Archives

Les Cousins Holmes, tome 2 : La Société des Moustachus par Nathalie Somers

Présentation de l’éditeur : 

Voici une nouvelle enquête insolite pour Honorius et Mary Holmes !

« Ma sœur Mary et moi avons été contactés par une femme qui doute de la fidélité de son mari. Cependant, plusieurs détails me semblent très étranges et chatouillent ma curiosité. Et si cette banale histoire d’adultère cachait en réalité un mystère bien plus grand ? Nos talents de détectives vont être mis à rude épreuve pour démêler le vrai du faux ! Et je ne vous parle même pas de mon petit cousin Sherlock, toujours dans mes pattes, qui s’avère plus casse-pied que jamais… La barbe ! »

Mon avis : 

Merci aux éditions Didier Jeunesse et à Netgalley pour leur confiance.

Honorius Holmes garde encore des séquelles de sa précédente enquête (disons qu’il y a vécu un épisode un peu réfrigérant) qu’une nouvelle enquête d’importance se profile. Non, il ne s’agit pas tant de suivre un mari dont la femme doute de la fidélité. Ce n’est pas motivant pour Honorius, mais il faut bien vivre, et il faut bien que les orphelins vivent aussi – je ne parle pas d’Honorius et de Mary, même s’ils sont orphelins, je parle des enfants de l’orphelinat dont Mary s’occupe généreusement. Seulement, il apparaît très vite que ce n’est pas une affaire d’adultère, c’est tout autre chose, une chose que même le mari suivi ne soupçonne pas, on est honnête ou on ne l’est pas !

Ce second volume est tout aussi enlevé que le premier, et m’a aussi fait penser à une enquête canonique de Sherlock Holmes. Même si nous sommes dans un livre de littérature jeunesse, l’intrigue montre bien que les dangers encourus, et pas seulement par notre jeune détective sont bien réels. Honorius n’oublie pas qu’il a mené une belle carrière de voleur, et qu’il a côtoyé, lorsqu’il exerçait ce métier, des personnes pas franchement recommandables, et pas uniquement parce qu’ils étaient des voleurs/cambrioleurs/braqueurs. Ses personnes parviennent parfaitement à se fondre dans la masse, parce qu’un coup, un casse, demande de la préparation, et un voleur a tout sauf intérêt à attirer l’attention – sauf s’il rencontre quelqu’un qui cherche quelque chose de précis, justement. Je me répète : quelqu’un d’honnête, voire même quelqu’un d’un peu poète, d’un peu déconnecté de la réalité, surtout à une époque où l’on ne parlait pas encore de « connexion » ne peut s’imaginer que la personne en face de lui ne l’est pas !

Et Sherlock ? A l’avenir, il faudra aussi penser à mettre en garde contre les cousins un peu trop observateurs.

Les Cousins Holmes La Bague Royale par Nathalie Somers

Présentation de l’éditeur : 

« Je m’appelle Honorius Howard Horatio Holmes et jusqu’à récemment, j’étais un voleur… Mais le meilleur de la capitale, je vous prie ! J’aurais pu continuer longtemps cette dangereuse carrière si ma géniale petite sœur Mary ne m’avait pas suggéré de changer de voie. Mary ayant toujours raison (ou presque), l’agence de détectives Holmes a vu le jour. Pourtant, quand un client très spécial est venu frapper à notre porte en cet après-midi d’hiver, je me suis demandé si nous étions vraiment de taille à résoudre cette affaire… »

Circonstances de lecture : 

J’ai lu ce livre et rédigé ma chronique le 2 août, alors que Samy rechutait, que Fidélio ne ressemblait pas à grand chose, que Lorient manquait d’appétit, que Ruby se dévouait pour les chatons de l’écurie et que Canaillou fêtait son premier anniversaire. Ce roman paraît le 7 septembre. L’on verra bien ce qu’il en sera de la situation.

Mon avis : 

Merci aux éditions Didier Jeunesse et à Netgalley pour ce partenariat.

Voici de nouveaux venus dans la famille Holmes, j’ai nommé les cousins, Honorius et Mary. Ils ont huit ans d’écart, ils sont orphelins, et Honorius a dû développer des trésors d’inventivité pour élever Mary. Oui, quand ses parents sont décédés, il avait dix ans (soit, à l’époque, largement l’âge de travailler) et sa soeur deux (non, là, il ne faut pas exagérer, elle ne pouvait pas travailler, il fallait attendre encore trois ans). Certes, il avait bien une tante, mais elle était très occupée elle-même avec sa propre vie familiale. Pour (sur)vivre, il a donc choisi le métier de voleur. Mary ayant grandi, elle a suggéré à son frère non de choisir une activité moins risquée, mais de choisir un métier plus légal, à savoir détective privé.  Je ne rangerai pas Mary dans la catégorie des petits soeurs agaçantes, non, je la range dans la catégorie des petites soeurs qui empêchent leur grand frère de prendre des risques inutiles, mais savent quand il est nécessaire d’en prendre. Il n’est pas question pour Mary de se contenter de faire la cuisine (même si l’on découvre qu’elle la fait très bien), elle participe également à l’agence de détective de son frère.

Pour cette première enquête, il leur faut retrouver une bague non pas volée, mais mise en gage par le prince de Galles. Oui, la dette a bien été remboursée, mais la personne à qui il l’a confiée refuse de la lui rendre, le fait même chanter. Beau scandale en perspective ? Oui, surtout que la reine Victoria n’a pas une confiance démesurée envers son fils et qu’elle exige qu’il porte cette bague à Noël. Alors oui, les intrigues peuvent faire penser à des intrigues que l’on a lu dans des enquêtes de Sherlock Holmes, voire même, dans mon cas, aux Trois mousquetaires, même si récupérer la bague prendra moins de temps que de trouver les ferrets. Cependant, le récit est original, bien construit, accessible pour les jeunes lecteurs, rempli d’humour – Honorius est un narrateur vraiment très doué et très drôle.

Et Sherlock ? Vous le croiserez, je laisse à ceux qui liront ce livre dans quelles circonstances.

Une nouvelle série à suivre.

Les Nuées – Livre 2 Néro par Nathalie Bernard

Présentation de l’éditeur :

25 juin 2025 : Chris, commandant en chef du sous-marin nucléaire, constate la disparition du monde tel qu’il l’a connu. Celui-ci est plongé dans une nuit terriblement froide. Jour perpétuel indéfini : Lisbeth découvre la société de Néro, aux mœurs bien différentes d’Érémos. Arrivera-t-elle à s’y intégrer et à retrouver sa mère ? Suite et fin d’un diptyque passionnant, où les fils étroitement liés de deux destins parlent en profondeur de la transmission, de la construction des sociétés et de la nature humaine face au désastre.

Merci aux éditions Thierry Magnier et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis : 

J’ai lu le premier tome, et je ne l’avais pas vraiment apprécié. Je m’attendais à ressentir les mêmes sensations pour le tome 2, ce n’est pas le cas. Peut-être parce que je connaissais déjà l’un des personnages principaux, Lisbeth, et que je m’étais attachée à elle, à son désir de fuir la société dans laquelle elle vit, de découvrir un ailleurs, un ailleurs qui ne serait pas cette société hiérarchisée, sclérosée, dans laquelle les puissants exploitent la majorité des citoyens (pour ne pas dire plus). Dans ce second tome, elle découvre la société de Nero, qui est différente, parce que les impératifs pour la survie de ses membres est différente aussi. Je ne veux pas donner trop de détails, mais la condition féminine n’est pas vraiment appréciable dans cette société non plus. Je reconnais cependant qu’elle pourrait être bien pire, même si le rôle des femmes semble être réduit à sa plus simple expression. Le rôle des hommes aussi, si l’on n’y réfléchit bien. Dans ce monde d’après, c’est  la survie qui domine, non la vie.

Le contrepoint du récit de Lisbet est founi par Chris, commandant d’un sous-marin nucléaire. Note : on ne parle que rarement des sous-mariniers, des hommes et des femmes qui vivent, travaillent, servent leur pays sous la mer. En fait, on ne parle d’eux qu’en cas de catastrophe, et Les nuées ne font pas exception. Chris est un commandant, il est aussi un mari, un père, qui peine à maintenir des liens avec son fils, certain qu’une catastrophe écologique ne peut que survenir. Et Chris vit cette catastrophe que nous connaissons par le tome 1, et dont il ne peut mesurer l’étendue, lui qui est, avec ses hommes et femmes, au fond de l’océan. De son côté, il y aura aussi des décisions à prendre, des épreuves à surmonter, et comme ces mots paraissent légers par rapport à ce qu’ils vivent. Même s’il faut être fort, physiquement, psychologiquement pour travailler dans un sous-marin, rien ne peut vraiment préparer à ce qu’ils vivront, à ce qu’ils construiront – ou pas.

Le titre du diptyque prend tout son sens dans cette deuxième partie, et c’est aussi très angoissant pour moi à lire, pour ne pas dire fortement déprimant. Alors oui, j’ai suivi ces personnages, j’ai partagé leurs émotions, leurs sensations, et ce n’était franchement pas facile.

A vous de voir si vous souhaitez découvrir Les nuées.

 

Maxine et Mifa par Karine Guiton

Présentation de l’éditeur :

La vieille Mifa a un drôle de métier : elle est gardienne d’objets inutiles ! Une girafe empaillée, une robe de mariée à froufrous, un buffet démodé… Chez elle, c’est un vrai capharnaüm, et ça lui va très bien comme ça ! Cependant, sa routine bien rodée s’apprête à être complètement chamboulée par une demande pas comme les autres… Celle de la petite Maxine, qui veut lui confier Alfred, son énorme doudou !

Merci aux éditions Didier Jeunesse et à Netgalley pour leur confiance.

Mon avis :

Si vous souhaitez lire un livre rationnel et parfaitement « moral », c’est à dire un livre qui daterait du temps où les livres pour enfants étaient écrits avant tout pour les parents, pour transmettre un certain enseignement à leurs enfants, passez votre chemin. Par contre, si vous voulez (oui, je m’adresse aux parents et aux enseignants), faire découvrir un univers loufoque et juste également, c’est avec plaisir que vous découvrirez et ferez découvrir Maxine et Mifa.

Pourquoi ai-je dit « juste » ? Parce que Maxine est une petite fille dont les parents n’ont pas tellement le temps de s’occuper, parce qu’ils sont tout entier occupés par Etienne, leur second enfant, leur garçon, et qu’ils se contentent du minimum pour leur aînée, leur fille (oui, j’insiste sur la différence de genre, parce que j’ai souvent vu, dans la « vraie vie » à quel point cela jouait). Maxine se doit donc d’abandonner son doudou, auquel elle tient encore, parce que ses parents ont décrété qu’à son âge, elle n’en avait plus besoin – et la petite fille n’est pas d’accord ! Seulement, elle n’a pas voix au chapitre. Heureusement, il existe un métier extraordinaire : gardienne d’objets inutiles. Il est exercé par Mifa, et avant elle, par sa mère et sa grand-mère. Elle garde les objets dont les gens ne se servent plus, ou ne peuvent plus se servir, parce qu’il est abîmé, parce qu’ils n’en ont plus l’usage, parce que cet héritage est un peu encombrant. Ils s’en débarrassent, sans vouloir s’en séparer totalement. La preuve : ils peuvent lui rendre visite. Seconde preuve : ils tiennent vraiment à ce sue Mifa en prennent soin, elle qui doit promener quotidiennement la girafe empaillée. Puis vient Alfred, le gorille doudou usé, qui va même plaire énormément à Ursule, le lézard de compagnie de Mifa. Quand j’ai lu cette histoire, j’ai pensé à toutes les possibilités qu’elle offrait, du point de vue de l’invention, parce que les personnages, les situations crées sont extrêmement inventives ! J’ai pensé aussi à ces personnes qui changent, comme M. Rossette, qui rompt avec la tradition familiale, d’autres qui choisissent des voies propres à davantage s’épanouir, voire des personnes qui sont obligées de changer de voie, pour raison de santé.

Maxine et Mifa, un livre drôle et inventif.

 

Plume et l’ombre du dragon par Agnès Marot

édition Scrinéo – 160 pages.

Présentation de l’éditeur : 

Un conte moderne et loufoque, avec des licornes, un dragon, des ombres… et une piratesse !

Tremble devant Plume, la plus terrible piratesse de la forêt des Merveilles ! J’ai l’air innocente, comme ça, mais, si tu croises mon chemin, tu ferais mieux de surveiller ton ombre : elle pourrait disparaître dans ma besace en un battement d’ailes de fée. Aucune ne me résiste ! Pourtant il y en a une que je n’ai pas encore : celle du dernier dragon. Paraît qu’il est super dangereux, que personne n’ose l’approcher, blablabla… Moi, je compte bien l’attraper !

Ben alors, tu viens ou quoi ? L’aventure, ça n’attend pas !

Mon avis :

Merci aux éditions Scrinéo et à Netgalley pour ce partenariat.

Quand je découvre un livre atypique et original, j’ai toujours peur d’une chose : qu’il ne trouve pas son public. En tant que lectrice, j’ai vu tout de suite toutes les possibilités qu’il offrait pour un jeune lecteur ou une jeune lectrice, tout ce que l’on pouvait imaginer à partir de ce qui nous est raconté dans ce livre. En tant qu’enseignant, je peux vous dire que c’est le genre de livre que j’ai envie de faire découvrir à mes élèves.

Plume est une fille qui exerce un métier pas vraiment féminin : elle est piratesse. J’ai aimé la féminisation de la profession : les femmes pirates ont existé, on les a simplement oubliées, comme beaucoup d’autres. Elle est piratesse comme sa maman, elle est voleuse d’ombre, elle les vole à leur légitime propriétaire et les revend – sauf celles auxquelles elle s’est attachée, comme la dernière ombre qu’elle vient de capturer, celle d’une licorne un peu bizarre. Celle-ci la met sur la piste d’un animal hors-norme, le dernier de son espèce : un dragon, LE dernier dragon. PLume et ses amis les ombres se lancent alors à l’aventure.

Cela pourrait un voyage initiatique comme un autre, Plume surmontant une succession d’épreuves, faisant des rencontres, s’enrichissant au fil de ses rencontres. Ce pourrait être un conte aussi, dans lequel Plume partirait à la recherche de quelque chose qu’elle désire vraiment, et qui n’est pas forcément cette fameuse ombre de dragon. Non, c’est bien plus que cela, tout simplement parce que ce récit n’est pas manichéen, parce que les personnages qu’elle croise, contre lesquels elle doit lutter parfois, ont des raisons d’agir comme ils agissent, parce que la pire chose qui puisse arriver, ce n’est pas d’avoir à affronter des épreuves, non, la pire chose, c’est de devoir affronter la solitude, pas celle que l’on a choisi pour un temps, non, celle qui vous a été imposées par les choses de la vie.

Un très beau roman.

Les Légendes d’Asgard La Tête de Mimir par Richard Lee Byers

Présentation de l’éditeur :

Rejoignez Heimdall dans une aventure à couper le souffle, bien avant que le héros ne devienne le gardien du Bifrost.

Une ombre plane sur le Royaume éternel. Alors que le Père de Tout est plongé dans un Sommeil de la Vie anormalement long, les géants des glaces s’apprêtent à lancer l’assaut ultime contre Asgard. Et ces créatures frustes font preuve d’une ruse inédite pour parvenir à leurs fins. Heimdall, jeune guerrier à l’esprit vif qui cherche encore sa place dans l’armée asgardienne, est persuadé que la torpeur d’Odin et la perfidie des géans sont liées. Après s’être faufilé dans la crypte du roi des dieux, il découvre que la tête de Mimir, source d’une grande sagesse, a disparu. Accompagné de sa sœur, la guerrière Sif, Heimdall devra voyager à travers les royaumes de l’Arbre-Monde pour tenter de sauver Asgard. Le premier roman d’une nouvelle série extraordinaire avec les héros des dix royaumes.

Mon avis : 

Vous êtes fan de Marvel, vous êtes en manque de cet univers et vous avez un frère insupportable ? Ce livre est fait pour vous ! Attention : il s’agit d’un pur divertissement, ne nous y trompons pas, de l’aventure, des combats, des péripéties nombreuses, plusieurs contrées traversées, des rencontres également, bref, le cahier des charges du pur divertissement est parfaitement rempli.

Je ne vous ai pas présenté les personnages principaux, il s’agit d’Heimdall, que tous ceux qui ont vu la saga Thor connaissent bien, et de sa soeur Sif. Les rôles, ou plutôt les clichés sont un peu inversés puisque c’est Heimdall qui a des « intuitions ». Elles peuvent provoquer quelques désagréments pour lui et surtout pour sa soeur, qui est cependant tout à fait prête à aider son frère à … se sortir de la galère dans laquelle il s’est jeté. Il faut dire qu’à Asgard, ils ont des soucis, et pas des moindre : les géants des glace sont aux portes d’Asgard, et Odin ne se réveille pas de son Sommeil de la Vie. Pire : il a interdit qu’on le réveille, sinon, au mieux, sa colère sera terrible, les ordres sont les ordres, etc, etc… D’un côté, si quelqu’un avait osé contrevenir à cet ordre, nous n’aurions pas eu cette aventure mouvementée, qui forcera Heimdall à se mettre à l’équitation volante (j’exagère à peine). Même si je ne dévoile pas le dénouement, l’on sait bien qu’Heimdall s’en sortira (reste à savoir dans quel état) puisque sa vie, quasiment légendaire, est conté par Volstagg à son fils Bjarke – bel exemple, pour un professeur de français, de récit enchâssé dans un récit principal. Justement, ce serait un livre « masculin », n’étaient les redoutables guerrières que sont les Walkyries, n’étaient Frigga aussi et surtout Sif qui a collé « une belle râclée » à l’une de ses adversaires, et pas seulement.

Je concluerai avec cette citation :

– Rien ne m’empêchera jamais d’être ton frère.
– Oui, tel est mon fardeau, dit-elle avec un sourire.

Vacances au chalet maudit de Muriel Zürcher

Présentation de l’éditeur :

Les jumeaux Gabriel et Emma, ainsi que leur petite cousine Olivia s’apprêtent à passer un été exceptionnel : leur Papy Hans les emmène tous les trois dans les alpages suisses, dans la magnifique vallée du Lötschental, restaurer le vieux chalet familial. Mais dès leur arrivée, de mystérieux incidents s’enchaînent et la nature semble dépérir autour d’eux. Quelqu’un chercherait-il à les chasser d’ici ? Les jumeaux décident de mener l’enquête…

Merci aux éditions Didier Jeunesse pour leur confiance.

Mon avis :

Je commencerai par deux bémols : le titre du roman et surtout la couverture sont un peu trop explicites à mon goût. Ce n’est que mon avis de lectrice adulte, et peut-être au contraire les lecteurs enfants ou jeunes adolescents seront attirés par le fait de découvrir en quoi consiste la malédiction, et s’interrogeront sur l’incendie dont sont témoins les jumeaux.

Gabriel et Emma sont en effet les personnages principaux de ce roman. Pour eux, tout commençait comme une histoire de vacances ordinaire : les jumeaux et leur cousine partent en vacances avec leur grand-père. Seulement, les vacances seront bien différentes de celles qu’attendaient et espéraient les jeunes adolescents. Leur déception sera pourtant brève, parce que le nouveau programme proposé par leur grand-père sera au-delà de tout ce qu’ils avaient pu imaginer : camper dans les alpages suisses, non loin d’un chalet familial que son grand-père compte bien rénover.

J’ai apprécié que les membres de la famille s’entendent bien. Je n’ai pas dit que les deux frère et soeur ne se chamaillaient pas, je dis simplement qu’ils sont une famille ordinaire, comme il en est tant, une famille dans laquelle les jeunes lecteurs peuvent se projeter. Ces vacances sont l’occasion pour eux d’en apprendre un peu plus sur leur histoire familiale, histoire dont même Hans, le grand-père, ne connaissait pas tous les éléments : pour lui, il s’agit de renouer avec un passé qu’il a occulté.

C’est l’occasion aussi de voir une montagne qui dépérit. Impossible de comprendre pourquoi l’herbe pousse moins bien, pourquoi les moutons n’ont plus assez pour se nourrir, au point parfois de dépérir, et de forcer les éleveurs à vendre, à quitter cette montagne où eux et leur famille ont toujours vécu. Certes, une association écolo rachète les terres, sans que cela change quoi que ce soit à ce dépérissement progressif. Il est même conseillé à Hans de vendre ce chalet plutôt que de le restaurer et de s’en servir comme maison de vacances.

Cela aurait pu être presque simple, si ce n’est que cette famille ordinaire se trouve à son tour menacée, que l’intrigue s’accélère et prend un tournant auquel l’on ne s’attendait pas du tout, entre respect du lieu (magnifique) où ils vivent, respect de ses traditions et modernité, dont on aurait pu espérer qu’elle ne viendrait pas jusque là : il est des personnes sans scrupules, ce n’est pas un scoop.

Si je devais terminer cet avis sur une phrase, ce serait simple : l’union fait la force. Cette union permet non seulement de surmonter les difficultés, mais aussi de ne pas céder au découragement.

 

 

Julia et les oiseaux perdus de Karine Guiton

Présentation de l’éditeur :

Crotte de nouille ! Julia vient de se faire voler ce qu’elle a de plus précieux : la photo de son papa. En plus, les deux chapardeurs sont des oiseaux exotiques qui n’ont rien à faire sur son île ! Mais la jeune fille n’est pas au bout de ses surprises. Primo, elle se rend vite compte qu’elle peut comprendre leur langage ! Secundo, les deux cornichons à plumes lui font du chantage ; sa photo contre un service… peu ordinaire. Pour remplir sa part du marché, Julia va s’embarquer dans une drôle d’enquête qui la mènera bien plus loin que ce qu’elle avait imaginé.

Mon avis :

Merci à Netgalley et aux éditions Didier Jeunesse pour leur confiance.

Julia vit sur une île et ne s’en porte pas plus mal. Contrairement à d’autres enfants ou adolescents, cet isolement ne lui pose pas de problème. Elle vit ici avec sa mère et sa grand-mère Léonie, qui tiennent la seule épicerie de l’île, c’est à dire le seul moyen de se procurer de quoi se nourrir, sauf à être comme madame Alice Lhirau qui se fait livrer expressément ses provisions du continent. Cinq ans plus tôt, elle a accusé Estelle, la mère de Julia de vol, et même si rien n’a pu être prouvé, elle n’a cessé de le répéter à qui voulait bien l’entendre. Les enfants, à l’école, ne manquent pas de se moquer de Julia pour cela, mais aussi parce qu’elle préfère nettement lire plutôt que de se mêler à eux. Harcèlement ? Je ne dirai pas cela, je parlerai plutôt de bêtises ordinaires d’enfants qui se croient tout permis. Martin Lhirau, le fils d’Alice, reste curieusement neutre, voir même… Il faut dire qu’il a ses propres soucis avec sa mère, qui m’a fait penser irrésistiblement à une ogresse de contes de fées.

Il est d’autres éléments qui rappellent le conte dans ce récit. Je pense notamment à ses deux mystérieux oiseaux qui arrivent sur l’île. Personne ne sait à quelle espèce ils appartiennent, et si certains se plaignent de leur présence (ah ! les déjections, c’est quelque chose !) d’autres collectionneurs en tout genre voient très bien le profit qu’ils pourraient en tirer en les confiant à un zoo.

L’on pourrait dire que ses oiseaux n’ont rien demandé à personne. Et bien si ! Ils sont demandé quelque chose à Julia, un service assez spécial, qu’elle tâchera de leur rendre. Il n’est pas toujours facile de s’entendre avec un couple d’oiseaux qui ont chapardé un objet auquel elle tenait, il est encore moins facile de s’entendre avec eux quand l’un des deux a un caractère un peu particulier. Sa mission se corsera un peu plus quand des embûches se placeront sur sa route. Heureusement, elle pourra compter sur une aide inattendue. D’ailleurs, les faits inattendus seront nombreux dans cette intrigue, qui ira de rebondissement en rebondissement, de quoi tenir en haleine jeune et moins jeune lecteur. Ce livre nous parlera aussi des secrets de famille, et de quêtes un peu folles que certains sont prêts à mener, sans nécessairement penser aux conséquences.

Un joli moment de lecture.

Donjons et dramas de Theo Kotenka

Présentation de l’éditeur :

Sur la chaîne YouTube Donjons et Dramas, Al, Marcus, Petrus et Mathieu incarnent quatre aventuriers vivant des péripéties dans un univers de fantasy. Et leurs parties de jeu de rôle attirent de plus en plus d’abonnés ! Pourtant, malgré ce succès, des tensions naissent entre les quatre amis, tiraillés entre la pression familiale pour les uns, de nouveaux centres d’intérêt pour les autres… Alors, quand Coralie, une camarade de classe, leur avoue qu’elle est harcelée par un de leurs amis YouTubeurs, le groupe, déjà affaibli, se disloque.

Entre harcèlement, trahisons et secrets, peut-on encore jouer quand tout devient plus sérieux ?

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier les éditions Scrineo et Netgalley pour leur confiance.

En lisant ce roman, je ne me suis pas dit que j’étais âgée, plus âgée que les lecteurs visés, non. Je me suis dit que j’avais toujours été en décalage, et que, si j’étais ado aujourd’hui, je serai très éloignée du monde des youtubeurs – peut-être même serai-je la seule adolescente de la classe à ne pas avoir de téléphone portable. Cependant, cela ne m’aurait pas empêché – et cela ne m’empêche toujours pas – de constater à quel point ce roman traite des sujets qui sont cruellement d’actualité. Je citerai en premier le cyberharcèlement. Il paraît que la lutte contre le cyberharcèlement est très efficace de nos jours. Il me paraît, à la lecture de ce livre, qu’elle n’est efficace qu’à la condition que les adultes prennent enfin au sérieux la parole des adolescents, et fassent enfin attention aux signaux faibles émis par les mêmes adolescents. Ce n’est pas, sur ce point, que le roman n’est pas réalisme, c’est qu’il est strictement réaliste.

Je citerai en second l’homophobie et la transphobie. Dit ainsi, cela semble froid, factuel, alors que le roman nous montre à quel point l’homophobie (qui est un délit, il est toujours bon de le rappeler) et la transphobie peuvent être banalisés par certaines personnes, combien il est facile de se défouler, de s’acharner – et pas seulement par écran interposé – sur des personnes qui ne rentrent pas dans les cases que la société hétéronormée a tracées. Rien n’est jamais acquis : voir ses droits, ses choix respectés devrait toujours être parfaitement normal. Ce long travail éducatif semble toujours à refaire.

Je ne suis fan ni de jeux de rôles ni de chaînes Youtube, aussi, j’ai un peu décroché lors de certaines parties du récit. Cela ne m’a pas empêché de trouver certains de ses adolescents particulièrement attachants – je pense à Petrus, notamment.

Je me dis aussi que cette lecture n’est pas à aborder à la légère, notamment si le jeune lecteur/la jeune lectrice a été touchée par le harcèlement. Cela pourrait raviver des douleurs encore présentes. Se remettre du harcèlement peut être très long. Et si je suis si sombre en rédigeant cet avis, c’est peut-être aussi parce que je sors tout juste de ma seconde journée de formation contre le harcèlement.

Qu’est-il arrivé au vol MH370 ? par Sarah Barthère

Présentation de l’éditeur :

Paloma avait 5 ans quand elle a embrassé son père pour la dernière fois. Elle et ses parents habitaient Kuala-Lumpur. Son père a embarqué le 8 mars 2014 à 00 h 10 à bord du vol MH370 de la Malaysia Airlines, pour Pékin. A 01 h 19, le pilote a communiqué avec la tour de contrôle. Puis l’appareil a fait un brusque demi-tour. Et il s’est évanoui ! Après des années d’enquête, les autorités internationales ont conclu que l’appareil s’était probablement écrasé dans l’Océan Indien, au large de l’Australie. Paloma scrute parfois la mer, comme si un miracle pouvait se produire. En 2022, un mystérieux SMS provenant des États-Unis l’incite à mener sa propre enquête…

Mon avis :

Ce livre, comme il nous l’est précisé à la fin, est basé sur une affaire réelle : la disparition du vol MH370 de la Malaysia Airlines. Aucune trace n’a été trouvé de ce vol, rien, il a disparu des radars et son épave n’a pas été retrouvé, pas même des débris – encore faudrait-il savoir où il a disparu, quelle direction il a prise après avoir disparu des radars, et pourquoi. Paloma est une des victimes collatérales de cette disparition : son père était dans l’avion. Elle avait cinq ans, elle en a treize maintenant, et elle a grandi sans lui. Sa mère, après avoir perdu pied, s’est beaucoup investie dans l’association des familles de victime, association qui n’a jamais cessé de vouloir savoir ce qu’il était advenu de l’avion et de ses passagers. Elle est toujours célibataire et peut compter sur ses parents pour l’aider à élever Paloma, qui va aussi bien qu’une adolescente de 13 ans, finalement : elle est proche de son ami Vik qui, précisons-le, est un ami fiable, solide et constant.

Tout aurait pu en rester là, Paloma aurait continué à vivre avec sa mère, confiante en l’espoir de trouver enfin une information, une piste, si elle n’avait été contacté par quelqu’un, l’incitant ainsi à reprendre l’enquête elle-même, avec l’appui de Vik, qui surfe sur le net bien mieux que sur la mer. Ce qu’elle va découvrir ? Elle découvrira beaucoup de choses sur elle-même, d’abord, sur le fait que son père lui manque bien plus qu’elle ne le pensait, sur sa mère et ses grands-parents également : un adolescent ne mesure pas toujours à quel point les personnes qui l’entourent tiennent à elle, s’en font pour elle. Paloma vit, jour après jour, avec la disparition de son père, avec l’association, et elle ne songe pas forcément qu’il est d’autres familles qui souffrent et s’inquiètent autant que la sienne.

Il est question aussi – un peu – des dangers d’internet, des traces que l’on laisse sans y penser, des renseignements que l’on peut obtenir facilement si l’on s’en donne la peine. Il est toujours utile pour les jeunes lecteurs de s’en rendre compte, surtout que la lecture de ce livre ne présente pas de difficultés particulières.

A découvrir si vous voulez initier un jeune lecteur au roman policier t à la manière dont une autrice peut s’inspirer de faits réels pour écrire un roman.

Merci à Netgalley et aux éditions Rageot pour leur confiance.