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La mémoire des vignes d’Ann Mah

Merci à Netgalley et aux éditions Cherche-Midi pour ce partenariat dans le cadre du Challenge Netgalley.

Présentation de l’éditeur :

Pour faire partie des rares experts en vins certifiés au monde, Kate doit réussir le très prestigieux concours de Master of Wine. Elle fait pour cela le choix de se rendre en Bourgogne, dans le domaine appartenant à sa famille depuis des générations. Elle pourra y approfondir ses connaissances sur le vignoble et se rapprocher de son cousin Nico et de sa femme, Heather, qui gèrent l’exploitation. La seule personne que Kate n’a guère envie de retrouver, c’est Jean-Luc, un jeune et talentueux vigneron, son premier amour. Alors qu’elle se lance dans le rangement de l’immense cave, elle découvre une chambre secrète contenant un lit de camp, des tracts écrits par la Résistance et une cachette pleine de grands crus. Intriguée, Kate commence à explorer l’histoire familiale, une quête qui la mènera aux jours les plus sombres de la Seconde Guerre mondiale et à des révélations très inattendues.

Mon avis :

C’est presque un exercice de style pour moi que de chroniquer un livre que j’ai sollicité dans le cadre du Challenge Netgalley et que je n’ai pas aimé lire. J’aurai dû le savoir : il n’était pas pour moi. La cause n’est pas que je n’aime pas le vin, que je n’y connais quasiment rien – volontairement – non : cela ne m’a jamais empeĉhé d’aimer les romans de Jean-Pierre Alaux. La cause est plus probablement à chercher dans deux points : la seconde guerre mondiale et les secrets de famille.

Le pluriel s’impose parce que les secrets sont multiples, engendrés les uns par les autres. La mère de Kate, qui a pris ses distances avec sa fille unique, a depuis longtemps pris ses distances avec sa propre famille : c’est avant tout par opportunité si Kate, qui prépare un prestigieux concours, se retrouve à loger chez eux. Puis, une amie de longue date a épousé son cousin Nicolas. Seulement, elle n’ose pas vraiment s’imposer par rapport aux traditions familiales : restons figés dans le passé, c’est tellement mieux. Oui, dans ce roman, il est aussi question de la place des femmes, et parfois, je me dis que certaines mentalités n’ont vraiment pas évolué, y compris chez les femmes elles-mêmes. Ne venez pas me dire : « c’est comme ça et puis c’est tout », le rôle d’une femme n’est pas de s’effacer derrière un homme.

Ce n’est pas que l’on ne se parle pas, dans ces familles, on se contente de communiquer, sans dire réellement, quand la parole n’est pas totalement occultée : on n’ose pas parler à l’oncle Philippe, et quand celui-ci prend la parole, c’est pour interdire de remuer le passé.

Le passé, c’est la seconde guerre mondiale, et ce n’est pas à moi, née en Normandie, que l’on m’apprendra que les souvenirs sont encore vivants, cuisants. Le passé se matérialise dans chaque chapitre par de larges extraits du journal intime d’Hélène, la grande-tante dont personne ne parle. Elle n’est qu’une demi-soeur, et sa belle-mère fait passer ses fils avant elle – constat. J’ai presque eu l’impression de lire une réécriture de Cendrillon, avec des demi-frères plus jeunes, dont l’un choisira de se retirer du monde. La guerre a permis de réveiller le meilleur et le pire chez les hommes, dit-on. J’aimerai aussi, de temps en temps, que l’on pense, dans les romans, à tous ceux qui se sont contentés de survivre, pendant toutes ses années, ceux qui se demandaient comment ils allaient réussir à nourrir et à vêtir leurs enfants, bref, cette majorité qui n’était ni résistante ni collabo, juste là, à subir. Oui, je m’égare, je m’égare, je digresse, parce que je n’ai pas aimé l’histoire du passé, même si elle a permis de rencontrer de belles figures de héros. Elle interroge aussi sur l’antisémitisme dans le passé – et Heather, amie de Kate, de se questionner sur ce qui se serait passée si elle avait vécu ses années-là. J’aurai envie de lui répondre que, malheureusement, l’antisémitisme existe toujours, ce petit coin de Bourgogne semble préservé.

A vrai dire, je n’ai pas raffolé du présent non plus. Je n’ai pas vraiment aimé la trajectoire amoureuse et professionnelle de Kate. Je me suis parfois demandé la raison de tous ses non-dits, la lenteur dans la progression de l’intrigue. Je ne déteste pas les romans qui se retrouvent à la croisée des genres, disons que la romance et le roman historique dur et réaliste n’a pas vraiment pris pour moi.

Secrets enterrés de Kate Watterson

Présentation de l’éditeur :

Mensonges et vengeances: une double enquête pour l’inspectrice Ellie McIntosh. À Milwaukee, dans le Wisconsin, des policiers se font mystérieusement abattre. Ellie doit découvrir pourquoi. C’est alors que son grand-père l’appelle à l’aide : il a découvert un squelette humain sur sa propriété. Mais pourquoi ne semble-t-il pas surpris ? Tandis qu’Ellie fouille dans un passé familial terrifiant, l’étau se resserre autour d’elle et de son coéquipier : seront-ils les prochaines cibles du tueur de flics ? Au même moment, la jeune femme doit prendre une décision qui va changer son destin et celui de son petit ami, le séduisant écrivain Bryce…

Mon avis :

– Ça va, demanda-t-elle. je crois que tu saignes.
– Je le sais, que je saigne ! J’arrive pas à croire qu’on m’a encore tiré dessus, putain !

Le ton est donné, si j’ose dire, dans ce dialogue entre Ellie McIntosh et son coéquipier Jason Santiago, et ceux qui ont des chastes oreilles, ne supportant pas la vue ou la prononciation d’un gros mot sont priés de passer leur chemin. Ils ne savent pas à quel point ils passent à côté de très bons romans.

Je rencontre pour la première fois cette enquêtrice, et j’ai très envie, du coup, de découvrir les enquêtes précédentes, ce que je ne vais pas manquer de faire. Elle exerce dans le Wisconsin, bourlinguant du Nord au Sud de cet état, mais officiellement en poste à Milwaukee. il ne fait pas bon être policier dans cet état, puisque deux d’entre eux sont tués, en étant personnellement visés. Témoin involontaire des faits, Jason Santiago, encore en convalescence après avoir failli être tué lors de la précédente enquête, ne peut que constater les faits : un policier des plus ordinaires, honnêtes, en couple avec une collègue depuis quatre ans, a été abattu lors d’un banal contrôle de police. Un autre policier avait été tué à son domicile, dans son sommeil. Meurtre ciblé : sa femme, qui dormait à ses côtés, et son fils de deux ans ont été épargnés : les tueurs du Midwest sont des pros.

L’enquête pourrait presque être simple, si ce n’est que les supérieurs ont un doute – un traitre se cache peut-être dans les rangs. Il y a donc deux enquêtes, l’officielle, avec ses charmants enquêteurs, et l’officieuse, discrète, que personne n’est censé connaître. En fait d’enquête officieuse, Ellie doit aussi faire face à la découverte d’un squelette dans le terrain de son grand-père. le corps, celui d’une femme, n’est pas récent, mais il n’est pas suffisamment ancien pour intéresser un archéologue. Ellie ne peut s’empêcher de penser que son grand-père en sait bien plus qu’il ne lui en a dit. Attention ! Savoir et être coupable sont deux choses différentes. Elle demande donc de l’aide à son coéquipier en convalescence, parce qu’elle manque de temps, parce qu’elle ne sait pas vraiment ce qu’elle va découvrir, et aussi parce qu’elle pense qu’il a besoin de s’occuper. Mais ça, c’était avant qu’un troisième meurtre de policier soit commis, et que lui-même ne voit sa chère voiture de collection couleur cerise exploser. Il passera d’autres moments très difficiles au cours de cette enquête, moments qui m’ont fait bien rire. Oui, Jason n’est pas « fou de joie » de ce qui lui arrive, oui, il a la délicatesse d’un tsunami – c’est lui qui le dit – et il use franchement les nerfs de ses supérieurs. Mais j’ai vraiment passé de bons moments en sa compagnie.

Tout finit toujours par se savoir, malgré les réticences des témoins, malgré les bâtons qui peuvent être mis dans les roues, malgré les complots ou tout ce qui peut mettre, involontairement le feu aux poudres. Tout se sait, et cela peut aussi apaiser les vivants. Les secrets de famille ne restent jamais totalement des secrets. Cependant, ils ne provoquent pas tous ce déchaînement de violence.

Les tueurs de flics sont comme les bombes humaines – ils se foutent de tout, sinon, ils ne commettraient pas ces actes.

Une enquête complexe, sans temps mort, que j’ai beaucoup appréciée.

Tu ne m’attraperas pas de Jennifer McMahon

édition Belfond – 314 pages

Présentation de l’éditeur :

Une enfant qui disparaît, une communauté traumatisée, des secrets qui refont surface… Dans la torpeur d’une bourgade du Vermont, un polar à l’atmosphère troublante, par une nouvelle venue au talent exceptionnel. Infirmière d’une quarantaine d’années, Kate Cypher pensait bien ne jamais revenir à New Canaan. Un coup de fil la prévient que la santé mentale de sa mère s’est subitement altérée et la voilà de retour, sur les traces d’un passé qu’elle avait soigneusement enfoui : son enfance dans une ville trop tranquille, où tout le monde se connaît, sa difficile intégration à l’école et son amitié miraculeuse avec Del, jeune fille débordante de vie et de fantaisie. Et puis le drame : le meurtre de Del, jamais élucidé. Une tragédie qui, étrangement, a toujours laissé à Kate un inexplicable sentiment de culpabilité… Et voici que trente ans plus tard, une autre jeune fille est retrouvée assassinée…

Préambule :

Ne pas traîner sur certains réseaux sociaux sur lesquels des membres expliquent doctement comment il faut rédiger une critique, ou plutôt qu’il ne faut pas rédiger une critique négative, parce que les auteurs s’en moquent, et qu’ils ne changeront pas leur livre. Je me doute (je ne suis pas naïve) cependant j’ai le droit d’aimer ou pas un livre et de le lire.

Mon avis :

L’action se passe au fin fond du Vermont, un état américain dans lequel il ne se passe jamais rien, ou presque. Kate est infirmière, et pensait ne pas revenir de sitôt dans cet état, dans lequel elle n’a pas que de bons souvenirs. Seulement, sa mère est tombée malade, il faut bien non que quelqu’un s’en occupe mais que quelqu’un prenne une décision : il est impossible de s’occuper d’elle vingt quatre heures sur vingt quatre, et même si les membres de la communauté sont proches, elle est sa seule parente.
La communauté. Non, ce n’était pas une secte, mais un rassemblement, né dans les années 70, de personnes qui souhaitaient une vie différente. Jean, la mère de Kate, a plaqué son mari pour les rejoindre, vivant dans un tipi ou, comme d’autres plus tard, dans une maison construite de ses mains (un thème récurrent dans l’oeuvre de l’auteur). Des membres de la communauté, il en reste peu, certains sont partis, d’autres sont morts, restent Raven, qui n’était qu’un enfant quand Kate a quitté la maison pour suivre ses études, Nicky, qui est ce qui ressemble le plus à un amour de jeunesse, et des souvenirs à la pelle.  Pas le temps de se poser : une adolescente a été assassinée, dans les mêmes circonstances que Del, avec qui Kate était scolarisée. Si j’emploie ce terme, c’est parce que Kate s’est tellement enferrée dans le mensonge qu’elle dit, toujours, par automatisme, qu’elle était à l’école avec Del, qu’elle prenait le bus avec Del, certainement pas qu’elle était amie avec elle. Pourquoi ? Parce que c’était inconcevable, à l’époque, de dire qu’elle était amie avec cette gamine orpheline de mère, maltraitée par son père, crasseuse, dont tous se moquaient (et là, pas besoin de dire « presque »). Kate a des regrets, sa vie d’ailleurs est jalonnée de regret, à force d’avoir gardé bien des choses pour elle, mais son regret principal, son regret le plus important est bel et bien celui qu’elle a envers Del – ce qu’elle a fait, ce qu’elle n’a pas fait.
A l’époque la police a enquêté, minutieusement, explorant des pistes que certains n’auraient peut-être pas osé explorer. De nos jours, la police enquête aussi, même si on la voit peu, finalement, c’est surtout Kate, partagée entre son passé et son présent, qui veut découvrir ce qui se passe, que ce soit pour soulager Opal, la fille de Raven dont la meilleure amie a été assassinée, ou pour lever ses propres doutes sur les actes de sa mère. Jean perd la tête, Jean vit dans le passé, parfois, souvent, mélange les deux, se souvient de la petite fille qui a été assassinée, mais se souvient de Del, pas de Tory, la nouvelle victime – finalement, on parlera assez peu d’elle, au début, comme si la non-élucidation de la mort de Del, les similitudes entre les deux morts empêchaient de penser totalement à elle.
C’est un thème fréquent que celui du retour à la région natale, et aux bouleversements que cela apporte dans une communauté qui n’a pas tant bougé que cela. Oui, des personnes ont changé, ont parfois un métier bien différent de ce que l’on pouvait penser quand ils étaient adolescents ou enfants. Kate, par son expérience d’infirmière aussi, a un regard que les autres n’ont pas, des réflexes aussi, que les autres n’ont pas – elle sait ce qu’Opal traverse. Là où certains pourront être rebutés, ce n’est pas tant quand on franchit un pas, un de plus, dans le sordide – nous étions déjà bien avancé dans ce domaine – c’est quand le fantastique fait son apparition, lentement, posément, presque banalement. Bien sûr, rares sont les personnes qui y croient. Pourtant, il est là, et bien là, mais pas du tout interprété par les personnages comme il devrait l’être. L’horreur vient des vivants, de ceux qui ont laissé mourir, pas des morts à qui il ne peut pas arriver grand chose de pire.
Un roman – un de plus – sur l’envers des rêves américains, quels qu’ils soient.

Sans lendemain de Jake Hinkson

Présentation de l’éditeur :

Billie Dixon sillonne les États-Unis des années 1940, s’efforçant de vendre des films dans les salles de cinémas des petites villes du Midwest. Elle apprécie son boulot et le contact avec les clients. Jusqu’à ce que dans un bled paumé de l’Arkansas, un prédicateur fanatique s’en prenne à elle, bien décidé à bouter hors de la ville tout ce qui ressemble à du cinéma. Billie aimerait bien le convaincre de changer d’avis, mais les choses se compliquent encore lorsqu’elle commence à se sentir attirée par Amberly, l’épouse du pasteur. Un désir qui va la conduire à s’emmêler dans un filet de mensonges et de supercheries, jusqu’à l’inévitable point de non-retour.

Mon avis :

Bienvenue en ArKansas ! Ses habitants, ses prédicateurs, ses cinémas – prenez les dans l’ordre que vous voudrez !
Ou plutôt non, n’allez pas en Arkansas, ce n’est vraiment pas une destination où il faut se rendre. Billie n’aurait jamais dû y aller. Billie, comme d’autres femmes de ce roman (j’ai un nom en tête) est une femme qui aurait dû naître à une autre époque pour espérer être heureuse. Elle est jeune, elle est indépendante, elle travaille pour le cinéma, elle aime les femmes, et par amour pour une femme, elle va s’enferrer dans des mensonges longs et compliqués, de plus en plus.
Oui, Sans lendemain est une tragédie, dès le début le destin de Billie est marquée du sceau de la fatalité. Il ne fallait pas aller en Arkansas pourrait presque en être le leitmotiv. Elle est attachante, Billie, et les bigots, les misogynes qui l’entourent (les deux ne sont pas incompatibles) ne lui laissent pas vraiment de chance.
Roman noir ? Oui, bien sûr, avec présence d’une femme fatale, pas très différente de celle que l’on trouve face à un héros. Billie est une femme forte, avec une faiblesse.
Un auteur que j’apprécie toujours autant.

Mon désir le plus ardent de Pete Fromm

Présentation de l’éditeur :

Maddy s’était juré de ne jamais sortir avec un garçon du même âge qu’elle, encore moins avec un guide de rivière. Mais voilà Dalt, et il est parfait. À vingt ans, Maddy et Dalt s’embarquent dans une histoire d’amour qui durera toute leur vie. Mariés sur les berges de la Buffalo Fork, dans le Wyoming, devenus tous deux guides de pêche, ils vivent leur passion à cent à l’heure et fondent leur entreprise de rafting dans l’Oregon. Mais lorsque Maddy, frappée de vertiges, apprend qu’elle est enceinte et se voit en même temps diagnostiquer une sclérose en plaques, le couple se rend compte que l’aventure ne fait que commencer.

Mon avis :

Si vous aimez les vraies histoires d’amour, ce livre est fait pour vous. Attention ! je ne parle pas des bluettes, des romances, de ces morceaux de vie intense. Non, je vous parle d’une histoire d’amour batie sur la durée, sur toute une vie – et justement, il faut savoir ce que l’on veut dans la vie. Et Maddy, vivre avec un garçon de son âge, guide de rivière, ce n’était pas du tout son projet de vie. On ne peut pas lutter contre l’amour, on ne peut pas lutter contre l’envie de partager sa vie avec la personne que l’on aime, surtout quand c’est son « désir le plus ardent ».

Alors oui, l’histoire aurait dû se passer entre le Wyoming et la Mongolie, si ce n’est que la maladie s’est invitée dans ce qui aurait pu être une histoire des plus ordinaires et les mène dans l’Oregon – elles restent ordinaires, par certains côtés, puisque Dalton et Maddy vont essayer de vivre le plus normalement du monde, même si tout peut devenir une aventure, comme aller au cinéma en famille ou manger des petits pois. La maladie n’évolue pas toujours comme on le voudrait ou le penserait.

Le roman, très abouti, ne nous fait pas croire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Il faut vivre, il faut s’accrocher, et parfois, tout l’amour est juste suffisant pour tenir, pour faire face, pour faire croire aussi que tout ne va pas si mal que cela, pour que l’autre ne s’inquiète pas.

Un très beau roman.

 

The Wicked Deep de Shea Ernshaw

Présentation de l’éditeur :

C’est une histoire de vengeance… Il y a près de deux siècles, Marguerite, Aurora et Hazel Swan, trois jeunes femmes belles, libres et indépendantes, furent accusées de sorcellerie par les habitants de la ville de Sparrow. Des pierres accrochées aux chevilles, les trois sœurs furent noyées. Exécutées. Depuis ce jour, chaque année au mois de juin, les sœurs Swan sortent des eaux de la baie pour choisir trois jeunes filles, trois hôtes. Dans le corps de ces adolescentes, Marguerite, Aurora et Hazel reviennent se venger. Et cette année encore, Penny le sait, alors que les touristes afflueront, on retrouvera des cadavres de jeunes hommes sur la plage… Car cette malédiction, rien ne semble pouvoir l’arrêter.

Merci à Netgalley et aux éditions Rageot pour leur confiance.

Mon avis :

Ce livre n’est pas à mettre entre toutes les mains. Oui, je sais, vous vous dites que mon avis commence mal. Disons que les âmes sensibles doivent s’abstenir, lire avec précaution, parce que les faits qui sont relatés sont graves. Il est des pages qui ne sont pas faciles à lire, quoi que certains puissent dire : trois soeurs ont été condamnées à mort parce qu’elles ont été jugées comme sorcières, dans l’Oregon du début du XIXe siècle. Cet événement aurait pu rester un fait raconté objectivement, si ce n’est qu’au cours du roman, nous revivrons avec les trois soeurs Swann ce qu’elles ont vécu, de leur arrivée dans le port de Sparrow jusqu’à leur exécution. Une tragédie contre laquelle on ne pourra rien faire, et dont on découvrira les conséquences – l’une d’entre elles.

Le temps ne s’est pas arrêté, à Sparrow, cependant, tous les ans, des jeunes hommes se noient – accident ? suicide ? Non, ils sont entraînés par les soeurs qui ont pris possession du corps d’une jeune fille bien vivante pour se venger, encore et encore. Là aussi, la fatalité est en oeuvre puisque quoi qu’il se passe, ce rituel se déroule tous les ans, et les mises à mort d’innocents, garçons, filles – oui, dans un premier temps, l’on a cherché de quelle jeune fille le corps avait été possédé, et l’on avait procédé à de nouvelles mises à mort, comme si les premières n’avaient pas suffi.

Nous sommes aux Etats-Unis, et la saison des Swann sisters fait marcher le commerce, les bed and breakfast de la petite ville de Sparrow. Les touristes viennent, les jeunes filles plongent, cherchant à se faire peur, et rares, très rares, trop rares sont les personnes qui cherchent à arrêter ce qui se passe. Prenez Penny, par exemple. Elle vit avec sa mère et ses deux chats, son père a disparu en mer trois ans plus tôt. Elle se garde, prudente, loin de ses passions, il faut simplement qu’un étranger arrive, cherche du travail, lui montre des choses qu’elle avait oublié pour faire (enfin ?) évoluer les choses.

Le fantastique est parfaitement intégré dans ce récit, qui nous parle d’amour et de mort – d’amour qui ne peut vaincre la mort, d’amour qui entraîne dans la mort. La mère de Penny a beau être un personnage secondaire, elle est touchante parce que lucide, honnête, mettant des mots sur ce qui doit être dit, une des rares personnes à voir et à comprendre.

 

 

 

 

 

 

 

L’enfant de Garland Road de Pierre Simenon

Présentation de l’éditeur :

Kevin O’Hagan a 63 ans. Écrivain raté et veuf torturé par les affres toxiques d’un mariage déchu et d’un amour devenu haine que même la mort n’a pas réussi à éteindre, il vit retiré du monde, sans espoir ni recours, dans les collines boisées du Vermont. Alors qu’il tente sans succès d’en finir avec l’existence, il devient malgré lui le tuteur de David, son neveu de 10 ans, qui vient de perdre ses parents dans des circonstances aussi brutales que mystérieuses.

Mon avis :

Merci à Netgalley et aux éditions Plon pour ce partenariat.

J’ai sollicité ce livre parce que le résumé m’interpelait, et aussi parce que je voulais découvrir l’oeuvre de Pierre Simenon, ayant « zappé » son premier roman, et ses deux récits suivants.
Je commencerai par un petit bémol : pourquoi diviser le roman en autant de partie, alors que la division en chapitres existe déjà ? Certes, chaque partie est construite de la même manière, elle commence par un retour en arrière sur la vie de Kevin et de Nicole, sa femme, sur la lente décomposition de son mariage, sur son rôle d’homme au foyer et ses échecs d’auteur, puis elle nous replonge dans le présent, avec Kevin qui est chargé de prendre soin de son neveu par alliance, David.

Oui, David est le fils de la soeur de Nicole, son épouse défunte. Elle et son mari ont été assassinés, par un cambrioleur semble-t-il. C’est une voisine, âgée, qui a courageusement donné l’alerte. Elle n’a pas sauvé la vie du couple, elle a permis à David d’être physiquement indemne. En effet, le cambrioleur est parti en n’emportant rien – ni argent, ni bijoux, ni objet précieux bien visible. Alors ? La police patine un peu. Les beaux-parents de Kevin sont trop âgés, en trop mauvaise santé pour s’occuper d’un pré-adolescent, et c’est pour cette raison que Kevin est chargé de cette tâche.  Si Louise n’apprécie pas tant que cela son gendre, elle reconnaît ses qualités paternelles, et le fait qu’il a su élever sa fille malgré le deuil qu’ils avaient subi. Maintenant, Nora est grande, elle a réussi ses brillantes études, elle a, comme sa mère en son temps, un très bon travail. Mission accomplie pour Kevin. Ce que ses beaux-parents n’avaient pas mesuré, c’est à quel point, au fin fond de son Vermont, Kevin se sentait mal, seul, sans plus aucun but dans la vie, ressassant son deuil et surtout, ses années conflictuelles avec sa femme, entre humiliation et indifférence. On trouve ainsi inversé la structure traditionnelle romanesque de l’homme conquérant, à la réussite professionnelle éclatante face à l’épouse cantonnée au foyer. Certes, Kevin est écrivain. Même s’il publie, il n’a pas eu le succès qu’aurait souhaité Nicole. Ce n’est pas tant leur union qui en a souffert que leur amour, qui s’est effacé. A la mort de Nicole, en plus de la douleur, restait le regret de ne pas avoir dit à sa femme ce qu’il ressentait vraiment.

Kevin trouve en David une nouvelle raison de (sur)vivre, même si je dois reconnaître qu’il est un enfant facile, compte tenu de ce qu’il a enduré. Avec lui, Kevin retrouve les gestes qu’il avait pour Nora, les histoires qu’il lui racontait, une affection qu’il n’avait plus depuis longtemps : une raison de vivre et d’écrire aussi. Tout pourrait aller pour le mieux, personne ne conteste le rôle de Kevin, et même sa meilleure amie, Fran, ex-sherif à la vie amoureuse sereine (oui, cela arrive) constate que tout va mieux, si ce n’est qu’une ombre plane toujours, celle du meurtrier des parents de David.

Oui, le récit bascule, par leur « tâche » n’était pas terminé. Nous sommes dans le Vermont, le Trou perdu les Bruyères des Amériques, où l’on trouve aussi facilement une arme à feu que « des moustiques en été », la protection autour de David s’organise – parce qu’il est facile de profiter d’une période de deuil, donc de douleurs, pour obtenir des renseignements, parce que l’on ne se méfie pas de personnes en apparence anodine, parce qu’il est plus facile de passer inaperçu pendant des années qu’on ne le pense. On ne le répètera jamais assez, le tueur en série se fond dans la population, sinon, il serait facilement repérable, et non, le tueur en série n’est pas quelqu’un d’excusable.

Un roman prenant, avec des personnages attachants – mention spéciale pour l’inoubliable Fran et sa ténacité : – Ah, vous, le secouriste, coupa Fran, occupez-vous de me garder envie et foutez-moi la paix !