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Vivement dimanche ! de Charles Williams

Présentation de l’éditeur :

Propriétaire d’une grosse agence immobilière, John Duke Warren est marié avec Frances, qui dirige une boutique de mode mitoyenne avec le magasin d’articles de sports de Dan Robert. Un matin, on retrouve celui-ci mort chez lui. Une voix charitable téléphone alors à Warren pour lui révéler que sa femme a assassiné Robert dont elle était la maîtresse. La correspondante mystérieuse précise que Frances a égaré son briquet chez la victime. Peu après, l’agent immobilier retrouve sa femme et une violente dispute éclate, interrompue par l’arrivée d’un policier qui demande à Warren de se rendre au commissariat. Celui-ci, en rentrant chez lui une heure plus tard, découvre le cadavre de son épouse.

Mon avis : 

Nous sommes dimanche, donc ce livre était vraiment fait pour être chroniqué aujourd’hui. Oui, j’ai un fait un micro-effort parce que j’avais un peu la flemme d’écrire un article aujourd’hui.

Nous sommes dans un roman noir sans être trop noir. John Duke Warren a tout pour être heureux. Il est fortuné, son agence n’a aucune difficulté, sa femme est certes parfois un peu dépensière mais vu sa fortune, ce n’est pas si dramatique. Warren est membre d’un club très select de chasse aux canards (Donald, tiens toi sur tes gardes) et un matin, alors qu’il est lui-même à l’affût, il entend des coups de fusil. Rien de très surprenant, si ce n’est qu’il pensait être seul ou tout du moins, le premier arrivé. Plus tard, il découvre le corps de Dan Roberts – et comprend mieux l’origine des coups de fusil.

La situation aurait pu être assez simple, finalement, si une bonne âme anonyme ne lui avait téléphoné pour l’accuser de meurtre, puisque madame folâtrait avec la victime, en plus d’être sa voisine de boutique. Depuis que les appels peuvent difficilement être anonymes, certain(e)s ont dû se trouver d’autres occupations, comme se défouler tout aussi anonymement sur internet. Force est de constater que Warren n’est pas aussi naïf qu’il y paraît, puisqu’il questionne Frances dès son retour, et sa réaction prouve assez que sa conjointe a quelque chose à cacher, si ce n’est plusieurs choses.

Tout aurait pu s’arrêter là ou presque si Warren n’était convoqué par la police – après tout, il a trouvé le corps – et s’il ne retrouvait lui même sa femme assassinée à son retour. Que faire ? A la suite d’un tout petit mensonge à la police, le voilà coincé.

Sa situation est désespérée, parce que tout policier normalement constitué et ayant aussi reçu un appel anonyme additionnera 2 et 2, en déduira que Warren a tué l’amant de sa femme, puis sa femme elle-même. Que faire ? (Oui, je l’ai déjà dit). Anticiper ! S’assurer des alliés, même si ceux-ci fulmineront à un moment ou à un autre. Enquêter. Se cacher – posséder un vaste local en terme d’agence est toujours utile. Et avoir une secrétaire qui n’est pas bête, qui est même beaucoup plus fine que Warren ne l’aurait cru est un atout certain : il faut une femme à poigne pour contrebalancer une femme fatale telle que sa défunte femme.  Divorcée, n’ayant pas l’habitude de se laisser faire (son ancien patron pourrait en témoigner), Barbara fera de son mieux pour tirer son patron de ce très très mauvais pas. Elle suscite d’ailleurs l’admiration de celui-ci, et de l’enquêteur également.

– Voulez-vous me faire plaisir ? lui dis-je en soupirant. Si jamais vous décidez de vous faire gangster, donnez-moi deux ou trois heures de préavis. Je quitterai le patelin illico.
Elle sourit.
– Scanlon m’a dit la même chose, voyez-vous.

Vivement dimanche, un roman noir à la fin heureuse, à lire avant ou après avoir vu le film que François Truffaut en a tiré.

 

 

Jusqu’à l’impensable de Michael Connelly

Présentation de l’éditeur :

Harry Bosch, retraité du LAPD malgré lui, tente de tuer le temps en remontant une vieille Harley lorsque Mickey Haller, son demi-frère avocat de la défense, lui demande de travailler pour lui comme enquêteur. Cisco, qui occupe ce poste habituellement, vient d’être victime d’un accident de moto aux circonstances plus qu’étranges, et Haller est persuadé que seul Bosch pourra l’aider à innocenter Da Quan Foster, un ex-membre de gang accusé d’avoir battu à mort Lexi Parks, la directrice adjointe des services municipaux de West Hollywood. Si les obstacles sont de taille – la preuve accusant Foster est accablante et il ne reste plus que six semaines aux deux frères avant le procès –, Haller en est sûr, Foster est innocent. Dilemme pour Harry ! « Passer de l’autre côté » ? Tout simplement impensable. Comment défendre un assassin quand on a passé sa vie à en expédier le maximum en prison ?

Merci à Netgalley et aux éditions Calmann-Levy pour ce partenariat

Mon avis :

Lire une enquête mettant en scène Harry Bosch, c’est le plaisir de retrouver un personnage récurrent à un tournant de sa vie professionnelle (il part à la retraite, il y est déjà, techniquement) et personnelle (sa fille part à l’université, tout comme sa nièce). Oui, il paie encore les conséquences de Mariachi Plaza mais, avec l’excellent avocat qui s’occupe de son affaire – son frère – les choses sont en bonne voie. D’ailleurs, son frère Mike Haller souhaite l’embaucher pour qu’il prouve l’innocence de son client. Et cette enquête, c’est vraiment l’anti-Experts, série érigée en modèle pour tout ce qui concerne les preuves scientifiques.En effet, les preuves matérielles sont bien là, elles accusent Da Quan Foster sans l’ombre d’un doute. Il ne manque que les liens qui pourraient unir la victime et le suspect, ainsi que le mobile. Un enquêteur habituel s’en contenterait (et certains auteurs aussi, un tueur en série, c’est bien pratique), pas Mike Haller, ni, par la force des choses, Harry Bosch, qui bascule du côté obscur des enquêteurs.
L’enquête s’avère longue, complexe, qui ne fait surtout pas plaisir aux autorités qui sont sûres de leur bon droit. Cette enquête est aussi l’occasion de montrer un problème récurrent : le fait d’arrêter une enquête pourtant minutieuse dès qu’un suspect est en ligne de mire. Le fait, aussi, de ne pas approfondir certains faits parce qu’ils semblent ne pas avoir de liens avec ce fameux premier suspect repéré. Cherchons ce qui cadre, pas ce qui cloche.
Le second point qui m’a frappé dans ce récit est la place des femmes. Harry et Mike semblent bien les seuls à se montrer respectueux envers les femmes. D’autres passent leur temps à les exploiter, les transformer, ou détruire leur identité.
Quel avenir pour Harry après cette nouvelle ou plutôt cette toute première enquête de l’autre côté ? La prochaine enquête nous le dira.

Les oubliées de Tess Gerritsen

Présentation de l’éditeur :

La main d’une femme est découverte dans une ruelle obscure du quartier asiatique de Boston. Sur le toit d’un immeuble des environs, on retrouve le cadavre de la victime à laquelle elle appartient : rousse, vêtue de noir, la gorge tranchée, comme si le meurtrier avait tenté de la décapiter. Deux mèches, qui ne s’apparentent pas à des cheveux humains, sont retrouvées sur son corps.
Assistée dans son enquête par le détective d’origine chinoise Johnny Tam, Jane Rizzoli découvre que ce meurtre brutal a connu un précédent. Dix-neuf ans auparavant, une tuerie au Phénix Rouge, un restaurant asiatique des environs, avait fait cinq victimes. Existe-t-il un lien entre ces deux drames ? Et si la clé du mystère se trouvait dans le passé ?

Mon avis :

J’aime toujours autant les romans de Tess Gerritsen. Pour une fois, je ne les ai pas lu dans l’ordre, les oubliées étant l’avant-avant-dernier roman, celui qui est paru voici deux ans.
Maura vient tout juste de se remettre de ce qui lui est arrivé dans La disparition de Maura. Elle témoigne contre un policier qui a commis une bavure, et se retrouve ainsi ostracisée par les autres policiers – même Jane se montre parfois un peu distante. Heureusement, Johnny Tam, une toute nouvelle recrue, est là, et il est bien le seul à se comporter normalement face  à Maura.
Pourtant, l’enquête ne se fera pas sans autopsie, elle ne se fera pas non plus sans que Jane ne trouve certaines coïncidences bizarres. Il est des familles qui semblent plus touchées que d’autres par le malheur. D’aucuns traduisent cela par le fait que le pessimisme attire les malheurs – Jane apprécie ce genre de commentaires à sa juste valeur.
Ce qu’elle découvre, avec son nouvel enquêteur Johnny Tam (parfois un peu téméraire) c’est la communauté chinoise de Boston. Celle-ci vit discrètement, semble parfois laissée de côté, tant elle tend à se faire oublier. Si la disparition d’une jeune fille blanche entraîne un déploiement énorme de moyen, il n’en est pas de même pour une jeune fille d’origine chinoise.
Ce livre nous questionne aussi sur la notion de justice et de liberté. Qu’est-ce qui compte le plus, être juste, ou sauver les apparences ? Et quand la loi, la justice ont été impuissantes à faire éclater la vérité, à trouver et châtier les coupables, que faut-il faire ? La réponse apportée dans ce livre ne plaira pas à tout le monde, il est vrai. Elle montre pourtant la persévérances et le courage des survivants.
Les oubliées – encore un très bon livre signé Tess Gerritsen.

Contrepoids de TR Ragan

Résumé

En 1989, Carol Fullerton, adolescente de 16 ans disparaît mystérieusement. Seule sa voiture est retrouvée sur le bord d’une autoroute de Californie. Vingt et un ans plus tard, sa mère, gravement malade, veut connaître la vérité avant de mourir et savoir ce qui est arrivé à sa fille…
En 2010, Diane Kramer disparaît subitement après avoir vidé son compte en banque. Sa sœur Andrea est convaincue que le coupable n’est autre qu’un gourou charismatique, spécialiste de la perte de poids et pour lequel Diane, obèse, nourrissait depuis quelque temps une véritable fascination…
Lorsque ces deux femmes désemparées par la disparition de leurs proches viennent tour à tour la consulter, la détective Lizzy Gardner n’a d’autre choix que de les aider. Lizzy sait en effet mieux que personne qu’abandonner n’est pas une option dans de telles situations : adolescente, elle a elle-même disparu, enlevée par un tueur en série. Un cauchemar qui l’a hantée pendant plus d’une décennie avant que son ravisseur ne soit enfin mis hors d’état de nuire.

Merci à Netgalley et aux éditions Amazon crossing pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce livre est un tome 2, le tome 2 des enquêtes de Lizzy. Je le pense rarement, mais la lecture du tome 1 me paraît vraiment nécessaire pour mieux comprendre Lizzy, Jessica et Hayley qui ont toutes les trois vécues des épreuves douloureuses, physiquement et moralement. Sont-elles remises ? Il faudrait d’abord définir ce que cela signifie.
Lizzy a un travail – détective – et doit s’occuper de deux affaires en même temps, tout en veillant sur les siens, ou plutôt les siennes tant sa famille est exclusivement féminines, félin compris.
Ce roman n’est pas à mettre entre toutes les mains. Les violences subies ou infligées sont décrites de manière réalistes, qu’elles soient physiques ou psychologiques. Les chapitres semblent alors bien longs à lire. Pessimistes ? Oui, parce qu’il nous montre que l’ennemi, ce n’est pas ce tueur en série inconnu qui rôde, l’ennemi le plus dangereux est celui qui vit dans votre cercle d’intime.
Contrepoids est aussi une dénonciation du culte de l’apparence – et combien de personnes se refusent à aller au-delà des apparences ? Combien sont prêts, également, à suivre les conseils du premier venu, du moment qu’il soit charismatique ? Peu vraisemblable ? Pas si sûr.
Contrepoids est un thriller prenant et sanglant, qui trouvera sans doute son public.

Brunetti en trois actes de Donna Leon

Présentation de l’éditeur :

Brunetti en plein cœur de l’opéra vénitien à La Fenice !
Accompagné de son épouse Paola à la Fenice, Brunetti assiste à la Tosca, avec la diva Flavia Petrelli sur scène. Le spectacle, grandiose, s’achève par une pluie de roses jaunes tandis que Flavia est ovationnée. Mais des centaines d’autres roses jaunes attendent la soprano dans sa loge. Et en rentrant chez elle, elle trouve un nouveau bouquet sur le pas de sa porte. Un admirateur secret la gratifie ainsi de ces fleurs depuis plusieurs mois, de Saint-Pétersbourg à Londres, d’Amsterdam à Venise, et Flavia commence à s’inquiéter de ces signes d’adoration excessifs.
Bientôt, la chanteuse confie son appréhension à Brunetti, qui lui promet de mener sa petite enquête.

Merci à Netgalley et aux éditions Calmann-Lévy pour ce partenariat.

Mon avis :

Dans une série policière, il est des tomes plus réussis que d’autres : Brunetti en trois actes est de ceux-là. Guido Brunetti a une particularité : il est un policier qui, en dépit de son travail, parvient à avoir une vie de famille équilibrée. Cela ne veut pas dire qu’il rentre chez lui tous les soirs à dix-huit heures et surveille les devoirs de ses (grands) enfants tout en mettant le couvert pour le dîner (quoique…. c’est parfois vrai). Non, cela veut dire que Paolo, sa femme, sait qu’elle a épousé un policier qui prend son métier à cœur (ne l’a-t-elle pas épousé pour cette raison ?) tout comme elle adore le sien et profite des moments qu’ils passent ensemble, sans se soucier de ceux qu’ils auraient pu passer.

Il faut dire aussi que Venise est une ville presque paisible, dans laquelle on peut se promener le soir jusque fort tard sans risque d’être agressé. Elle est certes minée par la corruption, sans aucun doute. Plus adaptée aux touristes qu’à ses habitants, aussi. Elle n’est plus ce qu’elle était, mais les vénitiens font avec, sans presque se plaindre. Les parents de Paola, ou son meilleur ami, Freddy, marquis d’Istria ont trop d’élégance et de savoir-vivre pour se comporter ainsi, ou soupirer « c’était mieux avant ».

Comme à la Fenice, finalement, dont les techniciens ne vont pas hésiter à se mettre en grève, menaçant les dernières représentations de la Tosca. Ce n’est pas le plus grave, ce qui l’est, c’est le harcèlement dont est victime Flavia Petrelli. Elle est une diva moderne, c’est à dire qu’elle a eu un mari, qu’elle a des enfants – et qu’elle a eu une compagne. L’étalage de sa vie privée n’a guère duré, pourtant, et si les divas sont encore couvertes de fleurs sur scène, si les fans les attendent à la sortie des théâtres, elles ne font plus que très rarement la une des magazines à sensation – et ce n’est pas plus mal pour leur art et pour leur vie privée.

Le harcèlement étonne, les conséquences sur ses proches aussi  – et si la machine judiciaire se met en branle, c’est aussi parce qu’elle est Flavia Petrelli, et non une obscure choriste ou une quelconque étudiante. La machine est lente, non seulement à cause des luttes de pouvoir dont Brunetti se passerait bien, mais encore à cause du caractère inédit du mobile de l’agresseur, de sa folie. Brunetti, en homme raisonnable, comprend le raisonnement du harceleur, tout en démontrant l’absurdité cruel de son comportement : « Quel degré de raison accorder à une personne qui s’imagine pouvoir recouvrer son ancien amour en tuant la personne désormais aimée ? Est-il possible de conquérir l’amour de quelqu’un sous la menace ? »

Il ne s’agit pas de jouer serré, lorsque l’ennemi est invisible. Il faut utiliser toutes les ressources qui sont à sa disposition – et même celles qui ne le sont pas. Quand on vous dit qu’enquêter est difficile. Même les fleurs jaunes, maladives, signes de tromperie pour peu que l’on pratique un peu le langage des fleurs, ne sont pas des plus réjouissantes.

Tous les fans de Brunetti se retrouveront dans ce livre.

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La côte barbare de Ross MacDonald

Présentation de l’éditeur :

Sur la côte californienne, le Channel Club rassemble une clientèle d’habitués triés sur le volet, et les murs de son enceinte savent garder les plus lourds secrets. Quand, à la recherche de sa femme, un jeune reporter sportif se retrouve à escalader les grilles de la propriété, le privé Lew Archer gagne son droit d’accès au lieu. Il devra mettre la main sur Hester Campbell, qui, des studios de production d’Hollywood aux villas de Beverly Hills, tente à tout prix de fuir son mari. Cette quête entraînera Archer sur les traces d’un mystère plus ancien : le meurtre d’une autre habituée du club, deux ans auparavant.

Mon avis :

Si Lew Archer était un simple détective privé, bien discipliné, acceptant toutes les missions du moment qu’elles sont bien payées, ce roman n’aurait pas eu sa raison d’être. Le gérant du Channel Club lui demande de le débarrasser d’un mari gênant ? Cela pourrait être simple – si Lew contournait la loi. Cela pourrait être encore plus simple si le gérant disait tout ce qu’il sait à George Wall, le mari qui cherche désespérément sa femme, qui l’a quitté puis appelé parce qu’elle se sent en danger. George, cet homme aimant, stable, sérieux, donne envie à Lew de lui donner un coup de main, lui qui comprend très bien ce qu’il a pu ressentir auprès de sa femme – Lew ressentait la même chose auprès de la sienne, avant le divorce. Si George inspire la sympathie, il n’en est pas de même pour Hester, sa femme, changeante comme une girouette, vouant un culte au corps et aux apparences, cherchant avant tout l’argent et la célébrité – déjà. Un obscur et honnête journaliste ne pouvait lui convenir longtemps.

Lew Archer, comme souvent dans ses enquêtes, ne craint pas de prendre des risques, tout en essayant de protéger ceux qu’il estime – pas toujours facile, surtout quand ses « protégés » n’en font qu’à leur tête, au mépris de leur propre sécurité et de celle d’Archer. Pas facile d’enquêter quand les personnes qui en ont réellement envie sont rares. Bien sûr, le noeud du problème est bien différent de ce que l’on pouvait supposer, et, en cherchant, Lew trouve des faits que certains auraient bien voulu laisser dans l’ombre, pour leur tranquillité et surtout leur prospérité.

Comme souvent dans l’oeuvre de Ross MacDonald, la famille et ses dysfonctionnements sont au coeur de l’intrigue. La mère d’Hester n’aime ses filles que pour la place qu’elles peuvent lui procurer dans la société, autant dire qu’une infirmière ne vaut pas grand chose à ses yeux. Isobel, milliardaire, n’a toujours pas réglé ses problèmes avec son défunt père et a reporté ses névrosesy sur son mari. Quant à Tony Torres, gardien du Channel club, sa fille Gabrielle a été assassinée deux ans plus tôt, et son neveu est un petit voyou de très bas étage.

« Plus j’en découvre sur l’esprit humain, moins j’en sais.  » dit le docteur Frey. Le lecteur pourra admirer, à la lecture de la côte barbare, quel chemin tortueux il emprunte pour parvenir à ses fins. Lew est un de ceux qui parcourent le chemin à l’envers pour retrouver comment on en est arrivé là. Limiter les dégâts ? A ce stade, ceci est quasiment impossible. Une fois le livre refermé, il se dégage une sensation d’amertume devant tant de gâchis, le mince espoir provenant du fait qu’il existe encore des personnes lucides et incorruptibles comme Archer et, dans une moindre mesure, le docteur Frey.

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Inferno de Dan Brown

Edition Jean-Claude Lattès – 565 pages.

Mon avis :

Je crois que les fans n’aimeront pas vraiment mon avis, tant pis, j’assume ! Pour moi, les romans de Dan Brown sont de parfaites lectures de vacances, puisqu’ils sont faciles à lire, et que leurs constructions se ressemblent, d’un tome à l’autre.

Pourtant, dans ce cas, nous commençons par de l’inédit : Robert Langdon est à l’hôpital, amnésique, blessé à la tête. Il se trouve en Italie, et ne sait pas du tout comment ni pourquoi il est à Florence, et son université ne semble pas vraiment le savoir non plus ! Il n’aura guère le temps de se poser de plus amples questions : « on » tente à nouveau d’abréger sa vie, il doit prendre la fuite – et là, c’est vraiment une habitude pour lui. Bien sûr, il n’est pas seule : une charmante jeune docteur, qui a vu tuer son collègue et mentor devant elle, lui vient en aide, et lui permet non seulement de s’en sortir, mais d’avoir aussi un point de chute – pour un temps. Très important, les points de chute, et les courses poursuites aussi. Même si la jeune femme n’a pas lu Da Vinci Code, elle ne laisse pas le volant à Robert (même s’il était en bonne santé, ce ne serait pas une bonne idée). Très important aussi de connaître, ou du moins de trouver des passages secrets – et Robert a un certain entraînement sur ce sujet, en plus d’être professeur à Harvard.

Autre figure que l’on retrouve souvent dans les romans de Dan Brown, et qui se confond parfois avec la jeune scientifique qui aide Robert, c’est la scientifique qui n’a pas eu ou n’a pas pu avoir d’enfants, et s’est dévouée entièrement à sa tâche. Nous avons aussi la (ou les) société secrète qui ne manque ni d’argent, ni de pouvoir. Bien sûr, les symboles ont aussi une grande importance – n’est-ce pas le travail de Robert ?

Au coeur de ce roman, l’oeuvre de Dante, et toutes les oeuvres qu’elle a pu inspirer – et si ce livre pouvait donner envie aux fans de Dan Brown de se plonger dans d’autres lectures, ou de découvrir les lieux sublimes qui y sont décrits, ce serait une bonne chose. La littérature n’est, au fond, qu’une longue réécriture, un palimpseste toujours repris.

Si vous m’avez lu jusque là, vous vous dites : « mais quel est le coeur de l’intrigue ? » Je ne peux pas le révéler sans vous gâcher le plaisir de la lecture – parce qu’on lit avant tout ce genre de roman pour le plaisir. Je dirai simplement que ce roman parle d’un problème qui finira par se poser un jour prochain à notre société. Je dirai aussi que, malheureusement, certains envisagent le même genre de solution que celle du « héros » de ce livre.

A lire si vous aimez les romans policiers divertissants.

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