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Donjons et dramas de Theo Kotenka

Présentation de l’éditeur :

Sur la chaîne YouTube Donjons et Dramas, Al, Marcus, Petrus et Mathieu incarnent quatre aventuriers vivant des péripéties dans un univers de fantasy. Et leurs parties de jeu de rôle attirent de plus en plus d’abonnés ! Pourtant, malgré ce succès, des tensions naissent entre les quatre amis, tiraillés entre la pression familiale pour les uns, de nouveaux centres d’intérêt pour les autres… Alors, quand Coralie, une camarade de classe, leur avoue qu’elle est harcelée par un de leurs amis YouTubeurs, le groupe, déjà affaibli, se disloque.

Entre harcèlement, trahisons et secrets, peut-on encore jouer quand tout devient plus sérieux ?

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier les éditions Scrineo et Netgalley pour leur confiance.

En lisant ce roman, je ne me suis pas dit que j’étais âgée, plus âgée que les lecteurs visés, non. Je me suis dit que j’avais toujours été en décalage, et que, si j’étais ado aujourd’hui, je serai très éloignée du monde des youtubeurs – peut-être même serai-je la seule adolescente de la classe à ne pas avoir de téléphone portable. Cependant, cela ne m’aurait pas empêché – et cela ne m’empêche toujours pas – de constater à quel point ce roman traite des sujets qui sont cruellement d’actualité. Je citerai en premier le cyberharcèlement. Il paraît que la lutte contre le cyberharcèlement est très efficace de nos jours. Il me paraît, à la lecture de ce livre, qu’elle n’est efficace qu’à la condition que les adultes prennent enfin au sérieux la parole des adolescents, et fassent enfin attention aux signaux faibles émis par les mêmes adolescents. Ce n’est pas, sur ce point, que le roman n’est pas réalisme, c’est qu’il est strictement réaliste.

Je citerai en second l’homophobie et la transphobie. Dit ainsi, cela semble froid, factuel, alors que le roman nous montre à quel point l’homophobie (qui est un délit, il est toujours bon de le rappeler) et la transphobie peuvent être banalisés par certaines personnes, combien il est facile de se défouler, de s’acharner – et pas seulement par écran interposé – sur des personnes qui ne rentrent pas dans les cases que la société hétéronormée a tracées. Rien n’est jamais acquis : voir ses droits, ses choix respectés devrait toujours être parfaitement normal. Ce long travail éducatif semble toujours à refaire.

Je ne suis fan ni de jeux de rôles ni de chaînes Youtube, aussi, j’ai un peu décroché lors de certaines parties du récit. Cela ne m’a pas empêché de trouver certains de ses adolescents particulièrement attachants – je pense à Petrus, notamment.

Je me dis aussi que cette lecture n’est pas à aborder à la légère, notamment si le jeune lecteur/la jeune lectrice a été touchée par le harcèlement. Cela pourrait raviver des douleurs encore présentes. Se remettre du harcèlement peut être très long. Et si je suis si sombre en rédigeant cet avis, c’est peut-être aussi parce que je sors tout juste de ma seconde journée de formation contre le harcèlement.

Qu’est-il arrivé au vol MH370 ? par Sarah Barthère

Présentation de l’éditeur :

Paloma avait 5 ans quand elle a embrassé son père pour la dernière fois. Elle et ses parents habitaient Kuala-Lumpur. Son père a embarqué le 8 mars 2014 à 00 h 10 à bord du vol MH370 de la Malaysia Airlines, pour Pékin. A 01 h 19, le pilote a communiqué avec la tour de contrôle. Puis l’appareil a fait un brusque demi-tour. Et il s’est évanoui ! Après des années d’enquête, les autorités internationales ont conclu que l’appareil s’était probablement écrasé dans l’Océan Indien, au large de l’Australie. Paloma scrute parfois la mer, comme si un miracle pouvait se produire. En 2022, un mystérieux SMS provenant des États-Unis l’incite à mener sa propre enquête…

Mon avis :

Ce livre, comme il nous l’est précisé à la fin, est basé sur une affaire réelle : la disparition du vol MH370 de la Malaysia Airlines. Aucune trace n’a été trouvé de ce vol, rien, il a disparu des radars et son épave n’a pas été retrouvé, pas même des débris – encore faudrait-il savoir où il a disparu, quelle direction il a prise après avoir disparu des radars, et pourquoi. Paloma est une des victimes collatérales de cette disparition : son père était dans l’avion. Elle avait cinq ans, elle en a treize maintenant, et elle a grandi sans lui. Sa mère, après avoir perdu pied, s’est beaucoup investie dans l’association des familles de victime, association qui n’a jamais cessé de vouloir savoir ce qu’il était advenu de l’avion et de ses passagers. Elle est toujours célibataire et peut compter sur ses parents pour l’aider à élever Paloma, qui va aussi bien qu’une adolescente de 13 ans, finalement : elle est proche de son ami Vik qui, précisons-le, est un ami fiable, solide et constant.

Tout aurait pu en rester là, Paloma aurait continué à vivre avec sa mère, confiante en l’espoir de trouver enfin une information, une piste, si elle n’avait été contacté par quelqu’un, l’incitant ainsi à reprendre l’enquête elle-même, avec l’appui de Vik, qui surfe sur le net bien mieux que sur la mer. Ce qu’elle va découvrir ? Elle découvrira beaucoup de choses sur elle-même, d’abord, sur le fait que son père lui manque bien plus qu’elle ne le pensait, sur sa mère et ses grands-parents également : un adolescent ne mesure pas toujours à quel point les personnes qui l’entourent tiennent à elle, s’en font pour elle. Paloma vit, jour après jour, avec la disparition de son père, avec l’association, et elle ne songe pas forcément qu’il est d’autres familles qui souffrent et s’inquiètent autant que la sienne.

Il est question aussi – un peu – des dangers d’internet, des traces que l’on laisse sans y penser, des renseignements que l’on peut obtenir facilement si l’on s’en donne la peine. Il est toujours utile pour les jeunes lecteurs de s’en rendre compte, surtout que la lecture de ce livre ne présente pas de difficultés particulières.

A découvrir si vous voulez initier un jeune lecteur au roman policier t à la manière dont une autrice peut s’inspirer de faits réels pour écrire un roman.

Merci à Netgalley et aux éditions Rageot pour leur confiance.

Le bureau des affaires non résolues

Présentation de l’éditeur :

Tags, dégradation de matériel, paris illégaux, vol de voiture… Pour Gaspard, 16 ans, l’heure des comptes a sonné car son âge ne le protège plus face à la justice. Plutôt que de passer par la case « prison pour mineurs », il entre au Bureau des Affaires non résolues, un programme de réinsertion innovant. Durant trois mois, lui et le capitaine de police Ruben Arcega tentent de résoudre un cold case de leur choix. Rebelles, tous deux s’affranchissent vite des règles. Fils de vétérinaire, Gaspard s’intéresse à 128 faits divers anciens, 128 mutilations de chevaux dans la région… tandis que dans Toulouse, trois jeunes femmes sont agressées. Toutes ces affaires seraient-elles liées ? Mais par quoi ?

Merci aux éditions Rageot et à Netgalley pour leur confiance.

Mon avis :

Je commencerai par la fin : il est écrit « à suivre », et même si ce roman est une enquête policière complète, j’espère lire de novuelles aventures de Gaspard et de Ruben.

Ces deux-là n’étaient pas destinés à se rencontrer. Cependant, Gaspard, après la bêtise de trop, reçoit une mesure éducative : il devra travailler au Bureau des affaires non résolues. Lui qui a une histoire familiale lourde, lui qui aime l’urbex ne pensait pas se retrouver quotidiennement au poste de police. Il doit faire équipe pendant trois mois avec le capitaine Ruben Arcega, un policier qui n’est pas vraiment à cheval sur les procédures, même s’il les connait très bien – pour les contourner, voire pour zigzaguer entre elles, il faut bien les connaître.

Encore faut-il trouver un cold case à résoudre. Oui, ils sont nombreux. Encore faut-il faire mieux que les enquêteurs de l’époque, c’est à dire trouver une nouvelle piste. C’est plutôt une nouvelle affaire que trouvera Gaspard, reliant entre elles les mutilations de 127 chevaux, chiffre énorme et hors norme, montrant autant d’affaires non résolues, pour de multiples raisons. Cette affaire touche l’adolescent de près, lui dont le grand-père est mort de chagrin après avoir vu ses chevaux mourir brûlés vifs dans l’incendie de son écurie, lui dont le père, vétérinaire, a disparu depuis de nombreuses années. Il a d’autant plus à coeur de découvrir qui a commis ses mutilations (certaines scènes ne sont pas faciles à lire) et pourquoi : le mobile ne doit jamais être oublié (si, je vous assure, il est des auteurs qui ne pensent pas au mobile, enfin, surtout des auteurs de séries policières), et il ne fera pas défaut à cette intrigue.

J’ai apprécié ce livre, j’ai beaucoup aimé le déroulement de son intrigue. J’ai trouvé ces personnages hors normes très attachants, que ce soit Gaspard et son attachement pour Anthéa, qui ne cherche pas à rentrer dans le moule, ou Ruben, qui ne vit pas non plus comme tout le monde (mention spéciale pour son chien Poker). Et c’est pour cela que j’aimerai bien les retrouver !

 

 

Moi, Chocolat, petite chienne au grand coeur de Delphine Pessin

édition Didier Jeunesse – 160 pages

Présentation de l’éditeur :

Chocolat, une toute jeune chienne labrador, vient d’être adoptée par Gaby et son papa. Elle est aux anges ! Entre elle et le garçon de 8 ans, c’est le coup de foudre… l’inverse, ça ne se passe pas bien avec la belle-mère de Gaby, une mégère maniaque du ménage. Dès le premier jour, elle lui interdit d’entrer dans la maison. Il lui faut se débarrasser de ce maudit chiot qui lui pourrit la vie. Abandonné dans un bois très loin de la maison, Chocolat n’a plus qu’un seul objectif, retrouver son petit maître, et que justice soit rendue !

Merci aux éditions Didier Jeunesse et à Netgalley pour leur confiance.

Mon avis :

Et si l’on commençait ce roman par la fin ? Non, pas en lisant le dénouement, mais en lisant ce qu’écrit Delphine Pessin dans la postface : elle rappelle le nombre d’animaux (toujours croissants) abandonnés en France tous les ans. Elle rappelle aussi que les animaux sont toujours considérés en France comme des objets et qu’il est ainsi facile de les offrir comme cadeau à Noël, et de les abandonner quand ils sont jugés encombrants.

Etre offerte comme cadeau de Noël, c’est ce qui est arrivé à Chocolat, petite chienne labrador, qui a eu la malchance de ne pas avoir la bonne couleur, celle qui est à la mode. Oui, il existe des modes en matière de chiens, il suffit de se rendre dans un refuge pour s’en rendre compte. Elle est donc soldée, comme une robe ou une console de jeux à la limite de l’obsolescence. C’est ainsi que le père Noël, alias le père de Gaby, l’offre à son fils.

Digression n°1 : enfant, j’ai moi-même voulu un cocker, comme Bill, dans Boule et Bill. Il a vécu plus de quinze ans. Mon regret : à l’époque, pour des raisons esthétiques, on coupait les queues des cockers. Regardez à quoi ressemble un cocker maintenant, ils sont nettement plus beaux.

Seulement, rien n’est réellement près pour s’occuper d’un chien dans cette famille, et personne ne semble savoir que laisser un chiot seul toute la journée peut être synonyme de grosses catastrophes, ou de petites catastrophes selon le point de vue adopté. Chocolat ne fait pas exception. Il ne suffit pas d’avoir un jardin pour avoir un chiot, et il est des chiens qui vivent très bien en appartement, à condition de ne pas être trop grand, et de sortir régulièrement (vous vous doutez bien que là aussi, j’ai un exemple en tête, un exemple si âgé qu’elle se promène aujourd’hui dans une poussette adapté, la marche, à presque 18 ans, quand on est un chien, c’est compliqué).

Une première solution est donc trouvée : la niche. Chocolat se retrouve donc… dehors, et c’est là qu’elle fait la connaissance de Saussette (qui a un léger défaut de prononciation) alias le chat du voisin. Je recommence depuis le début : le roman nous est raconté du point de vue de Chocolat, qui découvre e même temps que ses maîtres ce que c’est d’avoir des maîtres, ce que c’est d’être un chien dont tout le monde n’a pas voulu. Oui, la belle-mère de Gaby ne voulait pas d’un chien, elle ne voulait pas vivre dans une maison avec jardin, elle préférait la ville, et les sorties. Et ne pas avoir à prendre soin d’un enfant ? Peut-être aussi. C’est elle, en tout cas, qui abandonnera Chocolat – elle seule. J’ai pourtant envie de dire que ses raisons ne m’intéressent pas tant que cela, parce que nous sommes ici dans un roman, et que, mine de rien, Chocolat aura de la chance. Le taux de survie d’un animal domestique dans la nature est extrêmement faible, il est bon de le rappeler aussi. La petite chienne fera des rencontres qui lui permettront de survivre, alors que d’autres rencontres auraient pu s’avérer fatales. Je ne vous dirai pas non plus si elle retrouvera un maître, ou si elle retrouvera son maître. Le récit montre néanmoins que tous les humains ne choisissent pas nécessairement la solution de facilité, qu’ils sont capables d’attention et de générosité, et ceci n’a rien à voir avec les moyens financiers, la générosité, c’est consacrer du temps à l’autre, prendre soin de l’autre.

 

Colombe à l’hôtel du lac : Le début d’une nouvelle vie de Sophie Rigal-Goulard

Présentation de l’éditeur :

Colombe a 12 ans. Elle aime observer les autres et sent quand ils lui cachent un secret. Ses parents, qui viennent de racheter l’Hôtel du Lac sur les rives du lac d’Aix-les-Bains, accueillent leurs premiers clients en cette fin d’été. Serviable, attentive, elle se lie avec Meredith et Paul. Bientôt Colombe découvre grâce à son jeune frère Caspar que l’annexe de l’hôtel abrite un étrange bric-à-brac. Le soir, elle aime se réfugier dans sa chambre-nid au dernier étage, où un faucon la rejoint parfois. Là des songes l’assaillent, nuit après nuit….

Mon avis :

Merci à Netgalley et aux éditions Rageot pour leur confiance.

Voici un roman qui commence comme une histoire de famille, une famille unie, aimante, une famille dont les parents ont choisi de changer de vie, et pour cette raison, ils ont partis à Aix-les-Bains, ont acheté un hôtel et l’ont rénové. Colombe, le personnage principal, est fille unique. Oui, je m’amuse avec ce terme, parce que c’est celui qu’emploieraient certains de mes proches. Elle est en effet la seule fille d’une fratrie de cinq enfants, ses quatre frères ont tous des tempéraments bien différents. Le petit dernier, Caspar, a notamment un ami imaginaire, Henry, avec lequel il dialogue fréquemment. Colombe aimerait bien que son frère ait de vrais amis, comme elle avec Meredith, une jeune anglaise en vacances avec ses parents, et Paul, dont la mère travaille à l’hôtel. Non, Caspar s’entend très bien avec Henry, qui semble bien connaître l’hôtel.

Et Colombe, le connaît-elle vraiment ? Elle n’en est pas si sûre que cela, surtout qu’il n’est pas si facile que cela de remonter la piste des propriétaires précédents. La généalogie des bâtiments est pourtant un genre très intéressant, si l’on n’y songe bien. Ce roman qui avait commencé comme une histoire de famille se teinte alors de nuances de polar, de fantastique et de roman historique. Colombe, à la suite de faits inquiétants, se retrouve non pas tant à enquêter – il est des policiers pour cela – mais à rechercher ce qui a bien pu se produire à l’hôtel, des années plus tôt. Effrayant ? Oui, si l’on n’y réfléchit bien et si l’on connait la période historique dont il est question (la seconde guerre mondiale).

Un final qui donne envie de découvrir la suite de ce livre qui avait commencé tout en douceur.

Nectar et Ambroisie et le monde des ténèbres de Sabina Colloredo

Présentation de l’éditeur :

Depuis que le terrible Hadès a kidnappé Perséphone, la glace et la neige recouvrent la planète qui s’est transformée en un désert blanc et fantomatique. Tandis que sur l’Olympe, Zeus et les autres dieux se chamaillent sans parvenir à trouver une solution, Nectar et Ambroisie réussissent à entrer dans le royaume d’Hadès. Leur but : convaincre le maître des Enfers de libérer son épouse, afin de ramener le printemps sur Terre.

Mon avis :

Ayez des enfants, tiens ! C’est sans doute ce que se dit Zeus qui, franchement, dans cette histoire, a fort à faire – et des soucis à la pelle avec les autres divinités. Oui, Nectar et Ambroisie lui causent bien du tourment, même si c’est Hera, sa femme, très maternelle, qui les a pris sous son aile. Nectar et Ambroisie sont la cause d’un gros souci pour lui, mais juste avant, il en avait un autre, véritablement énorme, hors-norme : son frère Hadès. Il a enlevé Perséphone ! Depuis, la mère de la jeune fille, Perséphone est extrêmement malheureuse, au point qu’un hiver éternel recouvre la terre. Pratique pour faire de la luge. Un peu moins pour faire pousser du blé. Zeus a beau chercher une solution… il la cherche, il ne la trouve pas ! Aussi, Nectar et Ambroisie vont agir de leur côté.

Comment vont-ils faire ? Utiliser tous les moyens qui vont se trouver à leur portée, mais chut ! Je ne vais pas vous révéler comment ils sont fait. Ce que je peux vous dire, en revanche, est que la mythologie est parfaitement respectée, et tant pis si cela peut choquer certaines âmes sensibles – je pense notamment aux soucis d’Aphrodite avec sa progéniture, qui complique considérablement ses amours. Oui, le monde des dieux grecs est tout sauf simple et reposant. Ils peuvent aussi être complètement injustes ! J’ai vraiment envie de lire ce livre à mes 6e, parce que je suis quasiment certaine qu’il leur plaira.

Merci à Babelio et aux éditions Hachette pour ce partenariat.

Chambre 213 par Ingelin Angerborn

Présentation de l’éditeur :

Cet été, Elvira, 12 ans, part pour la première fois en colonie de vacances. Mais à peine est-elle installée dans la chambre 213, une chambre inoccupée depuis des années, avec deux camarades que des incidents étranges se produisent. Une bague disparaît puis réapparaît, des objets sont déplacés, la porte de leur chambre s’ouvre toute seule… Quelqu’un s’amuse-t-il à leur faire peur ou bien des événements plus surnaturels sont-ils à l’œuvre ?

Mon avis :

Merci à Netgalley et aux éditions Rageot pour ce partenariat.

Ce que j’aime dans la littérature jeunesse suédoise, c’est sa capacité à être originale. Je pourrai dire qu’il appartient au genre policier – des objets disparaissent, et les adolescentes enquêtent pour les retrouver. Je pourrai dire aussi qu’il s’agit d’un roman assez classique : il est fréquent que la littérature jeunesse fasse se rencontrer des personnes d’horizons différents et montrent ce que leur a apporté leur confrontation. Je pourrai ajouter que le roman se teinte peu à peu de fantastique. Ce serait à chaque fois réducteur parce que l’autrice Ingelin Angerborn connaît les codes des différents genres et jouent avec eux.

Le récit est rétrospectif, l’on sait donc qu’Elvira et ses amies Bea et Maja vont s’en sortir. L’on sait aussi qu’elles n’ont plus envie de parler de ce qui s’est passé, preuve que les événements qu’elles ont vécus les ont marqués, plus profondément qu’un lecteur adulte pourrait le penser. Comme dans tout bon roman proche du genre fantastique, il restera des zones d’ombre, des faits pas entièrement expliqués, des doutes, enfin, puisque seules les jeunes filles sont témoins de certains phénomènes, et elles ont beau les vivre, elles n’ont pas elles-même d’explications rationnelles de ce qu’elles ont vécu, doutant de leur propre perception.

Plus légèrement, le lecteur peut voir aussi que la colonie de vacances se passe bien, que des amitiés se nouent, malgré les différences. Les activités se passent bien, les adultes prennent soin des jeunes qui leur sont confiés. C’est sans doute parce que tout se passe bien que le fantastique peut s’épanouir – parce que tout va bien.

Chambre 213 – une lecture pour frissonner.

Les orphelins du rail par Fabien Clavel

Présentation de l’éditeur :
La vie de Meli de Budapest est bouleversée quand elle fête ses 13 ans. Comme tous les orphelins de son âge, elle est invitée à participer à une chasse au trésor à travers l’Europe : la course à l’Adamant ! On donne à Meli un passegare qui va lui permettre de vivre comme les richissimes Voyageurs qui sillonnent l’Europe à bord de trains gigantesques et fabuleux. Mais pour certains orphelins, la course est plus qu’un jeu et ils sont prêts à tout pour s’emparer des pièces du puzzle qui indique l’emplacement du trésor.
On murmure même que le terrible Lafcadio serait de la partie..
Mon avis :
Le début de mon avis peut sembler étrange, pourtant, j’ai eu l’impression de lire un ouvrage de littérature jeunesse non identifiée, c’est à dire un roman historico-stempunk, qui nous emmène à travers l’Europe grâce à ses trains qui la parcourent en tout sens. D’un côté, nous avons le monde des Voyageurs, qui ne quittent un train que pour monter dans un autre et qui se garde bien de se mêler aux autres, à tous les autres.
Ces « autres », nous en avons un aperçu à Budapest avec Meli. Elle vit, comme de nombreux enfants, dans un orphelinat : il faut dire que de (trop) nombreux enfants se sont retrouvés orphelins parce que leurs parents sont morts au cours de la construction de ces fameuses lignes de train. Meli a pris sous son aile un autre orphelin, Tibor, et au milieu d’un orphelinat où tout manque (et ce n’est pas la faute de la directrice qui fait de son mieux), elle a indiqué au tout jeune garçon, qui pourrait être son petit frère, sa combine pour mieux manger. Oui, à lui, et à lui seul : la solidarité n’est pas de mise, et le danger est grand.
Un jour, tout change pour Meli parce qu’on lui a proposé de participer à la course à l’Adamant. Elle n’a pas vraiment envie de participer, cependant, elle n’a pas le choix, on lui force littéralement la main. Autant dire que cela ne rend pas très sympathique le Magnat, lui qui possède tout ou presque tout en Europe : pourquoi, au lieu d’organiser une chasse au trésor, ne dote-t-il pas davantage les orphelinats ?
L’une des réponses pourrait être dans les oeillères des Voyageurs : ils ne voient pas dans quel pauvreté vivent ceux qui ne sont pas comme eux. Puis, le lecteur se rend compte très vite qu’ils voient parfaitement, ce qui leur permet de mépriser profondément les autres, de ne rater aucune occasion de les humilier. Meli et les autres orphelins ont beau avoir un passegare, cela ne les transforme pas en Voyageurs pour autant.
Nous étions déjà dans un roman d’aventures, dans un roman initiatique – c’est fou en quoi manger à sa faim peut changer une vie – nous nous retrouvons très vite dans un roman policier. Qui peut vouloir supprimer les orphelins, les concurrents les plus sérieux du moins. Certes, il y a bien ce monstre, ce Lafcadio, mais le but des monstres est avant tout de faire peur aux enfants, pas d’exister et de tuer. Quelqu’un pourra-t-il l’arrêter, ou plutôt, quelqu’un se préoccupera-t-il de l’arrêter ? Après tout, il ne s’en prend qu’aux orphelins. Et de tout temps, il est très facile de s’en prendre à ceux qui n’ont personne pour se soucier d’eux.
Un très beau roman d’aventures.
Merci aux éditions Rageot et à Netgalley pour leur confiance.

Hercule, chat policier : Potager en danger

édition Rageot – 96 pages

Présentation de l’éditeur :

Qui a saccagé le potager ? Un gros animal ? Un voleur ? Puisque les humains sont incapables de le découvrir, Hercule le chat décide d’enquêter.

Mon avis :

Il est bien sympathique d’avoir, en plein coeur de la ville (Saint-Denis, dans le 93 en l’occurrence), des jardins associatifs. Ces terrains, dont on ne parle pas assez, permettent aux citadins qui les louent de s’adonner aux plaisirs du jardinage et de faire pousser leur propres légumes. Les bénéfices sont nombreux : la vie en plein air, l’activité physique, et la joie de voir le fruit de son travail. Hélas ! Quelqu’un saccage les potagers, les uns après les autres. Qui cela peut-il être ? Hercule mène l’enquête, mais ce n’est pas facile quand on est un chat. Il est aidé par Diabolo, charmant bouledogue (ne manquez pas l’illustration où nous pouvons le voir en train de « traîner » sa maîtresse sur la piste du coupable), et par les jumelles Albane et Joyeuse qui elles aussi voudraient bien trouver le coupable. Celui-ci est plus proche qu’il n’y paraît, et il a un mobile tout à fait surprenant. Il est vrai que l’on peut trouver de tout dans un jardin.

Cette neuvième enquête d’Hercule fut tout aussi agréable à lire que les autres.

Guilty – L’affaire Helena Varance de Jean-Christophe Tixier

Présentation de l’éditeur :

Fille de juge, Helena Varance, 21 ans, milite activement avec les Partisans d’une Justice Équitable. Mais quand elle apprend que Richard Clarke, pédophile, va être libéré à la faveur de trois millions de clics et qu’elle doit le protéger de lyncheurs ou de parents de victimes, ses principes volent en éclats. Son douloureux passé, qu’elle croyait enfoui à jamais, resurgit… Les valeurs auxquelles elle croit feront-elles rempart contre son dégoût envers Clarke, et la crainte qu’il recommence… ? Entendra-t-elle les plaintes des proches de victimes ?

Mon avis :

Je découvre le tome 3 alors que je n’avais pas le courage de lire le tome 2 – je n’avais pas accroché au premier tome, celui-ci se passe deux ans plus tard et nous aurons des nouvelles de son personnage principal. Ici, c’est le contraire : j’ai à peine commencé le livre que j’ai eu envie de le terminer, ce que j’ai fait très rapidement.

Il faut dire que, dans ce troisième tome, nous ne sommes pas avec un coupable qui a été relâché à la suite des clics sur internet – les joies d’internet, les dérives des réseaux dit sociaux, le premier tome en explique bien les ressorts. Aujourd’hui, c’est un pédophile qui doit être relâché, et de très nombreuses personnes sont prêtes à lui faire la peau, comme si le supprimer allait ôter les souffrances de ses victimes. Helena est membre de P.J.E., elle est particulièrement investie, rigoureuse mais… son avant-dernière mission a dérapé (voir tome 2). Sa dernière mission, effectuée la veille de la libération de Richard Clarke, aussi. Et cette nouvelle affaire, dont elle va essayer de s’acquitter du mieux qu’elle peut, la touche tout particulièrement.

Nous suivons à la fois Helena lors de sa mission, pendant laquelle elle forme un nouveau membre des P.J.E. particulièrement prometteur (du moins aux yeux de leur chef, un peu moins aux yeux d’Helena) et Helena qui se replonge dans son passé, dans ce qu’elle a vécu à partir de ses dix ans, de ses séances chez son psy. Ses souffrances sont toujours là, et c’est pour cela qu’elle peut comprendre les victimes de Richard Clarke, c’est pour cela aussi qu’elle ne veut surtout pas se livrer – la mission avant tout.

Bien sûr, en tant que professeure, je me dis que ce livre pourrait servir de base à bien des travaux d’argumentation, des débats. Je me dis aussi qu’il permet de voir, de lire, toutes les lâchetés dont est capable l’être humain, quand il sait qu’il peut agir en toute impunité. Les mêmes qui veulent lyncher les pédophiles sont ceux qui insultent leurs victimes – et lyncher les victimes sur les réseaux sociaux ou IRL est une réalité 2022.

Le rythme du récit est particulièrement soutenu, destiné à faire réagir et à émouvoir le lecteur, jusqu’au point culminant : la dernière phrase du roman est une grande claque.

Merci aux éditions Rageot et à Netgalley pour leur confiance.