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Oiseau de nuit par Robert Bryndza

Présentation de l’éditeur :

S’il vous observe, vous êtes mort.
La scène de crime est abominable : un médecin réputé est retrouvé asphyxié dans son lit, nu, un sac en plastique sur la tête, les poignets entravés. Jeu sexuel qui aurait mal tourné ? Quelques jours plus tard, le corps d’un journaliste de tabloïds est découvert dans des circonstances similaires.
Puis un autre.
Voici donc l’enquêtrice Erika Foster avec un serial killer en liberté, un prédateur qui semble tout connaître des vies très secrètes de ses victimes.
Qui sait qui il observe en ce moment même ?

Petite précision : j’avais le choix, pour aujourd’hui, de rédiger un avis sur un SP numérique que je n’ai pas du tout aimé, ou sur un SP numérique que j’avais beaucoup apprécié. J’ai choisi cette deuxième solution.



Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier les éditions Belfond qui m’ont fait parvenir via Netgalley le deuxième tome des enquêtes d’Erika Foster, sans que j’ai à le solliciter. J’ai beaucoup aimé le premier tome, j’ai tout autant apprécié le second.
J’ai aimé retrouver Erika, qui est loin d’être un personnage parfait. Elle ne s’est pas remise de la mort de son mari, dont elle se juge toujours responsable. Elle rêve toujours de mettre la main sur celui qui a causé sa mort et celle de ses hommes, toujours en cavale deux ans après les faits. Ce n’est pas l’intrigue principale, mais c’est un fait qui apparaît, réapparaît, parce que rien n’est réglé pour Erika, qui vit seule, dans un appartement impersonnel, et ne semble pas avoir de véritables amis, même si le médecin légiste est la personne qui s’en approche le plus, sans toutefois parvenir à lu faire oublier ce qui compte réellement pour elle : le travail.
Enquêter, oui, mais encore faut-il en avoir les moyens, le temps, les hommes, et les moyens qui vont avec. Pourtant, la mort d’un médecin reconnu, dans un quartier résidentiel, est un enquête qui devrait retenir toute l’attention de la police – si ce n’est que la vie privée de ce brave médecin était un peu hors-norme, et qu’il n’en faut pas plus pour ranger ce crime dans une jolie petite case, et le laisser, quitte à ce qu’il ne soit pas réellement résolu. Vous avez dit hiérarchisation dans les crimes qui méritent réellement que l’on se penche dessus ? Vous avez raison !
Il faut qu’un second meurtre survienne pour que l’enquête soit relancé. Il faut qu’un troisième meurtre survienne pour que l’enquête cesse, parce que c’est tellement mieux de trouver un coupable (oublions le présumé) qui rentre dans les jolies cases que l’on a prévues à cet effet.
Erika n’est pas toujours respectueuse des règles – elle a d’illustres prédécesseurs dans la littérature policière. Mais elle est une femme, et cela change tout. Une femme ambitieuse, consciente de sa valeur aussi, des affaires qu’elle a élucidées, ce que personne n’a fait à sa place. Alors, oui, cette affaire-ci, elle la résoudra, et oui, cette promotion, elle la veut. Mention spéciale pour le profiler qui dresse un portrait convenu et attendu du tueur en série qu’ils doivent débusquer. Il est tellement facile de ne pas sortir de ses (mauvaises) habitudes.
L’intrigue nous laisse d’ailleurs quelques incertitudes, sur les faits dont nous parle le tueur. Peut-être se sont-ils réellement déroulés ainsi, peut-être que non. Certains épisodes de son enfant montrent, s’il fallait le rappeler, la capacité de résilience des enfants.
Bonne nouvelle pour moi : trois autres tomes mettent en scène Erika Foster à ce jour.

La lettre d’amour interdite de Lucinda Riley

Présentation de l’éditeur

Un amour interdit, un dangereux secret et une histoire qui se répète…
1995, Londres.
L’année ne pourrait pas plus mal commencer pour Joanna Haslam, jeune et brillante journaliste londonienne. Non seulement elle vient d’être abandonnée par l’homme au côté duquel elle pensait passer le reste de sa vie, mais elle est tirée du lit par son patron pour aller couvrir les funérailles de sir James Harrison, monstre sacré du cinéma britannique, qui vient de s’éteindre à l’âge vénérable de 95 ans. Un reportage mondain qui a peu de chance de lancer sa carrière…
Et pourtant, sous le luxe et le glamour qui entourent la dynastie Harrison, Joanna ne tarde pas à remonter la piste d’un secret. Déterminée à lever le voile sur plus de soixante-dix ans de mensonges et de mystère, la jeune femme comprend qu’elle est devenue la cible de personnes haut placées, prêtes à tout pour empêcher la vérité d’éclater. Marcus Harrison, le charismatique – et très troublant – petit-fils du grand acteur, sera-t-il un allié ou un ennemi dans cette quête de vérité ?

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier le forum Partage-Lecture et les éditions Charleston pour ce partenariat.
Romance ? Polar ? Roman historique ? Roman d’espionnage ? Un peu tout cela à la fois. Il est en tout cas un livre étonnant jusqu’à la dernière page, ce qui prouve que l’autrice sait vraiment construire son intrigue dans la durée.
Le début est assez classique pourtant. Une jeune journaliste vient de se faire plaquer par son compagnon, et doit couvrir un sujet d’actualité mondaine, qui ne peut pas vraiment lui permettre de se démarquer des autres journalistes qui seront présents à l’enterrement de ce monstre sacré qu’est sir James Harrisson. Elle fait une rencontre. Non, pas un beau jeune homme riche et musclé. Une vieille dame, Rose, qui mourra peu après et lui fera transmettre une lettre de manière posthume. Joanna n’est pas journaliste pour rien et enquête, surtout quand elle se rend compte que Rose est bien plus mystérieuse, jusque dans sa mort, qu’elle ne le pensait.
Enquêter, oui, mais comment ? En commençant par ce qui a été l’élément déclencheur, à savoir l’enterrement de sir James. Joanna se retrouve face à une dynastie cinématographique : le fils est un réalisateur reconnu, la petite fille une comédienne en pleine ascension bien qu’elle soit mère célibataire, et le petit-fils, eh bien, est un producteur fauché qui doit encore faire ses preuves, doublé d’un séducteur impénitent. Et c’est ce dernier qui va l’aider, involontairement d’abord, de son plein gré ensuite.
L’intrigue serait bien différente si elle n’était pas située dans les années 90 : les réseaux sociaux, les tests ADN – l’autrice le justifie bien dans sa préface – et une société prompte à voir des complots partout la modifieraient considérablement. Elle résonne d’ailleurs curieusement, au vue de l’actualité mondaine – au vue, également, de tout ce qui a pu se passer dans ce domaine en Europe. Les titres des parties empruntent d’ailleurs au stratégie du jeu d’échecs (auquel je ne connais rien – volontairement) parce que, très vite, ce n’est plus à une simple investigation journalistique pour lever les secrets d’un monstre sacré que nous assistons mais à une lutte où les armes ne sont pas vraiment égales et où les enjeux ne sont pas du tout les mêmes selon le point de vue des différents protagonistes.
J’ai parlé de roman d’espionnage au début de mon avis, et si les membres du MI5 ne se désigneraient pas comme des espions, ils doivent pourtant se plier aux ordres – l’Angleterre avant tout, tout le reste après, c’est aussi simple que cela même si l’on est en droit, nous lecteurs, de voir les choses bien autrement qu’eux. Cela nous amène tout de même à nous demander jusqu’où l’on peut aller pour garder un secret – sachant qu’un secret entraîne, sur la durée, la création d’autres secrets, on ne s’en sort pas !
Et si, finalement, la lettre d’amour interdite était avant tout une histoire de famille ? Celle que l’on a, celle que l’on veut créer, celle que l’on veut protéger, celle dont on veut se montrer digne. Ce qui est sûr, c’est que ce roman est absolument passionnant.

L’écart d’Amy Liptrot

édition Globe – 330 pages.

Présentation de l’éditeur :

Grande, fine, intrépide et avide de passion, elle vacille, tel un petit navire dans la tempête, elle hésite entre deux destins : se laisser emporter vers le sud, vers ce Londres qui brille, dans la nuit violente qui fait oublier le jour où l’on est trop seul, où tout est trop cher, où le travail manque.
Ou se fracasser contre les falaises de l’île natale, dans cet archipel des Orcades battu des vents dont la vie rude lui semble vide et lui fait peur.
Elle l’ignore encore mais il existe une troisième voie : écouter résonner l’appel qui la hante, qui vient toucher cette part d’elle assoiffée de grand large, de grand air, de grande beauté. Non pas rester mais revenir. Choisir.
Troquer la bouteille assassine contre une thermos de café fort, troquer l’observation narquoise et éperdue de la faune des nuits de fêtes tristes pour la contemplation des étoiles et des nuages, et l’inventaire des derniers spécimens de râle des genêts, un oiseau nocturne comme elle, menacé comme elle, farouche comme elle.

Préambule : Cette chronique, c’est ma participation au Match de la rentrée littéraire organisé par Rakuten (anciennement Price Minister) . Le principe est simple : un livre contre une critique. Celui-ci avait été sélectionné par Sylire  (qui avait aussi sélectionné Au Loin, que j’avais déjà lu et apprécié).

Mon avis :

Décor : les Orcades. Puis Londres. Puis les Orcades à nouveau.

Personnages : une famille de fermier. Un père qui ne va pas très bien. Une mère qui tente de maintenir le cap, avant de demander la séparation. Un fils. Une fille dont la naissance a déclanché une crise psychotique chez le père. C’est elle qui tient la plume. C’est elle qui, à dix-huit ans, a tenu à quitter ces îles, parce que sa vie était ailleurs, loin.

S’ensuivent des années, non pas de décente aux enfers, ce serait trop facile de parler ainsi, surtout que l’auteur ne cède pas à la facilité, douze années pendant lesquelles elle travaille, ou cherche du travail, sans que son métier ne lui apporte beaucoup d’épanouissement. Surtout, ce sont des années où elle sombre de plus en plus dans son addiction pour l’alcool, avant de tenter de s’en sortir. Ces cent premières pages sont lucides, l’auteur de ce récit – car nous sommes bien là face à un récit plus qu’à un roman – ne s’épargne pas, et même s’il ne lui est rien arrivé de trop grave, parce qu’elle a eu beaucoup de chance, parce qu’elle avait un ex, des amis, qui l’entouraient en dépit de toutes les situations bordeline dans lesquelles elle s’est trouvée, elle a souvent frôlé le pire. Lucidité, oui, ce qui ne signifie pas complaisance face à ce qu’elle a fait.

Parce que, pour s’en sortir, pour tenter de ne plus, ou de moins penser à l’alcool, le chemin qu’elle suit inclus le retour dans ces îles des Orcades qu’elle pensait pourtant ne pas revoir, ou du moins, revoir après avoir réussi pleinement sa vie de londonienne. A nouveau, ne faisons pas d’erreur, nous ne sommes pas là dans une gentillette romance, dans laquelle les vents vivifiants, les souvenirs tendres d’enfance permettront à l’héroïne de s’en sortir et, qui sait ? de trouver l’amour. Non ! La narratrice nous montre que l’addiction, finalement, ne peut être remplacée que par une autre addiction – et elle énumère ce à quoi elle est accro, la cigarette, ou internet. Vivre à Parray ne signifie pas être coupé du monde, et le développement des réseaux permet justement à ces îles de rester peuplée – j’ai pensé au livre les chants du large d’Emma Hooper qui parle aussi de la vie insulaire, sans, hélas, que les habitants de ces îles canadiennes parviennent à vivre, voire à survivre.

Toute la problématique est là : ceux qui vivent aux Orcades veulent rester aux Orcades, parce qu’ils aiment sa nature, parce qu’ils veulent tout faire pour qu’il soit possible d’y élever des enfants, quel que soit le métier des parents. Le père de la narratrice poursuit vaille que vaille l’élevage des moutons, et d’autres avec lui osent vivre, finalement, la vie qu’ils désiraient. Nous découvrons leur vie, bien loin des clichés que l’on peut en avoir, en des pages à la fois pleines de réalisme et de poésie.

Une tendre réussite.

#lécart#amyliptrot #MRL18 #Rakuten

 

 

Chère Mrs Bird d’A.J. Pearce

tous les livres sur Babelio.com

Présentation de l’éditeur :

Dans la droite lignée du Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, un premier roman plein de charme et d’humour british, véritable ode à l’amitié, à la générosité et au courage des femmes pendant la Seconde Guerre mondiale.Londres, 1941. À vingt-quatre ans, Emmy n’a qu’un rêve : devenir reporter de guerre. Un rêve qui semble sur le point de se réaliser lorsque la jeune femme décroche un poste au London Evening Chronicles. Enfin, Emmy va pouvoir entrer dans le vif du sujet, partir sur le front, se faire un nom au fil de la plume ! Las, c’est un poste d’assistante à la rédaction du magazine féminin Women’s Day qui lui est offert. La mission d’Emmy : répondre aux courriers des lectrices adressés à Mrs Bird, la rédactrice en chef du journal. Mais attention, la terrifiante Mrs Bird est très stricte, et seules les demandes les plus vertueuses se verront offrir une réponse expéditive dans le poussiéreux journal. Un cas de conscience pour la jeune journaliste qui refuse de laisser ses concitoyennes en mal d’amour et de soutien amical, errer dans les limbes en raison du diktat imposé par une vieille conservatrice bon teint. Et Emmy a un plan pour outrepasser l’autorité de Mrs Bird…

Merci à Babelio et aux éditions Belfond pour ce partenariat.

Mon avis :

Nous sommes pendant la seconde guerre mondiale, à Londres. Emmy, l’héroïne, est fiancée et rêve de devenir reporter de guerre, comme peu de femmes y sont parvenus avant elle. Et la voilà l’assistante de la rédactrice du « courrier du coeur ». Le livre pourrait alors devenir une banale romance. Il n’en est rien. D’abord, parce que Mrs Bird, la rédactrice, a une idée très nette sur le genre de courrier auquel on peut répondre en temps de guerre. Les femmes, les jeunes filles, se doivent de montrer un visage radieux et une absence totale de problèmes lorsque leur père/mari/fiancé/frère/fils rentrent du front. Laissons toutes les futilités de côté. Je la soupçonne aussi d’avoir beaucoup de préjugés, sur les hommes, sur les soldats, sur les étrangers, sur presque tous les êtres humains en fait qui osent parler de « sujets inacceptables ». Bien sûr, elle ne se rend pas compte que d’autres journaux sont bien plus modernes et osent aborder ses sujets : les femmes aussi, Emmy la première, participent à l’effort de guerre. Aussi, Emmy décide de transgresser les règles, pour ne pas dire la loi, et elle ose répondre à une lettre qui la touche particulièrement. Elle ose, parce qu’elle se sent capable d’y répondre : conseiller quelqu’un n’est pas chose facile.
Le roman nous plonge véritablement dans la vie quotidienne à Londres pendant la guerre. Les trop rares moments de répit font place à des moments d’alerte ou pire : les bombardements peuvent survenir à n’importe quel moment, spécialement par temps clair. La peur est là, oui, mais les londoniens ont appris à vivre avec – des blessures bien réelles.
Mener une vie la plus ordinaire qui soit en dehors de ses moments, continuer malgré tout, c’est ce qu’essaie de faire Emmy et son amie Bunty. Oublier un temps la guerre, les dangers qui guettent, aimer, se fiancer, se marier peut-être – et se dire que la guerre se terminera, penser à l’après. Et vivre le moment présent. Dans la petite rédaction du Women’s Day, Emmy et les autres font de leur mieux – avec les épreuves aussi.
Chère Mrs Bird est un roman tendre, réaliste sur ces années de guerre qui ont meurtri le coeur de Londres.

Les voisins du 9 de Felicity Everett

Présentation de l’éditeur :

Vous allez adorer faire leur connaissance…Sara, mère de famille s’ennuie dans sa vie bourgeoise et monotone. Aussi l’emménagement, dans son petit quartier londonien, d’un nouveau couple bobo à souhait, est accueilli chaleureusement. Invitée à la crémaillère de leurs nouveaux voisins, Sara et son mari sont fascinés. Tant de charisme, de spontanéité et de talent chez ces artistes tout juste revenu d’Espagne. Lou et Gavin sont simplement… irrésistibles. Au contact de Lou, Sara commence progressivement à changer. Bienveillance ou jalousie, amitié ou obsession, confiance ou trahison. La frontière est mince et la rue facile à traverser.

Mon avis :

En refermant ce livre, on peut se demander comment on en est arrivé là. Influençable, notre personnage principale, Sara ? Oui, mais pas seulement, sinon, cela n’expliquerait pas « tout ce qui est survenu ». Je voudrai vous dire que ce n’a pas été si grave, chacun jugera à l’aune de ses exigences de vie, de son désir de construire ou pas quelque chose avec quelqu’un sur la durée.

Bien sûr, le lecteur a une certaine distance, et comprend le caractère toxique de cette relation entre Sara et ses nouveaux voisins. Bobo ? Non, pas vraiment, parce que le premier « bo » est pour bourgeois, et ceux-ci ne sont pas nécessairement des artistes. Même, ils sont des exigences au niveau de leur qualité de vie, pour eux, pour leurs enfants, pour l’avenir, ce qui, à mon avis, n’est pas le cas de Gavin et Lou. Certes, ils permettent d’introduire des notions intéressantes, comme la place de l’artiste et de sa créativité dans la société, comment être artistes et parents. Il est aussi question, très légèrement, en filigrane, de la théorie du genre, puisque Sara prend Dash, le fils de son adorable voisine, pour une fille – mais Lou, au prénom tout aussi ambiguë, détrompe très vite la jeune femme.

Je crois que j’attendais bien plus de ce roman. Il est rangé dans la catégorie des thrillers psychologiques, mais je n’ai pas vraiment ressenti de frissons, d’angoisse, non qu’il ne puisse rien se passer dans les banlieues anglaises, ce n’est pas cela. Disons que je n’ai pas été suffisamment sensible aux charismes de nos deux artistes pour les sentir comme des menaces. Ce sont des personnes insouciantes, au mode de vie différent, qui s’imposent aux autres sans tenir compte des autres, justement, emportant un temps tout sur leur passage. Pour utiliser un autre mot, ce sont des profiteurs qui ont la gentillesse de laisser les autres les décharger le plus possible de tout ce qui les ennuie. Si encore ils avaient servi de révélateur pour dénoncer quelque chose, j’ai presque envie de dire n’importe quoi si ce n’est l’ennui qui ronge Sara et le conformisme de Neil. Néanmoins, les personnages « comme il faut » – Simon et Carol – ne sont pas si désagréables que cela puisqu’ils mènent la vie qu’ils ont choisi, jusqu’au bout – et tant pis si, parfois, elle est un peu ennuyeuse.

Je terminerai en parlant des maisons. Pourquoi avoir une maison ? Pour soi, pour les autres ? Que signifie prendre soin de sa maison, la garder solide ? Métaphore du foyer, ou du fait que l’on n’en a rien à faire de celui-ci ? A méditer.

Un assassin de qualité d’Ann Granger.

Présentation de l’éditeur :

Londres, 1867, le mal rôde dans les rues… alors que l’inspecteur Ben Ross de Scotland Yard rentre chez lui un samedi soir d’octobre, le fog tourbillonne et l’enveloppe comme une bête vivante.
Lorsque le brouillard se lève le lendemain matin, une femme gît assassinée dans Green Park. Allegra Benedict était la belle épouse italienne d’un marchand d’art de Piccadilly.
Mais qu’avait-elle été faire à Londres cet après-midi, et pourquoi avait-elle été vendre sa broche dans Burlington Arcade quelques heures avant sa mort ?
Alors que Ben commence son enquête, son épouse Lizzie – avec l’aide de leur bonne Bessie – se penche sur la vie privée d’Allegra et découvre plus d’une raison pour laquelle quelqu’un pourrait vouloir sa mort…

Mon avis :

Une femme a été assassinée ! C’est malheureusement fréquent, même à Londres au XIXe siècle. Ce qui change tout est qu’elle appartient à la bonne société, et que cela n’aurait jamais dû arrivé ! Que des prostituées se plaignent d’être suivies, agressées, que l’on tente de les étrangler, passe encore pour la police. Que la femme d’un riche marchand d’art, venu à Londres avec sa gouvernante pour faire modifier un bijou soit étranglée et la police est sur les dents. Il faut trouver ce tueur.
Cette intrigue nous montre une autre facette du mariage. Monsieur Benedict considérait davantage Allegra comme une oeuvre d’art que comme une femme. Il l’avait ramené d’un de ses voyages, et ils n’avaient pas encore d’enfants : on n’abîme pas une oeuvre d’art. Italienne, elle restait confinée dans sa propriété : monsieur ne l’emmenait pas dans ses voyages. On n’abîme pas une oeuvre d’art, et pourquoi aurait-elle voulu voyager ? Elle avait tout se dont elle avait besoin !
La religion est importante, ou plutôt les courants religieux. Les appels à la tempérance, dans une société où déjà la boisson fait des ravages, c’est bien. Les excès de toute sorte sont condamnables, et il est si facile d’embobiner les gens, qu’ils soient humbles ou très riches. Vous l’aurez compris, de la tempérance à l’intolérance, il n’y a parfois qu’un pas, que Lizzie Ross ne veut surtout pas voir Bessie, sa bonne et protégée, franchir. Parce que Ben aime bien boire un verre de vin de temps en temps. Parce qu’elle a déjà assez de travail sans, en plus, distribuer des tracts pour le compte d’une organisation que, de nos jours, l’on comparerait presque à une secte. Puis, Lizzie a besoin de Bessie… pour l’aider à seconder Ben dans leur enquête. Et parce que, aussi, il est quelques hypocrites de première catégorie dans ces charmantes personnes invitant à la modération.
Jamais Allegra n’aurait dû être assassinée, parce que jamais elle n’aurait dû être séparée de sa gouvernante, à qui Mr Benedict en veut presque autant qu’à l’assassin. La situation de domestique est difficile et si le comportement de leurs maîtres n’est pas tout à fait conforme  à ce qui pouvait être attendu de la bonne société, ils peuvent les épauler, sachant toutefois que faire marche arrière sera très compliqué, ou quitter leur place tant qu’ils peuvent encore en trouver une autre – ce qui est désormais quasi impossible pour celle qui a laissé Allegra seule.
Résoudre cette enquête donnera du mal à Lizzie et à Ben, qui se trouve bien mis en avant dans cette troisième enquête – après tout, c’est lui le policier ! J’aurai cependant aimé assister au mariage de nos deux enquêteurs, plutôt que de le voir sombrer entre les tomes 2 et 3.

Le brouillard tombe sur Deptford d’Ann Granger

Présentation de l’éditeur :

Une nouvelle enquête de l’inspecteur Ben Ross dans le Londres victorien : secondé par sa femme Lizzie, il devra cette fois innocenter un ami que tout accuse.

Mon avis :

Pour cette sixième enquête, Ben Ross n’a vraiment pas de chance. Vous me direz, la victime non plus, mais lui encore moins. Déjà qu’il apprécie modérément Frank Carterton, voilà qu’à cause de lui, Lizzie se trouve plongée dans une affaire de meurtre. Certes, pas tout à fait à cause de lui, mais Ben Ross a trouvé quelqu’un contre qui canaliser sa mauvaise humeur, il ne va pas se priver.
Frank, le neveu de Tante Parry, qui veilla (à sa manière) sur Lizzie orpheline, se marie avec la bien nommée Patience. Hélas, celle-ci est dotée d’un frère, Edgar Wellings, brillant étudiant en médecine et joueur malheureux. Il a des dettes ! Il a demandé à sa soeur si elle ne pouvait lui prêter l’argent légué pour sa dote. Patience est impulsive, elle est une femme de tête : elle ne cède pas ! Frank a une fiancée de valeur. Cependant, Edgar a contracté des dettes auprès d’une prêteuse sur gages, et celle-ci est assassinée peu après une « légère dispute » entre eux. Ce n’est vraiment pas de chance pour personne !
L’enquête mène Ben des milieux aisés aux bas-fonds les plus sombres. Si Patience et Edgar sont en bonne santé, ce n’est pas le cas de tous les enfants qui grandissent dans des masures insalubres, ou plutôt qui ne grandissent pas, car rares sont ceux qui parviennent à l’âge adulte. Britannia Scroggs avait six frères et soeurs, elle est désormais fille unique, à cause des accidents, des épidémies, ou de complications de santé. Elle-même travaille dur et son corps en pâtit.Il croise aussi un chiffonnier et sa petite fille, qui se faufile partout, avec des vêtements tout sauf à sa taille, pour trouver des affaires pour le négoce de son grand-père. Entre les très riches et très dépensiers, et les très pauvres, qui peut bien avoir réellement tué la prêteuse sur gages ? Qui avait le plus à perdre ? Pour revenir à Edgar, il n’avait pas mesuré les conséquences de ses actes pour l’avenir de sa soeur, compromettant son mariage, alors que ses tantes, apprenant ses dettes et les accusations qui pèsent sur lui, s’évanouissent à tour de rôle. Heureusement pour Franck Carteron, sa fiancée ne tient pas des soeurs de sa mère.
Le dénouement ne laisse pas d’être un peu amer, parce que quelque soit le milieu auquel appartient l’assassin, ses proches doivent subir les conséquences de ses actes.