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L’enfant de Garland Road de Pierre Simenon

Présentation de l’éditeur :

Kevin O’Hagan a 63 ans. Écrivain raté et veuf torturé par les affres toxiques d’un mariage déchu et d’un amour devenu haine que même la mort n’a pas réussi à éteindre, il vit retiré du monde, sans espoir ni recours, dans les collines boisées du Vermont. Alors qu’il tente sans succès d’en finir avec l’existence, il devient malgré lui le tuteur de David, son neveu de 10 ans, qui vient de perdre ses parents dans des circonstances aussi brutales que mystérieuses.

Mon avis :

Merci à Netgalley et aux éditions Plon pour ce partenariat.

J’ai sollicité ce livre parce que le résumé m’interpelait, et aussi parce que je voulais découvrir l’oeuvre de Pierre Simenon, ayant « zappé » son premier roman, et ses deux récits suivants.
Je commencerai par un petit bémol : pourquoi diviser le roman en autant de partie, alors que la division en chapitres existe déjà ? Certes, chaque partie est construite de la même manière, elle commence par un retour en arrière sur la vie de Kevin et de Nicole, sa femme, sur la lente décomposition de son mariage, sur son rôle d’homme au foyer et ses échecs d’auteur, puis elle nous replonge dans le présent, avec Kevin qui est chargé de prendre soin de son neveu par alliance, David.

Oui, David est le fils de la soeur de Nicole, son épouse défunte. Elle et son mari ont été assassinés, par un cambrioleur semble-t-il. C’est une voisine, âgée, qui a courageusement donné l’alerte. Elle n’a pas sauvé la vie du couple, elle a permis à David d’être physiquement indemne. En effet, le cambrioleur est parti en n’emportant rien – ni argent, ni bijoux, ni objet précieux bien visible. Alors ? La police patine un peu. Les beaux-parents de Kevin sont trop âgés, en trop mauvaise santé pour s’occuper d’un pré-adolescent, et c’est pour cette raison que Kevin est chargé de cette tâche.  Si Louise n’apprécie pas tant que cela son gendre, elle reconnaît ses qualités paternelles, et le fait qu’il a su élever sa fille malgré le deuil qu’ils avaient subi. Maintenant, Nora est grande, elle a réussi ses brillantes études, elle a, comme sa mère en son temps, un très bon travail. Mission accomplie pour Kevin. Ce que ses beaux-parents n’avaient pas mesuré, c’est à quel point, au fin fond de son Vermont, Kevin se sentait mal, seul, sans plus aucun but dans la vie, ressassant son deuil et surtout, ses années conflictuelles avec sa femme, entre humiliation et indifférence. On trouve ainsi inversé la structure traditionnelle romanesque de l’homme conquérant, à la réussite professionnelle éclatante face à l’épouse cantonnée au foyer. Certes, Kevin est écrivain. Même s’il publie, il n’a pas eu le succès qu’aurait souhaité Nicole. Ce n’est pas tant leur union qui en a souffert que leur amour, qui s’est effacé. A la mort de Nicole, en plus de la douleur, restait le regret de ne pas avoir dit à sa femme ce qu’il ressentait vraiment.

Kevin trouve en David une nouvelle raison de (sur)vivre, même si je dois reconnaître qu’il est un enfant facile, compte tenu de ce qu’il a enduré. Avec lui, Kevin retrouve les gestes qu’il avait pour Nora, les histoires qu’il lui racontait, une affection qu’il n’avait plus depuis longtemps : une raison de vivre et d’écrire aussi. Tout pourrait aller pour le mieux, personne ne conteste le rôle de Kevin, et même sa meilleure amie, Fran, ex-sherif à la vie amoureuse sereine (oui, cela arrive) constate que tout va mieux, si ce n’est qu’une ombre plane toujours, celle du meurtrier des parents de David.

Oui, le récit bascule, par leur « tâche » n’était pas terminé. Nous sommes dans le Vermont, le Trou perdu les Bruyères des Amériques, où l’on trouve aussi facilement une arme à feu que « des moustiques en été », la protection autour de David s’organise – parce qu’il est facile de profiter d’une période de deuil, donc de douleurs, pour obtenir des renseignements, parce que l’on ne se méfie pas de personnes en apparence anodine, parce qu’il est plus facile de passer inaperçu pendant des années qu’on ne le pense. On ne le répètera jamais assez, le tueur en série se fond dans la population, sinon, il serait facilement repérable, et non, le tueur en série n’est pas quelqu’un d’excusable.

Un roman prenant, avec des personnages attachants – mention spéciale pour l’inoubliable Fran et sa ténacité : – Ah, vous, le secouriste, coupa Fran, occupez-vous de me garder envie et foutez-moi la paix ! 

Presidio de Randy Kennedy

Présentation de l’éditeur :

Après six années d’une drôle de vie menée au loin en solitaire, Troy Falconer retourne dans la petite ville où il a grandi. Il s’est tôt fait la promesse de ne jamais rien posséder et emprunte depuis la vie des autres : leurs porte-feuilles, leurs valises, leurs costumes et leurs voitures… Pourtant lorsqu’il apprend que la femme de son frère s’est enfuie avec le maigre pécule hérité du père, Troy met le cap sur New Cona (tableau miniature de l’Amérique rurale), bien décidé à aider Harlan à retrouver l’argent. Ils embarquent alors dans un road trip chaotique à travers les paysages austères du Texas. Seul hic, une passagère non déclarée est à l’arrière de la voiture : Martha, une gamine qui n’a pas froid aux yeux et une idée fixe en tête, retrouver son père au Mexique. Les frères Falconer ne sont plus simplement recherchés pour un banal vol de véhicule, mais pour kidnapping…

Mon avis :

Connaissez-vous les mennonites ? Non ? Moi non plus, du moins pas du tout avant d’avoir ouvert ce livre, et encore, je n’ai fait leur rencontre qu’au tiers du livre, pour ne quasiment plus les quitter, si j’ose dire.
Nous suivons d’abord le périple de deux frères, Harlan et Troy. Frères ennemis ? Non, pas vraiment. Disons que chacun a vécu sa vie, et que le point de rencontre entre leurs deux existences a bien failli tout faire exploser. La profession de Troy n’est pas vraiment l’activité qui permet de maintenir une famille unie. d’ailleurs, est-ce vraiment une profession que celle de voleur de voiture ? Non. Elle se rapproche presque d’une philosophie de vie puisque Troy ne veut rien posséder. Quant à son frère, un peu à cause de Troy, il ne possède plus rien non plus et il s’est mis en tête de l’aider à récupérer son bien.
Ce n’est pas que leur route croise celle de Martha, c’est qu’en se livrant à son « travail » – la voiture de leur défunt père les a lachés – ils emmènent sans le savoir une toute jeune adolescente avec eux – toujours bien fouiller une voiture avant de l’emprunter devrait être la règle d’or de tout voleur.
Le récit se partage véritablement entre quatre voix. Nous avons d’abord celle de Troy, dans de longs passages en italique. Il nous renseigne sur le passé des deux frères, sur la vie qu’il a menée, sur ses sentiments et ses émotions aussi. Nous avons aussi le voyage à travers le Texas, temps présent presque trop court au regard du récit rétrospectif, temps partagé entre les deux frères. Nous avons aussi le récit de Martha, aînée d’une famille très nombreuse, placée chez sa tante Johanna qui a quitté, des années plus tôt, sa communauté stricte pour une autre qui l’est moins : Johanna a une voiture qu’elle conduit elle-même, ses vêtements sont moins strictes que ceux que portaient Martha, même s’ils sont encore reconnaissables comme mennonite. . Enfin, nous avons la partie du récit qui est centrée sur Aaron, le père de Martha. La religion mennonite a été le centre de sa vie en tout temps, sans que parfois l’on comprenne comment elle a pu l’être, alors que d’autres membres de sa communauté ont choisi de vivre dans des lieux où le culte permettait de vivre de façon plus adaptée au monde contemporain.
Quand je dis « voix », je devrais avant tout parler de voix intérieure, parce que les personnages sont avant tout des taiseux, qui parlent peu, comme les deux frères Falconer. Quant à Martha, elle a été muselée en partie par les hommes de sa communauté – les femmes ne peuvent apprendre l’espagnol. Aaron, son père, est isolé de tous, des membres de sa communauté, de ses enfants, et, finalement, de tous.
Et si le personnage le plus important, c’était le Texas ? Celui des années 70, de ses vastes espaces somptueusement décrits, où l’on peut errer sans presque croiser personne. Ce Texas qui partage une frontière avec le Mexique – frontière dont on parle tant aujourd’hui.
Un roman très réussi.
Merci aux éditions Delcourt et au Picabo River book club pour ce partenariat.

L’affaire Galton de Ross MacDonald

édition Gallmeister – 262 pages.

Présentation de l’éditeur :

Une vieille dame richissime demande à Lew Archer de retrouver son héritier, disparu deux décennies plus tôt en compagnie d’une femme peu recommandable. Sans illusions, Archer se lance sur cette piste refroidie lorsqu’un meurtre surprenant l’en détourne. À défaut d’héritier, Archer débusque un squelette sans tête, un malfrat malin et une blonde terrorisée. Et découvre une combine particulièrement inventive, même pour la Californie.

Mon avis :

Lew Archer pourrait presque dire que l’affaire commence comme une enquête de routine. Après tout, retrouver des personnes disparues, mettre le nez dans les affaires de famille tout sauf heureuses et aimantes, c’est son quotidien. Problèmes : la disparition a eu lieu vingt ans plus tôt et les ennuis débutent immédiatement.
Alors que l’on croit que l’affaire est rapidement résolue, ou presque, une nouvelle piste s’ouvre, avec des péripéties qui plongent Archer dans des difficultés imprévues – et je reste évasive à dessein. Seulement, quoi qu’il lui arrive, Archer n’est pas le genre de détective à baisser les bras, ni à renoncer à mener à bien l’enquête qui lui a été confiée. Les femmes sont très nombreuses dans ce récit. Madame Galton, bien sûr, richissime veuve qui a été si dure avec son fils qu’elle l’a perdu et tente aujourd’hui de trouver un peu de bonheur – si c’est possible. Mme, femme et mère respectable, qui a pourtant un passé à cacher. Sheila, fille du docteur et bien décidé, du haut de ses études approfondies de sociologie – elle est en deuxième année – de comprendre le monde mieux que personne et de vivre son amour au grand jour. Mme Alice Sable, dont le mari prend grand soin.
Être la mère, être la femme, la conjointe, l’amante, la maîtresse, la veuve, être la fille, être la nièce : toutes les femmes sont définies dans ce roman (et dans la société ?) par rapport à un ou plusieurs hommes. Après, passer sa vie avec lui ou non est une question de d’opportunité, de choix, de conséquences aussi.
C’est facile à dire, le roman a été sans doute moins facile à écrire, mais le suspens est vraiment maintenu jusqu’à la toute dernière page. L’intrigue est particulièrement bien construite, entre drame, tragédie et escroquerie. Lew Archer paie largement de sa personne dans cette enquête, pensant toujours à la justice et à la vérité avant ses propres intérêts. L’amour peut faire faire des bêtises, pas l’amour de la justice – il peut simplement vous envoyer à l’hôpital, dans cette huitième enquête. Il m’en reste encore dix à découvrir.

Le Chant des revenants par Jesmyn Ward

 

Mon avis :

Certaines personnes vivent au pays des Bisounours, et je leur demanderai instamment de m’en donner l’adresse. Ils pensent que le racisme n’existe pas/n’existe plus, que tout va bien dans notre monde, que cela ne sert à rien de préciser qu’un couple est mixte puisque tout le monde accepte très bien les couples mixtes. A vrai dire, personne n’y fait attention, sauf Sharon, qui voit vraiment le mal partout.

Mouais.

Dans ce roman, Léonie est noir, Michael, le père de ses enfants, est blanc. Ce n’est rien de dire que ses beaux-parents ne l’ont pas acceptée – ils ne connaissent même pas leurs petits-enfants. Ils rendent la jeune femme, qui est tombée enceinte à dix-sept ans, responsable de tout le mal qui est arrivé à leur fils, aujourd’hui en prison. Plus pour très longtemps, et quand Léonie apprend qu’il va sortir, elle met illico ses deux enfants dans la voiture pour un voyage assez long, embarque sa meilleure amie (dont le conjoint est aussi emprisonné) et direction la prison.

Dit ainsi, cela pourrait ressembler à un road trip, un voyage initiatique. Pas vraiment. Plutôt le voyage d’une mère qui ne sait pas s’occuper de ses enfants, qui ne comprend même pas leurs besoins les plus simples (boire et manger) et passe complètement à côté d’eux. Quand le récit se focalise sur elle, on sait, on sait qu’elle les aime – un peu, à sa façon – et on sait surtout qu’elle ne sait pas du tout comment faire avec eux. Elle jalouse même Jo, son fils, qui lui sait comment s’y prendre avec Kayla, sa petite soeur. Il faut dire qu’il n’a pas eu le choix, qu’il fallait bien quelqu’un pour pallier les défaillances de sa mère. Certes, les grands-parents sont là, mais la grand-mère est malade, et le grand-père veille sur elle, et doit faire face avec ses propres… démons ? fantômes ? Les deux à la fois.

Qui sont les revenants dont nous parlent le titre ? Given, le frère de Léonie, décédé accidentellement ? Ou d’autres, que le grand-père a connu dans sa jeunesse, quand le seul fait d’être noir et de commettre quelques petites bêtises pouvaient suffire à vous envoyer en prison. L’esclavage n’existe plus, l’esclavage légal des prisons si – ou la rééducation par le travail. Si jamais cela fait renaître des souvenirs ainsi, vous n’avez pas tort.

Ce ne sont pas tant des rencontres que vont faire Léonie, Milly, et les enfants qu’un parcours balisé qu’ils vont suivre, dans cette Amérique des bas-côtés, celle que l’on ne montre pas. Ce ne sont pas tout à fait les oubliés du rêve américain, non, ce sont ceux qui n’ont jamais rêvé. Ce sont plutôt des cauchemars qui hantent leur nuit, comme celles de Michael, qui revit incessamment l’accident de la plate-forme, cauchemars dont l’amour, passionné, que lui porte Léonie, ne parvient pas à enrayer. Elle l’aime tant qu’elle ne peut aimer leurs enfants.

L’écriture est belle, forte, poétique, et ne craint pas de montrer, de donner à voir. Par la voix des revenants, elle ressuscite ce passé dont seul le grand-père se souvient, mais d’autres peuvent voir, entendre les revenants, dont Richie, lien entre le passé et le présent.

Un roman à lire avec attention et précaution.

 

 

La dernière chance de Rowan Petty de Richard Lange

édition Albin Michel – 392 pages

Présentation de l’éditeur :

Rowan Petty est un escroc à bout de souffle. Quand il n’arnaque pas des veuves esseulées, il triche au poker. Sa femme l’a quitté pour un autre escroc, sa fille ne lui parle plus depuis sept ans, et même sa voiture l’a planté… Jusqu’au jour où une vieille connaissance lui propose une dernière chance : filer à L.A. où des soldats en poste en Afghanistan auraient planqué deux millions dollars détournés. En compagnie de Tinafey, une sublime prostituée lasse de tapiner et avide d’aventures, il file en direction du Sud. Un jeu dangereux commence auquel vont se retrouver mêlés un vétérinaire blessé, un acteur fini, et la fille de Petty. Pour le gagnant : une fortune. Pour le perdant : une balle dans la tête.

Mon avis :

Nom : Petty.
Prénom : Rowan.
Profession : petit escroc.
Il connaît toutes les petites arnaques, il les a presque toutes testées, il a même formé de jeunes arnaqueurs, il a vu la déchéance d’anciens arnaqueurs. Ce n’est pas qu’il survit, non, sa situation n’est pas aussi désespérée, c’est plutôt qu’il vit littéralement au jour le jour, empilant les petites arnaques les unes par dessus les autres pour se maintenir la tête hors de l’eau. Il faut dire qu’il n’a pas charge d’âme : sa femme l’a quitté en lui laissant leur fille, lui-même l’a confié à sa mère, et cela fait sept ans que Samantha refuse de lui parler.
Seulement, l’occasion fait le larron – ou l’escroc, comme vous voulez, et il se retrouve mis sur une superbe affaire, via un de ses amis, une affaire tellement belle qu’elle le paraît trop pour l’être réellement. Rowan se laisse tenter : se rendre à Los Angeles, c’est l’occasion de tenter de revoir sa fille. Il n’est jamais trop tard pour tenter de bien faire.
Sur fond d’escroquerie à plus ou moins grande échelle, c’est un tableau de ce qui dysfonctionne aux Etats-Unis que nous propose Richard Lange. En premier lieu, on peut parler de l’armée : engagez-vous, rengagez-vous qu’ils disaient, et tant pis pour l’état dans lequel les soldats sont renvoyés. Même ce secteur n’est pas à l’abri des petites escroqueries, cependant c’est le portrait du corps de Tony, ses cicatrices, ces mutilations qui m’a surtout frappée. En second lieu, je parlerai de la famille traditionnelle, tellement valorisé par certains leaders politiques (et pas qu’aux Etats-Unis). Que transmettre à ses enfants quand on cumule les petits boulots pour vivre, quand on se laisse submerger par la douleur ? Que deviennent les enfants quand ils ont été ressentis comme entrave à leur bonheur, à leur épanouissement ? Ils s’en sortent comme ils peuvent, reproduisant parfois le comportement de leurs parents ou parvenant malgré tout à réussir assez bien.
Vient ensuite le secteur de la santé. En France, on a tendance à l’oublier : vous êtes atteint d’une maladie de longue durée, tout est prix en charge. Aux Etats-Unis, c’est bien plus compliqué. Il faut trouver des solutions pour les patients « à faible revenu ». Ou comment Rowan doit-il trouver un million de dollar pour soigner le cancer de sa fille.
Je parlerai aussi du racisme. Il ne s’exprime pas toujours franchement, non. Disons plutôt qu’il peut rejaillir brusquement. Tinafey, la toute nouvelle compagne de Rowan, est noire, il est blanc. Il en est encore que cela dérange, et tant pis pour les qualités de Tinafey.
Ce roman m’a permis de découvrir un nouvel auteur américain, et de voir l’envers de cette ville mythique qu’est Los Angeles.
Merci aux éditions Albin Michel, à Francis Geffard, à Carol Menville et au picabo river book club pour ce partenariat.

Shiloh de Shelby Foote

Présentation de l’éditeur :

Immense romancier américain, dans la lignée de William Faulkner, Shelby Foote est un auteur encore assez méconnu en France. Un de ses livres les plus importants en Amérique s’appelle Shiloh, épopée miniature qui raconte la guerre de Sécession en 200 pages à travers la voix de soldats ou lieutenants des deux camps.

Mon avis :

Si je suis au courant que j’ai placé ce livre dans le challenge Thriller et polar ? Bien sûr, c’est moi qui l’organise ! Ce livre ne rentre pas tout à fait dans le cadre ? Pourtant, je vous assure que c’est très noir, plus noir que le café préparé par Gaston Lagaffe et qui, à la première bouffée respirée, fait que vous ne pourrez pas dormir pendant au moins trois jours.

Shiloh, c’est le nom d’une bataille de la guerre de Sécession, dans le Tennessee.  Si vous ne connaissez pas cette bataille, du moins, pas plus que je ne la connaissais avant d’ouvrir ce livre, ne vous en faites pas, ce n’est pas grave du tout ! Est-ce que vous en saurez plus en refermant le livre ? Oui, un peu, mais ce n’est pas cela qui compte, ce qui compte, c’est l’abominable bordel qui a régné dans ce lieu, ce sont les hommes qui ont été sacrifiés pour quoi, au juste ? Pour rien, pour un petit bout de terre, une rivière.

Il est souvent question de courage. Il est aussi question de peur, de ce que certains peuvent qualifier de « lâcheté » alors que ce ne sont que des réactions humaines face au combat. D’ailleurs, fuit-il vraiment ? Non. Ils n’en peuvent seulement déjà plus. Peu importe à quel camp, quel régiment ils appartiennent, peu importe d’où ils viennent. Chacun a un passé, des raisons de s’être engagé, u point de vue, aussi sur l’Amérique qu’il désire, sur le camp opposé, aussi, forcément donné perdant.

Ce ne sont pas tant les scènes de combat qui comptent, même si elles sont là.  C’est l’avant, l’attente, et l’après, les blessés, les mourants, ceux qui cherchent à être soignés, ceux que l’on amoute, ceux qui ne survivront pas, ceux qui tentent de survivre. C’est un texte fort, âpre, un texte dont on se souvient. Et si, finalement, c’était cela, le plus important ?


 

November road de Lou Berney

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Présentation de l’éditeur :

Sur une route perdue de l’Ouest américain, un homme roule à tombeau ouvert. Cet homme, c’est Frank Guidry. À ses trousses, un tueur à gages mandaté par le mafieux Carlos Marcello, qui veut se débarrasser d’un témoin indésirable dans le crime du siècle : l’assassinat de JFK.Guidry sait que la première règle, quand on est en cavale, est de ne pas s’arrêter. Et que la seconde est de ne compter que sur soi-même. Pourtant, lorsqu’il aperçoit, au bord de la route, une femme avec une voiture en panne, deux petites filles et un chien sur la banquette arrière, il y voit une proie facile. Et la couverture qui lui permettra de leurrer l’homme qui le traque.

Mon avis :

Partons sur la route. Ou plutôt, fuyons.

1963. Les merveilleuses années 60. Tout va bien. Enfin, non, puisque Kennedy est assassiné. Notre héros n’a presque rien à voir dans cette histoire. Presque. Mais quand on sait quelque chose, que l’on a participé à l’insu de son plein gré, il vaut mieux très vite se mettre au vert. le « très vite » signifiant tant que l’on est encore en vie, et ce n’est pas une expression toute faite.
Sympathique, le héros ? Oui, non, peut-être, cochez la bonne case. Il sert avant tout son intérêt, et tant pis pour les dommages collatéraux.
Sur la route, il fait des rencontres, tout en brouillant les pistes. le récit est noir – chacun pour soi, tous les meurtres sont permis – mais l’humour n’est pas absent, ce qui offre un peu de respiration, de temps en temps. Puis, il y a la rencontre – avec Charlotte. Elle a quitté son mari, emportant ses deux filles et son chien épileptique dans sa traversée du pays. Elle nous rappelle ce que cela signifiait qu’être une femme dans ses années soixante. L’émancipation des femmes passe d’abord par leur propre décision.
Ne ratez pas l’épilogue, qui nous en apprend beaucoup sur le devenir de certains personnages.