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Retour de service de John Le Carré

édition du Seuil – 304 pages

Présentation de l’éditeur :

À quarante-sept ans, Nat, vétéran des services de renseignement britanniques, est de retour à Londres auprès de Prue, son épouse et alliée inconditionnelle. Il pressent que ses jours comme agent de terrain sont comptés. Mais avec la menace grandissante venue de Moscou, le Service lui offre une dernière mission : diriger le Refuge, une sous-station du département Russie où végète une clique d’espions décatis. À l’exception de Florence, jeune et brillante recrue, qui surveille de près les agissements suspects d’un oligarque ukrainien.
Nat n’est pas seulement un agent secret. C’est aussi un joueur de badminton passionné. Tous les lundis soir dans son club il affronte un certain Ed, grand gaillard déconcertant et impétueux, qui a la moitié de son âge. Ed déteste le Brexit, déteste Trump et déteste son travail obscur. Et c’est Ed, le plus inattendu de tous, qui mû par la colère et l’urgence va déclencher un mécanisme irréversible et entraîner avec lui Prue, Florence et Nat dans un piège infernal.

Merci à Bepolar et aux éditions du Seuil pour ce partenariat.

Mon avis :

Les espions, cela n’existe plus. On n’en voit plus, on n’en parle plus, sauf James Bond, inoxydable. D’ailleurs, la période de la guerre froide est derrière nous, et des œuvres comme La maison Russie d’un certain John Le Carré ne pourrait plus être écrite de nos jours.

Est-ce si simple ? Bien sûr que non. Prenons Nat, espion quasiment à la retraite, et qui n’a pas vraiment envie de se retrouver au placard, dans un obscure service. Il a encore moins envie de devenir formateur. Rien n’aurait dû se passer, à moins de constituer le cercle des espions disparus, tout en gardant un œil sur une source possible – enfin, ce n’est pas tant Nat qui le fait, que Florence, une stagiaire pleine de vie et de volonté, qui ne demande qu’à être utile à son service et à son pays.

Seulement, les temps ont changé – oui, je me répète – et il n’est pas question de froisser qui que ce soit, ou de se lancer dans une opération trop onéreuse. Après tout, tout va bien, non ? Non, bien sûr : l’Angleterre est en plein Brexit, et doit trouver sa place en dehors de l’union européenne, tout en maintenant des liens avec elle. Il faut faire aussi avec Trump d’un côté, Poutine de l’autre, et les remarques sur l’un et sur l’autre sont assez caustiques, et lucides.

Mais qui les fait ? Nat ? Non, même pour un agent en semi-retraite, ce n’est pas vraiment son rôle. Celui qui les fait, c’est Ed, son partenaire au badminton, lui qui est venu exprès pour se mesurer à lui, en un singulier combat. Les deux hommes pourraient presque nouer des liens d’amitié, n’était… la différence d’âge ? Le fait que Ed, mis à part sa germanophilie et sa haine de Trump ne se livre pas tant que cela ?

L’écriture est rétrospective et c’est après que tout aura échoué (ou réussi, selon les points de vue) que nous découvrirons l’histoire. Glamour ? Non. Aventureuse ? Oui. L’espionnage n’est pas simple, et repose avant tout sur l’habilité à cacher ce que l’on est vraiment, et à faire croire à l’autre que l’on est…. Qui au juste ? Pas facile à déterminer. L’espionnage est un travail d’équipe, l’espionnage nécessite d’être toujours sur le qui-vive, de ne faire confiance à presque personne, d’avoir une excellente mémoire, et d’être attentif à ce que les apparences peuvent cacher. Vaste programme qui nous est ici montré. Nat a eu la chance de pouvoir toujours compter sur Prue, sa femme, avocate des causes pas gagnées d’avance, parfaite épouse d’espion dans le sens où elle s’est tenue à l’écart des jeux d’espion – tout en sachant parfaitement en quoi il consistait et en épaulant son mari.

Un excellent livre d’espionnage so british – qui peut faire mieux que John Le Carré dans ce domaine ?

Une confession de John Wainwright

Présentation de l’éditeur :

« Un roman inoubliable. » Georges Simenon
Le chef d’œuvre inconnu de l’auteur de Garde à vue.

À cinquante ans, John Duxbury est secrètement déçu par son existence. Son travail est devenu une routine, son mariage sombre dans la grisaille, il ne sait plus comment être heureux.
Bientôt, c’est un drame qui s’abat sur lui. Alors qu’il est en vacances avec sa femme, Maude, celle-ci fait une chute mortelle. Quelques temps plus tard, un homme se présente au commissariat. Il a été témoin des faits et prétend que c’est John qui a poussé sa femme dans le vide. L’inspecteur Harker, chargé de l’enquête, s’engage à corps perdu dans la recherche de la vérité, jusqu’à l’ultime face-à-face.

Pourquoi ce formidable roman publié en 1984, n’a-t-il jamais été traduit en français ? C’est incompréhensible. Ce qu’on comprend aisément, en revanche, c’est la raison pour laquelle il a émerveillé Simenon. On ne peut en effet s’empêcher à la lecture de penser aux grands chefs-d’œuvre du maître.

Mon avis :

C’est sur les conseils de Bernard, membre des forums Partage-Lecture, Au fil des lignes et Babelio que j’ai lu ce livre, après l’avoir réservé à la bibliothèque de Rouen : j’aime bien retracer mon parcours de lectrice. Il est un peu comme le parcours de traduction de ce livre, publié en 1984 et  traduit en français en mars 2019 par Laurence Romance. Je me rends compte que j’aime bien lire des polars qui ne sont pas dans l’immédiateté, c’est à dire des romans qui viennent de paraître et se veulent le reflet de notre société 2.0 – parce qu’il faut toujours avoir à l’esprit en lisant ce livre que nous sommes dans les années 80, avec des héros quadragénaires ou quinquagénaires, donc des personnes qui sont nées dans les années 30/40 et sont les témoins d’une société anglaise assez figée, où les classes sociales ont une grande importance.

Prenez John Duxbury, il est l’exemple même de l’homme qui s’est fait tout seul. Lui et sa femme ont cinquante ans et leur mariage est un désastre. L’action se situerait de nos jours, l’intrigue s’orienterait davantage vers un divorce – d’ailleurs, à un moment de l’intrigue, un des personnes se demande bien pourquoi il n’y a pas eu divorce. De même, je pense à la scène de l’esclandre dans un restaurant, causé par Maud Duxbury – quelle haute estime faut-il avoir de soi et de sa position sociale pour déclencher un scandale pour une tasse fêlée, et pour humilier ainsi la servante, certes un tantinet gaffeuse, mais surtout jeune, et certainement issue d’une classe moins favorisée ? Oui, il aurait été intéressant de lire la version de Maud, en plus de celle de John – Maud n’aurait sans doute pas tenu un journal : s’épancher, avouer l’échec d’un mariage, cela ne se faisait pas.

D’ailleurs, le sujet premier de ce livre, c’est la mort de Maud, accidentelle, pendant les uniques vacances que le couple s’était octroyé depuis longtemps. Fin du livre. Presque. Un témoin affirme que ce n’est pas un accident, mais un meurtre. Hélas pour la machine judiciaire, ce témoin est quasiment un extraterrestre. Il est contre le nucléaire, il est végétarien. Professeur, il est en pleine dépression, à cause de son métier et d’autres événements. Sa femme, qui a l’air totalement insignifiante, le porte à bout de bras, elle a entièrement confiance en lui – même son chef d’établissement en convient, il est incapable de mentir. Alors que faire ?

C’est là qu’entre en scène l’inspecteur Harker. J’ai failli dire « l’inspecteur Harry », tant ce policier, essentiellement policier, peut faire froid dans le dos. Non, il n’usera pas de violence physique, pas du tout. Par contre, il fera tout ce qu’il est psychologiquement possible de faire pour obtenir les informations qu’il désire. Je pense que les personnes qu’il interroge – j’ai failli dire « ses victimes » – ont dû avoir l’impression d’être coincé dans les mâchoires d’un bouledogue avant d’être recraché, puis passé au rouleau compresseur. Joli image me direz-vous – attendez de voir l’état de ce qu’Harker a pris dans ses griffes. Il est tenace, il est obstiné, il veut la vérité et la justice. Un enquêteur comme certains n’aiment vraiment pas en rencontrer.

Un livre que j’aurai bien vu adapté au cinéma.

 

 

Les carnets de Max Libermann, tome 2 : Du sang sur Vienne de Frank Tallis

Présentation de l’éditeur :

En plein cœur de l’hiver sibérien de 1902, un serial killer entame une déconcertante campagne de meurtres dans la ville de Vienne. Mutilations obscènes et penchant pour les symboles ésotériques en sont les principales caractéristiques.

L’enquête mène l’inspecteur Oskar Rheinhardt et son ami le psychiatre Max Liebermann au sein des sociétés secrètes de Vienne – le monde ténébreux des érudits littéraires allemands, des théoriciens et des scientifiques adeptes des nouvelles théories évolutionnistes venues d’Angleterre.

Au premier abord, le comportement énigmatique du tueur demeure imperméable à toute interprétation psychanalytique…

Mais il devient peu à peu évident pour Max qu’un raisonnement cruel et invraisemblable guide les actes de ce dernier.

Mon avis ;

Ce livre était dans ma PAL depuis au moins six ans, comme le tome 1 (et le 3, le 4… qui suivront sans doute très vite).
L’enquête, et pourtant, elle est là, et bien là, comme comme dans le premier tome. Oskar et Max ont bien l’intention de faire toute la lumière sur ce qui s’est passé, et ils y arrivent. Plus que l’enquête, ce qui compte à mes yeux est l’exploration de cette société d’avant la première guerre mondiale, cette société où l’antisémitisme ne gène presque pas, où la thérapie par la parole n’en est qu’à ses premiers mots, où les militaires jouissent d’un très grand prestige. Pour faire court, ils ont à peu près tous les droits, et les prennent. Ils font aussi rêver certaines jeunes filles – les uniformes, les grades, la raideur qui passent pour de l’élégance – qui se voient très bien à leur bras, pour ne pas dire mariées avec eux. Oui, j’insiste, ils ont tous les droits, y compris celui de provoquer des duels, de provoquer en duel, pour un oui, pour un non – sachant qu’ils sont quasiment sûrs de vaincre, eux qui manient les armes à longueur de journée. Meurtre autorisé.
Alors, à côté de cela, un serial killer… c’est presque exotique, pour cette époque. Presque, il faut cependant trouver, après avoir subi les conséquences, les causes de tels comportements, pour que le tueur cesse de nuire. Aujourd’hui comme hier, ce n’est pas facile, mais, je le redis, Oskar et Max ne cesseront pas d’enquêter.
Une série que j’apprécie toujours autant.

 

Agatha Raisin enquête, tome 21 : Trouble fête de M.C. Beaton.

Edition Albin Michel – 306 pages

Présentation de l’éditeur :

Le Noël qui s’annonce dans le village de Carsely sent le sapin… John Sunday, membre de la Commission de santé et de sécurité, menace de mettre fin aux traditions si chères aux habitants. L’arbre de Noël sur le toit de l’église ? Un danger public. Les décorations accrochées aux réverbères ? Inutiles. Les jouets réalisés par une villageoise ? Nocifs pour les enfants. Foutaises ! protestent les membres de la Société des dames du village : il faut mettre ce trouble-fête hors d’état de nuire ! Qu’à cela ne tienne : son corps est retrouvé, lardé, tel un gigot, à coups de couteau de cuisine. Agatha n’a pas une minute à perdre pour trouver le coupable… et sauver la fête.

Mon avis :

Revoilà Agatha pour sa vingt-et-unième enquête, qui, si j’ai bien compté, dure un an, d’un Noël à l’autre. Et elle en connaîtra, des rebondissements, Agatha, au cours de cette année. Des événements malheureux, dramatiques surviendront, dont elle se sentira responsable. Or, mon jugement est simple : elle n’est ni responsable, ni coupable, ni elle ni Toni ne peuvent aider une personne qui s’enfonce de plus en plus, en dépit de l’aide reçue. Agatha a fort à faire aussi parce qu’après une vingtaine d’enquêtes, elle a tout de même acquis une certaine réputation avec son agence de détectives : soit l’on pense qu’elle est une bonne enquêtrice (elle s’est tout de même nettement améliorée) soit comme le chef de la police, ou d’autres encore, on ne la voit que comme une empêcheuse d’enquêter en rond, une femme qui trouve par hasard des faits qui bousculent l’ordre des choses, et on la sous-estime grandement. Ceux qui en veulent vraiment à Agatha (et je ne parle pas du pasteur Bloxby qui ne l’a jamais supporté, c’est autre chose) ont très souvent quelque chose, voire plusieurs choses à se reprocher. Prenons Dan, un journaliste qui a déversé son fiel, grâce à un rédacteur en chef pas très regardant (le népotisme mène à tout, même à bafouer la charte des journalistes) : il est très réellement un mauvais journaliste, bidouillant largement ses reportages, et se servant de son pouvoir pour quelques abus machistes. S’il n’a pas oublié ce que lui a fait Agatha (à juste raison) quand elle travaillait dans la communication, il aurait dû se souvenir aussi qu’elle n’avait rien perdu de son mordant.

Je parle, je parle, et je m’écarte du sujet premier de ce roman : un empêcheur de fêter Noël en rond, une personne qui tient à tout prix à ce que les règles, les lois soient respectées. Il ne s’agit pas de quelqu’un qui pense à la sécurité de tous, non juste d’une personne qui possède un petit pouvoir et qui s’en sert. Aussi, sa mort ne suscite pas vraiment l’indignation, plutôt le soulagement, même chez ses collègues. Son décès est suivi d’un autre, une femme qui, comme très souvent dans les enquêtes d’Agatha Raisin – c’est le ressort obligatoire – avait trouvé le coupable, et au lieu de prévenir la police, l’avait clamé sur les toits – sans révéler le nom, bien entendu. Elle non plus ne suscite pas vraiment la désespérance, ses enfants ne font même le trajet des Etats-Unis pour enterrer leur mère, nouvelle châtelaine de ce charmant petit village – oui, Carsely n’est pas le seul village à compter quelques criminels. Par contre, pour l’héritage, ou pour demander à Agatha d’enquêter, le fils Tom est capable de faire le déplacement. Il est capable de draguer aussi Agatha, dont la vie sentimentale est pour le moins au point mort – ou presque. Agatha semble enfin débarrassée de son obsession pour James. Certes, elle est encore obsédée par son apparence, même si elle est lucide sur son apparence, sur la lutte que mènent les femmes pour rester attirantes en dépit du temps qui passe, alors que les hommes ne font pas grand chose, parce qu’on ne leur demande pas grand chose. Elle se mêle aussi de la vie sentimentale des autres, comme celle de Toni. Il faut dire que la jeune femme n’a pas été très gâtée jusqu’à présent, et qu’Agatha ne voudrait pas la voir commettre des erreurs – ni elle, ni le garçon qui l’aime « peut-être ». Oui, le peut-être me gène aussi, surtout que ce sont surtout les femmes qui payent les conséquences. Toni est une excellente enquêtrice – et Agatha ne veut pas la perdre.

Et James ? Il aide Agatha dans son enquête, aussi curieux que cela puisse paraître. Lui semble avoir des regrets, et Agatha ne pas manquer d’humour face à un homme qui l’a toujours jugé sévèrement. Alors, que se passera-t-il ensuite ? Il reste encore une dizaine de titres à traduire avant d’avoir (ou pas) le fin mot définitif sur la plus longue histoire d’amour des romans policiers.

 

Toto Ninja chat et le grand braquage du fromage de Dermot O’Leary

édition Gallimard Jeunesse – 208 pages.

Présentation de l’éditeur :

Toto, son frère Silver et leur meilleur ami Facedechat sont appelés à la rescousse par Larry, le chat du premier ministre: la Conférence Mondiale de la Paix est menacée par la disparition subite de tous les fromages du monde ! Le duo de ninjas chats devra déployer tousses talents et faire appel à ses amis pour mettre la patte sur le voleur à l’origine de ce terrible complot.

Mon avis :

Le fromage, c’est bon pour la santé, et c’est une normande qui vous le dis !
Pardon, ce n’est pas le sujet du livre ? Mais bien sûr que si ! Tous les fromages du beau royaume d’Angleterre ont disparu, tout, et si c’est un drame personnel pour Silver, le frère et guide de Toto, s’en est un à plus grande échelle encore, puisque le fromage est indispensable dans les grands repas officiels. Voici donc Toto, ninja chat, chargée de sa première mission officielle, par Larry, son chef, et présentement locataire du 10 Downing street – être un chat entraîne de grandes responsabilités.
Pas facile pour Toto, non parce qu’elle est presque aveugle, mais parce qu’elle sait le poids qui pèse sur ses épaules – on peut être l’héroïne d’un roman de littérature jeunesse et avoir beaucoup de responsabilités !
Que vous dire de plus, si ce n’est que ce roman est drôle, enlevé, rempli de rebondissements et de posture de ninja. Toto, qui m’a forcément fait penser à Annunziata avant ses opérations (elle aussi ne distinguait que des ombres) est très attachante, tout comme Facedechat, leur meilleur ami si différent des autres, toujours prêt à les soutenir, à les aider, quels que soient les conséquences pour lui. Silver est un contrepoint comique, presque toujours gaffeur, mais rempli de bonne volonté, et ne reculant pas pour aider sa soeur – il suffit pour cela de le voir à l’entraînement. Leurs ennemis ne manquent pas de personnalité et de ressources. Les alliés de Titi et Silver non plus !
Un livre que j’ai envie de lire et de partager, un livre qui ne serait pas tout à fait le même sans les illustrations de Nick East et la traduction de Marion Roman.

Les Fjords de Santorin de Nick Alexander

Présentation de l’éditeur :

Pour Becky, son père n’est pas seulement absent : il est un mystère, un trou béant dans son passé… et un sujet tabou avec sa mère, Laura. Quand cette dernière décide sur un coup de tête de s’envoler pour la Grèce, Becky choisit de l’accompagner, bien décidée à se rapprocher d’elle – et de la vérité. Pendant leur voyage vers la magnifique île de Santorin, il devient vite évident que le choix de destination n’est pas aussi anodin que le pensait Becky. Laura lui cache quelque chose depuis toujours, et elle est déjà venue ici. Mais le souvenir de ce premier voyage est teinté de douleur et de secrets enfouis depuis vingt-cinq ans. Alors que la vérité éclate au grand jour, mère et fille pourront-elles enfin enterrer les fantômes de leur passé et trouver le bonheur auquel elles aspirent ?

Merci à Amazon publishing et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Oui, le titre peut surprendre, parce que, jusqu’à preuve géographique du contraire, il n’y a pas de fjords à Santorin, on en trouve plutôt en Norvège – ou alors, il faut vraiment que je révise ma géographie. C’est une romance, et après lecture, c’est une certitude : la romance n’est vraiment pas mon genre littéraire de prédilection, on ne m’y reprendra plus.

Dans ce roman, nous avons une alternance entre deux points de vue, deux temporalités, celui de Becky, la fille, dans le présent, et celui de Laura, la mère, vingt cinq ans plus tôt. Deux temporalités, et deux lieux aussi, entre le Royaume-Uni et la Grèce. Je pourrai dire aussi la Norvège, mais c’est vraiment très bref, les seules vacances partagées entre la mère et la fille, toutes deux donnant l’impression de ne pas avoir eu des enfances très rigolotes – très rigide convient mieux pour qualifier celle de Laura.

S’il est une chose qui lit Laura et Becky, c’est un secret de famille autour du père de Becky, un secret, ou plutôt une volonté de ne pas communiquer. La vie de Laura semble presque arrêtée depuis vingt-cinq ans, comme si elle n’avait pas pu construire une vie personnelle et professionnelle – et il est très fréquent de voir des récits semblables dans les romances : un événement majeur, puis plus rien, comme une hibernation, jusqu’au moment du récit. Certes, ce roman nous rappelle ce qu’était la vie voici vingt-cinq ans, mais Laura est quasiment de ma génération, et je suis étonnée qu’il ne soit pas question du SIDA, curieusement absent. Il est question aussi des rave party et de la banalisation de la drogue : je m’insurge toujours contre les personnes qui pensent que l’on ne peut s’amuser, profiter d’une fête qu’en prenant des substances illicites. C’est triste, c’est dommage, c’est réducteur. J’ai trouvé nettement plus intéressant le regard rétrospectif que Laura pose sur la question de consentement, question que l’on ne se posait pas pleinement à l’époque, et qui me semble seulement commencé à émerger de nos jours. Laura vit sa première véritable histoire d’amour, et n’a pas vraiment, elle qui a reçu une éducation religieuse très stricte, de modèle en ce qui concerne une relation normale. Ignorante, oui, mais elle perd très vite sa naïveté, même si elle ne sait pas dire « non », ou alors trop tard. Elle est une proie facile pour certains hommes – j’ai presque envie de dire « certains prédateurs ».

Vous allez me dire : « il n’est pas si mal, ce roman. » Oui, surtout qu’il n’oublie pas, en situant l’action en Grèce, la crise que traverse le pays actuellement. J’ai aimé aussi l’apologie de la vraie gentillesse, à la fin du livre, qui n’a rien à voir avec le fait de tout accepter, toujours – il est d’ailleurs intéressant que ce soit un personnage masculin qui illustre cette notion. Non, ce qui m’a le plus dérangé, au fur et à mesure du déroulement de l’intrigue, ce sont les trop nombreuses coïncidences, tout ce qui aurait pu se passer différemment si le hasard ne s’en était pas (mal ou bien) mêlé. Mais peut-être les vrais amateurs du genre apprécieront ?

 

Comme une gazelle apprivoisée de Barbara Pym

Présentation de l’éditeur :

Le nouveau vicaire semblait être un jeune homme très convenable, mais quel dommage que l’on vît, dès qu’il s’asseyait, le bas de ses caleçons longs négligemment fourrés dans ses chaussettes ! Belinda l’avait déjà remarqué lors de leur première rencontre au presbytère la semaine précédente, et en avait été fort gênée. Peut-être Harriet pourrait-elle lui en toucher un mot ; avec ses manières enjouées et sa franchise, elle parvenait toujours mieux que la timide Belinda à expliquer aux gens ces petits détails embarrassants. Les sœurs Bede vivent une existence tranquille et prospère. Volubile et coquette, Harriet voue un culte sans limite aux nouveaux vicaires ; timide et rêveuse, Belinda nourrit une passion pour l’archidiacre Hoccleve. Mais le quotidien de ces demoiselles pourrait bien être chamboulé par la venue d’un fameux bibliothécaire et d’un évêque africain…

Merci à Netgalley et aux éditions Belfond pour ce partenariat.

Mon avis :

Vous allez découvrir, en ouvrant ce livre, un univers qui nous est totalement inconnu. Non, je ne vous parle pas de partir au bout du monde pour rencontrer une tribu jusque là coupée de la civilisation (encore que….), je vous propose de vous rendre dans un village anglais dans les années cinquante, et de découvrir les mœurs de ses habitants.

La vie y est réglée comme du papier à musique, et c’est à travers les yeux de Belinda Bede que nous la découvrons. Elles et sa soeur Harriet sont deux vieilles filles, et, chose surprenante pour la jeune génération qui pourrait découvrir ce livre, elles sont très heureuses de cette situation. L’une vit dans le souvenir d’un amour impossible, ou plutôt d’un amour qui n’a pas abouti. L’objet de son amour ? L’archidiacre du village – trente ans plus tôt, elle l’a aimé, oh ! chastement, comme une demoiselle de bonne famille peut aimer, et il lui a préféré Agatha, la fille d’un évêque, érudite, et grande experte dans la gestion de leur vie quotidienne. Harriet, elle, reçoit fréquemment la demande en mariage d’un comte italien de leurs amis, et tout aussi fréquemment, elle dit non : les soeurs Bede vieilliront ensemble.

Nous sommes dans une petite communauté, quasiment en vase clos, et rares sont les personnes qui font irruption dans ce village, où le qu’en-dira-t-on est une des préoccupations premières des habitants, ex-aequo avec les cancans. N’y a-t-il que moi pour penser que deux vieilles filles qui vivent ensemble et ne sont pas soeur, à savoir Edith et Connie, sont peut-être plus que des amies ? Sans doute suis-je la seule car personne n’y voit de malice, si ce n’est que leur bonne est bien à plaindre vu la frugalité de leur repas. Oui, dans ce village, on mange bien, on consacre d’ailleurs la majeure partie de la journée à préparer les repas, à penser au menu du prochain repas, et je ne vous parle même pas du thé qui est accompagné de nombreux gâteaux et autres scones. Ah, pardon, on me souffle dans l’oreillette que ce sont les bonnes qui préparent avant tout le repas, mais que les soeurs Bede se doivent d’être vigilantes malgré tout : un rosbif brûle si vite….

La vie du village est rythmée par les offices, tout comme celle de l’archidiacre l’est par l’écriture de ses sermons. Belinda est sensible aux respects des convenances – très sensible. Sa soeur, plus fantasque, soucieuse de se mettre en valeur, l’est un peu moins. Cependant, cela n’empêche pas Belinda et sa gentillesse, bien réelle, d’être sensible à ce que les gens font, et à ce qu’ils devraient faire – sans les juger, cependant. Elle s’interroge aussi, notamment sur la foultitude des bonnes oeuvres qui l’entourent, là où d’autres « foncent », tête baissée, pour le charme d’un ecclésiastique.

Oui, de nos jours, cela n’existe plus, ou pas vraiment. Des hommes charismatiques qui déplacent des foules, oui, qui les manipulent aussi. Des vicaires ou des évêques qui rencontrent dans de charmants villages les dames de la paroisse, rouages essentiels de la communauté, et leur dévouement à celle-ci, non. Sans doute parce que ces dames elles-mêmes n’existent plus. J’ai remarqué aussi qu’il n’était quasiment pas question d’enfants, on n’en croise pas dans ces villages – vu le nombre de vieux garçons et de vieilles filles, ce n’est pas si étonnant que cela. Il existe cependant une œuvre pour remettre les jeunes filles dans le droit chemin (pas les jeunes hommes) et Belinda, lucide, se dit qu’elle aurait été bien en peine de leur dire quoi que ce soit.

Un délicieux voyage dans une Angleterre disparue.

Quand on n’a que l’amour par Nick Alexander

Mon avis :

On parle souvent de « zone de confort », pour dire qu’il faut en sortir. En lisant ce roman sentimental, peut-on dire que j’en suis sortie ? Oui. Peut-on dire que j’ai apprécié ce que j’ai lu ? Non.
J’ai aimé… le contexte historique. Les années Thatcher, ces années de révolte, de grève, mais ces années où les réformes sont passées en force. Et maintenant, le Brexit – les anglais ont voté, et même les anti-Brexit s’inclinent, ne manifestant pas, ou peu – il faut que Sean amène sa fille à une manifestation, parce que cette trentenaire n’avait jamais manifesté de sa vie. Il n’est jamais trop tard pour se bouger – ou pas.
Je n’ai pas aimé le personnage de Catherine, qui par-delà sa mort, récrit son histoire et celle de son mari, lui révélant des choses qu’elle aurait pu dire plus tôt ou garder pour elle. Dire ses secrets post-mortem, un classique depuis au moins César de Marcel Pagnol. Après… Catherine a voulu que son mari soit heureux après elle, elle a voulu qu’il ne l’idéalise pas. Je pourrai presque dire « mission parfaitement accomplie ». C’est aussi l’occasion de se pencher sur les personnes qui ont croisé leur route … pour en prendre une autre après.
Il est question de transmission aussi, de ce qu’on laisse ou non à ses enfants. Sean a grandi dans un milieu bourgeois très corseté, Catherine dans un milieu ouvrier, chaleureux et plutôt déjanté : on reconnait bien les moeurs d’une époque : combien de jeunes hommes aisés sont allés s’amuser avec des filles « du peuple », pour ensuite se caser « comme il faut » ? Beaucoup. Sean est une exception.
Un roman qui n’était pas pour moi.
Merci à Netgalley et aux édtions Amazon Publishing pour ce partenariat.

Juste avant de mourir par S.K Tremayne

Merci à Netgalley et aux éditions Presse de la cité pour ce partenariat.

Mon avis :

Comme c’est très souvent le cas dans les romans policiers contemporains, le drame semble se dérouler en huis-clos, au sein de la famille. Oui, l’action se passe dans la lande, et l’on peut me répliquer que cet espace est suffisamment ouvert pour permettre de s’ouvrir aux autres, au monde – pas vraiment.
La lande, il faut déjà accepter d’y vivre, même si, comme Adam, il est là pour des nécessités professionnelles. Il est là avec Kath, sa femme, et Lyla, leur fille unique. Le diagnostique n’a pas été posé, parce qu’Adam ne souhaite pas que l’on colle une étiquette sur sa fille : Lyla semble atteinte du syndrome d’Aspeger. Elle en a en tout cas plusieurs symptômes. Kath mère aimante, dévouée, a été victime en décembre d’un grave accident de voiture, qui la fait souffrir d’amnésie rétrograde. Elle cherche, à se souvenir, à comprendre ce qui s’est passé, dans une lande de plus en plus hostile.
Depuis Le chien des Baskerville, on le sait : la lande est un endroit parfait pour se cacher, un endroit idéal pour que les légendes puissent croître, celles des meurtres atroces, celles des suicides ou des sorcières. La lande est un endroit où l’on trouve la mort, où l’on donne la mort, un lieu où l’homme peut assouvir sa cruauté, en en ayant conscience ou pas.
Après, du côté du village ou des villes se trouve un monde presque plus préservé, plus policé. Il suffit de regarder Dan, le frère de Kath, et Tessa, qui ont tout pour être heureux : un métier qui les satisfait et leur permet de bien gagné leur vie, une belle maison, héritée de la mère de Dan qui a privilégié son fils, deux beaux enfants épanouis et en bonne santé. Un vrai portrait de famille heureuse – ou presque, comme toujours.
La morte fait partie de leur vie, et souvent, il est question de Penny, mère de Kath, dont le souvenir nébuleux flotte sur l’intrigue. Morte d’un cancer en Inde, elle a fait répandre ses cendres sur la tombe mythique d’une suicidé de légende. Je ne peux récrire l’histoire, et je ne me le permettrai pas, mais je ne suis pas étonnée par le pouvoir de nuisance de cette femme qui ne s’est pas vraiment posée la question d’aimer ses propres enfants – il est tellement plus aisé de faire le mal que le bien.
Oui, les ombres planent sur ce roman, et comme à Baskerville, il peut très bien se cacher quelqu’un dans la lande. Mais Félix et Randal, les deux chiens de la famille, sont différents du mythique chien des landes. Ou pas. A vous de voir et de lire.

Oiseau de nuit par Robert Bryndza

Présentation de l’éditeur :

S’il vous observe, vous êtes mort.
La scène de crime est abominable : un médecin réputé est retrouvé asphyxié dans son lit, nu, un sac en plastique sur la tête, les poignets entravés. Jeu sexuel qui aurait mal tourné ? Quelques jours plus tard, le corps d’un journaliste de tabloïds est découvert dans des circonstances similaires.
Puis un autre.
Voici donc l’enquêtrice Erika Foster avec un serial killer en liberté, un prédateur qui semble tout connaître des vies très secrètes de ses victimes.
Qui sait qui il observe en ce moment même ?

Petite précision : j’avais le choix, pour aujourd’hui, de rédiger un avis sur un SP numérique que je n’ai pas du tout aimé, ou sur un SP numérique que j’avais beaucoup apprécié. J’ai choisi cette deuxième solution.



Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier les éditions Belfond qui m’ont fait parvenir via Netgalley le deuxième tome des enquêtes d’Erika Foster, sans que j’ai à le solliciter. J’ai beaucoup aimé le premier tome, j’ai tout autant apprécié le second.
J’ai aimé retrouver Erika, qui est loin d’être un personnage parfait. Elle ne s’est pas remise de la mort de son mari, dont elle se juge toujours responsable. Elle rêve toujours de mettre la main sur celui qui a causé sa mort et celle de ses hommes, toujours en cavale deux ans après les faits. Ce n’est pas l’intrigue principale, mais c’est un fait qui apparaît, réapparaît, parce que rien n’est réglé pour Erika, qui vit seule, dans un appartement impersonnel, et ne semble pas avoir de véritables amis, même si le médecin légiste est la personne qui s’en approche le plus, sans toutefois parvenir à lu faire oublier ce qui compte réellement pour elle : le travail.
Enquêter, oui, mais encore faut-il en avoir les moyens, le temps, les hommes, et les moyens qui vont avec. Pourtant, la mort d’un médecin reconnu, dans un quartier résidentiel, est un enquête qui devrait retenir toute l’attention de la police – si ce n’est que la vie privée de ce brave médecin était un peu hors-norme, et qu’il n’en faut pas plus pour ranger ce crime dans une jolie petite case, et le laisser, quitte à ce qu’il ne soit pas réellement résolu. Vous avez dit hiérarchisation dans les crimes qui méritent réellement que l’on se penche dessus ? Vous avez raison !
Il faut qu’un second meurtre survienne pour que l’enquête soit relancé. Il faut qu’un troisième meurtre survienne pour que l’enquête cesse, parce que c’est tellement mieux de trouver un coupable (oublions le présumé) qui rentre dans les jolies cases que l’on a prévues à cet effet.
Erika n’est pas toujours respectueuse des règles – elle a d’illustres prédécesseurs dans la littérature policière. Mais elle est une femme, et cela change tout. Une femme ambitieuse, consciente de sa valeur aussi, des affaires qu’elle a élucidées, ce que personne n’a fait à sa place. Alors, oui, cette affaire-ci, elle la résoudra, et oui, cette promotion, elle la veut. Mention spéciale pour le profiler qui dresse un portrait convenu et attendu du tueur en série qu’ils doivent débusquer. Il est tellement facile de ne pas sortir de ses (mauvaises) habitudes.
L’intrigue nous laisse d’ailleurs quelques incertitudes, sur les faits dont nous parle le tueur. Peut-être se sont-ils réellement déroulés ainsi, peut-être que non. Certains épisodes de son enfant montrent, s’il fallait le rappeler, la capacité de résilience des enfants.
Bonne nouvelle pour moi : trois autres tomes mettent en scène Erika Foster à ce jour.