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Pietà de Daniel Cole

édition Robert Laffont – 384 pages

Présentation de l’éditeur :

Londres, hiver 1989.
Un corps est retrouvé dans Hyde Park par la Metropolitan Police. La victime a gelé dans une position pour le moins inattendue : celle du Penseur de Rodin. Mais quelque chose cloche dans son regard : ce bleu intense, perçant…
Quelques jours plus tard, nouveau crime. Cette fois, ce sont les corps d’une mère et de son fils que l’on découvre, réplique exacte de la Pietà de Michel-Ange.
Londres va bientôt se transformer en musée macabre, mais personne ne le sait encore…

Merci aux éditions Robert Laffont et à Babelio pour ce partenariat



Mon avis :

Pietà, pour moi, c’est d’abord une intrigue située à la fin des années 80, puis des années 90. Il ne s’agit pas de faire de ces années un papier peint, en multipliant les références, mais de traquer un tueur avec les moyens de cette époque. Ce qui veut dire pas de téléphone portable, avec les fameuses scènes clichés du portable oublié ou déchargé. Internet ? Très peu développé aussi. Pour enquêter, il faut encore utiliser les vieilles méthodes, et faire avec un supérieur qui a des idées très arrêtées sur la manière de mener et de conclure une enquête.

Celle-ci connaît une coupure de sept ans. Coupable idéal trouvé, emprisonné, il a avoué, tout va bien. La seconde affaire ? Pas résolue, comme beaucoup d’autres. Il faut l’acharnement d’une toute jeune enquêtrice pour déclencher des événements en cascade et la réouverture d’une enquête. Pourquoi a-t-elle agi ainsi ? Raisons personnelles. Toutes nos motivations ne sont-elles pas personnelles ?

Ce qui a changé ? Le temps qui a passé. Les deux premiers enquêteurs, Chambers et Winter ont vieilli. Chambers a été durement éprouvé, physiquement, moralement, sept ans plus tôt. Il doute, de lui, du regard qu’Eve, sa femme, porte sur lui. Winter ? Pour l’instant, il n’est plus tout à fait dans la police. Il attend sa réintégration, et essaie de ne pas penser aux cauchemars qui le hantent depuis sept ans. Qu’à cela ne tienne, avec la confiance de leur nouvelle supérieure, et les moyens (pas très nombreux) dont ils disposent, ils doivent tenter de mettre fin aux agissements du meurtrier.

J’avais craint à un moment qu’un regard admiratif soit lancé sur lui. Ce n’est pas le cas. Ce sont des regards horrifiés, dégoutés qui sot posés sur ses crimes. Chercher à retracer son parcours, découvrir ce qui l’a amené à concevoir ses crimes, reconnaître qu’il a eu une enfance douloureuse n’est en aucun cas l’absoudre. Et s’il est un personnage pour admirer ses « oeuvres », c’est l’occasion, pour le lecteur, de se plonger à nouveau dans les méandres d’un esprit tordu.

Tout est la faute de la mère ? Je me suis posé la question. Non que je le crois. Je me suis cependant demandé si ce postulat était une opinion de l’auteur, ou simplement le reflet d’un point de vue communément admis. Quoi que la mère fasse, tout est toujours sa faute. Le père ? Des psys auraient dit qu’il ne sert à rien avant six ans. L’enfant, surtout s’il a une mère défaillante, maltraitante, aurait pourtant bien besoin que son père se manifeste.

Pour contrebalancer ce point négatif, je retiens un extrait très important, surtout que l’opinion contraire est très souvent exprimé, dans des romans ou pire, des séries télévisées prêtes à consommer : le partage des responsabilités après la mort d’une victime. Or, quoi qu’il se soit passé, quelles que soient les circonstances, le seul et unique responsable de l’assassinat d’une personne, c’est le meurtrier, pas ses proches, familles, amis, collègues.

Pietà ? Un roman glaçant.

Le carnaval des ombres de R.J. Ellory

édition Sonatine – 648 pages

Présentation de l’éditeur :

 » Pourquoi avez-vous si peur, agent Travis ?  »
1958. Un cirque ambulant, avec son lot de freaks, d’attractions et de bizarreries, vient de planter son chapiteau dans la petite ville de Seneca Falls, au Kansas. Sous les regards émerveillés des enfants et des adultes, la troupe déploie un spectacle fait d’enchantements et d’illusions. Mais l’atmosphère magique est troublée par une découverte macabre : sous le carrousel gît le corps d’un inconnu, présentant d’étranges tatouages.
Dépêché sur les lieux, l’agent spécial Michael Travis se heurte à une énigme qui tient en échec ses talents d’enquêteur. Les membres du cirque, dirigés par le mystérieux Edgar Doyle, ne sont guère enclins à livrer leurs secrets. On parle de magie, de conspiration. Mais l’affaire va bientôt prendre un tour tout à fait inattendu.

Mon avis :

Ce roman marque ma première rencontre avec l’oeuvre de R.J. Ellory. Eh oui : même si plusieurs de ses romans sont dans ma PAL, il est le premier que je lis.
Je ne savais pas vraiment dans quoi je m’aventurais. Nous sommes à la fin des années cinquante, période charnière qui ne sait pas encore qu’elle le sera. L’agent spécial Michael Travis, qui vient d’avoir une promotion, est envoyé dans le Kansas – état qui évoque toujours Le magicien d’Oz pour des milliers de lecteurs. Il doit enquêter sur un meurtre en apparence banal : un meurtre dans un cirque. A vrai dire, on peut même se demander pourquoi un agent spécial du FBI est mandaté pour enquêter. Serait-ce parce que personne ne connaît la victime ? Ou parce que les membres du cirque sont tous des personnes qui ne rentrent pas dans le moule de la société ?
Je ne m’attendais pas à ce que j’ai trouvé à cette lecture, c’est certain. Je pensais que l’on évoluerait davantage dans le monde du cirque, que l’on explorerait davantage ce Kansas rural, justement. A la place, c’est tout d’abord l’âme et le passé de l’agent Travis que nous explorons. Le récit entrelace le présent avec le passé, ce passé qui aurait pu poser problème à l’agent pour devenir ce qu’il est – un excellent agent, semblant n’éprouver aucune émotion, avant de revenir à ce que le cirque a pu apporter aux villages qu’il traverse, aux gens qui se déplacent pour voir ses artistes hors-norme, et en ressortent en ayant changé d’avis sur eux.
En fait, c’est davantage dans le Nebraska que nous serons entraînés, avec sa violence et son indifférence ordinaire, le Nebraska, clef de ce fameux passé de l’agent Travis. Son présent ? Au service de cette agence fondée par Hoover, agence dont le récit nous amènera à explorer les méandres, forçant Travis à reconsidérer ce qu’avaient été sa vie et ses convictions jusque-là.
Effrayant ? Oui. Ce récit nous montre de quoi certaines personnes sont capables au nom de…. Au nom de quoi, au juste ? De la protection de leur pays ? En tout cas, ce n’est certainement pas au nom de la justice.
Le carnaval des ombres est une oeuvre dense, riche, dont les méandres méritent que le lecteur prenne le temps de les explorer.

Cinq hommes tatoués de Marcel Priollet

Présentation de l’éditeur :

Depuis qu’il a perdu son poste de voyageur de commerce à la suite de la faillite de l’entreprise qui l’employait, il est au chômage. Voyant là l’opportunité de changer de métier et de vie, il décide de proposer ses services à Stary Hamilton, un célèbre détective qui est à la tête de sa propre agence. Stary Hamilton lui aurait volontiers ri au nez, mais il a accepté une grosse somme pour protéger un riche Anglais lors de son périple sur la Côte d’Azur et aucun de ses hommes n’est disponible. C’est ainsi que Sébastien RENARD débute dans la profession de policier privé, pour son plus grand plaisir et, peut-être, pour son malheur…

Mon avis :

C’est la première enquête de Sébastien Renard. D’ailleurs, est-ce vraiment son enquête, lui qui choisit de devenir détective sur un coup de tête, lui qui maîtrise la théorie mais pas du tout la pratique ? En tout cas, c’est ainsi que ce court ouvrage (57 pages) est présenté. Il faut dire que Stary Hamilton est ab-so-lu-ment débordé, il n’a plus un enquêteur disponible. Il est hors de question pour lui cependant de laisser de côté ce client qui paie rubis sur l’ongle, offrant une mission d’une simplicité extrême. Suivre un couple de jeunes mariés parce que le mari le demande et se sentira plus en sécurité, rien de compliqué ! Stary (de son véritable prénom Alfred) engage donc Sébastien Renard, ravi. Il devra comme beaucoup d’enquêteurs, et pas forcément en herbe, payer de sa personne – mais cela, il ne le sait pas encore. Avec lui, nous irons dans les palaces et dans les bas-fonds de la ville. Nous remonterons jusqu’à la première guerre mondiale, pour découvrir pourquoi ce riche anglais avait si peur.
Rapide à lire, pas désagréable, cette nouvelle m’a donné envie de connaître un peu plus son jeune héros.

Le flux et le reflux d’Agatha Christie

édition Le livre de poche – 256 pages

Présentation de l’éditeur :

Gordon Cloade est mort fort à propos sous les décombres de sa villa ravagée par le Blitz.
Il laisse à sa jeune veuve, Rosaleen, une fortune colossale et cela, évidemment, ne fait pas l’affaire du clan Cloade qui se voit, d’un seul coup, spolié par l’intruse. Or, le bruit court que le premier mari de Rosaleen ne serait pas mort, ce qui, bien entendu, aurait pour effet d’annuler le second mariage… Ces situations troubles sont pain bénit pour les maîtres chanteurs. En voici justement un qui approche la jeune femme.
Pas très longtemps : en lui portant son breakfast, la petite bonne de l’auberge où l’individu est descendu trouvera, dans sa chambre, un horrible spectacle…

Mon avis :

Rien ne vaut un retour aux sources du roman policier. Combien ai-je parcouru de critiques littéraires (professionnels) qui comparaient (paresseusement) un roman policier aux oeuvres d’Agatha Christie en disant « ah, c’est le nouvel Agatha Christie, ah, on retrouve parfaitement l’ambiance de ses romans, ah, Hercule Poirot serait ravi ». Je crois que ni l’auteur (réelle) ni le personnage de fiction ne serait ravi(e) d’autant de paresses. Il serait donc bon que ces critiques relisent un peu Agatha Christie pour voir de quoi il s’agit.
Déjà, nous ne sommes pas dans un roman historique. Nous sommes, lors de la parution, dans le roman policier contemporain, qui parle de la vie quotidienne des anglais. Au début du roman, nous sommes en 1944 – pas pour longtemps. Nous sommes à Londres, et nous croisons un personnage déjà croisé dans des romans d’Agatha Christie : le major qui a toujours quelque chose à raconter sur des personnes que l’on ne connaît, le major que personne ou presque n’écoute d’ailleurs. Ce major est aussi un peu raciste, et déplore que les étrangers soient accueillis aussi bien en Angleterre, comme cette étranger, là, avec sa « big moustache » – non, je n’ai pas fait un détour par la grande vadrouille. Quelqu’un pour lui dire que cet étranger est en Angleterre depuis presque trente ans ? Non ?
Fondu et enchaîné. Deux ans ont passé et Hercule Poirot n’a pas envie de recevoir la cliente qui se présente à lui. Il la reçoit – malgré tout – cependant, il refuse l’affaire qui lui est proposée. Il note cependant au passage l’inculture et/ou le racisme à peine dissimulé de Mrs Cloade, pour qui l’Afrique est un pays, non un continent (note : il en est encore qui le disent en 2020. On n’est pas rendu).
Et justement, nous allons la découvrir, cette famille Cloade. Jeremy et Frances ont perdu leur fils Anthony à la guerre et se sont soutenus mutuellement. Lynn, la fille d’Adela, revient après avoir servi son pays, tandis que Rowley, son cousin, prenait soin de la ferme qu’il avait bâti avec un ami – engagé, celui-ci est mort au combat. Lionel est médecin, Kathy, sa femme, est celle qui a consulté Hercule Poirot : elle est aussi passionnée d’occultisme. Leurs points communs ? Non, pas seulement le fait d’être liés par les liens du sang. Ils sont liés plus sûrement par le décès de Gordon, leur frère, « oncle Gordon ». Quel homme bienveillant. il a toujours veillé à tout de son vivant, leur promettant que jamais ils n’auraient de soucis – en cas de dettes, de manque d’argent, il était là. Oui, il les a empêchés, sous couverts de bienveillance, d’être pleinement indépendant, ou, pour faire court, pleinement adulte – et il n’est guère que Lynn pour en faire le constat, amer et lucide. Aujourd’hui, Gordon est mort, tué dans les bombardements. C’est triste, je vous l’accorde. Ce qui est encore plus triste du point de vue de sa famille, c’est qu’il s’était mariée (!) avec une jeune femme bien plus jeune que lui (forcément) et qu’elle a hérité de ses biens, puisqu’il n’a pas eu le temps de changer son testament. La famille ne fait même pas semblant de ne pas apprécier Rosaleen, la belle Rosaleen, la pauvre Rosaleen qui a eu bien des malheurs dans sa vie. Oui, Gordon est en effet son second mari, le premier ayant succombé quelques années plus tôt. Surtout, Rosaleen ne brille pas par son intelligence, et c’est souvent un fait qui vous transforme très rapidement en future victime, dans les romans d’Agatha Christie. Heureusement, elle peut compter sur son frère, David, un jeune homme qui ne veut plaire à personne et se moque bien de ce qu’on pense de lui.
Bref, tout irait pour le mieux dans l’Angleterre d’après-guerre, si … oui, si un meurtre n’était pas commis.
Rien ne sera simple dans cette enquête, et Hercule Poirot expliquera parfaitement pourquoi à la fin. L’après-guerre, c’est aussi le temps pour se réhabituer à la vie civile, pour regretter aussi ce que l’on a fait, ou ce que l’on n’a pas fait. C’est faire face à une situation – financière, sociale – que l’on n’a jamais vécu, dans une Angleterre qui se reconstruit lentement. Ce sont les coupons, pour le tissu, pour sa robe de mariée ou celles des demoiselles d’honneur. C’est faire la queue, longtemps, devant le poissonnier, ou le boulanger, pour avoir quelque chose d’assez bon à manger. C’est la blanchisserie, qui ne passe pas, si bien qu’il faut laver les chemises à la main. C’est aussi se demander pourquoi, pour qui l’on a fait la guerre, et la réponse donnée n’est pas forcément la réponse attendue. Il est une composante aussi, du crime, que l’on voit rarement : le remords. Rare, dans les romans policiers, sont les coupables qui ont des remords. J’emploie le terme « coupables » parce que c’est ainsi qu’eux se voient, qu’eux vivent, avec la peur aussi, parfois, de craquer.
Je me dis, en refermant ce livre, que beaucoup de personnes vont devoir vivre « avec ». Avec ce qu’ils ont fait, sans scrupule parfois. Avec ce qu’ils ne peuvent plus se cacher à eux-mêmes. Avec le fait que la personne dont ils étaient dépendants n’est plus, et qu’il faut vivre en étant indépendants.
Il est aussi deux personnages qui ne « passeraient » certainement plus à notre époque, du moins, je l’espère. Ils m’ont laissé perplexe, même si j’avais déjà lu une telle intrigue, liée aux séquelles de la guerre, dans une nouvelle d’Agatha Christie. Disons… qu’il était possible de penser comme Lynn. J’espère que ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Le ciel empoisonné de Sir Arthur Conan Doyle

Présentation de l’éditeur :

Dans Le Ciel empoisonné (roman publié en 1913, également connu sous le titre de La Ceinture empoisonnée), quatre amis, lord Roxton, un journaliste, Edouard Malone et un savant, le professeur Summerlee, sont invités par le professeur Challenger, qui a découvert l’altération des raies de Frauenhofer, dans le spectre des planètes et dans celui des étoiles. Il a écrit une lettre ouverte au Times qui dit : « Ceci annonce une catastrophe imminente, une fin mystérieuse de notre planète. La modification et l’altération des raies de Frauenhofer décèlent un vaste changement cosmique, d’un caractère subtil et singulier. À quoi pouvons-nous nous attendre ? À un changement de notre atmosphère ? À la destruction de toute l’humanité ? »Des maladies, des accidents, sont signalés, venant de tous les pays du monde. Déjà, en Angleterre, des disputes éclatent sans cause, des personnes pacifiques s’affrontent par des morsures et des coups. Le professeur Challenger désire passer avec sa femme et ses amis les derniers jours qui leur restent à vivre

Mon avis :

Sir Arthur Conan Doyle est surtout connu pour ses romans et nouvelles policières, moins pour tout ce qui touche à la science-fiction, sauf Le monde perdu. Ici, nous retrouvons dans ce court roman (pour moi, il s’agit plutôt d’une grande nouvelle) les personnages qui ont exploré le centre de la terre et qui n’ont pas tant changé que cela. Ils ont vieilli, ont progressé dans leur profession, ou sont restés tout aussi imbuvables, comme le professeur Challenger. Justement, le patron d’Edouard Malone souhaite que celui-ci aille interroger le professeur sur sa dernière communication scientifique, assez alarmante, pour ne pas dire inutilement alarmiste, et il ne souhaite pas envoyer un journaliste qui n’aurait pas l’habitude de Challenger – ne prenons pas de risques inutiles pour lui ! Malone n’est pas le seul à faire route vers la villa de Challenger, le professeur Summerlee et Lord Roxton ont eux aussi été conviés, avec en plus une demande assez saugrenue de la part du professeur : venir avec une bonbonne d’oxygène. Décidément, rien ne va plus dans cette bonne ville de Londres, dans laquelle les comportements aberrants se multiplient, les obsessions ne se cachent plus, et les bagarres éclatent. Il faudra que nos trois héros rejoignent la villa de Challenger pour en savoir beaucoup plus sur ce qu’ils vont devoir traverser.
Tout comme Malone, je n’ai rien compris aux explications scientifiques de Challenger, je n’ai même pas eu un éclair de lucidité à leur sujet. Je me suis plus laissée bercer par la voix du journaliste, qui accomplit son métier, pensant à la fois à son journal, aux articles qu’ils n’écrira peut-être jamais, et au journal (intime ?) qu’il écrit, mettant des mots sur tout ce qu’il voit, ce qu’il vit, et aussi sur ce qu’il n’entend plus.
Le sujet ? Une catastrophe, que l’on ne qualifierai pas encore d’écologique, parce que ce mot restait à inventer, ou à faire entrer dans le langage courant. Une interrogation aussi, de ce qui se passerait si quelque chose attaquait l’humanité d’un seul coup, et si elle disparaissait presque entièrement. Oui, tout est dans le presque, parce que comme les survivants, peu nombreux, parviendraient-ils à tenir, seuls, ayant perdu famille et amis ? Oui, Challenger a fait de son mieux pour protéger ceux à qui ils tenaient, je regrette cependant qu’il n’ait pas pensé aux personnes qui travaillaient pour lui. Certes, la catastrophe fera changer le professeur – un peu, et Malone d’analyser ce que l’on ressent face à une telle catastrophe, de l’effroi à une forme de neutralité face à tant d’horreurs qui paraissent inconcevable. Certaines scènes m’en ont rappelé d’autres, lues dans La Bête humaine, de Zola, ou dans Le formidable événement de Maurice Leblanc. Il ne s’agit pas là de plagiat, loin de là, plutôt de questionnements communs à une époque donnée.
Il existe trois autres récits mettant en scène le professeur Challenger : j’aimerai bien pouvoir les découvrir aussi, en français, bien entendu.

Petite musique de la mort de Frank Tallis

édition 10/18 – 360 pages

Présentation de l’éditeur :

Assassinée, la cantatrice Ida Rosenkrantz n’a pas fini de taire ses secrets. Les pistes sont minces et la liste vertigineuse de ses amants multiplie les suspects. Pour pénétrer le caractère complexe et instable de la victime, Max Liebermann devra pousser plus loin que jamais son raisonnement. Mais il est difficile de faire parler les morts quand les vivants s’en mêlent…

Mon avis :

Roman facile à lire. C’est un premier point, je l’ai lu très rapidement, comme les tomes 1 et 2 de la série. Roman facile et donc agréable à lire ne suffit pourtant pas un roman superficiel. Nous sommes dans la Vienne du début du XXe siècle et s’il est un fait qui domine, qui (me) choque, c’est l’antisémitisme profondément ancré dans la société. Ce n’est pas détesté, conspué un être humain à cause de sa religion qui est considéré comme anormal, c’est l’apprécier, être ami avec lui, comme le commissaire avec Max Liebermann.

Affaire délicate s’il en est : la cantatrice Ida Rosenkrantz est morte. Un suicide ? Cela arrangerait à peu près tout le monde. Le problème est que ce n’est pas le cas, Ida Rosenkrantz a été assassinée. Qui avait intérêt à la faire taire ? Quel secret a-t-elle emporté dans la tombe ? Avec elle, nous découvrons l’opéra de Vienne, et nous suivons Gustav Malher, directeur, chef d’orchestre peu apprécié par ses musiciens, par ses chanteurs. Pourquoi ? Oh, c’est très simple, ai-je envie de dire. Pour Malher, seule la musique compte. Exigeant, il demande le meilleur à son orchestre, à ses chanteurs. Il est hors de question pour lui de laisser les approximations, d’oublier des notes, voire même des instruments parce que son titulaire est parti – il avait autre chose à faire que rester jusqu’au bout du concert. Quand on bouscule les habitudes, quand on demande de la rigueur et de l’investissement, cela peut générer de l’animosité, et certains musiciens sont prêts à aller très loin pour nuire au maître. La musique ? Elle ne semble même pas avoir d’intérêt pour eux, pas même pour les cantatrices qui, dans la vie, cherchent tout autre chose qu’une belle carrière, des rôles magnifiques. Non : le mariage, une belle position sociale leur convient mieux. Est-ce là la véritable cause de la mort de Ida Rosenkrantz ? Peut-être.

L’enquête ne nous fait pas seulement découvrir l’opéra, il nous mène aussi tout prêt de la cour impériale – Ida n’était-elle pas soignée par le médecin de feu l’impératrice ? Déplaire à l’empereur, débusquer un de ses secrets, c’est la disgrâce assurée. Ou pire. Il faut toujours prévoir le pire dans cette ville où une vie ne vaut pas tant que cela.

Petite musique de la mort est un roman policier et historique riche d’enseignement et de questionnement, sur la place des femmes dans la société et dans l’art. Si je suis plus circonspecte sur l’aspect « psychanalytique », en revanche, j’ai été sensible au personnage de Max Liebermann et Oskar Reinhart, qui s’interrogent, justement, sur ce qu’ils croient savoir sur la femme, sur ses désirs, sur ce qu’elle est capable de faire ou pas.

Une belle enquête musicale.

Joseph et Matthew Reavley, tome 4 : Les tranchées de la haine d’Anne Perry

éditions 10/18 – 414 pages

Présentation de l’éditeur (extraits) :

En cette fin de juillet 1917, le moral des troupes britanniques est au plus bas.rnL’aumônier Joseph Reavley tente difficilement de contenir le souffle de mutinerie qui se propage dans les tranchées d’Ypres, en France. Quand le major Northrup, commandant incompétent de sa section, est retrouvé assassiné, douze soldats sont arrêtés et c’est à Joseph qu’il incombe de découvrir la vérité sur leur prétendue culpabilité.

Mon avis :

J’ai toujours autant de mal avec cette série et je ne compte pas le nombre de pause que j’ai faites dans la lecture de ce quatrième tome, au quatrième de couverture trop bavard. Nous sommes en 1917, et les soldats n’en peuvent plus. Il suffirait d’un rien pour que tout explose, et ce pourrait être la nomination du major Northrup. Incompétent ? Oui. Il ne veut pas être épaulé par des hommes plus aguerris que lui, et envoie à la mort des hommes pour des motifs futiles. Sa mort ne dérange personne, et elle n’aurait dérangé personne si l’on n’avait découvert que c’était un meurtre – et si le général Northurp ne veut faire toute la lumière sur la mort de son fils unique.

Le temps de la guerre est toujours là, il se double du temps de l’enquête qui oppose Joseph à d’autres hommes, à sa soeur Judith aussi – pour un faible temps seulement. Les Reavley restent unis, parce qu’ils partagent, dans le fond, le même but et les mêmes convictions. Nous revoyons dans ce quatrième volume des personnages que l’on avait perdu de vue, nous retrouvons aussi des personnages « fil rouge » des précédentes enquêtes. Nous découvrons d’autres rouages de la guerre, et bien sûr, nous retrouvons toujours le Pacificateur. Et Matthew ? Il croyait enfin en avoir fini avec cette affaire, et il se rend compte qu’il n’en est rien, et qu’il est lui-même en danger. Il suffit de peu de choses pour ruiner une carrière, dans une société anglaise hautement pudibonde. Il suffit de peu de choses pour perdre la vie.

Plus qu’un tome… pour savoir non si le Pacificateur sera démasqué, mais comment il sera démasqué.

Agatha Raisin enquête – tome 25 : Au théâtre ce soir de M.C. Beaton

édition Albin Michel – 324 pages

Présentation de l’éditeur :

Quelle mouche a piqué Agatha d’accepter (a proposition de son amie Mrs Bloxby d’assister au spectacle de fin d’année de la troupe de théâtre locale ? La mouche tsé-tsé sans doute, car la mise en scène est si mauvaise qu’Agatha s’endort dès les cinq premières minutes. Jusqu’à ce qu’un cri retentissant la réveille : happé par une trappe, un des acteurs est retrouvé empalé quelques mètres plus bas ! Loin d’être une jeune première, Agatha monte aussitôt sur les planches pour mener l’enquête. Mais entre chamailleries et querelles d’artistes, difficile de discerner le vrai du faux. Il y a pourtant urgence, car l’assassin est aux aguets, prêt à donner la réplique à Agatha…

Mon avis :

Les Agatha Raisin se suivent, se ressemblent, et pourtant, je n’ai pas pris le même plaisir à lire ce vingt-cinquième tome que le vingt-quatrième, vraiment très drôle. Dans ce tome, le côté sanglant domine : l’hémoglobine coule presque à flots, et ce, dès le début. J’ai une pensée émue pour ceux qui lisent Agatha parce que ces romans ne sont pas gore. Pas de chance : celui-ci l’est. Certes, le titre anglais (the blood of an englishman) est bien plus évocateur. Certes, le récit lorgne carrément vers des classiques du genre, entre contes et faits divers sanglants. Mais il reprend aussi tous les ingrédients qui constituent la recette Agatha Raisin ! Nous retrouvons les hommes de sa vie, à savoir James, Charles et Roy. Elle est toujours amie avec Mrs Bloxby. Elle est toujours un peu/beaucoup jalouse de Toni, qui cherche à tout prix à éviter Simon. La victime est un homme que tout le monde détestait, le tout est de savoir qui l’a tué, parmi tous ceux qui ne pouvaient pas le sentir. Agatha, qui enquête, met plusieurs fois sa vie en danger, comme quelques anticipations le laissent entendre avant même que le danger n’arrive. La différence ? Elle tient peut-être au fait que l’intrigue m’a laissé un goût d’inachevé. Peut-être retrouvera-t-on certains personnages dans le tome suivant !

Joseph et Matthew Reavley, tome 2 : Le temps des armes d’Anne Perry

édition 10/18 – 384 pages

Présentation de l’éditeur :

En 1915, la guerre s’embourbe dans les tranchées, plongeant des millions d’hommes dans un cauchemar quotidien. Depuis que leurs parents ont été assassinés, victimes d’un odieux complot politique, les membres de la famille Reavley ont chacun un rôle à jouer au coeur du conflit. Tandis qu’en Angleterre, Matthew, espion des services secrets, suit la piste semée de secrets d’Etat du commanditaire de la mort de ses parents, surnommé le Pacificateur, Joseph, son frère, aumônier dans les tranchées des Flandres et sa soeur, la rebelle Judith, volontaire sur le front, enquêtent sur l’assassinat d’un correspondant de guerre qui semblait lui aussi avoir beaucoup de choses à cacher… Après ‘Avant la tourmente’, la reine du polar livre le second volet des aventures de la famille Reavley pendant la Grande Guerre. De la tranquillité bucolique des campagnes anglaises à l’horreur des tranchées, Anne Perry compose avec brio une grande épopée historique et humaine.

Mon avis :

J’ai lu le premier tome en juin 2012 : il s’en est passé des choses depuis (pensées pour mon changement de plateforme en septembre 2012 et pour octobre 2012). Je remets ma critique de l’époque du tome 1  » Je l’invite, tu m’invites, je te rends ta tasse de thé, tu me rends ta tasse de thé, et nous finissons noyés dans le thé. Argh ! C’est plus fort que moi, je craque ! Trois mois après sa lecture, il ne reste que ce sentiment diffus : l’abus de tasse de thé nuit gravement à la santé livresque. Oui, la famille Reavley est sympathique, elle n’a cependant pas le charisme de Thomas Pitt ou d’Hester Latterly (je n’aime pas Monk, j’adore Hester). Je lirai leurs aventures, en dilettante. C’est tout de même fou pour moi de ne pas réellement m’intéresser à un roman qui se passe pendant la première guerre mondiale, alors que cette période historique a une importance capitale pour moi. La cause en est à chercher dans le fait que les personnages ne croient pas qu’une guerre de cette ampleur puisse survenir – les anglais, sur leur île, sont à l’abri, et bien à l’écart de ce qui pourrait survenir sur le continent (à mon avis, vous devez ressentir une pointe d’exaspération dans mon propos). La famille Reavley est sympathique, et c’est tout. Leurs rôles sont pour l’instant trop bien définis, le professeur, l’agent de renseignement, la digne mère au foyer, la jeune fille qui se cherche, pour que je me passionne davantage. En dépit de la mort tragique de leurs parents et de la mort de Sebastian, étudiant préféré de Joseph, le ciel m’a paru toujours bleu au-dessus de leur tête. Et leur théière toujours pleine. Mais non, je ne suis pas profondément injuste avec ce livre,seulement, si je l’avais réellement apprécié, croyez-vous que j’aurai attendu autant de temps pour le chroniquer ? Non. Si je l’avais franchement détesté, non plus. A bientôt pour un nouveau roman de la série Thomas Pitt. »

Je peux dire que j’ai tenu parole pour le dilettantisme, moi qui ai mis huit ans entre les deux lectures (et qui ai mis le tome 3 sur ma table de chevet, pour être sûre de le lire prochainement). Beaucoup de choses ont changé depuis le tome 1. Déjà, l’Angleterre est rentrée en guerre et c’est en Flandre que nous retrouvons Joseph : il n’est plus professeur, il est aumônier, et n’hésite pas à aller dans les tranchées pour aller chercher les blessés, les morts. Il doute. Il doute de sa capacité à consoler, à répondre aux interrogations des soldats, à trouver les mots justes quand il doit annoncer qu’un mari, qu’un frère, qu’un fils est mort. Ne pas révéler les circonstances, parce qu’elles sont atroces, toujours. Ce qui est important, c’est la fraternité qui est né dans les tranchées. Les soldats savent qu’ils peuvent compter en dépit des rats, des obus, des tirs de fusils, des éboulements, des gaz, les uns sur les autres. Des regrets aussi, parce que certains se rendent compte que les petites querelles qui ont pu les séparer étant enfants n’ont plus de sens alors que la mort est si près. Oui, cette première année dans les tranchées est difficile pour Joseph, qui devra, en plus, accepter une mission pour aider son frère qui l’emmènera loin de la Flandre, mais non loin de la guerre : elle est déjà mondiale.

Matthew est toujours agent de renseignement et à ce titre, il n’est pas au front. Il n’est pourtant pas inactif : il cherche toujours qui peut être le Pacificateur. Pour lui comme pour les autres membres de sa famille, le chagrin est toujours vif, doublé de la nécessité de mettre hors d’état de nuire le commanditaire du double meurtre de leurs parents. Oui, le Pacificateur veut la paix, mais à quel prix ? Oui, la première guerre mondiale a été une boucherie, oui, elle a causé d’énormes dégâts, désastre, catastrophe, en France, en Belgique, en Angleterre et en Allemagne aussi – Joseph, les soldats qui sont avec lui n’oublient pas que les Allemands qu’ils tuent, les Allemands qu’ils blessent, qu’ils font prisonniers, sont des hommes, comme eux.

L’enquête des frères Reavley progresse-t-elle ? Oui, et non. Le Pacificateur semble avoir quelques longueurs d’avance de par sa position sur eux, et sans connaître son identité, nous sommes parfois avec lui, nous voyons ce qu’il projette, et nous savons que certains de ses plans peuvent parfaitement réussir. L’interrogation qui se pose pour nous est de savoir jusqu’à quand il agira.

Les soeurs Mitford enquêtent : Un parfum de scandale de Jessica Fellowes

Présentation de l’éditeur :

1930. Diana Mitford et son époux, Bryan Guinness, mènent une vie flamboyante d’une capitale à l’autre, quand, à Paris, l’un des amis de Diana succombe brutalement d’une allergie. Une fin tragique, absurde, mais accidentelle.
Louisa Cannon, ancienne chaperon et confidente des soeurs Mitford, n’est pourtant pas de cet avis. Elle soupçonne un lien avec le scandale ayant éclaboussé la famille Guinness deux ans plus tôt, lorsque l’une de leurs domestiques était passée à travers une lucarne – et morte sur le coup – sous les yeux de toute la haute société anglaise. Un malheureux accident, là encore, un de trop peut-être dans l’entourage du couple…

Mon avis :

Il est toujours ennuyeux de dire que l’on a pas aimé un livre reçu en partenariat, et pourtant, je me suis beaucoup ennuyée à sa lecture. Pour moi qui suis une grande dévoreuse de livres, je peinais à avancer, laissant le livre au bout d’une page, le reprenant, m’astreignant à avancer davantage dans ma lecture. Jusqu’à la moitié du livre, j’avais vraiment l’impression qu’il ne se passait pas grand chose, ou plutôt qu’ils se passaient tout de même des événements, mais que personne ne semblait véritablement géné par les morts qui, malgré tout, s’accumulaient.

Le premier souci reste pour moi le titre : les soeurs Mitford n’enquêtent pas, c’est Louisa, leur ancienne bonne d’enfants devenue domestique au service exclusif de Diana, désormais mariée, qui enquête. Les soeurs Mitford apparaissent d’ailleurs comme fort peu sympathique dans cet opus (je ne sais pas ce qu’il en est dans les deux précédents) mis à part Pamela, qui n’a pas le rôle principal : elles sont toutes entières tournées vers les mondanités. Diana en particulier pense plus particulièrement à la soirée à laquelle elle ira, craint particulièrement d’en manquer une, n’hésite pas à sortir sans son mari – tant qu’elle a un chaperon – va chez les couturiers, passe beaucoup de temps à choisir les accessoires indispensables pour sa robe (et la liste est longue). Elle va à Londres, puis dans sa maison de campagne, se rend à Venise. La préoccupation majeure de ses mondains de l’entre-deux-guerre est d’éviter, voire d’étouffer le scandale. Une servante meurt, en tombant du plafond ? C’est un accident, n’allons pas plus loin. Un mondain, après une soirée de beuverie, meurt ? Réaction allergique, voyons ! Pas d’autopsie, on pourrait découvrir qu’il se droguait – et qu’est-ce que cela changerait ? Une actrice prometteuse succombe à son tour ? Pas d’autopsie non plus, ménageons la famille – sauf que, à la moitié du roman, la famille réagit, elle, et demande une autopsie, c’est enfin le début de l’intrigue. Elle reste cependant assez lente à se développer, la vie privée des personnages, ce qu’ils cherchent à cacher, à eux-mêmes, aux autres, occupe plus d’importance que le récit policier lui-même. Et pourtant, Guy et Mary sont des policiers sympathiques, qui doivent faire avec les limites imposées par la place dans la société des personnes qu’ils doivent interroger, par les peurs de certains et par les réticences d’autres – comme si, finalement, le respect des apparences et des conventions, dans cette société qui veut pourtant évoluer, était plus important que tout.

Merci aux éditions Jean-Claude Lattès- Le Masque pour ce partenariat.