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La fille qui pouvait voler de Victoria Forester

édition Lumen – 375 pages

Présentation de l’éditeur :

Piper McNimbus sait voler. Comme ça, le plus naturellement du monde, les doigts dans le nez. Tonneaux, vrilles et loopings, elle sait tout faire. Terrifiés de voir la nouvelle se répandre, ses parents dissimulent ses talents aux yeux du monde… jusqu’au moment où elle se trahit devant la ville entière. Du jour au lendemain, elle se retrouve dans une école top-secrète de haute sécurité, réservée aux enfants dotés de capacités hors du commun. Là, elle fait la rencontre de camarades aux pouvoirs incroyables : Conrad, un génie en puissance qui sait tout sur tout, Smitty, qui voit à travers n’importe quelle matière, Violette, capable de rapetisser à volonté… Mais même parmi ces gamins extraordinaires, Piper sort du lot… Et elle ne va pas tarder à devoir en payer le prix.

Merci à Netgalley et aux éditions Lumen pour ce partenariat.

Mon avis :

Piper est une petite fille presque comme les autres, curieuse, enjouée, optimiste. Elle est pourtant un peu différente des autres enfants. Au début, ce n’était presque rien, juste une lévitation de quelques centimètres au-dessus du sol. Puis, elle s’est aperçu qu’elle pouvait voler – et ses parents aussi s’en sont aperçus. Avoir une enfant différente des autres n’est pas facile dans cette campagne américaine quasiment coupé de la modernité. Je me suis crue dans les plaines du Midwest, ou au Kansas, avec Dorothy. La ferme des Mcimbus est suffisamment isolée des autres habitations pour que ses parents espèrent garder le secret, même si cela veut dire ne pas envoyer Piper à l’école comme elle le souhaite tant. Hélas, tout a une fin, même dans cette lumineuse campagne. Le secret de Piper est découvert, et c’est là que le roman bascule.
La fille qui pouvait voler n’est pas le premier roman à nous montrer une école de surdoué, une école dont les différents participants, la rivalité et la création d’entente entre les enfants aux pouvoirs différents, de tous âge, de toutes origines. En revanche, il est des faits, des retournements de situation, qui changent de ce que l’on peut voir et lire sur ses écoles. Je ne veux pas trop en révéler, je veux simplement dire que l’intrigue n’est pas construite sur le mode de la tranquillité, il faut toujours rester vigilant, comme Piper se retrouve obligée de l’être. Si l’optimisme et la curiosité naturelle de Piper sont des éléments constants et agréables, je reconnais aussi que ce roman développe une thématique qui m’intéresse : la volonté qu’ont certaines personnes de vouloir à toute force entrer et faire entrer dans la norme. Il nous parle aussi de la manière dont il est si facile de gâcher la nature qui nous entoure – quasiment en toute impunité. Il nous parle aussi de filiation, de transmission, de liens parents/enfants, mais aussi de liens entre les frères et soeurs. On surmonte plus facilement les obstacles quand vos parents et les vôtres vous ont entourés d’amour.

Dragons et mécanismes d’Adrien Tomas

édition Rageot – 640 pages

Présentation de l’éditeur :

Dague est voleur et espion. Il vit de cambriolages et de petits larcins. Alors qu’il est en mission de surveillance, il assiste à l’agression de Mira, une étrangère qui a fui son pays suite à un coup d’Etat. L’adolescente est archiduchesse, poursuivie par un tyran qui veut l’épouser et s’accaparer ses talents. Car elle fait partie des mécanomages, des sorciers capables de combiner leurs pouvoirs à de savants montages d’ingéniérie mécanique. En sauvant Mira, Dague est blessé, et les deux jeunes gens sont d’abord contraints de se cacher. Mais l’aristocrate est déterminée. Pour échapper à son ennemi et – accessoirement – tenter de récupérer le trône d’Asthénocle auquel elle peut prétendre, elle est résolue à s’enfoncer au cœur de la jungle. Un territoire hostile, quasi inexploré, et peuplé de dragons sanguinaires.

Mon avis :

Gagnez un temps précieux, ne lisez pas mon avis, lisez Dragons et mécanismes.
Si ce roman se déroule dans le même univers qu’Engrenages et sortilèges (lu trois fois, autant dire que je maîtrise le sujet), il n’est pas utile de l’avoir lu pour apprécier Dragons et mécanismes.
De quoi parle ce roman ? Il parle de complots, de trahison, de la capacité à s’adapter quelle que soit la situation. Oui, que l’on soit un voleur, un espion ou que l’on soit l’héritière déchue d’un trône, il faut toujours être sur le qui-vive, parce que ce qui vous attend, ce qui vous arrive, n’est pas du tout ce que l’un ou ce que l’autre avait prévu, que ce soit à court ou à long terme. Pour parler en des termes plus littéraires, les rebondissements et les péripéties sont nombreux, et emmènent le lecteur dans une intrigue inattendue. Attention ! Ne confondons pas « s’adapter » et « renoncer à ses principes », ou pour faire court, Mira et Dague chercheront toujours tous les moyens pour combattre Arlov, celui qui a renversé les parents de Mira. D’autres seront amener à les remettre en cause, leurs principes, leur règle, leur loi : faut-il vraiment obéir à son chef si celui-ci ressemble énormément à un tyran ?
Mes personnages préférés ? Kimba et Cuthbert, forcément. L’un comme l’autre ne manient pas la langue de bois et font preuve de beaucoup d’humour. Ni l’un ni l’autre n’ont pris les chemins que l’on attendait d’eux – si tant est que la mère de Cuthbert attendait quoi que ce soit de lui, ou que quiconque ait réussi à influencer Kimba. Etre un fantôme et élever un gosse aussi imprévisible que dague, c’est compliqué. Quant à Cuthbert, c’est un dragon – petit, certes, mais un dragon quand même !
Une citation, pour la route :
– Aucune idée, soupira Shumbi. Pourquoi quiconque voudrait libérer la plus dangereuse créature du monde après des millénaires d’enfermement ? A moins d’être à la recherche d’un suicide particulièrement destructeur et spectaculaire et d’emmener la planète entière dans sa chute…

Accords corrompus, tome 1 : Rêves de glace de Kelly St Clare

éditions M&M Bookmark – 330 pages

Présentation de l’éditeur :

Olina a 17 ans et est la Tatuma -la princesse- d’Osolis, un monde dominé par la chaleur. Elle porte un voile depuis sa naissance et personne, pas même elle, n’a jamais vu son visage. Alors qu’elle subit la tyrannie constante de sa mère et de son oncle, Olina reste une jeune femme forte, drôle et volontaire qui attend d’être reine pour changer les choses. Quand une délégation de Glacium – un monde fait de glace à l’opposé du sien- arrive en Osolis, Olina est forcée de remettre ses préjugés en question. Peu à peu, elle se lie d’amitié avec le prince de Glacium et quand celui-ci demande à voir son visage, tout le monde d’Olina va basculer… Deux sociétés à l’opposé l’une de l’autre, un périple, des personnages principaux et secondaires extrêmement bien travaillés, une héroïne courageuse et qui évolue tout au long des tomes…

Mon avis :

Ce livre est entré dans ma PAL lors de l’un des confinements – le première, le deuxième ? difficile à dire, et j’espère que, quand cet avis paraîtra le 15 février, ce ne sera plus qu’un souvenir et que nous n’aurons pas eu de troisième confinement.

J’ai lu ce premier tome très vite, non parce que j’étais fan, mais parce que je trouvais véritablement l’ambiance pesante. Olina est doublement prisonnière, bien qu’elle soit la princesse héritière d’Osolis, prisonnière de ce monde de chaleur qui peut devenir invivable au sens propre du terme, prisonnière du voile qu’elle ne quitte jamais, au point qu’elle-même ne sait pas à quoi elle ressemble. Pas de soucis, sa mère a tout fait pour lui ôter l’envie de le savoir, entre maltraitance psychologique et maltraitance physique au vue de tous, sans que cela gène qui que ce soit. Olina peut compter ses amis sur les doigts d’une main, et encore. Les scènes de sévices et de tortures sont tout sauf agréables à lire, et elles durent, elles durent, à se demander comment Olina n’a pas fini complètement brisée. On a beau me dire que c’est une femme forte – une jeune fille serait plus juste – les quelques libertés dont elle peut jouir et la perspective d’être reine un jour n’expliquent pas tout.

Après un coup de théâtre, Olina se retrouve propulsée dans un monde qui n’est pas le sien – et ce n’est pas vraiment un choix de sa part. Si elle doit s’adapter à une nouvelle façon de (sur)vivre, la violence dont elle a été la cible pendant toute sa vie l’a énormément préparé à ce qu’elle subit dans ce nouveau monde. Si d’un côté, je suis curieuse de savoir comment l’histoire se terminera, je n’ai pas forcément envie de lire les trois tomes suivants pour connaître le dénouement.

Prunelle, sorcière rebelle d’Agnès Laroche


Présentation de l’éditeur :

Prunelle est une sorcerelle qui pratique la magie douce pour améliorer la vie des habitants du comté de Tendreval. Un jour, instinctivement, elle lance un sort de magie forte, strictement réservé aux sorciers, les Eclaireurs. Or le père de Prunelle est le chef des Eclaireurs… Prunelle est confrontée à un dilemme : cacher la vérité à son père qu’elle adore ou lui avouer qu’elle a trahi sa confiance. Elle hésite, mais comment ignorer l’appel de la magie qui palpite en elle ?

Merci aux éditions Rageot et à Netgalley pour leur confiance.

Mon avis :

Ce qui m’a attiré en premier dans ce livre, c’est sa couverture, qui est absolument magnifique. Bonne nouvelle : le roman est tout aussi intéressant que le laissait présager la couverture. C’est le deuxième roman d’Agnès Laroche que je lis en peu de temps, et je trouve vraiment remarquable de parvenir à passer ainsi d’un genre (la littérature contemporaine) à un autre (la fantasy) avec la même profondeur.

Le comté de Tendreval est un monde magique et idyllique, un monde où les Eclaireurs et les sorcerelles prodiguent leurs bienfaits. Les sorcerelles rendent heureux, accomplissent toutes les actions qui permettent de remonter le moral. Les Eclaireurs, eux, accomplissent tous les sortilèges réellement utiles. Par choix ? Non. Les femmes n’ont pas le droit de pratiquer la magie forte. Pourquoi ? Parce qu’elles sont des femmes, elles n’ont pas les capacités, la force, le discernement pour pratiquer cette magie. Non, laissons-les faire ce pour quoi elles sont faites. Si ce discours vous semble désuet, il ne l’est pas tant que cela pour certaines personnes ! Oui, le comté de Tendreval est un univers de contes, avec sa magie, et ses interdits, si faciles à transgresser, finalement, mais aux conséquences particulièrement lourdes.

Hélas pour Prunelle, le chef des éclaireurs n’est autre que son père, et son frère, éclaireur lui aussi, entend bien faire respecter la loi, édictée par son père lui-même. A quoi sert d’être parmi les « bons » si personne ne vous empêche d’être cruel ?

J’ai aimé… une intrigue qui monte en puissance, un récit qui évolue et nous emmène toujours là où l’on ne s’y attendait pas. J’ai aimé un récit qui nous montre qu’isoler, ostracisé, ne résout aucun problème – surtout pas quand ceux qui prônent ses solutions sont aveugles.

J’attends le tome 2 avec impatience – en comptant beaucoup sur Nox.

 

Les dossiers du voile d’Adrien Tomas

Merci à Netgalley et aux éditions Fleurus pour ce partenariat.

Présentation de l’éditeur :

« Les maisons sorcières sont au bord de l’explosion, la guerre de la nuit fait rage plus violemment que jamais et les trolls et les fées sont bien partis pour transformer les bas-fonds de paris en champ de bataille… »

BIENVENUE DANS LE MONDE DU VOILE !

Mon avis :

Comme j’aimerai qu’il soit simple de faire court. En effet, quoi que j’écrive, ce ne sera jamais aussi bien, aussi inventif, aussi percutant que Le dossier du voile. Ce livre est à lui tout seul un univers très riche, avec des personnages fort, fortement campés, facilement identifiables. Surtout, ils ne sont pas manichéens : les bons d’un côté, les méchants de l’autre, le lecteur peut malheureusement encore le trouver dans certains livres. ici, l’on s’interroge, l’on pense aussi que les gens peuvent changer, évoluer. L’on pense aussi que les beaux discours peuvent cacher des intentions nettement moins louables.
Je parle, je parle, et je ne vous ai pas encore présenté les personnages. Tenez ! Je vois passer le lieutenant Pascal Guthier, policier de son état. Attention ! Il est un policier ordinaire, pas comme Tia Marcese, lieutenant de police au sein de la Brigade de régulation des espèces méta-humaines de Paris.
– Quelque chose à déclarer ?
– Non, absolument rien. Tout est normal.
Je n’en obtiendrai pas plus, et pourtant, il s’en passe des choses, à Paris. Le commun des mortels n’en sait pourtant pratiquement rien, puisque la Brigade se charge d’étouffer toutes les affaires, tout en effaçant la mémoire des humains qui ont vu/aperçu/entendu quelques choses. Là, ce sont les membres du Voile qui s’en occupent, parce que les membres de la sus-dite brigade sont singulièrement peu nombreux, et les crédits, pas énormes (ce pourrait quasiment être l’histoire de tout brigade policière). Il s’en passe des choses, entre les vampires, les loups-garous, les trolls, sans oublier les fées. N’oublions pas une société secrète – une de plus, pourrait soupirer le capitaine Tréjean, à la tête de la Brigade – qui n’a qu’une envie : lever le voile, révéler au monde l’existence des créatures méta-normales.
Au centre de l’intrigue, se trouve la famille Marcese, oui, la famille du lieutenant Tia et de Mona, enquêtrice pas tout à fait malgré elle. Chaque enfant pourrait dire à quel point il est difficile de trouver sa place dans une fratrie, et pourtant, chacun y est parvenu, même Félicia. Dans le cas de Tia, elle y est parvenue en défiant sa mère d’une belle manière – et en y survivant. Oui, si vous êtes allergique à l’humour, à l’humour noir, à l’humour pas toujours drôle, passez votre chemin. Même chose si vous n’aimez que les récits doux, sans aspérité, qui ne disent que des choses qui ne fâchent pas, que des faits qui ne soient pas sujets à discussion. Oui, parce que, jusqu’au bout, l’on peut s’interroger sur les choix que certains ont fait, sur le bien-fondé de leur manière d’agir. Jusqu’au bout aussi, les personnages peuvent changer, et se révéler pire, ou bien meilleurs que ce que l’on pensait.
J’ai donc l’honneur de vous annoncer que Les dossiers du voile est mon premier coup de coeur de l’année 2021. Comme Engrenages et sortilège, c’est un livre que je relirai sans aucun doute.

Soeurs de sang – tome 2 : Feu sacré de Nicki Pau Preto

Présentation de l’éditeur :

Elles étaient tels le jour et la nuit, et pourtant elles n’étaient rien l’une sans l’autre… On ne choisit pas toujours son destin. Mon cœur me souffle que là où ma main a tremblé, la tienne sera ferme. Là où j’ai échoué, tu triompheras. Au lendemain de sa première bataille contre les forces impériales, Véronyka voit enfin son rêve s’accomplir : une place d’Apprentie lui est offerte au sein de l’ordre très masculin des Dresseurs de phénix. Mais, bien loin de se satisfaire de son nouveau statut, elle ronge son frein face à la passivité du commandant, Cassian, qui refuse d’engager ses troupes dans une guerre ouverte. Or, pour la jeune fille et son ami Tristan, passé chef de patrouille, rien de pire que cette attente pesante. De son côté, l’empire, que Sev a réintégré en qualité d’agent infiltré, multiplie les provocations pour attirer les rebelles aux oiseaux de feu hors de leur patrie, Pyra. Le comble ? Il se raconte que des Dresseurs de phénix auraient rejoint les armées impériales… Se pourrait-il que ce soit l’œuvre de Val ? Car, prête à tout pour faire perdurer l’héritage des reines Pyromaque d’antan, celle que Véronyka considérait autrefois comme sa sœur ne semble pas avoir dit son dernier mot.

Merci à Netgalley et aux éditions Lumen pour ce partenariat

Mon avis :

Je n’avais que moyennement apprécié le tome 1, et j’ai beaucoup aimé le tome 2, qui dépasse les sept cents pages. J’ai mis du temps à le lire, plus de temps que je ne l’aurai pensé, mais j’ai véritablement apprécié ce livre, et je lirai le tome 3 très certainement.
Tout d’abord, l’une de mes grandes inquiétudes a été levée : nous retrouvons bien Sev et Kade dans ce tome, mes deux personnages préférés. Ces deux personnages gagnent en profondeur, se rendant compte eux-mêmes du chemin qu’ils ont parcouru, de leur fidélité aux engagements qu’ils ont pris, même s’ils ne sont pas toujours faciles à suivre. Se questionner, prendre la bonne décision, agir, penser à l’avenir : oui, j’aurai volontiers passer plus de temps avec eux.
Ils ne sont pas les seuls personnages à gagner en profondeur. Cassian est de ceux-là, et ce que nous découvrons sur lui donne beaucoup plus de richesse à son personnage. Quant à son fils Tristan, il était déjà complexe dans le tome 1 – son attachement avoué à Veronyka ne le rend pas simpliste dans ce tome 2.
Je parle, je parle des personnages, mais l’intrigue est elle aussi très bien construite. Nous sommes très loin, lors du dénouement, de la situation initiale de ce second volume. Que de chemin parcouru, d’aller et retour, de batailles, de sang versé, mais aussi de courage. Prendre la bonne décision, et surtout, vouloir la paix, pour qu’enfin chacun puisse vivre librement : l’autrice ne nous épargne pas dans quel état se trouve la société dans laquelle nous évoluons.
J’ai gardé pour la fin les deux héroïnes qui donnent leur nom à cette série de roman : Véronyka et Val. Véronyka est parfois toujours aussi naïve (soupirs), cependant elle évolue aussi de façon positive, marchant, en l’assumant parfaitement, dans les traces de sa mère, ayant compris aussi jusqu’où Val était prête à aller.
Val, ou plutôt Alvakyra Pyromaque. J’aime pourtant les personnages de méchants, de « beaux » méchants, et reconnaissez qu’Harry Potter aurait nettement moins de saveurs si l’ennemi à vaincre n’avait pas le charisme de Voldemort. Le gros problème d’Alvakyra, c’est qu’il n’y a rien à sauver, pour moi, de ce personnage. Rien. Elle apparaît quasiment comme une coquille vide, une caricature de méchante. Elle veut dominer le monde, et se moque de tout détruire sur son passage. Elle ne tire aucune leçon de son passé. Elle n’aime qu’elle-même, et encore, il y aurait fort à dire sur elle, dont la plus grande richesse, en plus de ses pouvoirs, est son immense confiance en elle. Elle ne mérite pas les phénix qui l’ont entourée, au cours de ses deux vies.
Le tome 3 devrait paraître en anglais en juillet 2021 – espérons pouvoir le lire démasqués.

Fascination de Stephenie Meyer

Mon avis :

Livre lu pour la première fois quasiment à sa parution. Je me souviens avoir alors fait un pari avec les élèves de qui lirait la tétralogie le plus vite. J’ai perdu. A l’époque, je ne tenais pas encore de blog, et je lisais moins que maintenant, préférant le cinéma. Si j’ai voulu relire ce livre, c’est aussi pour le considérer d’un oeil neuf, par rapport aussi à mon évolution personnelle – il est des faits, dans mes lectures, qui n’attiraient pas forcément mon attention à cette époque.
Tout d’abord, j’ai pris ce livre pour ce qu’il était, à savoir un divertissement.
A la relecture… non, certains faits ne m’énervent pas, mais je me questionne. Bella, diminutif d’isabella, est très maladroite. Ce sont des choses qui arrivent. Elle appelle son père « Charlie » et non « papa », sans que je comprenne véritablement pourquoi. Certes, ses parents sont divorcés, certes, elle a été élevée par une mère totalement immature, à moins qu’elle n’ait élevé sa mère, qui se comporte un peu comme une adolescente attardée. Je n’ai pas trop aimé non plus le jugement que porte Bella sur le remariage de sa mère. oui, elle a épousé un homme plus jeune, et alors ? Bella avance quelques hypothèses sur ce choix – et si, tout simplement, sa mère était amoureuse. Pour ne pas « gêner » sa mère, Bella choisit d’aller vivre avec son père et là, elle se transforme en…. j’hésite ? Bonne épouse ? En tout cas, c’est elle qui tous les soirs fait la popote pour son père, qui lui rappelle,grommelant un peu, qu’il a très bien su se nourrir seul pendant dix-sept ans.
Quant au Cullen, pour ma part, il m’ont paru plus inquiétants que séduisants. Inquiétants aussi, les jugements que l’on peut porter sur une famille dans laquelle tous les enfants ont été adoptés, jugement que j’avais lu dans un roman datant de 1938, et que je ne pensais plus lire dans un roman contemporain. Puis, ces cinq adolescents ne mangent jamais à la cantine. Certes, je veux bien que la cantine ne soit pas très bonne, mais il faudrait au moins que les chers petits fassent un peu semblant de grignoter, ou de manger « ailleurs », eux qui vont déjà camper très souvent, sans que cela dérange plus que cela l’organisation du campus.
Il est aussi des incidents qui, s’ils se passaient dans la vie réelle, sans vampire amoureux, feraient se terminer le roman bien plus vite que prévu. Vivre dans de petites villes de l’état de Washington peut donc être extrêmement dangereux.
L’on compte aussi une communauté indienne, dont l’un des membres est très ami avec Charlie. Bella sympathise aussi avec eux. Ce sont eux, qui, les premiers, parlent à Bella des « sang-froid », ce qui n’a rien à voir avec leur calme. Bella fait donc des recherches sur les vampires – au cas où le bel Edouard en serait un. Bingo ! Non, je ne divulgue pas une part importante de l’intrigue, depuis le temps, tout le monde sait que les Cullen sont des vampires végétarien. Le roman paraîtrait de nos jours, ils seraient des vampires vegan (je me moque… à peine).
D’ailleurs, neuf ans plus tard, j’avais complètement oublié la principale péripétie du roman. Non, pas le fait qu’Edward brille au soleil (fond de teint, BB crême, m’enfin, les cosmétiques font des miracles) mais le fait qu’un groupe de trois vampires se promènent dans la région et interrompent leur partie de base-ball. Leur description dans le roman est très différente de ce que l’on peut voir dans le film, et c’est dommage – un vampire, c’est dangereux, ce n’est pas séduisant. Je reconnais cependant que James est un « beau méchant », et qu’il est presque dommage qu’il apparaisse si tard dans le récit. Son influence pèsera un peu sur la suite de la saga, et surtout, il démontre qu’il ne suffit pas d’être un vampire centenaire ou tricentenaire pour être futé.
J’ai préféré les personnages secondaires, finalement : Rosalie, qui sait ce qu’il en coûte d’être une vampire, Alice, qui s’adapte à une situation exceptionnelle. Je me sens en revanche mal à l’aise avec le bon docteur Cullen, qui s’est trouvé une compagne à son goût, finalement, et a aussi formé des couples, avec quelques « ratés » parfois (Oui, Rosalie et Edward, cela n’a pas fonctionné, Rosalie s’est donc trouvé un chéri toute seule comme une grande).
Non, je ne relirai pas la suite – je pense avoir déjà beaucoup lu !

La guilde des aventuriers tome 1 de Zach Loran Clark et Nick Eliopulos

édition Bayard Jeunesse – 448 pages

Présentation de l’éditeur :

Bienvenue dans la Guilde des Aventuriers.
Nul ne connaît leur nombre exact. Elle est composée d’illuminés à la cervelle ensorcelée et autres créatures corrompues par les démons, tous lourdement armés.
Voici la consigne : rester en vie jusqu’à demain matin.
Pierrefranche est l’une des dernières cités survivant à l’assaut des monstres qui ont envahi le monde. Différentes guildes y organisent la résistance. Parmi elles, celle des Aventuriers a mauvaise réputation :
Ses apprentis sont recrutés de force.
Ses membres meurent jeunes.
Zed, un demi-elfe aux pouvoirs magiques, est désigné pour rejoindre la guilde des Aventuriers. Son meilleur ami Brock décide alors de se porter volontaire pour l’accompagner. L’intrépide Liza, elle, née d’une famille de nobles, a toujours rêvé d’entrer dans la Guilde.
Zed, Brock et Liza vont peu à peu découvrir, derrière les murailles de la ville, un monde aussi dangereux que merveilleux. Or, les Aventuriers sont la dernière ligne de protection de la ville.

Merci aux éditions Bayard et à Babelio pour ce partenariat.

Mon avis :

Utiliser de bons ingrédients et suivre une recette classique permet d’obtenir un livre sans grande surprise mais agréable à lire, efficace et bien construit. C’est le cas pour ce premier tome de la guilde des aventuriers, et, ce qui m’inquiète souvent, n’est pas le devenir du premier tome, mais la réception des suivants.
Il y aura d’autres tomes certainement, qui nous plongeront dans cette civilisation en voie de disparition. Nous voici à Pierrefranche, parce que le lecteur n’a pas trop le choix, c’est une des rares villes qui a tenu le choc face à l’apparition des « Dangers » ces monstres qui ne veulent qu’une chose : détruire le monde (pas pratique) pour se l’approprier (logique). Cette société survivante est très codifiée – un repli sur soi physique, avec les murailles de la ville, et psychologique, avec ces guildes. Si l’une d’entre elles vous intègre, vous êtes sauvés. Si ce n’est pas le cas, votre existence sera compliqué. Bien sûr, il est des guildes plus prestigieuses que d’autres, la guilde des chevaliers, pour ne citer qu’elle. Etre fils de chevalier ne vous préserve pas, si vous êtes le troisième de la progéniture, vous serez condamné à devenir un guérisseur et perdrait tous vos privilèges – une manière comme une autre de réguler les naissances. Bien sûr, si vous êtes une fille, ne vous attendez pas à devenir chevalier – vous êtes une fille.

C’est pour cette raison que Liza, soeur jumelle de l’imbuvable Micah, s’est engagée dans la fameuse Guilde des aventuriers. Elle ne voulait pas être celle qu’on la contraignait à devenir – et la guilde des aventuriers n’est pas dirigée par une femme, Frond ? Une femme qui dérange, il faut bien le dire. Une femme qui ne se préoccupe pas de son apparence – ces innombrables cicatrices le prouvent assez. Une femme qui ne fait pas de politique, mais qui fait ce qu’elle a à faire : protéger la cité, protéger les siens. La guilde des aventuriers vaut bien mieux que sa réputation. Personne ne sera laissé de côté, personne ne sera abandonné sur le champ de bataille – parce que tout ce qui se trouve en dehors de Pierrefranche en est un.

Alors oui, ses manières, ses méthodes choquent certains, notamment ceux qui pensent avant tout à la politique, ou  plutôt à s’enrichir. Frond ne pense ni à l’un, ni à l’autre, et c’est aussi pour cela qu’elle devient, pour certains, la personne à abattre – comme si Pierrefranche ne courait pas déjà de grands dangers, sans la priver de sa seule défense efficace. Certes, la guilde des aventuriers pourrait continuer sans Frond, c’est cependant elle qui insuffle véritablement son énergie, son absence de diplomatie, et tant pis pour sa mauvaise réputation.

J’ai déjà parlé de Liza et de son frère jumeau, je parlerai également des trois autres recrus Zed, Brock et Jett. Si, pour Zed, le semi-elfe, son entrée dans la Guilde est une catastrophe, pour Brock c’est à la fois une obligation et une manière de rester près de son ami. Brock est peut-être le personnage que j’ai trouvé le moins sympathique, coincé qu’il est entre ses obligations et ce qu’il découvre au sein de la Guilde. Jett, lui, est le personnage qui, avec Micah, évoluera le plus – à son corps défendant.

Et si le problème n’était pas tant les dangers que la société elle-même ? Vaste sujet que le dénouement, sous forme de coup de théâtre, nous permettra sûrement d’explorer dans le tome 2.

 

Le prince cruel d’Holly Black

Présentation de l’éditeur :

Enlevée au monde des mortels lorsqu’elle n’était qu’une enfant, Jude vit parmi les Fæs, des créatures sublimes, immortelles… et cruelles. Mais être humaine à Terrafæ est un défi incessant. Et savoir manier l’épée, maîtriser les usages, se protéger des sortilèges, tout cela ne suffit pas. D’autant que Jude s’est fait un ennemi de choix : le Prince Cardan, héritier de la couronne. Pour gagner sa place à la cour, appartenir vraiment à cette terre de magie, Jude doit le défier, quelles qu’en soient les conséquences.

Merci aux éditions Rageot et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Je sais que ce livre était attendu par de nombreux lecteurs, il semblait y avoir un grand engouement autour de ce titre. Cependant, c’est sans attente particulière que je l’ai ouvert, et je n’ai pas vraiment été conquise, tout simplement parce que ce livre est très éloigné du genre de livre que j’aime. Attention ! Je ne dis pas que ce livre n’est pas bon, je dis simplement que je ne l’ai pas aimé, et je vais expliquer pourquoi.

Jude et ses soeurs vivent dans le monde des Fæs, un monde extrêmement cruel. Il faut dire que les circonstances qui les ont amenées dans ce monde l’étaient tout autant. Jude passe son temps à se prémunir contre les moqueries, les humiliations, voire les agressions de ses camarades de classe, et cette atmosphère m’a semblé excessivement étouffante. Lire ce que subit Jude était vraiment dur à lire, parce que personne ne lui vient réellement en aide, elle ne peut compter que sur elle-même, d’abord parce que sa soeur jumelle fait tout de son côté pour ne surtout pas être importunée, ensuite parce que Jude n’a pas non plus de soutien de la part de ceux qui l’ont élevé. On pourra toujours objecter que Jude pourrait ne pas provoquer les Fæs – cela reviendrait à dire que les agressions sont le fait des victimes.

La violence est omniprésente dans cet univers, et c’est ce qui m’a déplu. Cependant, l’univers des Fæs est extrêmement riche, complexe. Rien n’est gratuit dans ce qui nous est raconté, décrit, tout fait sens, tout illustre ce monde où tous les coups sont permis – ce qui m’a fait penser à l’univers empoisonné des Borgias – l’abondance des poisons et autres utilisations des épées n’y est pas pour rien. Ce sont de sublimes, d’étranges et de cruelles créatures, prêtes à manipuler tout le monde, y compris les personnes qui leur sont les plus proches. J’excepte cependant Vivi, la soeur aînée de Jude et Taryn. Elle a beau être une Fæ, elle aime sincèrement la jeune fille – humaine – qu’elle a rencontré sur terre, et souhaite véritablement vivre avec elle – reste à savoir comment le faire sans qu’elle souffre. Si les Fæs aiment les humains, c’est à la manière d’un jouet dont on peut faire ce que l’on veut, y compris le casser, l’abimer, et s’en débarrasser très vite.

La construction de l’intrigue est très intéressante. Nous voyons tout à travers les yeux de Jude, et c’est un vrai travail de lecteur de se distancier de son regard subjectif. Si je ne trouvais pas Cardan si cruel que cela – il en est bien d’autres qui étaient pire que lui dès le début – il en est d’autres qui m’ont bien plus inquiété, comme ses frères, ou son ami Valérian. Et le coup de théâtre qui surgit au trois quart du récit, je ne l’avais pas vu venir.

Recommanderai-je ce livre à mes élèves ? A ceux qui aiment la fantasy et ne se laissent pas rebuter par les pavés, oui, sans aucun doute.

 

Détective LaChance Les cartes musicales par S.L. Pennyworth

Présentation de l’éditeur :

Le détective Lachance est bougon, fatigué, et pressé de prendre sa retraite de la Préfecture de Paris. Malheureusement, impossible de se reposer car une nouvelle affaire terrible lui tombe dessus : des femmes de bonne famille sont retrouvées assassinées aux quatre coins de la capitale. Et sur elles, on retrouve systématiquement une carte musicale pour un orgue de Barbarie. Qui pourrait s’en prendre à ces demoiselles ? Et pourquoi ? Lachance va devoir mettre de côté sa mauvaise humeur pour espérer résoudre ces meurtres sordides

Merci aux éditions 404 Editions et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Livre divertissant, qui ne plaira pas à tout le monde, à cause de la personnalité du détective Gustave Lachance. Il est à deux doigts de la retraite, pour ne pas dire qu’il aurait dû la prendre depuis quelques années mais, hélas pour lui, sa supérieure Adélaïde a refusé sa démission un nombre conséquent de fois depuis quinze ans, alors que lui ne rêve que de partir dans les Vosges, profiter de sa retraite pour ne rien faire, si ce n’est s’occuper de ses chats et pécher. Il est particulièrement misogyne, ne supporte pas la nouvelle co-équipière qu’Adélaïde lui a assigné, lui qui n’a pas eu de co-équipier depuis quinze ans – il faut déjà quelqu’un qui puisse le supporter, et ce n’est vraiment, mais alors vraiment pas gagné, tant ses remarques sont acerbes. Il a une très bonne descente, il fume de l’opium occasionnellement, a les poumons très encrassés et ne fait rien pour les décrasser. Il a tout de même trois qualités :
– il aime les chats ;
– il est un excellent enquêteur ;
– il n’est pas raciste, et le dit en des termes clairs : « Jamais compris pourquoi des gens se font suer juste parce que le type d’en face a des oreilles pointues ou pas le bon nombre de doigts à la main. Qu’est-ce que ça peut leur foutre ? »
Peut-on dire que le meurtrier qu’il traque n’est pas raciste puisque toutes les races y passent ? Humain, fée, troll, nain, le seul point commun est que les victimes sont des femmes de la haute société, dont les familles ont été liées à des événements historiques majeurs. Majeurs dans leur monde : oui, nous sommes dans une dystopie, en 1909, à Paris, Paris peuplé de fées, de trolls et autres orcs, mais les événements majeurs ne sont pas oubliés (la prise de la Bastille ou la construction de la tour Eiffel), tout en conservant un peu d’argot (vive les hirondelles).
Ce roman policier fantasy fut facile et agréable à lire, à cause aussi de la personnalité bougonne et irascible du détective, qui ne sera pas au bout de ses surprises pendant cette enquête.