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L’or des fous de Rob Schultheis

Présentation de l’éditeur :

En 1973, Rob Schultheis retire ses maigres économies de la banque et prend la route de l’Ouest au volant de son minibus Volkswagen. Il débarque à Telluride, dans le Colorado. À l’époque, Telluride n’est qu’une petite ville minière coupée du monde, où vivent quelques familles isolées et où rôdent encore loups et grizzlys ; le genre d’endroit où l’on vous passe à tabac si vos cheveux sont trop longs. Trente ans plus tard, elle est devenue une destination de villégiature pour les riches skieurs du monde entier. Le rêve américain s’exprime ici dans toute sa folie, du médecin local qui chasse les ovnis à bord de son Cessna à la magie sinistre des fantômes qui peuplent le désert indien. Avec un style tout aussi indomptable que son sujet, L’Or des fous entraîne le lecteur à travers un voyage inoubliable et lui fait entrevoir le visage changeant et méconnu de l’Ouest américain.

Mon avis :

Presque six mois que je n’avais pas chroniqué un roman des éditions Gallmeister ! Je n’avais pourtant pas arrêté d’en lire, il me fallait simplement passer le cap de l’écrit.
Folie est vraiment le terme qui convient pour décrire ce livre et les chapitres qui les composent. Et s’il faut parler de réaliste et d’autobiographie, et bien cette écriture pourrait vraiment être le témoignage des deux, sans oublier la lucidité face à ce qu’est devenu ce petit coin du Colorado.
Inclassable ? Aussi. Parce que ce livre nous parle autant du passé que du présent. Il m’a fait penser aussi aux oeuvres d’Edward Abbey – ceux qui aiment l’un doivent nécessairement connaître les textes de l’autre.
Je terminerai par une spéciale dédicace pour les castors – qui ne se reconnaîtront pas.

L’été dernier à Syracuse de Delia Ephron

 

Présentation de l’éditeur :

Michael et Lizzie, deux New-Yorkais respectivement écrivain et journaliste, partent pour une semaine en Italie avec Finn et sa femme Taylor accompagnés de Snow, leur fille de dix ans surprotégée et surangoissée. Lizzie l’a décidé, ils iront d’abord à Rome puis à Syracuse, sur la côte sicilienne. Tout sépare les deux couples – milieu social, idées politiques et passions –, mais le décor idyllique fait de bons vins, de gelati et de ciel bleu devrait être celui de vacances paradisiaques. Pourtant, même loin de chez eux, les secrets du passé et les infidélités du présent refont surface. Lizzie et Finn, qui ont eu une histoire des années auparavant, flirtent à nouveau ; Michael, quant à lui, cherche le courage de dire à Lizzie qu’il veut la quitter afin de vivre au grand jour sa relation avec Kath, une jeune serveuse. Dans un paysage inondé de soleil, les journées s’égrènent lentement. Entre désaccords et reproches, les deux couples sont mis à l’épreuve et, déjà fragilisés par le temps, se fissurent davantage. Dans une ambiance de plus en plus délétère, les mensonges sont mis au jour. Et la jeune Snow, plongée au cœur de ce quatuor dissonant, devient malgré elle le catalyseur d’un drame inévitable.

Merci à Netgalley et aux éditions Michel Laffon pour ce partenariat.

Précision : 

Delia Ephron est la petite soeur de Nora Ephron, auteur et réalisatrice de comédie romantique.

Mon avis : 

Bienvenue ! Bienvenue dans l’Amérique de la côte Est, où les gentils habitants n’ont pas de problèmes particuliers mais sont tout à fait capables de s’en créer. En effet, ils n’ont pas de problèmes financiers, pas de problèmes de santé, ils ne risquent pas vraiment d’être au chômage ou de ne pouvoir payer leurs frais médicaux. Non, tout va à peu près bien, que ce soit à New York ou dans le Maine. Prenez par exemple Lizzie et Michaël. Ils ont tous les deux dépassé la quarantaine, n’ont pas d’enfants, et ne semblent pas s’être posé la question d’en avoir ou pas. Lui est un ex-écrivain prodige qui affirme travailler sur son nouveau roman, elle est journaliste, et peine à trouver des piges – ce qui ne les empêche pas de vivre assez bien. Ils forment un couple uni, à la sexualité active, plus comme des adolescents en goguette que comme un couple marié depuis près de dix ans. Cela n’empêche pas Michaël d’avoir une maîtresse – histoire classique – une jeune réceptionniste à qui il a promis la lune – c’est à dire quitter sa femme et se mettre en couple avec elle. Aujourd’hui comme hier, tout lecteur normalement constitué sait que cela n’arrive jamais.

De l’autre côté, nous avons Finn et Taylor. Finn est restaurateur, il travaille beaucoup, est attiré par une jeune femme pêcheur, qui est tout le contraire de sa femme. Attiré, mais il n’est pas allé plus loin – pas encore. Taylor est le personnage qui m’a le plus intéressée, sans doute parce qu’elle représente vraiment la mère de famille WASP par excellence : toujours parfaite, elle a beau travaillé à l’office de tourisme de Portland, elle a une relation fusionnelle avec sa fille unique Snow, qu’elle ne quitte quasiment jamais.

Snow. La seule personne dont on n’entend pas la voix dans ce roman, ou si peu. Deuxième personnage le plus intéressant parce que nous n’aurons jamais son point de vue – les quatre autres personnages sont tour à tour les narrateurs du récit de cet été à Syracuse. Elle est encore une enfant, elle ne montre pas une personnalité très définie. Chacun de ses gestes, de ses actes, de ses paroles semblent scrutés, interprétés, surinterprétés par trois des adultes qui l’entourent. Snow est une page blanche qui reflète la personnalité des autres, par la manière dont ils la voient. Le seul a avoir une interprétation presque « simple » de ses actes est son père, puisqu’il cherche, comme presque tous les parents, la preuve que cette enfant si semblable à sa mère est une Dolan, malgré tout.

Snow qui est au coeur de tout, avec ce prénom à double sens. D’abord parce que sa mère fait tout pour la protéger, que ce soit des microbes (abondance du gel désinfectant, soin apporté aux chambres d’hôtel successives) que de tout ce qui pourrait entacher sa « pureté » – il est des mots qu’on ne prononce pas devant elle, des oeuvres que l’on ne saurait montrer. Snow qui découvre un pays, une culture. Snow qui suscite l’intérêt de Mickaël, comme une jeune fille qu’il faudrait initier. A quoi ? Là est la question. La culture ? Pas si sure. Peut-être ai-je l’esprit un peu mal tourné mais Mickael et ses mensonges à répétition n’est pas la personne à qui je confierai l’éducation artistique de ma fille unique.

Il faut dire aussi que le récit nous est raconté après coup, ce qui fait que les personnages peuvent mettre l’accent sur ce qui, à leurs yeux, a entraîné le drame. Reste à définir ce qu’il est, pour chacun d’eux, et les conséquences pour chacun.

L’été dernier à Syracuse est une histoire de couples, mais pas que. Il met à jour les petites et grandes lâchetés de chacun. Certains s’en accommodent très bien, d’autres moins, mais au final ils ne changent pas leur conduite. Leur confort avant tout. Vive l’American way of life.

Le refuge des souvenirs de Mary Marcus

Présentation de l’éditeur : 

Au cours de l’été brûlant de 1963, la ségrégation fait rage dans la petite ville de Murpheysfield. Mary Jacob, douze ans, mal aimée par sa famille, trouve refuge auprès de Lavina, la cuisinière noire, qu’elle considère comme sa mère. Mais, lors d’incidents raciaux, la domestique est tuée. Mary Jacob, choquée, oubliera tout de cette période de sa vie.
Des décennies plus tard, apprenant que son père est mourant, Mary Jacob retourne dans sa Louisiane natale. Partie sur les traces de son passé, la jeune femme retrouvera-t-elle la mémoire de son enfance brisée ? Pourra-t-elle faire la paix avec sa propre histoire et avec Billy Ray, le fils de Lavinia, blessé par le silence et les non-dits ?

Merci à Netgalley et aux éditions Presse de la cité pour ce partenariat.

Mon avis : 

J’ai du mal à rédiger cet avis sur ce livre, peut-être parce que je ne sais pas vraiment par quoi commencer, tant il parle de sujets différents, étroitement imbriqués les uns dans les autres, et donc indissociable.

L’action débute dans le présent. Mary Jacob est adulte, mariée, mère, elle a réussi professionnellement. Sportive, elle prend soin de son physique, pour se sentir bien dans son corps plus que pour séduire. Elle se souvient de peu de choses de ses douze premières années, surtout pas ce qui a conduit au décès de Lavinia, la cuisinière qui lui a servi de mère de substitution. Retourner sur les lieux de son enfance, renouer avec son père, avec sa soeur aînée est une manière d’essayer de retrouver ses souvenirs.
Et la jeunesse de Mary Jacob, nous la découvrons dans un récit enchâssé dans le premier, récit où la petite Mary, Lavinia et Billy sont tour à tour les personnages principaux. Mary n’est pas une enfant maltraitée, pas vraiment, elle est une enfant totalement délaissée, dont personne ne prend réellement soin, sauf Lavinia. Elle a une grande soeur, qui pourrait l’aider, eu égard à l’état de santé de leur mère, mais non. On pourrait dire que la différence d’âge explique l’indifférence de l’aînée, mais je ne crois pas que ce soit la seule cause : Mary Jacob, ou plutôt sa naissance, n’est-elle pas tenue pour responsable de l’état de santé de leur mère ? Elle n’est pas le fils tant attendu par son père, elle n’est qu’une fille avec un prénom à demi masculin.
De l’autre côté, nous avons Billy Ray. Il est seul, lui aussi, parce que sa mère travaille constamment, qu’elle travaille loin de leur maison et que lui même travaille déjà – est-il besoin de préciser que c’est pour un salaire de misère ? Pas de père, comme c’est le cas pour presque tous les enfants de son quartier. Billy est jaloux, de l’enfant dont sa mère prend tant de soin. Il est jaloux sans la connaître, il le sera encore plus quand il la verra avec sa mère, à la place que lui devrait occuper si l’ordre des choses était normal. Billy, jeune, se montre très dur avec les femmes de son quartier, avec les hommes qui profitent des femmes, quels qu’ils soient. Il ne comprend pas l’engagement de sa mère en faveur des droits civiques, du pasteur Martin Luther King. Pourtant, il est révolté, du fait de tout ce qu’il a subi.
Et il le sera tout autant étant adulte, lui aussi revenant sur les traces de sa jeunesse. Son parcours est moins emprunt de réussite que celui de Mary Jacob. Il cherche pourtant une forme de rédemption, de renaissance musicale : lui aussi souhaite faire la lumière sur le passé.
Des révélations ? Oui, il y en aura. Des réconciliations ? Pas véritablement. Mary Jacob découvre bien des secrets, y compris ceux qu’on lui a caché pour son bien – les préjugés ont la vie très dure, surtout pour ceux qui ne font rien pour véritablement les combattre. Pas de happy end, donc – le refuge des souvenirs n’est pas un roman à l’eau de rose. Mary Jacob, Billy, ils doivent parcourir leur chemin vers l’acceptation, trouver, éventuellement, un apaisement. D’autres, comme la soeur aînée de Mary, ont des préoccupations beaucoup plus matérielles. La fin reste assez ouverte, malgré tout. Mary Jacob et Lavinia, qu’elle fait revivre à travers ses romans pour la jeunesse, d’une certaine manière, accompagneront longtemps le lecteur.

La veuve noire de Daniel Silva

Résumé :
Une mission de Gabriel Allon

Dans le quartier du Marais, à Paris, Hannah Weinberg, directrice du Centre pour la recherche sur l’antisémitisme en France, meurt dans un attentat à la bombe revendiqué par Daesh. L’espion israélien Gabriel Allon est alors sollicité pour retrouver Saladin, énigmatique leader terroriste, et prévenir de futurs carnages. Pour mener à bien sa mission, infiltrer un espion au sein de Daesh semble la meilleure option. Gabriel réquisitionne alors Natalie, une jeune femme juive, brillante, exerçant comme médecin dans un hôpital de Jérusalem. Elle devra incarner une Palestinienne avide de vengeance et intégrer les rangs de l’ennemi. Elle commence alors un entraînement pour devenir une autre : Leila…

Merci à Netgalley et aux éditions Harper Collins pour ce partenariat.

Mon avis :

Un auteur et une série que je découvre. Et nous en sommes déjà au tome 16 !  Je sens que je n’essaierai pas de rattraper mon retard, même si j’ai beaucoup aimé ce livre.
L’intrigue est bien sûr imaginaire, mais elle colle, malheureusement, à l’actualité. Les attentats sont devenus notre crainte quotidienne, et nous découvrons à quel point il est facile de recruter des candidats au massacre et à la mort. Le processus est finement analysé – j’ai envie de dire « hélas ».
Il est plus difficile de trouver des candidats pour une infiltration en bonne et due forme. En effet, le but est qu’ils reviennent vivants, en presque bonne santé physique, sinon leur infiltration n’aura servi à rien. Pour la santé et la stabilité mentales, par contre, elle est beaucoup plus difficile à conserver. Comment faire quand on doit être, en permanence, quelqu’un d’autres, oui, comme un comédien, mais surtout, un comédien qui n’a droit qu’à une seule prise, sinon, le rideau tombe définitivement.
C’est ce que vivra Natalie. Nous suivons pas à pas les étapes de sa transformation, depuis son recrutement jusqu’à l’accomplissement de sa mission. Elle est une jeune médecin presque ordinaire, avec une vie privée presque inexistante. Elle est repérée et après, il lui est laissé toute liberté d’accepter – ou pas. De continuer, ou pas. Choisie, parce que protéger les siens, au sens large du terme, lui tient à cœur. J’ai presque envie d’ajouter cette devise bien connue « protéger et servir ». Au bout de la route, beaucoup d’agents trouvent la mort. Parce qu’il est toujours tragique de constater qu’il est plus facile de perpétrer un attentat quand on n’a rien à perdre que de le prévenir.
Les agents ne sont ni invincibles ni « glamour ». Ils ont des failles, des douleurs, des vies privées compliquées – et une quasi-impossibilité à décrocher, parce qu’à une menace succède toujours une autre menace.
J’ai eu beaucoup de mal à décrocher de cette lecture, j’ai vraiment voulu savoir comment cette intrigue se terminera. Certaines scènes sont très réalistes, sans verser dans la complaisance. Ce livre montre aussi comment il est facile de basculer, à un moment ou à un autre. En bref, une vraie réussite.

PS : je lis beaucoup de livres depuis quelques temps qui se déroulent en Israël. Hasard du monde de l’édition 2016-2017 ?

Mrs Hemingway de Naomi Woods

Présentation de l’éditeur :

Durant l’été éclatant de 1926, Ernest Hemingway et sa femme Hadley partent de Paris pour rejoindre leur villa dans le Sud de la France. Ils nagent, jouent au brige et boivent du gin. Mais où qu’ils aillent, ils sont accompagnés de l’irrésistible Fife, la meilleure amie de Hadley, et l’amante d’Ernest…Hadley est la première Mrs. Hemingway, mais ni elle ni Fife ne sera la dernière. Au fil des décennies, alors que chaque mariage est animé de passion et de tromperie, quatre femmes extraordinaires apprendront ce que c’est que d’aimer – et de perdre – l’écrivain le plus célèbre de sa génération.

Mon avis :

Tout d’abord je tiens à remercier Babelio, les éditions de la Table ronde et Naomi Woods pour ce partenariat et cette rencontre.
La rencontre a eu lieu à la fois avec l’auteur et avec ce livre. Il est des livres que l’on a hâte de refermer, il en est d’autres avec lesquels on ferait bien un bout de chemin supplémentaire, ce fut le cas avec celui-ci.
J’admets ne pas avoir fait attention, mais je me suis rendue compte que je collectionnais les romans qui avaient à voir avec Ernest Hemingway, depuis quelques années, qu’il en soit le héros ou que ce soit l’une ou l’autre de ses femmes (voir également le téléfilm Hemingway & Gellhorn avec Clive Owen et Nicole Kidman).
Mais revenons à ce roman, composé de quatre parties, chacune consacré à une des quatre femmes d’Hemingway. Ou plutôt, chacune est consacrée à un moment charnière de leur vie : celui où une autre femme entre en scène, comme si Ernest ne pouvait concevoir sa vie amoureuse qu’en un trio. Toutes voulaient être Mrs Hemingway, sauf Martha Gellhorn qui ne voulait pas être vue comme la femme d’un illustre écrivain, mais exister par elle-même.
Vivre avec Hemingway était éprouvant, épuisant, usant, et ce presque dès le premier jour. Mary, qui fut la dernière Mrs Hemingway, qui écrivit son autobiographie, pourrait en témoigner. Il y avait certes un monde entre les débuts, difficiles, la pauvreté, l’exiguïté du premier appartement parisien et l’aisance, la reconnaissance qu’il connut ensuite, cependant Ernest restait un être tourmenté, un auteur exigeant qui ne se passait rien en ce qui concernait l’écriture, un homme qui bâtit sa légende de son vivant. Ses femmes restèrent unies, aussi étrange que leur amitié puisse paraître. Hadley et Fife continuèrent à correspondre jusqu’à la mort de Fife – la seule qui ne survécut pas à Ernest.
Au cours de ce roman, nous découvrons aussi ceux qui sont proches d’Ernest, qui ont partagé sa vie – et ses tourments, l’on en revient toujours là.
Mrs Hemingway, un roman passionnant pour tous les fans d’Hemingway et de littérature américaine.

La danse de l’ours de James Crumley

Présentation de l’éditeur :

Détective privé, Milo Milodragovitch exerce dans le Montana, et ce qu’il aime avant tout, c’est la coke et le peppermint. Normal pour quelqu’un qui s’apitoie sur sa vie passée avec ses cinq ex-épouses et vit reclus dans une région où l’hiver ne pardonne pas. Une certaine Sarah Weddington lui écrit qu’elle souhaiterait le voir. Notre homme part la trouver et il apprend que Sarah est une ancienne maîtresse de son père. Elle lui demande d’enquêter sur les agissements d’un couple qui a l’étrange manie de se rencontrer chaque jeudi après-midi non loin de chez elle, pour s’échanger la modique somme de 5 000 dollars…

Mon avis :

Laissez-moi vous présenter Milo, un exemple rare de détective privé particulièrement hors norme. Non, il n’est pas brillant, non, il n’est pas capable de détecter des indices que personne ne perçoit, il n’est pas particulièrement habile en filature ou dans le maniement des armes, il est privé de toute affaire. D’ailleurs, il n’est plus vraiment détective privé, il est vigile de nuit tant ses compétences font l’unanimité. Son travail, d’ailleurs, est extrêmement reposant, il ne se passe jamais rien !
Enfin, si, tout de même, il se passe quelque chose : Milo retrouve une vieille connaissance, Sarah, le dernier amour de son père, et la source de ses premiers émois amoureux. Ne connaissant pas la réputation de Milo, ou plutôt son absence de réputation, elle veut l’engager pour trois fois rien (je ne parle pas de son salaire, entendons-nous), pour satisfaire sa curiosité : pourquoi un homme et une femme se retrouvent-ils toutes les semaines au même endroit, sans faire grand’chose ? Même si Milo a un micro-état d’âme (cela fait beaucoup d’argent pour un faible travail), il accepte, cela ne peut faire de mal à personne, non ? Non.
Le début était un peu morne, un peu lent, presque contemplatif, et là, boum ! La catastrophe commence, et vous avez intérêt à bien vous accrocher à votre fauteuil si vous voulez suivre. En effet, les péripéties se succèdent à un rythme effréné, laissant à peine le temps à Milo de protéger ses miches et à tenter de protéger la charmante vieille dame qui l’a embauché et qui a disparu. Lui qui était jusqu’à présent très peu actif est sur tous les fronts, obligé de bouger sans cesse, de se renouveler sans cesse. Devient-il pour autant un excellent détective ? Pas vraiment. Il est toujours la proie de ses démons – un classique – et les personnes qu’il croise sont loin d’être animés de bonnes intentions. Enfin, cela dépend de quel point de vue on se place, évidemment. Il est des personnes pour qui la fin justifie les moyens, et tant pis si cela engendre quelques victimes collatérales. Il en est d’autres, comme Milo, ne pense qu’aucun projet, si louable soit-il, ne mérite que l’on y sacrifie une vie ou plusieurs vies et que l’on s’en balance après. A méditer.
Milo se retire du monde… mais il reste encore trois volumes de ses aventures.

 

Les cygnes de la cinquième avenue de Melanie Benjamin

Présentation de l’éditeur :

New York, fin des années 50. Truman Capote, personnage hors norme, émerge sur la scène littéraire et devient vite célèbre. De toutes les femmes les plus en vue de la haute société new-yorkaise, Barbara – « Babe » – Paley est celle qui a tout pour être heureuse : l’argent, la beauté, des amies, un mari influent, William Paley, le fondateur de CBS. Mais derrière cette image se cache une femme fragile en manque d’un amour vrai. C’est alors que Truman Capote surgit dans sa vie ; de cette rencontre naîtra une amitié exceptionnelle et Babe lui ouvrira les portes lui permettant de faire son entrée dans les vies de celles et ceux qui sont l’élite sociale. Mais quand Truman Capote, après l’immense succès de De sang froid, est en mal d’inspiration, il voudra capturer ce monde qui le fascine. Or, en en révélant les secrets les plus inavouables, il écrira une histoire cruelle et désenchantée qui fera scandale et le conduira à son « suicide social. »

Merci à Babelio et aux éditions Albin Michel pour ce partenariat.

Mon avis :

Bien que le titre de ce roman soit pluriel, bien que Truman Capote soit présenté en premier dans le quatrième de couverture, c’est bien Babe qui, pour moi, est l’héroïne de ce livre. Elle est là, omniprésente, des années 50 aux années 70 qui ouvrent le livre, avec la parution d’un nouveau texte de Truman Capote et ses conséquences.
Qui découvrons-nous en 1975 ? Des cygnes déchues, non parce qu’elles ont vieilli mais parce qu’elles ont lâché prise, dans un monde qui n’est plus le leur, un monde que l’une des leurs s’apprêtent à quitter, un monde qu’une autre femme vient de quitter volontairement à cause d’un homme, Truman Capote. Il apparaît en filigrane, dans ses chapitres où l’alcool se le dispute au fiel. Lui qui fut leur ami, leur confident, leur amuseur, non pas le fou du roi mais le fou de sa reine les a trahis en écrivant ce qu’elles lui ont confié dans l’intimité de leur salon, de leur boudoir.
Ces femmes fascinaient le jeune écrivain, devenu écrivain confirmé, abîmé physiquement par l’acte d’écrire lui-même. Pourquoi ? Elles étaient belles, elles symbolisaient l’élégance, les photographes les attendaient à la moindre de leur sortie. Elles apparaissaient toujours impeccables, elles sont mariées à des hommes riches et puissants et j’avais une forte envie de les secouer. Élégantes, oui, mais femme objet, femme potiche, dont tous les actes tendent à être un beau trophée au bras de leur mari, auquel elles sont entièrement dévouée jusqu’à la servilité, éloignant tranquillement leurs enfants pour le bien être et la tranquillité de leur cher et tendre. Ainsi ont-elles été élevées, ainsi parfois, se rappellent-elles qu’elles doivent aussi élever leurs enfants. Bien sûr, parfois, l’une d’elles se rebellent, pas pour longtemps : vivre sans être riche, vivre sans être vu, regardé, admiré leur semble impossible.
Alors oui, ce livre est intéressant, pour nous montrer une société qui n’existe plus mais qui a donné naissance à la société du spectacle que nous connaissons actuellement, après bien des détours. Et Truman ? Son enfance, sa solitude, son besoin d’aimer, de désirer, d’être aimé sont bien présents. Sa solitude, leur solitude : voici ce qui restera au final de ce livre.