Archive | juillet 2018

La ferme aux poupées de Wojciech Chmielarz

édition Agullo – 400 pages

Présentation de l’éditeur :

L’inspecteur Mortka, dit le Kub, a été envoyé à Krotowice, petite ville perdue dans les montagnes. Officiellement, il est là pour un échange de compétences avec la police locale. Officieusement, il y est pour se mettre au vert après une sale affaire. S’il pense être tranquille et avoir le temps de réfléchir à l’état de sa vie personnelle, il se trompe lourdement.Quand Marta, onze ans, disparaît, un pédophile est rapidement arrêté, qui reconnaît le viol et le meurtre de la petite.
Mais l’enquête est loin d’être terminée : les vieilles mines d’uranium du coin cachent bien des secrets… et peut-être quelques cadavres.
Il faudra tout le flair du Kub pour traquer des trafiquants dont la cruauté dépasse l’entendement.

Mon avis : 

La Pologne est-elle en passe de devenir la nouvelle patrie du roman policier ? Peut-être.

Je ne vais pas vous dire que vous devez ab-so-lu-ment lire ce livre séance tenante, abandonner votre lecture en cours et vous précipiter chez votre libraire préféré. Je vous expliquerai simplement pourquoi ce livre a été pour moi un coup de coeur.

Tout a commencé parce que j’avais très envie de découvrir cet auteur, peu importe avec lequel de ces deux romans traduits à ce jour en français (il en a écrit quatre). Quand j’ai vu que la bibliothèque Parment avait acquis ce livre – le tome 2 – je me suis littéralement jetée dessus. La précédente enquête de l’inspecteur Mortka l’a contrainte à se mettre au vert, sous couvert d’un programme d’échange, d’un « pont » comme ils disent en Pologne, pour que les policiers de Varsovie découvrent les charmes de la province polonaise. Puis, cet enquêteur s’appelle Jakub, comme mon grand-père, et j’ai rarement vu un héros dont le prénom est orthographié ainsi. J’ajoute aussi que, dans la plus pure tradition polonaise, certains personnages sont nommés par leur diminutif.

Kretowice, c’est calme, très calme. Un modèle de tranquillité. Mais une jeune adolescente disparaît. C’est la seconde fois en quelque mois. La première disparition n’a guère fait de vague. Pourquoi ? Le Kub va le découvrir très vite. Je pourrai aussi vous dire : « on en apprend un peu plus sur la communauté tzigane polonaise ». Non. On apprend plutôt comment la communauté tzigane est vue par le polonais (très) moyen. La police ne fait pas exception. Pour la seconde par contre, on met le paquet, même si les parents ne sont pas des modèles du genre. Ils ne sont pas maltraitants, non, ils ont à la limite de l’être. L’enquête va vite, très vite, puisqu’un suspect est appréhendé et avoue tout – sauf l’endroit où sont les corps. Le Kub et ses collègues ne s’avouent pas vaincu, cherchent, et trouvent, pas vraiment ce qu’ils s’attendaient à trouver : quatre cadavres de femmes adultes mutilées au fond d’une mine.

Jakub est avant tout un policier. Il enquête. Il enquête constamment, et tant pis si cela déplaît. Il pense quasiment constamment à son enquête. Autant dire que sa femme l’a quitté depuis un certain temps, emportant avec elle leurs deux fils. Elle a même refait sa vie, semble très heureuse, et se montre toujours très remontée contre son ex mari, qui ne consacre pas assez de temps à leurs fils. Lui-même en convient. Il lui est difficile d’être un père serein quand ses enquêtes lui font découvrir le pire dont l’humain est capable.

J’ai pensé à la fable du Chêne et du roseau « qui plie mais ne rompt pas ». Le Kub, lui, c’est le contraire : il être prêt à rompre plutôt que de plier, la notion de carrière lui est totalement étrangère, et la commission de discipline,il a déjà pratiqué. Cette position n’est pas causée par l’intuition dont nous rebattent les oreilles certains auteurs français, il s’agit simplement de se fier à ce qu’il a observé, aux preuves qu’il a récoltées. Pas facile d’être un transfuge varsovien.  Sa seule préoccupation est pourtant de trouver qui a commis ces crimes, rendre justice aux victimes. Tâche colossale. Que les présumés coupables ne se cherchent pas d’excuse : le Kub ne plie pas.

Je terminerai par ces citations :
– On est qui on est, répondit Mortka qui ne trouva rien de plus sensé à dire.
– Oui, confirma le Rom après réflexion. C’est vrai. Je regrette que Lucilla l’ait oublié.

A chaque affaire, à chaque cadavre, il laissait une partie de lui-même. IL ramenait jour après jour un peu moins de lui chez lui. IL fut submergé parla peur de disparaître, ne laissant derrière lui qu’une coquille vide, une mécanique sans pensée ni sentiment. […] Il avait pourtant bien résolu cette affaire. […] Qu’il ait perdu une part de lui-même… Si c’était le prix à payer, après tout…

 

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Crime à l’heure du Tay de John-Erich Nielsen

Présentation de l’éditeur :

Le 28 décembre 1879, peu après dix-sept heures, le pont enjambant le Firth of Tay s’effondra, précipitant dans les flots de l’estuaire les soixante-quinze passagers du train reliant Edimbourg à Dundee. Il n’y eut aucun survivant. Vingt-neuf victimes ne furent jamais retrouvées…
A priori, rien à voir avec l’assassinat de Sue Cunningham, huit ans, et la disparition de son camarade David Sharp… Si ce n’est l’étrange similitude des lieux : le corps de la petite vient d’être découvert au pied du Tay Rail Bridge, à l’endroit même de la pire catastrophe ferroviaire du XIXe siècle.
Mais ce n’est pas tout… En Ecosse, les fantômes, c’est comme le monstre du loch Ness : tout le monde en parle, mais chacun sait que ça n’existe pas.

Mon avis : 

L’affaire qui débute dans ce neuvième volume des aventures de Sweeney est tout sauf plaisante, si tant est qu’une enquête policière peut l’être : une enfant de huit ans a été assassinée, et la disparition de son camarade David n’augure pas une issue des plus heureuses. De plus, l’inspecteur Sweeney doit faire face à la maladie de sa tante, et il tente de lui rendre le plus souvent possible visite à l’hôpital.

Pourquoi lui et son co-équipier se trouvent-ils là ? Une question de juridiction, tout simplement – ou comment le bras d’un fleuve, et le fait qu’un cadavre soit découvert d’un côté ou de l’autre peut modifier le choix d’une juridiction. Je serai presque tentée de dire qu’il ne se passe rien, ce qui ne serait pas juste : les enquêteurs cherchent et ne trouvent pas, pas même le jeune David. Oui, ils ont des pistes, qui ne débouchent sur rien de concret. Ils découvrent tout de même des éléments pas vraiment reluisants pour la famille de la jeune victime.

Pour ne rien arranger à cette enquête qui piétine, les tensions naissent entre Sweeney et son co-équipier : être préoccupé pour l’un, et loin des siens ne facile pas l’entente. Cependant, ils veulent tous les deux que la vérité soit découverte, ce qui peut aussi aider à apaiser le climat entre eux.

Comme si cela ne suffisait pas, Sweeney sent une présence (un fantôme ?) chez lui et enquête là aussi. Sa tante, du fond d son lit d’hôpital a beau le rassurer (en Ecosse, les fantômes fréquentent les jolis chateaux. Pas les appartements en désordre !), le jeune homme part à la recherche du passé, même s’il n’a pas vraiment de liens avec le présent. Vraiment ?

Une enquête qui nous mène dans une Ecosse urbaine, loin des Highlands dans lesquelles les deux enquêteurs ne veulent surtout pas être mutés !

 

Wiggins et la nuit de l’éclipse de Béatrice Nicodème

Présentation de l’éditeur :

Angleterre, 1894. Trois années ont passé depuis que Sherlock Holmes a disparu dans les chutes de Reichenbach après une lutte sans merci contre l’infâme Moriarty. Inconsolable, Wiggins est plus que jamais déterminé à se montrer digne du grand détective. Lorsqu’il est appelé au collège de Midhurst pour veiller sur le jeune Lowell Summerfield dont le père, un juge connu et redouté, a reçu des lettres de menaces, il voit là l’occasion de gagner enfin ses galons de détective-consultant.
À Midhurst, il découvre un monde surprenant qui vit replié sur lui-même. Derrière la façade austère, les règles strictes et le code de l’honneur, la violence rôde. La nuit, de mystérieuses réunions se tiennent dans la chapelle, et il arrive que des pas résonnent dans le grenier. Les grands, chargés de faire respecter la discipline parmi les plus jeunes, ont parfois une conception bien curieuse de l’autorité, et même les professeurs semblent avoir leurs petits secrets.

Mon avis : 

Beaucoup d’auteurs s’inspirent de Sherlock Holmes pour écrire des histoires le mettant en scène – ou pas. Béatrice Nicodème a choisi, dans ces livres, de mettre en scène Wiggins, ce gamin des rues qui était un des auxiliaires de Sherlock Holmes, un de ceux que l’ont ne voit pas, auquel on ne fait pas attention, et qui, du coup, peut voir beaucoup de choses.

Wiggins a grandi, il est d’ailleurs presque adulte en cette année 1894, trois ans après la disparition de Sherlock Holmes. Si c’est à lui que l’on confie cette mission, c’est parce qu’il est suffisamment jeune pour passer inaperçu dans un collège. Problème, malgré tout : Wiggins n’a pas fait d’études, et il va détonner, un peu, auprès de ceux qui l’ont chargé de mener l’enquête.

Le fils d’un juge d’instruction est en effet menacé de mort, et son père n’a pas l’intention de céder au chantage, ni d’avertir son fils, qui est très bien dans sa pension. Néanmoins, Wiggins sera chargé de sa protection : il est hors de question d’entacher la réputation de l’établissement. Sauf que c’est vraiment mal parti.

La description de ce qui se passe n’est pas des plus reluisantes. Tout ne peut pas être parfaitement sous contrôle, et certains n’hésitent pas à abuser du petit pouvoir qui leur est alloué. Il n’est pas tant question de diviser pour mieux régner, que d’isoler ceux qui sont déjà différents des autres, comme ce jeune étudiant venu tout droit des Indes.  Comme dans tout bon roman historique, l’on en apprend un peu plus sur cette époque, et pas seulement sur ce qui se passait en Angleterre.

L’intrigue est bien construite, et contient son lot de rebondissements qu’il est vraiment prenant de découvrir. Un roman jeunesse à partager avec les jeunes amateurs de romans policiers – ou pour leur faire découvrir le genre.

La tente d’en face de Pascal Ruter

Merci à Netgalley et aux édition Didier Jeunesse pour ce partenariat.

Présentation de l’éditeur :

Cet été, au camping d’Arcachon, deux tentes se font face…
D’un côté, celle de Titus, toute tordue et mal montée. Il faut dire que son père, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Johnny Depp, n’est pas très bricoleur !
De l’autre, la tente de Bérénice, toujours impeccable et rangée.
Une rencontre qui va faire des étincelles !

Mon avis : 

Après Joséphine et Napoléon dans Barracuda for ever, ce sont Titus et Bérénice qui sont les héros de La tente d’en face.
Nous voici face à une histoire de départ en vacances -au camping, thème très prisé dans les émissions de télé-réalité ou même de série télévisée. Si ce n’est que là, nous sommes dans un camping standard, presque intemporel, que les parents des jeunes lecteurs et les jeunes lecteurs eux-mêmes peuvent connaître. Un camping non loin de la mer, où les personnes peuvent aussi s’entraider – y compris quand un nouvel arrivant ne sait pas très bien monter sa tente.
Les parents de Titus et Bérénice sont aussi très différents, l’une des familles est imprévisible, fantaisiste, l’autre prévoit tout dans les moindres détails – vous avez dit psycho-rigide ? Les deux enfants vont pourtant réinventer leurs vacances, sous le signe de la fantaisie et de l’invention, à ne pas confondre avec la duperie. Il est à signaler que les vacances ne se passent pas sous le signe des nouvelles technologies, preuve qu’il est tout à fait possible de s’amuser autrement.
Un joli roman à partager en famille.

Voyage en France buissonnière de Louis Meunier

Mon avis :

Lire un livre qui comporte la présence de deux chevaux pour quelqu’un qui a la phobie des chevaux (à l’exception de la regrettée Urgence de Longuemare, bien sûr) est pour moi une gageure (plus simple tout de même que de monter à nouveau à cheval).
Au côté de Louis, Sybille, Unik et Où-vas-tu puis Lars, le lecteur parcourt la France de Paris à Marseille, presque la France des chemins noirs, la France que l’on ne nous montre pas. Cependant, cette France des chemins de traverse n’est pas coupée du monde, et les deux cavaliers vont côtoyer la belle et franche diversité de la modernité – ou comment à quel distance faut-il se trouver de Paris pour être enfin loin des autoroutes et autres ronds points.
Le livre est composé d’un prologue et de six parties, comme autant d’étapes du voyage. La langue utilisée est rare,hors du temps, utilisant de manière naturelle des mots trop souvent inusitées (alacrité, pastoralisme). Au gré de leur pérégrination, des rencontres se font, la plupart d’entre elles sont liées à leur mode de déplacement et d’hébergement. Ce ne sont pas nécessairement des personnes qui ont un projet différent, il en est aussi qui vivent de l’élevage intensif et ne voient pas comment il leur serait possible de faire autrement.
Vouloir voir la France autrement ne signifie pas renoncer à toute technologie, ni être toujours foncièrement optimiste. Cependant, il est toujours intéressant de voir qu’il est des personnes, en France, qui ont de véritables projets, et qui n’ont pas attendu que d’autre agissent à leur place.
Merci à Babelio et aux éditions Keno pour ce partenariat.

 

Heu-reux de Christian Voltz

Présentation de l’éditeur :

Aujourd’hui est un grand jour : sa majesté Grobull, le tout-puissant taureau, marie son fils Jean Georges. Les vaches prétendantes se bousculent au portillon, mais aucune n’obtient les faveurs du prince…

Mon avis : 

Laissez-moi vous présenter Grosbull, le roi taureau un peu tyran. Il a une obsession, non pas marier son fils, mais obtenir que son fils soit heu-reux. C’EST UN ORDRE ! Grosbull s’exprime souvent ainsi, avec un ton très très proche du hurlement perpétuel. Grâce à son dévoué ministre, il a réuni les plus belles vaches du royaume, et son fils est sommé de choisir.
Aucune ne lui plaît.
Défile alors les truies, les juments, et même les chèvres, conjointes ô combien redoutées par Grosbull. C’est dire à quel point il est prêt à tout pour que son fils trouve le bonheur.
Bien sûr, les adultes vont comprendre assez vite pourquoi Jean-Georges ne choisit aucune vache. Certains refermeront peut-être même l’album très vite, parce que ce n’est pas une histoire d’amour qu’ils veulent que leur enfant découvre. Si ce n’est que Grosbull tient vraiment sa promesse, son fils sera HEU-REUX ! et non pas rejeté comme ce serait malheureusement trop souvent le cas dans la réalité.
Si vous ouvrez cet album, vous découvrirez également tout l’art de Christian Voltz, avec un dispositif visuel que j’ai rarement vu pour des livres jeunesse. La créativité, c’est important, dans tous les domaines.

Je terminerai par cette citation :
JE T’ORDONNE D’ÊTRE HEU-REUX !!
Alors, choisis qui tu veux… Qu’on en finisse, avant que je devienne chèvre !

Plumes et écailles – 4

Ne me parlez plus jamais des les championnats du monde d’acrobatie dragonne, jamais ! Je me suis ennuyée à un point qui était difficilement envisageable. Ce n’était plus des jeux, c’était presque une déclaration de guerre tant chaque équipe poussait l’art de la voltige et de l’acrobatie à la perfection. Pas d’accrochage, de dérapage, des synchronisation parfaite. Les juges ont été très occupés à déterminer qui étaient premier, deuxième, troisième, etc… tant les dragons poussaient leur art à la perfection. Ils ont utilisé la vidéo pour être certains. Ils ont été tellement longs que je me suis dit qu’ils regardaient les vidéos uniquement pour leur plaisir personnel.

Bien sûr, sous la direction de Roissy, notre chef kiné, j’ai massé quelques dragons. Sauf qu’il ne me fait vraiment pas confiance !
– Axelle, tu as plus d’incidents en un mois que je n’en ai eu dans toute ma carrière. J’exerce depuis vingt ans.
Je me suis bien gardée de lui dire qu’il devait avoir du sang de dragon dans les veines puisque je l’ai déjà vu cracher du feu voici quatre mois. Il prétend que j’ai eu une hallucination.
– Axelle, les hallucinations, c’était le prix à payer pour ton troisième incident conséquent de l’année ! Je te rappelle que tu en es désormais à ton quatrième. Un conseil : reste très loin de l’épreuve d’atterrissage.

N’importe quoi !
Bien sûr, après avoir préparé les dragons, je me suis installée à proximité de la roseraie des Saint-Georges. Qu’est-ce que vous voulez qui m’arrive ?

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Si quelqu’un veut me raconter ce qui m’est arrivé, je suis preneuse. Monsieur de Saint-George vient demain. Pour la cérémonie officielle de baptême de l’infirmerie. Elle se nommera « Alexandrielle Beaucaire ». Mon nom complet. Il tient à ce que cela soit fait de mon vivant. Je n’aurai pas aussi mal, je crois que je rirai.