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Comme une gazelle apprivoisée de Barbara Pym

Présentation de l’éditeur :

Le nouveau vicaire semblait être un jeune homme très convenable, mais quel dommage que l’on vît, dès qu’il s’asseyait, le bas de ses caleçons longs négligemment fourrés dans ses chaussettes ! Belinda l’avait déjà remarqué lors de leur première rencontre au presbytère la semaine précédente, et en avait été fort gênée. Peut-être Harriet pourrait-elle lui en toucher un mot ; avec ses manières enjouées et sa franchise, elle parvenait toujours mieux que la timide Belinda à expliquer aux gens ces petits détails embarrassants. Les sœurs Bede vivent une existence tranquille et prospère. Volubile et coquette, Harriet voue un culte sans limite aux nouveaux vicaires ; timide et rêveuse, Belinda nourrit une passion pour l’archidiacre Hoccleve. Mais le quotidien de ces demoiselles pourrait bien être chamboulé par la venue d’un fameux bibliothécaire et d’un évêque africain…

Merci à Netgalley et aux éditions Belfond pour ce partenariat.

Mon avis :

Vous allez découvrir, en ouvrant ce livre, un univers qui nous est totalement inconnu. Non, je ne vous parle pas de partir au bout du monde pour rencontrer une tribu jusque là coupée de la civilisation (encore que….), je vous propose de vous rendre dans un village anglais dans les années cinquante, et de découvrir les mœurs de ses habitants.

La vie y est réglée comme du papier à musique, et c’est à travers les yeux de Belinda Bede que nous la découvrons. Elles et sa soeur Harriet sont deux vieilles filles, et, chose surprenante pour la jeune génération qui pourrait découvrir ce livre, elles sont très heureuses de cette situation. L’une vit dans le souvenir d’un amour impossible, ou plutôt d’un amour qui n’a pas abouti. L’objet de son amour ? L’archidiacre du village – trente ans plus tôt, elle l’a aimé, oh ! chastement, comme une demoiselle de bonne famille peut aimer, et il lui a préféré Agatha, la fille d’un évêque, érudite, et grande experte dans la gestion de leur vie quotidienne. Harriet, elle, reçoit fréquemment la demande en mariage d’un comte italien de leurs amis, et tout aussi fréquemment, elle dit non : les soeurs Bede vieilliront ensemble.

Nous sommes dans une petite communauté, quasiment en vase clos, et rares sont les personnes qui font irruption dans ce village, où le qu’en-dira-t-on est une des préoccupations premières des habitants, ex-aequo avec les cancans. N’y a-t-il que moi pour penser que deux vieilles filles qui vivent ensemble et ne sont pas soeur, à savoir Edith et Connie, sont peut-être plus que des amies ? Sans doute suis-je la seule car personne n’y voit de malice, si ce n’est que leur bonne est bien à plaindre vu la frugalité de leur repas. Oui, dans ce village, on mange bien, on consacre d’ailleurs la majeure partie de la journée à préparer les repas, à penser au menu du prochain repas, et je ne vous parle même pas du thé qui est accompagné de nombreux gâteaux et autres scones. Ah, pardon, on me souffle dans l’oreillette que ce sont les bonnes qui préparent avant tout le repas, mais que les soeurs Bede se doivent d’être vigilantes malgré tout : un rosbif brûle si vite….

La vie du village est rythmée par les offices, tout comme celle de l’archidiacre l’est par l’écriture de ses sermons. Belinda est sensible aux respects des convenances – très sensible. Sa soeur, plus fantasque, soucieuse de se mettre en valeur, l’est un peu moins. Cependant, cela n’empêche pas Belinda et sa gentillesse, bien réelle, d’être sensible à ce que les gens font, et à ce qu’ils devraient faire – sans les juger, cependant. Elle s’interroge aussi, notamment sur la foultitude des bonnes oeuvres qui l’entourent, là où d’autres « foncent », tête baissée, pour le charme d’un ecclésiastique.

Oui, de nos jours, cela n’existe plus, ou pas vraiment. Des hommes charismatiques qui déplacent des foules, oui, qui les manipulent aussi. Des vicaires ou des évêques qui rencontrent dans de charmants villages les dames de la paroisse, rouages essentiels de la communauté, et leur dévouement à celle-ci, non. Sans doute parce que ces dames elles-mêmes n’existent plus. J’ai remarqué aussi qu’il n’était quasiment pas question d’enfants, on n’en croise pas dans ces villages – vu le nombre de vieux garçons et de vieilles filles, ce n’est pas si étonnant que cela. Il existe cependant une œuvre pour remettre les jeunes filles dans le droit chemin (pas les jeunes hommes) et Belinda, lucide, se dit qu’elle aurait été bien en peine de leur dire quoi que ce soit.

Un délicieux voyage dans une Angleterre disparue.

Quand on n’a que l’amour par Nick Alexander

Mon avis :

On parle souvent de « zone de confort », pour dire qu’il faut en sortir. En lisant ce roman sentimental, peut-on dire que j’en suis sortie ? Oui. Peut-on dire que j’ai apprécié ce que j’ai lu ? Non.
J’ai aimé… le contexte historique. Les années Thatcher, ces années de révolte, de grève, mais ces années où les réformes sont passées en force. Et maintenant, le Brexit – les anglais ont voté, et même les anti-Brexit s’inclinent, ne manifestant pas, ou peu – il faut que Sean amène sa fille à une manifestation, parce que cette trentenaire n’avait jamais manifesté de sa vie. Il n’est jamais trop tard pour se bouger – ou pas.
Je n’ai pas aimé le personnage de Catherine, qui par-delà sa mort, récrit son histoire et celle de son mari, lui révélant des choses qu’elle aurait pu dire plus tôt ou garder pour elle. Dire ses secrets post-mortem, un classique depuis au moins César de Marcel Pagnol. Après… Catherine a voulu que son mari soit heureux après elle, elle a voulu qu’il ne l’idéalise pas. Je pourrai presque dire « mission parfaitement accomplie ». C’est aussi l’occasion de se pencher sur les personnes qui ont croisé leur route … pour en prendre une autre après.
Il est question de transmission aussi, de ce qu’on laisse ou non à ses enfants. Sean a grandi dans un milieu bourgeois très corseté, Catherine dans un milieu ouvrier, chaleureux et plutôt déjanté : on reconnait bien les moeurs d’une époque : combien de jeunes hommes aisés sont allés s’amuser avec des filles « du peuple », pour ensuite se caser « comme il faut » ? Beaucoup. Sean est une exception.
Un roman qui n’était pas pour moi.
Merci à Netgalley et aux édtions Amazon Publishing pour ce partenariat.

Juste avant de mourir par S.K Tremayne

Merci à Netgalley et aux éditions Presse de la cité pour ce partenariat.

Mon avis :

Comme c’est très souvent le cas dans les romans policiers contemporains, le drame semble se dérouler en huis-clos, au sein de la famille. Oui, l’action se passe dans la lande, et l’on peut me répliquer que cet espace est suffisamment ouvert pour permettre de s’ouvrir aux autres, au monde – pas vraiment.
La lande, il faut déjà accepter d’y vivre, même si, comme Adam, il est là pour des nécessités professionnelles. Il est là avec Kath, sa femme, et Lyla, leur fille unique. Le diagnostique n’a pas été posé, parce qu’Adam ne souhaite pas que l’on colle une étiquette sur sa fille : Lyla semble atteinte du syndrome d’Aspeger. Elle en a en tout cas plusieurs symptômes. Kath mère aimante, dévouée, a été victime en décembre d’un grave accident de voiture, qui la fait souffrir d’amnésie rétrograde. Elle cherche, à se souvenir, à comprendre ce qui s’est passé, dans une lande de plus en plus hostile.
Depuis Le chien des Baskerville, on le sait : la lande est un endroit parfait pour se cacher, un endroit idéal pour que les légendes puissent croître, celles des meurtres atroces, celles des suicides ou des sorcières. La lande est un endroit où l’on trouve la mort, où l’on donne la mort, un lieu où l’homme peut assouvir sa cruauté, en en ayant conscience ou pas.
Après, du côté du village ou des villes se trouve un monde presque plus préservé, plus policé. Il suffit de regarder Dan, le frère de Kath, et Tessa, qui ont tout pour être heureux : un métier qui les satisfait et leur permet de bien gagné leur vie, une belle maison, héritée de la mère de Dan qui a privilégié son fils, deux beaux enfants épanouis et en bonne santé. Un vrai portrait de famille heureuse – ou presque, comme toujours.
La morte fait partie de leur vie, et souvent, il est question de Penny, mère de Kath, dont le souvenir nébuleux flotte sur l’intrigue. Morte d’un cancer en Inde, elle a fait répandre ses cendres sur la tombe mythique d’une suicidé de légende. Je ne peux récrire l’histoire, et je ne me le permettrai pas, mais je ne suis pas étonnée par le pouvoir de nuisance de cette femme qui ne s’est pas vraiment posée la question d’aimer ses propres enfants – il est tellement plus aisé de faire le mal que le bien.
Oui, les ombres planent sur ce roman, et comme à Baskerville, il peut très bien se cacher quelqu’un dans la lande. Mais Félix et Randal, les deux chiens de la famille, sont différents du mythique chien des landes. Ou pas. A vous de voir et de lire.

Oiseau de nuit par Robert Bryndza

Présentation de l’éditeur :

S’il vous observe, vous êtes mort.
La scène de crime est abominable : un médecin réputé est retrouvé asphyxié dans son lit, nu, un sac en plastique sur la tête, les poignets entravés. Jeu sexuel qui aurait mal tourné ? Quelques jours plus tard, le corps d’un journaliste de tabloïds est découvert dans des circonstances similaires.
Puis un autre.
Voici donc l’enquêtrice Erika Foster avec un serial killer en liberté, un prédateur qui semble tout connaître des vies très secrètes de ses victimes.
Qui sait qui il observe en ce moment même ?

Petite précision : j’avais le choix, pour aujourd’hui, de rédiger un avis sur un SP numérique que je n’ai pas du tout aimé, ou sur un SP numérique que j’avais beaucoup apprécié. J’ai choisi cette deuxième solution.



Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier les éditions Belfond qui m’ont fait parvenir via Netgalley le deuxième tome des enquêtes d’Erika Foster, sans que j’ai à le solliciter. J’ai beaucoup aimé le premier tome, j’ai tout autant apprécié le second.
J’ai aimé retrouver Erika, qui est loin d’être un personnage parfait. Elle ne s’est pas remise de la mort de son mari, dont elle se juge toujours responsable. Elle rêve toujours de mettre la main sur celui qui a causé sa mort et celle de ses hommes, toujours en cavale deux ans après les faits. Ce n’est pas l’intrigue principale, mais c’est un fait qui apparaît, réapparaît, parce que rien n’est réglé pour Erika, qui vit seule, dans un appartement impersonnel, et ne semble pas avoir de véritables amis, même si le médecin légiste est la personne qui s’en approche le plus, sans toutefois parvenir à lu faire oublier ce qui compte réellement pour elle : le travail.
Enquêter, oui, mais encore faut-il en avoir les moyens, le temps, les hommes, et les moyens qui vont avec. Pourtant, la mort d’un médecin reconnu, dans un quartier résidentiel, est un enquête qui devrait retenir toute l’attention de la police – si ce n’est que la vie privée de ce brave médecin était un peu hors-norme, et qu’il n’en faut pas plus pour ranger ce crime dans une jolie petite case, et le laisser, quitte à ce qu’il ne soit pas réellement résolu. Vous avez dit hiérarchisation dans les crimes qui méritent réellement que l’on se penche dessus ? Vous avez raison !
Il faut qu’un second meurtre survienne pour que l’enquête soit relancé. Il faut qu’un troisième meurtre survienne pour que l’enquête cesse, parce que c’est tellement mieux de trouver un coupable (oublions le présumé) qui rentre dans les jolies cases que l’on a prévues à cet effet.
Erika n’est pas toujours respectueuse des règles – elle a d’illustres prédécesseurs dans la littérature policière. Mais elle est une femme, et cela change tout. Une femme ambitieuse, consciente de sa valeur aussi, des affaires qu’elle a élucidées, ce que personne n’a fait à sa place. Alors, oui, cette affaire-ci, elle la résoudra, et oui, cette promotion, elle la veut. Mention spéciale pour le profiler qui dresse un portrait convenu et attendu du tueur en série qu’ils doivent débusquer. Il est tellement facile de ne pas sortir de ses (mauvaises) habitudes.
L’intrigue nous laisse d’ailleurs quelques incertitudes, sur les faits dont nous parle le tueur. Peut-être se sont-ils réellement déroulés ainsi, peut-être que non. Certains épisodes de son enfant montrent, s’il fallait le rappeler, la capacité de résilience des enfants.
Bonne nouvelle pour moi : trois autres tomes mettent en scène Erika Foster à ce jour.

La lettre d’amour interdite de Lucinda Riley

Présentation de l’éditeur

Un amour interdit, un dangereux secret et une histoire qui se répète…
1995, Londres.
L’année ne pourrait pas plus mal commencer pour Joanna Haslam, jeune et brillante journaliste londonienne. Non seulement elle vient d’être abandonnée par l’homme au côté duquel elle pensait passer le reste de sa vie, mais elle est tirée du lit par son patron pour aller couvrir les funérailles de sir James Harrison, monstre sacré du cinéma britannique, qui vient de s’éteindre à l’âge vénérable de 95 ans. Un reportage mondain qui a peu de chance de lancer sa carrière…
Et pourtant, sous le luxe et le glamour qui entourent la dynastie Harrison, Joanna ne tarde pas à remonter la piste d’un secret. Déterminée à lever le voile sur plus de soixante-dix ans de mensonges et de mystère, la jeune femme comprend qu’elle est devenue la cible de personnes haut placées, prêtes à tout pour empêcher la vérité d’éclater. Marcus Harrison, le charismatique – et très troublant – petit-fils du grand acteur, sera-t-il un allié ou un ennemi dans cette quête de vérité ?

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier le forum Partage-Lecture et les éditions Charleston pour ce partenariat.
Romance ? Polar ? Roman historique ? Roman d’espionnage ? Un peu tout cela à la fois. Il est en tout cas un livre étonnant jusqu’à la dernière page, ce qui prouve que l’autrice sait vraiment construire son intrigue dans la durée.
Le début est assez classique pourtant. Une jeune journaliste vient de se faire plaquer par son compagnon, et doit couvrir un sujet d’actualité mondaine, qui ne peut pas vraiment lui permettre de se démarquer des autres journalistes qui seront présents à l’enterrement de ce monstre sacré qu’est sir James Harrisson. Elle fait une rencontre. Non, pas un beau jeune homme riche et musclé. Une vieille dame, Rose, qui mourra peu après et lui fera transmettre une lettre de manière posthume. Joanna n’est pas journaliste pour rien et enquête, surtout quand elle se rend compte que Rose est bien plus mystérieuse, jusque dans sa mort, qu’elle ne le pensait.
Enquêter, oui, mais comment ? En commençant par ce qui a été l’élément déclencheur, à savoir l’enterrement de sir James. Joanna se retrouve face à une dynastie cinématographique : le fils est un réalisateur reconnu, la petite fille une comédienne en pleine ascension bien qu’elle soit mère célibataire, et le petit-fils, eh bien, est un producteur fauché qui doit encore faire ses preuves, doublé d’un séducteur impénitent. Et c’est ce dernier qui va l’aider, involontairement d’abord, de son plein gré ensuite.
L’intrigue serait bien différente si elle n’était pas située dans les années 90 : les réseaux sociaux, les tests ADN – l’autrice le justifie bien dans sa préface – et une société prompte à voir des complots partout la modifieraient considérablement. Elle résonne d’ailleurs curieusement, au vue de l’actualité mondaine – au vue, également, de tout ce qui a pu se passer dans ce domaine en Europe. Les titres des parties empruntent d’ailleurs au stratégie du jeu d’échecs (auquel je ne connais rien – volontairement) parce que, très vite, ce n’est plus à une simple investigation journalistique pour lever les secrets d’un monstre sacré que nous assistons mais à une lutte où les armes ne sont pas vraiment égales et où les enjeux ne sont pas du tout les mêmes selon le point de vue des différents protagonistes.
J’ai parlé de roman d’espionnage au début de mon avis, et si les membres du MI5 ne se désigneraient pas comme des espions, ils doivent pourtant se plier aux ordres – l’Angleterre avant tout, tout le reste après, c’est aussi simple que cela même si l’on est en droit, nous lecteurs, de voir les choses bien autrement qu’eux. Cela nous amène tout de même à nous demander jusqu’où l’on peut aller pour garder un secret – sachant qu’un secret entraîne, sur la durée, la création d’autres secrets, on ne s’en sort pas !
Et si, finalement, la lettre d’amour interdite était avant tout une histoire de famille ? Celle que l’on a, celle que l’on veut créer, celle que l’on veut protéger, celle dont on veut se montrer digne. Ce qui est sûr, c’est que ce roman est absolument passionnant.

L’écart d’Amy Liptrot

édition Globe – 330 pages.

Présentation de l’éditeur :

Grande, fine, intrépide et avide de passion, elle vacille, tel un petit navire dans la tempête, elle hésite entre deux destins : se laisser emporter vers le sud, vers ce Londres qui brille, dans la nuit violente qui fait oublier le jour où l’on est trop seul, où tout est trop cher, où le travail manque.
Ou se fracasser contre les falaises de l’île natale, dans cet archipel des Orcades battu des vents dont la vie rude lui semble vide et lui fait peur.
Elle l’ignore encore mais il existe une troisième voie : écouter résonner l’appel qui la hante, qui vient toucher cette part d’elle assoiffée de grand large, de grand air, de grande beauté. Non pas rester mais revenir. Choisir.
Troquer la bouteille assassine contre une thermos de café fort, troquer l’observation narquoise et éperdue de la faune des nuits de fêtes tristes pour la contemplation des étoiles et des nuages, et l’inventaire des derniers spécimens de râle des genêts, un oiseau nocturne comme elle, menacé comme elle, farouche comme elle.

Préambule : Cette chronique, c’est ma participation au Match de la rentrée littéraire organisé par Rakuten (anciennement Price Minister) . Le principe est simple : un livre contre une critique. Celui-ci avait été sélectionné par Sylire  (qui avait aussi sélectionné Au Loin, que j’avais déjà lu et apprécié).

Mon avis :

Décor : les Orcades. Puis Londres. Puis les Orcades à nouveau.

Personnages : une famille de fermier. Un père qui ne va pas très bien. Une mère qui tente de maintenir le cap, avant de demander la séparation. Un fils. Une fille dont la naissance a déclanché une crise psychotique chez le père. C’est elle qui tient la plume. C’est elle qui, à dix-huit ans, a tenu à quitter ces îles, parce que sa vie était ailleurs, loin.

S’ensuivent des années, non pas de décente aux enfers, ce serait trop facile de parler ainsi, surtout que l’auteur ne cède pas à la facilité, douze années pendant lesquelles elle travaille, ou cherche du travail, sans que son métier ne lui apporte beaucoup d’épanouissement. Surtout, ce sont des années où elle sombre de plus en plus dans son addiction pour l’alcool, avant de tenter de s’en sortir. Ces cent premières pages sont lucides, l’auteur de ce récit – car nous sommes bien là face à un récit plus qu’à un roman – ne s’épargne pas, et même s’il ne lui est rien arrivé de trop grave, parce qu’elle a eu beaucoup de chance, parce qu’elle avait un ex, des amis, qui l’entouraient en dépit de toutes les situations bordeline dans lesquelles elle s’est trouvée, elle a souvent frôlé le pire. Lucidité, oui, ce qui ne signifie pas complaisance face à ce qu’elle a fait.

Parce que, pour s’en sortir, pour tenter de ne plus, ou de moins penser à l’alcool, le chemin qu’elle suit inclus le retour dans ces îles des Orcades qu’elle pensait pourtant ne pas revoir, ou du moins, revoir après avoir réussi pleinement sa vie de londonienne. A nouveau, ne faisons pas d’erreur, nous ne sommes pas là dans une gentillette romance, dans laquelle les vents vivifiants, les souvenirs tendres d’enfance permettront à l’héroïne de s’en sortir et, qui sait ? de trouver l’amour. Non ! La narratrice nous montre que l’addiction, finalement, ne peut être remplacée que par une autre addiction – et elle énumère ce à quoi elle est accro, la cigarette, ou internet. Vivre à Parray ne signifie pas être coupé du monde, et le développement des réseaux permet justement à ces îles de rester peuplée – j’ai pensé au livre les chants du large d’Emma Hooper qui parle aussi de la vie insulaire, sans, hélas, que les habitants de ces îles canadiennes parviennent à vivre, voire à survivre.

Toute la problématique est là : ceux qui vivent aux Orcades veulent rester aux Orcades, parce qu’ils aiment sa nature, parce qu’ils veulent tout faire pour qu’il soit possible d’y élever des enfants, quel que soit le métier des parents. Le père de la narratrice poursuit vaille que vaille l’élevage des moutons, et d’autres avec lui osent vivre, finalement, la vie qu’ils désiraient. Nous découvrons leur vie, bien loin des clichés que l’on peut en avoir, en des pages à la fois pleines de réalisme et de poésie.

Une tendre réussite.

#lécart#amyliptrot #MRL18 #Rakuten

 

 

Chère Mrs Bird d’A.J. Pearce

tous les livres sur Babelio.com

Présentation de l’éditeur :

Dans la droite lignée du Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, un premier roman plein de charme et d’humour british, véritable ode à l’amitié, à la générosité et au courage des femmes pendant la Seconde Guerre mondiale.Londres, 1941. À vingt-quatre ans, Emmy n’a qu’un rêve : devenir reporter de guerre. Un rêve qui semble sur le point de se réaliser lorsque la jeune femme décroche un poste au London Evening Chronicles. Enfin, Emmy va pouvoir entrer dans le vif du sujet, partir sur le front, se faire un nom au fil de la plume ! Las, c’est un poste d’assistante à la rédaction du magazine féminin Women’s Day qui lui est offert. La mission d’Emmy : répondre aux courriers des lectrices adressés à Mrs Bird, la rédactrice en chef du journal. Mais attention, la terrifiante Mrs Bird est très stricte, et seules les demandes les plus vertueuses se verront offrir une réponse expéditive dans le poussiéreux journal. Un cas de conscience pour la jeune journaliste qui refuse de laisser ses concitoyennes en mal d’amour et de soutien amical, errer dans les limbes en raison du diktat imposé par une vieille conservatrice bon teint. Et Emmy a un plan pour outrepasser l’autorité de Mrs Bird…

Merci à Babelio et aux éditions Belfond pour ce partenariat.

Mon avis :

Nous sommes pendant la seconde guerre mondiale, à Londres. Emmy, l’héroïne, est fiancée et rêve de devenir reporter de guerre, comme peu de femmes y sont parvenus avant elle. Et la voilà l’assistante de la rédactrice du « courrier du coeur ». Le livre pourrait alors devenir une banale romance. Il n’en est rien. D’abord, parce que Mrs Bird, la rédactrice, a une idée très nette sur le genre de courrier auquel on peut répondre en temps de guerre. Les femmes, les jeunes filles, se doivent de montrer un visage radieux et une absence totale de problèmes lorsque leur père/mari/fiancé/frère/fils rentrent du front. Laissons toutes les futilités de côté. Je la soupçonne aussi d’avoir beaucoup de préjugés, sur les hommes, sur les soldats, sur les étrangers, sur presque tous les êtres humains en fait qui osent parler de « sujets inacceptables ». Bien sûr, elle ne se rend pas compte que d’autres journaux sont bien plus modernes et osent aborder ses sujets : les femmes aussi, Emmy la première, participent à l’effort de guerre. Aussi, Emmy décide de transgresser les règles, pour ne pas dire la loi, et elle ose répondre à une lettre qui la touche particulièrement. Elle ose, parce qu’elle se sent capable d’y répondre : conseiller quelqu’un n’est pas chose facile.
Le roman nous plonge véritablement dans la vie quotidienne à Londres pendant la guerre. Les trop rares moments de répit font place à des moments d’alerte ou pire : les bombardements peuvent survenir à n’importe quel moment, spécialement par temps clair. La peur est là, oui, mais les londoniens ont appris à vivre avec – des blessures bien réelles.
Mener une vie la plus ordinaire qui soit en dehors de ses moments, continuer malgré tout, c’est ce qu’essaie de faire Emmy et son amie Bunty. Oublier un temps la guerre, les dangers qui guettent, aimer, se fiancer, se marier peut-être – et se dire que la guerre se terminera, penser à l’après. Et vivre le moment présent. Dans la petite rédaction du Women’s Day, Emmy et les autres font de leur mieux – avec les épreuves aussi.
Chère Mrs Bird est un roman tendre, réaliste sur ces années de guerre qui ont meurtri le coeur de Londres.