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Le couple d’à côté de Shari Lapena

Présentation de l’éditeur :

Anne et Marco sont invités à dîner chez leurs voisins. Au dernier moment, la baby-sitter leur fait faux bond. Qu’à cela ne tienne : ils emportent avec eux le babyphone et passeront toutes les demi-heures surveiller le bébé. La soirée s’étire. La dernière fois qu’ils sont allés la voir, Cora dormait à poings fermés. Mais de retour tard dans la nuit, l’impensable s’est produit : le berceau est vide.
Pour la première fois, ce couple apparemment sans histoire voit débarquer la police chez lui. Or, la police ne s’arrête pas aux apparences… Qu’est-ce que l’enquête va bien pouvoir mettre au jour ?

Merci à Netgalley et aux éditions Presse de la cité pour ce partenariat.

Mon avis : 

J’ai vraiment été happée par la lecture de ce roman. Thriller, oui, mais aussi roman qui nous fait réfléchir sur tous les non-dits, les petits secrets qui modifient notre rapport aux autres.
Le point de départ n’est pas sans rappeler un fait divers qui a eu lieu il y a quelques années : un couple décide d’aller dîner chez ses voisins en laissant son bébé seul. Aller voir leur fille toutes les demi-heures, garder le baby phone à porter d’oreilles suffit largement – et je connais des personnes qui seraient d’accord. Déjà, je me suis interrogée sur la dynamique de ce couple, elle qui n’ose pas dire non à son mari, qui n’ose pas envoyer promener sa voisine, ex-meilleure amie qui ne la comprend plus vraiment depuis qu’Anne est devenue mère, lui qui insiste pour aller à se dîner d’anniversaire qui ne les emballe véritablement pas. A leur retour, leur fille n’est plus là. A six mois, on n’est pas vraiment autonome – quelqu’un l’a donc emmené.
Commence alors l’enquête, avec un policier lucide. Sans idée préconçue, l’inspecteur Rasbach ne rejette aucune piste, accorde toute son attention à chacun des indices. Il se garde bien de juger, il se garde bien aussi de s’étonner, il en a trop vu. Il découvre très vite que le couple a des choses à cacher – volontairement ou non. Chaque nouvelle révélation questionne le lecteur sur cette petite famille apparemment parfaite, petite famille recomposée – Anne a perdu son père très jeune, son beau-père se montre très protecteur envers elle, très méprisant envers son gendre qui ne leur convient pas vraiment. Marco a eu beau lancer sa propre société, celle-ci traverse une crise financière passagère, et cela n’arrange sa position ni auprès de ses beaux-parents, ni auprès des policiers.
Famille recomposée, et aisée. De là à dire que s’ils avaient eu moins d’argent, la situation aurait été bien différente, il n’y a qu’un pas qu’Anne franchit parfois. Elle aurait aimé une autre vie, une vie dans laquelle elle aurait sans doute été moins protégée. Cependant, tout l’argent de sa famille, tous les soins qu’elle a reçu, n’ont pu empêcher ses problèmes psychiques.
De rebondissements en rebondissements, nous arrivons à un dénouement étonnant, mais pas tant que cela si l’on y réfléchit bien. Du coup, j’aurai aimé que certains points soient véritablement approfondis – cet approfondissement n’avait peut-être pas sa place dans un polar, mais pourquoi pas ?
Un premier roman prometteur : j’espère que l’auteur confirmera à la parution de son second roman.

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La rivière des âmes perdues de James D. Doss

Présentation de l’éditeur :

Dans les montagnes Rocheuses du Colorado, une vieille femme indienne est troublée par des visions maléfiques. Très attachée aux croyances taditionnelles de son peuple, Daisy Perika a cette certitude : les forces des ténèbres sont à l’oeuvre… Le meurtre d’une jeune scientifique, non loin de là, dans la petite ville de Granite Creck, en est-il à l’épreuve ? Meurtre brutal et déroutant de l’avis de Scott Paris, chef de la police. L’enquête dangereuse qu’il s’apprête à conduire va le mener aux frontières d’un monde qu’il connaît, mais aussi de lui-même. C’est initialement par pure curiosité qu’il consent à rencontrer Daisy, la tante de Charlie Moon, un policier indien de la réserve voisine. Elle insistait tant pour être présentée au matukash venu de l’Est. En fait, dans ses rêves, la vieille femme a déjà rencontré Scott Paris. C’était sur la rivière des âmes perdues…

Mon avis : 

Amateur de série policière franchouillarde, adepte de la rationalité, du cartésianisme, passez votre chemin : ce livre n’est pas pour vous. Par contre, si vous aimez Tony Hillerman (cité par un des personnages, en forme d’hommage), Kirk Mitchell ou Craig Johnson, n’hésitez pas si ces livres croisent votre route, vous ne le regretterez pas.
Une jeune scientifique a été assassinée dans des circonstances particulièrement sordides, un suspect est immédiatement pourchassé par la police qui, il faut bien le dire, n’est pas forcément toujours à la hauteur. La situation ne serait pas si tragique, elle en serait presque risible, comme un running gag du suspect roi de l’évasion si des victimes collatérales ne se trouvaient sur sa route et si, finalement, il fallait bien se rendre à l’évidence : un suspect n’est pas un coupable.
Scott Parish est quelqu’un de rationnel, oui. Ou plutôt, quelqu’un qui ne veut pas s’abandonner à ce monde qu’il pressent, qu’il ressent. Il essaie de ne pas se raccrocher à ses sensations, et à écarter ce que lui a dit Daisy, la tante de Charlie Moon. Il a déjà suffisamment à faire avec les indices qui s’accumulent, les suspicions envers certains membres de l’université, trop polis, ou trop mystérieux pour être honnête. Je ne vous parle même pas de cette journaliste qui s’est invitée dans sa vie. Ambitieuse, Amanda vise plus haut que le journal dans lequel elle travaille, que les compte-rendu qu’elle écrit. Se servir de Scott Paris ? Non, pas vraiment – cependant, elle reste journaliste.
Oui, mon avis n’est pas très long, mais les oeuvres de James D Doss sont des romans que j’aime partager plutôt qu’analyser, surtout quand un auteur nous emporte ainsi dans son univers.

La mariée était en blanc de Mary Higgins Clark et Alafair Burke

Présentation de l’éditeur :

L’étrange disparition d’Amanda Pierce le jour de ses noces est un sujet tout indiqué pour l’équipe de Suspicion. Les invités, réunis dans le somptueux hôtel de Palm Beach en Floride où devait se dérouler ce mariage de rêve, sont tous au rendez-vous. Mais certains regrettent d’avoir accepté car les rumeurs se propagent et les petits secrets de chacun commencent à percer… Après le succès de L’Affaire Cendrillon, Laurie Moran, productrice de l’émission Suspicion qui reconstitue des cas d’affaires classées, mène une nouvelle enquête passionnante.

Mon avis :

Ce roman policier est parfait pour les personnes qui lisent peu de polars, pour ceux qui aiment les oeuvres par trop sombres, pas trop douloureuses, avec juste ce qu’il faut de rebondissement pour les tenir en haleine. Je dirai presque, pour les lecteurs réguliers de polars comme moi, une lecture de vacances, entre plusieurs oeuvres véritablement fortes.
Le problème est qu’à peine refermé, le livre est quasiment aussitôt oublié. Il s’agit d’un cold case – une disparition. Bien sûr, l’enquête, menée par une journaliste et non un policier, a lieu dans un milieu très aisé. Oui, les riches, les très riches peuvent aussi avoir de gros problèmes mais l’ensemble reste très aseptisé, à mes yeux. Je n’ai même pas l’impression qu’il y ait véritablement du suspens parce qu’avec Mary Higgins Clark, le lecteur sait bien que le coupable sera identifié.
Un livre à réserver aux fans.


Créole Belle de James Lee Burke

Livre lu en compagnie d’Annunziata, vous l’aurez compris.

Présentation de l’éditeur:

Dave Robicheaux se remet de ses blessures dans une unité de soins deLa Nouvelle-Orléans, où il reçoit la visite d’une jeune femme, Tee Jolie Melton. Cette dernière lui laisse, sur un iPod, le blues « My Creole Belle ». Une chanson qui finit par l’obséder. Mais dans cette atmosphère languissante baignée de morphine, et avec tous les démons qui plus que jamais l’accompagnent, Dave nourrit des doutes : sa rencontre avec Tee Jolie est-elle bien réelle ou l’a-t-il rêvée ? Car Dave découvre que Tee Jolie est censée avoir disparu depuis des mois. Aussi, lorsque sa jeune sœur Blue est retrouvée morte, Dave décide de partir à sa recherche. Une enquête éprouvante, au point que son vieil ami Clete Purcel, lui-même à la limite de la rupture, se met à craindre pour sa santé mentale…

Mon avis:

Dave Robichaux, c’est un peu comme Walt Longmire : il ne se ménage pas. Il est même dans un triste état au début de cette aventure, au point que ses proches se demandent s’il ne souffre pas d’hallucination. En effet, la jeune femme a qui il aurait parlé est portée disparue depuis plusieurs mois, sans que cette disparition n’inquiète qui que ce soit, sauf son grand-père. Tee Jolie a une certaine réputation, et elle n’est pas très bonne. De même pour sa jeune soeur, Blue : même quand celle-ci est retrouvé morte, les services de police ne se mettent pas en quatre pour retrouver le ou les coupables. Question de manque de communication entre les services, et d’affaires plus pressentes : d’autres meurtres sont commis, sans doute par un tueur à gages. Clete lui-même se trouve confronté à son passé, non à des actes qu’il a commis, mais à des actes qu’il n’a pu empêcher de commettre. Il essaie de réparer le passé, de rendre le présent meilleur, pas toujours facile, surtout s’il faut choisir entre sa loyauté et la justice (au sens légal du terme).
Comme souvent, les enquêtes nous replongent dans le passé. Le passé de la Louisiane, d’abord, avec ses maisons, survivances des riches plantations comme marque indélébile de l’esclavage. Le passé des Etats-Unis, avec les séquelles laissés par la guerre du Vietnam, avec lesquels Clete doit vivre. Je ne parle pas de séquelles physiques, mais de séquelles morales, de souvenirs avec lesquels il faut bien vivre. Il est aussi d’autres faits, qui se sont passés loin des terres américaines mais ont eu elles aussi des conséquences – formule vague pour définir la Seconde guerre mondiale et la volonté des Etats-Unis de combattre le communisme.
Dave et Clete sont quasiment seuls pour cette enquête, il faudra un temps certain pour que d’autres les aident – ou leur compliquent la tâche.  A lire ce livre, je me suis dit que la justice était toujours à deux vitesses, et que pour peu que l’on soit blanc, riche et chrétien, l’on ne risquait pas grand chose et qu’il fallait beaucoup d’efforts, de bonne volonté, et de sacrifice aussi pour que les choses changent un peu. Pour que justice soit faite par contre, vous repasserez : manipuler, faire traîner les choses, employer des moyens de pression sont des luxes que l’on peut se permettre quand on ne manque pas de moyens.
Encore une enquête dont Dave Robichaux et Clete Purcel, toujours unis, auront du mal à se remettre.

La dent du serpent de Craig Johnson

Présentation de l’éditeur :

Toute cette affaire n’avait au départ l’air de rien : un gamin fugueur qui se réfugie dans un cabanon et se nourrit en se servant dans les placards d’une vieille dame. Mais quand le shérif Walt Longmire essaie de ramener Cord chez lui, il se retrouve face à une propriété gardée par des miradors qui abrite une communauté polygame. Et tout ce petit monde, orchestré par un patriarche habile et un homme de main au passé trouble, affirme ne rien savoir de l’adolescent. Le shérif s’engage alors avec son équipe dans une enquête très glissante dont ils ne ressortiront pas indemnes.

Mon avis : 

Quand je chronique un livre de Craig Johnson, je fais toujours le même constat, valable pour d’autres de mes auteurs fétiches : si vous êtes déjà fan, vous aurez lu le livre, ou vous vous apprêterez à le lire au moment où j’écris cette chronique. Si vous ne connaissez pas encore cet auteur, je vous conseille plutôt de passer votre chemin et de lire Little Bird, le premier ouvrage qui met en scène le shérif Walt Longmire.  Il n’est pas sans me rappeler Dave Robichaux, le héros de James Lee Burke (chronique de Créole Belle à venir), même si le Wyoming n’a pas les mêmes enjeux économiques que la Louisiane. Encore que….
Les siens sont inquiets pour Walt, qui a subi une rude épreuve dans Tous les démons sont ici et ne leur semble pas encore complètement remis. Vic, son adjointe, est elle carrément furax, et les reproches qu’elle lui adresse, qui ont plus à voir avec les sentiments qu’elle éprouve pour lui qu’avec leur profession, sont percutants. Le chien, lui, reste strictement neutre dans cette affaire – du moins, il essaie.
Le début du roman paraît presque ordinaire : un homme s’inquiète pour sa grand-mère qui voit un ange. Celui-ci lui rend de menus services contre de la nourriture et une certaine forme d’hébergement. Pas de quoi fouetter un chat, ou presque. Le gamin est d’ailleurs relativement sympathique, et totalement déconnecté de la réalité du XXIe siècle. Très vite, Walt se heurte à une contradiction : si sa mère a signalé sa disparition (mère qui elle-même n’avait pas donné signe de vie depuis plus de quinze ans), la communauté à laquelle il disait appartenir prétend ne connaître ni l’adolescent, ni sa mère. Ce n’est que le commencement d’une enquête tortueuse pour Walt et les siens.
Walt croyait sans doute avoir vu beaucoup d’hommes, de femmes, d’enfants, maltraités, victimes d’abus, de la crise, il croyait en avoir vu, des laissez-pour-compte de la société, ceux pour qui le rêve américain n’était qu’un mot. Il découvre des hommes, des femmes, et des enfants qui sont les victimes d’une certaine interprétation du rêve américain, et des principes de la constitution américaine. J’ai pensé au livre La disparition de Maura de Tess Gerritsen, qui exploite le même thème et le développe différemment. L’Amérique est vaste, l’Amérique comporte des richesses en son sol : s’enrichir en les extrayant n’est pas si compliqué, il suffit d’une manœuvre bon marché et peu instruite, d’un peu de camouflage. Dans l’Amérique hyper connectée du XXIe siècle, il est encore possible d’échapper à toutes les surveillances. Il n’est pas que les enfants dont la grande dépression avait jeté les parents sur les routes qui souffraient d’un manque d’instruction. L’instruction à domicile se développe, prétexte à une déscolarisation précoce et à une instrumentalisation des enfants.
Il est des moments drôles, tendres dans ce livre – ne ratez pas les différentes séances de Mon amie Flicka, projeté en exclusivité dans le bureau du shérif pour son meilleur locataire. Il est également des morceaux de bravoure – le chapitre 12. Il est aussi des interrogations sur le passé de l’Amérique, sur ses hommes qui l’ont servi et qui ne s’en sont pas remis.
La dent du serpent – un roman noir, un roman policier, et une réflexion sur l’Amérique contemporaine.

Les ossements du chaman de James D Doss

Présentation de l’éditeur :

Daisy Perika, la vieille chamane de la réserve ute, convoque son neveu Charlie Moon, policier tribal, et son ami Scott Parris, shérif de la ville, pour leur faire part d’un rêve inquiétant. Il y aura du sang, il y aura des morts, leur dit-elle… Elle ne s’était pas trompée ! Mary Frank, qui descendait dans le Sud avec sa famille, est retrouvée morte, clouée à un arbre, la tête en bas. Les paroles de la vieille chamane résonnent encore à l’oreille des deux policiers :  » Il y aura du sang, il y aura des morts…  » Qui sera le suivant ?  » Les rêves contre les évidences, les esprits des montagnes contre la logique.

Mon avis :

Connaissiez-vous James D Doss ? Pour ma part, « pas vraiment » me semble le mot juste, même si deux de ses romans étaient dans ma PAL. Pour quelles raisons ? Et bien parce que romans policiers américains + ouverture sur la culture indienne est une addition à laquelle je résiste peu.
Est-ce un roman policier ? C’est surtout un roman avec deux enquêteurs aux personnalités marquantes, fortes, des personnages avec lesquels j’ai eu envie de passer un long moment.
Il ne s’agit pas tant ici d’en savoir un peu plus sur la culture ute, mais de rentrer en plein dans un système de croyance qui n’est pas le nôtre, qui n’est d’ailleurs pas celui de tous les personnages de ce roman. Il faut alors abandonner littéralement la logique policière qui est la nôtre, penser à d’autres mobiles, repenser les causes de certains actes qui paraissent évidents – du point de vue d’un non-indien. La violence est là, à l’état brut, montrée sans prise de distance, sans qu’elle soit jamais « esthétique » : nous la prenons de plein fouet, comme les enquêteurs qui se doivent après non seulement d’enquêter mais de protéger aussi, face à un ennemi qui, dans sa logique, n’a pas d’interdit.
Certains moments sont tout de même plus lumineux, plus drôle aussi – on peut être une vieille chamane et avoir des amies hors normes. On peut ne pas aimer les chats et faire du mieux que l’on peut avec la bestiole poilue qu’on vous a laissés. On peut être un vieillard aveugle et comprendre, avec bienveillance, que si sa petite fille, mère célibataire, a très envie de revoir le policier, ce n’est pas seulement pour faire avancer l’enquête.
Pour conclure, cette citation, avec laquelle je suis d’accord (et tant pis si je passe pour bizarre) :
Même les Utes « modernes » comme Charlie Moon évitaient d’approcher les cadavres ou de mentionner le nom de quelqu’un dont la mort était récente. C’était malsain. Sinon, les fantômes venaient vous hanter. Même si on ne croyait pas aux fantômes. Les fantômes se moquent pas mal de ce qu’on croit ou non.

L’invité sans visage de Tana French

Edition Calmann-Levy – 520 pages

Présentation de l’éditeur :

Pour l’inspectrice Antoinette Conway, intégrer la brigade criminelle de Dublin est un rêve qui se transforme vite en cauchemar. Son quotidien est fait d’affaires ingrates, de plaisanteries cruelles et de harcèlement. Antoinette a beau être solide, elle approche du point de rupture. Seul son partenaire, Stephen Moran, apprécie sa présence. Leur nouvelle enquête ressemble à une histoire d’amour qui a mal tourné. Aislinn Murray, jolie blonde bien sous tous rapports, est retrouvée assassinée chez elle, au pied d’une table dressée pour un dîner romantique. Rien ne semble suspect dans le passé de la victime. Le seul élément qui trouble Antoinette est la conviction de l’avoir déjà vue quelque part. Les autres inspecteurs poussent Antoinette et Stephen à arrêter le fiancé d’Aislinn, coupable tout désigné. Mais quand une amie de la défunte avoue à demi-mot qu’elle savait Aislinn en danger depuis quelque temps déjà, sa mort prend une tournure bien moins banale, et dévoile une part beaucoup plus sombre de la belle. De découverte en découverte, l’image de la poupée parfaite semble se fissurer, tout en mettant Antoinette au centre de l’énigme…

Merci à Netgalley et aux éditions Calmann-Levy pour ce partenariat.

Mon avis : 

Voici un polar solide et bien construit, au rythme un peu lent – parce qu’une enquête n’est pas forcément rythmé comme une épisode de série télévisée, qu’on se le dise. Une enquête n’est pas une ligne droite, plutôt une succession de faits tortueux, auxquels se superposent la personnalité des enquêteurs.
Pour Antoinette, entrer à la criminelle était un rêve qu’elle a accompli, et elle est à deux doigts de s’en mordre les doigts. Harcelée continuellement, elle en vient à suspecter chacun de ses collègues, quoi qu’ils disent, quoi qu’ils fassent, et certains semblent en faire les frais, dont le fidèle Stephen Moran, à l’imagination débordante.
En effet, les policiers ont l’imagination débordante. Certes, ils ont des preuves, des faits, mais ils ne peuvent s’empêcher de les tordre dans tous les sens, d’échafauder des théories et de se demander si elles collent avec la réalité – ou pas.
L’affaire sur laquelle Antoine et Stephen enquête paraît en effet simple, elle est presque leur spécialité : les affaires conjugales qui tournent mal. Aislinn attendait son amoureux, elle est morte, le crâne fracassé. Par qui ? Son amoureux ? Un rôdeur ? Il est tellement facile de paraître coupable quand, finalement, on se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment, quand on a des petits secrets, des choses qui auraient été anodines en temps normal et qui deviennent étranges quand le cours des événements devient tragique.
Puis, quand les enquêteurs creusent un peu, ils découvrent que le passé d’Aislinn est tout sauf lisse, elle dont le père a disparu plusieurs années plus tôt, elle qui a voulu savoir enfin ce qu’il était advenu de son père. Son désir de vérité est-il pour quelque chose dans sa tragique disparition ? Cela lui fait un point commun avec Antoinette qui elle aussi a des zones d’ombre dans sa jeunesse, reste à savoir si elle est prête à s’y confronter ou non, et si tout savoir est véritablement utile pour se construire.
J’avais parlé du rythme un peu lent, parce que nous sommes littéralement plongés au coeur de la brigade et de la vie quotidienne des enquêteurs, nous découvrons les petites mains des enquêtes, ceux qui sont chargés de toutes les basses besognes, de toutes les tâches ingrates comme lire les listings d’appels téléphoniques. Nous découvrons les rivalités, les croche-pieds, bref, une absence de solidarité qui m’étonne à peine. Mais il faut encore se demander si la situation est si catastrophique que cela ou si Antoinette ne voit pas les faits déformés par le harcèlement qu’elle subit. Tous lui en veulent-ils vraiment, Stephen y compris ? A vous de le lire.
Etre policier, enquêter n’est pas facile, en Irlande comme ailleurs. Vouloir lever des secrets de famille non plus. Chaque acte a ses conséquences, et certains ont trop tendance à l’oublier, à leur dépend.
A lire si vous aimez les romans policiers qui prennent leur temps.