Archives

Meurtres et charlotte aux fraises de Joanne Fluke

Présentation de l’éditeur :

Hannah est de retour ! Incapable de fonctionner sans café et toujours en proie à ses passions dévorantes pour son chat et pour le chocolat, la jeune femme s’apprête à participer au concours du meilleur pâtissier de la ville. C’est l’occasion, elle en est certaine, d’offrir une très bonne publicité à sa boutique de cookies. Mais la fête est vite gâchée : Boyd Watson, entraîneur de l’équipe de basket du lycée, est retrouvé mort, le visage enfoncé dans la charlotte aux fraises de notre pauvre Hannah. Les premiers soupçons se tournent vers Danielle, la femme de Boyd, victime de maltraitance. Bien décidée à prouver l’innocence de cette dernière, Hannah décide de s’en mêler, malgré les avertissements de son « prétendant », le policier Mike Kingston. Mais ce genre d’enquêtes, apparemment, Hannah y a pris goût ! Rebondissements incessants, personnages délicieux et recettes fatales… Les amateurs de surprises et de sucreries vont se régaler !

Mon avis :

J’ai découvert que cette série comptait à ce jour une vingtaine de tomes. C’est seulement maintenant que les tomes 1 et 2, datant de 2000 et 2001 sont traduits. Bref, quand je l’ai découvert, j’ai eu un petit coup de mou qui a retardé l’écriture de cet avis.
Je me rends compte que je n’ai pas non plus grand chose à en dire. Oui, la lecture fut divertissante sauf les scènes mettant en scène… le dentiste. Oui, la mère d’Hannah espère que sa fille se mettra en couple avec le dentiste local et l’encourage vivement à le fréquenter. De plus, il sera indispensable pour la résolution de l’enquête. Tout le monde a des secrets, mais tout le monde, contrairement à Hannah, ne respecte pas les secrets des autres. La confiance, c’est important, et elle prouve que les autres peuvent avoir confiance en elle.
Nous sommes en 2001, et pourtant, s’il est une chose qui n’a pas changé, c’est le sort des femmes battues, et l’emprise que leurs maris peuvent avoir sur elles. Boyd Watson est un très bon entraîneur, droit, loyal. Il bat sa femme, pour un oui, pour un non, le matin, ou le soir. Mais sinon, il est « très gentil », et parfois, c’est un peu la faute de sa femme – dit celle-ci. L’aider ? Hannah essaie, mais il est difficile d’aider quelqu’un qui est tellement conditionnée qu’elle ne voit pas comment s’en sortir. Dire que ses hommes savent donner le change à l’extérieur est une évidence malheureuse.
Boyd est assassiné, et un assassinat n’est jamais une raison de se réjouir. Surtout, si la vérité venait à éclater au grand jour, peu de personnes soutiendrait Danielle, pour ne pas dire qu’elle ferait une coupable toute trouvée.
Tout en travaillant pour le concours du meilleur pâtissier de la ville, Hannah enquête, avec l’aide de sa soeur avec laquelle elle ne s’entend pas si mal qu’elle le pensait, en dépit (ou grâce à ?) leur différence de caractère. Leur petite ville cache bien plus de secrets, on en revient là, qu’elles ne le pensaient.
Meurtres et charlotte aux fraises, et ses nombreuses recettes de cuisine, fut une lecture agréable. Je manque simplement de courage et de patience littéraire pour attendre la parution, la traduction de tous les autres tomes.

Tous les noms qu’ils donnaient à Dieu d’Ajali Sachdeva

Edition Albin Michel – 292 pages
Présentation de l’éditeur:
Mêlant passé, présent et avenir, Anjali Sachdeva signe un premier recueil magnétique et délicieusement inventif qui plonge le lecteur entre effroi et émerveillement. S’y côtoient une femme, au temps de la conquête de l’Ouest, qui attend son mari dans une maison perdue au milieu des Grandes Plaines et finit par trouver refuge dans une grotte secrète ; deux jeunes Nigérianes kidnappées par Boko Haram se découvrant le mystérieux pouvoir d’hypnotiser les hommes ; ou encore un pêcheur embarqué sur un morutier qui tombe éperdument amoureux d’une sirène dont chaque apparition engendre une pêche miraculeuse…
La prose étrange et magnifique d’Anjali Sachdeva embrasse le connu et l’inconnu avec une grâce et une puissance rares. Chacune de ses nouvelles interroge les forces implacables, cruelles ou bienveillantes, qui nous gouvernent, et donnent au lecteur la sensation de marcher sur un fil. Une révélation.
Merci aux éditions Albin Michel pour leur confiance.
Mon avis :
Il n’est pas facile de chroniquer un recueil de nouvelles, genre hélas sous-estimé en France, sans tomber dans les clichés. Vais-je les éviter ? J’essaierai en tout cas !
Dans ce premier recueil, Anjali Sachdeva nous emmène dans des univers différents, des univers qui ne sont pas forcément les miens, et parvient à faire se côtoyer la science-fiction, le policier ou le roman historique – s’il faut voir un lien entre les nouvelles, je vois d’abord une progression chronologique. Je vois aussi l’émotion que peuvent nous procurer les personnages. Je m’attarderai ainsi sur la première héroïne, Sadie. Albinos, elle ne supporte pas la lumière du jour, et effraie ceux qui la croisent – ne pas aller plus loin que ce que la superstition ou la crédulité leur dicte. Elle est pourtant mariée, depuis peu, et attend le retour de son mari, parti chercher fortune ailleurs. Elle est seule, inexorablement mais elle explorera une grotte, qu’elle a découverte, seule, toujours. Son destin, son courage, sa dignité aussi, sont poignants.
Jusqu’où peut-on aller par amour ? Très loin. C’est ce que fait Henrick van Jorgen, l’un des personnages principaux de « Poumons de verre » pour sa fille. Danois émigré à New York, il est resté handicapé après un accident du travail, comme nous dirions de nos jours. Mais nous ne sommes pas de nos jours, nous sommes et c’est avec courage qu’il prendra soin de sa fille, qu’elle prendra soin de lui, et qu’au bout du compte, ils se retrouveront en Egypte, à la recherche d’un tombeau.
Jusqu’où peut-on aller pour survivre ? Oui, les deux héroïnes de « Tous les noms qu’ils donnaient à Dieu » se vengent, elles se vengent de ceux qui les ont enlevées, violées, torturées, mariées de force. C’est une vengeance extra-ordinaire, une vengeance qui les fait aussi, non pas retourner dans leur vie d’avant, elles savent que c’est impossible, mais de renouer avec elle, peu à peu, sans être constamment dans la crainte.
J’ai trouvé presque drôle, en comparaison, l’aventure de Robert dans « Logging Lake ». Il a rompu avec Linda, sa compagne de longue date, il a rencontré une autre femme, Terri, et voici que lui, le sportif du dimanche (et encore) se retrouve à partir en randonnée. il vivra des péripéties parfois cocasses, parfois tragiques, et restera avec une énigme non résolue, et une vie remise dans… le droit chemin ? Peut-être.
Autre nouvelle qui se teinte de policier, « Tout ce que vous désirez » est l’histoire d’une jeune femme prisonnière de son milieu aisé, prisonnière de son père, et qui tend à s’émanciper, tout en cherchant à obtenir l’homme qu’elle désire. Au lecteur de voir jusqu’à quel point elle suit les préceptes de son père, et à quel point elle peut s’en désolidariser.
En écrivant cet article, j’ai déjà l’impression de beaucoup trop en dévoiler, et de risquer de gâcher le plaisir de lectures, si je parlais trop par exemple de « Robert Greenman et la Sirène »  ou de « Tueur de rois » qui sont deux nouvelles teintées de fantastique. Cependant, si vous aimez la science-fiction, les nouvelles « Manus » ou « Les Pléiades » devraient vous interpeler, vous questionner, sur ce que l’être humain est prêt à accepter, ou sur ce que l’être humain est capable de tenter. Pour le meilleur ? Parfois oui. Il est des personnes qui sont capables d’aller très loin pour faire (enfin) réagir les autres.
Un superbe recueil.

La lune du chasseur de Philip Caputo

Présentation de l’éditeur :

Couverte de forêts, peuplée d’ours, de cerfs, d’élans et d’innombrables espèces d’oiseaux, la péninsule supérieure du Michigan est une région splendide et sauvage. Will Treadwell, propriétaire d’un pub près du lac Supérieur, y joue à l’occasion les guides de chasse.
Pour lui et ses semblables, les temps sont durs. Les valeurs de ces hommes « d’un autre temps » sont mises à mal, leurs femmes et leurs enfants les comprennent de moins en moins. À la crise économique qui frappe la région, s’ajoute une crise existentielle : nos héros subissent aujourd’hui les affres d’une époque où ils ne trouvent plus leur place. La dépression guette, et une nature magnifique n’est pas toujours suffisante pour la tenir à distance.
Philip Caputo nous conte ici les histoires de Will et de ceux qui l’entourent. Autant de portraits sensibles de ces hommes qu’il connaît, qu’il côtoie, et qui ne s’y retrouvent plus. Des hommes aux prises avec leurs émotions, qui, longtemps, ont préféré affronter seuls leurs démons plutôt que d’avouer leur fragilité. Mais les temps changent…

Merci aux éditions Le cherche-Midi et au Picabo River Book Club pour ce partenariat.

Mon avis :

J’ai ouvert ce livre sans a priori, sans horizon d’attente, sans me projeter dans une intrigue. Je voulais simplement me laisser porter par les mots, et ce fut une belle découverte.

Je me suis retrouvée plongée, réellement, au coeur du Michigan : sa faune, sa flore, sa forêt devrai-je plutôt dire, sont au cœur des récits qui prennent place dans ce roman. Will Treadwell est le personnage qui sert de « fil conducteur » aux différentes intrigues qui se nouent, se dénouent au fil des saisons, donnant l’impression de se trouver dans un livre qui ferait le lien entre le roman et la nouvelle. Will tient un pub, et officie aussi en tant que guide de chasse. Nous retrouvons les habitués, ceux qui viennent tous les ans, sont amis de longues dates, ont évolué ensemble, ou constaté les ravages du temps qui passent, de la crise économique, des difficultés à surnager, et ceux qui viennent pour la première fois parce qu’ils veulent chasser un ours, une grouse, un mouflon….

Il y a aussi les habitants du coin, ceux qui tentent de survivre eux aussi à cette fameuse crise qui ravagent tout, ceux qui n’ont pas eu la vie qu’ils voulaient. Il en est qui prennent un nouveau départ. Il en est d’autres qui donnent plutôt une coup d’arrêt brutal à la trajectoire qu’ils avaient jusque là empruntée.

J’ai souvent eu l’impression d’être au milieu des ténèbres en lisant ce livre – j’aime les ténèbres, je tiens à le préciser. L’homme se confronte à la nature, et je ne parle pas seulement des animaux qu’il chasse, je parle aussi de ses grands espace dans lesquels s’il se perd, s’il se blesse, il n’est pas forcément sûr d’obtenir du secours – ou de sauver autrui.

L’homme et la femme. Même si la chasse semble réservée aux hommes, et un moyen pour se retrouver entre amis ou en famille, les femmes qui apparaissent dans ce récit ne sont en rien des personnages falots qui attendent tranquillement leur conjoint à la maison. Elles savent faire face, affronter les épreuves, être lucides aussi.

Qui est prêt(e) pour une longue promenade dans le Michigan ?

Mac sur un toit brûlant de Melinda Metz

édition l’Archipel – 340 pages.

Présentation de l’éditeur :

Chat kleptomane épris d’indépendance, MacGyver – le Cupidon félin – a le don de se fourrer dans des situations impossibles. Mais, lorsqu’il tombe sur une portée de quatre chatons orphelins, il fond. Pour ne pas les laisser livrés à eux-mêmes, Mac décide de s’occuper de ces petites boules de poil – le temps de trouver des humains qui les adopteront. Mais Mac, suspect n° 1 d’une série de larcins commis dans le voisinage, est assigné à résidence par ses maîtres Jamie et David – qui s’étaient rencontrés grâce à lui. Avec cinq chatons à caser – et deux matons à ses trousses –, notre matou a de quoi exercer sa sagacité légendaire. Sauf qu’une jolie minette croisée récemment lui fait perdre jusqu’à son sixième sens…

Merci aux éditions de l’Archipel et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

La vie est dure pour Mac. Si, si. On a beau être un chat qui vit dans un beau quartier, qui mange largement et abondamment, qui se promènent quasiment comme il veut dans le quartier, sans que ses maîtres ne le sachent, on peut vivre des moments difficiles. La preuve : il découvre quatre chatons orphelins. Et il n’est absolument pour rien dans leur existence, David et Jaimie, ses maîtres, ont pris les précautions qui s’imposaient. S’occuper de chatons, c’est compliqué. Il faut les nourrir et pas forcément en chassant des souris, il semble ne pas y en avoir dans le quartier, les éduquer, ils ont tout à apprendre, ces petites bêtes, et les socialiser (tout un programme – un chat adulte fera toujours mieux qu’un humain, puisqu’il sait comment s’y prendre). L’un des personnages a cependant raison, quand il dit qu’un chat adulte peut tuer un chaton (ou le blesser grièvement). Mais un chat stérilisé peut aussi prendre soin de chatons qui ont besoin d’être éduqués (je pense à Chablis et ses trois chablettes) tout est une question de territoire.

J’ai beaucoup aimé tout ce qui avait trait à Mac, à Doggy, le colocataire chien de Mac et aux quatre chatons, Pitchou, Fripouille la bien nommée, Zoum et Sushi, j’ai aimé les explorations de Mac dans le voisinage, sa recherche du maître idéal en fonction de la personnalité des chatons, de sa quête, aussi, pour résoudre les problèmes des humains qu’il a croisés – et ils en ont, des problèmes, les pauvres, quand ils ne s’en créent pas eux-mêmes. J’ai moins aimé tout ce qui concernait les humains, finalement. Je me suis perdue avec Eric, le policier, et Serena, qui reprend sa carrière de comédienne. J’ai été moyennement intéressée, pour ne pas dire pas du tout, par les scènes d’audition ou de tournage – parce que ce n’est pas pour cette raison que j’avais envie de lire le livre. Heureusement, l’intrigue ne se contente pas de ronronner, et sort des sentiers battus – un peu. En revanche, j’ai trouvé plus intéressant ce qui avait trait à Daniel, le comédien en devenir de 35 ans et de son frère Marcus, ou de Charlie, assigné à résidence, humain parfait pour Pitchou – parce que les chatons s’invitent assez vite avec eux. Quant à Sushi et sa passion pour les sauterelles et les insectes, elle est débrouillarde, il faut bien le dire, si ce n’est que, parfois, manger n’importe quoi peu être dangereux (et ce n’est pas Chanel n°2 qui dira le contraire).

Mac sur un toit brûlant est le troisième tome de la série, et même si quelques allusions sont faites aux tomes précédents, il n’est pas nécessaire de les avoir lus pour suivre cette intrigue. Ne ratez pas l’épilogue, qui montrera le devenir des charmants chatons.

 

La vie en chantier de Pete Fromm

édition Gallmeister – 382 pages

Présentation de l’éditeur :

Marnie et Taz ont tout pour être heureux. Jeunes et énergiques, ils s’aiment, rient et travaillent ensemble. Lorsque Marnie apprend qu’elle est enceinte, leur vie s’en trouve bouleversée, mais le couple est prêt à relever le défi. Avec leurs modestes moyens, ils commencent à retaper leur petite maison de Missoula, dans le Montana, et l’avenir prend des contours plus précis. Mais lorsque Marnie meurt en couches, Taz se retrouve seul face à un deuil impensable, avec sa fille nouvellement née sur les bras. Il plonge alors tête la première dans le monde inconnu et étrange de la paternité, un monde de responsabilités et d’insomnies, de doutes et de joies inattendus.

Mon avis :

Beaucoup de lecteurs ont apprécié ce roman. Quelques uns ne l’ont pas aimé. Je fais partie de cette minorité. La première raison est que j’ai vu venir la fin dès le début, et que j’ai trouvé que cette fin était trop évidente, presque trop facile, préparée depuis une bonne partie du livre. La seconde n’est pas le thème du deuil, même si la lecture de ce livre est arrivés à un moment où je suis en deuil. Chacun vit son deuil comme il peut, seulement je suis terre à terre. Taz était insouciant, très insouciant, on le voit dans les retours en arrière qui lui rappellent Marnie, quand elle bataillait pour qu’il paie les factures en temps et en heure, pour qu’il accepte plus de commande, pour ne pas être quasi constamment dans le rouge. Non, il n’est pas resté insouciant, ce n’est pas cela, c’est simplement que vouloir être autonome, seul avec un bébé, sans jamais en avoir eu avant, ce n’est pas facile, pour ne pas dire quasiment impossible, surtout quand il est nécessaire de travailler pour faire bouillir la marmite, payer les factures et le prêt de la maison. Ce n’est pas que Taz n’accepte pas l’aide qu’on lui donne, c’est qu’il ne se rend pas compte, au début, de l’aide qu’on lui donne.

Il faut dire que Taz n’a pas de chance avec ses parents. Ils sont partis en Nouvelle-Zélande, à cause de désaccord avec l’administration américaine. Ils ne connaissaient pas Marnie, qui vivait avec leur fils depuis sept ans. Ils ne connaîtront pas Midge non plus, parce qu’ils n’aiment pas assez leur fils et leur unique petite-fille pour le faire – oui, je vous épargne les faux prétextes pour aller plus vite. Même si Marnie était en conflit avec sa mère Lauren sur certains sujets, il faut bien admettre que Lauren a beaucoup de tact, et de bon sens. Taz ne doit pas oublier qu’elle aussi a perdu sa fille. Et si elle sait se faire discrète, elle sait aussi quand il est nécessaire d’agir, de dire aussi.

Quant à Midge, je trouve que cette petite est bien précoce, sur bon nombre de sujet, y compris quand elle doit faire un long trajet en voiture avec son père en hiver, alors qu’elle a moins de deux ans. Si vous n’avez pas encore d’enfant et n’avez pu en observer, soyez assuré que ce n’est pas aussi facile que dans le roman – et plein d’autres choses aussi. De même, Taz « entend » la voix de Marnie – pourquoi pas ? Cela ne m’a pas dérangé, même si cela pouvait être un peu étonnant.

En terminant de rédiger mon avis, je me rends compte que j’ai nettement préféré la précédente lecture faite d’une oeuvre de Pete Fromm Mon désir le plus ardent  lu voici presque deux ans déjà.

L’enfant de la prochaine aurore de Louise Erdrich

Merci aux éditions Albin Michel pour leur confiance.

Présentation de l’éditeur :

Dans le sillage d’une apocalypse écologique qui menace l’équilibre de la vie sur terre, l’évolution des espèces s’est brusquement arrêtée. C’est dans ce contexte instable et inquiétant, alors qu’un gouvernement totalitaire a pris les rênes des États-Unis et impose aux femmes enceintes de se signaler auprès d’un centre dédié, que Cedar Hawk Songmaker, 26 ans, apprend qu’elle attend un bébé. Cette jeune Indienne, adoptée à la naissance par un couple de Blancs progressistes, décide alors d’aller rencontrer pour la première fois sa famille biologique, installée sur une réserve dans le nord du Minnesota, et comprend que les membres de l’« Église de la Nouvelle Constitution » désormais au pouvoir portent un intérêt tout particulier à l’enfant qu’elle porte.
Face à la désintégration de ce qui constituait le quotidien ordinaire des Américains, et déterminée à protéger coûte que coûte son bébé, elle se lance dans une fuite à travers le pays, sans savoir s’il existe encore un lieu sûr où se réfugier.

Mon avis :

Je ne vous cacherai pas que j’ai eu du mal à entrer dans cette lecture, il m’a fallu une bonne centaine de pages pour y parvenir, tout simplement parce que ce livre n’appartient pas à  un genre littéraire que j’ai l’habitude de lire, ensuite parce que l’autrice elle-même a écrit un livre qui diffère de ceux que j’ai déjà lus d’elle.

Ce que je viens d’écrire appelle déjà à un approfondissement. A quel genre littéraire appartient ce livre ? Spontanément, je dirai la dystopie, genre dont on parle beaucoup pour penser à Hunger games ou Divergente. Nous sommes en effet dans une Amérique pas si éloignée (temporellement) de nous, dans laquelle l’évolution des espèces s’est arrêtée, pour commencer à régresser. Que faire ? Comment réagir ? Aux Etats-Unis, la réponse est simple : surveiller, sévir, parquer les femmes enceintes. Pardon, elles seront « enfermées dans des hôpitaux » et celles qui se présenteront de leur plein gré se verront offrir « les meilleures chambres ». Existe-t-il des personnes assez naïves pour le croire ? Certainement pas Cedar, la narratrice de ce roman.

Elle a 26 ans, et elle tient un journal intime destiné à l’enfant qu’elle attend, dont elle est persuadée qu’il s’agit d’un garçon (le nombre de naissances de garçon diminue pourtant de manière drastique). Elle est indienne, mais elle a été adoptée par un couple d’avocats blancs que je qualifierai de « bobos-vegan » si ces mots ont encore un sens dans la société dans laquelle évolue Cedar : ils sont athées (Cedar s’est convertie au catholicisme), ils font attention à tous les additifs contenus dans la nourriture, ils n’ont pas fait vacciner leur fille, à cause des risques de maladies dues aux additifs contenus dans les vaccins (sic). Des parents aimants, n’allez pas croire le contraire, qui lui ont transmis la lettre donnée par sa mère biologique, sans l’ouvrir – parce que son contenu ne les regardait pas.

Cedar est enceinte, donc, et veut mener sa grossesse « hors norme » le mieux possible – même si cela veut dire s’enfuir à travers le pays pour protéger son enfant. Elle est enceinte, écrit, comme le compagnon de sa mère biologique le fait, thérapie qui maintient en vie et permet d’affronter les bouleversements du monde qui les entoure. Et il lui est difficile d’échapper à ces bouleversements, à cette surveillance moderne (« Mother », qui apparaît sur l’ordinateur) ou « à l’ancienne » – oui, on n’a pas attendu l’informatique, internet, les portables, pour surveiller et dénoncer ses voisin(e)s, surtout quand il s’agit d’un événement aussi difficile à cacher qu’une grossesse. Note : contrôler la fécondité des femmes n’est pas nouveau – hélas.

Cedar a de la chance, malgré tout, de la chance que, comme dans toute période troublée (du moins, je l’espère), une forme de résistance s’organise, de la chance que des personnes qui l’aiment ne l’abandonnent pas. Ces deux phrases sonnent presque mièvres dans un univers où le cauchemar n’est jamais loin, même pour un acte qui devrait être aussi naturellement banal qu’un accouchement. J’ajoute qu’il ne faut pas toujours attendre de solidarité féminine – dommage, ai-je envie de dire. Mais combien de personnes croient vraiment agir pour le bien des autres ?

L’enfant de la prochaine aurore est un livre dans lequel, je le répète, j’ai eu du mal à rentrer, mais qu’après, j’ai eu du mal à lâcher. Une oeuvre véritablement forte et déroutante.

Les vagabonds du rail de Jack London

Présentation de l’éditeur :

La route en question, c’est le libre et dur chemin du hobo, ce vagabond sans feu ni lieu qui voyage sur l’essieu des wagons, dort au creux des fossés, mange ce qu’il chaparde, ou ce que lui offrent les bonnes âmes – il y en a (pas beaucoup) -, et ne connaît bien souvent d’autre toit que celui de la prison.
Pendant l’année 1893-94, London (il a alors 18 ans) parcourt de la sorte quelque 20 000 km à travers les États-Unis, à la barbe de la police. Malgré la faim, les dangers, les humiliations… il en tire un récit à la Chaplin : soulevé de bout en bout par un formidable appétit de vivre, un humour et un culot également désarmants. L’un des plus beaux hymnes jamais dédiés à la jeunesse et à la liberté.

Mon avis :

Je me suis plongée dans une oeuvre de Jack London, et je dois dire que ce ne fut pas une lecture facile. Ce n’est pas un roman, quoi que j’ai pu lire. C’est un récit sur cette route que Jack London a prise, une route, ou plutôt un chemin de fer. J’avais déjà aperçu, dans des films, un vagabond qui montait dans un train et partait pour une destination inconnue. Tout semblait se passer bien. Si ce n’est pas le cas dans ce récit, c’est parce que nous sommes dans un récit, non dans une peuvre romanesque. Le narrateur est avant tout, et il le répétera souvent, un « hobo », un vagabond, qui voyage clandestinement, certes, mais peut aussi être arrêté, jugé, condamné et conduit en prison. Il doit aussi ruser pour trouver où dormir, de quoi se nourrir. Il doit compter, eh bien, sur ses talents de conteurs : les hobos ne sont pas aimés par les gens comme il faut, ceux qui travaillent, ont un toit sur la tête, et ne voient en eux que des bons à rien.

Le récit peut sembler un peu décousu, parce que la vie de hobo est décousu. Monter dans un train n’est que la première étape. Il faut encore y rester suffisamment longtemps pour parvenir à une destination raisonnable, voyager quasi-confortablement, sans se blesser, sans se faire éjecter. Etre un hobo, c’est rencontrer d’autres vagabonds, échanger des tuyaux, parfois, avec eux, se croiser, aller aussi loin qu’eux, voire plus loin. C’est constater, aussi, que certains restent sur le bas côté de la route, blessés, amputés parfois – les chutes de train ne pardonnent pas.

Justice indienne de David Heska Wanbli Weiden

Présentation de l’éditeur :

Sur la réserve indienne de Rosebud, dans le Dakota du Sud, le système légal américain refuse d’enquêter sur la plupart des crimes, et la police tribale dispose de peu de moyens. Aussi les pires abus restent-ils souvent impunis. C’est là qu’intervient Virgil Wounded Horse, justicier autoproclamé qui loue ses gros bras pour quelques billets. En réalité, il prend ses missions à cœur et distille une violence réfléchie pour venger les plus défavorisés.
Lorsqu’une nouvelle drogue frappe la communauté et sa propre famille, Virgil en fait une affaire personnelle. Accompagné de son ex-petite amie, il part sur la piste des responsables de ce trafic ravageur. Tiraillé entre traditions amérindiennes et modernité, il devra accepter la sagesse de ses ancêtres pour parvenir à ses fins.

Merci à Gallmeister et à Babelio pour ce partenariat.

Mon avis :

Justice ? Quelle justice ? On peut être en droit de se le demander en lisant ce livre.
Que l’on commence par le début ou par la post-face, on fait le constat que la justice n’existe pas pour les indiens – pas le fameux système légal américain, tant vanté. La police tribale ? Elle a très peu de moyens, trop peu. Quant à ceux qui pourraient enquêter, eh bien, la réponse est le plus souvent « non » – parce qu’ils ont mieux à faire, parce que ce sont des histoires d’indiens, voire de simples histoires de violences conjugales.

Attention spoiler : Je crois que ce livre est le seul pour lequel j’ai senti une immense compassion pour une personne qui a tué son chat. Alors je vais ouvrir une parenthèse, parler de ces textes que d’aucun juge « résistant », c’est à dire dure à lire et à faire lire, dans lequel rentre la catégorie « scène dans laquelle on tue un animal » – comme s’il fallait à tout prix prouver que l’on était un « bon » lecteur parce que l’on était près à lire sans ciller ce genre de scène, comme si, par extension, il fallait dans la vie regarder sans ciller des animaux se faire tuer parce que, parce… Ici, dans Justice indienne, la jeune femme qui tue son chat est au-delà de la douleur qui lui a été infligé, de la justice qui ne lui a pas été rendue. Elle ne tue pas son chat, elle emmène avec elle, dans la mort, le seul être vivant qu’elle aimait encore. Elle est une des personnes, pour ne pas dire LA personne qui a fait de Virgil Wounded Horse : un justicier. Quelqu’un qui règle avec ses poings ce que la loi, la justice, la police n’a pas pu régler. De tels hommes existent réellement, comme le précise l’auteur à la fin de son livre, ce sont simplement les statistiques qui manquent pour signifier l’ampleur du phénomène.

La soeur de Virgil est morte, aussi élève-t-il son neveu Nathan seul. Son point faible ? Oui, c’est ce que j’ai pensé, surtout quand Nathan fait une surdose de drogue, quand la vie du jeune homme n’a plus tenu qu’à un fil et que Virgil a découvert que des dealers ne cherchaient qu’à inonder la réserve avec une nouvelle drogue. La surdose de Nathan n’est que le début de l’affaire. J’ai aimé le rythme du récit, qui nous fait partager les espoirs et les peurs de Virgil – pas pour lui, non, pour ceux qui l’entourent. J’ai aimé ce livre qui dresse un état des lieux de ce qui se passe dans les réserves, de la manière dont ses habitants sont traités par ceux qui se considèrent comme plus américains qu’eux. Il nous parle des violences ordinaires subies dès l’enfance, de la précarité, du manque de solidarité. Il nous parle aussi de la culture indienne, de personnes absolument lumineuses telles Jerôme. J’ai à peine évoqué Mary. Elle a vécu une courte histoire d’amour avec Virgil, elle en a vécu une autre encore plus courte avec Rick, un des dealers. Son obsession ? Faire tout ce qui est possible pour que la vie des Lakota soit meilleure – et quand je lis certains faits, j’ai l’impression que l’action ne se passe pas de nos jours, qu’il est impossible que toute une communauté vive dans une telle précarité. Mary qui ne lâchera pas Virgil dans sa quête pour sauver Nathan, quoi qu’il dût lui coûter.

 

Une évidence trompeuse de Craig Johnson

édition Gallmeister – 416 pages

Présentation de l’éditeur :

Un accident apparemment banal, en marge d’un rassemblement de motards dans le Wyoming, laisse un jeune homme entre la vie et la mort. Mais l’affaire semble partir en roue libre pour Walt Longmire et Henry Standing Bear, appelés sur les lieux, tant le gang de motards auquel appartenait le jeune homme se fait menaçant. Pour ne rien arranger, la mère de la victime, l’extravagante Lola, n’est autre qu’une ex-petite amie de Henry et garde un ascendant certain sur lui. Dans la confusion qui s’ensuit, Walt et Henry, aidés par Vic, se raccrochent aux faits indubitables. Mais un témoignage qui paraît vrai ne l’est pas forcément, car comme le dit si bien Sherlock Holmes “il n’y a rien de plus trompeur qu’une évidence”.

Mon avis :

Lire un roman de Craig Johnson,  c’est la certitude de retrouver des personnages que l’on connaît bien, et qui ne nous décevront pas. Si certains se souviennent encore de l’enquête précédente et de son slogan « Sauvez Jen », cela assoit la popularité du shérif presque malgré lui. Pourtant, ce récit aurait dû être presque reposant pour Walt : n’accompagne-t-il pas son ami Henry Standing Bear à une course de moto très populaire, course à laquelle Henry s’obstine à participer depuis des années ? Seulement voilà, un jeune motard a eu un accident peu avant leur arrivée, accident qui n’en est sans doute pas un, et Walt est sollicité pour enquêter. Le jeune motard est en effet le fils d’une certaine Lola. Oui, LA Lola à cause de laquelle la Thunderbird bleu ciel de l’Ours, et la petite-fille de Walt par ricochet, s’appellent Lola. Enfin nous la rencontrons, pourrait-on dire, femme fatale, égérie des motards, tenant à ce que Walt et Henry Standing Bear lui apportent leur aide. Et qui leur apportera de l’aide, à eux ? Et bien Vic ! Sans oublier Cody, même à distance.
Une évidence trompeuse est une immersion dans le milieu des motards, mais aussi un éclairage sur le passé d’Henry. il est aussi un appel à considérer, reconsidérer tout ce qui peut semble trop évident, ou pas assez. Il apparaît presque comme une pause dans les enquêtes de Walt, loin de son comté d’Absaroka. Je me demande ce qu’il en sera de sa prochaine enquête.

Le Marathon d’Honolulu de Hunther S Thompson

Présentation de l’ouvrage :

La mode du marathon, prétexte à une nouvelle équipée délirante et sauvage de l’auteur de Las Vegas Parano. Hunter S. Thompson repart en vadrouille, pour couvrir avec son comparse Ralph Steadman le marathon d’Honolulu, à Hawaï. On est au début des années 1980. La majorité des rebelles des deux décennies précédentes se sont rangés et mis à la course à pied… Ce qui dégoûte profondément Hunter. Mais Honolulu, c’est aussi les expéditions du Capitaine Cook, la divinité Lono, la pêche au gros. Comme d’habitude, le reportage est un fiasco, et le récit du fiasco un fabuleux reportage !

Mon avis :

Ou comment lire un récit qui ne parle quasiment pas de marathon, mais beaucoup des difficultés du journaliste qui n’a pas vraiment envie de faire un reportage, qui n’aime pas le sport (je le comprends), qui a quelques soucis avec les hôteliers et autres personnes croisées pendant son séjour. Un journaliste qui a usé et abusé de quelques psychotropes, pour ne pas dire de beaucoup de psychotropes, tandis que son ami Ralph Steadman était aussi victime d’un malencontreux accident de surf. Ce sont des choses qui arrivent quand on s’essaie au sport et que le seul que l’on ait pratiqué jusque là, c’est :
– regarder un match de football ;
– suivi une course automobile, toujours sous psychotropes ;
– couru pour échapper à des poursuivants divers et variés.
Oui, je sais, je ne suis pas très sympa avec le sus-dit comparse, mais Thompson ne s’embarrasse pas non plus de finesse, lui qui n’hésite pas entre plusieurs substances alcoolisées, il les testera toutes. Le fond de ce reportage qui part dans tous les sens, c’est aussi ce constat sur les origines de l’engouement pour la course à pieds, et cela fait assez mal :

« Courir pour la vie… le sport, parce qu’il ne reste plus que ça. Ceux-là même qui brûlèrent leur ordre d’incorporation dans les années 60, et qui s’égarèrent dans les années 70, sont désormais à fond dans la course à pied. Quand la politique a échoué et que les relations interpersonnelles se sont avérées ingérables ; après que McGovern est tombé et que Nixon a explosé sous nos yeux… après que Ted Kennedy a chopé le syndrome Harold Stassen du type qui se présente à chaque coup et ne gagne jamais et que Jimmy Carter a déçu jusqu’au dernier de ses fidèles, et après que la nation s’est massivement ralliée à la sagesse atavique de Ronald Reagan.
Ma foi, nous voilà, après tout, dans les Années 80, et l’heure est enfin venue de savoir qui a des dents et qui n’en a pas. Ce qui peut éventuellement, mais ce n’est pas une certitude, expliquer l’étrange spectacle de deux générations de militants politiques se transformant finalement – vingt ans plus tard – en joggeurs.
Pourquoi cela ? »

Nous n’aurons pas la réponse à ce questionnement, peut-être est-ce avant tout à nous de la trouver, ou pas, à moins de nous inscrire nous aussi au prochain marathon. Et après cela, le reportage dégénère complètement, entre deux extraits du dernier voyage du capitaine Cook. Le livre part dans à peu près tous les sens, sauf celui de la course, il parlera de pêche aussi, des aléas climatiques non prévus et de la masse d’ennui générés par les excès en tout genre de notre valeureux reporter. Je ne connais rien au journalisme gonzo, et ne cherche pas forcément à enrichir ma culture sur le sujet. Je pense cependant qu’il faudra un certain temps avant que je ne me replonge dans la lecture d’un des ouvrages d’Hunter S. Thompson.