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Une nuit bleue et profonde de Ch’oe Inho

Présentation de l’éditeur :

La dérive de deux jeunes Coréens à travers la Californie. Au bout du voyage, le blues de ceux qu’avait bercés le rêve américain, et une interrogation profonde sur l’identité coréenne aujourd’hui.

coreelogo3Mon avis :

Ce livre est court – 84 pages. Il n’est pas aussi simple que le laisse entendre le quatrième de couverture. Nous avons deux hommes, pas si jeunes que cela puisque tout deux ont fondé une famille. L’un reste anonyme. L’autre, ancienne star de la chanson en Corée, a vu sa carrière brisée à cause de la sévérité des lois contre les drogues. Il pourrait éventuellement reprendre sa carrière, s’il était encore possible de la reprendre, et s’il en avait l’énergie. Il s’illusionne sur lui-même, sur sa dépendance aussi, sur sa capacité à rebondir, ici ou là-bas. Rêve américain ? Pour qui, ou plutôt pourquoi ? Qu’est-ce qui les pousse à quitter leur pays pour vivre aux Etats-Unis ? Le fait que le pays pour lequel ils se sont battus n’existent plus vraiment ? Le fait qu’ils ont rêvé un pays qui n’existe pas vraiment ? Alors, que se passera-t-il ? Vous le saurez en lisant ce livre.

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Graines de bouddha de Jong Sang Kim

Ma présentation :

Lorsque les bonzes sèment, ils placent trois graines dans chaque trou.
Pourquoi trois ?
Pour partager avec les oiseaux et les insectes.

Mon avis :

Ce qui m’a frappé en découvrant cet album, c’est la qualité des illustrations, leur finesse. Quoi d’étonnant de la part de celui qui illustre la série L’école des chats ? Jamais de gros plan sur les hommes, des plan moyens, des plans d’ensemble, qui replacent les hommes au coeur de la nature, et permet d’en voir les détails. il en est de même pour les leçons qui sont délivrées dans cet album. Elles sont simples, elles devraient être évidentes. Il s’agit d’être attentif à ce qui nous entoure, se rappeler la valeur des choses, et des êtres vivants, valeur qui, l’on s’en doute, n’a rien à voir avec l’argent. Il s’agit de penser aussi à la manière dont l’on veut interagir avec autrui, loin de tout gaspillage.
Lu en bibliothèque, cet album paraît ne plus être édité. J’espère qu’il le sera de nouveau prochainement.

Rêves de liberté de Kim Soyeon

Présentation de l’éditeur :

Quand sa famille commence à parler mariage, Myeong-hye, treize ans, demande à partir étudier à Séoul. Grâce au soutien de son frère, elle obtient l’autorisation de quitter les siens. Très vite, et faisant face aux conventions sociales, elle devient volontaire dans un hôpital pour femmes. Car elle n’a plus qu’un rêve : devenir médecin. Mais le chemin est bien long…

Préambule :

La rentrée littéraire, c’est bien. Je le sais, j’y participe. Prendre le temps de lire et de chroniquer un livre remarquable, c’est bien aussi.

Mon avis :

Il est encore des adolescentes, heureusement, qui rêvent de devenir médecin. Toutes ne souhaitent pas devenir des starlettes de la télé-réalité ! Rêver de devenir médecin, dans les années 20, en Corée était quasiment un rêve impossible. C’est un des sujets du livre, mais pas le seul.

Qu’est-ce que la Corée en 1918 ? Un pays sous la domination japonaise. Envoyer son fils Myeong-kyu étudier au Japon est la réalisation d’un rêve pour le seigneur Song, un signe de modernité aussi, lui qui va bientôt être nommé préfet par l’occupant japonais. Pour ses filles, par contre, c’est une toute autre histoire, et je ne doute pas que le lecteur occidental ne s’étonne du sort qui leur est réservé. Pas d’études secondaires. Mariage à seize ans, dix-huit ans est vraiment un âge limite pour trouver un époux. Pas de prénom pour les filles, ce n’est pas utile. « Bébé » et « petite dernière » sont bien suffisants.  Pas ou peu de soin : les médecins sont rares, les médicaments onéreux, on devient vite un fardeau pour sa famille ou sa belle-famille, sauf si celle-ci est aisée. Madame Anh, la mère de Myeong-kye et de ses soeurs, est, comme toute femme coréenne, entièrement dévouée à sa famille, à son ménage, et a oublié toute volonté face à lui, exprimant les « rêves » d’une mère pour ses filles : « Une femme ne peut espérer mieux qu’épouser un fils de bonne famille, posséder de beaux vêtements, manger des plats délicats et avoir beaucoup d’enfants, affirmait-elle à présent ».

Myeong-hye doit se montrer particulièrement persuasive pour obtenir le droit de faire des études secondaires. Si elle trouve en son frère aîné un adjuvant puissant, elle doit faire face aux réticences, aux oppositions de ses parents. Si les traditions la font bondir, ce n’est pas le cas de sa soeur, qui peut se montrer elle aussi une opposante discrète. Quand j’ai lu certaines pages, et en dépit des différences géographiques, je me suis crue dans un roman de Balzac. Le message est clair : les choses ne peuvent bouger que si l’on veut bien s’en donner la peine. Rien n’est facile, surtout pas la liberté. Certains sont prêts à la sacrifier, ne s’apercevant même pas qu’ils ne la possèdent pas. D’autres paient des conséquences lourdes et durables. Et j’aimerai maintenant trouver un livre qui parle de l’émigration coréenne aux Etats-Unis, un peu comme Certaines n’avaient jamais vu la mer le fait pour l’émigration japonaise.

Rêves de liberté est un livre que je tiens vraiment à faire découvrir et à partager. La collection « matins calmes » des éditions Flammarion contient de belles pépites.

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Le Tapir au pas de velours de Kim Han-Nim

Présentation de l’éditeur :

De tous les animaux de la jungle – qui résonne en permanence du grand concert des rugissements, barrissements, et autres cris de tous ses habitants – le tapir est un des plus mystérieux, et surtout le plus silencieux. Il se déplace sans bruit, sans froisser une feuille ni déranger une fourmi. Un jour une maman tapir traverse la forêt pour offrir à son petit un beau gâteau de boue d’anniversaire. L’expédition manque de tourner au drame….

Mon avis :

J’avais promis un peu de douceur… et bien en voici pour cet album coréen, que j’ai lu à la bibliothèque des Capucins (oui je reste très marquée par les capucins). L’origine de cet album est le fait que l’auteur/illustrateur a un frère zoologue et que grâce à lui, il a pu observer des tapirs et être séduits par leur démarche.

Déjà, j’ai trouvé que l’album était facile à lire : une page de texte, une page d’illustration, ou, si le texte ne comporte qu’une seule phrase, il est clairement distinct du dessin. Celui-ci nous montre une jungle stylisée, qui met en valeur les animaux. Ils apportent peu à peu des touches de couleurs, vives parfois, jamais criardes (le joli vert des crocodiles !) qui ressortent sur le fond, toujours blanc. Un seul dessin peut sembler « laid », comme si un tube de peinture avait exploser sur la feuille. Vous vous doutez bien que c’est volontaire.

Cet album est aussi un conte. On pourrait penser qu’il invite à la discrétion – ce serait simple. Il s’agit plutôt d’inviter à respecter les autres, à prendre soin d’eux, quelles que soient les circonstances.

Un bel album à partager.

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La sorcière et le jardin secret de Kim Jin-Kyeong

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Non, ce n’est pas la couverture. C’est la dédicace de l’auteur au salon du livre 2016.

Présentation de l’éditeur :

Mina, une fillette coréenne qui vit à Paris, et son ami Lucas sont unis par l’amour des chats.
Lucas découvre qu’il y a environ quatre cents ans, un jardin secret aurait été créé dans le bois de Boulogne, protégé par de terrifiantes illusions. Mais quelle est cette jeune femme, habillée de façon bizarre, qui se promène justement dans le bois, en compagnie de deux chats égyptiens ?

Mon avis :

Il est nécessaire, avant de découvrir cette nouvelle série qui se passe à Paris, d’avoir lu les premiers tomes de l’école des chats, pas forcément ceux qui se passent à Angkor, mais le tout premier cycle, de manière à savoir l’importance des personnages de Machen et de Mandragore. Peut-être de jeunes lecteurs pourront apprécier cette lecture sans cela. Pour moi, cela crée tout de même un manque.

Nous sommes à Paris, donc, Mina et Lucas ont inscrit leur chat respectif à un concours de beauté. Si, pour Têté, bleu de russe, cette inscription coule de source, pour Volontaire, chat à poils courts français, cela ne paraît pas si évident – ni pour lui, ni pour Lucas, d’ailleurs. Contrairement à ce que j’ai pu penser, ce ne sera pas le coeur de l’intrigue, non. Nous avons la recherche d’un jardin secret, situé au plein coeur du bois de Boulogne, lequel est entouré de légendes (et assez bien documenté du point de vue historique, avec l’apparition de la reine Margot). Nous avons aussi les complications de santé de la grand-mère de Mina, qui font craindre pour sa vie. Et bien sûr, le plus important peut-être, le coeur de l’intrigue : le conflit entre les chats de cristal et leurs adversaires. Nous avons beau être à Paris, la cruauté d’Apollon ( et je sais que certains associent ce mot spontanément aux chats) fait ses preuves au cours des cent vingt-quatre pages de ce premier tome. Je m demande simplement pourquoi les humains ne se posent pas plus de questions, même si des phénomènes magiques entrent en ligne de compte, les combats à mort ressemblant alors à de simples jeux.

Est-ce parce que nous sommes à Paris ? Les alliés qui apparaissent sont haut en couleur. Et si ce premier tome peut laisser un peu sur sa faim, j’ai tout de même envie de découvrir le second, qui paraîtra en septembre 2016.

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La tour des fourmis de Ch’oe Inho

Edition Actes Sud – 67 pages.

Présentation de l’éditeur :

Ironique et volontaire retournement des choses : un Asiatique s’applique à lui-même le qualificatif de fourmi, dont un européocentrisme dédaigneux affuble si facilement les Extrême-Orientaux. Avec un goût prononcé pour la provocation et le paradoxe, l’auteur pose la question : qui se modèle sur l’autre, l’homme ou la fourmi

Mon avis :

Ce livre est pour moi une grande nouvelle d’inspiration fantastique. La post-face nous donne un éclairage sur ce texte, intéressant, mais, par principe, j’essaie toujours de cerner ma propre vision du texte (et tant pis si certains m’expliquent après que je n’ai rien compris).

Un homme, seul. Un publicitaire, qui doit trouver un slogan pour une nouvelle boisson, un slogan qui définisse la sensation éprouvée en ayant bu cette boisson – travail banal mais épuisant nerveusement pour ce célibataire qui a une vision très utilitaire de la femme, adorant servir l’homme qu’elle vient tout juste de rencontrer. Le célibat n’empêche pas d’avoir des activités en chambre.

Et c’est là qu’une fourmi leur tombe dessus, ou presque, puis deux, puis trois, attirées semble-t-il par le sucre. S’ensuit, en parallèle de son travail, des tentatives pour les chasser de son appartement. il agit le plus souvent seul, il se fait aider une seul fois par la personne chargée de l’entretien de l’immeuble et à chaque fois, il est persuadé d’avoir réussi à les éliminer. Il n’y va pas de main morte, sans aucun état d’âme pour elles et leur organisation. La nouvelle est à ce titre très bien documentée sur leur évolution et leur organisation, et ceci se trouve parfaitement intégré à la narration.

J’ai pensé à Kafka en lisant ce texte, tant la situation du narrateur paraissait insoluble. On pourrait le croire fou, si d’autres personnages n’étaient témoins de cette inexplicable invasion. Le lecteur, lui, peut se demander le sens de celle-ci, surtout que le personnage principal compare les coréens qui habitent dans les immeubles voisins à des fourmis, et leur logement aux galeries que creusent les insectes. Volonté de se réapproprier un cliché européen ? Montrer l’indifférence de ses contemporains envers ce qui peut dérégler leur organisation ainsi que leur caractère asexué ? Evolution ou régression des humains ? Plusieurs pistes s’offrent au lecteur, à lui  de les explorer.

Je veux juste vivre de Yeonmi Park

Préambule :

J’entends, depuis des années, des personnes qui disent qu’elles vont quitter la France si jamais… au cas où…. je vous laisse compléter la phrase. Quitter la France et aller dans un autre pays européen est facile. Quitter la Corée du Nord, comme l’a fait l’auteur et sa mère est tout sauf facile.

Merci à Netgalley et aux éditions Kero pour ce partenariat.

Mon avis :

J’ai éprouvé la honte des survivants, la honte de ceux qui s’en sortent quand tant de leurs proches meurent ou restent prisonniers d’une situation infernale. 

Ce témoignage est l’un des rares qui soit publié en France sur la Corée du Nord, et sur ceux qui ont réussi à fuir le pays. Ce livre se découpe en trois parties, Corée du Nord, Chine et Corée du Sud, parce que, pour bien comprendre les raisons de la fuite de Yeonmi, de sa mère, et, un peu plus tôt, de sa soeur aînée, il faut connaître les conditions de vie en Corée du Nord. Elles sont inimaginables vues de France, puisqu’elles font penser à la fois au moyen-âge et aux heures noires de la guerre. Je dis « moyen-âge » parce que nous n’avons plus, en France, de famines depuis longtemps, de difficultés à faire soigner une maladie bénigne, ou d’unité pour accueillir un enfant prématuré. Nous ne pourrions nous passer d’électricité, et je ne parle pas seulement de coupures ponctuelles qui peuvent arriver en cas de tempête. Je parle des « heures noires de la guerre » parce que chaque coréen vit dans la crainte d’être écouté, dénoncé, trahi, pour une broutille, une parole prononcée sans réfléchir. Il en faut peu pour jeter une famille entière dans l’opprobre. Il est impossible de remonter la pente.

Le désir de partir devient alors logique, évident. Ce que Yeonmi Park nous raconte ensuite est tout aussi pénible, inimaginable, de ce trafic d’être humain qui se fait dans l’indifférence générale. Dans son récit, elle nomme ce qui leur est arrivé, à elle et à sa mère, mais elle n’emploie jamais de termes crues, les situations sont en elles-mêmes suffisamment choquantes sans qu’il soit besoin d’en ajouter.

Puis, vient la Corée du Sud – et pas en un jour, nous ne sommes pas dans un film ou une série télévisée. Terre promise ? Paradis ? Les épreuves ne sont pas finies et si Yeonmi nous conte les siennes, elle passe volontairement sous silence celles vécues par sa soeur. Il a fallu s’adapter à ces conditions de vie, pas si différentes des nôtres (voir l’abondance des émissions de télé-réalité, l’omniprésence du bruit, les moyens de communication) et aussi, à la liberté.

Je voulais juste vivre est un livre accessible pour tous ceux qui veulent en savoir plus sur la Corée.

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