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L’école des mini-garous de Julien Hervieux et Juliette Lagrange

Présentation de l’éditeur :

La pleine lune réserve bien des surprises !
Au cœur de la forêt, cachée dans le plus grand des chênes, se trouve l’école des mini-garous : on y apprend aux enfants mordus un soir de pleine lune à devenir de vraies terreurs. Mais pour Béa, Franz et Pavel, c’est un peu difficile… En effet, ils se transforment tous les trois en animaux mignons ! Heureusement, pour convaincre leur classe qu’ils ont leur place à l’école, ils ont un plan !

Mon avis :

Oh là, là, je ne vous raconte pas.
Ou plutôt si, je suis en train de le faire.
Vous croyez tout savoir sur les garous, et bien non !
Vous découvrirez comment les humains ordinaires sont transformés en garous. Et pas seulement en loup garous, non, c’est beaucoup trop banal, commun : tout animal qui vous mord lors de la pleine lune peut faire de vous un garou. Et j’ai bien dit « tout animal ». Par conséquent, il y a des petits soucis, des petits contretemps. Etre un lynx garou, un ours garou, cela en impose. Être un chat angora garou mignon, pas vraiment – et je ne vous parle pas de Pavel, poulpe garou de son état (un clin d’oeil à l’éditeur ?) pas vraiment.
Vous découvrirez aussi ce qu’il advient de ses pauvres enfants métamorphosés. Non, parce que franchement, il ne faut pas attiger, les parents ne vont tout de même pas les garder, cela fait beaucoup trop de complications à gérer, bien plus qu’avec un enfant ordinaire. Ces chers petits rejoignent donc la fameuse école des mini-garous qui donne son nom à ce charmant livre pour jeunes lecteurs.
J’ai adoré ce mini-poulpe, j’ai adoré les aventures de ses trois garous pas comme les autres qui vont relever le défi : espionner leur maître pour savoir à quoi il ressemble quand il n’est pas un garou. Oui, il leur faut du courage, pour parvenir à leur fin et avoir un poulpe avec soi est toujours un atout. Mais s’il est une phrase à retenir, c’est bien celle-ci :
La méchanceté, c’est comme les garous : ça s’attrape avec une blessure !

 

Veggie tendance vegan de Charlotte Bousquet

Présentation de l’éditeur :

Chris est en terminale. Un adolescent normal, un peu rond depuis qu’il ne peut plus faire de sport, fan de fantasy, auteur de campagne de jeux de rôle et meilleur ami de Nadia. Il mange mal, ne s’entend pas très bien avec son petit frère, Jules, et ne pose aucun soucis à ses parents. Un adolescent lambda, sans problèmes (hormis son poids) et sans réelles convictions.
Jusqu’à l’arrivée de Mallory, la nouvelle. Une adolescente très engagée dans la cause animale. Elle slame en ce sens sur sa chaîne YouTube et agit parfois avec des amis pour libérer des animaux. Une princesse guerrière pour Chris.
Afin d’attirer son attention et de lui plaire, il décide de devenir végétarien. Il peut compter sur l’aide de Nadia pour tenir ses engagements. Des engagements qui deviennent de plus en plus profonds.

Merci aux éditions Rageot et à Netgalley pour leur confiance.

Mon avis/mon ressenti, comme vous voulez :

Je sens que je vais vous parler beaucoup de moi avant de vous parler de ce roman, ou plutôt vous parler de l’actualité, avec ses petites phrases des hommes politiques. La corrida est un « spectacle », une « tradition » – les exécutions publiques en étaient aussi. D’ailleurs, il est toujours possible, dans certains états américains, d’assister aux exécutions. Ah oui, pardon, on me dira que ce sont des animaux, pas des êtres humains, et que cela fait partie de l’économie locale. La corrida a été « importée » en France en 1853, l’économie locale a bien dû exister avant, elle pourra, logiquement, exister après. Puis, élever un animal dans le seul but de le torturer à mort est assez absurde. Autre argument de force des partisans de la corrida ou de la chasse : on ne force personne à y aller, à participer. Merci de ne pas forcer le taureau. Merci de ne pas forcer les personnes qui se promènent en forêt le dimanche à prendre une balle perdue. J’ai entendu aussi comme argument : « les toréadors sont des personnes particulièrement cultivées ». Si la culture pouvait être un rempart à la cruauté, cela se saurait !

Après ce paragraphe, je me plonge donc dans le vif du roman, et note au passage que ce sont les jeunes générations qui s’activent sérieusement pour l’écologie et l’antispécisme – j’espère qu’en prenant de l’âge, ils continueront à s’investir autant, et ne baisseront pas les bras face à des discours à visée moralisatrice et normative. Les réseaux sociaux, de ce point de vue, permettent d’asseoir ses convictions, de les partager, de s’informer. Ainsi Mallory, par le slam, par les vidéos qu’elle tourne, partage ses convictions, son combat. Sur le terrain, elle partage aussi les videos qu’elle trouve, celles que l’on voit de plus en plus grâce à des associations qui prennent des risques pour montrer une réalité que l’on n’a pas envie de voir, et elle entraîne avec elle ses camarades du lycée qu’elle a gagné à sa cause. Oui, là aussi, ses procédés peuvent sembler violents et moi-même je déteste me faire aborder dans la rue avec parfois énormément de maladresse (exemple disponible sur simple demande) mais nous sommes dans un roman, et ils participent à la construction des personnages, de leur révolte. Et Mallory est capable d’aller beaucoup plus loin que cela pour la cause qu’elle défend et d’assumer ce qu’elle a fait.

Il n’est pas que Mallory dans l’intrigue, il est d’autres personnages, et si j’ai commencé par elle, c’est parce que c’est elle qui ouvre le récit et entraîne les autres à réagir. Oui, le thème ne peut s’épanouir que parce que le cadre classique du roman d’adolescent est respecté. Chris, comme Mallory, est en terminal, l’année du bac, année charnière comme se plaisent à le répéter les adultes. Il est un geek, qui écrit des récits de fantasy, des jeux de rôles, il est très investi dans son écriture, sans négliger ses études pour autant. Il a un petit frère, Jules, avec lequel il ne s’entend pas très bien. Ses parents s’entendent plutôt bien, sont soudés, à l’écoute de leurs enfants, comme le montrera l’épreuve qu’ils devront surmonter au cours de l’année scolaire. Ils sont aussi ouvert à la discussion, ce qui n’est pas forcément toujours le cas. Il en est de même des parents de Nadia, la meilleure amie de Chris, qui conjuguent leur foi et le fait de vivre avec leur siècle. Nadia et Chris sont inséparables, toujours là l’un pour l’autre, et ils sont très sympathiques. D’autres amis font partie de leur cercle, montrant toute la diversité de la jeunesse d’aujourd’hui, jusque dans son dénouement.

Veggan tendance veggie – un livre engagé.

L’étrange village de l’Arbre-Poulpe : Drôles de drones par Séverine Vidal et Anne-Gaëlle Balpe

Présentation de l’éditeur :

Quatre amis, Pablo, le garçon qui vole, Arizona l’intrépide, Bat-Man et son inséparable chauve-souris et Naïma l’invisible, vivent dans le village de l’Arbre-Poulpe, un arbre magique qui a donné des pouvoirs à chacune de leur famille. Ils adorent se retrouver pour rigoler et pour déjouer les manigances des affreux Rageux, une bande d’abrutis qui essayent de voler des branches de l’Arbre-Poulpe.

Mon avis :

Je commencerai par une bonne nouvelle : une nouvelle aventure mettant en scène les quatre personnages mis en scène dans Drôle de drônes est prévu. Tant mieux : j’ai vraiment beaucoup apprécié celle-ci et je serai ravie de les retrouver de nouveau.

L’arbre poulpe est un monde à lui tout seul – déjà, quelle bonne idée de mélanger le végétal et l’animal, des tentacules-racines qui ne sont pas source d’angoisse, mais au contraire de créativité, de renouveau. Certes, il faut prendre soin des racines, j’ai envie de dire « c’est bien la moindre des choses », et la racine peut dépérir naturellement, entraînant le départ de la famille qu’elle a engendrée, mais la bonne entente règne dans ce monde, et chacun se montre curieux des pouvoirs des autres. Ceux-ci ne sont jamais employés pour faire du mal, ils sont au contraire source de créativité – Pablo peut voler et Naïma n’est visible que dix minutes par jour. Cependant, elle et les siens ne cherchent pas à piéger les autres, ils portent chacun un parfum pour être facilement identifié (vive la noix de coco).

Seul souci dans cette vie paisible mais inventive : les Rageux. Ceux-ci veulent voler des branches de l’arbre-poulpe. Tous les moyens sont bons pour parvenir à leur fin, leur défaut principal étant de n’être pas très doué pour ce faire, leur qualité principale étant de toujours s’améliorer, et les habitants de l’arbre-poulpe de toujours trouver de nouveaux moyens, au gré de leur capacité, pour les contrer. Mention spéciale pour une charmante mygale qui protège l’arbre contre les drones. Oui, les drones, en un mélange d’univers merveilleux et de modernité.J’ajoute que les illustrations sont très réussies, montrant les quatre amis en action,  sans oublier l’invisibilité (ou pas) de Naïma. C’est une histoire tendre et drôle que nous avons là, donnant ici et là des préceptes qu’il est bon, à mes yeux d’appliquer : « On nous apprend à nous supporter, à accepter les autres, malgré leurs particularités, parfois envahissantes ». Et si l’originalité du livre était essentiellement là, être soi, entièrement soi, avec une personnalité riche, et accepter totalement l’autre dans toute sa diversité. Un vrai pari pour notre présent, et pour l’avenir.

Un jour plus que parfait de Krystal Sutherland

Présentation de l’éditeur :

La famille d’Esther Solar est maudite. Tous souffrent d’une phobie atroce qui les mènera tout droit dans la tombe.

• Le père d’Esther, agoraphobe, vit reclus dans la cave
depuis six ans.
• Son frère a peur du noir.
• Sa mère est terriblement superstitieuse.

Esther, elle, ne souffre (pour le moment) d’aucune terreur particulière. Mais tient à jour la liste non-exhaustive de ses pires cauchemars, au cas où. Lorsqu’elle croise à l’arrêt de bus le mystérieux Jonah Smallwood, sa vie bien rangée bascule… Esther va être confrontée à la plus imprévisible et la plus redoutable de toutes les peurs… l’amour.

Mon avis :

Merci aux éditions Pocket Jeunesse grâce à qui j’ai reçu ce livre.

Ce livre pourrait être drôle. Vous savez, s’il parlait de toutes ses petites peurs qui nous gâchent un petit peu la vie, qui font sourire les autres, et entraînent tout un tas de situations cocasses. Autant vous le dire tout de suite, il n’en est rien, et ce livre est très sérieux, et peut même vous prendre littéralement aux tripes.

L’amour suffit-il ? Et que recouvre ce mot « aimer » ? Esther aime ses parents, son frère jumeau, son grand-père. Elle est elle-même entourée, littéralement, par toute une strate de peurs, d’interdits qu’elle s’est fixée, et qui lui permette de garder un semblant de contrôle sur sa vie. Ce qu’elle vit paraît invraisemblable , et pourtant possible – si l’on regarde bien, autour de soi, on peut en voir des situations qui paraissent encore moins vivable que celles vécues par Esther. Six ans que c’est ainsi, six ans d’une vie compliquée, où il faut donner l’illusion non que tout va pour le moins mal possible, mais à détourner l’attention.

En contrepoint, au début de ses aventures, nous avons Jonah, il a une jeune soeur, un père destructeur. Lui aussi ne veut surtout pas attirer l’attention. Le troisième membre du trio est Hepzibah, la seule amie d’Esther, parce qu’elle est différente elle aussi. Alors oui, Jonah se donne pour mission d’éliminer une à une les peurs d’Esther, mais son ambition est de trouver la véritable peur d’Esther, pour l’en libérer.

En contrepoint, nous avons l’histoire de la malédiction qui aurait frappé la famille – rassemblant ainsi, un peu, à ces secrets de famille que l’on se transmet de génération en génération, pourrissant le climat familial, favorisant l’entre-soi. Ce secret apporte une touche fantastique dans le récit, touche qui va s’étendre de plus en plus. Attention ! Cela ne veut pas dire que nous ne nous prenons pas de plein fouet la réalité de ce récit, la violence d’un métier (policier) qui a miné le grand-père, avec une affaire en particulier, tristement crédible, la dépression qui a envahi Reginald, le grand-père, puis le père et le petit-fils, chacun a sa manière. Il est question d’amour, oui, de la manière dont on voudrait être aimé, de la manière dont on est aimé – et il est déjà bien d’être aimé.

Et s’il est une leçon à retenir du livre, c’est celle-ci, que nous martèle l’auteur : il n’y a aucune honte à demander de l’aide.

 

La Sorcière de Magicville de Stéphanie Lagalle

 

Résumé : Camille et Thibault ont dix ans, ils sont jumeaux. Cet été, ils passent leurs vacances chez leurs grands-parents à Magicville, un lieu dont on leur avait caché l’existence jusque-là. À leur grande surprise, ils découvrent qu’eux aussi, comme les habitants de la petite cité, possèdent des pouvoirs. Tout serait merveilleux si la sorcière Démonia n’avait décidé de s’emparer du trône du roi Barnabet.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier l’autrice qui m’a permis de découvrir ce livre.
Mon premier postulat va peut-être vous étonner : le roman a beau se passer dans l’univers de la magie, Camille et Thibault évoluent dans un univers serein. Leurs parents s’entendent bien, ils ont des liens forts avec leurs grands-parents. Certes, jusqu’à présent, ils n’étaient jamais allés chez eux, mais les contacts avec ceux-ci étaient fréquents, les uns et les autres se connaissent bien. C’est peut-être pour cette raison que la révélation de l’existence de Magicville, de la véritable nature de leur famille se passe relativement bien : les deux enfants sont bien entourés et sont encore suffisamment jeunes pour avoir conservé toutes leurs capacités d’émerveillement (note : on peut les conserver très longtemps).
Sauf que… comme dans tout roman ou presque, il y a un souci, une mouche dans le lait, ou plutôt une sorcière qui revient à Magicville et a bien l’intention de parvenir à ses fins – oui, elle n’est pas en vacances, elle, et cela sonne un peu (beaucoup) comme la fin du repos pour les jumeaux. Oui, ils découvraient petit à petit l’univers magique, les pouvoirs de la magie, mais sans pression. Leur famille, et d’autres personnalités de la ville, se retrouvent en première ligne pour lutter. Et oui, même dans un roman de littérature jeunesse, on ne part pas au combat en se disant que tout va bien se passer : il faut aussi penser à ce qui pourrait arriver si tout ne se passait pas bien.
Ce fut un roman facile et agréable à lire, avec des péripéties qui retiennent l’attention du lecteur. De même, le vocabulaire ne pose pas de difficultés (oui, c’est la professeur qui parle), l’intrigue se suit avec plaisir. Bref, un récit à recommander pour les enfants dès huit ans.

Trompettes et tracas de Katarina Mazetti

Présentation de l’éditeur :

C’est les vacances de la Pentecôte, et pour les cousins Karlsson, direction l’île de Grèbes ! Regine, la demi-soeur allemande de George, a décidé de les rejoindre. Mais en accostant, elle découvre un mystérieux colis dans son sac à dos. Qui a pu l’y glisser ? Serait-ce le paquet à l’origine de l’alerte à la bombe déclenchée à leur départ de Suède ? Et qui sont ces hommes qui circulent en barque autour de l’île à la nuit tombée ? Une nouvelle enquête pour les cousins Karlsson !

Mon avis :

Dans quel monde vit-on, je vous le demande un peu ! Non, je ne vous parle pas de ce monde dans lequel des cousins qui s’entendent bien vont en vacances chez leur tante, toujours débordante de projets divers et variés. Non, je vous parle de ce monde où l’on peut soupçonné une adolescente allemande d’être une terroriste, sous prétexte que quelqu’un, en difficulté, lui a mis un colis dans le sac, espérant qu’elle passe la douane sans problème. Ce ne fut pas le cas, et au terme d’une alerte à la bombe – bon prétexte pour s’enfuir, bon moyen de faire monter la tension et de mettre encore plus à cran les policiers. Oui, le climat n’est plus à l ‘insouciance.

Fort heureusement, les policiers chargés de l’enquête sont compétents – cela n’a pas toujours été le cas. Maya, l’enquêtrice, est secondé par l’inénarrable Karl Crayon, qui rêve de percer en temps que journaliste, non de végéter dans ce coin, et cette affaire de terrorisme qui n’en est pas une est pour lui une occasion en or. Il faut dire que l’île aux Grebes ne change pas vraiment, sauf à voir les nouveaux aménagements faits par Frida et Victor. Elle ne cesse d’attirer des personnes qui misent sur son calme, son isolement  – Frida y vit seule, est souvent absente, l’île est donc pratiquement inhabitée et ne cesse de susciter des convoitises. Quant aux quatre cousins, ce sont des adolescents, autant dire qu’ils ne pèsent pas lourds dans l’esprit des malfaiteurs – nommons-les ainsi, ce sera plus simple.

Ils grandissent, les chers enfants, ils font des projets d’avenir et vivent pleinement le présent. Leur situation évolue aussi : George a découvert l’existence de sa demi-sœur Régine, que vous pouvez voir sur la couverture en bas à droite. En Allemagne, elle préfère le sport à la littérature, elle n’est pas très bonne élève, la filière classique lui a donc été refusée. Georges vit mieux que sa mère sa présence – l’absence de son père ne l’a pas fait souffrir puisqu’il n’a jamais connu sa présence, et Régine n’est pour rien dans cet état de fait. Tant pis si cela choque certains lecteurs, il n’est pas d’âge pour accepter sereinement les faits. Une qui prend mal les choses, en revanche, c’est Bourdon ; elle n’est pas prête à partager son cousin Alex, dont Régine se retrouve proche. Grand débat à venir sur la jalousie ? Non, les autres cousins se rendent compte, ne jugent pas les sentiments de Bourdon, et ne la mettent surtout pas à l’écart – il n’y a pas d’âge pour faire preuve de bon sens. D’ailleurs, Bourdon, qui était une végétarienne forcenée, remange de la viande dans ce tome, et le débat sur le végétarisme est lancé. George pense en effet qu’être végétarien, c’est constamment, pas seulement quand on « connaît » personnellement la bête qui a fourni la viande, ou que l’on aime bien l’animal en question, ce sera trop simple. Sa demi-sœur l’appuie, le végétarisme progressant chez les jeunes allemands. Oui, un coup à couper l’appétit, mais il est intéressant de voir de vrais échanges d’idées dans un livre jeunesse.

De même, se pose également la question de la place des femmes. L’enquêtrice en est une. Les garçons veulent protéger les filles dans ce tome – dans une autre histoire, cela s’arrêterait là. Dans celle-ci, Julia rappelle qu’elles sont tout à fait apte à se défendre, les seules membres de la famille Karlsson à repousser les ennemis sont Bourdon accompagnée de son célèbre chat et Regine, grande boxeuse. Eux-même sont pris à leur propre piège quand on leur annonce l’arrivée du colonel, qui travaillera avec leur tante Frida : aucun ne pense qu’un colonel peut être une femme.

Ce neuvième tome des cousins Karlsson sait renouveler la série sans perdre ce qui a fait son succès.

Elle s’appelait Camille de Lucie Galand

édition Didier Jeunesse – 160 pages

Présentation de l’éditeur :

Contraint de passer ses vacances dans la maison d’enfance isolée de sa mère, Lucas pensait s’ennuyer tout l’été. Mais lors d’une promenade en forêt, il aperçoit un faisceau de lumière qui le guide vers une jeune fille à la beauté surnaturelle, puis il s’évanouit. À son réveil, Lucas se met en quête de la jeune fille et réveille un secret familial enfoui depuis bien trop longtemps…

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier les éditions Didier Jeunesse et Netgalley pour leur confiance.
Je suis très ennuyée pour chroniquer ce livre, parce que c’est un livre que j’avais vraiment très envie de lire, et qui n’a pas correspondu à mes attentes. Le début est très classique : le départ en vacances, qui ne plait pas vraiment aux deux adolescents, contraints de suivre leurs parents; Vous me direz, c’est à peu près ce qui se passe pour tous les adolescents. Oui. Cependant, on sent la masse de non dits dans cette famille, une mère qui leur a peu parlé de sa jeunesse, de sa famille et qui retourne sur ses terres natales à un moment où son couple est en difficulté. Je n’ai pas aimé non plus les méthodes éducatives du père, les fameux « tu comprendras plus tard » (qu’est-ce qui t’empêche d’expliquer maintenant ? Ah, oui, la masse de non-dits dans la famille) et le fait de faire culpabiliser son fils pour l’amener à faire ce que son père veut qu’il fasse. Les adultes doivent se comporter en adulte, non utiliser le chantage affectif : il faut dire qu’ils ont bien des choses qu’ils n’ont pas régler, et c’est peut-être le moment de s’y mettre.
J’en aurai presque oublier Camille, fantôme qui est là parce qu’elle est morte en attendant le jeune homme qu’elle aimait. Ils devaient s’enfuir ensemble, elle est morte avant – son coeur n’a pas supporté l’effort et les émotions. Bon. Vu le nombre de personnes de ma connaissance qui sont mortes jeunes à cause d’une maladie de coeur, je peux vous dire que c’est parfaitement crédible. Ce qui l’est aussi, et là, nous basculons dans le « mauvais » conte de fée, c’est cette mère surprotectrice, qui suit à la lettre les conseils du médecin, qui affirme que les émotions peuvent la tuer. J’ai eu l’impression, en lisant cela, de me retrouver au 19e siècle, non en 1980. Les traitements existaient, les opérations aussi – aux conséquences délicates, bien entendues. La mère de Camille apparaît comme une femme (une méchante sorcière ?) qui veut garder sa fille pour elle toute seule et ne consulte pas d’autres médecins, ne fait rien pour qu’elle quitte cette étouffante forêt quasiment maudite – oui, je plaque beaucoup de mon ressenti sur ce livre. Camille est seule, désespérément seule, et ni son amoureux, ni sa meilleure amie ne lui offre le soutien dont elle a besoin – je m’interroge d’ailleurs sur ses relations avec sa meilleure amie, dont les motivations profondes m’ont forcément interrogée (j’adore me creuser la tête).
Camille est un fantôme – oui, j’ai presque oublié de le signaler, prisonnière de son lieu de décès, alors que tous ont continué leur vie. J’aime les personnages de fantômes mais, après avoir lu une oeuvre très forte mettant en scène des fantômes, j’ai trouvé celle-ci assez tiède. Elle offre certes de nombreuses interprétations possibles, d’autant plus que l’écriture est rétrospective, doublement – Lucas raconte, bien plus tard, ce qu’il a vécu cet été-là, renvoyant encore plus dans le passé ce qui est arrivé à Camille, récit caractérisé indirectement, sauf quand Camille elle-même prend la parole, à travers son fantôme ou ses écrits.
Je serai curieuse de savoir ce qu’un(e) lecteur(trice) plus jeune penserai de ce livre.