Archives

Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran

édition Albin Michel – 85 pages.

Présentation de l’éditeur :

Paris. Rue bleue. Dans les années 60. Moïse, onze ans, mal aimé, supporte comme il le peut de vivre seul avec son père. Monsieur Ibrahim, le vieux sage, tient l’épicerie arabe et contemple le monde de son tabouret. Un jour, le regard de monsieur Ibrahim rencontre celui de Momo et, de conversation en conversation, la vie devient plus souriante, les choses ordinaires extraordinaires…

Mon avis :

C’est une histoire simple, finalement. L’amitié entre un jeune adolescent qui veut être un homme et un vieil homme à la fin de sa vie. Momo, diminutif de Moïse, a été abandonné par sa mère, très jeune, tellement jeune qu’il n’a aucun souvenir d’elle ni de son frère aîné, POpol, à qui son père le compare sans arrêt. Popol était nécessairement « mieux », il aurait tout fait mieux que son frère. Monsieur Ibrahim, c’est l’arabe du coin, et si vous ne savez pas ce que c’est, en voici la définition : « Arabe, Momo, ça veut dire « ouvert de 8h du matin jusqu’à minuit et même le dimanche » dans l’épicerie.  » Il est originaire du croissant d’or. Il va apporter à ce jeune garçon tout ce que celui-ci n’a pas chez lui, dans son logement, sinistre, avec un père qui ne fait pas vraiment attention à lui, un père qui ne supporte pas vraiment de vivre. Qui ne supporte plus de vivre.

Oui, nous sommes dans les années 60, dans la rue Bleue, qui n’est pas réellement Paris, non, c’est simplement « la rue bleue ». Nous croisons Brigitte Bardot, au détour d’un tournage, star absolue, à laquelle toutes les prostituées du quartier souhaitent ressembler.

Conte ? Fable ? Peut-être un peu des deux. Oui, le récit aurait pu sombrer dans le misérabilisme, et peut-être certains se diront que c’est atroce qui est arrivé à Momo, à son père, à ses grands-parents bien des années plus tôt. Ce n’est pas le cas, parce que Momo a trouvé quelqu’un qui lui a permis de s’ouvrir aux autres, de découvrir la vie. Et c’est plutôt pas mal.

La dame d’Argile de Christiana Moreau

Présentation de l’éditeur :

Sabrina est restauratrice au musée des Beaux-Arts de Bruxelles. Elle vient de perdre sa grand-mère, Angela, et a découvert, dans la maison de celle-ci, une magnifique sculpture en argile représentant un buste féminin, signée de la main de Costanza Marsiato. Le modèle n’est autre que Simonetta Vespucci, qui a illuminé le quattrocento italien de sa grande beauté et inspiré les artistes les plus renommés de son temps.
Qui était cette mystérieuse Costanza, sculptrice méconnue ? Comment Angela, Italienne d’origine modeste contrainte d’émigrer en Belgique après la Seconde Guerre mondiale, a-t-elle pu se retrouver en possession d’une telle œuvre ? Sabrina décide de partir à Florence pour en savoir plus. Une quête des origines sur la terre de ses ancêtres qui l’appelle plus fortement que jamais…
Dans ce roman d’une grande sensibilité, le fabuleux talent de conteuse de Christiana Moreau fait s’entremêler avec habileté les voix, les époques et les lieux, et donne à ces quatre destins de femmes un éclat flamboyant.

Mon avis :

Parfois, il faut dire « stop ». Ne plus me creuser la tête pour chercher des raisons pour aimer un roman que tout le monde a apprécié (voir les avis sur Babelio) alors que ce n’est pas mon cas.
C’est un partenariat. C’est un livre d’une autrice dont j’ai apprécié les deux précédents romans, le premier fut même un coup de coeur. Pourtant, j’ai failli ne pas poursuivre ma lecture après le premier chapitre. La cause ? Le personnage principal de la première partie. Je n’ai ressenti aucune affinité avec elle, elle qui appelle son ex et, quand il sonne à la porte, passe un temps fou à se regarder dans la glace (ce qui nous vaut une description de son personnage) puis à se maquiller. J’ai eu l’impression, en lisant son portrait, en lisant tous ses préparatifs, ses états d’âme, de perdre du temps au lieu de me plonger dans le récit. Oui, l’histoire d’amour de Sabrina, son histoire, ne m’aura que peu intéressée. Ce n’est pas parce que je suis une femme que j’apprécie l’auto-apitoiement, ou les virées en décapotable à Florence. Sabrina enquête et fait du tourisme (oui, j’exagère un peu), et j’ai parfois eu l’impression que sa quête passait au second plan (et je ne suis pas du tout fan de Stendhal).
Et quelle est sa quête ? Identifier l’artiste qui a sculpté un buste en possession de sa grand-mère. Artiste est un mot pratique, il n’indique pas que c’est une femme qui a sculpté ce buste. Or, à l’époque où le buste a été crée, il était impossible pour une femme d’être sculptrice. Qui était donc cette femme qui a signé son oeuvre de son nom ? Pour le modèle, par contre, c’est un peu plus simple. Simonetta Vespucci a inspiré Boticelli. Simonetta comme Costanza auront droit à des chapitres qui respecteront leur point de vue et nous ferons découvrir leur vie, .
Il reste Angela, la grand-mère de Sabrina. Il ne lui reste finalement pas beaucoup de place dans ce roman, alors que j’aurai vraiment aimé qu’il en soit autrement. Elle fait partie de ses femmes dont on ne parle pas, ces femmes qui ont rejoint leurs maris, italiens, partis travailler en Belgique après la seconde guerre mondiale. Une femme suit son mari, personne ou presque n’y trouve rien à redire. Et elle, qu’en pense-t-elle, comment vit-elle ce déracinement, le fait d’élever son enfant dans un pays qui n’est pas le sien ? On n’en parle pas, ou peu. J’aurai aimé qu’un roman entier soit consacré à ses femmes qui sont restées dans l’ombre de l’Histoire et de leur histoire.
En lisant (laborieusement) ce roman polyphonique, je me suis dit que ce n’était pas forcément une bonne idée de multiplier ainsi les époques, les points de vue. Le récit n’a pas pris avec moi. Tant pis. Ce sera pour une autre fois.
Merci aux éditions Préludes et à netgalley pour ce partenariat.

 

Le crime de la chambre noire de Maurice Boué

édition Oxymoron – 76 pages.

Présentation de l’éditeur :

La famille Mauvin vit dans le château de Sauré acheté il y a quinze ans par le père, riche industriel. La fille du propriétaire, Judith Mauvin, récemment rentrée de pension , se voit obligée de dormir dans « la chambre noire », car la bâtisse est en rénovation. Ainsi baptisée, cette chambre serait le lieu où le seigneur de Sauré, surnommé « le chasseur rouge », aurait, jadis, tué trois de ses femmes et où, trois ans auparavant, la soeur de Judith a été assassinée de trois coups de couteau sans qu’on ait jamais mis la main sur le meurtrier. Les jours précédents ce drame, les gardes forestiers avaient assuré avoir vu le « chasseur rouge » et perçu des hululements lugubres retentir dans l’obscurité du parc. Un matin, Judith est retrouvée baignant dans son sang, mais encore vivante. Dans la nuit, elle affirme avoir entendu les fameux hululements, des bruits de pas dans le couloir, et avoir aperçu quelqu’un par sa fenêtre. Devant ce drame en huis clos, la police n’a pas de réponse. Raymond Dauriac, l’amoureux de Judith Mauvin, décide alors d’enquêter pour trouver qui a voulu tuer sa fiancée et, surtout, empêcher toute nouvelle autre tentative…

Présentation de l’auteur :

Maurice Boué est un écrivain belge né à Namur le 29 janvier 1878 et mort en 1940. Il a écrit sous plusieurs pseudonymes et inventé le détective-cartésien Gaston Lautrec. J’ajoute que je conseillerai la lecture de son oeuvre aux scénaristes de séries télévisées qui ne s’en sortent pas trop avec leurs intrigues invraisemblables.

Mon avis :

Je chronique cette nouvelle aussitôt après l’avoir lu, parce que j’ai vraiment passé un bon moment en sa compagnie, et en celle de Lisette et d’Annunziata.

La famille Mauvin est véritablement bizarre. Ils sont riches, oui, ils vivent dans un somptueux château dont le dernier héritier est mort cent ans plus tôt, entouré d’une légende sulfureuse. D’ailleurs, il hanterait toujours ses terres. Le château, excusez du peu, est déglingué, quasiment inrestorable puisqu’ils le restaurent tout le temps. Du coup, pour le retour de pension de Judith, leur fille cadette, ils ne trouvent rien de mieux que de la faire dormir dans la seule chambre à peu près potable du château, la chambre où sa soeur a été assassinée trois ans plus tôt. Aucun coupable n’a été arrêté puisqu’aucune piste n’a été trouvé : le meurtre en chambre close idéal. Oui, pour moi, faire dormir sa fille là où sa fille aînée est morte est pour moi totalement tordu, en dépit des allégations des parents qui promettent d’être attentifs et de répondre à son appel. Ajoutez à cela une ambiance angoissante, digne des meilleurs romans fantastiques : des bruits inexplicables dans le château, des bruits inexplicables en dehors du château, des pas entendus dans le couloir, des silhouettes furtives dans le parc – et un plan du château qui laisse à penser que ses constructeurs ont fait un peu n’importe quoi !

Las ! Judith, à son tour, est poignardée comme sa soeur. Le meurtrier a pourtant raté son coup, Judith est vivante, épuisée et choquée, mais vivante. Son fiancé Raymond Dauriac arrive illico.

Il m’a été tout de suite sympathique, peut-être aussi parce qu’il trainait dans ses bagages son ami, le jeune détective Gaston Lautrec. Contrairement à d’autres enquêteurs que j’ai croisés, Lautrec n’a pas envie d’enquêter mais il a encore moins envie qu’une personne soit tuée. Il est rationnel : les légendes, très peu pour lui. Chercher des causes matérielles à des faits réels, oui. Lui et Dauriac ne sont pas au bout de leurs surprises. Il faut dire qu’ils ne ménagent leur peine ni l’un ni l’autre. Ce n’est pas qu’ils n’ont peur de rien, ce serait un cliché, c’est qu’ils prennent le plus de précautions possibles pour se prémunir du danger, et pour protéger Judith. Même ainsi, ils ne sont pas à l’abri – parce que leurs adversaires sont déterminés et disposent d’atouts que les deux jeunes hommes ne soupçonnent pas.

Mais Dauriac et Lautrec osent. Un adversaire, cela s’affronte, cela se découvre, et je dois dire que Lautrec manifestera même une certaine forme respect pour l’un d’entre eux – comme lui sera capable de lui en manifester, à sa manière. Il saura aussi s’aventurer là où personne n’est véritablement allé. Ecouter les légendes, c’est bien. Traquer la vérité qui se cache derrière, c’est mieux.

Les aérostats d’Amélie Nothomb

Présentation de l’éditeur :

« La jeunesse est un talent, il faut des années pour l’acquérir. »

Mon avis :

Tous les ans, c’est une tradition, on m’offre le nouvel Amélie Nothomb, tous les ans ou presque (l’an dernier a fait exception) je le lis et rédige la chronique dans la foulée.
Je pourrai la faire très courte, et dire que ce roman brasse les thèmes chers à Amélie Nothomb : je me retrouverai alors devant une jolie phrase toute faite qui n’exprimerait pas grand chose.
Ce roman est pour moi d’abord celui d’un enfermement. Nous avons Ange, qui porte un prénom épicène, et qui est étudiante en philologie à Bruxelles. Elle vit en collocation avec Donate, son aînée de trois ans. Les règles de vie de celle-ci, qu’elle impose à sa jeune colocataire, sont d’une maniaquerie rare. J’hésite pour les qualifier : utiliserait-elle un vieux manuel de savoir-vivre qu’elle suivrait à la lettre, y compris dans la manière dont un bac à légumes doit être rempli ? Serait-elle une vieille fille en puissance ? Plus simplement, serait-elle atteinte d’une phobie propre à l’hygiène ? Le lecteur ne le saura pas vraiment, il ne pourra que l’imaginer, s’il a envie de s’attarder sur ce personnage assez secondaire, finalement. Enfermement, oui, parce qu’Ange ne quitte ce petit appartement, qui la satisfait, que pour étudier – si elle aime ses parents, elle ne leur rend pas visite très souvent. Enfermement à nouveau, quand elle rencontre Pie, à qui elle doit donner des cours de lecture parce qu’il est dyslexique. Le cours aura lieu chez les parents de Pie, Gégoire et Carole Roussaire, enfermé dans la salle de séjour. L’une des missions qu’Ange s’assignera est de faire sortir Pie de ce lieu, de lui faire découvrir non seulement Bruxelles, mais aussi ce qui entoure sa maison : Pie apparaît presque comme une princesse de conte de fées qu’il aura fallu délivrer de la vacuité de ses parents. La maison est belle, ils ne l’habitent pas réellement. Ils possèdent une immense bibliothèque, remplie de livres non lus, Carole Roussaire collectionne les porcelaines, de manière virtuelle. Ange est la seule personne à venir régulièrement dans leur maison, dont elle n’aurait dû connaître que deux pièces, le séjour et le bureau de Grégoire, où elle reçoit ses émoluments.
Lire, manger, boire, vomir, aimer, détester : six verbes pour caractériser ce roman (oui, je suis assez sensible quand je lis que des personnes vomissent, que ce soit sous le coup de l’émotion, ou pour avoir fait des excès). Parce qu’après l’enfermement, ce roman est celui de la lecture. N’est-ce pas pour donner le goût de lire à Pie qu’Ange a été engagée ? (Pour soigner véritablement la dyslexie, il en faut un peu plus). S’il ne fallait retenir qu’une citation de ce roman, ce serait celle-ci, pour moi :
Nous vivions une époque ridicule où imposer à un jeune de lire un roman en entier était vu comme contraire aux droits de l’homme. Je n’avais que trois ans de plus que Pie. Pourquoi avais-je échappé au naufrage ?
Donner envie de lire est compliqué, je l’expérimente depuis vingt ans. Comme Ange, j’ai des parents qui lisent, et qui m’ont lu des histoires (mes parents lisent toujours abondamment). Alors pourquoi faire lire est-il si difficile ? Je n’exposerai pas ici mon propre questionnement sur le sujet, et les réponses que je tente d’y apporter. Je note cependant que, dans ce roman, Amélie Nothomb montre que l’échange autour de la lecture est important, laisser l’autre dire ce qu’il pense du roman, même si l’on ne pense pas la même chose : « Aimer un roman ne signifie pas nécessairement qu’on aime les personnages. » Il s’agit aussi de ne pas se limiter dans sa lecture, de lire des romans d’époque et de style variés : Stendhal, Homère, Raymond Radiguet, Kafka sont lus, et pas forcément décortiqués comme peuvent le faire certains lecteurs (dont je ne fais pas partie). La littérature pousse-t-elle à l’action ? Pas nécessairement, et heureusement  : même s’il s’identifie à Hector puis à Nemours, Pie n’a besoin ni de l’un ni de l’autre pour changer le cours de sa vie, et faire qu’elle n’ait pas la vacuité de celle de ses parents. Pas de morale dans l’histoire : la littérature n’a que faire de la morale.
Et la jeunesse ? Un état d’esprit plus qu’un âge mesuré, quantifié. Ange n’était pas jeune, elle l’est devenue.

Maboul kitchen de Nadine Monfils

édition Pocket – 224 pages

Présentation de l’éditeur :

Avec l’aide de quelques zinzins triés sur le volet, Mémé s’envole vers son rêve : ouvrir un palace à Saint-Amand-sur-Fion. Après avoir épousé le proprio, un vieux solitaire rencontré à l’asile, elle passe son voyage de noces à Etretat pour le charme de ses falaises. Une fois veuve et héritière, à la tête du domaine avec une équipe de pétés du bulbe et un cuisinier maboul, la vieille monte une arnaque pour financer les travaux de la baraque en ruine. Sa stratégie pour plumer les gens ? Une vierge qui s’illumine et attire la foule criant au miracle. Lourdes peut aller se rhabiller. Le miracle qu’elle vise, elle, c’est de rassembler assez de fric pour se payer un relooking à faire pâlir Pamela Anderson. Son but, inexorable : reconquérir Jean-Claude Van Damme. Mais ça pourrait bien virer au boxon et à l’Auberge Rouge…

Mon avis :

Si vous aimez les intrigues reposantes, si vous aimez tout ce qui reste bien dans les clous du bon goût, ne lisez surtout pas ce livre : il n’est pas fait pour vous ! Mémé Cornemuse arrache tout sur son passage – a-t-elle vérifié qu’elle n’est pas une descendante d’Attila ? On peut se poser légitimement la question !

Toujours en mouvement, mettant tout en oeuvre pour parvenir à ses fins, rien ne semble pouvoir l’arrêter. Par contre, épuiser tout le monde, engager une équipe aussi barrée qu’elle ou presque, c’est tout à fait dans ses cordes : il faut dire qu’elle les a trouvés dans un asile et ils sont prêts à tout pour que leurs talents personnels s’épanouissent (mention spéciale pour le cuisinier). Mémé a un objectif : reconquérir JCVD (grand philosophe, pour ceux qui ne le connaîtrait pas, d’un tout autre niveau que BHL) et pour cela, elle envisage un ravalement de façade digne de feue la baronne de la Tronche en biais (pour ceux qui ne connaissent pas ce personnage, je vous invite à le découvrir). Gare à ceux qui auraient l’idée ô combien absurde de se mettre en travers de son chemin – il en est qui ne vont pas tout comprendre de ce qui va leur arriver. Ils l’auront, pour certains, bien cherché – se confronter à l’inventivité extrême de Mémé, à ses ressources inépuisables pour se tirer des situations les plus embarrassantes est véritablement risqué.

Il est bon de le rappeler : Mémé est d’une fidélité à toute épreuve envers la Belgique, le grand amour de sa vie (avec JCVD). Gare à ceux qui en douteraient – et ce n’est pas incompatible avec un voyage de noces à Etretat (il y a de belles falaises). Et si cette enquête est « officiellement » la dernière, j’aimerai bien revoir Mémé Cornemuse – qui semble assez en forme à la fin de l’ouvrage, finalement….

Les enquêtes du commissaire Léon, Tomes 7 et 8 : Les Bonbons de Bruxelles ; Les Jouets du diable

édition Belfond – 312 pages

Présentation de l’éditeur :

Les bonbons de Bruxelles Dans le train qui l’emmène à Bruxelles, le commissaire Léon rencontre Madeleine, une étrange vieille dame qui lui montre une lettre d’amour écrite par l’homme de sa vie, Augustin, mort depuis longtemps. Puis elle disparaît, sans laisser de trace… Pourtant, alors qu’il arpente le marché aux puces, Léon découvre une valise remplie de lettres adressées à Madeleine et signées Augustin. Convaincu que le hasard n’existe pas, il se lance à la recherche de la vieille dame. Mais il semblerait qu’elle soit morte depuis fort longtemps… Les jouets du diable Après des années d’internat, Lily revient à Paris chez ses parents, où l’attend un terrifiant secret sur lequel va enquêter le commissaire Léon. Mais quand tout s’emboîte tel un puzzle diabolique sous le sourire de Satan, l’enfer n’a pas d’issue, sauf si on trouve la clef de l’humour…

Mon avis (sur le tome 7) :

Non, le commissaire Léon ne prend pas de vacances. Il semble que ses deux précédentes excursions (voir les tomes 4 et 6) lui aient servi de leçons. Il accompagne sa mère à l’enterrement de son oncle Jef, et cela lui permet de se rendre à Bruxelles. Surtout, il rencontre une vieille dame, qui lui parle de son défunt amour, dont elle a été séparée. Vieille dame qui, apparemment, enfin, selon ses proches, serait morte dans l’incendie de l’asile où elle avait été enfermée à la demande de sa famille, parce qu’elle avait eu le tort d’aimer un homme marié. Morte, brûlée vive, comme Zelda Fitzgerald.
Où est la réalité, où est le merveilleux ? Comme dans le silence des canaux, la frontière est fine entre les deux, sans que l’on sache jamais si les indices qui parsèment le chemin du commissaire Léon ne sont pas de simples coïncidences.
Comme dans ses précédents volumes, l’autrice nous montre les violences qui sont faites aux plus vulnérables, et la quasi-impossibilité de s’en protéger. Elle montre aussi la fascination que les tueurs en série exercent sur certaines femmes, leur capacité à les manipuler.
Un roman qui, pour une fois, ne se termine pas à Montmartre.

Mon avis (sur le tome 8) :

Dans cette huitième enquête, rien ne va pour le commissaire Léon : son quartier semble être en train de perdre son âme, et sa mère a décidé de s’offrir une seconde jeunesse.
Non loin de là, Lily rentre du pensionnat, où elle a été confinée pendant des années par ses parents. Ceux-ci ne se sont jamais remis de la mort de son frère aîné, charmant bambin qu’elle n’a jamais connu. Et pendant ce temps, un tueur s’en prend à des prostituées rousses.
L’autrice reprend des thèmes qui lui sont chers, à savoir le poids du désamour des parents sur le destin de leurs enfants, et le choix de ne pas aller au-delà des apparences – ou plutôt, de vouloir les sauver à tout prix. J’ai entendu une personnalité artistique dire qu’il fallait cesser de blâmer les parents quand les enfants devenaient violents, mais quand les enfants n’ont reçu de leurs parents que mépris, indifférence, voire dégoût, n’ont-ils pas une part de responsabilité s’ils ne peuvent trouver un équilibre physique, psychique ?
Encore une fois, le commissaire Léon pèse de toute sa volonté et de toute son humanité pour mettre un tueur hors d’état de nuire

Toute la violence des hommes de Paul Colize

Merci à Be polar et à HC éditions pour ce partenariat.

Présentation de l’éditeur :

Une jeune femme est retrouvée dans son appartement bruxellois, tuée de plusieurs coups de couteau. Tout accuse Nikola Stankovic, artiste marginal, dernière personne que la victime a appelée avant sa mort. Il apparaît sur les caméras de surveillance juste après le meurtre, la police retrouve ses vêtements maculés de sang et découvre des croquis de la scène de crime dans son atelier.

Sous ses airs d’enfant perdu, Niko est un graffeur de génie que la presse a surnommé le Funambule après l’apparition d’une série de fresques anonymes ultra-violentes dans les rues de la capitale. Muré dans le silence, sous surveillance psychiatrique, le jeune homme nie tout en bloc. Pour seule ligne de défense, il ne répète qu’une phrase : « c’est pas moi ».

Mon avis :

La guerre en ex-Yougoslavie, en avez-vous entendu parler ? Si vous êtes de ma génération, oui, sans doute, vous en avez entendu parler alors que vous étiez au collège. Peut-être même vous êtes vous étonnés que les américains, auto-proclamés sauveurs du monde, ne soient pas intervenus là-bas. L’ONU pas vraiment non plus, d’ailleurs. Ah, oui : il n’y avait pas de pétrole. Paul Colize nous en (re)parle dans ce roman, à travers le personnage de Nikola Stankovic, graffeur de son état, et surtout, unique suspect d’un meurtre sordide.

Je ne sais même pas pourquoi j’utilise le mot « suspect » : mis à part son avocat, tout le monde le croit coupable. La presse s’en est donnée à cœur joie, au mépris de ce que l’on appelle la présomption d’innocence. Le seul fait sur lequel police et justice débattent, c’est de savoir si oui ou non Niko est responsable de ses actes. A se demander aussi comment l’on a pu penser passer de la recherche d’un coupable au fait qu’il soit décrété pour tous coupable. Ce ne sont pas là les méandres de la justice, ce sont plutôt ses idées fixes, qui emmènent les justiciables droits dans les murs. Les murs du palais de justice, les murs de la prison, les murs de l’hôpital psychiatrique qui se referme inexorablement sur Nikola.

J’ai connu Paul Colize grâce à un roman bourré d’humour L’avocat, le nain et la princesse masquée. Je découvre ici un auteur d’une rare noirceur. Il expose sans fard ce qui attend ceux qui ont le malheur d’être internés. Leur avenir ? Entre quatre murs, dans une camisole chimique. La thérapie par la parole ? Cela dépend qui la pratique. Un retour à une vie en dehors des murs ? Prévoir quelques années, au mieux. Une quelconque liberté entre les murs ? Pas vraiment. Il faut dire que certains patients doivent être isolés, tels des bombes humaines qui ne demandent qu’à exploser – comment en sont-ils arrivés là ? Comment la société en est-elle arrivée là ? L’auteur n’apportera pas de réponses pour eux, il nous amènera pourtant à nous interroger face à cet état des lieux désastreux. Il nous montrera cependant comment Nikola en est arrivé là – dans cet établissement. C’est encore, aussi, une question de murs.

Nikola est graffeur, un excellent graffeur, même. Attention : pas un artiste consensuel et « joli », un artiste qui veut être vu et qui choque ceux qui voient son œuvre, en respect pour cet homme qui a pris des risques insensés et dégoût profond. Un véritable artiste ne suscite pas l’indifférence, il nous interroge. Ses oeuvres, qu’elles soient recouvertes ou non, font partie de la vie, du paysage urbain de ceux qui l’auront vu. Lui transpose, finalement, les tourments qui sont les siens depuis des années, tout ce qu’il a vu de la face sombre de l’humanité, donnant à voir que la violence est toujours là, quoi que l’on en dise.

Toute la violence des hommes est un roman particulièrement prenant, riche de sens et de questionnement.

 

 

Les enquêtes du commissaire Léon, tome 5 et tome 6 : Clair de lune à Montmartre et le fantôme de Fellini de Nadine Monfils

Présentation de l’éditeur :

Tu parles d’une maison de repos… De repos éternel, oui ! Juste en face du cimetière de Montmartre, avec une vue imprenable sur l’avenir. « Au Clair de lune », les pensionnaires devraient vivre une retraite bien méritée : pas la mort en bas d’un escalier, la tête dans un pot de fleurs ! À l’enterrement de Mémé Pigeons, ex-pilier de comptoir du Colibri, le commissaire Léon flaire le sac de noeuds de vipères. Et ce n’est que le début d’une longue série. Mais si cette pétée de Ginette, la mère du commissaire, s’en mêle, c’est la cata !

Mon avis :

J’ai lu Clair de lune à Montmartre dans le train qui m’emmenait à Paris pour voir Montmartre. Logique, pratique.
L’enquête n’est pas de tout repos pour le commissaire, qui doit découvrir qui assassine les pensionnaires d’une maison de retraite, certains plus attachants que d’autres. Il reçoit l’aide inattendue et pas vraiment voulue de sa mère, qui se fait fort de devenir pensionnaire de cette maison de retraite pas vraiment accueillante et d’aider son fils unique à démasquer le coupable. Il faudrait, en même temps que le fils entre dans la police, assurer aussi un statut à part à la mère de celui-ci, qui ne ménage pas sa peine et ne manque surtout pas d’idées pour démasquer le meurtrier. Je n’oublie pas Babelutte, qui vit des moments particulièrement difficiles depuis que le commissaire a développé une passion pour le tricot.
Si l’enquête est saignante, à tout point de vue, la vue de Montmartre est magnifique.J’ai aimé m’y promener à travers ces pages comme je m’y suis promenée dans la réalité. J’ai donc enchaîné avec le tome suivant Le fantôme de Fellini

Voici le résumé : Jeannot, le patron du Colibri, bistrot montmartrois, a gagné un voyage pour 6 personnes à Rome. Évidemment, tout ne se passera pas comme prévu… Une bonne dose d’exotisme teintée d’humour noir et de suspense.

Mon avis : Combien de fois faudra-t-il le dire ? Un policier ne doit jamais partir en vacances, ja-mais. Même quand il est invité par ses meilleurs amis. Même quand il s’agit de visiter la ville éternelle en plein jubilée. Même quand on part sur les traces de Gelsomina. Ja-mais vous dis-je, parce que les ennuis ne font que commencer, et les cadavres décapités aussi. le commissaire passe aussi un temps fou non pas à visiter Rome, mais à chercher au poste de police ses amis, surtout Irma, la travelo-ménagère qui a un léger souci avec la langue italienne. Ne parlons pas de ceux qui trouvent des cadavres avec une facilité déconcertante, même le Pin’s sera concerné.
Une enquête sanglante, et quelques regrets pour le commissaire Léon.

 

Il neige en enfer de Nadine Monfils

édition Pocket – 288 pages

Présentation de l’éditeur :

Arnaud Rastignac, richissime industriel, meurt dans un accident de voiture, laissant une famille de fêlés… Sa femme passe sa vie à coudre des paillettes partout, le pépé dans son fauteuil roulant ne pense qu’à se taper la bonne, la belle-fille ressemble à Miss Piggy ; Alice l’aînée, fait de la magie noire et Mômo, complètement zinzin, promène son lapin empaillé… Lou la seule qui ait bien tourné, est hôtesse dans un bar à Pigalle. Elle a pour fidèle client le commissaire Léon. S’il avait su dans quel panier de vipères il mettait les pieds, il serait resté chez sa maman à tricoter un paletot pour son chien !

Mon avis :

Que diable allait-il faire dans cette galère ? C’est véritablement la question que Babelutte peut se poser quand il voit ce qu’il advient du commissaire, qui semble avoir perdu la tête. D’ailleurs, le narrateur, avec quelques anticipations, nous avertit que le commissaire va en voir des vertes et des pas mûres. Il n’est pas le seul.

Si je voulais être politiquement correcte, je vous dirai que la famille Rastignac est dysfonctionnelle. Comme je ne le suis pas, je vous dirai que c’est à peine une famille. Le grand-père se réjouit du désordre qu’il a réussi à mettre. Son fils ? Nous le connaîtrons à peine. Sa belle-fille ? Elle mit au monde quatre enfants, pour être sûre que son mari reste avec elle. Elle s’afficha à son bras pour prouver la solidité de leur union et de leur richesse. Elle n’a aucune tendresse pour son fils handicapé, et a réussi à faire fuir sa fille cadette. Tout n’est pas irrécupérable chez elle : elle aime sa petite fille Violette, d’un amour qu’elle n’a pas donné à ses propres enfants. Par contre, il n’est rien à sauver chez Alice, la fille aînée, absolument rien : étroitesse d’esprit, complexe de supériorité, elle aurait été tout à fait à sa place pendant la seconde guerre mondiale – version collabo. Oui, ce personnage m’a totalement hérissée. Reste Jean-François, le fils aîné. Il est père, et se rend compte un peu tard qu’il aime sa fille, qu’il se cache derrière sa paternité pour ne pas assumer qui il est vraiment. Non, parce que jusqu’à ce que la petite fille soit enlevée, il ne la voyait que comme un fardeau dont il regrettait l’existence, il ne s’est jamais dit que sa fille s’était aperçu de son absence d’amour et qu’elle en souffrait. Quant à Muriel, sa femme, elle n’est peut-être pas l’épouse idéale – qui pourrait l’être avec un mari comme Jean-François ? mais elle aime sa fille, véritablement. Reste Louise, la dernière fille,  qui est hôtesse dans un bar à Pigalle, et a fui cette famille depuis longtemps – question de survie.

C’est par elle que le commissaire Léon va entrer dans cette famille, où les meurtres, les accidents, les enlèvements se succèdent à grande vitesse. Sont-ils en train de s’entretuer ? Ou bien une personne, extérieure à leur famille, et qui ne leur veut pas du bien, est-elle au commande ? Vaste question que le commissaire doit résoudre, pour sauver ceux qui peuvent encore l’être. Non, parce que, pour une personne qui prend garde à elle, qui est pourtant très menacée – je veux parler de Louise – il en est d’autres qui font absolument n’importe quoi, comme Jean-François. Ce que j’appelle « n’importe quoi », ce n’est pas comme Muriel qui veut sauver sa fille, c’est qu’il veut mener la vie qu’il souhaite, et qu’il aurait pu mener bien avant, s’il avait eu du cran – pas grand chose à sauver chez Jean-François.

Je m’aperçois que je ne vous ai pas encore parlé de Momo. Il est l’enfant « différent », celui que l’on ne montre pas, parce qu’il n’est pas comme les autres, celui que l’on n’aime pas vraiment, et que son frère et sa soeur méprisent, rudoient. J’ai employé le singulier pour « soeur » parce que Louise est la seule à ne s’être jamais moquée de lui : le fait qu’elle a reçu autant d’amour et d’attention que lui, c’est à dire très peu, y est sans doute pour beaucoup.

Il neige en enfer est l’histoire de personnes qui sont passés à côté de leur vie parce qu’elles ont préféré l’argent, la respectabilité, le confort, à l’amour – quand elles étaient capables d’en éprouver, et ça, ce n’est pas le cas pour toutes. C’est l’histoire de personnes qui, au lieu d’aller de l’avant et de construire leur vie, sont restées engluées dans le passé. C’est une histoire violente, également, qui montre cependant qu’une reconstruction est possible – mettre des paillettes dans sa vie, c’était déjà possible dans ce roman.

 

 

Une enquête du commissaire Léon : Le silence des canaux de Nadine Monfils

édition Pocket – 256 pages

Présentation de l’éditeur :

Le commissaire Léon est parti en vacances. Oh pas loin ! Il a loué un bateau, pris son tricot, ses pelotes de laine, ses aiguilles et son chien Babelutte et il navigue au fil de l’eau sur le canal de l’Ourcq. Et voici le premier mort… suivi de bien d’autres. Comme si le criminel s’amusait à suivre le commissaire Léon à la trace et à semer des cadavres sous ses pieds. Et quels cadavres ! Chacun a le visage proprement découpé au bistouri et arraché. Et puis il y a cette petite fille qui vit dans une cabane avec sa grand-mère ; cette péniche abandonnée remplie d’instruments de torture ; la maison du Diable avec ses chats de pierre… On se croirait dans un conte de fées. Mais un conte de fées noir, noir !

Mon avis :

Curieuse coïncidence… Mais faut-il accorder du crédit à ce que disent les fantômes ?

Le plus difficile pour le commissaire ? Partir en vacances sans sa mère ! Il faut dire qu’elle est inquiète : il part en croisière sur un paquebot. Pas tout à fait cependant : il a loué un bateau et navigue sur le canal de l’Ourcq. Mais une maman s’inquiète toujours. Le commissaire Léon, lui, laisse le commissariat et Montmartre entre de bonnes mains, et emmène chien et tricot pour un bon moment de détente. Enfin… presque. Les policiers ne peuvent pas réellement prendre de vacances, c’est bien connu, et il semble qu’un tueur se plait à parsemer le canal de l’Ourcq.

Dans ce roman, j’ai retrouvé des thématiques qui me semblent chères à l’autrice : l’importance de la famille, et de l’amour qui est donné, ou refusé aux enfants, et les conséquences pour eux. J’ai aimé l’atmosphère qui se dégageait de ce roman, qui est loin d’être un roman policier traditionnel. J’ai eu l’impression, parfois, d’être à deux doigts de basculer, comme Alice (ou Violette, dans le tome précédent), de l’autre côté du miroir. Oui, nous sommes dans un conte de fée noir, sanglant, et il faut toute la ténacité du commissaire, le fait aussi, qu’il veuille bien mettre ses vacances entre parenthèses et suivre son intuition, pour empêcher que le pire n’ait lieu. Il reste cependant à définir ce qu’est ce « pire », et se dire que ce qui est déjà survenu est du domaine de l’horreur.