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Un manoir en Cournouailles d’Eve Chase

Présentation de l’éditeur :

Cornouailles, 1968. Pencraw, un grandiose manoir en ruine dans lequel les Alton élisent domicile l’été. Le temps semble s’y être arrêté et défile sans encombre. Jusqu’au drame qui vient bouleverser leurs vies et arrêter le temps à jamais.
Cinquante ans plus tard, avec son fiancé Jon, Lorna roule à la recherche du manoir des Lapins noirs, cette maison où elle a séjourné enfant. Elle rêve d’y célébrer son mariage. Tout dans cette vieille demeure l’appelle et l’attire. Mais faut-il vraiment déterrer les sombres mystères de ce manoir en Cornouailles ?

Merci à Netgalley et aux éditions Nil pour cette découverte.

Mon avis :

Il est toujours intéressant de se confronter à des romans qui ne sont pas exactement votre genre. Ce qui m’a attiré est la couverture, que j’ai trouvé très belle, et le lieu où se situaient l’intrigue.
Le récit utilise une technique romanesque assez connue, qui entrelace deux récits, situés à des temporalités différentes mais se situant au même endroit : le fameux manoir de Pencraw. Pardon, il porte en fait un autre nom : le manoir des Lapins noirs, nom presque mignon. Presque. Comment est-on passé d’un manoir dans lequel il faisait bon vivre pour cette famille un peu excentrique, à un manoir à l’abandon dans laquelle vit une vieille lady seule avec une unique domestique ? C’est ce que nous raconte ce roman.
Trois thématiques se mêlent dans ce récit : l’amour, la famille, et les secrets de famille. C’est l’amour qui unit les parents Alton, un amour fort, dévorant, passionnel, qui n’empêche pas Nancy, la fantasque mère, de prendre soin de ses enfants. C’est l’amour qui unit Jon, assez rationnel, et Lorna, qui cherche le lieu idéal pour leur mariage, et cherche aussi, après la mort subite de sa mère, les traces de son enfance. La famille est ce qui les soude, mais la mort d’un de ses membres peut la fragiliser, la désunir, et mettre au jour des secrets jusqu’ici bien enfouis.
L’intrigue est bien construite, je l’ai cependant trouvé parfois trop classique. Si certaines péripéties m’ont surprises, d’autres m’ont semblé trop attendues. De même, parfois j’aurai préféré rester avec un des personnages plutôt que de basculer dans l’autre époque – j’ai trouvé le personnage de Lorna très attachant.
Un livre à lire si vous aimez l’amour, les secrets de famille et les Cornouailles.

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L’invitation d’Elisabeth Day

Présentation de l’éditeur :

Ben Fitzmaurice est devenu le meilleur ami de Martin Gilmour le jour où, dans la cour de leur très chic école, Ben, héritier d’une prestigieuse dynastie, a pris la défense de Martin, petit boursier, fils unique d’une mère célibataire sans le sou. Depuis, Ben s’est fait un nom en politique, Martin est devenu critique d’art ; Ben a épousé la très parfaite Serena, Martin vit avec la très discrète Lucy. Et Ben est toujours le meilleur ami de Martin.

Ce soir, Ben fête ses quarante ans. Tout le gratin est présent. Martin aussi. Naturellement

Merci à Netgalley et aux éditions Belfond pour ce partenariat.

Mon avis : 

Un livre poisseux, collant, conçu comme un huis-clos.
Nous entendons principalement la voix de Martin, que ce soit dans le présent, précis et minuté, le passé proche (la réception pour les quarante ans de Ben) le passé recomposé et le futur, pour l’épilogue. Les retours en arrière, chronologiques, sont toujours narrés du point de vue de Martin, avec une froide analyse, mélange de distance et d’incapacité à éprouver de l’empathie. Martin analyse ce que ressentent les autres, démonte les mécanismes qui les mènent à opter pour telle ou telle posture. Est-ce à dire qu’il a raison ? Pas nécessairement.
La seconde voix que nous entendons est celle de Lucy, sa femme depuis treize ans, par le biais d’un journal qu’elle tient à la demande de Keith, son thérapeute, pendant son hospitalisation – ou comment dire, écrire, ce que l’on a gardé pour soi pendant des années.
Roman policier ? Oui, un peu, parce que l’interrogatoire de police est au chœur de ce roman, exercice inédit puisque Martin ne dit rien d’important, et les policiers non plus, comme un dialogue mondain soigneusement codifié.
Drame ? Martine exprime peu de sentiments, si tant est qu’il sait vraiment les identifier, peut-être parce qu’il n’en a pas reçu de la part de Sylvia, sa mère. Celle-ci fait preuve de pragmatisme avant toute chose, et entretient des rapports étranges avec son fils qui, n’ayant rien reçu, ne peut lui rendre grand chose. Aussi, selon les codes de la société et du roman, a-t-il voulu se recomposer une famille – du moins, c’est ce qu’il affirme, même s’il peine à s’intégrer véritablement. Peiner n’est peut-être pas le bon terme, Martin croit sincèrement aux illusions dont il se berce.
L’action est contemporaine, elle aurait pourtant pu se passer dans les années cinquante, soixante, soixante-dix tant certains faits ne changent pas – les amitiés nouées pendant la scolarité (on appelle cela « réseau » de nos jours), la capacité qu’a une famille bien connue, dotée d’un ample confort financier, pour museler (juste ce qu’il faut) la presse, les secrets honteux, les difficultés de couple.
Le couple. Nous en avons deux, Ben et Serena, Martin et Lucy. Simple sur le papier, la réalité est tout autre. Ben et Serena ont quatre enfants, deux filles, puis deux garçons, et c’est la naissance de ce quatrième enfant qui « coince » pour Lucy. Certes, cela ne la regarde ni ne la concerne, mais alors que Martin a précisé au début du roman qu’il ne voulait pas d’enfants, on comprend que ce n’est pas si simple pour Lucy, encore moins pour son entourage qui ne rate pas une occasion de dire à quel point elle ferait une bonne mère. On découvre aussi qu’elle a fait une fausse couche, qu’elle ne l’a pas bien vécu en dépit de la gentillesse dont elle a été entourée (par le personnel soignant, pas par Martin) et que cette absence d’enfant n’est pas un sujet clos pour Lucy.
L’invitation est un roman qui, bien qu’utilisant des thèmes connus, ne met pas le lecteur à l’aise tant il sait jouer avec les codes du genre. A faire suivre d’une lecture plus légère.

Le jardin des bonheurs égarés de Tor Udall

Présentation de l’éditeur :

Lorsque Jonah se retrouve veuf, il passe son temps dans les Kew Gardens londoniens et rencontre des personnages attachants : Chloé, une artiste tourmentée par un secret, Milly, une fillette, et Harry le jardinier.

Merci aux éditions Préludes et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis : 

Ce qui m’a attiré en premier dans ce livre est sa magnifique couverture. Après, j’ai eu plus de mal à y rentrer. Ce jardin est un univers bien réel, qui existe, et qui sert d’écrin à univers irréel, que j’ai eu du mal à intégrer. J’ai eu parfois l’impression de flotter dans un monde qui tenait de l’entre-deux.

J’ai eu du mal aussi à définir les liens entre les différents personnages qui se rejoignent dans le jardin, ou ailleurs. La mort d’Audrey est l’événement qui les unit tous, reste à savoir comment chacun d’entre eux se positionne par rapport à la jeune femme, morte à 36 ans. De même, j’aurai aimé être touchée par cette femme, si différente de moi ou des femmes que je connais. Grâce à ce personnage, l’auteur explore un thème qui est rarement abordé en temps que tel : ce qui se passe après une fausse couche. Je n’ai pas eu envie de le faire, mais la fausse couche est très fréquente dans les séries télévisées -rares sont les grossesses menées à terme – et aussi dans les romans, sans que l’événement n’attire véritablement l’intention. Une banalité. Pas l’épreuve qu’elle constitue dans la vie réelle. Pas les souffrances, physiques, morales, psychologiques.

Audrey reste centrée sur son désir, pense à ses enfants qu’elle a perdus – ce sont ses propos, accueillons-les – et sur les sacrifices que son conjoint a accepté pour être père, lui qui a laissé sa carrière de musicien pour celle de professeur (avec un doctorat, tout de même), lui qui, depuis sa mort, ne parvient plus à composer. Jonah (c’est bien de lui qu’il s’agit, au début, je me demandais qui était le conjoint d’Audrey, entre lui et Harry), rencontre Chloé, tourmentée elle aussi, mais qui garde ses tourments pour elle. Elle est créatrice elle aussi, passionnée par l’origami. Nous la voyons peu à peu prendre son envol.

C’est finalement le dernier tiers du roman qui est le plus intéressant à lire, une fois que tout est bien mis en place. Une fois, finalement, que le lecteur a « compris », et peut se laisser aller à l’émotion.

L’honneur du samouraï de David Kirk

Présentation de l’éditeur :

Honneur, Loyauté, Vengeance.

Japon 1600. Musashi Miyamoto était le plus grand guerrier de tous les temps. Avant que lui et ses hommes ne soient vaincus lors de la bataille de Sekigahara qui a vu les Armées de l’Est renverser l’ancien pouvoir.
Survivant mais seul, Musashi doute. Jusqu’alors, il avait vécu et combattu comme un samouraï, fier de sa tradition, loyal aux préceptes de la Voie. Depuis sa défaite, se soumettre aux exigences de l’Honneur, l’une des sept vertus du samouraï, signifie se donner la mort. Et Musashi veut vivre.
Mais, considéré comme un ennemi de la nation, sa tête est mise à prix. S’il a renoncé à la violence, il lui faut se protéger et préparer sa vengeance contre ceux qui veulent sa mort. Pour cela, il n’a qu’un adage : « Le sabre donne la vie. Le sabre donne la mort ».

Mon avis : 

Merci aux éditions Albin Michel et à Babelio pour ce partenariat.
Musashi Miyamoto est un jeune samouraï. Il aurait dû mourir, non pas mourir au combat, il a combattu et survécu, mais se suicider, comme la Voie le demandait. Il avait un but : vivre. Il n’a pas respecter les règles que d’autres voulaient lui imposer. D’autres, d’ailleurs, qui l’ont transformé en fugitif, pour une question d’honneur – le leur, forcément.
Les paysages qui sont décrits sont pourtant si beaux, et ils se retrouvent le théâtre d’affrontements violents. Ne cherchez pas une lutte aseptisée. le sang coule, les blessures ne cicatrisent pas facilement, elles s’infectent même, et les soins qu’il faut apporter pour guérir prennent souvent le temps d’une saison. Quand on vous laisse la possibilité de guérir, évidemment. Oui, c’est la vérité nue des chairs que nous voyons, jusque dans la mort aussi.
Cette violence ne constitue jamais de rebondissements gratuits, elle fait partie de l’intrigue, du corps du roman. Musashi a renoncé à la violence, sauf quand il juge le combat nécessaire.
Traque ou poursuite ? Ces deux éléments se recoupent et pourtant, ce n’est pas exactement la même chose. Misashi fuit, un temps, se fond littéralement dans l’environnement qui l’entoure, avant de rechercher ceux même qui ont lancé la traque – parce que la paix ne serait pas possible sinon.
Et quelle paix, d’ailleurs, dans ce Japon où tout ce qui est au nord d’Edo est vu comme barbare ? Puisque ce livre est un second tome, verra-ton une suite, pour continuer le chemin avec Musashi Miyamoto.

La maion dans les bois d’Inga Moore

Présentation de l’éditeur :

Dans une tanière au fond des bois habitait Suzie Truie. Juste à côté, dans une petite hutte, vivait Simon Cochon. Un jour, en rentrant de promenade, ils découvrent que l’ours et l’élan ont voulu emménager chez eux. Leurs maisons sont écrabouillées ! Ils décident alors de construire une maison où ils pourraient vivre tous ensemble. Vincent Élan téléphone à l’équipe des Castors…

Mon avis :

Si vous ne connaissez pas Inga Moore, je vous recommande fortement de découvrir ses oeuvres, qui sont véritablement très belles. Je les découvre à l’âge adulte, je suis certaine que je les aurais adorées enfant, et qu’elles auraient vraiment éveillé mon imagination, tant ces illustrations sont précises soignées, colorées sans pour autant être vives au point de gêner l’oeil.
On parle beaucoup du vivre ensemble, actuellement, et bien cet album l’illustre déjà, alors qu’il est paru en 2012. Suzie et Simon vivent tous les deux dans la forêt. Malencontreusement, deux autres habitants des bois viennent et aplatissent/démolissent très légèrement, enfin, complètement leurs habitations respectives. Se mettront-ils en colère ? Et bien, non. Ils décident plutôt de vivre ensemble et de se faire construire une vraie maison, par la grâce d’une équipe de constructeurs particulièrement chevronnés, qui seront payés exactement comme ils l’avaient demandé.
Une jolie histoire à partager.

Mirror mirror de Cara Delevingne et Rowan Colement

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Présentation de l’éditeur :

Peut-être que je ne suis pas aussi réglo que je le croyais.
Peut-être que je suis vraiment un monstre.
Red a une mère alcoolique et un père absent.
Le frère de Leo l’entraîne sur une pente sombre et violente.
Rose se réfugie dans les bras des garçons et dans l’alcool pour noyer ses mauvais souvenirs.
Naomi fugue à la recherche d’une liberté qui lui échappe.
Ils sont seuls contre le monde… Jusqu’au jour où ils se réunissent pour former un groupe. Avec Mirror, Mirror, ils peuvent enfin être eux-mêmes.
C’est alors que Naomi disparaît. On la retrouve des semaines plus tard, au bord de la mort, dans la Tamise. La police pense à une tentative de suicide. Ses amis sont dévastés. Comment ont-ils pu ne pas remarquer qu’elle allait si mal ? Connaissaient-ils vraiment Naomi ? Se connaissent-ils vraiment ?

Merci à Netgalley et aux éditions Hachette pour ce partenariat.

Mon avis :

J’ai lu ce livre après avoir lu un excellent livre (En équilibre d’Anne Plichota et Cendrine Wolf pour le citer), autant dire que la barre était haute. Et je n’ai pas été déçue.
L’auteur, ou plutôt la co-auteur (avec Rowan Coleman), je ne la connaissais que très vaguement, et encore, parce qu’elle était l’image d’un parfum (oui, j’aime bien les parfums). Moi qui ne pensais lire que quelques pages et reposer ma liseuse, j’ai été véritablement conquise par cette intrigue, et quelques jours plus tard, l’effet est toujours le même.
L’histoire est au départ simple : quatre amis, tous plus ou moins cabossés par la vie, forment un groupe de rock sous l’égide bienveillante de leur professeur de musique, le seul qui, jusqu’à présent, a vraiment encouragé Red à poursuivre dans cette voie, le seul qui lui renvoie une image positive du travail musical accompli. Red, ou l’exemple même de l’adolescence révolté dans toute sa splendeur, qui fait tout, malgré leur différence d’âge pour que sa petite soeur, la bien nommée Grace, ait une jeunesse à peu près normale, même si maman l’oublie parfois à l’école, même si maman ne parvient pas toujours à finir les repas de famille avec les siens, même si papa est plus souvent ailleurs que présent. Red est le narrateur de cette histoire, et c’est une bonne chose que nous n’ayons qu’un regard, et non plusieurs, ce qui aurait crée un effet « puzzle » et aurait fait perdre de la force à cette histoire.
Parce que l’impensable s’est produit : Naomi a fugué, encore une fois, alors même qu’elle semblait aller bien. Seulement, une adolescence qui re-fugue, c’est tellement courant que les enquêteurs ne se bougent pas beaucoup, y compris quand elle est retrouvé, plus morte que vive, dans l’eau. Une adolescente fugueuse et suicidaire, ce n’est pas vraiment une nouveauté pour eux.
Du coup, ces amis vont mener l’enquête, à leur manière, tout en continuant à affronter leurs problèmes personnels ou, au contraire, en vivant une amélioration de leur vie : oui, tout n’est pas forcément tout noir, il est possible que l’issue ne soit pas tragique pour eux. Il est possible aussi que les adultes se mettent enfin à accepter leurs responsabilités. Ou pas. Ou pire. A voir.
Mirror, mirror, un roman qui mérite le détour.

La mammouth académie en voyage de Neal Layton

Présentation de l’éditeur : 

Oscar était un mammouth laineux, tout comme Arabella. Ils vivaient il y a très longtemps, à l’ère glaciaire….
Une odeur épouvantable, une rivière envahie de détritus, des sentiers jonchés d’ordures ! Pour les élèves de la Mammouth Académie en plein voyage scolaire, il n’y a qu’une explication possible : les humains sont de retour ! Et voilà qu’Otto disparaît. Le professeur Museau entraîne alors les autres élèves dans une mission de sauvetage bien périlleuse.
Bonjour le voyage !

Mon avis : 

La mammouth académie, comme son nom l’indique, est une école pour les animaux préhistoriques. Pas seulement les mammouths, non, nous pouvons aussi rencontrer des paresseux, un renard, bref, des écoliers très motivés, d’autant plus que leur professeur leur annonce qu’ils vont partir en voyage scolaire. Quel bonheur !
Le moyen de transport ? Leurs pieds, leurs papattes, bref, rien de très moderne. Imaginez un seul instant qu’il faille placer tous les mammouths dans un bus scolaire ou dans un train. Oui, vous aussi, vous cauchemardez déjà. Puis, huit à neuf heures de marche dans les hautes herbes n’ont jamais fait de mal à des mammouths.
Seul problème, qui en cache un faisceau d’autres : le village vacances des flots bleus ne ressemble pas du tout à ce qui était prévu. Il n’y a pas trente-six solutions, soit les élèves ne sont pas arrivés au bon moment, soit des événements graves sont survenus. Vous vous doutez bien qu’il s’agit de cette solution….
Les responsables ? Les humains ! Ils n’ont guère changé en quelques millénaires. Du moins, ils n’ont pas encore entendu parler de développement durable, tri des objets, et utilisation correct des poubelles. Non ! Ils préfèrent ne quasi strictement rien faire, laisser faire, ne toucher à rien – ou plutôt tout laisser là. La nature se charge de régler le problème, à sa manière.
Un peu conte, un peu fable écologique, la Mammouth académie en voyage est un livre drôle et instructif. Les dessins sont tous fort réussies – ne ratez pas le dortoir de l’hôtel, ni le menu du petit déjeuner.