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Gymnopédie pour une disparue d’Ahmed Tiab

édition L’aube – 320 pages

Présentation de l’éditeur :

Boris Sieger est un employé de mairie attaché à sa vie ordinaire. Parfois, il passe la nuit avec le fils de sa vieille concierge. C’est à peu près tout ce qui constitue sa vie sociale jusqu’au jour où il croise Oussama, dit Oussa – c’est plus facile à porter -, un atypique jeune de banlieue parisienne. Boris se découvre grâce à lui un possible frère… parti faire le djihad. Son existence suscite en Boris de nombreuses questions, à commencer par la plus douloureuse : où est-elle passée, cette mère qui l’a abandonné quand il n’était qu’un enfant ? Où est-elle, cette disparue de Honfleur, la ville d’Erik Satie, dont les Gymnopédies semblent rythmer toute cette intrigue ? C’est le début du voyage pour Boris et Oussa, périple qui les mènera jusqu’à Kémal Fadil, un commissaire oranais.

Mon avis :

J’aime toujours autant les enquêtes du commissaire Kémal Fadil et je me réjouis qu’il m’en reste encore deux autres à lire.
Comme les deux précédents tomes, cette enquête se scinde en deux parties, qui finissent par se rrejoindre. Nous avons d’un côté la France, avec Boris. Il mène une vie extrêmement ordinaire, à quelques détails près : il ne connait pas son père, sa mère l’a laissé à une amie quand il était enfant et n’est jamais venu le chercher. Aujourd’hui, grâce à un ami, il découvre qu’il a un frère jumeau – parti faire le djihad. Oui, l’auteur s’inspire de l’actualité. Il ne faut pas oublier que nous la vivons, cette réalité, nous en faisons partie et, parfois, il ne faut pas chercher très loin dans son entourage pour connaître quelqu’un dont l’enfant est parti ou a tenté de partir pour la Syrie. Cela n’arrive pas qu’aux autres.
Boris, lui, passe d’abord par la Normandie avec son pote Oussa, sur les traces de la disparition de sa mère. Ils y rencontreront Mary, qui les aidera dans leur recherche et les accompagnera jusqu’en Algérie.
Là bas, c’est à des crimes rituels que nous assistons. Un tueur en série sévirait-il là-bas ? Mais ni Fadil ni aucun de ses hommes n’a de formation pour ce genre d’affaires ! Heureusement, dans une société qui ne l’est pas, Kémal est ouvert d’esprit, et n’hésite pas à consulter une psychiatre, camarade de faculté de Moss, le légiste héroïque. Oui, on soigne encore ceux qui sont atteints de troubles psychiques à l’ancienne. Ne parlons pas de placebo, plutôt d’obscurantisme et de violence. Si les auteurs français alertent sur les manques de moyens de la psychiatrie en Europe, Ahmed Tiab alerte sur les dégâts que cause son absence de l’autre côté de la Méditerranée. Je ne vous parle même pas de la place des femmes, grande sacrifiée, quoi qu’il arrive.
Si vous ne connaissez pas encore cet auteur et son enquêteur fétiche, n’hésitez pas !

Le désert ou la mer d’Ahmed Tiab

édition de l’aube – 256 pages.

Présentation de l’éditeur :

De jeunes gens miséreux dans les rues de Niamey. Des cadavres de migrants africains échoués sur les plages d’une Oran devenue tombeau des désespérés. Ahmed Tiab s’interroge?: comment les premiers deviennent-ils les seconds??L’enquête mènera le commissaire Kémal Fadil au coeur d’une organisation de trafic d’êtres humains entre Maghreb et Europe. Sa route croisera l’histoire de son propre pays, toujours en proie à ses vieux démons, et celle d’une jeune femme, qui a laissé le sien – le Niger – derrière elle. Lui essaie de démanteler une filière mortifère, avec l’aide de ses collègues marseillais. Elle se bat pour survivre et fuit une existence sans avenir.

Mon avis :

Ce tome 2 a des allures de tome 1, tant il nous montre les origines, finalement, de cet enquêteur, et comment il a rencontré sa compagne.
Nous suivons en effet deux récits dans ce livre, qui ne se rejoigne qu’à la fin, celui de Kémal Fadil et de sa future compagne, Fatou, partie depuis le Niger pour rejoindre cet Eldorado qu’est l’Europe. Nous découvrons de l’intérieur les causes du départ, les conditions dans lesquels elle et les autres migrants voyagent, les conséquences, aussi, pour les femmes, qui risquent bien plus que les hommes dans ce voyage. Pourquoi partir alors ? Parce que rester serait pire encore que tout ce qu’ils endurent. Nous voyons, au début du récit, des corps de noyés, anonymes, nous découvrons ceux qu’ils ont été, plein d’envie d’une vie meilleure, nous ressentons la colère du commissaire, bien décidé à mener l’enquête, bien décidé aussi à découvrir pourquoi Bakhti est mort – un simple SDF un peu fou pour presque tout le monde, un être humain à part entière pour Fadil.
Le titre a son importance, bien sûr, et celui-ci est tragique.
Un roman qui m’a donné envie de poursuivre les enquêtes de Kémal Fadil.

Le français de Roseville d’Ahmed Tiab

édition l’Aube noire – 242 pages.

Présentation de l’éditeur :

Oran, Algérie. Le commissaire Kémal Fadil est appelé sur un chantier de rénovation du quartier de la Marine, où viennent d’être retrouvés des restes humains datant vraisemblablement des années 1960. Il semble qu’il s’agisse d’un enfant qui portait autour du cou un crucifix. L’enquête ne s’annonce pas simple?! En réalité, elle avait été commencée bien plus tôt, menée par des policiers français… Cinquante ans plus tard, la vérité historique est toujours aussi compliquée à dire.
Ahmed Tiab nous propose une immersion dans l’Algérie d’avant l’Indépendance, mais aussi dans l’Oran d’aujourd’hui, et conduira son enquêteur jusqu’à Marseille.

Mon avis :

Première enquête de Kémal Fadil et nouvelle découverte pour moi lors de ce mois du polar.
Kémal est commissaire. Il vit avec sa mère, paraplégique depuis un accident de voiture qui a coûté la vie à son père, dans un appartement relativement confortable. Attention ! Sa mère est en fauteuil roulant ce qui ne veut pas dire qu’elle n’est pas parfaitement lucide. L’accident lui a fait perdre ses jambes, il lui a rendu sa liberté. Libre, d’ailleurs, elle l’a toujours été, il suffit pour son fils de regarder les photos de sa mère, jeune – même si elle ne lui dit pas tout de son passé, dont nous découvrons une partie au fil de l’intrigue.
Ce sont des travaux dans Alger qui mettent à jour deux squelettes, un homme, un peu plus grand que la moyenne, et un enfant, avec un crucifix autour du cou. J’ai pensé à une autre enquête en lisant ce livre, qui, mettant à jour des corps, font aussi remonter les heures les plus noires d’une ville : on ne laisse pas des corps sans sépultures sans raison.
D’ailleurs, de ces années-là, il est tant de choses qui sont, et seront sans doute toujours passées sous silence. Tant de personnes « disparues » dont on ne saura jamais ce qu’elles sont devenues. Pour deux d’entre elles, ici, nous le saurons, cependant, grâce à une grande partie du roman qui se passe dans les années cinquante/soixante et montre comment on en est arrivé là, comment la tragédie qui nous est contée est arrivée.
Puis, il y a le présent, et ce que l’on appelle la légende familiale. Il faut vivre avec, et parfois très bien, quand on a héroïsé un grand-père, un oncle. Le patriarcat n’a jamais aussi bien son nom que quand un père décidait de façon expéditive ce qui était bon ou non pour sa progéniture. Il faut aussi, pour les enquêteurs, faire des choix, révéler ce qu’il est important de révéler, ne pas dire le reste.
J’ai lu plusieurs romans qui nous parlent de l’Algérie, et je trouve important d’en parler. J’aimerai que des auteurs en fassent autant pour l’Indochine.

 

Coin perdu pour mourir de Wessel Ebersohn

Présentation de l’éditeur :

Le fils d’un politicien important meurt après avoir mangé des champignons vénéneux. Un domestique noir, qui a manifestement perdu la raison, est inculpé. Mais Yudel Gordon, le psychiatre de la prison, refuse cette version des évènements. Pour prouver l’innocence du simple d’esprit, il se rend dans une ville reculée de province afin d’interroger des parents et des amis de la victime, ainsi que la presse locale. Il doit alors faire face à un milieu hostile, effrayant, meurtrier.
Longtemps interdit en Afrique du Sud, Coin perdu pour mourir a pour héros Yudel Gordon, un psychiatre attaché à l’autorité judiciaire, découvert dans « La nuit divisée » et retrouvé dans « Le cercle fermé ».

Précision : c’est grâce à Belette, the cannibal lecteur que j’ai découvert cet auteur.

Mon avis :

Nous sommes au moyen âge. Nous voyons des seigneurs fouettés leur serfs. Ah, pardon, je me suis trompée. Nous sommes aux Etats-Unis, nous voyons de riches propriétaires terriens battre leurs esclaves. Nouvelle erreur : nous sommes en Afrique du Sud, dans les années 70 finissantes, et les blancs ont le droit de fouetter leurs employés si c’est mérité. Il est toujours bon de se rappeler certains faits qui ont eu lieu pas si loin de nous, dans le temps et dans l’espace.

Un crime a été commis. Le fils d’un riche propriétaire terrien, homme politique en vue, a été empoisonné, l’un des domestique, noir, estampillé « fou » depuis longtemps, a été arrêté et déclaré coupable. Un expert est nommé pour déterminer s’il est vraiment fou. Il s’agit de Yudel Gordon, psy et juif. Là, c’était la version officieuse de son rôle. La version officieuse, c’est qu’il doit trouver qui a vraiment tué Marthinus junior. Personne ne pense que le domestique simple d’esprit ait pu préméditer son crime – et il en faut, de la préméditation, pour cuisiner des champignons empoisonnés. Et si ses investigations permettent en plus de trouver le petit groupe qui a commis quelques exactions contre une communauté religieuse, ce serait encore mieux – et encore plus dangereux.

En effet, le danger est partout, absolument. Ce n’est pas que Yudel ne peut compter sur personne, c’est qu’il sait que ceux qui l’aident courent autant de risque que lui. Au gré de ses déplacements, il est si facile de subir une agression, surtout avec des policiers assez acquis au patriarcat. Cela n’a pas que des désavantages, quand on sait, comme Yudel, s’en servir quand c’est possible :

Quand on vivait, comme eux, dans une société patriarcale, quand on y avait grandi, on écoutait la voix de l’ordre établi, on emboîtait le pas au membre du Parlement, au dignitaire de l’Église, à son officier supérieur ou au premier venu installé une marche plus haut sur l’échelle sociale.
On ne remettait jamais en question le point de vue de ceux du dessus, et on n’oubliait jamais sa place dans la hiérarchie.

Puis, il y a agression et agression. Il y a toujours, d’ailleurs, pas besoin de se rendre dans l’Afrique du Sud des années 70 pour savoir que les moines auraient dû aller « ailleurs », plutôt qu’ici, et que tout se serait bien passé pour eux. De même, après sa mort, tout le monde encense le jeune Marthinus – les domestiques n’ont pas le choix. Ils ont bien vu ce qu’ils ont vu, ils ont, pour certains, subi ce qu’ils ont subi, ils savent qu’ils ne peuvent rien y faire. Qui écouterait leur plainte ? Marthinus père est un membre très représentatif de la société patriarcale, qui ne voit ses enfants que pour leur dire tout ce qu’il a fait pour eux, tous les sacrifices qu’il a accomplis, à quel point son fils l’a déçu. Oui, les deux enfants n’ont manqué de rien matériellement, ils n’ont jamais reçu d’affection. Yudel est bien le seul à analyser et à comprendre comment les deux enfants, adultes, sont devenus ce qu’ils sont, comment le père se voile la face sur ce qu’il a fait – après tout, être loin de son foyer pour assurer la sécurité matérielle de sa progéniture grâce à sa carrière, est le meilleur moyen d’éviter de s’occuper personnellement de ses enfants. Oh, oui, il a demandé à son frère de s’occuper d’eux – il a permis à son neveu de développer un racisme et un sadisme décomplexés. Que vaut la vie d’un homme ? Ça dépend.

Qu’il soit juif faisait de lui une créature à part – pas un homme, mais un juif. Tuer un Afrikaner était un crime. Tuer un Juif, rien de plus qu’un vulgaire homicide. Mais N’Kosana était noir. Le tuer ne correspondrait à aucun crime défini.

Yudel ne sera pas ménagé au cours de cette enquête, y compris au moment du dénouement. Qui a dit que le boulot de psy était facile ?

Karnak café de Naguib Mahfouz

éditions Actes Sud – 114 pages

Présentation de l’éditeur :

Le Caire, vers le milieu des années 1960. Au café Al-Karnak que gère une ancienne danseuse, le narrateur fait connaissance avec trois étudiants, Hilmi, Ismaïl et Zaynab. Le premier est l’amant de la gérante, et les deux autres, amis d’enfance, s’aiment tendrement. Tous les trois se considèrent comme des enfants de la révolution de 1952 et défendent ardemment ses principes et ses réalisations. Mais un jour ils cessent de fréquenter le café et, à leur retour, les clients apprennent qu’ils ont été arrêtés par la police politique qui les suspectait, contre toute évidence, d’appartenir au mouvement des Frères musulmans.

Mon avis :

Je n’avais pas lu cet auteur depuis très longtemps, et franchement, ce fut une lecture rapide. Rapide, mais pas forcément facile à comprendre. Nous avons une unité de lieu – le café Karnak – mais le temps est assez étendu, puisque le dernier chapitre prend place trois ans plus tard. Le ton est assez désabusé, les jeunes étudiants qui fréquentent le café se disent des enfants de la révolution, et pourtant, eux aussi seront les victimes de la répression, avec des conséquences sur leur vie toute entière. Le narrateur est un peu en retrait, il est le témoin, pas l’acteur de ce qui se passe. Il a connu la propriétaire du café dans une vie antérieure, c’est à dire qu’elle était danseuse, et lui son admirateur.

Il est question d’amour, aussi, un peu, dans une société où s’aimer n’est pas vraiment facile. Il est question aussi des conséquences des arrestations successives des étudiants, et qu’il leur faudra bien vivre avec ce qui s’est passé.

Karnak café est un roman pour ceux qui connaissent déjà un peu l’oeuvre de Naguib Mahfouz et l’histoire de l’Egypte.

 

Sous les branches de l’udala de Chinelo Okparanta

Présentation de l’éditeur :

Ijeoma a onze ans lorsque la guerre civile éclate au coeur de la jeune république du Nigeria. Son père est mort et sa mère, aussi abattue qu’impuissante, lui demande de partir quelques temps et d’aller vivre à Nweni, un village voisin. Hébergée par un professeur de grammaire et son épouse, Ijeoma rencontre Amina, une jeune orpheline. Et les fillettes tombent amoureuses. Tout simplement. Mais au Biafra, dans les années 1970, l’homosexualité est un crime. Commence alors le long et douloureux combat d’Ijeoma pour réussir à vivre ses désirs et, surtout, à comprendre qui elle est : il y aura la haine de soi, les efforts pour faire ce que l’on attend d’elle, et, enfin, la puissance des sentiments, envers et contre tous…

Merci à Netgalley et aux éditions Belfond pour ce partenariat.

Mon avis :

Je pourrai vous dire simplement que ce roman est à lire pour comprendre ce que signifie être homosexuelle en Afrique, plus précisément au Nigéria, ce que cela signifie être persécutée par tous, y compris dans sa propre famille, non dans l’indifférence générale, mais dans l’approbation générale. Je vous pourrai vous dire aussi que le poids des traditions et des religions est plus lourd que celui de l’amour pour son enfant. Je pourrai vous dire simplement cela, ce serait totalement oublié que ce livre est un objet littéraire, qu’il nous raconte une histoire d’amour, et l’amour n’a pas d’âge. Je vous dirai que cette histoire nous est racontée par Ijeoma, de son enfance à l’âge adulte. Elle n’est pas naïve, la petit Ijeoma, elle comprend bien tout ce qui ne se passe pas bien, dès son enfance. Au Nigéria, c’est la guerre, celle qu’ici l’on a quasiment oublié : celle du Biafra. Elle nous montre aussi une mère qui a cru bien faire pour son enfant, qui a pensé bien faire pour son enfant, et qui en fait, n’en pouvait tout simplement plus de sa condition de veuve dans un pays en guerre, dévastée.

L’histoire pourrait se passer ici, si l’on n’y prend pas garde. L’histoire se passe là-bas, où l’on peut mourir parce que l’on est homosexuel. Alors que l’on n’est simplement amoureux, et que c’est encore moins facile à admettre quand l’on n’a ni modèle, ni repère, quand il n’y a aucune tolérance pour ce qui est avant tout de l’amour. Alors Ijeoma tente, pour garder l’amour de sa mère, pour se faire une place « normale » dans la société, pour ne pas être une victime à son tour, elle tente de rentrer dans le rang, de mener une vie de famille normale, comme beaucoup d’autres femmes dans son cas.

Mon seul regret est que j’aurai aimé passer encore plus de temps en sa compagnie.

En vrille de Deon Meyer

Présentation de l’éditeur :

Traumatisé par le suicide d’un collègue, Benny Griessel replonge dans l’alcool. Sa supérieure hiérarchique le protège en confiant à son adjoint Cupido l’enquête sur le meurtre d’Ernst Richter, créateur d’un site qui fournit en toute discrétion de faux alibis aux conjoints adultères. Richter faisait chanter ses clients. Est-ce là une piste ? L’analyse des relevés d’appels de son portable, l’épluchage des comptes de sa start-up, les interrogatoires de ses employés, les perquisitions ne donnent rien. Les soupçons se portent aussi sur François du Toit, un viticulteur en faillite. Rien de probant. Les Hawks sont dans l’impasse. La solution surgira, contre toute attente, de l’esprit embrumé d’un Griessel au bout du rouleau.

Mon avis :

Le test du deuxième roman est parfaitement réussi pour Deon Meyer, et il est fort probable que la lecture d’un troisième est imminente. Il est rare  de voir un policier re-chuter. Il est rare de voir les autres faire preuve de solidarité envers lui – Vaungh Cupido en tête, John Cloete aussi, à sa manière. Je n’ai garde d’oublier Alexa et Doc, son parrain. Ce n’est pas facile parce que ce qui l’a fait replonger est bien réel, tragique, irréparable, et qu’il se demande pourquoi il n’a rien vu venir, ce qu’il aurait pu faire pour l’empêcher.

J’ai aimé l’analyse au jour le jour de l’état dans lequel se trouve Benny. Ce e sont pas les excuses qu’il se trouve, mais les sensations qu’il éprouve, et les stratégies mises en place pour boire, un peu, en toute impunité. L’on confond souvent l’ivresse et l’alcoolisme, Deon Meyer fait bien la différence. Il montre les risques et les conséquences – personnelle, professionnelles, familliales. J’aime quand la vie personnelle des personnages est aussi intéressante que l’enquête elle-même.

Un homme a disparu, son corps est retrouvé trois semaines plus tard, il n’a pas été tué immédiatement. Son univers n’est pas celui de Benny, ni même celui des autres enquêteurs. Ernst Ricjter avait fondé une société pour fournir des alibis en cas d’adultère – les personnes qui pouvaient l’avoir assassiné sont hélas nombreuses, même si tout le monde l’aimait. Enfin, tout le monde prétend l’aimer. Parallèlement, nous suivons les confessions de François Du Toit, viticulteur, à une avocate quinquagénaire. Nous savons dès le début qu’il est lié au meurtre de Richter. Dans la même position que son avocate, nous l’entendons dérouler son histoire, en puisant dans ses origines des éléments qui peuvent expliquer le présent. J’écris de France, et de France, nous ne connaissons pas vraiment les crus étrangers (j’ai déjà du mal avec les crus français). Alors de là à connaître l’histoire de la vigne Sud-Africaine, de ses exploitations, de ce qui a régi leur exploitation… ce n’est plus un pas qu’il faut alors franchir, c’est un abîme ! François est un passionné, comme son père avant lui – tous les hommes de leur famille n’ont pas été comme eux. Les femmes ont été des éléments déterminants, fortes, à l’image de la mère de François qui a su imposer avec détermination ce qu’elle voulait. Certes, elle est blanche, dans un pays où, à l’époque de sa jeunesse, l’apartheid régnait. Elle a su pourtant aller au bout de ses convictions, et elle aura besoin de sa détermination toute sa vie – on la retrouve auprès de son fils, de sa belle-fille et de son petit-fils, dotée d’une autorité à faire se sentir tout petit les Hawks.

Soyons clair : l’enquête nous emmène dans des circonvolutions inattendues. IL faut vraiment beaucoup d’énergie à Benny pour rester sobre, il lui en faut encore plus pour retrouver les indices, des petits faits manquants. Parfois, le hasard fait bien les choses : à force de regarder trop de séries américaines, les gentils témoins interprètent mal les faits et gestes des enquêteurs, et c’est parfois fort drôle.

Une enquête et une intrigue très réussies.