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La ville sans vent d’Éléonore Devillepoix

édition Hachette – 448 pages.

Présentation de l’éditeur :

A dix-neuf ans, Lastyanax termine sa formation de mage et s’attend à devoir gravir un à un les échelons du pouvoir, quand le mystérieux meurtre de son mentor le propulse au plus haut niveau d’Hyperborée.
Son chemin, semé d’embûches politiques, va croiser celui d ‘Arka, une jeune guerrière à peine arrivée en ville et dotée d’un certain talent pour se sortir de situations périlleuses. Ça tombe bien, elle a tendance à les déclencher…
Lui recherche l’assassin de son maître, elle le père qu’elle n’a jamais connu.
Lui a un avenir. Elle un passé.
Pour déjouer les complots qui menacent la ville sans vent, ils vont devoir s’apprivoiser.

Merci aux éditions Hachette et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

J’ai vraiment été curieuse de découvrir ce roman de fantasy dont beaucoup parlent, ce qui est suffisamment rare pour être signalé : la fantasy française est très (trop) souvent la grande laissée pour compte de la littérature.
Tout d’abord, nous sommes dans un univers très particulier, et très bien construit. Le revers de la médaille est que la mise en place de l’intrigue est un peu longue, parfois répétitive, tant l’univers dans lequel les personnages évoluent est riche. Il est aussi sans pitié, pour ceux qui sont tout en bas de l’échelle – dans le sens propre du terme.

Nous avons deux personnages principaux, et c’est à travers leurs yeux que nous voyons les événements. Ils ne sont pas redondants, mais complémentaires : chacun des deux a un parcours particulier, et, parfois, surtout dans le cas d’Arka, des faits qu’il n’a pas envie de partager avec autrui (note : j’ai beaucoup aimé le personnage de Nabot). Arka est en effet une amazone, les ennemis juré d’Hyperborée, celles dont on a juré vengeance. Elle est venue ici pour développer sa magie, mais aussi pour retrouver son père, dont elle ne sait quasiment rien, si ce n’est qu’il était originaire d’Hyperborée, ce qui ne l’a pas empêché d’avoir une relation avec une amazone.

C’est à une quête que nous assistons – des quêtes, devrai-je dire, entre pouvoir, recherche de ses origines, réconciliation avec ses origines, et malédiction ancestrale. Une intrigue riche, donc, avec une gravité peu fréquente dans les romans dit « jeunesse » – comme si un roman fantasy se devait d’être féérique. Même si nous sommes dans une ville sans vent, une ville qui semble préservée, ceux qui vivent en haut ignore souvent ceux qui vivent en bas et essaient de se hisser, dans la crainte de ne pas y parvenir. L’ascension sociale n’est pas une métaphore à Hyperborée. Et, quant à la place des femmes dans cette société, elle n’est pas si différente de ce qu’elle était dans la nôtre voici quelques décennies : à rappeler, à méditer, en se souvenant que ce n’est qu’en osant, en transgressant que l’on fait bouger les choses.

Un personnage m’a intrigué, étonné, il est le troisième narrateur de cette histoire, l’un des seuls qui sait où il veut en venir, il en sait plus qu’Arka et Lastyanax, et c’est avec lui que j’ai envie d’entrer das le tome 2.

Les tribulations d’Esther Parmentier de Maëlle Desard

Présentation de l’éditeur :

Esther Parmentier, 19 ans, sorcière non répertoriée, est embauchée pour un premier stage dans une agence très spéciale… Délires assurés !
Esther Parmentier a quitté sa Bretagne natale pour un stage à Strasbourg dans une société informatique quand elle est repérée par l’Agence de Contrôle et de Détection des Créatures Surnaturelles. Car Esther est une sorcière. À peine remise de cette découverte, et des tests visant à déterminer ses capacités, Esther apprend qu’elle n’a pas plus de pouvoirs qu’une allumette mouillée. Sa note sur l’échelle des pouvoirs est historiquement basse : 2 sur 82. Mais Esther est dotée d’un caractère de cochon, de solides capacités de déduction et est capable de résister aux pouvoirs de séduction des Créatures. Malgré son faible score, l’Agence décide donc de l’embaucher comme stagiaire.

Préambule :

Les règles que je respecte quand j’écris un avis :
– dire toujours ce que je pense ;
– ne pas chercher à modifier un livre : il est à prendre tel que l’auteur ou l’autrice l’a voulu.

Merci aux éditions Rageot et à Netgalley pour leur confiance.

Mon avis :

« C’est l’histoire d’une sorcière, d’une banshee, d’un djinn et d’une goule qui partent en Bretagne dans une voiture pétaradante pilotée par un fantôme. » chapitre 35.
Je trouve que cette phrase donne le ton, et résume assez bien l’histoire qui nous est racontée, histoire que j’aurai aimé lire quand j’étais ado. Ce n’est pas grave, j’ai aimé la lire, adulte, et il est probable que, comme Alana et l’enfant vampire de Cordélia ou Wicca – Le manoir des Sorcelage par Marie Alhinho c’est un livre que je relirai avec plaisir. Je ne vais pas me lancer dans une étude comparative entre ces trois oeuvres récentes, je vais me replonger tout de suite dans les tribulations d’Esther Parmentier.

Esther n’est pas parfaite, loin de là : elle a un poids indéterminé, un goût vestimentaire inclassable, et une chevelure indomptable. Elle effectue un stage de comptabilité qui la motive autant qu’il m’aurait motivée (c’est à dire, pas du tout). Seulement, comme pour beaucoup d’héroïnes, son destin change : par le biais d’un incident magique et d’une rencontre qui ne l’est pas moins, elle découvre ses pouvoirs de sorcière, ou, pour mieux dire, elle découvre qu’elle en a vraiment très peu. Qu’à cela ne tienne : elle a décroché un record historique, et surtout, elle est capable de résister aux pouvoirs de séduction des Créatures. J’ai presque envie de dire « les pauvres, ils n’ont pas l’habitude ».

Voici donc Esther, personnage principal et narratrice, qui découvre un univers très différent de ce qu’elle connaissait. Oui, les créatures surnaturelles sont parmi nous et si, comme tout le monde ai-je envie de dire, Esther sait distinguer un vampire d’un loup-garou, si elle apprécie très rapidement Mozzie, le fantôme qui fait partie de leur équipe et regrette que Marine, leur banshee, ne reçoive pas davantage de considération, elle approfondit ses connaissances sur leur manière de vivre, de s’intégrer à la société, et aussi de perpétuer leurs espèces : on ne devient pas un vampire comme cela. J’ai aimé justement, la présence de toutes ses créatures surnaturelles, sans qu’elles aient été hiérarchisées. Ah, bien sûr, elles ne s’entendent pas vraiment entre elles, pour cause de conflits conséquents survenus dans le passé. Non, Esther ne fera pas de gaffes, son tuteur s’en charge pour elle. Esther porte un regard assez étonnant sur lui (Loan pour les intimes et pour les autres aussi). Oui, elle a flashé sur lui, parce qu’il est l’archétype du vampire beau et ténébreux. Par contre, elle est assez circonspecte sur sa manière de se vêtir, tel un Neo qui aurait oublié que le temps avait passé. Oui, le roman est bourré de références qui m’ont fait sourire, autant que la capacité de Loan à…. composer des plans foireux ? Oui. Si Esther est une sorcière de niveau 2 sur 82, Loan ne doit pas être loin de ce score en tant que tuteur.

J’ai vraiment pris plaisir à lire les aventures d’Esther, à suivre cette intrigue au rythme soutenu, j’ai aimé aussi m’attacher à certains personnages comme Mozzie. J’ai aimé l’auto-dérision dont Esther est capable : « J’avais déjà été moche dans ma vie – mais à ce niveau ? Non. De l’art mes amis. Du GRAND art« . Il n’est pas question, comme il peut l’être dans des romans (jeunesse, fantasy, ou pas) de la relooker, de lui faire suivre un régime. Par contre, la pratique intensive du sport, elle n’y coupera pas – mais ce n’est pas du tout dans le but de changer de silhouette !

C’est à regret que j’ai terminé les aventures d’Esther, sorcière stagiaire. J’aimerai bien la retrouver pour de nouvelles aventures.

Graines de danseurs – Tome 1 – Une battle explosive par Ludivine Irolla

Toffee et moi de Sarah Crossan

Présentation de l’éditeur :

Allison s’est enfuie de chez elle. Elle n’a nulle part où aller. Un peu par hasard, elle trouve refuge chez Marla, une femme qui pense la reconnaître et qui pourtant l’appelle « Toffee » . Allison cherche à oublier, Marla veut se souvenir. Alors, le temps de trouver un nouveau toit, de guérir de ses blessures, la jeune femme accepte d’être Toffee. Et en dépit du mensonge, une amitié tendre et fragile naît entre les deux femmes.
Peu à peu, la chaleur d’un foyer, d’une famille choisie, renaît.

Merci à Netgalley et aux éditions Rageot pour leur confiance.

Mon avis :

Lire ce roman, c’est tout d’abord retrouver la prose troublante de Sarah Crossan – prose, poème, la frontière est mince pour qualifier cette oeuvre. La délicatesse de l’écriture ne peut pas faire oublier la dureté des sujets abordés. Toffee et moi est un roman féminin, et nous suivons Allison, dans sa fuite pour survivre. Elle cherche, d’abord, sa belle-mère qui elle aussi a fui. Ce qui m’a questionnée est surtout comment Kelly-Ann a pu tenir aussi longtemps – pour Allison ? Mais Kelly-Ann n’est pas là, plus là, Allison doit donc se débrouiller – survivre, à nouveau.

Elle rencontre Marla, Marla qui vit quasiment seule, entre aide-ménagère qui vient mais ne comble pas la solitude, et fils qui passe, parfois. Marla perd la tête, comme on dit familièrement, Marla souffre de démence sénile, comme on dit techniquement. Marla oublie, et pourtant, Marla se souvient, parfois, elle se souvient de Mary, sa fille, elle se souvient de Toffee, et pourtant, Marla n’a pas vu, n’a pas échangé avec Toffee depuis longtemps. Mais pour elle, aujourd’hui, Toffee est là, et Allison accepte d’être Toffee – contre un toit, un peu de chaleur, un peu d’amitié aussi.

Le récit se passe au bord de la mer, un lieu dont on ne peut s’échapper, parce que l’on est au bout de tout, mais un lieu aussi, dont on part traditionnellement – par la mer.

Même si le récit est servi par une très belle écriture, il devient très dur à lire au fur et à mesure que nous découvrons l’ampleur du calvaire d’Allison, le cheminement aussi qu’elle a suivi pour comprendre qu’elle n’était pas responsable de ce qu’elle subissait. Les mécanismes mis en oeuvre par le parent-bourreau pour culpabiliser l’enfant, ainsi que les mécanismes que met au point l’enfant pour le protéger vis à vis de l’extérieur sont très bien montrés, par petites touches. Oui, les services sociaux peuvent passer à côté, les pires violences ne sont pas toujours visibles, et quand elles le sont, les enfants peuvent être suffisamment grands pour savoir comment les dissimuler.

L’espoir est-il au bout du chemin ? Peut-être. La volonté de s’en sortir pleinement, oui, de dire enfin. Pas toujours facile.

Sherlock, lupin et moi, tome 8 : le secret de l’oeil d’Horus

édition Albin Michel Jeunesse – 246 pages
Présentation de l’éditeur :
Londres, Noël 1871. Alors que l’humeur est à la fête, un sinistre événement vient secouer la ville : le directeur du British Museum a été assassiné, et dans des conditions très étranges. Seul indice : un symbole d’Horus, laissé comme un message… Irène, Sherlock et Arsène s’emparent aussitôt de l’affaire. Cette enquête périlleuse les mène sur les traces d’une expédition en Égypte vieille de vingt ans ! Les fantômes du passé ressurgissent pour dévoiler leurs secrets…
Mon avis :
Il est agréable de retrouver de vieux amis. Il est agréable de se replonger dans la lecture d’un roman de littérature jeunesse qui ne prend pas ses jeunes lecteurs pour des idiots (non, ne suivez pas mon regard, mais j’ai des titres en tête), et qui offre une bonne intrigue policière.
Cependant, plus les tomes passent, plus je sens venir le moment où le chemin des trois héros se séparera, où l’amitié cèdera la place à autre chose – à moins de récrire l’histoire complètement, ce qui me paraît peu crédible au vue des commentaires d’Irene adulte.
En lisant ce livre, j’ai davantage pensé à Agatha Christie qu’à Sherlock Holmes ou Lupin. Il faut dire que nous partons en Egypte, et non en Inde – même si certaines péripéties de l’intrigue m’ont rappelé, habilement, une des enquêtes d’Holmes.
Oui, beaucoup de rappel, mais, je tiens à le répéter, rien de désagréable, et pas de nécessité, pour le jeune lecteur qui aurait ce livre entre les mains, de connaître les oeuvres de Conan Doyle ou de Maurice Leblanc pour apprécier ce livre. Lupin, d’ailleurs, ne veut pas se ranger, se lancer dans un emploi qui ferait de lui un homme qu’il n’est pas appelé à devenir. Quant à Holmes, il se voit obligé de demander l’aide de Mycroft, ce grand frère si particulier.
Il faut dire que l’enquête les plonge dans le passé, vingt ans plus tôt, lors d’une mission dont les conséquences ont explosé dans le présent, en cette veille de fête de Noël. Pourquoi autant de temps après ? Tout vient à point à qui sait attendre – et il est au moins une personne qui attendait, angoissée, les conséquences de ce qu’elle avait fait, ou laisser faire, ce qui revient parfois au même.
Pour ma part, j’attendrai patiemment la suite de la série.

Théo, super-héros de la nature (T.2) Sauvons les poules !

éditions Scrinéo – 150 pages.

Présentation de l’éditeur :

Il arrive à Théo, 10 ans, quelque chose d’incroyable ! Après avoir été choisi par les petits animaux de son jardin pour sauver les insectes, voilà qu’une poule débarque chez lui ! Et quand le petit garçon apprend qu’elle s’est enfuie d’un élevage intensif, il décide de l’adopter et de sauver les autres poules…

Mais comment s’y prendre ?

Merci à Netgalley et aux éditions Scrinéo pour leur confiance.

Préambule ; j’écris ces lignes le 1er mai, en plein confinement, et mon article paraît le 11 juin, jour de la sortie du livre. Je ne changerai rien de ce que j’écris ce jour, et il est hors de question que je renonce à lire, ou à écrire, sous prétexte de confinement. Je viens de lire quelqu’un qui disait que « cela ne se faisait pas ». Chacun vit ou a vécu (j’espère vraiment qu’au moment de la parution, ce sera terminé) son confinement comme il l’a pu.

Mon avis :

Protéger la nature, ce n’est pas facile, mais si l’on s’y met tous, on pourra peut-être changer les choses. L’objectif est de commencer tôt, de sensibiliser les enfants, s’ils ne l’ont pas déjà été par plus grands qu’eux (parents, grands-parents, enseignants). Je me dis aussi que pour offrir ou faire lire ce livre à un enfant, il faut soi-même être sensibilité à la cause des animaux, de tous les animaux, et avoir envie de faire évoluer le regard.

Théo est, et c’est bien normal, à nouveau le personnage central de ce second tome. S’il garde le contact avec les insectes, il a découvert cette fameuse poule rousse échappée d’un élevage. Elle n’est pas jolie, mais alors là pas du tout : sale, déplumée, elle n’a rien pour plaire. Et oui : ce sont les animaux « mignons » que l’on pense à sauver en premier : koala, panda…. On ne s’intéresse pas aux poules ! Ah si, pardon, on nous montre de belles publicités à la télévision, dans lesquelles on nous assure que les poules gambadent en plein air, qu’elles sont heureuses, bien soignées. On ne nous montre pas les élevages industriels dans lesquels la plupart des poules passeront toute leur vie, avant d’être tué à dix-huit mois, non parce qu’elles ne pondent plus, mais parce qu’elles pondent des oeufs trop gros pour rentrer dans les boites à oeufs standardisées du commerce. Des centaines, des milliers de poules vivent cette vie. Je me souviens même d’un livre pour enfants de ma génération dans lequel on nous expliquait que c’était normal, puisqu’elles ne produisaient plus assez. Il est tant de changer le rapport aux animaux – surtout quand on voit qu’une poule de réforme coûte 1 €. Alors oui, une poule n’est toujours pas « mignonne » même si on lui donne un nom – Théo, stratège qui s’ignore, l’a appelé Roussette, ce qui permet de créer un lien affectif entre elle et le monde : il est toujours un peu plus difficile de manger ce que l’on a nommé.

Il est question aussi de gaspillage alimentaire, et des cantines scolaires. Ici, l’autrice ne nous raconte pas qu’à la cantine c’est « bon », elle montre que les produits ne sont pas de très bonne qualité, qu’il faut faire avec un intendant qui veut dépenser le moins possible, un cuisinier qui fait ce qu’il peut avec les produits qu’il a et une dame de la service qui remplit beaucoup les assiettes, parce qu’il faut beaucoup manger pour grandir (ce n’est pas si simple que cela). Problème : l’essentiel de la nourriture finit à la poubelle, et les enfants se gavent de pain à la place.

Dis ainsi, vous pourriez croire que le roman est rébarbatif. Il n’en est rien. Il est au contraire facile à lire parce que l’intrigue est bien construire, parce que les explications qui sont données ne prennent pas les enfants pour des nigauds. Il montre que changer les habitudes prend du temps, qu’il faut être motivé pour modifier ses habitudes et amener les autres à le faire. Il montre aussi qu’il est important de parler, de diffuser, d’échanger, et non d’imposer, ce qui n’apporte que rarement de bonnes choses.

J’ajouterai aussi que le cahier « spécial poule » à la fin est très intéressant, entre rappel des différentes races de poules, les catégories d’oeufs que l’on trouve dans le commerce ou encore les recettes pour utiliser le pain rassi.

Le club des chasseurs de fantômes, tome 1 : Le navire des disparus de Paul Beorn

édition Rageot – 160 pages

Présentation de l’éditeur :

Sacha, son cousin Nicolas et Camille, une amie, se lancent à la recherche de Louisa, la petite sœur de Sacha, qui a été enlevée par des fantômes. Cette enquête leur fait découvrir les recoins les plus mystérieux de La Rochelle, où ils sont en vacances.

Mon avis :

Sacha et Louisa vivent des moments difficiles : ils ont été envoyés à La Rochelle parce que leur grand-mère est mourante. Je me suis cependant demandée pourquoi ? Leur oncle doit partir au chevet de sa mère (c’est normal) et sa femme n’a pas vraiment envie de s’occuper de ses neveu et nièce, pas plus que de son fils Nicolas, d’ailleurs, à qui elle raccrochera directement au nez quand il l’appellera, sans même lui demander le motif. Avec une mère et une tante pareille, qu’on ne cherche pas pourquoi des problèmes arrivent. Dure ? Non. Si l’on ne peut même pas appeler ses parents à l’aide en cas de gros problèmes, on appelle qui, je vous le demande un peu ?

Certes, cela sent un peu le prétexte narratif pour faire démarrer l’action, puisqu’à cause de la disparition de Louisa, Sacha se rend compte qu’il peut voir lui aussi des fantômes, et permettre à ceux qui l’entourent, son cousin Nicolas en tête, de les voir. Ils rencontrent également Camille, une adolescente dont le père, chasseur de fantôme, a disparu lui aussi.

Ai-je aimé le livre, lu en un peu plus de quarante minutes ? (Oui, je lis vite) Ce n’est pas si simple avec moi, vous vous en doutez. J’ai aimé certains passages, comme les évocations du passé de la ville de la Rochelle par Nicolas. J’ai été marqué, étant enfant, par le siège de la Rochelle par le cardinal de Richelieu – vu dans une adaptation des Trois mousquetaires d’Alexandre Dumas. J’ai aimé « voir » le cardinal, avec Nicolas, j’ai aimé aussi l’histoire de ce jeune mousse courageux, ou celle des époux Aufrédy, qui ont su aider, une fois redevenus riches, ceux qui les avaient aidés quand ils n’avaient plus rien. Le message est toujours valable de nos jours : qui regarde les SDF dans la rue ? Pas grand’monde.

Venons-en maintenant à ce que j’ai moins aimé – pour ne pas dire énervée : Camille et son père. Celui-ci préfère les morts aux vivants. Je veux bien que l’idée de faire un dernier adieu soit … et là, je bloque, l’adjectif me manque. Séduisante ? Agréable ? Cela ne convient pas. Je comprends le concept de vouloir dire tout ce que l’on n’a pas pu, ou pas réussi à dire du vivant de la personne, c’est tout de même un peu tard. Scio vitam esse brevem, comme on disait en cours de latin, alors disons ce que nous avons à dire maintenant, n’attendons pas. Et surtout, ce n’est pas parce qu’une personne est morte qu’il faut oublier les vivants qui nous entourent, cela peut causer de grosses catastrophes – je reste toujours méfiante face à ceux qui préfèrent le souvenir de leurs morts à la présence des vivants. Quant à Camille, elle m’a hérissée, c’est aussi simple que cela : dire « La ferme » p.89 à quelqu’un, même dans l’urgence, alors qu’un renseignement important allait être communiqué, c’est non seulement frustrant pour l’intrigue (je me doute tout de même que c’est fait exprès), mais aussi horripilant. « Tais-toi » est tout aussi rapide – et Camille de rester énervée, et Sacha de présenter ses excuses. Et je n’en présenterai à personne pour ne pas avoir apprécié.

Le second tome est dans ma PAL, je le lirai aussi, en espérant simplement que la part belle sera faite à Nicolas.

Le club de l’ours polaire, tome 1 : Stella et les mondes gelés d’Alex Bell

édition Gallimard – 341 pages.

Présentation de l’éditeur :

Dans un monde où il reste tant à découvrir, le rêve de Stella se réalise le jour de ses douze ans : partir en expédition avec le Club de l’Ours Polaire ! Avec son ami Dragigus, elle fait la connaissance du sympathique Shay, chuchoteur de loup, et d’Ethan, magicien snob qui ne se laisse pas apprivoiser. Il le faut pourtant, car les jeunes explorateurs se retrouvent bientôt séparés du reste de l’équipage ! Le courage de Stella et les liens qui naissent entre les garçons suffiront-ils à braver les dangereuses étendues polaires ?

Mon avis :

Stella est une charmante enfant, elle adore jouer avec son ours et sa licorne. Petite précision : il s’agit d’un vrai ours et d’une vraie licorne. Elle a également un rêve : celui de devenir exploratrice, comme son père Félix. Problème : aucun des clubs d’explorateurs (Le club de l’ours polaire est l’un d’entre eux) n’accepte de femmes parmi ses membres. Parce que ce sont des femmes ! De même, certains apprécient peu que Stella se comporte comme une jeune fille curieuse de tout, et non comme une jeune fille respectable : je veux ainsi parler d’Agatha, soeur de Félix (championne es évanouissement). Elle cumule des défauts qui sont malheureusement ceux de certaines personnes : pour elle, Stella est avant tout la fille « adoptive » de Félix, non sa fille tout court, et Félix doit sans cesse le rappeler à ceux qui ont l’esprit étroit. Spoiler : il est bien des personnes dans la vie qui pensent ainsi, il est même des auteurs qui pensaient ainsi et ne cessaient de le répéter. Je referme la parenthèse et en ouvre une autre : Agatha a trouvé un établissement parfait pour Stella. D’abord, c’est un pensionnat, ensuite, on fait marcher les jeunes filles une heure par jour avec des livres sur la tête. C’est là que j’ai eu une révélation, parce que nous avons presque toutes lu de ces livres, vu de ses séries dans lesquels la jeune fille, pour avoir une démarche élégante, marche avec des livres sur la tête alors qu’une éducation véritable aurait dû lui permettre de les ouvrir, non de les transformer en objet pour, soi-disant, parfaire son apparence. Et c’est exactement ce que pense Félix, le père de Stella, qui arrache de haute lutte le fait de pouvoir partir en expédition avec elle.

Au cours de ce voyage, nous découvrirons d’autres jeunes explorateurs – tous des garçons – avec des personnalités qui leur sont propres : Dragibus, dont le père est porté disparu depuis si longtemps que tous le disent morts, sauf lui, qui ne désespère pas de partir un jour pour tenter de le retrouver, Shay, chuchoteur de loup très sympathique, et Ethan, jeune magicien qui, pour l’instant, ne supporte rien ni personne.

Point positif : il est question d’amitié entre eux, et non de romance. J’ai envie de dire « ouf » parce qu’il est bien plus intéressant de lire un roman d’aventures fantasy sans que l’on soit obligé de lire, en plus, une histoire d’amûr – avec Stella en train de choisir entre ses trois prétendants. De plus, les personnages ne vont pas restés figés au cours de l’aventure. Séparés des adultes, ils vont devoir faire leur preuve et s’entraider, et aussi révéler ce que cache l’apparente froideur de certains.

J’ai aimé aussi l’inventivité de l’univers crée par l’autrice : on peut créer un monde construit, varié, sans s’appesantir dans de longues descriptions. Vive l’action ! Avec, parfois, des difficultés à se sortir de certains mauvais pas, et des révélations dont Stella se serait bien passées, même si elle les a toujours souhaité.

J’ai tellement aimé ce premier tome, reçu en cadeau pour mon anniversaire, que j’ai d’ors et déjà commencé le tome 2.

7, rue des écolos de Sophie Dieuaide et Chloé Vétel

édition Didier Jeunesse – 160 pages.

Présentation de l’éditeur :

Ras-le-bol de l’arrosage, du binage, du désherbage. Armand, Lili, Violette, Oscar et Charlie ont craqué.
Avoir un jardin sur les toits, tout le monde en rêve. Mais ça tourne au cauchemar quand vous recevez des ordres du matin au soir.
« On n’est pas nés pour obéir ! » a déclaré Lili.
« Les parents, y nous font touzours tavailler au potager », a ajouté le petit Charlie.

Merci à Netgalley et à Didier Jeunesse pour leur confiance.

Mon avis :

« Il y a des jours, là-haut, où l’on dirait qu’un savant fou a balancé un engrais radioactif surpuissant. Sauf qu’ici, c’est que du bio« .
Il est de plus en plus de personnes qui se soucient (enfin) de l’écologie. Seulement, il n’est pas toujours facile de changer ses habitudes, de les changer complètement, sans faire assumer aux autres les choix que l’on a pris.
En effet, nous avons d’un côté les adultes, qui débordent d’idées, ont un jardin sur les toits, une poule pour les oeufs, et même un tout nouveau système naturel d’engrais. Seulement… ils ont aussi des enfants, à qui ils ne demandent jamais leur avis – ce sont des enfants, et des dizaines d’études ont beau avoir été faites, il est évident qu’ici, les parents décident, et qu’il est inenvisageable pour eux que les choses en soient autrement. Le modèle parfait, pour ne pas dire « courant », ce sont les parents de Violette, si occupés par leurs disputes, par leur séparation, qu’ils pensent avant tout à ce qui est pratique pour eux, et non à ce qui est bien pour leur fille unique. Les autres parents – sauf la mère de Lili – ne sont pas si différents – tant qu’un enfant peut faire les corvées à leur place, c’est toujours cela de pris. Reste Glyphosate, le chat, « toléré » par les adultes, et plus dévastateur pour les plantations que le désherbant du même nom. Peu importe que certaines plantations aient été moins réussies que d’autres… On ne s’improvise pas jardinier, mais chut ! il faut éviter de le dire.
Jardinier, jardinier bio, oui, mais pas vraiment protecteur de la nature à 100 % : les truites qui vont fournir un engrais bio, c’est bien, en barbecue, c’est mieux. Le chat a intérêt à se faire discret, et quant à Josette, la poule, elle est très bien toute seule. Heureusement, les cinq journalistes en herbe, aidés par madame Pinson, entendent bien faire bouger les choses. Ils n’hésitent pas pour cela à puiser dans leurs connaissances historiques et contemporaines pour parvenir à leur fin.
Ce livre, facile à lire, montre comme un instantané de l’évolution des pratiques – ou comment le « vert » peut faire son entrée en ville plus facilement qu’on ne le croit. Il faut simplement que chacun y mette réellement su sien. Mention spéciale également pour les illustrations de Chloé Vetel, qui nous montre le journal Ecolo-hebdo, destiné à une lectrice unique, Violette.

Alana et l’enfant vampire de Cordélia

édition Scrinéo – 224 pages

Présentation de l’éditeur :

Alana en a marre.
Ses parents et sa sœur sont encore partis gérer des conflits vampiriques sans elle !
Heureusement, sa meilleure copine Oli est là pour lui changer les idées : elle est persuadée que Joâo, le nouvel élève de leur classe, est un vampire !
Se pourrait-il qu’elle ait raison ? Et s’il leur révélait quelque chose d’encore plus terrible ?
Pour Alana, c’est l’occasion de prouver à sa famille qu’elle est capable de mener à bien une mission, malgré ses douleurs musculaires…

Merci à Scrinéo et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Je pense ne pas être la seule lectrice de ce roman à avoir découvert, jeune adulte, Buffy contre les vampires (garanti avec de vrais vampires) avant des séries comme Moonlight ou Trueblood, sans oublier Twilight et ses vampires végétariens : chacun, après tout, découvre les vampires dans la culture à sa manière et fait que nous avons (presque) tous une représentation de vampire en tête.

Ici, les vampires sont reconnus. Ils ne sont pas intégrés à la société, non, disons plutôt qu’ils vivent assez bien dans la société, ce qui n’empêche pas certains problèmes. La preuve : il existe des Médiateurs pour résoudre les conflits entre les vampires et les parents d’Alana exercent ce beau métier. Leur fille aînée Alexia et sa petite amie Héloïse sont en formation pour exercer la même profession : je précise que les parents ne les ont forcés ni l’une ni l’autre, disons plutôt qu’ils ont dû accélérer les révélations. Oui, être Médiateur et connaître les Clans de vampires ne sont pas les premières informations que l’on dit à une personne en la rencontrant. Et pour que ce soit dit une fois pour toute, je trouve très bien qu’Alexia aime une jeune fille et que cela ne pose problème à personne. Rappel : cela ne devrait poser problème à personne, et malheureusement, c’est encore trop souvent le cas.

Tout irait donc pour le mieux si ses parents ne laissaient systématiquement Alana à la maison, sous la garde de sa grand-mère, à chaque fois qu’ils partent (avec leur fille aînée) gérer un conflit. Oui, Alana a eu un « accident » lors de sa première mission, mais l’erreur est humaine – et ses parents sont humains aussi, ils ont eu bien trop peur. Alana est donc condamnée à rester au collège. Heureusement, sa meilleure amie Oli est là, et elle pense que le « nouveau » est un vampire. Petit souci : les vampires existent bien, mais les enfants vampires, non, ils sont strictement interdits pour maintes raisons, notamment le fait qu’il serait beaucoup trop cruel de les laisser rester éternellement dans un corps d’enfants ou d’adolescents (je vous renvoie à Entretien avec un vampire pour mieux visualiser les conséquences). Alana, de prime abord, pense donc que c’est impossible mais il est des faits qui sont étonnants. Et Oli ne doit surtout pas découvrir que les vampires existent réellement et qu’Alana le sait. Ou comment enquêter sans avoir l’air d’en savoir trop.

Alors, non, je ne vous dirai pas ce qu’iels vont découvrir, comment iels vont le découvrir – dévoiler les péripéties d’un roman bien construit n’est pas rendre service. En revanche, j’ai aimé que l’autrice aborde des thèmes que peu abordent dans la littérature jeunesse, voire dans la littérature tout court. Les ressources données à la fin du livre sont à ce titre très intéressantes.

J’ai l’impression de terminer cet avis sur un ton « moralisateur », alors qu’il n’est rien de tout cela. Alors si vous aimez les vampires, si vous n’avez pas peur de lire des romans qui sortent des sentiers battus, n’hésitez pas à découvrir Alana et l’enfant vampire.