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Pepe Carvalho : Tout fout le camp de Carlos Zanon

Présentation de l’éditeur :

Le héros du romancier M. Vazquez Montalban, auteur de la série Une enquête de Pepe Carvalho, revient dans une Barcelone envahie par les touristes et en proie au mouvement indépendantiste. Il doit résoudre le double assassinat d’une fillette et de sa grand-mère, massacrées dans un appartement du quartier de l’Eixample, alors qu’un tueur en série rôde en ville, ciblant les prostituées.

Merci aux éditions Seuil et à Babelio pour ce partenariat.

Mon avis :

Reprendre un héros bien connu semble être devenu fréquent, surtout s’il est détective. Sherlock Holmes, Hercule Poirot y ont eu droit. Aujourd’hui, c’est au tour de Pepe Carvalho, sous la plume de Carlos Zenon, après avoir eu les honneurs d’une adaptation récente en bande dessinée. J’ai lu moi-même une demi-douzaine d’enquêtes originales de Pepe – parce qu’elles ne sont pas faciles à trouver, et parce que l’impulsion m’avait été donnée à la lecture, voici plus de vingt ans, d’une interview de Manuel Vasquez Montalban dans Point de vue – à quoi tient une découverte littéraire.

Verdict ? J’ai aimé, tout d’abord, le point de vue adopté par Carlos Zanon : faire de Pepe Carvalho un véritable détective, devenu héros de papier par la grâce d’un Ecrivain qu’il a rencontré, et qui aujourd’hui n’est plus. Cela ne l’empêche pas d’évoquer les enquêtes dont il a parlé avec lui, de se souvenir de certains personnages, puisqu’il a engagé la petite-fille de l’un d’entre eux. Biscuter est là, lui aussi, pas tout le temps, suffisamment pour se faire rabrouer régulièrement par Pepe.

Il faut dire que tout fout le camp, comme l’indique le titre. Le corps, d’abord. Pepe souffre, et fuit le médecin, même s’il ne digère plus rien, même s’il ne parvient guère à garder un peu de nourriture solide dans son corps. Il ne veut surtout pas savoir. Le coeur, ensuite. Charo n’est plus là, et Pepe ne fait rien pour renouer – non, pas leur histoire d’amour, renouer le contact, tout simplement. Il vit une histoire d’amour et de souffrance avec une femme mariée à un homme puissant, une femme qui souffre, dit-elle, par son mari, et ne fait rien pour mettre fin à cette histoire, une femme qui joue aussi avec Pepe, le fait attendre, promet, et lui seul sait qu’elle ne tiendra pas ses promesses. L’esprit aussi : la Catalogne est en ébullition, veut son indépendance, et Pepe, qui en a vu plus que tout autre, ne croit plus en rien, et surtout pas en cette séparation avec l’Espagne. Même si le catalan est la langue commune de bien des personnages, la langue des poésies lues aussi, la langue que l’on croise au détour d’une page, le castillan reste la langue principale du récit – comme une impossible séparation. Pepe, Biscuter, restent bien ancrés dans notre temps, leur temps, au point que Biscuter a postulé et a été retenu pour un concours de cuisine télévisé, un de ceux où l’on cherche des profils atypiques et où l’on humilie les candidats jusqu’à les amener – ou pas – jusqu’en finale.

Je vous rassure : Pepe est toujours détective. Il enquête toujours, et nous en voyons passer, des enquêtes, quotidiennement. Il a aussi des enquêtes au long cours, comme celles qui forment le nœud du récit. Nous avons des prostituées qui ont disparu. Banal, courant. Des prostituées qui font des passes à 6 € dans un lieu bien connu. Des prostituées dont on retrouve les cadavres enterrés dans la montagne,  corps retrouvés et pas forcément identifiés à la suite d’un glissement de terrains. Il faut arrêter le tueur, que tout le monde semble connaître, mais contre lequel personne n’a suffisamment de preuves pour le mettre hors d’état de nuire. Il est celle, aussi, qui croit encore, comme la mère de Ninata, qui se raccroche au moindre espoir, qui ne veut surtout pas croire, et tant pis pour les vêtements et l’Adn, et tant pis pour l’espoir qui lui a été instillé – pas par Pepe, il n’est pas cruel.

Il est aussi un vendeur à la sauvette qui a été jeté, balancé, par des policiers municipaux, lui qui croyait trouver la liberté n’a trouvé que la mort. Le responsable est en prison, et cela tombe presque bien, parce qu’il pourrait, sinon, être impliqué dans un double meurtre, celui d’une grand-mère et de la plus jeune de ses petites filles. Peut-être l’est-il quand même, après tout, tant la situation semble complexe, tant certains préfèrent se taire, alors que d’autres jettent de l’huile sur le feu. Pour quelle raison ? Pourquoi accabler la soeur survivante, Amélia ? Débrouiller les fils d’une intrigue complexe n’est pas pour effrayer Pepe, il craint simplement, et constamment, de ne pouvoir sauver ce qui ne peut être sauvé. Ce n’est pas vraiment de l’espoir, c’est plutôt de la lucidité.

Et pourtant, de l’espoir, il y en aura, à la fin du récit. Pepe est toujours là, heureusement.

Par delà la pluie de Victor del Arbol

Présentation de l’éditeur :

Les murailles de Tarifa abritent la dernière résidence de deux septuagénaires que rien ne destinait à se rencontrer. Ancien directeur d’une succursale de banque, Miguel est aussi mesuré et prévisible qu’Helena est impulsive et extravagante. La dis­parition tragique d’un pensionnaire les décide à solder leurs comptes avec la vie : ils se lancent sur les routes au volant d’une flamboyante Datsun de 1967 ; cap sur Barcelone, Madrid et Malmö.
Miguel veut sauver sa fille des griffes d’un pervers narcis­sique et retrouver un troublant amour de jeunesse.
Helena aimerait revoir son fils, installé à Malmö. Elle a connu, elle aussi, une passion dévorante mais son existence est un champ de ruines depuis la disparition de son père à Tanger lorsqu’elle était enfant : le suicide de sa mère, un mariage sans amour, la mort de tous ceux qui lui sont chers.
Chacun sera le miroir de l’autre dans sa quête de vérité pour pouvoir refermer les blessures traumatisantes de l’en­fance et trouver enfin la paix de l’âme.
Avec le talent qu’on lui connaît, Víctor del Árbol fait con­verger ces histoires vers un dénouement criant de vérité et d’émotion. Et si, au cours de ce saisissant road movie, on traverse les contrées arides de la maladie, de la prostitution ou du grand âge, on en sort convaincu que vivre est le plus beau des voyages.

Mon avis :

J’ai commencé ce livre à l’occasion d’un mois espagnol… mais pas celui de cette année. Cet après-midi, j’ai décidé d’en reprendre sa lecture et de le terminer. Par la même occasion, j’ai aussi décidé de ne plus lire de romans de Victor del Arbol avant longtemps – très longtemps, et cette fois-ci, je m’y tiendrai, puisque je n’ai plus de romans de cet auteur dans ma PAL.

Le premier point positif est que le roman est bien écrit, et qu’il contient de très belles pages.

Le second point négatif est qu’il traite de thèmes sensibles. Le premier, c’est la mémoire – et sa perte. Que devient-on quand plus personne ne se souvient de nous, de qui l’on a été ? Que faire quand les souvenirs s’en vont, et que l’on sait que chaque jour qui passe vous en arrachera un ? Miguel est le personnage qui est au centre de cette thématique. Il se souvient – presque constamment – de son père, mort pendant la guerre d’Espagne, il se souvient de sa femme, qu’il n’a pas rendu heureuse, de Carmen, qu’il a aimé, mais pour qui il n’a pas quitté sa femme, parce que sa vie était, selon lui, auprès d’elle et de leur fille. Sa fille. Il voudrait l’aider, lui qui a pensé faire de son mieux pour elle – et il a réellement fait ce qu’il pensait être bien pour elle, sauf qu’il s’est rendu compte, trop tard, qu’assurer tout ce qui concerne la sécurité matérielle est loin d’être suffisant. Oui, sa fille a un bon métier, elle n’est pas de taille face à Gustavo, qu’elle aime éperdument et qui s’emploie à la détruire. Son père essaie de la tirer de là : que peut-on, quand la principale intéressée ne s’aime pas assez elle-même pour s’en sortir, et surtout, quand personne autour d’elle, mis à part son père, ne semble s’apercevoir de ce qui se passe, ou détourne le regard. L’Espagne est pourtant un pays que l’on dit à la pointe de la lutte contre les violences faites aux femmes : cela ne se voit guère dans ce roman. Et là, nous sommes passés au second thème sensible : la filiation et la transmission. Il est des parents qui font de leur mieux, comme lui, comme Héléna, et les autres. Ils sont hélas les plus nombreux, quand ils ne choisissent pas de vivre leur vie, leur mort, tout en piétinant l’existence de leurs enfants, pour ne pas dire pire encore. Il est des pages qui sont véritablement dures à lire, parce que « piétiner » est un terme trop doux encore pour exprimer ce que subissent certains enfants, de la naissance à l’âge adulte. Dernier thème, qui rejoint les oeuvres de Camilla Lackberg et Lisa Marklund : la montée croissante du racisme et l’utilisation que les policiers, les hommes politiques (parfois, les deux catégories se recoupent) en font pour leur carrière. oui, ce n’est pas joli, parce que ce n’est jamais joli.

Les points négatifs, ce sont tout le reste.

Je ne vais, à nouveau, pas me faire que des amis.

Je ne supporte plus ces romans choraux, qui enlacent, entrelacent les destins de personnages, pour, finalement, trouver un moyen de relier tout le monde de manière parfois très artificielle. J’ai beaucoup de mal avec ses personnes, qui, sous un prétexte ou sous un autre, n’ont pas été capables de vivre leurs histoires d’amour pleinement. On ne refait pas le passé, certes, mais les conséquences ont été lourdes sur tous les descendants. Je n’ai garde d’oublier ceux qui se contentent de profiter des autres, indifférents au mal qu’ils provoquent. Et même si à la fin, des femmes osent, se rebellent, combien de vies gâchées avant d’y parvenir ? Beaucoup trop. Comme dans La veille de presque tout, c’est l’impression donnée par tous ces destins gâchés qui dominent. Là non plus, ce n’est pas une impression agréable. Même si la fin du roman est un tout petit peu optimiste – après tout ce que l’on a lu pendant quatre cents pages, c’est peu.

La veille de presque tout de Victor del Arbol

Présentation de l’éditeur :

L’inspecteur Ibarra a été transféré depuis trois ans dans un commissariat de sa Galice natale après avoir brillamment résolu l’affaire de la petite disparue de Málaga. Le 20 août 2010, 0 h 15, il est appelé par l’hôpital de La Corogne au chevet d’une femme grièvement blessée. Elle ne veut parler qu’à lui. Dans un sombre compte à rebours, le récit des événements qui l’ont conduite à ce triste état fait écho à l’urgence, au pressentiment qu’il pourrait être encore temps d’éviter un autre drame.
À mesure que l’auteur tire l’écheveau emmêlé de ces deux vies, leurs histoires – tragiques et sublimes – se percutent de plein fouet sur une côte galicienne âpre et sauvage.
Une fillette fantasque qui se rêvait oiseau marin survolant les récifs, un garçon craintif qui, pour n’avoir su la suivre, vit au rythme de sa voix, un vieux chapelier argentin qui attend patiemment l’heure du châtiment, un vétéran des Malouines amateur de narcisses blancs…

Mon avis :

Je sens que tout le monde a aimé ce livre. Et moi, non. Je crois que mon avis pourrait se résumer à tout ce que je n’ai pas aimé, alors je commencerai plutôt par ce que j’ai aimé : le personnage de Samuel. Il a  un chromosome en moins, et pourtant, c’est lui qui mène l’existence la plus pleine, se contentant de ce qu’il a, du temps qui lui reste à vivre, et ses parents font tout ce qu’ils peuvent pour qu’il vive bien – avec amour et patience.

Et pourtant, l’inspecteur Ibarra a de quoi mal vivre, constamment. Oui, le livre commence par une fin, celle de la résolution de l’affaire Amanda, une résolution dans la violence et le sang, une résolution  que le meurtrier attendait autant que le policier. Celui-ci en est sorti définitivement meurtri, par ce qu’il a fait, mais aussi par ce qui a été ravivé en lui par cette affaire. Il se moque d’être puni pour ce qu’il a fait – mais c’est impossible, le scandale serait trop grand, et certains savent parfaitement, avec beaucoup d’argent, comment étouffer un malencontreux accident.

Si le roman s’est concentré uniquement sur Ibarra, je crois que je l’aurai apprécié. Le problème est que c’est un roman choral, qui entrelace les destinées, et je suis franchement lassée de ce genre de narration. Parmi tous les autres personnages, les plus sympathiques, ceux à qui j’aurais pu aussi m’attacher, sont morts. Nous sommes constamment renvoyés dans le passé, de l’Argentine à l’Allemagne en passant par les Etats-Unis. Je n’ai rien contre le récit des heures noires de l’Argentine, ou de l’Allemagne, il y a trois ans et un jour, je chroniquai le magnifique Les jours de l’arc en ciel d’Antonio Skarmeta qui parle du Chili, de sa dictature, et trois ans après, je me souviens encore de l’émotion que j’avais ressentie. Là, je me dépêche d’écrire

Les survivants ont vécu le pire, sont à la recherche de réponses. Les parents ? Mis à part Germinal Ibarra et sa femme, aucun ne semble avoir été à la hauteur, avec peut-être même, pour certains, le regret d’avoir été parents – ou d’avoir engrossé une femme, ou de n’avoir su éviter une grossesse. il est aussi des faits qui me paraissent peu gros, comme si personne ne pouvait y avoir pensé plutôt, comme si certaines étrangetés n’inquiétaient pas.

Première lecture de cet auteur, et peut-être dernière : cela fait deux ans qu’un de ses livres est en pause.

Santa Muerte de Gabino Iglesias

Présentation de l’éditeur :

Santa Muerte, protegeme…
Austin, Texas. Tu t’appelles Fernando, et tu es mexicain. Immigré clandestin. Profession ? Dealer. Un beau jour… Non, oublie « beau ». Un jour, donc, tu es enlevé par les membres d’un gang méchamment tatoué qui ont aussi capturé ton pote Nestor. Pas ton meilleur souvenir, ça : tu dois les regarder le torturer et lui trancher la tête. Le message est clair. Ici, c’est chez eux.
Fernando croit en Dieu, et en plein d’autres trucs. Fernando jure en espagnol, et il a soif de vengeance. Avec l’aide d’une prêtresse Santeria, d’un chanteur porto-ricain cinglé et d’un tueur à gages russe, il se résout à déchaîner l’enfer.
Écartelé entre deux pays, deux cultures, deux traditions, Fernando est un héros des temps modernes. Quand toutes les frontières se brouillent, géographiques, morales, spirituelles, seul un nouveau genre littéraire peut dessiner le paysage.

Mon avis :

Court et percutant, à l’image de ses titres de chapitres qui nous annoncent le menu.

Santa Muerte, c’est d’abord le rapport entre Fernando et sa religion, la Santeria. J’ai été à la fois fascinée et horrifiée par le rapport que Fernando entretient avec sa religion. A une époque où l’on ne jure que par le matérialisme, j’ai trouvé intéressant ce jeune homme qui voue un culte sincère à la Santa Muerte, se réconforte en la priant, lui qui sait qu’il ne pourra jamais retourner dans son pays natal. Être immigré clandestin est une chose, avoir dû quitter son pays en catastrophe en est une autre. Oui, j’ai été émue par sa foi, par la neuvaine qu’il commence à réciter, par le lien très fort qui l’unit à Consuelo, la prêtresse de la Santeria, qui est une mère pour lui, avec laquelle il est indéfectiblement lié, bien au-delà de ce que l’on pourrait penser. J’ai presque envie d’ajouter : il suffit d’y croire.

Fernando menait une vie des plus ordinaires, finalement, cumulant deux métiers, dont celui de vendeur de drogue – ce sont des choses qui arrivent, dans l’économie souterraine. Il effectuait son travail en respectant les règles, il n’avait pas de soucis particuliers, jusqu’au jour où d’autres trafiquants décidèrent de récupérer le territoire de son chef Guillermo. Non, ne cherchez pas des négociations commerciales polies. C’est violent, c’est cruel, c’est le monde dans lequel Fernando se retrouve plongé, et il n’était pas vraiment préparé – même s’il en a vu d’autres.

Dans ce tourbillon de violence et de sang, Fernando se livre ensuite à sa vengeance, que personne ne pourra arrêter. Un échec ne l’arrête pas non plus, il s’obstine, il continue, telle une machine de guerre lancée à plein régime, dans un univers où tout, même le pire, peut survenir. Il peut compter sur lui, il peut compter sur la Santa Muerte, il peut compter aussi sur des tueurs prêts à surmonter tous les défis, à affronter toutes les horreurs – ou pas d’ailleurs. Il faut être fou, comme beaucoup d’autres, pour aller au bout, pour être fidèle, pour continuer quand même – après.

Merci aux éditions Sonatine et au PicaboRiverClub pour ce partenariat.

Elite – Au fond de la classe par Abril Zamora

Présentation de l’éditeur :

Paula souffre parce qu’elle ne peut parler à personne de son amour impossible.  Janine garde un lourd secret qui la mettrait en danger si elle le révélait.  Gorka,  son ami obsédé par le sexe, tombe amoureux de la personne qu’il ne faut pas et Mario, le redoublant habitué à harceler les autres, se retrouve pour la première fois victime de chantage. María Elena que tout le monde à Las Encinas surnomme Melena, la Mèche, parce qu’elle a perdu ses cheveux suite à des problèmes émotionnels, porte une triste histoire de famille, derrière sa façade glamour et pleine de fric. Tous ont de sérieux problèmes à affronter, mais à la fin de l’année scolaire,  lors de la fête du lycée, un drame survient… Marina est trouvée morte au bord de la piscine et l’inspectrice en charge de l’enquête reçoit un mystérieux journal  intime, bourré de phrases haineuses à propos de l’adolescente assassinée. Quelqu’un la détestait et tout indique que l’auteur de ce journal était dans la même  classe que la victime. Les cinq protagonistes, Melena, Janine, Mario, Paula et Gorka, se verront mêlés d’une manière ou d’une autre à l’affaire. L’auteur du journal a-t-il quelque chose à voir avec le crime ? Qui a anonymement apporté ce cahier rose à la police ? Pourquoi l’auteur détestait-il tant Marina ? Comment les choses en sont-elles arrivées là ? Pour assembler les pièces du  puzzle, il va falloir remonter au tout début de l’année scolaire.*

Merci à Netgalley et aux éditions Hachette pour ce partenariat.

Mon avis : 

Bienvenue. Bienvenue en Espagne dans le monde des adolescents privilégiés, qui ne manquent quasiment de rien. Mario, le beau gosse redoublant, a un ego surdimensionné par la faute de sa famille, qui lui a tout passé. Janine n’a pas vraiment de soucis, si ce n’est que sa famille, aimante, fait partie des nouveaux riches, et que Janine ne porte pas du 32 – la littérature espagnole est remplie de ses filles stigmatisées parce qu’elles ne sont pas anorexiques. Ménéla, Paula, Gorka, presque tous cachent un secret, et sont en tout cas tous mal dans leur peau. Nous les découvrons presque à rebours, après l’assassinat de leur camarade de classe Marina. Camarade… c’est beaucoup dire, et la police ne peut que constater l’étendue de la haine générée par la jeune fille. Son meurtre en est la preuve.

Une voix s’élève, une voix qui nous annonce le devenir de certains personnages, comme Gorka, par exemple. Plutôt rassurant pour lui, parce que, même s’il n’est pas parfait, il est capable d’apprendre de ses erreurs, et de se mettre en quatre pour ses ami(e)s, à l’opposé de Mario, de plus en plus imbuvable. Le lycée ne dure pas toute la vie, il ne faut surtout pas l’oublier – heureusement, ai-je envie de dire – et ceux qui ont développé des qualités, des compétences, pourront s’en sortir, et même mener une vie parfaitement heureuse. Les autres, ceux qui ont cru qu’ils seraient les rois toutes leurs vies, sans penser à l’avenir, sont plutôt mal partis.

Je ne connais pas la série – c’est ce que je dis à chaque fois – mais le portait de la jeunesse qui nous est donné est assez désespérant. Mais le déclic, l’espoir est possible – quand on a touché le fond, il est possible de remonter, encore faut-il avoir suffisamment de lucidité, de désir d’avancer, pour y parvenir.

Un roman bien écrit, bien mené, qui donne envie de parcourir un bout de chemin avec ses grands adolescents.

Le petit garçon qui voulait être Mary Poppins

édition Le cherche-Midi – 224 pages

Présentation de l’éditeur :

C’est l’histoire de Guille… C’est l’histoire d’un petit garçon débordant d’imagination qui voue un amour sans bornes à Mary Poppins. L’histoire d’un père un peu bougon, qui vit seul avec ce fils sensible et rêveur dont il a du mal à accepter le caractère. D’une institutrice qui s’inquiète confusément pour l’un de ses élèves qui vit un peu trop dans ses rêves. D’une psychologue scolaire à qui on envoie un petit garçon qui a l’air d’aller beaucoup trop bien. Quel mystère se cache derrière cette apparence si tranquille, et pourtant si fragile ?

Merci aux éditions Le cherche-Midi et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Une découverte, pour moi. Celle d’un auteur, de son univers, d’une sensibilité aussi. Je dois dire que sans cette sublime couverture, je serai peut-être passée à côté de ce livre, et j’aurai eu tort.

C’est un livre en forme de puzzle pour le lecteur, en forme de puzzle aussi pour les personnages qui doivent comprendre ce qui se passe – et le dénouement ne sera pas celui que l’on attendait. Il faut oser sortir des sentiers battus, il faut oser faire confiance aux enfants.

Et l’enfant, dans ce récit, se nomme Guille. Il est le fils d’un couple aimant, issu de deux cultures différentes, espagnole pour le père, Manuel, anglaise par la mère. La fantaisie n’est pas forcément du côté que l’on croit, et Amanda, la mère de Guille, hôtesse de l’air, a un amour immodéré pour les comédies musicales qu’elle fait partager à son fils. Les comédies musicales, et surtout Mary Poppins, le film mais aussi la version scénique, à laquelle on ne pense pas forcément en France : les comédies musicales ont finalement peu percé dans notre pays. Autant dire que son père, qui l’élève seul maintenant qu’Amanda a dû accepter un travail à Dubaï, ne le comprend pas vraiment, lui qui ne correspond pas à l’idée qu’il se fait d’un garçon, d’un fils. Il fait pourtant de son mieux pour s’occuper de lui, seul.

Guille est entouré de personnages féminins bienveillants : son institutrice, qui se préoccupe de lui au point d’envoyer voir la psychologue scolaire, même si tout semble aller bien. Repérer des petits indices qui semblent insignifiants est très important.

En contrepoint, nous avons l’histoire de Nazia, une petite fille d’origine pakistanaise qui est la seule véritable amie de Guille dans cette école, peut-être parce qu’elle aussi est différente. Ce que l’on perçoit de sa vie, du destin qui pourrait être le sien montre à nouveau à quel point il faut être attentif à tous ses petits signes – et ne surtout pas hésiter à parler.

Je le dis souvent : la parole ou l’absence de parole peut faire basculer une vie. Guille parle, et il est des personnes qui l’écoutent véritablement, qui vont aussi véritablement écouter et entendre ce qu’il a à dire. Les mots sont magiques, ne l’oublions pas.

 

 

D’Elizabeth à Teresa de Marian Izaguirre

Présentation de l’éditeur :

La mystérieuse Teresa Mendieta, gérante d’un hôtel situé sur la Costa Brava, a disparu sans laisser de traces. Philippe, son ancien maître d’escrime, tente désespérément de la retrouver et interroge ses proches, tissant au fil des témoignages le portrait d’une femme complexe.
Sa disparition pourrait-elle être liée au passé de l’hôtel et de ses premiers habitants ? Car Teresa a précieusement gardé un journal intime rédigé sous forme de lettres, celui d’Elizabeth Babel, une jeune anglaise muette et isolée, qui habita dans le même lieu cent ans plus tôt. Malgré le siècle qui les sépare, plusieurs secrets et expériences communes semblent étrangement unir les deux femmes…
Véritable hommage au pouvoir de l’écriture et de la transmission, D’Elizabeth à Teresa entremêle les destinées de deux personnages féminins inoubliables.

Merci à Netgalley et aux éditions Les escalles pour ce partenariat.

Mon avis :

Je serai presque rapide, je n’ai pas aimé ce livre parce que je n’ai pas aimé le destin de ses deux héroïnes. Simple et efficace manière d’écrire un avis. Je reconnais aussi que, si j’ai lu ce roman en deux sessions, il faut vraiment rester toujours concentré tant il est parfois difficile de savoir qui parle, ou à quelle époque nous nous situons. Et je ne parle même pas de la durée de l’action, qu’il est parfois difficile d’évaluer.

Prenons par exemple Elizabeth – la première par ordre chronologique, la seconde par sa place dans le récit. Elle est sourde, et à cette époque, la surdi-mutité n’était pas accompagnée, mais alors pas du tout de la même manière. Pourtant, l’on pressent que la vie d’Elizabeth aurait pu être différente, si elle avait intégrée la bonne école plus tôt, si elle avait appris la langue des signes – ou plutôt, si on lui avait fait intégrer cette école, si on lui avait fait apprendre cette langue. A la mort de son père, sa mère se remarie, et si son beau-père prend soin d’elle, dans cette famille recomposée (mot qui n’était pas employé à l’époque, il était cependant coutumier de voir des veufs, des veuves se remarier rapidement pour la sécurité de leurs enfants), elle se retrouve assez vite isolée, écrivant pour se faire comprendre, s’écrivant à elle-même pour conserver des faits marquants de sa vie. Elle ne s’invente même pas une amie imaginaire, amie qu’elle n’a jamais eu, sauf peut-être Gertrude, la fille de son beau-père, pendant un temps assez bref. L’attitude des autres, à cause de sa surdité, est révoltante. J’ai envie de dire : « point », parce qu’elle-même laisse passer les occasions de se révolter, d’écrire ce qu’elle pense. A travers elle, nous voyons, de loin, de très loin, la première guerre mondiale, puis la guerre d’Espagne, et à force de mettre de la distance avec les gens, avec le monde, je me suis aussi sentie d’être distante avec elle.

Pour Teresa, je serai presque tentée de dire : « même combat ». Teresa est « mystérieuse », nous dit le quatrième de couverture. Pas tant que cela. Son destin, après le premier tiers du livre, est reconstitué par son maître d’armes français. Au passage, je tiens à dire que je ne connais pas la ville de Perpignan, je n’y suis jamais allée, mais la vision qui est donnée de cette ville est pour le moins pessimiste. Pour revenir à Teresa, elle cache des choses, oui, mais sa « vie » sentimentale, sans attache, n’est pas un mystère, presque pas du moins, elle qui traverse la frontière pour retrouver son amant, marié. Enfant, elle a grandi auprès d’une mère qui ne pensait qu’à elle-même, négligeant sa fille, mais refusant que son père s’en occupe. Aurait-il fait mieux ? Disons qu’il aurait fait différemment. Teresa, en tout cas, sera stigmatisée du simple fait qu’elle est la fille de sa mère.

Je pourrai disserter, presque sans fin, pour savoir si Teresa et Elizabeth sont vraiment connectées. Est-ce vraiment utile de l’affirmer ? Ce qui est sûr est que Teresa, seule, sans mère pour sa soutenir, avec des proches que j’ai parfois trouvés franchement indiscrets (bienvenue dans l’obscurantisme), sans amis, met ses pas dans ceux d’Elizabeth, la seule personne qui lui parle, même si c’est à des décennies de distance.

A vous de voir si vous souhaitez vous laisser tenter.

Les aventures du jeune Jules Verne : Aux confins des océans

Présentation de l’éditeur :

Un mal mystérieux touche les eaux nantaises : les poissons meurent par milliers dans une odeur pestilentielle. Intrigués par ce terrible phénomène, Jules et ses fidèles amis décident de mener leur enquête à travers les fonds marins. Ils pourront compter sur le submersible du capitaine Nemo et la nouvelle invention de Jules… le scaphandre.

Mon avis :

Le progrès tue ! Non, ce n’est pas moi qui le dis, ce n’est pas non plus Jules Verne ou le capitaine Nemo, c’est le principal du collège où Jules est élève. Les poissons meurent les uns après les autres, les pécheurs sont dans la peine, et ce ne peut être dû qu’au progrès ! Ce n’est pas le membre d’une organisation criminelle clandestine qui dira le contraire.
Aussi, Jules et ses amis, qui ne sont pas à une invention près, vont repartir à l’aventure afin de trouver ce qui se passe vraiment au fond de la mer. Ils seront bien sûr aidés par le capitaine Némo, et ce qu’ils vivront au fond de l’eau, en compagnie notamment d’un narval, fait irrésistiblement penser à un célèbre roman de Jules Verne, forcément. J’ai presque envie de dire que cette aventure était attendue depuis le début de la série ! Le langage est nettement accessible, parfois même trop moderne – voir les « à plus » qu’échangent les enfants. Cependant, l’ensemble reste sympathique, facile à lire, et se termine pour une fois dans la franche rigolade.

Les Aventures du jeune Jules Verne, tome 3 : Voyage dans les abîmes

Présentation de l’éditeur :

Le progrès s’invite enfin à Nantes ! Un congrès scientifique va avoir lieu, et d’éminents professeurs sont attendus. De quoi combler Jules et ses amis. Mais une mystérieuse organisation kidnappe les savants et tente de détourner leurs connaissances à des fins criminelles. Les Aventuriers du XXIe siècle sont prêts à tout pour déjouer ce complot diabolique, même à s’aventurer vingt mille lieues sous la terre…

Mon avis :

Les aventures du jeune Jules Verne, soit on se fait à la structure de ces romans, soit on ne s’y fait pas, et à partir du troisième tome, j’ai décidé de m’y faire, puisque leur lecture n’était pas si désagréable que cela.
Oui, il faut du temps pour que l’intrigue s’insère dans la vie quotidienne de Jules, de Caroline, sa cousine étroitement surveillée, de Marie, qui devra abandonner le collège à la fin de l’année parce qu’elle est une fille (je me suis même demandé s’il existait vraiment des collèges « mixtes » à cette époque) et de Huan, qui doit se justifier d’être français, lui dont les parents ont émigré des années auparavant. Jules et ses idées progressives, ses rêves un peu fous se trouve mis à l’écart de sa famille, il ne se tient pas « comme il faut », et ses inventions sont pour le moins déroutantes. S’il ne s’épanouit pas au collège, il peut compter sur le capitaine Némo, mais aussi sur André Gouy, ancien rêveur, authentique scientifique actuellement.
Le progrès n’attend pas, ou presque pas, dans cette bonne ville de Nantes qui bruit de légendes, mais pas seulement : les souterrains, les grottes cachent bien des mystères, et les disparus le sont réellement. D’ailleurs, c’est André Gouy, l’ami du capitaine Nemo, qui disparaît à son tour. Envers et contre tout, les quatre amis mènent l’enquête.
Comme souvent, les dangers sont bien réels, parce que les ennemis n’ont peur de rien, si ce n’est du progrès. Ils ne craignent pas d’ailleurs de se référer à tous les symboles religieux de la destruction – les quatre cavaliers, pour les nommer – et à des méthodes vieilles comme le monde pour parvenir à leur fin. Ils ont oublié que l’inventivité et la solidarité pouvaient beaucoup également.
Le dénouement est un peu rapide, comparé au reste de l’intrigue, mais il apporte une certaine satisfaction.

Quand Damas refleurira de Leila Nachawati

Présentation de l’éditeur :

2014, Madrid. Sarah, hispano-syrienne, vit dans l’angoisse : elle est sans nouvelles du père de sa petite Sham depuis qu’il a été enlevé dans la banlieue de Damas, sans doute par l’armée de Bachar el-Assad. Elle décide de raconter son année 2011. L’année où fut conçue Sham, l’année où le monde arabe se réveilla – l’année où tout commença. Une façon pour Sarah de continuer à garder espoir… En retraçant les trajectoires de Mazen, syro-palestinien, la conservatrice Wafa, qui attend le prince charmant, Hussein, chiite, Rudayna, virtuose du luth dont la famille est proche du régime, Osama, reporter idéaliste, Sarah nous embarque dans le quotidien des jeunes Damascènes, entre aspiration d’ouverture et condamnation à la fermeture. Et brosse le portrait d’un pays aux multiples couleurs, aux innombrables parfums et à la culture millénaire dont aucun dictateur ne pourra museler l’âme romanesque.

Merci aux éditions Presse de la cité et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

J’ai l’impression que ce roman, pourtant disponible depuis quelques semaines déjà, n’a que peu d’avis sur les réseaux sociaux. Pourquoi ? Mystère. Le sujet ? Il est vrai qu’il n’est pas glamour et que, comme certains téléspectateurs veulent à tout prix ne pas voir certains sujets à la télévision et je ne vous parle même pas de ce qui pourrait se passer s’ils s’y trouvent confrontés dans la vie, certains lecteurs n’ont pas forcément envie de se pencher sur la Syrie, même dans un roman – il faut dire que ce n’est pas un sujet très facile.

D’ailleurs, est-ce que nous, occidentaux, nous nous intéressions vraiment à la Syrie avant que les réfugiés syriens affluent en Europe ? Pas sûr. C’était un pays comme un autre. Puis, le printemps arabe a eu lieu, entraînant de profondes modifications en Tunisie, en Egypte. Et en Syrie ? C’est ce que nous propose de nous raconter ce livre.

Sarah est la narratrice principale, le fil conducteur de ce livre qui nous permet d’entre plusieurs voix – celle de Wafa ou celle de Rudyana. Ces voix nous montrent la vie d’avant, sous le joug d’un régime qui ne dit pas être une dictature mais qui y ressemble beaucoup, avec une propagande parfaitement huilée, qui m’a rappelé – de loin – celle qui a cours en Corée du Nord. Un régime qui a ses fidèles, ses thuriféraires, qui sont persuadés que tout est pour le mieux et que le désordre ne peut venir que de l’extérieur. L’anti-sémitisme, l’anti-américanisme est sous-jacent pour certains syriens. Dans un tout autre domaine, l’amour a à peine sa place en Syrie, l’important est de se trouver un bon mari, qui vous laissera faire ce que vous voulez même si cela ne correspond pas forcément à ce que nous, occidentaux, considérerions comme faisant partie d’une vie « libre ».

Le premier tiers du roman était presque sans problème – même si l’on savait que la guerre allait réellement survenir. Le lecteur veut y croire un peu, pas forcément longtemps. Le pire survient ensuite parce que nous découvrons, de l’intérieur, comme la répression a été menée, comme l’on en venait à se méfier de tous et de tout, comme les réseaux sociaux ont permis d’abord le meilleur, avant de devenir le pire vecteur qui soit. Livre pessimiste ? Non, plutôt livre réaliste. Que certains ne seraient-ils pas prêts à faire pour conserver leur confort ?

Je terminerai par cette citation :

La révolution n’avait aucune chance de triompher avec tus ses gens abêtis qui ne se souciaient que de manger, dormir et du nouvel épisode du feuilleton à la mode.