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Lucky man de Jamel Brinkley

Présentation de l’éditeur :

Un adolescent cherche par tous les moyens à se prouver qu’il est devenu un homme, quitte à mettre en danger son petit frère influençable ; le temps d’une excursion avec le centre aéré, un gamin des quartiers pauvres découvre la réalité des classes sociales ; à l’occasion d’un stage de capoeira, deux frères tentent de renouer et d’oublier la violence de leur passé familial …

Merci aux éditions Albin Michel et au Picabo River book club de Léa pour ce partenariat.

Mon avis :

Allez, je me lance pour l’écriture de cet avis sur un genre qui n’est pas mon genre de prédilection : les nouvelles. Il s’agit ici du tout premier livre de Jamey Brinkley. Il nous entraîne à Brooklyn, il nous entraîne dans le Bronx, surtout, il nous fait découvrir des jeunes garçons, des adolescents, des hommes, des hommes mûrs qui ont tous pour point commun d’être noir dans l’Amérique d’aujourd’hui – et d’hier un peu, parce que les nouvelles sont parfois écrites de manière rétrospective, ou nous entraîne dans le passé des personnages.

Etre un homme, ce n’est pas facile. Être un homme noir qui essaie de se faire une place dans la société non plus. Même si la question du racisme n’est pas abordée de front, elle surgit, tout de même, en filigrane. Lincoln, le héros de « Lucky man », la nouvelle éponyme, aurait-il été pris à partie de la même façon par une femme blanche si lui-même avait été blanc ? Curtis, le héros « d’Une famille », sait que sa condamnation aurait été moindre s’il avait été blanc. Certains ont pourtant très bien réussi dans la vie, comme Wolf, si ce n’est que ce n’est pas suffisant aux yeux de son père, si ce n’est que l’on peut se demander s’il est vraiment heureux. C’est une des rares nouvelles où le personnage féminin qui lui est opposé est aussi fort : Rhonda n’en a rien à faire de ce que l’on pense d’elle, de ce que l’on peut dire d’elle, des états d’âme de Wolf, qui ressemble à tant d’hommes qu’elle a côtoyés dans sa vie. Ah non, je devrai parler aussi de Sulay, la compagne de Carlos, belle-soeur du narrateur de Tout ce que mange la bouche : elle aussi dit ses quatre vérités à son beau-frère, et ce n’est pas son manque de capacité à renouer les liens avec son frère qui l’empêchera elle de mener sa vie avec compagnon et fille.

Oui, je m’intéresse dans ce recueil plus aux femmes qu’aux hommes, même si elles n’apparaissent parfois qu’en filigrane, parce qu’elles sont souffrantes, parce qu’elles ont trop tôt disparu de la vie de leur enfant. Pensée aussi pour Alexis, qui a quitté son mari Lincoln, provisoirement ou définitivement, c’est difficile à déterminer – pour lui. Pensée pour Arlène, qui accueille les gamins du centre aérée dans sa maison, sous le haut patronage de sœur Paméla, et qui espère en avoir enfin un à elle.

Pensée aussi à tous ces garçons à qui on a dit d’être des hommes et qui ne sont pas parvenus à se définir, se construire. Il y a comme un goût amer dans certains textes, dans « Tout ce que mange la bouche » : les deux frères, séparés par la violence qu’ils ont connue enfants, ne parviennent pas à se rapprocher complètement, tout comme le jeune garçon de « La parade J’ouvert 1996 », qui cherche à protéger son petit frère. Même la nouvelle qui ouvre le recueil est tout sauf parfaitement sereine, comme si ces deux jeunes hommes n’arrivaient pas à formuler vraiment ce qu’ils désirent. Que dire également de Curtis, qui finalement prend presque la place de son meilleur ami décédé auprès de sa compagne et de son fils.

Ce n’est pas que ce recueil est inabouti, c’est qu’il nous montre des destins inachevés, remplis d’ombres et de regrets.

Le moine de Moka de Dave Eggers

Présentation de l’éditeur :

L’histoire vraie de Mokhtar Alkhanshali, jeune américano-yéménite, qui va tenter l’impossible pour redonner ses lettres de noblesse au café du Yémen. Mokhtar a 24 ans et travaille comme portier dans un prestigieux immeuble de San Francisco lorsqu’il découvre l’histoire fascinante de l’invention du café, et la place centrale que le Yémen y occupe. Jeune homme brillant, autodidacte et particulièrement débrouillard, il quitte alors sa famille et les États-Unis pour retourner sur la terre de ses ancêtres, afin de rencontrer les cultivateurs, cueilleurs et trieuses aux quatre coins des régions les plus reculées du pays.

Merci aux éditions Gallimard, à Léa et au Picabo River Book club pour leur confiance.

Mon avis : 

Le moine de Moka est avant tout l’histoire d’un voyage. Non pas l’histoire du trajet du café des champs de caféiers à notre tasse (encore que…) mais le voyage qui a mené Mokhtar Alkhanshali a devenir lui-même, lui qui, selon certains membres de sa famille, valait moins qu’un âne, le genre de remarque qui aurait peut-être conduit quelqu’un d’autres sur le divan d’un psy pour n’en plus bouger.

Sauf que Mokhtar a presque 25 ans. Il contemple sa vie, ce qu’il a fait jusque là, et cela ne le satisfait pas vraiment. Alors oui, il a excellé dans différents métiers, qu’il a quitté parce que cela ne lui convenait pas – comme chez ce vendeur de voiture qui s’arrangeait pour paraître conciliant d’un côté, avant de reprendre l’avantage financier de l’autre, l’argent n’a pas d’odeur. Le café, lui, en a. Et c’est presque par hasard, que Mokhtar se plongera dans les origines du café, découvrant que son pays, le Yémen, est pour beaucoup dans sa découverte.

Il y a de la candeur et de la détermination chez ce jeune homme qui vit un retour au source en retournant dans son pays pour recréer une route du café, et surtout, une nouvelle manière d’exploiter ce café yéménite qui n’a pas vraiment la cote auprès des spécialistes. Candeur, parce qu’il ne connaît que peu de choses à la manière de cultiver les caféiers, de cueillir les grains, encore plus d’exporter le tout, détermination parce qu’il va tout mettre en oeuvre, y compris devenir le premier yéméno-américain à obtenir le Q-Grader.

Yéméno-américain et musulman, et malheureusement, la question religieuse a son importance dans un pays – l’Amérique – plus refermée sur elle-même que certains ne le croient ou ne veulent le voir. Etre musulman et voyager, puis revenir aux Etats-Unis peut vous placer dans des situations que n’aurait pas renié Kafka.

Et il ne faut pas oublier, justement, le Yémen, ce pays dont on parle très peu, pour ne pas dire pas du tout, ce pays dont les habitants eux-mêmes ne connaissent pas la beauté, parce qu’ils se déplacent très peu, parce qu’ils n’ont pas la possibilité de le faire non plus. Des vies difficiles, des conditions de travail redoutables et la guerre qui fait irruption au moment où le projet de Mokhtar était vraiment sur la bonne voie, pour ne pas dire presque concrétisé.Et là, en lisant le récit de ses pérégrinations à travers le Yémen, on se dit vraiment que les Etats-Unis n’ont pas été à la hauteur pour aider leurs ressortissants, se lavant les mains de ce qui pourrait survenir. Ahurissant aussi de lire la violence quotidienne, la douleur, le fait que les terroristes profitent de tous les événements, y compris les plus tragiques, pour tuer encore plus.

Le moine de Moka est une épopée moderne, à la fois drôle et tragique : vous ne verrez plus votre tasse de café de la même façon.

 

Terrible vertu d’Ellen Feldman

Présentation de l’éditeur :

« Le devoir d’une femme : regarder le monde bien en face, avec une lueur infernale dans les yeux ; avoir un idéal ; parler et agir en dépit de toutes les conventions. » Telle était la philosophie de Margaret Sanger et telle a été sa vie.
Portrait d’une des figures les plus influentes et les plus controversées du XXe siècle, ce roman met en scène cette femme indomptable.

Élevée dans un milieu pauvre, par une mère épuisée par treize grossesses, Margaret se fait très jeune le serment de ne jamais subir la vie d’une femme au foyer. Devenue infirmière à une époque où la contraception est illégale, elle décide de se consacrer aux femmes et met sur pied en 1916 la première clinique clandestine de contrôle des naissances. C’est le début d’une vie de luttes enfiévrées qui la conduiront à créer en 1952 le planning familial, avant de militer, par tous les moyens, pour la légalisation de la pilule. Son acharnement la conduira plusieurs fois en prison, elle sera contrainte de fuir les États-Unis pour l’Angleterre et la France, où, là encore, toujours aussi indomptable et provocante, elle poursuivra son inlassable combat pour l’égalité des sexes.

Merci aux éditions Le cherche-midi et à Babelio pour ce partenariat.

Mon avis :

Question piège pour commencer  : si Margaret Sanger avait été un homme, se serait-il intéressé à ce combat ? Je ne parle pas d’un médecin, d’un infirmier (encore que, je ne pense pas que la profession ait été vraiment masculine à cette époque) mais d’un homme issu d’une famille nombreuse, pauvre, qui aurait certainement dû travailler très jeune pour aider sa famille ? Sans doute pas. La contraception, même si on n’en parlait pas, même si on ne la nommait pas, restait une affaire de femmes, quand, éventuellement, il était envisagé de ne pas, de ne plus avoir d’enfants. Oui, il était des médecins qui déjà, à l’époque, prévenaient qu’une nouvelle grossesse, un nouvel accouchement, mettait la femme en danger de morts, mais concrètement, que faisaient-ils pour prévenir ce risque ?

Margaret, elle, a vu avec ses frères, ses soeurs, sa mère mourir quasiment d’épuisement – les enfants, une fois nés, il faut bien s’en occuper, les nourrir, les vêtir, les soigner. Margaret veut changer les choses, elle veut que les femmes puissent choisir quand devenir mère, combien de fois elles deviendront mères, et elle ne cessera de mener ce combat.

Maintenant, une nouvelle question piège : si Margaret avait été un homme, lui aurait-on reprocher la vie qu’elle a menée ? La réponse est non, j’en suis sûre : un homme peut laisser femme et enfants pour vivre ses passions (le sport, notamment), personne ou presque ne le lui reprochera, et madame restera à la maison pour prendre soin du foyer et de leur progéniture. Mais quand c’est le contraire, alors là, tollé général – ou presque.

Terrible vertu est, j’en ai l’impression, un livre qui fait parler autant si ce n’est plus pour la personne dont elle raconte la vie, pour ses choix de vie, si bien que l’on en oublie que c’est avant tout un objet littéraire, qui choisit de raconter la vie de Margaret de manière non linéaire, marquant une ellipse sur l’un des événements les plus importants de sa vie d’adulte – événement que le lecteur peut comprendre, cependant. Margaret nous est racontée par elle-même, bien sûr, mais aussi par les hommes qui l’ont aimés, par ses fils, ses amies, sa soeur, en contrepoint avec son propre ressenti. Rien n’est caché de la dureté de son combat, dans lequel elle n’a pas été seule – sa sœur Ethel a aussi payé le prix fort. Rien n’est caché non plus de certains choix, sujets à caution, comme tous choix qui entraînent des conséquences sur les autres.

Et si le rêve de Margaret, au fond, avait été de transmettre ce qu’elle n’avait pas eu, ce qu’elle avait crée ? Bien sûr, nous sommes dans un roman, mais la transmission, de génération en génération, de son prénom à ses descendantes n’est sans doute pas un hasard. Combattre pour les femmes avec les femmes – même si des femmes s’y opposent, la misogynie n’est pas l’apanage des hommes.

A mon avis, un livre qui divisera autant que la figure qu’il met en scène.

Sauvage de Jamey Bradbury

Présentation de l’éditeur :

À dix-sept ans, Tracy Petrikoff possède un don inné pour la chasse et les pièges. Elle vit à l’écart du reste du monde et sillonne avec ses chiens de traîneau les immensités sauvages de l’Alaska. Immuablement, elle respecte les trois règles que sa mère, trop tôt disparue, lui a dictées : «ne jamais perdre la maison de vue», «ne jamais rentrer avec les mains sales» et surtout «ne jamais faire saigner un humain». Jusqu’au jour où, attaquée en pleine forêt, Tracy reprend connaissance, couverte de sang, persuadée d’avoir tué son agresseur. Elle s’interdit de l’avouer à son père et ce lourd secret la hante jour et nuit. Une ambiance de doute et d’angoisse s’installe dans la famille, tandis que Tracy prend peu à peu conscience de ses propres facultés hors du commun.

Mon avis :

Livre idéal en cas de canicule.
Oui, je sais, c’était facile à dire.
C’est d’ailleurs à ce moment-là que j’ai lu le livre, c’est vous dire le retard que j’ai pour rédiger mon avis définitif.
Et vous vous doutez bien que, si cela avait été un coup de coeur, je l’aurai rédigé depuis longtemps, cet avis !
Comme dans beaucoup de livres, le problème majeur de la famille de Tracy est le fait que l’on ne se parle pas. Ce n’est pas de l’incommunicabilité, c’est plutôt qu’ils sont une famille de taiseux, comme le père, ou une famille qui doit conserver un secret, comme la mère de Tracy. Elle aussi a un secret : sa mère lui a transmis son don, ou sa malédiction, au choix. Je pencherai presque pour la seconde proposition. Il faut dire que Tracy a beau tenté de respecter les préceptes de sa mère, elle n’a plus personne pour la guider, pour l’aider après sa mort sur laquelle elle ne cessera de se questionner. Vivre avec un tel « don » n’est pas facile. Certaines scènes sont d’ailleurs difficiles à lire, et m’ont donné envie de refermer le livre sans le terminer – autant pour mon insensibilité légendaire.
Pourtant, je suis bien allée au bout de ma lecture, et j’aurai même passé plus de temps avec Tracy – pour savoir ce qu’elle allait devenir. Parce que Tracy a commis une terrible erreur d’interprétation, et elle ne s’en rendra compte que bien trop tard.
Alors oui… Il y a l’Alaska, la rude vide là-bas, les courses de chien de traineaux, et des personnes qui apparaissent parfois, et ne sont pas celles que l’on croit.
A vous de lire et de me dire ce que vous en penser.

La crête des damnés de Joe Meno


Edition Agulo – 348 pages

Présentation de l’éditeur :

 » Les compiles de Gretchen étaient comme ces chansons qui semblent nous parler de nos vies. La bande-son secrète de ce que je ressentais ou de ce que je pensais à propos de presque tout. « La Crête des damnés, c’est l’histoire d’un ado des quartiers sud de Chicago qui découvre le punk dans les années 1990. À travers les exploits et ruminations de Brian, ex-loser qui se rêve en star du rock, et de sa meilleure amie Gretchen, fan de punk et de bagarres aux poings, Meno décrit avec une grande justesse de ton les premiers émois amoureux, la recherche d’une identité entre désir d’appartenance et de singularité, les situations familiales complexes… et brosse au passage le tableau de ces quartiers et leurs démons : racisme, conformisme catholique, oppression de classe.

Merci à Babelio et aux éditions Agullo pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce livre est ma première lecture d’une oeuvre de Joe Meno, un auteur que j’avais vraiment envie de découvrir, pour avoir croisé plusieurs fois ses précédents romans sur des blogs. J’ai lu ce roman presque d’une traite jusqu’à la page 180, et après, j’ai eu plus de mal, fractionnant ma lecture de quarante pages en quarante pages. Que s’est-il donc passé ? Et bien, rien de particulier. J’ai eu l’impression de tourner en rond dans la lecture, de ne pas voir de progression dans l’itinéraire du narrateur. Mais revenons plus en détails sur son parcours, justement.Nous sommes au début des années 90. Brian a un frère aîné, une petite soeur, il vit avec ses parents en banlieue de Chicago. Cette famille ordinaire est pourtant en train de dysfonctionner, sa mère semble indifférente, lointaine, et son père dort désormais sur le canapé, dans la cave : une séparation ordinaire, dans l’indifférence générale. Au lycée, Brian ne fait pas vraiment partie des élèves populaires, ses proches non plus. Il est amoureux de sa meilleure amie Gretchen, mais il est incapable de lui dire, de faire le premier pas, tant il craint d’être rejeté. Contrainte supplémentaire : il est élève dans un lycée catholique, et dans ces établissements, peu de choses changent. C’est pourtant après une punition supplémentaire qu’il rencontre Nick, et que cette rencontre le fait se singulariser encore plus, lui, le loser qui a viré au punk, sans vraiment savoir, finalement, pas plus que ceux qui l’entourent, ce que cela signifie vraiment d’être punk. Ce n’est pas désagréable à lire, attention. Cela nous questionne même sur cette Amérique de la classe moyenne, cette Amérique qui s’apprête à déclarer la guerre à l’Irak, cette Amérique où des mères n’en peuvent plus, et flanquent presque leur fils à la porte. Pas de racisme, non, pas vraiment, mais les élèves noirs sont ostracisés, ils ne se sentent pas formidablement intégrés, et ce sont toujours les blancs qui imposent leur choix, notamment pour le fameux bal de fin d’années. Une anecdote ? Pas vraiment, dans un pays où le bal est considéré comme une véritable institution. Oui, Brian se cherche, et il ne s’est pas trouvé à la fin du roman, lui le lycéen invisible sans véritable perspective d’avenir, lui l’amoureux de la musique qui apprécie véritablement les chansons qu’il écoute, qui les vit, devrai-je plutôt dire, lui qui se rêve musicien, et qui, en attendant, glandouille, se bagarre, cherche une fille avec qui sortir. Et se raccroche toujours à son amie amoureuse, Gretchen. J’ai apprécié le style de l’auteur : oui, le personnage est un ado, et il s’exprime comme un ado, non comme quelqu’un qui singe la manière de parler des ados. Son langage nous emporte et restitue ses années-là. Alors oui, il ne se passe pas grand chose d’important – pour nous – ce n’est pas forcément le cas pour Brian et les siens.

 

 

Si je reste de Gayle Forman

édition Pocket – 186 pages

Présentation de l’éditeur ;

Mia a 17 ans, un petit ami que toutes ses copines lui envient, des parents un peu excentriques mais sympas, un petit frère craquant, et la musique occupe le reste de sa vie. Et puis… Et puis vient l’accident de voiture. Désormais seule au monde, Mia a sombré dans un profond coma. Où elle découvre deux choses stupéfiantes : d’abord, elle entend tout ce qu’on dit autour de son lit d’hôpital. Ensuite, elle a une journée seulement pour choisir entre vivre et mourir. C’est à elle de décider. Un choix terrible quand on a 17 ans.

Mon avis :

Ce livre était dans ma PAL depuis cinq ans. Je l’en ai sorti grâce au challenge Livra’deux pour pal’Addict, il m’a été proposé par angelbleu34.

J’aurai envie d’être brève, et je ne sais pas si je le serai ou pas. Si j’avais lu ce livre quand je l’ai acheté, est-ce que je l’aurai aimé ? Non. Si j’avais eu ce livre entre les mains entre les mains quand j’étais adolescente, aurai-je aimé ce livre ? Non.  Mes raisons sont les mêmes à tous les âges. Les voici.

J’ai du mal avec les livres larmoyants, les livres qui veulent absolument nous émouvoir. Oui, Mia vit une tragédie, je ne dirai pas le contraire. La dimension fantastique lui permet de savoir ce que pensent et vivent les siens, de se remémorer ce qu’elle a vécu. C’est un choix narratif intéressant. Maintenant [attention, spoiler contenu dans la quatrième de couverture] le côté : dois-je rester ou pas ? c’est à dire, pour être plus cru, dois-je vivre ou mourir ne se pose pas pour moi. Je n’ai jamais été attirée par les personnages éthérées qui poétisent à tout va et disent qu’une personne choisit de mourir (ou de vivre). La seule fois où une personne fait ce choix, c’est quand elle se suicide. Dire, laisser penser qu’une personne accidentée (ou malade) fait ce choix me dérange fortement – parce que je suis sûre que les personnes que j’ai connues et qui sont mortes ainsi auraient préféré vivre. Alors, cela console peut-être les survivants – peut-être. Cela peut aussi les enfoncer davantage : pourquoi mon amour, mon amitié n’a pas pu lui donner envie de s’accrocher ? Cela ne s’arrange pas forcément dans la seconde partie du livre, qui n’est pas racontée dans le quatrième de couverture, mais Mia a l’impression que certains proches l’autorisent à partir – parce que la vie à son réveil serait trop dure.

Je me suis dit aussi que l’auteur allait un peu trop loin dans la tragédie – oui, là aussi, c’est écrit sur le quatrième de couverture.

J’ai trouvé aussi qu’une des péripéties était un peu inutile. Oui, elle permet de mieux connaître Adam, l’amoureux de Mia. Mais il aurait pu choisir une solution tellement plus simple. La famille de Mia est loin d’être monstrueuse, les amis proches encore moins. Adam est un personnage excessif – est-ce dans son caractère, ou lié à l’adolescence ?

Après avoir dit tant de choses négatives, je vais tout de même essayer de trouver du positif – même si j’ai trouvé le livre pesant à lire, et regretter que la quatrième de couverture ôte déjà tout espoir, alors qu’il ne l’est qu’à une bonne moitié du livre. Les personnages des parents de Mia, ses grands-parents, sont vraiment des créations originales, la preuve que les contraires peuvent s’attirer – même si, en dépit de leur originalité, de leur passé de rocker, je les ai trouvés, eux et leurs amis, un brin conformistes.

La fin est quant à elle assez ouverte, mais ne me donne pas envie de découvrir la suite.

Coup de vent de Mark Haskell Smith

Présentation de l’éditeur :

À quoi sert d’avoir dix millions de dollars en devises variées si, comme Neal Nathanson, on se trouve perdu en mer à bord d’un voilier en train de sombrer ? Strictement à rien, sauf à en brûler un sac ou deux dans l’espoir fou d’attirer l’attention. Sauvé in extremis, Neal se réveille attaché au garde-fou d’une navigatrice en solitaire, méfiante et bien décidée à entendre son histoire. Neal lui parle alors de Bryan, un jeune loup de Wall Street qui a réussi à détourner un magot conséquent avant de s’enfuir dans les Caraïbes. Bien sûr, la banque qui l’employait a lancé des enquêteurs à sa poursuite, avant que les clients spoliés ne s’aperçoivent (enfin) que les traders sont des voleurs. C’est ainsi que Neal, accompagnée d’une pro de la finance, la très douée Seo-yun, s’est retrouvé en charge de récupérer l’argent. Simplement, il n’était pas le seul. Coup de vent est une folle course-poursuite sanglante dans les Caraïbes, aux rebondissements multiples et à l’humour féroce.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier les éditions Gallmeister et le Picabo River book club pour ce partenariat.

Et si l’on commençait par la fin ? Au début du livre, nous découvrons Neal, l’un des protagonistes de ce récit qui se retrouve sur un bateau, seul, en mer. Nous allons découvrir comment ce geek gay (autant le définir tout de suite) en est arrivé là.

Ceci est l’histoire d’un hold-up, le hold-up de Bryan, un hold-up moderne, ou presque, sans besoin de sortir un revolver et de le braquer sur un caissier, un hold-up discrètement lucratif, là où d’autres prédécesseurs célèbres ont subtilisé bien que la somme, pourtant conséquente, dérobée.

Il ne s’agit pas tant de poursuivre le voleur, de l’arrêter, de le conduire en prison que de récupérer l’argent. Jeu de pistes à travers les traces que l’on peut laisser sur la toile ou dans le monde réel. Disparaître ne semble plus possible, dans notre monde actuel, même si l’on dispose d’argent.

Ce livre nous interroge aussi sur l’identité. Qui est-on vraiment ? Par quoi, par qui est-on défini ? Même dans le monde de la finance, des liens sont censés être crées, ne serait-ce que pour motiver les équipes à gagner davantage d’argent. Interrogation sur les liens familiaux, aussi, avec des enfants qui suivent la voie tracée, voulue par leurs parents, ou bien son exact contraire – et à quel moment deviennent-ils eux-mêmes ?

J’avais une chanson en tête en lisant ce livre, Ultra Moderne Solitude d’Alain Souchon, parce que les personnages sont seuls, désespérément. Même le mariage, ses préparatifs, chefs d’oeuvre de conventions sociales, ne parvient pas à unir deux adultes. La sexualité ? J’ai parfois eu l’impression que certains personnages redécouvraient qu’ils en avaient une, et qu’elle peut unir deux êtres, intensément. Neal peut dire à quel point, depuis sa rupture, il se sent seul – qu’il soit homosexuel est une donnée comme une autre, aussi banale à énoncer que la couleur des cheveux ou de ses yeux. Son compagnon est d’ailleurs tout à fait capable de se comporter comme le premier beauf venu, vautré sur le canapé en regardant le sport. Moralité : on peut acheter des meubles ensemble et vivre l’un à côté de l’autre. Canapé onéreux, bien entendu.

Et l’on en revient à l’argent : ce que l’on en fait, pourquoi l’on désire en avoir – le héros dit pourquoi l’argent est tellement désiré, avec une grande lucidité. L’argent fait-il le bonheur ? A voir, à lire avec le dénouement.