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Joseph et Matthew Reavley, tome 2 : Le temps des armes d’Anne Perry

édition 10/18 – 384 pages

Présentation de l’éditeur :

En 1915, la guerre s’embourbe dans les tranchées, plongeant des millions d’hommes dans un cauchemar quotidien. Depuis que leurs parents ont été assassinés, victimes d’un odieux complot politique, les membres de la famille Reavley ont chacun un rôle à jouer au coeur du conflit. Tandis qu’en Angleterre, Matthew, espion des services secrets, suit la piste semée de secrets d’Etat du commanditaire de la mort de ses parents, surnommé le Pacificateur, Joseph, son frère, aumônier dans les tranchées des Flandres et sa soeur, la rebelle Judith, volontaire sur le front, enquêtent sur l’assassinat d’un correspondant de guerre qui semblait lui aussi avoir beaucoup de choses à cacher… Après ‘Avant la tourmente’, la reine du polar livre le second volet des aventures de la famille Reavley pendant la Grande Guerre. De la tranquillité bucolique des campagnes anglaises à l’horreur des tranchées, Anne Perry compose avec brio une grande épopée historique et humaine.

Mon avis :

J’ai lu le premier tome en juin 2012 : il s’en est passé des choses depuis (pensées pour mon changement de plateforme en septembre 2012 et pour octobre 2012). Je remets ma critique de l’époque du tome 1  » Je l’invite, tu m’invites, je te rends ta tasse de thé, tu me rends ta tasse de thé, et nous finissons noyés dans le thé. Argh ! C’est plus fort que moi, je craque ! Trois mois après sa lecture, il ne reste que ce sentiment diffus : l’abus de tasse de thé nuit gravement à la santé livresque. Oui, la famille Reavley est sympathique, elle n’a cependant pas le charisme de Thomas Pitt ou d’Hester Latterly (je n’aime pas Monk, j’adore Hester). Je lirai leurs aventures, en dilettante. C’est tout de même fou pour moi de ne pas réellement m’intéresser à un roman qui se passe pendant la première guerre mondiale, alors que cette période historique a une importance capitale pour moi. La cause en est à chercher dans le fait que les personnages ne croient pas qu’une guerre de cette ampleur puisse survenir – les anglais, sur leur île, sont à l’abri, et bien à l’écart de ce qui pourrait survenir sur le continent (à mon avis, vous devez ressentir une pointe d’exaspération dans mon propos). La famille Reavley est sympathique, et c’est tout. Leurs rôles sont pour l’instant trop bien définis, le professeur, l’agent de renseignement, la digne mère au foyer, la jeune fille qui se cherche, pour que je me passionne davantage. En dépit de la mort tragique de leurs parents et de la mort de Sebastian, étudiant préféré de Joseph, le ciel m’a paru toujours bleu au-dessus de leur tête. Et leur théière toujours pleine. Mais non, je ne suis pas profondément injuste avec ce livre,seulement, si je l’avais réellement apprécié, croyez-vous que j’aurai attendu autant de temps pour le chroniquer ? Non. Si je l’avais franchement détesté, non plus. A bientôt pour un nouveau roman de la série Thomas Pitt. »

Je peux dire que j’ai tenu parole pour le dilettantisme, moi qui ai mis huit ans entre les deux lectures (et qui ai mis le tome 3 sur ma table de chevet, pour être sûre de le lire prochainement). Beaucoup de choses ont changé depuis le tome 1. Déjà, l’Angleterre est rentrée en guerre et c’est en Flandre que nous retrouvons Joseph : il n’est plus professeur, il est aumônier, et n’hésite pas à aller dans les tranchées pour aller chercher les blessés, les morts. Il doute. Il doute de sa capacité à consoler, à répondre aux interrogations des soldats, à trouver les mots justes quand il doit annoncer qu’un mari, qu’un frère, qu’un fils est mort. Ne pas révéler les circonstances, parce qu’elles sont atroces, toujours. Ce qui est important, c’est la fraternité qui est né dans les tranchées. Les soldats savent qu’ils peuvent compter en dépit des rats, des obus, des tirs de fusils, des éboulements, des gaz, les uns sur les autres. Des regrets aussi, parce que certains se rendent compte que les petites querelles qui ont pu les séparer étant enfants n’ont plus de sens alors que la mort est si près. Oui, cette première année dans les tranchées est difficile pour Joseph, qui devra, en plus, accepter une mission pour aider son frère qui l’emmènera loin de la Flandre, mais non loin de la guerre : elle est déjà mondiale.

Matthew est toujours agent de renseignement et à ce titre, il n’est pas au front. Il n’est pourtant pas inactif : il cherche toujours qui peut être le Pacificateur. Pour lui comme pour les autres membres de sa famille, le chagrin est toujours vif, doublé de la nécessité de mettre hors d’état de nuire le commanditaire du double meurtre de leurs parents. Oui, le Pacificateur veut la paix, mais à quel prix ? Oui, la première guerre mondiale a été une boucherie, oui, elle a causé d’énormes dégâts, désastre, catastrophe, en France, en Belgique, en Angleterre et en Allemagne aussi – Joseph, les soldats qui sont avec lui n’oublient pas que les Allemands qu’ils tuent, les Allemands qu’ils blessent, qu’ils font prisonniers, sont des hommes, comme eux.

L’enquête des frères Reavley progresse-t-elle ? Oui, et non. Le Pacificateur semble avoir quelques longueurs d’avance de par sa position sur eux, et sans connaître son identité, nous sommes parfois avec lui, nous voyons ce qu’il projette, et nous savons que certains de ses plans peuvent parfaitement réussir. L’interrogation qui se pose pour nous est de savoir jusqu’à quand il agira.

Les soeurs Mitford enquêtent : Un parfum de scandale de Jessica Fellowes

Présentation de l’éditeur :

1930. Diana Mitford et son époux, Bryan Guinness, mènent une vie flamboyante d’une capitale à l’autre, quand, à Paris, l’un des amis de Diana succombe brutalement d’une allergie. Une fin tragique, absurde, mais accidentelle.
Louisa Cannon, ancienne chaperon et confidente des soeurs Mitford, n’est pourtant pas de cet avis. Elle soupçonne un lien avec le scandale ayant éclaboussé la famille Guinness deux ans plus tôt, lorsque l’une de leurs domestiques était passée à travers une lucarne – et morte sur le coup – sous les yeux de toute la haute société anglaise. Un malheureux accident, là encore, un de trop peut-être dans l’entourage du couple…

Mon avis :

Il est toujours ennuyeux de dire que l’on a pas aimé un livre reçu en partenariat, et pourtant, je me suis beaucoup ennuyée à sa lecture. Pour moi qui suis une grande dévoreuse de livres, je peinais à avancer, laissant le livre au bout d’une page, le reprenant, m’astreignant à avancer davantage dans ma lecture. Jusqu’à la moitié du livre, j’avais vraiment l’impression qu’il ne se passait pas grand chose, ou plutôt qu’ils se passaient tout de même des événements, mais que personne ne semblait véritablement géné par les morts qui, malgré tout, s’accumulaient.

Le premier souci reste pour moi le titre : les soeurs Mitford n’enquêtent pas, c’est Louisa, leur ancienne bonne d’enfants devenue domestique au service exclusif de Diana, désormais mariée, qui enquête. Les soeurs Mitford apparaissent d’ailleurs comme fort peu sympathique dans cet opus (je ne sais pas ce qu’il en est dans les deux précédents) mis à part Pamela, qui n’a pas le rôle principal : elles sont toutes entières tournées vers les mondanités. Diana en particulier pense plus particulièrement à la soirée à laquelle elle ira, craint particulièrement d’en manquer une, n’hésite pas à sortir sans son mari – tant qu’elle a un chaperon – va chez les couturiers, passe beaucoup de temps à choisir les accessoires indispensables pour sa robe (et la liste est longue). Elle va à Londres, puis dans sa maison de campagne, se rend à Venise. La préoccupation majeure de ses mondains de l’entre-deux-guerre est d’éviter, voire d’étouffer le scandale. Une servante meurt, en tombant du plafond ? C’est un accident, n’allons pas plus loin. Un mondain, après une soirée de beuverie, meurt ? Réaction allergique, voyons ! Pas d’autopsie, on pourrait découvrir qu’il se droguait – et qu’est-ce que cela changerait ? Une actrice prometteuse succombe à son tour ? Pas d’autopsie non plus, ménageons la famille – sauf que, à la moitié du roman, la famille réagit, elle, et demande une autopsie, c’est enfin le début de l’intrigue. Elle reste cependant assez lente à se développer, la vie privée des personnages, ce qu’ils cherchent à cacher, à eux-mêmes, aux autres, occupe plus d’importance que le récit policier lui-même. Et pourtant, Guy et Mary sont des policiers sympathiques, qui doivent faire avec les limites imposées par la place dans la société des personnes qu’ils doivent interroger, par les peurs de certains et par les réticences d’autres – comme si, finalement, le respect des apparences et des conventions, dans cette société qui veut pourtant évoluer, était plus important que tout.

Merci aux éditions Jean-Claude Lattès- Le Masque pour ce partenariat.

Loveday et Ryder, tome 2 : Un pique-nique presque parfait de Faith Martin

édition Harper Collins noir – 280 pages

Présentation de l’éditeur :

Été 1960. Après une fête de fin d’année organisée par les étudiants de St Bede’s College sur les berges d’une rivière, le corps d’un certain Derek Chadworth est retrouvé flottant dans les eaux de Port Meadow. Et si tous les jeunes gens présents sur les lieux affirment que la mort de Derek est accidentelle, aucun d’entre eux ne peut attester avoir bel et bien aperçu l’étudiant à la fête. Confronté à des témoignages vagues qu’il juge peu crédibles, le Dr Clement Ryder décide d’ouvrir une enquête, assisté de la jeune policière Trudy Loveday, qui entreprend de se faire passer pour une étudiante de St Bede’s College. Trudy arrivera-t-elle à gagner la confiance des élèves et percer le mystère qui entoure la mort du jeune homme le plus populaire de l’université ? Car une chose est sûre : Derek Chadworth n’était pas un étudiant comme les autres…

Mon avis :

Merci aux éditions HarperCollins et à Babelio pour ce partenariat.

Londres, les années 60. La Tamise. Des jeunes gens privilégiés qui s’amusent. Flûte ! Un cadavre est retrouvé dans le fleuve. C’est une noyade accidentelle. Et en plus, le jeune homme en question, Derek Chadworth, eh bien, est un jeune homme ordinaire – ni riche, ni noble. C’est donc une noyade accidentelle, non ? On ne va pas déranger la police, et surtout pas cette noble jeunesse dorée qui s’amuse pour un accident, non ?

Naturellement, il faut que Dr Clement Ryder mette son grain de sable et décide d’enquêter. Il se fait assister par Trudy Loveday, policière stagiaire – la seule agent que son supérieur « prête » sans soucis au docteur Ryder, parce que, pour lui, une femme n’a pas sa place dans la police. Trudy a l’âge des étudiants, mais tout les sépare – sauf l’âge. Trudy et Clement forment un couple d’enquêteur improbable mais original, lui, l’homme d’un certain âge qui a vu beaucoup, qui connaît beaucoup de choses et est sans illusion sur la nature humaine, sachant aussi comment obtenir ce qu’il veut. En revanche, il ne connait pas nécessairement les soucis qui peuvent être ceux d’une jeune femme issue d’un milieu social honnête, aimant, mais modeste : avoir des vêtements qui peuvent la faire passer pour une étudiante aisée, ou s’offrir des leçons de conduite nécessitent d’avoir un budget autre que le sien. Trudy ne manque pas d’aspiration pour son métier :  « aider les victimes et attraper ceux qui leur avaient fait du mal ». Vaste programme, que cette enquête, et pas seulement elle, lui permet d’exercer.

Ce « pique-nique presque parfait » nous montre une Angleterre à deux vitesse, où le fossé entre les classes sociales est particulièrement profond. Il nous montre aussi les aspirations de certains pour gravir les échelons de cette société. Peu importe les moyens, tant que l’on monte – avec la bénédiction de ses parents, parfois. Je ne parle même pas des jeunes filles qui sont, souvent, d’une extraordinaire naïveté, et qui le paient très cher, contrairement aux jeunes hommes.

Un pique-nique presque parfait est un roman agréable à lire, parfait pour se replonger dans l’ambiance des années soixante.

Retour de service de John Le Carré

édition du Seuil – 304 pages

Présentation de l’éditeur :

À quarante-sept ans, Nat, vétéran des services de renseignement britanniques, est de retour à Londres auprès de Prue, son épouse et alliée inconditionnelle. Il pressent que ses jours comme agent de terrain sont comptés. Mais avec la menace grandissante venue de Moscou, le Service lui offre une dernière mission : diriger le Refuge, une sous-station du département Russie où végète une clique d’espions décatis. À l’exception de Florence, jeune et brillante recrue, qui surveille de près les agissements suspects d’un oligarque ukrainien.
Nat n’est pas seulement un agent secret. C’est aussi un joueur de badminton passionné. Tous les lundis soir dans son club il affronte un certain Ed, grand gaillard déconcertant et impétueux, qui a la moitié de son âge. Ed déteste le Brexit, déteste Trump et déteste son travail obscur. Et c’est Ed, le plus inattendu de tous, qui mû par la colère et l’urgence va déclencher un mécanisme irréversible et entraîner avec lui Prue, Florence et Nat dans un piège infernal.

Merci à Bepolar et aux éditions du Seuil pour ce partenariat.

Mon avis :

Les espions, cela n’existe plus. On n’en voit plus, on n’en parle plus, sauf James Bond, inoxydable. D’ailleurs, la période de la guerre froide est derrière nous, et des œuvres comme La maison Russie d’un certain John Le Carré ne pourrait plus être écrite de nos jours.

Est-ce si simple ? Bien sûr que non. Prenons Nat, espion quasiment à la retraite, et qui n’a pas vraiment envie de se retrouver au placard, dans un obscure service. Il a encore moins envie de devenir formateur. Rien n’aurait dû se passer, à moins de constituer le cercle des espions disparus, tout en gardant un œil sur une source possible – enfin, ce n’est pas tant Nat qui le fait, que Florence, une stagiaire pleine de vie et de volonté, qui ne demande qu’à être utile à son service et à son pays.

Seulement, les temps ont changé – oui, je me répète – et il n’est pas question de froisser qui que ce soit, ou de se lancer dans une opération trop onéreuse. Après tout, tout va bien, non ? Non, bien sûr : l’Angleterre est en plein Brexit, et doit trouver sa place en dehors de l’union européenne, tout en maintenant des liens avec elle. Il faut faire aussi avec Trump d’un côté, Poutine de l’autre, et les remarques sur l’un et sur l’autre sont assez caustiques, et lucides.

Mais qui les fait ? Nat ? Non, même pour un agent en semi-retraite, ce n’est pas vraiment son rôle. Celui qui les fait, c’est Ed, son partenaire au badminton, lui qui est venu exprès pour se mesurer à lui, en un singulier combat. Les deux hommes pourraient presque nouer des liens d’amitié, n’était… la différence d’âge ? Le fait que Ed, mis à part sa germanophilie et sa haine de Trump ne se livre pas tant que cela ?

L’écriture est rétrospective et c’est après que tout aura échoué (ou réussi, selon les points de vue) que nous découvrirons l’histoire. Glamour ? Non. Aventureuse ? Oui. L’espionnage n’est pas simple, et repose avant tout sur l’habilité à cacher ce que l’on est vraiment, et à faire croire à l’autre que l’on est…. Qui au juste ? Pas facile à déterminer. L’espionnage est un travail d’équipe, l’espionnage nécessite d’être toujours sur le qui-vive, de ne faire confiance à presque personne, d’avoir une excellente mémoire, et d’être attentif à ce que les apparences peuvent cacher. Vaste programme qui nous est ici montré. Nat a eu la chance de pouvoir toujours compter sur Prue, sa femme, avocate des causes pas gagnées d’avance, parfaite épouse d’espion dans le sens où elle s’est tenue à l’écart des jeux d’espion – tout en sachant parfaitement en quoi il consistait et en épaulant son mari.

Un excellent livre d’espionnage so british – qui peut faire mieux que John Le Carré dans ce domaine ?

Une confession de John Wainwright

Présentation de l’éditeur :

« Un roman inoubliable. » Georges Simenon
Le chef d’œuvre inconnu de l’auteur de Garde à vue.

À cinquante ans, John Duxbury est secrètement déçu par son existence. Son travail est devenu une routine, son mariage sombre dans la grisaille, il ne sait plus comment être heureux.
Bientôt, c’est un drame qui s’abat sur lui. Alors qu’il est en vacances avec sa femme, Maude, celle-ci fait une chute mortelle. Quelques temps plus tard, un homme se présente au commissariat. Il a été témoin des faits et prétend que c’est John qui a poussé sa femme dans le vide. L’inspecteur Harker, chargé de l’enquête, s’engage à corps perdu dans la recherche de la vérité, jusqu’à l’ultime face-à-face.

Pourquoi ce formidable roman publié en 1984, n’a-t-il jamais été traduit en français ? C’est incompréhensible. Ce qu’on comprend aisément, en revanche, c’est la raison pour laquelle il a émerveillé Simenon. On ne peut en effet s’empêcher à la lecture de penser aux grands chefs-d’œuvre du maître.

Mon avis :

C’est sur les conseils de Bernard, membre des forums Partage-Lecture, Au fil des lignes et Babelio que j’ai lu ce livre, après l’avoir réservé à la bibliothèque de Rouen : j’aime bien retracer mon parcours de lectrice. Il est un peu comme le parcours de traduction de ce livre, publié en 1984 et  traduit en français en mars 2019 par Laurence Romance. Je me rends compte que j’aime bien lire des polars qui ne sont pas dans l’immédiateté, c’est à dire des romans qui viennent de paraître et se veulent le reflet de notre société 2.0 – parce qu’il faut toujours avoir à l’esprit en lisant ce livre que nous sommes dans les années 80, avec des héros quadragénaires ou quinquagénaires, donc des personnes qui sont nées dans les années 30/40 et sont les témoins d’une société anglaise assez figée, où les classes sociales ont une grande importance.

Prenez John Duxbury, il est l’exemple même de l’homme qui s’est fait tout seul. Lui et sa femme ont cinquante ans et leur mariage est un désastre. L’action se situerait de nos jours, l’intrigue s’orienterait davantage vers un divorce – d’ailleurs, à un moment de l’intrigue, un des personnes se demande bien pourquoi il n’y a pas eu divorce. De même, je pense à la scène de l’esclandre dans un restaurant, causé par Maud Duxbury – quelle haute estime faut-il avoir de soi et de sa position sociale pour déclencher un scandale pour une tasse fêlée, et pour humilier ainsi la servante, certes un tantinet gaffeuse, mais surtout jeune, et certainement issue d’une classe moins favorisée ? Oui, il aurait été intéressant de lire la version de Maud, en plus de celle de John – Maud n’aurait sans doute pas tenu un journal : s’épancher, avouer l’échec d’un mariage, cela ne se faisait pas.

D’ailleurs, le sujet premier de ce livre, c’est la mort de Maud, accidentelle, pendant les uniques vacances que le couple s’était octroyé depuis longtemps. Fin du livre. Presque. Un témoin affirme que ce n’est pas un accident, mais un meurtre. Hélas pour la machine judiciaire, ce témoin est quasiment un extraterrestre. Il est contre le nucléaire, il est végétarien. Professeur, il est en pleine dépression, à cause de son métier et d’autres événements. Sa femme, qui a l’air totalement insignifiante, le porte à bout de bras, elle a entièrement confiance en lui – même son chef d’établissement en convient, il est incapable de mentir. Alors que faire ?

C’est là qu’entre en scène l’inspecteur Harker. J’ai failli dire « l’inspecteur Harry », tant ce policier, essentiellement policier, peut faire froid dans le dos. Non, il n’usera pas de violence physique, pas du tout. Par contre, il fera tout ce qu’il est psychologiquement possible de faire pour obtenir les informations qu’il désire. Je pense que les personnes qu’il interroge – j’ai failli dire « ses victimes » – ont dû avoir l’impression d’être coincé dans les mâchoires d’un bouledogue avant d’être recraché, puis passé au rouleau compresseur. Joli image me direz-vous – attendez de voir l’état de ce qu’Harker a pris dans ses griffes. Il est tenace, il est obstiné, il veut la vérité et la justice. Un enquêteur comme certains n’aiment vraiment pas en rencontrer.

Un livre que j’aurai bien vu adapté au cinéma.

 

 

Les carnets de Max Libermann, tome 2 : Du sang sur Vienne de Frank Tallis

Présentation de l’éditeur :

En plein cœur de l’hiver sibérien de 1902, un serial killer entame une déconcertante campagne de meurtres dans la ville de Vienne. Mutilations obscènes et penchant pour les symboles ésotériques en sont les principales caractéristiques.

L’enquête mène l’inspecteur Oskar Rheinhardt et son ami le psychiatre Max Liebermann au sein des sociétés secrètes de Vienne – le monde ténébreux des érudits littéraires allemands, des théoriciens et des scientifiques adeptes des nouvelles théories évolutionnistes venues d’Angleterre.

Au premier abord, le comportement énigmatique du tueur demeure imperméable à toute interprétation psychanalytique…

Mais il devient peu à peu évident pour Max qu’un raisonnement cruel et invraisemblable guide les actes de ce dernier.

Mon avis ;

Ce livre était dans ma PAL depuis au moins six ans, comme le tome 1 (et le 3, le 4… qui suivront sans doute très vite).
L’enquête, et pourtant, elle est là, et bien là, comme comme dans le premier tome. Oskar et Max ont bien l’intention de faire toute la lumière sur ce qui s’est passé, et ils y arrivent. Plus que l’enquête, ce qui compte à mes yeux est l’exploration de cette société d’avant la première guerre mondiale, cette société où l’antisémitisme ne gène presque pas, où la thérapie par la parole n’en est qu’à ses premiers mots, où les militaires jouissent d’un très grand prestige. Pour faire court, ils ont à peu près tous les droits, et les prennent. Ils font aussi rêver certaines jeunes filles – les uniformes, les grades, la raideur qui passent pour de l’élégance – qui se voient très bien à leur bras, pour ne pas dire mariées avec eux. Oui, j’insiste, ils ont tous les droits, y compris celui de provoquer des duels, de provoquer en duel, pour un oui, pour un non – sachant qu’ils sont quasiment sûrs de vaincre, eux qui manient les armes à longueur de journée. Meurtre autorisé.
Alors, à côté de cela, un serial killer… c’est presque exotique, pour cette époque. Presque, il faut cependant trouver, après avoir subi les conséquences, les causes de tels comportements, pour que le tueur cesse de nuire. Aujourd’hui comme hier, ce n’est pas facile, mais, je le redis, Oskar et Max ne cesseront pas d’enquêter.
Une série que j’apprécie toujours autant.

 

Agatha Raisin enquête, tome 21 : Trouble fête de M.C. Beaton.

Edition Albin Michel – 306 pages

Présentation de l’éditeur :

Le Noël qui s’annonce dans le village de Carsely sent le sapin… John Sunday, membre de la Commission de santé et de sécurité, menace de mettre fin aux traditions si chères aux habitants. L’arbre de Noël sur le toit de l’église ? Un danger public. Les décorations accrochées aux réverbères ? Inutiles. Les jouets réalisés par une villageoise ? Nocifs pour les enfants. Foutaises ! protestent les membres de la Société des dames du village : il faut mettre ce trouble-fête hors d’état de nuire ! Qu’à cela ne tienne : son corps est retrouvé, lardé, tel un gigot, à coups de couteau de cuisine. Agatha n’a pas une minute à perdre pour trouver le coupable… et sauver la fête.

Mon avis :

Revoilà Agatha pour sa vingt-et-unième enquête, qui, si j’ai bien compté, dure un an, d’un Noël à l’autre. Et elle en connaîtra, des rebondissements, Agatha, au cours de cette année. Des événements malheureux, dramatiques surviendront, dont elle se sentira responsable. Or, mon jugement est simple : elle n’est ni responsable, ni coupable, ni elle ni Toni ne peuvent aider une personne qui s’enfonce de plus en plus, en dépit de l’aide reçue. Agatha a fort à faire aussi parce qu’après une vingtaine d’enquêtes, elle a tout de même acquis une certaine réputation avec son agence de détectives : soit l’on pense qu’elle est une bonne enquêtrice (elle s’est tout de même nettement améliorée) soit comme le chef de la police, ou d’autres encore, on ne la voit que comme une empêcheuse d’enquêter en rond, une femme qui trouve par hasard des faits qui bousculent l’ordre des choses, et on la sous-estime grandement. Ceux qui en veulent vraiment à Agatha (et je ne parle pas du pasteur Bloxby qui ne l’a jamais supporté, c’est autre chose) ont très souvent quelque chose, voire plusieurs choses à se reprocher. Prenons Dan, un journaliste qui a déversé son fiel, grâce à un rédacteur en chef pas très regardant (le népotisme mène à tout, même à bafouer la charte des journalistes) : il est très réellement un mauvais journaliste, bidouillant largement ses reportages, et se servant de son pouvoir pour quelques abus machistes. S’il n’a pas oublié ce que lui a fait Agatha (à juste raison) quand elle travaillait dans la communication, il aurait dû se souvenir aussi qu’elle n’avait rien perdu de son mordant.

Je parle, je parle, et je m’écarte du sujet premier de ce roman : un empêcheur de fêter Noël en rond, une personne qui tient à tout prix à ce que les règles, les lois soient respectées. Il ne s’agit pas de quelqu’un qui pense à la sécurité de tous, non juste d’une personne qui possède un petit pouvoir et qui s’en sert. Aussi, sa mort ne suscite pas vraiment l’indignation, plutôt le soulagement, même chez ses collègues. Son décès est suivi d’un autre, une femme qui, comme très souvent dans les enquêtes d’Agatha Raisin – c’est le ressort obligatoire – avait trouvé le coupable, et au lieu de prévenir la police, l’avait clamé sur les toits – sans révéler le nom, bien entendu. Elle non plus ne suscite pas vraiment la désespérance, ses enfants ne font même le trajet des Etats-Unis pour enterrer leur mère, nouvelle châtelaine de ce charmant petit village – oui, Carsely n’est pas le seul village à compter quelques criminels. Par contre, pour l’héritage, ou pour demander à Agatha d’enquêter, le fils Tom est capable de faire le déplacement. Il est capable de draguer aussi Agatha, dont la vie sentimentale est pour le moins au point mort – ou presque. Agatha semble enfin débarrassée de son obsession pour James. Certes, elle est encore obsédée par son apparence, même si elle est lucide sur son apparence, sur la lutte que mènent les femmes pour rester attirantes en dépit du temps qui passe, alors que les hommes ne font pas grand chose, parce qu’on ne leur demande pas grand chose. Elle se mêle aussi de la vie sentimentale des autres, comme celle de Toni. Il faut dire que la jeune femme n’a pas été très gâtée jusqu’à présent, et qu’Agatha ne voudrait pas la voir commettre des erreurs – ni elle, ni le garçon qui l’aime « peut-être ». Oui, le peut-être me gène aussi, surtout que ce sont surtout les femmes qui payent les conséquences. Toni est une excellente enquêtrice – et Agatha ne veut pas la perdre.

Et James ? Il aide Agatha dans son enquête, aussi curieux que cela puisse paraître. Lui semble avoir des regrets, et Agatha ne pas manquer d’humour face à un homme qui l’a toujours jugé sévèrement. Alors, que se passera-t-il ensuite ? Il reste encore une dizaine de titres à traduire avant d’avoir (ou pas) le fin mot définitif sur la plus longue histoire d’amour des romans policiers.

 

Toto Ninja chat et le grand braquage du fromage de Dermot O’Leary

édition Gallimard Jeunesse – 208 pages.

Présentation de l’éditeur :

Toto, son frère Silver et leur meilleur ami Facedechat sont appelés à la rescousse par Larry, le chat du premier ministre: la Conférence Mondiale de la Paix est menacée par la disparition subite de tous les fromages du monde ! Le duo de ninjas chats devra déployer tousses talents et faire appel à ses amis pour mettre la patte sur le voleur à l’origine de ce terrible complot.

Mon avis :

Le fromage, c’est bon pour la santé, et c’est une normande qui vous le dis !
Pardon, ce n’est pas le sujet du livre ? Mais bien sûr que si ! Tous les fromages du beau royaume d’Angleterre ont disparu, tout, et si c’est un drame personnel pour Silver, le frère et guide de Toto, s’en est un à plus grande échelle encore, puisque le fromage est indispensable dans les grands repas officiels. Voici donc Toto, ninja chat, chargée de sa première mission officielle, par Larry, son chef, et présentement locataire du 10 Downing street – être un chat entraîne de grandes responsabilités.
Pas facile pour Toto, non parce qu’elle est presque aveugle, mais parce qu’elle sait le poids qui pèse sur ses épaules – on peut être l’héroïne d’un roman de littérature jeunesse et avoir beaucoup de responsabilités !
Que vous dire de plus, si ce n’est que ce roman est drôle, enlevé, rempli de rebondissements et de posture de ninja. Toto, qui m’a forcément fait penser à Annunziata avant ses opérations (elle aussi ne distinguait que des ombres) est très attachante, tout comme Facedechat, leur meilleur ami si différent des autres, toujours prêt à les soutenir, à les aider, quels que soient les conséquences pour lui. Silver est un contrepoint comique, presque toujours gaffeur, mais rempli de bonne volonté, et ne reculant pas pour aider sa soeur – il suffit pour cela de le voir à l’entraînement. Leurs ennemis ne manquent pas de personnalité et de ressources. Les alliés de Titi et Silver non plus !
Un livre que j’ai envie de lire et de partager, un livre qui ne serait pas tout à fait le même sans les illustrations de Nick East et la traduction de Marion Roman.

Les Fjords de Santorin de Nick Alexander

Présentation de l’éditeur :

Pour Becky, son père n’est pas seulement absent : il est un mystère, un trou béant dans son passé… et un sujet tabou avec sa mère, Laura. Quand cette dernière décide sur un coup de tête de s’envoler pour la Grèce, Becky choisit de l’accompagner, bien décidée à se rapprocher d’elle – et de la vérité. Pendant leur voyage vers la magnifique île de Santorin, il devient vite évident que le choix de destination n’est pas aussi anodin que le pensait Becky. Laura lui cache quelque chose depuis toujours, et elle est déjà venue ici. Mais le souvenir de ce premier voyage est teinté de douleur et de secrets enfouis depuis vingt-cinq ans. Alors que la vérité éclate au grand jour, mère et fille pourront-elles enfin enterrer les fantômes de leur passé et trouver le bonheur auquel elles aspirent ?

Merci à Amazon publishing et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Oui, le titre peut surprendre, parce que, jusqu’à preuve géographique du contraire, il n’y a pas de fjords à Santorin, on en trouve plutôt en Norvège – ou alors, il faut vraiment que je révise ma géographie. C’est une romance, et après lecture, c’est une certitude : la romance n’est vraiment pas mon genre littéraire de prédilection, on ne m’y reprendra plus.

Dans ce roman, nous avons une alternance entre deux points de vue, deux temporalités, celui de Becky, la fille, dans le présent, et celui de Laura, la mère, vingt cinq ans plus tôt. Deux temporalités, et deux lieux aussi, entre le Royaume-Uni et la Grèce. Je pourrai dire aussi la Norvège, mais c’est vraiment très bref, les seules vacances partagées entre la mère et la fille, toutes deux donnant l’impression de ne pas avoir eu des enfances très rigolotes – très rigide convient mieux pour qualifier celle de Laura.

S’il est une chose qui lit Laura et Becky, c’est un secret de famille autour du père de Becky, un secret, ou plutôt une volonté de ne pas communiquer. La vie de Laura semble presque arrêtée depuis vingt-cinq ans, comme si elle n’avait pas pu construire une vie personnelle et professionnelle – et il est très fréquent de voir des récits semblables dans les romances : un événement majeur, puis plus rien, comme une hibernation, jusqu’au moment du récit. Certes, ce roman nous rappelle ce qu’était la vie voici vingt-cinq ans, mais Laura est quasiment de ma génération, et je suis étonnée qu’il ne soit pas question du SIDA, curieusement absent. Il est question aussi des rave party et de la banalisation de la drogue : je m’insurge toujours contre les personnes qui pensent que l’on ne peut s’amuser, profiter d’une fête qu’en prenant des substances illicites. C’est triste, c’est dommage, c’est réducteur. J’ai trouvé nettement plus intéressant le regard rétrospectif que Laura pose sur la question de consentement, question que l’on ne se posait pas pleinement à l’époque, et qui me semble seulement commencé à émerger de nos jours. Laura vit sa première véritable histoire d’amour, et n’a pas vraiment, elle qui a reçu une éducation religieuse très stricte, de modèle en ce qui concerne une relation normale. Ignorante, oui, mais elle perd très vite sa naïveté, même si elle ne sait pas dire « non », ou alors trop tard. Elle est une proie facile pour certains hommes – j’ai presque envie de dire « certains prédateurs ».

Vous allez me dire : « il n’est pas si mal, ce roman. » Oui, surtout qu’il n’oublie pas, en situant l’action en Grèce, la crise que traverse le pays actuellement. J’ai aimé aussi l’apologie de la vraie gentillesse, à la fin du livre, qui n’a rien à voir avec le fait de tout accepter, toujours – il est d’ailleurs intéressant que ce soit un personnage masculin qui illustre cette notion. Non, ce qui m’a le plus dérangé, au fur et à mesure du déroulement de l’intrigue, ce sont les trop nombreuses coïncidences, tout ce qui aurait pu se passer différemment si le hasard ne s’en était pas (mal ou bien) mêlé. Mais peut-être les vrais amateurs du genre apprécieront ?

 

Comme une gazelle apprivoisée de Barbara Pym

Présentation de l’éditeur :

Le nouveau vicaire semblait être un jeune homme très convenable, mais quel dommage que l’on vît, dès qu’il s’asseyait, le bas de ses caleçons longs négligemment fourrés dans ses chaussettes ! Belinda l’avait déjà remarqué lors de leur première rencontre au presbytère la semaine précédente, et en avait été fort gênée. Peut-être Harriet pourrait-elle lui en toucher un mot ; avec ses manières enjouées et sa franchise, elle parvenait toujours mieux que la timide Belinda à expliquer aux gens ces petits détails embarrassants. Les sœurs Bede vivent une existence tranquille et prospère. Volubile et coquette, Harriet voue un culte sans limite aux nouveaux vicaires ; timide et rêveuse, Belinda nourrit une passion pour l’archidiacre Hoccleve. Mais le quotidien de ces demoiselles pourrait bien être chamboulé par la venue d’un fameux bibliothécaire et d’un évêque africain…

Merci à Netgalley et aux éditions Belfond pour ce partenariat.

Mon avis :

Vous allez découvrir, en ouvrant ce livre, un univers qui nous est totalement inconnu. Non, je ne vous parle pas de partir au bout du monde pour rencontrer une tribu jusque là coupée de la civilisation (encore que….), je vous propose de vous rendre dans un village anglais dans les années cinquante, et de découvrir les mœurs de ses habitants.

La vie y est réglée comme du papier à musique, et c’est à travers les yeux de Belinda Bede que nous la découvrons. Elles et sa soeur Harriet sont deux vieilles filles, et, chose surprenante pour la jeune génération qui pourrait découvrir ce livre, elles sont très heureuses de cette situation. L’une vit dans le souvenir d’un amour impossible, ou plutôt d’un amour qui n’a pas abouti. L’objet de son amour ? L’archidiacre du village – trente ans plus tôt, elle l’a aimé, oh ! chastement, comme une demoiselle de bonne famille peut aimer, et il lui a préféré Agatha, la fille d’un évêque, érudite, et grande experte dans la gestion de leur vie quotidienne. Harriet, elle, reçoit fréquemment la demande en mariage d’un comte italien de leurs amis, et tout aussi fréquemment, elle dit non : les soeurs Bede vieilliront ensemble.

Nous sommes dans une petite communauté, quasiment en vase clos, et rares sont les personnes qui font irruption dans ce village, où le qu’en-dira-t-on est une des préoccupations premières des habitants, ex-aequo avec les cancans. N’y a-t-il que moi pour penser que deux vieilles filles qui vivent ensemble et ne sont pas soeur, à savoir Edith et Connie, sont peut-être plus que des amies ? Sans doute suis-je la seule car personne n’y voit de malice, si ce n’est que leur bonne est bien à plaindre vu la frugalité de leur repas. Oui, dans ce village, on mange bien, on consacre d’ailleurs la majeure partie de la journée à préparer les repas, à penser au menu du prochain repas, et je ne vous parle même pas du thé qui est accompagné de nombreux gâteaux et autres scones. Ah, pardon, on me souffle dans l’oreillette que ce sont les bonnes qui préparent avant tout le repas, mais que les soeurs Bede se doivent d’être vigilantes malgré tout : un rosbif brûle si vite….

La vie du village est rythmée par les offices, tout comme celle de l’archidiacre l’est par l’écriture de ses sermons. Belinda est sensible aux respects des convenances – très sensible. Sa soeur, plus fantasque, soucieuse de se mettre en valeur, l’est un peu moins. Cependant, cela n’empêche pas Belinda et sa gentillesse, bien réelle, d’être sensible à ce que les gens font, et à ce qu’ils devraient faire – sans les juger, cependant. Elle s’interroge aussi, notamment sur la foultitude des bonnes oeuvres qui l’entourent, là où d’autres « foncent », tête baissée, pour le charme d’un ecclésiastique.

Oui, de nos jours, cela n’existe plus, ou pas vraiment. Des hommes charismatiques qui déplacent des foules, oui, qui les manipulent aussi. Des vicaires ou des évêques qui rencontrent dans de charmants villages les dames de la paroisse, rouages essentiels de la communauté, et leur dévouement à celle-ci, non. Sans doute parce que ces dames elles-mêmes n’existent plus. J’ai remarqué aussi qu’il n’était quasiment pas question d’enfants, on n’en croise pas dans ces villages – vu le nombre de vieux garçons et de vieilles filles, ce n’est pas si étonnant que cela. Il existe cependant une œuvre pour remettre les jeunes filles dans le droit chemin (pas les jeunes hommes) et Belinda, lucide, se dit qu’elle aurait été bien en peine de leur dire quoi que ce soit.

Un délicieux voyage dans une Angleterre disparue.