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Un cadavre dans la rolls de Michael Connelly

¨Présentation de l’éditeur :

Un producteur véreux est retrouvé mort dans le coffre d’une Rolls. La veuve semble indifférente à la nouvelle et la mafia constitue un coupable un peut trop évident. Et si des policiers haut placés étaient impliqués ? De Los Angeles à Las Vegas, personne ne semble pressé d’aider Harry Bosch dans son enquête…

Mon avis :

Tout d’abord, merci à l’élève qui m’a prêté ce livre. Le quart d’heure lecture est utile !

Il est des gens qui sont peu soigneux. Si, si, je vous assure. Laisser un cadavre dans le coffre d’une rolls, tout près d’un lieu où se déroule un concert classique, c’est vraiment du grand n’importe quoi. Heureusement, un policier passait par là, a eu des doutes, et a ouvert le coffre. Il a un peu salopé la scène de crime, ce que ne manquera pas de lui dire le chef des enquêteurs dépêché sur les lieux, un certain Harry Bosch. Entre deux réorganisations de la police, le voici à la tête d’un groupe comportant deux autres enquêteurs, parce qu’il est le plus gradé. Il s’entend bien avec eux, il apprécie sa nouvelle chef, bref, tout pourrait aller pour le mieux, si cette enquête ne l’emmenait sur des chemins de traverse.

En effet, la victime semble liée à la mafia locale. Le groupe d’enquêteurs qui s’occupe de ce genre d’affaires la refuse pourtant, arguant l’absence de lien entre le producteur pas très doué et la mafia. Cela ne les empêche bizarrement pas de se renseigner sur le développement de l’enquête, cherchant des informations par-ci, par-là. Vous avez dit bizarre ? Vous avez parfaitement raison.

Harry et les siens enquêtent. Ils constatent que la veuve est indifférente au sort de son mari, qui était passé à autre chose depuis des années. On s’habitue à vivre dans le luxe, dans une résidence qui n’est pas une prison dorée, plutôt une solitude dorée et sécurisée. Ils cherchent dans le passé proche de la victime, ils s’appuient aussi sur le rapport d’autopsie, sur les résultats d’analyse, qui prennent du temps. Oui, vingt-sept meurtres ont eu lieu le même week-end à L.A. donc si tu veux ton rapport d’autopsie et des analyses, tu fais comme tout le monde, tu attends ton tour ! Les services sont débordés et font de leur mieux.

En revanche, il est des personnes qui ont tout sauf envie que les choses avancent. Et si j’ai parlé de l’OCID plus haut, il est d’autres services qui n’ont pas envie de dire tout ce qu’ils font. La communication ? Ce n’est pas forcément ce qui domine entre les services. Puis, Harry va voir quelqu’un issu de son passé ressurgir devant lui. Cela entravera-t-il l’enquête ? Peut-être.

Sérieux, solide, bien construit, Un cadavre dans la rolls est un modèle dans la manière dont les interrogatoires sont menés – interroger ne veut pas dire torturer, ou jouer avec les droits des personnes interrogées. La ligne est fine, parfois, et Harry Bosch ne la franchit pas. Oui, lire des policiers classiques, des policiers qui pourraient aussi ne pas s’en sortir indemnes, cela fait du bien aussi.

Les trois font la paire de Martha Grimes

La rivière des disparues de Liz Moore

Présentation de l’éditeur :

Kensington, Philadelphie. Dans ce quartier gangréné par la drogue se croisent deux soeurs autrefois inséparables.
Aujourd’hui, tout les oppose. Mickey, l’aînée, la protectrice, a rejoint la police. Kacey a sombré dans la drogue et se prostitue pour acheter des opioïdes.
Quand Kacey disparaît à nouveau, alors qu’une série de meurtres fait rage dans le quartier, Mickey n’a plus qu’une obsession : retrouver le coupable, et sa soeur, avant qu’il ne soit trop tard.

Mon avis :

Cela ne se voit peut-être pas trop, parce que j’avais beaucoup d’avis programmés en avance, mais depuis le 24 mars et les jours qui ont suivi, j’ai beaucoup de mal à me concentrer sur la lecture d’un « gros » livre, et j’en ai beaucoup qui attendent d’être lus, voire même d’être terminés. Avec La rivière des disparues, ce n’est pas le cas. Je me suis plongée dedans, j’ai été attirée parce cette histoire dont on pourrait dire que ce n’est pas qu’un roman policier, et je l’ai terminée très rapidement.

La narratrice, c’est Mickey, diminutif de Micaela. Elle est policière. Elle patrouille dans les rues de Philadelphie et elle aime son métier. Elle a un fils, Thomas, auquel elle consacre le plus de temps possible. Son père ? J’ai aimé non que l’on découvre tardivement son identité, mais que les pièces du puzzle se mettent en place peu à peu, dressant de lui un portrait peu reluisant – à mes yeux – et illustrant aussi, quelque part, la naïveté de Mickey, qui pourtant côtoie le pire, tous les jours, dans ses patrouilles. Kacey, sa soeur, a à son égard un jugement extrêmement lucide – que Mickey n’a pas voulu admettre, à l’époque. Force est de constater qu’elle avait pleinement raison – et sa sœur aînée de regretter de ne pas lui avoir fait confiance.

Mickey/Kacey, deux soeurs qui se ressemblent et dont la vie a pris des chemins différents. Pour quelles raisons ? Le lecteur le découvre au fur et à mesure de sa lecture qui bouscule la chronologie sans que jamais je ne me sois sentie perdue. Mickey et Kacey sont devenues orphelines très jeunes, et ont été élevées par leur grand-mère maternelle, qui ne s’est jamais remise de la mort de sa fille unique, qu’elle avait élevée seule après son veuvage. La cause de sa mort ? On la comprend à demi-mot, et Gee, la grand-mère, de reprocher à son gendre d’avoir fait tomber/sombrer sa fille sans la dépendance, éjectant son gendre de la vie de ses petites-filles, sans que celui-ci ne fasse apparemment grand chose pour s’occuper d’elles. Gee, d’ailleurs, les a élevées dans le sens « élevage » du terme, leur apprenant que la vie est dure, les sevrant de toute marque d’affection, affection qu’elles ne pouvaient guère trouver qu’auprès de leur sœur, ou auprès de leurs proches. Et leur proches ont aussi pris, parfois, des chemins de traverse, des chemins dangereux.

Mickey est devenue policière, sa soeur est devenue prostituée pour se payer sa drogue, et Mickey voit sa soeur, souvent, trop souvent, et l’ignore, souvent aussi. Sauf que cela fait un mois que sa soeur n’a pas donné signe de vie, un mois que personne ne l’a vue – et un corps est retrouvé, dans le secteur où Kacey travaillait. Ce ne sera que le premier.

Le portrait de la ville de Philadelphie ainsi dressé est sombre. La police a beau arpenter certains quartiers, elle n’empêche ni la violence, ni le trafic de drogue, ni la prostitution. Les policiers de terrain sont la plupart du temps dépassés, leurs supérieurs ne semblent pas toujours concernés et les habitants de Kensington (oui, comme Kensington Palace) n’aiment pas les flics, n’aiment pas parler aux flics, n’aiment pas que les flics rentrent dans leurs boutiques. Dans les quartiers plus huppés, ce n’est pas tellement mieux – pas de flics non plus dans les établissements, cela fait désordre. Mickey est à mi-chemin entre ses deux mondes, elle qui a tenu à scolariser son fils dans le meilleur établissement possible, tant que son père payait la pension. Après, elle a dû faire des choix, ce qui ne l’empêche pas de veiller sur lui, de s’occuper de lui chaque soir et de payer une baby-sitter quand elle travaille. Elle lit aussi quantité de livres sur l’éducation, et je m’étonne que tous déconseillent le co-dodo, pourtant abondamment pratiqué par… presque toutes les familles que je connais, et leurs enfants ne s’en sont pas plus mal portés ! Le fait de ne pas avoir eu de modèle parentaux, d’être, à son tour, mère célibataire, a-t-il crée ce sentiment d’insécurité ? Là aussi, le fil du récit nous en dira plus, et franchement, je n’avais rien vu venir.

Le refuge est peut-être à cherche dans l’état voisin, le Delaware, état où tout semble paisible, où l’on peut se sortir de la drogue, de la dépendance, être quasiment apaisée, enfin. Non, ce n’est pas un univers rêvé, mais le lieu paraît stable, par rapport à Philadelphie, sa violence, et la possibilité d’une vie meilleure y semble possible. Et pourtant… Le roman dénonce à la foi les violences policières, insidieuses, couvertes par la hiérarchie, mais aussi le fléau qu’est la dépendance à la drogue, et les conséquences pour les enfants. Ou comment sevrer un bébé déjà dépendant aux substances que prenait sa mère durant sa grossesse.

Le peuple des ténèbres de Tony Hillerman

édition Rivage noir – 288 pages

Présentation de l’éditeur :

La femme d’un milliardaire américain engage Jim Chee à titre privé pour retrouver un petit coffre de souvenirs dérobé, selon elle, par le « peuple des ténèbres », c’est-à-dire les membres d’une sorte d’église fondée par un Navajo, mais déclarée illégale par le conseil tribal parce qu’elle autorise, lors de cérémonies, l’usage d’une drogue psychédélique, le peyote. C’est dans Le Peuple des ténèbres qu’apparaît pour la première fois Jim Chee, l’un des deux héros fétiches de Tony Hillerman. Impliqué dans une enquête touffue sur fond de magouille uranifère, poursuivi par un tueur qui possède des bombes à mercure, il se retrouve, comme souvent, confronté à ses propres contradictions.

Mon avis :

Ce livre marque la première apparition littéraire d’un personnage que j’aime beaucoup et que j’ai pu voir évoluer tout au long des récits écrits par Tony Hillerman : Jim Chee. Il ne comprend pas trop pourquoi la riche madame Vines l’a fait venir. Il est d’autres personnes qui peuvent enquêter, d’autres personnes qui sont même sacrément plus légitimes pour enquêter ! Non, elle ne veut pas que l’affaire s’ébruite, elle ne veut pas que son mari soit au courant. Elle pense même que les enquêteurs officiels ne prennent pas l’affaire au sérieux : c’est simplement une boite qui a disparu, une boite, rangée dans un coffre, et qui contient des souvenirs de son mari. Reste à savoir si elle veut vraiment le retrouver par crainte du souci que se ferait son mari, ou pour enfin mieux connaître son mari.

Ce n’est pas que cette affaire dépasse Jim Chee, c’est qu’il n’en voit pas l’intérêt. Non, ce qui est bien plus fort, ce sont les événements qui ont lieu ensuite – une disparition de cadavre, un meurtre; et enfin, quelqu’un qui essaie de tuer Jim Chee, en présence de Mary London, une institutrice de la réserve, jeune femme blanche, passionnée par la culture indienne, et qui ne comprend pas pourquoi un indien est devenu policier – la police, c’est le mal absolu. Il est pourtant une scène saisissante, celle où Mary accompagne Jim, blessé, et où celui-ci perd la notion du temps, de ce qui se passe. Jim veut vivre, et quelques temps plus tard, après une autre tentative de meurtre, s’en voudra d’avoir survécu. Il est des personnes qui ne s’embarrassent pas de la vie humaine, et le tueur qui est à sa poursuite, qui a déjà tué à plusieurs reprises, est de ceux-là.

Reste le mobile. La sorcellerie a alors bon dos. Il est tellement facile d’imaginer que c’est un sorcier qui a fait ceci, qui a fait cela, et de ne surtout pas enquêter plus loin. Alors que si l’on part du principe que le crime, les crimes qui se sont étalés sur plusieurs décennies n’ont pas été commis par des indiens, cela ouvre une toute autre perspective.

Un roman policier sombre, tragique, qui montre à quel point faire le mal est facile, et l’empêcher l’est nettement moins.

Roses de printemps de Dot Hutchison

Présentation de l’éditeur :

Quatre mois après l’explosion du « Jardin », où de très jeunes femmes étaient séquestrées, les agents du FBI Brandon Eddison, Victor Hanoverian et Mercedes Ramirez continuent de gérer « l’après » et d’aider les survivantes traumatisées à se reconstruire. Mais avec l’hiver qui s’achève, une nouvelle épreuve attend les trois agents : comme à chaque début de printemps depuis plus d’une décennie, une jeune femme sera bientôt retrouvée morte dans une église, la gorge tranchée et son cadavre entouré de fleurs. C’est ce qui est arrivé à la sœur de Priya Sravasti. Désormais, elle et sa mère sont installées dans le Colorado où elles tentent de prendre un nouveau départ. Mais les fantômes du passé ressurgissent et Priya semble être la nouvelle cible du tueur. Pour le coincer, le FBI compte sur l’aide de la jeune femme. Mais le danger n’est pas forcément là où ils le croient… Et si, contre toute attente, c’était la proie elle-même qui devenait finalement le prédateur ?

Merci aux éditions Amazon publishing et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Peu de romans traitent de « l’après » – ce moment où tout est censé aller bien. Le « jardin », ce lieu où étaient retenues prisonnières de jeunes femmes, jusqu’à leur date de péremption, a beau avoir explosé, les coupables mort (pour l’un) ou sous les verrous (pour les autres), les survivantes souffrent, ont du mal, doivent affronter le regard des autres, de ceux qui les jugent, comme si les coupables c’était elles, et non leurs bourreaux. Le premier tome, le jardin des papillons, avait été virtuose dans son art de nous montrer l’enfermement. Ici, il nous montre la tentative de ces jeunes femmes pour revenir dans le monde, pour reprendre, comme Innara essaie de le faire, le cours de leur vie là où elle s’était arrêtée.

Mais pas seulement. Il n’est que dans les séries télévisées que les enquêteurs peuvent travailler sur une seule enquête en même temps. Ici, Brandon Eddison, Victor Hanoverian et Mercedes Ramirez, aidés par Yvonne, doivent faire avec cette enquête qui revient inlassablement, année après après, parce qu’à chaque printemps, le tueur fait une nouvelle victime. A chaque fois, il tue une jeune fille dans une église, et entoure son cadavre de fleurs – chaque année, des fleurs différentes. Chaque année, de toutes jeunes filles, mais des jeunes filles qui ne correspondent pas à un profil particulier. Un tueur qui a réussi à ne pas se faire prendre pendant plus de dix ans, un tueur qui ne tue qu’une fois par an est d’autant plus insaisissable. Quand les familles pourront-elles mettre un nom sur celui qui les a privés de leur fille, de leur soeur ?

Parmi elle, Priya Sravasti. Elle a maintenant l’âge qu’avait sa soeur quand elle a été assassinée, cinq ans plus tôt. Elle a tissé des liens avec les enquêteurs, ceux qui, année après année, tentent de découvrir qui, tentent d’empêcher un nouveau meurtre. Elle aussi veut savoir et se demande ce qu’elle ressentira pour le jour où elle se retrouvera face à lui. Priya  et sa mère sont des battantes, Priya et sa mère ont surmonté bien des épreuves, et surtout, elles ont appris à vivre avec, avec le souvenir de Chavi, avec les images de sa mort, avec ce qui les unissait et que la mort n’a pas défait. Et les deux femmes font front, de manière bien plus combattive que l’on ne peut le croire.

Course contre la montre ? Pas seulement, parce que cette course est devenue un marathon, face à un tueur qui n’a commis aucune erreur, du moins aucune qui n’ait pu être détectée. Ce récit montre aussi la fascination que certains enquêteurs peuvent avoir pour les affaires non résolues – pensant qu’eux, peut-être, auraient pu faire mieux, ou qu’ils sont capables, là, maintenant, tout de suite de prouver qu’ils font mieux. Ils sont presque aussi effrayants que les tueurs, tant ils en oublient l’humain derrière le numéro de dossier.

Rose de printemps est un polar solidement construit, qui comportent des personnages avec lesquels j’ai aimé partager une intrigue dans laquelle l’humain n’est jamais oublié.

Créance de sang de Michael Connelly

éditions points – 514 pages

Présentation de l’éditeur :

L’ex-agent du FBI Terry McCaleb est à peine remis d’une greffe du cœur quand une inconnue, Graciela Rivers, vient le voir sur le bateau où il se repose et le somme d’enquêter sur la mort d’une certaine Gloria Torres, abattue à bout portant et de sang froid par un tueur masqué, dans une épicerie de la banlieue de Los Angeles. Agacé par l’aplomb de la jeune femme, McCaleb refuse. Mais Graciela insiste et se trouble. Elle lui révèle soudain que Gloria Torres n’est autre que sa propre sœur, et que c’est son cœur qui bat sous l’énorme cicatrice qu’il a encore en travers de la poitrine: cette enquête, Terry McCaleb la lui doit.

Mon avis :

Voici un roman qui commence quasiment par la fin, ou plutôt qui commence là où l’on n’accompagne pas les policiers. Terry était un très bon enquêteur du FBI. Problème : son coeur n’a pas tenu le coup et il a fallu qu’il subisse une greffe de coeur. J’ai presque envie d’ajouter « une vraie greffe de coeur », et non une greffe comme on peut le voir dans certaines émissions, certains téléfilms, la greffe de coeur a eu lieu et hop ! tout va bien, tout est terminé, tout repart comme si rien ne s’était passé, la vie peut (re)commencer.

Et bien non.

Terry va bien, c’est certain, mais l’opération a déjà eu lieu voici deux mois. Il doit prendre des médicaments anti-rejets, sans lequel il ne pourrait pas vivre. Il ne peut pas encore conduire, à cause de l’airbag – mais il pourra tout de même reconduire un jour. Il ne doit pas faire trop d’efforts, il lui est indispensable de surveiller sa fièvre. Mais il s’estime tout de même heureux, sur son bateau, sans soucis autre que de se porter le mieux possible.

Sauf qu’une jeune femme vient le trouver pour lui demander de mener une enquête, sur la mort de sa soeur, Gloria Torrès, tuée lors d’un braquage d’une supérette, ce qu’il ne peut pas : il n’est plus agent du FBI, il n’est pas détective privé. La jeune femme a pourtant un argument de poids : le coeur qui bat dans sa poitrine était celui de sa soeur.

Oui, cela fera effet sur Terry, d’autant plus qu’en enquêteur chevronné du FBI – même à la retraite, on ne se refait pas – il voit des détails qui ont échappé aux enquêteurs. On ne peut certes faire attention à tout, on peut néanmoins ne rien négliger.

Ce n’est pas que le rythme de l’enquête est lent, c’est que le rythme est ralenti par l’état de santé de Terry, et par le manque de soutien qu’il reçoit au début de ses investigations : rares sont ceux qui ont envie de voir le FBI sur ses plates-bandes.  Ils n’aiment pas non plus que Terry trouve de nouvelles pistes, les explore, se fourvoie aussi – il est un enquêteur consciencieux, pas quelqu’un qui table tout sur son intuition.

J’ai aimé suivre cette intrigue, j’ai aimé que le suspense soit maintenue jusqu’au bout. Encore une fois, un très bon roman policier signé Michael Connelly.

La Vénus de Botticelli Creek de Keith McCafferty

 

Présentation de l’éditeur :

Dans la vallée de la Madison, une femme s’est volatilisée, et, cette nuit-là, le hurlement des loups en a réveillé plus d’un. Nanika Martinelli, surnommée “la Vénus de Botticelli Creek”, est une jeune guide de rivière aux cheveux roux qui attire les clients comme les mouches attirent les truites. Lancée à sa recherche dans les montagnes enneigées, le shérif Martha Ettinger découvre avec effroi le corps d’un homme empalé sur les bois d’un cerf géant. Accident ou meurtre ? Serait-ce une piste pour retrouver la disparue que tout le monde croit dévorée par un loup ? Aidée de son ami peintre, pêcheur et privé occasionnel, Sean Stranahan, Martha devra se confronter à un groupe fanatique de défense des animaux, le Clan du Loup à trois griffes, et à leur meneur au charisme destructeur.

Dans leur enquête la plus dangereuse à ce jour, Martha Ettinger et Sean Stranahan jouent les agents doubles face à des humains qui masquent mal leur sauvagerie

Mon avis :

Zut alors, je l’ai déjà fini ! Pas de chance. Pour faire court, j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce livre, avec Sean Stranahan et Martha Ettinger, shérif de son état qui, quand elle n’enquête pas, passe son temps à faire un puzzle en espérant… Je vous laisse deviner quoi.

En attendant que ses désirs se concrétisent (se concrétiseront-ils dans ce tome 3 ?) Martha doit enquêter sur une disparition. En effet, une jeune guide de rivière n’est pas revenue de la randonnée à laquelle elle participait. Qu’a-t-il bien pu lui arriver ? Certainement pas une disparition volontaire, elle qui était la coqueluche de tous les pêcheurs de la région et des journalistes. Alors ? La mobilisation est intense, il n’était cependant pas prévu de trouver le cadavre d’un des cowboys de la région, empalé sur les bois d’un cerf. Accident ? Personne n’y croit véritablement. Alors ? (bis).

Dans ce roman, il est question de la nature (beaucoup), de la protection de la nature, de la rivalité aussi, entre ceux qui possèdent des troupeaux et ceux qui veulent défendre les animaux sauvages. Si l’on a réintroduit le loup, on régule aussi fréquemment sa population – les permis de chasse au loup existent, qu’on se le tienne pour dit. Et si les loups, les pumas, les ours peuvent être des prédateurs pour les gentils herbivores élevés par de non moins gentils éleveurs, il est à noter que le plus grand responsable des bêtes tuées, ce sont les hommes.

Roman policier proche du mouvement Nature Writing ? Pas seulement. Il nous montre aussi les tourments de l’âme humaine et la noirceur de certains être humains. Sean Stranahan veille.

Le croque-mort est bon vivant de Tim Cockey

édition Points – 382 pages

Présentation de l’éditeur :

Hitchcock et Libby, c’est de l’histoire ancienne.
Mais la belle Libby est de retour… Ses deux enfants sous le bras, elle demande à son ancien amant de l’aider à retrouver sa nurse, disparue depuis une semaine. Hitch, croque-mort de profession et détective malgré lui, se lance dans l’enquête… IL devra garder tout son sang-froid pour ne pas perdre le fil d’une histoire fort encombrante.

Mon avis :

Hitchock est un croque-mort, un croque-mort qui a de l’humour, et qui se retrouve avec quelques soucis personnels en plus qu’un travail particulièrement prenant : son ex, qui l’a quitté il y a six ans pour se remettre avec son fiancé de l’époque, est de retour. Oui, elle a bien épousé son fiancé, ils ont eu deux enfants, et là, elle l’a quitté définitivement, le nez qu’il lui a cassé a été l’élément déterminant pour qu’elle plie armes et bagages. Oh, bien sûr, il se trouvera quelqu’un pour lui dire qu’il faut qu’elle parle avec Mike, son mari, qu’elle mette les choses à plat. Non, ce n’est pas Hitchock, pour lui, la décision prise par Libby est la bonne, point. Seulement, ils sont un autre souci : Sophie, la si douce nounou de ses enfants, a disparu. Elle charge donc Hitch de la retrouver. Ce sera rapide : son corps est retrouvé par la police, qui conclut à un suicide, ce que ni Libby, ni la famille de Sophie ne croit possible. Hitch continue donc son enquête à peine commencée, tout en exerçant son métier, forcément, qui n’est pas sans intéresser un de ses tout jeunes voisins – les vocations, cela existe.

Il continue, et il dérange – un peu, beaucoup, au point qu’il y aura un autre mort et là, il sera difficile de parler de suicide, même si la police – encore elle – penche plutôt vers le banal accident avec option délit de fuite. Hitch reçoit l’aide de Julia, son ex-femme hautement extravagante, qui assume parfaitement son extravagance (et tant pis pour ceux que cela dérange), il tente aussi d’aider un proche à mettre de l’ordre dans sa vie sentimentale, afin aussi de sauver les assiettes et autres poêles qui peuvent encore être sauvées (et non passées par la fenêtre).

Ce qu’il trouve ? Ce n’est pas joli-joli. Il est des personnes qui sont prêtes à tout pour obtenir ce qu’elles veulent, sans penser aux dommages qu’ils peuvent causer. J’ai aimé aussi que l’on énonce des vérités simples mais trop souvent oubliées : le responsable d’un meurtre, c’est le meurtrier, pas la personne qui avait conseillé ceci ou cela à la victime, pas l’employeur qui n’a rien vu (parce qu’on ne lui a rien dit non plus), pas le copain qui a donné un coup de main et s’est planté, non : le coupable, c’est celui qui a décidé de supprimer une vie parce qu’il estimait que cette personne le gênait.

Même si, comme le dit son ami Pete Munger, Hitch est habitué à « voir des morts », Hitch voit surtout, dans son métier, des morts qui étaient aimés par leur proche, des morts qui laissent un vide, des morts pour lesquels famille et amis organisent une cérémonie personnalisée, au plus près des goûts du ou de la défunte(e), pas des morts qui ont été littéralement abandonnés et à qui il faut rendre justice.

Et comme le dit Hicht : La vie continue. J’avais des gens à enterrer. 

Le Naturaliste par Andrew Mayne

Présentation de l’éditeur :

Le professeur Theo Cray, biologiste computationnel, sait déceler des motifs cohérents là où d’autres ne voient que le chaos. Aussi, quand des corps mutilés sont retrouvés au cœur des bois du Montana où il fait des recherches, Theo comprend vite que la police, qui a conclu à des attaques de grizzli, se trompe de coupable.

Plus familier des codes digitaux et des microbes que de l’art de la médecine légale, le professeur va se retrouver au cœur d’une enquête complexe et déroutante après l’assassinat de l’une de ses anciennes étudiantes, au point d’être lui-même soupçonné d’être le tueur. Pour garder une longueur d’avance sur la police, Theo devra faire appel à tous ses talents de scientifique pour confondre le véritable assassin. Saura-t-il faire preuve d’autant d’intelligence que le prédateur qu’il poursuit, ou en deviendra-t-il la proie ?

Mon avis :

Le professeur Théo Cray n’est pas fait pour être enquêteur, ce n’est pas, mais alors là pas du tout son métier, qu’il passe d’ailleurs un temps fou à expliquer. Asocial ? Oui, sans doute. Cependant, il ne s’attendait certainement pas à se retrouver à apprendre la mort d’une de ses anciennes étudiantes – ni à imaginer que la police puisse le suspecter, lui qui ne l’a pas vue depuis des années. Il s’en veut, aussi, un peu comme un père qui n’aurait pas su protéger ses enfants : s’il l’avait mieux averti des dangers de la montagne, elle ne se serait pas fait tuer par un ours.

Seulement, plus il en apprend sur Juniper, plus il découvre qu’elle était en fait parfaitement au courant des précautions à prendre, et qu’au cours de ses précédents travaux, elle l’avait parfaitement fait. Theo ressent alors le besoin de creuser, et découvre qu’elle n’est pas la seule à être morte de cette façon dans la région. A chaque fois, les disparitions ont été vues comme de simples disparitions, et les morts, s’ils étaient retrouvés, comme des victimes d’attaque. Il est tant d’animaux sauvages dans le Montana.

Un peu facile ? Oui, peut-être, certainement. Les habitants de Red Hook semblent résignés, pas vraiment décidés à chercher trop loin qui pourrait être responsable. il s’agit avant tout de vivre et de survivre, dans une petite ville minée par le chômage, dans laquelle beaucoup de ses habitants se sont engagés, et ne sont pas forcément revenus. L’armée, ou la solution au chômage.

Ce qui m’a surprise, c’est à quel point le système judiciaire américain, hors des grandes villes, pouvait être déficient. Médecin légiste ? Un métier très rare dans les plaines du Montana. Coroner ? N’importe qui peut le devenir, et dire qu’un décès est accidentel – les meurtriers peuvent dormir tranquilles.

Oui, le tueur en série est une spécialité américaine. De vrais spécialistes devraient se pencher sur la question. Moins un état est peuplé, plus les personnes qui disparaissent sont insignifiantes – prostituées, droguées, ou les deux à la fois – plus ils peuvent agir en toute impunité. Rares sont les empêcheurs de tuer en rond comme Theo Cray. Lui est prêt à tout, pour prouver la vérité et sauver qui peut encore l’être – et les policiers n’aiment pas qu’on leur montre ce qu’ils n’ont pas été capables de découvrir pendant des décennies. Il est un personnage et un narrateur hautement recommandable, qui est pour beaucoup dans l’intérêt de ce roman.

Reine de beauté de Amy K Green

Présentation de l’éditeur :

La communauté de Wrenton, dans le Maine, est sous le choc : le corps de Jenny Kennedy, reine de beauté de treize ans, vient d’être retrouvé à l’orée des bois, dans une chemise de nuit rose, un bouquet de fleurs à la main.Le coupable ? Tous désignent un garçon simplet, fervent amateur de concours de miss. Seule Virginia, la demi-sœur de la victime, récuse cet avis. Si elle détestait sa cadette presque autant qu’elle déteste la famille parfaite recomposée par son père, elle n’en connaissait pas moins les secrets troubles de la belle adolescente. Des secrets qui les unissaient malgré elles… Pourquoi remuer le passé quand tout le monde semble s’accorder sur un coupable ? Pourquoi prendre le risque de souffrir, encore ? Mais Virginia veut savoir. À tout prix. Quitte à révéler le vice sous la blancheur des façades à bardeaux blancs de ce village paisible. Quitte à pénétrer sur le terrain de chasse du plus terrible des prédateurs…

PicaboRiverBookClub

Mon avis :

Il est difficile de parler de ce roman parce qu’il n’est pas aimable, dans le sens où il ne fait rien pour vous montrer des situations agréables, où aucune scène, aucune page n’est réellement plaisante, tant la réalité qu’il montre est poisseuse. J’ai eu de la peine, pour ne pas dire que je n’ai pas pu m’attacher à un personnage. Je ne veux pas dire que le récit n’est pas intéressant, loin de là, je dis simplement qu’il est assez rude.

Prenons les deux narratrices, que nous suivons pas à pas : Virginia d’un côté, Jenny de l’autre, voix de la vivante, voix de la disparue. Elles sont demi-soeurs, et pas proches du tout. Pour quelles raisons ? J’ai presque envie de dire : c’est simple. L’une, Virginia, est issue du premier mariage de son père, sa mère s’est suicidée, son père s’est remarié, a eu une seconde fille, merveille du monde aux yeux de sa mère, qui n’a pas véritablement prêté attention à sa belle-fille : la marâtre de Cendrillon, version indifférente. Seulement, il apparaît très vite que, si elle semble une bonne mère aux yeux de tous, elle passe son temps à présenter sa fille à des concours de beauté, toujours sur les routes, toujours à soigner l’apparence de sa fille, sans se préoccuper d’elle, de ce qu’elle ressent, au point de très mal vivre sa décision d’arrêter les concours et de lui faire consulter la psy de l’établissement scolaire à cause de cela. Pour moi, c’était plutôt un signe de bonne santé mentale ! Celle-ci craignait de plus que sa fille ne gâche sa vie, comme sa belle-fille, ne déçoive son père – la preuve, celui-ci passe de moins en moins de temps en famille, lui qui, déjà, ne revient que le week-end, se consacrant toute la semaine à son travail. Au secours ! Comme une mère peut-elle rendre responsable sa fille de ce qui ne va ni dans son couple, ni dans sa vie ? Comment un père ne peut s’intéresser à ses filles – Virginia et Jenny sont à égalité – que lorsque celles-ci le rendent fiers, satisfont ses volontés ? Je suggèrerai volontiers une thérapie familiale, si ce n’est que la psy du collège me semble avoir elle aussi trop de soucis à régler pour s’intéresser véritablement aux jeunes patients qui l’entourent. Elle a même connu Virginia quand celle-ci était élève, à l’époque où son propre mal-être a commencé : personne ne s’est interrogé, là non plus, la regardant s’enfoncer, quand on ne l’enfonçait pas encore plus.

Aujourd’hui, Virginia veut rendre justice à sa soeur, cible de tordus qui parcouraient les concours de beauté, ce que tout le monde trouve normal jusqu’à ce qu’un drame se produise. Son enquête l’amène autant à découvrir des pans de la vie de sa soeur qu’elle ignorait, à prendre conscience aussi qu’elle ignorait complètement tout de sa soeur, et qu’elle doit aussi faire le point sur sa propre vie, comme pour se délester de tout ce qui lui pèse, tout ce qui l’empêche de construire sa vie. Oui, son enquête lui fera découvrir beaucoup, sur le monde collégien où évoluait sa soeur, sur sa famille, sur sa propre vie enfin. Rien de rose, rien de rassurant, rien à se raccrocher. La presse se délecte du moindre ragot. La police n’est pas toujours à la hauteur. Il est tellement plus simple de ne pas chercher trop moins – surtout quand l’on trouve tout de suite le coupable idéal. Certes, Virginia parviendra à remuer un peu toute cette mare bien vaseuse. Est-ce satisfaisant ? Pas du tout. D’ailleurs, le dénouement ne l’est pas réellement, même si le lecteur saura réellement tout, et peut-être plus qu’il n’aurait voulu, tant la fin est, à mes yeux, désespérante.

Reine de beauté – un roman sans espoir.