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Une brève histoire du tracteur en Ukraine de Marina Lewycka

Présentation de l’éditeur : 

Quand leur père Nikolaï, veuf depuis peu, leur annonce qu’il compte se remarier avec Valentina, Vera et Nadezhda comprennent qu’il va leur falloir oublier leurs vieilles rivalités pour voler à son secours. Car Valentina a cinquante ans de moins que lui, des ogives nucléaires en guise de poitrine, et un certain penchant pour les plats surgelés! Mais surtout, elle est prête à tout pour assouvir sa quête du luxe à l’occidentale. Tandis que Nikolaï poursuit tant bien que mal son chef-d’oeuvre – une grande histoire du tracteur et de son rôle dans le progrès de l’humanité – les deux soeurs passent à l’action. Commence alors une bataille épique pour déloger l’intruse aux dessous de satin vert, sur fond de secrets de famille.

Mon avis :

Un homme, d’origine ukrainienne, veuf, octogénaire, se remarie avec une très belle immigrée ukrainienne qui va faire de sa vie un enfer. Ses deux filles vont essayer de le dépatouiller de ce mariage qu’il a choisi pour de mauvaises raisons. Dit ainsi, cela ressemble à un vaudeville, si ce n’est que l’entente n’est pas au beau fixe entre les deux soeurs depuis la mort de leur mère et le partage de son héritage. L’une des soeurs (la plus jeune) a une fille, l’aînée en a deux, et ceci explique cela – même si les cousines s’entendent très bien !

Nikolaï a beau être maltraité par Valentina, et pas qu’un peu, le ton n’est pourtant pas tragique puisqu’il accepte de cette femme, de son fils, des choses qu’il n’aurait pas accepté, et n’a pas accepté du tout d’ailleurs, de sa première femme et de leurs filles.

Puis, le roman se fait poignant quand nous découvrons la jeunesse de cette homme, ce que lui, sa première femme et sa fille aînée ont vécu en Ukraine, ce que la cadette, née après, n’a pas connu. Il se dessine alors une autre histoire, entre l’Ukraine du passé, et l’Ukraine contemporaine, qui n’est pas vraiment une terre joyeuse et tranquille. Et l’on peut se demander aussi quelle vision nous donnons de l’Europe, puisque Valentina ne voit le bonheur que dans la (sur)consommation et la facilité. J’ai vraiment du mal à ressentir ne serait-ce qu’un peu de compassion pour elle : elle n’a pas réellement été dupée, elle profite de tous les avantages de sa situation, n’est pas à un mensonge ou un mépris près. Oui, elle a vécu des événements durs, elle souhaite le meilleur pour son fils mais elle ne sait pas profiter de ce qu’elle possède – puisque posséder est la seule chose qui l’intéresse.

Quant à Vera et Nadezhda, elles feront la paix, d’une certaine façon. Et Nadezhda comprendra la signification de son prénom, et la chance que cette « enfant de la paix » a eu.

Matinées au café Rostand d’Ismael Kadare

Présentation de l’éditeur :

Dans ce recueil de textes inédits, Ismail Kadaré, qui partage désormais son temps entre l’Albanie et la France, commence par décrire sa première arrivée à Paris, au début des années 1970, alors qu’il est encore recouvert des miasmes du régime qui l’a laissé sortir quelques jours.
La Ville lumière lui apparaît alors comme dans un songe. Cette « liaison », selon ses propres mots, va durer quatre décennies et perdure. Ce furent d’abord vingt années pendant lesquelles il vécut sous la chape communiste, puis vingt autres qu’il qualifie d’intemporelles. Années où l’écrivain, tous les matins, et encore aujourd’hui, a posé ses notes et son stylo sur une table du café Rostand, face au jardin du Luxembourg, puisant dans ce rituel le moyen d’évoquer tour à tour Tirana, Moscou, l’Académie française, Macbeth, le prix Nobel, mais aussi ses compagnons de jeunesse dans une Albanie muselée et les figures littéraires qui surgissent au gré de ses promenades dans Paris.
Refuge de l’écrivain et, pour lui, lieu d’inspiration, le café, véritable fil conducteur de ces courtsrécits, lui permet de livrer ici le ferment d’une vie d’écriture.

Merci à Netgalley et aux éditions Fayard pour ce partenariat.

Mon avis :

Ismael Kadare a 80 ans, et bien que je connaisse cet auteur de nom, bien que j’ai croisé à de nombreuses reprises ses livres, dans des librairies, à la bibliothèque, c’est la première fois que je lis une de ses oeuvres, la toute dernière en date, parue le 18 janvier. Ce qui m’a attiré en premier lieu, il faut bien le dire, est la couverture, que j’ai trouvée sobre et évocatrice à la fois.
Je le dis tout de suite : ces récits n’étaient pas forcément la meilleure manière d’aborder l’oeuvre de cet auteur. Ce sont des chroniques, certaines très longues, d’autres très courtes, parfois répétitives. Le café m’avait semblé, au tout début, être le fil conducteur du roman, qu’il s’agisse du café pris au café Rostand, près du Luxembourg (note : je passe devant chaque fois que je vais au Luxembourg), entre auteurs, certains travaillant ou corrigeant leur manuscrit dans ce lieu. Ce n’est pas qu’un café, c’est aussi l’occasion, pour Kadare, de parler de son tout premier séjour à Paris, et de parler de ce qui est le vrai sujet de ces récits : l’Albanie.
Ici, en France, ou ailleurs, en Italie, en Russie, dans le passé proche, dans le présent, dans le futur, et même dans les temps ancien, l’Albanie est omniprésente. Indépendante, sous le jouge turc, sous domination communiste, ou royauté, l’Albanie nous est montrée sous toutes ses facettes. L’Albanie, et le sort qu’elle réserve à ses écrivains, dont Kadare ne semble pas le représentant, mais le survivant, là où tant d’autres ont dû renoncer à écrire – génération sacrifiée, même pour ceux qui ont connu une reconnaissance internationale. Kadare parle aussi des « jeunes pousses », la jeune génération d’écrivain, encore peu connue. Quelle sera leur avenir ? Difficile encore à dire ou à écrire.
Matinées au café Rostand est un livre davantage destiné à ceux qui apprécient déjà l’oeuvre de l’auteur plutôt qu’à ceux qui la découvrent.

Quitter Zell de Wolf Hass

Mon résumé :

Alois, en mettant en route les télésièges, a la très mauvaise surprise de trouver deux cadavres. Qui a commis le crime ? Six mois plus tard, l’enquête n’a pas avancée. Brenner, ancien policier, nouveau détective, est pourtant sûr qu’il parviendra à jeter toute la lumière sur cette affaire.

Mon avis :

Amateur de romans policiers traditionnels, passez votre chemin. En revanche, si vous aimez découvrir des auteurs, des enquêteurs, qui sortent des sentiers battus, n’hésitez pas, Wolf Haas et Brenner sont faits pour vous !
Brenner est un ancien policier, qui n’apprécie pas nécessairement son ancien supérieur qui apparaît de temps en temps pour faire avancer l’enquête. Dame : elle dure depuis six mois, cette enquête, et l’on ne sait toujours pas qui a tué ses deux riches américains octogénaires, beaux-parents d’une riche figure locale.
Ce n’est pas que rien n’est simple, c’est que les figures hors-normes ne manquent pas dans ce coin perdu de l’Autriche. Certaines sont attachantes, comme , qui s’est totalement identifiée aux jeunes femmes sacrifiées pour la prospérité des industries américaines, ou Alois, capitaine des pompiers qui a découvert les corps, et qui, dans l’exercice de ses fonctions, a droit à une des plus belles pages du roman.
Si le dénouement du roman laisse un goût amer, si, et ce n’est pas si rare, j’ai trouvé que le coupable était une victime à part entière, l’Autriche ne sort pas grandi de ce roman. Depuis Elfriede Jelinek, les lecteurs savent que les campagnes paisibles autrichiennes ne sont pas celles que l’on veut bien nous montrer. Ce roman nous le prouve.
Une très belle découverte.

L’énigme de Saint-Olav

Présentation de l’éditeur :

Tallinn, 1409.
Sur les hauteurs de la ville, les chevaliers teutoniques incarnent une aristocratie en fin de règne, tandis que la ville basse de Tallinn brasse une population métissée et contrastée. On y croise orfèvres, compagnons maîtres chanteurs, marchands de l’ordre des Têtes-Noires et chefs de guildes, dans l’activité bouillonnante du port de commerce de la Hanse. Un haut responsable de l’ordre des chevaliers est retrouvé décapité à la porte du monastère, une épée ensanglantée abandonnée à la hâte sur le chemin de la ville basse. Le bailli fait appel à son fidèle ami Melchior, l’apothicaire, réputé pour son ingéniosité.

Mon avis :

Fans de policiers historiques, vous serez ravis de découvrir à la fois un pays peu connu (l’Estonie)et un tout nouveau héros, au nom de roi-mage, Melchior l’apothicaire. Il n’est pas enquêteur, comme sa profession l’indique. Il est un esprit éclairé, auquel les enquêteurs font appel : l’erreur est humaine, il est bon de tout faire, même à cette époque, pour s’en prémunir.

Les temps sont rudes, les guerres sont encore bien présentes à l’esprit, de même que l’assaut de pirates et autres brigands. Pas de quartier pour eux, pas de quartier non plus quand ils sont capturés et condamnés. Mais ces violences n’étaient pas parvenus jusqu’à Tallinn (pas encore devrai-je dire, puisque l’auteur introduit, à la fin du roman, une anticipation qui nous renseigne à la fois sur le destin de la ville et sur celui de Melchior et son épouse), aussi il convient de trouver l’identité du coupable et de mettre fin à ce qui devient une série de meurtres. Ce n’est pas si facile, même si tout le monde ou presque se connaît dans la ville – justement. On fait attention aux inconnus, rares, on se méfie moins de quelqu’un qui, justement, est tout à fait à sa place.

Le roman se teinte de fantastique à cause de la malédiction dont Melchior et sa famille sont victimes. J’ai dit « fantastique », parce que c’est ainsi que l’on dirait si l’action était contemporaine. Pour Melchior il s’agit plutôt d’une malédiction divine. Vivre sans croire était impossible au XVe siècle. Pour ma part, j’ai du mal à croire en un Dieu aussi vindicatif.

L’énigme de Saint-Olav est un roman policier intéressant, pour qui aime le moyen-âge, l’importance de la religion dans la vie quotidienne, et les intrigues qui prennent le temps de se développer.

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Mort d’une prima donna slovène de Brian Svit

Mon résumé :

Lea Kraji est pressenti pour devenir la slovène de l’année. Un jeune journaliste français homosexuel répond à une interview au sujet de la talentueuse prima donna décédée.

Mon avis :

Deuxième lecture d’un roman de cette auteur, et deuxième échec. J’ai lu ce roman de bout en bout et je suis restée totalement extérieur à ce roman. Sans doute était-ce le but de l’auteur, puisqu’elle a choisi un narrateur  extérieur à la vie de la prima donna qui donne son nom au titre du roman. Ce narrateur se montre extrêmement passif. Il le dit lui-même : il aurait dû agir, n’a pas agi et se sent responsable de la mort de la diva, à laquelle, en bon personnage extérieur à l’action principale, il n’a pas assisté.

Bien sûr… mais pourquoi bien sûr ? Parce que j’ai déjà eu l’impression de lire cette histoire ? Oui, oui, je n’ai rien vu de nouveau sous le soleil littéraire dans cette histoire de mère destructrice, qui rabaisse sa fille au rang de gamine indisciplinée, fille qui se plie aux exigences de sa mère, à ses désirs au point d’y laisser la vie.

Sauf que c’est ce que l’on peut en déduire du récit. La prima donna a d’un côté fuit sa mère, accomplit son rêve qui n’était pas celui de sa mère, et vit très mal les rebuffades de sa mère. Oui, les deux facettes de cette personnalité peuvent être compatibles mais il aurait fallu que ce récit soit approfondi. Le lecteur en sait assez peu, finalement, sur les quinze années qui ont précédé le triomphe sur scène de Lea, qui savait si bien mourir sur scène. Il y a l’analyse du narrateur sur leurs relations, analyse assez artificielle puisqu’il n’a cotoyé madame Ingrid que peu de fois. Lui-même avait trop à faire avec ses relations amoureuses qui occupe quasiment les deux tiers du récit. J’ai même failli refermer le livre après une tirade dans laquelle il annonçait son dégoût pour Le petit Prince ! Oui, tous les goûts sont dans la nature. C’est bien pour cette raison que je n’ai pas aimé ce livre.

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Une nuit à Reykjavik de Brita Svit

9782070134649Présentation de l’éditeur :

Lisbeth Sorel est cadre supérieur pour une grande compagnie aérienne. A Buenos Aires, elle rencontre Eduardo Ros, danseur de tango et gigolo. Leur rencontre les amène à se dévoiler et à remettre en question leur vision de la vie.

Mon avis :

Après la lecture de ce livre, je crois que je peux encore une fois revendiquer mon insensibilité. Je n’ai pas été touchée, encore moins émue par l’héroïne, rien.

L’une des raisons est simple : le maniérisme de l’écriture. J’ai eu beaucoup de mal à supporter les descriptions. D’abord, la description que Lisbeth fait de son propre corps – forcément parfait – puis de ses vêtements, ou encore de ses différents partenaires. J’ai eu l’impression que chaque élément était censé composer non une partie du portrait physique, mais du portrait psychologique des personnages. Plus facile, sans doute, que de permettre aux lecteurs de connaître les personnages par leurs actes. J’ajoute que j’en ai aussi eu assez très vite que Lisbeth rappelle qu’elle a « les cuisses nues ». Oui, tu n’as pas mis de collants, ni de bas, et alors ? Quelle audace quand l’on se trouve dans une chambre d’hôtel. De même, son insistance à juger les hommes sur leur bouche et la manière dont ils enfournent la nourriture (bâillements). Si cela l’amuse, moi pas vraiment.

Il faut dire que Lisbeth est riche. Célibataire, ayant deux amants, elle peut aller en Argentine quand elle veut suivre des cours de tango et proposer à son futur amant de passer une nuit avec lui en Islande pour 5 000 €. Elle et sa soeur ont perdu leurs parents très jeunes, elle a dû s’occuper de sa soeur, gérer les crises d’angoisse et les troubles alimentaires de cette dernière. Ainsi passa la vie, jusqu’à ce que sa soeur découvre qu’elle est atteinte d’un cancer. Et je n’ai toujours pas ressenti d’émotion, sans doute aussi à cause des techniques narratives employées. Le récit lui-même dure une nuit (et 167 pages) au cours de laquelle seuls des faits très banals sont racontés tandis que le passé de Lisbeth et Lucie est inséré dans cette trame, au cours de très brefs retours en arrière (quatre à six pages à chaque fois). Le désordre apparent provient du fait que c’est Lisbeth qui choisit de se souvenir – ou pas. Cette manière de tenir le lecteur en haleine a plutôt échoué avec moi. Et si la douleur de Lisbeth est bien là, j’ai l’impression que ni elle ni sa soeur n’ont réellement vécu, plutôt qu’elles ont regardé la vie passer.

Je suis certaine que l’auteur a ses fans… je n’en fais pas partie, mais j’essaierai de lire un autre de ses livres.

 

La vie dans une boite d’allumettes de Fatos Kongoli

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Editions Payot-Rivages – 217 pages.

Présentation de l’éditeur :

Juillet 2004 : un homme vient de se séparer de sa petite amie, animatrice d’une émission télévisée très en vue, après deux ans de vie commune. Psychologiquement fragile, il tue involontairement une jeune tzigane avec qui il comptait coucher. Pendant quinze jours cet homme va errer, zigzaguer et chercher comment assumer son acte dans un monde chaotique et corrompu

Mon avis :

Cela m’ennuie de vous ennuyer, mais je me suis fortement ennuyé à la lecture de ce roman. Je crois que je renonce pour un certain temps à la littérature albanaise.

Comme Dragon d’ivoire, La vie dans une boite d’allumettes nous montre l’avant-après de l’Albanie – avec un héros un peu plus jeune, qui a connu l’ouverture au monde à la fin de son adolescence. Ayant commis un meurtre pour lequel il n’éprouve aucun remords, puisqu’il ne s’agit pas à ses yeux d’un meurtre mais d’un ridicule accident dont la jeune tzigane est responsable, il n’est absolument pas sympathique à mes yeux. Avoir grandi « dans une boite d’allumettes » dans un pays coupé du monde ne justifie pas tout. Qu’il paraisse sombrer peu à peu dans la folie non plus, lui qui s’adresse à Veronika, la célèbre présentatrice qui l’a quitté ou apostrophe son lecteur/auditeur qui ne lui en demandait pas tant et n’a plus trop envie de l’écouter.

Comme Dragon d’ivoire, la narration alterne présent et passé. De même, nous passons d’un narrateur à un autre, d’un point de vue à un autre sans beaucoup de fluidité, avec parfois, l’impression de redite. La lecture fut hautement laborieuse, et pourtant, j’avais commencé ce livre avec beaucoup de bonne volonté (elle m’avait quitté au deux tiers du livre).

Un avis que je me dépêche d’écrire, avant de tout oublier sur ce livre.

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