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Il neige en enfer de Nadine Monfils

édition Pocket – 288 pages

Présentation de l’éditeur :

Arnaud Rastignac, richissime industriel, meurt dans un accident de voiture, laissant une famille de fêlés… Sa femme passe sa vie à coudre des paillettes partout, le pépé dans son fauteuil roulant ne pense qu’à se taper la bonne, la belle-fille ressemble à Miss Piggy ; Alice l’aînée, fait de la magie noire et Mômo, complètement zinzin, promène son lapin empaillé… Lou la seule qui ait bien tourné, est hôtesse dans un bar à Pigalle. Elle a pour fidèle client le commissaire Léon. S’il avait su dans quel panier de vipères il mettait les pieds, il serait resté chez sa maman à tricoter un paletot pour son chien !

Mon avis :

Que diable allait-il faire dans cette galère ? C’est véritablement la question que Babelutte peut se poser quand il voit ce qu’il advient du commissaire, qui semble avoir perdu la tête. D’ailleurs, le narrateur, avec quelques anticipations, nous avertit que le commissaire va en voir des vertes et des pas mûres. Il n’est pas le seul.

Si je voulais être politiquement correcte, je vous dirai que la famille Rastignac est dysfonctionnelle. Comme je ne le suis pas, je vous dirai que c’est à peine une famille. Le grand-père se réjouit du désordre qu’il a réussi à mettre. Son fils ? Nous le connaîtrons à peine. Sa belle-fille ? Elle mit au monde quatre enfants, pour être sûre que son mari reste avec elle. Elle s’afficha à son bras pour prouver la solidité de leur union et de leur richesse. Elle n’a aucune tendresse pour son fils handicapé, et a réussi à faire fuir sa fille cadette. Tout n’est pas irrécupérable chez elle : elle aime sa petite fille Violette, d’un amour qu’elle n’a pas donné à ses propres enfants. Par contre, il n’est rien à sauver chez Alice, la fille aînée, absolument rien : étroitesse d’esprit, complexe de supériorité, elle aurait été tout à fait à sa place pendant la seconde guerre mondiale – version collabo. Oui, ce personnage m’a totalement hérissée. Reste Jean-François, le fils aîné. Il est père, et se rend compte un peu tard qu’il aime sa fille, qu’il se cache derrière sa paternité pour ne pas assumer qui il est vraiment. Non, parce que jusqu’à ce que la petite fille soit enlevée, il ne la voyait que comme un fardeau dont il regrettait l’existence, il ne s’est jamais dit que sa fille s’était aperçu de son absence d’amour et qu’elle en souffrait. Quant à Muriel, sa femme, elle n’est peut-être pas l’épouse idéale – qui pourrait l’être avec un mari comme Jean-François ? mais elle aime sa fille, véritablement. Reste Louise, la dernière fille,  qui est hôtesse dans un bar à Pigalle, et a fui cette famille depuis longtemps – question de survie.

C’est par elle que le commissaire Léon va entrer dans cette famille, où les meurtres, les accidents, les enlèvements se succèdent à grande vitesse. Sont-ils en train de s’entretuer ? Ou bien une personne, extérieure à leur famille, et qui ne leur veut pas du bien, est-elle au commande ? Vaste question que le commissaire doit résoudre, pour sauver ceux qui peuvent encore l’être. Non, parce que, pour une personne qui prend garde à elle, qui est pourtant très menacée – je veux parler de Louise – il en est d’autres qui font absolument n’importe quoi, comme Jean-François. Ce que j’appelle « n’importe quoi », ce n’est pas comme Muriel qui veut sauver sa fille, c’est qu’il veut mener la vie qu’il souhaite, et qu’il aurait pu mener bien avant, s’il avait eu du cran – pas grand chose à sauver chez Jean-François.

Je m’aperçois que je ne vous ai pas encore parlé de Momo. Il est l’enfant « différent », celui que l’on ne montre pas, parce qu’il n’est pas comme les autres, celui que l’on n’aime pas vraiment, et que son frère et sa soeur méprisent, rudoient. J’ai employé le singulier pour « soeur » parce que Louise est la seule à ne s’être jamais moquée de lui : le fait qu’elle a reçu autant d’amour et d’attention que lui, c’est à dire très peu, y est sans doute pour beaucoup.

Il neige en enfer est l’histoire de personnes qui sont passés à côté de leur vie parce qu’elles ont préféré l’argent, la respectabilité, le confort, à l’amour – quand elles étaient capables d’en éprouver, et ça, ce n’est pas le cas pour toutes. C’est l’histoire de personnes qui, au lieu d’aller de l’avant et de construire leur vie, sont restées engluées dans le passé. C’est une histoire violente, également, qui montre cependant qu’une reconstruction est possible – mettre des paillettes dans sa vie, c’était déjà possible dans ce roman.

 

 

Une enquête du commissaire Léon : Le silence des canaux de Nadine Monfils

édition Pocket – 256 pages

Présentation de l’éditeur :

Le commissaire Léon est parti en vacances. Oh pas loin ! Il a loué un bateau, pris son tricot, ses pelotes de laine, ses aiguilles et son chien Babelutte et il navigue au fil de l’eau sur le canal de l’Ourcq. Et voici le premier mort… suivi de bien d’autres. Comme si le criminel s’amusait à suivre le commissaire Léon à la trace et à semer des cadavres sous ses pieds. Et quels cadavres ! Chacun a le visage proprement découpé au bistouri et arraché. Et puis il y a cette petite fille qui vit dans une cabane avec sa grand-mère ; cette péniche abandonnée remplie d’instruments de torture ; la maison du Diable avec ses chats de pierre… On se croirait dans un conte de fées. Mais un conte de fées noir, noir !

Mon avis :

Curieuse coïncidence… Mais faut-il accorder du crédit à ce que disent les fantômes ?

Le plus difficile pour le commissaire ? Partir en vacances sans sa mère ! Il faut dire qu’elle est inquiète : il part en croisière sur un paquebot. Pas tout à fait cependant : il a loué un bateau et navigue sur le canal de l’Ourcq. Mais une maman s’inquiète toujours. Le commissaire Léon, lui, laisse le commissariat et Montmartre entre de bonnes mains, et emmène chien et tricot pour un bon moment de détente. Enfin… presque. Les policiers ne peuvent pas réellement prendre de vacances, c’est bien connu, et il semble qu’un tueur se plait à parsemer le canal de l’Ourcq.

Dans ce roman, j’ai retrouvé des thématiques qui me semblent chères à l’autrice : l’importance de la famille, et de l’amour qui est donné, ou refusé aux enfants, et les conséquences pour eux. J’ai aimé l’atmosphère qui se dégageait de ce roman, qui est loin d’être un roman policier traditionnel. J’ai eu l’impression, parfois, d’être à deux doigts de basculer, comme Alice (ou Violette, dans le tome précédent), de l’autre côté du miroir. Oui, nous sommes dans un conte de fée noir, sanglant, et il faut toute la ténacité du commissaire, le fait aussi, qu’il veuille bien mettre ses vacances entre parenthèses et suivre son intuition, pour empêcher que le pire n’ait lieu. Il reste cependant à définir ce qu’est ce « pire », et se dire que ce qui est déjà survenu est du domaine de l’horreur.

 

La nuit des coquelicots de Nadine Monfils

Présentation de l’éditeur :

Après une grosse fête, trois amies rentrent à Neuilly en voiture. Elles continuent à chahuter, mais dans un moment d’inattention elles renversent une petite fille sur la route, un bouquet de coquelicots à la main. La vie de ces trois femmes va basculer dans le cauchemar, et c’est au commissaire Léon qu’il revient de dénouer les fils de cette diabolique affaire.

Mon avis :

Sanglant, saignant, et rappelons-nous : les coquelicots sont les premières fleurs à repousser sur un champ de Bataille.
Ici, au départ, il n’y avait pas de bataille, non, seulement trois amies qui revenaient d’une soirée entre filles, soirée trop arrosée. Elles ont renversé une petite fille. Elles n’ont pas prévenu les secours, non, elles ont prévenu la police, plus tard, parce qu’elles sont de bonnes personnes, des personnes qui avaient peur de voir leur vie détruite par cette accident, des personnes qui n’ont pas pensé, qui ne pensent toujours pas à la douleur de la famille de cette petite fille.
Des mois ont passé, chacun réagit à sa manière. Le mari de Maura n’est plus qu’indifférence envers sa femme, il utilise les services d’une prostituée, qu’il paie pour pouvoir l’humilier et coucher avec elle, Catherine vit une relation torride et violente avec un homme qui n’en a strictement rien à faire d’elle, pas même qu’elle soit la fille du maire de Neuilly, un copain de régiment du commissaire Léon. Héléna, la troisième personne présente dans la voiture, vit entre sa mère et sa fille, mère qui a élevé sa fille plus qu’elle-même.
Et la famille de la victime ? La mère est internée en hôpital psychiatrique, elle est persuadée que sa fille va revenir, un bouquet de coquelicots à la main, et le lecteur de se dire que c’est peut-être mieux ainsi pour elle. Le père est parti, retourné dans son pays, ne supportant plus de porter cette famille à lui tout seul. La fille aînée, Lara (oui, comme dans le docteur Jivago) vit chez Jacob, son grand-père, résigné, ayant déjà presque quitté ce monde tant il se réfère à Dieu.
De l’autre côté, nous avons le sympathique petit monde du commissaire Léon, avec Irma, l’inénarrable travelo ménagère, Nina Tchitchi, surnommée « Charlotte aux fraises » par Babelutte, le seul chien policier gay, qui doit subir les caprices vestimentaires tricotés de son maître. Un univers drôle, lumineux, qui se trouve pourtant confronté à l’horreur.
Oui, les agressions, les crimes, tous plus sanglants les uns que les autres, vont se succéder autour de ses trois femmes, qui avaient pourtant juré de ne plus se revoir, de ne plus se parler, après l’accident, qu’elles ont tout fait pour occulter. Ce ne sont pas des coquelicots qui seront répandus, mais des mares de sang, dans un objectif qui se dessine lentement : les faire souffrir le plus possible. Tant pis pour les victimes.
Ce deuxième volume des aventures du commissaire Léon est très sombre, très violent, et nous questionne en même temps, notamment sur les relations parents/enfants. Prenons Héléna, par exemple : elle n’apprécie pas que sa mère ait été très amis avec des jeunes gens très très gays, qui l’adoraient, et pourtant Clara, par son ouverture d’esprit, ses goûts littéraires, en ressort bien plus lumineuse que sa fille. Héléna admet aussi ressentir nettement moins d’amour pour sa fille Carole que quand celle-ci était bébé – parce qu’elle était bébé, justement, et parce qu’un bébé, on en fait ce qu’on veut. Un garçon aurait été tellement mieux.
Ce ne sont pas des zones d’ombre, ces fameuses zones d’ombre dont certains critiques font leur chou gras, non, ce sont littéralement des abîmes, des pulsions inavouables, qu’ils cherchent pourtant à satisfaire. Oui, nous basculons dans un univers bien glauque, et au milieu, seule Lily, la petite fille aux coquelicots, et Loulou, le fils de Maura, sont des innocents victimes de jeux d’adultes.

Les nouvelles enquêtes de Nestor Burma Crime dans les Marolles par Nadine Monfils

Présentation de l’éditeur :

« Guy Marchand, mon acteur fétiche, beau comme une Ford Mustang, même à l’âge d’être l’ermite des tarots. Le sourire c’est comme le charme, ça ne vieillit jamais. La pétillance dans le regard non plus. Puis la voix…Signoret et Trintignant, ou encore Jeanne Moreau…Ça te fait une valse à mille temps, rien qu’en te disant bonjour. Tu parles que j’en ai entendu parler ! Il y a quelques années, cette terrible histoire avait défrayé la chronique. On l’avait surnommée Beast, la bête, parce que le criminel avait fait un carnage. La nuit du 16 juin, un jeune homme, Léo Straum s’était réveillé dans l’entrepôt de textiles de ses parents, situé dans le quartier des Marolles, rue des Capucins, avec son père, sa mère et sa sœur éventrés et lardés de coups de couteaux. Une vraie boucherie. Les murs étaient éclaboussés de sang et le gars ne se souvenait plus de rien. »

Mon avis :

J’aime beaucoup le personnage de Nestor Burma, j’aime les romans de Nadine Monfils et le hasard faisant bien les choses, j’aime aussi Guy Marchand, et le voir dans une enquête de Burma aux côtés de Burma ne manque pas de saveur.

Grâce à ces deux compères, nous plongeons dans le milieu bon enfant et fantasque du cinéma belge. Oui, bon enfant, n’a-t-il pas donné au cinéma de grandes vedettes – je ne résiste pas au plaisir de citer JCVD ? Ce récit est un hymne à l’amitié, entre Guy et Nestor, mais aussi entre Nestor et Mansour, toujours prêt à aider son patron et à le faire profiter de son humour. Oui, l’humour est constant, brillant, inventif.

Petit extrait : Je crois que les geeks restent de grands ados. Il y a un truc hyperintelligent dans leur cerveau qui côtoie une caisse à jouets mal refermée. 

Et il en faut, de l’humour, pour nous raconter, ou plutôt pour écrire cette version de l’affaire Léo Straum. Celui-ci s’est réveillé, entouré des cadavres de ses parents et de sa soeur. Il ne se souvient de rien, et aujourd’hui, sa petite amie demande à Nestor de prouver l’innocence de son amoureux. Nestor ne peut résister, il enquête. Seulement, enquêter, c’est à double tranchant, puisque prouver l’innocence signifie trouver le ou les véritables coupables, et faire toute la lumière sur une affaire aussi dramatique n’est pas sans conséquence. C’est une question de courage, aussi, et l’on s’aperçoit, à la lecture que, pour des personnes qui osent vivre leur vie comme ils l’entendent – je pense  nouveau Nestor, Guy, qui ne s’embarrassent pas du qu’en dira-t-on, c’est sans intérêt- il en est d’autres, tellement d’autres qui, pour beaucoup de (mauvaises) raisons, ne s’autorisent pas à vivre leurs véritables désirs, leurs amours, et c’est bien dommage.

Une oeuvre forte et tendre à la fois.

 

Cachemire rouge de Christiana Moreau

Présentation de l’éditeur :

Trois destins liés par un fil rouge, celui d’un précieux cachemire tissé de manière ancestrale. Toscane. Alessandra est fière de la qualité des pulls et étoffes qu’elle vend dans sa boutique de Florence. Une fois par an, elle va s’approvisionner en Asie. Jusqu’à ce coup de foudre pour le cachemire rouge filé par une jeune fille, Bolormaa. Dans les steppes de Mongolie, celle-ci mène une existence nomade avec sa famille, en communion avec la nature. Mais, lorsqu’un hiver glacial décime leur troupeau de chèvres, elle doit quitter ses montagnes pour travailler à l’usine en Chine. C’est là qu’elle rencontre XiaoLi. Bientôt, dans l’espoir de se construire un avenir meilleur, les deux amies font le choix du départ. De l’Asie à l’Europe, du Transsibérien jusqu’en Italie, elles braveront tous les dangers pour prendre leur destinée en main et tenter de réaliser leur rêve.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier les éditions Préludes et Netgalley pour leur confiance. Ayant beaucoup aimé le premier roman de Christiana Moreau, je n’avais pas osé demander le second en partenariat. Il a suffi d’un commentaire sur mon blog pour que je me lance, et je ne le regrette pas.

Oui, ce roman est différent du premier, mais il nous parle à nouveau de destin de femmes. L’une est une bergère, une nomade devenue ouvrière, tout comme XiaoLi, qui a tenté l’aventure de la migration avec elle, la seconde dirige une boutique à Florence qui conçoit et vend pulls, étoffes de grande qualité face à l’afflux de produits bas de gamme, la troisième est une galeriste qui privilégie la créativité. La narration alterne entre elles, donnant la priorité à Bolormaa, tout simplement parce que c’est elle qui a le parcours le plus intense, le plus riche de ce roman. Grâce à elle, nous assistons à la transformation d’une culture. C’est la fin, presque la fin, du nomadisme traditionnel en Mongolie. Les jeunes rêvent d’une vie meilleure, et se retrouvent dans des usines, logeant dans des appartements très modernes – enfermés dans des cités, pour résumer. Bolormaa tente de conserver une partie des traditions, grâce à sa créativité. Pour s’en sortir, elle tente le voyage jusqu’en Italie, espérant retrouver Alessandra, qui lui avait laissé sa carte. Compliquée, le voyage ? Bien sûr ! Il est question d’un voyage clandestin, avec des passeurs, une traversée de la Russie, le remboursement des dettes contractées par le voyage, remboursement sans fin qui fait de l’Italie une petite Chine, bien à l’abri des regards. Que le voyage est simple, par contre, quand il est effectué par une commerçante européenne !

Le commerce est le point central, pour ne pas dire le problème. Cette « petite Chine » prospère dans une feinte indifférence des autorités, loin de toute sécurité. Des travailleurs ? Plutôt des esclaves, qui doivent satisfaire des demandes, des commandes toujours plus grandes.

Vision désespérante du XXIe siècle ? Non, pas uniquement, plutôt un bel hymne à l’amitié féminine (alors que le cinéma nous montre davantage des amitiés masculines), qui appelle à la solidarité, à l’envie de protéger l’autre, mais aussi à l’envie de se dépasser.

Regrets éternels de Pieter Aspe

Présentation de l’éditeur :

Entre 1982 et 1985, une série de braquages sanglants terrorise la Belgique. Vingt-huit personnes tuées de sang-froid et pas l’ombre d’une piste fiable. Quarante ans plus tard, l’énigme des « tueurs du Brabant » reste d’une brûlante actualité. C’est précisément sur ce dossier que travaillait le journaliste d’investigation Michel Lambrechts. Retrouvé chez lui avec deux balles dans la tête, il laisse des informations capitales aux mains de tueurs qui ont embarqué tous ses documents. En se lançant dans l’enquête, le commissaire Van In et ses acolytes n’ont qu’un espoir : ne pas finir comme tous ceux qui se sont frottés à cette histoire, dont le procureur Demedts, retrouvé pendu…

Mon avis :

Les romans de Pieter Aspe présentent toujours des sujets difficiles, délicats, avec des adversaires qui ne reculent devant rien. Quand Van In se retrouve face à un cold case, dans lequel les malfaiteurs vivent en toute impunité (pour ne pas dire plus) depuis une trentaine d’années, c’est presque encore pire que d’habitude, parce que leurs carnages sont bien plus étendues qu’on ne le pense. C’est fou le nombre de personnes qui furent victimes d’accident, ou qui se sont suicidés de manière opportune.
Et là, cela recommence, non que la police eût réouvert les dossiers, mais qu’un journaliste a décidé de dire tout ce qu’il a trouvé – il n’est pas de prescription pour les enquêtes de journalistes qui font bien leur travail, c’est à dire qui creusent là où se trouvent quelques cadavres bien dissimulés.
Pieter Aspe nous donne une interprétation des « tueurs du Brabant » qui fait encore plus froid dans le dos que d’imaginer une série de braquage menés par des voyous sans scrupules. Surtout, les enquêteurs et les victimes sont vraiment proches du lecteur, parce qu’ils sont touchés de manière intime par la vendetta qui est dirigée contre eux. Comme souvent, avec Pieter Aspe, les âmes sensibles doivent s’abstenir. Mais j’ai eu le plaisir, même s’il fut douloureux, de revoir Versavel, son adjoint, retrouver le devant de la scène – oui, Versavel morfle un max dans ce volume, bien plus que Van In, qui déjà, en voit énormément.
Regrêts éternels, un volume réussi et difficile.

Les prénoms épicènes d’Amélie Nothomb


Edition Albin Michel – 162 pages.

Mon avis :

Fan d’Amélie Nothomb, passez votre chemin, mon avis ne va pas vous plaire.  Merci aussi de ne pas me dire que je ne l’ai pas compris : un avis est forcément personnel, et j’ai pu voir dans un roman des choses que vous n’avez pas forcément vu, et vice-versa.
Quand j’ai commencé à lire le livre, prêté par un ami, je me suis étonnée de la vitesse à laquelle j’ai tourné les pages. Quoi ? Si vite ? Il faut dire que l’intrigue est vraiment conçue à l’économie. Comme dans Le crime du comte Neville, ce roman parle des rapports père/fille – sauf qu’ils sont bien différents. Claude, le père, hait sa fille, et nous ne saurons que très tardivement pour quelle raison il la hait depuis sa naissance. Les thèmes du romans sont là : la haine et la vengeance.
Cependant, le roman m’a semblé bien vide, pour ne pas dire creux. Il est constitué essentiellement de dialogues, jeu de l’esprit, ou transcription du vide des personnages. L’utilisation des dialogues est d’autant plus intéressante que les personnages oublient de se dire des choses essentielles. Dominique oublie de parler à son patron de son fiancé et des circonstances de leurs rencontres, tout comme son patron ne l’interroge pas sur son fiancé – parce que cette jeune fille si effacée n’aurait pas répondu aux questions. Epicène oublie de renouer le contact avec celle qui fut son amie pendant des années, elle oublie de lui dire qui était vraiment son père – des mots haineux de celui-ci ont suffi à briser cette amitié. Je pourrai citer d’autres exemples, je me concentrerai plutôt sur les grands-parents, ceux de Dominique, qui ne posent jamais de question, quoi qu’il arrive. Ce peut être une qualité, mais à ce point-là, ne pas demander à sa fille pourquoi elle les a laissés sans nouvelle pendant quinze ans, cela frôle dangereusement l’indifférence, pour ne pas dire la négligence.
En lisant le livre, je me suis souvent demandé ce qu’un autre romancier aurait pu faire avec un tel thème. Autre chose, bien sûr, mais surtout j’aurai aimé que certains faits soient approfondis, ne serait-ce que le choix d’un prénom épicène pour Claude et Dominique – indifférence, encore une fois, pour les parents ? Le prénom leur plaisait-il ? J’aurai aimé aussi que les lieux soient davantage caractérisés. Que l’on soit dans la ville de province où a grandi Dominique, que l’on soit à Paris, l’on pourrait presque être ailleurs, tant les rues, les appartements, les écoles et collèges se ressemblent. Je vous passe également quelques clichés, sur le champagne, le parfum, ou l’amitié. Quelques répliques mordantes, par ci, par là, merci à la professeur de latin. Bref, j’ai lu des avis très enthousiastes sur ce roman mais, pour ma part, je suis très vite passé à un autre livre.