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Hors-la-loi d’Anna North

Présentation de l’éditeur :

À dix-sept ans, la vie semble sourire à Ada : elle vient d’épouser le garçon qu’elle aime et son travail de sage-femme aux côtés de sa mère la passionne. Mais les mois passent et le ventre de la jeune femme ne s’arrondit toujours pas. Dans cette petite ville du Texas où la maternité est portée plus haut que tout, et la stérilité perçue comme un signe de sorcellerie, les accusations à l’encontre d’Ada ne tardent pas à se multiplier. Bientôt sa vie même est menacée et elle n’a d’autre choix doit que de partir, renonçant à tout ce qu’elle avait construit.
Elle trouve refuge au sein du tristement célèbre gang du Hole-in-the-Wall, une bande de hors-la-loi dirigée par un leader charismatique : le Kid. Le Kid rêve de créer un havre de paix pour les femmes marginalisées et rejetées par la société en raison de leurs différences.
À ses côtés, Ada apprend à monter à cheval, à tirer et à maîtriser l’art de se déguiser en homme pour piller des diligences ou voler du bétail. Mais le Kid veut aller plus loin et échafaude un plan qui pourrait bien leur être fatal. Ada est-elle prête à risquer sa vie pour un monde meilleur ?

Mon avis :

Je revendique avoir eu du mal à lire ce livre, bien que la narration ait été assez fluide. Oui, curieux début. Il faut cependant se plonger d’abord dans la thématique pour comprendre mes réticences. L’action se passe au XIXe siècle, aux Etats-Unis, après qu’une épidémie a décimé une grande partie de la population et que les survivants s’en sont remis à la religion pour surmonter ce qui s’était passé. Les femmes stériles sont mises au ban de la société, quand elles ne sont pas purement et simplement supprimées. Les femmes qui ont eu quatre enfants sont en revanche libres de faire ce qu’elles veulent – pour peu, bien sûr, que les quatre enfants qu’elles ont mis au monde soient vivants et en bonne santé.

Cela vous parait invraisemblable ? Pas tant que cela. Il suffit de repenser à ce qui passait en Roumanie jusqu’à la fin des années 80. Il suffit de voir comment la société américaine évolue actuellement, ou comment d’autres sociétés se comportent envers les femmes. Il est facile d’accuser, de faire condamner quand la justice est rendue par les hommes, pour les hommes, quand personne, surtout, ne cherche à trouver les véritables causes, à remplacer les idées fausses par des vraies. Trop difficile, trop fatiguant de se remettre en question, et de s’apercevoir que l’on s’est trompé pendant tout ce temps.

Ada est l’ainée d’une famille de quatre filles, sa mère est sage-femme et lui a transmis son savoir – une femme qui sait est dangereuse. Chassée par son mari, elle trouve un temps refuge dans un couvent, là où toutes les femmes stériles sont envoyées, quand elles n’ont pas été exécutées. Elle quitte cependant le couvent, parce qu’elle sait qu’elle est toujours recherchée, parce que cette vie ne lui convient pas, et rejoint la bande du Kid, un hors-la-loi.

Le sujet est tellement lourd que j’ai l’impression qu’il masque complètement l’intrigue et le style. Ada et les autres femmes de la bande du Kid n’ont pas vraiment eu le choix – la bande ou l’enfermement, la mort. L’autrice revisite le mythe du western, avec ses classiques (vol de chevaux et de bétails, femme fatale qui sert d’appât, braquage de banque) mais cette fois-ci, les hors-la-loi sont des femmes, qui se battent comme des hommes. Il a pourtant fallu apprendre, à vivre différemment sous le regard des hommes, apprendre à s’organiser, à tirer partie des talents que l’on possède (Ada sait soigner) et à développer ceux que l’on ne savait pas que l’on possédait, la survie du groupe est à ce prix.

Je me rends compte que j’ai du mal à toucher du doigt ce qui fait que cette lecture n’a pas été aussi épanouissante (plaisante ne me semblait pas convenir) qu’elle aurait pu l’être. Sans doute est-ce dû aux nombreuses scènes violentes qui rythment le roman. Sans doute est-ce dû aussi à tous ses commentaires médicaux fréquents : Ada partage son savoir avec nous, même si en tant que femme du XXIe siècle, nous en savons forcément plus sur les causes de la stérilité, qui sont largement inconnues ici, quand elles ne sont pas totalement fantaisistes. Note : elles le sont encore d’un certain point de vue. Pensez à toutes ses personnes qui disent : « non, mais, la stérilité, c’est dans ta tête, cesse d’y penser et cela ira » – il est même des professionnels de santé pour le dire. Bref, il reste encore du chemin à parcourir.

Le frisson de Ross MacDonald

Présentation de l’éditeur :

Lew Archer, détective privé spécialisé dans les affaires familiales délicates, n’est pas emballé par la mission que veut lui confier un certain Alex Kincaid : retrouver son épouse Dolly, une très belle jeune femme qui s’est volatilisée juste après leur mariage. Affolé, Kincaid n’a rien pu obtenir de la police : il ne croit pas à la simple fugue et redoute le pire, d’autant qu’un mystérieux barbu semble avoir joué un rôle dans cette disparition. C’est alors qu’Archer découvre certains indices qui semblent relier Dolly à d’anciens meurtres. Le détective s’enfonce peu à peu dans un labyrinthe d’intrigues qui soudent un clan redoutable.

Mon avis :

Prendre des vacances, ou du moins un peu de repos quand on est un détective privé, c’est compliqué. Pourtant, Lew Archer était content : l’affaire sur laquelle il avait enquêté était terminée, jugée même, le verdict avait été rendu, sa tâche était donc terminé. Seulement, à la sortir du tribunal, un jeune homme souhaite l’embaucher : sa toute jeune épouse a disparu au lendemain de leurs noces. Lew est d’abord plus que réticent, puis il se laisse convaincre, et se retrouve dans une mélasse pas possible, qui va le ramener dix ans, puis vingt ans en arrière, sur les traces de crimes qui ont été résolus mais dont la résolution n’a pas satisfait tout le monde.

Comme toujours, dans les romans de Ross MacDonald, la famille est au cœur de l’intrigue. Comme toujours, elle est déficiente – sinon, ses membres n’auraient pas besoin de l’aide de Lew Archer pour tenter de mettre de l’ordre dans tout ce gâchis. Il est des fils, comme Alex Kincaid, qui ose défier l’autorité paternel, qui ose devenir ce qu’ils sont : des adultes, même si ce n’est pas facile face à des parents qui disent savoir ce qui est bon pour leur enfant et usent de chantage affectif. Il est des filles qui ont été brisées par la violence qui régnait dans le foyer. Il est aussi beaucoup de familles qui mettent en tout premier lieu leur réputation, leur attachement aux avantages hérités de leur naissance (oui, il est une bourgeoisie américaine bien pensante et sûre de son bon droit), qui en usent et en abusent pour obtenir ce qu’elles veulent et étouffer quelques faits jugés scandaleux. Violence partout, justice nulle part ou presque.

Ce roman nous emmène de rebondissements en rebondissements, et à chaque fois que l’on croit que toute la lumière a été faite, et bien, l’on se trompe.

Les enquêtes d’Hannah Swensen, tome 5 : Meurtres et cupcakes au caramel

Présentation de l’éditeur :

Le caramel qui ne vous tue pas vous rend plus fort.
Ces derniers temps, l’existence d’Hannah a une saveur douce-amère. Certes, sa sœur Andrea est enceinte – et c’est une source inépuisable d’irritation et d’amusement – et, oui, elle prend toujours beaucoup de plaisir à donner des cours de cuisine au lycée de Lake Eden. Mais sa vie sentimentale, elle, reste compliquée. Entre Norman le dentiste et Mike le gentil flic, son cœur balance.
Quand soudain, la petite ville est frappée par un nouveau meurtre ! On retrouve derrière le lycée le corps du vieux shérif Grant. Avec, sur son uniforme, les traces d’un cupcake au caramel confectionné par Hannah.
Quitte à se mêler, comme elle sait si bien le faire, de ce qui ne la regarde pas, notre héroïne se met en tête de chercher le coupable. Sa mère et son chat ne seront pas en reste pour rendre cette histoire aussi sucrée que piquante !

Mon avis :

Je ne lis pas forcément les livres dans l’ordre, ce n’est pas nouveau. Ainsi, j’ai lu le tome 5 après le 2, parce que je l’ai reçu en cadeau d’anniversaire – et que j’ai mis du temps à le lire.

Mon premier constat est que c’est une lecture agréable, sans difficulté particulière, bref, une lecture qui semble parfaite pour se distraire, à condition de ne pas creuser un peu trop. En effet, Hannah donne un cours de cuisine au lycée – jusque là, tout va bien – et découvre le cadavre du shériff dans la poubelle. Oui, il y a de quoi avoir un choc. Non, elle n’est pas censée mener l’enquête, elle est une femme, elle n’est pas policière. Ce n’est pas elle qui le dit, c’est Mike, encore et toujours lui. Seulement, Bill, le beau-frère d’Hannah est accusé de meurtres, et il est hors de question de rester sans rien faire, alors qu’Andréa, sa soeur, est proche de mettre au monde leur second enfant. Note : le roman a quelques années, ce qui explique sans doute que personne n’est capable de donner la date du terme d’Andrea. Quand je dis « personne », même le médecin doute, alors qu’en France, même il y a vingt ans, trente ans, c’était possible. Bizarre.

Hannah enquête et cuisine, Hannah cuisine et enquête, mais surtout, surtout, même si elle trouve toutes les preuves, le mobile, il ne faut pas qu’elle révèle tout, il ne faut pas qu’elle montre qu’elle a été plus perspicace que le shériff, il faut lui en laisser un peu, pour ne pas qu’il se vexe, puisqu’il est un enquêteur, un vrai. Faut-il que les hommes soient fragiles pour qu’ils renoncent à fréquenter une femme si celle-ci excelle dans le même domaine qu’eux ? J’ai eu l’impression qu’Hannah mettait en pratique les conseils que l’on trouve dans les magasines féminins pour plaire à un homme, pour l’amener à penser ce qu’elle pense, d’ailleurs, j’ai l’impression qu’Hannah en a lu quelques uns puisqu’elle se rassure en se disant que deux personnes qui ont le même humour sont faites l’une pour l’autre – à quoi peut tenir l’amour. Au moment où je rédige cet avis, je me dis que le quatrième de couverture est plus drôle, plus fort que le livre, et que ce qu’il nous promet n’arrive pas réellement.

Oui, c’est une lecture sympathique, mais ce n’est pas une lecture inoubliable. C’est le cinquième tome, et le coeur d’Hannah balance encore. Il reste quinze tomes : j’espère pour elle et pour les lecteurs fidèles qu’elle trouvera un conjoint avant – il est peu probable qu’elle envoie promener tout le monde.

 

 

 

Le radeau des étoiles d’Andrew J. Graff

Présentation de l’éditeur :

“Merci de dire au shérif que Fish voulait pas tuer mon père. Mon père est chez nous dans la cuisine, par terre près de la table. Il est mort.” Inséparables, Bread et Fish ont dix ans et passent leur été dans la poussière des champs du Wisconsin. Ils vivraient dans une parfaite insouciance, sans la figure violente du père de Bread qui terrorise le garçon. Un jour, au comble du désespoir, Fish décide de protéger son ami : un coup de revolver, et les gamins s’enfuient se croyant meurtriers. Ils se hâtent de rassembler du matériel, des provisions, et s’enfoncent dans l’immense forêt voisine. Construire un radeau, promesse de liberté, les expose immédiatement aux dangers réels de la traversée. Pendant ce temps, le grand-père de Fish et le shérif se lancent à leur recherche. Chacun devra faire son propre voyage en pleine nature pour affronter ses doutes et secourir les plus vulnérables.
Magnifiquement porté par un paysage féroce, Le Radeau des étoiles est une ode à l’amitié et à la liberté.

Mon avis :

Parlons d’un temps que nous avons oublié : l’année de l’élection de Bill Clinton, repère temporel donné au début du roman. Sous sa présidence, tout devait aller mieux. Oui, l’espoir existait encore, alors que j’ai l’impression que bien trop d’événements ont passé depuis pour que l’on puisse croire que tout pourra s’arranger providentiellement.

L’action se passe dans le Wisconsin, état tranquille. Nous suivons plusieurs personnages, qui sont tous liés les uns aux autres, plus ou moins profondément. Les deux premiers personnages auxquels nous pouvons nous attacher – je parle bien ici d’attachement, et pas de rencontres – sont Bread et Fish. Ils ont dix ans, ce sont encore des enfants si l’on se fit à leur âge. Leur vécu, leur quotidien, font qu’ils sont loin d’être insouciants. Fish est en vacances chez son grand-père, avec lequel il s’entend très bien : ils s’apportent l’un à l’autre beaucoup de choses, sans véritablement penser consciemment à tout ce que le grand-père transmet à son petit-fils, à tout l’apaisement que Fish peut apporter à son grand-père. Les liens entre eux deux sont très forts.

Bread n’a pas autant de chance. La violence de son père est connue, mais pas suffisamment visible pour que quelqu’un agisse. Et agir comment ? C’est la question que le grand-père de Fish se pose – parce qu’il sait bien qu’un enfant n’aime pas que l’on se mêle de ce qu’il vit dans sa famille.

Tout aurait pu continuer ainsi, si Fish n’avait tiré sur le père de Bread. Les deux enfants ont pris la fuite tous les deux à travers bois, au milieu duquel coule une rivière. Les recherches commencent, pour les retrouver au plus vite. Qui a envie de savoir que son enfant passe la nuit dans une forêt, même volontairement ?

Le sherif Cal, Tiffany, Miranda, Jacks, quatre personnages que nous avons déjà croisés au début du récit, quatre personnages qui participent à cette quête. Je pourrai faire des rapprochements binaires, Tiffany et Miranda sont deux femmes, si ce n’est que Miranda est la mère de Fish, que sa foi, inébranlable et détonnante, la guide. Vu de France l’on peut oublier à quel point la religion est omniprésente aux Etats-Unis. Tiffany a essayé de pratiquer la religion, elle a très vite renoncé. Elle se rapproche de Miranda parce qu’elle aussi veut retrouver Fish, et prouver aussi au shérif Cal qu’elle peut faire quelque chose de bien. Tiffany, c’est une jeune adulte, et une ancienne enfant à qui personne n’a fait attention, que personne n’a regardé, pas même ses propres parents. Et vu ce qu’elle a vécu, l’on peut se dire qu’elle ne s’en est pas mal sorti, elle travaille, elle aime la poésie, elle écrit aussi, et l’on peut rêver à ce qu’aurait été sa vie si elle avait pu grandir avec un regard bienveillant posé sur elle.

Le shérif Cal, lui, voulait lire de la fierté, ou du moins de l’approbation dans le regard de son père. Lui n’est pas du Wisconsin, mais du Texas, et son accent peut faire rêver – ou pas. Il a dû se mettre au vert parce qu’à Houston, il avait pris un peu trop  à coeur son métier de flic. Il le prend toujours à coeur mais il est un homme de la ville, des procédures – parce qu’il a un peu oublié les procédures, un jour – et ne se montre pas franchement adroit au cour de ses recherches. Reste Jacks. Le chien du shérif. Lui sait parfaitement ce qu’il veut et ne veut pas, il sait ce qu’il doit faire – suivre son instinct.

 

 

Perfect on Paper par Sophie Gonzales

Présentation de l’éditeur : 

Darcy est capable de trouver LA solution à n’importe quel problème de couple. Au lycée, elle reçoit tous les jours des messages désespérés dans un vieux casier oublié, auxquels elle répond via un mail anonyme. Ses conseils rencontrent un franc succès. Paradoxalement, sa vie amoureuse se révèle désastreuse : elle aime sa meilleure amie depuis des années sans oser lui avouer. Mais ça, personne ne le sait… jusqu’au jour où son anonymat est menacé. Si elle veut préserver ses secrets, Darcy va devoir sortir de sa zone de confort et coacher la star de l’équipe de natation pour l’aider à récupérer son ex. Rien de plus simple pour une experte, non ?

Mon avis :

Tout d’abord, je remercie les éditions Slalom et Netgalley pour ce partenariat.

Quand je lis un livre qui parle avec autant de simplicité d’amour, de sexualité, de genre (oui, je mets tout pêle-mêle), je suis toujours inquiète : ce livre trouvera-t-il son public ? Je l’espère en tout cas. Nous croiserons plusieurs personnages queer, une jeune femme trans sans que cela soit le centre du roman, sans que l’autrice ne consacre des pages et des pages aux réactions de leurs proches, à des questionnements qui ne font pas progresser l’action. Darcy, l’héroïne, est bi, elle le sait, et cela ne fait pas l’objet d’interrogation à l’infinie – même si Darcy aimerait que sa mère, aimante, il n’y a pas de soucis là-dessus, lui consacre plus de temps, parle davantage avec elle.

Oui, le sujet est ailleurs, il est dans l’écoute, justement. Il est difficile de parler de ses relations amoureuses, il est difficile de trouver des conseils, parce que l’on a peur d’être jugé, parce que l’on s’en veut de ne pas trouver de solution soi-même, parce qu’après coup, on regrette de s’être confié. Darcy a résolu ce problème grâce à un casier oublié et à une adresse mail « anonyme ». Il faut reconnaître que Darcy est extrêmement douée pour analyser les relations humaines, et pour donner des conseils non pas « à l’ancienne » (oui, j’ai pensé aux courriers du coeur que l’on pouvait trouver dans certains magazines féminins, peut-être les trouve-t-on toujours) c’est à dire des conseils où l’un des partenaires est prié de taire ses aspirations, de prendre sur lui, mais des conseils qui prennent vraiment en compte tous les éléments de la situation, et le respect mutuel que se doivent les deux partenaires – ou les deux aspirants partenaires.

Le souci ? Darcy est humaine – oui, ce n’en est pas un, je vous l’accorde – et comme tout être humain, elle est faillible, elle peut commettre des erreurs de jugements. Seulement, elle est capable de le reconnaître, de revoir les jugements, les a-priori qu’elle pouvait avoir sur une personne. J’ajoute que, comme tous les cordonniers, elle fait partie des plus mal chaussés, c’est à dire qu’elle ne voit pas forcément très clair dans sa propre vie sentimentale. Dire qu’il y en a qui croit qu’être sincère envers soi-même est simple (soupirs).

Perfect on Paper est un roman lumineux, positif, qui nous montre des jeunes gens capables de vivre des relations amoureuses en se souciant de l’autre, sans se soucier des « normes », ou sans se retrouver emprisonner, comme leurs aînés, dans des relations dans lesquelles les deux partenaires passent plus de temps à se déchirer qu’à s’aimer.

Un profond sommeil par Tiffany Quay Tyson

Présentation de l’éditeur :

White Forest, Mississippi. Cachée au milieu de la forêt, la carrière fascine autant qu’elle inquiète. On murmure que des esprits malveillants se dissimulent dans ses eaux profondes. Par une chaude journée d’été, Roberta Lynn et Willet bravent toutes les superstitions pour aller s’y baigner avec leur petite sœur, Pansy. En quête de baies et à la faveur d’un orage, ils s’éloignent de la carrière. Quand ils reviennent, Pansy a disparu.

Quelques années plus tard, Roberta et Willet, qui n’ont jamais renoncé à retrouver leur sœur, suivent un indice qui les mène dans le sud de la Floride. C’est là, dans les troubles profondeurs des Everglades, qu’ils espèrent trouver la réponse à toutes leurs questions.

Mon avis : 

Merci aux éditions Sonatine et à Netgalley pour ce partenariat.

Ce livre est définitivement mon coup de cœur pour la rentrée littéraire 2022. C’est ensuite que vient la charge d’expliquer pourquoi ce roman est mon coup de cœur, et prévoir aussi certaines critiques qui me seraient adresser, que ce soit sur mon blog, ou que ce soit dans la vie. Oui, il m’arrive de recommander certains livres et après l’on me le reproche parce que les livres sont trop violents.

Mais à quoi le lecteur qui choisirait de lire ce livre pourrait-il s’attendre ? A un roman à l’eau de rose ? Il s’agit de la disparition d’un enfant, de la dépression profonde dans laquelle sombre la mère des trois enfants – aux yeux de sa fille Bert, leur mère a oublié qu’elle avait deux autres enfants et qu’eux aussi avaient besoin d’elle – et de la disparition de leur père. Le mot « disparition » est à prendre au sens propre du terme, non en une manière d’adoucir la mort. Earl, le père des trois enfants, a disparu des radars. Bert savait que son père vivait de trafic, avec son propre frère comme complice. Elle savait qu’il partait pour une durée indéterminée, et justement, au moment où Pansy a disparu, il devait revenir prochainement, parce que ses absences avaient toujours une durée maximale. Alors oui, la présence des policiers n’est pas pour faciliter son retour, les soupçons non plus – peut-être ce père fuyant est-il pour quelque chose, même si tout allait bien dans cette famille.

La disparition de Pansy, c’est une disparition parmi d’autres disparitions d’enfants. Certaines seront élucidées, d’autres non, et il ne faut pas oublier que Pansy est blanche. Non, ce n’est pas anodin du tout dans le Mississippi du XXe siècle. Sa mère passera au journal télévisée, et je sais très bien que si elle avait été afro-américaine, jamais elle n’aurait été assise à la télévision, à côté d’une journaliste, jamais elle n’aurait pu adresser un appel au ravisseur.

Ce que j’ai aimé aussi dans ce roman, c’est qu’il nous renvoie à plusieurs époques. L’esclavage – et les maîtres qui ne comprennent pas le désir de liberté de ses esclaves qui leur doivent tout, y compris les coups qu’ils prennent quotidiennement, pour leur bien. La guerre de Sécession. Les guerres qui traversent le XXe siècle. Tous ses retours en arrière nous montrent le racisme. Il est des scènes qui sont absolument insoutenables à lire, des scènes qui me hantent encore, parce qu’il ne faut pas se leurrer : les actes atroces qui nous sont racontés sont encore possibles, puisqu’elles l’ont été. Et, quand vous aurez lu ces scènes, vous reviendrez en arrière, et vous comprendrez mieux d’autres faits contés dans ce récit.

Il est question aussi de la condition féminine dans ce roman. A une époque où le droit à l’avortement est remis en cause aux Etats-Unis, il est bon de rappeler que, quand il a été instauré (et même sans doute encore maintenant), il n’était pas forcément possible, quand on n’en avait pas les moyens, quand on était trop éloigné de tous les centres médicaux, quand on ne veut pas que cela se sache, de subir un avortement. Il n’existait alors que deux solutions : un avortement clandestin (ou comment se transmettre les adresses qu’une femme se devait de connaitre) ou l’adoption de l’enfant (en menant une grossesse la plus discrète possible). Il est question aussi de toutes les souffrances que les femmes ont tu, et elles sont très nombreuses dans ce roman. Qui les aurait écouté ? Et même en ce moment, où l’on parle de la libération de la parole, j’ai peur qu’on n’écoute pas toujours/pas vraiment les femmes, voire qu’on leur demande très vite de se taire à nouveau, pour ne surtout pas déranger.

Transmission, le mot est là, la grand-mère paternelle de Bert tient à lui transmettre tout ce qu’elle sait, tout ce qui ne sera pas forcément avouable non plus, et, au fil du temps, Bert en découvrira de plus en plus sur le passé de sa famille. La transmission est là aussi dans les prénoms de Roberta et de Willet, qui sont ceux de leurs grands-parents maternels, morts bien avant leur naissance. Bert déteste son prénom, ce que sa mère ne comprend pas, et ce que certains romanciers qui manquent d’imagination ne comprendraient pas non plus : je ne compte plus les oeuvres où l’on donne à la petite-fille le prénom de la grand-mère parce qu’on n’a pas pensé à un prénom – pour une fille. Cependant, ce choix prendra sens, fera sens dans le roman, puisque Bert vit son prénom comme un poids – et est heureuse quand un enfant reçoit un prénom juste « pour soi ». Et Bert, de s’interroger à son tour sur ce qu’elle souhaite transmettre, elle qui n’a jamais cessé de chercher sa soeur et de chercher son père, comme si les deux disparitions, qui ont eu lieu en même temps, était indissociable.

 

 

La Flotte fantôme par Peter Waren Singer et August Cole

Présentation de l’éditeur : 

Le roman qui affole les experts du Pentagone. Dans un futur proche, la Chine envahit Hawaï pour s’emparer de gigantesques réserves de gaz. Mais un véritable Pearl Harbor numérique empêche l’Amérique de réagir : guerre des étoiles, marine paralysée, aviation clouée au sol… il faudra le génie et l’héroïsme d’une poignée d’hommes et de femmes pour engager la résistance et reprendre la main sur la technologie. Ce thriller addictif puise aux meilleures sources et révèle avec force et précision la réalité des menaces qui pèsent sur notre monde connecté où la Chine est largement en pointe.

Mon avis : 

Merci aux éditions Netgalley et à Audiolib pour ce partenariat.

La flotte fantôme est le troisième livre que je lis « avec les oreilles ». Je commence ainsi parce que j’ai vu traîner ici ou là des remarques comme quoi écouter un livre, ce n’est pas vraiment lire – c’est pourtant le fait qu’on lise des histoires à un enfant qui est une des premières étapes qui va le mener à l’envie de lire et à la lecture. D’autres s’offusquent que l’on puisse écouter un livre et faire autre chose en même temps – je m’imagine mal immobile devant ma tablette, le dessin, le tricot, le vélo d’appartement… on peut faire maintes activités tout en écoutant.

Je reconnais aussi que le support écrit me manque, notamment pour le nom des personnages, surtout s’ils sont, comme dans ce thriller politique, très nombreux. Je ne parle pas non plus des changements de lieux, fréquents, et même s’ils sont annoncés, j’ai parfois eu du mal à m’y retrouver : « ah, oui, là, nous sommes là, donc…. » Il faut dire aussi que nous sommes dans un thriller d’anticipation. Je dois dire tout de même que l’un des points de départ m’a semblé peu vraisemblable. Je sais bien (oui, je suis l’actualité) que la Chine veut montrer qu’elle peut envahir Taïwan, je doute cependant qu’elle se donne la peine d’envahir Hawaï, même si je crois peu possible que l’on y découvre des réserves de gaz. Passons. La Chine triomphe alors des Etats-Unis, d’autant plus que toute communication moderne devient impossible. Il faudra réactiver des armes, des avions, qui peuvent fonctionner sans la technologie moderne, et trouver des personnes capables de les faire fonctionner. Ce n’est pas très sympathique, je le sais, mais j’ai pensé au film Battleship de Peter Berg  – pour le fait que des vétérans interviennent. La Chine a un allié de poids : la Russie (ou comment retrouver le bon vieil antagonisme Est/Ouest). Les Etats-Unis peuvent compter sur l’Australie et l’Angleterre. Plus curieux, la Pologne s’engage à leur côté – et j’ai bien retenu les piques contre la Pologne, qui n’a pas gagné une guerre depuis longtemps. L’Otan s’en est lavé les mains, et laisse les belligérants régler le conflit.

J’ai eu du mal avec l’intrigue, manichéenne, avec les gentils américains qui se sauvent courageusement tout seuls ou presque face aux méchants, et même si le contexte historique évolue, les présupposés ne changent guère, ce sont toujours les américains qui sauvent le monde, et tant pis pour les nombreuses pertes humaines. J’ai eu du mal avec l’une des protagonistes, qui tue de jeunes hommes du Directoire (la Chine) avec des méthodes dignes des meilleures tueuses à gage, sans aucun état d’âme (et sur ce sujet, il y en aurait, des choses à dire et à écrire). J’ai eu l’impression, en fait, qu’aucun personnage ne se détachait réellement de cet ensemble, aucun ne retenait mon attention, comme si l’on en voyait un puis que l’on passait rapidement à autre chose. Même le dénouement m’a semblé un peu bâclé, en dépit de la longueur de l’oeuvre (17 heures d’écoute, pour un roman de 672 pages). Heureusement, comme souvent pour un livre audio, c’est le lecteur, en l’occurrence ici André Nerman qui est pour beaucoup dans l’envie de découvrir une oeuvre jusqu’au bout.

August de Callum Wink

Présentation de l’éditeur :

Comme beaucoup d’adolescents, August aime les chiens et la nature. Comme beaucoup d’entre eux aussi, il vit mal la séparation de ses parents. Dans leur ferme du Michigan, il y a désormais une maison pour sa mère, une autre pour son père et sa petite amie. Le garçon se partage entre les deux, jusqu’au jour où il doit déménager avec sa mère dans le Montana.
August y tombe amoureux des paysages de l’Ouest américain, découvre le rodéo et la pêche à la mouche mais peine à se faire des amis. Après un épisode d’une rare violence, il finit par se faire embaucher dans un ranch isolé de la région. Livré à lui-même, dans un pays sonné par les attentats du 11-Septembre, il n’aura d’autre choix que de faire face aux contradictions de l’adulte qu’il est en passe de devenir.
Callan Wink dépeint, avec sincérité et finesse, la manière dont les joies et les peines de l’adolescence nous façonnent. Dans la lignée de Boyhood, le film de Richard Linklater, un formidable roman d’apprentissage dans l’Amérique des grands espaces.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier les éditions Albin Michel et Francis Geffard pour l’envoi de ce livre.

J’ai souvent l’impression que la collection Terres d’Amérique donne à lire des auteurs qui montrent cette Amérique que l’on voit peu dans les médias, qui ne fait pas parler d’elle, et qui pourtant, est là et bien là. Nous sommes au fin fond du Michigan, August a douze ans au début du récit. Ses parents se sont séparés, et lui va d’une maison à l’autre, maisons situées au coeur de la ferme paternelle. Il aime les chiens. Par contre, il ne fait pas bon être un chat dans cette ferme. Sa mère, Bonnie, cherche encore sa voie, et finit par la trouver, déménageant et emmenant avec elle son fils unique dans un autre état rural, le Montana. Vu de France, cela ne peut paraître que des noms. August et Dar, son père, peuvent mesurer les différences de végétations, de climat, ainsi que les conséquences pour la culture et pour les bêtes. Oui, ce n’est pas parce que les parents sont séparés, ni parce qu’August n’est pas forcément très à l’aise avec Lisa, la nouvelle copine de son père, que les liens ne doivent plus exister entre le père et le fils. Nous sommes à l’orée des années 2000, et à cette époque, le téléphone fixe est encore le meilleur moyen pour conserver ces liens.

Nous voyons August grandir, devenir un adolescent, puis un jeune homme. Ses parents ont des idées très arrêtées pour lui : sa mère veut absolument qu’il entreprenne des études universitaires, son père souhaite qu’il reprenne l’exploitation familiale. Lui se cherche, dans cette Amérique de l’après 11 septembre. Vu du Midwest, cela pourrait paraître loin, et pourtant, les recruteurs poussent encore et toujours les jeunes gens à s’engager, faisant miroiter des études universitaires intégralement payées en contrepartie d’un métier quasiment sans risque. August, tout jeune adulte, choisit de travailler dans une ferme – non, pas celle de son père – il fera des rencontres, nouera des amitiés, sera, de nouveau, confronter à la violence, découvrira d’autres familles, d’autres histoires de famille, pour mieux, finalement, grandir.

Amour monstre de Katherine Dunn

Présentation de l’éditeur :

Les membres de la famille Binewski sont bien étranges… Pour sauver son cirque. Al, le père, décide avec sa femme Lil de créer une famille « sur mesure ».
A force de médicaments et autres radiations, Lil met au monde cinq enfants : Arturo, l’Homme – Poisson dont les membres sont des nageoires, Electra et Iphigenia, soeurs siamoises et pianistes, Fortunato dont on craint un moment qu’il soit normal, mais qui fait bientôt preuve de particularités des plus monstrueuses et enfin Olympia, la narratrice naine, bossue et albinos.
Maintenant Olympia, elle aussi, a une fille, Miranda, miracle de jeunesse et de beauté. Une fille en danger de mort que seul l’amour féroce de sa mère peut sauver…

Mon avis :

Laissez-moi vous présenter une famille américaine hors du commun : les Binewski. Pourtant, si l’on se contente de dresser leur état civil, ils peuvent passer pour une affaire ordinaire : le père, la mère et les cinq enfants, deux garçons et trois filles. La maman a pris de nombreux traitements pour avoir ses enfants, et c’est là que l’on commence à sortir de la norme de l’american way of life. En effet, elle a absorbé tout ce qui était absorbable pour avoir des enfants hors du commun, monstrueux pour reprendre le titre : un fils sans membres mais avec nageoires, des siamoises, une naine bossue et albinos… Un seul garçon paraît normal, heureusement pour lui, il ne l’est pas : ses parents ont un souci avec la norme. Dernier point : ils sont des artistes de cirque et leurs enfants sont, en quelque sorte, les membres les plus fameux de leur troupe.

Nous les suivons, entre passé et présent. C’est Oly, naine et bossue, qui nous conte l’histoire de sa famille, nous fait rentrer dans leur intimité, sans rien nous cacher. Pour certains passages, il faut être bien accroché, ne pas être (trop) sensible. Chick, le petit dernier, l’est. Il est très attachant, je tiens à le dire. J’ai souvent eu l’impression qu’il était négligé, incompris, lui qui semble, extérieurement, si ordinaire.

Le présent, c’est Oly, toujours. Oly rencontre une femme qui est elle aussi un pur produit de l’Amérique. Miss Lick est riche, très riche, grâce à l’entreprise de son père, et elle s’est mis en tête de faire le bonheur d’autres femmes. Féministe ? Je vous laisserai juge. Disons qu’elle a une façon bie à elle de vouloir faire le bonheur des femmes, de les libérer du regard des hommes. Elle apprécie beaucoup Oly, parce qu’Oly n’est pas dans la norme. Elle l’incite à ne pas cacher son handicap, à ne surtout pas se conformer à ce que les autres attendent d’elle. Salvateur ? A voir si vous avez le courage de lire ce livre : dans ma PAL depuis sa sortie (soit 2016), il m’a fallu deux faux départs puis une lecture commune avec Zazaboum, Krissie78, Cricri08 et VALENTYNE, d’autres membres de Babelio, qui s’est avérée salvatrice pour réussir à le terminer !

Amour monstre, un livre qui porte très bien son titre.

 

Les femmes de Heart Spring mountain de Robin MacArthur

Présentation de l’éditeur :
Août 2011. L’ouragan Irene s’abat sur le Vermont, laissant derrière lui le chaos et la désolation. Loin de là, à La Nouvelle-Orléans, Vale apprend que sa mère a disparu lors du passage de la tempête. Cela fait longtemps que la jeune femme a tourné le dos à sa famille, mais cette nouvelle ne lui laisse d’autre choix que de rentrer chez elle, à Heart Spring Mountain. Elle y retrouve celles qui ont bercé son enfance : la vieille Hazel qui, seule dans sa ferme, perd la mémoire, et Deb, restée fidèle à ses idéaux hippies. Mais si elle est venue là dans le seul but de retrouver sa mère, c’est aux secrets des générations de femmes qui l’ont précédée que Vale va se confronter, réveillant son attachement féroce à cette terre qu’elle a tant voulu fuir.

Mon avis :

Me voici de retour aux Etats-Unis avec cette lecture. Au début, le sujet semble presque simple : le lecteur se retrouve face à une catastrophe naturelle, une catastrophe à laquelle, pourtant, l’on ne s’attend pas ; un ouragan s’abat sur le Vermont, causant d’énormes dégâts, des destructions, des morts et une disparition.

La disparue, c’est Bonnie, la mère de Val. Val, avertie, se rend sur les lieux. Cela fait des années qu’elle n’a pas vu sa mère, sa mère qui lui a préféré la drogue et son nouveau compagnon. Dans le Vermont, Val retrouve sa tante Deb, qui attend des nouvelles de son fils Danny, en mission au Guatemala, pays lui aussi dévasté par les catastrophes naturelles et Hazel, sa grande-tante. Elle va chercher, longuement, sa mère : les pistes sont peu nombreuses, la police manque cruellement de sensibilité dans sa manière d’avertir les proches dès d’une trace, une preuve quelconque est trouvée. En ont-ils trop vu ? Ou sont-ils naturellement indifférents face à la misère qui les entoure ? Il en est des personnes qui vivent dans des conditions précaires, d’autres qui sont à la rue, littéralement.

Et Val ? Et sa famille ? Au cours du récit, nous remontons le temps. Nous découvrons Lena, la mère de Bonnie, morte quelques jours après l’avoir mis au monde. Nous découvrons aussi Deb, jeune, en rupture avec sa famille, rejoignant une communauté hippie puis se mettant en couple avec Stephen, fils de Hazel, qui a tout fait pour ne pas aller au Vietnam. C’est un cliché, je le sens en l’écrivant, mais comment le dire autrement ? Le Vermon a payé un lourd tribu à cette guerre. De cette communauté ne restera que Ginny, que Deb voit encore de temps en temps, artiste et lucide sur cette utopie qu’ils ont vécu – lucide aussi sur le passage du temps.

Ce récit est aussi l’occasion de parler du sort réservé aux indiens, comme en filigrane du récit principal. C’est l’occasion aussi, pour Val, de découvrir des secrets qui ont été soigneusement gardés par les générations précédentes. Pas par Deb, non, par Hazel, entre autre, et moi de me dire, un peu comme Val, que si Bonnie avait su certaines choses – l’identité de son père, pour ne citer que ce point – sa vie aurait été bien différente. Je sais que certaines personnes pensent fièrement que l’on peut se construire sans racines, alors qu’elles-mêmes n’ont fait que rejeter les leurs, en toute connaissance de cause. Bonnie, sans mère, sans père, sans connaissance de ses origines familiales, avec seulement la courte légende familiale – un couple d’aïeuls, treize enfants, l’amour de la terre – a fait ce qu’elle a pu, c’est à dire très peu. Val s’en est mieux sortie, finalement, même si son parcours est un peu chaotique, en rupture avec sa mère qui ne parvenait plus à être mère.

Pour lire ce livre, il faut aussi accepter de se laisser bercer, de croire que les esprits des êtres aimés peuvent encore, peut-être, montrer leur présence.

Un beau roman, que j’ai lu quasiment d’une traite.