Archive | octobre 2018

Les aventures du jeune Jules Verne, tome 2 : le phare maudit

édition Pocket – 176 pages.

Présentation de l’éditeur :

Tout le monde croit dur comme fer aux fantômes, même le capitaine Nemo. Mais, pour Jules Verne, rien ne vaut des preuves scientifiques. Et quel meilleur endroit que le phare hanté pour enquêter ? Il s’y passe des choses très étranges, Jules et ses amis sont bien décidés à découvrir quoi. En revanche, si les fantômes existent, ils courent un grave danger, car rien ne peut arrêter un spectre en colère.

Mon avis :

J’avais dit que je ne lirai sans doute pas les autres tomes de cette série. Mais la bibliothèque dans laquelle je me rends toutes les semaines a acquis récemment le tome 2, bien mis en valeur sur un présentoir. Je m’en suis donc emparé et je l’ai lu d’une traite.
L’accent est mis, dans ce second tome, sur les inventions du jeune Jules Verne, invention qui, pour une fois, ne provoquent pas trop de catastrophes, et sont plutôt tournées vers les autres, les pensionnaires de l’hospice de Nantes, seuls, délaissés, manquant de beaucoup de choses et notamment d’affection. Jules est presque un enfant comme les autres, avec un père prompt à le corriger, une mère protectrice, un petit frère et une petite soeur. il est simplement assoiffé de découverte, à une époque où les Lumières semblent loin, où l’obscurantisme a droit de cité, même dans les collèges. Après tout, un peuple ignorant est bien plus facile à diriger (phrase valable encore aujourd’hui). Le directeur, ce cher monsieur Mathieu, agit-il par conviction ou par intérêt quand il parle ainsi ? Un peu des deux, sans doute, lui qui semble vraiment ancré dans le passé, prompt à utiliser les bonnes vieilles techniques pour parvenir à ses fins. Et quelle fin !
Pendant ce temps, Jules et ses camarades cherchent à percer un mystère bien plus simple, et quasiment de saison : les fantômes existent-ils ? Pour cette raison, ils vont se rendre au phare de Paimbeuf, vérifier si oui ou non un fantôme hante les lieux. Ce qu’ils vont vivre reste à hauteur d’enfants, des enfants du XIXe siècle, qui sont forcés de grandir trop vite, comme Marie qui quittera bientôt l’école parce que ses parents, nantis de cinq autres enfants, n’ont pas les moyens de l’y envoyer davantage. Il faut parfois bien de l’humour pour affronter ce qui se passe (ou comment se transformer en infirmier pour fantôme), bien de la maturité aussi, pour constater l’indifférence de certains adultes face à des faits révoltants.
En bref, un second volume plus court mais plus intéressant que le premier – parce que plus réaliste ? Et toujours, en filigrane, face à ses quatre tout jeunes adolescents, une pensée pour la série culte le club des cinq.

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Amelia Fang et le bal barbare de Laura Ellen Anderson

 

édition Casterman – 224 pages.

Présentation de l’éditeur :

Amélia Fang, malicieuse vampirette, déteste assister au Bal barbare annuel organisé par sa mère, la comtesse Frivoletta. Ce soir-là, le palais est rempli de vieux monstres qui portent trop de dentelles et qui empestent le Poubel n°5. Comble de malheur, Tangine, prince de Nocturnia et sale-gosse-pourri-gâté, capture Trouille, sa citrouille de compagnie. La guerre est déclarée !

Préambule : en ce jour un peu spécial, je vais vous présenter deux livres qui collent avec la thématique Halloween.

Mon avis :

Ce livre est le premier tome d’une nouvelle série – le second, dans lequel il est question de licorne, sera traduit l’année prochaine. Laissez-moi vous présenter Amélia, charmante vampirette de son état. Elle est dotée d’amis absolument charmant, dont une Yéti appartenant à une espèce rare. Note : cette yéti, avec sa puissance vocale, ferait bien de se présenter très vite dans une chorale, on a besoin de voix !!!! Elle est la fille du comte Drake, qui possède de magnifiques chemises hawaïennes, du moins, il est le seul à le penser, et de la comtesse Frivoletta, toujours à la point de la mode, toujours impeccable, même quand elle part à la recherche d’un de ses yeux qu’elle a perdus. Surtout, surtout, elle s’occupe de la préparation du bal barbare annuel ! Amélia voudrait bien ne pas y être invitée, pas de bol : la fille du comte et de la comtesse se doit d’y être présente, même si elle est la seule enfant. Bonne nouvelle cette : le roi leur fera l’honneur de sa présence. Celui-ci a sombré dans une profonde dépression depuis que sa femme a été tuée par une fée. Oui, vous m’avez bien lu, une fée. Et encore, je ne vous ai pas parlé des terribles anges chatons, bien connus pour faire des ravages, ou des licornes qui sont vraiment abominables. Le roi sera là ! Mieux, son fils unique et héritier, Tangine sera présent lui aussi, il aura même intégré l’école où se rendent Amélia et ses amis. Mention spéciale, soit dit en passant, pour son institutrice, qui peut dévisser sa tête et la ranger pour se reposer un peu quand ses élèves sont un peu trop bruyants.

Mais rien ne se passe comme prévu, parce que le petit prince est :
– insupportable ;
– ingérable ;
– capricieux.
Son père a tellement l’habitude de céder à tous ses caprices qu’il n’écoute même plus les caprices de son fils. Aussi, quand Tangine s’empare de Trouille, la citrouille de compagnie d’Amélia, personne n’y trouve rien à redire, pas même ses parents. Sa mère est trop occupée à ce que le roi et son fils se sentent bien, son père, ami d’enfance du roi, est encore et toujours plongé dans ses mots croisés. Amélia doit donc se débrouiller seule, si elle veut récupérer Trouille – seule, mais avec ses amies.
L’intrigue est simple, au départ. Mais plus l’on progresse dans la lecture, plus l’on voit qu’il ne faut surtout pas se fier aux apparences. Dans ce monde inversé, où les nocturnes ont peur de tout ce qui vit le jour, à plus forte raison si ces créatures portent des paillettes, il est facile de juger, d’étiqueter. Amélia aussi devra aller au-delà de ses propres préjugés. J’espère que cela continuera ainsi dans la suite de ses aventures.
Je n’ai garde d’oublier les illustrations, vraiment très réussies. Et en bonus, quelques recettes que je ne vous conseille pas vraiment de tester, mais qui sont complètement dans l’esprit du livre.

L’amour qui me reste de Michela Marzano

édition Grasset – 304 pages.

Présentation de l’éditeur :

Il y a des tragédies sans mot et il n’en existe aucun pour désigner un parent qui perd son enfant.
Celle-ci se passe à Rome. Le soir où Giada, 25 ans, se suicide, le monde de Daria s’effondre. D’abord figée dans la douleur, cette mère apprend peu à peu à l’apprivoiser, en dialoguant avec sa fille disparue dont elle nous retrace l’histoire. Comment Daria, impatiente, décida d’adopter avec son mari. L’arrivée de Giada bébé, les joies, les mots, la douceur des premières années. La naissance d’un petit frère. L’obsession de Daria d’être une mère parfaite, elle qui ne trouva jamais sa place auprès de la sienne. Son désir de panser les blessures de sa fille, alors que celle-ci finit par découvrir la vérité de ses origines, sans parvenir à retrouver sa mère biologique… Mais l’amour le plus grand peut se révéler impuissant.
Puis, grâce à l’aide de son entourage, Daria reprend goût à la vie : elle accepte de participer à des groupes de paroles, ose se confronter à son propre passé, pardonner… et se délester de sa culpabilité.

Merci à Netgalley et à Grasset pour ce partenariat.

Mon avis :

Je crois que j’ai ressenti le besoin de rédiger mon avis juste après avoir terminé la lecture de ce roman. Et j’ai envie de dire « heureusement, c’est un roman » et pourtant, il est le reflet d’une réalité dont on ne parle pas (plus ?) : le devenir des enfants adoptés. Le seul livre que je connaissais sur le sujet est Couleur de peau : miel. Et là, vous allez me répondre que ce n’est pas tout à fait le sujet, puisqu’il s’agit avant tout du deuil porté par Daria après le suicide de sa fille. Oui, mais l’un ne va pas sans l’autre.

Les chapitres alternent entre le présent de Daria, et le passé. Le passé, c’est toutes les démarches pour adopter un enfant, les choix qui ont été faits, l’arrivée d’un second enfant, biologique celui-ci, Giada et Giacomo qui grandissent, deviennent adolescents puis adultes.

Oui, heureusement que c’est un roman, parce que la lecture de tant de douleurs est parfois insupportable. Il nous interroge non sur le deuil, mais sur l’adoption, sur ce qui motive une femme à devenir la mère d’un enfant qu’elle n’a pas porté. Ce positionnement est là, dès que Daria prend Giada dans ses bras, l’emmène chez le pédiatre, elle la présente comme sa fille adoptive, avant que le médecin ne la corrige – sauf que personne, en Italie, ne se préoccupe de la manière dont on apprend à un enfant qu’il a été adopté, sur les conséquences que cela peut avoir, alors qu’en France (du moins, c’est l’impression que j’ai) il semble plus courant de le dire le plus tôt possible à l’enfant. J’ai également été surprise de la puissance des associations de parents adoptifs qui ne veulent absolument pas que le secret des origines de leurs enfants soit révélé. Et pourtant : « Il est temps d’arrêter avec des hypocrisies, et de préciser que, après être né de, on a été adopté par ; il est temps d’en finir avec l’obsession du conformisme, tu es comme tout le monde, nous sommes comme tout le monde, et de reconnaître la blessure que portent en eux les enfants adoptés. Une blessure qui, au moins peut cicatriser, mais ne disparaît pas.
Nommer la perte pour lui donner un sens.
Et alors seulement, repartir à zéro.  »

Il se pose tant de questions après le suicide d’un enfant – même si celui-ci est adulte, même s’il a laissé une lettre d’adieu. Comment surmonter cela ? Que faire des affaires qui restent ? Comment se positionner face à son compagnon survivant ? La narratrice n’est que douleurs, au point d’oublier les autres, qui, comme elle, sont des survivants. Trop de douleurs pour voir celle des autres, y compris les mains – rares – qui se tendent. Chacun se replie sur soi, pour survivre, et si un bon thérapeute peut aider (j’en suis persuadée) que dire de ceux qui ne respectent pas vraiment la déontologie ?

L’amour qui me reste, c’est un livre qui montre aussi que l’amour ne résout pas tout, mais qu’il faut accepter aussi l’amour que l’on nous donne. C’est un livre auquel j’ai voulu me confronter, parce qu’il parle du suicide et du deuil. A vous de voir si à votre tour, vous avez envie de vous y confronter.

 

 

Le train vers l’impossible, tome 1 : Une livraison maudite de P.G. Bell

Présentation de l’éditeur :

Suzy a toujours eu les pieds sur terre. Mais, lorsque deux trolls et une ourse garent leur train dans son salon, elle est bien obligée de se poser des questions ! Tous travaillent pour le service postal de l’impossible. Leur mission ? Livrer des colis aux cinq coins de la réalité. Curieuse, Suzy décide d’intégrer leur équipe de postiers. Traverser le vide en train, rouler dans le néant ? Tout est possible dans les lieux impossibles !

Merci à Netgalley et aux éditions Hachette pour ce partenariat.

Mon avis :

Comme souvent, ce qui m’a attiré en découvrant ce titre, c’est la très belle couverture. Puis, j’aime beaucoup le monde des trains, et le voir d’un côté fantastique n’était pas pour me déplaire.
En effet, la fantaisy fait irruption dans la vie de la très rationnelle héroïne. Suzy aime la physique, c’est sa matière préférée et elle maitrise parfaitement le sujet. Aussi, quand ses lois se trouvent bouleversées, que la physique devient de la flousique – rien ne va plus.
Suzy est l’héroïne, c’est elle qui choisit de se lancer à l’aventure – quitte à tricher un peu tout de même. Elle rencontre alors le personnel dévoué chargé de porter le courrier n’importe où, quoi qu’il arrive. Mention spéciale pour Wilmot, qui rêve d’avoir enfin du personnel, et Ursel, charmante ours aux commandes des bananes explosives : le combustible aussi doit se mettre aux normes flousiques.
Les normes sont inversées, puisque c’est Suzy qui doit se lancer au secours d’un charmant crapaud – ou plutôt d’un adolescent caractériel qui a été transformé en crapaud par une sorcière nommée Crépuscula. Oui, les sorcières ne chôment pas ! Disons le tout de suite, l’intérêt de Frédéric est qu’il n’est pas immédiatement attachant. A vrai dire, il faut vraiment lire jusqu’au bout l’histoire pour trouver enfin, un peu, des qualités à cet insupportable adolescent. Les méchants, cependant, sont très intéressants, et pas aussi prévisibles qu’il y paraît.
Un roman qui devrait plaire aux jeunes lecteurs.

Les suppliciées du Rhône de Coline Gatel

Présentation de l’éditeur :

Lyon, 1897. Alors que des corps exsangues de jeunes filles sont retrouvés dans la ville, pour la première fois des scientifiques partent à la recherche du coupable, mettant en pratique sur le terrain toutes les avancées acquises en cette fin de XIXe siècle. Autopsies des victimes, profils psychologiques des criminels, voilà ce que le professeur Alexandre Lacassagne veut imposer dans l’enquête avec son équipe, mais sait-il vraiment ce qu’il fait en nommant à sa tête Félicien Perrier, un de ses étudiants aussi brillant qu’intrigant ? Entouré d’Irina, une journaliste pseudo-polonaise, et de Bernard, un carabin cent pour cent janséniste, Félicien va dénouer, un à un, les fils enchevêtrés de cette affaire au coeur d’un Lyon de notables, d’opiomanes et de faiseuses d’anges. Jusqu’à ce que le criminel se dévoile, surprenant et inattendu, conduisant le jeune médecin au-delà de ses limites.

Merci à Netgalley et aux éditions Préludes pour ce partenariat.

Mon avis :

La lecture de ce roman me confirme un fait que je savais déjà : les romans mettant en scène des médecins légistes, s’attardant sur les détails des autopsies, ne sont plus pour moi. J’en ai beaucoup lu à une époque, puis j’ai rencontré l’oeuvre d’Arnaldur Indridason, et mon point de vue sur le sujet a singulièrement changé.
Je ne doute pas, par contre, que les amateurs de romans policiers historiques et scientifiques n’aiment ce roman. Nous découvrons les premiers pas de cette médecin dite « légale », qui avait un peu de mal à s’imposer auprès des enquêteurs, que l’on ne voit guère, il est vrai, dans ce roman. Nous découvrons aussi les premiers pas de la médecine tout court, à une époque où les femmes qui mettaient au monde un enfant accouchaient chez elles, et ne se rendaient à l’hôpital qu’en dernier recours.
Autre catégorie de lecteurs qui devraient apprécier ce roman : les lyonnais. En effet, je me dis qu’il doit être agréable de « voir » sa ville, telle qu’était voici un siècle, et de reconnaître certains traits propres à la culture lyonnaise.
Mais… il faut vraiment aimer les romans sanglants. Certaines scènes sont vraiment à la limite du supportable. Ce qui m’indispose, dans les histoires de tueurs en série, quelle que soit l’époque à laquelle elle se passe, ce sont les parties qui leur sont consacrés, les montrant à l’oeuvre, sans fard, sans filtre, avec forces détails. Vous l’aurez compris, je n’éprouve aucune fascination pour ces personnages. Les victimes ne sont pas oubliées, j’ai presque envie de dire « heureusement » parce qu’elles doivent être au coeur du récit. Elles sont les seules personnes, dans ce roman, pour lesquelles j’ai éprouvé de la sympathie, de l’empathie face à leur souffrance.
Non parce que, le trio d’enquêteurs… Bernard m’a semblé assez étrange, rigide dans sa posture jusqu’à l’explosion. Félicien est bien plus ambigü, et ce que l’on découvre de lui au fur et à mesure du récit n’est pas forcément pour (me) plaire. Irina complète le trio. Femme libre, ne reculant devant rien pour écrire ses articles et ainsi percer dans le milieu du journalisme, elle n’a été pour moi qu’un personnage de « femme libérée » de plus, sans que je lui trouve vraiment de profondeur.
Les supplicées du Rhône, un roman à réserver aux amateurs de thriller historique.

Jusqu’à l’os de Bruce DeSilva

Présentation de l’éditeur :

En marge d’une soirée mondaine à Newport, on retrouve un macchabée en smoking en bas d’une falaise. Il s’agirait de Sal Maniella, un ponte du porno à la tête d’un véritable empire : clubs de striptease, sites Internet et studios de tournage. Au même moment, Mulligan doit couvrir pour le Dispatch, le canard régional où il émarge, une affaire de membres humains retrouvés dans la nourriture des cochons sur l’exploitation de Cosmo Scalici, un éleveur qui s’approvisionne en déchets comestibles dans tout l’État de Rhode Island – des membres d’enfants qui plus est. Industrie du sexe d’un côté, business du traitement des déchets de l’autre : au jeu des associations d’idées, Mulligan a vite fait de soupçonner la mafia. Reste à savoir qui, du corrompu ou du corrupteur, est le plus coupable.

Mon avis :

Emprunté hier à la bibliothèque (merci le service de réservation de la bibliothèque de Rouen) et lu dans la foulée. On peut donc dire que j’ai lu à ce jour l’oeuvre intégrale de Bruce DeSilva, dont les romans se déroulent dans l’Etat peu connu du Rhode Island.
Son enquêteur n’est pas un policier, son enquêteur est un journaliste, pas remis de la mort de Rosie, amie d’enfance et pompier de son état – il lui rend visite très fréquemment au cimetière, en un rituel très précis, puisqu’elle était la seule personne à le connaître réellement. Mulligan est empêtré, toujours, avec une ex-future femme qui refuse le divorce tant que ces exigences à elle ne seront pas satisfaites – très vaste programme. Face à ce qu’il découvre, pourtant, c’est presque le cadet de ses soucis, comme une routine – il a personnalisé soigneusement les sonneries de son téléphone portable. Des membres humains, appartenant très certainement à des enfants, ont été retrouvés dans l’exploitation d’un éleveur de cochon. Je vous entends déjà murmurer : rien de tels que des cochons pour se débarrasser d’un corps (liste des romans policiers qui utilisent cette solution à créer, même si c’est peu ragoûtant). D’où viennent ces morceaux de corps ? Difficile à dire puisque l’éleveur s’approvisionne dans tout l’Etat. Même s’il est l’un des plus petits des USA, il est tout de même assez vaste pour que l’identification soit difficile.
Parallèlement, Mulligan doit rédiger d’autres articles, parce que le personnel du journal se réduit comme peau de chagrin, et il devient un peu journaliste à tout faire, tout en cornaquant le fils du patron, surnommé Merci-Papa, en dépit de ses qualités de journaliste, que Mulligan lui reconnaîtra bien volontiers. Voici donc Mulligan en journaliste sportif, en représentant de la rubrique mondaine, en rédacteur de nécrologie parfois fantaisiste, qu’il est immédiatement sommé de corriger. Mais les soirées mondaines ne sont plus ce qu’elles étaient, et un ponte de la pornographie et de la prostitution est assassiné. Et oui, jusqu’à une date récente, la prostitution était parfaitement légale en Rhode Island. Mulligan enquête donc, à nouveau.
Ce qu’il découvre ? Rien de beau. Son cynisme est une forme de protection face aux laideurs de certains êtres humains. Derrière le joli vernis des apparences, le pire peut se cacher. Derrière une personne en qui l’on faisait entièrement confiance, le pire peut également être là. Non, je ne me répète pas, je dis simplement que si Mulligan est pour la justice, s’il peut se laisser aller à des mouvements d’humeur, s’il peut comprendre certaines attitudes, il est des pas qu’il n’est pas près à franchir, et c’est tant mieux, finalement, même s’il en sort plus écorché qu’il ne l’était encore.

Les ombres de Montelupo de Valerio Varesi

éditions Agullo – 310 pages.

Présentation de l’éditeur :

C’est l’automne à Parme. Le commissaire Soneri décide d’échapper à la grisaille de la ville en retournant dans son village natal des Apennins pour des vacances bien méritées. Il se réjouit à l’idée de cueillir des champignons sur les pentes boisées de Montelupo, une activité jadis partagée avec son père. Sur le village isolé règne la famille Rodolfi, producteurs de charcuterie depuis des générations. Le patriarche, Palmiro, mène sa barque d’une main sûre. Mais derrière la réussite, se profile un drame familial : le fils, Paride, a d’autres projets pour son avenir..

Mon avis :

J’ai lu les trois tomes qui mettent en scène le commissaire Soneri, cependant je commence par chroniquer le troisième tome, le dernier lu en date.
Je suis charmée par cet enquêteur que je qualifierai « d’à l’ancienne ». Oui, il y a des meurtres. Oui, ils sont parfois violents, sanglants, parce qu’un assassinat n’est pas un acte anodin. Oui, les détails sont parfois sordides, parce qu’un cadavre et ses blessures sont tout sauf ragoutant et qu’il faut montrer cette réalité de la mort. Mais, l’auteur ne perd pas son temps en se complaisant par le récit circonstancié et détaillé des meurtres, il nous épargne de longues scènes d’autopsie, qui n’apportent rien à l’identification des causes de la mort (une ligne ou deux suffisent, ne l’oublions pas). Soneri agit comme il l’entend, dit ce qu’il pense, poliment, posément, lucide à la fois sur lui-même et sur les autres.
Ces vacances, pour lui, c’était un retour aux sources, dans un village où il a grandi avant que sa famille ne parte pour la ville, pour que sa mère reçoive des soins appropriés. Il est accueilli non pas comme un enfant du pays, mais comme un étranger, un policier étranger à qui l’on ose pas se confier, à qui l’on ne dit surtout pas ce qui se passe. Lui qui n’aspirait qu’au repos et à la cueillette des champignons, il se voit plonger dans une affaire qu’il n’avait pas du tout envie de connaître. Chaque étape de ce récit est un adieu à une partie de son enfance, esquissant une rupture définitive avec son passé. En contrepoint, la voix d’Angela, la femme qu’il aime et désire, qui se montre lucide sur ce qu’il lui dit, sur ce qui se passe aussi.
Le passé… Il est bien présent dans cette enquête, il est, comme souvent, cause de bien des choses : avec le commissaire, nous retournons aux années de guerre, et d’après guerre, à ses clans, ses rivalités, qui ne se sont pas effacés avec le temps et dont les résonances continuent encore. Ils étaient trois, à l’époque. Deux ont choisi l’argent. Le troisième, surnommé le Maquisard, est le seul à avoir mené une vie sans chercher à posséder – et les scènes où il apparaît semblent autant de baroud d’honneur face au destin.
A l’époque de la mondialisation, on oublie comme un village peut parfois être dépendant d’une seule et unique famille, celle qui, créatrice et propriétaire de l’usine locale, donne du travail à tout le monde ou presque. Le seul choix pour garder un peu d’indépendance est de partir – ce que font certains jeunes, ce qu’a fait, en son temps, le père du commissaire.
Il ne s’agit pas tant de montrer les magouilles des industriels, des banques et autres financiers, mais leur impact sur la vie de ces êtres ordinaires, de ce qui se sont crus plus forts, ou qui ont voulu tirer un bénéfice substantiel.
Une enquête qui prend son temps, qui prend le temps d’être racontée. Cela fait du bien.