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De rouages et de sang T2 – Le trésor du Pink Lady par A.D. Martel

Présentation de l’éditeur :

Alors que Rowena, OEil-de-Pirate, Eugène et Monsieur Gratouille fuient Arkantras, leur bateau est attaqué par des pirates. Mais pas n’importe quels pirates… Dirigé par Butcher, une capitaine qui n’a pas la langue dans sa poche, l’équipage voyage à bord du Pink Lady, un navire volant ! Pour échapper à la police lancée à leurs trousses, Rowena les convainc, grâce à ses talents de mécano, de les garder avec eux. C’est le début d’une grande aventure, en direction de Vérolia, la grande cité de métal…

Tandis que les liens entre Rowena, OEil-de-Pirate et Eugène se renforcent, la question se pose : comment révéler la vérité au peuple d’Arkantras sur le gouvernement en place ? Et si les pirates pouvaient les aider ? Mais ces derniers semblent cacher un lourd secret.

Merci aux éditions Scrinéo et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis : 

Suite et fin d’une saga en deux tomes, ce qui est suffisamment rare pour être signalé. Nous avons quitté Rowena, OEil-de-Pirate, Eugène et Monsieur Gratouille en mauvaise posture, ils ne sont pas vraiment en bonne posture à l’ouverture de ce second tome qui se situe sur le Pink Lady, navire volant de son état. Cependant, l’on ne change pas une équipe qui se serre les coudes, qui se monte inventive, et chacun d’entre eux va œuvrer pour le salut de tous. Ils vont aller de surprise en surprise, surtout Rowena, qui découvre des univers, oui, j’ai bien dit « des », bien éloignés de ceux où elle a vécu jusqu’à présent. Eugène a franchi un point de non retour, mais il n’a plus rien à perdre, si ce n’est la vie – et si l’on estime avoir déjà tout perdu, l’on peut donc tout tenter.

En effet, il est intéressant de se demander quels sont les objectifs des personnages, et de ce roman. Vivre, survivre, exceller dans le bricolage – ou faire en sorte que les choses changent ?Une autre vie est possible, il faut non pas trouver l’impulsion pour que les choses changent, il faut poursuivre dans cette voie, faire en sorte que ce coup d’essai n’en reste pas un, mobiliser le plus de personnes possibles, et combattre les préjugés. La société d’Arkantras est cruellement clivée, et ceux d’en haut  craignent ceux d’en-bas, à grand coups de discours anxiogènes de leurs dirigeants et de leur police, à qui ils font une confiance aveugle. Tout ressemblance avec ce qui se passe dans nos sociétés n’est sans doute pas fortuite. Pardon ? Nous ne sommes pas comme ça ? Pourtant, certains entretiennent la peur de ceux qui viennent d’ailleurs, et y réussissent très bien.

Il ne faut pas oublier non plus qu’Arkantras est un monde hautement pollué, détruit, où rien de végétal ne subsiste, et où l’on peut même se demander comment la vie est encore possible. Les réflexions écologiques contenues dans le roman nous invitent nous même à réfléchir à notre monde actuel et à ce que nous sommes prêts à faire (ou pas) pour empêcher les choses de se détériorer.

A parler ainsi, j’ai l’impression de ne m’intéresser qu’à la tonalité sombre, tragique du roman. Et pourtant, l’espoir est là. L’amour aussi, mais pas du tout de manière conventionnelle. L’amour peut prendre plusieurs formes, plusieurs expressions, l’amour se prouve de bien des manières, et pas toujours de celles à laquelle l’on pense communément.

 

Les folles enquêtes de Magritte et Georgette, tome 4 : Liège en eaux troubles de Nadine Monfils

Présentation de l’éditeur :

Le quatrième tome d’une série de cosy crime totalement déjantée !
Une enquête du peintre René Magritte et de sa femme Georgette au cœur du monde de la nuit, de la magie et des cabarets.
Bienvenue dans la ville la plus déjantée de Belgique !
De passage à Liège pour une exposition de ses peintures, René Magritte se promène sur les quais avec son épouse Georgette et leur chienne Loulou. Soudain, ils reconnaissent un célèbre chanteur des rues, dans son habit de scène constellé de fleurs en plastique. L’artiste est en train de pêcher. Attention, ça mord ! Mais voilà que sort de l’eau un pied de fillette dans un soulier doré ! Fini, les flâneries, René et Georgette partent percer ce mystère dans la Cité Ardente du grand Simenon.

Mon avis : 

Il est des gens qui n’ont vraiment pas de chance. Prenez ce pécheur innocent, chanteur des rues de son métier, qui est en train de pécher. Il ne pensait pas qu’au bout de son hameçon, ce serait un pied humain qu’il trouverait, avec comme témoin, René et Georgette Magritte. A qui appartient ce pied ? Où est le reste du corps ?

Ce fut pour moi une enquête presque en demi-teinte, alors qu’elle se déroule dans le milieu, flamboyant du cirque. Et quel cirque ! Tous les artistes présentés sortent de la norme – mais ne faut-il pas être hors-norme pour être un artiste ? Si je dis « demi-teinte », c’est parce que la mélancolie nimbe ce récit. Je glisse vers la fin, mais nous comprendrons les motivations du ou des coupables, et je rappelle que comprendre le cheminement de quelqu’un(e) ne signifie pas le justifier.

Cette enquête, nous la suivons aussi sur les traces de Simenon, qui semble avoir inspiré le ou les meurtriers. Un fan ? Peut-être. marcher dans les pas de cet auteur que j’apprécie ne peut qu’être agréable. En fait, vous l’aurez compris, ce n’est pas tant l’enquête qui compte que l’atmosphère qui se dégage de ce roman. La résolution vient presque naturellement, sans qu’il soit besoin de grandes démonstrations policières ou d’étalages de preuves scientifiques pour y parvenir – parce que ce n’est pas le but de l’autrice non plus. Profiter de la vie, des gens qui nous aiment, et les aimer en retour est nettement plus important – et assez éloigné, finalement, des romans policiers.

 

16e livre lu – Belgique – Liège.

Les folles enquêtes de Magritte et Georgette, tome 2 : À Knokke-le-Zoute ! de Nadine Monfils

édition Robert Laffont – 288 pages

Présentation de l’éditeur :

Avec la mer du Nord pour dernier terrain vague…
Enfin les vacances, direction Knokke-le-Zoute ! Le peintre Magritte et sa femme Georgette se préparent à savourer les plaisirs de la côte belge : promenades en cuistax, croquettes de crevettes et moules-frites. Mais avant ça, ils profitent de la plage, bien installés dans leur transat. Un peu plus loin, les aboiements de leur chienne Loulou sonnent la fin du farniente. En grattant dans le sable, elle a déterré une main. Une aubaine pour René et Georgette qui vont se livrer à leur plaisir secret : traquer le meurtrier.

Mon avis :

Je ne le redirai jamais assez, et je pense que je le dirai encore quand je lirai d’autres romans : il ne faut jamais partir en vacances quand on est un détective privé. Certes, René Magritte n’a qu’une enquête à son actif, mais quelle enquête ! Là, ils sont à peine arrivée à Knokke-le-Zoute qu’ils vont sur la plage – ce qui est logique quand on part en vacances au bord de la mer. Hélas, trois fois hélas, leur loulou de Poméranie est de la partie aussi, et, en creusant, elle déterre une main, au bout duquel se trouve un corps entier. Il n’est pas venu là tout seul ! Ce n’est pas que les vacances soient finis, non, c’est que René et Georgette vont enquêter, d’autant plus que cet homme, ils le connaissent, ils lui ont parlé la veille.

Enquêter et profiter de leurs vacances, tout de même. Enfin, jusqu’à ce que Carmen arrive – Carmen, leur femme de ménage, qui entretient avec soin la souplesse de leur canapé en y passant un temps fou, tout en vérifiant que leur télévision fonctionne bien également. Enquêter est aussi un moyen de la croiser le moins possible, pour René du moins, parce que Georgette apprécie les potins que lui raconte Carmen fidèlement.

Enquêter et rencontrer d’autres personnes aussi, qui se questionnent un peu moins que René et Georgette Magritte. Oui, une proche disparaît et il suffit parfois de pas grand chose pour rassurer – non, pas voir cette personne, mais avoir l’assurance par une autre qu’elle va bien, qu’elle a simplement oublié de prévenir. Rencontrer des couples qui semblent bien s’entendre, et ne font pas forcément l’effort de maintenir les apparences très longtemps. Croiser aussi des personnes que l’on ne voit pas, auxquelles on ne fait pas attention.

Le roman nous en apprend également beaucoup sur René Magritte, les anecdotes parsèment le roman sans l’alourdir. La série est toujours aussi sympathique, et j’espère qu’après le tome 4 (la série en est là), d’autres tomes suivront.

Les folles enquêtes de Magritte et Georgette, tome 1 : Nom d’une pipe ! de Nadine Monfils

Présentation de l’éditeur :

La nouvelle pépite du cosy mystery dénichée par La Bête noire : Les Folles enquêtes de Magritte et Georgette. Une série d’enquêtes inédites menées par le peintre René Magritte et sa femme, Georgette.
C’était au temps où Bruxelles bruxellait…
À l’arrêt du tram, le célèbre peintre René Magritte, chapeau boule, costume sombre et pipe au bec, a une vision étrange : une jeune femme en robe fleurie, debout à côté de son corps ! Il en parle à Georgette, son épouse, et immortalise la scène dans un tableau. Quelques jours plus tard, cette femme est retrouvée assassinée, avec une lettre d’amour parfumée dans son sac et un bouquet de lilas sous sa robe.

Mon avis : 

Lire un roman de Nadine Monfils est toujours un plaisir pour moi. Certes, les circonstances ont fait que j’ai commencé par lire le tome 3, mais désormais, je tente de lire les autres tomes dans l’ordre, en dépit de soucis félins qui n’arrêtent pas (j’ai beau regardé le calendrier, cela va faire bientôt deux mois que deux des chatons, les deux plus faibles, enchaînent les traitements divers et variés. Et ce matin, d’autres chatons, parce que oui, j’en ai d’autres, nous ont fait une grosse frayeur. Bref, je fatigue). Nous rencontrons le peintre René Magritte, sa femme Georgette (prénoms faciles à retenir pour moi, ce sont ceux de mes grands-parents maternels), leur loulou de Pomeranie et Carmen, leur inénarrable bonne, qui passe plus de temps à raconter des potins, à regarder la télévision qu’à faire le ménage.

René a une vision : une jeune femme, portant une robe à fleurs, et à côté d’elle, son corps. En conséquence, il peint cette vision et explique à Georgette, sa femme, ce qu’il a vu. Un peintre, comme tout artiste, a sa vision du monde, qu’il exprime. Seulement, quelle n’est pas sa stupéfaction quand, quelques jours plus tard, cette jeune femme est assassinée. Pourquoi ? René est peintre, mais là, il va s’improviser, avec Georgette et leur loulou, détective. Pas de rémunération, pas envie de gloire, non, simplement savoir, comprendre sa vision. Il a de la chance : il a un ami dans la police. Ce dont il ne se doutait pas, c’est qu’un second crime allait être commis : comme Madeleine, la première victime, Rosa avait reçu une lettre d’un amoureux anonyme, amoureux dont elles avaient toutes les deux accepter un rendez-vous, rendez-vous qui leur sera fatal. Non, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, ni écrire ce que Nadine Monfils n’a pas écrit : elles n’ont pas eu tort, elles vivaient leur vie comme elles l’entendaient, et elle n’était pas forcément drôle, leur vie. Madeleine s’ennuyait auprès d’un terne mari. Rosa avait des rêves, elle s’ennuyait elle aussi auprès de sa soeur, veuve, chez qui elle vivait faute de moyens, cependant, si vous lisez ce roman, vous comprendrez pour quelles raisons je n’ai pas beaucoup de sympathie pour elle.

René et Georgette enquêtent, mais ils vivent aussi, et j’ai envie de dire « heureusement ». Nous découvrons, en les suivant, leur vie quotidienne, le travail de René, son humour et sa pudeur. Nous repartons aussi un peu en arrière, pour découvrir Mathilde, une jeune femme qui travaille chez un antiquaire, qui adore les chansons de Brel et le travail de Magritte. Ils se rencontrent et, ma foi, sympathisent, parce que Mathilde est capable d’être émue par une oeuvre, par une chanson, les objets n’ont guère d’importance pour elle, sauf s’ils provoquent des émotions.

Au fur et à mesure du récit, René et Georgette relèvent des indices, interrogent des personnes qui n’avaient pas forcément envie de tout dire aux policiers, trouvent une piste qui n’était pas celle de la police, s’inquiètent aussi, parce que d’autres crimes sont toujours possibles. Et, comme second fil conducteur, les chansons de Brel.

Une série à découvrir, si vous ne la connaissez pas déjà.

 

Divine de Françoise Mallet-Joris

Mon avis (attention, il est long et bourré de digressions).

Divine est un roman dont j’avais entendu parler à sa parution au tout début des années 90. A l’époque, Françoise Mallet-Joris était une autrice connue, connue notamment pour son « amitié » avec Marie-Paule Belle. Je mets des guillemets parce que je cite ce que les journaux disaient à l’époque Maintenant, l’on sait très bien qu’il ne s’agit pas que d’une amitié. La parution de Divine avait été saluée, y compris dans des journaux plus populaires, avec le résumé suivant : Divine est grosse, son poids ne lui pose pas de problèmes, jusqu’au jour où l’ascenseur de son immeuble tombe en panne et où elle doit descendre les trente et un étage à pied. Elle n’y parvient pas. Elle décide alors de se mettre au régime. Le regard des autres change alors. Je précise qu’il s’agit du résumé de l’époque, non du mien (oui, j’ai une bonne mémoire). Je me souviens aussi qu’au début des années 90 de nombreuses nouvelles à l’eau de rose sortaient et que l’on voyait ainsi une jeune femme forte se mettre au régime, devenir belle et trouver l’amour, que les magasines féminins disaient qu’être un peu ronde, un peu potelée, ce n’était pas grave, mais attention !!! il fallait quand même faire un régime et mettre des crèmes amincissantes, parce que, parce que, il ne fallait pas avoir trop de rondeurs tout de même ! C’était aussi l’époque où « l’affaire du voile » avait lieu, où certaines lois n’avaient pas été votées, où le système scolaire était différent – du moins, vu comme je le vois en lisant ce roman, moi qui enseigne depuis plus de vingt ans.

Je tiens à le préciser, je n’ai pas aimé ce livre, j’ai souvent bondi en le lisant. Ce qui m’a fait bondir en premier ? Les viols que subit Divine. Quelqu’un la retrouve régulièrement dans son appartement, la viole (je n’ai pas d’autres mots) et elle ne réagit pas. Il ne s’agit pas de la sidération, non, mécanisme de défense normal. Elle s’enchante de ce qu’elle a vécu, elle attend le retour de son agresseur – et il revient à plusieurs reprises. Vous qui passez sur mon blog, ne venez pas me dire que je ne comprends rien (j’y ai déjà eu le droit une fois). Ne me faites pas croire qu’une victime de viol puisse parler de « violence délectable » et apprécie ainsi d’être violée, chez elle, avec régularité. Je ne comprends pas que personne n’ait bondi, à l’époque.

De sexualité, de mariage, d’enfants, il sera question dans ce livre. Je poursuis avec les faits qui m’ont choqué. Sélim, le concierge du lycée, bat sa seconde fille. Attention ! Il la bat discrètement, pour que cela ne se voit pas trop, et si d’aventures, en serrant trop fort, il devait casser le bras de Jacqueline, sa seconde fille … on ne sait pas trop ce qui se passerait. Jacqueline se confie à Jeanne, son enseignante, qui estime (à juste titre) avoir merdé avec Geneviève, sa soeur aînée. Geneviève est obèse, comme Divine. Contrairement à Divine, Geneviève porte de jolies djellabas. Geneviève est croyante, et se voile. Geneviève, qui veut désormais être appelé Fatima, ne veut pas faire d’études, contrairement à Divine, elle veut se marier et avoir des enfants, et pense, toujours contrairement à Divine, qu’elle y arrivera – son poids n’y changera rien. Bon. Vous voulez une bonne dose de clichés racistes ? Regardez la manière dont est dépeinte la famille de Sélim, regardez surtout la manière dont Jeanne les voit, elles, les jeunes filles. Parce que, figurez-vous qu’il y aurait un pays où les femmes sont « énormes, indolentes ». Pardon ? J’ai bien lu ? Ah oui, j’ai bien lu. J’en reviens à Jacqueline, battue, qui continue malgré tout à tenir tête, avec les moyens du bord, à son père. Et Jeanne ? Je cite : « Jeanne se demande si, malgré sa brutalité, ce n’est pas Sélim qu’elle plaint le plus ». Variante, par un professeur anonyme, membre du choeur antique qui saluera le départ en ambulance de Jacqueline : « Un père a bien le droit …. » Père qui se justifiera en disant qu’il a agi ainsi « pour la France ».

Pourrai-je être amie avec Jeanne ? Non. Mais je ne pourrai pas être amie avec ses amies non plus. Je ne sais pas d’ailleurs sur quelles bases repose leur amitié. Pour Evelyne, je dirai que c’est la durée : elles se connaissent depuis qu’elles ont douze ans. Evelyne est croyante, elle s’est mariée trois fois (passons…. je ne connais pas de catholique pratiquante qui l’ait fait) et aime avoir des relations sexuelles avec son troisième mari. Et tant pis s’il refuse d’offrir un cadeau de Noël aux jumelles. De quoi se plaignent-elles ? Elles ont eu des cours particuliers de maths. Pour moi, je vois de la maltraitance, et quand cela commence comme cela, quand on reproche à des enfants qui ne sont pas les siens ce qu’ils vous coûtent, cela peut mal se terminer dans la vraie vie. Ah mais oui, nous sommes à l’orée des années 90 et je ne suis pas sûre que cela soit perçu à l’époque comme tel. Bon, Evelyne essaie parfois de se gendarmer, mais elle n’y parvient pas – elle ne veut pas se priver de sexe ! Même si nous ne la voyons qu’à travers les yeux de Jeanne, qui la méprise parfois, l’on entend ses paroles, et on la voit mal se mettre en colère, mettre les points sur les i à quelqu’un, y compris à Jeanne. Quant à sa seconde amie, Manon, très proche de la mère de Jeanne dont elle partage les préoccupations, elle me fait penser aux clichés des femmes accaparés uniquement par leur apparence physique, ne sachant pas trop avec quel homme vivre – mais il faut qu’il ait de l’argent. Elle n’a pas besoin non plus de se marier pour désirer avoir un enfant, au grand étonnement de Jeanne – c’est là que l’on se rend bien compte que ce roman a trente ans. Parce que le rapport à la maternité tel qu’il est décrit dans ce récit date d’un autre temps. Ludivine, la grand-mère, a été fille-mère, et c’est pour cette raison qu’elle est partie à Paris – pour cacher son « banal secret ». Elle n’a jamais connu d’autres hommes et en veut à sa fille, Gisèle « mère célibataire » (« les temps ayant changé ») de se marier après avoir été abandonnée. Oui, pour Ludivine, la grand-mère, il fallait rester seule, dans le souvenir de Jean, le père de Jeanne. Ne dit-elle pas à sa petite-fille : « ça ne se fait pas ce qu’elle a fait. Et le souvenir, alors ? On aime une fois, et c’est tout ! » C’est avec « mépris » qu’elle parle de sa fille et ce qu’elle distille n’est pas bon, à mes yeux, pour la construction de cette enfant qui s’appelle encore Ludivine, comme sa grand-mère, et qui choisira de porter son autre prénom à la mort de sa grand-mère.

Je me suis beaucoup écartée de ce que j’aurai dû voir comme le sujet principal du livre, à savoir le rapport au corps, ce corps que Jeanne remplit consciencieusement en mangeant, ce poisson qu’on lui a apporté et qu’elle jette, parce que pour elle, ce n’est pas de la nourriture, ce corps qu’elle n’a jamais entravé, choisissant toujours de porter des vêtements amples et confortables, cette santé insolente qui fait qu’elle n’est jamais malade, qu’elle fume sans aucun problème, se moquant bien d’enfumer les autres – la loi Evin sera voter trois ans plus tard – ce corps qu’elle redécouvre, comme elle s’interroge sur la manière dont les autres la voient, tolèrent aussi des traits de son caractère qu’ils n’auraient peut-être pas supportés si elle avait eu un physique dans la norme. Je suis passée à côté de cette thématique, qui m’a semblé enfoui sous tout le reste, notant bien au passage le paternalisme du médecin scolaire que Jeanne consulte, qui vaut bien celui de sa femme, pour qui rien ne vaut un bon généraliste qui connait bien ses patients, les psychiatres et les diététiciens ne servant à rien, selon elle.

Et j’en viens au système scolaire. Déjà, ils ont un médecin à demeure, ce que je n’ai jamais vu dans aucun des établissements où j’ai enseigné. Ah mais oui, pardon, nous sommes dans un établissement privé. Jeanne est rarement à l’heure, et ses cours débordent… Nous sommes dans le privé, c’est vrai, je l’avais oublié. Ses charmants collègues, sa directrice passent leur temps à la critique – derrière son dos, forcément. Déjà, une chef d’établissement qui passe autant de temps avec ses professeurs, c’est de l’inédit ! J’ajoute qu’un collègue peut démissionner sans problème, ce qui n’est vraiment pas le cas de nos jours.

Malgré tout, je l’inscris au  #Challenge Juillet Sororité parce qu’il parle du corps des femmes, du corps des femmes qui doit être désirable pour les hommes, et dans la norme, toujours celles des hommes, pour les femmes. Je terminerai par cette citation : « Comment se résigne-t-on à peser un « poids normal » ? Un peu plus, c’est trop. Un peu moins, c’est inquiétant. La marge est bien étroite. Il faut vivre là-dedans…. »

De rouages et de sang, tome 1 : Les disparus d’Arkantras

Présentation de l’éditeur :

Plongez dans les bas-fonds d’Arkantras, où le danger se cache à chaque coin de rue…
Depuis quelque temps, une menace plane sur les bas quartiers d’Arkantras… Le bruit court qu’une créature avide de chair humaine enlèverait les enfants à la nuit tombée pour les dévorer. Que diable, Rowena, jeune orpheline passionnée de mécanique, se moque bien de ces histoires à dormir debout ! Jusqu’au jour où son ami, Œil-de-Pirate, disparaît lui aussi dans d’étranges circonstances… Résolus à le retrouver, Rowena et son fidèle chat à la patte mécanique, Monsieur Gratouille, s’enfoncent dans les profondeurs d’Arkantras. De son côté, Eugène Bassompière, un journaliste issu de la bonne société, se voit chargé d’enquêter sur ces disparitions. Sur les traces du monstre, les destins d’Eugène et Rowena vont s’entremêler. Que se passe-t-il réellement dans la ville ? Et si la vérité s’avérait pire que tout ce qu’ils pouvaient imaginer ?
​Plongez dans les bas-fonds d’Arkantras, où le danger se cache à chaque coin de rue…

Mon avis :

Merci aux éditions Scrineo et à Netgalley pour ce partenariat.

J’espère que ce livre est le dernier qui appartient à la série « je l’ai lu, mais à une époque où j’avais du mal à rédiger mes chroniques ». Ce serait bien !

Rowena et Eugène sont deux personnages que rien ne destinait à se rencontrer, et que le destin va réunir. Rowena est orpheline, et elle a bien l’intention de ne pas se retrouver enfermer à nouveau dans un orphelinat. Son compagnon, c’est monsieur Gratouille, ex-chaton orphelin qu’elle a sauvé et à qui elle a confectionné une patte mécanique. Elle vit de débrouilles, rémunère ceux qui l’aident à dissimuler ses activités – dans les bas-fonds de la société, la police n’est pas là pour aider les indigents. Eugène Bassompière, lui, vient plutôt de haut, de très haut. Il a voulu dénoncer ce qui se passait dans la bonne société, et il est redescendu assez bas. Il n’a en tout cas plus qu’un ami, qui lui vient en aide de temps en temps. Il lui faut se refaire, prouver qu’il est un journaliste digne de ce nom. Pour cela, il doit enquêter sur une affaire de disparitions qui a lieu dans les bas-fonds, affaire qui concerne les amis de Rowena : plusieurs enfants ou de tout jeunes adolescents ne sont pas rentrés chez eux après une journée de travail.

Voir la police ne rien faire peut sembler étonnant, l’on peut se dire : « nous sommes dans un univers steampunk ». Et pourtant… je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec des affaires bien réelles, dans lesquelles la police ne s’est absolument pas donné la peine de lever le petit doigt (voir Les oiseaux chanteurs de Christy Lefteri pas si loin de nous dans le temps et dans l’espace). Il est aussi question d’un monstre qui enlèverait ses enfants. Mais qu’est-ce qu’un monstre, exactement ? Un être fantastique et terrible ? Un être dont l’apparence et/ou le comportement l’écarte des normes de la société ? Pour l’apparence, cela fait des années que je me tue à répéter qu’il ne faut surtout pas se fier à elle, qu’il faut toujours aller au-delà. Pour le comportement, malheureusement, l’on n’est jamais déçu, même si l’apparence de celui ou celle qui se comporte monstrueusement peut être tout à fait ordinaire, insoupçonnable. J’ai vraiment été bluffée par certaines péripéties, que je n’ai absolument pas vu venir. Le courage de Rowena, l’honnêteté d’Eugène sont des qualités rares que peu sont en mesure d’apprécier dans ce récit. Il faut dire que nous trouverons des personnes tellement retorses que l’on peut bien se demander comment l’on peut en venir à raisonner ainsi.

Le tome 2 devrait paraître en août, je ne manquerai pas de le lire.

 

 

Les folles enquêtes de Magritte et Georgette, tome 3 : Les fantômes de Bruges de Nadine Monfils

Présentation de l’éditeur :

Le peintre Magritte et sa femme Georgette sont réveillés à la tombée de la nuit par Carmen, la femme de ménage. Elle est dans tous ses états. Pensez donc ! La pauvre, qui travaille aussi pour le comte Rodenbach, est tombée sur son cadavre en prenant son service. Mais, quand le trio déboule chez lui, le corps a disparu !
Leur enquête va les mener à Bruges, la « Venise du Nord », d’une étrange beauté avec ses canaux sur lesquels glissent de silencieux fantômes…

Mon avis :

Livre que j’ai commencé à lire dans des circonstances particulières. L’un de mes chats, Galopin, était en train de se faire détartrer les dents et j’avais choisi d’attendre en me promenant plutôt que de rentrer chez moi. Marcher, c’est bien, mais cela n’a qu’un temps, c’est pour cette raison que je suis allée à l’une de mes librairies préférées, que j’ai acheté ce livre et que j’ai commencé à le lire.

C’est un livre policier agréable à lire parce qu’il n’est pas qu’un roman policier. Magritte et sa femme Georgette enquêtent, oui, mais j’ai presque envie de dire qu’il fallait bien que quelqu’un le fasse puisque la police ne le fait pas. Il faut dire qu’il est dur d’enquêter sur un meurtre quand le corps a disparu, et que le propriétaire de ce sus-dit corps est peut-être tout simplement en train de se promener quelque part. De fil en aiguille, ou plutôt de tableau en tableau, René et Georgette (les prénoms de mes grands-parents) se retrouvent à Bruges avec Loulou (scoop : ma grand-mère aussi a eu une loulou de Poméranie) et essaient de retrouver la trace de ce disparu – à savoir si c’est à titre provisoire ou définitif. S’ils pouvaient également découvrir ce qu’il est advenu d’une toile de Magritte, une commande, qui a changé de propriétaire plus vite que prévu, ce serait bien aussi.

Bruges et son béguinage. Bruges et ses bourgeois confis dans leurs haines, dans leur soucis des apparences, qu’ils ne parviennent parfois même pas à maintenir. Le seul amour qui existe est celui qu’ils éprouvent pour l’argent, qu’ils le gardent ou qu’ils le fructifient. Oui, parfois, il leur permet d’assouvir leurs passions égoïstes – mais pas plus. Le tableau serait totalement déprimante si les artistes n’étaient pas là, déambulant dans les brumes de la ville, découvrant tout ce qu’elle peut avoir de poétique, croisant d’autres artistes, tout aussi passionnés qu’eux. Il vaut mieux, tant certains ne semblent pas capables de se débarrasser du fardeau qui pèse sur leurs épaules.

Je terminerai par deux citations :

René pensait que chacun d’entre nous a un grenier imaginaire dans lequel il enferme ce qu’il est. Pour lui, peindre était sans doute ouvrir cette porte afin de laisser s’échapper ses images.

– Songe et mensonge, c’est presque pareil. Et le mensonge peut contenir notre vraie vérité, conclut Magritte.

Oscar et la dame Rose d’Eric Emmanuel Schmitt

Présentation de l’éditeur :

Voici les lettres adressées à Dieu par un enfant de dix ans. Elles ont été retrouvées par Mamie Rose, la « dame rose » qui vient lui rendre visite à l’hôpital pour enfants. Elles décrivent douze jours de la vie d’Oscar, douze jours cocasses et poétiques, douze jours pleins de personnages drôles et émouvants. Ces douze jours seront peut-être les douze derniers. Mais, grâce à Mamie Rose qui noue avec Oscar un très fort lien d’amour, ces douze jours deviendront légende

Oscar a dix ans et il vit à l’hôpital. Même si personne n’ose le lui dire, il sait qu’il va mourir. La dame rose, qui le visite et « qui croit au ciel », lui propose, pour qu’il se sente moins seul, d’écrire à Dieu.

Mon avis :

J’ai refermé ce livre, émue. Emue par les personnages d’Oscar et de Mamie Rose.
Oscar sait que le traitement de la dernière chance a échoué, il sait qu’il ne lui reste que quelques jours à vivre.
Ses parents sont dévastés et ne savent pas comment faire, comment lui dire, comment vivre ses derniers jours.
Reste Mamie Rose, une de ses dames en rose qui, dans les hôpitaux, passent du temps avec les enfants malades et leur changent les idées. C’est elle qui lui conseille d’écrire à Dieu, c’est elle qui aussi, qui le fait rire avec ses histoires de catcheuse.
Douze jours pour un adieu au monde.
Douze jours pour vivre une vie.
Une oeuvre courte mais intense.

 

Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran

édition Albin Michel – 85 pages.

Présentation de l’éditeur :

Paris. Rue bleue. Dans les années 60. Moïse, onze ans, mal aimé, supporte comme il le peut de vivre seul avec son père. Monsieur Ibrahim, le vieux sage, tient l’épicerie arabe et contemple le monde de son tabouret. Un jour, le regard de monsieur Ibrahim rencontre celui de Momo et, de conversation en conversation, la vie devient plus souriante, les choses ordinaires extraordinaires…

Mon avis :

C’est une histoire simple, finalement. L’amitié entre un jeune adolescent qui veut être un homme et un vieil homme à la fin de sa vie. Momo, diminutif de Moïse, a été abandonné par sa mère, très jeune, tellement jeune qu’il n’a aucun souvenir d’elle ni de son frère aîné, POpol, à qui son père le compare sans arrêt. Popol était nécessairement « mieux », il aurait tout fait mieux que son frère. Monsieur Ibrahim, c’est l’arabe du coin, et si vous ne savez pas ce que c’est, en voici la définition : « Arabe, Momo, ça veut dire « ouvert de 8h du matin jusqu’à minuit et même le dimanche » dans l’épicerie.  » Il est originaire du croissant d’or. Il va apporter à ce jeune garçon tout ce que celui-ci n’a pas chez lui, dans son logement, sinistre, avec un père qui ne fait pas vraiment attention à lui, un père qui ne supporte pas vraiment de vivre. Qui ne supporte plus de vivre.

Oui, nous sommes dans les années 60, dans la rue Bleue, qui n’est pas réellement Paris, non, c’est simplement « la rue bleue ». Nous croisons Brigitte Bardot, au détour d’un tournage, star absolue, à laquelle toutes les prostituées du quartier souhaitent ressembler.

Conte ? Fable ? Peut-être un peu des deux. Oui, le récit aurait pu sombrer dans le misérabilisme, et peut-être certains se diront que c’est atroce qui est arrivé à Momo, à son père, à ses grands-parents bien des années plus tôt. Ce n’est pas le cas, parce que Momo a trouvé quelqu’un qui lui a permis de s’ouvrir aux autres, de découvrir la vie. Et c’est plutôt pas mal.

La dame d’Argile de Christiana Moreau

Présentation de l’éditeur :

Sabrina est restauratrice au musée des Beaux-Arts de Bruxelles. Elle vient de perdre sa grand-mère, Angela, et a découvert, dans la maison de celle-ci, une magnifique sculpture en argile représentant un buste féminin, signée de la main de Costanza Marsiato. Le modèle n’est autre que Simonetta Vespucci, qui a illuminé le quattrocento italien de sa grande beauté et inspiré les artistes les plus renommés de son temps.
Qui était cette mystérieuse Costanza, sculptrice méconnue ? Comment Angela, Italienne d’origine modeste contrainte d’émigrer en Belgique après la Seconde Guerre mondiale, a-t-elle pu se retrouver en possession d’une telle œuvre ? Sabrina décide de partir à Florence pour en savoir plus. Une quête des origines sur la terre de ses ancêtres qui l’appelle plus fortement que jamais…
Dans ce roman d’une grande sensibilité, le fabuleux talent de conteuse de Christiana Moreau fait s’entremêler avec habileté les voix, les époques et les lieux, et donne à ces quatre destins de femmes un éclat flamboyant.

Mon avis :

Parfois, il faut dire « stop ». Ne plus me creuser la tête pour chercher des raisons pour aimer un roman que tout le monde a apprécié (voir les avis sur Babelio) alors que ce n’est pas mon cas.
C’est un partenariat. C’est un livre d’une autrice dont j’ai apprécié les deux précédents romans, le premier fut même un coup de coeur. Pourtant, j’ai failli ne pas poursuivre ma lecture après le premier chapitre. La cause ? Le personnage principal de la première partie. Je n’ai ressenti aucune affinité avec elle, elle qui appelle son ex et, quand il sonne à la porte, passe un temps fou à se regarder dans la glace (ce qui nous vaut une description de son personnage) puis à se maquiller. J’ai eu l’impression, en lisant son portrait, en lisant tous ses préparatifs, ses états d’âme, de perdre du temps au lieu de me plonger dans le récit. Oui, l’histoire d’amour de Sabrina, son histoire, ne m’aura que peu intéressée. Ce n’est pas parce que je suis une femme que j’apprécie l’auto-apitoiement, ou les virées en décapotable à Florence. Sabrina enquête et fait du tourisme (oui, j’exagère un peu), et j’ai parfois eu l’impression que sa quête passait au second plan (et je ne suis pas du tout fan de Stendhal).
Et quelle est sa quête ? Identifier l’artiste qui a sculpté un buste en possession de sa grand-mère. Artiste est un mot pratique, il n’indique pas que c’est une femme qui a sculpté ce buste. Or, à l’époque où le buste a été crée, il était impossible pour une femme d’être sculptrice. Qui était donc cette femme qui a signé son oeuvre de son nom ? Pour le modèle, par contre, c’est un peu plus simple. Simonetta Vespucci a inspiré Boticelli. Simonetta comme Costanza auront droit à des chapitres qui respecteront leur point de vue et nous ferons découvrir leur vie, .
Il reste Angela, la grand-mère de Sabrina. Il ne lui reste finalement pas beaucoup de place dans ce roman, alors que j’aurai vraiment aimé qu’il en soit autrement. Elle fait partie de ses femmes dont on ne parle pas, ces femmes qui ont rejoint leurs maris, italiens, partis travailler en Belgique après la seconde guerre mondiale. Une femme suit son mari, personne ou presque n’y trouve rien à redire. Et elle, qu’en pense-t-elle, comment vit-elle ce déracinement, le fait d’élever son enfant dans un pays qui n’est pas le sien ? On n’en parle pas, ou peu. J’aurai aimé qu’un roman entier soit consacré à ses femmes qui sont restées dans l’ombre de l’Histoire et de leur histoire.
En lisant (laborieusement) ce roman polyphonique, je me suis dit que ce n’était pas forcément une bonne idée de multiplier ainsi les époques, les points de vue. Le récit n’a pas pris avec moi. Tant pis. Ce sera pour une autre fois.
Merci aux éditions Préludes et à netgalley pour ce partenariat.