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Les ossements du chaman de James D Doss

Présentation de l’éditeur :

Daisy Perika, la vieille chamane de la réserve ute, convoque son neveu Charlie Moon, policier tribal, et son ami Scott Parris, shérif de la ville, pour leur faire part d’un rêve inquiétant. Il y aura du sang, il y aura des morts, leur dit-elle… Elle ne s’était pas trompée ! Mary Frank, qui descendait dans le Sud avec sa famille, est retrouvée morte, clouée à un arbre, la tête en bas. Les paroles de la vieille chamane résonnent encore à l’oreille des deux policiers :  » Il y aura du sang, il y aura des morts…  » Qui sera le suivant ?  » Les rêves contre les évidences, les esprits des montagnes contre la logique.

Mon avis :

Connaissiez-vous James D Doss ? Pour ma part, « pas vraiment » me semble le mot juste, même si deux de ses romans étaient dans ma PAL. Pour quelles raisons ? Et bien parce que romans policiers américains + ouverture sur la culture indienne est une addition à laquelle je résiste peu.
Est-ce un roman policier ? C’est surtout un roman avec deux enquêteurs aux personnalités marquantes, fortes, des personnages avec lesquels j’ai eu envie de passer un long moment.
Il ne s’agit pas tant ici d’en savoir un peu plus sur la culture ute, mais de rentrer en plein dans un système de croyance qui n’est pas le nôtre, qui n’est d’ailleurs pas celui de tous les personnages de ce roman. Il faut alors abandonner littéralement la logique policière qui est la nôtre, penser à d’autres mobiles, repenser les causes de certains actes qui paraissent évidents – du point de vue d’un non-indien. La violence est là, à l’état brut, montrée sans prise de distance, sans qu’elle soit jamais « esthétique » : nous la prenons de plein fouet, comme les enquêteurs qui se doivent après non seulement d’enquêter mais de protéger aussi, face à un ennemi qui, dans sa logique, n’a pas d’interdit.
Certains moments sont tout de même plus lumineux, plus drôle aussi – on peut être une vieille chamane et avoir des amies hors normes. On peut ne pas aimer les chats et faire du mieux que l’on peut avec la bestiole poilue qu’on vous a laissés. On peut être un vieillard aveugle et comprendre, avec bienveillance, que si sa petite fille, mère célibataire, a très envie de revoir le policier, ce n’est pas seulement pour faire avancer l’enquête.
Pour conclure, cette citation, avec laquelle je suis d’accord (et tant pis si je passe pour bizarre) :
Même les Utes « modernes » comme Charlie Moon évitaient d’approcher les cadavres ou de mentionner le nom de quelqu’un dont la mort était récente. C’était malsain. Sinon, les fantômes venaient vous hanter. Même si on ne croyait pas aux fantômes. Les fantômes se moquent pas mal de ce qu’on croit ou non.

L’invité sans visage de Tana French

Edition Calmann-Levy – 520 pages

Présentation de l’éditeur :

Pour l’inspectrice Antoinette Conway, intégrer la brigade criminelle de Dublin est un rêve qui se transforme vite en cauchemar. Son quotidien est fait d’affaires ingrates, de plaisanteries cruelles et de harcèlement. Antoinette a beau être solide, elle approche du point de rupture. Seul son partenaire, Stephen Moran, apprécie sa présence. Leur nouvelle enquête ressemble à une histoire d’amour qui a mal tourné. Aislinn Murray, jolie blonde bien sous tous rapports, est retrouvée assassinée chez elle, au pied d’une table dressée pour un dîner romantique. Rien ne semble suspect dans le passé de la victime. Le seul élément qui trouble Antoinette est la conviction de l’avoir déjà vue quelque part. Les autres inspecteurs poussent Antoinette et Stephen à arrêter le fiancé d’Aislinn, coupable tout désigné. Mais quand une amie de la défunte avoue à demi-mot qu’elle savait Aislinn en danger depuis quelque temps déjà, sa mort prend une tournure bien moins banale, et dévoile une part beaucoup plus sombre de la belle. De découverte en découverte, l’image de la poupée parfaite semble se fissurer, tout en mettant Antoinette au centre de l’énigme…

Merci à Netgalley et aux éditions Calmann-Levy pour ce partenariat.

Mon avis : 

Voici un polar solide et bien construit, au rythme un peu lent – parce qu’une enquête n’est pas forcément rythmé comme une épisode de série télévisée, qu’on se le dise. Une enquête n’est pas une ligne droite, plutôt une succession de faits tortueux, auxquels se superposent la personnalité des enquêteurs.
Pour Antoinette, entrer à la criminelle était un rêve qu’elle a accompli, et elle est à deux doigts de s’en mordre les doigts. Harcelée continuellement, elle en vient à suspecter chacun de ses collègues, quoi qu’ils disent, quoi qu’ils fassent, et certains semblent en faire les frais, dont le fidèle Stephen Moran, à l’imagination débordante.
En effet, les policiers ont l’imagination débordante. Certes, ils ont des preuves, des faits, mais ils ne peuvent s’empêcher de les tordre dans tous les sens, d’échafauder des théories et de se demander si elles collent avec la réalité – ou pas.
L’affaire sur laquelle Antoine et Stephen enquête paraît en effet simple, elle est presque leur spécialité : les affaires conjugales qui tournent mal. Aislinn attendait son amoureux, elle est morte, le crâne fracassé. Par qui ? Son amoureux ? Un rôdeur ? Il est tellement facile de paraître coupable quand, finalement, on se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment, quand on a des petits secrets, des choses qui auraient été anodines en temps normal et qui deviennent étranges quand le cours des événements devient tragique.
Puis, quand les enquêteurs creusent un peu, ils découvrent que le passé d’Aislinn est tout sauf lisse, elle dont le père a disparu plusieurs années plus tôt, elle qui a voulu savoir enfin ce qu’il était advenu de son père. Son désir de vérité est-il pour quelque chose dans sa tragique disparition ? Cela lui fait un point commun avec Antoinette qui elle aussi a des zones d’ombre dans sa jeunesse, reste à savoir si elle est prête à s’y confronter ou non, et si tout savoir est véritablement utile pour se construire.
J’avais parlé du rythme un peu lent, parce que nous sommes littéralement plongés au coeur de la brigade et de la vie quotidienne des enquêteurs, nous découvrons les petites mains des enquêtes, ceux qui sont chargés de toutes les basses besognes, de toutes les tâches ingrates comme lire les listings d’appels téléphoniques. Nous découvrons les rivalités, les croche-pieds, bref, une absence de solidarité qui m’étonne à peine. Mais il faut encore se demander si la situation est si catastrophique que cela ou si Antoinette ne voit pas les faits déformés par le harcèlement qu’elle subit. Tous lui en veulent-ils vraiment, Stephen y compris ? A vous de le lire.
Etre policier, enquêter n’est pas facile, en Irlande comme ailleurs. Vouloir lever des secrets de famille non plus. Chaque acte a ses conséquences, et certains ont trop tendance à l’oublier, à leur dépend.
A lire si vous aimez les romans policiers qui prennent leur temps.

Vivement dimanche ! de Charles Williams

Présentation de l’éditeur :

Propriétaire d’une grosse agence immobilière, John Duke Warren est marié avec Frances, qui dirige une boutique de mode mitoyenne avec le magasin d’articles de sports de Dan Robert. Un matin, on retrouve celui-ci mort chez lui. Une voix charitable téléphone alors à Warren pour lui révéler que sa femme a assassiné Robert dont elle était la maîtresse. La correspondante mystérieuse précise que Frances a égaré son briquet chez la victime. Peu après, l’agent immobilier retrouve sa femme et une violente dispute éclate, interrompue par l’arrivée d’un policier qui demande à Warren de se rendre au commissariat. Celui-ci, en rentrant chez lui une heure plus tard, découvre le cadavre de son épouse.

Mon avis : 

Nous sommes dimanche, donc ce livre était vraiment fait pour être chroniqué aujourd’hui. Oui, j’ai un fait un micro-effort parce que j’avais un peu la flemme d’écrire un article aujourd’hui.

Nous sommes dans un roman noir sans être trop noir. John Duke Warren a tout pour être heureux. Il est fortuné, son agence n’a aucune difficulté, sa femme est certes parfois un peu dépensière mais vu sa fortune, ce n’est pas si dramatique. Warren est membre d’un club très select de chasse aux canards (Donald, tiens toi sur tes gardes) et un matin, alors qu’il est lui-même à l’affût, il entend des coups de fusil. Rien de très surprenant, si ce n’est qu’il pensait être seul ou tout du moins, le premier arrivé. Plus tard, il découvre le corps de Dan Roberts – et comprend mieux l’origine des coups de fusil.

La situation aurait pu être assez simple, finalement, si une bonne âme anonyme ne lui avait téléphoné pour l’accuser de meurtre, puisque madame folâtrait avec la victime, en plus d’être sa voisine de boutique. Depuis que les appels peuvent difficilement être anonymes, certain(e)s ont dû se trouver d’autres occupations, comme se défouler tout aussi anonymement sur internet. Force est de constater que Warren n’est pas aussi naïf qu’il y paraît, puisqu’il questionne Frances dès son retour, et sa réaction prouve assez que sa conjointe a quelque chose à cacher, si ce n’est plusieurs choses.

Tout aurait pu s’arrêter là ou presque si Warren n’était convoqué par la police – après tout, il a trouvé le corps – et s’il ne retrouvait lui même sa femme assassinée à son retour. Que faire ? A la suite d’un tout petit mensonge à la police, le voilà coincé.

Sa situation est désespérée, parce que tout policier normalement constitué et ayant aussi reçu un appel anonyme additionnera 2 et 2, en déduira que Warren a tué l’amant de sa femme, puis sa femme elle-même. Que faire ? (Oui, je l’ai déjà dit). Anticiper ! S’assurer des alliés, même si ceux-ci fulmineront à un moment ou à un autre. Enquêter. Se cacher – posséder un vaste local en terme d’agence est toujours utile. Et avoir une secrétaire qui n’est pas bête, qui est même beaucoup plus fine que Warren ne l’aurait cru est un atout certain : il faut une femme à poigne pour contrebalancer une femme fatale telle que sa défunte femme.  Divorcée, n’ayant pas l’habitude de se laisser faire (son ancien patron pourrait en témoigner), Barbara fera de son mieux pour tirer son patron de ce très très mauvais pas. Elle suscite d’ailleurs l’admiration de celui-ci, et de l’enquêteur également.

– Voulez-vous me faire plaisir ? lui dis-je en soupirant. Si jamais vous décidez de vous faire gangster, donnez-moi deux ou trois heures de préavis. Je quitterai le patelin illico.
Elle sourit.
– Scanlon m’a dit la même chose, voyez-vous.

Vivement dimanche, un roman noir à la fin heureuse, à lire avant ou après avoir vu le film que François Truffaut en a tiré.

 

 

Jusqu’à l’impensable de Michael Connelly

Présentation de l’éditeur :

Harry Bosch, retraité du LAPD malgré lui, tente de tuer le temps en remontant une vieille Harley lorsque Mickey Haller, son demi-frère avocat de la défense, lui demande de travailler pour lui comme enquêteur. Cisco, qui occupe ce poste habituellement, vient d’être victime d’un accident de moto aux circonstances plus qu’étranges, et Haller est persuadé que seul Bosch pourra l’aider à innocenter Da Quan Foster, un ex-membre de gang accusé d’avoir battu à mort Lexi Parks, la directrice adjointe des services municipaux de West Hollywood. Si les obstacles sont de taille – la preuve accusant Foster est accablante et il ne reste plus que six semaines aux deux frères avant le procès –, Haller en est sûr, Foster est innocent. Dilemme pour Harry ! « Passer de l’autre côté » ? Tout simplement impensable. Comment défendre un assassin quand on a passé sa vie à en expédier le maximum en prison ?

Merci à Netgalley et aux éditions Calmann-Levy pour ce partenariat

Mon avis :

Lire une enquête mettant en scène Harry Bosch, c’est le plaisir de retrouver un personnage récurrent à un tournant de sa vie professionnelle (il part à la retraite, il y est déjà, techniquement) et personnelle (sa fille part à l’université, tout comme sa nièce). Oui, il paie encore les conséquences de Mariachi Plaza mais, avec l’excellent avocat qui s’occupe de son affaire – son frère – les choses sont en bonne voie. D’ailleurs, son frère Mike Haller souhaite l’embaucher pour qu’il prouve l’innocence de son client. Et cette enquête, c’est vraiment l’anti-Experts, série érigée en modèle pour tout ce qui concerne les preuves scientifiques.En effet, les preuves matérielles sont bien là, elles accusent Da Quan Foster sans l’ombre d’un doute. Il ne manque que les liens qui pourraient unir la victime et le suspect, ainsi que le mobile. Un enquêteur habituel s’en contenterait (et certains auteurs aussi, un tueur en série, c’est bien pratique), pas Mike Haller, ni, par la force des choses, Harry Bosch, qui bascule du côté obscur des enquêteurs.
L’enquête s’avère longue, complexe, qui ne fait surtout pas plaisir aux autorités qui sont sûres de leur bon droit. Cette enquête est aussi l’occasion de montrer un problème récurrent : le fait d’arrêter une enquête pourtant minutieuse dès qu’un suspect est en ligne de mire. Le fait, aussi, de ne pas approfondir certains faits parce qu’ils semblent ne pas avoir de liens avec ce fameux premier suspect repéré. Cherchons ce qui cadre, pas ce qui cloche.
Le second point qui m’a frappé dans ce récit est la place des femmes. Harry et Mike semblent bien les seuls à se montrer respectueux envers les femmes. D’autres passent leur temps à les exploiter, les transformer, ou détruire leur identité.
Quel avenir pour Harry après cette nouvelle ou plutôt cette toute première enquête de l’autre côté ? La prochaine enquête nous le dira.

Les oubliées de Tess Gerritsen

Présentation de l’éditeur :

La main d’une femme est découverte dans une ruelle obscure du quartier asiatique de Boston. Sur le toit d’un immeuble des environs, on retrouve le cadavre de la victime à laquelle elle appartient : rousse, vêtue de noir, la gorge tranchée, comme si le meurtrier avait tenté de la décapiter. Deux mèches, qui ne s’apparentent pas à des cheveux humains, sont retrouvées sur son corps.
Assistée dans son enquête par le détective d’origine chinoise Johnny Tam, Jane Rizzoli découvre que ce meurtre brutal a connu un précédent. Dix-neuf ans auparavant, une tuerie au Phénix Rouge, un restaurant asiatique des environs, avait fait cinq victimes. Existe-t-il un lien entre ces deux drames ? Et si la clé du mystère se trouvait dans le passé ?

Mon avis :

J’aime toujours autant les romans de Tess Gerritsen. Pour une fois, je ne les ai pas lu dans l’ordre, les oubliées étant l’avant-avant-dernier roman, celui qui est paru voici deux ans.
Maura vient tout juste de se remettre de ce qui lui est arrivé dans La disparition de Maura. Elle témoigne contre un policier qui a commis une bavure, et se retrouve ainsi ostracisée par les autres policiers – même Jane se montre parfois un peu distante. Heureusement, Johnny Tam, une toute nouvelle recrue, est là, et il est bien le seul à se comporter normalement face  à Maura.
Pourtant, l’enquête ne se fera pas sans autopsie, elle ne se fera pas non plus sans que Jane ne trouve certaines coïncidences bizarres. Il est des familles qui semblent plus touchées que d’autres par le malheur. D’aucuns traduisent cela par le fait que le pessimisme attire les malheurs – Jane apprécie ce genre de commentaires à sa juste valeur.
Ce qu’elle découvre, avec son nouvel enquêteur Johnny Tam (parfois un peu téméraire) c’est la communauté chinoise de Boston. Celle-ci vit discrètement, semble parfois laissée de côté, tant elle tend à se faire oublier. Si la disparition d’une jeune fille blanche entraîne un déploiement énorme de moyen, il n’en est pas de même pour une jeune fille d’origine chinoise.
Ce livre nous questionne aussi sur la notion de justice et de liberté. Qu’est-ce qui compte le plus, être juste, ou sauver les apparences ? Et quand la loi, la justice ont été impuissantes à faire éclater la vérité, à trouver et châtier les coupables, que faut-il faire ? La réponse apportée dans ce livre ne plaira pas à tout le monde, il est vrai. Elle montre pourtant la persévérances et le courage des survivants.
Les oubliées – encore un très bon livre signé Tess Gerritsen.

Contrepoids de TR Ragan

Résumé

En 1989, Carol Fullerton, adolescente de 16 ans disparaît mystérieusement. Seule sa voiture est retrouvée sur le bord d’une autoroute de Californie. Vingt et un ans plus tard, sa mère, gravement malade, veut connaître la vérité avant de mourir et savoir ce qui est arrivé à sa fille…
En 2010, Diane Kramer disparaît subitement après avoir vidé son compte en banque. Sa sœur Andrea est convaincue que le coupable n’est autre qu’un gourou charismatique, spécialiste de la perte de poids et pour lequel Diane, obèse, nourrissait depuis quelque temps une véritable fascination…
Lorsque ces deux femmes désemparées par la disparition de leurs proches viennent tour à tour la consulter, la détective Lizzy Gardner n’a d’autre choix que de les aider. Lizzy sait en effet mieux que personne qu’abandonner n’est pas une option dans de telles situations : adolescente, elle a elle-même disparu, enlevée par un tueur en série. Un cauchemar qui l’a hantée pendant plus d’une décennie avant que son ravisseur ne soit enfin mis hors d’état de nuire.

Merci à Netgalley et aux éditions Amazon crossing pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce livre est un tome 2, le tome 2 des enquêtes de Lizzy. Je le pense rarement, mais la lecture du tome 1 me paraît vraiment nécessaire pour mieux comprendre Lizzy, Jessica et Hayley qui ont toutes les trois vécues des épreuves douloureuses, physiquement et moralement. Sont-elles remises ? Il faudrait d’abord définir ce que cela signifie.
Lizzy a un travail – détective – et doit s’occuper de deux affaires en même temps, tout en veillant sur les siens, ou plutôt les siennes tant sa famille est exclusivement féminines, félin compris.
Ce roman n’est pas à mettre entre toutes les mains. Les violences subies ou infligées sont décrites de manière réalistes, qu’elles soient physiques ou psychologiques. Les chapitres semblent alors bien longs à lire. Pessimistes ? Oui, parce qu’il nous montre que l’ennemi, ce n’est pas ce tueur en série inconnu qui rôde, l’ennemi le plus dangereux est celui qui vit dans votre cercle d’intime.
Contrepoids est aussi une dénonciation du culte de l’apparence – et combien de personnes se refusent à aller au-delà des apparences ? Combien sont prêts, également, à suivre les conseils du premier venu, du moment qu’il soit charismatique ? Peu vraisemblable ? Pas si sûr.
Contrepoids est un thriller prenant et sanglant, qui trouvera sans doute son public.

Brunetti en trois actes de Donna Leon

Présentation de l’éditeur :

Brunetti en plein cœur de l’opéra vénitien à La Fenice !
Accompagné de son épouse Paola à la Fenice, Brunetti assiste à la Tosca, avec la diva Flavia Petrelli sur scène. Le spectacle, grandiose, s’achève par une pluie de roses jaunes tandis que Flavia est ovationnée. Mais des centaines d’autres roses jaunes attendent la soprano dans sa loge. Et en rentrant chez elle, elle trouve un nouveau bouquet sur le pas de sa porte. Un admirateur secret la gratifie ainsi de ces fleurs depuis plusieurs mois, de Saint-Pétersbourg à Londres, d’Amsterdam à Venise, et Flavia commence à s’inquiéter de ces signes d’adoration excessifs.
Bientôt, la chanteuse confie son appréhension à Brunetti, qui lui promet de mener sa petite enquête.

Merci à Netgalley et aux éditions Calmann-Lévy pour ce partenariat.

Mon avis :

Dans une série policière, il est des tomes plus réussis que d’autres : Brunetti en trois actes est de ceux-là. Guido Brunetti a une particularité : il est un policier qui, en dépit de son travail, parvient à avoir une vie de famille équilibrée. Cela ne veut pas dire qu’il rentre chez lui tous les soirs à dix-huit heures et surveille les devoirs de ses (grands) enfants tout en mettant le couvert pour le dîner (quoique…. c’est parfois vrai). Non, cela veut dire que Paolo, sa femme, sait qu’elle a épousé un policier qui prend son métier à cœur (ne l’a-t-elle pas épousé pour cette raison ?) tout comme elle adore le sien et profite des moments qu’ils passent ensemble, sans se soucier de ceux qu’ils auraient pu passer.

Il faut dire aussi que Venise est une ville presque paisible, dans laquelle on peut se promener le soir jusque fort tard sans risque d’être agressé. Elle est certes minée par la corruption, sans aucun doute. Plus adaptée aux touristes qu’à ses habitants, aussi. Elle n’est plus ce qu’elle était, mais les vénitiens font avec, sans presque se plaindre. Les parents de Paola, ou son meilleur ami, Freddy, marquis d’Istria ont trop d’élégance et de savoir-vivre pour se comporter ainsi, ou soupirer « c’était mieux avant ».

Comme à la Fenice, finalement, dont les techniciens ne vont pas hésiter à se mettre en grève, menaçant les dernières représentations de la Tosca. Ce n’est pas le plus grave, ce qui l’est, c’est le harcèlement dont est victime Flavia Petrelli. Elle est une diva moderne, c’est à dire qu’elle a eu un mari, qu’elle a des enfants – et qu’elle a eu une compagne. L’étalage de sa vie privée n’a guère duré, pourtant, et si les divas sont encore couvertes de fleurs sur scène, si les fans les attendent à la sortie des théâtres, elles ne font plus que très rarement la une des magazines à sensation – et ce n’est pas plus mal pour leur art et pour leur vie privée.

Le harcèlement étonne, les conséquences sur ses proches aussi  – et si la machine judiciaire se met en branle, c’est aussi parce qu’elle est Flavia Petrelli, et non une obscure choriste ou une quelconque étudiante. La machine est lente, non seulement à cause des luttes de pouvoir dont Brunetti se passerait bien, mais encore à cause du caractère inédit du mobile de l’agresseur, de sa folie. Brunetti, en homme raisonnable, comprend le raisonnement du harceleur, tout en démontrant l’absurdité cruel de son comportement : « Quel degré de raison accorder à une personne qui s’imagine pouvoir recouvrer son ancien amour en tuant la personne désormais aimée ? Est-il possible de conquérir l’amour de quelqu’un sous la menace ? »

Il ne s’agit pas de jouer serré, lorsque l’ennemi est invisible. Il faut utiliser toutes les ressources qui sont à sa disposition – et même celles qui ne le sont pas. Quand on vous dit qu’enquêter est difficile. Même les fleurs jaunes, maladives, signes de tromperie pour peu que l’on pratique un peu le langage des fleurs, ne sont pas des plus réjouissantes.

Tous les fans de Brunetti se retrouveront dans ce livre.

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