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Parmi les cendres de Kate Watterson

Edition 10/18 – 336 pages

Présentation de l’éditeur :

Ellie MacIntosh vient de rejoindre la brigade criminelle de la ville de Milwaukee quand elle est appelée sur une scène de crime. En pleine canicule, un pavillon de banlieue a brûlé. Dans le salon, un corps calciné est exposé sur la table basse. Meurtre rituel ? Les incendies se succèdent et les cadavres carbonisés s’accumulent.
Les crimes auraient-ils un lien avec le meurtre d’un pasteur cinq ans plus tôt ? La police en est convaincue, mais l’enquête s’annonce difficile. Ellie et son nouveau partenaire, l’inspecteur Jason Santiago, devront irrémédiablement mettre leurs différends de côté pour arrêter celui que l’on surnomme « le Rôtisseur »…

Mon avis :

Après l’eau, dans le premier volume (les victimes étaient tuées près d’un lac) et avant la terre dans sa troisième enquête, c’est au feu que se trouve ici confrontée Ellie MacIntosh.  Grand changement pour elle : sa précédente enquête lui a permis d’obtenir un poste à la brigade criminelle de Milwaukee, ce qui ne laisse pas d’engendrer un peu de jalousie. D’autres ne sont pas parvenus aussi vite à ce poste. L’un des meilleurs enquêteurs de la ville Carl Grasso a d’ailleurs été mis au rancard, pardon, transféré à la brigade mondaine à la suite d’une bavure (terme poli, on n’a jamais pu prouver davantage). Ellie se retrouve à faire équipe avec Jason Santiago, un excellent policier, un taux d’élucidation hors du commun, et pourtant personne ne veut faire équipe avec lui. En effet, il a une forte tendance à être brut de décoffrage, à poser sans filtre les questions qui fâchent et à user de grossièretés dans ces propos constamment. Ellie se voit donc confier – en plus – la mission de canaliser cet enquêteur qui frôle toujours la mise à pied. Rude travail ? Oui, et non, parce qu’elle lui découvre une sensibilité qu’elle ne soupçonnait pas, et qui ferait râler/sourire certains lecteurs. Je m’en moque, comme Ellie, j’apprécie.

En effet, l’enquête s’ouvre sur un incendie volontaire. Un cadavre est retrouvé dans le salon. Les propriétaires des lieux ? Non. Le corps, celui d’un inconnu, est aussi celui d’une personne qui a été préalablement assassinée – un cadavre vient rarement trouver refuge de lui-même sur une table basse. Les propriétaires, un jeune couple, ont tout perdu, sauf leur chien : celui-ci s’est sauvé. L’enquête suit son cours, mais le lendemain, Ellie veut prendre des renseignements sur ce chien. Jason la rassure : il a été retrouvé. Elle est d’abord contente qu’il ait pris la peine de prendre des renseignements. Elle est très surprise quand Jason est chaudement remercié pour avoir ramené le chien, passant sa soirée à lui courir après. Sensible et modeste, le garçon.

Pas vraiment le cas du meurtrier, qui accélère le mouvement en tout impunité. Surtout, Carl Grasso fait le lien entre cette série d’incendie et sa dernière enquête, cinq ans plus tôt. Pourquoi faire une pause de cinq ans ? Autre question qu’il faut résoudre – cela fait beaucoup. Surtout, Metzger (ce nom me rappelle un auteur autrichien) le chef de la police, est sur les dents. Il faut un coupable, un suspect, n’importe quoi, et vite ! Le profileur que l’on avait déjà rencontré dans Les proies du lac est lui aussi sollicité à nouveau, et si Ellie ne prend pas tout ce qu’il dit pour argent content, elle sait cependant qu’il peut donner des pistes utiles. Enfin… il donne surtout une piste très dérangeante, d’autant plus qu’elle rejoint l’hypothèse posée par Ellie et Jason.

Ah, la vie privée des enquêteurs ! Elle peut être compliquée – ou simple, c’est selon. Ellie s’est mise en couple avec Bryce, le suspect de son enquête précédente – innocenté, certes, ce qui n’empêcherait pas les policiers de jaser, surtout s’ils venaient à découvrir à quand remonte le début de leur liaison. Le passé de Bryce a aussi fortement tendance à ressurgir sous la forme de Sarah, son ex et brillantissime avocate. Jason, lui, a une vie sentimentale à la fois plus mouvementée et plus simple, puisque sa psy de petite amie le quitte – et il n’a pas envie d’entendre ses raisons psychologisantes. Les deux enquêteurs parviennent cependant assez vite à faire équipe, à donner le meilleur d’eux-mêmes pour parvenir à leur objectif. Pas facile avec le rythme des meurtres qui s’accélère et un meurtrier qui connaît bien le système. Pourquoi ? Là est la question.

Une autrice et des enquêteurs que j’apprécie vraiment beaucoup.

 

Les proies du lac de Kate Watterson

 

Présentation de l’éditeur :

Tout juste arrivé en vacances, Bryce fait la connaissance d’une femme qui disparaît dès le lendemain. C’est le quatrième enlèvement dans la région. Quelques jours plus tard, il découvre près d’un lac le cadavre d’une précédente victime. Malheureuse coïncidence ou jeu machiavélique ? Alors que le séduisant trentenaire devient le suspect idéal, l’inspectrice Ellie MacIntosh, sous le charme, va tout faire pour découvrir qui il est vraiment.

Mon avis :

Il est des personnes qui attirent la poisse. Ou pas. Difficile à dire dans le cas de Bryce. Il est un honnête concepteur de logiciel qui gagne honorablement, pour ne pas dire confortablement sa vie. Enfin, à ses yeux, parce qu’aux yeux de son ex-femme, ce n’était vraiment pas suffisant. Aussi, ce travailleur free lance prend-il des vacances bien méritées dans le chalet de ses parents, au fin fond du Wisconsin, état dans lequel il ne se passe jamais rien.

Enfin, si : trois femmes ont disparu en dix-huit mois, et la police est sur les dents. Rien, pas une piste, pas une preuve, pas un cadavre, une seule certitude, elles n’ont pas fugué. L’une campait, l’autre était partie en courses. Et là, une quatrième femme disparaît, et la dernière personne à l’avoir vu, c’est Bryce, qui donne l’alerte après avoir trouvé des éléments suspects. Pas de chance : en tentant de profiter de ses vacances malgré tout, il trouve un autre cadavre dans un lieu qui lui avait été chaudement recommandé pour la pêche. Les coïncidences existent, cependant la police trouve que cela commence à faire un peu beaucoup – à moins de postuler pour le titre d’américain le moins chanceux de l’année.

Première enquête d’Ellie MacIntosh, elle met en scène la traque d’un tueur en série presque classique, c’est à dire qu’il s’attaque aux femmes, jeunes, qui sont bien insérées dans la société  : elles ont de la famille, des amis, un compagnon ou un mari, bref, leur disparition n’est pas passée inaperçue. Et pourtant, rien, jusqu’à l’arrivée de Bryce. Classicisme ou originalité ? Cette enquête nous montre une ville des plus ordinaires, des personnages presque banals, rappelant ainsi que rien ne permet de distinguer un tueur d’un homme ordinaire. Oui, certains ont déjà des casiers, ont commis des vols, des infractions, et si cela attire (un peu) l’attention sur eux, il faut bien se dire qu’un petit délinquant ne devient pas forcément un tueur chevronné, et que les personnes agressées ne portent pas forcément plainte, pour maintes raisons.

Ellie travaille avec son intuition. Vous allez me dire « aïe » – l’intuition favorise les erreurs judiciaires. Sauf qu’Ellie ne travaille pas qu’avec son intuition et qu’en l’absence totale de preuve contre quelqu’un, elle ne voit franchement pas pourquoi cette personne serait coupable, pourquoi elle devrait s’acharner sur elle alors que tant d’autres pistes restent à explorer. A force de devoir toujours voir le mal partout, de toujours devoir douter, elle veut aussi pouvoir faire confiance à son instinct.

Une série que j’apprécie réellement.

 

Nobody de Dan Wells

édition Sonatine – 333 pages.

Présentation de l’éditeur :

Si l’envie vous prend de jouer au chat et à la souris avec un serial killer, dites-vous bien que vous serez
toujours la souris. L’avertissement, qui vaut pour tout le monde, ne semble avoir aucune prise sur John Wayne Cleaver. Obsédé par les tueurs en série, celui-ci n’a en effet aucun scrupule à entrer dans le jeu.
Il faut dire que John a un atout de taille dans sa manche : des pulsions homicides incontrôlables. Il lui arrive en effet à lui aussi, de temps à autre, de se transformer en monstre assoiffé de sang. Aussi a-t-il décidé de s’attaquer aux éléments les plus meurtriers de la société plutôt que de s’en prendre à d’innocentes victimes. Cette fois, le serial killer qu’il a choisi de défier en l’attirant dans sa petite ville tranquille de Clayton se nomme Nobody. Après quelques interminables semaines d’attente, des meurtres commencent enfin à ensanglanter Clayton. Nobody est bel et bien là. Et la partie peut commencer.

Mon avis :

A la fin du tome 2, John Cleaver avait lancé un défi à Nobody, dont il a tué le complice dans le tome précédent. Nobody le traque donc, tout en semant autour de lui ce qui s’apparente le plus à de la désolation. Oui, la ville de Clayton peine à se remettre de ce qu’elle a vécu au cours de cette année, et ce n’est pas le suicide de plusieurs adolescentes qui permettra à la ville de se remettre. John, lui, a pris ses distances avec Brooke, pas de son fait : ce qu’ils ont vécu dans le tome précédent (pour être précise, dans le dernier tiers) n’est pas vraiment de nature à fédérer un rapprochement entre les deux adolescents.

Pourtant, cela pourrait presque être cela : des histoires d’adolescents et de personnes qui estiment faire tout ce qu’il faut pour que ces jeunes gens parviennent à  un plein épanouissement personnel. Ainsi, Avril, la mère de John, décide d’écarter son fils du funérarium familial dans lequel il donnait un coup de main depuis un temps certain. Un peu tard, me direz-vous. Pas forcément, pas nécessairement, réponse presque normande. Et pas forcément non plus définitif : les événements s’accélèrent dans ce dernier tome de la trilogie, et je ne vous dirai pas que le dénouement est surprenant, non, je vous dirai qu’il nous remémore ce qui s’est passé dans les deux précédents tomes. John disait qu’il n’était pas un serial killer, et il n’a pas l’intention d’en être un.

A quand la traduction de la seconde trilogie mettant en scène John Wayne Cleaver ?

 

 

Le cas Wycherly de Ross MacDonald

édition Gallmeister – 316 pages

Présentation de l’éditeur :

“Vous dramatisez les choses. Quand des jeunes filles disparaissent, elles ont souvent de bonnes raisons de le faire. Tous les ans, des milliers de jeunes femmes abandonnent leurs familles, leurs écoles…” Pas de quoi s’inquiéter ? Homer Wycherly, riche Californien, n’est pas de cet avis. Voilà deux mois que Phoebe, sa fille unique, a disparu, alors qu’il était à l’étranger. Maintenant qu’il est rentré, il se fait un sang d’encre et s’en remet à Lew Archer pour la retrouver. Sauf qu’il ne lui facilite pas la tâche, car il veut laisser son ex-femme, à la conduite pour le moins bizarre, en dehors de l’affaire. Naturellement, cette exigence ne fait qu’attiser la curiosité d’Archer. Les cadavres commencent à sortir des placards.

Mon avis :

Lew Archer – ou l’élégance faite détective privé. Oui, l’on peut enquêter sur des affaires sordides et garder une distance, de l’humour et un sens de la réparti aiguë. Le récit est un vrai régal à lire, tant l’écriture est recherchée, ne cédant jamais à la facilité.

Lew Archer enquête, comme il en a l’habitude, sur une affaire de famille délicate. Une jeune fille a disparu depuis deux mois, et son père fait appel à Lew. Pourquoi a-t-il attendu deux mois ? Parce qu’il était parti en croisière, le cher et richissime homme, et qu’il ne s’en est pas fait de n’avoir aucune nouvelle de sa fille, qui n’aime pas écrire. Oui, à l’aube des années 60, il existait déjà des jeunes filles qui ne prenaient pas leur plus belle plume pour donner des nouvelles à leur père, qui avait besoin de se ressourcer en partant dans les mers du Sud. Lew Archer y est allé aussi, à la fin de la seconde guerre mondiale, et ne ressent pas vraiment la tentation d’y retourner.

Homer Wycherly, descendant d’une riche famille, a l’habitude de tout régenter, aussi verrouille-t-il étroitement ce que Lew a le droit de faire, de dire, de chercher, ou pas, sans oublier les personnes auxquelles il a le droit de s’adresser. Hors de question qu’il contacte la mère de Phoebe, Catherine, non qu’elle soit trop émotive, ou trop souffrante, mais Homer ne veut plus aucun contact avec son ex-femme. Le divorce a été houleux, plus encore que leurs vingt années de vie commune. Au milieu, leur fille. Attention ! Homer tient à sa fille, il garde espoir – il est simplement passé à côté de beaucoup de choses.

Pas Lew, qui enquête, en allant à l’encontre de ses directives. Homer n’est pas le seul à vouloir lui donner une ligne directrice, Helen, la soeur d’Homer (à croire que leurs parents étaient des lecteurs compulsifs de l’Odyssée) veut également épargner tout le monde, surtout Trevor, son mari, qui considérait Phoebe comme la fille que sa femme et lui n’ont pas eu. Helen a trouvé une explication dans la religion. Celle-ci lui permet de vivre assez sereinement. Tant mieux pour elle. Tant pis pour les autres.

Frère, soeur, couple pour la vie, plus solide que celui qui a été uni par monsieur le maire : ils ne sont pas les seuls à faire front pour le pire dans cette histoire. Prenez Sally et Stanley,le frère oeuvre pour le mari de sa chère soeur, qui ignore l’étendue de leur combine. On n’arrête pas le progrès dès qu’il s’agit de se remplir les poches, on n’hésite pas cependant à employer les méthodes vieilles comme le monde.

Il est question de courage, aussi. Lew, comme à son habitude, ne ménage pas sa peine, paie de sa personne, pour découvrir la vérité qui, vous vous en doutez, n’est pas très jolie. Il en croisera également, des hommes, des femmes, des jeunes femmes, épouses, compagnes, étudiantes, punching ball pour leur compagnon. La vie de couple, officielle ou non, n’est jamais sereine.

Mr Monster de Dan Wells

Edition Sonatine -291 pages.

Présentation de l’éditeur :

Dans Je ne suis pas un serial killer, le jeune John Wayne Cleaver était la proie de pulsions effrayantes et redoutait de devenir un tueur en série. Aujourd’hui il n’a plus de doutes : un assassin, qu’il a surnommé Mr. Monster, sommeille en lui, susceptible de se réveiller à tout instant. Ce qui, étrangement, n’a pas que des mauvais côtés. Sans Mr. Monster John n’aurait jamais pu débarrasser sa petite ville du tueur qui y sévissait. Mais à présent il n’est plus du tout sûr de pouvoir maîtriser son côté obscur. D’autant qu’autour de lui nombreux sont les importuns qui mériteraient d’avoir affaire à Mr. Monster. Sans compter ces nouveaux cadavres qui apparaissent aux quatre coins de la ville et cet inspecteur du FBI qui commence à sérieusement le suspecter d’être impliqué dans les meurtres. Il va ainsi devenir de plus en plus difficile de ne pas laisser les rênes à ses démons. Plaisir coupable auquel il serait tragique de prendre goût…

Mon avis :

Je rédige à la suite les avis sur les tomes 2 et 3, lus à la suite (logique de lecture, logique d’écriture). Quelques mois ont passé et Clayton est redevenue la petite ville tranquille du Dakota du Nord qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être. Certes, un agent du FBI est resté parce que le mystérieux tueur n’a jamais été arrêté, mais globalement, tout va bien. John essaie toujours de mener la vie la plus normale possible, si ce n’est qu’il a de plus en plus de mal à canaliser Mr Monster, être qui sommeille en lui et qui est la somme de ses pulsions meurtrières. Parfois, les rituels ne suffisent pas, et l’absence du psy de John, assassiné par le tueur de Clayton, ne l’aide pas du tout. Surtout, un nouveau crime a lieu, puis un second, et John est bien placé pour savoir que cela ne peut pas être le même tueur qui a recommencé à sévir. Alors ? Alors oui, il a une folle envie de le débusquer, lui qui en a déjà mis un hors d’état de nuire, et il a aussi terriblement envie de ressentir ce que lui, ce tueur, ressent. Et si le véritable combat de John était là ?

Je pourrai arrêter mon avis sur cette interrogation. Ce serait sans compter l’accélération du rythme des meurtres, et la constatation des tortures subie par les victimes. John, lui, analyse toujours la situation en se demandant ce que le tueur n’est pas obligé de faire – plus sûr indice vers la découverte de son identité. Il est parfois tellement facile de se dissimuler au milieu d’une population qui pense qu’aucun tueur ne peut se trouver au milieu d’eux. John, lui, à force de décrypter constamment le comportement des autres lui qui a tant de mal à nouer des liens, se trouve ainsi plus attentif que les autres, y compris au sein de sa propre famille. Non, je ne suis pas en train de vous dire que la famille Cleaver abrite un autre sociopathe en son sein, je dis simplement que Curt, son beau-frère, est très vite analysé par John.

La fin du tome 2 nous donne rendez-vous dans le 3.

 

Je ne suis pas un serial killer de Dan Wells

Présentation de l’éditeur :

John Wayne Cleaver est un jeune homme potentiellement dangereux. Très dangereux. Jugez-en plutôt : garçon renfermé, pour ne pas dire sociopathe, il vit au milieu des cadavres à la morgue locale, tenue par sa mère et sa tante, il a une certaine tendance à tuer les animaux et, depuis son plus jeune âge, il nourrit une véritable passion pour les tueurs en série. Ainsi, son destin semble tout tracé. Mais conscient de son cas, et pas spécialement excité à l’idée de devenir un serial killer, John a décidé d’en parler à un psy et de respecter quelques règles très précises. Ne nourrir que des pensées positives à l’égard de ses contemporains. Ne pas s’approcher des animaux. Éviter les scènes de crime. Ce dernier commandement va néanmoins devenir très difficile à suivre lorsqu’on retrouve autour de chez lui plusieurs corps atrocement mutilés. Y aurait-il plus dangereux encore que John dans cette petite ville tranquille ? Aurait-il enfin trouvé un adversaire à sa taille ?

Mon avis :

En cours de lecture, j’ai ressenti le besoin d’en savoir plus sur cet auteur, sur ce qui avait pu le pousser à écrire un tel livre, et à en faire une trilogie. Dans sa dédicace, il fait allusion à son frère Robison qui a été publié avant lui. Faut-il y voir une clef ? Non, une émulation, les deux frères ont participé au même groupe d’écriture et ont même édité ensemble un recueil – contrairement à ce que l’on m’a appris pendant mes études de lettres, je ne pense pas que l’on puisse dissocier totalement l’homme de l’oeuvre, je ne crois pas que ce soit une part inconsciente et inconnue qui écrive l’oeuvre.

Parlons-en, maintenant, de cette oeuvre. John Wayne Cleaver porte le nom d’un célèbre acteur. Il porte aussi le nom d’un tueur en série – mais là, ce n’était pas le but recherché. Il vit avec sa mère, la soeur jumelle de celle-ci, et, de temps en temps, sa soeur Lauren (comme Lauren Bacall, leur père était passionné de cinéma) fait son apparition à Clayton, ce trou paumé du Dakota du Nord dans lequel il ne se passe jamais rien. Son problème est simple : il sait qu’il a tout le potentiel pour devenir un tueur en série, et a mis en place des mécanismes pour ne pas succomber à ce qu’il ressent, des mécanismes qui lui permettent presque de passer pour un adolescent ordinaire. Certes, tout savoir sur presque tous les tueurs en série, avoir écrit de magnifiques dissertations sur eux n’aident pas vraiment à l’apaisement. C’est du moins l’avis de sa mère, qui le fait suivre par un psy, homme charmant au demeurant, même si je m’interroge sur la notion de secret professionnel. Ah, j’oubliai : John donne un coup de main à sa mère dans l’entreprise familiale, un funérarium. Oui, de quoi l’aider à gérer ses pulsions, quoi que l’on dise. L’entreprise n’allait pas très très bien – la preuve, sa mère était dans l’impossibilité d’embaucher du personnel. Seulement, un meurtre a été commis, puis un autre, et encore un autre. Je n’irai pas jusqu’à dire que le rêve de John se réalise, mais presque : un serial killer a débarqué en ville.

Alors oui, John se passionne pour le sujet, parce que les victimes le touchent parfois de très près. Lui qui tente de mener une vie qui semble aux yeux des autres la plus normale possible est en passe de voir ses efforts ruinés. Cette passion ne plait pas à tout le monde, son attitude face aux morts et aux mutilations subies encore moins. Ce roman m’a interrogée sur ce que l’on nomme l’humanité, sur ce qui nous définit en tant qu’être humain. Il nous donne à voir de l’intérieur un être qui n’arrive pas à éprouver des émotions pour autrui, qui ne se sent à l’aise qu’avec les morts. Il nous montre aussi, en un basculement, le ressenti du tueur, ses faiblesses, qui ne sont pas forcément celles que l’on pourrait trouver dans un film  ou un roman qui voit les serial killer uniquement comme des machines à tuer. Certes, ici aussi, il est question de tout faire pour les empêcher de nuire, mais pas que. Oui, je parle de « basculement », et je ne veux pas indiquer de quoi il s’agit, parce que cela nous fait réellement sortir du cadre du thriller pur et dur.

J’ai enchaîné avec la lecture des deux autres tomes.

Satan dans le désert de Boston Teran

Présentation de l’éditeur :

1995. Aux confins du désert californien, Gabi, quatorze ans, est kidnappée par un psychopathe ultra-violent et sa secte satanique. L’insondable scène de carnage laissée par les ravisseurs ne livre aucun indice, la police patine, le sort de la jeune fille semble scellé. Fou de désespoir, son père, Bob Hightower, le flic local, se voit obligé de faire confiance à une ancienne adepte du culte : Case Hardin, une ex-junkie avec des comptes à régler. Leur quête commune ne tarde pas à se transformer en une traque sauvage marquée par la drogue et la violence, qui les oblige inexorablement à regarder le diable dans les yeux.

Mon avis :

Ce qui est bien quand on est blogueuse, c’est que l’on n’est pas obligé de se lancer dans une analyse littéraire complète. Ce que j’essaie d’éviter en écrivant cet article, ce sont les clichés, les phrases toutes prêtes, et ce n’est pas gagné.

Tout d’abord, ne lisez pas ce livre avant d’aller dormir, sinon, vous aurez peut-être droit, comme moi, à des réveils en sursaut et autres cauchemars.

Bienvenue aux Etats-Unis, avec sa liberté de croyance. Oui, le titre nous oriente déjà en ce sens. Libre de croire ce que l’on veut, de créer la secte que l’on veut, même avec un degré extrême de cruauté et de violence, voilà la liberté américaine. Pourtant, cette réalité, presque lointaine géographiquement, les habitants de ce coin de Californie la devinent à peine, elle est très loin de leur pensée, mais pas forcément très loin de certains habitants qui connaissent Cyrus, qui le connaissent même très bien. Trop bien.

Deux meurtres ont eu lieu – sans oublier le chien et le cheval, massacrés eux aussi, ce qui en dit long sur les tueurs. Gabi, fille et belle-fille des victimes, est portée disparue, enlevée par le tueur. La police ne trouve rien, et la police, le flic local, c’est son père, Bob. Il est croyant, très croyant, très chrétien – sauf que, pour tenter de sauver sa fille, il devra se plonger dans un monde qui n’est pas le sien. Des coups de fils, des lettres bizarres, il en a reçu, cependant il a retenu celle de Case ex-junkie, ex-membre de la secte. La phrase attendue est « elle tente de se reconstruire », elle est follement optimiste par rapport à ce à quoi Case a été réduite. Plus qu’une reconstruction, une reconstitution, une tentative pour redevenir un être humain.

Le cinéma américain raffole de ces personnages de père dont la fille unique a été kidnappée et qui se lance à sa poursuite, dégommant tout le monde sur son passage. Des machines de guerre aussi déshumanisées que leurs adversaires. Bob est un être humain, qui a des sentiments, qui réfléchit, qui souffre de ce qu’il découvre, de ce qu’il soupçonne, de ce que Case lui confie. Elle sait, lui cherche et doit se rendre à l’évidence, au point de penser, parfois, que la mort serait mieux pour sa fille que la vie. Pour sa fille, entendons nous bien, il ne s’agit pas d’un père qui baisse les bras et abandonne les recherches, hors de questions : seulement, la vie est parfois pire que la mort. Constat que certains récuseront, forcément. Boston Teran ose exprimer des pensées que certains jugeraient inconcevables, justement.

– Ne joue pas les malignes avec moi, petite camée !
– Et pourquoi pas ? Il faut bien qu’un de nous fasse preuve d’intelligence.

La religion est vraiment, avec la violence, la thématique la plus importante de ce roman. Parce que certains paient pour ce qu’ils ont fait, des années plus. Parce que d’autres pensent qu’ils n’ont pas de compte à rendre face aux hommes.

Je n’ai pas envie de vous dire « âme sensible, s’abstenir », parce que je connais des personnes très sensibles qui ne supportent pas les romans de Julia Chapman. Je vous dirai simplement que, si vous voulez découvrir un roman noir, violent, mais réussi, ce livre vous tend ses pages.