Archive | juin 2018

Achève et prends ma vie de Marie-Laure Binville

Présentation de l’éditeur :

Un dimanche matin d’automne dans l’Essonne, un adolescent disparaît. Le capitaine Le Goff de la PJ de Versailles, un policier perspicace et obstiné qui connaît quelques difficultés personnelles, est chargé de l’enquête, qui s’annonce difficile : pas de témoins, pas de suspects, pas de corps. Quelques jours plus tard, on découvre sur un parking le cadavre d’un enfant rom, dont personne ne vient réclamer la dépouille.

Mon avis : 

Je vous le dis d’entrée de jeu : il est assez mitigé sur ce livre.
Je commence d’abord sur les points positifs : l’enquête sur la disparition de Lucas. Déjà, nous avons la chance que le récit se focalise, parfois, sur le jeune adolescent. Perte de suspens ? Non, puisque la quatrième de couverture en avait déjà beaucoup trop révélé, ce qui à mon avis est fort dommage. Nous ne nous demandons pas alors s’il va s’en sortir, mais comment il va s’en sortir.
Lucas, c’est un adolescent comme il y en a beaucoup. Il n’est pas en échec scolaire, non, mais il n’est pas non plus au sommet de sa réussite. Ses parents sont très pris, par leur travail, par les soins du ménage, et le poussent à faire toujours mieux, toujours plus, sans véritablement l’épauler, tout en pensant faire « tout ce qui est bon pour lui ». Bref, une famille quasiment ordinaire à qui arrive l’impensable.
La description des maltraitances subies par Lucas lors de son enlèvement reste assez modérée : nous sommes dans un polar, non dans un thriller. J’ai beaucoup aimé la manière dont l’enquête était menée, les efforts que font le capitaine Le Goff et son équipe pour retrouver l’adolescent qui, il faut bien l’avouer, bénéficie d’un mélange de chance et de courage.
Reste tout ce qui ne m’a pas plu – et bien je dirai la suite de l’enquête, après le retour de Lucas. Nous sommes entraînés dans des chemins tortueux, pas seulement du fait de la personnalité des suspects, mais aussi de celles des enquêteurs. Je suis bien d’accord pour dire qu’un meurtrier n’a pas à être charismatique, seulement j’ai trouvé certaines péripéties un peu grosses, pour ne pas dire téléphonées, comme des passages attendus dans le devenir d’un pervers en puissance.
Je me suis aussi interrogée sur le capitaine et sa vie privée. Son ex-femme l’a quitté, emportant leur fille unique sous le bras – les policiers ont très souvent des filles uniques. Curieux personnage que cette Béatrice Le Goff, qui semble tout droit sorti d’un autre univers que celui du roman policier.
Pour finir (et pourtant, je ne suis pas réputée auprès de mes élèves pour avoir une immense largeur d’esprit), je n’ai pas du tout aimé l’image qui était donné des homosexuels dans ce roman, pas un pour racheter l’autre. Dommage.

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Les Koboltz, tome 1 : Mission Uluru de Benoît Grelaud

Présentation de l’éditeur :

Les Koboltz ont pour véritable obsession de ne pas polluer la planète. Ils ne mangent aucun animal, cultivent leurs céréales, leurs fruits et légumes sans produits chimiques, et traitent absolument tous leurs déchets. Alors quand les hommes décident de créer un insecticide pouvant entraîner une véritable catastrophe écologique, le petit peuple vivant sous terre décide de mener une mission afin d’empêcher la création de ce poison. Mais pour cela, ils vont avoir besoin de l’aide de Rakiriko, un koboltz banni de son peuple plusieurs années auparavant, mais qui seul sait comment se rendre invisible aux yeux des humains. Rakiriko va-t-il accepter de venir en aide à son peuple qui l’a rejeté ?

Mon avis :

Comme souvent, je lis et chronique le tome 2 avant le tome 1 – ce sont des choses qui m’arrivent. Cela n’ôte en rien les qualités de ce tome 1, qui nous permet de découvrir le monde des Koboltz. Ce sont des créatures sympathiques, qui sont à fond pour la préservation de la planète, et elles ont bien raison. Nous n’en avons qu’une, il n’y a pas de planète de rechange.

Délivrer un message n’empêche pas de construire une intrigue et de faire preuve d’humour, pour le plus grand plaisir du lecteur. Délivrer un message n’oblige pas l’auteur à se transformer en moralisateur ennuyeux. J’ajoute que l’objet livre est particulièrement soigné, ce qui ne gâte rien.

Mon passage préféré ? L’arche de Noé souterraine – j’ai presque envie de dire « évidemment ». Un extrait qui ne plairait pas à certains philosophes qui voient dans le fait de se préoccuper des animaux un signe préoccupant pour notre société.

PS : plutôt que la couverture du livre, j’ai mis la dédicace de l’auteur, au salon du Mans 2017.

Apolline et le renard mauve de Chris Riddel

Présentation de l’éditeur :

Apolline est une petite fille passionnée d’énigmes en tout genre. Dans ce quatrième tome (que l’on attendait depuis sept ans !), elle fait la connaissance d’un renard violet, qui vit au coin de la rue, en bas de chez elle. Il va lui faire découvrir les habitants du quartier. En retour, Apolline fera découvrir l’amour au beau renard violet…

Mon avis : 

J’aime beaucoup Chris Riddell, un auteur tout en poésie, pas suffisamment connu en France à mes yeux. Apolline est l’une de ses séries (Ottoline en VO). Elle vit dans un immeuble fabuleux, le Poivrier, avec monsieur Munroe, son ami très poilu, tout droit venu des marécages norvégiens. Ils vont découvrir de nouveaux amis, notamment Myrrh Arbresoeur et mademoiselle Mac Intosh, qui renvoient comme un miroir aux deux héros de cette série, avec un effet d’intertextualité supplémentaire puisqu’Apolline découvre grâce à Myrrh Lili Goth et la souris fantôme, une autre héroïne de Chris Riddell avec laquelle elle est sûre de bien s’entendre – et moi aussi.

Autre découverte : le fameux renard mauve. Il montrera toutes les créatures qui vivent la nuit dans la ville, et elles sont toutes très intéressantes, preuves de la créativité sans cesse renouveler de Chris Riddell. En revanche, si le renard mauve est très observateur pour autrui, il ne l’est pas tant que cela pour lui-même, puisqu’il ne se rend pas compte de ce qui se passe tout près de lui.

J’espère que nous n’attendrons pas sept ans le tome suivant.

 

Les cousins Karlsson – Tome 8 Pièges et contrefaçons de Katarina Mazetti

Présentation de l’éditeur :

Cet été, les quatre cousins ont l’île aux Grèbes pour eux seuls ! En attendant que leur tante Frida les rejoigne, Bourdon, Julia, Alex, George et leur fidèle Chatpardeur profitent de ces vacances de rêve. Mais bien vite, des événements mystérieux se produisent…
D’où viennent ces pièges dont ils sont victimes ? Qui dépose ces affreux tableaux devant la maison chaque jour ? Quand Alex croit apercevoir un troll rôdant dans la forêt, cette fois, c’est la crise ! Et les cousins entrent en action.

Mon avis :

Huitième tome des aventures des quatre cousins, qui sonnent comme un club des cinq suédois, si ce n’est que le chien Dagobert est remplacé par un chat, et que leurs parents respectifs ne me paraissent pas toujours à la hauteur . C’est vrai, qui laisserait ses enfants à la garde de leur soeur, après tous les problèmes qu’ils ont vécu sur l’île ? De plus, Frida n’est quasiment jamais là, le téléphone ne fonctionne pas formidablement, et quand quelqu’un leur rend visite ce n’est qu’en coup de vent ! Par moment, je ne me demande si cela ne vaudrait pas le coup de prévenir les services sociaux suédois – débordés, il faut bien le dire si l’on lit d’autres oeuvres suédoises.
Oui, si l’on passe ces incohérences, le roman reste agréable à lire – heureusement – même si je trouve que la police suédoise est véritablement inconséquente, et que je comprends pourquoi la « délinquance » parvient toujours à s’implanter sur l’île. Heureusement, les quatre cousins ont trouvé un allier en la personne d’un journaliste blogueur, un peu l’équivalent d’Oeil de Lynx pour Fantômette. C’est tout de même embarrassant, non ?
L’intrigue ? Ah oui : un intrus s’est introduit sur l’île – encore. Un ou plusieurs, d’ailleurs, et toujours au moment où les cousins y passent leurs vacances. On peut aussi compter une nouvelle pensionnaire à quatre pattes dont je ne vous dirai pas plus, pour vous laisser tout de même un peu de surprises, dans ce tome qui nous montre à nouveau le milieu de l’art et des faussaires.
Une saga sympathique mais pas forcément novatrice.

La danse de la soif de James D Doss

Présentation de l’éditeur :

Chaque année, à Towaoc, les Utes des Montagnes organisent la Danse du Soleil. Pendant quatre jours, les danseurs vont au bout d’eux-mêmes, privés d’eau et de nourriture, pour approcher l’Esprit et, peut-être, avoir la Vision. Charlie Moon est de permanence sur les lieux pour veiller à ce que tout se passe bien. Sa tante, la chamane Daisy Perika, est aussi venue du Colorado, de même que la belle Delly Sands et la vieille Stella Antilope dont le fils, Hooper, participe à la cérémonie. Mais seule la mort sera au rendez-vous pour ce dernier. Le médecin légiste conclut à une crise cardiaque. Mais que signifie cette piqûre à l’épaule de la victime ? Tandis que la moitié de la tribu croit à un envoûtement, Charlie Moon et Scott Paris, le chef de la police de Granite Creek, louvoyant entre logique policière et légendes indiennes, vont tenter de découvrir la vérité et de ramener la paix dans les cœurs.

Mon avis : 

Qu’est-ce qui fait que l’alchimie prend, ou pas avec un auteur ? Difficile à dire. Ce qui est certain est que j’apprécie beaucoup les oeuvres de James D Doss, que je prends toujours autant de plaisir à retrouver Charlie Moon et sa tante Daisy Perika – Scott Parris est un peu en retrait dans ce quatrième tome de leurs aventures.
Ce qui est véritablement en avant dans cette série, c’est la culture indienne. Je sens – et je ne pense pas me tromper – que l’auteur est profondément respectueux des croyances, utes, navajo ou soshones. Elles coexistent assez bien avec le catholicisme, en un respect mutuelle – je préfère ce mot à celui de tolérance, qui laisse sous-entendre qu’un jour ou l’autre, la tolérance pourrait cesser. Nous suivons la cérémonie de la danse de la soif, et un mort survient, suivi du décès de la mère du danseur, amie de Daisy Perika. Cette dernière sait, sent, que cette mort n’est pas aussi naturelle que tous veulent bien le dire, et les résultats de l’autopsie ne la convainquent pas. Des forces qui l’enveloppent la poussent à faire des choses que son neveu pourrait lui reprocher, et il ne s’en privera pas nécessairement.
Si Charlie est un bon enquêteur, en revanche il ne connaît pas grand chose aux femmes. Il ne se rend pas compte qu’il les attire ! Certes, elles peuvent ne paraître pas si nombreuses que cela, mais il suffit de deux femmes déterminées à se mettre en couple avec le jeune et grand policier pour créer des tensions qu’il ne comprend pas. Cette rivalité est amusante, un temps, elle prend vite une tournure plus dramatique quand l’une des deux se retrouvent menacée, forçant Charlie à prendre davantage soin d’elle, à sa manière – qu’elle ne va pas forcément apprécier.
La famille, proche ou élargie, est en filigrane très présente dans ce roman. Si l’on peut être prêt à tout pour survivre, une mère peut littéralement déplacer des montagnes pour trouver l’assassin de son fils. Me comprendra qui lira le livre.

 

Les filles ne mentent jamais de Flo Jailler

Présentation de l’éditeur :

Banlieue-en-France, des années 70 à nos jours.
Elles sont quatre « moineaux de téci » : Fatou, Nadia, Marie-Jo et Katérina. Quatre filles racontant tour à tour leur histoire commune, des bancs de l’école à l’âge adulte. C’est la petite Marie-Jo qui espère que les mots peuvent guérir, « comme l’alcool à 90° ».
C’est la révolte adolescente de Nadia l’insoumise.
C’est Fatou, devenue maman, qui reprend la parole qu’on lui avait volée…
C’est l’exclusion de Katérina l’Ukrainienne.
Quatre portraits vivants, quatre voix qui s’écri(v)ent, dessinant des existences colorées, chahutées, lumineuses…

Mon avis : 

Je me demande ce qui fait qu’un livre occupe une place prépondérante dans la littérature, ou qu’il sombre très vite dans l’oubli. Je n’ai trouvé qu’une critique de ce livre sur Babelio – contre 225 pour Sauveur et fils, tome 1. La première fois que ma route littéraire a croisé celle de Flo Jallier, c’était en 2011, à la parution de Les déchaînés, livre dont tout le monde, dans mon milieu professionnel, disait le plus grand bien, pour des raisons diverses et variées, raisons pour lesquelles je n’ai pas lu ce livre : si un livre ne m’attire pas, je ne me force pas, quel que soit le jugement donné sur lui.
Aujourd’hui, à la bibliothèque, je suis tombée sur Les filles ne mentent jamais. Le sujet est très intéressant : le destin de quatre jeunes filles issues d’horizons différents, qui ont toutes les quatre grandi en banlieue. Y sont évoqués le poids de la religion, des grands frères, mais aussi l’excision. Le lecteur peut voir comment Marie-Jo, Nadia, Fatou et Katérina s’en sortent – ou pas. Ce ne sont pas forcément celles qui ont tiré les meilleures cartes qui s’en sortent le mieux. Ces sujets, très forts, auraient-ils effrayé parents et professeurs – les premiers prescripteurs après tout ? Je ne crois pas. Je crois que, ce qui a dérangé, et a fait que j’ai failli très vite refermer le roman est le mode narratif choisi. L’auteure écrit comme l’on parle, apocope, aphérèse et élision comprises. Elle essaie de retranscrire le langage d’un enfant de huit ans, auquel s’ajoute celui d’une jeune immigrée ukrainienne. Ce n’est pas que c’est ardu à lire, c’est que c’est très pénible. Vous l’aurez compris, je n’ai pas vraiment apprécié ce parti pris, parce qu’il représente à mes yeux la manière dont l’auteur voit la transcription du langage d’un groupe d’enfants de huit ans. Je suis quasiment certaine que c’est ce parti-pris qui a écarté des lecteurs. A tort, à raison ? L’auteure a fait son choix, les lecteurs ont aussi le droit de faire le leur.
Du coup, à cause de la forme, on s’écarte du fond – le texte devient plus lisible quand les enfants sont devenus adultes, il redevient moins lisibles quand sont retranscrites les paroles de Katérina. Les autres enfants se moquaient de sa façon de parler, elle ne percevait pas vraiment leur ironie, et c’est avec sa voix que se conclut le roman. Elle aime les chevaux, elle est issue d’un autre milieu, elle qui partira dans une école d’équitation, que les filles de la « teci ». Que penseraient les actuelles jeunes filles, qui vivent en banlieue, de ce livre ? J’aimerai bien le savoir.

La famille Cerise, tome 3 : l’effet champignon de Pascal Ruter

édition Didier Jeunesse – 150 pages.

Présentation de l’éditeur :

C’est trop injuste, l’école de Savigny les Mimosas risque de fermer parce qu’il manque un élève, ordre du ministre ! Les soeurs Cerise et les frères Belpom cherchent une solution, car il est hors de question de séparer leur joyeuse bande. Clarisse, leur amie actrice, prétend avoir la solution… Mais, manque de chance, ses chiens et elle goûtent un champignon hallucinogène. Et voilà qu’elle oublie tout et qu’elle se prend pour une factrice ! Zouille, Yoyo, Max et Papillon vont devoir user d’imagination pour régler cette drôle de situation !

Mon avis : 

Si vous aimez l’humour, la fantaisie et la campagne, alors ce livre est fait pour vous et vos enfants. Par contre, si vous êtes allergiques aux personnages attachants et motivés, passez votre chemin. Les soeur Cerise et les frères Belpom ont appris une catastrophe : l’école va être fermée parce qu’il y manquera désormais un élève pour les fameux « quotat » de l’éducation nationale. Sur le papier, tout est facile : les enfants iront dans d’autres écoles, et tant pis pour la fatigue, tant pis pour les amitiés gâchés. Tant pis aussi pour le village, qui risque de mourir à petits feux : une école attire les parent et les futurs parents, c’est le dernier endroit vivant le plus souvent. Et là, boum ! Tout s’arrête.
Comme si cela ne suffisait pas, Clarisse, la seule personne qui avait une idée viable perd la mémoire et la tête en même temps. Je vous passerai sous silence ce qu’il advient de ses courageux et adorables dalmatiens – ils en ont pour quelques années de thérapie comportementale pour s’en remettre.
Ce qu’ils vivront pour sauver leur école est à la fois drôle et poétique. Les villageois sont très mobilisés et très fatalistes à la fois. Toutes les méthodes sont bonnes, après tout, pour sauver l’école – celle de Clarisse reste cependant la meilleure.

Une série familiale et drôle à découvrir.