Archive | janvier 2017

Les océans stellaires de Loïc Henry

Présentation de l’éditeur :

Encouragée par ses premiers succès, Luu Ly cherche une nouvelle planète à explorer. Son objectif ? Trouver des Seuils, ces passages interplanétaires cachés au fond des mers, et les vendre à prix d’or à la Fédération ou à ses adversaires, la Ligue et l’Empire. Pourtant, elle est loin d’imaginer les conséquences de sa prochaine exploration !

Mon avis :

Merci à Babelio et aux éditions Scrineo pour ce partenariat.
J’irai droit au but : la science-fiction n’est vraiment pas un genre littéraire fait pour moi.
Pourtant, j’aurai aimé que ce livre me plaise : des aventuriers partent à la découverte de nouvelles planètes, grâce aux seuils qu’ils explorent. Ces planètes, et ceux qui les peuplent, sont presque aussitôt asservies par l’homme. Désespérant ? Oui. L’homme est violent et destructeur, même si aucune résistance ne lui est opposée formellement.
Les actions s’enchaînent rapidement, si rapidement que je m’y suis perdue, parfois. J’aurai aimé, finalement, davantage d’exploration, finalement.
Je ne me suis pas attachée aux personnages non plus, j’ai à peine retenu leurs noms, leurs problèmes et/ou leurs certitudes au-delà de la lecture des cent premières pages. Oui, des questions intéressantes sont posées, sur la génétique, notamment, mais je suis passée à côté du livre et de son univers sous-marin, où la désespérance est souvent de mise.

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Le voleur de temps de Tony Hillerman

Edition Payot Rivage/322 pages.

Présentation de l’éditeur :
Quand une anthropologue notoire arrive dans les montagnes sacrées du pays Anasazi, elle est d’abord furieuse de découvrir que le site funéraire pré-navajo a été pillé ; puis elle est terrifiée par ce qui surgit de l’ombre. Des semaines plus tard, le lieutenant Joe Leaphorn, en examinant un rapport selon lequel l’anthropologue a dérobé de précieux objets, découvre aussi qu’elle a disparu. L’affaire prend un tour sinistre lorsque Jim Chee, à la recherche de matériel de fouilles disparu également, trouve autre chose de nettement plus macabre dans une fosse. Leaphorn et Chee devront unir leurs forces pour exhumer le passé et résoudre une longue série de meurtres, plus étranges les uns que les autres.

Mon avis :

Vous ne connaissez pas Tony Hillerman ? Pour être franche, il y a huit jours, je ne connaissais pas non plus. c’est une collègue qui m’a parlé de cet auteur, qu’elle apprécie énormément. Je l’ai aussitôt rapproché de Kirk Mitchell, que j’adore. Direction la librairie la plus proche, et j’ai acquis le seul tome qui était disponible, le voleur de temps, et j’ai adoré.

Pourquoi ? Nous avons des enquêteurs humains, complexes, qui prennent des décisions pesées, muries, des décisions que d’autres ne prendraient ni ne comprendraient mais qu’ils prennent en connaissance de cause. Ils acceptent les conséquences. Ils changent aussi d’avis, parfois, ce qui ne fait pas d’eux des girouettes, mais des êtres humains, avec leurs moments de faiblesse et leur force. Je ne peux pas dire que je préfère l’un à l’autre. Joe Leaphorn, enquêteur chevronné, vient de vivre le pire qu’il pouvait lui arriver : la mort de sa femme adorée, Emma. Chee n’est pas seulement un enquêteur, il est aussi un homme-médecine, débutant, certes, mais authentique et croyant.

En effet, Le voleur de temps est une immersion dans la culture indienne, dans ses croyances, sans jugement aucun, sans digressions folkloriques également. Ce livre est un roman policier qui met en scène des indiens, il n’est pas un prétexte pour parler d’eux.

L’enquête, ensuite. Qu’est devenue Eleanor, cette anthropologue qui semblait sur le point de faire une importante découverte et qui se retrouve accusée de pillages ? Ses collègues s’inquiètent et le temps qui passe n’arrange rien. Les deux meurtres de petits trafiquants de reliques non plus. Alors ? Leaphorn et Chee feront tout pour la retrouver, y compris des actions qui en font des enquêteurs presque comme les autres : C’est vous, le trompe-la-mort qui veut prendre l’air par un temps pareil ? Moi, je suis le trompe-la-mort qu’est là pour vous emmener.

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Journal d’un louveteau garou – 27 janvier

Cher journal
Un mois que je ne t’ai pas écrit ! J’ai été extrêmement occupé, tu t’en doutes bien.
Quelques nouvelles urgentes :
– la famille des lutins louveteaux abandonnés a été retrouvée. Comme le pensait la maman de notre principal, ils sont issus d’une famille non lupine, complètement désemparée. On le serait à moins. Déjà que ma propre famille est désemparée depuis la naissance de mon petit frère (Valère, pour ceux qui parviendraient à l’oublier plus d’une demi-journée, notre record personnel), alors une famille ordinaire…. Je n’ose imaginer ! Surtout que la petite Alexandra ronge très bien les pieds de chaise, une vraie loupiote !
– Le club Carotte, animé par Salsifis, fonctionne très bien. Même Marco y va désormais, soi-disant pour que sa lapine baigne dans des ondes positives.
– Le club Chocolat vient de naître. Il est animé par Olga Fosette (cela ne s’invente pas, hélàs), la meilleure amie de Salsifis. Camille, le presque alpha révélé, l’a intégré parce qu’il a toujours faim. Je ne sais pas où il met ce qu’il grignote toute la journée. En tout cas, il a failli s’envoler lors de notre dernière promenade.
L’essentiel en effet est là : notre professeur d’EPS nous a réunis, et nous a précisé que notre séjour au ski était cuit, puisqu’un dragon avait brulé tout notre matériel ! Comme si nous pouvions oublier cet épisode ! Nous sommes donc partis au bord de la mer ! Camille avait eu beau s’exclamer que c’était impossible, et bien, ce fut possible ! Nous randonnâmes sur la plage, nous pique-niquâmes dans les rochers, nous nous trempâmes les pattes dans l’eau gelée, nous subîmes des épreuves de sauvetage en condition extrême – nous n’étions pas des Terre-Neuve, mais nous le sommes presque devenus, désormais.
Sur ce, je te laisse, j’aide Prune aux yeux bleus à réciter ses leçons.
@bientôt
Anatole Sganou.

Mes meilleurs copains de Hongying Yang

Présentation de l’éditeur :

Ce sont quatre copains inséparables qui nous font partager leur vie dans la Chine d’aujourd’hui. Il y a Hippo, avec sa grande bouche d’hippopotame, qui veut toujours être le chef et plaît beaucoup aux filles. Ouistiti, qui raconte plus de bêtises qu’il n’y a de grains de riz dans un bol. Pingouin, qui marche comme un pingouin, le ventre en avant, et mange des billes d’acier. Et Toufou, toujours de bonne humeur. A tous les quatre, ils forment une fameuse équipe qui met beaucoup d’ambiance dans la classe ! Rien ne pourra les séparer. Rien, ou presque.

Mon avis:

Ce livre, aussitôt lu, pourrait être aussitôt oublié, tant il m’a ennuyé. Le problème n’est pas que les personnages soient tous des garçons – les filles n’ont qu’un rôle tertiaire dans l’intrigue. Le problème est que ses quatre copains ne sont pas sympathiques du tout. Ils font des bêtises, oui, constamment, et cela ne leur pose pas de problème. Ouistiti, par exemple, ment constamment – à cause de la nourriture que sa mère absorbait quand elle l’attendait. Si, c’est possible que les parents eux-mêmes justifient la mythomanie de leur progéniture. L’enfant-roi ne règne pas qu’en Europe, ne l’oublions pas.
Le récit est linéaire, mais chaque chapitre, mettant en valeur un des camarades, peut presque être lu indépendamment les uns des autres. Pratique pour ceux qui aimeront lire le récit de bêtises diverses et variées. Pour les autres, je conseille bien d’autres romans de littérature jeunesse.

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Il était une fois l’inspecteur Chen de Qiu Xiaolong

Présentation de l’éditeur :

Dans ce volume, l’auteur raconte la jeunesse de Chen pendant la révolution culturelle et les circonstances qui l’ont poussé à devenir policier alors qu’il était chargé de traduire un manuel de procédures américain dans un commissariat de Shanghai.

Mon avis :

J’ai attendu longtemps ce dixième volume des aventures de l’inspecteur Chen Cao. L’auteur, dans la préface, dit lui-même qu’il a eu du mal à boucler ce volume, puis qu’il a trouvé l’inspiration en repensant à ses années de la Révolution culturelle et ce que lui et sa famille ont subi. Ce ne sont pas tant les enquêtes policières qui sont intéressantes – nous découvrons comment Chen a débuté dans la police – que les souvenirs que Qiu Xiaolong raconte dans la préface et le long dernier chapitre.
Ce livre est parfait pour les fans, un peu moins pour ceux qui, comme moi, avait envie de lire une longue histoire policière. Il est parfait aussi pour ceux qui veulent en savoir davantage sur la révolution culturelle, sur l’après également, à quel point les familles furent divisées, meurtries par ce qu’elles ont vécues et, pour la plupart, incapables de surmonter tout ce qu’elles ont subies. Comme s’il était possible que ce le soit.
D’un récit à l’autre, nous retrouvons des personnages – et la cité de la poussière rouge, à laquelle Qiu Xiaolong a consacré deux recueils de nouvelles, que j’ai envie de découvrir pour savoir si ces personnages se trouvaient déjà entre ces pages, ceux à qui rien n’échappe de la vie de la cité.

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Débarquement de Riika Ala-Harja

Mon résumé :

Julie, ancienne thésarde, est gui sur les plages du Débarquement. Son couple va mal, son mari Henri a pris ses distances. C’est à ce moment qu’elle découvre que sa fille Emmma, huit ans, ne va pas bien. Le verdict tombe : leucémie. Les combats commencent.

Mon avis :

j’ai l’impression vraiment de poursuivre un cycle, celui du rapport des femmes à la maternité. Ici, la situation est tragique : la fille unique de Julie est atteinte de leucémie, et même si, de nos jours, elle a 80 % de chance de guérir, Julie n’oublie jamais, face à tous les protocoles, toutes les précautions à prendre, drastiques, afin d’éviter les complications et les rechutes. Pour paraphraser le médecin-chef qui suit Emma, nous sommes loin des années 70 et de son taux élevé de récidive.
Seulement, Julie a un autre combat à mener, d’ordre intime : son mari s’est éloigné d’elle, définitivement semble-t-il. le reconquérir ? Impossible, au vue de l’échec de ses tentatives, bien avant la maladie de sa fille. Divorcer ? Pas si simple quand il faut présenter un front uni face au cancer, même si la moitié des couples se sépare après la maladie de leur enfant, que l’issue soit heureuse ou non – une statistique que je ne connaissais pas.
Ce qui m’a frappé, à cette lecture, est l’échec du couple, et l’absurdité des concessions faites par l’un et l’autre pour que leur couple perdure. Julie n’est jamais allée au bout de sa thèse, Henri a renoncé à sa belle carrière de journaliste parisien parce que Julie voulait vivre en Normandie – pour être proche des plages du Débarquement. Elle n’a jamais vraiment eu son mot à dire pour l’aménagement de leur maison, signe de leur réussite sociale et amoureuse – il a toujours choisi tout ce qui était à bas prix. Elle vit désormais dans un appartement, comme beaucoup de femmes divorcées, loin de ce symbole de réussite qu’est la maison, ayant la garde partagée de sa fille, et ne pouvant avoir aucun contact avec elle quand elle est avec son père (Note : il est des couples qui se séparent en prenant davantage en compte les enfants).
Ce qui m’a frappé est la reproduction de l’unicité : Henri et Julie, dont les prénoms riment, semblent être enfant unique. Tous deux n’ont que peu de lien avec leurs mères qui, du moins dans un cas, ont choisi l’éloignement. Quant à la meilleure amie de Julie, elle n’a qu’une seule fille, Léa, parce que la deuxième, Anna, est décédée de la mort subite du nourrisson et qu’elle a refusé de suivre les conseils des médecins, en ayant un autre enfant. Des prénoms qui, ici encore, se ressemblent, sont « à la mode », pratiques, courts, féminins – et presque interchangeables.
Eux n’ont pas de prénoms, ce sont les soldats, ceux du Débarquement, ceux qui étaient déjà sur place – les Allemands – dont Julie évoque le parcours pour chacun des groupe qu’elle guide. Pas d’érudition abusive, dans aucune des parties du roman, le lecteur en apprend beaucoup plus sur ce qui s’est passé ce jour-là, sur la vie quotidienne en Normandie, sur les choix que certaines ont fait pour que les leurs vivent mieux. Julie se garde bien de juger, elle est historienne, elle est mère.
Et moi, en refermant ce livre, de me demander ce qui a pu attierr une auteur finlandaise à nous compter avec tant de force ce Débarquement.

Deux cigarettes dans le noir de Julien Dufresne-Lamy

Présentation de l’éditeur :

Clémentine travaille dans une usine de parfum. Elle attend un enfant.
Au volant de sa voiture en direction de la maternité, elle percute quelqu’un sans pouvoir s’arrêter.
De retour à la maison seule avec son bébé, elle apprend la mort à Paris, deux jours plus tôt, de la chorégraphe Pina Bausch. Clémentine se souvient : une silhouette maigre, de longs cheveux gris – c’est Pina qu’elle a fauchée.
Elle a tué un génie en mettant au monde son enfant.
La maternité, la danse, la vie, la mort se côtoient dans le nouveau roman de Julien Dufresne-Lamy, qui trouble et bouscule par son intelligence et son originalité.

Merci à Netgalley et aux éditions Belfond pour ce partenariat.

Mon avis :

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman, et je sens que vous qui me lisez n’êtes pas plus avancé. J’ai aimé le lire parce qu’il parle de danse, de Pina Bausch – c’est pour cette raison que j’ai sollicité ce partenariat – et qu’il en parle de manière non pas accessible (il ne s’agit pas de vulgarisation artistique) mais passionnée, fascinée, et cette passion, le choc artistique ressenti par Clémentine en découvrant les oeuvres de Pina Bausch sont parfaitement transcrits dans le récit.
Transmettre son art, créer et/ou avoir un enfant : Clémentine, elle, est mère, presque par hasard. Elle est fille aussi, adoptée, et se pose alors la question de la fameuse création du lien avec son enfant, tout sauf évident quand l’enfant a déjà vécu une autre relation avec des parents d’accueil. Les enfants ont une grande faculté d’adaptation. Reste à savoir pourquoi la mère de Clémentine a voulu l’adopter, ce que nous en saurons pas réellement puisque le récit se focalise sur la jeune ouvrière qui travaille, certes, mais très loin de chez elle.
Rien n’est rose dans le monde ouvrier, et tant pis si cela déplait à ceux qui imagineraient un monde du travail idyllique. La solidarité ? On oublie. Plutôt la mesquinerie, la jalousie, l’envie, pour un poste ou pour un homme – médisance à tous les étages. Faire valoir ses droits ? Pas toujours facile. Et, bien sur, la condescendance des dirigeants envers les ouvriers – parce que, mis à part Clémentine, il ne traverse l’esprit à personne que les choses pourraient être autrement. Rien n’a changé depuis les descriptions faites dans des romans datant des années 70 (Elise ou la vraie vie de Claire Etcherelli) ou plus récent (La grande bleue de Nathalie Demoulin).
Je n’ai pas oublié le thème de la maternité, je m’en suis détournée, sans doute parce qu’il n’est pas mon thème de prédilection, et parce qu’il est très souvent développé dans la littérature contemporaine. Qui dit maternité, dit aussi paternité, et le père de Barnabé est absent, si ce n’est dans les souvenirs de Clémentine. Il faut dire qu’elle l’a longuement écouté parler de ses projets, de son travail, et de Néron, le chien qu’il fit tout pour sauver. Une absence étrange, encore plus étrange que l’enfermement de Clémentine, seule ou presque avec son enfant. Elle affirme que la maternité l’a transformé, surprotégeant son enfant à sa manière, étant, pour lui, quasiment la seule personne au monde. Ce n’est ni un amour maternel surdéveloppé, ni de l’égoïsme forcené, mais les tentatives d’une femme qui n’a pas reçu d’amour maternel, d’une femme peu adaptée à la vie pour s’adapter à cette nouvelle vie. Et qui choisit d’être mère autrement, ce qui est tout à fait possible, mais pas toujours acceptable aux yeux de la société – ni sans risque non plus, en un mélange de névrose et d’amour.