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Une soirée de toute cruauté de Karo Hämäläinen

Présentation de l’éditeur :

Trois portables sonnent dans le vide au coeur de Londres dans un appartement de luxe. Plus tôt en soirée, quatre amis finlandais se sont retrouvés pour dîner. Robert, l’hôte, est un banquier qui a empoché des millions par le biais de manipulations pas très éthiques de taux d’intérêt. Cela fait plus de dix ans qu’il n’a pas vu son meilleur ami, Mikko, un journaliste d’investigation qui a consacré sa vie à démasquer les politiciens et hommes d’affaires corrompus.
L’épouse de ce dernier, Veera — avec laquelle Robert a eu une brève liaison —, et Elise, la nouvelle femme « trophée » du banquier, font également partie de la mêlée. Mikko est arrivé à Londres muni de sombres desseins : il pense pouvoir commettre le meurtre parfait. Mais il est encore loin de se douter du menu des festivités. Un lourd secret pèse sur les convives, et leur réunion après toutes ces années est manifestement un jeu dangereux.

Mon avis :

La lecture de livres qui ne vous plaisent pas vraiment nuit à votre santé livresque – et ce n’est jamais le moment.

Ce roman est  huis clos, qui se déroule dans un appartement londonien : quatre personnages entrent pour un dîner (deux couples), trois n’en ressortiront pas vivantes, nous le savons dès les premières pages du roman. Les questions seront donc de savoir qui a été tué (les identités des victimes ne sont pas dévoilées, il faut quand même qu’il y ait un peu de suspens), qui a tué qui et comment les meurtres ont eu lieu. N’oublions pas les mobiles, cela peut toujours être utile à la construction romanesque. Mais (il y aura plusieurs mais) j’ai trouvé ce roman très verbeux, très ennuyeux, avec des personnages qui se veulent complexes et sont simplement imbus de leur personne : Robert et Mikko adorent s’écouter parler. Les deux amis ont en commun d’avoir une confiance en eux extrême, personne ne peut remettre en doute ce qu’ils disent, ce qu’ils pensent, et pour ce dîner de retrouvailles, les sujets de discussion sont avant tout philosophiques et politiques. Mikko a de plus à mes yeux un défaut rédhibitoire : il est extrêmement radin, passant un temps fou à tout comparer pour avoir la meilleure offre téléphonique, le trajet en bus le moins couteux. Il chicane pour un rien, récrimine contre son épouse Veera si elle a choisi d’acheter quelque chose dans une boutique alors qu’une autre propose le même produit pour moins cher. Veera l’aime comme il est – et ce n’est même pas touchant, elle l’a épousé parce qu’elle voulait un enfant, et parce qu’elle n’était plus avec Robert. Mikko est un enquêteur hors pair, qui se targue d’amener ses lecteurs à réfléchir, tout en, finalement, les roulant dans la farine. Aucun personnage ne m’est sympathique, leurs conjointes non plus, Elise, l’épouse de Robert, épouse trophée, petite chose qu’il faut sauver, femme-enfant au patrimoine génétique choisi, par son mari, pour avoir ainsi des enfants par-faits. Une gourde pleine de vide. Quant à Verra, l’épouse de Mikko, qui le trompe allégrement avec Robert, pendant que lui la trompe avec Elise, je ne vois pas trop ce qui peut être attachant chez elle. Ce ne sont même pas ces doubles tromperies qui me dérangent, c’est plutôt que ces deux couples d’adultes responsables ne parviennent pas à terminer leurs histoires de désamour autrement que dans le sang et le poison. Oui, comme ils pensent presque tous être remarquablement intelligents, certains d’entre eux pensent pouvoir commettre le crime parfait – avec le nombre d’armes du crime à disposition, quand ils n’ont pas pris soin de les amener eux-mêmes, le lecteur peut comprendre facilement que cela se terminera pas très proprement. Penser qu’une amélioration dans votre vie peut provenir d’un meurtre est tellement bête que je me demande comment des personnages aussi intelligents que ceux qui nous sont présentés n’y ont pas pensé eux-mêmes. Ils ont sans doute lu trop de romans policiers, dont ils ne se privent pas de critiquer les procédés d’écriture. Je pourrai vous dire simplement que lire des polars n’est pas la recette miracle pour commettre un crime parfait. La recette de celui-ci est en tout cas classique, avec le partage des points de vue, en indiquant en tête de chapitre dans la tête de qui nous nous trouverons, la longue amitié entre les protagonistes, le lourd secret issu du passé, les chapitres (courts) en italique pour être dans la tête du tueur. La quatrième de couverture promettait trop, les promesses n’ont pas été tenues.

Un éléphant, ça danse énormément de Arto Paasilinna (2018)

Présentation de l’éditeur :

Emilia est un prodige des arts forains. Belle éléphante de trois ou quatre tonnes, elle maîtrise mille acrobaties et danse la troïka et le gopak à la perfection. Son spectacle ravit aussi bien les spectateurs de son cirque que les passants dans les gares ou les passagers du Transsibérien. Mais les lois se durcissent en matière de spectacle animalier, et Emilia, en sa qualité d’éléphante, se retrouve brutalement au chômage… Lucia, sa dompteuse, ne peut se résoudre à abandonner son acolyte pachydermique, et c’est ainsi que démarre leur improbable périple, de ferme en ferme dans les forêts de Finlande, jusqu’à un cargo en partance pour l’Afrique. Petit à petit, les personnages les plus farfelus se pressent autour de l’adorable bête, chacun portant secours à ce pachyderme rempli de tendresse qui partout où il passe sème l’enchantement et la zizanie. Entre deux amourettes, Lucia et Emilia s’embarquent dans des dizaines de mésaventures plus insolites les unes que les autres…

Mon avis :

Une épopée en 266 pages, un voyage en quarante chapitre et un épilogue…. Un peu de tout ça, et la découverte d’une héroïne : Emilia. Elle est une éléphante, et de loin le personnage le plus sympathique de ce roman. La première pique concerne les écologistes en général, et les défenseurs des animaux en particulier, ceux qui veulent interdire les animaux dans les cirques, sans se préoccuper de ce que deviendront les animaux après – ne parlons même pas de ceux qui préfèrent un animal mort à un animal en captivité. C’est à cause d’eux qu’Emilia se retrouve presque livrée à elle-même, n’était l’attachement que lui voue Lucia, sa dresseuse. C’est elle qui va déployer des trésors d’inventivité pour sauver la douce Emilia et lui permettre de retrouver la terre natale de ses ancêtres.
Bien sûr, durant cette traversée de l’URSS finissante et de la Finlande, elles en feront, des rencontres, elles en rompront, des solitudes – et Emilia saura se montrer utile, au besoin. Quelques piques seront encore lancées, contre l’Union Européenne, qui « s’était mêlée de leur vie » et contre la Russie, qui ne s’est pas vraiment préoccupée des disparitions causées par le régime communiste. Alors, une disparition de plus, ce n’est pas très grave, surtout si elle est volontaire.
Oui, par rapport à des personnages aux noms finlandais compliqués, Emilia, prénom pratique, vit des aventures rocambolesques, nous permettant aussi d’en connaître plus sur son anatomie en général et son système digestif en particulier. On comprend aussi pourquoi les souris et autres petites bestioles font autant peur aux pachydermes.
Le roman comporte un épilogue heureux, que je souhaiterai plus fréquent – dans la réalité.

 

Soeurs de coeur par Salla Simukka

Présentation de l’éditeur :

Un étrange hiver s’est abattu sur la ville. Peu à peu, le froid glace le cœur des hommes. Et seule Alice semble s’en rendre compte. Mais une simple libellule va tout changer. Intriguée par ses ailes couleur de l’arc-en-ciel, Alice la suit, tombe… et n’arrête plus de tomber. Elle se réveille dans un endroit merveilleux : le pays des sœurs. C’est là qu’elle rencontre Océane, sa future meilleure amie. Ensemble, elles découvrent des créatures enchantées. Ensemble, elles partent à la recherche d’histoires oubliées. Et ensemble, elles devront affronter la reine Lili, qui veut ensevelir le monde sous un hiver éternel…

Merci à Netgalley et aux éditions Hachette pour ce partenariat.

Mon avis :

C’est un livre charmant et mignon que nous avons là. Il est parfait pour les jeunes lecteurs, qui ne seront pas gênés par l’utilisation (peu fréquente, soyons juste) de quelques termes familiers. ce roman nous compte l’histoire d’Alice et d’Océane, qui sont amenées à devenir amies, mais dans un autre monde que le nôtre. Il est beaucoup d’Alice au pays des merveilles dans ce roman, tout en s’en détachant malgré tout. J’ai cependant retrouvé cet univers onirique, doux, tendre, un peu absurde aussi, qui faisait ma joie dans l’oeuvre de Lewis Carroll.
Autre point positif de ce roman : il n’est pas de « véritable » méchant. Oui, il y a bien une méchante reine, le tout est de découvrir pour quelles raisons elle l’est devenue et ce qui est possible de faire pour qu’elle change – parce qu’elle peut changer, il n’est question à aucun moment de l’anéantir. Optimiste ? Oui, parce que même si nous sommes dans un roman de littérature jeunesse, j’ai envie d’ajouter surtout si l’on est dans un roman de littérature jeunesse, il est bon de faire confiance à l’autre, de se dire que répondre à la méchanceté par la méchanceté ne change pas la donne, bien au contraire. Alors oui, on peut trouver Alice un peu naïve, rêveuse, elle qui a évolué au milieu de ce monde de rêves, parmi ces créatures fabuleuses. On peut trouver aussi qu’elle est bien plus forte que ses adversaires, elle qui ne se laisse jamais abattre et cherche toujours la manière d’arranger les choses – et tant pis pour les autres.
Vous allez me dire que c’est un détail mais j’ai aimé aussi qu’Alice n’ait pas besoin de l’aide d’un garçon pour s’en sortir – une fille, une femme, peut aider un personnage féminin, nous sommes pleines de ressources, ne l’oublions pas !
Soeurs de coeur, une oeuvre pour rappeler que l’on peut aussi agrandir sa famille par le biais d’une grande amitié.

L’île des monstres de Tuutikki Tolonen

édition Robert Laffont – 315 pages.

Présentation de l’éditeur :

La petite Mimi a suivi Grah, son ami monstre, dans son monde souterrain. Mais elle a perdu sa trace et la robe de chambre magique ne lui parle plus… Pendant ce temps, Koby et Halley, restés à la surface, cherchent à tout prix le moyen de retrouver leur sœur.
Nos trois héros ne sont pas au bout de leurs surprises : de nombreuses créatures étranges se cachent au centre de la Terre, et toutes ne sont pas aussi gentilles que Grah !
Le deuxième tome d’une série venue de Finlande qui va réchauffer les cœurs, dans la lignée du Monstre poilu et de Roald Dahl.

Mon avis :

J’ai lu ce second tome, mais je l’ai un peu moins apprécié que le précédent, un peu comme s’il s’agissait d’un tome de transition. L’action principale se concentre sur Mimi, qui a suivi sous terre son monstre préféré. Elle rencontre des créatures étonnantes, notamment le gardien d’une des portes. Elle retrouve également sa robe de chambre, qui se décide à l’aider à nouveau, elle qui l’avait pourtant « laisser tomber ». Normal, pour une robe de chambre, me direz-vous. Elle rencontre également d’autres créatures pas vraiment sympathiques, avant de retrouver Grah, le monstre sympathique qui lui a servi de nounou dans le tome précédent.

Vous l’aurez compris, la fratrie est séparée, et l’on voit très peut Koby et ses parents, qui sont restés dans le monde d’en haut. De même, j’ai trouvé que les créatures rencontrées étaient certes originales, mais pas suffisamment développées. Par contre, les illustrations sont toujours superbes, et très évocatrices, une vraie réussite.

Une lecture plaisante, et pleine de promesse : j’espère que Mimi et Grah se reverront.

Le monstre nounou de Tuitikki Tolonen

Présentation de l’éditeur :

Il y a des nounous rigolotes, des nounous trop sévères, d’autres qui vous laissent faire les 400 coups, et puis il y a… le monstre nounou !
En l’absence de leurs parents, Halley, Koby et Mimi vont être gardés par cette étrange créature poilue et poussiéreuse qui sent fort le renfermé. Voilà qui promet des vacances pas comme les autres…

Mon avis :

On dirait que les monstres sont vraiment des créatures familières aux finlandais. En effet, alors que les mères de famille gagnent toutes le premier prix d’un voyage et une cure de remise en forme, des monstres sont envoyés pour les remplacer, et personne ne s’étonne. Halley, l’aînée, est pourtant la plus rationnelle des trois enfants ! Ce n’est pas le cas de Mimi, qui converse avec sa robe de chambre bleue, et est tout à fait prête à s’entendre avec le gros monstre poilu qui les garde.

Très vite, un autre mystère apparaît : d’autres monstres sont là, et d’autres créatures aussi ! Bienvenue aux fééstiques qui piquent les monstres comme les moustiques les humains ! Par contre, les sorcières, qui se présentent comme les « propriétaires » des monstres ne sont pas du tout, mais alors là pas du tout sympathiques.

En dépit (ou grâce à) leur grande soeur, Mimi et Koby vont chercher à en savoir plus sur les monstres, leur manière de vivre, et ne pas se contenter de leur feuille de route très injonctive. Qui sait vraiment ce qui est bon pour les monstres ? Peut-être un certain Runnar, qui a écrit un livre sur eux, que Koby s’empresse d’emprunter à la bibliothèque, et de lire, même si ce n’est pas toujours très bien ordonné.

Deux mondes se télescopent, en fait, celui des adultes qui est presque rationnel – voir les articles de journaux qui, même avec une photo à l’appui, ne veulent pas croire à l’existence des monstres – et celui des enfants, qui est encore ouvert au merveilleux – jusqu’à ce que les adultes les amènent consulter. Il faut dire aussi que certains adultes sont singulièrement absents, tel le père de nos trois héros, surnommé « la voix invisible ». Combien sont-ils de père à se rendre compte que leurs enfants ont grandi et qu’ils n’ont rien vu ?

Le monstre nounou est un livre très agréable à lire, avec des illustrations absolument superbes. A recommander pour les enfants et pour les adultes qui ne sont pas insensibles au merveilleux.

 

Nos souvenirs sont des fragments de rêve de Kjell Westö

Présentation de l’éditeur : 

Quels secrets cache la famille Rabell ? Puissante dynastie d’Helsinki, dans les années 1960, elle vit presque recluse dans son domaine en bord de mer. Seul le héros, adolescent, se lie avec les enfants Stella et Alex. Tout les sépare, mais dans la fougue de leur jeunesse, ils feront les quatre cent coups. Mais la passion amoureuse s’en mêle, et met en péril le clan Rabell…

Mon avis : 

Il ne faut pas avoir peur des 590 pages de ce roman. Oui, il est long, cependant je ne me suis pas dit à sa lecture qu’il comportait des parties inutiles. Le narrateur est un écrivain qui a connu un grand succès et n’a plus rien publié depuis. A la suite d’un événement surprenant, il se remémore ses quarante années d’amitié avec Alex Rabell, et son amour pour sa soeur Stella.
Ecrit ainsi, le roman paraît presque simple, si ce n’est que le récit est celui de la remémoration. Le narrateur a gardé certains événements en mémoire, en a écarté d’autres. Il est des faits qui l’ont marqué, blessé parfois, il en est d’autres qu’il a parfois mal interprété .La force de ce roman est de ne pas abuser de l’anticipation. Nous savons qu’Alex est l’ami, et Stella, sa soeur, est l’amour de jeunesse du narrateur. Quand il puise dans ses souvenirs, il n’anticipe pas certains faits, il revit ce qu’il a su à l’époque, et dévoile pour son lecteur la vérité au moment où il l’a apprise. Toutes les familles ont leur secret. Les Rabell en ont beaucoup.
D’autres amis sont évoqués également, d’autres amours. La vie suit son cours, avec les naissances et les décès, les succès professionnels et les errances.
Se souvenir, c’est aussi confronter ses souvenirs à ceux des autres – ce ne sont pas les mêmes, bien sûr, et la confrontation est parfois détonante, tout comme l’évolution de certaines relations. Se souvenir, c’est aussi se confronter à l’histoire de ses parents, de ses grands-parents, accepter ou rejeter des traditions, voire se questionner sur leur origine. La guerre a marqué durablement ceux qui étaient jeunes quand elle a eu lieu. Ce sont les mêmes événements historiques – Tchernobyl – que nous avons vécus, ici ou là-bas, et le ressenti finlandais, la désinformation aussi, ne sont pas si différents.

Je tiens à remercier Babelio et les éditions Autrement pour ce partenariat.

Débarquement de Riika Ala-Harja

Mon résumé :

Julie, ancienne thésarde, est gui sur les plages du Débarquement. Son couple va mal, son mari Henri a pris ses distances. C’est à ce moment qu’elle découvre que sa fille Emmma, huit ans, ne va pas bien. Le verdict tombe : leucémie. Les combats commencent.

Mon avis :

j’ai l’impression vraiment de poursuivre un cycle, celui du rapport des femmes à la maternité. Ici, la situation est tragique : la fille unique de Julie est atteinte de leucémie, et même si, de nos jours, elle a 80 % de chance de guérir, Julie n’oublie jamais, face à tous les protocoles, toutes les précautions à prendre, drastiques, afin d’éviter les complications et les rechutes. Pour paraphraser le médecin-chef qui suit Emma, nous sommes loin des années 70 et de son taux élevé de récidive.
Seulement, Julie a un autre combat à mener, d’ordre intime : son mari s’est éloigné d’elle, définitivement semble-t-il. le reconquérir ? Impossible, au vue de l’échec de ses tentatives, bien avant la maladie de sa fille. Divorcer ? Pas si simple quand il faut présenter un front uni face au cancer, même si la moitié des couples se sépare après la maladie de leur enfant, que l’issue soit heureuse ou non – une statistique que je ne connaissais pas.
Ce qui m’a frappé, à cette lecture, est l’échec du couple, et l’absurdité des concessions faites par l’un et l’autre pour que leur couple perdure. Julie n’est jamais allée au bout de sa thèse, Henri a renoncé à sa belle carrière de journaliste parisien parce que Julie voulait vivre en Normandie – pour être proche des plages du Débarquement. Elle n’a jamais vraiment eu son mot à dire pour l’aménagement de leur maison, signe de leur réussite sociale et amoureuse – il a toujours choisi tout ce qui était à bas prix. Elle vit désormais dans un appartement, comme beaucoup de femmes divorcées, loin de ce symbole de réussite qu’est la maison, ayant la garde partagée de sa fille, et ne pouvant avoir aucun contact avec elle quand elle est avec son père (Note : il est des couples qui se séparent en prenant davantage en compte les enfants).
Ce qui m’a frappé est la reproduction de l’unicité : Henri et Julie, dont les prénoms riment, semblent être enfant unique. Tous deux n’ont que peu de lien avec leurs mères qui, du moins dans un cas, ont choisi l’éloignement. Quant à la meilleure amie de Julie, elle n’a qu’une seule fille, Léa, parce que la deuxième, Anna, est décédée de la mort subite du nourrisson et qu’elle a refusé de suivre les conseils des médecins, en ayant un autre enfant. Des prénoms qui, ici encore, se ressemblent, sont « à la mode », pratiques, courts, féminins – et presque interchangeables.
Eux n’ont pas de prénoms, ce sont les soldats, ceux du Débarquement, ceux qui étaient déjà sur place – les Allemands – dont Julie évoque le parcours pour chacun des groupe qu’elle guide. Pas d’érudition abusive, dans aucune des parties du roman, le lecteur en apprend beaucoup plus sur ce qui s’est passé ce jour-là, sur la vie quotidienne en Normandie, sur les choix que certaines ont fait pour que les leurs vivent mieux. Julie se garde bien de juger, elle est historienne, elle est mère.
Et moi, en refermant ce livre, de me demander ce qui a pu attierr une auteur finlandaise à nous compter avec tant de force ce Débarquement.