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La Dernière Balade de Jean Townsend par Fred Vermorel

Présentation de l’éditeur :

Londres, 1954. Jean Mary Townsend, une jeune styliste travaillant dans le monde du spectacle, est retrouvée étranglée. Les circonstances du meurtre restent obscures, tout autant que l’identité de l’assassin. Le jeune Fred Vermorel lit en une de l’Evening Standard un compte rendu de ce fait divers qui, toute sa vie, va l’obséder. Sept décennies plus tard, il nous livre les clés et, peut-être, la solution de cette incroyable affaire.
Son enquête acharnée nous mène dans les milieux de la nuit londonienne, que Jean fréquentait assidûment. Là où se croisaient grand banditisme, show-biz, politique, de Joan Collins à la princesse Margaret en passant par Rock Hudson, Profumo, les frères Krays ou encore Sarah, la fille de Winston Churchill. Des clubs généralement clandestins, des bars gay, des lieux transgressifs, ouverts à tous les délires sexuels, où la drogue circulait à foison. Des endroits de perdition pour des jeunes filles souvent trop naïves.

Merci aux éditions Sonatine et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

J’ai eu l’impression d’avoir entre les mains un livre véritablement déroutant, de par sa forme et de par son contenu. En effet, il ne s’agit pas d’un roman, mais d’une enquête sur la mort de Jean Townsend, une jeune femme retrouvée assassinée dans un terrain vague. Elle n’est malheureusement pas la seule jeune femme à qui un tel sort est arrivé. Cependant, à cause d’erreurs, de secrets trop enfouis, son meurtre n’a jamais été élucidé. L’auteur était un enfant quand ce crime a eu lieu. 67 ans plus tard, il publie ce livre qui contient la somme de ses recherches sur ce crime.

Le premier point qui m’a surpris est le nombre de refus qu’il a essuyés, le nombre de personnes qui ont refusé de parler, certaines dans le but de respecter le secret de l’instruction – le dossier est en effet scellé, et il faudra encore de nombreuses années avant qu’il puisse être ouvert. Pour quelles raisons ? Qui cherche-t-on à protéger ? Ce sont spontanément les questions que je me suis posées.

Ce n’est pas seulement une enquête sur Jean Townsend que mène l’auteur, mais aussi une enquête sur les milieux dans lequel elle évoluait. Le premier constat que je fais est à quel point, déjà, les enfants pouvaient être livrés à eux mêmes. Le XXIe siècle n’a rien inventé, si ce n’est que la protection de l’enfance (ou tout autre service) se montrerait sans doute plus actif qu’il ne l’était dans les années 40/50. Les violences conjugales étaient elles aussi bien réelles, déjà, comme le prouve le témoignage de Liz Baron qui, heureusement, a pu obtenir le divorce de son mari. Le second constat est que je me suis parfois perdue en lisant ce livre. Oui, Fred Vermorel explore toutes les pistes possibles, vraiment toutes, et nous donne par la même occasion son sentiment sur les différents suspects potentiels. La fin de la guerre n’était pas si loin, les américains étaient encore là. Les aristocrates n’étaient pas des anges non plus, l’on croisera la princesse Margaret, son mari, et même le prince Philip. Cotoyer des artistes (photographes, peintres, stylistes), c’est aussi toucher de prêt une faune assez interlope.

En refermant ce livre, je me dis que ce qui a aussi fasciné l’auteur, c’est cette période en particulier, les années 50 au Royaume-Uni, période dont on parle peu, parce qu’elle a été éclipsée par celle qui a suivi.

Un livre à lire pour ceux qui aiment les enquêtes minutieuses et ne craignent pas de se perdre dans un dédale d’information.

 

Mort sur le transsibérien de C.J. Farrington

Présentation de l’éditeur :

Bienvenue à Roslazny, un petit village assoupi de Sibérie, enseveli sous la neige, engourdi par le froid. Olga Pushkin est la garde-barrière du village. C’est elle, notamment, qui veille au bon déroulement du passage du majestueux Transsibérien, depuis la petite maison où elle vit seule avec son hérisson et son amour de la littérature. Car la littérature, c’est la grande affaire de la vie d’Olga ; et son rêve, c’est de rejoindre l’université de Tomsk – l’Oxford sibérien – et de quitter Roslazny où jamais rien ne se passe… Mais la chape de silence et de froid qui semble congeler le village va bientôt se fissurer : lettres anonymes et petits larcins vont réveiller la rumeur de l’existence d’une Baba Yaga, ces sorcières féroces qui se cacheraient dans les immensités gelées de la taïga russe. Et lorsqu’un touriste américain tombe du Transsibérien après avoir été égorgé, la bouche pleine de pièces de 10 roubles, l’angoisse s’empare de Roslazny. Un deuxième mort, et c’est la panique dans le village ; d’autant plus que l’inspecteur en charge de l’enquête, l’énigmatique et boudeur Vassily Marushkin, se retrouve emprisonné par son machiavélique supérieur, l’inspecteur-chef Babikov. Alors Olga va devoir mener elle-même l’enquête, d’abord pour disculper Vassily, puis pour comprendre qui sème ainsi le trouble à Roslazny. Mais le temps presse, et les pistes semblent se perdre dans la brume qui encercle le village…

Merci aux éditions Hugo Thriller et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

En découvrant le sous-titre « Une enquête d’Olga Pouchkine », j’ai eu l’impression que l’auteur amorçait ainsi une série, ce dont j’ai eu la confirmation en découvrant sa biographie. Lui-même a vécu en Russie, et a écrit ce livre alors qu’il était en congé parental pour s’occuper de sa fille Acacia.

En lisant ce titre, je me suis rappelée pourquoi je me suis détournée de la littérature russe depuis des années. Oui, je sais, l’auteur est anglais, et pourtant, je me suis retrouvée perdue au fin fond de la Russie avec son héroïne Olga Pouchkine. Non, elle n’a aucun lien avec l’auteur, mais elle rêve de devenir auteur, d’écrire, ce dont presque personne ne la croit capable. Elle a 34 ans, elle est devenue garde-barrière parce qu’elle n’avait pas vraiment le choix, auprès d’un père victime d’un accident du travail qui l’aurait laissé incapable de travailler, mais totalement capable de s’enivrer, de jouer au poker, ce qui est pourtant interdit en Russie, et de dilapider le plus d’argent possible, quand il ne rêve pas à retrouver le trésor dont Tatiana, sa femme, lui a parlé sur son lit de mort. Olga pense aussi souvent à sa mère, elle se souvient des belles choses, de l’amour que sa mère portait à ses enfants, et n’a que faire de ce « trésor », les souvenirs qu’elle a de sa mère n’ont pas de prix.

La vie s’écoule, paisible, ponctuée par l’alcool ingurgité par les hommes, au détriment des soins qu’ils devraient à leur famille. Et le roman s’écoule lentement lui aussi. J’ai trouvé que l’on passait beaucoup trop de temps sur la vie privée (de presque tout) d’Olga, sur ses rêves, ses désirs d’écriture, la description de son passé, du passé de ses parents, notamment ce qui a amené une jeune fille telle que Tatiana, venue d’un milieu cultivé, à s’unir avec le père d’Olga et de Pascha (son frère, militaire, que nous découvrirons au cours du récit). J’ai eu parfois l’impression que l’action était ralentie, tant l’on passait du temps, parfois, sur des faits que je ne trouvais pas pertinent, mais qui devaient l’être, sinon, l’auteur ne les aurait pas écrits ! Je pense, par exemple, au moment où Olga rend visite à Vassily Marushkin et où une page de description (les intentions d’Olga, le maquillage qu’elle a mis) sépare le moment où elle arrive devant le poste de police et celui où, enfin, elle frappe à sa porte, pour finalement découvrir qu’elle est venue pour rien, il ne lui dira rien. Un policier intègre, c’est rare.

Oui, je pense que si je regarde cette oeuvre comme un roman sur Olga, ses désirs, ses aspirations, et, finalement, sa bonté quotidienne (voir le soin qu’elle porte à Dimitri, hérisson de son état), il est plus simple de l’apprécier, d’apprécier son rythme, lent, ses moments où Olga réfléchit à sa vie, se questionne, elle qui, comme de très nombreuses femmes, pour ne pas dire toutes les femmes, souffrent des remarques sexistes de leurs supérieurs en particulier, et de presque tous les hommes qui les entourent. A Roslazny, le quotidien ne permet pas vraiment de rêver, il permet à peine de vivre, dans un lieu qui pourrait être hors du temps – à croire que le progrès, le confort y est impossible – mais où trafic, magouilles et autres corruptions se donnent rendez-vous. La vie humaine semble n’y avoir vraiment aucune importance, et les personnages comme Olga ou Vassili, qui garde espoir jusqu’au bout, sont rares.

Un livre à conseiller si le froid, la Russie et le récit de vie quotidienne (presque) banale ne vous effraie pas. En revanche, si vous aimez les polars purs et durs, passez votre chemin.

The Magpie society (tome 1) par Zoe Sugg et Amy McCulloch

Présentation de l’éditeur :
Quand une des élèves de la prestigieuse Illumen Hall boarding school est retrouvée morte, une mystérieuse pie tatouée dans la dos, Audrey et Ivy, deux pensionnaires que tout oppose, découvrent un secret terrifiant caché au coeur de leur école à l’apparence si parfaite. Puisant dans la tradition des légendes victoriennes et celle des romans d’internat anglais, la trilogie séduira les fans de Pretty Little Liars ou Riverdale.

Mon avis :

Le quatrième de couverture annonce une trilogie. C’est une bonne nouvelle pour moi, je craignais vraiment que l’intrigue ne se délite dans un trop grand nombre de tomes. Si je devais faire court, je dirai que j’ai aimé ce roman plus que je ne le pensais après avoir lu quelques pages.

La cause ? Le début avait réellement été un début-choc, nous assistons en direct à la découverte du corps de Lola. Puis, dès que l’on tourne la page, la pression retombe. Tout semble redevenu normal, pour ne pas dire banal : nous découvrons l’arrivée d’une nouvelle élève, Audrey, dans l’école. En soi, la confrontation entre un nouvel arrivant et un univers clos, fermé, dans lequel tous, de l’élève au professeur se connaissent, n’a rie de bien étonnant. Que la nouvelle élève; Audrey, soit américaine et arrive ici presque en exilée volontaire a de quoi surprendre. Pourquoi a-t-elle quitté sa Georgie natale (l’état, pas le pays, même si elle ne savait pas que ce dernier existait) ? Pourquoi se retrouver dans un internat anglais, au règlement guindé et à l’organisation presque poussiéreuse ? Je me suis demandée si les adultes se rendaient compte à quel point les ados étaient capables d’enfreindre certaines règles sans se faire prendre !

Pour Ivy, c’est tout le contraire. Cet internat a été une planche de salut pour elle et sa famille. Excellente élève, sportive et musicienne, elle a obtenu une bourse qui a permis à sa famille de surnager financièrement. Très investie, elle prend son rôle à l’internat très à coeur, même si, de prime abord, elle n’accueille pas avec joie la présence de cette américaine aux goûts excentriques avec joie. Mais un autre événement vient perturber la vie de l’internat. Déjà qu’il est difficile de faire comme si tout était normal après la mort accidentel de Lola, mais le fait qu’un mystérieux podcasteur promette des révélations au sujet de la mort de Lola, affirmant que l’enquête a été bâclé, que certains faits ont été classés sans suite trop vite jette une chape de brume sur l’établissement.

J’ai aimé suivre ses podcasts, j’ai aimé, surtout, voir le rapprochement entre Ivy et Audrey. Aller au-delà des apparences, toujours, oser aller contre la « meute », ceux qui se liguent contre une personne, parce qu’à plusieurs, on oublie à quel point ce que l’on fait est mal, voire peut déraper très rapidement. Ne pas être coupable est une chose, ne pas être responsable en est une autre, et Audrey sait faire la différence entre les deux, Ivy aussi. De même, reconnaître ses torts, c’est bien, ne pas recommencer, c’est mieux aussi.

Le dernier tiers du roman les voit toutes deux se plonger dans des recherches complexes non seulement pour savoir véritablement ce qui s’est passé, la nuit où Lola est morte, mais aussi pour connaître ce qui se cache derrière la fameuse et angoissante (à mes yeux) société des pies. J’ai aimé l’ambiance qui se dégageait de ses pages, j’ai aimé le regard qu’Audrey porte sur ce qu’elle découvre, même si, comme Ivy, je pense aussi qu’il ne faut pas se fier aux rumeurs de toutes sortes.

Le tome 2 sort bientôt, il est évident pour moi que je le lirai.

Falaise fatale de Robert Thorogood

Présentation de l’éditeur :

Célèbre pour sa beauté et sa vie délurée, le top-modèle Polly Carter s’est donné la mort en sautant d’une falaise, près de sa villa sur l’île de Sainte-Marie. Ses proches disent qu’elle n’aurait jamais pu se suicider. En charge de l’affaire, l’inspecteur-chef Richard Poole en vient lui aussi à mettre en doute l’hypothèse d’un suicide. Outre son combat contre la chaleur caribéenne, il doit faire face à de nombreux obstacles : des alibis en pagaille, autant de mobiles que de suspects, et, par-dessus tout, un événement majeur qui pourrait nuire à son enquête : sa mère vient lui rendre visite. Voilà qui permettrait au meurtrier de filer à l’anglaise. Mais le so british inspecteur ne saurait admettre un tel affront à la Couronne !

Mon avis :

Vous pensez que votre journée est abominable ? Celle de l’inspecteur Poole est pire encore ! Je ne sais ce qu’il faudrait passer sous silence pour qu’à ses yeux elle soit supportable – une pensée émue pour le sort de sa tasse remplie de thé noir. Pour couronner cette journée qui avait mal commencé, elle s’est très mal terminée pour quelqu’un d’autre : un meurtre est commis. Oui, je spoile tout de suite et immédiatement : Polly Carter a beau être tombée de la falaise, elle ne s’est pas suicidée.

Comme d’habitude, l’inspecteur Poole enquête, et tant pis pour le sable, la chaleur, la poussière, le désordre, voire le désordre que certains ont dans leur vie. Oui, il regrette de ne pas être au Royaume-Uni : les analyses pourraient être faites sur place, il ne serait pas nécessaire de les envoyer sur une autre île, parce qu’à Sainte-Marie, il n’y a pas de laboratoire d’analyse. Il n’y a pas non plus de salle de réunion digne de ce nom, avec un beau tableau sur lequel Poole pourrait noter plus distinctement les questions qu’il faut absolument que lui et son équipe résolve – pour trouver le coupable.

Cette fois-ci, il doit faire avec une guest-star, si j’ose dire : Jennifer Poole, sa mère, bien plus obsédée que son fils par le rangement et la propreté, de quoi faire frémir Camille, Dwayne et Fidel. Malgré les conditions de son voyage, malgré les nouvelles que lui annonce son fils, elle ne manque pas d’humour, et tant pis si ceux qui l’entendent ne l’apprécient guère : « J’ai dû supporter les meurtres de ton père toute ma vie, je suis certaine que je pourrai supporter les tiens.« p. 77.

En lisant ce livre et le crime qui a été commis, je n’ai pas pu m’empêcher de penser aux Vacances d’Hercule Poirot, et au rôle joué, déjà, par une falaise qui peut se montrer fatale – ou révélatrice. Nous ne sommes pas si éloignés que cela de l’univers de la reine du crime, avec ses suspects qui se connaissent tous, cette Polly Carter, mannequin star faisant le plus souvent les mauvais choix, y compris dans son entourage, Claire, sa soeur jumelle, paralysée depuis un accident causée involontairement par Polly, Sophie, l’infirmière anglaise dévouée, forcément dévouée, le réalisateur sur le déclin, l’agent surbooké, et un final qui n’est pas sans rappeler les plus belles scènes orchestrées par Hercule Poirot.

Falaise fatale est un parfait cosy mistery, agréable à lire, rempli d’humour et d’aventures.

Philip Jackson, David Suchet

 

Rebecca de Daphné du Maurier

Présentation de l’éditeur :

Un manoir majestueux : Manderley. Un an après sa mort, le charme noir de l’ancienne propriétaire, Rebecca de Winter, hante encore le domaine et ses habitants. La nouvelle épouse, jeune et timide, de Maxim de Winter pourra-t-elle échapper à cette ombre, à son souvenir ?

Mon avis :

Que dire sur ce chef d’oeuvre, qui ne soit pas pollué par une interprétation trop partiale ? Je ne vais donc pas parler de ce qui me semblerait trop facile (la différence d’âge entre Maximilien de Winter et sa seconde épouse), j’essaierai plutôt une interprétation de professeur de français, et tant pis si ce que j’écris a été dit, redit, et reredit des dizaines de fois. J’ai lu Rebecca de Daphné de Maurier, je n’ai pas lu les critiques à son sujet – et j’adore le film d’Hitchcock.

Le récit est rétrospectif. Le lecteur sait que quelque chose est arrivé que la narratrice et son mari ne pourront jamais retourner à Manderley. Le tout est de savoir pourquoi. L’on sait aussi qu’à Manderley, l’on dépensait sans compter, même pour le thé, simplement, uniquement, les gâteaux étaient nombreux, somptueux, alors que seules deux personnes, rarement plus, prenaient le thé et que Mrs de Winter, tout comme son mari, a des goûts simples.

Mrs de Winter, madame Maximilien de Winter – telle est l’identité de la narratrice. Son nom ? L’on saura seulement qu’il est excentrique, et que, comme à son père, il lui va bien. Du moins, c’est ce que lui dit Maxim, et l’on est obligé de lui faire confiance, puisque nous ne saurons jamais ni son nom, ni son prénom. Elle est une orpheline, une jeune fille qui se destine à devenir demoiselle de compagnie parce qu’elle n’a pas vraiment le choix, parce qu’elle se juge terne, sans intérêt, parce qu’elle n’a aucun soutien, aucune famille. Sa rencontre avec Maxim de Winter, puis son mariage avec lui change tout.

De leur voyage de noces à Venise, comme il le lui avait promis, nous ne saurons rien, puisque c’était une période heureuse. Nous saurons simplement tout ou presque depuis le retour à Manderley jusqu’à leur départ définitif. Ce qui définit ce récit n’est pas tant ce qui est raconté que ce qui est tue, caché, et qui finit par exploser à la figure des personnages. La narratrice n’ose pas poser de questions, elle ose à peine saisir les perches qui lui sont tendues, parfois involontairement. Elle feint de savoir, parfois, elle tente d’interpréter, et se trompe aussi. Qui peut se vanter de détenir la bonne version de l’histoire ? Rebecca ?

Elle a tout vampirisé sur son passage, vivante et morte. Elle a suscité l’admiration de tous, faisant ce qu’elle voulait des hommes et des femmes aussi. Eux en étaient-ils conscient ? Pas vraiment. Ce n’est qu’après, bien après que l’on peut s’en rendre compte – et encore. Peut-être Ben, l’homme « simple », celui qu’elle avait menacé de faire interner, était l’un des rares à avoir mesuré toute sa cruauté, dont elle pouvait user d’autant plus facilement avec lui que rares auraient été ceux qui auraient écouté Ben. La grand-mère de Maxim l’adore, au point d’avoir occulté la toute nouvelle madame de Winter de son esprit. Beatrice, la soeur de Maximilien, apparaît presque comme une bouffée d’oxygène dans un monde asphyxiée par les convenances et les non-dit. Oui, elle dit ce qu’elle pense, oui, ses questions peuvent être jugées parfois indiscrètes, surtout en ce qui concerne la santé (elle rêve que son frère ait un héritier), mais elle est la seule femme qui ne dissimule rien – puisqu’elle-même ignore certains faits.

La dernière partie de l’intrigue montre l’urgence, l’urgence de dire enfin toute la vérité, l’urgence de prendre confiance en soi, l’urgence de déjouer le dernier piège de Rebecca. L’on sait depuis le début du roman qu’il n’était pas trop tard, l’on ignorait simplement comment tout était arrivé. Rebecca, le roman, est toujours lu, sans doute parce que la construction de son intrigue est difficile à égaler, tout comme la construction du personnage de Rebecca, personnage dont on parle le plus, personnage qui n’existe plus bien avant que l’intrigue du roman ne commence, personnage le plus vivant de tous, tant tous ne parle que d’elle.

Rebecca de Daphné du Maurier – un classique, tout simplement.

Philip Jackson, David Suchet

Evergreen Island par Heidi Perks

Présentation de l’éditeur :

Au large des côtes de l’Angleterre, Evergreen Island abrite une petite communauté qui vit isolée du reste du monde. Lorsqu’un corps est déterré dans le jardin de la maison d’enfance de Stella Harvey, la jeune femme est bouleversée. Surtout que vingt-cinq ans auparavant, un soir de tempête, sa famille a mystérieusement fui les lieux… Déterminée à découvrir la vérité, Stella retourne sur l’île, mais elle s’aperçoit rapidement que les insulaires ne sont pas aussi accueillants que dans ses souvenirs, et qu’ils sont prêts à tout pour protéger leurs secrets.
Avec une parfaite maîtrise de l’intrigue et un art consommé du suspense, Heidi Perks restitue l’ambiance étouffante qui plane depuis des années sur Evergreen Island, manipulant le lecteur jusqu’à la dernière ligne.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier les éditions Préludes et Netgalley qui m’ont permis de découvrir ce roman en avant-première : je l’ai lu en juillet, je rédige mon avis le 26 juillet 2021.

La lecture de ce livre a vraiment été pour moi très prenante. Stella est le personnage à travers les yeux de qui nous voyons la plus grande partie de ce récit. Elle a tout envoyé plaquer quelques années plus tôt pour devenir thérapeute et elle est très heureuse de son choix de vie. Par contre, sa vie familiale est plus compliquée. Sa soeur aînée, Bonnie, a beau être mariée, avoir deux enfants, elle lutte depuis des années contre l’alcoolisme, remontant la pente après chaque rechute. Leur frère ? Elles ne l’ont pas vu depuis qu’il a quitté la maison, dix-huit ans plus tôt. Ne croyez pas que Stella n’a pas cherché, sur internet, des traces de son frère – rien. Leur père, qui avait quitté leur mère, décédée depuis dans un accident, perd peu à peu la mémoire. Bref, Stella n’appartient pas vraiment à une famille comme une autre, et elle le sait, c’est peut-être pour cela qu’elle a vraiment à coeur d’aider les autres – sa grand-mère était assistante sociale. Mais, si l’on poussait la question à Stella, sur l’événement fondateur pour elle et sa famille, c’est le départ de l’île d’Evergreen, vingt-cinq ans plus tôt. Elle est nostalgique de son enfance, des moments heureux qu’elle a passé là-bas, et elle a l’impression de ne pas savoir vraiment pourquoi sa famille est partie précipitamment.

C’est la découverte d’un corps qui sera l’élément déclencheur : un corps est retrouvé enterré près de la maison que possédaient les parents de Stella. Elle qui n’a jamais sauté le pas, elle le franchit enfin et part pour l’île. Presque rien n’a changé, elle a tout revu, et surtout, elle a retrouvé les personnes qui vivaient déjà sur l’île quand elle était enfant, les meilleures amies de sa mère, les enfants, qui ont grandi. Elle ne s’attendait pas cependant à la froideur de l’accueil qu’elle reçoit, seules quelques rares personnes, dont Meg, jeune adolescente, et Freya, devenue journaliste et vivant elle aussi loin de l’île, semblent réellement heureuses de la voir. Pourquoi ? Comme si ce qui se passait sur l’île devait rester sur l’île, ne surtout pas être connus des autres. Comme si, aussi, les fautes, les crimes ne pouvaient venir que de l’extérieur. Une île, si belle soit-elle, est presque un huis-clos à elle toute seule, surtout les jours de tempête. Et les souvenirs d’enfance ont beau être heureux pour Stella, ce n’est pas forcément le cas pour Bonnie ou pour Danny. Oui, la narration mêle présent et passé, ce qui donne un récit particulièrement riche, donnant à voir d’autres aspects des personnages, entre enfance, adolescence et âge adulte.

Même si je révèle un peu une partie de l’intrigue, je ne peux pas ne pas évoquer un point important : la parentalité. Pourquoi veut-on des enfants ? Pourquoi estime-t-on que c’est un droit d’avoir des enfants, et qu’il est injuste que l’on vous refuse d’en avoir, alors que tant d’autres en ont facilement alors qu’ils ne le méritent pas parce qu’ils sont pauvres ? Beaucoup de « on ». Cela peut être la nature, tout simplement, qui fait que l’un des membres du couple est stérile ou que des fausses-couches se produisent avant de parvenir, enfin, à mener une grossesse à terme. Ce peut être aussi les services sociaux qui estiment que votre couple n’est pas apte à accueillir un enfant. Oui, l’on (oui, encore ce pronom bien facile) nous présente toujours l’adoption comme quelque chose de merveilleux, les familles sauvent un enfant, et ce récit ne fait pas exception. Adopter, c’est d’abord combler un manque d’enfants. Ce devrait être se questionner sur la parentalité, savoir si l’on est prêt à accueillir un enfant qui aura été abandonné, ou sera orphelin, un enfant qui, de toute façon, aura vécu, même s’il ne s’en souvient pas consciemment, des faits. Ce qui est mieux encore, c’est que les deux parents aient le même projet parental. Quand ce n’est pas le cas, cela peut être douloureux (au mieux), ou entraîner à des degrés divers la désagrégation de la famille. Oui, je m’égare, je m’épanche un peu, parce que le roman en parle dans son dernier tiers, et parce que les choix qui sont faits par les parents sont importants. Et Stella, qui s’occupe de thérapie familiale, justement, se pose la question sur ce qu’il est bon de savoir, ou pas.

Evergreen island est un livre captivant, que j’ai préféré à Alice le premier roman que j’ai lu de cette autrice.

Echange Loft londonien contre cottage bucolique par Beth O’leary

Présentation de l’éditeur :

Leena Cotton est épuisée. Ce n’est pas elle qui le pense, c’est son corps qui le lui dit. Son burn-out explosif en plein milieu d’une réunion capitale parle à sa place. Pour la peine, son employeur lui impose deux mois de congés qu’elle ira passer – en traînant les pieds – dans le cottage de sa grand-mère, à la campagne. Elle aurait encore préféré mourir de surmenage que d’ennui… Eileen Cotton a pris une décision : puisque son époux de toute une vie l’a quittée du jour au lendemain, elle a désormais le droit de vivre pour elle-même. Et pourquoi pas même… vivre une relation charnelle passionnée, à 80 ans ? Mais dans son petit village du Yorkshire, les candidats au poste d’amant ne sont pas légion… Un problème ? Une solution ! La grand-mère et la petite-fille n’ont qu’à échanger leurs vies. Eileen ira habiter dans la colocation de Leena à Londres, où les beaux messieurs pullulent, tandis que Leena a pour mission de se reposer à la campagne et… de régler tous les problèmes qu’elle avait tenté jusqu’ici de mettre sous le tapis.

Mon avis :

Voici encore un livre que l’on peut ranger dans la catégorie « romance, mais pas que ». Nous avons bien tous les ingrédients d’une romance, avec un happy end à la fin (pour ne pas dire plusieurs), cependant d’autres thèmes sont abordés, que l’on ne retrouvait pas forcément dans les anciennes romances.

Tout d’abord posons le cadre. Leena est au bord du craquage professionnel, pour ne pas dire qu’elle est en train de craquer, et c’est ce qui se passe. Sa chef lui impose deux mois de vacances, deux mois de pause pour qu’elle puisse récupérer. Or, pour Leena, c’est un choc. Elle ne vit que par et pour son travail. Certes, elle a un compagnon, tout aussi accro au travail qu’elle, mais le travail est devenu pour elle sa raison de vivre depuis la mort de sa soeur cadette Carla, d’un cancer, un an plus tôt. Depuis, elle a coupé les ponts avec sa mère. Elle a gardé des liens très fort avec Eileen, sa grand-mère, et c’est d’elle que viendra l’impulsion pour le changement. Eileen a toujours rêvé de vivre à Londres, elle propose donc à sa petite-fille d’échanger leur logement. A l’une le cottage bucolique. A l’autre le loft londonien et, qui sait ? La possibilité de faire des rencontres. ce n’est pas dans son petit village du Yorkshire qu’elle pense faire des rencontres, puisqu’elle connaît déjà tout le monde, de son irascible voisin au docteur, charmant au demeurant.

Vivre à la campagne et accomplir toutes les tâches que faisait sa grand-mère dans le village ne sera pas facile pour Leena. Découvrir la vie londonienne trépidante ne le sera pas non plus pour Eileen. Cet échange permet d’abord des rencontres entre personnes de génération différente, à la condition qu’elles soient ouvertes d’esprit. C’est le cas des colocataires de Leena. C’est un peu plus difficile pour les voisins d’Eileen. Cependant, faire de son mieux et ne pas se laisser aller à avoir des préjugés permettent de rompre la glace très vite. Oser aussi est très important, oser aller vers les autres, leur parler, être à l’écoute, proposer son aide, même si elle n’est pas accepté, même si elle ne sera peut-être jamais acceptée. Cela demande de prendre du temps, de prendre son temps pour les autres, et ne pas se cacher derrière des prétextes. Plus facile à dire, à écrire, qu’à faire.

J’en viens aux thèmes abordés dans ce roman, qui ne le sont pas si souvent dans la romance. Le premier, c’est le deuil d’un être plus jeune que vous, ces personnes dont on se dit qu’elle n’aurait pas dû partir si tôt. Leena n’accepte pas que sa soeur ne se soit pas davantage battue pour guérir. J’ouvre une parenthèse : il est très courant de nos jours de dire, de penser qu’il suffit de « se battre », d’être « positif », de le vouloir pour guérir. Cela véhicule l’idée très dangereuse à mes yeux que si l’on ne guérit pas, c’est qu’on ne le mérite pas. C’est ne pas laisser aux malades le droit de se plaindre, le droit de dire que les traitements sont insupportables et que, s’ils les endurent, c’est parce qu’ils espèrent guérir. Qu’on ne leur demande pas davantage. Je regrette aussi, puis je fermerai ma parenthèse, qu’on nous présente toujours, dans les séries surtout, des protocoles miraculeux qui permettent de guérir le malade en trois coups de cuillère à pot. Pour connaître un proche qui suit un protocole novateur depuis trois ans… tout est dans ma phrase. Fin de la parenthèse. La mort de Carla a mis en miettes sa soeur, sa mère, sa grand-mère, et chacune fait comme elle peut. La colère de Leena est une des étapes du deuil, que chacun vit comme il peut.

Le second thème est lié au premier. Qu’est-ce qu’une femme est prête à accepter pour conserver un homme à ses côtés ? Pour certaines, la réponse est simple : tout, tant que son mari reste avec elle. Rompre, divorcer, hors de question. Il faut rester mariées, ou rester en couple parce que c’est comme ça, un point c’est tout, parce qu’il vaut mieux être mal accompagnées que seules. Cela peut paraître une réflexion des années 50, 60. C’est encore valable de nos jours, pour des femmes qui se raccrochent à des points positifs, des qualités de leurs conjoints, qualités qui ont pu exister à une époque, et qui, bizarrement, se sont très vite envolées. Avoir le courage de dire : « stop, je veux une vrai relation, non vivre à côté de quelqu’un », c’est important aussi.

Merci aux éditions Hugo roman et à Netgalley pour ce partenariat.

Pietà de Daniel Cole

édition Robert Laffont – 384 pages

Présentation de l’éditeur :

Londres, hiver 1989.
Un corps est retrouvé dans Hyde Park par la Metropolitan Police. La victime a gelé dans une position pour le moins inattendue : celle du Penseur de Rodin. Mais quelque chose cloche dans son regard : ce bleu intense, perçant…
Quelques jours plus tard, nouveau crime. Cette fois, ce sont les corps d’une mère et de son fils que l’on découvre, réplique exacte de la Pietà de Michel-Ange.
Londres va bientôt se transformer en musée macabre, mais personne ne le sait encore…

Merci aux éditions Robert Laffont et à Babelio pour ce partenariat



Mon avis :

Pietà, pour moi, c’est d’abord une intrigue située à la fin des années 80, puis des années 90. Il ne s’agit pas de faire de ces années un papier peint, en multipliant les références, mais de traquer un tueur avec les moyens de cette époque. Ce qui veut dire pas de téléphone portable, avec les fameuses scènes clichés du portable oublié ou déchargé. Internet ? Très peu développé aussi. Pour enquêter, il faut encore utiliser les vieilles méthodes, et faire avec un supérieur qui a des idées très arrêtées sur la manière de mener et de conclure une enquête.

Celle-ci connaît une coupure de sept ans. Coupable idéal trouvé, emprisonné, il a avoué, tout va bien. La seconde affaire ? Pas résolue, comme beaucoup d’autres. Il faut l’acharnement d’une toute jeune enquêtrice pour déclencher des événements en cascade et la réouverture d’une enquête. Pourquoi a-t-elle agi ainsi ? Raisons personnelles. Toutes nos motivations ne sont-elles pas personnelles ?

Ce qui a changé ? Le temps qui a passé. Les deux premiers enquêteurs, Chambers et Winter ont vieilli. Chambers a été durement éprouvé, physiquement, moralement, sept ans plus tôt. Il doute, de lui, du regard qu’Eve, sa femme, porte sur lui. Winter ? Pour l’instant, il n’est plus tout à fait dans la police. Il attend sa réintégration, et essaie de ne pas penser aux cauchemars qui le hantent depuis sept ans. Qu’à cela ne tienne, avec la confiance de leur nouvelle supérieure, et les moyens (pas très nombreux) dont ils disposent, ils doivent tenter de mettre fin aux agissements du meurtrier.

J’avais craint à un moment qu’un regard admiratif soit lancé sur lui. Ce n’est pas le cas. Ce sont des regards horrifiés, dégoutés qui sot posés sur ses crimes. Chercher à retracer son parcours, découvrir ce qui l’a amené à concevoir ses crimes, reconnaître qu’il a eu une enfance douloureuse n’est en aucun cas l’absoudre. Et s’il est un personnage pour admirer ses « oeuvres », c’est l’occasion, pour le lecteur, de se plonger à nouveau dans les méandres d’un esprit tordu.

Tout est la faute de la mère ? Je me suis posé la question. Non que je le crois. Je me suis cependant demandé si ce postulat était une opinion de l’auteur, ou simplement le reflet d’un point de vue communément admis. Quoi que la mère fasse, tout est toujours sa faute. Le père ? Des psys auraient dit qu’il ne sert à rien avant six ans. L’enfant, surtout s’il a une mère défaillante, maltraitante, aurait pourtant bien besoin que son père se manifeste.

Pour contrebalancer ce point négatif, je retiens un extrait très important, surtout que l’opinion contraire est très souvent exprimé, dans des romans ou pire, des séries télévisées prêtes à consommer : le partage des responsabilités après la mort d’une victime. Or, quoi qu’il se soit passé, quelles que soient les circonstances, le seul et unique responsable de l’assassinat d’une personne, c’est le meurtrier, pas ses proches, familles, amis, collègues.

Pietà ? Un roman glaçant.

Le carnaval des ombres de R.J. Ellory

édition Sonatine – 648 pages

Présentation de l’éditeur :

 » Pourquoi avez-vous si peur, agent Travis ?  »
1958. Un cirque ambulant, avec son lot de freaks, d’attractions et de bizarreries, vient de planter son chapiteau dans la petite ville de Seneca Falls, au Kansas. Sous les regards émerveillés des enfants et des adultes, la troupe déploie un spectacle fait d’enchantements et d’illusions. Mais l’atmosphère magique est troublée par une découverte macabre : sous le carrousel gît le corps d’un inconnu, présentant d’étranges tatouages.
Dépêché sur les lieux, l’agent spécial Michael Travis se heurte à une énigme qui tient en échec ses talents d’enquêteur. Les membres du cirque, dirigés par le mystérieux Edgar Doyle, ne sont guère enclins à livrer leurs secrets. On parle de magie, de conspiration. Mais l’affaire va bientôt prendre un tour tout à fait inattendu.

Mon avis :

Ce roman marque ma première rencontre avec l’oeuvre de R.J. Ellory. Eh oui : même si plusieurs de ses romans sont dans ma PAL, il est le premier que je lis.
Je ne savais pas vraiment dans quoi je m’aventurais. Nous sommes à la fin des années cinquante, période charnière qui ne sait pas encore qu’elle le sera. L’agent spécial Michael Travis, qui vient d’avoir une promotion, est envoyé dans le Kansas – état qui évoque toujours Le magicien d’Oz pour des milliers de lecteurs. Il doit enquêter sur un meurtre en apparence banal : un meurtre dans un cirque. A vrai dire, on peut même se demander pourquoi un agent spécial du FBI est mandaté pour enquêter. Serait-ce parce que personne ne connaît la victime ? Ou parce que les membres du cirque sont tous des personnes qui ne rentrent pas dans le moule de la société ?
Je ne m’attendais pas à ce que j’ai trouvé à cette lecture, c’est certain. Je pensais que l’on évoluerait davantage dans le monde du cirque, que l’on explorerait davantage ce Kansas rural, justement. A la place, c’est tout d’abord l’âme et le passé de l’agent Travis que nous explorons. Le récit entrelace le présent avec le passé, ce passé qui aurait pu poser problème à l’agent pour devenir ce qu’il est – un excellent agent, semblant n’éprouver aucune émotion, avant de revenir à ce que le cirque a pu apporter aux villages qu’il traverse, aux gens qui se déplacent pour voir ses artistes hors-norme, et en ressortent en ayant changé d’avis sur eux.
En fait, c’est davantage dans le Nebraska que nous serons entraînés, avec sa violence et son indifférence ordinaire, le Nebraska, clef de ce fameux passé de l’agent Travis. Son présent ? Au service de cette agence fondée par Hoover, agence dont le récit nous amènera à explorer les méandres, forçant Travis à reconsidérer ce qu’avaient été sa vie et ses convictions jusque-là.
Effrayant ? Oui. Ce récit nous montre de quoi certaines personnes sont capables au nom de…. Au nom de quoi, au juste ? De la protection de leur pays ? En tout cas, ce n’est certainement pas au nom de la justice.
Le carnaval des ombres est une oeuvre dense, riche, dont les méandres méritent que le lecteur prenne le temps de les explorer.

Cinq hommes tatoués de Marcel Priollet

Présentation de l’éditeur :

Depuis qu’il a perdu son poste de voyageur de commerce à la suite de la faillite de l’entreprise qui l’employait, il est au chômage. Voyant là l’opportunité de changer de métier et de vie, il décide de proposer ses services à Stary Hamilton, un célèbre détective qui est à la tête de sa propre agence. Stary Hamilton lui aurait volontiers ri au nez, mais il a accepté une grosse somme pour protéger un riche Anglais lors de son périple sur la Côte d’Azur et aucun de ses hommes n’est disponible. C’est ainsi que Sébastien RENARD débute dans la profession de policier privé, pour son plus grand plaisir et, peut-être, pour son malheur…

Mon avis :

C’est la première enquête de Sébastien Renard. D’ailleurs, est-ce vraiment son enquête, lui qui choisit de devenir détective sur un coup de tête, lui qui maîtrise la théorie mais pas du tout la pratique ? En tout cas, c’est ainsi que ce court ouvrage (57 pages) est présenté. Il faut dire que Stary Hamilton est ab-so-lu-ment débordé, il n’a plus un enquêteur disponible. Il est hors de question pour lui cependant de laisser de côté ce client qui paie rubis sur l’ongle, offrant une mission d’une simplicité extrême. Suivre un couple de jeunes mariés parce que le mari le demande et se sentira plus en sécurité, rien de compliqué ! Stary (de son véritable prénom Alfred) engage donc Sébastien Renard, ravi. Il devra comme beaucoup d’enquêteurs, et pas forcément en herbe, payer de sa personne – mais cela, il ne le sait pas encore. Avec lui, nous irons dans les palaces et dans les bas-fonds de la ville. Nous remonterons jusqu’à la première guerre mondiale, pour découvrir pourquoi ce riche anglais avait si peur.
Rapide à lire, pas désagréable, cette nouvelle m’a donné envie de connaître un peu plus son jeune héros.