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Guilty de Jean-Christophe Tixier

Présentation de l’éditeur :

Diego Abrio, 22 ans, purge sa peine de prison pour homicide volontaire.
Pourtant il va être relâché.
Sera-t-il libre ? Non !
Le peuple aura le droit de le tuer, ou de le protéger dans sa fuite.
Toi aussi. Vas-tu suivre son parcours sur l’application Guilty ? Participer à sa traque ? Ou…

Mon avis :

Je n’ai pas accroché à ce livre, c’est aussi simple que cela et c’est un peu court. Me reste maintenant à expliquer les raisons qui font que je n’ai pas accroché. Là, ce sera plus long.
Le roman se passe dans un futur proche. La télé-réalité et la justice sont mélangées, puisque l’on peut voter pour son candidat préféré. Il ne s’agit pas de lui offrir un nouveau procès, non. Il s’agit de le relâcher pour le livrer à la justice populaire, groupe nominal qui frôle l’oxymore. Ceux qui le croiseront pourront faire ce qu’ils veulent de lui, l’aider, le tuer, le lyncher mais pas (trop) le torturer. Pas de date limite de jeux – parce que s’en est un, un jeu du cirque contemporain grandeur nature.
Oui, je me suis sentie mal à l’aise face à tant de violence. Je me suis sentie mal à l’aise face à la mise en place de cette justice qui n’en a plus que le nom. Comment les condamnés sont-ils choisis ? Qui guide les pas de ceux qui poussent à leur libération ? Que nous disent ces « choix » sur notre société ? Parce que c’est bien de nous qu’il est question dans ce roman.
Il est question aussi des familles des victimes qui ont un rôle à la fois important et secondaire. Important, parce qu’aucune n’est satisfait des condamnations mais aucune ne se dit que la mort du responsable ne lui apportera rien, ne lui ramènera pas l’être aimé. Ou comment les notions de justice et de vengeance semblent irrémédiablement confondues. Je ne parle même pas des débordements, des conséquences dramatiques de ces chasses à l’homme grandeur nature – comme si la société présentée dans ce roman était devenue incontrôlable.
Il est question aussi de la nocivité des réseaux sociaux, de la manière dont il est facile de manipuler ceux qui lisent, ceux qui participent, ceux qui voient et mettent tout en doute – bienvenu dans la théorie du complot.
Je citerai un dernier point qui m’a gêné : le rapport à l’alcool. Je ne peux plus, et cela fait presque trente ans que je n’en peux plus de lire, de voir, d’entendre ces personnages qui boivent pour se donner du courage, qui boivent pour faire la fête. A quand un livre sur ceux qui ne boivent pas mais que leurs camarades ostracisent ostensiblement, quand ils ne se moquent pas d’eux, parce qu’ils ne savent pas « faire la fête ». Ras-le-bol aussi de l’équation : trop sensible pour supporter le monde = je bois pour l’affronter. Ras le bol aussi du personnage « fragile » qui, diminué par un accident, ne veut plus voir ceux qui faisaient partie de sa vie d’avant. Masculinité fragile, bonjour. Ou, comme le rapport à l’alcool, un grand classique de la littérature qu’il serait bon de remettre en question.
Même la mystérieuse organisation qui aide Diego ne m’inspire pas plus que cela. Leurs arguments sont solides, pas grand monde ne les écoute. C’est dommage. Dommage aussi que le lecteur n’en sache pas plus sur le devenir de ceux qu’ils sauvent. Dans le second tome ?
Alors… que l’on estime que j’ai compris ou pas ce livre m’importe peu. Mon ressenti est mien, et je ne le changerai rien.

Des jumeaux à Versailles, tome 1 : Roi-Soleil, nous voilà ! de Nathalie Somers

Présentation de l’éditeur :

Depuis la disparition de leurs parents, les jumeaux Louise et Nicolas passent leurs journées à apprendre le chant et l’escrime. Repéré par l’évêque du Roi, Nicolas est appelé à la cour pour intégrer le choeur royal, et avoir l’immense honneur de chanter pour Louis XIV. Malheureusement, seuls les garçons ont cet insigne honneur, et Louise n’a pas le droit de l’accompagner ! Qu’à cela ne tienne, la jeune fille déterminée a plus d’un tour dans son sac pour rejoindre son frère !

Merci à Netgalley et aux éditions Didier Jeunesse pour leur confiance.

Mon avis :

Les jumeaux sont rarement présents de manière positive dans la littérature. Aussi, je suis heureuse de lire un roman de littérature jeunesse dans laquelle des jumeaux dizygotes (je n’aime pas le terme « faux jumeaux ») s’entendent bien et se soutiennent, même si leur vie n’est pas toujours facile.

Nicolas et Louise sont orphelins, leur père et leur mère sont morts sans que leur décès respectifs soient liés. Il existe cependant un aura de mystère autour de leur père, le portrait dressé par les uns ou par les autres ne correspond pas forcément. De même, leur mère avait quelques secrets, dont ses enfants ne devaient pas avoir connaissance tout de suite. Peut-être aurons-nous des réponses dans un prochain tome.

Nicolas et Louise ont cependant de la chance dans leur malheur, ils sont élevés par Honorine, qui sait soigner les blessures diverses que ne manquent pas de se faire les jumeaux, et par maître Jacques qui, contrairement à son homonyme, n’est pas cocher/cuisinier mais maître d’escrime. Leur éducation n’est pas forcément celle que l’on attend, surtout pour Louise. Cependant, un jour, Nicolas est repéré par l’évêque du Roi, non à cause de ses talents d’escrimeur (cela peut cependant être utile) mais pour ses talents de chanteur. Hélas, seuls les garçons peuvent chanter dans le choeur royal, et Nicolas doit laisser Louise derrière lui – obtenir un privilège du roi sera à long terme bénéfique pour sa soeur aussi.

Le Roi, c’est Louis XIV, le roi Soleil, que l’on verra peu, mais que l’on devinera, parfois. Dans la seconde partie du roman, le personnage principal, c’est Versailles, son organisation, le désir qu’ont les nobles d’y vivre, d’y obtenir des postes convoités. Ils sont prêts à payer très cher pour y établir leurs enfants. Et, dans l’attente d’un établissement, tous les coups peuvent être permis.

Un roman qui, je l’espère, trouvera un large public de jeunes lecteurs.

La Sorcière des Marais par Karine Guiton

éditions Didier Jeunesse –

Présentation de l’éditeur :

Zoé est en panique : Tex, son chat adoré, a disparu ! La petite fille placarde des avis de recherche dans tout le village. Peine perdue, car personne n’a vu l’animal. En désespoir de cause, et malgré la peur que cela lui inspire, la petite fille demande de l’aide à la sorcière Mirabella. Guidée par un canard doué de parole et d’humour, Zoé entame un voyage initiatique en plein cœur des marais qu’elle n’est pas près d’oublier…

Merci aux éditions Didier Jeunesse et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

La sorcière des marais nous invite à un joli voyage initiatique. Je dis bien « joli » parce qu’il aurait pu ne pas l’être, l’autrice aurait pu tourner les choses tout autrement. Ce n’est pas le cas, et le voyage reste « beau ».
Le chat de Zoé a disparu, et malgré toutes ses démarches, il lui est impossible de le retrouver. Zoé tente alors une ultime démarche : demander de l’aide à une femme que tout le monde prend pour une sorcière.
Basculons-nous dans le fantastique ? Oui, un peu. Nous basculons dans un univers à part, dans lequel les animaux parlent, dans lequel nous rencontrons des êtres que nous ne côtoyons d’habitude que dans les contes. Mirabella est-elle une sorcière ? Elle est différente, elle est proche de la nature, elle ne craint pas la solitude. Elle sait aussi faire prendre conscience des choses en douceur. Tout peut être dit à un enfant, il faut simplement trouver la bonne manière de le dire. Il faut aussi aller au-delà des apparences – parce qu’il est toujours tant à découvrir.
Prêt à venir dans les marais avec Zoé ?

Tistou les pouces verts de Maurice Druon

Présentation de l’éditeur :

Tistou n’est pas doué pour l’école, ce qui ne satisfait pas Monsieur Père, marchand de canons prospère, qui décide de l’envoyer à l’école de la vie, c’est-à-dire… dans le jardin. Et là, Tistou découvre qu’il a un don, celui de faire se couvrir de fleurs tout ce qu’il touche : l’hôpital, la prison, et même l’usine à canons de Monsieur Père ! Un petit bonhomme qui, par la magie de ses «pouces verts », rappelle à ses lecteurs que le bonheur devrait être une affaire simple… comme une fleur.

Mon avis :

Je n’ai jamais lu ce livre avant aujourd’hui. Oui, je sais que beaucoup de lecteurs ont découvert ce livre durant leur enfance, durant leur scolarité, ce ne fut pas mon cas. L’ai-je lu avec des yeux d’adultes ? Oui, mais pas avec des yeux de professeur, parce que, parfois, cela peut gâcher largement le plaisir de lecture.

Je dois dire cependant qu’en lisant ce livre, unique incursion de Maurice Druon dans la littérature jeunesse, j’ai pensé que les auteurs qui n’étaient pas spécialisés dans la littérature jeunesse, les auteurs de la génération de Maurice Druon, versent nettement moins dans la morale convenue. En effet, beaucoup (trop) de livres de littérature jeunesse des années 50 à 80 étaient essentiellement porteurs du message suivant : il faut se conformer à ce que veulent les adultes, ils ont toujours raison, quoi qu’ils te fassent subir. La littérature jeunesse était alors conçue plutôt pour les parents. Il existait des exceptions, elles sont cependant rares – comme était rare la diversité dans la littérature jeunesse.

Ici, Tistou (diminutif de François-Baptiste) a de la chance. Fils unique d’une famille aisée, il grandit en ne manquant strictement de rien. Jusqu’à l’âge de huit ans, il étudie avec sa mère.Envoyé à l’école, il a beau faire tous les efforts possibles, il s’endort. Il est donc rapidement renvoyé, très rapidement, et Monsieur Père lui trouve donc des professeurs particuliers. Monsieur Moustache, le jardinier, lui fait découvrir son don, ces fameux « pouces verts ». Avec monsieur Trounadisse, il découvre l’ordre. Il comprend surtout ceci : « Les grandes personnes ont, sur toute chose des idées toutes faites qui leur servent à parler sans réfléchir. Or, les idées toutes faites sont généralement des idées mal faites. »

Les idées toutes faites, les adultes que rencontre Tistou en ont plein la tête. Les idées toutes faites contenues dans ce texte sont hélas toujours en vigueur de nos jours : il suffit d’allumer sa télévision et d’écouter une chaine d’info en continue pour s’en rendre compte. Alors que faire pour changer la vie des gens ? Faire pousser des fleurs, c’est à dire embellir la vie, être attentif aux choses simples, se dire qu’il faudrait peu de choses pour être en paix. Si, de nos jours, l’usage du mot « guerre » est galvaudé, il prend tout son poids à cette époque, et plus encore avec le métier de monsieur Père, dont l’auteur relève le paradoxe : Monsieur Père était bon, je vous l’ai déjà dit. Il était bon et il était marchand de canons. A première vue, cela ne paraît pas compatible. Il adorait son fils et fabriquait des armes pour rendre orphelins les enfants des autres. Cela se voit plus souvent qu’on ne croit.

Bien sûr, l’on peut qualifier Tistou les pouces verts de conte, conte qui ne s’arrête pas là où l’on pourrait s’y attendre, conte qui choisit un dénouement inattendu, qui n’en finit pas de questionner, pour ne pas dire simplement d’émouvoir, un peu comme le dénouement de cet autre monument de la littérature jeunesse, Le petit Prince. Je dirai simplement que ce récit nous amène à nous questionner sur ce que nous trouvons importants, essentiels, « ordonnés » – et  à nous demander si cela l’est vraiment. Quelle idée reçue allez-vous combattre aujourd’hui ?

Pour conclure cet avis, je trouve que cette chanson signée Laurent Voulzy et Alain Souchon s’impose :

 

L’antidote mortel de Cassandre Lambert

Présentation de l’éditeur :

Trois adolescents, trois destins liés par leur désir de rébellion et de vengeance. Whisper, princesse surprotégée par le Roi, n’a jamais franchi les portes du Palais. Personne ne doit connaître son existence depuis qu’un mystérieux mal s’est emparé de la Reine. Lorsque son père la condamne à un mariage forcé, la jeune fille s’enfuit et cache sa véritable identité. De l’autre côté du royaume, Eden, fougueuse jeune femme au caractère bien trempé, est chassée d’un orphelinat. Son seul désir : venger la mort de son père, un brillant inventeur tué par le Roi. Quand elle rencontre Whisper, elle saisit l’opportunité de s’introduire au Palais par son aide. Jadis, paysan, se voit remettre par sa tante un précieux antidote, le seul capable de sauver la Reine. Sur sa route vers le Palais, il croise celle d’Eden et de Whisper…

Trois personnages, et trois destins aussi liés qu’opposés.

Au bout de leur route périlleuse, il faudra que justice soit rendue.

Merci à Netgalley et aux éditions Didier Jeunesse pour leur confiance

Mon avis ;

J’ai commencé ce livre il y a quelques… semaines déjà. Le début de sa lecture correspond à une période qui n’a pas été facile d’un point de vue personnel et familial, et il fait partie de ses livres qui, lus à une autre période, l’auraient été beaucoup plus vite.

Et pourtant, ce premier roman, qui est aussi le premier tome d’une trilogie (c’est bien que les auteurs savent où ils veulent aller) est très intéressant. Nous suivons, dans un univers de fantasy, trois adolescents, deux filles et un garçon. Mis à part qu’ils ont à peu près le même âge et qu’ils partagent le même univers, ils n’ont pas de points communs, du moins, en apparence. Prenez Whisper, la princesse. Toutes les petites filles ou presque rêvent d’être une princesse. Whisper est une vraie princesse, c’est à dire qu’elle est cloitrée dans son palais, n’a le droit de voir que les personnes choisies par son père, n’a le droit de rien faire, ou presque rien, tant sa santé est fragile. Le jour où son père lui présente son fiancé, choisi par ses soins, elle décide de fuir. Autant vous dire que pour une jeune fille de 18 ans qui n’est jamais allée plus loin que le bout du jardin (les jours fastes), c’est une entreprise à nulle autre pareille. Heureusement, elle rencontrera Eden, son exacte opposée.

Celle-ci est orpheline, elle sait bien qui est responsable de la mort de ses parents : le Roi, directement ou indirectement. Le Roi est véritablement un personnage intéressant pour moi parce que c’est lui la cause de quasiment tous les événements négatifs qui ont entraîné la situation dans laquelle se trouvent les personnages principaux et son peuple – cela fait beaucoup, et parce que les raisons qui l’ont poussé à agir comme il l’a fait sont des raisons que certains pourraient promptement excusés – ben voyons – alors qu’elles sont totalement inexcusables. Eden a un objectif simple : se venger. Grâce à elle, nous savons ce que le peuple dit de la cour. Il se pourrait que la princesse soit morte, puisque personne ne l’a vu. Tout le monde aime la reine, dont on attend la guérison depuis 18 ans, au point de toujours chercher un antidote pour guérir la reine. Et c’est pour en apporter que Jadis a pris la route.

Jadis est un paysan dont certains se détournent, à cause de taches de naissance que certains prennent pour une malédiction, quand ce n’est pas une maladie contagieuse. Oui, les gens sont superstitieux. Leur rencontre les amènera à faire face ensemble, et à découvrir des faits qui, je le dis, ne sont pas forcément jolis jolis. Il en faudra, des péripéties, pour arriver à destination. Il en faudra, des révélations, pour atteindre le dénouement, qui marquera le commencement d’une nouvelle aventure.

 

Verte de Marie Desplechin

édition L’école des loisirs – 180 pages.

Présentation de l’éditeur :

À onze ans, la petite Verte ne montre toujours aucun talent pour la sorcellerie. Pire que cela, elle dit qu’elle veut être quelqu’un de normal et se marier. Elle semble aussi s’intéresser aux garçons de sa classe et ne cache pas son dégoût lorsqu’elle voit mijoter un brouet destiné : empoisonner le chien des Voisins.

Sa mère Ursule, est consternée. C’est si important pour une sorcière de transmettre le métier à sa fille. En dernier ressort, elle décide de confier Verte une journée par semaine à sa grand-mère, Anastabotte, puisqu’elles ont l’air de si bien s’entendre.

Dès la première séance, les résultats sont excellents. On peut même dire qu’ils dépassent les espérances d’Ursule. Un peu trop, peut-être.

Mon avis :

Ce livre parle d’un sujet que l’on n’aborde pas tant que cela dans la littérature jeunesse : la difficulté, pour une mère, d’élever un enfant seule, alors que la société ne lui donne pas le droit de se plaindre. Etre mère, ce n’est que du bonheur (oui, je parodie le slogan d’une émission de télé-réalité qui fête aujourd’hui ses vingt ans). Or, Ursule a beaucoup de difficultés à élever Verte sa fille unique.

Pardon ? On me souffle dans l’oreillette que les difficultés proviennent principalement des difficultés à concilier tradition familiale, profession et éducation de sa fille unique. En effet, Ursule est sorcière, comme sa mère avant elle, et comme Verte sera amenée à le devenir – enfin, dès qu’elle aura manifesté un tantinet de pouvoirs, ce qui n’est pas le cas en ce moment ! Pourquoi Verte ? Parce qu’Ursule a fait ce que mes parents n’ont pas fait : choisir un prénom en fonction du futur métier de leur fille. (Note : cette mention pour expliquer que l’on m’a dit que mes parents n’auraient pas dû appeler une future professeur de français par le prénom que je porte. Bizarrement, mes parents ont plutôt pensé à me donner un joli prénom qui leur plaisait à tous les deux plutôt que d’imaginer la future carrière de leur fille). Son père voulait Rose, c’est banal et pas du tout adapté à sa future profession. Principe de précaution : Ursule n’a eu qu’un enfant (seule la fille aînée peut devenir sorcière), inutile d’en avoir d’autres, c’est suffisamment de soucis comme cela. Et encore, si elle savait tout ce qui l’attend !

Oui, Ursule a pris une grande décision : demander l’aide de sa mère Anastabotte pour qu’elle lui montre toute la joie d’être une sorcière. Ce n’est pas tant qu’Anastabotte soit douée, c’est plutôt que les circonstances s’y sont prêtées. Verte est avant tout une pré-adolescence comme les autres, qui doit faire avec une famille un peu différente, une famille folle de joie quand toute la vaisselle se retrouve cassée par les pouvoirs de la toute jeune fille. Anastabotte est folle de joie, Ursule, aussi. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si les deux femmes pouvaient, comme le lecteur, savoir ce que pense vraiment Verte de tout cela, si elles avaient pu aussi anticiper ce que Verte ferait. Après tout, elle avait parfaitement le droit de sauter sur les occasions qui lui étaient offertes, non ? Si elle ne peut plus profiter des cours de sa grand-mère pour voir les effets des sortilèges et autres objets magiques, où allons-nous ?

Soufi, lui, va à l’autre bout du terrain à cause du sortilège. Soufi, c’est LE garçon que toutes les filles, dont Verte, ont remarqué, le garçon qui, malgré lui, se retrouve au beau milieu de cette histoire de famille. Lui aussi aura des choses à nous dire.

Verte est un roman charmant, à partager.

Comme deux frères d’Emmanuelle Rey

La grande affaire des noisettes d’Isabelle Cabrit et Eva Roussel

Présentation de l’éditeur :

Détective : Loulou (7ans), grande amatrice de romans policiers.
Assistant : Mister Poirot, chat fidèle et très gourmand.
Affaire : un intrus a ravagé le noisetier du potager et fait tomber les noisettes. Un vrai gâchis car ce n’est pas encore la saison de la récolte…
Victime : maman, dans tous ses états !
Principal suspect : l’étrange voisin monsieur Grignote, très vite accusé par maman…
L’enquête est lancée !

Mon avis :

Je ne lis pas les enquêtes dans l’ordre, parce que je les lis dans l’ordre dans lequel je les ai acquises. Cependant, je lirai le tome 3 en troisième position (logique, pour une fois). Dans cette toute première enquête potagère, nous découvrons Loulou dont la mère, illustratrice de livres pour enfants, est passionnée de jardinage. Et, au début de ce récit, c’est le drame : quelqu’un a touché à son noisetier ! Mais qui ? Il n’en faut pas plus pour que Lou commence à enquêter, aidé de Mister Poirot, son « valeureux coéquipier ». Je tiens à préciser qu’il sera largement mis à contribution au cours de cette enquête. Oui, quand on s’appelle Mister Poirot, en hommage à un célèbre détective, l’on paie de sa personne !

Le suspect ? Il est tout trouvé : monsieur Grignote, le tout nouveau et mystérieux voisin. Oui, ce serait trop facile, et l’enquête tournerait très vite court, surtout que monsieur Grignote est, comme Loulou, passionné par les romans policiers, surtout ceux d’Agatha Christie (la base, avec ceux de Sir Arthur Conan Doyle, si je puis me permettre). De plus, il est éthologue, c’est à dire qu’il étudie le comportement des animaux. Un métier rare, et intéressant (seulement deux universités en France, à ma connaissance, préparent au Master pour devenir éthologue) qui lui permet d’aider Loulou dans ses recherches. Il ne lui livre pas les réponses toutes faites, non, il la laisse véritablement enquêter, en la guidant, ce qui est la meilleure façon d’apprendre.

La grande affaire des noisettes est un roman très agréable à lire, à partager en famille ou à l’école.

Tous debout d’Agnès Marot et Cindy Van Wilder

Présentation de l’éditeur :

Quand les élèves d’un lycée lèvent le poing pour défendre leur camarade sans-papiers bientôt explusé…
D’un côté, il y a Anton, un jeune homme banal en apparence. Pourtant, le soir, il se cache derrière le pseudo de Gossip Boy pour jouer les justiciers sur Tumblr (et balancer les pires ragots du bahut). De l’autre,il y a Méloée, une jeune fille passionnée et pleine d’énergie, qui craque sur Rahim, le petit nouveau au lycée. Sous ses airs de garçon sans histoires, le mystérieux Rahim se retrouve vite au centre de toutes les attentions. Surtout lorsqu’Anton découvre qu’il est sans- papiers… une révélation de choix pour Gossip Boy ! Plus croustillant encore, ce dernier tromperait la pétillante Méloée avec Mathis….
Bientôt, les événements prennent une tournure qui les dépasse. Rahim sur le point d’être expulsé, les élèves doivent mettre leurs différends de côté pour faire cause commune.

Merci à Babelio et aux éditions Hugo New Way pour ce partenariat.

Avertissement : ce livre est l’objet d’une polémique, comme internet sait si bien en faire. Je l’ai découverte au moment où je lisais ce livre. Comme d’habitude, je vais essayer d’écrire mon ressenti le plus juste possible. Je tiens à préciser que je n’ai aucunement l’intention de remettre en cause le travail de Agnès Marot et Cindy Van Wilder, leur sérieux et leur investissement.

Mon avis :

Quelle bande de petits cons ! Oui, je le pense, donc je l’écris. Oui, on a le droit de s’insurger devant le comportement de certains lycéens. Mais reprenons par le début.
Les deux narrateurs principaux de ce récit sont Anton et Méloée. Anton est l’un des personnages le plus complexe du récit. Je n’ai pas eu envie de coller des tartes, comme certains aimeraient bien le faire, parce que j’ai trouvé ses contradictions et ses engagements très intéressants. Son tumblr (il n’est pas à la page) qui distille des ragots et peut, à l’occasion, provoquer une catastrophe non voulue ? Mais, en trois ans d’existence, personne ne s’est indigné ou n’a tenté une action pour le faire taire. Surtout, le nombre de ses followers est énorme, et je ne parle même pas des commentateurs crachant leur haine derrière l’écran. Oui, ce qui me choque le plus est qu’aucun adulte n’ait agi. Pire : la professeur de français s’en sert même comme base pour son cours (et la vie privée de ceux qui s’y trouvent exposés, on en parle ?) ! J’ajoute qu’elle affirme (p. 56) que la loi pour le mariage pour tous a été votées en 2015. Coquille ? C’était en 2013, je m’en souviens très bien, je me souviens très bien de la réaction de mes élèves de l’époque, choqués que la loi n’ait pas été votée plus tôt « parce que chacun doit avoir le droit de se marier ». Et d’inviter ses copains à son mariage.
Anton, petit-fils d’immigrés, qui ont mis un point d’honneur à mettre en avant leur athéisme – je n’ai rien contre les athées, j’ai simplement quelque chose contre ceux qui ne respectent pas la foi d’autrui – apprécie peu sa tante Léa, toute entière au service des sans-papiers. Mouais. Elle est surtout dans le paraître, dans l’esbroufe. Il faut être vu, il faut faire le buzz – un peu ce que fait son neveu, finalement. Par contre, je l’imagine mal sur le terrain, dans les camps de réfugiés, prenant des risques pour leur porter de la nourriture, des vêtements. Elle, et d’autres, sont ce fameux « chevalier blanc » qui parcourt l’œuvre. Le chevalier blanc, c’est, de nos jours, une personne qui a le besoin compulsif de sauver (dans son cas, avec le minimum d’implication personnelle). Et c’est fou le nombre de personnes qui vont vouloir sauver Rahim.
Oui, c’est un regret, Rahim ne fait pas entendre sa voix trop souvent, si ce n’est dans les textes qu’il écrit. Peut-être tout simplement parce que s’exprimer à cœur ouvert serait dangereux, lui qui connaît, depuis bien avant sa fuite, la nécessité de se taire, de taire qui l’on est vraiment. Peut-être aussi parce que, quand il parle, quand il exprime ses volontés, eh bien personne ne l’écoute ! Tout le monde sait exactement ce qui est bon pour lui, ce qu’il faut faire pour lui, un peu comme si le fait d’être un réfugié d’origine iranienne l’infantilisait définitivement.
Oui, je n’ai pas encore parlé de Méloée, parce que c’est le personnage que j’aurai dû aimer, et que, finalement, je n’ai pas apprécié plus que cela. Je dirai même qu’elle m’a hérissée, bien plus que ce fourbe honnête, ce traitre de tragédie qu’est Anton. Un « beau méchant » comme je les aime. Pourquoi ? Après tout, elle est la seule à avoir voulu s’opposer à Gossipboy, la seule à avoir écrit (anonymement) un commentaire fort bien construit pour critiquer ce qu’il écrivait. Elle mettra tout en œuvre pour que Rahim reste en France, payant largement de sa personne. Alors ? Alors, quand elle nomme Rahim son bel iranien, j’ai tiqué. J’ai pensé à Laurence Boccolini qui s’offusquait (à juste titre ! ) que l’on appelle son mari « son Tahitien ». Ce ne sont pas des chiens ! Je me suis vraiment sentie mal à l’aise dans la manière dont Méloée décrit Rahim comme s’il était un trophée, un fétiche, le seul garçon « différent » du lycée, et qu’elle avait réussi à le « décrocher », un peu comme on décroche une timbale. Méloée est une raison pour laquelle Rahim ne s’exprime pas : elle ne le laisse pas parler. Non qu’elle soit une bavarde impénitente, c’est tout à fait courant, mais elle plaque sur Rahim ce qu’elle pense savoir sur lui, sur les iraniens, sur les réfugiés, sur les sans-papiers, n’étant pas attentive à ce que lui ressent véritablement, à ce que lui a vécu. Comment se confier à quelqu’un qui croit tout savoir de vous, alors qu’elle en est à des années-lumières ? Oui, c’est difficile. Elle est tellement parfaite à tout point de vue, Méloée !
J’ai failli oublier Mathis. Il est gay, il est le seul gay de la classe, peut-être même de l’établissement, ou plutôt, le seul à affirmer ses goûts. Là encore, c’est un personnage que j’aurai aimé voir plus – peut-être parce qu’il est un des rares à ne rien avoir à cacher. Oui, il y a la masse de tous les autres, ceux qui sont homophobes, racistes, islamophobes, ouvertement, ou avec la subtilité d’un éléphant en train de prendre le thé (oui, l’humour contre la bêtise, cela peut faire du bien), ceux qui sont prêts à agir, mais certainement pas pour aider les autres.
Alors, oui (bis, soupirs, tout ce que vous voulez), on voit un lycée s’élever contre l’expulsion d’un des siens. Euh, qui s’est préoccupé du si discret Rahim jusqu’à présent ? A cause de qui se retrouve-t-il dans une situation délicate ? C’est bien de se donner bonne conscience – pendant quelques jours, quelques heures, quelques minutes de témoignages dans une vidéo.
Alors… je laisse à certains le soin de dire que je n’ai pas compris le livre, que je suis trop âgée, pas assez engagée, etc, etc… La lecture de ce roman m’a trop souvent hérissée et j’ai trop vu dans ces lycéens, ces adultes aussi (Léa en tête) des personnes très contentes d’elles, dormant sur leurs deux oreilles quoi qu’il arrive, sans se remettre en cause et surtout, sans tenir compte de l’avis d’autrui pour accepter qu’on remettre en doute mon ressenti sincère.

L’appel des loups – tome 5 : l’épreuve de la forêt de Pascal Brissy

édition Auzou – 58 pages

Présentation de l’éditeur :

C’est un grand moment pour les Hurlevents : les jeunes loups sont sur le point de passer l’épreuve de la forêt, qui leur permettra de prouver leur valeur au sein du clan. Traqueur, désormais jeune papa, est chargé de les évaluer. Mais il pourrait bien avoir son propre défi à relever…

Mon avis :

Voici une nouvelle aventure du clan des Hurlevents, que j’ai lue avec autant de plaisir que les précédentes. Les jeunes loups ont grandi, les louveteaux aussi, et il est temps pour eux ce qu’ils sont capables de faire pour le clan. Si tout se passait bien, c’était sans compter sur quelques impondérables, ou plutôt sur quelques imprudents. Traqueur et les siens seront à nouveau mis à l’épreuve : le danger est déjà là sur leur terre, parce que la nature peut renfermer des pièges que les plus jeunes membres ne percevront peut-être pas. En dehors de leur terre, s’ajoutent les membres du clan rival, mais aussi les pumas, bel et bien présents dans cette forêt.S’ajoute aussi un mystérieux allié, sur lequel nous aurons je l’espère plus d’informations lors d’une prochaine aventure.