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Les prénoms épicènes d’Amélie Nothomb


Edition Albin Michel – 162 pages.

Mon avis :

Fan d’Amélie Nothomb, passez votre chemin, mon avis ne va pas vous plaire.  Merci aussi de ne pas me dire que je ne l’ai pas compris : un avis est forcément personnel, et j’ai pu voir dans un roman des choses que vous n’avez pas forcément vu, et vice-versa.
Quand j’ai commencé à lire le livre, prêté par un ami, je me suis étonnée de la vitesse à laquelle j’ai tourné les pages. Quoi ? Si vite ? Il faut dire que l’intrigue est vraiment conçue à l’économie. Comme dans Le crime du comte Neville, ce roman parle des rapports père/fille – sauf qu’ils sont bien différents. Claude, le père, hait sa fille, et nous ne saurons que très tardivement pour quelle raison il la hait depuis sa naissance. Les thèmes du romans sont là : la haine et la vengeance.
Cependant, le roman m’a semblé bien vide, pour ne pas dire creux. Il est constitué essentiellement de dialogues, jeu de l’esprit, ou transcription du vide des personnages. L’utilisation des dialogues est d’autant plus intéressante que les personnages oublient de se dire des choses essentielles. Dominique oublie de parler à son patron de son fiancé et des circonstances de leurs rencontres, tout comme son patron ne l’interroge pas sur son fiancé – parce que cette jeune fille si effacée n’aurait pas répondu aux questions. Epicène oublie de renouer le contact avec celle qui fut son amie pendant des années, elle oublie de lui dire qui était vraiment son père – des mots haineux de celui-ci ont suffi à briser cette amitié. Je pourrai citer d’autres exemples, je me concentrerai plutôt sur les grands-parents, ceux de Dominique, qui ne posent jamais de question, quoi qu’il arrive. Ce peut être une qualité, mais à ce point-là, ne pas demander à sa fille pourquoi elle les a laissés sans nouvelle pendant quinze ans, cela frôle dangereusement l’indifférence, pour ne pas dire la négligence.
En lisant le livre, je me suis souvent demandé ce qu’un autre romancier aurait pu faire avec un tel thème. Autre chose, bien sûr, mais surtout j’aurai aimé que certains faits soient approfondis, ne serait-ce que le choix d’un prénom épicène pour Claude et Dominique – indifférence, encore une fois, pour les parents ? Le prénom leur plaisait-il ? J’aurai aimé aussi que les lieux soient davantage caractérisés. Que l’on soit dans la ville de province où a grandi Dominique, que l’on soit à Paris, l’on pourrait presque être ailleurs, tant les rues, les appartements, les écoles et collèges se ressemblent. Je vous passe également quelques clichés, sur le champagne, le parfum, ou l’amitié. Quelques répliques mordantes, par ci, par là, merci à la professeur de latin. Bref, j’ai lu des avis très enthousiastes sur ce roman mais, pour ma part, je suis très vite passé à un autre livre.

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Frappe-toi le coeur d’Amélie Nothomb

Présentation de l’éditeur : 

« Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie. » Alfred de Musset

Mon avis :

J’ai l’impression que je vais passer plus de temps à rédiger cet avis qu’à lire le livre (quand je vous dis que j’ai des bouffées d’optimisme).
Ce livre est difficile à cerner, parce qu’il tranche avec les livres précédents de l’auteur. Il traite ici des relations mère/fille, sous un angle que certains, ceux qui vivent au pays des Bisounours, ne veulent pas voir. Oui, une mère, narcissique, peut être jalouse de sa fille parce que certains la jugent plus belle, plus intelligente que sa fille. Oui, une mère peut mépriser sa fille, parce qu’elle n’est pas aussi brillante qu’elle l’aurait aimé, ou parce qu’elle l’a eu pour de mauvaises raisons.  Je parle ici de la pression sociale qui veut qu’une femme devienne mère, afin de prouver qu’elle n’a pas sacrifié sa vie « de femme » à sa carrière – et tant pis pour l’enfant négligé, pas vraiment voulu.
Au tout début, nous suivons Marie, puis Diane, sa fille aînée et mal aimée. Nous sommes littéralement dans la tête, dans les pensées les plus intimes de cette petite fille qui, comme tous les enfants, adore sa mère, qui ne le lui rend pas. Peut-être Diane est-elle un peu trop mûre pour une enfant si jeune. Peut-être, plus tard, se cherchera-t-elle une mère de substitution, une femme qui, finalement, sera pire que sa mère.
Si Diane est mal aimée, Célia, sa petite soeur, est trop aimée – seul le frère est aimé suffisamment mais pas trop, peut-être parce qu’il est un garçon, non une possible rivale. Amélie Nothomb questionne beaucoup, sans apporter de réponses – au lecteur de le faire. J’ai cependant une impression d’inachevé, parce que le roman, comme tous ceux d’Amélie Nothomb, est court. Et si Diane réussit de manière exemplaire dans sa vie – ce qui n’était pas gagné, ce n’est pas le cas de toutes. J’aurai aimé en savoir plus sur le devenir de sa soeur, de sa nièce, ou même sur le parcours, finalement assez classique, de sa meilleure amie Elisabeth.
Vient le « problème » du dénouement, abrupt comme souvent. Il questionne, lui aussi, toujours. Et fait regretter qu’une suite n’existe pas.

 

 

Bas les masques de Pieter Aspe

Présentation de l’éditeur :

Qui a assassiné la belle Katja au cours d’une folle nuit de carnaval à Blankenberge près de Bruges ? Joris, la dernière personne avec laquelle on l’a aperçue, reste introuvable. Sa mère, une femme dépressive au passé mystérieux, prétend ne pas savoir où il se trouve. Pourquoi n’a-t-elle jamais voulu révéler qui était le père de Joris ? Liesse populaire, secrets de famille, prostitution, meurtres… entre deux bocks de Duvel et quelques péripéties conjugales hautes en couleurs, le commissaire Van Inn et son fidèle adjoint Versavel mènent une enquête qui ne sera pas de tout repos !

Mon avis : 

– Tu es en voie de duvélisation, si tu veux mon avis !
Voici ce que dit Versavel à son supérieur et ami Van In.
Nous sommes en pleine période de carnaval. Fini les réjouissances, pourtant, puisqu’une jeune femme vient d’être assassinée et que Van In est chargé de l’enquête, et sa passion pour la Duvel est intacte. Sa vie de couple, par contre, est comme toujours : chaotique. Sa femme n’a-t-elle pas l’intention de reprendre ses études ? S’en est trop pour Van In, qui prendrait bien trois bocks de plus. Par contre, pour Versavel, tout va bien, c’est pour cette raison qu’il peut soutenir et conseiller ce cher Pieter.
Et enquêter, aussi. La mort de la belle Katja ne suscite pas tant de peine à son compagnon, qui a sans doute des choses à cacher – et un meilleur ami tout prêt à lui servir d’alibi. Pas très net, le meilleur ami : marié mais très libéré, riche, mais travaillant dans une société qui serait ravie de lui montrer la porte, il disparaît à son tour, et une demande de rançon leur parvient. Restent à réunir l’argent et à trouver le lien entre la mort de Katjia, cet enlèvement et Joris, amoureux transi de la belle jeune femme, aussi transi qu’il était dédaigné.
Bas les masques est une bonne enquête de Van In. Elle mêle à la fois les désordres du présent – la corruption n’est pas un vain mot, les « magouilles » pour être plus directe – et les secrets du passé. Rien n’est pire que les non-dits. Comme souvent, ils font des ravages et les proportions qu’ils prennent sont à la hauteur du secret dissimulé. Etre libre physiquement est une chose. Etre libre de ses sentiments, oser vivre et dire ses sentiments en est une autre, le poids de la société, de la famille font qu’être libre réellement en est une autre. Et les bonnes intentions ne suffisent pas.
A l’année prochaine, Van In !

L’avocat, le nain et la princesse masquée de Paul Colize

Présentation de l’éditeur :

Hugues Tonnon est un avocat respecté du Barreau bruxellois, spécialisé dans les divorces, les séparations douloureuses et les couples qui s’entretuent. C’est donc naturellement à lui que s’adresse Nolwenn Blackwell, le flamboyant top model belge qui a jeté son dévolu sur Amaury Lapierre, un capitaine d’entreprise de trente ans son aîné qui lui arrive au menton. Alors qu’un fastueux mariage se profilait, le riche héritier a été paparazzé dans les bras d’une strip-teaseuse, au bord de la piscine d’une villa tropézienne. Hugues Tonnon s’engage à défendre le célèbre mannequin, dîne en sa compagnie et la raccompagne chez elle pour sceller leur accord. Au petit matin, il se réveille chez lui, la police à sa porte. Nolwenn Blackwell a été assassinée, il est le dernier à l’avoir vu vivante et ne se souvient de rien.

Mon avis  :

Hugues Tonnon est un excellent avocat. Certes, il n’a pas réussi dans le pénal, mais dans le divorce, et il excelle dans ce domaine. Pour lui, la première cause de divorce, c’est le mariage, aussi ne s’est-il jamais marié – il voit les conséquences chaque jour dans son cabinet – a une compagne et prend le goûter tous les dimanches chez ses parents. Il n’a même pas un poisson rouge, mais une fourmilière dans le jardin. Bref, il est l’image même de la réussite.

Nolwenn Blackwell aussi, dans le domaine du mannequinat. Problème (mince) : elle n’était pas encore mariée quand son fiancé a été surpris en fâcheuse position. Elle entend bien obtenir le maximum (voire beaucoup plus) grâce à Hugues Tonnon, qui, après avoir pesé le pour et le contre, accepte de prendre le dossier en charge : il n’est pas contre les défis ! Problème : il prend une première mauvaise décision. Second problème : Nolwenn Blackwell a été assassinée. Troisième problème (cela commence à faire un peu trop) : Hugues Tonnon connaît bien le policier chargé de l’enquête puisqu’il défendait sa femme lors de leur divorce.

S’ensuivent des péripéties dans la lignée des romans policiers les plus traditionnels, si ce n’est que les protagonistes n’ont rien de traditionnels ! Même si la situation est grave, il y a une certaine légèreté, un humour bienvenu qui nous donne envie de tourner les pages et de découvrir par quels moyens notre avocat charmant et organisé parvient (ou non) à se tirer d’affaires. Le coeur de l’enquête est là, pour Hugues : non trouver qui a tué Nolwenn, mais prouver que ce n’est pas lui qui l’a fait, et retourner ainsi à sa petite vie bien tranquille et bien protégée. Alors oui, Hugues prend des risques, mais uniquement parce que cet avocat n’a pas vraiment confiance en la justice, ou plutôt il ne lui laisse pas le temps d’agir. Pessimiste, Hugues ? Oui, et trop protégé pour pouvoir vivre une cavale, subir une traque incessante. Etre avocat spécialisé dans les divorces ne vous y prépare pas efficacement ! Cependant, sa spécialité et la solidité de son compte en banque lui permettent d’utiliser des moyens que d’autres n’auraient pas eu. Chanceux ? Oui, et jusqu’au bout !

L’avocat, le nain et la princesse masquée est un charmant polar humoristique.

Je t’enverrai des fleurs de Damas de Frank Andriat

Présentation de l’éditeur :

S’expatrier et aller se battre pour une cause que l’on croit juste, donner sa vie pour la démocratie et la liberté, c’est bien. Sauf si l’on a quinze ans et qu’on s’est fait « tourner la tête » par des extrémistes qui, au nom de Dieu, envoient des jeunes à la mort. La guerre civile en Syrie a causé des dizaines de milliers de victimes et la communauté internationale n’en fait pas une priorité absolue. Pendant ce temps-là, des innocents meurent et, parmi ceux-ci, des adolescents venus de France et d’ailleurs.
Ce roman à plusieurs voix raconte l’émoi soulevé par le départ de deux élèves sans histoire : la Syrie devient leur enfer, mais, pour ceux qui restent, c’est l’enfer aussi.

 

Mon avis : 

De ce livre, j’aimerai dire un jour qu’il est un document sur une époque révolue. J’aimerai dire aux jeunes lecteurs qui le découvriront dans vingt ans que oui, des jeunes de leur âge partaient en Syrie parce qu’ils croyaient que c’était juste, parce qu’ils s’étaient fait endoctriner, et que certains ne sont pas revenus. Et pour ceux qui ont pu revenir, quelle séquelle allaient-ils en garder ? Comment pourraient-ils se réintégrer dans la société ?

Dans vingt ans, j’aimerai pouvoir leur dire que oui, ce n’était pas si simple. Oui, on pouvait être des parents aimants, aimés, attentifs et ne rien avoir vu venir. On pouvait être le meilleur pote, se connaître depuis la maternelle, et ne rien avoir vu venir. Etre prof, et constater un matin qu’il manque deux élèves, non parce qu’ils ont prolongé leurs vacances mais parce qu’ils sont partis combattre. Et l’on se demande ce que l’on a raté, ce que l’on a foiré. Comment on peut dire que l’on aime quelqu’un et partir – quand même – et lui dire « Je t’enverrai des fleurs de Damas ». Elles seront rouges, et blanches. Ses couleurs m’ont rappelé celle de la croix rouge, de manière incongrue.

Ce livre raconte l’enfer de ce qui sont restés, de ceux qui ont dû survivre en sachant leur fils, leur ami, leur amoureux, leur élève, là-bas. Il mêle les points de vue des ados, des adultes, ceux qui doivent vivre sans et avec, constamment.

Et puis je leur donnerai le livre à lire.

Un sale livre de Frank Andriat

Présentation de l’éditeur :

Une prof de français propose à ses élèves de lire « Rien, Nadir », un roman qui relate l’itinéraire de Nadir, un jeune réfugié syrien. Le sujet est dur, le ton du récit est réaliste. Le roman provoque le débat. Chaque lecteur reçoit le livre différemment. Justine le trouve trop classe, mais il choque son père. Tristan, grand lecteur, émet des réserves à son propos, mais la belle Amalia l’adore. Pour Philippe, ce roman est un sale livre. Les réfugiés syriens ne sont pas les bienvenus pour tout le monde.
« Rien, Nadir » est un livre dont aucun lecteur ne sort indemne. Il provoque le débat, chacun le reçoit différemment. Jusqu’à ce que son auteure vienne au collège pour témoigner de son terrible parcours. Jusqu’à ce que la fiction rejoigne la réalité.

Mon avis : 

Qu’est-ce qu’un sale livre ? C’est en parlant de ces mots, prononcé au sujet d’un de ses livres, que ce questionnement a jailli, pour l’auteur.
Le « sale livre » dont il est question dans ce roman, c’est Rien, Nadir, un roman qu’une professeur de français propose à ses élèves. Une professeur de français peu ordinaire puisqu’elle ose partager ces coups de coeur avec ses élèves, et elle a bien raison ! Pourtant, le livre n’a rien pour plaire de prime abord à une enseignante : une auteur inconnue, un sujet qui fâche et un style au plus près du réel. Bref, de quoi se fâcher avec pas mal de monde.
Et c’est ce qui se passe ! Ou presque. Si Justine, qui a une situation familiale compliquée, adore, si Amalia est touchée par certaines pages, au point d’oser défier sa propre professeur de français qui ne ferait jamais lire un tel ouvrage, pas assez littéraire à ses yeux, Tristan, futur critique littéraire, analyse le livre posément, manière pour moi de le tenir à distance, et Philippe… Il est sans doute le personnage le plus intéressant, puisque nous savons qu’il a lu et aimé le livre, et attaquera frontalement l’auteure lors de la rencontre finale. Quelle est véritablement la position de Philippe ? Lui seul le sait !
Les parents aussi s’en mêlent, les pères surtout. Celui de Justine, qui passe son temps à rabaisser chaque membre de sa famille, est outré qu’on puisse appeler un chat, un chat. Celui de Nawal ne veut pas que sa fille lise UNE auteur, arabe de surcroît.
Les mots choquent, il est des faits bien plus choquants, que personne ne relève, et qui sont, hélas, le reflet du réel. La violence n’est pas seulement là-bas, en Syrie, elle est tout autour de nous. Comment en est-on arrivé là ? Le livre pose des questions et a le mérite de laisser le lecteur chercher les réponses lui-mêmes. Pas de discours moralisateurs policés, ce n’est pas de mise ici.
Un sale livre a aussi le mérité de nous montrer la réception d’une oeuvre, les débats qu’elle peut susciter. Les mots dérangent, les images dont on est gavé, jeunes ou moins jeunes, moins. Et l’on se prend à rêver, pour tous les Nadir du monde, un dénouement comme nous l’offre ce livre.
S’il croise votre route, n’hésitez pas à le rencontrer !

La pudeur des sentiments de Dalila Heuse

Présentation de l’éditeur :

Louis Hanotte, peintre septuagénaire amnésique depuis plus de quinze ans, reçoit par la poste le roman autobiographique d’une femme dont il n’a jamais entendu parler auparavant. Poussé par la curiosité, il abandonne ses toiles afin de se plonger dans la lecture. Doriane Hector raconte son histoire d’enfant abusée dès l’âge de cinq ans par un père violent et autoritaire, qui fait voler en éclats toute la famille. Profondément troublé, Louis veut à tout prix découvrir le lien qui pourrait l’unir à cette inconnue.

Mon avis :

ce livre ne fut pas facile à lire, de par son sujet.
Quatre voix s’entrecroisent, Léa, Marie, sa mère, Louis et Doriane, l’auteur du texte. Louis est dans la position du lecteur, si ce n’est qu’Hector est le destinataire privilégié du livre, alors qu’un lecteur choisit les livres qu’il lit, il ne s’impose pas à lui.
L’écriture est pudique, l’auteur ne se complet pas dans la répétition d’un même texte, la répétition vient de la fréquence de ce qui s’est produit. Pas de description détaillées et précises, sauf en ce qui concerne le ressenti de la narratrice, et les conséquences dans sa jeunesse.
Ce que je dis ne fera sans doute pas plaisir (et c’est toujours un risque quand on écrit) mais j’ai eu l’impression que ces abus restaient munis avec l’aval de la famille. En cause ? La puissance qui fait que la mère est incapable d’assumer les besoins des enfants qu’elle a choisis de mettre au monde. Cela ne doit pas sortir du cercle de famille non plus, afin que cela ne se sache pas aux yeux du monde, parce que la mère est jugé coupable elle aussi.
Se reconstruire est possible, mais à quel prix ?
Merci aux éditions Mazarine pour ce partenariat.