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L’avocat, le nain et la princesse masquée de Paul Colize

Présentation de l’éditeur :

Hugues Tonnon est un avocat respecté du Barreau bruxellois, spécialisé dans les divorces, les séparations douloureuses et les couples qui s’entretuent. C’est donc naturellement à lui que s’adresse Nolwenn Blackwell, le flamboyant top model belge qui a jeté son dévolu sur Amaury Lapierre, un capitaine d’entreprise de trente ans son aîné qui lui arrive au menton. Alors qu’un fastueux mariage se profilait, le riche héritier a été paparazzé dans les bras d’une strip-teaseuse, au bord de la piscine d’une villa tropézienne. Hugues Tonnon s’engage à défendre le célèbre mannequin, dîne en sa compagnie et la raccompagne chez elle pour sceller leur accord. Au petit matin, il se réveille chez lui, la police à sa porte. Nolwenn Blackwell a été assassinée, il est le dernier à l’avoir vu vivante et ne se souvient de rien.

Mon avis  :

Hugues Tonnon est un excellent avocat. Certes, il n’a pas réussi dans le pénal, mais dans le divorce, et il excelle dans ce domaine. Pour lui, la première cause de divorce, c’est le mariage, aussi ne s’est-il jamais marié – il voit les conséquences chaque jour dans son cabinet – a une compagne et prend le goûter tous les dimanches chez ses parents. Il n’a même pas un poisson rouge, mais une fourmilière dans le jardin. Bref, il est l’image même de la réussite.

Nolwenn Blackwell aussi, dans le domaine du mannequinat. Problème (mince) : elle n’était pas encore mariée quand son fiancé a été surpris en fâcheuse position. Elle entend bien obtenir le maximum (voire beaucoup plus) grâce à Hugues Tonnon, qui, après avoir pesé le pour et le contre, accepte de prendre le dossier en charge : il n’est pas contre les défis ! Problème : il prend une première mauvaise décision. Second problème : Nolwenn Blackwell a été assassinée. Troisième problème (cela commence à faire un peu trop) : Hugues Tonnon connaît bien le policier chargé de l’enquête puisqu’il défendait sa femme lors de leur divorce.

S’ensuivent des péripéties dans la lignée des romans policiers les plus traditionnels, si ce n’est que les protagonistes n’ont rien de traditionnels ! Même si la situation est grave, il y a une certaine légèreté, un humour bienvenu qui nous donne envie de tourner les pages et de découvrir par quels moyens notre avocat charmant et organisé parvient (ou non) à se tirer d’affaires. Le coeur de l’enquête est là, pour Hugues : non trouver qui a tué Nolwenn, mais prouver que ce n’est pas lui qui l’a fait, et retourner ainsi à sa petite vie bien tranquille et bien protégée. Alors oui, Hugues prend des risques, mais uniquement parce que cet avocat n’a pas vraiment confiance en la justice, ou plutôt il ne lui laisse pas le temps d’agir. Pessimiste, Hugues ? Oui, et trop protégé pour pouvoir vivre une cavale, subir une traque incessante. Etre avocat spécialisé dans les divorces ne vous y prépare pas efficacement ! Cependant, sa spécialité et la solidité de son compte en banque lui permettent d’utiliser des moyens que d’autres n’auraient pas eu. Chanceux ? Oui, et jusqu’au bout !

L’avocat, le nain et la princesse masquée est un charmant polar humoristique.

Je t’enverrai des fleurs de Damas de Frank Andriat

Présentation de l’éditeur :

S’expatrier et aller se battre pour une cause que l’on croit juste, donner sa vie pour la démocratie et la liberté, c’est bien. Sauf si l’on a quinze ans et qu’on s’est fait « tourner la tête » par des extrémistes qui, au nom de Dieu, envoient des jeunes à la mort. La guerre civile en Syrie a causé des dizaines de milliers de victimes et la communauté internationale n’en fait pas une priorité absolue. Pendant ce temps-là, des innocents meurent et, parmi ceux-ci, des adolescents venus de France et d’ailleurs.
Ce roman à plusieurs voix raconte l’émoi soulevé par le départ de deux élèves sans histoire : la Syrie devient leur enfer, mais, pour ceux qui restent, c’est l’enfer aussi.

 

Mon avis : 

De ce livre, j’aimerai dire un jour qu’il est un document sur une époque révolue. J’aimerai dire aux jeunes lecteurs qui le découvriront dans vingt ans que oui, des jeunes de leur âge partaient en Syrie parce qu’ils croyaient que c’était juste, parce qu’ils s’étaient fait endoctriner, et que certains ne sont pas revenus. Et pour ceux qui ont pu revenir, quelle séquelle allaient-ils en garder ? Comment pourraient-ils se réintégrer dans la société ?

Dans vingt ans, j’aimerai pouvoir leur dire que oui, ce n’était pas si simple. Oui, on pouvait être des parents aimants, aimés, attentifs et ne rien avoir vu venir. On pouvait être le meilleur pote, se connaître depuis la maternelle, et ne rien avoir vu venir. Etre prof, et constater un matin qu’il manque deux élèves, non parce qu’ils ont prolongé leurs vacances mais parce qu’ils sont partis combattre. Et l’on se demande ce que l’on a raté, ce que l’on a foiré. Comment on peut dire que l’on aime quelqu’un et partir – quand même – et lui dire « Je t’enverrai des fleurs de Damas ». Elles seront rouges, et blanches. Ses couleurs m’ont rappelé celle de la croix rouge, de manière incongrue.

Ce livre raconte l’enfer de ce qui sont restés, de ceux qui ont dû survivre en sachant leur fils, leur ami, leur amoureux, leur élève, là-bas. Il mêle les points de vue des ados, des adultes, ceux qui doivent vivre sans et avec, constamment.

Et puis je leur donnerai le livre à lire.

Un sale livre de Frank Andriat

Présentation de l’éditeur :

Une prof de français propose à ses élèves de lire « Rien, Nadir », un roman qui relate l’itinéraire de Nadir, un jeune réfugié syrien. Le sujet est dur, le ton du récit est réaliste. Le roman provoque le débat. Chaque lecteur reçoit le livre différemment. Justine le trouve trop classe, mais il choque son père. Tristan, grand lecteur, émet des réserves à son propos, mais la belle Amalia l’adore. Pour Philippe, ce roman est un sale livre. Les réfugiés syriens ne sont pas les bienvenus pour tout le monde.
« Rien, Nadir » est un livre dont aucun lecteur ne sort indemne. Il provoque le débat, chacun le reçoit différemment. Jusqu’à ce que son auteure vienne au collège pour témoigner de son terrible parcours. Jusqu’à ce que la fiction rejoigne la réalité.

Mon avis : 

Qu’est-ce qu’un sale livre ? C’est en parlant de ces mots, prononcé au sujet d’un de ses livres, que ce questionnement a jailli, pour l’auteur.
Le « sale livre » dont il est question dans ce roman, c’est Rien, Nadir, un roman qu’une professeur de français propose à ses élèves. Une professeur de français peu ordinaire puisqu’elle ose partager ces coups de coeur avec ses élèves, et elle a bien raison ! Pourtant, le livre n’a rien pour plaire de prime abord à une enseignante : une auteur inconnue, un sujet qui fâche et un style au plus près du réel. Bref, de quoi se fâcher avec pas mal de monde.
Et c’est ce qui se passe ! Ou presque. Si Justine, qui a une situation familiale compliquée, adore, si Amalia est touchée par certaines pages, au point d’oser défier sa propre professeur de français qui ne ferait jamais lire un tel ouvrage, pas assez littéraire à ses yeux, Tristan, futur critique littéraire, analyse le livre posément, manière pour moi de le tenir à distance, et Philippe… Il est sans doute le personnage le plus intéressant, puisque nous savons qu’il a lu et aimé le livre, et attaquera frontalement l’auteure lors de la rencontre finale. Quelle est véritablement la position de Philippe ? Lui seul le sait !
Les parents aussi s’en mêlent, les pères surtout. Celui de Justine, qui passe son temps à rabaisser chaque membre de sa famille, est outré qu’on puisse appeler un chat, un chat. Celui de Nawal ne veut pas que sa fille lise UNE auteur, arabe de surcroît.
Les mots choquent, il est des faits bien plus choquants, que personne ne relève, et qui sont, hélas, le reflet du réel. La violence n’est pas seulement là-bas, en Syrie, elle est tout autour de nous. Comment en est-on arrivé là ? Le livre pose des questions et a le mérite de laisser le lecteur chercher les réponses lui-mêmes. Pas de discours moralisateurs policés, ce n’est pas de mise ici.
Un sale livre a aussi le mérité de nous montrer la réception d’une oeuvre, les débats qu’elle peut susciter. Les mots dérangent, les images dont on est gavé, jeunes ou moins jeunes, moins. Et l’on se prend à rêver, pour tous les Nadir du monde, un dénouement comme nous l’offre ce livre.
S’il croise votre route, n’hésitez pas à le rencontrer !

La pudeur des sentiments de Dalila Heuse

Présentation de l’éditeur :

Louis Hanotte, peintre septuagénaire amnésique depuis plus de quinze ans, reçoit par la poste le roman autobiographique d’une femme dont il n’a jamais entendu parler auparavant. Poussé par la curiosité, il abandonne ses toiles afin de se plonger dans la lecture. Doriane Hector raconte son histoire d’enfant abusée dès l’âge de cinq ans par un père violent et autoritaire, qui fait voler en éclats toute la famille. Profondément troublé, Louis veut à tout prix découvrir le lien qui pourrait l’unir à cette inconnue.

Mon avis :

ce livre ne fut pas facile à lire, de par son sujet.
Quatre voix s’entrecroisent, Léa, Marie, sa mère, Louis et Doriane, l’auteur du texte. Louis est dans la position du lecteur, si ce n’est qu’Hector est le destinataire privilégié du livre, alors qu’un lecteur choisit les livres qu’il lit, il ne s’impose pas à lui.
L’écriture est pudique, l’auteur ne se complet pas dans la répétition d’un même texte, la répétition vient de la fréquence de ce qui s’est produit. Pas de description détaillées et précises, sauf en ce qui concerne le ressenti de la narratrice, et les conséquences dans sa jeunesse.
Ce que je dis ne fera sans doute pas plaisir (et c’est toujours un risque quand on écrit) mais j’ai eu l’impression que ces abus restaient munis avec l’aval de la famille. En cause ? La puissance qui fait que la mère est incapable d’assumer les besoins des enfants qu’elle a choisis de mettre au monde. Cela ne doit pas sortir du cercle de famille non plus, afin que cela ne se sache pas aux yeux du monde, parce que la mère est jugé coupable elle aussi.
Se reconstruire est possible, mais à quel prix ?
Merci aux éditions Mazarine pour ce partenariat.

Madame Edouard de Nadine Monfils

Présentation de l’éditeur :

Une maille à l’endroit… Une maille à l’envers… Depuis qu’il a cessé de fumer, le commissaire Léon s’adonne en cachette au tricot et confectionne des paletots ringards pour son chien Babelutte. Seulement voilà, ces temps-ci, il s’en passe de belles à Montmartre. Entre Irma, le travelo ménagère du Colibri, le curé qui pique dans les magasins et l’autre cinglé qui enterre des jeunes filles mutilées dans les cimetières, la police a du pain sur la planche. De fil en aiguille, le commissaire Léon dénoue les intrigues de cette histoire rocambolesque.

Mon avis :

Ce livre est un roman policier loufoque et sérieux à la fois.

Loufouque, parce qu’il nous présente une galerie de personnages hauts en couleur, qui vivent sous nos yeux, dans leur quartier, non pas les uns à côté des autres mais les uns avec les autres, avec leurs excès et leurs extravagances en tout genre. Les policiers ne sont pas en reste. Actifs, oui, mais avec leurs problèmes familiaux, vestimentaires, et leurs petites manies. Je ne vous parle même pas de Babelutte, chien policier pas très bien foutu mais très gay, du moins, quand son maître lui laisse le temps d’exprimer ses instincts. Un chien qui pense (presque) comme un chien, cela se fête.

Sérieux, parce qu’il nous montre ce que certains ont déjà pu constater dans la vraie vie : on n’a pas attendu la théorie des genres pour voir des pères qui ne rentrent pas dans la norme. On n’a pas attendu pour voir une fille qui ne prend pas les choses au tragique (son père est en vie, il y a plus grave dans la vie, non ?). Sérieux, parce que les cadavres s’accumulent, et que personne ne s’inquiète de la disparition de ces jeunes femmes. Le lecteur en apprendra les raisons au cours de sa lecture, cela ne fait que renforcer davantage le sentiment de solitude que l’on peut éprouver pour certains personnages.

Un roman à conseiller fortement pour ceux qui aiment les romans policiers qui, tout en respectant les codes, ne sont pas à une extravagance prêt !

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13 de Pieter Aspe

Présentation de l’éditeur :

«Consumatum est» : tout est consommé. Deux mots en latin tracés au feutre sur le cadavre d’un homme dans une chambre d’hôtel, une carte de crédit et des cartes de visite au nom de Wim Raes pour seuls indices. Règlement de comptes ? Crime sado-maso ? Vengeance d’une maîtresse éconduite ?

Mon avis :

Je serai assez brève. Même si les romans de Pieter Aspe restent plaisants à lire, celui-ci ne restera pas mon préféré. Ce n’est pas la faute de l’intrigue, qui repose sur des thèmes classiques tout en étant assez alambiquée. Non, c’est plutôt la faute au cadre du récit : Van In prépare son mariage avec Hannelore, et ceux-ci nous rejouent des scènes du dépit amoureux. Hannelore s’énerve pour un rien – comme si elle ne connaissait pas Van In. Lui-même dépasse les bornes encore plus que d’habitude et Hannelore de se demander si oui, vraiment Van In tient à se marier.

Point positif : nous en apprenons un peu plus sur le passé de Van In. Point négatif : il n’en sort pas vraiment grandi. Certes, leur comportement de midinette n’empêche pas Van In et Hannelore d’enquêter, et la Duvel de couler à flots. Il n’empêche : je pense que j’oublierai très vite cette enquête.

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Faites vos jeux de Pieter Aspe.

Présentation de l’éditeur :

Faites vos jeux… Rien ne va plus ! À Blankenberge, sur la côte flamande, un homme est retrouvé baignant dans son sang, tué d’une balle dans la bouche. La veille, il quittait le casino ivre mort, proférant des menaces, et annonçant une vague de meurtres sur la ville. Lorsqu’on découvre le cadavre d’une jeune femme le long de la plage, on prend ses propos au sérieux.

Mon avis :

C’est la fin du monde ! Si, si je vous assure. La catastrophe assurée, pire que tout ce que vous avez pu lire jusqu’à présent dans les romans de Pieter Aspe. Je ne vais pas vous faire languir plus longtemps : Van In s’est mis à la musculation trois fois par semaine ! Je sais, vous aussi vous êtes sous le choc. J’ajoute qu’il a renoncé à la Duvel et qu’il se contente désormais de café. Oui, le monde, à Bruges, ne tourne plus rond.

Mais c’est à Blankenberge, station balnéaire, que les crimes sont commis. Ils sont si nombreux que Van In songe même à venir y loger. Soyons juste : cela ne fait absolument pas fuir les touristes.  D’ailleurs, les événements qui ont eu lieu à Bruges ne les ont pas fait fuir non plus, ils se contentent de passer deux heures dans la ville. Suffisant pour en faire le tour et absorber la nourriture soigneusement passée au micro-ondes des grands chefs. Van In enquête donc. Van In délègue, ce qui est vraiment une nouveauté pour lui et inquiète Versavel, qui a pourtant des soucis de son côté. Qui n’en a pas ? Restera toujours fidèle au poste son amitié indéfectible pour Van In, en dépit de ses bizarreries et de ses extravagances.

Van In enquête, certes, mais il sombre aussi peu à peu dans une nouvelle addiction : le jeu. Moralité : la Duvel, à côté, cela paraissait bien moins dangereux pour lui et pour son ménage, qui traverse à nouveau une zone de turbulence. Surtout, Van In est sur une enquête particulièrement difficile, qui s’étend dans le temps, contrairement à d’autres romans policiers qui sont résolus en deux coups de cuillères à pot. Non, il n’est pas facile de mettre la main sur un tueur en série, il n’est pas facile de mettre la main sur plusieurs tueurs, même si les enquêteurs font tout ce qui est possible. Il n’est pas facile non plus de mettre la main sur un de ses célèbres profileurs que l’on voit à longueur de séries ou de romans policiers – ils sont rares et très demandés. Arrêter le tueur, remonter sa piste paraît aussi difficile que de pédaler dans du sable, avec le vent qui vous souffle dans la figure. Et encore une fois, Van In devrait payer de sa personne. Dois-je préciser qu’il a deux fidèles amis, prêts à tout pour l’aider ? Le point positif, c’est que c’est réciproque, Van In aussi ferait n’importe quoi pour eux.

Oui, je n’ai pas dit grand chose sur les mobiles du tueur. A vous de les découvrir en lisant ce roman de Pieter Aspe, un auteur que j’aime toujours autant. Un auteur qui nous rappelle que la cruauté et la barbarie ne soient pas des mots qui appartiennent au passé – malheureusement.

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