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Shanghai fengshui de Nury Vittachi

édition Philippe Picquier – 438 pages.

Présentation de l’éditeur :

Pour le maître de fengshui et son assistante Joyce, Shanghai s’annonce pleine de promesses : nouveau bureau, nouvelles réjouissances culinaires, nouveaux amis… Mais une série d’événements imprévus va bouleverser cet alléchant programme : ils vont se retrouver au centre d’un complot visant à assassiner les présidents américain et chinois. Les voilà lancés dans une folle course poursuite. Les services secrets américains et la police chinoise à leurs trousses, ils doivent désamorcer une bombe au cœur de la ville. Seuls problèmes : 1) Shanghai est paralysée par un gigantesque embouteillage ; 2) la bombe est cachée dans un éléphant blanc.

Mon avis :

Cher maître du Feng-shui, je serai claire : sensibilité occidentale ou pas, et même s’il est bon de consommer de la nourriture « fraîche », il n’est pas nécessaire de faire preuve d’excès et de se gaver, trouvant des manières toujours plus douloureuses de cuisiner les bêtes, et se dédouaner en disant qu’elles ne souffrent pas, voire même que cela leur fait plaisir. Ben voyons. Bien sûr, ce sont des personnes riches, voire très riches qui agissent ainsi, parce qu’elles peuvent se le permettre. L’écologie, on s’en moque, les personnes qui n’ont pas de quoi manger, aussi. Oui, je sais qu’il est de bon ton de dire que personne ne meurt de faim de nos jours – en France. Et ailleurs ? Et si ce n’est pas le cas en France, c’est aussi grâce à des associations et à leurs bénévoles qui se dévouent. Voilà, c’est dit. Note : je ne suis pas végétarienne, mais j’essaie d’avoir une consommation raisonnable.

Ceci dit et écrit, le végétarisme, le végétalisme et surtout le véganisme sont au coeur de l’intrigue, ainsi que leurs militants, qui, à part Joyce, paraissent tous hautement détestables. Ils sont montrés violents, colériques, comploteurs, intolérants, prétentieux. N’en jetez plus ! Bien sûr, ils ne se préoccupent pas du tout des humains, pas vraiment des animaux, bref, le portrait qui est dressé d’eux est entièrement négatif. Ai-je précisé qu’ils étaient aussi bêtes et manipulables pour la plupart ? Maintenant, c’est fait.

Que les personnages soient caricaturaux est déjà fortement gênant, que l’intrigue parte dans toutes les directions ou presque l’est plus encore. Je ne vous parle même pas de vraisemblance, je ne sais absolument pas à quel moment elle est partie. Peut-être dès les premières pages, même si je veux bien croire les personnages quand ils affirment qu’avec la bureaucratie, c’est toujours ainsi. Cependant, voir l’immeuble dans lequel on emménage démoli le jour même, c’est tout de même assez rare. Je vous passe sous silence, ou presque, l’enlèvement de la fille d’une militante vegan proche de Joyce, la manière dont elle est sauvée, l’attentat fomenté contre Potus par les vegans (si, si) en plaçant une bombe dans un éléphant blanc, ce qui porte malheur nous dira Wong. Ah, vous ne savez pas qui est Potus ? Je vous aide : President Of The United States, en visite officiel. Ajoutons que les services secrets américains sont représentés par un chef hors pair, qui a soigneusement construit son personnage, que les services secrets chinois sont représentés par une femme charmante, la commissaire Zhang, qui a appris l’anglais, certes, mais pas ses subtilités parlées, et doute toujours du sens caché que peut contenir certaines paroles. Non, « l’éléphant contient une bombe » n’est pas une phrase contenant un sous-entendu sexuel ! Elle n’est pas la seule à avoir de léger soucis avec l’anglais, et C.F. Wong ne comprend pas pourquoi « Fech », que dit toujours sa collaboratrice, n’est pas dans les dictionnaires.

Soyons clair : dans cette enquête abracadabrante, on voit peu le maître au travail, on ne voit quasiment jamais sa secrétaire, et Joyce est plus occupée, c’est tout à son honneur téméraire, à tenter de sauver Nelson, l’éléphant blanc, que de pratiquer le feng shui. De plus, autant le premier volet lu était drôle, autant ce n’est pas le cas de celui-ci. En lirai-je un troisième ? A voir !

Le maître de fengshui perd le Nord de Nury Vittachi

édition Philippe Picquier – 349 pages.

Présentation de l’éditeur :

Mourir est très mauvais pour le fengshui.
C’est pourquoi C.F. Wong, digne maître de fengshui exerçant à Singapour, se trouve amené à résoudre quelques énigmes criminelles-comme l’apparition intempestive d’un fantôme dans un cabinet dentaire, ou la disparition d’une jeune Chinoise promise à une mort inévitable et prochaine. Ici, il est confronté à une histoire très compliquée, qu’il va s’efforcer de dénouer avec l’aide de sa pétillante stagiaire, Joyce McQuinnie, une Anglo-Australienne plus préoccupée par ses soirées en boîte de nuit que par les enseignements de la géomancie traditionnelle chinoise.

Mon avis :

Bon.
Curieux objet de littérature policière que nous avons là.
L’auteur, né au Sri Lanka, est marié avec une anglaise et a adopté trois enfants chinois (je le cite). Ils vivent à Hong-Kong où l’auteur est aussi journaliste.
Bon (bis).
C.F. Wong est un maître du Feng Shui, et j’ai presque failli me convertir à cette philosophie de vie. Enfin, pendant cinq minutes, entendons-nous, puis je suis retournée à mon bordel organisé, c’est tellement mieux ainsi – pour moi.
D’ailleurs, ce pro du rangement et de l’organisation ne parvient pas vraiment à mettre de l’ordre dans sa propre vie. Il faut dire que ce roman ne commençait pas très bien pour lui : en pleine consultation dans l’appartement d’une famille, il ne parvient pas à trouver ce qui ne va pas, ce qui explique ce malaise – et pourtant, il l’éprouve, légèrement, certes, mais il l’éprouve. Enfin, il trouve : quelqu’un a mis le feu à l’appartement et l’odeur de fumée est apparue. Heureusement, le maître de la sagesse orientale a gardé tout son calme, et il lui en fallait, parce que :
– sa secrétaire est une calamité, ne fait absolument rien, sauf lui compliquer la vie ;
– Joyce, sa stagiaire, se met souvent dans des états que la morale réprouve, tout en mettant beaucoup de coeur à l’ouvrage.
De plus, il se retrouvera non seulement à fournir ses services de maître de feng shui, mais à résoudre une affaire d’enlèvement, de vengeance, mais aussi sauver, peut-être, une jeune femme d’une mort imminente. Cela fait beaucoup pour un seul homme, qui ne peut compter que sur sa stagiaire australienne, dont les coutumes l’étonnent, quand ils parviennent à se comprendre – à croire qu’ils ne parlent pas vraiment la même langue tous les deux (ou alors, les jeux de mots sont plus faciles à comprendre dans la langue originelle). Il faut dire aussi que la jeune femme déjeune de breuvages assez incompréhensible, comme des latte et autres caramel macchiatto.
J’ai l’impression que lui-même ne sait pas vraiment comment il se fourre dans des situations encore plus invraisemblables que celles que j’ai nommée plus haut, et qui impliquent la triade (si, si), la police (c’est le minimum) et un hélicoptère (parfois) quand il n’est pas obligé de courir partout, avec Joyce sur les talons. Le pauvre a parfois à peine le temps de se consacrer à son métier, encore moins d’écrire. Les quelques pages qu’il parvient à écrire sont pourtant autant d’invitations à se poster, à réfléchir, à profiter de la vie, à se demander ce qu’est vraiment le bonheur.
Il récuse aussi ceux qui croient tout savoir, ceux qui, en examinant les lignes de la main ou toute autres méthodes de divinations, pensent prédire l’heure de la mort – et ne pas tenter de l’empêcher, puisque tout est écrit. C.F. Wong rappelle, à juste titre, que l’on traverse tous des passes difficiles – à nous de les traverser le mieux possible, sans se laisser abattre, dans tous les sens du terme.
Un livre et une enquête bordélique, mais sympathique.

Rue du dragon couché de Chi Wei-Jan

Présentation de l’éditeur :

Que faire à Taipei quand on adore le roman policier, la philosophie et le Kung-fu sinon s’installer Rue du Dragon couché, au coeur du quartier des pompes funèbres, et y devenir détective privé ?
C’est ainsi que Wu-cheng, dramaturge raté qui en veut à tout le monde après que son couple s’est désagrégé, décide de tout envoyer valser : il quitte son poste à l’université, déménage et devient détective privé par amour des intrigues.

Mon avis :

Vous ne connaissez pas Taïwan ? Cela tombe bien, ou presque, moi non plus ! Partons donc ensemble à la découverte de ce pays, via Wu-Cheng, apprenti détective. Traditionnellement, dans la littérature policière, le détective est quelqu’un qui a été policier avant de se lancer dans la brillante (ou pas) carrière de détective. Ici, rien de tout cela : Wu est un quinquagénaire. Universitaire pas geek du tout, il démissionne, se sépare quasiment de sa femme, et se lance, sans que personne ne comprenne pourquoi, dans la belle et noble profession de détective. Avec lui, nous découvrons la ville de Tapei, quelques trafics par-ci, par-là, parce que, soyons honnête : Wu n’a pas beaucoup de client. A vrai dire, il en a même une seule, au début, et s’il réussit à boucler son affaire, il n’a pas grand chose à faire de ses journées. Il a même un emploi du temps réglé comme du papier à musique, solitaire, certes, mais régulier. Pendant ce temps, des crimes sont commis à Taïwan. De là à dire qu’un tueur en série sévit dans la ville, il n’y a qu’un pas que certains sont tout prêts à franchir, à condition, bien sûr de ne pas faire peur à la population locale. Wu, pendant ce temps, se renseigne sur les tueurs en série. En fait, Wu se renseigne sur à peu près tout – est-ce parce qu’il est universitaire ? Il est capable de disserter de tout et de rien, des parisiens, notamment, de l’art, de la musique – et de son corps de quinquagénaire qui n’apprécie pas ce nouveau métier.
Il se retrouve bien malgré lui, alors qu’il n’appréciait rien tant que sa petite vie de détective presque tranquille, plongé au cœur de cette enquête pour meurtres, mais pas de la manière dont il l’aurait voulu ! Heureusement, il peut compter sur les rares amis qu’il a – pour être détective ou universitaire, il faut parfois être imbuvable. Il faut dire aussi qu’avant de quitter l’université, il a piqué une crise assez conséquente, sur laquelle il revient de temps en temps. Oui, il n’est vraiment fier de ce qu’il a fait, bien conscient qu’il a eu, qu’il a encore des « problèmes », mais ce n’est pas une raison pour qu’on remette ça sur le tapis !
Sauf qu’on le remet, forcément, parce qu’il est au coeur de cette enquête. Qui pouvait en vouloir aux victimes, d’innocentes personnes âgées, pour de pas dire, dans le cas de la troisième victime, des personnes impotentes, qui ? Et qui aurait intérêt à impliquer cette universitaire démissionnaire, cet auteur de théâtre pas vraiment réussi, dans une affaire pareille ? *
Oui, cela fait beaucoup de question, pour Wu, pour la police, et pour le lecteur aussi. Ce n’est pas tant les méandres d’une enquête qu’il faut suivre qu’une organisation tellement bien huilée qu’elle est implacable. Les américains n’ont pas le monopole des tueurs en série. Les taïwanais n’ont pas vraiment envie d’en avoir un et d’examiner ses obsessions.
Rue du dragon couché, un roman pour lecteur qui aime être surpris.
Je remercie Netgalley et les éditions Calmann-Lévy pour ce partenariat.

 

Nuit sans lune au Waziristan de S. Mauloof

Présentation de l’éditeur :

Lorsqu’un entrepôt est réduit en cendres au Waziristan (entre le Pakistan et l’Afghanistan), l’inspecteur d’assurances Cash est envoyé sur place pour examiner les dégâts. Il arrive à Tank, une ville provinciale frappée par la pauvreté, et découvre un projet de détournement de fonds qui met ses patrons et la police secrète pakistanaise dans une situation délicate. Alors qu’il s’efforce de trouver un compromis entre deux idéologies opposées, Cash est hanté par le souvenir de sa femme décédée et par les devoirs qui lui incombent en tant que père d’une adolescente particulièrement douée. La corruption du monde dans lequel il évolue et les soupçons unanimes finissent par triompher de lui : Cash est persécuté, menacé et finalement kidnappé par des talibans, qui réclament une rançon…

Mon avis : 

Ne lisez pas ce livre si vous chercher un roman policier qui puisse vous divertir, parce que vous vous tromperez grandement. Rien n’est simple, et encore moins simpliste dans ce récit, qui se passe dans un pays que nous, occidentaux, ne connaissons quasiment pas, et encore, uniquement de notre point de vue.

Le Waziristan existe bel et bien, et n’a pas une très bonne réputation. Il est plutôt vu comme un lieu de recrutement pour terroristes. Pour les habitants de cette région du Pakistan, c’est avant tout leur nation, et ceux qui les menacent viennent d’Afghanistan, du Pakistan, mais aussi des Etats-Unis. Si j’ai été frappée par une scène (entre autres), c’est celle qui nous montre l’effroi provoqué par l’apparition d’un drone américain. D’ailleurs, les américains ne sont peut-être pas étrangers à cet l’entrepôt qui a été réduit en cendres…  Les raisons ne sont peut-être pas à chercher du côté de l’accident pur et simple.

Sayyid Qais Ali Qureshi, c’est le vrai nom de Cash, l’agent d’assurance qui a une mission compliquée. Elle lui a été confiée par son amie Sonia, pour laquelle il a éprouvé plus que de l’amitié. Ce n’est pas seulement pour  elle qu’il accepte cette mission, c’est surtout pour sa fille, pour qu’elle puisse faire les études qu’elle désire. Je n’ai garde d’oublier la mère de Cash, qui a aussi une grande importance pour son fils.

Nous serions en France, Cash n’aurait aucun mal à faire son travail. Je connais peu de personnes qui refusent le dédommagement proposé par leur assurance. Ce n’est pas le cas ici, pour des raisons complexes, qui nous sont bien expliquées, en un conflit entre tradition, religion et envie de vivre à son époque. Cash n’est pas au bout de ses peines, lui qui est enlevé et ne voit franchement pas de quelle manière il va pouvoir s’en sortir.

Ce qui nous est raconté est dur, pas forcément agréable à lire. Etre otage est tout sauf une partie de plaisir, et les conséquences sont rudes. Il ne s’agit pas tant de vivre que de survivre – dernier qualificatif valable également pour les populations locales. Ne plus être un otage n’est pas facile non plus. Plus qu’un roman policier, ce livre pourrait être qualifié de « romans d’espionnage » ou de « roman de guerre ». Il est cependant un des rares romans noirs que je connais écrit par un auteur pakistanais.

Je terminerai par quelques citations :

« Je cessai de regarder cette scène horrible et mémorisai des détails qui n’avaient de sens que pour un inspecteur d’assurance. J’avais passé vingt ans de ma vie à reconstituer les circonstances des sinistres qui avaient détruit des usines ou des entrepôts, et voilà que je me trouvais sur les lieux d’un bombardement au moment où il se produisait. A la différence que le camp de Ghazigar n’était pas assuré et que les gens ne déposeraient pas plainte contre Dieu ni le gouvernement ».

« Voilà donc ce qu’est une zone de combat. Un endroit où les sociopathes peuvent enfin socialiser« .

La soeur de Soledad de Jose Dalisay

Présentation de l’éditeur (extraits) :

Cabaret le Flamboyant. Walter, un policier, est chargé d’une mission particulièrement délicate : annoncer à Aurora qu’un cercueil portant son nom vient d’arriver à l’aéroport de Manille, en provenance d’Arabie Saoudite. Comme la jolie chanteuse est de toute évidence bien vivante, qui est la morte ? Et pourquoi y a-t-il eu, semble-t-il, usurpation d’identité ? Accompagné de la jeune femme soudain devenue silencieuse, Wlater entreprend un long périple en voiture jusqu’à la capitale afin de récupérer le corps de la mystérieuse défunte. Au cours du voyage, deux solitaires cabossés par la vie apprendront à se connaître. Et Walter finira par découvrir la vérité.

Mon avis :

Je salue tout d’abord le courage de l’éditeur, qui a choisi de faire paraitre en France un roman philippin. Je me demande s’il a rencontré un certain succès à sa parution, ou un écho dans les blogs. Pour ma part, je ressors déçue de cette lecture, parce que les promesses ne sont pas réellement tenues. « Walter finira par découvrir la vérité » ? Peut-être, mais pas le lecteur, qui restera sur sa faim, même après avoir lu l’épilogue, et ne saura pas réellement quel fut le destin de la soeur d’Aurora. Il saura en revanche le sort de ces philippins partis travailler à l’étranger, dont six cents d’entre eux reviennent chaque année dans des cercueils de plomb. Il saura les trafics en tout genre qui sont le quotidien des philippins restés au pays – et certains, tout en se montrant particulièrement rusés d’un côté, sont très naïfs de l’autre. Il saura les rêves d’Aurora. Il saura pourquoi Soledad part travailler à l’étranger, à Hong Kong d’abord, en Arabie Saoudite ensuite, même si ses motivations sont sujettes à caution. Le narrateur omniscient est là pour nous montrer – aussi – à quel point Soledad comprend très mal ceux qui l’entourent, ou ne tient pas compte de ce qu’ils lui disent. Soledad est une mystique, à sa façon, d’une manière extrême et dangereuse – pour elle et pour les autres. Reste Walter, le policier, un peu déboussolé. Si le récit n’a duré que quelques jours, les retours en arrière nombreux (et, disons le mot, parfois ennuyeux) nous ont tout appris des errances et des erreurs des personnages principaux. Dommage que nous ne puissions pas les voir repartir enfin vers un avenir plus serein.

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