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Ne te perds pas en chemin de Margaret Mizushima

Présentation de l’éditeur :

Agent de police dans l’unité cynophile de Denver, Mattie Cobb est appelée en urgence dans sa ville natale de Timber Creek : Adrienne Howard, la petite amie du shérif adjoint, a disparu. La jeune femme travaille dans le luxueux spa local, mais aussi dans les ranchs alentour, où elle prodigue des soins aux chevaux de course. Accompagnée de son fidèle berger allemand, Robo, Mattie peut compter sur l’aide de Cole Walker, un ami vétérinaire fraîchement divorcé. Mais l’enquête est plus périlleuse qu’elle n’y paraît et, en plongeant dans le passé d’Adrienne, Mattie réalise bientôt que ce sont ses propres démons qu’elle va devoir affronter. Les épaisses forêts enneigées du Colorado n’ont pas fini de livrer leurs secrets. Et le danger guette ceux qui s’aventurent trop près de la vérité…

Mon avis :

J’ai adoré cette lecture. Peut-être trouvera-t-on que mon avis manque de lucidité. Qu’importe ! Je revendique le droit d’aimer ce que je lis et de le dire.
Les premières pages sont tendues : Mattie et son chien Robo sont sur le terrain, et le danger est là. Puis, le soulagement : nous avons simplement assisté au dernier entrainement de Robo, qui est maintenant devenu officiellement chien policier. Cela n’a l’air de rien, mais ce qui ne semble qu’une répétition dans ce premier chapitre risque de devenir prochainement une action, une intervention bien réelle.

D’ailleurs, le répit n’est que de courte durée, quand Mattie retourne dans la petite communauté où elle vit, et où tout le monde se connaît : la petite amie du shériff a disparu. Mattie est bien la seule à ne pas croire à cette disparition, tous se sont immédiatement mobilisés – et Mattie devra bien se ranger, et bien trop vite, à l’avis général, à cause d’un coup de fil anonyme, et des découvertes qu’il a engendrées. Quelqu’un aurait-il été pris de remords, et si oui, qui ?

Ce que j’ai aimé dans ce roman, c’est la relation entre Mattie et son chien. Oui, Robo est dressé, oui, il est doué, et surtout, il n’a jamais été maltraité, ce qui, par expérience canine, nuit gravement aux chiens et aux relations qu’il peut avoir avec les humains. C’est lui, véritablement, qui protège Mattie, non seulement des malfaiteurs, mais aussi de ce que la nature a de sauvages. Oui, les pumas sont sur leur territoire au Colorado – et pas seulement dans le Wyoming de Craig Johnson. Etre chien policier, c’est l’être constamment.

De l’autre côté, nous avons Cole Walker, vétérinaire de son état qui fait de son mieux avec ses deux filles. En effet, sa femme l’a quitté du jour au lendemain, mais surtout, elle ne donne aucune nouvelle à leurs deux filles, pourtant très attachées à leur mère. Je pense que cette histoire a dû (tout comme le meurtre de Grace) être développée dans le premier tome. Je note cependant que son attitude est fort étrange. Faut-il y voir la thématique moderne de ces femmes qui, à force d’être compagne et mère, ne se sentent plus femme  ? Ou cela cache-t-il une intrigue à venir ? Tout cela pour dire que Cole jongle entre ses obligations professionnelles – il fait très bien son métier – et l’éducation de ses filles. Il fait de son mieux, étant donné sa situation et son travail. Croyez-moi, faire de son mieux, tenir ses engagements, c’est véritablement important, ce roman pourrait presque en être une démonstration.

Et l’amour des animaux. Mattie tient à Robo. Cole fait de son mieux pour les animaux qu’il soigne – sans filtre. Adrienne, la victime, ne craignait pas non plus de dire ce qu’elle avait à dire, et cela lui fut fatal. Oui, je suis la première à dire que parler, c’est bien – et je salue le courage d’Adrienne, de Cole. Cependant, il faut réfléchir aussi avant de parler : ce que l’on va dire est-il bon pour la personne à qui on le dit ? Prenez le frère biologique de Mattie. Ah ! son charmant programme bien connu en douze étapes demande de se faire pardonner par les personnes que l’on a blessées, et de plus en plus d’œuvres montrent à quel point cette demande de pardon est finalement égoïste, puisqu’elle replonge la victime dans les affres douloureuses de ce qu’elle a vécues, de ce qu’elle a tenté d’oublier, voire de ce qu’elle a occulté. Les paroles, c’est bien, les actes, c’est mieux.

 

Deuil interdit de Michael Connelly

Présentation de l’éditeur :

Dans la Los Angeles de l’été 1988, une jeune fille de 16 ans, Becky Verloren, est enlevée chez elle, puis retrouvée morte quelques jours plus tard. Elle a été tuée d’une seule balle tirée en pleine poitrine. Tout fait penser à un suicide et si les premiers enquêteurs ont, eux, songé à un meurtre, personne n’a jamais été arrêté. Dix huit ans plus tard, l’inspecteur Harry Bosch qui vient de réintégrer la police de Los Angeles après trois ans de retraite, reçoit les résultats d’une analyse ADN qui remet toute l’affaire en branle.

Mon avis :

Bosch a été ré-in-té-gré. Oui, je donne ainsi l’impression de crier, mais c’est pour dire que personne, alors qu’il avait pris sa retraite depuis trois ans, ne s’attendait à cet événement. Comme je lis les tomes dans le désordre, je ne compte pas le nombre de fois où Bosch a eu des soucis avec sa hiérarchie ou ses coéquipiers – beaucoup me semble le mot qui convient.
Harry se retrouve à enquêter sur des cold case. Magnifique. Surtout que, dès son arrivée dans le service, une enquête est rouverte : on a trouvé une preuve ADN qui concerne une affaire vieille de 17 ans.
Il faut alors tout reprendre, dans des locaux dans lesquels le classement n’est pas vraiment le fort de ceux qui y travaillent, certains dossiers ayant même été jetés ou ont été portés disparus. Bref, un assez gros bordel. Il faut aussi retrouver Garcia et Green, ceux qui ont merdé il y a dix-sept ans. Oui, à traiter l’affaire comme une simple fugue d’abord, comme un suicide ensuite, avant que l’autopsie ne conclut à un meurtre, ils ont perdu cinq jours, et sur une affaire de meurtre, c’est la garantie que le meurtre ne sera jamais élucidé. Les suspects ? Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils n’en ont vraiment pas trouvé. Le dernier petit ami connu des parents était parti à Hawaï depuis un an, et si Becky Verloren avait bien quelqu’un dans sa vie au moment de son enlèvement, ses parents n’en savaient rien : ils découvrirent des aspects de la vie de leur fille dont ils ignoraient absolument tout. Fait important, à mes yeux : le père est noir, la mère, blanche.
J’entends d’ici certaines personnes me dire, ou écrire sur mon blog : on se fiche de la couleur de peau des personnages ! J’aimerai bien, merci, et Bosch aimerait bien aussi. Sauf que, dans une Amérique qui était à deux doigts de s’enflammer, ce que l’on a totalement oublié ici (et eux sans doute également), la question raciale est importante. 1988, année de la disparition de Becky, est une année que les suprémacistes blancs voulaient célébrer, à cause de la symbolique qui l’entourait. Symbolique tordue, inventée par des tordus, des êtres dangereux qui n’avaient aucun scrupule. Enlever puis tuer une jeune fille métisse aurait-il pu leur poser problème ? Certainement pas.
Ce qui pose problème à Harry Bosch est que cette piste n’ait pas été suivi à l’époque, menant ainsi les enquêteurs sur une voie de garage dont ils ne sont jamais sortis. L’un a mis fin à ses jours, l’autre a un bon poste administratif. Quant aux amies proches, l’une enseigne dans l’établissement où elles étaient scolarisées, les autres ne sont pas très loin, toutes ont fait leur vie mais personne n’a oublié.

Regarde-le, dit-elle. Personne ne devrait vieillir.
– Et tout le monde devrait le pouvoir.

Ce dialogue entre Bosch et sa coéquipière expriment le point de vue de deux générations, la plus jeune pense avant tout à l’apparence, le plus âgé à ce que chacun a le droit de faire ou non de sa vie – pourvu qu’on ne la lui ôte pas. Deuil interdit est un volume particulièrement amer, non seulement à l’égard de toutes ses vies gâchées – les parents de Becky ne se sont jamais remis, mais de tout ce qui a été mis en œuvre pour que la vérité ne puisse être connue, la justice rendue. Je ne parle même pas de l’impunité des coupables qui, eux, ont continué leur vie comme si de rien n’était. Ne nous leurrons pas : on peut très bien vivre avec un crime sur la conscience.

Une vérité à deux visages par Michael Connelly

édition Calmann-Lévy – 432 pages

Présentation de l’éditeur :

Travaillant toujours bénévolement aux affaires non résolues pour la police de San Fernando, Harry Bosch est appelé sur une scène de crime dans une pharmacie. Les deux employés, père et fils,viennent d’être assassinés par des tueurs à gages et toutes les pistes s’orientent vers un trafic de médicaments antidouleurs qui, pris inconsidérément, se transforment en véritables drogues. Bosch n’hésite pas une seconde et se lance dans l’enquête.
Mais voilà qu’il est soudain accusé par la police de Los Angeles d’avoir, trente ans plus tôt, trafiqué des éléments de preuve pour expédier un tueur en série au couloir de la mort. Bosch va devoir prouver son innocence, et la partie est loin d’être gagnée d’avance. Car il existe bien deux sortes de vérité: celle qui conduit à la liberté et l’autre, qui mène aux ténèbres…

Merci aux éditions Calmann-Lévy et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Le problème, quand on est un policier qui devrait être à la retraite mais a repris du service, c’est que l’on peut être rattrapé par de vieilles affaires. Ce serait certainement valable également si le policier était bien gentiment, chez lui, à profiter de la retraite en sirotant son whisky, son bourbon, ou toute autre boisson alcoolisé que l’on voit toujours les policiers prendre pour se remettre de leurs émotions. Cette affaire qui remonte à la surface, ce n’est même pas un cold case, non, cela prend le chemin d’une erreur judiciaire, même pire : une erreur due au fait qu’un policier, en l’occurrence Harry Bosch, aurait trafiqué des preuves pour mettre en prison un innocent. Tout ceux qui lisent les enquêtes d’Harry Bosch le savent : jamais il ne ferait une chose pareille, ce serait « impensable », pour reprendre le titre d’un des derniers romans le mettant en scène. Lui le sait, comme il a la certitude qu’il a bien mis le bon coupable derrière les barreaux, comme le sait aussi la soeur de la victime. Reste à savoir comment cette nouvelle preuve a pu arriver là, et qui avait intérêt à la trafiquer, tout en incriminant Bosch. Parce que non, il ne suivra pas le conseil de son ex-coéquipière, non, il n’incriminera pas un collègue décédé, pour la simple et bonne raison qu’il sait très bien qu’il n’y est pour rien. Puis, accuser les disparus, c’est à double tranchant : un « disparu » peut réapparaître, et ce n’est pas forcément confortable.
Les enquêtes du passé n’empêchent pas les enquêtes du présent, et Bosch doit enquêter sur la mort de deux pharmaciens, le père et le fils, abattus par des tueurs en pleine journée, des tueurs qui n’ont même pas pris la peine de simuler un cambriolage. Bosch n’a pas l’intention de laisser ces deux meurtres impunis, et ce que lui et ses coéquipiers découvrent au fil de l’enquête le mènera bien plus loin qu’il ne l’aurait cru. Il ne s’agit pas tant de dénoncer les failles du système médical, que de montrer comment l’on peut rendre quelqu’un dépendant d’un médicament contre la douleur, puis le laisser se débrouiller après, seul avec son addiction : il est des personnes à l’affut pour aider ses personnes, organiser un trafic, et s’en mettre plein les poches. Les dégâts provoqués ? Tant qu’ils n’affectent pas leur porte-monnaie, peu leur importe de laisser des personnes dans la dépendance.
Tout au long de l’affaire qui l’a mis en cause, Harry a pu compter sur son frère : Jusqu’à l’impensable avait vraiment permis leur rapprochement. Mickey Haller est un avocat qui connaît le droit. Cela semble évident, cela ne l’est pas pour tous. Il peut aussi compter sur Cisco, son enquêteur, qui connaît suffisamment les aléas de la vie pour être véritablement efficace.
Une troisième enquête s’ajoute aux deux autres, une enquête qui n’en est plus vraiment une : quinze ans qu’Harry et d’autres policiers cherchent à résoudre la disparition d’une femme, quinze ans qu’ils soupçonnent son mari, et qu’ils ne parviennent pas à le prouver. Elle sera résolue elle aussi, pas vraiment de la façon qu’Harry le pensait.
Le roman se termine sur la promesse d’une nouvelle enquête, j’espère que ce sera le sujet du prochain roman mettant en scène Harry Bosch.

Formation d’élite par Lee Child

Présentation de l’éditeur :

1996. Jack Reacher fait encore partie de l’armée. Revenu d’une mission où il a exécuté deux criminels de guerre en Bosnie, il est décoré. Mais, aussi étonnant que cela paraisse, il est aussi renvoyé à l’école avec deux autres agents tout aussi brillants et décorés que lui. Pourquoi ? Il se le demande encore lorsqu’il apprend qu’une cellule djihadiste dormante basée à Hambourg et infiltrée par la CIA vient d’entendre parler d’un traître américain. Cet homme aurait quelque chose à vendre à des terroristes islamistes… et, potentiellement, à d’autres individus tout aussi dangereux, mais d’un genre différent. Le tout pour la coquette somme de cent millions de dollars.
Reacher se voit ainsi confier la tâche de retrouver cet homme, de chercher à savoir ce qu’il est prêt à vendre à ce prix et, naturellement, de faire tout ce qu’il faut pour l’arrêter. Car, si personne ne paie, les conséquences seront absolument catastrophiques…

Merci à Netgalley et aux éditions Calmann-Levy

Mon avis :

Depuis quelques opus, Jack Reacher ne mène plus systématiquement ses missions sur le territoire américain. Pour celle-ci, il se rend en Allemagne, où se déroulera une grande partie de l’action. Il faut dire aussi que, dans ce volume, nous faisons un bond dans le passé, et Reacher appartient encore à la police militaire.

Nous sommes en 1996, et près une mission réussie (nous sommes deux ans après la guerre dans les Balkans), Jack est renvoyé à l’école avec un agent de la CIA et un autre du FBI. Couverture : il leur faut retrouver un traitre américain. Chance : Reacher trouve une piste assez vite. Oui, je suis assez optimiste, je me dis que nous sommes dans un roman, et que dans la réalité, il y aurait eu beaucoup plus de tâtonnement.

Nous suivons aussi le parcours du « traitre », et je l’ai trouvé parfois franchement maladroit. Oui, si vous lisez ce livre, vous trouverez peut-être que l’adjectif est mal choisi, cependant je pense que quelqu’un qui, depuis des années, planifie son existence en vue d’empocher une forte (très forte) somme d’argent dans l’objectif de trahir son pays, une personne qui tend à rester invisible bien qu’elle ait commis quelques erreurs dans le passé, puisse craquer ainsi.

Ce n’est pas forcément la seule fausse note que j’aurai relevée dans ce volume qui, en dépit des enjeux, m’a semblé bien ronronnant. La mécanique est bien huilée, l’enquête progresse en mode « américain sauveur du monde », qui agisse sur le territoire allemand un peu comme s’ils étaient chez eux. Il faut bien garder à l’esprit aussi en lisant qu’en 1996 la réunification était récente, la guerre froide, pas si lointaine, et les craintes qui y étaient liées, assez énormes.

Il est cependant un personnage qui trouve grâce à mes yeux : Griezmann, le policier allemand. Il fait son métier, et c’est déjà beaucoup. Il respecte les règles, et c’est bien plus important qu’on ne le croit. Il n’aime pas voir un crime impuni, qui pourrait le lui reprocher ? Il est, même si son physique déplait à Reacher (tout le monde n’est pas une machine de guerre humaine), éminemment sympathique, et ce, à chacune de ses apparitions, toujours motivée pour le bien de l’une ou de l’autre enquête.

Ce que nous montre le roman, c’est la montée de l’extrémisme, du racisme, et s’il est facile de voir après coup, il faut aussi se dire que l’on ferait bien de regarder autour de nous.

Un roman essentiellement pour les fans de l’auteur et de son personnage.

Des morts à la criée d’Ed Dee

Présentation de l’éditeur :

Depuis huit ans, les inspecteurs Joe Gregory et Anthony Ryan ont été mutés de la brigade des homicides de New York à la toute nouvelle section de répression du crime organisé. Par une nuit de décembre, en 1982, les deux hommes tentent de localiser Bobo Rizzo, le truand qui tient sous sa coupe depuis trente ans « la criée », le célèbre marché aux poissons de Fulton. Mais comme la municipalité prévoit de construire dans le secteur un complexe de galeries marchandes, il vaut mieux savoir à l’avance quels « ennuis » ce projet va entraîner du côté des mafiosi. En planque sur les quais, Joe et Anthony remarquent plusieurs individus en train d’immerger un gros tonneau blanc dans l’eau du port. Persuadés que le récipient contient un cadavre, ils alertent la brigade fluviale. Au petit matin, ses plongeurs repêchent, non pas le baril blanc, mais une poubelle rouillée qui, surprise, contient un squelette tenant entre les dents un écusson de la police de New York. Il s’agit de Jinx Mulgrew, un flic disparu dix ans plus tôt, la veille de sa comparution devant une commission spéciale pour corruption et complicité avec le milieu.

Mon avis :

L’action se passe en 1983 et cela se voit. L’écologie ? On repassera ! Jeter ses déchets dans le fleuve est normal, y compris pour les policiers. Les femmes dans la police ? Euh… Vous voulez parler des femmes des policiers, soutien moral indispensable à leur policier de mari. Les indics ? Connus et reconnus, listés pour ainsi dire, comme des membres à part entière du système judiciaire américain – nous sommes quinze ans avant les Experts et New York Police criminelle. Nous sommes cependant quatre ans avant la sortie de la série télévisée Un flic dans la mafia, qui a obtenu, si mes souvenirs sont exacts, un assez grand succès.

Il est en effet question d’un temps que les moins de trente ans ne connaissent qu’à travers des films plutôt que des romans policiers, un temps où l’on cherchait à démanteler la mafia. Un temps, aussi, où l’on avait beau être américain, l’on était avant tout d’origine italienne ou d’origine irlandaise, comme Joe et Anthony. Oui, cela avait autant d’importance que la couleur de peau ou la religion – même si je n’ai pas vraiment l’impression que beaucoup de policiers soient afro-américain à cette époque. Un temps où l’on se mettait en planque, sous les indications d’un indic pour trouver des preuves, et où l’on pouvait trouver tout autre chose.

C’est le premier roman de la série, pourtant le dénouement semble indiquer la fin d’une époque, la fin du duo Ryan/Grégory à cause de ce qu’ils ont découvert, pendant l’enquête en cours. Joe n’est, dans ce volume, pas le même que dans le troisième – et je trouve que cela manque de cohérence, parce que j’aurai aimé qu’il garde la sensibilité, pas énorme, certes, mais existante, qu’il a dans ce volume. Pour l’auteur, l’évolution de ses personnages est peut-être évidente, elle ne l’est pas pour moi, maintenant que je clôture la lecture de cette série par le tome 1. Certains faits sont particulièrement marquants, pourtant il m’a vraiment manqué beaucoup de choses pour que j’apprécie pleinement ce roman – c’est simple : je ne me suis pas attachée aux personnages, pas même aux victimes, et c’est tout de même très ennuyeux.

Les Points de fuite par Frédérique Molay

Présentation de l’éditeur :

New York : une jungle urbaine, un concentré de violence, une mosaïque de couleurs. Branchée, survoltée, époustouflante, c’est la ville où « rien n’arrête le regard, à part le point de fuite ». Ce jour-là aurait dû être un jour comme les autres pour Elaine Casey. Mais alors qu’elle et son fils visitent le musée national des Amérindiens, tout bascule en quelques minutes : l’enfant a disparu. Les détectives de la Division des enquêtes spéciales de la police de New York ont rapidement la certitude qu’il a été enlevé.

Merci à Netgalley et aux éditions Amazon publishing pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce roman est différent des autres polars écrits par Frédérique Molay – déjà, il ne met pas en scène son enquêteur fétiche, et se passe loin de la France. Pourtant, j’ai retrouvé des thèmes déjà explorés dans son oeuvre : le poids du passé sur le présent des personnages, l’importance de la création artistique ou les conséquences d’un acte criminel sur les familles des victimes. C’est pour cette raison que je ne peux pas dire que ce polar est agréable à lire : non, il n’est pas agréable de lire la détresse d’une mère dont l’enfant est aux mains d’un homme qui peut lui faire du mal (on enlève rarement un enfant pour son bien). Non, il n’est pas agréable de lire la détresse de Tom, la folie grandissante du ravisseur, et de se dire que le danger est permanent, qu’un rien peut tout faire basculer. Le lecteur qui ouvre ce livre sait très bien que ce n’est pas une lecture confortable, douillette, reposante, même si les enquêteurs font de leur mieux, même si l’alerte Amber est bien rôdée, le risque est là, et bien là.

Le passé, c’est le 11 septembre, qui a laissé des traces, même dix-huit ans plus tard, certains en paient encore le prix dans leur chair. C’est pourtant un passé dont on parle peu : Sarah, l’enquêtrice, n’a pas envie de dire que son frère est un des pompiers qui est mort ce jour-là. La douleur ne se partage pas. Elle n’est pas la seule à avoir utilisé ce mécanisme de survie, aux conséquences parfois désastreuses. Il n’est pas de deuils heureux. Mais les romans peuvent avoir des fins apaisés. J’ai choisi ce logo, parce que Chablis avait deux ans en 2001.

 

 

 

 

Un couple irréprochable d’Alafair Burke

Présentation de l’éditeur :

Angela, trente ans, vit une vie confortable et routinière avec son fils surdoué de treize ans et Alex, son mari, professeur d’économie en pleine ascension professionnelle. Mais leur bonheur de façade explose lorsque Alex est soupçonné d’être un prédateur sexuel, et que l’une des deux jeunes femmes qui l’accusent disparaît. Tandis que la presse de tout le pays se repaît du scandale, Angela est partagée entre la honte, le désir de défendre son mari, et le besoin de préserver un sombre secret.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier les éditions Presse de la Cité et Netgalley pour leur confiance.

Je l’admets, j’avais une petite appréhension en ouvrant ce livre, peur de ne pas aimer autant les livres de la fille que ceux du père. Il faut dire aussi que l’écriture, le lieu, sont bien différents. Assez de ces considérations, entrons dans le vif du sujet.
Tout d’abord, je dois dire que je n’ai pas apprécié le personnage d’Alex, ce professeur d’économie à qui tout réussit dans sa vie personnel et sa vie professionnelle. Il est beaucoup trop lisse, et tient à ce que cela se sache. Il semble toujours d’humeur égale, rien ne paraît pouvoir le contrarier, il protège sa femme et son fils avec limpidité.
Angela, c’est autre chose. Elle a plus d’aspérité, mais est-elle attachante pour autant ? Je n’ai toujours pas d’avis à ce sujet. A vrai dire, seule Trisha, sa meilleure amie, déterminée à avoir une vie meilleure que celle à laquelle elle était promise, m’a touchée. Trisha, qui a quitté leur ville natale voilà une bonne douzaine d’années, comme elle avait toujours projeté de le faire. Angela cache un secret, oui, ou plutôt, elle le partage avec sa mère, qui est prête à tout pour défendre sa fille, et l’a prouvé – prête à tout, cela veut dire pousser à bout la police qui a considéré Angela comme une fugueuse quand elle a disparu, alors qu’elle avait bel et bien été enlevée. Elle a retrouvé la liberté, au bout de trois ans, avec un bébé en prime. Alors, non, elle n’a pas envie d’en parler, seuls de très proches, en plus de sa mère, sont au courant – son mari Alex en fait partie. Elle n’a pas envie que son mari s’en serve pour sa carrière, encore moins pour sa défense, parce que c’est bien de cela qu’il s’agit.
Nous le savons dès le début de l’oeuvre : une jeune femme, qui accusait Alex de harcèlements sexuels, est portée disparue. Une autre jeune femme l’a aussi accusée de harcèlement – une de ses étudiantes. Pour Angela, au début, il est totalement impossible qu’Alex ait commis ce dont on l’a accusé. Puis le temps passe, les faits s’accumulent, et les questionnements surviennent.
Le roman se focalise sur Angela, sur son passé, sur son présent pendant lequel elle fait tout pour éviter ce qui peut lui rappeler son passé – y compris rendre visite à sa mère, ou même lui téléphoner. Pourtant, elles restent très liées, leur affection est sincère, la mère d’Angela n’a jamais cherché, contrairement à ce que l’on peut lire dans d’autres romans, à profiter matériellement de ce que sa fille a subi. Il n’est pas question pour Angela de consulter un psy, il n’est pas question aussi de creuser ce qui concerne son passé, il est parfois même peu question d’approfondir certains événements vécus avec Alex. Ou jusqu’où est-on prêt à aller pour préserver la bulle de tranquillité dans laquelle on vit ? Pas de chance pour Angela : elle éclate.
Il est peu de dire que rien n’est simple. Surtout pas pour les femmes. Et si nous avions là, le sujet central du livre ? On peut penser que la condition féminine progresse, on peut en douter. Quoi qu’il arrive, quoi qu’ait fait l’homme, c’est trop souvent parole contre parole. Même les preuves, quand elles existent, sont sujettes à caution, et n’empêchent pas l’opinion publique de parler, de chercher ce que la femme a pu faire pour provoquer cela. Et si, avant, on pouvait espérer ne pas entendre tout ce qui se disait au café du commerce, l’usage des réseaux sociaux n’arrange rien, à moins de résister à la tentation d’aller lire ce qui se dit sur vous.
Alors, oui, j’ai pensé en lisant ce livre à des oeuvres que j’avais déjà lus auparavant, parce que les mêmes thématiques étaient explorées. Ce qui distingue ce livre est peut-être de montrer que quel que soit le milieu dans lequel on évolue, que l’on soit riche, moins riche, que l’on ait quitté l’école tôt ou que l’on ait brillamment étudié, que l’on vive dans un trou perdu ou dans un très beau quartier résidentiel avec une maison pour épater la galerie, les violences faites aux femmes existent partout.
Quant à l’intrigue, je pense que son déroulement surprendra plus d’un lecteur, même si elle a été un peu lente à se mettre en place.