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Beautiful boy de Tom Barbash

Présentation de l’éditeur :

New York, 1980. A l’angle de la 72e Rue et de Central Park West, le Dakota Building impose sa silhouette étrange et légendaire. De retour d’une mission humanitaire en Afrique, le jeune Anton Winter y retrouve ses parents et l’appartement familial. Son père, Buddy, animateur vedette de la télévision qui a fui les projecteurs après une dépression nerveuse, lui demande alors de l’aider à relancer sa carrière. Or, dans cet immeuble où l’on croise Mick Jagger, Gore Vidal Lauren Bacall ou Ted Kennedy, vit aussi un certain John Lennon, qui pourrait être utile à Buddy pour reconquérir le coeur du public. Mais à mesure qu’Anton s’investit dans sa mission et se lie d’amitié avec le chanteur, il ne peut que remettre en question l’influence de son père sur ses propres ambitions, tandis qu’un certain Mark David Chapman s’apprête à faire couler le sang…

Après Les Lumières de Central Park, Tom Barbash signe un magnifique roman, entre récit d’apprentissage et fresque sociale, qui interroge la célébrité et les relations père-fils, tout en faisant revivre le New York de sa jeunesse et l’auteur de « Beautiful Boy », chanson que Lennon dédia à son fils Sean sur son dernier album.

Merci aux éditions Albin Michel pour leur confiance (livre que je chronique très en retard).

Mon avis ;

Anton Winter est un survivant, il revient d’une mission humanitaire en Afrique et il a bien failli y laisser sa peau (la maladie n’épargne personne). Aux Etats-Unis, il retrouve son père, Buddy, qui a été un immense animateur télévisée pendant dix ans, une star incontestée, jusqu’au jour où la dépression a été la plus forte et où il a quitté l’écran – en claquant la porte derrière lui. Buddy Winter, tel un boxeur qui a mis du temps à se relever d’un K-O, veut remonter sur le ring, et présenter à nouveau une émission. Pour cela, il a besoin de l’aide de son fils, qui pourrait peut-être l’aider à entrer en relation avec un des locataires du Dakota Building, John Lennon. Anton parviendra-t-il à aider son père ? Et surtout, est-ce toujours à un fils d’aider son père au lieu de vivre sa propre vie ?

Cela fait longtemps que je ne crains plus de choquer ou de mettre certains à dos. En lisant ce livre, j’ai immédiatement pensé aux films des années 70 de Woody Allen. J’ai retrouvé la même ambiance, la même couleur, la même tonalité, tout en demi-teinte de ce début des années 80 qui ne sait pas encore qu’il signe la fin d’une époque. J’ai eu l’impression de voir des personnages lutter pour garder la tête hors de l’eau, des personnages qui pensent encore avoir une chance de forcer le destin, comme Ted Kennedy visant l’investiture. Anton porte et supporte son père qui repense à ses débuts, aux meilleurs moments de ses dix années d’antenne, à cette lutte d’abord pour être à nouveau à l’antenne, puis pour garder l’antenne – de nos jours, l’on dirait « ne zappez pas après Dallas », série dont la diffusion battait son plein à cette époque.

Etre à l’antenne, interviewer des artistes, animer des débats (pour ces deux derniers faits, j’ai l’impression que l’on ne sait plus vraiment ce que cela veut dire de nos jours), est-ce que cela rend heureux ? Buddy me semble vivre dans une perpétuelle anxiété, et avoir besoin du soutien de ses proches – sa femme, son fils Anton, ses deux autres enfants ayant pris leur distance, parce qu’ils ont besoin de vivre leur propre vie. Anton en vient lui-même à s’interroger sur ce qu’il veut vraiment faire de sa vie, et être dans sa vie.

S’il est un personnage lumineux dans ce roman, c’est John Lennon, qui n’apparaît pas assez à mon goût (mais tous les goûts sont dans la nature) et qui a tout connu de la célébrité. Depuis cinq ans, il est, tout simplement, un homme au foyer, un homme qui vit sa vie, qui profite de la vie, qui est vivant, en un mot, comme dans l’une des scènes les plus inoubliables du livre.

Après cela, que dire ? Si ce n’est que j’ai commencé Les Lumières de Central Park.

Retour à Martha’s Vineyard par Richard Russo

Présentation de l’éditeur :

Septembre 2015. Lincoln s’apprête à vendre sa maison de Martha’s Vineyard, et invite sur l’île, pour un dernier week-end, ses amis de fac, Teddy et Mickey. Ces trois hommes ne pourraient être plus différents, entre Lincoln, le « beau gosse » devenu agent immobilier et père de famille, Teddy, l’éditeur universitaire célibataire et angoissé, et Mickey, forte tête et rockeur invétéré, et pourtant, ils partagent une vie de souvenirs. Parmi ces souvenirs, celui de Jacy, mystérieusement disparue il y a plus de trente ans, et dont ils étaient tous amoureux. Qu’est-il advenu d’elle ? Lequel avait sa préférence ? Les trois hommes vont rouvrir ensemble ce dossier « classé », et alors que par bribes la vérité émerge, ils vont devoir reconsidérer tout ce qu’ils croyaient savoir les uns des autres…

Merci aux éditions 10/18 et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Je dois dire que j’ai été happée par cette histoire, plus que je ne le pensais. Je l’ai lu en deux jours. C’est une histoire simple, au fond. Lincoln (son père, Wolfgang Amadeus, l’a prénommé ainsi en référence au président) invite deux amis de fac à passer un week-end dans sa maison de vacances. Si les relations se sont parfois distendues entre lui, Teddy et Mickey, ils ne se sont pourtant jamais réellement perdus de vue. A l’approche de la retraite, ou du moins alors qu’ils seraient possibles qu’ils prennent leurs retraites, ils vont, non faire le point sur leur vie, mais se pencher sur un fait qui est toujours resté dans l’ombre. Après un autre week-end à Martha’s Vineyard, un week-end de 1971, Jacy, une étudiante sur le point de se marier, a disparu. Il faut donner au mot « disparu » son sens plein : elle n’est pas morte, du moins, ils ne le pensent pas, elle est partie sans donner de nouvelles, ni à ses parents ni à ses amis ni à son fiancé. Le temps a eu beau passer, les interrogations sont restées. Teddy croit la voir partout, et Lincoln ne peut pas s’empêcher de fouiller un peu, juste un peu, en consultant les archives du journal de l’époque. C’est ainsi qu’il rencontrera un policier à la retraite, un policier qui sera tout prêt à l’aider, même si la vérité peut faire peur. Qu’est-il réellement arrivé à Jacy ? A-t-elle quitté l’île ? Lincoln, et le lecteur avec lui, frémira en pensant que le corps de Jacy a pu rester tout ce temps enseveli sur l’île, sans que personne n’en sache rien.

J’ai trouvé ce livre à la fois stupéfiant et intriguant. Le récit se passe de nos jours, il nous renvoie cependant à la fin des années 60, début des années 70, à cette guerre à laquelle il était impossible de ne pas penser à l’époque : la guerre du Vietnam. Lincoln, Teddy, Mickey, tous les trois auraient pu partir là-bas, tous les trois auraient pu être blessés ou tués là-bas. Pourquoi n’est-ce pas arrivé ? Il n’est pas rare de voir la littérature américaine, les films américains, exalter le courage de ceux qui partent se battre volontairement, pour leur pays, et il est des personnages qui le font ici aussi. Il l’est plus de rappeler que partir là-bas, c’était une question de malchance (le tirage au sort), de niveau d’études (rares étaient les avocats qui partaient au front) ou le courage, celui de tout plaquer et de partir pour le Canada.

Partir. Oui, il est des gens qui osent partir, couper les ponts, d’autres, au contraire, qui sont heureux là où ils vivent et n’ont guère envie d’être ailleurs. Il est ceux qui n’ont pas le choix, qui doivent rester dans une petite communauté où tout se sait, où tout finit par se savoir.

Et les préjugés ? Ils sont nombreux, surtout quand ils sont dans la tête de personnes qui ne devraient pas en avoir. Je parle des policiers. Certains en ont tant vu, certains ont si peu confiance en la nature humaine que, tout de suite, ils trouvent un scénario qui, justement, est un scénario parfait, qui rentre parfaitement dans les clous, cochent toutes les cases de la dissimulation et de la perversion. Préjugés ? Non, pas seulement. Il est aussi une manière de voir particulièrement biaisé, qui m’a interrogé, forcément. Je spoile, parce que c’est un fait qui m’a vraiment questionné : quand les policiers sont appelés pour violence conjugale, les policiers pensent à protéger d’abord le mari, non la femme victime de violence. Le pauvre, il ne faudrait pas que cela se sache ! Il pourrait même gâcher sa vie en allant en prison s’il commettait le pire.

Au final, ce n’est pas une histoire si simple qui nous est conté. C’est l’histoire de trois hommes qui ont fait des choix, qui ont construit leur vie, ont vécu de leur passion, ont gardé des secrets, les ont partagés, se sont aperçus que la vie avait passé, et qu’ils allaient la poursuivre, riches de tout ce que ce week-end leur aurait apporté.

Le dragon sous la mer de Frank Herbert

Présentation de l’éditeur :

Vider des puits de pétrole sous-marins dans une zone contrôlée par l’ennemi, puis ramener le butin aux États-Unis : une mission ultra-dangereuse, même pour un sous-marin aussi perfectionné. Mais le plus curieux dans cette mission est l’équipage : quatre hommes, pas un de plus. Dont un psychologue, « Long John » Ramsey. Tout le monde sait que les vingt missions précédentes ont échoué. On recommence parce que le manque d’énergie devient critique. Cette fois, il faut réussir. Ramsey est l’inventeur d’un appareil qui peut déjouer les effets d’une psychose artificielle, si vraiment se trouve là, comme on l’a dit, l’arme secrète ennemie. Mais Ramsey a des doutes. Les psychoses n’apparaissent pas par magie. En un sens, il voit le sous-marin comme une matrice, la mer comme un liquide amniotique. L’équipage va entrer dans un processus de maturation qui mène à une naissance. Une grande crise, oui. Mais comment la contrôler ?

Mon avis :

Pour découvrir les romans de Frank Herbert, je ne suis pas allée chercher son roman le plus connu, à savoir Dune. Non, pour une fois, j’ai été logique ; j’ai lu son tout premier roman, Le dragon sous la mer.

Nous sommes dans un roman de science-fiction/anticipation, si j’ose le classifier ainsi. Nous sommes en effet dans une situation presque plausible : vider des puits de pétrole sous-marin contrôlés par l’ennemi, et ramener le butin aux Etats-Unis. Presque. Le monde n’est pas celui dans lequel l’on vivait dans les années 50, même si quelques repères peuvent aider à ne pas perdre pied. L’action se passe en effet essentiellement sous l’eau, dans un sous-marin, un sous-marin qui ne comporte que quatre membres d’équipage, dont le capitaine et un psychologue, embarqué sous couverture afin de déjouer, grâce à un appareil de son invention, les effets d’une psychose artificielle. Au fur et à mesure de sa mission, Ramsey, le psychologue, aura des doutes, ne serait-ce qu’à cause de la présence d’un hibernant, c’est à dire d’un espion. Oui, mais qui ? Avantage pour Ramsey : il sait très bien qu’il n’est pas un hibernant. Inconvénient, pour lui : il est deux fois plus suspect aux yeux des autres, puisqu’il n’est pas tout jeune et que son grade n’est pas en rapport avec son âge. Deuxième inconvénient : impossible de repartir en arrière, surtout quand des découvertes plus inquiétantes les unes que les autres se succèdent.

Il faut aimer le monde des sous-marins, les termes techniques qui m’ont obligée à m’accrocher, parfois, pour lire ce récit. Cela ne m’a pas empêché de trouver cette lecture agréable, même si le terme peut étonner eu égard au sujet. Ce qui peut être considéré comme de la folie sur terre, ne l’est pas sous la mer, tant il est important de savoir créer une cohésion entre les différents membres d’équipage, tant il est important aussi de pouvoir re-naître, de croire en quelque chose. Ce roman est court (250 pages), mais il créé un univers riche et cohérent.

A découvrir, et pas seulement pour les fans de Frank Herbert.

Poursuite de Joyce Carol Oates

Présentation de l’éditeur :

De son enfance, Abby garde le souvenir de nuits tourmentées, habitées par un cauchemar récurrent : un champ peuplé d’ossements humains dans lequel elle erre à l’infini. Aujourd’hui Abby a vingt ans et, tandis qu’elle pensait avoir vaincu ses démons, son mariage imminent ravive l’affreux cauchemar. Moins de vingt-quatre heures après la cérémonie, Abby s’engage sur la chaussée et se fait renverser par un bus.

Accident ou résultat d’un geste prémédité ? C’est ce qu’essaie de déterminer son mari, Willem, alors qu’un troublant faisceau d’indices se présente à lui : quelle est donc cette marque rouge autour du poignet droit d’Abby ? Pourquoi se réveille-t-elle en hurlant chaque nuit ?

Mon avis :

Glauque.
C’est le premier mot qui me vient à l’esprit pour qualifier ce livre.
Je l’ai emprunté à la bibliothèque (je l’avais réservé), je l’ai lu très vite, revenue chez moi j’avais déjà parcouru la moitié de l’ouvrage, et je vais le rendre très rapidement aussi.
Certes, le résumé donne une idée du roman.
Ce qui me fait le qualifier de glauque, et non de gore, est qu’il s’agit à la fois d’un roman psychologique et d’un roman social, non d’un thriller cherchant à tout prix l’escalade sanglante, sans s’intéresser aux personnages et à ce qui a conduit à voir une jeune femme d’une vingtaine d’années faire des cauchemars récurrents.
Abby a pourtant tout pour être heureuse. Elle vient de se marier avec Willem, qui l’a imposé à sa famille en dépit de leurs préventions. Une jeune fille dont on ne sait rien ! Une jeune fille dont la famille ne vient même pas au mariage ! La famille de Willem appartient à une branche très stricte de la religion catholique, ajoutant interdit sur interdit. Pas de rapports sexuels avant le mariage (classique), pas de tabac, d’alcool ou de soda (cela l’est moins), pas de vernis à ongle fantaisie pour les femmes… Willem a beau être croyant, il se questionnera sur le fait que cela puisse réellement importer à Dieu que l’on boive des sodas ou que les femmes se mettent du vernis. Le lendemain du mariage, Abby est renversée par un bus et Willem, qui s’est marié pour le meilleur et pour le pire, ne quittera pas le chevet de sa femme, se moquant royalement de son apparence physique (la coupe de cheveux, la barbe ? On oublie) et de ce que sa famille peut penser.
Si nous suivons le retour à la vie d’Abby, prénom qu’elle s’est choisi, prénom dont le but est de tirer un trait sur le passé, nous suivons l’enfance de Myriam Frances, cette petite fille dont les parents l’ont « abandonné » quand elle avait cinq ans. Plutôt, nous suivons les délires du cerveau malade de son père. Critique de l’armée américaine ?. Elle est en tout cas incapable de prévoir les dérives, les dérapages de ses soldats qui reviennent au pays, incapable aussi de voir les problèmes qu’ils avaient déjà avant de s’engager. Critique de la misogynie ordinaire, de l’incapacité à protéger les femmes victimes de violence avant qu’il ne soit trop tard. Dans la manière de se comporter d’Abby au début du livre, j’ai revu la manière dont, trop souvent, les femmes doivent se comporter face aux hommes insistants, ses hommes qui peuvent très vite se mettre en colère si une femme ne répond pas correctement à leurs paroles.
Poursuite est un livre court mais il faut vraiment être bien accroché pour le lire.

Les veuves de Malabar Hill de Sujata Massey

édition Charleston – 624 pages

Présentation de l’éditeur :

La première avocate de Bombay mène l’enquête

Années 1920, Inde.
Perveen Mistry vient de rejoindre le cabinet d’avocats de son père, devenant la toute première femme avocate en Inde, un statut qui ne manque pas de faire débat. Mais quand un meurtre est commis dans une riche maison musulmane pratiquant la purdah (séparation stricte des femmes et des hommes) elle est la seule à pouvoir mener l’enquête. En effet, les seules survivantes – et potentielles témoins du crime – sont les trois veuves du riche marchand, vivant recluses dans une partie de la maison interdite aux hommes. Seule Perveen peut comprendre ce qui s’est réellement passé à Malabar Hill …
Une enquête passionnante, qui nous plonge au cœur de la société indienne du début du XXe siècle et de la place qu’y occupent les femmes.

Mon avis :

Mon rythme de lecture et mon rythme d’écriture diffèrent grandement. Qu’à cela ne tienne : voici ma chronique sur Les veuves de Malabar Hill, premier roman policier mettant en scène Perveen Mistry.

Nous sommes dans les années 20, nous sommes en Inde, pays qui est toujours à l’époque, il est bon de le rappeler, sous domination anglaise. Perveen a d’ailleurs étudié à Oxford, d’où elle est sortie diplômée. Elle a même gagné au cours de ses études une amie, Alice, amitié que ses parents ne voient pas forcément d’un bon oeil, les parents d’Alice non plus. L’on saura dans le cours du roman pourquoi elle n’a pas pu poursuivre ses études en Inde. Elle ne peut pas plaider, elle n’en a pas le droit, par contre, elle peut travailler dans le cabinet de son père, avocat reconnu : elle l’aide à préparer ses dossiers, à faire des recherches. Un jour pourtant, il semble qu’elle pourra, non pas plaider, mais exercer véritablement. Un des clients de son père, Omar Farid, vient de mourir – de mort naturelle. Ses trois veuves ne peuvent avoir de contact avec des hommes qu’à travers le jali, un mur grillagé qui, dans leur logement, sépare le quartier des hommes du quartier des femmes. Quand je dis « contact », je devrai plutôt dire « elles ne peuvent parler ». Aussi Perveen propose-t-elle de les aider, pour gérer la succession qui ne s’avère pas des plus faciles. Comme si la situation n’était pas déjà épineuse, l’homme qui devait veiller sur elle, cet homme de confiance, est assassiné dans la maison de Malabar Hill. Qui peut avoir commis ce crime ? Pourquoi ? Surtout, les trois veuves et leurs enfants se retrouvent désormais sans protection. La police mène l’enquête mais, sans trop en dévoiler, ne se défie pas assez des apparences, et surtout, peine à comprendre les contraintes liées à la pratique de la purdah.

Parallèlement, certaines parties du roman, nettement délimitées, nous renvoient cinq ans en arrière, quand Perveen était encore une jeune fille assez naïve. Oui, quand on lit les premiers chapitres, on peine à le croire. Et pourtant…. ces retours dans le passé nous font mesurer le chemin qu’elle a parcouru, les embûches qu’elle a dû surmonter, et les liens qui existent encore entre son passé et son présent. Être sur ses gardes, ne pas tomber dans des pièges, ne pas céder à une fausse compassion – Perveen a encore des combats à mener pour se libérer de ce passé.

Les veuves de Malabar Hill n’est pas un thriller sanglant. Je le qualifiera plus volontiers de « roman policier historique », qui nous en apprend énormément sur cette société indienne des années 20, notamment sur le sort qui était réservé aux femmes. Je pense que certains passages feront bondir littéralement le lecteur, du moins, je l’espère. Mesurer le chemin parcouru ne signifie pas nécessairement la fin des combats – voir la situation actuelle des femmes en Inde.

L’épaisseur du livre ne doit pas faire peur, parce qu’il est vraiment très prenant. J’ai eu envie de savoir ce qu’il allait advenir pour Razia, la première épouse, et sa fille unique Amina, aussi vive qu’elle est attachante, pour Sakina, la seconde veuve, mère de trois enfants dont un fils, le seul fils d’Omar Farid, pour Mumtaz enfin, dernière épouse, musicienne de son état, la seule à ne pas avoir d’enfant, celle dont la situation est la plus précaire. Bien sûr, j’ai eu envie aussi de savoir comment Perveen allait aider l’enquête à avancer, comment elle allait aider les trois veuves, ne serait-ce qu’à préserver le peu de droit qu’elles ont.

Un roman à découvrir.

 

La grange d’Angie Kim

Présentation de l’éditeur :

Lauréat du Edgar Award du premier roman 2020.
Servi par une intrigue originale aux multiples tiroirs et au décor insolite, un roman d’atmosphère ingénieux et déroutant, qui nous rappelle que la vérité se loge dans un épais camaïeu de gris… Installés en Virginie, Young et Pak Yoo, couple d’immigrés modèles, ont investi toutes leurs économies pour transformer leur grange en centre de soins alternatifs. Depuis, une poignée de patients réguliers se pressent dans leur cabine pressurisée, réputée pour traiter diverses pathologies. Ici, chacun se connaît, s’apprécie. Et puis, un soir : une étincelle dans l’oxygène, une explosion mortelle. Henry, un petit garçon autiste, meurt sur le coup.
Acte de négligence ? Homicide volontaire ? L’effroi est total.
Un an plus tard, la dizaine de personnes présentes à la grange ce soir-là se retrouve à la barre dans un procès retentissant. La police, les médias ont choisi leur coupable. Mais qu’en est-il de la vérité ?

Merci aux éditions Belfond et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Angie Kim est américaine mais elle est née à Séoul, en Corée du Sud. Comme Mary, la fille de Young et Pak Yoo, elle est arrivée aux Etats-Unis à l’adolescence. Elle et sa famille se sont installées à Baltimore puis elle a fait des études de droit à Stanford et Harvard. Il n’est donc pas étonnant qu’elle connaisse aussi bien le milieu du droit et tout ce qui peut se passer dans une famille qui a tout quitté pour donner un avenir meilleur à son enfant.

Oui, le roman s’ouvre sur un procès, qui devra clore le drame qui a eu lieu en Virginie. Young et Pak Yoo ont en effet transformé leur grande en centre de soin alternatif. Késako ? Il s’agit d’une nouvelle thérapie, pas totalement reconnue par la médecin, mais qui semble donner de bons résultats. Les parents se pressent d’amener leur enfant atypique pour tester cette thérapie, à laquelle d’autres s’opposent avec virulence, montrant les dangers de cette thérapie, et questionnant ces parents qui veulent que leurs enfants autistes changent. Pourquoi ne pas les accepter tels qu’ils sont ? Pour ma part, je serai claire, nette et précise : quand un de vos enfants est en souffrance, et que vous êtes parents, c’est insupportable. Alors oui, l’on peut vouloir tout tenter, parce que cette vie est douloureuse pour lui, pour ses parents, pour ses proches. Elizabeth s’est investie totalement, a tout tenté pour son fils, traquant dans l’alimentation les substances qui pourraient augmenter ses troubles. Aujourd’hui, c’est elle pourtant qui est sur le banc des accusés : ce serait elle qui aurait provoqué l’explosion de la grange, causant ainsi la mort d’Henry, son fils, et d’une de ses meilleures amies.

La tension est bien présente dans le récit, que ce soit pendant les scènes de procès, ou pendant les retours en arrière qui nous permettent de découvrir les personnages qui tous ou presque ont quelque chose à cacher. Parfois, ils estiment que les mensonges ne sont pas très graves, il est tellement facile de se dédouaner soi-même. Il est tellement difficile de vivre avec les accusations que l’on se porte soi-même.

Etre mère, ce n’est pas simple, ce n’est pas instinctif quoi que certain(e)s pensent encore. Ce n’est pas l’accomplissement absolu et rêvé pour une femme. C’est beaucoup de douleurs, ce sont des pensées que l’on a et qu’il faut taire, parce qu’elle tranche avec les idées communément admises sur la maternité, et répandue un peu partout. Ne parlons même pas d’avoir un enfant différent. C’est toujours à la mère de se sacrifier, de mettre tout sa vie entre parenthèses parce qu’il nécessite tout son temps, toute son énergie, tous ses soins. Se plaindre ? La société n’est pas prête à l’entendre. Prendre du temps pour soi ? Impensable. Etre mère, ce n’est pas tout rose, et ce n’est pas Young qui dira le contraire.

Young m’a fait penser à d’autres héroïnes de romans coréens. Oui, elle obéit à son mari – c’est lui qui a pris la décision du départ pour les Etats-Unis, lui qui a choisi de rester au pays, le temps qui était nécessaire pour qu’ils puissent tous les trois s’installer correctement. Oui, c’est elle qui a travaillé énormément, les parents qui les ont recueillis ne l’ont pas fait par charité, voyant finalement très peu sa fille Mary. Celle-ci n’est pas que ballotée entre deux cultures, elle reproche clairement à sa mère de ne pas s’être opposée à son père, bref, d’avoir respecté la tradition. Et je me suis demandé, au cours de ma lecture, si elles allaient prendre toutes deux leur destin en main – Mary est elle aussi une victime de l’explosion, elle a tenté de porter secours aux patients.

La grange est un premier roman. Il est avant tout pour moi un livre d’une très grande richesse, comportant véritablement plusieurs strates de lecture. Il peut intéresser les lecteurs qui apprécient les romans policiers, ceux qui aiment la littérature américaine, ou encore ceux qui veulent en savoir plus sur la Corée du Sud. Bref, La grange est un livre qui a de quoi intéresser un large public.

 

Les heures furieuses de Casey Cep

 

édition Sonatine – 400 pages

Présentation de l’éditeur :

Sur les traces du manuscrit perdu de Harper Lee.
Années 1970. Alabama. Le révérend Willie Maxwell est accusé de cinq meurtres. Avec l’aide de Tom Radney, avocat hors pair, il parvient à échapper à la justice… avant d’être abattu lors des funérailles de sa dernière victime présumée. En dépit des centaines de témoins présents, Robert Burns, son assassin, est acquitté – grâce, une nouvelle fois, à Tom Radney.
Dans la salle d’audience, une femme passionnée par l’affaire est venue de New York pour suivre les débats. Son nom : Harper Lee. Dix-sept ans après Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, elle trouve dans cette histoire tous les ingrédients pour écrire enfin son deuxième livre et rivaliser avec De sang-froid de son ami Truman Capote. Un an d’enquête dans la région, puis un an chez elle à travailler à sa propre version des faits, pour finalement aboutir à un manuscrit que personne ne retrouvera jamais.

Merci aux éditions Sonatine et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

C’est par curiosité que j’ai voulu découvrir ce livre – et parce que j’aime beaucoup les éditions Sonatine aussi.

Harper Lee est une autrice que j’ai découvert par le plus grand des hasards, et je ne peux pas dire que la lecture de son roman Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur fut pour moi un coup de coeur. Je l’ai lu, j’ai passé un moment dans l’Alabama poisseux aux secrets bien cachés, et c’est ma foi tout. Ce n’est pas une raison pour ne pas découvrir le parcours de cette femme.

Tout commence avec l’envie d’écrire un livre, un autre livre que celui qui la poursuit depuis sa parution, livre qui l’a mise à l’abri du besoin, livre dont elle ne veut surtout pas parler – et elle donnera fidèlement son amitié à ceux qui respecteront ses choix.

Années 1970. L’Alabama a-t-elle changé ? Les proches du révérend Willie Maxwell décèdent les uns après les autres, sa première femme, sa seconde femme, son neveu, sa belle-fille…. Ils décèdent tous de morts violentes, pour ne pas dire assassinés. Les coupables ne sont pas retrouvés ou plutôt, le révérend est souvent soupçonné, presque toujours innocenté. Je dis « presque » parce que, alors qu’un nouveau procès s’ouvrait, Willie Maxwell est assassiné par un proche de la dernière victime. Pas de suspens inutile : tout comme le révérend lors de son premier procès, Robert Burns sera acquitté. Avoir un très bon avocat – le même pour les deux hommes, ironie du sort quand tu nous tiens – cela aide.

Essai ? Biographie ? Chaque partie de cette oeuvre est consacrée à l’un de ses protagonistes, le révérend, l’avocat ou l’auteur. Il nous parle également du contexte dans lequel l’action a eu lieu – si les assurance-vie n’avaient pas connu un immense essor, peut-être rien de tout ceci n’aurait eu lieu. Quant à Robert Burns « Big Tom », il a essayé de faire une carrière politique dans l’Alabama raciste des années 60-70, Etat qui n’appréciait pas vraiment que l’on puisse défendre les droits des Afro-américains. Le harcèlement, les menaces, ne sont pas seulement des fléaus de notre temps.

Et Harper Lee ? Nous suivons son parcours, de sa naissance, petite dernière d’une famille de quatre enfants, à sa mort; Nous la croisons avec Truman Capote, son voisin, son ami d’enfance avec qui elle partira enquêter – les notes de Nelle ne sont pas pour rien dans l’écriture de De Sang-froid. Nous suivons, avec elle, la difficulté d’écrire, la difficulté de recueillir un matériel, puis de le mettre en mot, en forme, de construire une oeuvre cohérente, pour ne pas dire construire une oeuvre tout court. Que veut-on dire, que veut-on démontrer quand on écrit l’histoire d’un révérend assassiné, de son assassin quasiment acquitté et de leur avocat ? Harper Lee a certainement écrit pendant des années, pendant toutes ses années, sans parvenir à écrire une oeuvre qui correspondrait à ses exigences, à ses attentes. Il est question aussi… d’écrire une oeuvre qui pourra être publié, qui conviendra à un éditeur. Oui, avant de trouver son public, un roman doit aussi trouver son éditeur.

Les heures furieuses est une oeuvre dense, complexe, qui nous parle à la fois de l’Amérique sudiste, de l’Amérique qui ne voit même pas ses dysfonctionnements, et de la difficulté d’être – d’être Harper Lee, tout simplement.

L’enfant du silence d’Abigail Padget

édition Rivages/Noir – 272 pages.

Présentation de l’éditeur :

Un enfant de quatre ans, de race blanche, a été retrouvé sur la réserve indienne des Barona, dans une bâtisse inhabitée, à cinq heures trente du matin. Il était attaché à un matelas par une corde à linge. Bo Bradley, du service de protection de l’enfant, a été chargée de son dossier. Pourquoi était-il attaché, et la personne qui l’a mis là avait-elle l’intention de revenir ? Bo découvre que l’enfant est sourd, et s’attache à lui. Mais, bientôt, des tueurs surgissent à l’hôpital où est soigné le rescapé et cherchent à le tuer. Bo engage alors une course contre la montre pour découvrir quelle malédiction pèse sur l’enfant et essayer de le sauver.

Mon avis :

A ma connaissance, les enquêtes mettant en scène Bo Bradley ne comportent que cinq tomes. Aussi, même si celui-ci était dans ma PAL depuis deux ans, c’est un choix de ma part de ne pas l’en avoir sorti plus tôt : faire durer le plaisir (il me reste encore deux tomes à lire). Le hasard fait que la bibliothèque municipale comporte les tomes 3 et 4, je me suis donc procurée plus tard les 1, 2 et 5.

Ce tome est celui qui nous permet de faire connaissance avec Bo. Elle est ce que l’on nommait à l’époque maniaco-dépressive et que l’on nomme maintenant atteinte de troubles bipolaires. Bo connaît parfaitement sa maladie, elle se voit, et juge les symptômes qu’elle ressent, elle sait quand elle a besoin d’un traitement, elle sait dans quelle phase de sa maladie elle se trouve et les conséquences que cela peut avoir dans son comportement, dans ses perceptions. Elle sait également que sa soeur Laurie en est morte – elle s’est suicidée à l’âge de vingt ans, et cela a changé du tout au tout la vie de Bo, qui sombra dans la dépression et fut internée pendant trois mois. Elle résolut aussi de ne pas avoir d’enfant, ce que ne comprit pas son mari, qui divorça : avec deux frères prêtres, il était nécessaire pour lui d’avoir une descendance – pour lui. Bo ne voulait pas transmettre ses tourments à un enfant, elle sait ce que c’est d’être au fond de la dépression, au point que l’on ne veut jamais, ni revivre cela, ni l’affliger à un autre être humain.

Bo accomplit parfaitement son métier, elle travaille à la protection de l’enfance. Les feux des projecteurs ont malheureusement été braqués sur eux après qu’une fillette, dont la garde a été rendue à la mère, a été tuée par le compagnon de celle-ci. Le docteur Andrew La Marche, chantre de la protection de l’enfance, n’a pas de mots assez durs pour stigmatiser les services sociaux. Et que croit-il ? Qu’Angela, l’agente qui a témoigné en faveur de la mère, ne se demande pas ce qu’elle n’a pas vu ? Quant à Bo, elle sait très bien que chacun peut mentir, de façon suffisamment convaincante pour être cru.

Bo et La Marche n’étaient pas vraiment fait pour s’entendre. Et pourtant : un petit garçon les réunit, un petit garçon blanc qui a été trouvé attaché à un radiateur dans une réserve indienne. La vieille femme qui l’a trouvé a les pieds sur terre, et la tête dans le monde des esprits. Elle sait… que l’histoire ne fait que commencer, que le danger est toujours là. Et si ce petit garçon ne communique pas, ce n’est pas parce qu’il est attardé, c’est parce qu’il est sourd.

Ce serait presque simple, les rouages de la protection de l’enfance sont bien huilés, n’était… l’instinct de La Marche, l’instinct de l’infirmier chargé de veiller sur l’enfant, qui sauve la vie de ce dernier. Oui, un autre infirmier est tué – en se portant au secours de Weepoo, nom qui d’après Bo est le sien – mais il faut toujours se rappeler, en lisant un polar – ou en écoutant les informations télévisées à visée sensationnelle – que le responsable d’un meurtre, c’est celui qui l’a commis, non la victime qui a eu la vie sauve grâce à un sacrifice. Et ce roman nous montre qu’il est des personnes qui sont prêtes à tout pour sauver la vie d’un enfant. Je préfère nettement retenir ses personnes que celles qui n’ont définitivement aucune empathie et se moquent du mal qu’elles sèment autour d’elles. C’est vers cette direction que tend le roman tout entier, penser à ceux qui oeuvrent pour le bien, qui sont prêts à s’oublier pour les autres.

Bo, Andrew La Marche, ont plus de points communs qu’ils ne le pensent, eux qui vivent avec le poids de la mort d’un proche dont ils se sentent responsables, comme si leur vie respective n’était qu’un long chemin douloureux qu’ils s’imposaient pour expier leurs fautes, ou ce qu’ils considèrent comme telles. Avec La Marche et Weepo, nous plongeons dans une société américaine en quête de respectabilité et de « noblesse », et si nous voyons avec Andrew comment il en est revenu, faisant un examen de conscience strict et douloureux, nous comprenons que d’autres ne sont pas prêts à abandonner les apparences, la quête de pouvoir et de puissance pour s’intéresser à l’humain. Ce serait vraiment trop leur demander.

L’enfant du silence est une oeuvre magnifique, qui va bien au-delà du genre policier.

Lu pour le challenge Un mot, des titres chez Azilis

 

 

11 h 14 de Glendon Swarthout

Présentation de l’éditeur :

Jimmy ne sait rien refuser à son ex-femme Tyler. Même quand elle lui demande de se rendre au Nouveau-Mexique enquêter sur la mort suspecte de son amant, il finit par céder. Il est vrai que l’histoire est intrigante : Tyler est persuadée qu’il s’agit d’un meurtre, dernier rebondissement de la tragédie sanglante qui a opposé ses deux grands-pères au début du siècle. Jimmy débarque donc à Harding, la petite ville natale de Tyler, avec son look new-yorkais et sa Rolls de collection. Et la trouille au ventre. A juste titre d’ailleurs, car très rapidement, on essaie de le tuer, lui aussi…
Mon avis :
Jimmy est un homme charmant. Il est ce que l’on appellerait de nos jours un adulescent (le roman a été écrit en 1979), un ado qui ne veut surtout pas grandir et qui le dit haut et fort à son ex-femme Tyler. Celle-ci a eu en effet une drôle d’idée : demander à Jimmy de l’accompagner à l’aéroport pour chercher le cercueil contenant le corps de son nouveau compagnon, Max Sansom. Jimmy refuse – un temps. Là où l’affaire se corse, c’est quand Tyler demande à Jimmy d’enquêter au Nouveau-Mexique sur la mort de Max, romancier scandaleusement à succès qui s’est fait connaître en tirant sur l’une de ses ex-femmes. Jimmy, ses costumes Cacharel et sa rolls, se rendent donc dans la petite ville d’où est originaire Tyler, ville célèbre pour deux procès qui opposèrent ses deux grands-pères dans les années 1910. Jimmy entendra maintes et maintes fois la légende locale, et découvrira que, finalement, beaucoup de faites restent cachés !
C’est peu dire qu’il détonne, notre écrivain de livres pour enfants fier de ce qu’il écrit et de son succès – et pourquoi ne le serait-il pas ? Il n’a qu’une hâte : rentrer chez lui après avoir assuré Tyler que Sansom était mort accidentellement. Si ce n’est que des faits assez étranges surviennent : la vie de Jimmy, auteur de livres pour enfants, rappelons-le, est menacé. Bon sang de bonsoir, que s’est-il passé à Harding en 1910 et en 1916 pour justifier ce qui se passe en 1977 ?
Jimmy découvre que Tyler lui a caché bien des faits. Il découvrira des faits qu’il aimerait lui cacher – parce que les apprendre la bouleverserait trop. Ce n’est pas que B. James Butters se retrouve dans une affaire qui le dépasse, non, c’est qu’il est embarqué dans une affaire qui dépasse depuis longtemps les survivants des deux retentissants procès, empoisonnant jusqu’à leurs descendants.
Ce que j’aime dans ce livre, c’est l’humour et la distance avec laquelle l’histoire nous est raconté par Jimmy. Il semble quasiment dire : « je ne suis pas concerné par cette histoire, je suis là totalement par hasard, surtout, surtout, faites comme si je n’étais pas là ! » Et pourtant, il est là, il est mordant, caustique avec certains, les pousse dans leurs retranchements, sait appuyer là où cela fait mal et creuse là où s’est nécessaire. Par contre, il sait parfaitement être… non, pas bienveillant, ce n’est pas un mot de cette époque. Charmant ? Oui, charmant avec ceux qui le méritent vraiment. Charmant et charmeur d’ailleurs, ne se départant jamais ni de son humour ni de sa franchise. Se retrouver en plein western à la toute fin des années 70 : qui aurait pu le lui prédire ?
PS : la signification du titre ? Ah non, pour la découvrir, il faut vraiment que vous lisiez ce livre !

Le dard du Scorpion par Douglas Preston et Lincoln Child