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Nuit sans lune au Waziristan de S. Mauloof

Présentation de l’éditeur :

Lorsqu’un entrepôt est réduit en cendres au Waziristan (entre le Pakistan et l’Afghanistan), l’inspecteur d’assurances Cash est envoyé sur place pour examiner les dégâts. Il arrive à Tank, une ville provinciale frappée par la pauvreté, et découvre un projet de détournement de fonds qui met ses patrons et la police secrète pakistanaise dans une situation délicate. Alors qu’il s’efforce de trouver un compromis entre deux idéologies opposées, Cash est hanté par le souvenir de sa femme décédée et par les devoirs qui lui incombent en tant que père d’une adolescente particulièrement douée. La corruption du monde dans lequel il évolue et les soupçons unanimes finissent par triompher de lui : Cash est persécuté, menacé et finalement kidnappé par des talibans, qui réclament une rançon…

Mon avis : 

Ne lisez pas ce livre si vous chercher un roman policier qui puisse vous divertir, parce que vous vous tromperez grandement. Rien n’est simple, et encore moins simpliste dans ce récit, qui se passe dans un pays que nous, occidentaux, ne connaissons quasiment pas, et encore, uniquement de notre point de vue.

Le Waziristan existe bel et bien, et n’a pas une très bonne réputation. Il est plutôt vu comme un lieu de recrutement pour terroristes. Pour les habitants de cette région du Pakistan, c’est avant tout leur nation, et ceux qui les menacent viennent d’Afghanistan, du Pakistan, mais aussi des Etats-Unis. Si j’ai été frappée par une scène (entre autres), c’est celle qui nous montre l’effroi provoqué par l’apparition d’un drone américain. D’ailleurs, les américains ne sont peut-être pas étrangers à cet l’entrepôt qui a été réduit en cendres…  Les raisons ne sont peut-être pas à chercher du côté de l’accident pur et simple.

Sayyid Qais Ali Qureshi, c’est le vrai nom de Cash, l’agent d’assurance qui a une mission compliquée. Elle lui a été confiée par son amie Sonia, pour laquelle il a éprouvé plus que de l’amitié. Ce n’est pas seulement pour  elle qu’il accepte cette mission, c’est surtout pour sa fille, pour qu’elle puisse faire les études qu’elle désire. Je n’ai garde d’oublier la mère de Cash, qui a aussi une grande importance pour son fils.

Nous serions en France, Cash n’aurait aucun mal à faire son travail. Je connais peu de personnes qui refusent le dédommagement proposé par leur assurance. Ce n’est pas le cas ici, pour des raisons complexes, qui nous sont bien expliquées, en un conflit entre tradition, religion et envie de vivre à son époque. Cash n’est pas au bout de ses peines, lui qui est enlevé et ne voit franchement pas de quelle manière il va pouvoir s’en sortir.

Ce qui nous est raconté est dur, pas forcément agréable à lire. Etre otage est tout sauf une partie de plaisir, et les conséquences sont rudes. Il ne s’agit pas tant de vivre que de survivre – dernier qualificatif valable également pour les populations locales. Ne plus être un otage n’est pas facile non plus. Plus qu’un roman policier, ce livre pourrait être qualifié de « romans d’espionnage » ou de « roman de guerre ». Il est cependant un des rares romans noirs que je connais écrit par un auteur pakistanais.

Je terminerai par quelques citations :

« Je cessai de regarder cette scène horrible et mémorisai des détails qui n’avaient de sens que pour un inspecteur d’assurance. J’avais passé vingt ans de ma vie à reconstituer les circonstances des sinistres qui avaient détruit des usines ou des entrepôts, et voilà que je me trouvais sur les lieux d’un bombardement au moment où il se produisait. A la différence que le camp de Ghazigar n’était pas assuré et que les gens ne déposeraient pas plainte contre Dieu ni le gouvernement ».

« Voilà donc ce qu’est une zone de combat. Un endroit où les sociopathes peuvent enfin socialiser« .

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La soeur de Soledad de Jose Dalisay

Présentation de l’éditeur (extraits) :

Cabaret le Flamboyant. Walter, un policier, est chargé d’une mission particulièrement délicate : annoncer à Aurora qu’un cercueil portant son nom vient d’arriver à l’aéroport de Manille, en provenance d’Arabie Saoudite. Comme la jolie chanteuse est de toute évidence bien vivante, qui est la morte ? Et pourquoi y a-t-il eu, semble-t-il, usurpation d’identité ? Accompagné de la jeune femme soudain devenue silencieuse, Wlater entreprend un long périple en voiture jusqu’à la capitale afin de récupérer le corps de la mystérieuse défunte. Au cours du voyage, deux solitaires cabossés par la vie apprendront à se connaître. Et Walter finira par découvrir la vérité.

Mon avis :

Je salue tout d’abord le courage de l’éditeur, qui a choisi de faire paraitre en France un roman philippin. Je me demande s’il a rencontré un certain succès à sa parution, ou un écho dans les blogs. Pour ma part, je ressors déçue de cette lecture, parce que les promesses ne sont pas réellement tenues. « Walter finira par découvrir la vérité » ? Peut-être, mais pas le lecteur, qui restera sur sa faim, même après avoir lu l’épilogue, et ne saura pas réellement quel fut le destin de la soeur d’Aurora. Il saura en revanche le sort de ces philippins partis travailler à l’étranger, dont six cents d’entre eux reviennent chaque année dans des cercueils de plomb. Il saura les trafics en tout genre qui sont le quotidien des philippins restés au pays – et certains, tout en se montrant particulièrement rusés d’un côté, sont très naïfs de l’autre. Il saura les rêves d’Aurora. Il saura pourquoi Soledad part travailler à l’étranger, à Hong Kong d’abord, en Arabie Saoudite ensuite, même si ses motivations sont sujettes à caution. Le narrateur omniscient est là pour nous montrer – aussi – à quel point Soledad comprend très mal ceux qui l’entourent, ou ne tient pas compte de ce qu’ils lui disent. Soledad est une mystique, à sa façon, d’une manière extrême et dangereuse – pour elle et pour les autres. Reste Walter, le policier, un peu déboussolé. Si le récit n’a duré que quelques jours, les retours en arrière nombreux (et, disons le mot, parfois ennuyeux) nous ont tout appris des errances et des erreurs des personnages principaux. Dommage que nous ne puissions pas les voir repartir enfin vers un avenir plus serein.

Asie2