n’y a pas de risques, ni pour eux, ni pour leurs proches. Dois-je vraiment préciser qu’ils ont tort ? Le parallèle est fait dans ce roman avec l’alcoolisme. La différence ? Le regard que la société porte sur les deux types d’accro. L’alcoolique, s’il boit en compagnie de ses amis, si son alcool reste festif, est bien accepté, l’accro aux médicaments non, même si les conséquences ont été parfois les mêmes pour les proches.

Roman des survivants, Ceux d’ici ne savent pas est aussi le roman des morts. Ceux-ci tiennent une grande place dans l’intrigue : Daisy, la mère de Sal, mais aussi Jeremy, Benjamin, Tommy, ou encore Camille, la mère de Nora, enseignante qui ne se contentait pas d’enseigner mais veillait sur ses élèves, quitte à harceler les services sociaux pour que ceux-ci prennent en charge au plus vite des enfants en souffrance.

Pour finir, j’aimerai simplement dire que Gideon, l’oncle de Sal, est un de mes personnages préférés de ce roman, parce que c’est un personnage qui mérite que l’on aille au-delà des préjugés.


 

 

Memorial drive de Natasha Trethewey

Présentation de l’éditeur :

« Quand j’ai quitté Atlanta en jurant de ne jamais y revenir, j’ai emporté ce que j’avais cultivé durant toutes ces années : l’évitement muet de mon passé, le silence et l’amnésie choisie, enfouis comme une racine au plus profond de moi. »
Memorial Drive raconte deux quêtes d’indépendance. L’une, celle de Gwendolyn, la mère, échouera, se terminant dans la violence la plus inacceptable. L’autre, celle de Natasha, la fille, sera une flamboyante réussite. Elle deviendra une écrivaine reconnue, Poet Laureate à deux reprises, puis récompensée par le prestigieux prix Pulitzer.
Tout commence par un mariage interdit entre un homme blanc et une femme noire. Leur fille métisse, Natasha, apprend à vivre sous les regards réprobateurs. Sa peau est trop claire pour les uns, trop foncée pour les autres. Lorsque Gwendolyn quitte son mari, elle pense s’affranchir, trouver enfin la liberté. Mais Joel, vétéran du Vietnam épousé en secondes noces, se révèle un manipulateur né, irascible et violent. Elle parvient malgré tout à le quitter. Rien ne pourra enrayer la spirale tragique du destin de Gwendolyn : elle meurt en 1985, tuée par balle. Le meurtrier : Joel, dit « Big Joe ».
Dans un récit intime déchirant, Natasha Trethewey affronte enfin sa part d’ombre. Pour rendre à sa mère, Gwendolyn Ann Turnbough, sa voix, son histoire et sa dignité.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier les éditions de l’Olivier et le Picabo River Book club pour ce partenariat.
Natasha Trethewey est une autrice et une poétesse américaine, elle est également professeure d’université. Elle est la fille d’un poète d’origine canadienne et d’une travailleuse sociale américaine. Il était blanc, elle était noire, et si certains viennet me dire « cela n’a pas d’importance », cela en a dans une Amérique dont tous les états ne reconnaissaient pas les mariages inter-raciaux. Eric et Gwendolyne divorce quand leur fille est encore jeune, Gwendolyne se remarie, divorcera de nouveau : son second mari l’assassinera peu de temps après. Natasha a 19 ans, et il lui faudra trente ans pour parvenir à écrire, à se souvenir de sa mère.
Dans ce livre, nous découvrons à la fois Natasha, l’enfant, l’adolescente, qui vit le racisme au quotidien, tristement ordinaire, y compris de la part de certains de ses enseignants, la violence, exercée par son beau-père, et l’adulte, qui se souvient, qui vit avec la douleur, qui montre les failles du système judiciaire, de l’aide que l’on peut proposer ou pas à la victime – aide qui diffère selon son statut social, comme si, aux yeux d’une des personnes à laquelle Gwendolyn s’adresse, elle aurait dû pouvoir se débrouiller seule.
En lisant ce livre, j’ai eu l’impression que pas grand chose n’avait changé en plus de trente ans, quand Natasha se remémore les violences physiques, morales, psychologiques subies par sa mère. Les transcriptions des auditions, des appels téléphoniques sont à cet égard sidérant.  Ne retenir que cela serait aussi pour moi oublier que ce livre est avant tout un vibrant hommage à toutes les femmes fortes de sa lignée, sa mère, bien entendu, mais aussi sa tante Lizzie, sa grand-mère ou encore sa grande-tante. C’est ce que je souhaite avant tout retenir de ce livre, même si la lecture de certaines pages a été particulièrement difficiles.

Seuls les vivants de Lou Barney.

Présentation de l’éditeur :

À l’été 1986, deux tragédies secouent Oklahoma City.
Six employés de cinéma sont tués dans un vol à main armée. Un seul survit. Au même moment, une adolescente disparaît pendant la foire annuelle de l’État.
Vingt-cinq ans plus tard, les réverbérations de ces affaires non élucidées résonnent encore dans la vie des survivants. La nouvelle enquête de Wyatt, détective privé à Las Vegas, le renvoie vers ce passé qu’il a tenté de fuir, et au mystère du vol à main armée qui a coûté la vie à ses amis. Quant à Julianna, elle est hantée par ce soir où sa sœur Geneviève s’est volatilisée pour ne plus jamais revenir.
Alors que l’enquête de Wyatt se complique et que Julianna tente d’obtenir des réponses de la part d’un fantôme, des secrets commencent à émerger du passé. La vérité leur permettra-t-elle de trouver la paix, ou bien se révélera-t-elle plus destructrice encore ?

Mon avis :

Voilà, c’est fini, je suis allée au bout de ma lecture.
Et j’ai été déçue.
Je l’ai été presque tout de suite, en comprenant que le personnage auquel je m’étais le plus attaché ne réapparaitrait pas dans les pages suivantes – je veux parler de M. Bingham, tué avec cinq de ses employés dans un vol à main armé. Il serait question de lui, cependant, de temps en temps, mais il ne serait jamais vraiment montré de manière positive, comme si le seul employé qui avait survécu n’était jamais allé plus loin.
Il faut dire qu’il est totalement englué dans son passé. Il a eu beau devenir détective, changer de prénom, il est resté bloqué en 1986, se demandant : « pourquoi moi ? »
Il n’est pas le seul à être resté dans le passé. Juliana est infirmière. Elle avait douze ans quand sa soeur Geneviève a disparu en 1986. Depuis, elle veut inlassablement savoir ce qui s’est passé ce soir, ce qu’est devenue sa soeur.
Les deux personnages se retrouvent à Oklahoma City, se croisant sans véritablement se rencontrer. Wyatt accomplit ses fonctions de détective, Juliana prend soin de ses patients. J’avais relativement apprécié le précédent opus de Lou Barney, cette fois-ci, je n’ai pas ressenti grand chose, je n’appréciais véritablement que les moments passés en compagnie de Candace, jeune femme déterminée, et de Lily, sa fille, déjà mûre pour ses cinq ans – sans doute parce qu’elle en a déjà trop vue. J’ai moins apprécié les chapitres qui étaient consacrées à Juliana, parce que j’ai eu l’impression de rencontrer trop souvent ce genre de personnages, des femmes (souvent) qui ne se remettent pas de la disparition d’un être cher et se retrouvent incapable de construire une vie personnelle. J’ai préféré Wyatt même si, pour l’un comme pour l’autre, le dénouement est un peu trop abrupte.

Merci aux éditions Harper Collins noir et à Netgalley pour ce partenariat.

My cruel Prince d’Ashley Jade

Présentation de l’éditeur  :

En revenant à la Royal Hearts Academy pour sa dernière année de lycée, Dylan se doutait qu’elle ne retrouverait pas sa vie telle qu’elle l’avait laissée quatre ans plus tôt. Mais jamais elle n’aurait imaginé que Jace Covington, son ami d’enfance et premier amour, se serait changé en un véritable tyran. Glacial, cruel et irrésistible. Un tyran qui a décidé de s’acharner sur elle à coups de provocations et de rumeurs scandaleuses. Qu’a-t-elle fait pour mériter ça  ? En tout cas, s’il croit qu’elle va se laisser intimider, il se trompe. Et elle compte bien lui faire admettre qu’il tient encore à elle.
Jace est hors de lui. Comment Dylan ose-t-elle revenir en ville et dans son lycée après avoir détruit sa vie  ? Cette fille est un poison dont il doit se débarrasser au plus vite. Car, il a beau la haïr du plus profond de son être, une part de lui ne veut qu’une chose  : la posséder.

Mon avis :

Je serai d’abord brève : je n’ai pas aimé du tout. Voilà, c’est dit, je le dis rarement, mais là, c’est une certitude, je n’ai pas aimé.
Je pourrai broder et vous dire que cet univers, celui des lycées américains, n’est pas le mien, ce serait trop simple. Ce qui n’est pas mon univers, c’est l’extrême crudité des propos et des situations. Il ne s’agit pas de pruderie, il ne s’agit pas non plus d’une lecture qui ne correspond pas à mes attentes, puisque j’attendais une histoire qui se passe dans un lycée – et c’est bien ce que j’avais eu. A mes yeux, ce n’est pas un livre à mettre entre toutes les mains, surtout pas entre les mains d’adolescentes sans un sérieux avertissement. Il ne s’agit pas de naïveté, je me doute que les adolescents ont accès à des choses bien plus crues, et c’est bien le souci. Le souci est de montrer ce qui est montré dans ce livre.
C’est le second reproche que je ferai à ce livre, je n’ai pas l’impression d’avoir un seul couple, que ce soit un couple adolescent ou un couple adulte qui soit à peu près équilibré. Chacun a des secrets plus ou moins avouables dans le placard. Je ne parle même pas de la manipulation que certains exercent sur d’autres. Je ne parle même pas des parents dont aucun ne joue son rôle de parents. Dylan ne peut compter que sur sa tante, son père compensait par l’argent le manque d’intérêt pour sa fille. Quant à Jace, il a quasiment élevé ses frères et soeur, tant son père regardait ailleurs, n’ayant su aider ni sa femme, ni ses enfants.
Je ne parlerai pas de « troisième reproche » pour la suite. Le harcèlement est omniprésent, et là, je veux bien croire qu’il s’agisse d’une réalité, pas seulement une réalité américaine. Que personne ne se bouge réellement pour que les choses changent ne m’étonne pas non plus. Je ne sais pas si les adultes ne voient pas, ou feignent de ne pas voir, tant ils sont obnubilés par la réputation de l’établissement, le respect de règle qui sont davantage dans le paraître que dans l’être. Il faut vraiment attendre de passer plus de la moitié du récit pour respirer un peu, pour qu’enfin, certains personnages se parlent réellement, réglant des problèmes qui auraient pu l’être bien plus tôt. Le personnage le plus intéressant à mes yeux est celui de Sawyer, celle par laquelle arrive enfin un peu de cohérence et de soutient. Comme elle le dit si bien : La moitié des problèmes de ce monde serait résolue si les gens apprenaient à communiquer. 

Beautiful boy de Tom Barbash

Présentation de l’éditeur :

New York, 1980. A l’angle de la 72e Rue et de Central Park West, le Dakota Building impose sa silhouette étrange et légendaire. De retour d’une mission humanitaire en Afrique, le jeune Anton Winter y retrouve ses parents et l’appartement familial. Son père, Buddy, animateur vedette de la télévision qui a fui les projecteurs après une dépression nerveuse, lui demande alors de l’aider à relancer sa carrière. Or, dans cet immeuble où l’on croise Mick Jagger, Gore Vidal Lauren Bacall ou Ted Kennedy, vit aussi un certain John Lennon, qui pourrait être utile à Buddy pour reconquérir le coeur du public. Mais à mesure qu’Anton s’investit dans sa mission et se lie d’amitié avec le chanteur, il ne peut que remettre en question l’influence de son père sur ses propres ambitions, tandis qu’un certain Mark David Chapman s’apprête à faire couler le sang…

Après Les Lumières de Central Park, Tom Barbash signe un magnifique roman, entre récit d’apprentissage et fresque sociale, qui interroge la célébrité et les relations père-fils, tout en faisant revivre le New York de sa jeunesse et l’auteur de « Beautiful Boy », chanson que Lennon dédia à son fils Sean sur son dernier album.

Merci aux éditions Albin Michel pour leur confiance (livre que je chronique très en retard).

Mon avis ;

Anton Winter est un survivant, il revient d’une mission humanitaire en Afrique et il a bien failli y laisser sa peau (la maladie n’épargne personne). Aux Etats-Unis, il retrouve son père, Buddy, qui a été un immense animateur télévisée pendant dix ans, une star incontestée, jusqu’au jour où la dépression a été la plus forte et où il a quitté l’écran – en claquant la porte derrière lui. Buddy Winter, tel un boxeur qui a mis du temps à se relever d’un K-O, veut remonter sur le ring, et présenter à nouveau une émission. Pour cela, il a besoin de l’aide de son fils, qui pourrait peut-être l’aider à entrer en relation avec un des locataires du Dakota Building, John Lennon. Anton parviendra-t-il à aider son père ? Et surtout, est-ce toujours à un fils d’aider son père au lieu de vivre sa propre vie ?

Cela fait longtemps que je ne crains plus de choquer ou de mettre certains à dos. En lisant ce livre, j’ai immédiatement pensé aux films des années 70 de Woody Allen. J’ai retrouvé la même ambiance, la même couleur, la même tonalité, tout en demi-teinte de ce début des années 80 qui ne sait pas encore qu’il signe la fin d’une époque. J’ai eu l’impression de voir des personnages lutter pour garder la tête hors de l’eau, des personnages qui pensent encore avoir une chance de forcer le destin, comme Ted Kennedy visant l’investiture. Anton porte et supporte son père qui repense à ses débuts, aux meilleurs moments de ses dix années d’antenne, à cette lutte d’abord pour être à nouveau à l’antenne, puis pour garder l’antenne – de nos jours, l’on dirait « ne zappez pas après Dallas », série dont la diffusion battait son plein à cette époque.

Etre à l’antenne, interviewer des artistes, animer des débats (pour ces deux derniers faits, j’ai l’impression que l’on ne sait plus vraiment ce que cela veut dire de nos jours), est-ce que cela rend heureux ? Buddy me semble vivre dans une perpétuelle anxiété, et avoir besoin du soutien de ses proches – sa femme, son fils Anton, ses deux autres enfants ayant pris leur distance, parce qu’ils ont besoin de vivre leur propre vie. Anton en vient lui-même à s’interroger sur ce qu’il veut vraiment faire de sa vie, et être dans sa vie.

S’il est un personnage lumineux dans ce roman, c’est John Lennon, qui n’apparaît pas assez à mon goût (mais tous les goûts sont dans la nature) et qui a tout connu de la célébrité. Depuis cinq ans, il est, tout simplement, un homme au foyer, un homme qui vit sa vie, qui profite de la vie, qui est vivant, en un mot, comme dans l’une des scènes les plus inoubliables du livre.

Après cela, que dire ? Si ce n’est que j’ai commencé Les Lumières de Central Park.

Retour à Martha’s Vineyard par Richard Russo

Présentation de l’éditeur :

Septembre 2015. Lincoln s’apprête à vendre sa maison de Martha’s Vineyard, et invite sur l’île, pour un dernier week-end, ses amis de fac, Teddy et Mickey. Ces trois hommes ne pourraient être plus différents, entre Lincoln, le « beau gosse » devenu agent immobilier et père de famille, Teddy, l’éditeur universitaire célibataire et angoissé, et Mickey, forte tête et rockeur invétéré, et pourtant, ils partagent une vie de souvenirs. Parmi ces souvenirs, celui de Jacy, mystérieusement disparue il y a plus de trente ans, et dont ils étaient tous amoureux. Qu’est-il advenu d’elle ? Lequel avait sa préférence ? Les trois hommes vont rouvrir ensemble ce dossier « classé », et alors que par bribes la vérité émerge, ils vont devoir reconsidérer tout ce qu’ils croyaient savoir les uns des autres…

Merci aux éditions 10/18 et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Je dois dire que j’ai été happée par cette histoire, plus que je ne le pensais. Je l’ai lu en deux jours. C’est une histoire simple, au fond. Lincoln (son père, Wolfgang Amadeus, l’a prénommé ainsi en référence au président) invite deux amis de fac à passer un week-end dans sa maison de vacances. Si les relations se sont parfois distendues entre lui, Teddy et Mickey, ils ne se sont pourtant jamais réellement perdus de vue. A l’approche de la retraite, ou du moins alors qu’ils seraient possibles qu’ils prennent leurs retraites, ils vont, non faire le point sur leur vie, mais se pencher sur un fait qui est toujours resté dans l’ombre. Après un autre week-end à Martha’s Vineyard, un week-end de 1971, Jacy, une étudiante sur le point de se marier, a disparu. Il faut donner au mot « disparu » son sens plein : elle n’est pas morte, du moins, ils ne le pensent pas, elle est partie sans donner de nouvelles, ni à ses parents ni à ses amis ni à son fiancé. Le temps a eu beau passer, les interrogations sont restées. Teddy croit la voir partout, et Lincoln ne peut pas s’empêcher de fouiller un peu, juste un peu, en consultant les archives du journal de l’époque. C’est ainsi qu’il rencontrera un policier à la retraite, un policier qui sera tout prêt à l’aider, même si la vérité peut faire peur. Qu’est-il réellement arrivé à Jacy ? A-t-elle quitté l’île ? Lincoln, et le lecteur avec lui, frémira en pensant que le corps de Jacy a pu rester tout ce temps enseveli sur l’île, sans que personne n’en sache rien.

J’ai trouvé ce livre à la fois stupéfiant et intriguant. Le récit se passe de nos jours, il nous renvoie cependant à la fin des années 60, début des années 70, à cette guerre à laquelle il était impossible de ne pas penser à l’époque : la guerre du Vietnam. Lincoln, Teddy, Mickey, tous les trois auraient pu partir là-bas, tous les trois auraient pu être blessés ou tués là-bas. Pourquoi n’est-ce pas arrivé ? Il n’est pas rare de voir la littérature américaine, les films américains, exalter le courage de ceux qui partent se battre volontairement, pour leur pays, et il est des personnages qui le font ici aussi. Il l’est plus de rappeler que partir là-bas, c’était une question de malchance (le tirage au sort), de niveau d’études (rares étaient les avocats qui partaient au front) ou le courage, celui de tout plaquer et de partir pour le Canada.

Partir. Oui, il est des gens qui osent partir, couper les ponts, d’autres, au contraire, qui sont heureux là où ils vivent et n’ont guère envie d’être ailleurs. Il est ceux qui n’ont pas le choix, qui doivent rester dans une petite communauté où tout se sait, où tout finit par se savoir.

Et les préjugés ? Ils sont nombreux, surtout quand ils sont dans la tête de personnes qui ne devraient pas en avoir. Je parle des policiers. Certains en ont tant vu, certains ont si peu confiance en la nature humaine que, tout de suite, ils trouvent un scénario qui, justement, est un scénario parfait, qui rentre parfaitement dans les clous, cochent toutes les cases de la dissimulation et de la perversion. Préjugés ? Non, pas seulement. Il est aussi une manière de voir particulièrement biaisé, qui m’a interrogé, forcément. Je spoile, parce que c’est un fait qui m’a vraiment questionné : quand les policiers sont appelés pour violence conjugale, les policiers pensent à protéger d’abord le mari, non la femme victime de violence. Le pauvre, il ne faudrait pas que cela se sache ! Il pourrait même gâcher sa vie en allant en prison s’il commettait le pire.

Au final, ce n’est pas une histoire si simple qui nous est conté. C’est l’histoire de trois hommes qui ont fait des choix, qui ont construit leur vie, ont vécu de leur passion, ont gardé des secrets, les ont partagés, se sont aperçus que la vie avait passé, et qu’ils allaient la poursuivre, riches de tout ce que ce week-end leur aurait apporté.

Le dragon sous la mer de Frank Herbert

Présentation de l’éditeur :

Vider des puits de pétrole sous-marins dans une zone contrôlée par l’ennemi, puis ramener le butin aux États-Unis : une mission ultra-dangereuse, même pour un sous-marin aussi perfectionné. Mais le plus curieux dans cette mission est l’équipage : quatre hommes, pas un de plus. Dont un psychologue, « Long John » Ramsey. Tout le monde sait que les vingt missions précédentes ont échoué. On recommence parce que le manque d’énergie devient critique. Cette fois, il faut réussir. Ramsey est l’inventeur d’un appareil qui peut déjouer les effets d’une psychose artificielle, si vraiment se trouve là, comme on l’a dit, l’arme secrète ennemie. Mais Ramsey a des doutes. Les psychoses n’apparaissent pas par magie. En un sens, il voit le sous-marin comme une matrice, la mer comme un liquide amniotique. L’équipage va entrer dans un processus de maturation qui mène à une naissance. Une grande crise, oui. Mais comment la contrôler ?

Mon avis :

Pour découvrir les romans de Frank Herbert, je ne suis pas allée chercher son roman le plus connu, à savoir Dune. Non, pour une fois, j’ai été logique ; j’ai lu son tout premier roman, Le dragon sous la mer.

Nous sommes dans un roman de science-fiction/anticipation, si j’ose le classifier ainsi. Nous sommes en effet dans une situation presque plausible : vider des puits de pétrole sous-marin contrôlés par l’ennemi, et ramener le butin aux Etats-Unis. Presque. Le monde n’est pas celui dans lequel l’on vivait dans les années 50, même si quelques repères peuvent aider à ne pas perdre pied. L’action se passe en effet essentiellement sous l’eau, dans un sous-marin, un sous-marin qui ne comporte que quatre membres d’équipage, dont le capitaine et un psychologue, embarqué sous couverture afin de déjouer, grâce à un appareil de son invention, les effets d’une psychose artificielle. Au fur et à mesure de sa mission, Ramsey, le psychologue, aura des doutes, ne serait-ce qu’à cause de la présence d’un hibernant, c’est à dire d’un espion. Oui, mais qui ? Avantage pour Ramsey : il sait très bien qu’il n’est pas un hibernant. Inconvénient, pour lui : il est deux fois plus suspect aux yeux des autres, puisqu’il n’est pas tout jeune et que son grade n’est pas en rapport avec son âge. Deuxième inconvénient : impossible de repartir en arrière, surtout quand des découvertes plus inquiétantes les unes que les autres se succèdent.

Il faut aimer le monde des sous-marins, les termes techniques qui m’ont obligée à m’accrocher, parfois, pour lire ce récit. Cela ne m’a pas empêché de trouver cette lecture agréable, même si le terme peut étonner eu égard au sujet. Ce qui peut être considéré comme de la folie sur terre, ne l’est pas sous la mer, tant il est important de savoir créer une cohésion entre les différents membres d’équipage, tant il est important aussi de pouvoir re-naître, de croire en quelque chose. Ce roman est court (250 pages), mais il créé un univers riche et cohérent.

A découvrir, et pas seulement pour les fans de Frank Herbert.

Poursuite de Joyce Carol Oates

Présentation de l’éditeur :

De son enfance, Abby garde le souvenir de nuits tourmentées, habitées par un cauchemar récurrent : un champ peuplé d’ossements humains dans lequel elle erre à l’infini. Aujourd’hui Abby a vingt ans et, tandis qu’elle pensait avoir vaincu ses démons, son mariage imminent ravive l’affreux cauchemar. Moins de vingt-quatre heures après la cérémonie, Abby s’engage sur la chaussée et se fait renverser par un bus.

Accident ou résultat d’un geste prémédité ? C’est ce qu’essaie de déterminer son mari, Willem, alors qu’un troublant faisceau d’indices se présente à lui : quelle est donc cette marque rouge autour du poignet droit d’Abby ? Pourquoi se réveille-t-elle en hurlant chaque nuit ?

Mon avis :

Glauque.
C’est le premier mot qui me vient à l’esprit pour qualifier ce livre.
Je l’ai emprunté à la bibliothèque (je l’avais réservé), je l’ai lu très vite, revenue chez moi j’avais déjà parcouru la moitié de l’ouvrage, et je vais le rendre très rapidement aussi.
Certes, le résumé donne une idée du roman.
Ce qui me fait le qualifier de glauque, et non de gore, est qu’il s’agit à la fois d’un roman psychologique et d’un roman social, non d’un thriller cherchant à tout prix l’escalade sanglante, sans s’intéresser aux personnages et à ce qui a conduit à voir une jeune femme d’une vingtaine d’années faire des cauchemars récurrents.
Abby a pourtant tout pour être heureuse. Elle vient de se marier avec Willem, qui l’a imposé à sa famille en dépit de leurs préventions. Une jeune fille dont on ne sait rien ! Une jeune fille dont la famille ne vient même pas au mariage ! La famille de Willem appartient à une branche très stricte de la religion catholique, ajoutant interdit sur interdit. Pas de rapports sexuels avant le mariage (classique), pas de tabac, d’alcool ou de soda (cela l’est moins), pas de vernis à ongle fantaisie pour les femmes… Willem a beau être croyant, il se questionnera sur le fait que cela puisse réellement importer à Dieu que l’on boive des sodas ou que les femmes se mettent du vernis. Le lendemain du mariage, Abby est renversée par un bus et Willem, qui s’est marié pour le meilleur et pour le pire, ne quittera pas le chevet de sa femme, se moquant royalement de son apparence physique (la coupe de cheveux, la barbe ? On oublie) et de ce que sa famille peut penser.
Si nous suivons le retour à la vie d’Abby, prénom qu’elle s’est choisi, prénom dont le but est de tirer un trait sur le passé, nous suivons l’enfance de Myriam Frances, cette petite fille dont les parents l’ont « abandonné » quand elle avait cinq ans. Plutôt, nous suivons les délires du cerveau malade de son père. Critique de l’armée américaine ?. Elle est en tout cas incapable de prévoir les dérives, les dérapages de ses soldats qui reviennent au pays, incapable aussi de voir les problèmes qu’ils avaient déjà avant de s’engager. Critique de la misogynie ordinaire, de l’incapacité à protéger les femmes victimes de violence avant qu’il ne soit trop tard. Dans la manière de se comporter d’Abby au début du livre, j’ai revu la manière dont, trop souvent, les femmes doivent se comporter face aux hommes insistants, ses hommes qui peuvent très vite se mettre en colère si une femme ne répond pas correctement à leurs paroles.
Poursuite est un livre court mais il faut vraiment être bien accroché pour le lire.