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Le Naturaliste par Andrew Mayne

Présentation de l’éditeur :

Le professeur Theo Cray, biologiste computationnel, sait déceler des motifs cohérents là où d’autres ne voient que le chaos. Aussi, quand des corps mutilés sont retrouvés au cœur des bois du Montana où il fait des recherches, Theo comprend vite que la police, qui a conclu à des attaques de grizzli, se trompe de coupable.

Plus familier des codes digitaux et des microbes que de l’art de la médecine légale, le professeur va se retrouver au cœur d’une enquête complexe et déroutante après l’assassinat de l’une de ses anciennes étudiantes, au point d’être lui-même soupçonné d’être le tueur. Pour garder une longueur d’avance sur la police, Theo devra faire appel à tous ses talents de scientifique pour confondre le véritable assassin. Saura-t-il faire preuve d’autant d’intelligence que le prédateur qu’il poursuit, ou en deviendra-t-il la proie ?

Mon avis :

Le professeur Théo Cray n’est pas fait pour être enquêteur, ce n’est pas, mais alors là pas du tout son métier, qu’il passe d’ailleurs un temps fou à expliquer. Asocial ? Oui, sans doute. Cependant, il ne s’attendait certainement pas à se retrouver à apprendre la mort d’une de ses anciennes étudiantes – ni à imaginer que la police puisse le suspecter, lui qui ne l’a pas vue depuis des années. Il s’en veut, aussi, un peu comme un père qui n’aurait pas su protéger ses enfants : s’il l’avait mieux averti des dangers de la montagne, elle ne se serait pas fait tuer par un ours.

Seulement, plus il en apprend sur Juniper, plus il découvre qu’elle était en fait parfaitement au courant des précautions à prendre, et qu’au cours de ses précédents travaux, elle l’avait parfaitement fait. Theo ressent alors le besoin de creuser, et découvre qu’elle n’est pas la seule à être morte de cette façon dans la région. A chaque fois, les disparitions ont été vues comme de simples disparitions, et les morts, s’ils étaient retrouvés, comme des victimes d’attaque. Il est tant d’animaux sauvages dans le Montana.

Un peu facile ? Oui, peut-être, certainement. Les habitants de Red Hook semblent résignés, pas vraiment décidés à chercher trop loin qui pourrait être responsable. il s’agit avant tout de vivre et de survivre, dans une petite ville minée par le chômage, dans laquelle beaucoup de ses habitants se sont engagés, et ne sont pas forcément revenus. L’armée, ou la solution au chômage.

Ce qui m’a surprise, c’est à quel point le système judiciaire américain, hors des grandes villes, pouvait être déficient. Médecin légiste ? Un métier très rare dans les plaines du Montana. Coroner ? N’importe qui peut le devenir, et dire qu’un décès est accidentel – les meurtriers peuvent dormir tranquilles.

Oui, le tueur en série est une spécialité américaine. De vrais spécialistes devraient se pencher sur la question. Moins un état est peuplé, plus les personnes qui disparaissent sont insignifiantes – prostituées, droguées, ou les deux à la fois – plus ils peuvent agir en toute impunité. Rares sont les empêcheurs de tuer en rond comme Theo Cray. Lui est prêt à tout, pour prouver la vérité et sauver qui peut encore l’être – et les policiers n’aiment pas qu’on leur montre ce qu’ils n’ont pas été capables de découvrir pendant des décennies. Il est un personnage et un narrateur hautement recommandable, qui est pour beaucoup dans l’intérêt de ce roman.

Reine de beauté de Amy K Green

Présentation de l’éditeur :

La communauté de Wrenton, dans le Maine, est sous le choc : le corps de Jenny Kennedy, reine de beauté de treize ans, vient d’être retrouvé à l’orée des bois, dans une chemise de nuit rose, un bouquet de fleurs à la main.Le coupable ? Tous désignent un garçon simplet, fervent amateur de concours de miss. Seule Virginia, la demi-sœur de la victime, récuse cet avis. Si elle détestait sa cadette presque autant qu’elle déteste la famille parfaite recomposée par son père, elle n’en connaissait pas moins les secrets troubles de la belle adolescente. Des secrets qui les unissaient malgré elles… Pourquoi remuer le passé quand tout le monde semble s’accorder sur un coupable ? Pourquoi prendre le risque de souffrir, encore ? Mais Virginia veut savoir. À tout prix. Quitte à révéler le vice sous la blancheur des façades à bardeaux blancs de ce village paisible. Quitte à pénétrer sur le terrain de chasse du plus terrible des prédateurs…

Mon avis :

Il est difficile de parler de ce roman parce qu’il n’est pas aimable, dans le sens où il ne fait rien pour vous montrer des situations agréables, où aucune scène, aucune page n’est réellement plaisante, tant la réalité qu’il montre est poisseuse. J’ai eu de la peine, pour ne pas dire que je n’ai pas pu m’attacher à un personnage. Je ne veux pas dire que le récit n’est pas intéressant, loin de là, je dis simplement qu’il est assez rude.

Prenons les deux narratrices, que nous suivons pas à pas : Virginia d’un côté, Jenny de l’autre, voix de la vivante, voix de la disparue. Elles sont demi-soeurs, et pas proches du tout. Pour quelles raisons ? J’ai presque envie de dire : c’est simple. L’une, Virginia, est issue du premier mariage de son père, sa mère s’est suicidée, son père s’est remarié, a eu une seconde fille, merveille du monde aux yeux de sa mère, qui n’a pas véritablement prêté attention à sa belle-fille : la marâtre de Cendrillon, version indifférente. Seulement, il apparaît très vite que, si elle semble une bonne mère aux yeux de tous, elle passe son temps à présenter sa fille à des concours de beauté, toujours sur les routes, toujours à soigner l’apparence de sa fille, sans se préoccuper d’elle, de ce qu’elle ressent, au point de très mal vivre sa décision d’arrêter les concours et de lui faire consulter la psy de l’établissement scolaire à cause de cela. Pour moi, c’était plutôt un signe de bonne santé mentale ! Celle-ci craignait de plus que sa fille ne gâche sa vie, comme sa belle-fille, ne déçoive son père – la preuve, celui-ci passe de moins en moins de temps en famille, lui qui, déjà, ne revient que le week-end, se consacrant toute la semaine à son travail. Au secours ! Comme une mère peut-elle rendre responsable sa fille de ce qui ne va ni dans son couple, ni dans sa vie ? Comment un père ne peut s’intéresser à ses filles – Virginia et Jenny sont à égalité – que lorsque celles-ci le rendent fiers, satisfont ses volontés ? Je suggèrerai volontiers une thérapie familiale, si ce n’est que la psy du collège me semble avoir elle aussi trop de soucis à régler pour s’intéresser véritablement aux jeunes patients qui l’entourent. Elle a même connu Virginia quand celle-ci était élève, à l’époque où son propre mal-être a commencé : personne ne s’est interrogé, là non plus, la regardant s’enfoncer, quand on ne l’enfonçait pas encore plus.

Aujourd’hui, Virginia veut rendre justice à sa soeur, cible de tordus qui parcouraient les concours de beauté, ce que tout le monde trouve normal jusqu’à ce qu’un drame se produise. Son enquête l’amène autant à découvrir des pans de la vie de sa soeur qu’elle ignorait, à prendre conscience aussi qu’elle ignorait complètement tout de sa soeur, et qu’elle doit aussi faire le point sur sa propre vie, comme pour se délester de tout ce qui lui pèse, tout ce qui l’empêche de construire sa vie. Oui, son enquête lui fera découvrir beaucoup, sur le monde collégien où évoluait sa soeur, sur sa famille, sur sa propre vie enfin. Rien de rose, rien de rassurant, rien à se raccrocher. La presse se délecte du moindre ragot. La police n’est pas toujours à la hauteur. Il est tellement plus simple de ne pas chercher trop moins – surtout quand l’on trouve tout de suite le coupable idéal. Certes, Virginia parviendra à remuer un peu toute cette mare bien vaseuse. Est-ce satisfaisant ? Pas du tout. D’ailleurs, le dénouement ne l’est pas réellement, même si le lecteur saura réellement tout, et peut-être plus qu’il n’aurait voulu, tant la fin est, à mes yeux, désespérante.

Reine de beauté – un roman sans espoir.

Jeu de massacre de James Patterson et Howard Roughan

Présentation de l’éditeur :

Impair, pair… et tue !Le Dr Dylan Reinhart s’est rendu célèbre par son livre décryptant les comportements criminels. Lorsqu’un exemplaire de ce best-seller est retrouvé sur une scène de meurtre accompagné d’un simple mot, force est de constater qu’un tueur en connaît tous les chapitres.Elizabeth Needham, inspectrice au NYPD en charge du dossier, recrute Dylan pour l’aider à comprendre le sens d’un autre indice laissé sur la scène de crime : une carte à jouer.Et quand une nouvelle carte est retrouvée sur un autre cadavre, il semble évident pour le criminologue qu’elles ne sont pas qu’une signature… mais bien un indice permettant de conduire à une prochaine victime.Tandis que tout New York cède à la panique, Dylan Reinhart est le seul à pouvoir s’immiscer dans l’esprit torturé de ce serial-killer…

Préambule : c’était ou écrire un journal « déconfinement, jour 1 » ou rédiger l’avis sur le livre que j’ai lu quasiment d’une traite ce soir. Le choix fut vie fait.

Mon avis :

J’avais aimé ma série, et quand j’ai retrouvé ce livre au fin fond de ma PAL (je savais bien que je l’avais !), j’ai commencé à le lire, et je l’ai terminé très vite.
Il faut dire qu’en dépit du sujet – la traque d’un tueur en séries, un classique américain – le livre est très drôle, grâce à la personnalité de Dylan Reinhart, professeur de criminologie de son état, marié à Tracy, un homme charmant. Il est bourré d’humour, et s’il est parfaitement compétent dans son domaine, cela ne fait que rendre son regard plus acéré face à ce qu’il découvre. Le problème qui se pose à la belle ville de New York n’est pas tant la présence d’un serial killer qui joue avec les nerfs des enquêteurs, connaissant parfaitement les codes du genre, et ce que l’on attend de lui, mais le fait que l’on est en pleine période électorale, et que le maire joue sa réélection avec ce criminelle. Nous découvrons au passage qu’une campagne électorale ressemble à s’y méprendre à une campagne militaire, remplie de stratégie en tout genre, d’offensive, de propagande, d’espionnage aussi – ou comment tenter de trouver les petits secrets du Dr Reinhart. Non, pas le fait qu’il est gay, ce n’est un secret pour personne. Non, le secret qui fait qu’il ne vaut mieux pas le sous-estimer, même sans arme, même à un contre deux, le secret qui fait qu’un hacker, qui correspond en tout point au portrait du hacker, est toujours prêt à l’aider. Sans doute aussi parce que Reinhart ne lui pose jamais de questions sur la manière dont il s’y prend, puisqu’il le comprend parfaitement.
Les meurtres. Sanglants. Justifiables aux yeux du meurtrier, qui mettra bien involontairement Dylan sur sa piste. Enfin, involontairement… le dealer, puisque c’est ainsi qu’il est surnommé, est pourtant la première voix que l’on entend dans ce roman. Il savait parfaitement où il allait. Oui, nous sommes à nouveau face à un serial killer intelligent, ou plutôt un serial killer qui connait bien les failles du système et celles de la justice. La justice américaine n’est pas la justice française (ce que de brillants scénaristes, tel un cliché, nous rappellent à longueur de séries télévisées) et certains savent parfaitement utiliser ses failles afin de faire libérer le prévenu. Les « failles » sont nombreuses, qu’elles soient juridiques (bien connaître la loi, c’est important) ou qu’elles reposent sur un minuscule point de procédure qui n’a pas été respecté à la lettre. Ne parlons pas non plus des témoignages « de complaisance » – démontrer la fausseté d’un alibi demande du temps et de l’énergie, que n’ont pas forcément un procureur, un juge, un avocat. Et s’il est des innocents qui croupissent en prison parce que leur avocat n’a pas été assez performant, il en est des coupables qui vivent en toute liberté, parce que leur avocat (souvent très cher payé) a épluché soigneusement chaque pièce du dossier.
Le roman est construit contre une course contre la montre quasiment perdu d’avance – quasiment. Du coup, les pages se tournent quasiment toutes seules, pour savoir comment un point final sera enfin mis à cette succession de meurtres. Et ce n’est pas vraiment de la manière dont on aurait pu le penser.
Un livre aussi agréable à lire que la série l’a été à regarder.

Ne te perds pas en chemin de Margaret Mizushima

Présentation de l’éditeur :

Agent de police dans l’unité cynophile de Denver, Mattie Cobb est appelée en urgence dans sa ville natale de Timber Creek : Adrienne Howard, la petite amie du shérif adjoint, a disparu. La jeune femme travaille dans le luxueux spa local, mais aussi dans les ranchs alentour, où elle prodigue des soins aux chevaux de course. Accompagnée de son fidèle berger allemand, Robo, Mattie peut compter sur l’aide de Cole Walker, un ami vétérinaire fraîchement divorcé. Mais l’enquête est plus périlleuse qu’elle n’y paraît et, en plongeant dans le passé d’Adrienne, Mattie réalise bientôt que ce sont ses propres démons qu’elle va devoir affronter. Les épaisses forêts enneigées du Colorado n’ont pas fini de livrer leurs secrets. Et le danger guette ceux qui s’aventurent trop près de la vérité…

Mon avis :

J’ai adoré cette lecture. Peut-être trouvera-t-on que mon avis manque de lucidité. Qu’importe ! Je revendique le droit d’aimer ce que je lis et de le dire.
Les premières pages sont tendues : Mattie et son chien Robo sont sur le terrain, et le danger est là. Puis, le soulagement : nous avons simplement assisté au dernier entrainement de Robo, qui est maintenant devenu officiellement chien policier. Cela n’a l’air de rien, mais ce qui ne semble qu’une répétition dans ce premier chapitre risque de devenir prochainement une action, une intervention bien réelle.

D’ailleurs, le répit n’est que de courte durée, quand Mattie retourne dans la petite communauté où elle vit, et où tout le monde se connaît : la petite amie du shériff a disparu. Mattie est bien la seule à ne pas croire à cette disparition, tous se sont immédiatement mobilisés – et Mattie devra bien se ranger, et bien trop vite, à l’avis général, à cause d’un coup de fil anonyme, et des découvertes qu’il a engendrées. Quelqu’un aurait-il été pris de remords, et si oui, qui ?

Ce que j’ai aimé dans ce roman, c’est la relation entre Mattie et son chien. Oui, Robo est dressé, oui, il est doué, et surtout, il n’a jamais été maltraité, ce qui, par expérience canine, nuit gravement aux chiens et aux relations qu’il peut avoir avec les humains. C’est lui, véritablement, qui protège Mattie, non seulement des malfaiteurs, mais aussi de ce que la nature a de sauvages. Oui, les pumas sont sur leur territoire au Colorado – et pas seulement dans le Wyoming de Craig Johnson. Etre chien policier, c’est l’être constamment.

De l’autre côté, nous avons Cole Walker, vétérinaire de son état qui fait de son mieux avec ses deux filles. En effet, sa femme l’a quitté du jour au lendemain, mais surtout, elle ne donne aucune nouvelle à leurs deux filles, pourtant très attachées à leur mère. Je pense que cette histoire a dû (tout comme le meurtre de Grace) être développée dans le premier tome. Je note cependant que son attitude est fort étrange. Faut-il y voir la thématique moderne de ces femmes qui, à force d’être compagne et mère, ne se sentent plus femme  ? Ou cela cache-t-il une intrigue à venir ? Tout cela pour dire que Cole jongle entre ses obligations professionnelles – il fait très bien son métier – et l’éducation de ses filles. Il fait de son mieux, étant donné sa situation et son travail. Croyez-moi, faire de son mieux, tenir ses engagements, c’est véritablement important, ce roman pourrait presque en être une démonstration.

Et l’amour des animaux. Mattie tient à Robo. Cole fait de son mieux pour les animaux qu’il soigne – sans filtre. Adrienne, la victime, ne craignait pas non plus de dire ce qu’elle avait à dire, et cela lui fut fatal. Oui, je suis la première à dire que parler, c’est bien – et je salue le courage d’Adrienne, de Cole. Cependant, il faut réfléchir aussi avant de parler : ce que l’on va dire est-il bon pour la personne à qui on le dit ? Prenez le frère biologique de Mattie. Ah ! son charmant programme bien connu en douze étapes demande de se faire pardonner par les personnes que l’on a blessées, et de plus en plus d’œuvres montrent à quel point cette demande de pardon est finalement égoïste, puisqu’elle replonge la victime dans les affres douloureuses de ce qu’elle a vécues, de ce qu’elle a tenté d’oublier, voire de ce qu’elle a occulté. Les paroles, c’est bien, les actes, c’est mieux.

 

Deuil interdit de Michael Connelly

Présentation de l’éditeur :

Dans la Los Angeles de l’été 1988, une jeune fille de 16 ans, Becky Verloren, est enlevée chez elle, puis retrouvée morte quelques jours plus tard. Elle a été tuée d’une seule balle tirée en pleine poitrine. Tout fait penser à un suicide et si les premiers enquêteurs ont, eux, songé à un meurtre, personne n’a jamais été arrêté. Dix huit ans plus tard, l’inspecteur Harry Bosch qui vient de réintégrer la police de Los Angeles après trois ans de retraite, reçoit les résultats d’une analyse ADN qui remet toute l’affaire en branle.

Mon avis :

Bosch a été ré-in-té-gré. Oui, je donne ainsi l’impression de crier, mais c’est pour dire que personne, alors qu’il avait pris sa retraite depuis trois ans, ne s’attendait à cet événement. Comme je lis les tomes dans le désordre, je ne compte pas le nombre de fois où Bosch a eu des soucis avec sa hiérarchie ou ses coéquipiers – beaucoup me semble le mot qui convient.
Harry se retrouve à enquêter sur des cold case. Magnifique. Surtout que, dès son arrivée dans le service, une enquête est rouverte : on a trouvé une preuve ADN qui concerne une affaire vieille de 17 ans.
Il faut alors tout reprendre, dans des locaux dans lesquels le classement n’est pas vraiment le fort de ceux qui y travaillent, certains dossiers ayant même été jetés ou ont été portés disparus. Bref, un assez gros bordel. Il faut aussi retrouver Garcia et Green, ceux qui ont merdé il y a dix-sept ans. Oui, à traiter l’affaire comme une simple fugue d’abord, comme un suicide ensuite, avant que l’autopsie ne conclut à un meurtre, ils ont perdu cinq jours, et sur une affaire de meurtre, c’est la garantie que le meurtre ne sera jamais élucidé. Les suspects ? Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils n’en ont vraiment pas trouvé. Le dernier petit ami connu des parents était parti à Hawaï depuis un an, et si Becky Verloren avait bien quelqu’un dans sa vie au moment de son enlèvement, ses parents n’en savaient rien : ils découvrirent des aspects de la vie de leur fille dont ils ignoraient absolument tout. Fait important, à mes yeux : le père est noir, la mère, blanche.
J’entends d’ici certaines personnes me dire, ou écrire sur mon blog : on se fiche de la couleur de peau des personnages ! J’aimerai bien, merci, et Bosch aimerait bien aussi. Sauf que, dans une Amérique qui était à deux doigts de s’enflammer, ce que l’on a totalement oublié ici (et eux sans doute également), la question raciale est importante. 1988, année de la disparition de Becky, est une année que les suprémacistes blancs voulaient célébrer, à cause de la symbolique qui l’entourait. Symbolique tordue, inventée par des tordus, des êtres dangereux qui n’avaient aucun scrupule. Enlever puis tuer une jeune fille métisse aurait-il pu leur poser problème ? Certainement pas.
Ce qui pose problème à Harry Bosch est que cette piste n’ait pas été suivi à l’époque, menant ainsi les enquêteurs sur une voie de garage dont ils ne sont jamais sortis. L’un a mis fin à ses jours, l’autre a un bon poste administratif. Quant aux amies proches, l’une enseigne dans l’établissement où elles étaient scolarisées, les autres ne sont pas très loin, toutes ont fait leur vie mais personne n’a oublié.

Regarde-le, dit-elle. Personne ne devrait vieillir.
– Et tout le monde devrait le pouvoir.

Ce dialogue entre Bosch et sa coéquipière expriment le point de vue de deux générations, la plus jeune pense avant tout à l’apparence, le plus âgé à ce que chacun a le droit de faire ou non de sa vie – pourvu qu’on ne la lui ôte pas. Deuil interdit est un volume particulièrement amer, non seulement à l’égard de toutes ses vies gâchées – les parents de Becky ne se sont jamais remis, mais de tout ce qui a été mis en œuvre pour que la vérité ne puisse être connue, la justice rendue. Je ne parle même pas de l’impunité des coupables qui, eux, ont continué leur vie comme si de rien n’était. Ne nous leurrons pas : on peut très bien vivre avec un crime sur la conscience.

Une vérité à deux visages par Michael Connelly

édition Calmann-Lévy – 432 pages

Présentation de l’éditeur :

Travaillant toujours bénévolement aux affaires non résolues pour la police de San Fernando, Harry Bosch est appelé sur une scène de crime dans une pharmacie. Les deux employés, père et fils,viennent d’être assassinés par des tueurs à gages et toutes les pistes s’orientent vers un trafic de médicaments antidouleurs qui, pris inconsidérément, se transforment en véritables drogues. Bosch n’hésite pas une seconde et se lance dans l’enquête.
Mais voilà qu’il est soudain accusé par la police de Los Angeles d’avoir, trente ans plus tôt, trafiqué des éléments de preuve pour expédier un tueur en série au couloir de la mort. Bosch va devoir prouver son innocence, et la partie est loin d’être gagnée d’avance. Car il existe bien deux sortes de vérité: celle qui conduit à la liberté et l’autre, qui mène aux ténèbres…

Merci aux éditions Calmann-Lévy et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Le problème, quand on est un policier qui devrait être à la retraite mais a repris du service, c’est que l’on peut être rattrapé par de vieilles affaires. Ce serait certainement valable également si le policier était bien gentiment, chez lui, à profiter de la retraite en sirotant son whisky, son bourbon, ou toute autre boisson alcoolisé que l’on voit toujours les policiers prendre pour se remettre de leurs émotions. Cette affaire qui remonte à la surface, ce n’est même pas un cold case, non, cela prend le chemin d’une erreur judiciaire, même pire : une erreur due au fait qu’un policier, en l’occurrence Harry Bosch, aurait trafiqué des preuves pour mettre en prison un innocent. Tout ceux qui lisent les enquêtes d’Harry Bosch le savent : jamais il ne ferait une chose pareille, ce serait « impensable », pour reprendre le titre d’un des derniers romans le mettant en scène. Lui le sait, comme il a la certitude qu’il a bien mis le bon coupable derrière les barreaux, comme le sait aussi la soeur de la victime. Reste à savoir comment cette nouvelle preuve a pu arriver là, et qui avait intérêt à la trafiquer, tout en incriminant Bosch. Parce que non, il ne suivra pas le conseil de son ex-coéquipière, non, il n’incriminera pas un collègue décédé, pour la simple et bonne raison qu’il sait très bien qu’il n’y est pour rien. Puis, accuser les disparus, c’est à double tranchant : un « disparu » peut réapparaître, et ce n’est pas forcément confortable.
Les enquêtes du passé n’empêchent pas les enquêtes du présent, et Bosch doit enquêter sur la mort de deux pharmaciens, le père et le fils, abattus par des tueurs en pleine journée, des tueurs qui n’ont même pas pris la peine de simuler un cambriolage. Bosch n’a pas l’intention de laisser ces deux meurtres impunis, et ce que lui et ses coéquipiers découvrent au fil de l’enquête le mènera bien plus loin qu’il ne l’aurait cru. Il ne s’agit pas tant de dénoncer les failles du système médical, que de montrer comment l’on peut rendre quelqu’un dépendant d’un médicament contre la douleur, puis le laisser se débrouiller après, seul avec son addiction : il est des personnes à l’affut pour aider ses personnes, organiser un trafic, et s’en mettre plein les poches. Les dégâts provoqués ? Tant qu’ils n’affectent pas leur porte-monnaie, peu leur importe de laisser des personnes dans la dépendance.
Tout au long de l’affaire qui l’a mis en cause, Harry a pu compter sur son frère : Jusqu’à l’impensable avait vraiment permis leur rapprochement. Mickey Haller est un avocat qui connaît le droit. Cela semble évident, cela ne l’est pas pour tous. Il peut aussi compter sur Cisco, son enquêteur, qui connaît suffisamment les aléas de la vie pour être véritablement efficace.
Une troisième enquête s’ajoute aux deux autres, une enquête qui n’en est plus vraiment une : quinze ans qu’Harry et d’autres policiers cherchent à résoudre la disparition d’une femme, quinze ans qu’ils soupçonnent son mari, et qu’ils ne parviennent pas à le prouver. Elle sera résolue elle aussi, pas vraiment de la façon qu’Harry le pensait.
Le roman se termine sur la promesse d’une nouvelle enquête, j’espère que ce sera le sujet du prochain roman mettant en scène Harry Bosch.

Formation d’élite par Lee Child

Présentation de l’éditeur :

1996. Jack Reacher fait encore partie de l’armée. Revenu d’une mission où il a exécuté deux criminels de guerre en Bosnie, il est décoré. Mais, aussi étonnant que cela paraisse, il est aussi renvoyé à l’école avec deux autres agents tout aussi brillants et décorés que lui. Pourquoi ? Il se le demande encore lorsqu’il apprend qu’une cellule djihadiste dormante basée à Hambourg et infiltrée par la CIA vient d’entendre parler d’un traître américain. Cet homme aurait quelque chose à vendre à des terroristes islamistes… et, potentiellement, à d’autres individus tout aussi dangereux, mais d’un genre différent. Le tout pour la coquette somme de cent millions de dollars.
Reacher se voit ainsi confier la tâche de retrouver cet homme, de chercher à savoir ce qu’il est prêt à vendre à ce prix et, naturellement, de faire tout ce qu’il faut pour l’arrêter. Car, si personne ne paie, les conséquences seront absolument catastrophiques…

Merci à Netgalley et aux éditions Calmann-Levy

Mon avis :

Depuis quelques opus, Jack Reacher ne mène plus systématiquement ses missions sur le territoire américain. Pour celle-ci, il se rend en Allemagne, où se déroulera une grande partie de l’action. Il faut dire aussi que, dans ce volume, nous faisons un bond dans le passé, et Reacher appartient encore à la police militaire.

Nous sommes en 1996, et près une mission réussie (nous sommes deux ans après la guerre dans les Balkans), Jack est renvoyé à l’école avec un agent de la CIA et un autre du FBI. Couverture : il leur faut retrouver un traitre américain. Chance : Reacher trouve une piste assez vite. Oui, je suis assez optimiste, je me dis que nous sommes dans un roman, et que dans la réalité, il y aurait eu beaucoup plus de tâtonnement.

Nous suivons aussi le parcours du « traitre », et je l’ai trouvé parfois franchement maladroit. Oui, si vous lisez ce livre, vous trouverez peut-être que l’adjectif est mal choisi, cependant je pense que quelqu’un qui, depuis des années, planifie son existence en vue d’empocher une forte (très forte) somme d’argent dans l’objectif de trahir son pays, une personne qui tend à rester invisible bien qu’elle ait commis quelques erreurs dans le passé, puisse craquer ainsi.

Ce n’est pas forcément la seule fausse note que j’aurai relevée dans ce volume qui, en dépit des enjeux, m’a semblé bien ronronnant. La mécanique est bien huilée, l’enquête progresse en mode « américain sauveur du monde », qui agisse sur le territoire allemand un peu comme s’ils étaient chez eux. Il faut bien garder à l’esprit aussi en lisant qu’en 1996 la réunification était récente, la guerre froide, pas si lointaine, et les craintes qui y étaient liées, assez énormes.

Il est cependant un personnage qui trouve grâce à mes yeux : Griezmann, le policier allemand. Il fait son métier, et c’est déjà beaucoup. Il respecte les règles, et c’est bien plus important qu’on ne le croit. Il n’aime pas voir un crime impuni, qui pourrait le lui reprocher ? Il est, même si son physique déplait à Reacher (tout le monde n’est pas une machine de guerre humaine), éminemment sympathique, et ce, à chacune de ses apparitions, toujours motivée pour le bien de l’une ou de l’autre enquête.

Ce que nous montre le roman, c’est la montée de l’extrémisme, du racisme, et s’il est facile de voir après coup, il faut aussi se dire que l’on ferait bien de regarder autour de nous.

Un roman essentiellement pour les fans de l’auteur et de son personnage.

Des morts à la criée d’Ed Dee

Présentation de l’éditeur :

Depuis huit ans, les inspecteurs Joe Gregory et Anthony Ryan ont été mutés de la brigade des homicides de New York à la toute nouvelle section de répression du crime organisé. Par une nuit de décembre, en 1982, les deux hommes tentent de localiser Bobo Rizzo, le truand qui tient sous sa coupe depuis trente ans « la criée », le célèbre marché aux poissons de Fulton. Mais comme la municipalité prévoit de construire dans le secteur un complexe de galeries marchandes, il vaut mieux savoir à l’avance quels « ennuis » ce projet va entraîner du côté des mafiosi. En planque sur les quais, Joe et Anthony remarquent plusieurs individus en train d’immerger un gros tonneau blanc dans l’eau du port. Persuadés que le récipient contient un cadavre, ils alertent la brigade fluviale. Au petit matin, ses plongeurs repêchent, non pas le baril blanc, mais une poubelle rouillée qui, surprise, contient un squelette tenant entre les dents un écusson de la police de New York. Il s’agit de Jinx Mulgrew, un flic disparu dix ans plus tôt, la veille de sa comparution devant une commission spéciale pour corruption et complicité avec le milieu.

Mon avis :

L’action se passe en 1983 et cela se voit. L’écologie ? On repassera ! Jeter ses déchets dans le fleuve est normal, y compris pour les policiers. Les femmes dans la police ? Euh… Vous voulez parler des femmes des policiers, soutien moral indispensable à leur policier de mari. Les indics ? Connus et reconnus, listés pour ainsi dire, comme des membres à part entière du système judiciaire américain – nous sommes quinze ans avant les Experts et New York Police criminelle. Nous sommes cependant quatre ans avant la sortie de la série télévisée Un flic dans la mafia, qui a obtenu, si mes souvenirs sont exacts, un assez grand succès.

Il est en effet question d’un temps que les moins de trente ans ne connaissent qu’à travers des films plutôt que des romans policiers, un temps où l’on cherchait à démanteler la mafia. Un temps, aussi, où l’on avait beau être américain, l’on était avant tout d’origine italienne ou d’origine irlandaise, comme Joe et Anthony. Oui, cela avait autant d’importance que la couleur de peau ou la religion – même si je n’ai pas vraiment l’impression que beaucoup de policiers soient afro-américain à cette époque. Un temps où l’on se mettait en planque, sous les indications d’un indic pour trouver des preuves, et où l’on pouvait trouver tout autre chose.

C’est le premier roman de la série, pourtant le dénouement semble indiquer la fin d’une époque, la fin du duo Ryan/Grégory à cause de ce qu’ils ont découvert, pendant l’enquête en cours. Joe n’est, dans ce volume, pas le même que dans le troisième – et je trouve que cela manque de cohérence, parce que j’aurai aimé qu’il garde la sensibilité, pas énorme, certes, mais existante, qu’il a dans ce volume. Pour l’auteur, l’évolution de ses personnages est peut-être évidente, elle ne l’est pas pour moi, maintenant que je clôture la lecture de cette série par le tome 1. Certains faits sont particulièrement marquants, pourtant il m’a vraiment manqué beaucoup de choses pour que j’apprécie pleinement ce roman – c’est simple : je ne me suis pas attachée aux personnages, pas même aux victimes, et c’est tout de même très ennuyeux.

Les Points de fuite par Frédérique Molay

Présentation de l’éditeur :

New York : une jungle urbaine, un concentré de violence, une mosaïque de couleurs. Branchée, survoltée, époustouflante, c’est la ville où « rien n’arrête le regard, à part le point de fuite ». Ce jour-là aurait dû être un jour comme les autres pour Elaine Casey. Mais alors qu’elle et son fils visitent le musée national des Amérindiens, tout bascule en quelques minutes : l’enfant a disparu. Les détectives de la Division des enquêtes spéciales de la police de New York ont rapidement la certitude qu’il a été enlevé.

Merci à Netgalley et aux éditions Amazon publishing pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce roman est différent des autres polars écrits par Frédérique Molay – déjà, il ne met pas en scène son enquêteur fétiche, et se passe loin de la France. Pourtant, j’ai retrouvé des thèmes déjà explorés dans son oeuvre : le poids du passé sur le présent des personnages, l’importance de la création artistique ou les conséquences d’un acte criminel sur les familles des victimes. C’est pour cette raison que je ne peux pas dire que ce polar est agréable à lire : non, il n’est pas agréable de lire la détresse d’une mère dont l’enfant est aux mains d’un homme qui peut lui faire du mal (on enlève rarement un enfant pour son bien). Non, il n’est pas agréable de lire la détresse de Tom, la folie grandissante du ravisseur, et de se dire que le danger est permanent, qu’un rien peut tout faire basculer. Le lecteur qui ouvre ce livre sait très bien que ce n’est pas une lecture confortable, douillette, reposante, même si les enquêteurs font de leur mieux, même si l’alerte Amber est bien rôdée, le risque est là, et bien là.

Le passé, c’est le 11 septembre, qui a laissé des traces, même dix-huit ans plus tard, certains en paient encore le prix dans leur chair. C’est pourtant un passé dont on parle peu : Sarah, l’enquêtrice, n’a pas envie de dire que son frère est un des pompiers qui est mort ce jour-là. La douleur ne se partage pas. Elle n’est pas la seule à avoir utilisé ce mécanisme de survie, aux conséquences parfois désastreuses. Il n’est pas de deuils heureux. Mais les romans peuvent avoir des fins apaisés. J’ai choisi ce logo, parce que Chablis avait deux ans en 2001.

 

 

 

 

Un couple irréprochable d’Alafair Burke

Présentation de l’éditeur :

Angela, trente ans, vit une vie confortable et routinière avec son fils surdoué de treize ans et Alex, son mari, professeur d’économie en pleine ascension professionnelle. Mais leur bonheur de façade explose lorsque Alex est soupçonné d’être un prédateur sexuel, et que l’une des deux jeunes femmes qui l’accusent disparaît. Tandis que la presse de tout le pays se repaît du scandale, Angela est partagée entre la honte, le désir de défendre son mari, et le besoin de préserver un sombre secret.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier les éditions Presse de la Cité et Netgalley pour leur confiance.

Je l’admets, j’avais une petite appréhension en ouvrant ce livre, peur de ne pas aimer autant les livres de la fille que ceux du père. Il faut dire aussi que l’écriture, le lieu, sont bien différents. Assez de ces considérations, entrons dans le vif du sujet.
Tout d’abord, je dois dire que je n’ai pas apprécié le personnage d’Alex, ce professeur d’économie à qui tout réussit dans sa vie personnel et sa vie professionnelle. Il est beaucoup trop lisse, et tient à ce que cela se sache. Il semble toujours d’humeur égale, rien ne paraît pouvoir le contrarier, il protège sa femme et son fils avec limpidité.
Angela, c’est autre chose. Elle a plus d’aspérité, mais est-elle attachante pour autant ? Je n’ai toujours pas d’avis à ce sujet. A vrai dire, seule Trisha, sa meilleure amie, déterminée à avoir une vie meilleure que celle à laquelle elle était promise, m’a touchée. Trisha, qui a quitté leur ville natale voilà une bonne douzaine d’années, comme elle avait toujours projeté de le faire. Angela cache un secret, oui, ou plutôt, elle le partage avec sa mère, qui est prête à tout pour défendre sa fille, et l’a prouvé – prête à tout, cela veut dire pousser à bout la police qui a considéré Angela comme une fugueuse quand elle a disparu, alors qu’elle avait bel et bien été enlevée. Elle a retrouvé la liberté, au bout de trois ans, avec un bébé en prime. Alors, non, elle n’a pas envie d’en parler, seuls de très proches, en plus de sa mère, sont au courant – son mari Alex en fait partie. Elle n’a pas envie que son mari s’en serve pour sa carrière, encore moins pour sa défense, parce que c’est bien de cela qu’il s’agit.
Nous le savons dès le début de l’oeuvre : une jeune femme, qui accusait Alex de harcèlements sexuels, est portée disparue. Une autre jeune femme l’a aussi accusée de harcèlement – une de ses étudiantes. Pour Angela, au début, il est totalement impossible qu’Alex ait commis ce dont on l’a accusé. Puis le temps passe, les faits s’accumulent, et les questionnements surviennent.
Le roman se focalise sur Angela, sur son passé, sur son présent pendant lequel elle fait tout pour éviter ce qui peut lui rappeler son passé – y compris rendre visite à sa mère, ou même lui téléphoner. Pourtant, elles restent très liées, leur affection est sincère, la mère d’Angela n’a jamais cherché, contrairement à ce que l’on peut lire dans d’autres romans, à profiter matériellement de ce que sa fille a subi. Il n’est pas question pour Angela de consulter un psy, il n’est pas question aussi de creuser ce qui concerne son passé, il est parfois même peu question d’approfondir certains événements vécus avec Alex. Ou jusqu’où est-on prêt à aller pour préserver la bulle de tranquillité dans laquelle on vit ? Pas de chance pour Angela : elle éclate.
Il est peu de dire que rien n’est simple. Surtout pas pour les femmes. Et si nous avions là, le sujet central du livre ? On peut penser que la condition féminine progresse, on peut en douter. Quoi qu’il arrive, quoi qu’ait fait l’homme, c’est trop souvent parole contre parole. Même les preuves, quand elles existent, sont sujettes à caution, et n’empêchent pas l’opinion publique de parler, de chercher ce que la femme a pu faire pour provoquer cela. Et si, avant, on pouvait espérer ne pas entendre tout ce qui se disait au café du commerce, l’usage des réseaux sociaux n’arrange rien, à moins de résister à la tentation d’aller lire ce qui se dit sur vous.
Alors, oui, j’ai pensé en lisant ce livre à des oeuvres que j’avais déjà lus auparavant, parce que les mêmes thématiques étaient explorées. Ce qui distingue ce livre est peut-être de montrer que quel que soit le milieu dans lequel on évolue, que l’on soit riche, moins riche, que l’on ait quitté l’école tôt ou que l’on ait brillamment étudié, que l’on vive dans un trou perdu ou dans un très beau quartier résidentiel avec une maison pour épater la galerie, les violences faites aux femmes existent partout.
Quant à l’intrigue, je pense que son déroulement surprendra plus d’un lecteur, même si elle a été un peu lente à se mettre en place.