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Au lac des bois de Tim O’Brien

édition Gallmeister – 310 pages

Présentation de l’éditeur :

Après son échec cuisant lors d’une primaire à une élection sénatoriale, John Wade part en vacances dans le nord sauvage du Minnesota avec sa femme Kathy, où il compte panser ses blessures. Au début de leur séjour, Kathy disparaît sans laisser de trace ni explications. Petit à petit, on apprend que la défaite électorale de John est due aux révélations faites dans la presse sur sa conduite au Viêt-nam. La disparition de Kate a-t-elle un rapport avec ses faits ? Tom O’Brien a voulu exorciser sa mémoire et raconter, par le biais de la fiction, une expérience terrible et unique, avec un remarquable mélange de pudeur, de respect et d’horreur.Mon avis :

Il s’agit, à première vue, d’une histoire simple : John voit sa carrière politique brisée, définitivement. Lui et sa femme, qui lui a tout sacrifié, ont eu besoin de se mettre au vert, au fin fond de l’état dont il voulait être le sénateur. Ils sont tous les deux dans un endroit isolé, près d’un lac : de nombreux locataires sont venus se reposer en ces lieux. Mais, un matin, un après-midi, au beau milieu de la nuit, on ne sait pas au juste tant John a mis du temps à s’apercevoir que Kathy n’était pas simplement partie en promenade, Kathy disparaît. Un bateau a disparu avec elle. L’a-t-elle pris ? Si oui, où peut-elle être ?
Le récit est rétrospectif, et c’est un narrateur anonyme, à la première personne, qui semble enquêter quelques temps après. Il recueille les confidences de la famille, des proches, des témoins aussi. L’un des enquêteurs a une certitude, se fiant à son intuition, ses impressions. Les autres aussi ont leur idée sur la question, qu’ils s’appuient sur les circonstances de la disparition de Kathy, sur ce qui s’est passé après, ou sur leur connaissance du passé de John.
Le sujet principal de ce livre, outre la soif de se réaliser à travers la politique, est la guerre du Vietnam, cette guerre dont on a besoin de parler, qu’il ne faut pas oublier. Déjà, à l’époque, les Etats-Unis se voulaient les sauveurs du monde et envoyaient au Vietnam des jeunes gens qui en sont revenus irrémédiablement changés – quand ils en sont revenus. Pas de romantisme, pas de sensationnalisme non plus : le récit est au plus près des faits, comme un reportage journalistique. C’est d’ailleurs ce que semble être le narrateur, qui est passé par les mêmes lieux que John, un an après les faits. Les faits ? Le massacre de deux cents à cinq cents civils à My Lay, par la compagnie Charlie, compagnie à laquelle appartenait John.
John, depuis sa jeunesse, se tient sur un fil ténu. Il a fait avec, avec un père alcoolique, déprimé, qui passait le plus clair de son temps à le rabaisser. Il a fait avec une femme qu’il aimait – Kathy – dont il n’a jamais respecté les désirs. Il a fait avec ce qui s’est passé au Vietnam, qu’il a fait disparaître de son esprit, comme si, tant que l’on n’en parlait pas, cela n’avait jamais existé. Il a passé tant de temps à concilier sa réalité avec la réalité qu’il ne sait même plus lui-même ce qui s’est passé au lac des bois, pas plus que le lecteur ne saura réellement ce qui s’est passé. A lui, parmi toutes les versions qui sont proposées, toutes les pistes qui ont été suivis, de choisir celle qui lui convient le mieux, entre noirceur et espoir mince.

Cobb tourne mal de Mike McCrary

Présentation de l’éditeur :

Remo Cobb est l’avocat de ceux qui ont commis le casse du siècle : 3,2 millions disparus en 2 minutes 11 secondes. Et seize morts. Sans trop de scrupules, Remo décide de perdre son procès pour envoyer ses clients derrière les barreaux et garder le magot. Il comptait bien sur les talents de la partie adverse pour que les types restent en taule, mais les voilà lâchés en pleine nature quelques années plus tard avec une seule envie : se venger et récupérer leur fric. Remo sait qu’il va mourir. Sauf si…

Mon avis :

– Monsieur le président, ce n’est pas du tout ce que vous croyez. Je suis un excellent avocat, je vous assure, j’aurai même l’année prochaine un salaire à sept chiffres, c’est dire. Je vis dans un appartement que beaucoup de personnes m’envieraient. Certes, j’ai cassé une vitre en des circonstances qu’il m’est assez difficile d’expliquer, mais globalement, l’ensemble est somptueux. J’ai des costumes à 10 000 dollars, je possède même une arme, cadeau d’un client et puis un jour boum ! je n’en peux plus de cette vie. L’affaire de trop, le casse du siècle, avec seize victimes en deux minutes et onze secondes : un bon témoin est un témoin mort, même si c’est un enfant ou un bébé. Alors j’ai foiré le procès, surtout après que j’ai mis la procureur dans la confidence et sur mon bureau (non, la phrase ne comporte pas d’erreurs).

Le problème est simple : la procureur n’était pas douée, mais alors là pas du tout, parce qu’à cause d’un vice de procédure, ils sont sortis de prison – ou se sont évadés grâce à ceux qui étaient sortis de prison. Ils avaient bien entendu l’intention de récupérer leur argent, et de me tuer : l’ordre leur importait peu.

Je suis la preuve que les immondes salons qui adorent noyer leurs tourments dans l’alcool, les médicaments et les femmes (pas d’ordre, les trois en même temps, c’est mieux) peuvent changer. Je ne suis pas le seul : Lester, un des braqueurs, a rencontré Dieu en prison, et a l’intention de rentrer dans le droit chemin. Reste que son droit chemin, dont la destination est de me sauver la vie, est tout de même un peu tortueux. Il est pourtant véritablement persuadé de bien faire, et paiera largement de sa personne pour me protéger.

Il faut dire aussi que je me mets constamment, pour ne pas dire fréquemment dans des situations improbables, n’en accusant que moi-même, je vous rassure tout de suite : si ma femme m’a quittée, emportant notre fils Sean avec elle, je suis responsable : elle et lui sont très heureux. Elle a eu entièrement raison ! Je regrette juste d’être un parfait abruti. Et là, encore, le langage utilisé par l’auteure de cette chronique est très éloigné de celui que j’utilise, nettement plus punchy, coloré, outrancier aussi. Un style à part, avec des paragraphes courts, nets, percutants, des situations qui s’enchainent avec des morts, certes, mais sans temps morts. Surtout que… non, je ne veux pas trop en dévoiler, je reste tout de même un sacré abruti. Cependant quand on sait que l’on va mourir, on tente le tout pour le tout pour pourrir le plus possible la vie de ceux qui veulent vous dégommer, et, si possible, survivre. Je me suis transcendé, osant même demander de l’aide à Hollis : je ne vous le présente pas, vous n’avez pas besoin, du moins, je l’espère, de le rencontrer dans un cadre professionnel. En revanche, ses roses sont superbes, et sa troisième femme est un ange – je le sais, j’ai eu des relations avec les deux premières. Hollis aurait dû me remercier de lui avoir ouvert les yeux, non ? Non.

Transcendé, oui, parce que j’avais un but, quelqu’un à défendre, et ce quelqu’un n’était pas moi. Conseil aux truands à venir : travailler un peu la psychologie plutôt que les moyens de découper quelqu’un efficacement, cela peut être utile.

Rivière maudite de Preston & Child

Présentation de l’éditeur :

Pourquoi des dizaines de pieds mutilés, revêtus de chaussures vertes, sont-ils venus s’échouer sur l’île paradisiaque de Sanibel, en Floride ?
Ce phénomène inexplicable et les questions qui en découlent aiguisent la curiosité de l’inspecteur Pendergast, du FBI, qui décide d’interrompre ses vacances. Nul ne sait d’où viennent ces pieds sectionnés. Ni même si leurs propriétaires sont toujours en vie. Débute alors une enquête qui mènera notre héros aux sources d’une rivière maudite…
Confronté au complot le plus diabolique qu’il ait jamais eu à déjouer, l’agent spécial Pendergast va devoir redoubler de sagacité s’il ne veut à son tour servir de cobaye…

Merci à Netgalley, aux éditions de l’Archipel et à Mylène pour ce partenariat.

Mon avis :

Enfin une enquête presque classique pour Pendergast. Presque, parce que sinon, ce serait vraiment trop beau – pour lui, pour nous.
Il est difficile de savoir ce qu’il ressent, il est cependant une certitude : il pense tout ce qu’il dit, et il tient toujours ses promesses. Certains auraient dû en tenir compte parce que Pendergast n’arrive pas à progresser dans ses enquêtes par hasard, mais par recherches, déductions, persévérance, faisant fi des menaces et autres gentils avertissements qui lui sont délivrés à titre gracieux.
Si l’on remonte d’abord le fil du récit, on se dit que ce sont simplement des chaussures qui se sont échouées sur cette paisible plage de Floride. Puis, l’on constate que ce sont des pieds qui ont été trouvés à l’intérieur de ses chaussures, pieds qui ont été prélevés sur plusieurs victimes – forcément. Que sont-elles devenues ? Ont-elles survécu à ces amputations, ou bien ont-elles succombé ? La réponse arrivera très vite, forcément, et les enquêteurs de se demander aussi d’où viennent tous ses pieds.
C’est là que les scientifiques prennent toute leur importance parce que ce sont eux qui permettront de découvrir, en étudiant les courants marins, mais aussi les variations dues aux conditions météorologiques, de quel endroit ont été jetés ces pieds. Dire que la science manque de crédit est une évidence. Tout ou presque coûte cher, surtout dès que l’on manque cruellement de subvention. Tout est permis ou presque quand on en possède – et je parle par là de ceux qui font tout pour nuire à la résolution de l’enquête en général, ou à Pendergast en particulier.
Pendergast n’est pas seul dans cet enquête. Constance, sa pupille, est avec lui, et s’il cherche à la protéger, elle a trouvé de son côté une affaire qu’elle compte bien résoudre seule – louer une maison dite « hantée » offre des loisirs insoupçonnés. Il a aussi un équipier bien malgré lui, l’inspecteur Coldmoon : celui-ci est en vacances, en convalescence, plutôt, à la suite de ce qui lui est arrivé lors de leur toute première enquête. Alors, oui, il aidera Pendergast, il aidera ceux qui auront besoin de lui, voyagera, paiera de sa personne, et se rendra compte, tout comme Pendergast de l’ampleur de l’affaire.
Ce qui est raconté dans ce roman est-il crédible ? Oui, malheureusement. Des migrants près à tout pour une vie meilleurs, des personnes qui se servent d’eux comme des pions, des cobayes, bref, qui les déshumanisent pour leur intérêt, des scientifiques qui font n’importe quoi au nom de leurs idéaux (à ne pas confondre avec ceux qui ont aidé Pendergast), cela a existé et cela existe encore. Et c’est sans doute un rêve pour certain. Effrayant ? Oui.
J’ai aimé cette nouvelle aventure de Pendergast, de Constance et de Coldmoon, qui n’hésitent pas à aller au bout des choses. Je vous dirai bien « ils méritent de se reposer », si ce n’est que l’épilogue nous montre que cela ne sera pas vraiment possible.
A l’année prochaine, Pendergast !

Les croassements de la nuit de Preston & Child

édition J’ai lu – 602 pages

Présentation de l’éditeur :

Medicine Creek, un coin paisible du Kansas.
Aussi, quand le shérif Hazen découvre le cadavre dépecé d’une inconnue au milieu d’un champ de maïs, il se demande s’il ne rêve pas : le corps est entouré de flèches indiennes y sur lesquelles ont été empalés des corbeaux. Œuvre d’un fou ? Rituel satanique ? Il faut le flair de Pendergast, l’agent du FBI, pour comprendre que cette sinistre mise en scène annonce une suite. Qui sème parmi les habitants une épouvante d’autant plus vive qu’il ne fait pas l’ombre d’un doute, pour Pendergast, que le tueur est l’un d’eux…

Mon avis :

Bienvenue à Medicine Creek ou , pour mieux dire, trou perdu dans le Kansas.

C’est la que Pendergast a décidé de passer ses vacances. Il faut dire qu’un tueur sévit dans la région et que, pour connaître aussi bien le lieu, il est forcément du coin. Observation qui, on s’en doute, ne plaira pas à tout le monde, et surtout pas au shérif, qui aimerait bien que ce Pendergast au prénom imprononçable aille enquêter ailleurs, ou profite réellement de ses vacances.

Il faut avoir l’estomac bien accroché pour lire ce livre, et le récit de ce que le tueur fait subir à ses victimes. Il y a pire encore : le récit de ce que les « braves » du lieu ont fait subir, un siècle et demi plus tôt, aux Cheyennes, qui vinrent se venger. La légende locale est ainsi crée, et comme toutes les légendes, elle mérite qu’on s’attarde sur elle, révélatrice qu’elle est de ce que les humains sont capables de faire de pire, ou de meilleur. Et, au cours de cette quête effrénée pour mettre hors d’état de nuire le tueur, certains seront amenés à se dépasser, et à revoir, après, le cours qu’ils ont donné à leur vie, ou à revoir des jugements qu’ils avaient donné de manière conformiste.

Medicine Creek est un lieu que tous ou presque rêvent de quitter. Certains furent obligés d’y rester, et ne tentèrent rien pour partir, même quand la situation était, du moins à mes yeux de lectrice, intenables. Corrie Swanson, elle, jeune fille qui tranche avec la population locale par son look et sa détermination, compte les jours qui la séparent de son départ (plus qu’un an) et comprend presque son père qui l’a laissée aux mains de sa mère, alcoolique notoire. Presque, je dis bien. Cette enquête la propulse au rang d’assistante de Pendergast, dans ce village  où tout le monde connaît tout le monde, où les fiches détaillées, soigneusement tenues il faut bien le dire par l’administration, permettent de tout connaître sur chacun d’eux – pratique, mais long. Medicine Creek attend de revivre, et pour cela, le projet d’expérimentation sur du maïs transgénique arrive à point nommé. La petite ville est l’une des deux villes en lice pour le projet – et comme par hasard, les meurtres ont commencé trois jours avant la visite annoncée du professeur Chauncy, qui doit « trancher » en faveur de l’une ou l’autre des bourgades, future ville fantôme si quelque chose ne vient pas relancer l’économie locale et faire cesser l’exode rural. Peu importe les dangers que comporte cette culture. Personne, sauf Pendergast, ne semble s’en soucier, ou chercher à contredire le bon professeur Chauncy. Cela m’a d’ailleurs interpelé aussi :  le roman date de 2003, mais les études scientifiques montrant à quel point il est difficile voire impossible de circonscrire la diffusion hors du champ cultivé des OGM existaient déjà, précises, soigneuses, ce qui n’empêche pas certains de préférer le développement économique, le profit, au respect de la nature et de la santé. Et le fait que Chauncy et ses sponsors (le mot me semble adapté) aient choisi deux bleds loin de tout, dépourvus de toute installation un temps soit peu moderne ou touristique, n’est pas sans me rappeler les essais nucléaires faits au cours des années 50 dans le Nevada. Ce qui se passe dans le désert reste dans le désert – même si les moyens de communication et de diffusion ont largement évolué depuis, rien ne semble avoir réellement bougé à Medicine Creek.

Tout se sait, ou presque tout : ce que les habitants ont ignoré (pas délibérément, entendons-nous) a causé toute cette boucherie. Et si certains y voient un vaste sujet d’étude, d’autres ne peuvent que constater que l’être humain est avant tout un être social.

Bénis soient les enfants et les bêtes de Glendon Swarthout

édition Gallmeister – 176 pages.

Présentation de l’éditeur :

Ils sont six adolescents à s’être rencontrés dans ce camp de vacances en plein cœur de l’Arizona. Leurs riches parents ne savaient pas quoi faire d’eux cet été-là, et ils ont décidé d’endurcir leurs rejetons en les envoyant au grand air pour qu’ils deviennent de “vrais cow-boys”. Au sein du camp, ces enfants se sont trouvés, unis par le fait que personne ne voulait rien avoir à faire avec eux. Cette nuit-là, alors que tout le monde est endormi, ils ont une mission à accomplir, un acte de bravoure qui prouvera au monde entier qu’ils valent quelque chose. Et ils iront jusqu’au bout de leur projet, quel que soit le prix à payer.

Mon avis :

Que vous dire sur ce livre ? Sinon qu’il représente ce qui peut se faire de pire pour de jeunes américains issus de la classe aisée.
Oui, nous sommes en Arizona, et rien ne destinait ces six adolescents à se rencontrer. L’action du roman, au sens strict du terme, se déroule sur une journée entière mais le récit est construire de telle façon que nous découvrons, dans de courts retours en arrière, les deux mois passés dans le camp, les raisons pour lesquelles ses six jeunes se sont retrouvés dans ce camp, et les motivations qui ont entraîné la « mission » dont nous parle le quatrième de couverture. Je ne vous la dévoilerai pas : ce n’est pas qu’elle n’est pas intéressante, loin de là, c’est qu’elle dit tant de choses sur l’Amérique, sur son passé, et sur sa manière d’envisager son avenir qu’il vaut nettement mieux la découvrir en lisant le roman.
L’Arizona est un bel Etat – sauf quand on y est envoyé de force par des parents défaillants. Oui, c’est bien le lien qui unit ses six gamins : avoir des parents absolument pas à la hauteur, trop occupés par eux-mêmes et leurs névroses personnelles pour se pencher sur leurs enfants. Aussi, quand on leur suggère LA solution miracle, LE camp de vacances qui fera de leurs fils des hommes, des cow boys, des américains à cent pour cent, ils ne réfléchissent pas, ils foncent. Mettre des gamins en manque d’amour, de repère, d’écoute dans un camp où ils seront humiliés, où l’esprit de compétition est omniprésent, où on leur répète qu’il faut constamment se dépasser, gagner (et humilier les autres, bien sûr) pour être considérés peut faire du bien, où la carotte est maniée autant que le bâton n’est pas vraiment une solution.
Ces six gamins-là, fédérés par Cotton, vont se trouver, pourtant, et ne deviendront pas les versions améliorés d’eux-mêmes que le camp veut faire d’eux. Ils seront simplement des adolescents capables d’aller au bout des choses, d’atteindre un objectif qui n’était pas du tout ceux des organisateurs ou des prescripteurs. Le regard que porte Glendon Swarthout sur cette Amérique du paraître et du fric incapable de prendre soin de ses enfants est dur. Le roman a beau daté des années 70, en pleine guerre du Vietnam qui sert aussi, un peu, de toile de fond, cette guerre qui a fait entrer la violence quotidienne dans les maisons par le biais des postes radios et des télévisions, pourrait très bien se passer aujourd’hui, il ne faudrait pas changer grand chose.

Les corps se vendent la nuit de Barry Eisler

Présentation de l’éditeur :

L’inspectrice Livia Lone, spécialiste des crimes sexuels, est de retour à un poste au sein d’une unité d’élite gouvernementale luttant contre les trafics d’êtres humains. C’est l’occasion rêvée de se rendre en Thaïlande pour liquider Rithisak Sorm, la tête pensante de la machination dont elle a été victime dans son enfance. Mais après le fiasco d’une première tentative, Livia découvre qu’un ancien sniper de la marine, Dox, veut lui aussi régler le compte de Sorm.
Ils comprennent vite que, malgré leurs différences, une collaboration sera nécessaire s’ils veulent atteindre leur objectif et rendre justice. Mais, ils ignorent qu’en menaçant Sorm, ils mettent aussi en danger un trafic de grande envergure incriminant les plus hautes sphères des services du renseignement américain.
Éliminer Sorm s’avérera finalement l’objectif le plus simple de la mission… Le véritable défi sera de déjouer les plans de vengeance de ses protecteurs.

Mon avis :

Le pire de ce roman ? La fin. Non, je ne vous la dévoilerai pas, je vous parlerai simplement des notes, chapitre par chapitre, qui expliquent que oui, certaines technologies existent bien, qu’elles sont même exploitées quasiment sans soucis, que les trafics dénoncés dans le livre rapportent énormément, et qu’une « théorie du complot » n’en est pas une (avec preuves à l’appui). Ces notes sont plus dures à encaisser, finalement, que l’intrigue elle-même.

Et pourtant, l’intrigue est rude. C’est un tome 2, et je me dis que j’aurai dû lire le 1 avant pour mieux comprendre ce qu’avait traversé Livia Lone, l’enquêtrice. Je n’ai pas pu m’empêcher de faire le rapprochement entre son nom et le fait de « vivre seule » (live alone, approximativement). Livia est seule, oui, elle agit seule, monte ses opérations quasiment seule, parce qu’elle sait bien que les moyens légaux ne sont pas vraiment adaptés à ce qu’elle souhaite faire. Pourtant, elle est approchée par un homme, B.D. Little, membre d’une unité gouvernementale luttant contre les trafics d’êtres humains (ceux qui pensent qu’ils se sont arrêtés avec la fin de l’esclavage se trompent lourdement, ou sont très naïfs, au choix). Elle est assez méfiante envers lui, ce qui est logique compte tenu de ce qu’elle a vécu et de ce qu’elle voit dans son travail. Néanmoins, elle va saisir l’occasion – d’achever ce qu’elle a commencé, en Thaïlande.

Un chapitre sur deux lui est consacré. L’autre partie est dédiée à Dox, un personnage en lien avec des organisations gouvernementales tout ce qu’il y a de plus légales. Il m’a paru immédiatement sympathique, ce Dox, parce qu’il n’hésite pas à aller contre sa mission initiale – il préfère protéger plutôt que servir. Il est toujours aux aguets, ce qui lui permet de garder la vie sauve. Il a aussi des talents certains de comédiens, qu’il utilise à bon escient. Oui, j’ai préféré les chapitres avec Dox, parce que ceux avec Livia sont sanglants, violents et, même si ce qui lui est arrivé, à elle et à sa sœur, est affreux, j’ai beaucoup de mal avec ces scènes. Peu importe que les « victimes » aient commis des atrocités dans leur vie, et soient toujours prêtes à en commettre : j’ai la faiblesse de préférer toujours la justice à la vengeance – l’un des personnages n’attendait d’ailleurs que cela, de recevoir une mort rapide. Rien n’est d’ailleurs réellement résolu, et tant qu’il y aura des personnes prêtes à s’enrichir, et d’autres prêtes à satisfaire tous leurs désirs, rien ne sera réellement fini.

 

 

Tsunami mexicain (Captains outrageous) de Joe R. Lansdale

édition Folio policier – 400 pages

Présentation de l’éditeur :

Que faire quand on vous donne 100 000 dollars? Pour Hap Collins et Leonard Pine, la réponse est évidente : une croisière entre potes au Mexique. Très vite leur voyage prend une tournure inattendue lorsque le Sea Pleasure lève l’ancre en les oubliant à Playa del Carmen… Est-il utile de préciser que les ennuis n’ont que faire des frontières? Dans le golfe du Mexique comme au Texas, les méchants, les mafieux, les flics véreux et les bagarres sont au rendez-vous.

Mon avis :

Qu’il fait bon de retrouver de vieux amis ! Si, si, je vous assure, il est agréable de retrouver Hap et Leonard, et leur capacité à se retrouver dans des situations totalement inimaginables. Toute personne partant en croisière en revient – eux aussi, mais de manière très particulière, après moults bagarres, coups de machettes, et autres blessures qui furent soignées à la dure. Hap rencontra aussi une femme fatale, une femme qui se retrouve dans une position impossible, parce qu’elle ne savait pas trop ce qu’elle voulait faire dans la vie, parce qu’elle n’était pas allée au bout des choses qu’elle avait commencées, parce qu’elle a joué double jeu aussi. Oui, Leonard avait vu plus clair dans son jeu que Hap mais Leonard ne se laisse pas éblouir par les femmes, et si cela devait arriver, j’en serai la première catastrophée : Leonard est unique, qu’il conserve sa singularité et son humour.

Alors oui, Hap et Leonard  auraient espéré faire des pauses dans cette affaire, pour ne pas dire la laisser derrière eux, notamment quand ils sont revenus aux Etats-Unis. Hap s’est mis en ménage avec Brett, infirmière de son état qui ne mâche pas ce qu’elle a à dire, et Leonard est retourné avec John – jusqu’à ce que le Mexique vienne les rattraper. Ce n’est pas que les deux amis vont prendre leur temps, c’est plutôt qu’ils vont se faire aider, par Hanson, par Jim Bob, par tous ceux qui veulent que justice soit faite. Enfin… la justice, ce n’est pas vraiment possible, sauf à la rendre eux-mêmes. Ils se gardent bien de juger les autres, ce qui ne veut pas dire que le bien ou le mal les indiffère. Il est des personnes qui ont eu des raisons de faire tel ou tel métier, de choisir tel ou tel moyen pour gagner de l’argent, il est des compromissions, des petites lâchetés quotidiennes. Seulement, Hap n’est pas le genre à laisser faire, si laisser faire, c’est être d’accord, par omission, avec les abus que l’on voit. Il est d’autres choses avec lesquelles il n’est pas d’accord, et Leonard non plus, seulement, ils n’ont plus vraiment la main sur la dernière partie de ce roman noir – jusqu’à un certain point. Hap est partisan d’aller au plus simple, au plus sûr, tant que l’on obtient un résultat. D’autres veulent faire des coups d’éclats, veulent que tout se sache, or le corps même de l’intrigue prouve que parler, bavarder est tout le contraire d’agir – à croire que certains ne savent pas tirer les leçons de ce qu’ils ont vécu. D’autres ont la naïveté de préférer l’argent à … et bien à tout. Pour reprendre une formule bien connue, on n’emporte pas l’argent dans la tombe.

Tsunami mexicain est une intrigue mouvementée, sanglante, violente, où la corruption règne, où la justice ne sera rendue qu’au péril de la vie. Autant dire que nos deux héros ne sont pas rendus. Mais, au moins, ils ne savent pas encore que le prochain volet de leurs aventures leur fera rencontrer Vanilla Ride.

 

PS : et un avis de roman publié, un !

L’homme de la montage de Joyce Maynard

Présentation de l’éditeur :

Été 1979, Californie du Nord. Rachel, treize ans, et sa sœur Patty, onze ans, se préparent à passer leurs vacances à vagabonder dans la montagne comme d’habitude. Échappant à la surveillance d’une mère aimante mais neurasthénique depuis son divorce, et d’un père amoureux de toutes les femmes, le flamboyant inspecteur de police Torricelli, elles se cachent dans les arrière-cours pour regarder la télé par la fenêtre des voisins, inventent blagues et jeux à n’en plus finir, rêvant de l’inattendu qui pimenterait leur existence. Et l’inattendu arrive. Cauchemardesque, une succession de meurtres de jeunes femmes, tuées dans la montagne selon un même mode opératoire : la chasse à l’Étrangleur du crépuscule commence, menée par l’inspecteur Torricelli.

Mon avis :

Livre lu dans le cadre du challenge Un mot des titres organisé par Azylis.

Je l’ai donc lu avant le confinement, n’ai pas pris de notes, n’ai pas rédigé mon avis à l’avance, et donc, c’est un peu la galère pour écrire maintenant. Le problème est le peu de souvenir que m’a laissé ce livre. Peut-être en attendais-je trop, parce que l’on m’avait toujours dit beaucoup de bien de cette autrice.

Ce que je retiens ? En tant que professeur de français, c’est la narration rétrospective : Rachel, la narratrice, devenue adulte, devenue même romancière, nous raconte cette histoire, son histoire, celle de ce tueur en série que son père n’a pas réussi à arrêter, celle de ce tueur auxquelles elle et sa soeur sont sûres d’avoir échappé. Elle nous raconte aussi son enfance, dans ces montagnes justement, avec sa soeur, avec laquelle elle trouvait les moyens de vivre bien, malgré la pauvreté. Toutes deux se questionnaient sur les personnes qui vivaient dans leur quartier résidentiel, elles enquêtaient, à leur manière, comme pour suivre les traces de ce père qu’elles admiraient tant. Un portait d’une petite ville de Californie, de la médiatisation, déjà, des tueurs en série. Un rappel aussi de l’identité des victimes, qui sont trop souvent oublié au profite de celle du tueur.

Une scène du livre m’a profondément émue, mais je ne peux pas la raconter, ce serait spoiler.

Un rendez-vous littéraire manqué, en quelque sorte.

Le bon fils de Steve Weddle

Présentation de l’éditeur :

À vingt-six ans, Roy Allison retrouve la liberté après dix années passées en prison. De retour chez lui, il a la ferme intention de redevenir un type bien. Pas question de replonger. Mais dans cette région à la frontière de l’Arkansas et de la Louisiane, la crise économique a fait des ravages, la guerre a brisé des familles, et le monde qu’il retrouve part à la dérive. Et personne n’a oublié les raisons pour lesquelles Roy s’était retrouvé derrière les barreaux ni ne lui a pardonné ses erreurs. Alors, à quoi sert de se comporter en bon fils dans ce pays en ruine où seul le crime vous donne encore l’impression d’être en vie ?

Mon avis :

Allô ? Oui ? Bonjour ! Je suis perdue. Où ça ? Au beau milieu de l’Arkansas ! Non, je ne sais pas où précisément, sinon, vous croyez franchement que je vous appellerai !

Tout avait pourtant presque bien commencé. Le premier texte m’avait plu. Puis, je suis passée au second, et là, patatras ! j’ai nettement moins compris. Bien au contraire, j’en suis venue à me demander si j’étais face à un recueil de nouvelles, ou à un roman. Je n’ai pas vraiment tranché. Je dirai simplement que nous avons une unité de lieu, de temps et que chaque chapitre (nommons-les ainsi) nous entraîne dans une autre partie de l’histoire, avec des personnages différents. Roy Allison semble être le personnage fil conducteur de ce récit. Pourtant, nous sommes souvent entraînés sur d’autres chemins, dont le point commun est la violence. Cambriolage, braquage, enlèvement aussi, meurtres… La violence est omniprésente, pour ne pas dire affreusement banalisée, comme si agresser l’autre était le seul moyen de survivre, sans avoir l’impression de faire le mal. Le shériff ? Il fait ce qu’il peut, et c’est vraiment tout ce qu’il parvient à faire. L’espoir ? Où ça ? Nulle part. La violence a toujours été là, dix ans plus tôt, vingt ans plus tôt, deux générations plus tôt. Rien ne semble pouvoir y mettre fin.
Alors non seulement c’est ici un roman dans lequel je me suis perdue, mais aussi un roman dans lequel tous les protagonistes semblent perdus. Constat amer ? Oui.

Un été mortel: Darling Investigations, T1 de Denise Grover Swank

Présentation de l’éditeur :

Il y a dix ans, Summer Butler était la détective adolescente la plus populaire de la télévision. Depuis lors (comme les sites de potins adorent le rappeler) elle est tombée bien bas. Quasiment ruinée, trahie, brouillée avec sa mère et blacklistée par les employeurs, elle n’a d’autre choix que d’accepter l’offre-d’emploi-des-stars-has-been : faire de la télé-réalité. Incarnant une (fausse) détective, elle va devoir résoudre des mystères dans sa ville natale de Sweet Briar, en Alabama. Et pour couronner le tout, elle va devoir cotoyer le chef de police, Luke Montgomery, son premier (et seul) grand amour. Quand Summer tombe sur un vrai cadavre, l’émission Darling Investigations prend une tournure inattendue.

Mon avis :

Roman policier, romance, roman de la deuxième chance, Un été mortel est un peu tout cela. Summer se confond dans l’imaginaire du public avec le personnage de détective ado qu’elle a incarné, au point qu’elle n’a pas rebondi après la fin de la série. Tous ou presque l’ont laissé tomber, dont sa mère, pour laquelle elle était avant tout un moyen, non un enfant à choyer et à protéger. Summer cache en outre d’autres secrets, comme le fait qu’elle a aidé son grand-père, aujourd’hui décédé, à renflouer la ferme familiale, en Alabama. Las ! Sa grand-mère lui a claqué la porte au nez, à la suite de complexes affaires familiales, et de caractère assez épouvantable aussi.

Seulement, l’argent vient sérieusement à manquer, on ne propose plus rien à Summer, aussi est-elle presque obligée d’accepter une proposition de télé-réalité, qui la renvoie au fin fond de l’Alabama, où elle ne pensait jamais retourner. C’est là que vit sa grand-mère. C’est là que sa propre mère organise des concours de beauté, profitant de l’argent qu’elle a détourné. C’est là aussi que vivent, dans la ferme familiale avec leur grand-mère, ses cousins Teddy et Dixie, qui a été accusée d’avoir causé, lors d’un incendie criminelle, la mort de ses parents et de son grand-père. C’est là aussi que son premier et seul amour Luke Montgomery est devenu policier. Autant dire que Summer ne souhaitait pas ce retour, dans une émission de télé-réalité où elle devra incarner une détective privée authentique ou presque.

Non, parce que l’autrice démonte bien les mécanismes de la télé-réalité. Filmons quatre fois la scène, gardons la meilleure. Cherchons des détails croustillants, n’hésitons pas à provoquer des situations croustillantes, faisons appel à des paparazzis, voir à des fans un peu zinzins, tout, pourvu que l’on parle de nous et que l’on fasse de l’audience. Tant pis si, à Sweet Briar, certains savent déjà tout des adultères, ou des amours compliqués du chien du coin. En revanche, l’affaire principale, celle de la disparition d’Otto, s’avère beaucoup plus complexe que prévue, avec des ramifications que Lauren, la réalisatrice de télé-réalité, n’avait pas vu venir – ce qui ne l’empêche pas de s’en réjouir. Oui, Otto n’est pas que le poivrot du coin, entouré d’amis qui aiment autant la bouteille que lui – vision simple d’un homme que personne ne détestait, que quelques-uns appréciait même, dans sa volonté de survivre à ce qui lui était arrivé. Un personnage, finalement, que l’on verra peu, qui sera caractérisé de manière indirecte, mais qui est attachant.

En revanche, j’ai trouvé la romance entre Summer et Luke assez classique, finalement, avec une bonne dose d’incompréhension, de non-dits, de « j’étais jeune, j’étais trop bête aussi ». Le point positif est que Summer joue toujours franc jeu avec Luke – et tant pis si on lui dit de ne surtout pas tout dire à Luke, elle veut avant tout que justice soit faite.

Il existe un tome 2… J’espère qu’il sera traduit à son tour.