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La pudeur des sentiments de Dalila Heuse

Présentation de l’éditeur :

Louis Hanotte, peintre septuagénaire amnésique depuis plus de quinze ans, reçoit par la poste le roman autobiographique d’une femme dont il n’a jamais entendu parler auparavant. Poussé par la curiosité, il abandonne ses toiles afin de se plonger dans la lecture. Doriane Hector raconte son histoire d’enfant abusée dès l’âge de cinq ans par un père violent et autoritaire, qui fait voler en éclats toute la famille. Profondément troublé, Louis veut à tout prix découvrir le lien qui pourrait l’unir à cette inconnue.

Mon avis :

ce livre ne fut pas facile à lire, de par son sujet.
Quatre voix s’entrecroisent, Léa, Marie, sa mère, Louis et Doriane, l’auteur du texte. Louis est dans la position du lecteur, si ce n’est qu’Hector est le destinataire privilégié du livre, alors qu’un lecteur choisit les livres qu’il lit, il ne s’impose pas à lui.
L’écriture est pudique, l’auteur ne se complet pas dans la répétition d’un même texte, la répétition vient de la fréquence de ce qui s’est produit. Pas de description détaillées et précises, sauf en ce qui concerne le ressenti de la narratrice, et les conséquences dans sa jeunesse.
Ce que je dis ne fera sans doute pas plaisir (et c’est toujours un risque quand on écrit) mais j’ai eu l’impression que ces abus restaient munis avec l’aval de la famille. En cause ? La puissance qui fait que la mère est incapable d’assumer les besoins des enfants qu’elle a choisis de mettre au monde. Cela ne doit pas sortir du cercle de famille non plus, afin que cela ne se sache pas aux yeux du monde, parce que la mère est jugé coupable elle aussi.
Se reconstruire est possible, mais à quel prix ?
Merci aux éditions Mazarine pour ce partenariat.

Madame Edouard de Nadine Monfils

Présentation de l’éditeur :

Une maille à l’endroit… Une maille à l’envers… Depuis qu’il a cessé de fumer, le commissaire Léon s’adonne en cachette au tricot et confectionne des paletots ringards pour son chien Babelutte. Seulement voilà, ces temps-ci, il s’en passe de belles à Montmartre. Entre Irma, le travelo ménagère du Colibri, le curé qui pique dans les magasins et l’autre cinglé qui enterre des jeunes filles mutilées dans les cimetières, la police a du pain sur la planche. De fil en aiguille, le commissaire Léon dénoue les intrigues de cette histoire rocambolesque.

Mon avis :

Ce livre est un roman policier loufoque et sérieux à la fois.

Loufouque, parce qu’il nous présente une galerie de personnages hauts en couleur, qui vivent sous nos yeux, dans leur quartier, non pas les uns à côté des autres mais les uns avec les autres, avec leurs excès et leurs extravagances en tout genre. Les policiers ne sont pas en reste. Actifs, oui, mais avec leurs problèmes familiaux, vestimentaires, et leurs petites manies. Je ne vous parle même pas de Babelutte, chien policier pas très bien foutu mais très gay, du moins, quand son maître lui laisse le temps d’exprimer ses instincts. Un chien qui pense (presque) comme un chien, cela se fête.

Sérieux, parce qu’il nous montre ce que certains ont déjà pu constater dans la vraie vie : on n’a pas attendu la théorie des genres pour voir des pères qui ne rentrent pas dans la norme. On n’a pas attendu pour voir une fille qui ne prend pas les choses au tragique (son père est en vie, il y a plus grave dans la vie, non ?). Sérieux, parce que les cadavres s’accumulent, et que personne ne s’inquiète de la disparition de ces jeunes femmes. Le lecteur en apprendra les raisons au cours de sa lecture, cela ne fait que renforcer davantage le sentiment de solitude que l’on peut éprouver pour certains personnages.

Un roman à conseiller fortement pour ceux qui aiment les romans policiers qui, tout en respectant les codes, ne sont pas à une extravagance prêt !

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13 de Pieter Aspe

Présentation de l’éditeur :

«Consumatum est» : tout est consommé. Deux mots en latin tracés au feutre sur le cadavre d’un homme dans une chambre d’hôtel, une carte de crédit et des cartes de visite au nom de Wim Raes pour seuls indices. Règlement de comptes ? Crime sado-maso ? Vengeance d’une maîtresse éconduite ?

Mon avis :

Je serai assez brève. Même si les romans de Pieter Aspe restent plaisants à lire, celui-ci ne restera pas mon préféré. Ce n’est pas la faute de l’intrigue, qui repose sur des thèmes classiques tout en étant assez alambiquée. Non, c’est plutôt la faute au cadre du récit : Van In prépare son mariage avec Hannelore, et ceux-ci nous rejouent des scènes du dépit amoureux. Hannelore s’énerve pour un rien – comme si elle ne connaissait pas Van In. Lui-même dépasse les bornes encore plus que d’habitude et Hannelore de se demander si oui, vraiment Van In tient à se marier.

Point positif : nous en apprenons un peu plus sur le passé de Van In. Point négatif : il n’en sort pas vraiment grandi. Certes, leur comportement de midinette n’empêche pas Van In et Hannelore d’enquêter, et la Duvel de couler à flots. Il n’empêche : je pense que j’oublierai très vite cette enquête.

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Faites vos jeux de Pieter Aspe.

Présentation de l’éditeur :

Faites vos jeux… Rien ne va plus ! À Blankenberge, sur la côte flamande, un homme est retrouvé baignant dans son sang, tué d’une balle dans la bouche. La veille, il quittait le casino ivre mort, proférant des menaces, et annonçant une vague de meurtres sur la ville. Lorsqu’on découvre le cadavre d’une jeune femme le long de la plage, on prend ses propos au sérieux.

Mon avis :

C’est la fin du monde ! Si, si je vous assure. La catastrophe assurée, pire que tout ce que vous avez pu lire jusqu’à présent dans les romans de Pieter Aspe. Je ne vais pas vous faire languir plus longtemps : Van In s’est mis à la musculation trois fois par semaine ! Je sais, vous aussi vous êtes sous le choc. J’ajoute qu’il a renoncé à la Duvel et qu’il se contente désormais de café. Oui, le monde, à Bruges, ne tourne plus rond.

Mais c’est à Blankenberge, station balnéaire, que les crimes sont commis. Ils sont si nombreux que Van In songe même à venir y loger. Soyons juste : cela ne fait absolument pas fuir les touristes.  D’ailleurs, les événements qui ont eu lieu à Bruges ne les ont pas fait fuir non plus, ils se contentent de passer deux heures dans la ville. Suffisant pour en faire le tour et absorber la nourriture soigneusement passée au micro-ondes des grands chefs. Van In enquête donc. Van In délègue, ce qui est vraiment une nouveauté pour lui et inquiète Versavel, qui a pourtant des soucis de son côté. Qui n’en a pas ? Restera toujours fidèle au poste son amitié indéfectible pour Van In, en dépit de ses bizarreries et de ses extravagances.

Van In enquête, certes, mais il sombre aussi peu à peu dans une nouvelle addiction : le jeu. Moralité : la Duvel, à côté, cela paraissait bien moins dangereux pour lui et pour son ménage, qui traverse à nouveau une zone de turbulence. Surtout, Van In est sur une enquête particulièrement difficile, qui s’étend dans le temps, contrairement à d’autres romans policiers qui sont résolus en deux coups de cuillères à pot. Non, il n’est pas facile de mettre la main sur un tueur en série, il n’est pas facile de mettre la main sur plusieurs tueurs, même si les enquêteurs font tout ce qui est possible. Il n’est pas facile non plus de mettre la main sur un de ses célèbres profileurs que l’on voit à longueur de séries ou de romans policiers – ils sont rares et très demandés. Arrêter le tueur, remonter sa piste paraît aussi difficile que de pédaler dans du sable, avec le vent qui vous souffle dans la figure. Et encore une fois, Van In devrait payer de sa personne. Dois-je préciser qu’il a deux fidèles amis, prêts à tout pour l’aider ? Le point positif, c’est que c’est réciproque, Van In aussi ferait n’importe quoi pour eux.

Oui, je n’ai pas dit grand chose sur les mobiles du tueur. A vous de les découvrir en lisant ce roman de Pieter Aspe, un auteur que j’aime toujours autant. Un auteur qui nous rappelle que la cruauté et la barbarie ne soient pas des mots qui appartiennent au passé – malheureusement.

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Le crime du comte Neville d’Amélie Nothomb

Edition Albin Michel – 134 pages.

Quatrième de couverture
« Ce qui est monstrueux n’est pas nécessairement indigne. » Amélie Nothomb

Mon avis :

Lu ce midi, chroniqué la foulée.
Le comte de Neville a des soucis, avec sa fille Sérieuse. Autant ses deux aînés sont des perfections, en tant que garçon et fille, autant la petite dernière lui cause bien du souci. Note : au cours d’une interview, Amélie Nothomb avait déclaré que son frère et sa soeur étaient ce qui se faisaient de mieux, l’un en matière de fils, l’autre en matière de fille, et ne comprenait pas ses parents qui avaient voulu un troisième enfant – elle.
Sérieuse a fugué, dit une voyante. Elle a juste voulu passer une nuit en forêt, prétend l’adolescente. Le comte lui fait plutôt confiance. Quant à la voyante, qui a prédit qu’il tuerait un de ses invités, elle l’énerve au plus haut point. Comme Lord Arthur Savile auquel il fait référence au cours du récit, Henri de Neville en perd le sommeil.
Comme souvent chez Amélie Nothomb, nous trouvons des digressions (sur le passé et la famille du comte), des joutes oratoires en un personnage masculin et un personnage féminin (ici, Henri et sa fille cadette Sérieuse), des références à d’autres oeuvres bien connues (les Atrides, Antigone, en plus de la nouvelle d’Oscar Wilde) et une chute qui, pour une fois, m’a semblé bien conclure le roman. Je ne crierai pas au chef d’oeuvre, mais j’ai apprécié cette lecture.

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La vie al dente : une enquête de Tiziana Dallareva

Présentation de l’éditeur :

Une silhouette sombre suspendue à une grue, sur un chantier désaffecté, trouble la blancheur du paysage enneigé. Le médecin du village vient d’être assassiné, et Tiziana Dallavera, la jeune policière rebecquoise aux prises avec une histoire passionnelle, reprend du service pour mener l’enquête, dans un hiver glacial. Rapidement, un autre corps est découvert, et les policiers se lancent à la poursuite d’un étrange tueur en série, avec pour seuls indices une manne abandonnée et des témoignages discordants. Que cache la terrible solitude des victimes? Quel lien les unit-il donc au-delà du silence?

Merci à Babélio et aux éditions Luce Wilquin pour ce partenariat.

Mon avis :

Je prends la série en cours de route, puisque La vie al dente est la troisième enquête de Tiziana, toute jeune enquêtrice qui semble encore prendre ses marques dans l’équipe qu’elle a intégrée à Rebecq. Cependant, elle n’est plus la dernière arrivée : un petit nouveau, Augustin, très à l’aise avec l’informatique, est arrivé en remplacement d’un collègue défaillant (pour rester politiquement correct).

Bienvenue à Rebecq, chez les policiers de proximité. Ici, on règle avant tout les conflits de voisinage, les petits problèmes. Située à 27 kilomètres de Bruxelles, cette commune exploite un petit chemin de fer touristique et n’est guère habituée à des crimes en série. Et pourtant, c’est l’un des médecins de la ville, connu pour le soin qu’il prenait de ses patients, qui est retrouvé pendu, dans une mise en scène spectaculaire. Qui a pu faire cela à cet homme sans histoire, menant une vie quasi ascétique ? Ce n’est pas la toute jeune associée de son cabinet, jeune femme sans doute efficace mais terne ô combien qui pourra les renseigner, si ce n’est sur le soin que mettait son vieux confrère à ce qu’elle prenne en charge ses patients, rétifs à l’idée de changer de médecin (pour une femme, en plus).

Oui, nous sommes dans une petite bourgade belge, et pourtant, avec Tiziana et les siens, je me suis crue en Italie, avec cette omniprésence des pantagruéliques recettes de cuisine, et cette extravagante famille. Sans eux, sans la chaleur qu’ils apportent au récit, ce coin de Belgique paraîtrait bien morne. Si le bon docteur peut encore gagner notre sympathie, ce n’est pas le cas du pharmacien. Sa pharmacie est une boutique comme les autres, le moyen le plus sûr pour lui de s’enrichir, négligeant les véritables trésors qui vivaient à ses côtés, je veux dire sa femme et ses filles.

Bien que les victimes soient des hommes (et les enquêteurs de se demander s’ils traquent un ou plusieurs meurtriers), nous avons là une affaire de femmes, qui s’imposent parmi les hommes, prennent leur revanche à l’image de Barbara, l’amie de Tiziana. Il est question de mère aussi, de fille, et si les liens sont très forts (dans le bon sens du terme) entre Tiziana et sa mère (et le reste de sa famille, d’ailleurs), il n’en est pas de même pour toutes. Difficile d’être même quand il n’y a pas de père (voir Aurélienne, la préparatrice en pharmacie, qui travaille pour élever ses trois petits) ou quand celui-ci est défaillant, comme le père de Jessy Poubel. S’il y avait de la dignité chez Aurélienne, prête à supporter les humiliations de son patron pour survivre, il n’en est pas avec Jessy et ses soeurs, aux prénoms issus de séries américaines, ou d’émissions de télé-réalité (voir la petite dernière, Nabila). Elles poussent, sans règles, sans notion de droit et de devoir, avec de micro-actes de violences quotidiennes : cris et claques sont leur lot quotidien. Et si elles ont de l’embonpoint, leur corps n’est absolument pas en bon point, de manière presque caricaturale.

On mange beaucoup dans ce roman, la nourriture est le cordon ombilical non coupé qui relit les uns ou autres. Et si la grand-mère de Tiziana prépare des quantités de nourriture pantagruélique, acte d’amour, d’autres réclament leur nourriture à leur mère-compagne, qui s’empiffrent de son côté (manger pour ne pas avoir à communiquer ?) tandis que d’autres, enfin, oublient de se nourrir, comme un lent suicide.

La vie al dente est plus qu’un roman policier. L’enquête est là, et bien là, mais elle n’empêche pas les policiers de mener leur vie, même si ce qu’ils découvrent n’apportent pas la sérénité.

Un roman et une auteur à découvrir.

Mémé goes to Hollywood de Nadine Monfils

url111Merci au forum Partage-Lecture et aux éditions Pocket pour ce partenariat

4e de couverture:
JCVD. Quatre consonnes, zéro voyelle. Et pour Mémé Cornemuse: le fantasme absolu. Ah! Epouser Jean-Claude Van Damme… Entre le dieu du coup de pied retourné et la spécialiste du délire à main armée, c’est sûr, c’est l’évidence. Et voilà notre délinquante sénile en route vers l’âme soeur, à Hollywood! A cheval, en voiture, à baraque à frites ou cargo transatlantique, peu importe, pourvu qu’il y ait des homicides collatéraux et des chansons d’Annie Cordy..

Mon avis :

C’est une chose bien étrange que d’entreprendre d’écrire un avis sur Mémé goes to Hollywood. Dès le début, je sens qu’il est nécessaire d’utiliser un ton non conventionnel pour parler de cette héroïne qui n’a que faire des conventions.

« J’irai au bout de mes rêves » est la bande-son à laquelle j’avais pensé de prime abord. Pas assez belge (le roman est bourré de références au plat pays), pas assez déjanté. Puis, Mémé ne va pas au bout de ses rêves, elle vit dedans ! Pour elle, s’unir à JCVD, son idole, est une évidence ! Une toute autre auteur aurait joué sur les fameuses conventions littéraire, et n’aurait jamais fait se rencontrer Mémé et Jean-Claude, s’amusant à faire courir son héroïne après une proie intouchable, démontrant ainsi… sa folie douce. Nadine Monfils va jusqu’au bout de son postulat – mais quel chemin pour en arriver là !

Que de rencontres aussi ! Conseil : si jamais votre route devait croiser celle de Mémé, écoutez-là bien attentivement, approuvez, quoi qu’elle ait fait mais sans monopoliser la parole, et prouvez que vous êtes fan d’Annie Cordy ou de JCVD – voire des deux à la fois. Il est tout sauf reposant de la côtoyer, et ceux qui n’ont pas définitivement perdu l’usage de la parole ou de leur raison après cette rencontre peuvent en témoigner. Ce roman ne mesure que 250 pages, mais il accumule les situations les plus improbables avec maestria, sur un ton très cru. Mémé n’appelle pas un chat un chat, elle est capable de trouver des termes encore plus évocateurs.

Mine de rien, elle nous interroge, cette Mémé, sur l’actualité. Pas seulement sur le festival de Cannes qui vient de se refermer – les références ne sont pas qu’une questions de mode, mais sur des problèmes de société, disant leur quatre vérités aux opposants du mariage pour tous, et démontrant par l’absurde qu’avoir un papa et une maman n’était pas un gage d’équilibre.

Mouvementé, pas reposante du tout…. Mémé réservera-t-elle à ses fans de nouvelles aventures ?