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Une vérité à deux visages par Michael Connelly

édition Calmann-Lévy – 432 pages

Présentation de l’éditeur :

Travaillant toujours bénévolement aux affaires non résolues pour la police de San Fernando, Harry Bosch est appelé sur une scène de crime dans une pharmacie. Les deux employés, père et fils,viennent d’être assassinés par des tueurs à gages et toutes les pistes s’orientent vers un trafic de médicaments antidouleurs qui, pris inconsidérément, se transforment en véritables drogues. Bosch n’hésite pas une seconde et se lance dans l’enquête.
Mais voilà qu’il est soudain accusé par la police de Los Angeles d’avoir, trente ans plus tôt, trafiqué des éléments de preuve pour expédier un tueur en série au couloir de la mort. Bosch va devoir prouver son innocence, et la partie est loin d’être gagnée d’avance. Car il existe bien deux sortes de vérité: celle qui conduit à la liberté et l’autre, qui mène aux ténèbres…

Merci aux éditions Calmann-Lévy et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Le problème, quand on est un policier qui devrait être à la retraite mais a repris du service, c’est que l’on peut être rattrapé par de vieilles affaires. Ce serait certainement valable également si le policier était bien gentiment, chez lui, à profiter de la retraite en sirotant son whisky, son bourbon, ou toute autre boisson alcoolisé que l’on voit toujours les policiers prendre pour se remettre de leurs émotions. Cette affaire qui remonte à la surface, ce n’est même pas un cold case, non, cela prend le chemin d’une erreur judiciaire, même pire : une erreur due au fait qu’un policier, en l’occurrence Harry Bosch, aurait trafiqué des preuves pour mettre en prison un innocent. Tout ceux qui lisent les enquêtes d’Harry Bosch le savent : jamais il ne ferait une chose pareille, ce serait « impensable », pour reprendre le titre d’un des derniers romans le mettant en scène. Lui le sait, comme il a la certitude qu’il a bien mis le bon coupable derrière les barreaux, comme le sait aussi la soeur de la victime. Reste à savoir comment cette nouvelle preuve a pu arriver là, et qui avait intérêt à la trafiquer, tout en incriminant Bosch. Parce que non, il ne suivra pas le conseil de son ex-coéquipière, non, il n’incriminera pas un collègue décédé, pour la simple et bonne raison qu’il sait très bien qu’il n’y est pour rien. Puis, accuser les disparus, c’est à double tranchant : un « disparu » peut réapparaître, et ce n’est pas forcément confortable.
Les enquêtes du passé n’empêchent pas les enquêtes du présent, et Bosch doit enquêter sur la mort de deux pharmaciens, le père et le fils, abattus par des tueurs en pleine journée, des tueurs qui n’ont même pas pris la peine de simuler un cambriolage. Bosch n’a pas l’intention de laisser ces deux meurtres impunis, et ce que lui et ses coéquipiers découvrent au fil de l’enquête le mènera bien plus loin qu’il ne l’aurait cru. Il ne s’agit pas tant de dénoncer les failles du système médical, que de montrer comment l’on peut rendre quelqu’un dépendant d’un médicament contre la douleur, puis le laisser se débrouiller après, seul avec son addiction : il est des personnes à l’affut pour aider ses personnes, organiser un trafic, et s’en mettre plein les poches. Les dégâts provoqués ? Tant qu’ils n’affectent pas leur porte-monnaie, peu leur importe de laisser des personnes dans la dépendance.
Tout au long de l’affaire qui l’a mis en cause, Harry a pu compter sur son frère : Jusqu’à l’impensable avait vraiment permis leur rapprochement. Mickey Haller est un avocat qui connaît le droit. Cela semble évident, cela ne l’est pas pour tous. Il peut aussi compter sur Cisco, son enquêteur, qui connaît suffisamment les aléas de la vie pour être véritablement efficace.
Une troisième enquête s’ajoute aux deux autres, une enquête qui n’en est plus vraiment une : quinze ans qu’Harry et d’autres policiers cherchent à résoudre la disparition d’une femme, quinze ans qu’ils soupçonnent son mari, et qu’ils ne parviennent pas à le prouver. Elle sera résolue elle aussi, pas vraiment de la façon qu’Harry le pensait.
Le roman se termine sur la promesse d’une nouvelle enquête, j’espère que ce sera le sujet du prochain roman mettant en scène Harry Bosch.

Formation d’élite par Lee Child

Présentation de l’éditeur :

1996. Jack Reacher fait encore partie de l’armée. Revenu d’une mission où il a exécuté deux criminels de guerre en Bosnie, il est décoré. Mais, aussi étonnant que cela paraisse, il est aussi renvoyé à l’école avec deux autres agents tout aussi brillants et décorés que lui. Pourquoi ? Il se le demande encore lorsqu’il apprend qu’une cellule djihadiste dormante basée à Hambourg et infiltrée par la CIA vient d’entendre parler d’un traître américain. Cet homme aurait quelque chose à vendre à des terroristes islamistes… et, potentiellement, à d’autres individus tout aussi dangereux, mais d’un genre différent. Le tout pour la coquette somme de cent millions de dollars.
Reacher se voit ainsi confier la tâche de retrouver cet homme, de chercher à savoir ce qu’il est prêt à vendre à ce prix et, naturellement, de faire tout ce qu’il faut pour l’arrêter. Car, si personne ne paie, les conséquences seront absolument catastrophiques…

Merci à Netgalley et aux éditions Calmann-Levy

Mon avis :

Depuis quelques opus, Jack Reacher ne mène plus systématiquement ses missions sur le territoire américain. Pour celle-ci, il se rend en Allemagne, où se déroulera une grande partie de l’action. Il faut dire aussi que, dans ce volume, nous faisons un bond dans le passé, et Reacher appartient encore à la police militaire.

Nous sommes en 1996, et près une mission réussie (nous sommes deux ans après la guerre dans les Balkans), Jack est renvoyé à l’école avec un agent de la CIA et un autre du FBI. Couverture : il leur faut retrouver un traitre américain. Chance : Reacher trouve une piste assez vite. Oui, je suis assez optimiste, je me dis que nous sommes dans un roman, et que dans la réalité, il y aurait eu beaucoup plus de tâtonnement.

Nous suivons aussi le parcours du « traitre », et je l’ai trouvé parfois franchement maladroit. Oui, si vous lisez ce livre, vous trouverez peut-être que l’adjectif est mal choisi, cependant je pense que quelqu’un qui, depuis des années, planifie son existence en vue d’empocher une forte (très forte) somme d’argent dans l’objectif de trahir son pays, une personne qui tend à rester invisible bien qu’elle ait commis quelques erreurs dans le passé, puisse craquer ainsi.

Ce n’est pas forcément la seule fausse note que j’aurai relevée dans ce volume qui, en dépit des enjeux, m’a semblé bien ronronnant. La mécanique est bien huilée, l’enquête progresse en mode « américain sauveur du monde », qui agisse sur le territoire allemand un peu comme s’ils étaient chez eux. Il faut bien garder à l’esprit aussi en lisant qu’en 1996 la réunification était récente, la guerre froide, pas si lointaine, et les craintes qui y étaient liées, assez énormes.

Il est cependant un personnage qui trouve grâce à mes yeux : Griezmann, le policier allemand. Il fait son métier, et c’est déjà beaucoup. Il respecte les règles, et c’est bien plus important qu’on ne le croit. Il n’aime pas voir un crime impuni, qui pourrait le lui reprocher ? Il est, même si son physique déplait à Reacher (tout le monde n’est pas une machine de guerre humaine), éminemment sympathique, et ce, à chacune de ses apparitions, toujours motivée pour le bien de l’une ou de l’autre enquête.

Ce que nous montre le roman, c’est la montée de l’extrémisme, du racisme, et s’il est facile de voir après coup, il faut aussi se dire que l’on ferait bien de regarder autour de nous.

Un roman essentiellement pour les fans de l’auteur et de son personnage.

Des morts à la criée d’Ed Dee

Présentation de l’éditeur :

Depuis huit ans, les inspecteurs Joe Gregory et Anthony Ryan ont été mutés de la brigade des homicides de New York à la toute nouvelle section de répression du crime organisé. Par une nuit de décembre, en 1982, les deux hommes tentent de localiser Bobo Rizzo, le truand qui tient sous sa coupe depuis trente ans « la criée », le célèbre marché aux poissons de Fulton. Mais comme la municipalité prévoit de construire dans le secteur un complexe de galeries marchandes, il vaut mieux savoir à l’avance quels « ennuis » ce projet va entraîner du côté des mafiosi. En planque sur les quais, Joe et Anthony remarquent plusieurs individus en train d’immerger un gros tonneau blanc dans l’eau du port. Persuadés que le récipient contient un cadavre, ils alertent la brigade fluviale. Au petit matin, ses plongeurs repêchent, non pas le baril blanc, mais une poubelle rouillée qui, surprise, contient un squelette tenant entre les dents un écusson de la police de New York. Il s’agit de Jinx Mulgrew, un flic disparu dix ans plus tôt, la veille de sa comparution devant une commission spéciale pour corruption et complicité avec le milieu.

Mon avis :

L’action se passe en 1983 et cela se voit. L’écologie ? On repassera ! Jeter ses déchets dans le fleuve est normal, y compris pour les policiers. Les femmes dans la police ? Euh… Vous voulez parler des femmes des policiers, soutien moral indispensable à leur policier de mari. Les indics ? Connus et reconnus, listés pour ainsi dire, comme des membres à part entière du système judiciaire américain – nous sommes quinze ans avant les Experts et New York Police criminelle. Nous sommes cependant quatre ans avant la sortie de la série télévisée Un flic dans la mafia, qui a obtenu, si mes souvenirs sont exacts, un assez grand succès.

Il est en effet question d’un temps que les moins de trente ans ne connaissent qu’à travers des films plutôt que des romans policiers, un temps où l’on cherchait à démanteler la mafia. Un temps, aussi, où l’on avait beau être américain, l’on était avant tout d’origine italienne ou d’origine irlandaise, comme Joe et Anthony. Oui, cela avait autant d’importance que la couleur de peau ou la religion – même si je n’ai pas vraiment l’impression que beaucoup de policiers soient afro-américain à cette époque. Un temps où l’on se mettait en planque, sous les indications d’un indic pour trouver des preuves, et où l’on pouvait trouver tout autre chose.

C’est le premier roman de la série, pourtant le dénouement semble indiquer la fin d’une époque, la fin du duo Ryan/Grégory à cause de ce qu’ils ont découvert, pendant l’enquête en cours. Joe n’est, dans ce volume, pas le même que dans le troisième – et je trouve que cela manque de cohérence, parce que j’aurai aimé qu’il garde la sensibilité, pas énorme, certes, mais existante, qu’il a dans ce volume. Pour l’auteur, l’évolution de ses personnages est peut-être évidente, elle ne l’est pas pour moi, maintenant que je clôture la lecture de cette série par le tome 1. Certains faits sont particulièrement marquants, pourtant il m’a vraiment manqué beaucoup de choses pour que j’apprécie pleinement ce roman – c’est simple : je ne me suis pas attachée aux personnages, pas même aux victimes, et c’est tout de même très ennuyeux.

Les Points de fuite par Frédérique Molay

Présentation de l’éditeur :

New York : une jungle urbaine, un concentré de violence, une mosaïque de couleurs. Branchée, survoltée, époustouflante, c’est la ville où « rien n’arrête le regard, à part le point de fuite ». Ce jour-là aurait dû être un jour comme les autres pour Elaine Casey. Mais alors qu’elle et son fils visitent le musée national des Amérindiens, tout bascule en quelques minutes : l’enfant a disparu. Les détectives de la Division des enquêtes spéciales de la police de New York ont rapidement la certitude qu’il a été enlevé.

Merci à Netgalley et aux éditions Amazon publishing pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce roman est différent des autres polars écrits par Frédérique Molay – déjà, il ne met pas en scène son enquêteur fétiche, et se passe loin de la France. Pourtant, j’ai retrouvé des thèmes déjà explorés dans son oeuvre : le poids du passé sur le présent des personnages, l’importance de la création artistique ou les conséquences d’un acte criminel sur les familles des victimes. C’est pour cette raison que je ne peux pas dire que ce polar est agréable à lire : non, il n’est pas agréable de lire la détresse d’une mère dont l’enfant est aux mains d’un homme qui peut lui faire du mal (on enlève rarement un enfant pour son bien). Non, il n’est pas agréable de lire la détresse de Tom, la folie grandissante du ravisseur, et de se dire que le danger est permanent, qu’un rien peut tout faire basculer. Le lecteur qui ouvre ce livre sait très bien que ce n’est pas une lecture confortable, douillette, reposante, même si les enquêteurs font de leur mieux, même si l’alerte Amber est bien rôdée, le risque est là, et bien là.

Le passé, c’est le 11 septembre, qui a laissé des traces, même dix-huit ans plus tard, certains en paient encore le prix dans leur chair. C’est pourtant un passé dont on parle peu : Sarah, l’enquêtrice, n’a pas envie de dire que son frère est un des pompiers qui est mort ce jour-là. La douleur ne se partage pas. Elle n’est pas la seule à avoir utilisé ce mécanisme de survie, aux conséquences parfois désastreuses. Il n’est pas de deuils heureux. Mais les romans peuvent avoir des fins apaisés. J’ai choisi ce logo, parce que Chablis avait deux ans en 2001.

 

 

 

 

Un couple irréprochable d’Alafair Burke

Présentation de l’éditeur :

Angela, trente ans, vit une vie confortable et routinière avec son fils surdoué de treize ans et Alex, son mari, professeur d’économie en pleine ascension professionnelle. Mais leur bonheur de façade explose lorsque Alex est soupçonné d’être un prédateur sexuel, et que l’une des deux jeunes femmes qui l’accusent disparaît. Tandis que la presse de tout le pays se repaît du scandale, Angela est partagée entre la honte, le désir de défendre son mari, et le besoin de préserver un sombre secret.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier les éditions Presse de la Cité et Netgalley pour leur confiance.

Je l’admets, j’avais une petite appréhension en ouvrant ce livre, peur de ne pas aimer autant les livres de la fille que ceux du père. Il faut dire aussi que l’écriture, le lieu, sont bien différents. Assez de ces considérations, entrons dans le vif du sujet.
Tout d’abord, je dois dire que je n’ai pas apprécié le personnage d’Alex, ce professeur d’économie à qui tout réussit dans sa vie personnel et sa vie professionnelle. Il est beaucoup trop lisse, et tient à ce que cela se sache. Il semble toujours d’humeur égale, rien ne paraît pouvoir le contrarier, il protège sa femme et son fils avec limpidité.
Angela, c’est autre chose. Elle a plus d’aspérité, mais est-elle attachante pour autant ? Je n’ai toujours pas d’avis à ce sujet. A vrai dire, seule Trisha, sa meilleure amie, déterminée à avoir une vie meilleure que celle à laquelle elle était promise, m’a touchée. Trisha, qui a quitté leur ville natale voilà une bonne douzaine d’années, comme elle avait toujours projeté de le faire. Angela cache un secret, oui, ou plutôt, elle le partage avec sa mère, qui est prête à tout pour défendre sa fille, et l’a prouvé – prête à tout, cela veut dire pousser à bout la police qui a considéré Angela comme une fugueuse quand elle a disparu, alors qu’elle avait bel et bien été enlevée. Elle a retrouvé la liberté, au bout de trois ans, avec un bébé en prime. Alors, non, elle n’a pas envie d’en parler, seuls de très proches, en plus de sa mère, sont au courant – son mari Alex en fait partie. Elle n’a pas envie que son mari s’en serve pour sa carrière, encore moins pour sa défense, parce que c’est bien de cela qu’il s’agit.
Nous le savons dès le début de l’oeuvre : une jeune femme, qui accusait Alex de harcèlements sexuels, est portée disparue. Une autre jeune femme l’a aussi accusée de harcèlement – une de ses étudiantes. Pour Angela, au début, il est totalement impossible qu’Alex ait commis ce dont on l’a accusé. Puis le temps passe, les faits s’accumulent, et les questionnements surviennent.
Le roman se focalise sur Angela, sur son passé, sur son présent pendant lequel elle fait tout pour éviter ce qui peut lui rappeler son passé – y compris rendre visite à sa mère, ou même lui téléphoner. Pourtant, elles restent très liées, leur affection est sincère, la mère d’Angela n’a jamais cherché, contrairement à ce que l’on peut lire dans d’autres romans, à profiter matériellement de ce que sa fille a subi. Il n’est pas question pour Angela de consulter un psy, il n’est pas question aussi de creuser ce qui concerne son passé, il est parfois même peu question d’approfondir certains événements vécus avec Alex. Ou jusqu’où est-on prêt à aller pour préserver la bulle de tranquillité dans laquelle on vit ? Pas de chance pour Angela : elle éclate.
Il est peu de dire que rien n’est simple. Surtout pas pour les femmes. Et si nous avions là, le sujet central du livre ? On peut penser que la condition féminine progresse, on peut en douter. Quoi qu’il arrive, quoi qu’ait fait l’homme, c’est trop souvent parole contre parole. Même les preuves, quand elles existent, sont sujettes à caution, et n’empêchent pas l’opinion publique de parler, de chercher ce que la femme a pu faire pour provoquer cela. Et si, avant, on pouvait espérer ne pas entendre tout ce qui se disait au café du commerce, l’usage des réseaux sociaux n’arrange rien, à moins de résister à la tentation d’aller lire ce qui se dit sur vous.
Alors, oui, j’ai pensé en lisant ce livre à des oeuvres que j’avais déjà lus auparavant, parce que les mêmes thématiques étaient explorées. Ce qui distingue ce livre est peut-être de montrer que quel que soit le milieu dans lequel on évolue, que l’on soit riche, moins riche, que l’on ait quitté l’école tôt ou que l’on ait brillamment étudié, que l’on vive dans un trou perdu ou dans un très beau quartier résidentiel avec une maison pour épater la galerie, les violences faites aux femmes existent partout.
Quant à l’intrigue, je pense que son déroulement surprendra plus d’un lecteur, même si elle a été un peu lente à se mettre en place.

Un saut dans le vide d’Ed Dee

Présentation de l’éditeur :

Les inspecteurs Anthony Ryan et Joe Gregory sont bloqués dans la circulation de Times Square lorsqu’une silhouette tombe d’une terrasse et s’écrase sur une camionnette en stationnement.
La victime est une jeune actrice, Gillian Stone. Accident ? Suicide rituel ? Assassinat ? Ryan, qui s’est précipité pour tenter de la sauver en lui faisant du bouche-à-bouche, croit l’avoir entendue dire  » Je t’aime  » avant de mourir. Une chose est sûre : elle avait les lèvres poisseuses. Empoisonnement ? Anthony Ryan se lance dans l’enquête. Et, horreur, découvre que son neveu, Danny, a connu l’actrice et était avec elle quelques heures avant sa mort.

Mon avis :

Quatrième et dernier volume des enquêtes de Ryan et Gregory, Un saut dans le vide nous offre un dénouement mélancolique. Le titre peut en effet se voir comme une référence à leur enquête, et comme un rappel de la mort du fils de Ryan, décédé lors d’un accident d’ULM, dans l’Utah. C’était il y a un an : Ryan et sa femme font avec, leur douleur, l’absence, tout ce qui n’a pas été dit et fait. Nouveau point commun avec Gregory qui lui aussi a perdu son fils.

L’enquête pourrait ne pas en être une : pour tout le monde, Gillian s’est suicidée. Point. Fin de l’histoire. Gillian était sur le point de subir un test anti-drogue, à la demande du producteur du spectacle dont elle devait faire partie, et pourtant, tout son entourage en était sûr, elle ne se droguait pas, ce que l’enquête confirmera. Alors, que se passait-il donc ?

J’ai envie de vous faire la version courte de ce polar, qui, comme certains l’oublient trop souvent dans une société de l’immédiateté, puise ses racines dans le passé des différents protagonistes, y compris les personnages secondaires : Gillian avait une soeur, récemment retrouvée, et celle-ci doit faire avec, une enfance ballotée de famille d’accueil en famille d’accueil pas toujours bienveillante, pour finir avec une mère biologique culpabilisante, qui « avoue » ce qu’elle a fait et recherche le bébé qu’elle a abandonné quand elle avait quinze ans. Vous avez dit « poids de la religion ? » Oui, et poids de la culpabilité aussi, que beaucoup se retrouve à porter – et le recours à la psychanalyse, pour certains, ne change strictement rien, et ne vient qu’ajouter de la culpabilité à la culpabilité. Et ce sentiment, on peut l’exploiter, d’une manière ou d’une autre, à moins que sa victime ne finisse écrasée sous son poids. La mort de Gillian n’est qu’un fait, dans un plus vaste réseau où chacun cherche avant tout le profit pour soi. A quoi bon faire semblant de se préoccuper d’autrui ?

Un saut dans le vide est un polar solide, bien construit, dont l’épilogue nous offre non pas un peu d’espoir, mais un peu d’apaisement.

Dernière chance pour Alex Cross de James Patterson

édition Jean-Claude Lattès – 349 pages

Présentation de l’éditeur :

Alex Cross est habitué aux affaires criminelles les plus complexes et les plus atroces, mais aucune d’elles n’aurait pu le préparer à trouver un jour, devant sa porte, une collègue chargée d’une terrible nouvelle.
La famille d’Alex Cross a été kidnappée par un psychopathe du nom de Thierry Mulch, qui menace de la supprimer. Fou de rage, malade d’inquiétude, Cross ferait tout pour sauver les siens – Bree, Nana Mama et ses merveilleux enfants. Mais Mulch se moque de l’argent et plus encore de la pitié ; il a voué son existence à l’étude de la psychologie du criminel parfait. En volant au secours de sa famille, Cross découvre enfin la sinistre vérité : Thierry Mulch ne souhaite pas devenir un criminel parfait, il veut en fabriquer un. Et il a choisi Alex Cross comme cobaye pour son expérience perverse de confrontation du bien et du mal.

Mon avis :

Ceci est la vingt-deuxième enquête mettant en scène Alex Cross, et depuis la douzième, j’ai un peu décroché. J’ai d’ailleurs fait l’impasse sur plusieurs d’entre elles, la vingt-et-unième notamment, et ai constaté quelques ratés dans la série. Si vous souhaitez découvrir cet auteur, tournez-vous plutôt vers les toutes premières enquêtes, là où la vraisemblance a encore droit de cité.

Ici, ce n’est pas vraiment le cas. La famille d’Alex Cross est en danger – depuis plusieurs volumes, elle est toujours en danger. Je ne compte pas le nombre de fois où les compagnes successives d’Alex Cross ne furent des cibles, voire des victimes pour ses adversaires. Femme et mère, dans le cas de Maria et de Christine, enlevée alors qu’elle était enceinte. Seulement, cette fois-ci, c’est sa famille tout entière qui l’est, en ayant été kidnappée par un tueur en série, qui veut forcer Alex Cross à devenir un tueur à son tour. Le marché est simple : soit tu tues, soit je tue un des membres de ta famille. Contrairement à son comportement dans un volume précédent, le docteur Cross n’est pas naïf est il sait pertinemment que Mulch n’épargnera personne. Il n’est à aucun moment question de rédemption possible, et le portrait du tueur, et de ceux qui gravitent autour de lui, est édifiant : ils aiment tuer. Ils n’ont aucune crainte du châtiment, ni de la justice des hommes, ni de la justice divine, puisqu’ils ne croient pas. Par contre, ils excellent à manipuler les autres, en brandissant, justement, cette menace de justice divine. Sauf qu’il ne faut pas confondre meurtre de sang froid et légitime défense, donc acte.

L’auteur utilise toujours la recette qui a fait son succès : des chapitres courts, percutants, une enquête menée tambour battant, et Alex Cross qui reste humain, adjectif qui recouvre beaucoup de comportement, mais certainement pas de sacrifier des innocents pour sauver les siens. Si, comme moi, vous êtes sensibles à la géolocalisation des romans, vous découvrirez que celui-ci se passe en partie en Virginie-Occidentale, dans le Nebraska, et pour terminer en Louisiane – ou comment visiter les Etats-Unis des White trash.

Alex Cross est noir, et cela n’échappe pas aux policiers qui ne le connaissent pas et voient avant tout un noir, et non pas le docteur émérite, qui dut enquêter sur tant de cas difficiles. Damon n’est pas le fils de ce brillant membre du FBI, il est un garçon noir, qui vient d’une banlieue « difficile ». Mulch est blanc, rose, pourrai-je dire, si j’étais aussi moqueuse que ses camarades de classe. Les enfants sont cruels, ils le sont d’autant plus quand leur victime ne reçoit aucun soutien de la part des siens. Même enfance, ou presque, pour son alter ego, si ce n’est que l’élevage d’alligator remplace les cochons. L’absence totale d’empathie est aussi un point commun. Heureusement, une enfance douloureuse ne signifie pas que l’on deviendra un brillant tueur.

Et là, bien sûr, je me retrouve dans la case « invraisemblance » – l’écriture de Patterson est efficace, elle empêche de se poser trop de questions sur comment tels ou tels faits est possible.Par contre, j’ai aimé revoir John Sampson, son éternel coéquipier, aussi présent dans ce volume qu’Aaliyah, la jeune policière qui est un soutien constant pour Alex Cross. Autres figures marquantes : Minerva Frost et son fils alliés précieux – parfois, un coup de pouce du destin ne fait pas de mal.

Les fans apprécieront, les autres devraient commencer par un autre volume, pour mieux cerner l’univers de l’auteur.