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Un assassin de qualité d’Ann Granger.

Présentation de l’éditeur :

Londres, 1867, le mal rôde dans les rues… alors que l’inspecteur Ben Ross de Scotland Yard rentre chez lui un samedi soir d’octobre, le fog tourbillonne et l’enveloppe comme une bête vivante.
Lorsque le brouillard se lève le lendemain matin, une femme gît assassinée dans Green Park. Allegra Benedict était la belle épouse italienne d’un marchand d’art de Piccadilly.
Mais qu’avait-elle été faire à Londres cet après-midi, et pourquoi avait-elle été vendre sa broche dans Burlington Arcade quelques heures avant sa mort ?
Alors que Ben commence son enquête, son épouse Lizzie – avec l’aide de leur bonne Bessie – se penche sur la vie privée d’Allegra et découvre plus d’une raison pour laquelle quelqu’un pourrait vouloir sa mort…

Mon avis :

Une femme a été assassinée ! C’est malheureusement fréquent, même à Londres au XIXe siècle. Ce qui change tout est qu’elle appartient à la bonne société, et que cela n’aurait jamais dû arrivé ! Que des prostituées se plaignent d’être suivies, agressées, que l’on tente de les étrangler, passe encore pour la police. Que la femme d’un riche marchand d’art, venu à Londres avec sa gouvernante pour faire modifier un bijou soit étranglée et la police est sur les dents. Il faut trouver ce tueur.
Cette intrigue nous montre une autre facette du mariage. Monsieur Benedict considérait davantage Allegra comme une oeuvre d’art que comme une femme. Il l’avait ramené d’un de ses voyages, et ils n’avaient pas encore d’enfants : on n’abîme pas une oeuvre d’art. Italienne, elle restait confinée dans sa propriété : monsieur ne l’emmenait pas dans ses voyages. On n’abîme pas une oeuvre d’art, et pourquoi aurait-elle voulu voyager ? Elle avait tout se dont elle avait besoin !
La religion est importante, ou plutôt les courants religieux. Les appels à la tempérance, dans une société où déjà la boisson fait des ravages, c’est bien. Les excès de toute sorte sont condamnables, et il est si facile d’embobiner les gens, qu’ils soient humbles ou très riches. Vous l’aurez compris, de la tempérance à l’intolérance, il n’y a parfois qu’un pas, que Lizzie Ross ne veut surtout pas voir Bessie, sa bonne et protégée, franchir. Parce que Ben aime bien boire un verre de vin de temps en temps. Parce qu’elle a déjà assez de travail sans, en plus, distribuer des tracts pour le compte d’une organisation que, de nos jours, l’on comparerait presque à une secte. Puis, Lizzie a besoin de Bessie… pour l’aider à seconder Ben dans leur enquête. Et parce que, aussi, il est quelques hypocrites de première catégorie dans ces charmantes personnes invitant à la modération.
Jamais Allegra n’aurait dû être assassinée, parce que jamais elle n’aurait dû être séparée de sa gouvernante, à qui Mr Benedict en veut presque autant qu’à l’assassin. La situation de domestique est difficile et si le comportement de leurs maîtres n’est pas tout à fait conforme  à ce qui pouvait être attendu de la bonne société, ils peuvent les épauler, sachant toutefois que faire marche arrière sera très compliqué, ou quitter leur place tant qu’ils peuvent encore en trouver une autre – ce qui est désormais quasi impossible pour celle qui a laissé Allegra seule.
Résoudre cette enquête donnera du mal à Lizzie et à Ben, qui se trouve bien mis en avant dans cette troisième enquête – après tout, c’est lui le policier ! J’aurai cependant aimé assister au mariage de nos deux enquêteurs, plutôt que de le voir sombrer entre les tomes 2 et 3.

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Le brouillard tombe sur Deptford d’Ann Granger

Présentation de l’éditeur :

Une nouvelle enquête de l’inspecteur Ben Ross dans le Londres victorien : secondé par sa femme Lizzie, il devra cette fois innocenter un ami que tout accuse.

Mon avis :

Pour cette sixième enquête, Ben Ross n’a vraiment pas de chance. Vous me direz, la victime non plus, mais lui encore moins. Déjà qu’il apprécie modérément Frank Carterton, voilà qu’à cause de lui, Lizzie se trouve plongée dans une affaire de meurtre. Certes, pas tout à fait à cause de lui, mais Ben Ross a trouvé quelqu’un contre qui canaliser sa mauvaise humeur, il ne va pas se priver.
Frank, le neveu de Tante Parry, qui veilla (à sa manière) sur Lizzie orpheline, se marie avec la bien nommée Patience. Hélas, celle-ci est dotée d’un frère, Edgar Wellings, brillant étudiant en médecine et joueur malheureux. Il a des dettes ! Il a demandé à sa soeur si elle ne pouvait lui prêter l’argent légué pour sa dote. Patience est impulsive, elle est une femme de tête : elle ne cède pas ! Frank a une fiancée de valeur. Cependant, Edgar a contracté des dettes auprès d’une prêteuse sur gages, et celle-ci est assassinée peu après une « légère dispute » entre eux. Ce n’est vraiment pas de chance pour personne !
L’enquête mène Ben des milieux aisés aux bas-fonds les plus sombres. Si Patience et Edgar sont en bonne santé, ce n’est pas le cas de tous les enfants qui grandissent dans des masures insalubres, ou plutôt qui ne grandissent pas, car rares sont ceux qui parviennent à l’âge adulte. Britannia Scroggs avait six frères et soeurs, elle est désormais fille unique, à cause des accidents, des épidémies, ou de complications de santé. Elle-même travaille dur et son corps en pâtit.Il croise aussi un chiffonnier et sa petite fille, qui se faufile partout, avec des vêtements tout sauf à sa taille, pour trouver des affaires pour le négoce de son grand-père. Entre les très riches et très dépensiers, et les très pauvres, qui peut bien avoir réellement tué la prêteuse sur gages ? Qui avait le plus à perdre ? Pour revenir à Edgar, il n’avait pas mesuré les conséquences de ses actes pour l’avenir de sa soeur, compromettant son mariage, alors que ses tantes, apprenant ses dettes et les accusations qui pèsent sur lui, s’évanouissent à tour de rôle. Heureusement pour Franck Carteron, sa fiancée ne tient pas des soeurs de sa mère.
Le dénouement ne laisse pas d’être un peu amer, parce que quelque soit le milieu auquel appartient l’assassin, ses proches doivent subir les conséquences de ses actes.

Le témoignage du pendu d’Ann Granger

+Présentation de l’éditeur :

Un homme destiné à la corde dirait n’importe quoi pour sauver sa vie. Mais que faire si son témoignage était vrai ?
Lorsque l’inspecteur Ben Ross est appelé à la prison de Newgate par un homme condamné à mort, il ne s’attend pas à accorder le moindre crédit à sa parole. Mais le récit d’un assassinat dont il a été témoin il y a plus de dix-sept ans est si convaincant que Ben ne peut s’empêcher de se demander si ce qu’il a entendu est vrai. S’il est trop tard pour sauver la vie de l’homme, peut-il encore enquêter sur un crime passé inaperçu pendant toutes ces années ?

Mon avis : 

L’enquête commence plutôt mal pour Ben Ross. En effet, il doit recueillir la confession d’un condamné à mort, non sur le crime qu’il a commis, mais sur un crime dont il a été témoin dix-sept ans plus tôt. Il était temps qu’il se décide à parler ! Si la « prescription » n’est pas évoquée, sans doute parce qu’elle n’existait pas en terme de droit britannique, Ben Ross doit bien reconnaître qu’enquêter sur un crime que personne n’a dénoncé, avec des indications plutôt minces n’est pas vraiment envisageable. Le supérieur de Ben Ross ne l’envisage pas non plus, mais transmet les amitiés à la femme de Ben Ross – cette Lizzie qui a la manie d’enquêter, surtout quand on ne le lui demande pas.
Tout va très bien dans le village où elle se rend avec sa femme de ménage, tout aussi curieuse qu’elle – et n’ayant pas peur d’enquêter elle non plus. Lizzie peut aussi compter sur son vieil ami le cocher, mais plus sur le vieux Nelson, qui a été envoyé chez l’équarrisseur ! Pour mémoire, à l’époque où se passe ce roman, en France, Zola et Maupassant militaient pour qu’un sort décent soit réservé aux chevaux – et Zola montra l’exemple avec son Bonhomme,dont la photo illustrait mon mémoire de maîtrise.
Bonne nouvelle : Putney est resté un petit village, et retrouver la maison isolée sur la lande n’est pas difficile. Mauvaise nouvelle : se faire repérer dans un petit village où tout le monde se connaît est très facile, et les actuels propriétaires de la maison sont pour le moins méfiants.
Ben Ross ne chôme pas de son côté, et son enquête nous en fait découvrir un peu plus sur les droits des femmes (enfin, leur absence plutôt). Pour en savoir plus, je vous renverrai bien, le plus simplement du monde aux oeuvres de Dickens (Oliver Twist, David Copperfield), et à ne pas hésiter à comparer avec ce qui se passait en France à la même époque. Là où vivaient mes arrières-grands-parents se trouvait un orphelinat-usine qui avait la gentillesse de faire travailler les jeunes filles dès l’âge de dix ans.
L’enquête à Putney a été presque trop facile à résoudre, à mes yeux du moins. C’est comme si les coupables n’avaient redouté que ce moment : celui où leur crime se trouverait révélé.

Le putain d’énorme livre du bonheur qui va tout déchirer d’Anneliese Mackintosh

Présentation de l’éditeur :

Ottila a décidé d’être heureuse et ça va faire mal.

Ottila a un problème. Enfin, elle en a un paquet. D’abord elle est alcoolique. Son père est mort pendant qu’elle se complaisait dans une éternelle gueule de bois. Sa sœur a été internée. Sa mère est en train de craquer. Et ses amis la tirent vers le bas. Sauf Thalès, le type le plus sain qu’elle ait jamais rencontré. Thalès donne envie à Ottila de devenir meilleure. Alors elle décide de faire un doigt à son « contexte » pourri et vole Le Petit Livre du bonheur à la bibliothèque. Puis elle entreprend de le scrapbooker sauvagement : mails, SMS, transcriptions de séances de thérapie, dessins… tout y passe.. Le résultat : un roman insolite, contagieux, qui vous fera autant rire (jamais élégamment) que pleurer :).

Merci aux éditions Milady et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis : 

Livre à lire quand on a le moral. Il paraît que c’est un livre feel good, mais franchement, au fur et à mesure que je tournais les pages, je ne me sentais pas vraiment bien.
Certes, il y a des trouvailles intéressantes, comme le fait de scrapbooker le livre qui vous promet d’atteindre le bonheur – vaste question, soit dit en passant. Ces petits morceaux de réels sont sans doute ce que j’ai préféré.
Maintenant, ce sont tout de même des thèmes très lourds que brasse ce roman. Ottila a perdu son père, et s’aperçoit, finalement, qu’elle ignorait une part très importante de sa vie. Que transmet-on réellement à ses enfants ? Si l’on est soi-même névrosé, risque-ton de transmettre ses angoisses à ses enfants, même si on ne leur en parle pas. Bien sûr, je ne pense pas que la dépression soit héréditaire, mais je pense qu’un enfant sent quand ses parents ne vont pas bien – et la mère d’Ottila ne fait même plus semblant d’aller bien.
Nous attaquons vraiment un sujet très lourd avec la soeur d’Ottila, qui se laisse mourir, litérralement. Elle n’en est pas à son premier internement, elle n’en est pas au premier diagnostique posé, elle en est même au énième traitement, et celui qui lui est proposé n’est pas des plus réjouissants. Comment aller mieux quand on ne sait même pas si on veut aller mieux ?
Ottila tente d’en finir avec l’alcoolisme, et avec une vie amoureuse des plus bordélique. Seulement, ce n’est pas si simple. C’est drôle, parfois : disons que la vie vous joue parfois de sacrés tours.
Un livre que j’aurai aimé davantage apprécier.

 

Un manoir en Cournouailles d’Eve Chase

Présentation de l’éditeur :

Cornouailles, 1968. Pencraw, un grandiose manoir en ruine dans lequel les Alton élisent domicile l’été. Le temps semble s’y être arrêté et défile sans encombre. Jusqu’au drame qui vient bouleverser leurs vies et arrêter le temps à jamais.
Cinquante ans plus tard, avec son fiancé Jon, Lorna roule à la recherche du manoir des Lapins noirs, cette maison où elle a séjourné enfant. Elle rêve d’y célébrer son mariage. Tout dans cette vieille demeure l’appelle et l’attire. Mais faut-il vraiment déterrer les sombres mystères de ce manoir en Cornouailles ?

Merci à Netgalley et aux éditions Nil pour cette découverte.

Mon avis :

Il est toujours intéressant de se confronter à des romans qui ne sont pas exactement votre genre. Ce qui m’a attiré est la couverture, que j’ai trouvé très belle, et le lieu où se situaient l’intrigue.
Le récit utilise une technique romanesque assez connue, qui entrelace deux récits, situés à des temporalités différentes mais se situant au même endroit : le fameux manoir de Pencraw. Pardon, il porte en fait un autre nom : le manoir des Lapins noirs, nom presque mignon. Presque. Comment est-on passé d’un manoir dans lequel il faisait bon vivre pour cette famille un peu excentrique, à un manoir à l’abandon dans laquelle vit une vieille lady seule avec une unique domestique ? C’est ce que nous raconte ce roman.
Trois thématiques se mêlent dans ce récit : l’amour, la famille, et les secrets de famille. C’est l’amour qui unit les parents Alton, un amour fort, dévorant, passionnel, qui n’empêche pas Nancy, la fantasque mère, de prendre soin de ses enfants. C’est l’amour qui unit Jon, assez rationnel, et Lorna, qui cherche le lieu idéal pour leur mariage, et cherche aussi, après la mort subite de sa mère, les traces de son enfance. La famille est ce qui les soude, mais la mort d’un de ses membres peut la fragiliser, la désunir, et mettre au jour des secrets jusqu’ici bien enfouis.
L’intrigue est bien construite, je l’ai cependant trouvé parfois trop classique. Si certaines péripéties m’ont surprises, d’autres m’ont semblé trop attendues. De même, parfois j’aurai préféré rester avec un des personnages plutôt que de basculer dans l’autre époque – j’ai trouvé le personnage de Lorna très attachant.
Un livre à lire si vous aimez l’amour, les secrets de famille et les Cornouailles.

L’invitation d’Elisabeth Day

Présentation de l’éditeur :

Ben Fitzmaurice est devenu le meilleur ami de Martin Gilmour le jour où, dans la cour de leur très chic école, Ben, héritier d’une prestigieuse dynastie, a pris la défense de Martin, petit boursier, fils unique d’une mère célibataire sans le sou. Depuis, Ben s’est fait un nom en politique, Martin est devenu critique d’art ; Ben a épousé la très parfaite Serena, Martin vit avec la très discrète Lucy. Et Ben est toujours le meilleur ami de Martin.

Ce soir, Ben fête ses quarante ans. Tout le gratin est présent. Martin aussi. Naturellement

Merci à Netgalley et aux éditions Belfond pour ce partenariat.

Mon avis : 

Un livre poisseux, collant, conçu comme un huis-clos.
Nous entendons principalement la voix de Martin, que ce soit dans le présent, précis et minuté, le passé proche (la réception pour les quarante ans de Ben) le passé recomposé et le futur, pour l’épilogue. Les retours en arrière, chronologiques, sont toujours narrés du point de vue de Martin, avec une froide analyse, mélange de distance et d’incapacité à éprouver de l’empathie. Martin analyse ce que ressentent les autres, démonte les mécanismes qui les mènent à opter pour telle ou telle posture. Est-ce à dire qu’il a raison ? Pas nécessairement.
La seconde voix que nous entendons est celle de Lucy, sa femme depuis treize ans, par le biais d’un journal qu’elle tient à la demande de Keith, son thérapeute, pendant son hospitalisation – ou comment dire, écrire, ce que l’on a gardé pour soi pendant des années.
Roman policier ? Oui, un peu, parce que l’interrogatoire de police est au chœur de ce roman, exercice inédit puisque Martin ne dit rien d’important, et les policiers non plus, comme un dialogue mondain soigneusement codifié.
Drame ? Martine exprime peu de sentiments, si tant est qu’il sait vraiment les identifier, peut-être parce qu’il n’en a pas reçu de la part de Sylvia, sa mère. Celle-ci fait preuve de pragmatisme avant toute chose, et entretient des rapports étranges avec son fils qui, n’ayant rien reçu, ne peut lui rendre grand chose. Aussi, selon les codes de la société et du roman, a-t-il voulu se recomposer une famille – du moins, c’est ce qu’il affirme, même s’il peine à s’intégrer véritablement. Peiner n’est peut-être pas le bon terme, Martin croit sincèrement aux illusions dont il se berce.
L’action est contemporaine, elle aurait pourtant pu se passer dans les années cinquante, soixante, soixante-dix tant certains faits ne changent pas – les amitiés nouées pendant la scolarité (on appelle cela « réseau » de nos jours), la capacité qu’a une famille bien connue, dotée d’un ample confort financier, pour museler (juste ce qu’il faut) la presse, les secrets honteux, les difficultés de couple.
Le couple. Nous en avons deux, Ben et Serena, Martin et Lucy. Simple sur le papier, la réalité est tout autre. Ben et Serena ont quatre enfants, deux filles, puis deux garçons, et c’est la naissance de ce quatrième enfant qui « coince » pour Lucy. Certes, cela ne la regarde ni ne la concerne, mais alors que Martin a précisé au début du roman qu’il ne voulait pas d’enfants, on comprend que ce n’est pas si simple pour Lucy, encore moins pour son entourage qui ne rate pas une occasion de dire à quel point elle ferait une bonne mère. On découvre aussi qu’elle a fait une fausse couche, qu’elle ne l’a pas bien vécu en dépit de la gentillesse dont elle a été entourée (par le personnel soignant, pas par Martin) et que cette absence d’enfant n’est pas un sujet clos pour Lucy.
L’invitation est un roman qui, bien qu’utilisant des thèmes connus, ne met pas le lecteur à l’aise tant il sait jouer avec les codes du genre. A faire suivre d’une lecture plus légère.

Le jardin des bonheurs égarés de Tor Udall

Présentation de l’éditeur :

Lorsque Jonah se retrouve veuf, il passe son temps dans les Kew Gardens londoniens et rencontre des personnages attachants : Chloé, une artiste tourmentée par un secret, Milly, une fillette, et Harry le jardinier.

Merci aux éditions Préludes et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis : 

Ce qui m’a attiré en premier dans ce livre est sa magnifique couverture. Après, j’ai eu plus de mal à y rentrer. Ce jardin est un univers bien réel, qui existe, et qui sert d’écrin à univers irréel, que j’ai eu du mal à intégrer. J’ai eu parfois l’impression de flotter dans un monde qui tenait de l’entre-deux.

J’ai eu du mal aussi à définir les liens entre les différents personnages qui se rejoignent dans le jardin, ou ailleurs. La mort d’Audrey est l’événement qui les unit tous, reste à savoir comment chacun d’entre eux se positionne par rapport à la jeune femme, morte à 36 ans. De même, j’aurai aimé être touchée par cette femme, si différente de moi ou des femmes que je connais. Grâce à ce personnage, l’auteur explore un thème qui est rarement abordé en temps que tel : ce qui se passe après une fausse couche. Je n’ai pas eu envie de le faire, mais la fausse couche est très fréquente dans les séries télévisées -rares sont les grossesses menées à terme – et aussi dans les romans, sans que l’événement n’attire véritablement l’intention. Une banalité. Pas l’épreuve qu’elle constitue dans la vie réelle. Pas les souffrances, physiques, morales, psychologiques.

Audrey reste centrée sur son désir, pense à ses enfants qu’elle a perdus – ce sont ses propos, accueillons-les – et sur les sacrifices que son conjoint a accepté pour être père, lui qui a laissé sa carrière de musicien pour celle de professeur (avec un doctorat, tout de même), lui qui, depuis sa mort, ne parvient plus à composer. Jonah (c’est bien de lui qu’il s’agit, au début, je me demandais qui était le conjoint d’Audrey, entre lui et Harry), rencontre Chloé, tourmentée elle aussi, mais qui garde ses tourments pour elle. Elle est créatrice elle aussi, passionnée par l’origami. Nous la voyons peu à peu prendre son envol.

C’est finalement le dernier tiers du roman qui est le plus intéressant à lire, une fois que tout est bien mis en place. Une fois, finalement, que le lecteur a « compris », et peut se laisser aller à l’émotion.