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Sous les branches de l’udala de Chinelo Okparanta

Présentation de l’éditeur :

Ijeoma a onze ans lorsque la guerre civile éclate au coeur de la jeune république du Nigeria. Son père est mort et sa mère, aussi abattue qu’impuissante, lui demande de partir quelques temps et d’aller vivre à Nweni, un village voisin. Hébergée par un professeur de grammaire et son épouse, Ijeoma rencontre Amina, une jeune orpheline. Et les fillettes tombent amoureuses. Tout simplement. Mais au Biafra, dans les années 1970, l’homosexualité est un crime. Commence alors le long et douloureux combat d’Ijeoma pour réussir à vivre ses désirs et, surtout, à comprendre qui elle est : il y aura la haine de soi, les efforts pour faire ce que l’on attend d’elle, et, enfin, la puissance des sentiments, envers et contre tous…

Merci à Netgalley et aux éditions Belfond pour ce partenariat.

Mon avis :

Je pourrai vous dire simplement que ce roman est à lire pour comprendre ce que signifie être homosexuelle en Afrique, plus précisément au Nigéria, ce que cela signifie être persécutée par tous, y compris dans sa propre famille, non dans l’indifférence générale, mais dans l’approbation générale. Je vous pourrai vous dire aussi que le poids des traditions et des religions est plus lourd que celui de l’amour pour son enfant. Je pourrai vous dire simplement cela, ce serait totalement oublié que ce livre est un objet littéraire, qu’il nous raconte une histoire d’amour, et l’amour n’a pas d’âge. Je vous dirai que cette histoire nous est racontée par Ijeoma, de son enfance à l’âge adulte. Elle n’est pas naïve, la petit Ijeoma, elle comprend bien tout ce qui ne se passe pas bien, dès son enfance. Au Nigéria, c’est la guerre, celle qu’ici l’on a quasiment oublié : celle du Biafra. Elle nous montre aussi une mère qui a cru bien faire pour son enfant, qui a pensé bien faire pour son enfant, et qui en fait, n’en pouvait tout simplement plus de sa condition de veuve dans un pays en guerre, dévastée.

L’histoire pourrait se passer ici, si l’on n’y prend pas garde. L’histoire se passe là-bas, où l’on peut mourir parce que l’on est homosexuel. Alors que l’on n’est simplement amoureux, et que c’est encore moins facile à admettre quand l’on n’a ni modèle, ni repère, quand il n’y a aucune tolérance pour ce qui est avant tout de l’amour. Alors Ijeoma tente, pour garder l’amour de sa mère, pour se faire une place « normale » dans la société, pour ne pas être une victime à son tour, elle tente de rentrer dans le rang, de mener une vie de famille normale, comme beaucoup d’autres femmes dans son cas.

Mon seul regret est que j’aurai aimé passer encore plus de temps en sa compagnie.

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En vrille de Deon Meyer

Présentation de l’éditeur :

Traumatisé par le suicide d’un collègue, Benny Griessel replonge dans l’alcool. Sa supérieure hiérarchique le protège en confiant à son adjoint Cupido l’enquête sur le meurtre d’Ernst Richter, créateur d’un site qui fournit en toute discrétion de faux alibis aux conjoints adultères. Richter faisait chanter ses clients. Est-ce là une piste ? L’analyse des relevés d’appels de son portable, l’épluchage des comptes de sa start-up, les interrogatoires de ses employés, les perquisitions ne donnent rien. Les soupçons se portent aussi sur François du Toit, un viticulteur en faillite. Rien de probant. Les Hawks sont dans l’impasse. La solution surgira, contre toute attente, de l’esprit embrumé d’un Griessel au bout du rouleau.

Mon avis :

Le test du deuxième roman est parfaitement réussi pour Deon Meyer, et il est fort probable que la lecture d’un troisième est imminente. Il est rare  de voir un policier re-chuter. Il est rare de voir les autres faire preuve de solidarité envers lui – Vaungh Cupido en tête, John Cloete aussi, à sa manière. Je n’ai garde d’oublier Alexa et Doc, son parrain. Ce n’est pas facile parce que ce qui l’a fait replonger est bien réel, tragique, irréparable, et qu’il se demande pourquoi il n’a rien vu venir, ce qu’il aurait pu faire pour l’empêcher.

J’ai aimé l’analyse au jour le jour de l’état dans lequel se trouve Benny. Ce e sont pas les excuses qu’il se trouve, mais les sensations qu’il éprouve, et les stratégies mises en place pour boire, un peu, en toute impunité. L’on confond souvent l’ivresse et l’alcoolisme, Deon Meyer fait bien la différence. Il montre les risques et les conséquences – personnelle, professionnelles, familliales. J’aime quand la vie personnelle des personnages est aussi intéressante que l’enquête elle-même.

Un homme a disparu, son corps est retrouvé trois semaines plus tard, il n’a pas été tué immédiatement. Son univers n’est pas celui de Benny, ni même celui des autres enquêteurs. Ernst Ricjter avait fondé une société pour fournir des alibis en cas d’adultère – les personnes qui pouvaient l’avoir assassiné sont hélas nombreuses, même si tout le monde l’aimait. Enfin, tout le monde prétend l’aimer. Parallèlement, nous suivons les confessions de François Du Toit, viticulteur, à une avocate quinquagénaire. Nous savons dès le début qu’il est lié au meurtre de Richter. Dans la même position que son avocate, nous l’entendons dérouler son histoire, en puisant dans ses origines des éléments qui peuvent expliquer le présent. J’écris de France, et de France, nous ne connaissons pas vraiment les crus étrangers (j’ai déjà du mal avec les crus français). Alors de là à connaître l’histoire de la vigne Sud-Africaine, de ses exploitations, de ce qui a régi leur exploitation… ce n’est plus un pas qu’il faut alors franchir, c’est un abîme ! François est un passionné, comme son père avant lui – tous les hommes de leur famille n’ont pas été comme eux. Les femmes ont été des éléments déterminants, fortes, à l’image de la mère de François qui a su imposer avec détermination ce qu’elle voulait. Certes, elle est blanche, dans un pays où, à l’époque de sa jeunesse, l’apartheid régnait. Elle a su pourtant aller au bout de ses convictions, et elle aura besoin de sa détermination toute sa vie – on la retrouve auprès de son fils, de sa belle-fille et de son petit-fils, dotée d’une autorité à faire se sentir tout petit les Hawks.

Soyons clair : l’enquête nous emmène dans des circonvolutions inattendues. IL faut vraiment beaucoup d’énergie à Benny pour rester sobre, il lui en faut encore plus pour retrouver les indices, des petits faits manquants. Parfois, le hasard fait bien les choses : à force de regarder trop de séries américaines, les gentils témoins interprètent mal les faits et gestes des enquêteurs, et c’est parfois fort drôle.

Une enquête et une intrigue très réussies.

 

La vérité sort de la bouche du cheval

Présentation de l’éditeur :

Jmiaa, prostituée de Casablanca, vit seule avec sa fille. Femme au fort caractère et à l’esprit vif, elle n’a pas la langue dans sa poche pour décrire le monde qui l’entoure : son amoureux Chaïba, brute épaisse et sans parole, ou Halima, sa comparse dépressive qui lit le Coran entre deux clients, ou encore Mouy, sa mère à la moralité implacable qui semble tout ignorer de l’activité de sa fille. Mais voici qu’arrive une jeune femme, Chadlia, dite «Bouche de cheval», qui veut réaliser son premier film sur la vie de ce quartier de Casa. Elle cherche une actrice…

Merci à Babelio et aux éditions Gallimard pour ce partenariat.

Mon avis :

Ceci est quasiment le journal intime de Jmiaa. C’est sa voix, et sa voix seule, que nous entendrons tout au long de ce roman, qui s’étend de 2010 à 2018. Comme un journal intime, les dates y sont notées, la chronologie est respectée, et le lecteur n’en sait pas plus que Jmiaa elle-même. Parfois, cependant, nous nous replongeons avec elle dans son passé, pour comprendre, avec elle, comment elle en est arrivée là.
Jmiaa est une prostituée. Une parmi d’autres. Elles sont toutes solidaires, ou presque : il est toujours des exceptions à la règle. Elle nous raconte sa vie quotidienne, sans pathos, mais avec beaucoup de gouaille. Tout n’est pas tout rose quand on est une femme seule, à Casa. Pour la protéger, elle a confié sa fille aux bons soins de sa mère, qui ne se doute pas de ce que fait véritablement sa fille pour lui envoyer de l’argent, payer loyer et nourriture. Mouy, terme affectueux pour désigner sa mère, vit dans un autre monde, dans une maison où vivent aussi deux de ses fils et les familles qu’ils ont fondées.
L’histoire de Jmiaa est celle d’une jeune fille qui, au début, a cru à un conte de fée puisqu’elle a épousé l’homme qu’elle aimait et qu’elle trouvait magnifique.  Rien n’a pu la protéger, ensuite, des coups, sans oublier les conséquences de sa paresse et de sa capacité à profiter de ce qu’il avait comme moyen de subsistance : sa femme. Et même si Jmiaa nous apparaît comme une battante, il n’y a pas grand chose qu’une femme sans appui masculin peut faire au Marcoc.
Le conte de fée, finalement, revient dans sa vie quand elle est engagée pour tourner dans un film. Elle devient Candide dans un tournage, montrant aussi l’envers du décor, les difficultés – et le public. Difficile de tourner à Casablanca sans attirer des spectateurs. Difficile aussi de se retrouver déracinée, quasiment du jour au lendemain, dans un quotidien qui n’est pas le sien. La vie de Jmiaa, c’était la survie, les passes, la protection d’un souteneur en cas de mauvais payeur ou de clients violents. En cas de problèmes, la responsable est toujours la femme. L’alcool aussi, l’ivresse, pour tenir le choc. Chacune tient comme elle le peut, de manière à pouvoir trouver le nombre quotidien de clients qui lui permet d’avoir une vie… j’allais dire descente, je crois que « supportable » convient mieux. Mais Jmiaa a de grandes facultés d’adaptation, et l’esprit vif – l’aptitude à être heureuse aussi.
La vérité sort de la bouche du cheval est une manière de découvrir le Maroc autrement. Il est surtout un beau portrait de femme.

7 jours de Deon Meyer

Quatrième de couverture:
Un mystérieux imprécateur menace, dans un mail délirant, d’abattre un policier par jour tant que le meurtrier de la belle avocate d’affaires Hanneke Sloet n’aura pas été arrêté. Et s’empresse de joindre le geste à la parole. La police du Cap, prise de panique, charge Benny Griessel, déjà rencontré dans Le Pic du diable et 13 Heures, de rouvrir l’enquête, au repos depuis plus d’un mois. Pas d’indices, pas de mobile, pas de témoins, juste quelques photos où la victime posait nue, une forte pression venue du sommet de la hiérarchie, et un sniper insaisissable manifestement décidé à poursuivre sa mission. Fragilisé par la piètre opinion qu’il a de lui-même, déchiré entre le désastre de sa vie privée et son exceptionnelle conscience professionnelle, Griessel va devoir repartir de zéro.

Mon avis : 

La journée d’hier a été compliquée, mais cette lecture d’un roman de plus de 500 pages a par contre été très agréable. Contraste.

J’ai vraiment été tout de suite emportée par la manière dont l’auteur nous raconte cette histoire. Pas de digression inutile, de perte de temps en explication ou description inutiles : j’ai eu l’impression de connaître Benny Griessel depuis longtemps, et de suivre avec lui une enquête plus que délicate.
Benny ressemble à des policiers que nous côtoyons dans d’autres polars. Il est divorcé, il a deux enfants, il se sent plus proche de sa fille que de son fils, même s’il ne comprend pas leur choix d’études, ni à l’un, ni à l’autre. Il est un ancien alcoolique, il a la volonté de rester sobre, même si c’est très dur : son amie, artiste, lutte elle aussi contre son alcoolisme, et c’est une lutte qu’il est plus difficile de mener quand on est deux à être concerné dans le couple.
7 jours – c’est le temps que dure cette enquête, le temps que nous passons en compagnie de Benny et des autres enquêteurs. Ils doivent faire face à un… allez, disons un illuminé, qui demande la réouverture d’une enquête qui était au point mort. Sinon, il tirera sur un policier.
Ce n’est pas peu de dire que Benny, et d’autres avec lui, vont remuer ciel et terre pour faire progresser l’enquête tout en cherchant avec tout autant d’énergie qui se cache derrière le sniper. Tout le monde participe, même l’enquêteur qui est sur la touche jusqu’à la fin de sa carrière, parce que sa dernière enquête a été un fiasco complet : cela aurait pu arriver à n’importe lequel d’entre eux, et c’est bien cela le pire.
Ce qu’ils mettent à jour est très éloigné de ce qu’ils cherchaient – l’on vient de très loin pour magouiller en Afrique du Sud. L’auteur a vraiment su m’entraîner là où je ne m’attendais pas.
Il ne me reste plus maintenant qu’à lire un second livre de cet auteur, pour confirmer ma bonne impression.

L’insoumise de la porte de Flandres de Fouad Laroui

Présentation de l’éditeur :

Chaque après-midi, Fatima quitte Molenbeek vêtue de noir et d’un hijab, se dirige à pied vers la Porte de Flandre, franchit le canal, se faufile discrètement dans un immeuble et en ressort habillée à l’occidentale, robe légère et cheveux au vent. Puis, toujours en flânant, elle rejoint le quartier malfamé de l’Alhambra ou Dieu sait quel démon l’attire… Depuis plusieurs semaines, cet étrange rituel se répète inlassablement. Jusqu’au jour ou Fawzi, un voisin inquisiteur et secrètement amoureux, décide de suivre Fatima…

Circonstances d’écriture : 

J’ai la grippe depuis le 24 décembre, je m’occupe donc en lisant et en écrivant beaucoup.

Mon avis : 

L’action se passe dans un quartier qui a été sous les feux de l’actualité : Molenbeek. C’est là que vit, ou plutôt qu’étouffe Fatima. Brillante étudiante d’origine marocaine, elle ne rêve pas d’une autre vie, non, Fatima est d’une autre trempe. Vêtue de noir et d’un hijab, elle prépare une autre vie que celle que l’on veut lui imposer. Qui se cache derrière ce « on » ? Pas ses frères, non, qui ont déjà mis les voiles, fait leur vie ailleurs, et s’ils ne peuvent l’aider, ils ne l’entravent pas non plus. Le « on », c’est d’abord le père, qui a changé quand sa fille est rentrée dans l’adolescence, alors qu’elle n’a pas changé de sentiments ou d’état d’esprit. Le « on », ce sont aussi les hommes du quartier, qui se donnent le droit de surveiller les femmes et leur manière. Parmi eux, le voisin, épicier, discret rapporteur de ces faits et gestes. Et puis il y a Fawzi, personnage qui serait très drôle s’il ne représentait un archétype : celui qui se croit le garant de la pureté de son bien. Je veux parler, bien sûr, de Fatima.

Oui, elle prépare sa nouvelle vie, et joue avec les clichés liés à la femme-objet, justement. L’obsession qu’a Fawzi pour elle aura des conséquences auxquelles personne n’aurait pensé. Sans vous les dévoiler, je dirai simplement qu’elles sont à la fois tragiques et comiques, parce qu’elles montrent à quel point il est facile d’interpréter un geste, un comportement, un acte de prêter à quelqu’un des motivations qui ne sont pas vraiment les siennes. Mention spéciale pour le journaliste Eddy Koekboek. Celui-ci est tellement à la recherche du scoop, il est tellement imprégné de clichés et de préjugés (sans oublier une bonne dose de racisme et d’inculture) qu’il en est consternant. Mais il ne faut pas beaucoup d’imagination pour se dire que de tels journalistes existent.

L’insoumise de la porte de Flandres est un roman qui donne à réfléchir, pas seulement sur un sujet d’actualité, mais aussi sur des sujets de société.

Le fou du roi de Mahi Binebine

Quatrième de couverture, ou plutôt présentation de l’auteur lui-même :

Je suis né dans une famille shakespearienne. Entre un père courtisan du roi pendant quarante ans et un frère banni dans une geôle du sud. Il faut imaginer un palais royal effrayant et fascinant, où le favori peut être châtié pour rien, où les jalousies s’attisent quand la nuit tombe.
Un conteur d’histoires sait que le pouvoir est d’un côté de la porte, et la liberté de l’autre. Car, pour rester au service de Sa Majesté, mon père a renoncé à sa femme et ses enfants. Il a abandonné mon frère à ses fantômes. Son fils, mon frère, dont l’absence a hanté vingt ans ma famille. Quelles sont les raisons du « fou » et celles du père ?
Destin terriblement solitaire, esclavage consenti…
Tout est-il dérisoire en ce bas monde ? Mon père avait un étrange goût de la vie. Cela fait des années que je cherche à le raconter. Cette histoire, je vous la soumets, elle a la fantaisie du conte lointain et la gravité d’un drame humain.

Merci à Netgalley et aux éditions Stock pour ce partenariat.

Mon avis : 

Je ne saurai mieux présenter ce livre que ce que nous propose le quatrième de couverture. Oui, l’auteur nous soumet son histoire, et je dois dire que j’ai trouvé ce livre particulièrement prenant, donc particulièrement réussi, j’ai eu du mal à le reposer avant de l’avoir fini.
Le terme « fou du roi » apparaît comme désuet pour moi. Je l’associe à Rigoletto, de Verdi, ou à Triboulet, fou de Louis XII puis de François Ier qui lui servit de modèle. Que ce soit pour l’un ou pour l’autre, la tragédie point sous le masque de la comédie.
L’action se passe à une époque contemporaine, nous pourrions être fort loin dans le passé. Les moeurs semblent figées, avec les esclaves présents à la cour, l’étage des femmes où il ne faut surtout pas se rendre, les courtisans de tout bord, les artistes qui gravitent autour du roi. Personne ne veut encourir sa disgrâce.
Nous sommes pourtant à notre époque, comme le prouve la technologie utilisée. Nous entendons un homme dont le seul but est de faire plaisir au roi : Voyez, le but suprême de ma drôle d’existence n’est rien d’autre que de rendre heureux le roi. Je ne vis que pour cela. Et rien ne me procure autant de joie, autant de satisfaction que le visage illuminé de Sidi.

Cette citation est aussi un exemple du style de l’auteur qui, par sa musicalité, sa métrique, se rapproche davantage du poème en prose que du roman proprement dit. La narrateur montre à la fois son dévouement pour son roi, mourrant, et le délaissement de sa famille. En des retours en arrière, il retrace la vie des courtisans dont il fut le plus proche. Est évoqué aussi l’emprisonnement de son fils aîné, presque à la fin du livre. Parce que cette emprisonnement, dans un lieu dont peu sont revenus – et dans quel état – est ce qui a engendré l’incompréhension des membres de sa famille, pour ne pas employer des termes plus forts, plus définitifs. Ce que je retiens de cette dernière partie, aussi, est la force morale de l’épouse du « fou », qui ne douta jamais du retour de son fils aîné, et ne l’imagina jamais ainsi.
J’aurai maintes raisons de vous recommander ce livre : en savoir plus sur le Maroc contemporain, se retrouver au coeur de la cour du roi, lire une oeuvre très bien écrite. Je ne dirai qu’une chose : c’est un très bon livre qui passe un peu trop inaperçu.

No Home de Yaa Gyasi

Présentation de l’éditeur :

Maama, esclave Ashanti, s’enfuit de la maison de ses maîtres Fantis durant un incendie, laissant derrière elle son bébé, Effia. Plus tard, elle épouse un Ashanti, et donne naissance à une autre fille, Esi. Ainsi commence l’histoire de ces deux demi-sœurs, Effia et Esi, nées dans deux villages du Ghana à l’époque du commerce triangulaire au XVIIIe siècle. Effia épouse un Anglais et mène une existence confortable dans le fort de Cape Coast, sans savoir que Esi, qu’elle n’a jamais connue, est emprisonnée dans les cachots du fort, vendue avec des centaines d’autres victimes d’un commerce d’esclaves florissant avant d’être expédiée en Amérique où ses enfants et petits-enfants seront eux aussi esclaves.

Mon avis :

Je pourrai vous dire qu’aucun livre ne parle aussi bien de l’esclavage et de ses conséquences, ce qui serait faux. Tant de livres, excellents, nous racontent, nous montrent et nous démontrent les ravages causés par l’esclavage. Seulement, la plupart nous raconte la vie d’une communauté d’esclave en particulier, voire d’un esclave – je pense à  Jim dans les aventures d’Huckleberry Finn de Mark Twain, roman et personnages précurseurs s’il en est. Rares sont ceux qui commencent à l’origine de l’esclavage pour nous emmener jusqu’à nos jours, suivant les descendants, sur plusieurs générations, de deux demi-soeurs, Effia et Esi.
J’ai presque envie de dire que chaque chapitre peut se lire indépendamment les uns des autres, parce que chacun d’entre eux, consacré à l’un des descendants de l’une ou de l’autre soeur, est tellement dense, tellement riche que j’ai ressenti, à la fin de chacun d’entre eux, le besoin de faire une pause, ce qui m’arrive rarement.
Aucun sort n’est enviable, ni pour les descendants de l’une, ni pour ceux de l’autre. Pas de manichéisme non plus : il n’y a pas les gentils noirs d’un côté et les méchants blancs de l’autre. Les noirs ont participé activement aux commerces des leurs, au gré de l’expansion de leur territoire et de leur envie/de la nécessité (rayer la mention inutile ou pas) de commercer avec les anglais.
Le sentiment qui domine en tournant les pages (ou en cliquant sur le bouton de la liseuse, comme vous voulez) est la colère, face à ces vies gâchées, la colère, devant la peur que ressentent les personnages – voir les lois Jim Crow qui permettent de « récupérer » « son » esclave en fuite. Ce livre est un roman, certes, mais il m’a vraiment donné l’impression de lire aussi un document, profond, sur l’histoire de l’esclavage et de la communauté Afro-américaine. Ce livre, écrit par une jeune femme de 26 ans, est un livre qui marque profondément. Je souhaite à cette auteur le meilleur pour ces prochains romans.