Archive | mai 2021

Hercule, Chat Policier : Gare au Loup ! de Christian Grenier

Présentation de l’éditeur :

Des moutons de Polo, le berger, ont disparu. On accuse un loup mais la garde-chasse affirme que personne n’en a jamais vu dans la région. Pour éclairer ce mystère, Hercule décide de surveiller le troupeau une nuit entière…

Mon avis :

Que dire pour ne pas trop en dire ?

Hercule est un chat policier, et cette fois-ci, alors que les jumelles Albane et Joyeuse sont en vacances (on ne verra pas leurs célèbres parents, je le dis pour les fans) chez Germain, Polo, un berger, vient voir le commissaire à la retraite parce que trois brebis ont disparu. Il en est sûr, le loup est responsable. Ben voyons ! Je trouve d’entrée de jeu que le loup a bon dos, et je ne pense pas être la seule. La garde-chasse prend néanmoins les choses au sérieux, c’est son métier, tout en modérant les frayeurs des jumelles et celles du berger. Oui, elle connaît bien le loup, et ses connaissances seront fort utiles pour le déroulement de l’enquête.

Hercule, le pauvre, devra tout faire ou presque, comme d’habitude. A croire que certains humains ne sont pas attentifs ! Et pourtant, Germain ne manque pas de flair, ni de lucidité, lui qui rappelle aux jumelles, qui s’émeuvent de la mort des brebis et des agneaux, que les escalopes de veau qu’elles ont mangé le midi ne sont pas arrivées toutes seules dans leur assiette. Il (et l’auteur avec lui) a le courage de rappeler que les requins ne sont pas de dangereux prédateurs, que leurs victimes sont avant tout des surfeurs et des nageurs qui n’ont pas respecté les consignes de sécurité (lire une des chroniques de Charb à ce sujet) et que le plus grand prédateur du monde, c’est l’homme. Tant pis si cette position déplait : elle me convient parfaitement, et les chiffres sont là pour appuyer ses propos.

Nous verrons des loups pourtant – en enclos, nourris par les soigneurs, vus par des centaines de visiteurs. Nous verrons surtout qui est véritablement coupable de la disparition et de la mort de ses brebis. « Parce que », comme le dit Hercule  » dans cette histoire, les plus nuls sont encore et toujours les humains.  »

 

 

Blacksad, Tome 4 : L’enfer, le silence de Juan Díaz Canales et Juanjo Guarnido

Présentation de l’éditeur :

Années 1950, La Nouvelle-Orléans, où la fête de Mardi gras bat son plein. Grâce à Weekly, un producteur de jazz dénommé Faust fait la connaissance de Blacksad. Faust demande à ce dernier de s occuper d une affaire : un de ses musiciens, le pianiste Sebastian, a disparu. Il n a pas donné signe de vie depuis des mois, mettant en péril le label musical privé d une star. Faust craint que Sebastian ait, une fois de trop, sombré dans la drogue. Sa requête est d autant plus pressante que Faust se sait atteint d un cancer. John accepte la mission et découvre peu à peu que Faust ne lui a pas tout dit. Il s aperçoit qu il est lui-même manipulé, mais décide tout de même de retrouver Sebastian pour comprendre les raisons de sa disparition. Il ne sait pas encore qu il va connaître son enquête la plus éprouvante, à plus d un égard.

Mon avis :

Une relecture, pour clôturer pour moi ce mois espagol et sud-américain, le 50e billet de ce mois.

Le titre est une référence à la formule de Sartre : « L’enfer, c’est les autres », et John Blacksad nous démontre dès la première planche de la BD que pour lui, l’enfer, c’est un endroit sans bruit et sans ses amis. Weekly est bien d’accord, lui qui regarde une belle panthère faire son numéro sur scène. las ! Leur client n’est pas là, enfin, celui qui devait leur présenter une affaire. Faust, celui qui a l’habitude de visiter ses musiciens en prison (cela aurait-il un lien avec leurs couleurs de peau ?) veut que Blacksad retrouve un de ses musiciens, un pianiste de génie, perdu de  vue depuis un mois, et peut-être perdu dans l’enfer de la drogue.

S’il est un mot pour qualifier cette série de BD, c’est le mot « chef d’oeuvre ». J’ai adoré ce tome, qui nous plonge dans la Nouvelle Orléans au temps où la frénésie du jazz envahissait la ville et la Nouvelle-Orléans est une ville que j’aime particulièrement, avec son ambiance poisseuse, déroutante (je vous conseille d’ailleurs la série Treme, si vous ne l’avez déjà vue). Les dessins sont toujours aussi magnifiques (j’ai lu tous les autres tomes, et je cherche encore où j’ai rangé le 5 depuis le déménagement de 2014 )et nous plonge dans la liesse populaire de Mardi gras, ou dans le dénuement le plus absolu (la maison de Hannah, pour ne citer que ces planches poignantes).

Blacksad est égal à lui même, c’est à dire humain, très humain, et près à aller jusqu’au bout de son enquête quitte à découvrir le pire dont l’être humain est capable. Il a beau y avoir déjà été confronté dans les trois tomes précédents, il ne s’habitue pas à ce que je qualifie d’horreur humaine ordinaire. Ce n’est pas peu dire, croyez-moi, et c’est pourtant tristement banal. La vie de John est mise en danger, tant ce qu’il a découvert est particulièrement explosif – pour tous. Les retours en arrière sont parfois un peu déroutants, ils nous permettent pourtant d’en savoir plus sur ce qui a entraîné la tragédie actuelle.

Un superbe volume des aventures d’un superbe chat noir et de son ange gardien- un double album est prévu pour l’automne.

Une citation pour terminer, qui fait référence à un moment-clef du récit :

– Est ce qu’il existe un seul félin qui aime l’eau ?
– En tout cas, on dirait que tu as une étrange tendance à t’y laisser tomber.
– Nous nous connaissons ?
– Peut être bien. Après tout, nous sommes des chats tous les deux. Nous avons dû nous croiser dans l’une de nos neuf vies.

J’ajoute cette seconde citation :

Dans ce boulot, la logique est plus utile que n’importe quelle arme à feu.

Ecrire ici – mai 2021

Bonjour

D’habitude, quand je publie un texte dit « d’écriture », c’est plutôt sur le blog de Nunzi. J’ai eu envie de poursuivre cette histoire, que j’écris depuis presque trois ans maintenant, avec de très longues pauses, ici. Ce n’est pas tant que je pense terminer bientôt. Disons plutôt que les événements félins ont été tellement compliqués depuis quelques jours que je préfère écrire ici (en espérant que mes chats se décident enfin à arrêter leur comportement bizarre).

Je note d’ailleurs que je n’ai pas vraiment touché à ce texte cette année.

J’y ai pensé hier, j’avais une bonne accroche pour écrire la suite, et puis Loulou s’est coincé à l’arrière de la boite à gants de ma voiture, ce qui fait que je n’ai rien écrit hier soir – sauf pour raconter l’Odyssée qui finit bien de Loulou.

Pourquoi n’avoir pas écrit ?

Mon texte est un roman, donc les personnages n’existent pas. Je n’ai pas à craindre, comme certains auteurs le disent, que mes personnages viennent frapper à la porte de mon esprit, exigeant que je termine leur histoire. Je crois que mes personnages exigeraient plutôt que je leur fiche une paix royale.

Cependant…. je tente la suite quand même.

Le décor ? La route que j’ai prise hier pour revenir du vétérinaire.

Au volant, Percy McKellen, la soixantaine, et Alexandre Lebrun, écrivain de son état.
Ils se rendent sur les lieux où l’histoire qu’Alexandre écrit a eu lieu.

« – Je n’aime pas me mettre dans une de mes histoires. Je trouve cela très prétentieux. Les auteurs qui s’interrogent : « ai-je ou non le droit d’écrire ceci, ou d’écrire cela ? » Tu es gentil, tu t’interroges, et après tu passes à l’acte – ou pas. J’ai tout de même ces deux histoires, celle d’Emma et du choc qui a causé sa mort en 1940, et celle de Julita. Vous croyez vraiment, Percy, que l’on pouvait vivre en ayant quasiment aucune interaction sociale en 1940 ?
– Oui. Je prends l’exemple pour l’Ecosse – en dehors de quelques proches, mes parents ne fréquentaient pas grand monde, et la gestion du domaine, des moutons, ne demandait pas de rencontrer des centaines de personnes.
– Pour Julita, j’ai des scrupules. Surtout que j’ai trouvé une solution dans le roman d’un collègue.
– Ah ?
– Julita morte, une de ses amies fait faire des faux papiers à son nom, et part en Angleterre pour vivre à la place de son amie la vie qu’elle n’aurait pas pu vivre.
– Vous avez des preuves que Julita voulait vivre en Angleterre ?
– Non.
– Vous avez une idée de l’identité de l’amie ? Julita restait à la maison avec sa mère et sa soeur, elles faisaient des travaux de couture à domicile. Mis à part au lavoir ou au marché, je ne vois pas trop où elle pouvait rencontrer des amies.
– Ou alors, quelqu’un qui aurait appris son décès par hasard et s’en serait servi pour fabriquer des papiers.
– Reste un écueil, et de tailles : Anna, la soeur de Julita. Elle a correspondu avec sa pseudo soeur pendant un demi-siècle tout en mettant des fleurs sur la tombe de sa soeur – tombe qu’elle a caché à sa descendance jusqu’à sa propre mort et qu’elle laisse comme instruction d’être enterrée avec sa soeur. Alors à qui Anna tenait tant pour lui laisser prendre l’identité de sa soeur ?
– Peut-être avait-elle deux soeurs qui avaient des prénoms approchant et l’on est parti sur une fausse piste depuis le début ?
– Non. L’état civil est formel, les recensements sont formels, une seule soeur nommée Julita, morte à 20 ans, chez ses parents, alors qu’elle était couturière.
– Et qui dit que cette Julita anglaise a réllement existé ?
– Je ne pense pas que les lettres se postaient toutes seules… ni ne s’écrivaient toutes seules.
– Et la mort de Renée Flagrier ?
Alexandre Lebrun frissonna. Inventer une histoire, c’était bien. Découvrir qu’Emma, qu’il avait cru avoir inventé, avait réellement existé, et déroulé le fil de ses liens amicaux, familiaux, puis tomber sur les faits divers de ces années-là…. C’était trop pour lui.

 

Mariette et le spectacle équestre d’Anaïs Sautier

Présentation de l’éditeur :

Pour l’anniversaire du roi Louis XIV, un grand spectacle équestre doit être organisé à Versailles à initiative de son petit-fils, le petit Dauphin. Mariette décide de conduire son frère Pierrot à l’audition des danseurs. Sans surprise, le garçon est recruté sur le champ grâce à son talent. Mais Mr le Grand, grand écuyer du roi et ennemi de Mariette, a repéré son jumeau à l’audition et suggère au petit Dauphin une perfidie : pour amuser le roi, il faudra demander à Pierrot de danser debout, sur un cheval au galop !

Mon avis :

Dans ce troisième tome, nous voyons les jumeaux (enfin) réunis. Pierrot est guéri de la chute qu’il a faite dans le tome 1, ou plutôt, son bras est guéri. Mariette profite donc de sa visite chez sa tante Jeanne pour :
– leur apporter de la nourriture ;
– prévenir Pierrot que des auditions auront bientôt lieu à Versailles. Etre proche du petit Dauphin a des avantages.
Bref, pour une fois, tout semble aller bien dans la vie de Mariette, si ce n’est qu’elle est lucide. Sa tante ne parvient pas, même en économisant, à payer les impôts qui financent les guerres et les fêtes du roi. Mariette a beau économiser aussi, elle ne peut apporter grand chose à sa tante et à son frère. Quant à la nourriture qu’elle a apportée, elle sait très bien que les domestiques préparent toujours trop de nourriture. Pas le choix. Rien ne doit manquer pour le roi et sa cour.
Oui, tout irait bien si monsieur le Grand n’avait encore décidé de lui mettre des bâtons dans les roues. Mais pourquoi ? Qu’est-ce que cela peut bien faire à un homme si haut placé que le sort d’une gamine ? L’on en saura un peu plus sur lui, sur son passé dans ce tome – les petites piques lancées à Mariette peuvent aussi donner des pistes. L’on saura aussi que le don de Mariette peut vraiment lui être très utile. Le dénouement du roman donne des perspectives d’avenir pour Mariette, pour les siens, pour une intrigue future qui, je l’espère, s’accompliront.
Un livre que j’ai très envie, comme le tome 2, de partager avec mes élèves.

Le roi maléfique d’Holly Black

Présentation de l’éditeur :

Jude, la jeune humaine élevé au royaume des Faes, a installé le Prince Cardan sur le trône de Terrafae. Et à 17 ans, elle est désormais la sénéchale du roi, la personne la plus puissante de la Cour. Mais entre les intrigues politiques, les menaces de guerre et les sortilèges du Peuple, les pièges sont nombreux, même pour la sénéchale du roi. Surtout pour la sénéchale du roi. Afin de naviguer entre tous ces dangers et de contrer les traîtres qui voudraient s’accaparer la couronne, Jude doit user de tous ses talents d’espionne. Mais le plus difficile pour elle pourrait bien être de mettre de côté les sentiments ambigus qu’elle a développés pour le jeune et irrésistible roi Cardan…

Merci à Netgalley et aux éditions Rageot pour le confiance.

Mon avis :

Je suis toujours aussi lente que ce soit à lire ou à rédiger mes avis. Il faut dire que je n’avais que moyennement apprécié le tome 1, et je ne m’attendais pas à véritablement apprécié le tome 2, ce qui est pourtant le cas.

Jude a réussi à faire monter sur le trône le prince Cardan, le fameux « prince Cruel » qui donne son titre au premier tome. Elle est mortelle, il est un Fae. Elle est devenue sa Sénéchale, mais personne ne doit soupçonner les véritables raisons qui l’ont amené à agir ainsi, personne. Elle doit être sur tous les fronts, la cour regorge en effet d’intrigues, d’alliances, de contre-alliance, de trahisons. Il faut faire avec ceux qui ont des projets personnels, ceux qui ont des projets avec le nouveau roi, ou ceux qui ont des projets pour le nouveau roi – parfois, ce sont les mêmes. Jude, la mortelle, celle qui a grandi en subissant le pire dans ce monde, monde qu’elle considère pourtant comme le sien, est comme une funambule marchant sur un fil, elle qui veut aussi protéger sa famille – son frère, sa jumelle, sa soeur aînée, authentique Fae, pas toujours très consciente de ce que c’est d’être une mortelle, comme sa petite amie Heather.

Non, tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes, la cour est toujours aussi pourrie, et les espions, toujours sur le pied de guerre, en coulisse, n’y pourront rien. Jude encore moins, qui doit composer avec la personnalité de Cardan, qui devient réellement intéressante dans ce second tome. Oui, l’on en apprend un peu plus sur sa jeunesse, sur la manière dont il a été élevé. Ame sensible s’abstenir, certaines pages, la manière dont Jude peut être traitée, par lui, par d’autres, est toujours aussi difficile à lire. Et pourtant, j’ai apprécié le déroulement de cette intrigue, les péripéties nombreuses, inattendues, les retournements de situation, jusqu’au coup de théâtre final.

Lire le tome 3 ? Oui, bien sûr.

La Prophétie d’Elhem Le Secret des pierres vivantes – Tome 1 par Lucie Rose

Présentation de l’éditeur :

Elhem, cité royaume des montagnes, est l’objet d’une prophétie – d’elle sortira un Enfant qui régnera dans la désolation sur le monde. Les signes s’accélèrent et font penser que les temps s’accomplissent. Dans les royaumes et aux confins des Sables, les pierres s’agitent, des armées se préparent. Tandis que la Mère se met en route, protégée par le groupe de ceux qui furent appelés, partisans et adversaires de sa venue prennent place…

Merci aux éditions Elidia et à Netgalley pour ce partenariait.

Mon avis :

Je pense que cela se voit : depuis un certain temps, je peine à rédiger mes avis. Cela dure, c’est un constat, et cela n’a pas de rapport avec les livres lus.
Le Secret des pierres vivantes est un premier tome prometteur. Quand je dis « prometteur », c’est que non seulement il pose les bases d’une saga, mais qu’il développe suffisamment l’action pour que le lecteur ne reste pas sur sa faim.

Cependant, je n’ai pas réussi à entrer dans cet univers. J’ai eu du mal avec la prophétie. Selon qu’elle soit interprétée de manière positive ou négative, les peuples de ce monde accepte sa venue, ou sont au contraire prêt à tout pour l’empêcher. « Prêt à tout » n’est pas une exagération, et les opposants ne font pas dans les sentiments. Pourquoi convaincre quand il est plus simple de supprimer, purement et simplement, surtout si cela permet de retourner des personnes de valeur ?

Même si le récit est dense, si les personnages sont nombreux et nettement caractérisés, j’ai trouvé que l’action progressait rapidement, le lecteur n’a pas le temps de s’ennuyer.

A lire si vous aimez la fantasy et les univers originaux.

Tempête d’une nuit d’été de Meg Rosoff

Présentation de l’éditeur :

Une famille dans une maison à quelques mètres de la plage. Des vacances joyeuses et insouciantes… jusqu’à l’arrivée de Kit Godden. Ce garçon, c’est le parfait amour d’été : il est beau, drôle, magnétique. Mais ceux qui s’approchent du lumineux Kit Godden sont condamnés à s’y brûler les ailes. Et tous ou presque, dans cette famille, seront irrésistiblement charmés.

Merci à Netgalley et aux éditions Rageot pour leur confiance.

Mon avis :

Comme cela m’arrive souvent, c’est la couverture de ce roman qui m’a attiré. Puis, je me suis attardée sur le titre, qui fait nécessairement penser à Shakespeare, dont il sera beaucoup question dans ce livre. Sa lecture m’a fait penser à d’autres oeuvres encore, et c’est peut-être ceci le problème. J’ai eu beaucoup de références en tête, et je me suis peu attachée aux personnages.

Nous sommes en effet dans un roman familial. Tous les ans, ils se rendent dans cette maison, qui leur appartient depuis des générations – ils font l’impasse sur les vingt ans pendant lesquels elle a appartenu à quelqu’un d’autres, faute de moyens. Une famille, quatre enfants, trois filles et un garçon, Alex, le petit dernier. Non loin, vit Hope, leur cousine, avec son compagnon, Mal, acteur et son basset Gomez. Tout reste en famille, puisque Florence, une célèbre actrice – ou  une actrice qui a été célèbre, est la marraine de Hope, et lui demande d’héberger ses deux fils, le très discret Hugo, et Kit.

Je ne couvrirai pas ce personnage de qualificatif, parce que je pense que tous ceux qui liront ce roman le feront, comme le fait la narratrice, comme le font son frère, ou sa mère. Kit est réactif chimique qui entre en action dès qu’il rencontre un composant avec lequel il peut interagir. Ce sera d’abord Mattie, la plus jolie soeur de la fratrie. Puis d’autres. Tamsin est immunisée – Kit n’est pas un cheval.

Je me suis sentie très extérieure à ce qui se passait, sans doute parce que la narratrice reste très extérieure à ce qui se passe. Elle observe, elle sait, déjà, les conséquences de certains faits. Pour d’autres, elle n’est sensible qu’aux apparences, comme si elle voulait ne se mêler de rien, être simplement un témoin alors que Mattie apparaîtra à la fin du récit comme curieusement lucide, quoi que pouvait en penser la narratrice.

Un regret ? Même si ce n’est pas le sujet du roman, je me suis demandé comment il était possible de communiquer si peu, de maintenir si peu de liens entre des personnes qui pourtant, se connaissent et se côtoient depuis des années. Si je dois vraiment cerner le sujet, il s’agit plutôt des personnalités toxiques capables de vampiriser les autres sans que ceux-ci n’offrent de réelles résistances. Est-ce seulement dû à la langueur de l’été ? Je ne crois pas.

Un roman curieux et étrange, où les silences comptent parfois plus que les mots.

Qu’à jamais j’oublie de Valentin Musso

Présentation de l’éditeur :

Nina Kircher, une sexagénaire, veuve d’un photographe mondialement célèbre, passe quelques jours dans un hôtel de luxe dans le sud de la France. Soudain, elle quitte la piscine où elle vient de se baigner pour suivre un homme jusqu’à son bungalow puis, sans raisons apparentes, elle le poignarde dans un enchaînement inouï de violence, avant de s’enfermer dans un mutisme complet.

Pour tenter de comprendre cet acte insensé, son fi ls Théo, avec lequel elle a toujours entretenu des relations difficiles, n’a d’autre choix que de plonger dans le passé d’une mère dont il ne sait presque rien. De Paris à la Suisse en passant par la Côte d’Azur, il va mener sa propre enquête, jusqu’à découvrir des secrets inavouables et voir toute sa vie remise en question…

Mon avis :

Je sens que la publication de cet avis risque de marque la fin de partenariat pendant un certain temps. Si, si. Ce n’est pas parce que j’ai reçu un livre en partenariat que je ne vais pas dire ce que je pense sur lui. Que mon avis ne plaise pas ne m’importe pas, ce qui m’importe est d’être sincère.

J’aimais beaucoup les romans de Valentin Musso. Je n’en avais pas lu depuis cinq ans, et dès le premier chapitre, j’ai ressenti une déception. J’ai trouvé le style très plat, rempli de précisions inutiles. Je me suis dit : « allons, ce n’est que le premier chapitre, poursuivons, le style sera meilleur. ». Eh bien non. J’ai pensé, en le lisant, à un autre auteur que j’apprécie peu, un certain Guillaume Musso. J’ai tâché de faire abstraction tout au long de la lecture pour me concentrer sur l’intrigue. A nouveau, j’ai coincé. Pourquoi ?

Le sujet, enfin, celui qui aurait dû être le véritable sujet, est un sujet fort, et à mon avis, il n’a pas été suffisamment traité. Oui, Nina a tenté de tuer un homme, comme ça, sans que l’on sache pourquoi, et à son fils de faire toute la lumière. STOP ! Son fils. Il enquête, il cherche. Mais que fait la police, bon sang ? Au début, le lecteur a pourtant rencontré un policier qui semblait tout à fait compétent. Malencontreusement, il n’a guère de place dans l’intrigue, pour ne pas dire crument qu’il disparaîtra aussitôt apparu.

Un autre fait m’a fait tiquer, alors que je n’étais toujours pas allée très loin dans l’intrigue (page 60, environ), la découverte de l’avocat de Nina. il est immédiatement reconnaissable. J’ai trouvé que les auteurs de romans policiers (je ne parle pas seulement de Musso) cèdent à la facilité en utilisant un seul modèle d’avocat, comme si un auteur ne pouvait inventer un personnage. De toute façon, dès que je l’ai vu apparaître, c’était plié : l’héroïne serait forcément innocentée grâce à Disculpator. A chaque fois qu’il agit, il m’a agacé par ses méthodes parce qu’il n’effectue pas son travail d’avocat auprès de la justice, mais auprès des médias. A croire que les avocats ne sont pas tenus au secret ou ont le droit de tout révéler de la vie privée et intime de leurs clients à la presse, et tant pis s’ils ne sont pas contents. J’aimerai croire avoir lu une critique de ces méthodes

Il reste aussi la thématique des secrets de famille, thématique qui est tout sauf ma préférée. En lisant, en découvrant le (les ?) fameux secrets, je me dis que Théo a été, tout au long de sa vie, soit très naïf, ne se posant jamais de questions sur certains faits pourtant étonnants (je ne pose pas de questions est un leitmotiv chez lui), soit tellement centré sur lui-même que tout ce qui ne le concernait pas ne l’intéressait pas, que ce soit la vie de son demi-frère ou la vie de sa mère. Oui, les révélations sont nombreuses, très nombreuses, trop nombreuses, au point que la vraisemblance est partie en courant depuis longtemps.

Même quand le lecteur est plongé dans le passé de Nina (Nina et toutes les autres, pour ne pas trop en dire), je n’ai pas été autant touchée que je l’aurai voulu, parce que j’ai eu une impression d’avoir déjà lu et relu cette histoire, ou plutôt des histoires liées à la même thématique. Et quand on a lu ou vu des histoires beaucoup plus fortes, ou racontées avec une plus grande économie de moyen, on a du mal à se promener dans les palaces, à assister à des recherches en ligne ou à lire des détails dont je me serai bien passées, parce qu’ils n’apportaient rien à l’intrigue à mes yeux, si ce n’est montrer la vacuité de Théo – pour ne pas dire une certaine misogynie intériorisée.

Oui, Qu’à jamais j’oublie montre la défaite des femmes, de toutes les femmes, de Nina, de Denise, de Maud aussi. Je ne parle même pas de la mère de Camille, morte et oubliée au point de ne pas avoir de nom. Ah, pardon, elle est la très jeune femme de Joseph Kircher, morte très jeune et dont il s’est consolé très vite. Que reste-t-il, pour Camille, de sa mère ? Je ne sais pas, puisque l’on ne lui parle pas d’elle. Même sa belle-mère, Nina, n’a pas eu la force d’élever deux enfants, le confiant à Maud. Je n’en dis pas plus, parce que je pense beaucoup de choses à ce sujet.

Dernier point : la dernière révélation qui laisse le lecteur un peu sur sa faim. Je ne dis pas que c’est la révélation de trop, cela fait déjà longtemps qu’il y a eu « trop » de révélations. Je dirai qu’une fin presque ouverte n’était pas nécessairement utile.

L’autre bout du fil d’Andrea Camilleri

Shuri de Nic Stone

Présentation de l’éditeur :

Shuri est la sœur du roi d’une mystérieuse nation nichée au cœur de l’Afrique, le Wakanda, dont le dirigeant, surnommé Black Panther, est doté de pouvoirs surhumains. À treize ans à peine, c’est déjà un petit génie, une scientifique très douée, partiellement formée aux arts martiaux comme la plupart des membres de la famille royale. Mais lorsque son frère, dont l’accession au trône est assez récente, lui réclame une nouvelle tenue de combat, elle peine à s’exécuter : impossible pour elle de manipuler correctement le vibranium, le métal le plus précieux du pays, capable de donner au tissu des propriétés extraordinaires. Pour se changer les idées, elle se laisse entraîner par sa meilleure amie à une étrange cérémonie. Là, Shuri a une vision à glacer le sang et découvre que l’Herbe-Cœur, dont le roi tire ses pouvoirs, est en train de dépérir à un rythme alarmant. « Wakanda pour toujours ! » comme disent les braves. Shuri n’a que cinq jours avant que la catastrophe ne frappe et va devoir quitter le pays pour trouver la clé de l’énigme… Le compte à rebours a commencé ! Suivez la plus attachante des héroïnes dans son combat pour aider son frère à conserver le trône et protéger leur pays.

Merci à Netgalley et aux éditions Lumen pour ce partenariat.

Mon avis :

J’affirme mon droit d’aimer lire un livre juste pour me divertir. Ce fut le cas en lisant Shuri, et j’ai vraiment passé un très bon moment en sa compagnie, et en celle de sa meilleure-amie-imposée et future-garde-du-corps.

Shuri est une fille, Shuri est une princesse, petite soeur de T’Challa plus connu sous le nom de Black Panther. Je ne vous dirai pas que tout le monde a vu le film, mais presque. En attendant un volume 2, qui sera forcément chargé en émotions (s’il ne l’est pas, c’est qu’il y aura un bug technique quelque part), lire les aventures de Shuri peuvent être un très bon dérivatif, et je comprends l’envie que l’on peut avoir d’écrire des aventures de ces personnages. Shuri, en tant que petite soeur d’un roi, que princesse, se doit de se comporter comme-il-faut. Ses véritables passions, son désir d’être une combattante elle aussi ? C’est hors de question pour sa mère, qui tient autant au protocole que la reine d’Angleterre, si ce n’est plus. Aussi, quand elle découvre un gros problème, puis un second, et que l’on ne veut pas vraiment l’écouter – elle est jeune, elle est une fille, elle est une princesse – elle prend les choses en main.

Les aventures qui suivront seront autant de clin d’oeil à des personnages déjà croisés dans l’univers Marvel, et il en est une que je n’aurai franchement pas pensé croiser ici. J’ai aimé me laisser porter par les péripéties que traversent Shuri et son amie, voyager avec elles, découvrir les inventions de Shuri, leurs usages, et voir aussi que toutes les inventions ne peuvent pas grand chose face à la déloyauté. Au contraire, l’on peut se dire que face à de véritables alliés, face à des personnes de confiance, il n’est de difficultés impossibles à surmonter. J’ai aimé me dire que c’est une aventure, et qu’il y en aurait certainement une autre. Pourquoi ne pas se laisser porter ?