Archives

Une histoire des loups d’Emily Fridlund

Présentation de l’éditeur :

Une famille emménage de l’autre côté du lac, en face de chez Madeline, une adolescente un peu sauvage. Alors que le père travaille beaucoup, la mère propose à la jeune fille de l’aider à s’occuper de leur petit garçon. Peu à peu, Madeline s’intègre à ce foyer, sans en déceler la part cachée. Premier roman.

Mon avis : 

Soyez prévenu, il n’y a pas de loups dans cette histoire, sauf ceux qui passionnent l’héroïne/narratrice Madeline/Linda.
Ce récit est celui d’une histoire simple vue rétrospectivement. Maddie a 37 ans quand elle nous raconte ce qu’elle a vu 22 ans plus tôt. Elle nous le raconte petit à petit, par bribes, mêlant des morceaux de son présent à ces moments de son passé. Maddie ne semble pas avoir construit sa vie, parce que rien n’a été construit autour d’elle, dans sa jeunesse. Vous voulez savoir ce qui se passe après la dissolution d’une communauté hippie ? Voyez la vie de la jeune Madeline, c’est un peu ça. Elle est scolarisée, elle partage des activités avec ses parents, mais elle ne dialogue pas avec eux, elle ne reçoit pas de marque d’affection, pour tout dire, elle est livrée à elle-même, se demandant même si cet homme et cette femme sont ses parents – après tout, les enfants étaient élevés en communauté eux aussi. Ni frère, ni soeur, ni ami, seulement le souvenir d’une autre gamine de la communauté – et l’observation d’une camarade de classe, presque aussi ostracisée qu’elle. Cela semble un cliché mais ces seuls vrais amis sont ses chiens.
Puis, des voisins s’installent, au milieu de nulle part. Un couple presque parfait, un couple d’intellectuels, de ceux que l’on écoute sans trop comprendre les paroles mais à qui l’on n’ose pas demander des explications. Un homme plus âgé, scientifique, une femme qui se consacre à son fils Paul, si mignon, si précoce, si étrange que soit la manière dont les siens prennent soin de lui.
Une histoire des loups est une oeuvre particulière parce que l’on en apprend beaucoup sur Maddie, son ressenti, ses émotions. Nous avons presque son examen de conscience, quand elle se demande comment elle aurait pu empêcher ce qui s’est produit, alors qu’elle n’était qu’une enfant. Nous découvrons aussi les « ratés » de la justice américaine, et la grande importance, le poids de la religion, au nom de qui on peut faire à peu près tout. Cependant, je ne peux pas dire que j’ai réellement accroché à cette lecture. Les personnages sont trop dans l’attente, la contemplation et pas assez dans l’action. Bref, ce n’est pas vraiment mon genre de lecture, même si j’aime toujours autant les éditions Gallmeister.

Publicités

Le sympathisant de Viet Thanh Nguyen

Présentation de l’éditeur :

Au Vietnam et en Californie, de 1975 à 1980
Avril 1975, Saïgon est en plein chaos. À l’abri d’une villa, entre deux whiskies, un général de l’armée du Sud Vietnam et son capitaine dressent la liste de ceux à qui ils vont délivrer le plus précieux des sésames : une place dans les derniers avions qui décollent encore de la ville.
Mais ce que le général ignore, c’est que son capitaine est un agent double au service des communistes. Arrivé en Californie, tandis que le général et ses compatriotes exilés tentent de recréer un petit bout de Vietnam sous le soleil de L.A., notre homme observe et rend des comptes dans des lettres codées à son meilleur ami resté au pays.

Merci aux éditions Belfond et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis : 

Je suis allée au bout de ma lecture, mais je dois dire que j’ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce livre. Et encore, suis-je vraiment entrée dedans ? Je n’en suis pas sûre.
Je ne me suis pas sentie proche du narrateur/personnage principal qui était omniprésent puisqu’il s’agit de ses confessions, de ses mémoires, comme on voudra. Il nous raconte son double jeu, d’un côté, homme de confiance d’un général pro-américain, de l’autre agent secret communiste. Il ne choisit pas son camp parce que sa naissance a fait de lui un être double, occidental par son père, oriental par sa mère, jeune fille séduite par un prêtre français – abusée me semble plus juste.
Au cours de la lecture, on découvre la nature de ses trahisons et des renseignements qu’il transmet au pays. Ce livre aurait pu être une histoire d’amitié mais non, pas vraiment, bien que ses deux amis les plus proches soient bien présents dans l’ensemble du récit. Il aurait pu être une histoire d’amour, mais ce n’est pas non plus le cas. Le narrateur-capitaine côtoie pourtant des femmes, il entame même une liaison, presque une vie commune avec l’une d’entre elle. Leur histoire n’ira pas vraiment très loin. Elles font pourtant partie des rares personnages, avec les deux amis, à posséder un prénom. Les autres sont plutôt désignés par leur grade, leur rôle, leur caractéristique, voire un mélange des deux (l’adjudant glouton), pion d’idéologies qui dérapent.
Le capitaine est l’homme de deux camps dont au final aucun des deux ne gagne, chaque idéologie ayant des méthodes bien à elle, bien différentes, mais tout aussi coercitives.
Ce roman offre une vision très large, dans le temps et dans l’espace de la guerre du Vietnam, jusqu’à ses conséquences ultimes, sur un peuple, sur ceux qui le composent, chair et esprit souffrant. Un roman pour ceux que la culture vietnamienne et la culture américaine passionnent.

Sans défense d’Harlan Coben

Présentation de l’éditeur :

Un adolescent est retrouvé à Londres dix ans après avoir été kidnappé aux États-Unis. Que s’est-il passé ? Patrick et Rhys, amis et voisins, ont été kidnappés alors qu’ils jouaient ensemble. Leurs parents ont versé une rançon mais les petits garçons n’ont jamais réapparu, laissant les deux familles dans l’angoisse et le doute. Dix ans plus tard, à Londres, Win, l’oncle de Rhys, croit reconnaître l’un des deux garçons. Il appelle en renfort son meilleur ami, le détective Myron Bolitar. Ils retrouvent Patrick mais Rhys reste introuvable. Peut-il encore être sauvé ? Que s’est-il passé pendant ces dix années ? Pourquoi Patrick refuse-t-il de confier ce qu’il a vécu ?

Mon avis : 

Je n’avais pas lu d’aventures de Myron Bolitar depuis Peur noire (et encore, je l’avais lu en VO, c’est dire si cette lecture est ancienne). Je retrouve aujourd’hui Myron dans ce qui semble être sa dernière aventure : son neveu Mickey a dors et déjà pris le relais. Là, par contre, je ne peux rien dire : je n’ai lu aucune de ses aventures.

Oui, je suis déçue. De Myron, je préférais les toutes premières aventures jusqu’à ce que les intrigues basculent dans le grand n’importe quoi et que je décroche. Là, j’ai l’impression que ce livre a été écrit pour les fans de la série, ceux qui se languissaient de savoir ce qu’était devenu leur héros – et ce qu’était devenu Win, mon personnage préféré.  Alors oui, je n’aime pas trop la façon dont certains personnages ont évolué, ou plutôt ont régressé. J’ai l’impression qu’il a fallu, presque en catastrophe, décider de leur devenir. Ils sont là, fidèles au poste, et n’apportent pas grand chose à l’intrigue à mes yeux : j’aurai préféré rester concentrer sur Win, j’ai beaucoup aimé les chapitres dont il était le narrateur. Mais il fallait bien satisfaire tout le monde, et parfois, meubler, comme lorsque le passé de Myron est rappelé avec forces détails – ceux qui suivent la série depuis le début les connaissaient déjà.

Du coup, le récit policier passe au second plan. Après tout, nous avons presque à faire avec un cold case : les deux enfants ont disparu depuis dix ans et les enquêteurs officiels ont cruellement manqué d’efficacité. La réapparition de l’un des deux est un ressort très utilisé dans les romans policiers contemporains. L’intrigue reste presque classique pour un pays comme les Etats-Unis, et ne pourrait pas avoir lieu ailleurs. Non qu’il n’y ait des disparitions d’enfants dans d’autres pays ou sur d’autres continents – d’ailleurs, le roman nous entraîne en Europe, comme souvent chez Harlan Coben, mais la manière dont l’enlèvement et ses conséquences sont traités sont typiquement américains. Le roman reste efficace, cependant, j’ai tourné les pages rapidement, tout en notant des choses pas vraiment cohérents, pas vraiment possibles, comme dans ces séries américaines que l’on regarde et qui ne doivent leur efficacité qu’au fait qu’on ne s’attarde pas trop sur la construction de leurs intrigues.

L’épilogue laisse à penser que l’on s’arrêtera là, qu’il n’y aura pas d’autres aventures, puisque tout est bien qui finit presque bien. Je ne dirai pas « dommage », je dirai que je relirai peut-être les trois premières enquêtes de Myron Bolitar.

Dernier appel pour les vivants de Peter Farris

Présentation de l’éditeur :

Pour Charlie, ce ne devait être rien d’autre qu’une banale journée de travail à la banque. Pour Hicklin, ce ne devait être qu’un casse de plus. Histoire de se refaire un peu à sa sortie de prison. Pour sa petite amie accro au crack, peu importe, puisque de toute façon rien ne se passe jamais comme prévu. Surtout si, dès le départ, on tente de doubler ses partenaires de la Fraternité aryenne. Et puis pourquoi prendre le jeune guichetier en otage ? Maintenant, combien de temps faudra-t-il aux flics et aux membres du gang pour les retrouver ?

Mon avis :

Avant de chroniquer Le diable en personne, il me semblait logique/judicieux de chroniquer Dernier appel pour les vivants, le premier roman de Peter Farris. Un roman fort, violent, cruel, qui nous montre une des facettes de cette Amérique que l’on ne montre jamais, celle de la classe très moyenne, à la limite des laissez-pour-compte.
Charlie, le guichetier, passionné par les fusées, est un garçon très ordinaire qui ne s’en sort pas trop mal, sa mère travaille également, et même s’il y a du Tanguy en lui, il n’est pas vraiment à plaindre. Du moins, jusqu’à ce samedi matin où il a pris son travail, comme d’habitude, où la banque est braquée et où il est pris en otage – et non tué, comme sa collègue.
Il se retrouve alors plongé dans l’univers d’Hicklin, un dur, un vrai. Il sort de prison, il a une petite amie accro au crac, il est de mèche avec des membres de la fraternité aryenne qu’il tente de doubler. Ce n’était pas vraiment une bonne idée, le déchaînement de violence qui suit le prouve.
J’ai lu ce roman à un rythme assez lent, faisant des pauses assez longues entre chaque session. Est-ce pour cette raison que j’ai vraiment été sensibles à l’évolution de Charlie et, ans une moindre mesure, à celle d’Hicklin – ou le dernier baroud d’honneur d’un truand. Il faut dire aussi que Charlie se voit projeter dans le passé, et découvrir que tout n’est pas si lisse dans le passé de sa mère.
Un livre à lire pour les amateurs de romans noirs.

Nature morte avec pivert de Tom Robbins

Présentation de l’éditeur :

Leigh-Cheri, vingt ans, rousse, végétarienne, idéaliste et princesse de son état, vit en exil près de Seattle avec ses parents. Elle vient de quitter la fac, le cœur brisé par un membre de l’équipe de football et ne croit plus en l’amour. Mais alors qu’elle assiste à un festival écolo à Hawaï, au milieu des scientifiques et politiciens assemblés, elle rencontre Bernard Mickey Wrangle, hors-la-loi en cavale surnommé le Pivert. Il est roux comme elle, il veut dynamiter le festival, et il va lui prouver que l’amour existe.

Mon avis : 

Ce livre est le quatrième roman que je lis de Tom Robbins – il n’est resté que quatre mois dans ma PAL, ce qui est tout de même un progrès par rapport à ma vitesse habituelle à sortir un livre de ma PAL. Cependant, cette lecture est une petite déception.
La première partie (qui correspond aux phases I et II) est vraiment emballante, foutraque, mouvementée en un mot. Nous découvrons le Pivert, alias Bernard Mickey Wrangle, qui est un hors-la-loi bien décidé à ne tenir absolument aucun compte des lois, justement. Ni du verbiage dont les membres du festival semble avoir fait leur spécialité. Ces participants écolos, à une époque où on ne l’était pas temps que cela, parlent beaucoup, disent énormément d’ineptie et ne réfléchissent pas vraiment. Quant à écouter ceux qui ont un raisonnement qui se tient, on oublie ! Le Pivert, lui, est nettement plus directif : « Quand tu rends la société responsable, tu finis par te tourner vers la société pour trouver des solutions. Exactement comme ces pauvres névrosés du festival. On a tendance aujourd’hui à éliminer la responsabilité morale individuelle et à traiter les gens comme des victimes du contexte social. »
Il faut dire qu’à ce festival, le Pivert a rencontré une authentique princesse, Leigh-Cheri, fille d’un roi déchu qui ne pense plus qu’au poker, et d’une reine qui a attrapé quelques tics américains. Depuis la révolution qui a secoué leur petit pays, ils ont trouvé refuge aux USA, pays qui les espionne au cas où – et les bévues des personnes chargées de les espionner et d’interpréter leurs propos sont confondantes de drôlerie. Toute ressemblance avec des souverains déchus ne serait que coïncidence, bien entendu, cependant j’ai trouvé amusant que ce livre parle du duc d’Orléans, et de son frère Thibault, qui était encore vivant au moment où ce livre a été écrit. J’ai aimé aussi, dans un tout autre registre, qu’il soit fait allusion aux Enfants du paradis de Marcel Carné. J’ai aimé aussi les interruptions du romancier, aux prises avec sa machine électrique flambant neuve. On n’arrête pas le progrès ! « Si cette machine à écrire n’y arrive pas, eh bien je déclare que c’est foutrement infaisable ».
Cependant, après la phase III disparaît le Pivert, et nous retrouvons, par amour, Leigh-Cheri recluse volontaire dans le grenier familial. Elle ne fait rien, si ce n’est regarder la lune, et échafauder une théorie métaphysique au sujet du paquet de Camel dont Bernard, alias le Pivert, lui avait dit qu’il était son meilleur ami en cas d’enfermement. Son interprétation ésotérique m’a vraiment ennuyée et je n’ai vraiment retrouvé tout mon intérêt qu’au moment où le Pivert revient en scène, à quelques pages du dénouement.
Bien sûr, les fans de l’auteur retrouveront l’univers bien particulier de Tom Robbins, ses thèmes de prédilection, même ses manières de créer des péripéties dans l’intrigue (le lecteur n’est ni à une explosion ni à un départ pour le moyen-orient près). Je regrette simplement que ce tome n’ait pas eu, tout du long, la saveur des cent premières pages.

Addict de James Renner

Présentation de l’éditeur : 

Mieux qu’un roman : l’histoire vraie d’un addict des crimes non résolus.
En 2004, la voiture accidentée d’une élève infirmière sans histoires, Maura Murray, est retrouvée à des centaines de kilomètres de chez elle. Aucune trace de la jeune fille, qui était sur le point de se marier. Plus troublant encore, lorsqu’on ouvre son appartement, on constate qu’elle s’apprêtait à déménager, alors qu’elle n’en avait parlé à personne, ni à ses amies, ni à son futur mari, ni à sa famille. Quel était le secret de Maura ? Et qu’est-elle devenue ? […] Récit d’une étrange obsession tout autant qu’enquête détaillée et passionnante, Addict est un document exceptionnel, qui fera date dans l’histoire du genre.

Mon avis : 

Il est des choses qui ne s’expliquent pas, comme le fait que j’ai pratiquement lu ce récit d’une traite. En effet, il s’agit bien d’un récit, qui nous renseigne à la fois sur la disparition d’une jeune femme, Maura Murray, et sur l’auteur, James Renner, qui, depuis l’adolescence, est accro aux affaires non résolues.
Ce récit est effrayant, pas seulement à cause de la disparition de Maura et de celles d’autres jeunes femmes, non. Ce qui m’a effrayé est la manière dont les jeunes enfants étaient considérés. Si jeune qu’il soit, Casey, le fils de James Renner, se retrouve déjà sous traitement médicamenteux, après avoir été exclu de plusieurs écoles maternelles. Je crois sincèrement qu’il y aurait un travail de fond à faire pour couper la transmission de la violence telle qu’elle l’est depuis plusieurs générations dans la famille de l’auteur – oui, je donne mon avis sur sa vie, mais c’est lui qui parle de ses problèmes personnels et familiaux. Ou comment il est devenu cet homme obsédé par les affaires non résolus, qui se laisse bouffer par la part de ténèbres de ces enquêtes.
L’originalité de ce récit ? Je pense d’abord à l’utilisation des réseaux sociaux pour glaner des informations, retrouver les personnes disparues. L’auteur a des informateurs qui, eux aussi, sont passionnés par le sujet. Ceux qui ne semblent pas véritablement intéressés sont les proches de la disparue, qui ne veulent pas communiquer au sujet de Maura et qui, pour certains, semblent avoir perdu pied dans leur vie. Ce récit montre aussi la différence entre le portrait donné officiellement, absolument idyllique et le portrait qui se dessine après les recherches de Renner. Où est la vérité ? Probablement entre les deux.
Addict, un livre qui m’a donné envie d’explorer ce genre littéraire.

MInuit sur le canal San Boldo de Donna Leon

Mon résumé :

Brunetti accepte de rendre un service à sa belle-mère : l’une de ses amies, aristocrate vénitienne, veut faire toute la lumière sur l’agression de sa petite-fille Manuella. Celle-ci a été poussée dans le canal San Boldo et n’a du sa survie qu’à un ivrogne notoire, qui a plongé à l’eau pour la sauver. Elle a conservé des dommages irréversibles, qui la condamne à avoir sept ans pour toujours. Comment trouver le responsable, quinze ans après ?

Mon avis : 

Retrouver le commissaire Brunetti pour sa vingt-cinquième enquête, c’est un peu retrouver un vieil ami, un ami sûr, dont on sait qu’il ne nous décevra pas, mais qu’il n’aura pas beaucoup changé non plus. Il s’entend toujours aussi bien avec Paola, sa femme, qui,universitaire, cuisine toujours aussi bien tout en conservant sa passion pour Henry James. Il a des discussions passionnées avec ses enfants, ce qui le questionne aussi sur le sentiment d’insécurité qui commence à s’imposer à Venise, sentiment qui était inimaginable quelque temps plus tôt. Il peut toujours compter sur Eletra, la secrétaire spécialisée dans toutes les recherches d’information – surtout celles que l’on veut maquiller ou cacher. Il a vieilli, certes, et se rend compte que son corps ne répond plus aussi bien que par le passé à ses sollicitations – thème que l’on retrouve chez tous les auteurs dont les personnages sont évolutifs (difficile d’imaginer que vingt-cinq enquêtes puissent être bouclées en une année).
Justement, c’est sur une affaire ancienne que Brunetti devra enquêter. Non que de nouveaux éléments soient apparus, non, il s’agit de faire plaisir à une amie de sa belle-mère, membre de l’aristocratie vénitienne. Pourquoi maintenant ? Demetriana a 86 ans, s’occupe activement de la préservation de Venise et sait qu’elle n’a plus que quelques années à vivre, quelques années pour savoir qui a agressé sa petite-fille, lui causant des dommages cérébraux irréversibles. Demetriana veut savoir, elle qui, avant l’agression, transformait les liens affectifs en liens financiers.
Encore une fois, le livre est une charge contre la « justice » en Italie, et les magouilles en tout genre qui permettent (ou non) de faire progresser les choses. Les scandales ne manquent pas, à Venise.
J’ai tout de même un goût d’inachevé à cette lecture. Je ne puis m’empêcher de penser que, sous d’autres cieux, avec des parents plus attentifs, avec une justice qui remplit réellement son rôle, l’affaire aurait pu être résolue bien plus tôt. Puis, Brunetti est sympathique, certes, il n’a pas ce quelque chose en plus qui rend si charismatique à mes yeux un Salvo Montalbano ou un Rocco Schiavone pour citer d’autres héros italiens. IL a même quelque chose en moins, par rapport aux héros que j’ai cités plus tôt. J’ai beaucoup aimé la scène finale du roman – mais elle ne doit rien à Brunetti, et elle aussi aurait dû avoir lieu quinze ans plus tôt.