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Oiseau de lune d’Abigail Padgett

Présentation de l’éditeur :

Bo Bradley se remet de la déprime consécutive à la mort de sa petite chienne, lorsqu’un patient est assassiné dans la maison de convalescence, située en plein désert californien, où elle reprend goût à la vie. Il s’agit d’une institution entièrement gérée par des Indiens qui mettent leur culture et leur organisation familiale et sociale au service des malades mentaux. Peu après, Bo doit prendre en charge Oiseau de lune », un petit garçon qui souffre d’hyperactivité pathologique et que les services sociaux s’avèrent incapables de protéger. Loin de là, en Allemagne, le docteur La Marche visite un lieu terrible et oublié de l’histoire appelé Hadamar, nom que Bo retrouve sur une pancarte au milieu du désert.

Mon avis :

Je veux saluer le courage de l’auteur, qui nous présente une héroïne hors norme, en proie à des troubles maniaco-dépressifs, qui lutte avec sa maladie et qui vit avec. Elle n’est pas la seule à souffrir de troubles psychiques, et nous allons voir dans ce quatrième tome à quel point cela peut être difficile.
Bo a rechuté, parce qu’elle a perdu sa compagne depuis dix-sept ans, sa chienne Mildred. Oui, elle est morte de vieillesse, oui, sa mort est « normale », mais Bo le vit mal et si ses proches l’aident, jamais ils ne lui reprochent d’avoir sombré. Dans l’établissement où elle est, elle croise d’autres patients, atteints d’autres pathologies. Ce que j’ai apprécié, parce que c’est rare dans un roman policier, c’est que l’on ne nous montre pas comment protéger la société des personnes atteintes de troubles mentaux, on nous montre comment permettre à ses personnes de vivre le mieux possible avec leur maladie dans le monde. Bo sait à quel point s’est difficile, c’est pour cette raison qu’elle sait ce qui peut attendre quelqu’un qui n’a pas reçu l’aide et le cadre adéquate pour parvenir à vivre avec.
Bo est plus forte qu’on ne le croit, parce que ses années de maladie, de traitement, de paroles aussi, franches, avec sa psychiatre, lui a fait gagner une grande lucidité, même quand elle est au fin fond de la dépression. Disons aussi qu’avec le temps – et un suivi étroit – le traitement qui l’aide à vivre est mieux ajusté. J’ai vraiment senti à la lecture du livre que l’auteur maîtrisait son sujet et avait des choses à nous dire sur ces personnes.
Et l’une d’entre elles est assassinée : Mort Walfman, un jeune homme qui était assez aisé parce qu’il était un acteur comique jouant dans des publicités grassement payées. Bo voyait en lui un frère, et elle est déterminée à découvrir qui l’a tué, et a trouvé un foyer pour Bird, son petit garçon. Problème : Mort a brouillé les traces, et retrouver sa famille est bien compliqué, mais pas impossible.
Oiseau de lune – titre qui, comme Petite tortue, fait référence à un enfant – nous plonge dans le joli monde des sociétés qui vendent la santé des gens, cherchent en s’enrichir le plus rapidement et le plus aisément possible, et tant pis pour les êtres humains que l’on sacrifie pour cela. Oh, pardon, ce ne sont pas les termes consacrés par ses entreprises, bien entendu.
Mais le roman nous entraîne plus loin encore, et nous montre à nouveau que la folie, ce terme médical, n’a rien à voir avec la perversion de certaines personnes. Je ne suis même pas sûre qu’il s’agisse du terme adéquat, cependant… les théories de ces personnes sont à chercher pas si loin que cela dans le passé. Ces personnes sont prêtes à les mettre en pratique : il faut toujours être vigilent, toujours.
Une série que j’apprécie énormément. Je cherche désormais à me procurer les tomes manquants.

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Petite tortue d’Abigail Padgett

Présentation de l’éditeur :

Il a les cheveux noirs et la peau brune. Acito, dont le prénom signifie  » Petite tortue « , est un bébé de huit mois d’origine maya. Il a survécu de justesse à un empoisonnement. Les analyses révèlent que l’agent toxique est une plante tropicale aussi rare que mortelle. Pour le docteur Andrew Lamarche, il ne peut s’agir d’un accident. Ce qui semble mettre hors de cause la famille dans laquelle l’enfant était gardé, mais jette le soupçon sur sa mère, une chanteuse nommée Chac : elle venait de rendre visite à son fils avant qu’il ne tombe malade. Chargée d’effectuer l’enquête préliminaire pour le compte du service de protection de l’enfance de SanDiego, Bo Bradley va rencontrer Chac à Tijuana, mais c’est une route semée d’embûches qui l’attend, jusqu’à la vérité.

Mon avis :

Fréquenter une petite bibliothèque municipale (Charleval, pour la citer) a l’avantage de vous faire découvrir des livres hors-normes – parce qu’une bibliothèque ne doit pas contenir que les livres que tout le monde lit ou demande, il faut aussi faire découvrir des auteurs et leurs singulières créations. Prenez Bo, l’héroïne d’Abigail Padgett, une auteur que je ne connaissais pas du tout, et qui a consacré cinq livres à cette enquêtrice. Et quelle enquêtrice ! Elle travaille aux services de protections de l’enfance de Californie, état dans lequel chaque citoyen a le droit et le devoir de dénoncer toute maltraitance. Autant vous dire que les services sociaux ne chôment pas, en une dynamique bien rodée, qui laisse à penser en l’existence d’un véritable suivi des enfants placés. Bo Bradley est cependant un cas particulier, rare dans le domaine policier  : elle est dépressive, réellement, continuellement. Elle a même été internée en asile psychiatrique et lutte quasi-quotidiennement contre sa maladie, qui est reconnue comme une vraie maladie par ses proches, ses collègues.

Lutte oui, mais elle sait quand elle est apte à travailler et quand elle ne l’est pas. Elle a suffisamment souffert à cause de sa maladie pour être lucide sur elle et, si elle n’aurait pas dû être en charge de son dossier, l’inaptitude temporaire de sa collègue et amie Estralla fait qu’elle s’occupe désormais de ce cas. Acito est un adorable bébé de huit mois, et pourtant, quelqu’un a tenté de l’assassiner, son empoisonnement n’a rien d’accidentel. La première suspecte ? La mère, Chac. Elle est très légalement mariée à un américain, que l’on retrouvera dans le récit, elle est chanteuse, et elle est sur le point de signer un bon contrat, elle qui chante à Tijuana. Traverser la frontière : c’est très facile quand on est américain et que l’on peut le dire sans accent. Quand on est née au Guatemala, comme Chac, ce n’est pas évident. Pourtant, il apparaît assez vite que ce n’est pas Chac qui a tenté de tuer son fils, et Bo doit lutter pour ne pas sombrer à nouveau : elle se trouve exposée à des faits que même les services sociaux ne pouvaient prévoir. Heureusement, elle est bien entourée, et heureusement, elle veut faire tout ce qui est pour le mieux dans l’intérêt d’Acito, lui trouvant une famille d’accueil atypique mais aimante – pourquoi un ancien cascadeur marié à une bouddhiste pratiquante ne pourraient pas veiller sur un enfant ?

En attendant, la liste des suspects diminue, pendant qu’un autre crime est commis, et qu’un troisième est évité de justesse. Le fait que l’on ait voulu empoisonner Bo indique qu’elle a trouvé quelque chose, mais quoi ? Le « qui » est nettement plus facile à trouver… Là, pour le coup, j’ai eu l’impression de me retrouver non pas face à la folie, mais face à l’irrationnel, un système de pensée qui n’était pas le nôtre, ni même celui d’aucune des personnes diagnostiquées « folles » dans ce roman. Bo d’ailleurs s’insurge contre la vision que l’on a des personnes « folles », la manière dont on les imagine tout de suite en tueur en série, alors que, le plus souvent, leurs préoccupations sont autres.

Ce qui a achevé de me plaire dans ce livre, c’est l’humour que l’on trouve, parfois, dans ce roman : la situation ne peut pas être toujours désespérée, et parfois, prendre de la distance fait du bien. Fumer, ce n’est pas bien, même quand on va si mal qu’on en ressent le besoin. Qu’importe : Je vais sortir fumer un paquet de cigarettes entier. Si l’Association de lutte contre les maladies cardiovasculaires appelle, dis-leur que je suis une androïde. Que j’ai des organes auto-nettoyants. Pas de soucis.

Tout proche, le désert, qui est presque un personnage à part entière, menaçant. Nous sommes aux Etats-Unis, et pourtant, on y meurt encore de soif dans ce désert, et si l’on s’y aventure, il faut penser à prendre une réserve d’eau pour tenir, jusqu’à que l’on vous retrouve. Il faut se méfier aussi des serpents, sous toutes leurs formes ai-je envie de préciser. J’aurai encore envie de prolonger l’écriture de cet avis, et de vous dire aussi que tout est question de nom, celui que l’on porte, celui que l’on a choisi, celui que l’on cache. Et que protéger son enfant, même avec les meilleurs intentions du monde, ce n’est pas toujours simple.

 

Champs d’ombre de Cornelia Read

Présentation de l’éditeur :

Madeline Dare, rejeton sans fortune d’une vieille famille wasp de Long Island, éduquée dans un milieu empreint de snobisme et de privilèges, végète comme rédactrice pour le journal local et, d’une manière générale, déteste Syracuse, trou perdu où elle doit vivre souvent seule puisque son mari, Dean, issu d’une famille de fermiers des environs, s’absente régulièrement sur des chantiers au Canada. Alors qu’elle rend visite à ses beaux-parents, de vrais rednecks évoluant entre tracteurs, sueur et labeur, on lui montre une plaque d’identité ramassée dans un champ, là même où dix-neuf ans plus tôt deux jeunes filles ont été retrouvées assassinées, avec mise en scène macabre. Du bon boulot de psychopathe. L’ennui, c’est que le nom sur la plaque est celui de Lapthorne, le cousin préféré de Madeline. Elle va se lancer dans l’enquête, avant que les flics s’en mêlent, avec pour but d’innocenter son cousin.

Mon avis :

Que diable allait-elle faire dans cette galère ? Nous sommes à la fin des années 80 et Madeline est une jeune femme un peu en rupture avec son milieu d’origine. Milieu aisé, wasp, qui survit grâce à des mariages d’argent – si ce n’est que sa mère a fait le choix d’un mariage d’amour, ce que Madeline a choisi également. Dean est ouvrier, part au Canada pour gagner sa vie, régulièrement et Madeline effectue un travail de journaliste très pointe, rédigeant des articles tels que « quel boisson chaude pour un hiver froid ? » Et là, boum, la mouche dans le lait : on découvre les plaques d’identification de son cousin préféré sur les lieux où un crime sanglant s’est déroulé vingt ans plus tôt. Soyons honnête : les plaques ont été découvertes depuis quelque temps déjà, elles n’ont jamais été remises à la police. Pourquoi ? Madeline se met alors en tête d’innocenter son cousin préféré.
Soyons honnête, elle l’a vu sept fois dans sa vie, et elle ne l’a pas vu depuis des années. Il n’empêche : au milieu d’une famille hautement imbuvable, c’est lui qu’elle préfère. Elle enquête, oui, mais à la manière d’une journaliste, doublée d’un membre de la famille, jusqu’à ce qu’elle comprenne qu’il faut aussi penser aux deux jeunes victimes qui n’ont jamais été identifiées. La seule chose dont elle se rend compte c’est qu’elles ne devaient pas être de la région parce qu’elles étaient coiffées à la dernière mode – impossible d’être à la dernière mode dans ce coin perdu en 1969. En 1988, époque à la quelle se passe l’intrigue, non plus. Une jeune femme blonde, une jeune femme brune se tenant par la main, et deux couronnes de roses, voici les faits. Elles ont été égorgées, et l’on n’a jamais trouvé qui avait agi ainsi.
Madeline enquête, à décharge plutôt qu’à charge, et cherche aussi qui, dans cette inquiétante galerie de personnages a pu commettre le meurtre. Si je puis me permettre cette expression, elle croise des personnes gratinées : Egon, l’ancien nazi, Schneider et Dégueulette, sa petite amie (je vous laisse deviner l’origine de son surnom), un dessinateur un peu parano… Ses amis ne sont pas en reste, et Ellis est un sacré personnage également. Seul Dean, son mari, réellement amoureux, bosseur, sort du lot, parce qu’il pense avant tout à protéger à sa femme, mais qu’il ne peut être présent, lui qui bosse quasi-constamment, et loin.
Alors oui, il faut attendre les deux tiers du roman (presque) pour que l’intrigue prenne une tournure inattendue. Et pourtant, si Madeline n’avait pas été la narratrice subjective, il est sûrement des faits qui auraient attiré l’attention avant – puis, on obtient les réponses que des questions que l’on pose. Des petits faits, comme les cailloux du petit Poucet semés au bord de la route, qui peuvent alerter un lecteur, qui se dirait qu’il est des faits troublants, dans cette famille, des décès – violents – et un abyssal manque d’amour maternel. D’ailleurs… je n’ai pas trouvé Madeline très sympathique, même si elle veut vraiment que justice soit rendue pour tous ces morts. Parce que Madeline, au fond, reste la fille de sa mère, qu’elle n’a jamais eu vraiment le courage d’envoyer paître ceux qui lui gâchent la vie, y compris dans son métier, qu’elle est elle-même si névrosée, si habituée aux névroses des siens qu’elle ne se rend même pas compte quand la névrose se métamorphose en quelque chose de bien pire.
Un polar sans vrai suspens, si ce n’est celui de découvrir quand l’héroïne comprendra ce que le lecteur a compris depuis très longtemps.

 

Handsome Harry de James Carlos Blake

Présentation de l’éditeur :

Dans la bande de John Dillinger, il y a Red, Charley, Russell et moi, “Handsome Harry” Pierpont. S’il y avait eu un chef, ça aurait été moi, même John le dit. Mais John aime avoir sa photo dans les journaux et faire le malin devant les dames, alors on ne se souvient que de lui. Il est le plus cool d’entre nous, je vous le garantis, sur un boulot comme sous les balles. Nous prenons l’argent là où il se trouve : dans les banques. Sans nous vanter, en matière de casse, nous sommes les meilleurs. Un chauffeur, trois ou quatre gars motivés, une voiture de remplacement, et le tour est joué.
Les journaux disent que nous sommes dangereux, l’Ennemi public n°1 : n’exagérons rien. On ne veut de mal à personne, on aime juste les belles voitures, les jolies filles et les fêtes entre copains. On sait bien que ça ne va pas durer, que les flics nous attraperont un jour ou l’autre. En attendant, on profite de la vie.

Merci aux éditions Gallmeister, à Léa du PicaboRiverBookClub pour ce partenariat

Mon avis :*

Soyez les bienvenus dans un roman frémissant et flamboyant, dans un roman véritablement littéraire, dans le sens où il nous raconte une histoire, sans se préoccuper de la morale du récit ou des personnages. Nous sommes dans les années 30, l’Amérique est frappée par la grande Dépression, la prohibition est moribonde et pas grand chose ne va. Dès le début du récit, nous savons ce qu’il va advenir de Harry Pierpont – et de ce qui est arrivé aux autres. Cependant, ce presque homme de l’ombre de la bande de Dillinger -il n’a jamais cherché la publicité, détestait être pris en photo, va nous conter son histoire, celle de sa bande qui … Oui, quels termes utiliser ? Qui a écumé l’Amérique et dévalisé le plus de banques possibles. Mais l’Amérique était exsangue, personne ne vivait bien, et braquer des banques semblait presque un moyen comme un autre de gagner de quoi vivre – de quoi flamber !

C’est presque insensiblement qu’Harry est devenu braqueur. On notera au passage l’éclairage qui est donné sur le système judiciaire américain, ou plutôt sur ses défaillances. Le narrateur ne nous balade pas quand il nous montre comment les jeunes délinquants sont exploités, comment les détenus, dont la dureté de la peine est de longueur variable selon… selon quoi, au juste ? La bonne conduite de l’individu, ou plutôt sa capacité à duper les gardiens et les juges ? Faire ce que l’on attend de vous est très important !

Comme l’écriture est rétrospective, Harry revient sur les décisions prises qui n’ont pas été les bonnes – parce qu’un braquage, c’est cinq minutes qui peuvent tout changer.  » Dès que c’est fait, ce qui aurait pu se passer…eh bien, ça s’est passé » apparaît comme un leitmotiv qui ressurgit au moment clef du roman. Harry, Red, Charley, Russel, et bien sûr John Dillinger étaient des êtres vivants, dans le sens où ils tenaient à profiter de tout ce que la vie pouvait leur offrir, toujours en mouvement, vivant de façon brûlante ces jours de liberté qui, finalement, représentent bien peu à l’aune d’une vie.

La vie, l’amour, les femmes. Elles sont étonnamment libres, elles qui gravitent autour du gang Dillinger. Elles ont souvent vécu une enfance compliquée, du moins étaient habituées à voir les hommes de la famille (leur père, leur frère) vivre de combine et passer un temps plus ou moins long derrière les barreaux. Elles ont développé, comme Pearl, un sens poussé de la débrouillardise – parce qu’il faut autant s’en sortir par soi-même que se faire exploiter par les autres.

Parce que c’est là, finalement, le coeur du roman : les gangsters sont plus sympathiques que certains policiers qui les poursuivent, plus sympathiques que les gardiens de prison qui savent fermer les yeux si nécessaires, et n’hésitent pas à humilier ceux qui sont à leur merci. Il s’agissait pour eux d’arrêter la bande de Dillinger, plutôt morte que vive, et tant pis pour celles qui se seraient trouvées avec eux. La bande était soutenue par une partie de l’opinion publique, c’est dire son opinion pour sur la police et la justice américaine.

Handsome Harry, un roman rouge ardent.

Missing : Germany de Don Winslow

Présentation de l’éditeur :

En Irak, Charles Sprague a sauvé la vie de Frank Decker. Aujourd’hui, l’heure est venue pour Frank de prouver sa reconnaissance : Kim, la superbe, la parfaite épouse de Charles, s’est volatilisée dans un luxueux centre commercial de Miami. La spécialité de Frank, c’est de retrouver les personnes disparues.

Mon avis :

J’aime quand j’entends une voix. Oui, quand j’ai lu les premières lignes de Missing : Germany, j’ai entendu la voix du personnage qui me parlait, une voix qui coulait de source, sans afféterie, sans effet de manche, bref, quelqu’un de proche qui nous raconte son histoire, ce qui ne veut absolument pas dire que l’auteur se croit obligé d’utiliser une syntaxe relâchée. Non, l’oralité n’a rien à voir avec le n’importe quoi, et je conseillerai fortement la lecture de n’importe quel roman de Don Winslow à certains auteurs pour le leur faire comprendre.
Nous retrouvons Frank Decker, le héros de Missing : New York. Egal à lui même, il a refusé toutes les propositions qui lui ont été faites, il était hors de question pour lui d’être la vitrine ou la caution morale d’une société quelconque. En revanche, il est un appel qu’il ne peut ignorer, celui de son ami Charles, qui lui a sauvé la vie en Irak : quand on a fait la guerre ensemble, quand on a été marines ensemble, on est unis pour la vie ! Aussi, quand Charles l’appelle parce que Kim, son épouse adorée, n’est pas rentrée du centre commercial, il arrive aussitôt ! Rien, absolument rien, aussi reste-t-il auprès de Charles pour prévenir la police et guider son ami dans les méandres d’une enquête qui ne fait que commencer. En effet, en cas de disparition, le premier suspect est toujours le mari, toujours. Surtout s’il est riche. Le contrecoup est que le riche mari peut se permettre de financer les recherches de son ami Frank, lui qui s’était juré, à la fin du tome précédent, d’aider les personnes qui disparaissant.
Son enquête le mènera loin, très loin, sur des chemins qu’il n’aurait pas aimé emprunté – celui de son passé. Pour résoudre les mystères du présent, toujours aller chercher dans le passé, et c’est à nouveau le portrait d’une Amérique que l’on voit pas tant que cela qui nous est dressé – pas tant celle des laissez-pour-compte, non, celle des extrémistes ordinaires, prompts à juger ceux qu’ils ont eux-mêmes amené à sortir de « leur » droit chemin.
Dans cette enquête, Frank trouvera beaucoup – de quoi donner une nouvelle impulsion à ce qui est son « oeuvre ». Il perdra aussi énormément. Mais ce second roman le mettant en scène est aussi passionnant que le premier.
Don Winslow, un auteur que vous aurez peut-être la chance de découvrir cette année.

Missing : New York de Don Winslow

Présentation de l’éditeur :

Frank Decker, sergent de police à Lincoln, Nebraska, capte sur sa radio de service un « Code 64 », soit un avis de disparition : Hansen, Hailey Marie. Afro-américaine. Âgée de cinq ans. Un mètre six. Seize kilos huit. Cheveux bruns, yeux verts.
Personne n’a rien vu, rien remarqué, rien entendu.
Près de la moitié des enfants assassinés par leur ravisseur sont tués dans l’heure qui suit leur enlèvement et Decker sait juste que Hailey s’est volatilisée avec Magique, son petit cheval en plastique.
Fouilles et interrogatoires, brigade cynophile, battues avec l’aide des flics des comtés voisins : la police fait de son mieux.
Jusqu’à un certain point. Car personne ne l’admet, mais on remue ciel et terre pour retrouver les petites filles blondes, pas les enfants métis de mère modeste et alcoolique.
C’est alors que Decker donne sa démission, fait son sac et part sur les routes à la recherche de Hailey.
Une quête désespérée et solitaire de plusieurs mois, de motels en stations-service, jusqu’à New York et son annexe pour VIP, les Hamptons.
Et là, tout bascule…

Mon avis :

Il est une phrase que je répète souvent. Si vous êtes fan de cet auteur, vous connaissez déjà ce roman, et vous n’aurez que faire de mon avis. Si vous ne l’êtes pas, ce sera peut-être pour vous de découvrir cet auteur qui, à mes yeux, se renouvèle sans cesse, peu importe où il nous entraîne.
Là, nous sommes dans le Nebraska, et Frank Decker est un bon flic. La disparition d’un enfant ? Insupportable. Aucune piste, rien. Puis, il faut bien le dire : si elle avait été blonde aux yeux bleus, née dans une famille des plus traditionnelles, les médias auraient pu être émus. Là… une enfant métis… sans père… de mère pauvre, célibataire, buvant un peu beaucoup… Ce n’est pas un sujet intéressant. Je sais très bien que certaines personnes, vivant au pays des Bisounours, sont outrés de ce que je viens d’écrire, qui n’est jamais que le reflet de ce que Don Winslow lui-même écrit, et se trouve une vérité… statistique.
Frank est un obsessionnel, et lui n’accepte pas. Tant pis pour son travail, tant pis pour sa femme, il envoie tout valser parce qu’il veut retrouver cette petite fille. Il ne le fera ni en un jour, ni en une semaine, dépassant les délais les plus optimistes. Il s’acharne, il suit les pistes qui se présentent à lui – parce qu’il est rare de trouver une piste qui ressemble à quelque chose, véritablement, d’avoir un témoin qui a vu quelque chose d’intéressant, même si aux yeux de certaines personnes, cela peut paraître insignifiant.
Cette enquête l’emmène loin du Nebraska, il est vrai, et à New York, c’est à un monde très artificiel qu’il a à faire, celui de la mode et de la prostitution de luxe. Decker a toujours un certain détachement face à ce qu’il voit, ce qui lui permet de mener son enquête en toute lucidité, sans se laisser entraîner sur une pente dangereuse. Trouver la vérité, y laisser des plumes, se faire menacer, blesser, oui. Se laisser corrompre, non. Renoncer alors qu’il sait qu’il touche au but, non plus. Mais faire des concessions pour que des enfants puissent vivre sereinement, oui.
Le début d’une série… la suite bientôt !

Toutes les choses de la vie de Kevin Canty

Présentation de l’éditeur :

Un 5 juillet, un homme et une femme, Robert et June, se retrouvent au bord d’une rivière du Montana avec une bouteille de whisky pour célébrer le cinquantième anniversaire d’un autre homme, Taylor, mort depuis onze ans.
C’était l’ami d’enfance de Robert et le mari de June et celle-ci, après toutes ces années de deuil, décide de n’être désormais la veuve de personne. Désireuse de prendre un nouveau départ, elle envisage même de vendre la maison qu’elle aime tant.
Robert, divorcé et père d’une fille de vingt ans, doit faire face à de grands changements quand il accepte d’héberger Betsy, son amour de jeunesse, qui traverse un moment difficile.
Entre ces deux femmes, il doit affronter sa propre futilité et redéfinir le sens qu’il donne à l’amour et à la vie.

Mon avis :

Toutes les choses de la vie est un roman simple, qui nous raconte une tranche de vie, un moment où, finalement, tout est possible – ou presque.
Robert et June sont amis de longue date, surtout, Robert était ami avec Taylor, le mari de June, décédé subitement onze ans plus tôt. Mais voilà : June veut tourner la page, définitivement, peut-être même, implicitement, refaire sa vie. Elle et Taylor n’ont pas eu d’enfants, il reste… le chien, vieillissant. Robert de son côté, a une fille, et ne se doute pas des aléas de sa vie personnelle. Layla, étudiante, n’aime pas, dans son université, être la fille qui vient du Montana, comme si c’était, forcément, péjoratif. Elle aussi va se trouver à un tournant de sa vie, elle ne le sait pas encore, pendant que son père veut aider du mieux possible son amour de jeunesse, qui a pourtant bâti sa vie – ailleurs. Il laisse donc de côté ce à quoi il tient – le Montana, la pêche, son activité de guide, pour l’accompagner dans son parcours où l’espoir ne figure plus vraiment. C’est aussi l’occasion pour lui de se rappeler sa jeunesse, les moments partagés avec sa femme, l’enfance de sa fille, et de se demander si sa vie est vraiment conforme à ce qu’il désirait.
Oui, ce sont des choses simples qui nous sont racontés : le moment où l’on s’affranchit de ce qui nous pèse, où l’on a envie de faire vraiment ce que l’on veut faire. Encore faut-il que l’autre qui est à nos côtés le veuille. Il faut alors ne pas hésiter à donner une impulsion à sa vie – même si l’on doit, pour cela, se retrouver seul.
Si j’ai beaucoup aimé Robert, en père un peu dépassé mais toujours aimant, June, qui sait ne pas se laisser enfermer dans une situation qui ne lui convient pas et Layla, en revanche le personnage d’Edgar me semble terriblement conformiste. Je ne parle pas de la construction de ce personnage, non, je parle de ce qu’il représente dans la société américaine. L’homme parfait, cherchant toujours à se conformer à ce que sa femme, jeune maman, veut, même si ces désirs sont justement très conformistes.
Toutes les choses de la vie – un moment romanesque beau et simple.