Archive | janvier 2019

Sherlock, Lupin et moi, tome 6 : les ombres de la Seine

édition Albin Michel – 250 pages

Présentation de l’éditeur :

Automne 1871. La guerre contre la Prusse est enfin finie, et Irene et sa famille retrouvent avec bonheur leur appartement parisien. Évidemment, c’est aussi l’occasion pour la jeune fille de retrouver ses deux acolytes, Arsène Lupin et Sherlock Holmes.
Le trio d’enquêteurs se reforme vite, un nouveau mystère les attend. Le cousin d’Arsène, Fabien d’Andrésy vient de se volatiliser, après, semble-t-il, une sortie dans les bas-fonds parisiens.
Essayant de glaner quelques informations dans une taverne mal famée, les trois amis se retrouvent au coeur d’une guerre entre bandes rivales. Les retrouvailles promettent d’être mouvementées.

Mon avis :

La guerre est finie ! Non, pas les guerres auxquelles l’on fait le plus souvent référence, non, une petite guerre oubliée, qui ne dura qu’un an, qui opposa la France et l’Allemagne, et qui en engendra deux autres. La guerre de 70 est finie, et le père d’Irene lui a fait une surprise : rentrer à Paris ! Ce n’est peut-être pas définitif, Léopold Adler se donne une semaine pour voir si la capitale de la France est toujours habitable ou s’il est nécessaire de retourner à Evreux. Bref, tout semble aller plutôt bien pour Irene, surtout qu’elle pense avoir l’occasion de rencontrer plus souvent Sophie, sa mère biologique, et, qui sait ? d’en savoir un peu plus sur les raisons qui l’ont poussé à abandonner sa fille.
Le sort en décide autrement, et le sort, c’est la disparition d’Arsène Lupin ! Oui, après un charmant diner passé chez les Adler, avec Sherlock et Mycroft en prime, Arsène a disparu, au point d’inquiéter son père, qui s’ouvre alors aux Adler. Appeler la police n’est pas possible, d’une part parce que les activités de Théophraste Lupin sont peu compatibles avec une visite chez les policiers, de l’autre, il ne tient pas à ce que la mère d’Arsène, qui reproche à son père la vie qu’il mène, soit au courant et veuille que son fils vienne habiter avec elle. Par conséquent, il ne reste que la possibilité d’une enquête privée, avec l’aide d’Irène, de Sherlock, et d’Horatio, le majordome qui ne jouera plus simplement les auxiliaires de l’ombre.
Ce sixième tome est vraiment très réussi. Très. Il est un roman de littérature jeunesse qui n’a pas peur de montrer des faits irréversibles, des faits qui ne sont pas accidentels. Les bas-fonds parisiens n’ont rien à envier aux bas-fonds londoniens, si ce n’est qu’en ces temps d’après-guerre, ils sont encore plus agités. Des âmes charitables et bien nées font, et bien font la charité, c’est merveilleux. Le problème de la charité, c’est qu’elle ne peut suppléer à la justice, qui manque cruellement. Le fossé qui sépare les indigents des riches donateurs, des riches bénévoles est plus que jamais visibles, palpables, même si l’on passe une journée à éplucher des patates, même si on leur rend visite – ou pas : on finit toujours par rentrer chez soi, s’asseoir à une bonne table, manger un bon repas, dormir dans un bon lit. L’écriture rétroactive et réussie du roman montre aussi les petits faits, extrêmement banals, qui ont eu des conséquences imprévues, imprévisibles, et marquent une rupture – pas forcément celle que le lecteur attendait depuis le début de cette série.
Un exemple parfait de roman de littérature jeunesse réussi.

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Un intérêt particulier pour les morts d’Ann Granger

édition 10/18 – 378 pages.

Présentation de l’éditeur :

Nous sommes en 1864 et Lizzie Martin accepte un poste de dame de compagnie à Londres auprès d’une riche veuve qui est aussi une propriétaire de taudis.
Lizzie est intriguée d’apprendre que la précédente dame de compagnie a disparu, apparemment après s’être enfuie avec un inconnu.
Mais quand le corps de la jeune fille est retrouvée dans les décombres de l’un des bidonvilles démolis récemment autour de la nouvelle gare de St Pancras, Lizzie commence à se demander ce qui s’est passé.
Elle renoue avec un ami d’enfance, devenu l’inspecteur Benjamin Ross, et commence à enquêter avec son aide, au péril de sa vie, pour découvrir la vérité sur la mort de la jeune fille dont le sort semble étroitement lié au sien.

Mon avis :

Oui, j’ai lu la série quasiment à l’envers (il me reste encore le tome 2 à lire) mais cela ne m’a pas posé de difficultés majeures. J’ai fait la même chose avec une série plus conséquente, celle qui met en scène Thomas et Charlotte Pitt.
Nous découvrons donc Lizzie Martin, 29 ans, orpheline, qui vient à Londres pour devenir dame de compagnie de sa tante – en fait, la veuve de son parrain. Lizzie avait un père, médecin, aimant et philanthrope. Seulement, il est mort à 57 ans, et il n’a pas pensé à mettre sa fille à l’abri du besoin. A vrai dire, il n’a même pas pensé qu’il était temps qu’elle se marie ! Un père aimant, oui, mais qui n’a pas toujours su tenir les bonnes résolutions qu’il avait prises, et qui a montré à sa fille qu’un petit mensonge fait moins de mal que la vérité. Sauf que la gamine n’a pas été dupe et qu’elle est entrée dans le jeu de son père. De quoi remettre en cause bien d’autres choses.
Le malheur des uns fait le bonheur des autres : c’est parce que la précédente dame de compagnie de sa tante s’est enfuie avec un homme que celle-ci a pu accueillir Lizzie. Las ! L’arrivée de la jeune femme coïncide avec la découverte d’un corps – celui de Madeleine. La jeune femme n’est pas mort de causes naturelles, sauf à considérer l’assassinat comme tel.
L’inspecteur qui enquête, vous l’aurez compris, c’est Ben Ross, qui n’a pas encore la part belle qu’il aura dans les tomes suivants. Il n’est pas apprécié parce qu’il est policier ? Il n’en a rien à faire. On veut l’empêcher d’enquêter ? Il n’en a rien à faire non plus, il va au bout des choses – parce qu’il n’a pas oublié sa jeunesse, et la chance que lui a donné le docteur Martin d’étudier. Comme souvent dans les romans policiers historiques anglais, nous faisons une incursion dans tout ce que la bonne société de l’époque ne veut surtout pas voir. Il existe des classes sociales, il n’est pas question que les plus riches se préoccupent des plus pauvres.
Le tome 2 ? Prochainement !

Sur le ciel effondré de Colin Niel

édition du Rouergue – 512

Présentation du roman :

En raison de sa conduite héroïque lors d’un attentat en métropole, l’adjudante Angélique Blakaman a obtenu un poste à Maripasoula, dans le Haut-Maroni, là où elle a grandi, côtoyant le peuple des Wayanas. Alors qu’un jeune garçon disparaît, elle mène l’enquête avec le capitaine Anato dans ce territoire amérindien que se disputent âprement orpailleurs et évangélistes.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier la bibliothèque de Rouen. On ne pense pas assez au travail des bibliothécaires, et leur capacité à supporter les grands lecteurs tels que moi.
La mission qui m’avait été confiée – et je l’ai acceptée – était de lire ce livre en deux jours. Je l’ai fait. Je ne le regrette pas, et je pense que tous ceux qui ont aimé les trois précédents volumes aimeront ce quatrième tome, qui nous montre le capitaine Anato toujours au prise avec ce qui le tourmentait à la fin du tome 3 – et pourtant, il aura fait maintes tentatives pour s’en défaire.
Alors, plutôt qu’une énorme analyse dans laquelle je vous parlerai de la construction géniale du récit, où je n’omettrai pas de vous parler du portrait de la société guyanaise que nous dresse l’auteur, de tous les laissez-pour-compte de la république française que nous y croiserons, de tous les désespérés, de tous ceux qui essaient de s’en sortir malgré tout, par des moyens qui ne sont pas toujours très légaux, de toutes les petites rivalités qui bouffent la vie et finissent par la prendre, de ceux qui aimeraient juste vivre tranquillement et qui ne le peuvent pas, de toutes les apparences qu’il faudra traverser pour parvenir à la vérité, de toutes les amours ratés, de toutes les retrouvailles ratées, non, je ne vous parlerai pas de tout cela. Je vous dirai d’avoir confiance. Je vous dirai que dans une société où la désespérance est le lot quotidien, où le suicide des jeunes est beaucoup trop fréquent, où les secrets de famille et les non dits empoisonne, je vous dirai qu’il est des personnes qui osent être elles-mêmes, même si pour cela il faut prendre un chemin de traverse. Oui, même environné du pire, le meilleur peut venir.

PS : oui, j’ai mis mes deux logos, parce que je ne me voyais pas en choisir un seul pour ce livre que j’ai adoré.

Missing : Germany de Don Winslow

Présentation de l’éditeur :

En Irak, Charles Sprague a sauvé la vie de Frank Decker. Aujourd’hui, l’heure est venue pour Frank de prouver sa reconnaissance : Kim, la superbe, la parfaite épouse de Charles, s’est volatilisée dans un luxueux centre commercial de Miami. La spécialité de Frank, c’est de retrouver les personnes disparues.

Mon avis :

J’aime quand j’entends une voix. Oui, quand j’ai lu les premières lignes de Missing : Germany, j’ai entendu la voix du personnage qui me parlait, une voix qui coulait de source, sans afféterie, sans effet de manche, bref, quelqu’un de proche qui nous raconte son histoire, ce qui ne veut absolument pas dire que l’auteur se croit obligé d’utiliser une syntaxe relâchée. Non, l’oralité n’a rien à voir avec le n’importe quoi, et je conseillerai fortement la lecture de n’importe quel roman de Don Winslow à certains auteurs pour le leur faire comprendre.
Nous retrouvons Frank Decker, le héros de Missing : New York. Egal à lui même, il a refusé toutes les propositions qui lui ont été faites, il était hors de question pour lui d’être la vitrine ou la caution morale d’une société quelconque. En revanche, il est un appel qu’il ne peut ignorer, celui de son ami Charles, qui lui a sauvé la vie en Irak : quand on a fait la guerre ensemble, quand on a été marines ensemble, on est unis pour la vie ! Aussi, quand Charles l’appelle parce que Kim, son épouse adorée, n’est pas rentrée du centre commercial, il arrive aussitôt ! Rien, absolument rien, aussi reste-t-il auprès de Charles pour prévenir la police et guider son ami dans les méandres d’une enquête qui ne fait que commencer. En effet, en cas de disparition, le premier suspect est toujours le mari, toujours. Surtout s’il est riche. Le contrecoup est que le riche mari peut se permettre de financer les recherches de son ami Frank, lui qui s’était juré, à la fin du tome précédent, d’aider les personnes qui disparaissant.
Son enquête le mènera loin, très loin, sur des chemins qu’il n’aurait pas aimé emprunté – celui de son passé. Pour résoudre les mystères du présent, toujours aller chercher dans le passé, et c’est à nouveau le portrait d’une Amérique que l’on voit pas tant que cela qui nous est dressé – pas tant celle des laissez-pour-compte, non, celle des extrémistes ordinaires, prompts à juger ceux qu’ils ont eux-mêmes amené à sortir de « leur » droit chemin.
Dans cette enquête, Frank trouvera beaucoup – de quoi donner une nouvelle impulsion à ce qui est son « oeuvre ». Il perdra aussi énormément. Mais ce second roman le mettant en scène est aussi passionnant que le premier.
Don Winslow, un auteur que vous aurez peut-être la chance de découvrir cette année.

Jeune fille modèle de Grace Ly

Présentation de l’éditeur :

Chi Chi est une jeune fille comme les autres.Sauf qu’elle ne ressemble pas du tout aux posters des magazines. Et que le principal du Lycée écorche son nom quand il fait l’appel.Chi Chi aurait préféré s’appeler Marie, Isabelle ou Sophie. D’ailleurs, Ama dit qu’elle est une « banane » : jaune à l’extérieur et blanche à l’intérieur.Chi Chi a grandi dans le Treizième qu’elle arpente chaque soir pour livrer les plats du restaurant familial L’Extrême-Orient. Elle a l’impression de vivre dans un cliché, parle mal sa langue maternelle, et l’Asie lui semble une terre exotique, même si elle est rompue aux traditions du Nouvel An Lunaire.Quand Ama lui dit : « Nous sommes des Chinois du Cambodge », elle ne trouve pas la région correspondante sur la mappemonde, ni son histoire tragique dans ses livres scolaires. Premier roman qui donne la parole à une enfant de la seconde génération des Asiatiques de France, sur laquelle plane l’ombre d’exils douloureux, Jeune fille modèle met en scène la palette d’expériences liées à la double culture. Grace Ly vit à Paris. Jeune fille modèle est son premier roman.

Merci aux édition Fayard, à ses attachées de presse et à l’autrice pour ce partenariat.

Mon avis :

Quand j’ai ouvert ce livre, j’ai découvert qu’il était placé sous l’égide de Faïza Guène, ce qui est pour moi une très bonne nouvelle puisque j’aime beaucoup cette autrice.
Ce premier roman aux courts chapitres, un peu comme des articles de blog, nous fait découvrir le monde de Chi Chi, une adolescente qui voudrait être comme les autres. Elle a une double culture, ce qu’elle ne considère pas comme une chance, entre rejet des traditions et difficultés à s’intégrer dans un établissement prestigieux. Il faut dire qu’aux yeux de certains, toutes les cultures ne se valent pas – dissimulant sous une bonne couche de bienveillance un bon vieux racisme.
Au fur et à mesure que les pages se tournent, assez facilement il faut bien le dire tant l’écriture est agréable à lire, nous découvrons le parcours de Chi Chi vers la réconciliation avec les siens, avec qui elle est, et aussi la découverte du parcours de sa famille. Les mots, elle les avait bien entendus avant, pourtant, elle était loin d’avoir approfondi tout ce qu’ils recouvraient – ou comment, finalement, redécouvrir l’importance de ses racines.
L’élément déclencheur, c’est un choc, au beau milieu du livre, un événement qui lui impose de reconsidérer ce qu’elle a vécu, et aussi de poursuivre tout ce qui a été entrepris avant. Il lui permet aussi de mesurer la solidité de sa famille, jusqu’au bout de chaque branche, de chaque bourgeon.
Un livre pour aller au-delà des clichés.

Missing : New York de Don Winslow

Présentation de l’éditeur :

Frank Decker, sergent de police à Lincoln, Nebraska, capte sur sa radio de service un « Code 64 », soit un avis de disparition : Hansen, Hailey Marie. Afro-américaine. Âgée de cinq ans. Un mètre six. Seize kilos huit. Cheveux bruns, yeux verts.
Personne n’a rien vu, rien remarqué, rien entendu.
Près de la moitié des enfants assassinés par leur ravisseur sont tués dans l’heure qui suit leur enlèvement et Decker sait juste que Hailey s’est volatilisée avec Magique, son petit cheval en plastique.
Fouilles et interrogatoires, brigade cynophile, battues avec l’aide des flics des comtés voisins : la police fait de son mieux.
Jusqu’à un certain point. Car personne ne l’admet, mais on remue ciel et terre pour retrouver les petites filles blondes, pas les enfants métis de mère modeste et alcoolique.
C’est alors que Decker donne sa démission, fait son sac et part sur les routes à la recherche de Hailey.
Une quête désespérée et solitaire de plusieurs mois, de motels en stations-service, jusqu’à New York et son annexe pour VIP, les Hamptons.
Et là, tout bascule…

Mon avis :

Il est une phrase que je répète souvent. Si vous êtes fan de cet auteur, vous connaissez déjà ce roman, et vous n’aurez que faire de mon avis. Si vous ne l’êtes pas, ce sera peut-être pour vous de découvrir cet auteur qui, à mes yeux, se renouvèle sans cesse, peu importe où il nous entraîne.
Là, nous sommes dans le Nebraska, et Frank Decker est un bon flic. La disparition d’un enfant ? Insupportable. Aucune piste, rien. Puis, il faut bien le dire : si elle avait été blonde aux yeux bleus, née dans une famille des plus traditionnelles, les médias auraient pu être émus. Là… une enfant métis… sans père… de mère pauvre, célibataire, buvant un peu beaucoup… Ce n’est pas un sujet intéressant. Je sais très bien que certaines personnes, vivant au pays des Bisounours, sont outrés de ce que je viens d’écrire, qui n’est jamais que le reflet de ce que Don Winslow lui-même écrit, et se trouve une vérité… statistique.
Frank est un obsessionnel, et lui n’accepte pas. Tant pis pour son travail, tant pis pour sa femme, il envoie tout valser parce qu’il veut retrouver cette petite fille. Il ne le fera ni en un jour, ni en une semaine, dépassant les délais les plus optimistes. Il s’acharne, il suit les pistes qui se présentent à lui – parce qu’il est rare de trouver une piste qui ressemble à quelque chose, véritablement, d’avoir un témoin qui a vu quelque chose d’intéressant, même si aux yeux de certaines personnes, cela peut paraître insignifiant.
Cette enquête l’emmène loin du Nebraska, il est vrai, et à New York, c’est à un monde très artificiel qu’il a à faire, celui de la mode et de la prostitution de luxe. Decker a toujours un certain détachement face à ce qu’il voit, ce qui lui permet de mener son enquête en toute lucidité, sans se laisser entraîner sur une pente dangereuse. Trouver la vérité, y laisser des plumes, se faire menacer, blesser, oui. Se laisser corrompre, non. Renoncer alors qu’il sait qu’il touche au but, non plus. Mais faire des concessions pour que des enfants puissent vivre sereinement, oui.
Le début d’une série… la suite bientôt !

La lettre d’amour interdite de Lucinda Riley

Présentation de l’éditeur

Un amour interdit, un dangereux secret et une histoire qui se répète…
1995, Londres.
L’année ne pourrait pas plus mal commencer pour Joanna Haslam, jeune et brillante journaliste londonienne. Non seulement elle vient d’être abandonnée par l’homme au côté duquel elle pensait passer le reste de sa vie, mais elle est tirée du lit par son patron pour aller couvrir les funérailles de sir James Harrison, monstre sacré du cinéma britannique, qui vient de s’éteindre à l’âge vénérable de 95 ans. Un reportage mondain qui a peu de chance de lancer sa carrière…
Et pourtant, sous le luxe et le glamour qui entourent la dynastie Harrison, Joanna ne tarde pas à remonter la piste d’un secret. Déterminée à lever le voile sur plus de soixante-dix ans de mensonges et de mystère, la jeune femme comprend qu’elle est devenue la cible de personnes haut placées, prêtes à tout pour empêcher la vérité d’éclater. Marcus Harrison, le charismatique – et très troublant – petit-fils du grand acteur, sera-t-il un allié ou un ennemi dans cette quête de vérité ?

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier le forum Partage-Lecture et les éditions Charleston pour ce partenariat.
Romance ? Polar ? Roman historique ? Roman d’espionnage ? Un peu tout cela à la fois. Il est en tout cas un livre étonnant jusqu’à la dernière page, ce qui prouve que l’autrice sait vraiment construire son intrigue dans la durée.
Le début est assez classique pourtant. Une jeune journaliste vient de se faire plaquer par son compagnon, et doit couvrir un sujet d’actualité mondaine, qui ne peut pas vraiment lui permettre de se démarquer des autres journalistes qui seront présents à l’enterrement de ce monstre sacré qu’est sir James Harrisson. Elle fait une rencontre. Non, pas un beau jeune homme riche et musclé. Une vieille dame, Rose, qui mourra peu après et lui fera transmettre une lettre de manière posthume. Joanna n’est pas journaliste pour rien et enquête, surtout quand elle se rend compte que Rose est bien plus mystérieuse, jusque dans sa mort, qu’elle ne le pensait.
Enquêter, oui, mais comment ? En commençant par ce qui a été l’élément déclencheur, à savoir l’enterrement de sir James. Joanna se retrouve face à une dynastie cinématographique : le fils est un réalisateur reconnu, la petite fille une comédienne en pleine ascension bien qu’elle soit mère célibataire, et le petit-fils, eh bien, est un producteur fauché qui doit encore faire ses preuves, doublé d’un séducteur impénitent. Et c’est ce dernier qui va l’aider, involontairement d’abord, de son plein gré ensuite.
L’intrigue serait bien différente si elle n’était pas située dans les années 90 : les réseaux sociaux, les tests ADN – l’autrice le justifie bien dans sa préface – et une société prompte à voir des complots partout la modifieraient considérablement. Elle résonne d’ailleurs curieusement, au vue de l’actualité mondaine – au vue, également, de tout ce qui a pu se passer dans ce domaine en Europe. Les titres des parties empruntent d’ailleurs au stratégie du jeu d’échecs (auquel je ne connais rien – volontairement) parce que, très vite, ce n’est plus à une simple investigation journalistique pour lever les secrets d’un monstre sacré que nous assistons mais à une lutte où les armes ne sont pas vraiment égales et où les enjeux ne sont pas du tout les mêmes selon le point de vue des différents protagonistes.
J’ai parlé de roman d’espionnage au début de mon avis, et si les membres du MI5 ne se désigneraient pas comme des espions, ils doivent pourtant se plier aux ordres – l’Angleterre avant tout, tout le reste après, c’est aussi simple que cela même si l’on est en droit, nous lecteurs, de voir les choses bien autrement qu’eux. Cela nous amène tout de même à nous demander jusqu’où l’on peut aller pour garder un secret – sachant qu’un secret entraîne, sur la durée, la création d’autres secrets, on ne s’en sort pas !
Et si, finalement, la lettre d’amour interdite était avant tout une histoire de famille ? Celle que l’on a, celle que l’on veut créer, celle que l’on veut protéger, celle dont on veut se montrer digne. Ce qui est sûr, c’est que ce roman est absolument passionnant.