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Petite musique de la mort de Frank Tallis

édition 10/18 – 360 pages

Présentation de l’éditeur :

Assassinée, la cantatrice Ida Rosenkrantz n’a pas fini de taire ses secrets. Les pistes sont minces et la liste vertigineuse de ses amants multiplie les suspects. Pour pénétrer le caractère complexe et instable de la victime, Max Liebermann devra pousser plus loin que jamais son raisonnement. Mais il est difficile de faire parler les morts quand les vivants s’en mêlent…

Mon avis :

Roman facile à lire. C’est un premier point, je l’ai lu très rapidement, comme les tomes 1 et 2 de la série. Roman facile et donc agréable à lire ne suffit pourtant pas un roman superficiel. Nous sommes dans la Vienne du début du XXe siècle et s’il est un fait qui domine, qui (me) choque, c’est l’antisémitisme profondément ancré dans la société. Ce n’est pas détesté, conspué un être humain à cause de sa religion qui est considéré comme anormal, c’est l’apprécier, être ami avec lui, comme le commissaire avec Max Liebermann.

Affaire délicate s’il en est : la cantatrice Ida Rosenkrantz est morte. Un suicide ? Cela arrangerait à peu près tout le monde. Le problème est que ce n’est pas le cas, Ida Rosenkrantz a été assassinée. Qui avait intérêt à la faire taire ? Quel secret a-t-elle emporté dans la tombe ? Avec elle, nous découvrons l’opéra de Vienne, et nous suivons Gustav Malher, directeur, chef d’orchestre peu apprécié par ses musiciens, par ses chanteurs. Pourquoi ? Oh, c’est très simple, ai-je envie de dire. Pour Malher, seule la musique compte. Exigeant, il demande le meilleur à son orchestre, à ses chanteurs. Il est hors de question pour lui de laisser les approximations, d’oublier des notes, voire même des instruments parce que son titulaire est parti – il avait autre chose à faire que rester jusqu’au bout du concert. Quand on bouscule les habitudes, quand on demande de la rigueur et de l’investissement, cela peut générer de l’animosité, et certains musiciens sont prêts à aller très loin pour nuire au maître. La musique ? Elle ne semble même pas avoir d’intérêt pour eux, pas même pour les cantatrices qui, dans la vie, cherchent tout autre chose qu’une belle carrière, des rôles magnifiques. Non : le mariage, une belle position sociale leur convient mieux. Est-ce là la véritable cause de la mort de Ida Rosenkrantz ? Peut-être.

L’enquête ne nous fait pas seulement découvrir l’opéra, il nous mène aussi tout prêt de la cour impériale – Ida n’était-elle pas soignée par le médecin de feu l’impératrice ? Déplaire à l’empereur, débusquer un de ses secrets, c’est la disgrâce assurée. Ou pire. Il faut toujours prévoir le pire dans cette ville où une vie ne vaut pas tant que cela.

Petite musique de la mort est un roman policier et historique riche d’enseignement et de questionnement, sur la place des femmes dans la société et dans l’art. Si je suis plus circonspecte sur l’aspect « psychanalytique », en revanche, j’ai été sensible au personnage de Max Liebermann et Oskar Reinhart, qui s’interrogent, justement, sur ce qu’ils croient savoir sur la femme, sur ses désirs, sur ce qu’elle est capable de faire ou pas.

Une belle enquête musicale.

Joseph et Matthew Reavley, tome 4 : Les tranchées de la haine d’Anne Perry

éditions 10/18 – 414 pages

Présentation de l’éditeur (extraits) :

En cette fin de juillet 1917, le moral des troupes britanniques est au plus bas.rnL’aumônier Joseph Reavley tente difficilement de contenir le souffle de mutinerie qui se propage dans les tranchées d’Ypres, en France. Quand le major Northrup, commandant incompétent de sa section, est retrouvé assassiné, douze soldats sont arrêtés et c’est à Joseph qu’il incombe de découvrir la vérité sur leur prétendue culpabilité.

Mon avis :

J’ai toujours autant de mal avec cette série et je ne compte pas le nombre de pause que j’ai faites dans la lecture de ce quatrième tome, au quatrième de couverture trop bavard. Nous sommes en 1917, et les soldats n’en peuvent plus. Il suffirait d’un rien pour que tout explose, et ce pourrait être la nomination du major Northrup. Incompétent ? Oui. Il ne veut pas être épaulé par des hommes plus aguerris que lui, et envoie à la mort des hommes pour des motifs futiles. Sa mort ne dérange personne, et elle n’aurait dérangé personne si l’on n’avait découvert que c’était un meurtre – et si le général Northurp ne veut faire toute la lumière sur la mort de son fils unique.

Le temps de la guerre est toujours là, il se double du temps de l’enquête qui oppose Joseph à d’autres hommes, à sa soeur Judith aussi – pour un faible temps seulement. Les Reavley restent unis, parce qu’ils partagent, dans le fond, le même but et les mêmes convictions. Nous revoyons dans ce quatrième volume des personnages que l’on avait perdu de vue, nous retrouvons aussi des personnages « fil rouge » des précédentes enquêtes. Nous découvrons d’autres rouages de la guerre, et bien sûr, nous retrouvons toujours le Pacificateur. Et Matthew ? Il croyait enfin en avoir fini avec cette affaire, et il se rend compte qu’il n’en est rien, et qu’il est lui-même en danger. Il suffit de peu de choses pour ruiner une carrière, dans une société anglaise hautement pudibonde. Il suffit de peu de choses pour perdre la vie.

Plus qu’un tome… pour savoir non si le Pacificateur sera démasqué, mais comment il sera démasqué.

Agatha Raisin enquête – tome 25 : Au théâtre ce soir de M.C. Beaton

édition Albin Michel – 324 pages

Présentation de l’éditeur :

Quelle mouche a piqué Agatha d’accepter (a proposition de son amie Mrs Bloxby d’assister au spectacle de fin d’année de la troupe de théâtre locale ? La mouche tsé-tsé sans doute, car la mise en scène est si mauvaise qu’Agatha s’endort dès les cinq premières minutes. Jusqu’à ce qu’un cri retentissant la réveille : happé par une trappe, un des acteurs est retrouvé empalé quelques mètres plus bas ! Loin d’être une jeune première, Agatha monte aussitôt sur les planches pour mener l’enquête. Mais entre chamailleries et querelles d’artistes, difficile de discerner le vrai du faux. Il y a pourtant urgence, car l’assassin est aux aguets, prêt à donner la réplique à Agatha…

Mon avis :

Les Agatha Raisin se suivent, se ressemblent, et pourtant, je n’ai pas pris le même plaisir à lire ce vingt-cinquième tome que le vingt-quatrième, vraiment très drôle. Dans ce tome, le côté sanglant domine : l’hémoglobine coule presque à flots, et ce, dès le début. J’ai une pensée émue pour ceux qui lisent Agatha parce que ces romans ne sont pas gore. Pas de chance : celui-ci l’est. Certes, le titre anglais (the blood of an englishman) est bien plus évocateur. Certes, le récit lorgne carrément vers des classiques du genre, entre contes et faits divers sanglants. Mais il reprend aussi tous les ingrédients qui constituent la recette Agatha Raisin ! Nous retrouvons les hommes de sa vie, à savoir James, Charles et Roy. Elle est toujours amie avec Mrs Bloxby. Elle est toujours un peu/beaucoup jalouse de Toni, qui cherche à tout prix à éviter Simon. La victime est un homme que tout le monde détestait, le tout est de savoir qui l’a tué, parmi tous ceux qui ne pouvaient pas le sentir. Agatha, qui enquête, met plusieurs fois sa vie en danger, comme quelques anticipations le laissent entendre avant même que le danger n’arrive. La différence ? Elle tient peut-être au fait que l’intrigue m’a laissé un goût d’inachevé. Peut-être retrouvera-t-on certains personnages dans le tome suivant !

Joseph et Matthew Reavley, tome 2 : Le temps des armes d’Anne Perry

édition 10/18 – 384 pages

Présentation de l’éditeur :

En 1915, la guerre s’embourbe dans les tranchées, plongeant des millions d’hommes dans un cauchemar quotidien. Depuis que leurs parents ont été assassinés, victimes d’un odieux complot politique, les membres de la famille Reavley ont chacun un rôle à jouer au coeur du conflit. Tandis qu’en Angleterre, Matthew, espion des services secrets, suit la piste semée de secrets d’Etat du commanditaire de la mort de ses parents, surnommé le Pacificateur, Joseph, son frère, aumônier dans les tranchées des Flandres et sa soeur, la rebelle Judith, volontaire sur le front, enquêtent sur l’assassinat d’un correspondant de guerre qui semblait lui aussi avoir beaucoup de choses à cacher… Après ‘Avant la tourmente’, la reine du polar livre le second volet des aventures de la famille Reavley pendant la Grande Guerre. De la tranquillité bucolique des campagnes anglaises à l’horreur des tranchées, Anne Perry compose avec brio une grande épopée historique et humaine.

Mon avis :

J’ai lu le premier tome en juin 2012 : il s’en est passé des choses depuis (pensées pour mon changement de plateforme en septembre 2012 et pour octobre 2012). Je remets ma critique de l’époque du tome 1  » Je l’invite, tu m’invites, je te rends ta tasse de thé, tu me rends ta tasse de thé, et nous finissons noyés dans le thé. Argh ! C’est plus fort que moi, je craque ! Trois mois après sa lecture, il ne reste que ce sentiment diffus : l’abus de tasse de thé nuit gravement à la santé livresque. Oui, la famille Reavley est sympathique, elle n’a cependant pas le charisme de Thomas Pitt ou d’Hester Latterly (je n’aime pas Monk, j’adore Hester). Je lirai leurs aventures, en dilettante. C’est tout de même fou pour moi de ne pas réellement m’intéresser à un roman qui se passe pendant la première guerre mondiale, alors que cette période historique a une importance capitale pour moi. La cause en est à chercher dans le fait que les personnages ne croient pas qu’une guerre de cette ampleur puisse survenir – les anglais, sur leur île, sont à l’abri, et bien à l’écart de ce qui pourrait survenir sur le continent (à mon avis, vous devez ressentir une pointe d’exaspération dans mon propos). La famille Reavley est sympathique, et c’est tout. Leurs rôles sont pour l’instant trop bien définis, le professeur, l’agent de renseignement, la digne mère au foyer, la jeune fille qui se cherche, pour que je me passionne davantage. En dépit de la mort tragique de leurs parents et de la mort de Sebastian, étudiant préféré de Joseph, le ciel m’a paru toujours bleu au-dessus de leur tête. Et leur théière toujours pleine. Mais non, je ne suis pas profondément injuste avec ce livre,seulement, si je l’avais réellement apprécié, croyez-vous que j’aurai attendu autant de temps pour le chroniquer ? Non. Si je l’avais franchement détesté, non plus. A bientôt pour un nouveau roman de la série Thomas Pitt. »

Je peux dire que j’ai tenu parole pour le dilettantisme, moi qui ai mis huit ans entre les deux lectures (et qui ai mis le tome 3 sur ma table de chevet, pour être sûre de le lire prochainement). Beaucoup de choses ont changé depuis le tome 1. Déjà, l’Angleterre est rentrée en guerre et c’est en Flandre que nous retrouvons Joseph : il n’est plus professeur, il est aumônier, et n’hésite pas à aller dans les tranchées pour aller chercher les blessés, les morts. Il doute. Il doute de sa capacité à consoler, à répondre aux interrogations des soldats, à trouver les mots justes quand il doit annoncer qu’un mari, qu’un frère, qu’un fils est mort. Ne pas révéler les circonstances, parce qu’elles sont atroces, toujours. Ce qui est important, c’est la fraternité qui est né dans les tranchées. Les soldats savent qu’ils peuvent compter en dépit des rats, des obus, des tirs de fusils, des éboulements, des gaz, les uns sur les autres. Des regrets aussi, parce que certains se rendent compte que les petites querelles qui ont pu les séparer étant enfants n’ont plus de sens alors que la mort est si près. Oui, cette première année dans les tranchées est difficile pour Joseph, qui devra, en plus, accepter une mission pour aider son frère qui l’emmènera loin de la Flandre, mais non loin de la guerre : elle est déjà mondiale.

Matthew est toujours agent de renseignement et à ce titre, il n’est pas au front. Il n’est pourtant pas inactif : il cherche toujours qui peut être le Pacificateur. Pour lui comme pour les autres membres de sa famille, le chagrin est toujours vif, doublé de la nécessité de mettre hors d’état de nuire le commanditaire du double meurtre de leurs parents. Oui, le Pacificateur veut la paix, mais à quel prix ? Oui, la première guerre mondiale a été une boucherie, oui, elle a causé d’énormes dégâts, désastre, catastrophe, en France, en Belgique, en Angleterre et en Allemagne aussi – Joseph, les soldats qui sont avec lui n’oublient pas que les Allemands qu’ils tuent, les Allemands qu’ils blessent, qu’ils font prisonniers, sont des hommes, comme eux.

L’enquête des frères Reavley progresse-t-elle ? Oui, et non. Le Pacificateur semble avoir quelques longueurs d’avance de par sa position sur eux, et sans connaître son identité, nous sommes parfois avec lui, nous voyons ce qu’il projette, et nous savons que certains de ses plans peuvent parfaitement réussir. L’interrogation qui se pose pour nous est de savoir jusqu’à quand il agira.

Les soeurs Mitford enquêtent : Un parfum de scandale de Jessica Fellowes

Présentation de l’éditeur :

1930. Diana Mitford et son époux, Bryan Guinness, mènent une vie flamboyante d’une capitale à l’autre, quand, à Paris, l’un des amis de Diana succombe brutalement d’une allergie. Une fin tragique, absurde, mais accidentelle.
Louisa Cannon, ancienne chaperon et confidente des soeurs Mitford, n’est pourtant pas de cet avis. Elle soupçonne un lien avec le scandale ayant éclaboussé la famille Guinness deux ans plus tôt, lorsque l’une de leurs domestiques était passée à travers une lucarne – et morte sur le coup – sous les yeux de toute la haute société anglaise. Un malheureux accident, là encore, un de trop peut-être dans l’entourage du couple…

Mon avis :

Il est toujours ennuyeux de dire que l’on a pas aimé un livre reçu en partenariat, et pourtant, je me suis beaucoup ennuyée à sa lecture. Pour moi qui suis une grande dévoreuse de livres, je peinais à avancer, laissant le livre au bout d’une page, le reprenant, m’astreignant à avancer davantage dans ma lecture. Jusqu’à la moitié du livre, j’avais vraiment l’impression qu’il ne se passait pas grand chose, ou plutôt qu’ils se passaient tout de même des événements, mais que personne ne semblait véritablement géné par les morts qui, malgré tout, s’accumulaient.

Le premier souci reste pour moi le titre : les soeurs Mitford n’enquêtent pas, c’est Louisa, leur ancienne bonne d’enfants devenue domestique au service exclusif de Diana, désormais mariée, qui enquête. Les soeurs Mitford apparaissent d’ailleurs comme fort peu sympathique dans cet opus (je ne sais pas ce qu’il en est dans les deux précédents) mis à part Pamela, qui n’a pas le rôle principal : elles sont toutes entières tournées vers les mondanités. Diana en particulier pense plus particulièrement à la soirée à laquelle elle ira, craint particulièrement d’en manquer une, n’hésite pas à sortir sans son mari – tant qu’elle a un chaperon – va chez les couturiers, passe beaucoup de temps à choisir les accessoires indispensables pour sa robe (et la liste est longue). Elle va à Londres, puis dans sa maison de campagne, se rend à Venise. La préoccupation majeure de ses mondains de l’entre-deux-guerre est d’éviter, voire d’étouffer le scandale. Une servante meurt, en tombant du plafond ? C’est un accident, n’allons pas plus loin. Un mondain, après une soirée de beuverie, meurt ? Réaction allergique, voyons ! Pas d’autopsie, on pourrait découvrir qu’il se droguait – et qu’est-ce que cela changerait ? Une actrice prometteuse succombe à son tour ? Pas d’autopsie non plus, ménageons la famille – sauf que, à la moitié du roman, la famille réagit, elle, et demande une autopsie, c’est enfin le début de l’intrigue. Elle reste cependant assez lente à se développer, la vie privée des personnages, ce qu’ils cherchent à cacher, à eux-mêmes, aux autres, occupe plus d’importance que le récit policier lui-même. Et pourtant, Guy et Mary sont des policiers sympathiques, qui doivent faire avec les limites imposées par la place dans la société des personnes qu’ils doivent interroger, par les peurs de certains et par les réticences d’autres – comme si, finalement, le respect des apparences et des conventions, dans cette société qui veut pourtant évoluer, était plus important que tout.

Merci aux éditions Jean-Claude Lattès- Le Masque pour ce partenariat.

Loveday et Ryder, tome 2 : Un pique-nique presque parfait de Faith Martin

édition Harper Collins noir – 280 pages

Présentation de l’éditeur :

Été 1960. Après une fête de fin d’année organisée par les étudiants de St Bede’s College sur les berges d’une rivière, le corps d’un certain Derek Chadworth est retrouvé flottant dans les eaux de Port Meadow. Et si tous les jeunes gens présents sur les lieux affirment que la mort de Derek est accidentelle, aucun d’entre eux ne peut attester avoir bel et bien aperçu l’étudiant à la fête. Confronté à des témoignages vagues qu’il juge peu crédibles, le Dr Clement Ryder décide d’ouvrir une enquête, assisté de la jeune policière Trudy Loveday, qui entreprend de se faire passer pour une étudiante de St Bede’s College. Trudy arrivera-t-elle à gagner la confiance des élèves et percer le mystère qui entoure la mort du jeune homme le plus populaire de l’université ? Car une chose est sûre : Derek Chadworth n’était pas un étudiant comme les autres…

Mon avis :

Merci aux éditions HarperCollins et à Babelio pour ce partenariat.

Londres, les années 60. La Tamise. Des jeunes gens privilégiés qui s’amusent. Flûte ! Un cadavre est retrouvé dans le fleuve. C’est une noyade accidentelle. Et en plus, le jeune homme en question, Derek Chadworth, eh bien, est un jeune homme ordinaire – ni riche, ni noble. C’est donc une noyade accidentelle, non ? On ne va pas déranger la police, et surtout pas cette noble jeunesse dorée qui s’amuse pour un accident, non ?

Naturellement, il faut que Dr Clement Ryder mette son grain de sable et décide d’enquêter. Il se fait assister par Trudy Loveday, policière stagiaire – la seule agent que son supérieur « prête » sans soucis au docteur Ryder, parce que, pour lui, une femme n’a pas sa place dans la police. Trudy a l’âge des étudiants, mais tout les sépare – sauf l’âge. Trudy et Clement forment un couple d’enquêteur improbable mais original, lui, l’homme d’un certain âge qui a vu beaucoup, qui connaît beaucoup de choses et est sans illusion sur la nature humaine, sachant aussi comment obtenir ce qu’il veut. En revanche, il ne connait pas nécessairement les soucis qui peuvent être ceux d’une jeune femme issue d’un milieu social honnête, aimant, mais modeste : avoir des vêtements qui peuvent la faire passer pour une étudiante aisée, ou s’offrir des leçons de conduite nécessitent d’avoir un budget autre que le sien. Trudy ne manque pas d’aspiration pour son métier :  « aider les victimes et attraper ceux qui leur avaient fait du mal ». Vaste programme, que cette enquête, et pas seulement elle, lui permet d’exercer.

Ce « pique-nique presque parfait » nous montre une Angleterre à deux vitesse, où le fossé entre les classes sociales est particulièrement profond. Il nous montre aussi les aspirations de certains pour gravir les échelons de cette société. Peu importe les moyens, tant que l’on monte – avec la bénédiction de ses parents, parfois. Je ne parle même pas des jeunes filles qui sont, souvent, d’une extraordinaire naïveté, et qui le paient très cher, contrairement aux jeunes hommes.

Un pique-nique presque parfait est un roman agréable à lire, parfait pour se replonger dans l’ambiance des années soixante.

Retour de service de John Le Carré

édition du Seuil – 304 pages

Présentation de l’éditeur :

À quarante-sept ans, Nat, vétéran des services de renseignement britanniques, est de retour à Londres auprès de Prue, son épouse et alliée inconditionnelle. Il pressent que ses jours comme agent de terrain sont comptés. Mais avec la menace grandissante venue de Moscou, le Service lui offre une dernière mission : diriger le Refuge, une sous-station du département Russie où végète une clique d’espions décatis. À l’exception de Florence, jeune et brillante recrue, qui surveille de près les agissements suspects d’un oligarque ukrainien.
Nat n’est pas seulement un agent secret. C’est aussi un joueur de badminton passionné. Tous les lundis soir dans son club il affronte un certain Ed, grand gaillard déconcertant et impétueux, qui a la moitié de son âge. Ed déteste le Brexit, déteste Trump et déteste son travail obscur. Et c’est Ed, le plus inattendu de tous, qui mû par la colère et l’urgence va déclencher un mécanisme irréversible et entraîner avec lui Prue, Florence et Nat dans un piège infernal.

Merci à Bepolar et aux éditions du Seuil pour ce partenariat.

Mon avis :

Les espions, cela n’existe plus. On n’en voit plus, on n’en parle plus, sauf James Bond, inoxydable. D’ailleurs, la période de la guerre froide est derrière nous, et des œuvres comme La maison Russie d’un certain John Le Carré ne pourrait plus être écrite de nos jours.

Est-ce si simple ? Bien sûr que non. Prenons Nat, espion quasiment à la retraite, et qui n’a pas vraiment envie de se retrouver au placard, dans un obscure service. Il a encore moins envie de devenir formateur. Rien n’aurait dû se passer, à moins de constituer le cercle des espions disparus, tout en gardant un œil sur une source possible – enfin, ce n’est pas tant Nat qui le fait, que Florence, une stagiaire pleine de vie et de volonté, qui ne demande qu’à être utile à son service et à son pays.

Seulement, les temps ont changé – oui, je me répète – et il n’est pas question de froisser qui que ce soit, ou de se lancer dans une opération trop onéreuse. Après tout, tout va bien, non ? Non, bien sûr : l’Angleterre est en plein Brexit, et doit trouver sa place en dehors de l’union européenne, tout en maintenant des liens avec elle. Il faut faire aussi avec Trump d’un côté, Poutine de l’autre, et les remarques sur l’un et sur l’autre sont assez caustiques, et lucides.

Mais qui les fait ? Nat ? Non, même pour un agent en semi-retraite, ce n’est pas vraiment son rôle. Celui qui les fait, c’est Ed, son partenaire au badminton, lui qui est venu exprès pour se mesurer à lui, en un singulier combat. Les deux hommes pourraient presque nouer des liens d’amitié, n’était… la différence d’âge ? Le fait que Ed, mis à part sa germanophilie et sa haine de Trump ne se livre pas tant que cela ?

L’écriture est rétrospective et c’est après que tout aura échoué (ou réussi, selon les points de vue) que nous découvrirons l’histoire. Glamour ? Non. Aventureuse ? Oui. L’espionnage n’est pas simple, et repose avant tout sur l’habilité à cacher ce que l’on est vraiment, et à faire croire à l’autre que l’on est…. Qui au juste ? Pas facile à déterminer. L’espionnage est un travail d’équipe, l’espionnage nécessite d’être toujours sur le qui-vive, de ne faire confiance à presque personne, d’avoir une excellente mémoire, et d’être attentif à ce que les apparences peuvent cacher. Vaste programme qui nous est ici montré. Nat a eu la chance de pouvoir toujours compter sur Prue, sa femme, avocate des causes pas gagnées d’avance, parfaite épouse d’espion dans le sens où elle s’est tenue à l’écart des jeux d’espion – tout en sachant parfaitement en quoi il consistait et en épaulant son mari.

Un excellent livre d’espionnage so british – qui peut faire mieux que John Le Carré dans ce domaine ?

Une confession de John Wainwright

Présentation de l’éditeur :

« Un roman inoubliable. » Georges Simenon
Le chef d’œuvre inconnu de l’auteur de Garde à vue.

À cinquante ans, John Duxbury est secrètement déçu par son existence. Son travail est devenu une routine, son mariage sombre dans la grisaille, il ne sait plus comment être heureux.
Bientôt, c’est un drame qui s’abat sur lui. Alors qu’il est en vacances avec sa femme, Maude, celle-ci fait une chute mortelle. Quelques temps plus tard, un homme se présente au commissariat. Il a été témoin des faits et prétend que c’est John qui a poussé sa femme dans le vide. L’inspecteur Harker, chargé de l’enquête, s’engage à corps perdu dans la recherche de la vérité, jusqu’à l’ultime face-à-face.

Pourquoi ce formidable roman publié en 1984, n’a-t-il jamais été traduit en français ? C’est incompréhensible. Ce qu’on comprend aisément, en revanche, c’est la raison pour laquelle il a émerveillé Simenon. On ne peut en effet s’empêcher à la lecture de penser aux grands chefs-d’œuvre du maître.

Mon avis :

C’est sur les conseils de Bernard, membre des forums Partage-Lecture, Au fil des lignes et Babelio que j’ai lu ce livre, après l’avoir réservé à la bibliothèque de Rouen : j’aime bien retracer mon parcours de lectrice. Il est un peu comme le parcours de traduction de ce livre, publié en 1984 et  traduit en français en mars 2019 par Laurence Romance. Je me rends compte que j’aime bien lire des polars qui ne sont pas dans l’immédiateté, c’est à dire des romans qui viennent de paraître et se veulent le reflet de notre société 2.0 – parce qu’il faut toujours avoir à l’esprit en lisant ce livre que nous sommes dans les années 80, avec des héros quadragénaires ou quinquagénaires, donc des personnes qui sont nées dans les années 30/40 et sont les témoins d’une société anglaise assez figée, où les classes sociales ont une grande importance.

Prenez John Duxbury, il est l’exemple même de l’homme qui s’est fait tout seul. Lui et sa femme ont cinquante ans et leur mariage est un désastre. L’action se situerait de nos jours, l’intrigue s’orienterait davantage vers un divorce – d’ailleurs, à un moment de l’intrigue, un des personnes se demande bien pourquoi il n’y a pas eu divorce. De même, je pense à la scène de l’esclandre dans un restaurant, causé par Maud Duxbury – quelle haute estime faut-il avoir de soi et de sa position sociale pour déclencher un scandale pour une tasse fêlée, et pour humilier ainsi la servante, certes un tantinet gaffeuse, mais surtout jeune, et certainement issue d’une classe moins favorisée ? Oui, il aurait été intéressant de lire la version de Maud, en plus de celle de John – Maud n’aurait sans doute pas tenu un journal : s’épancher, avouer l’échec d’un mariage, cela ne se faisait pas.

D’ailleurs, le sujet premier de ce livre, c’est la mort de Maud, accidentelle, pendant les uniques vacances que le couple s’était octroyé depuis longtemps. Fin du livre. Presque. Un témoin affirme que ce n’est pas un accident, mais un meurtre. Hélas pour la machine judiciaire, ce témoin est quasiment un extraterrestre. Il est contre le nucléaire, il est végétarien. Professeur, il est en pleine dépression, à cause de son métier et d’autres événements. Sa femme, qui a l’air totalement insignifiante, le porte à bout de bras, elle a entièrement confiance en lui – même son chef d’établissement en convient, il est incapable de mentir. Alors que faire ?

C’est là qu’entre en scène l’inspecteur Harker. J’ai failli dire « l’inspecteur Harry », tant ce policier, essentiellement policier, peut faire froid dans le dos. Non, il n’usera pas de violence physique, pas du tout. Par contre, il fera tout ce qu’il est psychologiquement possible de faire pour obtenir les informations qu’il désire. Je pense que les personnes qu’il interroge – j’ai failli dire « ses victimes » – ont dû avoir l’impression d’être coincé dans les mâchoires d’un bouledogue avant d’être recraché, puis passé au rouleau compresseur. Joli image me direz-vous – attendez de voir l’état de ce qu’Harker a pris dans ses griffes. Il est tenace, il est obstiné, il veut la vérité et la justice. Un enquêteur comme certains n’aiment vraiment pas en rencontrer.

Un livre que j’aurai bien vu adapté au cinéma.

 

 

Les carnets de Max Libermann, tome 2 : Du sang sur Vienne de Frank Tallis

Présentation de l’éditeur :

En plein cœur de l’hiver sibérien de 1902, un serial killer entame une déconcertante campagne de meurtres dans la ville de Vienne. Mutilations obscènes et penchant pour les symboles ésotériques en sont les principales caractéristiques.

L’enquête mène l’inspecteur Oskar Rheinhardt et son ami le psychiatre Max Liebermann au sein des sociétés secrètes de Vienne – le monde ténébreux des érudits littéraires allemands, des théoriciens et des scientifiques adeptes des nouvelles théories évolutionnistes venues d’Angleterre.

Au premier abord, le comportement énigmatique du tueur demeure imperméable à toute interprétation psychanalytique…

Mais il devient peu à peu évident pour Max qu’un raisonnement cruel et invraisemblable guide les actes de ce dernier.

Mon avis ;

Ce livre était dans ma PAL depuis au moins six ans, comme le tome 1 (et le 3, le 4… qui suivront sans doute très vite).
L’enquête, et pourtant, elle est là, et bien là, comme comme dans le premier tome. Oskar et Max ont bien l’intention de faire toute la lumière sur ce qui s’est passé, et ils y arrivent. Plus que l’enquête, ce qui compte à mes yeux est l’exploration de cette société d’avant la première guerre mondiale, cette société où l’antisémitisme ne gène presque pas, où la thérapie par la parole n’en est qu’à ses premiers mots, où les militaires jouissent d’un très grand prestige. Pour faire court, ils ont à peu près tous les droits, et les prennent. Ils font aussi rêver certaines jeunes filles – les uniformes, les grades, la raideur qui passent pour de l’élégance – qui se voient très bien à leur bras, pour ne pas dire mariées avec eux. Oui, j’insiste, ils ont tous les droits, y compris celui de provoquer des duels, de provoquer en duel, pour un oui, pour un non – sachant qu’ils sont quasiment sûrs de vaincre, eux qui manient les armes à longueur de journée. Meurtre autorisé.
Alors, à côté de cela, un serial killer… c’est presque exotique, pour cette époque. Presque, il faut cependant trouver, après avoir subi les conséquences, les causes de tels comportements, pour que le tueur cesse de nuire. Aujourd’hui comme hier, ce n’est pas facile, mais, je le redis, Oskar et Max ne cesseront pas d’enquêter.
Une série que j’apprécie toujours autant.

 

Agatha Raisin enquête, tome 21 : Trouble fête de M.C. Beaton.

Edition Albin Michel – 306 pages

Présentation de l’éditeur :

Le Noël qui s’annonce dans le village de Carsely sent le sapin… John Sunday, membre de la Commission de santé et de sécurité, menace de mettre fin aux traditions si chères aux habitants. L’arbre de Noël sur le toit de l’église ? Un danger public. Les décorations accrochées aux réverbères ? Inutiles. Les jouets réalisés par une villageoise ? Nocifs pour les enfants. Foutaises ! protestent les membres de la Société des dames du village : il faut mettre ce trouble-fête hors d’état de nuire ! Qu’à cela ne tienne : son corps est retrouvé, lardé, tel un gigot, à coups de couteau de cuisine. Agatha n’a pas une minute à perdre pour trouver le coupable… et sauver la fête.

Mon avis :

Revoilà Agatha pour sa vingt-et-unième enquête, qui, si j’ai bien compté, dure un an, d’un Noël à l’autre. Et elle en connaîtra, des rebondissements, Agatha, au cours de cette année. Des événements malheureux, dramatiques surviendront, dont elle se sentira responsable. Or, mon jugement est simple : elle n’est ni responsable, ni coupable, ni elle ni Toni ne peuvent aider une personne qui s’enfonce de plus en plus, en dépit de l’aide reçue. Agatha a fort à faire aussi parce qu’après une vingtaine d’enquêtes, elle a tout de même acquis une certaine réputation avec son agence de détectives : soit l’on pense qu’elle est une bonne enquêtrice (elle s’est tout de même nettement améliorée) soit comme le chef de la police, ou d’autres encore, on ne la voit que comme une empêcheuse d’enquêter en rond, une femme qui trouve par hasard des faits qui bousculent l’ordre des choses, et on la sous-estime grandement. Ceux qui en veulent vraiment à Agatha (et je ne parle pas du pasteur Bloxby qui ne l’a jamais supporté, c’est autre chose) ont très souvent quelque chose, voire plusieurs choses à se reprocher. Prenons Dan, un journaliste qui a déversé son fiel, grâce à un rédacteur en chef pas très regardant (le népotisme mène à tout, même à bafouer la charte des journalistes) : il est très réellement un mauvais journaliste, bidouillant largement ses reportages, et se servant de son pouvoir pour quelques abus machistes. S’il n’a pas oublié ce que lui a fait Agatha (à juste raison) quand elle travaillait dans la communication, il aurait dû se souvenir aussi qu’elle n’avait rien perdu de son mordant.

Je parle, je parle, et je m’écarte du sujet premier de ce roman : un empêcheur de fêter Noël en rond, une personne qui tient à tout prix à ce que les règles, les lois soient respectées. Il ne s’agit pas de quelqu’un qui pense à la sécurité de tous, non juste d’une personne qui possède un petit pouvoir et qui s’en sert. Aussi, sa mort ne suscite pas vraiment l’indignation, plutôt le soulagement, même chez ses collègues. Son décès est suivi d’un autre, une femme qui, comme très souvent dans les enquêtes d’Agatha Raisin – c’est le ressort obligatoire – avait trouvé le coupable, et au lieu de prévenir la police, l’avait clamé sur les toits – sans révéler le nom, bien entendu. Elle non plus ne suscite pas vraiment la désespérance, ses enfants ne font même le trajet des Etats-Unis pour enterrer leur mère, nouvelle châtelaine de ce charmant petit village – oui, Carsely n’est pas le seul village à compter quelques criminels. Par contre, pour l’héritage, ou pour demander à Agatha d’enquêter, le fils Tom est capable de faire le déplacement. Il est capable de draguer aussi Agatha, dont la vie sentimentale est pour le moins au point mort – ou presque. Agatha semble enfin débarrassée de son obsession pour James. Certes, elle est encore obsédée par son apparence, même si elle est lucide sur son apparence, sur la lutte que mènent les femmes pour rester attirantes en dépit du temps qui passe, alors que les hommes ne font pas grand chose, parce qu’on ne leur demande pas grand chose. Elle se mêle aussi de la vie sentimentale des autres, comme celle de Toni. Il faut dire que la jeune femme n’a pas été très gâtée jusqu’à présent, et qu’Agatha ne voudrait pas la voir commettre des erreurs – ni elle, ni le garçon qui l’aime « peut-être ». Oui, le peut-être me gène aussi, surtout que ce sont surtout les femmes qui payent les conséquences. Toni est une excellente enquêtrice – et Agatha ne veut pas la perdre.

Et James ? Il aide Agatha dans son enquête, aussi curieux que cela puisse paraître. Lui semble avoir des regrets, et Agatha ne pas manquer d’humour face à un homme qui l’a toujours jugé sévèrement. Alors, que se passera-t-il ensuite ? Il reste encore une dizaine de titres à traduire avant d’avoir (ou pas) le fin mot définitif sur la plus longue histoire d’amour des romans policiers.