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Mercredi, c’est papi de Laurent Simon et d’Emmanuel Bourdier

édition Flammarion Jeunesse – 96 pages

Présentation de l’éditeur :

« Le mercredi après-midi, c’est chez papi et mamie, et c’est un peu l’enfer aussi.
Il n’y a pas Internet, et seulement trois BD un peu moisies.
– Je m’ennuie.
– Mais non mon roudoudou. On ne s’ennuie jamais à ton âge. Va voir papi.
– Non. Papi, il est aux fraises.
– Pas du tout ! Il est aux haricots. Va le voir, ça lui fera plaisir.
Papi est bien aux fraises. Etre aux fraises, c’est perdre la boule, avoir des courants d’air entre les deux oreilles, yoyoter du citron. »
Et pourtant pour Simon, le mercredi avec papi va devenir immanquable !

Mon avis :

C’est un très joli livre que celui-ci, non seulement par le récit qu’il raconte, mais aussi par sa fin, qui laisse à entendre : « maintenant, c’est à toi de raconter des histoires. »

Chez ses grands-parents, qui le gardent tous les mercredis après-midi, Simon s’ennuie, à point qu’il est difficile d’imaginer. Pas d’internet, pas même de télévision. Quant aux bandes dessinées, comment dire ? Simon n’est pas fan de Bécassine. Aller voir son grand-père ? Euuuuuuuuuuuuh. Disons que le grand-père en question perd un peu la tête, il n’a pas tout à fait la vivacité d’esprit de son petit-fils, ni la capacité de jouer avec les mots de la grand-mère – qui, rappelons-le, est aussi sa femme avant d’être une grand-mère ! Simon le dit très bien lui-même :

« C’était quoi papi avant d’être papi ? »

C’est ce que papi va lui raconter. Ou plutôt, chaque mercredi, il lui donnera une nouvelle version de son passé, inventant à chaque fois des aventures rocambolesques pour les oublier aussitôt. Simon ne va plus du tout s’ennuyer avec son grand-père ! Et même…. Mais j’en ai déjà beaucoup dire.

Mercredi c’est papi est une histoire à la fois tendre et drôle, qui n’oublie ni les aléas de la vie, ni que la fin peut aussi être heureuse.

 

Le passeur de fantômes, tome 5 : Le train fantôme de Johan Heliot et Alain Grousset

Présentation de l’éditeur :

Malo, son amie médium Silène et le fantôme Octave ont la chance de passer le week-end dans un parc d’attractions dédié au fantastique !
Leur séjour serait parfait si la sœur de Malo, Sofia, qui les accompagne avec leurs parents, ne venait pas toujours fourrer son nez dans leurs affaires… d’autant que, au cœur du train fantôme, ils découvrent bientôt un spectre de la Première Guerre mondiale qui a besoin de leur aide ! Leur seul indice pour trouver ce qui le retient sur Terre : une vieille lampe de mineur…

Mon avis :

Les aléas du direct en librairie. Ou comment commencer une série par le tome 5 (je ne savais même pas en l’achetant que c’était un tome 5) et partir après à la rechercher des autres tomes. Depuis, j’ai trouvé le 1, et c’est tout.

Ce devrait être un moment de pause, de repos pour les personnages : tous les trois, Malo, Silène et Octave, fantôme de son état, sont en week-end dans un parc d’attraction fantastique. Première cause de fatigue : Sofia, la petite soeur de Malo, les accompagne, ce qui, si l’on y réfléchit, est bien normal. Quand on part en famille dans un parc d’attraction, on part avec toute la famille. Ensuite, je rappelle le rôle traditionnel d’une petite soeur (d’après une de mes élèves, petite soeur elle-même) : énerver son grand frère. Sofia remplit parfaitement son rôle !

Ce qui n’était pas prévu, en revanche, c’est qu’un véritable fantôme se trouve dans ce parc d’attraction. Certes, sa présence réjouit le directeur : « Je suis absolument enchanté qu’un véritable fantôme ait élu domicile dans mon parc ! » En revanche, le fantôme, un soldat de la première guerre mondiale, préfèrerait peut-être comprendre pourquoi il est encore là. Malo, Silène et Octave vont donc enquêter.

Ce qu’ils vont découvrir ? J’ai trouvé que c’était une très belle histoire, malgré les tragédies liées à la première guerre mondiale, malgré l’égoïsme de certains.

Un livre à partager.

Mercredi gentil de Jérôme Lambert

Présentation de l’éditeur :

Autant le dire tout de suite, ça n’a pas été chose facile car je ne savais pas du tout comment attaquer le problème. Je n’étais pas sûr qu’on puisse apprendre la sympathie et la gentillesse, mais je devais essayer. Je me suis rassuré en me disant que ça ne devait pas être si compliqué et que tout le monde pouvait y arriver, je connaissais des tonnes de gens sympas ou, ce qui revenait au même, qui avaient la réputation d’être sympas. Alors, pourquoi pas moi ? Il suffisait d’observer et de reproduire.
Copier. Coller.

Mon avis :

Mercredi gentil, c’est le tome 3 des aventures de Lucien, Basile dit Croûton et Fatou. Ce n’est pas que rien ne va plus dans le couple Lucien/Fatou, non, c’est que Fatou a demandé à Lucien d’être gentil, et le moins que l’on puisse dire, c’est que Lucien ne sait pas vraiment ce que c’est. Ou plutôt si : il sait, il voit, il a même un exemple sous les yeux, et il se dit que non, être gentil, ce n’est pas possible, pas pour lui. Or, s’il ne veut pas perdre Fatou (sa plus grande peur), il va bien falloir qu’il le soit, gentil.

Lucien essaie donc. Il essaie dès le petit déjeuner (échec), il essaie au club de théâtre (re-échec, sans oublier quelques soucis à venir avec les prunes), il demande donc conseil à sa grand-mère, quasiment à la pointe de la technologie, et à Croûton, son meilleur ami. Mieux encore :  il suit les conseils qui lui ont été donnés ! Pas simple, pas simple, mais il s’y tient.

Mercredi gentil, c’est d’abord se questionner sur ce qu’est la gentillesse, sur la manière dont la gentillesse est perçue, et sur le fait que oui, on peut être gentil « naturellement ». C’est aussi se demander pourquoi, pour plaire, il serait nécessaire de changer sa nature. Lucien n’est pas un « gentil », et il me paraît peu probable qu’il le soit un jour. Ce troisième tome lui fait cependant comprendre que s’intéresser aux autres, c’est bien aussi, ce n’est pas nécessairement niais.

Sur ce, je vous laisse… j’ai des chatons à surveiller.

 

Combattre pour être soi de Clarisse Agbégnénou

édition Rageot – 160 pages

Présentation de l’éditeur :

Judokate mondialement connue, Clarisse Agbégnénou nous raconte ici sa jeunesse jusqu’à son premier titre mondial, à 21 ans. De sa naissance à son entrée au club d’Asnières à 9 ans, nous la suivons au sein de sa famille. Jugée turbulente par ses enseignants, elle choisit de faire du judo pour canaliser son énergie. Remarquée pour ses qualités athlétiques, elle brûle les étapes pour obtenir ses ceintures et survole ses concurrentes dans toutes les compétitions. Dès 14 ans, Clarisse entre au Pôle France d’Orléans, antichambre de l’INSEP qu’elle intègre trois ans plus tard. Elle devient championne d’Europe dans la foulée ! C’est le début d’une incroyable réussite à la fois sportive et humaine…

Merci aux éditions Rageot et à Netgalley pour leur confiance;

Mon avis :

Petit avertissement simple : je ne suis pas sportive, je ne connais que peu de choses au judo, même si l’un de mes cousins a pratiqué ce sport pendant de longues années. Cela ne m’a pas empêché d’aimer la lecture de ce livre, qui ne s’adresse pas qu’aux sportifs et qui, surtout nous parle avant tout d’être soi, d’oser être soi, et non de rentrer dans la norme.

Clarisse Agbegnenou retrace son parcours, de sa naissance prématurée à son premier titre mondial. Chaque chapitre représente une étape et se clôt par un bilan, par des conseils, bref, par la volonté d’aider son lecteur à trouver sa voie. La première clé est de prendre du plaisir, quel que soit l’activité pratiquée. C’est une notion qui est trop facilement oubliée par, eh bien par les adultes (pas tous, heureusement) comme si une activité n’avait de valeurs que parce qu’elle faisait souffrir. La seconde clé, c’est la persévérance, se souvenir de ce que l’on veut vraiment. Oui, il faut faire des choix, et certains ne sont pas faciles, certains ne seront pas compris par les amis, voire par le petit ami. Et cela nous emmène vers ce que j’ai appelé la troisième clé : être bien entouré(e). Oui, j’ai l’impression d’enfoncer une porte ouverte, mais combien de petits amis ne sont pas prêts à passer après la passion de leurs petites amies ? Très peu. C’est très souvent la jeune fille qui est obligée de se sacrifier pour le jeune homme, parce que celui-ci (et beaucoup de personnes avec lui) pensent que les passions d’un garçon valent plus que celles d’une fille. J’ajoute, pour ceux qui sont « fleur bleue », qu’il en est qui pense que l’amour vaut tous les sacrifices. Justement : si l’on aime une personne, on est heureux de la voir s’épanouir dans une discipline qu’elle aime.

Il est d’autres sujets tout aussi importants qui sont abordés dans ce livre : le racisme, le rapport au poids et à la nourriture. « Si un jour, j’ai un enfant, je ne lui mettrai jamais la pression sur son poids. Heureusement que je suis bien entourée, mais j’ai vu des filles s’affamer pour être dans la catégorie inférieure… Les adultes ne se rendent pas compte du poids de leurs paroles…  » Ses phrases ont résonné en moi, parce qu’il est important de rappeler aux filles (oui, toujours elles) que leur valeur ne dépend pas d’un chiffre sur une balance.

N’allez pas croire cependant que le livre soit rébarbatif à lire, bien au contraire. Ce récit est au contraire très positif, montrant comment persévérer, surmonter les obstacles, non pour rentrer dans la norme, mais pour être véritablement soi.

 

Léon et Gustave. Au cœur de la mine par Sophie de Mullenheim

Présentation de l’éditeur :

Léon va bientôt avoir douze ans. Il est fils et petit-fils de mineur. Pour lui, l’avenir est tout tracé : il sera mineur. Mais Léon va à l’école et, contrairement à ses parents et grands-parents, il sait lire et écrire. Il lit beaucoup d’ailleurs : les livres que lui prête son instituteur et le journal dans lequel il suit avec passion l’avancée des travaux de la Tour Eiffel. A mesure que l’immense tour s’élève, le rêve de Léon grandit : il veut devenir apprenti dans les ateliers du grand Gustave Eiffel. Il veut construire des tours, des ponts, des bâtiments… La famille de Léon, pourtant, est loin de partager son enthousiasme. Plus vite le garçon travaillera à la mine et plus vite il rapportera des sous à la maison.

Mon avis  :

La lecture de ce roman fut difficile, presque un roman dont j’ai regretté d’avoir sollicité le partenariat. Oui, cela peut sembler un peu dur à dire je le sais, mais je pensais, j’espérais apprécier davantage cette lecture. On ne refait pas le passé, on ne peut guère changer les choses. Je ne peux non plus changer mon parcours de lectrice, celle qui à 13 ans avait déjà lu Germinal. Léon a des rêves, il a brillamment réussi le certificat d’études, mais il ne pourra pas faire d’études, parce que son père en a décidé autrement. Il est toujours bon de rappeler que les enfants cessaient d’être des enfants à douze ans (au mieux) et allaient travailler dans les mêmes conditions que les adultes, que leur salaire était pour leurs parents, pour aider la famille à vivre. Léon rêve, cependant, un peu, mais la vie à la mine se charge d’étouffer ses rêves. Il est ami avec Marie, qui travaille elle aussi à la mine. Pour ceux qui font mine que le travail des femmes est récent, il est bon de rappeler que les femmes ont travaillé de tout temps, y compris quand elles étaient enceintes. Ainsi, Minette est née dans la mine, d’où son prénom, parce que sa mère, hercheuse, n’a pas eu le temps de remonter à la surface pour accoucher – ce qui signifie, pour ceux qui n’auraient pas compris l’horreur de la situation, que des femmes enceintes poussaient des berlines pleines de charbon. Minette a la poitrine faible, sans doute parce qu’elle a respiré de la poussière de charbon à la naissance. C’est le seul point positif : elle ne peut travailler sous terre, elle travaille à la lampisterie. Même l’amitié entre Cachou, la jument, et Léon n’est pas pour moi un événement heureux, puisque Cachou descend à son tour – et le fait qu’elle soit désormais avec Léon ne me fait pas oublier quelle fin attend les chevaux au fond des mines.
Je reconnais que le monde de la mine, exact opposé du monde de Gustave Eiffel, est très bien décrit. Cependant, je ne suis pas sûre d’avoir envie de partager ce livre avec mes élèves.

L’école des rêves, tome 2 : Les voyageurs de Paul Ivoire

Présentation de l’éditeur :

Il faut sauver la fabrique des rêves !
Loin au-dessus de nos têtes, par-delà les nuages, se trouve le monde d’Evêria, où sont fabriqués les rêves des humains. C’est la panique à l’École des rêves, où le jeune Kimlan vient de faire sa rentrée ! De dangereuses chauves-souris attaquent les élèves et les bulles qui contiennent les rêves ne sont plus envoyées sur Terre. Kimlan est persuadé que le responsable de tous ces problèmes est le Sanguin, un élève de deuxième année. Mais bientôt, le doute s’installe : et si cette situation était en fait l’oeuvre diabolique… d’un humain ?

Merci aux éditions Poulpe Fictions et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis ;

Quand j’ai refermé le premier tome de l’école des rêves, j’espérais qu’il ne s’agissait que d’un premier tome, justement. La lecture de ce second tome confirme tout le bien que je pense de cette série.

Les personnages avaient encore beaucoup à nous dire, et ils nous en disent beaucoup sur ce monde des rêves, sur l’importance aussi, de ce temps de repos nocturne pour le psychisme. Rêves et cauchemar sont indispensables pour l’être humain. Et ce sont sur les humains, justement, que veillent Kimlan, les autres élèves et les professeurs. C’est peu de dire qu’ils ont du pain sur la planche et que leurs aventures sont mouvementées, elles le sont ! Si certains personnages semblent ne pas avoir changé, cela ne veut, finalement, rien dire, parce que le monde de L’école des rêves n’est pas un monde figé, n’est pas non plus un monde manichéen, les personnages sont loin d’être simplistes, même ceux que l’on pourrait considérer comme des adversaires de ce fameux monde des rêves.

Autre atout du livre : les dessins d’Antoine Brivet qui illustrent parfaitement ce monde si particulier.

Un univers littéraire à découvrir !

Charlie et la chocolaterie de Roald Dahl

Présentation de l’éditeur :

Le métier de visseur de capuchons de tubes de dentifrice ne permettait pas à Mr Bucket de subvenir aux besoins de sa nombreuse famille : Mrs Bucket son épouse, grand-maman Joséphine et grand-papa Joe, grand-papa Georges et grand-maman Georgina. Sans oublier son fils Charlie dont le rêve le plus fou était de manger du chocolat ! Aussi, quelle ne fut pas l’émotion du jeune garçon en apprenant que Willy Wonka invitait cinq enfants à visiter sa merveilleuse chocolaterie, la plus célèbre du monde entier. Les cinq enfants qui découvriraient un ticket d’or caché dans cinq bâtons de chocolat…

Mon avis :

La première fois que j’ai lu Charlie et la chocolaterie, c’était en 2005 : le film de Tim Burton allait sortir et j’organisais la sortie scolaire pour emmener tous les sixièmes de mon établissement au cinéma. Si vous enseignez dans une grande ville, cela ne vous semblera peut-être rien. A Trou-Paumé-les-Bruyères, même encore aujourd’hui, il arrive que des enfants nous disent : « merci, c’est la première fois que je vais au cinéma. »

Bien sûr, j’ai gardé des souvenirs de ma lecture et du film. Mais l’on en arrive à oublier beaucoup de choses. Par exemple, j’avais oublié l’extrême pauvreté dans laquelle grandit Charlie. Sa mère s’occupe à plein temps des quatre grands-parents, tous impotents. Le père est ouvrier – et visser des capuchons de tubes de dentifrice n’offre pas des salaires mirobolants. Manger à leur faim est déjà compliqué, alors se permettre des fantaisies alimentaires… L’on pourrait dire que l’on est dans un conte, et pourtant. Combien d’enfants ne mangent de repas équilibrés qu’à la cantine ? Les chiffres manquent, et si le confinement a permis d’en parler, un peu, le sujet est très vite passé à la trappe.

Comme dans un conte, cependant, un objet fabuleux doit être découvert. Il ne s’agit pas de mérite, de courage, mais de hasard : cinq tickets d’or ont été cachés dans les célèbres tablettes au chocolat de Willy Wonka. L’anniversaire de Charlie approche, anniversaire pour lequel il reçoit une tablette de chocolat, qu’il mange petit à petit, comme jadis, d’autres enfants recevaient une orange. Mais les jours passent et d’autres enfants – Augustus, Veruca, Violet, Mike – trouvent le ticket, grâce à la goinfrerie ou aux moyens financiers de leurs parents (l’un n’allait pas sans l’autre). Le miracle survient cependant : grâce à son grand-père Joe, Charlie parvient à acheter une barre de chocolat qui contient le dernier ticket d’or. Fin de ce que je considère comme la première partie du roman, cette quête du ticket d’or, ces portraits des quatre enfants gagnants, tous jugés par la famille Bucket comme désagréables et trop gâtés.

La seconde partie est remplie de fantaisie. C’est un univers de conte que celui de la chocolaterie, avec toutes ses salles, ses inventions, pas toutes encore au point, ses sucreries à portée de main. Tous ne résisteront pas, pour mieux dire, les quatre autres enfants, les uns après les autres, seront incapables de respecter les interdits posés par Willy Wonka. Pour quelles raisons ? Leurs parents ne leur ont jamais posé d’interdits. Augustus mange constamment ? Pas grave, il a sans doute besoin de beaucoup manger. Veruca fait caprice sur caprice ? Papa a les moyens de les satisfaire, et cela va plus vite que de s’occuper d’elle – je pense souvent que les biens matériels remplacent, pour ces enfants, les soins et l’attention que leurs parents ne leur donnent pas. Violet se jette sur le chewing-gum expérimental ? Ses parents n’ont jamais eu la force de l’empêcher de mâcher et de mettre ses chewing-gums usagés partout, et tant pis pour les dommages collatéraux. Mike ? Laisser son enfant devant la télévision, c’est reposant. Plus de télé quasiment de nos jours, mais des écrans qui prennent encore plus de place dans la vie de tous les jours. L’auteur, car c’est sans doute sa voix que l’on entend à ce moment, suggère de remplacer les écrans par la lecture. Ce serait bien, les professeurs, les bibliothécaires s’y emploient. Mais il est tellement facile d’être « comme les autres » et de regarder les mêmes émissions que tout le monde.

Reste le dénouement. Charlie a accompli la quête, il ne le savait même pas, et il est le vainqueur. La fin peut sembler un peu abrupte : la suite dans Charlie et le grand ascenseur de verre.

Le chameau de la bibliothèque de Karine Guiton

Présentation de l’éditeur :

Monsieur Mache n’est pas un chameau comme les autres. Grand amateur de littérature, il passe son temps à emprunter des livres à la bibliothèque. Oui, mais voilà, il ne rend jamais les ouvrages empruntés ! Le chameau est-il seulement tête ou l’air, ou cache-t-il un véritable secret ?

Merci aux éditions Didier Jeunesse et à Netgalley pour leur confiance.

Mon avis :

C’est un roman « première lecture » qui en réjouira certains, fera grincer des dents à d’autres, ceux qui militent pour le respect total du livre. Mais n’anticipons pas !

Monsieur Mache est un chameau, il est surtout le plus fidèle lecture de la bibliothèque. Il est le plus imaginatif aussi : il a toujours une bonne explication pour justifier le fait qu’il ne peut rapporter un livre. Alors madame Floris, grande amatrice de fleurs et bibliothécaire de son état, décide d’appliquer le règlement et de l’exclure pendant un an et sept mois. Une éternité pour un amateur comme lui !

Madame Floris devra reconnaître que la vue de la bibliothèque manque cruellement de sel sans lui. Les autres membres du club des lecteurs déplorent l’intransigence de la biblothécaire, sa propre fille Kika est de leur avis et souhaite le retour de monsieur Mache. Alors ??? Que fait-il réellement avec les livres qui ont disparu ?

En l’apprenant, certains crieront au sacrilège. D’autres seront sensibles à l’humour et au réalisme du texte. Oui, l’autrice nous rappelle quel sort est réservé tous les ans à certains livres.

Le chameau de la bibliothèque est un livre très plaisant à lire et à partager.

 

La colo sans monos par Christelle Chatel

Présentation de l’éditeur :

Susanne, Victor, Valentin, Marouane, Océane et les autres… Un groupe de pré-ados en colo. Et puis, du jour au lendemain, des monos qui disparaissent… Autrement dit : la fête ! OK, il va falloir s’occuper des petits mais, pendant quelques jours, le groupe de copains va vivre libre ! Pourtant, parmi eux, certains s’interrogent : où sont donc passés les monos ?

Merci aux éditions Rageot et à Netgalley pour leur confiance.

Mon avis :

Cher papa, cher maman,
la colo, c’est fantastique !
La preuve : je suis obligé(e) de vous écrire parce que dans cette colo à l’ancienne, quasiment coupée du monde, avec des bêtes sauvages qui sont aux portes du dortoir (naaaaaaaaaaaaan, je plaisante), les portables sont interdits.
Les monos sont sympas et très discrets, tout le mode est sympa, merci, merci encore de m’avoir inscrit(e).
Bisous.

Oui, les lettres des principaux protagonistes ponctuent le récit. Elles nous permettent aussi d’en découvrir plus sur eux, ou de découvrir aussi ce qu’ils ne veulent surtout pas montrer. Et qui sont-ils ? Nous trouvons, par exemple, Susanne, dont la mère ne jure que par le bio et les graines de chia (toute ressemblance avec ma meilleure amie est fortuite), ou Océane, qui, à force de prendre soin de ses petits frères, sait parfaitement gérer des adolescents. Et ses qualités seront remarquées parce que les trois monos ont disparu ! Pourquoi ? Comment ? Que leur est-il arrivé ? Ce n’est pas tout d’abord la préoccupation première des enfants et des adolescents, qui sont heureux; eh bien, de ne plus supporter les adultes et leur envie de retour à une vie plus « sauvage » (ah, les réveils au clairon de Roger). Ils sont entre eux, ils sont dans leur bulle, mangent ce qu’ils veulent, peuvent organiser une fête tout de suite, et même inviter une chèvre, pourquoi pas, qui profitera du festin organisé. Mais cela ne dure pas. Nous ne sommes pas dans Deux ans de vacances, sur une île coupée du monde – même si la colo de la joue aux loups est assez isolée. Tous les jours ou presque, d’autres adultes viennent, la factrice, le livreur, même les gendarmes qui sont amis avec Roger, et un jour, quelqu’un va bien se demander pourquoi aucun adulte ne vient parler à d’autres adultes ! Même si c’est vrai qu’Elsa ressemble plus à une adolescente qu’à une adulte – et je suis contente de voir une autrice qui n’oublie pas les personnes qui s’écartent de la norme !
J’ai aimé la façon dont les personnages étaient caractérisés, et aussi la façon dont d’autres ne l’étaient pas – comme cette adolescente dont on oublie toujours le prénom, parce que cela arrive très souvent dans un groupe. J’ai aimé que des affinités se créent – ou pas – entre les différents pré-adolescents. Le fait de changer de point de vue est intéressant – parce que l’on découvre un regard nouveau sur ce qui se passe, et parce qu’épouser le point de vue d’un personnage ne nécessite pas de tout nous dire sur lui. ..
Alors, qu’est-il arrivé aux monos ? A vous de le lire !

Les apprentis samouraïs, tome 1 : Le trésor des Minamoto de Marine Carteron

Présentation de l’éditeur :

Sakura la kendoka, Léon le judoka et Logan le karateka sont invités par le célèbre Maître Saburo à un stage d’arts martiaux dans son dojo. Ils découvrent par hasard, dans une ancienne boîte de laque noire, un mystérieux origami en forme d’étoile, et trois anneaux magiques. Ces derniers ont appartenu à Hiro, Eiko et Ako du clan Minamoto, des guerriers samouraïs chargés de veiller sur un Trésor. En les enfilant, les trois enfants se retrouvent projetés au Japon au 16eme siècle. Ils comprennent vite qu’ils ont une mission : libérer l’esprit des trois samouraïs prisonniers de leurs armes… Mais, sur place, ils doivent affronter un terrible ninja noir prêt à tout pour voler le trésor antique des samouraïs.

Merci aux éditions Bayard et à Babelio pour ce partenariat.

Mon avis :

Le trésor des Minamoto est un livre de littérature jeunesse, le premier d’une série. Il est consacré aux arts martiaux, et il est assez rare de trouver des romans de littérature jeunesse (voire des romans tout court) qui en parle. Les soucis commencent d’ors et déjà pour moi parce que les arts martiaux ont été mélangés. Je m’explique : qu’une kendoka, un judoka et un karatéka fassent un stage ensemble me paraît peu logique, le tout sous la houlette d’une seule et même personne, maître Saburo, qui excellerait ainsi dans toutes les disciplines. Certes, je n’y connais pas grand chose, j’en sais cependant suffisamment pour me dire que ce n’est pas très crédible. D’ailleurs, j’aurai aimé en savoir un peu plus sur les arts martiaux que je ne connaissais pas (kendo et karaté) et je n’ai pas appris grand chose, si ce n’est les qualités pour être un samouraï. J’y reviendrai.

En effet, le début de l’intrigue m’a déçu, à cause des stéréotypes, comme s’il fallait à chaque fois que les personnages respectent des conditions préalables à toute aventure : un grand blond imbu de sa personne (parce qu’il est blond ?), une jeune fille asiatique madame je-sais-tout, victime du sexisme du premier personnage nommé et un noir qui passe la plupart de son temps à manger. Certes, les personnages évoluent, un peu, au cours du roman. Cette évolution durera-t-elle au début du second tome ? Je ne sais pas, mais ce serait bien.

Ce qui serait bien aussi, c’est que l’on arrête de stigmatiser les personnages qui ont toujours faim. Il y a une cause à la faim – surtout quand on est adolescent et que l’on subit des poussées de croissance. Et trouver normal de sauter le petit déjeuner pour accomplir une mission n’est pas bien : c’est se retrouver avec un risque d’hypoglycémie au cours de la matinée. Certains ont tendance à oublier que c’est à l’adolescence que se développe les troubles alimentaires, et j’espérai sincèrement voir un jour la fin des romans dans lequel l’ado qui mange est toujours sujet à moquerie.J’ajoute que le second personnage qui est aussi la cible de moquerie est le personnage qui sait, comme si son savoir était inutile. Sakura sait beaucoup de choses, mais son habitude de transmettre son savoir est jugée « agaçante ». Logan pense même « autant qu’elle se taise » parce que pour lui (et je l’espère, pour personne d’autres) « étaler sa science » est inutile. (p. 122).

De même, le roman est rempli de termes liés à la culture asiatique. C’est très bien, mais c’est peut-être trop d’informations à intégrer pour les jeunes lecteurs, surtout que le lexique se trouve regroupé à la fin du livre – et je connais beaucoup de lecteurs, jeunes ou moins jeunes, qui apprécient peu cette gymnastique, préférant les notes de bas de pages. Puis, ce trop plein d’informations donne aussi l’impression que l’on survole le sujet. Si la construction du roman est intéressante, avec ses trois parties clairement délimitées qui respectent la même structure narrative, j’aurai aimé passer plus de temps dans chacun de ses univers, mieux comprendre le rituel du temple shinto, apprécier davantage le théâtre. A contrario, puisqu’il est un des personnages les plus importants de cette intrigue (j’ai déjà dit que j’appréciai beaucoup les méchants), j’aurai aimé en savoir davantage sur les ninjas, parce que l’on n’apprend pas grand chose sur eux, pas même dans le glossaire final. Oui, c’est dommage, vraiment, de même que la distinction entre les samouraïs et les rônins, qui était aussi au coeur de l’intrigue.

J’ajoute aussi, même pour quelqu’un comme moi qui est capable de me laisser emporter par ma lecture et de ne pas voir certaines incohérences, qu’il en est quelques unes qui m’ont dérangée, au point que je suis retournée en arrière, j’ai relu, pour être certaine de ne pas m’être fourvoyée dans ma lecture.

Je le sais, mon avis peut sembler sévère, et de jeunes lecteurs seront sans doute plus indulgents que moi. J’aimerai cependant savoir quel est leur ressenti, et surtout, quel est le ressenti d’amateurs de sports de combat.