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Rebecca de Daphné du Maurier

Présentation de l’éditeur :

Un manoir majestueux : Manderley. Un an après sa mort, le charme noir de l’ancienne propriétaire, Rebecca de Winter, hante encore le domaine et ses habitants. La nouvelle épouse, jeune et timide, de Maxim de Winter pourra-t-elle échapper à cette ombre, à son souvenir ?

Mon avis :

Que dire sur ce chef d’oeuvre, qui ne soit pas pollué par une interprétation trop partiale ? Je ne vais donc pas parler de ce qui me semblerait trop facile (la différence d’âge entre Maximilien de Winter et sa seconde épouse), j’essaierai plutôt une interprétation de professeur de français, et tant pis si ce que j’écris a été dit, redit, et reredit des dizaines de fois. J’ai lu Rebecca de Daphné de Maurier, je n’ai pas lu les critiques à son sujet – et j’adore le film d’Hitchcock.

Le récit est rétrospectif. Le lecteur sait que quelque chose est arrivé que la narratrice et son mari ne pourront jamais retourner à Manderley. Le tout est de savoir pourquoi. L’on sait aussi qu’à Manderley, l’on dépensait sans compter, même pour le thé, simplement, uniquement, les gâteaux étaient nombreux, somptueux, alors que seules deux personnes, rarement plus, prenaient le thé et que Mrs de Winter, tout comme son mari, a des goûts simples.

Mrs de Winter, madame Maximilien de Winter – telle est l’identité de la narratrice. Son nom ? L’on saura seulement qu’il est excentrique, et que, comme à son père, il lui va bien. Du moins, c’est ce que lui dit Maxim, et l’on est obligé de lui faire confiance, puisque nous ne saurons jamais ni son nom, ni son prénom. Elle est une orpheline, une jeune fille qui se destine à devenir demoiselle de compagnie parce qu’elle n’a pas vraiment le choix, parce qu’elle se juge terne, sans intérêt, parce qu’elle n’a aucun soutien, aucune famille. Sa rencontre avec Maxim de Winter, puis son mariage avec lui change tout.

De leur voyage de noces à Venise, comme il le lui avait promis, nous ne saurons rien, puisque c’était une période heureuse. Nous saurons simplement tout ou presque depuis le retour à Manderley jusqu’à leur départ définitif. Ce qui définit ce récit n’est pas tant ce qui est raconté que ce qui est tue, caché, et qui finit par exploser à la figure des personnages. La narratrice n’ose pas poser de questions, elle ose à peine saisir les perches qui lui sont tendues, parfois involontairement. Elle feint de savoir, parfois, elle tente d’interpréter, et se trompe aussi. Qui peut se vanter de détenir la bonne version de l’histoire ? Rebecca ?

Elle a tout vampirisé sur son passage, vivante et morte. Elle a suscité l’admiration de tous, faisant ce qu’elle voulait des hommes et des femmes aussi. Eux en étaient-ils conscient ? Pas vraiment. Ce n’est qu’après, bien après que l’on peut s’en rendre compte – et encore. Peut-être Ben, l’homme « simple », celui qu’elle avait menacé de faire interner, était l’un des rares à avoir mesuré toute sa cruauté, dont elle pouvait user d’autant plus facilement avec lui que rares auraient été ceux qui auraient écouté Ben. La grand-mère de Maxim l’adore, au point d’avoir occulté la toute nouvelle madame de Winter de son esprit. Beatrice, la soeur de Maximilien, apparaît presque comme une bouffée d’oxygène dans un monde asphyxiée par les convenances et les non-dit. Oui, elle dit ce qu’elle pense, oui, ses questions peuvent être jugées parfois indiscrètes, surtout en ce qui concerne la santé (elle rêve que son frère ait un héritier), mais elle est la seule femme qui ne dissimule rien – puisqu’elle-même ignore certains faits.

La dernière partie de l’intrigue montre l’urgence, l’urgence de dire enfin toute la vérité, l’urgence de prendre confiance en soi, l’urgence de déjouer le dernier piège de Rebecca. L’on sait depuis le début du roman qu’il n’était pas trop tard, l’on ignorait simplement comment tout était arrivé. Rebecca, le roman, est toujours lu, sans doute parce que la construction de son intrigue est difficile à égaler, tout comme la construction du personnage de Rebecca, personnage dont on parle le plus, personnage qui n’existe plus bien avant que l’intrigue du roman ne commence, personnage le plus vivant de tous, tant tous ne parle que d’elle.

Rebecca de Daphné du Maurier – un classique, tout simplement.

Philip Jackson, David Suchet

Evergreen Island par Heidi Perks

Présentation de l’éditeur :

Au large des côtes de l’Angleterre, Evergreen Island abrite une petite communauté qui vit isolée du reste du monde. Lorsqu’un corps est déterré dans le jardin de la maison d’enfance de Stella Harvey, la jeune femme est bouleversée. Surtout que vingt-cinq ans auparavant, un soir de tempête, sa famille a mystérieusement fui les lieux… Déterminée à découvrir la vérité, Stella retourne sur l’île, mais elle s’aperçoit rapidement que les insulaires ne sont pas aussi accueillants que dans ses souvenirs, et qu’ils sont prêts à tout pour protéger leurs secrets.
Avec une parfaite maîtrise de l’intrigue et un art consommé du suspense, Heidi Perks restitue l’ambiance étouffante qui plane depuis des années sur Evergreen Island, manipulant le lecteur jusqu’à la dernière ligne.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier les éditions Préludes et Netgalley qui m’ont permis de découvrir ce roman en avant-première : je l’ai lu en juillet, je rédige mon avis le 26 juillet 2021.

La lecture de ce livre a vraiment été pour moi très prenante. Stella est le personnage à travers les yeux de qui nous voyons la plus grande partie de ce récit. Elle a tout envoyé plaquer quelques années plus tôt pour devenir thérapeute et elle est très heureuse de son choix de vie. Par contre, sa vie familiale est plus compliquée. Sa soeur aînée, Bonnie, a beau être mariée, avoir deux enfants, elle lutte depuis des années contre l’alcoolisme, remontant la pente après chaque rechute. Leur frère ? Elles ne l’ont pas vu depuis qu’il a quitté la maison, dix-huit ans plus tôt. Ne croyez pas que Stella n’a pas cherché, sur internet, des traces de son frère – rien. Leur père, qui avait quitté leur mère, décédée depuis dans un accident, perd peu à peu la mémoire. Bref, Stella n’appartient pas vraiment à une famille comme une autre, et elle le sait, c’est peut-être pour cela qu’elle a vraiment à coeur d’aider les autres – sa grand-mère était assistante sociale. Mais, si l’on poussait la question à Stella, sur l’événement fondateur pour elle et sa famille, c’est le départ de l’île d’Evergreen, vingt-cinq ans plus tôt. Elle est nostalgique de son enfance, des moments heureux qu’elle a passé là-bas, et elle a l’impression de ne pas savoir vraiment pourquoi sa famille est partie précipitamment.

C’est la découverte d’un corps qui sera l’élément déclencheur : un corps est retrouvé enterré près de la maison que possédaient les parents de Stella. Elle qui n’a jamais sauté le pas, elle le franchit enfin et part pour l’île. Presque rien n’a changé, elle a tout revu, et surtout, elle a retrouvé les personnes qui vivaient déjà sur l’île quand elle était enfant, les meilleures amies de sa mère, les enfants, qui ont grandi. Elle ne s’attendait pas cependant à la froideur de l’accueil qu’elle reçoit, seules quelques rares personnes, dont Meg, jeune adolescente, et Freya, devenue journaliste et vivant elle aussi loin de l’île, semblent réellement heureuses de la voir. Pourquoi ? Comme si ce qui se passait sur l’île devait rester sur l’île, ne surtout pas être connus des autres. Comme si, aussi, les fautes, les crimes ne pouvaient venir que de l’extérieur. Une île, si belle soit-elle, est presque un huis-clos à elle toute seule, surtout les jours de tempête. Et les souvenirs d’enfance ont beau être heureux pour Stella, ce n’est pas forcément le cas pour Bonnie ou pour Danny. Oui, la narration mêle présent et passé, ce qui donne un récit particulièrement riche, donnant à voir d’autres aspects des personnages, entre enfance, adolescence et âge adulte.

Même si je révèle un peu une partie de l’intrigue, je ne peux pas ne pas évoquer un point important : la parentalité. Pourquoi veut-on des enfants ? Pourquoi estime-t-on que c’est un droit d’avoir des enfants, et qu’il est injuste que l’on vous refuse d’en avoir, alors que tant d’autres en ont facilement alors qu’ils ne le méritent pas parce qu’ils sont pauvres ? Beaucoup de « on ». Cela peut être la nature, tout simplement, qui fait que l’un des membres du couple est stérile ou que des fausses-couches se produisent avant de parvenir, enfin, à mener une grossesse à terme. Ce peut être aussi les services sociaux qui estiment que votre couple n’est pas apte à accueillir un enfant. Oui, l’on (oui, encore ce pronom bien facile) nous présente toujours l’adoption comme quelque chose de merveilleux, les familles sauvent un enfant, et ce récit ne fait pas exception. Adopter, c’est d’abord combler un manque d’enfants. Ce devrait être se questionner sur la parentalité, savoir si l’on est prêt à accueillir un enfant qui aura été abandonné, ou sera orphelin, un enfant qui, de toute façon, aura vécu, même s’il ne s’en souvient pas consciemment, des faits. Ce qui est mieux encore, c’est que les deux parents aient le même projet parental. Quand ce n’est pas le cas, cela peut être douloureux (au mieux), ou entraîner à des degrés divers la désagrégation de la famille. Oui, je m’égare, je m’épanche un peu, parce que le roman en parle dans son dernier tiers, et parce que les choix qui sont faits par les parents sont importants. Et Stella, qui s’occupe de thérapie familiale, justement, se pose la question sur ce qu’il est bon de savoir, ou pas.

Evergreen island est un livre captivant, que j’ai préféré à Alice le premier roman que j’ai lu de cette autrice.

Echange Loft londonien contre cottage bucolique par Beth O’leary

Présentation de l’éditeur :

Leena Cotton est épuisée. Ce n’est pas elle qui le pense, c’est son corps qui le lui dit. Son burn-out explosif en plein milieu d’une réunion capitale parle à sa place. Pour la peine, son employeur lui impose deux mois de congés qu’elle ira passer – en traînant les pieds – dans le cottage de sa grand-mère, à la campagne. Elle aurait encore préféré mourir de surmenage que d’ennui… Eileen Cotton a pris une décision : puisque son époux de toute une vie l’a quittée du jour au lendemain, elle a désormais le droit de vivre pour elle-même. Et pourquoi pas même… vivre une relation charnelle passionnée, à 80 ans ? Mais dans son petit village du Yorkshire, les candidats au poste d’amant ne sont pas légion… Un problème ? Une solution ! La grand-mère et la petite-fille n’ont qu’à échanger leurs vies. Eileen ira habiter dans la colocation de Leena à Londres, où les beaux messieurs pullulent, tandis que Leena a pour mission de se reposer à la campagne et… de régler tous les problèmes qu’elle avait tenté jusqu’ici de mettre sous le tapis.

Mon avis :

Voici encore un livre que l’on peut ranger dans la catégorie « romance, mais pas que ». Nous avons bien tous les ingrédients d’une romance, avec un happy end à la fin (pour ne pas dire plusieurs), cependant d’autres thèmes sont abordés, que l’on ne retrouvait pas forcément dans les anciennes romances.

Tout d’abord posons le cadre. Leena est au bord du craquage professionnel, pour ne pas dire qu’elle est en train de craquer, et c’est ce qui se passe. Sa chef lui impose deux mois de vacances, deux mois de pause pour qu’elle puisse récupérer. Or, pour Leena, c’est un choc. Elle ne vit que par et pour son travail. Certes, elle a un compagnon, tout aussi accro au travail qu’elle, mais le travail est devenu pour elle sa raison de vivre depuis la mort de sa soeur cadette Carla, d’un cancer, un an plus tôt. Depuis, elle a coupé les ponts avec sa mère. Elle a gardé des liens très fort avec Eileen, sa grand-mère, et c’est d’elle que viendra l’impulsion pour le changement. Eileen a toujours rêvé de vivre à Londres, elle propose donc à sa petite-fille d’échanger leur logement. A l’une le cottage bucolique. A l’autre le loft londonien et, qui sait ? La possibilité de faire des rencontres. ce n’est pas dans son petit village du Yorkshire qu’elle pense faire des rencontres, puisqu’elle connaît déjà tout le monde, de son irascible voisin au docteur, charmant au demeurant.

Vivre à la campagne et accomplir toutes les tâches que faisait sa grand-mère dans le village ne sera pas facile pour Leena. Découvrir la vie londonienne trépidante ne le sera pas non plus pour Eileen. Cet échange permet d’abord des rencontres entre personnes de génération différente, à la condition qu’elles soient ouvertes d’esprit. C’est le cas des colocataires de Leena. C’est un peu plus difficile pour les voisins d’Eileen. Cependant, faire de son mieux et ne pas se laisser aller à avoir des préjugés permettent de rompre la glace très vite. Oser aussi est très important, oser aller vers les autres, leur parler, être à l’écoute, proposer son aide, même si elle n’est pas accepté, même si elle ne sera peut-être jamais acceptée. Cela demande de prendre du temps, de prendre son temps pour les autres, et ne pas se cacher derrière des prétextes. Plus facile à dire, à écrire, qu’à faire.

J’en viens aux thèmes abordés dans ce roman, qui ne le sont pas si souvent dans la romance. Le premier, c’est le deuil d’un être plus jeune que vous, ces personnes dont on se dit qu’elle n’aurait pas dû partir si tôt. Leena n’accepte pas que sa soeur ne se soit pas davantage battue pour guérir. J’ouvre une parenthèse : il est très courant de nos jours de dire, de penser qu’il suffit de « se battre », d’être « positif », de le vouloir pour guérir. Cela véhicule l’idée très dangereuse à mes yeux que si l’on ne guérit pas, c’est qu’on ne le mérite pas. C’est ne pas laisser aux malades le droit de se plaindre, le droit de dire que les traitements sont insupportables et que, s’ils les endurent, c’est parce qu’ils espèrent guérir. Qu’on ne leur demande pas davantage. Je regrette aussi, puis je fermerai ma parenthèse, qu’on nous présente toujours, dans les séries surtout, des protocoles miraculeux qui permettent de guérir le malade en trois coups de cuillère à pot. Pour connaître un proche qui suit un protocole novateur depuis trois ans… tout est dans ma phrase. Fin de la parenthèse. La mort de Carla a mis en miettes sa soeur, sa mère, sa grand-mère, et chacune fait comme elle peut. La colère de Leena est une des étapes du deuil, que chacun vit comme il peut.

Le second thème est lié au premier. Qu’est-ce qu’une femme est prête à accepter pour conserver un homme à ses côtés ? Pour certaines, la réponse est simple : tout, tant que son mari reste avec elle. Rompre, divorcer, hors de question. Il faut rester mariées, ou rester en couple parce que c’est comme ça, un point c’est tout, parce qu’il vaut mieux être mal accompagnées que seules. Cela peut paraître une réflexion des années 50, 60. C’est encore valable de nos jours, pour des femmes qui se raccrochent à des points positifs, des qualités de leurs conjoints, qualités qui ont pu exister à une époque, et qui, bizarrement, se sont très vite envolées. Avoir le courage de dire : « stop, je veux une vrai relation, non vivre à côté de quelqu’un », c’est important aussi.

Merci aux éditions Hugo roman et à Netgalley pour ce partenariat.

Pietà de Daniel Cole

édition Robert Laffont – 384 pages

Présentation de l’éditeur :

Londres, hiver 1989.
Un corps est retrouvé dans Hyde Park par la Metropolitan Police. La victime a gelé dans une position pour le moins inattendue : celle du Penseur de Rodin. Mais quelque chose cloche dans son regard : ce bleu intense, perçant…
Quelques jours plus tard, nouveau crime. Cette fois, ce sont les corps d’une mère et de son fils que l’on découvre, réplique exacte de la Pietà de Michel-Ange.
Londres va bientôt se transformer en musée macabre, mais personne ne le sait encore…

Merci aux éditions Robert Laffont et à Babelio pour ce partenariat



Mon avis :

Pietà, pour moi, c’est d’abord une intrigue située à la fin des années 80, puis des années 90. Il ne s’agit pas de faire de ces années un papier peint, en multipliant les références, mais de traquer un tueur avec les moyens de cette époque. Ce qui veut dire pas de téléphone portable, avec les fameuses scènes clichés du portable oublié ou déchargé. Internet ? Très peu développé aussi. Pour enquêter, il faut encore utiliser les vieilles méthodes, et faire avec un supérieur qui a des idées très arrêtées sur la manière de mener et de conclure une enquête.

Celle-ci connaît une coupure de sept ans. Coupable idéal trouvé, emprisonné, il a avoué, tout va bien. La seconde affaire ? Pas résolue, comme beaucoup d’autres. Il faut l’acharnement d’une toute jeune enquêtrice pour déclencher des événements en cascade et la réouverture d’une enquête. Pourquoi a-t-elle agi ainsi ? Raisons personnelles. Toutes nos motivations ne sont-elles pas personnelles ?

Ce qui a changé ? Le temps qui a passé. Les deux premiers enquêteurs, Chambers et Winter ont vieilli. Chambers a été durement éprouvé, physiquement, moralement, sept ans plus tôt. Il doute, de lui, du regard qu’Eve, sa femme, porte sur lui. Winter ? Pour l’instant, il n’est plus tout à fait dans la police. Il attend sa réintégration, et essaie de ne pas penser aux cauchemars qui le hantent depuis sept ans. Qu’à cela ne tienne, avec la confiance de leur nouvelle supérieure, et les moyens (pas très nombreux) dont ils disposent, ils doivent tenter de mettre fin aux agissements du meurtrier.

J’avais craint à un moment qu’un regard admiratif soit lancé sur lui. Ce n’est pas le cas. Ce sont des regards horrifiés, dégoutés qui sot posés sur ses crimes. Chercher à retracer son parcours, découvrir ce qui l’a amené à concevoir ses crimes, reconnaître qu’il a eu une enfance douloureuse n’est en aucun cas l’absoudre. Et s’il est un personnage pour admirer ses « oeuvres », c’est l’occasion, pour le lecteur, de se plonger à nouveau dans les méandres d’un esprit tordu.

Tout est la faute de la mère ? Je me suis posé la question. Non que je le crois. Je me suis cependant demandé si ce postulat était une opinion de l’auteur, ou simplement le reflet d’un point de vue communément admis. Quoi que la mère fasse, tout est toujours sa faute. Le père ? Des psys auraient dit qu’il ne sert à rien avant six ans. L’enfant, surtout s’il a une mère défaillante, maltraitante, aurait pourtant bien besoin que son père se manifeste.

Pour contrebalancer ce point négatif, je retiens un extrait très important, surtout que l’opinion contraire est très souvent exprimé, dans des romans ou pire, des séries télévisées prêtes à consommer : le partage des responsabilités après la mort d’une victime. Or, quoi qu’il se soit passé, quelles que soient les circonstances, le seul et unique responsable de l’assassinat d’une personne, c’est le meurtrier, pas ses proches, familles, amis, collègues.

Pietà ? Un roman glaçant.

Le carnaval des ombres de R.J. Ellory

édition Sonatine – 648 pages

Présentation de l’éditeur :

 » Pourquoi avez-vous si peur, agent Travis ?  »
1958. Un cirque ambulant, avec son lot de freaks, d’attractions et de bizarreries, vient de planter son chapiteau dans la petite ville de Seneca Falls, au Kansas. Sous les regards émerveillés des enfants et des adultes, la troupe déploie un spectacle fait d’enchantements et d’illusions. Mais l’atmosphère magique est troublée par une découverte macabre : sous le carrousel gît le corps d’un inconnu, présentant d’étranges tatouages.
Dépêché sur les lieux, l’agent spécial Michael Travis se heurte à une énigme qui tient en échec ses talents d’enquêteur. Les membres du cirque, dirigés par le mystérieux Edgar Doyle, ne sont guère enclins à livrer leurs secrets. On parle de magie, de conspiration. Mais l’affaire va bientôt prendre un tour tout à fait inattendu.

Mon avis :

Ce roman marque ma première rencontre avec l’oeuvre de R.J. Ellory. Eh oui : même si plusieurs de ses romans sont dans ma PAL, il est le premier que je lis.
Je ne savais pas vraiment dans quoi je m’aventurais. Nous sommes à la fin des années cinquante, période charnière qui ne sait pas encore qu’elle le sera. L’agent spécial Michael Travis, qui vient d’avoir une promotion, est envoyé dans le Kansas – état qui évoque toujours Le magicien d’Oz pour des milliers de lecteurs. Il doit enquêter sur un meurtre en apparence banal : un meurtre dans un cirque. A vrai dire, on peut même se demander pourquoi un agent spécial du FBI est mandaté pour enquêter. Serait-ce parce que personne ne connaît la victime ? Ou parce que les membres du cirque sont tous des personnes qui ne rentrent pas dans le moule de la société ?
Je ne m’attendais pas à ce que j’ai trouvé à cette lecture, c’est certain. Je pensais que l’on évoluerait davantage dans le monde du cirque, que l’on explorerait davantage ce Kansas rural, justement. A la place, c’est tout d’abord l’âme et le passé de l’agent Travis que nous explorons. Le récit entrelace le présent avec le passé, ce passé qui aurait pu poser problème à l’agent pour devenir ce qu’il est – un excellent agent, semblant n’éprouver aucune émotion, avant de revenir à ce que le cirque a pu apporter aux villages qu’il traverse, aux gens qui se déplacent pour voir ses artistes hors-norme, et en ressortent en ayant changé d’avis sur eux.
En fait, c’est davantage dans le Nebraska que nous serons entraînés, avec sa violence et son indifférence ordinaire, le Nebraska, clef de ce fameux passé de l’agent Travis. Son présent ? Au service de cette agence fondée par Hoover, agence dont le récit nous amènera à explorer les méandres, forçant Travis à reconsidérer ce qu’avaient été sa vie et ses convictions jusque-là.
Effrayant ? Oui. Ce récit nous montre de quoi certaines personnes sont capables au nom de…. Au nom de quoi, au juste ? De la protection de leur pays ? En tout cas, ce n’est certainement pas au nom de la justice.
Le carnaval des ombres est une oeuvre dense, riche, dont les méandres méritent que le lecteur prenne le temps de les explorer.

Cinq hommes tatoués de Marcel Priollet

Présentation de l’éditeur :

Depuis qu’il a perdu son poste de voyageur de commerce à la suite de la faillite de l’entreprise qui l’employait, il est au chômage. Voyant là l’opportunité de changer de métier et de vie, il décide de proposer ses services à Stary Hamilton, un célèbre détective qui est à la tête de sa propre agence. Stary Hamilton lui aurait volontiers ri au nez, mais il a accepté une grosse somme pour protéger un riche Anglais lors de son périple sur la Côte d’Azur et aucun de ses hommes n’est disponible. C’est ainsi que Sébastien RENARD débute dans la profession de policier privé, pour son plus grand plaisir et, peut-être, pour son malheur…

Mon avis :

C’est la première enquête de Sébastien Renard. D’ailleurs, est-ce vraiment son enquête, lui qui choisit de devenir détective sur un coup de tête, lui qui maîtrise la théorie mais pas du tout la pratique ? En tout cas, c’est ainsi que ce court ouvrage (57 pages) est présenté. Il faut dire que Stary Hamilton est ab-so-lu-ment débordé, il n’a plus un enquêteur disponible. Il est hors de question pour lui cependant de laisser de côté ce client qui paie rubis sur l’ongle, offrant une mission d’une simplicité extrême. Suivre un couple de jeunes mariés parce que le mari le demande et se sentira plus en sécurité, rien de compliqué ! Stary (de son véritable prénom Alfred) engage donc Sébastien Renard, ravi. Il devra comme beaucoup d’enquêteurs, et pas forcément en herbe, payer de sa personne – mais cela, il ne le sait pas encore. Avec lui, nous irons dans les palaces et dans les bas-fonds de la ville. Nous remonterons jusqu’à la première guerre mondiale, pour découvrir pourquoi ce riche anglais avait si peur.
Rapide à lire, pas désagréable, cette nouvelle m’a donné envie de connaître un peu plus son jeune héros.

Le flux et le reflux d’Agatha Christie

édition Le livre de poche – 256 pages

Présentation de l’éditeur :

Gordon Cloade est mort fort à propos sous les décombres de sa villa ravagée par le Blitz.
Il laisse à sa jeune veuve, Rosaleen, une fortune colossale et cela, évidemment, ne fait pas l’affaire du clan Cloade qui se voit, d’un seul coup, spolié par l’intruse. Or, le bruit court que le premier mari de Rosaleen ne serait pas mort, ce qui, bien entendu, aurait pour effet d’annuler le second mariage… Ces situations troubles sont pain bénit pour les maîtres chanteurs. En voici justement un qui approche la jeune femme.
Pas très longtemps : en lui portant son breakfast, la petite bonne de l’auberge où l’individu est descendu trouvera, dans sa chambre, un horrible spectacle…

Mon avis :

Rien ne vaut un retour aux sources du roman policier. Combien ai-je parcouru de critiques littéraires (professionnels) qui comparaient (paresseusement) un roman policier aux oeuvres d’Agatha Christie en disant « ah, c’est le nouvel Agatha Christie, ah, on retrouve parfaitement l’ambiance de ses romans, ah, Hercule Poirot serait ravi ». Je crois que ni l’auteur (réelle) ni le personnage de fiction ne serait ravi(e) d’autant de paresses. Il serait donc bon que ces critiques relisent un peu Agatha Christie pour voir de quoi il s’agit.
Déjà, nous ne sommes pas dans un roman historique. Nous sommes, lors de la parution, dans le roman policier contemporain, qui parle de la vie quotidienne des anglais. Au début du roman, nous sommes en 1944 – pas pour longtemps. Nous sommes à Londres, et nous croisons un personnage déjà croisé dans des romans d’Agatha Christie : le major qui a toujours quelque chose à raconter sur des personnes que l’on ne connaît, le major que personne ou presque n’écoute d’ailleurs. Ce major est aussi un peu raciste, et déplore que les étrangers soient accueillis aussi bien en Angleterre, comme cette étranger, là, avec sa « big moustache » – non, je n’ai pas fait un détour par la grande vadrouille. Quelqu’un pour lui dire que cet étranger est en Angleterre depuis presque trente ans ? Non ?
Fondu et enchaîné. Deux ans ont passé et Hercule Poirot n’a pas envie de recevoir la cliente qui se présente à lui. Il la reçoit – malgré tout – cependant, il refuse l’affaire qui lui est proposée. Il note cependant au passage l’inculture et/ou le racisme à peine dissimulé de Mrs Cloade, pour qui l’Afrique est un pays, non un continent (note : il en est encore qui le disent en 2020. On n’est pas rendu).
Et justement, nous allons la découvrir, cette famille Cloade. Jeremy et Frances ont perdu leur fils Anthony à la guerre et se sont soutenus mutuellement. Lynn, la fille d’Adela, revient après avoir servi son pays, tandis que Rowley, son cousin, prenait soin de la ferme qu’il avait bâti avec un ami – engagé, celui-ci est mort au combat. Lionel est médecin, Kathy, sa femme, est celle qui a consulté Hercule Poirot : elle est aussi passionnée d’occultisme. Leurs points communs ? Non, pas seulement le fait d’être liés par les liens du sang. Ils sont liés plus sûrement par le décès de Gordon, leur frère, « oncle Gordon ». Quel homme bienveillant. il a toujours veillé à tout de son vivant, leur promettant que jamais ils n’auraient de soucis – en cas de dettes, de manque d’argent, il était là. Oui, il les a empêchés, sous couverts de bienveillance, d’être pleinement indépendant, ou, pour faire court, pleinement adulte – et il n’est guère que Lynn pour en faire le constat, amer et lucide. Aujourd’hui, Gordon est mort, tué dans les bombardements. C’est triste, je vous l’accorde. Ce qui est encore plus triste du point de vue de sa famille, c’est qu’il s’était mariée (!) avec une jeune femme bien plus jeune que lui (forcément) et qu’elle a hérité de ses biens, puisqu’il n’a pas eu le temps de changer son testament. La famille ne fait même pas semblant de ne pas apprécier Rosaleen, la belle Rosaleen, la pauvre Rosaleen qui a eu bien des malheurs dans sa vie. Oui, Gordon est en effet son second mari, le premier ayant succombé quelques années plus tôt. Surtout, Rosaleen ne brille pas par son intelligence, et c’est souvent un fait qui vous transforme très rapidement en future victime, dans les romans d’Agatha Christie. Heureusement, elle peut compter sur son frère, David, un jeune homme qui ne veut plaire à personne et se moque bien de ce qu’on pense de lui.
Bref, tout irait pour le mieux dans l’Angleterre d’après-guerre, si … oui, si un meurtre n’était pas commis.
Rien ne sera simple dans cette enquête, et Hercule Poirot expliquera parfaitement pourquoi à la fin. L’après-guerre, c’est aussi le temps pour se réhabituer à la vie civile, pour regretter aussi ce que l’on a fait, ou ce que l’on n’a pas fait. C’est faire face à une situation – financière, sociale – que l’on n’a jamais vécu, dans une Angleterre qui se reconstruit lentement. Ce sont les coupons, pour le tissu, pour sa robe de mariée ou celles des demoiselles d’honneur. C’est faire la queue, longtemps, devant le poissonnier, ou le boulanger, pour avoir quelque chose d’assez bon à manger. C’est la blanchisserie, qui ne passe pas, si bien qu’il faut laver les chemises à la main. C’est aussi se demander pourquoi, pour qui l’on a fait la guerre, et la réponse donnée n’est pas forcément la réponse attendue. Il est une composante aussi, du crime, que l’on voit rarement : le remords. Rare, dans les romans policiers, sont les coupables qui ont des remords. J’emploie le terme « coupables » parce que c’est ainsi qu’eux se voient, qu’eux vivent, avec la peur aussi, parfois, de craquer.
Je me dis, en refermant ce livre, que beaucoup de personnes vont devoir vivre « avec ». Avec ce qu’ils ont fait, sans scrupule parfois. Avec ce qu’ils ne peuvent plus se cacher à eux-mêmes. Avec le fait que la personne dont ils étaient dépendants n’est plus, et qu’il faut vivre en étant indépendants.
Il est aussi deux personnages qui ne « passeraient » certainement plus à notre époque, du moins, je l’espère. Ils m’ont laissé perplexe, même si j’avais déjà lu une telle intrigue, liée aux séquelles de la guerre, dans une nouvelle d’Agatha Christie. Disons… qu’il était possible de penser comme Lynn. J’espère que ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Le ciel empoisonné de Sir Arthur Conan Doyle

Présentation de l’éditeur :

Dans Le Ciel empoisonné (roman publié en 1913, également connu sous le titre de La Ceinture empoisonnée), quatre amis, lord Roxton, un journaliste, Edouard Malone et un savant, le professeur Summerlee, sont invités par le professeur Challenger, qui a découvert l’altération des raies de Frauenhofer, dans le spectre des planètes et dans celui des étoiles. Il a écrit une lettre ouverte au Times qui dit : « Ceci annonce une catastrophe imminente, une fin mystérieuse de notre planète. La modification et l’altération des raies de Frauenhofer décèlent un vaste changement cosmique, d’un caractère subtil et singulier. À quoi pouvons-nous nous attendre ? À un changement de notre atmosphère ? À la destruction de toute l’humanité ? »Des maladies, des accidents, sont signalés, venant de tous les pays du monde. Déjà, en Angleterre, des disputes éclatent sans cause, des personnes pacifiques s’affrontent par des morsures et des coups. Le professeur Challenger désire passer avec sa femme et ses amis les derniers jours qui leur restent à vivre

Mon avis :

Sir Arthur Conan Doyle est surtout connu pour ses romans et nouvelles policières, moins pour tout ce qui touche à la science-fiction, sauf Le monde perdu. Ici, nous retrouvons dans ce court roman (pour moi, il s’agit plutôt d’une grande nouvelle) les personnages qui ont exploré le centre de la terre et qui n’ont pas tant changé que cela. Ils ont vieilli, ont progressé dans leur profession, ou sont restés tout aussi imbuvables, comme le professeur Challenger. Justement, le patron d’Edouard Malone souhaite que celui-ci aille interroger le professeur sur sa dernière communication scientifique, assez alarmante, pour ne pas dire inutilement alarmiste, et il ne souhaite pas envoyer un journaliste qui n’aurait pas l’habitude de Challenger – ne prenons pas de risques inutiles pour lui ! Malone n’est pas le seul à faire route vers la villa de Challenger, le professeur Summerlee et Lord Roxton ont eux aussi été conviés, avec en plus une demande assez saugrenue de la part du professeur : venir avec une bonbonne d’oxygène. Décidément, rien ne va plus dans cette bonne ville de Londres, dans laquelle les comportements aberrants se multiplient, les obsessions ne se cachent plus, et les bagarres éclatent. Il faudra que nos trois héros rejoignent la villa de Challenger pour en savoir beaucoup plus sur ce qu’ils vont devoir traverser.
Tout comme Malone, je n’ai rien compris aux explications scientifiques de Challenger, je n’ai même pas eu un éclair de lucidité à leur sujet. Je me suis plus laissée bercer par la voix du journaliste, qui accomplit son métier, pensant à la fois à son journal, aux articles qu’ils n’écrira peut-être jamais, et au journal (intime ?) qu’il écrit, mettant des mots sur tout ce qu’il voit, ce qu’il vit, et aussi sur ce qu’il n’entend plus.
Le sujet ? Une catastrophe, que l’on ne qualifierai pas encore d’écologique, parce que ce mot restait à inventer, ou à faire entrer dans le langage courant. Une interrogation aussi, de ce qui se passerait si quelque chose attaquait l’humanité d’un seul coup, et si elle disparaissait presque entièrement. Oui, tout est dans le presque, parce que comme les survivants, peu nombreux, parviendraient-ils à tenir, seuls, ayant perdu famille et amis ? Oui, Challenger a fait de son mieux pour protéger ceux à qui ils tenaient, je regrette cependant qu’il n’ait pas pensé aux personnes qui travaillaient pour lui. Certes, la catastrophe fera changer le professeur – un peu, et Malone d’analyser ce que l’on ressent face à une telle catastrophe, de l’effroi à une forme de neutralité face à tant d’horreurs qui paraissent inconcevable. Certaines scènes m’en ont rappelé d’autres, lues dans La Bête humaine, de Zola, ou dans Le formidable événement de Maurice Leblanc. Il ne s’agit pas là de plagiat, loin de là, plutôt de questionnements communs à une époque donnée.
Il existe trois autres récits mettant en scène le professeur Challenger : j’aimerai bien pouvoir les découvrir aussi, en français, bien entendu.

Petite musique de la mort de Frank Tallis

édition 10/18 – 360 pages

Présentation de l’éditeur :

Assassinée, la cantatrice Ida Rosenkrantz n’a pas fini de taire ses secrets. Les pistes sont minces et la liste vertigineuse de ses amants multiplie les suspects. Pour pénétrer le caractère complexe et instable de la victime, Max Liebermann devra pousser plus loin que jamais son raisonnement. Mais il est difficile de faire parler les morts quand les vivants s’en mêlent…

Mon avis :

Roman facile à lire. C’est un premier point, je l’ai lu très rapidement, comme les tomes 1 et 2 de la série. Roman facile et donc agréable à lire ne suffit pourtant pas un roman superficiel. Nous sommes dans la Vienne du début du XXe siècle et s’il est un fait qui domine, qui (me) choque, c’est l’antisémitisme profondément ancré dans la société. Ce n’est pas détesté, conspué un être humain à cause de sa religion qui est considéré comme anormal, c’est l’apprécier, être ami avec lui, comme le commissaire avec Max Liebermann.

Affaire délicate s’il en est : la cantatrice Ida Rosenkrantz est morte. Un suicide ? Cela arrangerait à peu près tout le monde. Le problème est que ce n’est pas le cas, Ida Rosenkrantz a été assassinée. Qui avait intérêt à la faire taire ? Quel secret a-t-elle emporté dans la tombe ? Avec elle, nous découvrons l’opéra de Vienne, et nous suivons Gustav Malher, directeur, chef d’orchestre peu apprécié par ses musiciens, par ses chanteurs. Pourquoi ? Oh, c’est très simple, ai-je envie de dire. Pour Malher, seule la musique compte. Exigeant, il demande le meilleur à son orchestre, à ses chanteurs. Il est hors de question pour lui de laisser les approximations, d’oublier des notes, voire même des instruments parce que son titulaire est parti – il avait autre chose à faire que rester jusqu’au bout du concert. Quand on bouscule les habitudes, quand on demande de la rigueur et de l’investissement, cela peut générer de l’animosité, et certains musiciens sont prêts à aller très loin pour nuire au maître. La musique ? Elle ne semble même pas avoir d’intérêt pour eux, pas même pour les cantatrices qui, dans la vie, cherchent tout autre chose qu’une belle carrière, des rôles magnifiques. Non : le mariage, une belle position sociale leur convient mieux. Est-ce là la véritable cause de la mort de Ida Rosenkrantz ? Peut-être.

L’enquête ne nous fait pas seulement découvrir l’opéra, il nous mène aussi tout prêt de la cour impériale – Ida n’était-elle pas soignée par le médecin de feu l’impératrice ? Déplaire à l’empereur, débusquer un de ses secrets, c’est la disgrâce assurée. Ou pire. Il faut toujours prévoir le pire dans cette ville où une vie ne vaut pas tant que cela.

Petite musique de la mort est un roman policier et historique riche d’enseignement et de questionnement, sur la place des femmes dans la société et dans l’art. Si je suis plus circonspecte sur l’aspect « psychanalytique », en revanche, j’ai été sensible au personnage de Max Liebermann et Oskar Reinhart, qui s’interrogent, justement, sur ce qu’ils croient savoir sur la femme, sur ses désirs, sur ce qu’elle est capable de faire ou pas.

Une belle enquête musicale.

Joseph et Matthew Reavley, tome 4 : Les tranchées de la haine d’Anne Perry

éditions 10/18 – 414 pages

Présentation de l’éditeur (extraits) :

En cette fin de juillet 1917, le moral des troupes britanniques est au plus bas.rnL’aumônier Joseph Reavley tente difficilement de contenir le souffle de mutinerie qui se propage dans les tranchées d’Ypres, en France. Quand le major Northrup, commandant incompétent de sa section, est retrouvé assassiné, douze soldats sont arrêtés et c’est à Joseph qu’il incombe de découvrir la vérité sur leur prétendue culpabilité.

Mon avis :

J’ai toujours autant de mal avec cette série et je ne compte pas le nombre de pause que j’ai faites dans la lecture de ce quatrième tome, au quatrième de couverture trop bavard. Nous sommes en 1917, et les soldats n’en peuvent plus. Il suffirait d’un rien pour que tout explose, et ce pourrait être la nomination du major Northrup. Incompétent ? Oui. Il ne veut pas être épaulé par des hommes plus aguerris que lui, et envoie à la mort des hommes pour des motifs futiles. Sa mort ne dérange personne, et elle n’aurait dérangé personne si l’on n’avait découvert que c’était un meurtre – et si le général Northurp ne veut faire toute la lumière sur la mort de son fils unique.

Le temps de la guerre est toujours là, il se double du temps de l’enquête qui oppose Joseph à d’autres hommes, à sa soeur Judith aussi – pour un faible temps seulement. Les Reavley restent unis, parce qu’ils partagent, dans le fond, le même but et les mêmes convictions. Nous revoyons dans ce quatrième volume des personnages que l’on avait perdu de vue, nous retrouvons aussi des personnages « fil rouge » des précédentes enquêtes. Nous découvrons d’autres rouages de la guerre, et bien sûr, nous retrouvons toujours le Pacificateur. Et Matthew ? Il croyait enfin en avoir fini avec cette affaire, et il se rend compte qu’il n’en est rien, et qu’il est lui-même en danger. Il suffit de peu de choses pour ruiner une carrière, dans une société anglaise hautement pudibonde. Il suffit de peu de choses pour perdre la vie.

Plus qu’un tome… pour savoir non si le Pacificateur sera démasqué, mais comment il sera démasqué.