Archive | septembre 2021

L’agence Pendergast, tome 3 : les sirènes du Mississippi de Christophe Lambert

édition Didier Jeunesse – 160 pages

Présentation de l’éditeur :

Les agents Sean, Célia et Joe embarquent sur un bateau à aube sur le Mississippi comme saltimbanques vedettes pour enquêter sur des vols qui ont lieu à bord. Cette aventure les mène dans le temple d’une cité perdue, en compagnie d’une femme mystérieuse. Avec un marque-page détachable.

Mon avis :

Pour moi, les sirènes du Mississippi me font toujours penser à Tom Sawyer, et surtout à Huck, qui parcourut le fleuve en quête de liberté. Je pense moins aux créatures extraordinaires qui pourraient hanter le fleuve – ou pas.

La mission semblait presque classique, pourtant, Sean, la jeune recrue de l’agence, Célia et Joe devaient enquêter sur des vols mystérieux commis sur un bateau à aube. Premier obstacle : se faire engager comme artistes à bord. C’est déjà une épreuve en soi ! Deuxième obstacle : ne pas être soupçonné d’enquêter, mais être soupçonné d’être des voleurs. Il est des enquêteurs professionnels qui sont en effet remplis de préjugés. Ce n’est qu’après avoir surmonté tout ceci, et bien d’autres choses encore qu’ils pourront se concentrer sur tout ce que cette affaire peut avoir de paranormal, sans se laisser prendre aux jeux des apparences, ce qui aurait été très (trop ?) facile. Un roman d’aventures pour la jeunesse n’est pas forcément simpliste.

Pas le temps de se reposer : à peine cette aventure finie que nos agents sont déjà repartis vers d’autres horizons.

Le crime de la rue François Ier de René Trotet de Bargis

Présentation de l’éditeur :

Mme Louviers est retrouvée morte par son mari, dans leur appartement d’un immeuble de la rue François Ier. La jeune femme a été étranglée dans l’après-midi et, selon la concierge, seule une personne a pénétré dans le bâtiment, une locataire travestie, pour le Mardi gras, en bayadère. L’inspecteur VIGEON découvre sous le cadavre un morceau d’étoffe sur laquelle est collée une étoile dorée en papier, comme l’on en trouve sur les déguisements. Il n’en faut pas plus au juge pour faire arrêter la voisine. Cependant, l’inspecteur VIGEON est rapidement convaincu que la suspecte est innocente. Mais alors, qui est l’auteur du crime de la rue François Ier ?

Mon avis :

J’ai un souci avec ce récit policier. Je me souviens très bien de la victime, la douce madame Lucienne Louviers (le prénom et le nom de famille m’ont beaucoup aidé pour cela). Je me souviens bien aussi de Viviane de Châtellerault, jeune femme qui vivait dans le même immeuble et qui fut soupçonnée du meurtre. Je me souviens du coupable et de son mobile. Par contre, si l’on me demande à quoi ressemble l’inspecteur Vigeon et quelles sont ses méthodes, je sèche totalement. Je n’ai aucun souvenir de lui et même s’il confond le coupable, c’est un article de journal qui clôt le récit et nous donne tous les détails dont nous avions besoin pour tout comprendre. Je me souviens seulement qu’il n’a pas voulu s’arrêter au premier coupable idéal trouvé et découvrir le fin mot de l’histoire. Voilà pour lui.

Je me souviens également d’autres petits soucis au cours de la lecture. Tout va trop vite : en trois jours, madame Louviers est tuée puis enterrée ? Même à cette époque, je trouve que cela va vraiment très (trop ?) vite comme si on avait sauté des étapes. Cette partie du récit ne sera d’ailleurs pas la seule mais si je dis quel personnage va beaucoup trop vite, je risquerai de dévoiler mobile et meurtrier.

Le crime de la rue François Ier, c’est pour moi la défaite des femmes. Je le répète, j’aime beaucoup le personnage de madame Louviers, qui a fait un mariage d’amour avec un homme plus aisé qu’elle, un mariage auquel personne, dans la famille du marié, ne s’est opposé, tant ils ont préféré l’amour et les qualités de la fiancée à une dot sonnante et trébuchante. Lucienne est heureuse, heureuse de sa vie, heureuse de la partager avec l’homme qu’elle aime, et l’on aurait presque pu basculer dans la romance si elle n’avait pas été sauvagement assassinée. Elle est une victime innocente, tout comme Viviane de Châtellerault, qui a pour seul tort d’aimer les hommes, d’aimer s’amuser, tout en veillant à toujours rentrer chez elle seule (c’est à dire non accompagnée)  : la morale (celle de l’époque) est sauve. Même Yvette Surger, demi-mondaine célèbre, courtisane (les deux termes sont employés) n’a pas un destin réjouissant. Elle veut être aimée, pour elle, se marier parce qu’elle est aimée. Elle l’espère en tout cas, non l’être pour son argent. Etre une femme, marié, célibataire ou entretenue, c’est toujours être à la merci des hommes.

Amour givré, copines cinglées et crémes glacées de Brooke Blaine

Mon résumé :

Ryleigh tient une boutique/salon de crême glacé baptisé « Langoureusement vôtre » et participe à un concours télévisé dont le but est de l’aider à créer une chaine de magasin. Au cours d’une réunion d’anciens élèves, elle croise le chemin de Cameron, dont elle était secrètement amoureuse. Pourquoi ne pas commencer une histoire d’amour ? C’est sans compter leurs métiers respectifs, très prenants, et Hunter, meilleur ami et colocataire de Cameron : il trouve Ryleigh très à son goût.

Mon avis :

Je ne dis pas que l’heure est grave. Je dis simplement que j’ai enchaîné les lectures de romance – trois pour être exacte. Je ne prétends pas devenir une spécialiste de la romance grâce à cela, non. Je dis simplement qu’il est des romances qui sont plus en phase avec notre temps que d’autres.

Déjà, le quatrième de couverture, comme c’est hélas trop souvent le cas, en dit beaucoup trop, et mal, sautant des étapes, résumant ici, tronquant là. Par exemple, si Hunter est « en charge des rénovations de « Langoureusement vôtre », c’est parce que le précédent entrepreneur n’était pas vraiment efficace, et que Cameron, qui avait déjà présenté Hunter à Ryleigh, a suggéré à la jeune femme de faire appel à lui. Ensuite, la rencontre avec Cameron n’est pas un « effondrement » – et je pourrai continuer ainsi longtemps. Je préfère me concentrer sur l’intrigue.

Elle aurait pu être casse-gueule. En effet, retrouver son coup de coeur du lycée, celui à qui on n’a jamais osé dire qu’on l’aimait et penser nouer une histoire d’amour avec lui, est-ce vraiment… sérieux ? Cela fait un « joli » sujet de romance, et pour l’héroïne qui lit énormément de romans à l’eau de rose, qui pour certains se terminent très mal (contrairement à elle, je n’ai jamais lu de romans de Nicholas Spark, donc je la crois sur parole), je comprends que cela peut être tentant : prouver, se prouver que, maintenant, à l’âge adulte, elle peut vivre une histoire d’amour avec lui, elle qui était mise à l’écart au lycée parce que trop originale. Elle est restée fidèle au style qu’elle s’était crée à l’adolescence, ne cherchant pas à se fondre dans un moule quelconque. De même, ses meilleures amies sont elles aussi originales, un poil excentrique, et s’en portent très bien ! Ryleigh tient un salon spécialisé dans les crèmes glacées au nom assez évocateurs, coupes de crèmes glacées aussi élaborées que leur nom. Certaines bonnes âmes s’en offusquent – Ryleigh a mis un avertissement devant sa boutique (il ne manque plus qu’un rayon romance et littérature érotique et les mêmes bonnes âmes défailliront davantage).

J’ai craint à un moment que le roman ne montre une gentille petite femme bien soumise à l’homme qu’elle veut séduire. Ce n’est pas le cas. Ryleigh veut séduire, oui, mais pas s’effacer. Elle commettra des erreurs, aussi – qui n’en fait pas ? Les relations humaines, amoureuses, ne sont pas simples, et le récit nous montre qu’il faut savoir aussi laisser du temps à l’autre, et faire confiance. Pas forcément facile. Ryleigh et son amoureux sont des trentenaires, bien installés dans la vie, ce qui signifie qu’ils ont un passé amoureux et que leur vécu influence leur relation présente. Connaître l’autre prend du temps, et Ryleigh ne le prend pas toujours.

Ce roman sympathique est un tome 1. Il est dommage que les deux tomes suivants, consacrés à ces deux copines cinglées, n’aient pas été traduits en français.

Les pissenlits de Yasunari Kawabata

Présentation de l’éditeur :

Ineko souffre d’une étrange maladie : des moments de cécité partielle qui l’empêchent de voir tel objet, telle partie de son corps ou de celui de son amant Hisano. Sur le chemin du retour de l’hôpital psychiatrique où ils viennent de la faire enfermer, dans un paysage étincelant de pissenlits en fleur, la mère de la jeune fille et Hisano poursuivent une conversation étrange : une ronde parolière semée de réminiscences, de questionnements saugrenus, de réflexions surréalistes. Inédit en France, ce roman inachevé dévoile une nouvelle facette de la virtuosité littéraire de Kawabata. On y retrouve le goût de l’ellipse et de l’ambiguïté inhérents à son univers, sur lequel plane ici encore le thème obsédant du désir et de la mort.

Mon avis :

Ce livre est ma première lecture d’un roman de Yasunari Kawabata et probablement la dernière. J’ai déjà tenté une lecture d’un autre roman, j’ai échoué lamentablement avant de le rendre à la bibliothèque. Celui-ci retournera à la bibliothèque aussi.

Je commence à écrire cet avis après avoir lu 90 pages sur 200, 90 pages lues rapidement parce qu’il ne se passait pas grand chose. Nous savons que Ineko souffre d’une maladie mentale : parfois, elle ne voit plus le corps des autres. Non, il ne s’agit as d’un problème de vue, mais d’un problème psychique, et sur les conseils du médecin, la mère d’Ineko l’a faite internée. En effet, Ineko n’est pas un cas isolé, et l’exemple donné par le médecin a de quoi effrayer : ne voyant plus le cou de son nouveau-né, une jeune femme l’a serré jusqu’à l’étrangler. Pour protéger la jeune femme, autant que pour protéger son entourage, elle a donc été internée. Etrange établissement que celui-ci, où l’on laisse le patient nouvellement arrivé sonner la cloche de trois heures, pour lui permette de retrouver le contact avec la vie « normale ». Par conséquent, elle sonne, elle sonne et Hisano, son amant, de l’entendre et de demander à la mère d’Ineko de retourner chercher sa fille. Oui, il a signé pour l’internement, mais il est profondément contre. « Mais » : Ineko comme sa mère refusent l’usage de cette conjonction de coordination, pour elle, le principe même de s’opposer à quelque chose, de modérer sa pensée est donc impossible. Inquiétant ? Oui. Jusqu’à présent, les 90 pages sont un dialogue qui parle de thèmes forts, de thèmes qui expliquent peut-être en partie le déséquilibre mentale d’Ineko, sans que je perçoive autre chose qu’un certain malaise. Pourquoi se confie-t-elle ainsi, sur des événements aussi intimes, la jalousie qu’elle éprouvait envers son mari, sa mort accidentelle sous les yeux de sa fille, qui accompagnait son père pour rassurer sa mère ? N’oublions pas non plus la guerre, les conséquences sur son mari, qui a dû continuer son métier de militaire bien qu’il ait été amputé d’une jambe.

Je poursuis l’écriture de cet avis alors que je suis presque à la fin, et le constat est le même, il ne se passe toujours rien. La mère se rappelle d’un épisode qui date du lycée, la première fois où Ineko n’a pas « vu » quelques chose, il s’agissait alors d’une balle lors d’un match de ping pong, et la scène nous est longuement détaillée, jusqu’à ce que nous revenions dans le temps présent. Il est désormais neuf heures, six heures et 222 pages ont passé depuis le début du roman, et cette sensation de ne pas progresser se poursuit. La mère et l’amant se disputent, de manière assez feutrée. Il est toujours insupportable pour l’un de l’avoir fait interner, l’autre se muant presque en accusatrice. Regrette-t-elle les confidences qu’elle lui a faites quelques heures plus tôt ? Alors que la nuit tombe, seule dans sa chambre, mais troublée par la présence toute proche du jeune homme, elle se remémore ses relations avec son mari, ce militaire très dur qui aimait la littérature européenne et se sentait désormais, avec la défaite, exclu de la vie, ce militaire pour qui une femme devait tout faire pour son mari. Et Ineko, à son tour, de se souvenir, pour oublier, un temps, les réalités de l’hôpital psychiatrique où la jeune femme qu’il aime, et qui a été durablement traumatisée par la mort de son père, est internée.

La fin ? Je ne saurai jamais où ce livre devait nous mener, non que je n’ai pas terminé ma lecture, mais l’auteur n’a pas terminé son écriture.

 

Le monstre des égouts de Christophe Lambert

édition Didier Jeunesse – 137 pages

Présentation de l’éditeur :

Recruté depuis peu par M. Pendergast, Sean doit encore faire ses preuves. Adieu les vols à la sauvette et bonjour les ennuis paranormaux ! New York cache dans ses recoins les plus sombres des créatures extraordinaires. Les trolls et les nains se terrent sous les égouts, loin de toute vie humaine. Mais l’équilibre entre ces deux populations est menacé depuis une étrange disparition. L’Agence Pendergast doit vite résoudre ce mystère si elle ne veut pas se retrouver avec une guerre souterraine sur les bras ! Elle envoie Sean et ses fidèles coéquipiers, Célia et Joe l’Indien, enquêter dans les égouts ! Y rentrer est simple, mais, en sortir indemne est mission impossible…

Mon avis :

Voici le second tome des aventures des membres de l’agence Pendergast. Du nouveau membre pour l’un d’entre eux, devrai-je dire. Sean vit toujours dans les rues de New York, il lui arrive encore de voler à la sauvette, mais il participe à l’occasion à des missions. Celle-ci sera pour le moins surprenante sur le plan culinaire (voir le chapitre 7, ce n’est pas tous les jours que des nains invitent des agents à partager leur copieux repas), elle l’est aussi parce qu’elle permet à Sean de découvrir un peu plus les créatures surnaturelles qui se cachent aux yeux des humains, tout en, peut-être, se rapprochant de Joe, qu’il déteste par principe. Les parents de Sean ont été tués par des indiens, Joe est un indien, donc Sean déteste Joe. Le raisonnement suivi par le jeune garçon n’est hélas pas très éloigné de celui suivi par des adultes sûrs de leur bon droit.

Ce que va apporter à Sean cette aventure ? Beaucoup de choses. Renvoyer (un peu) dans les cordes Barrie, cet agent anglais qui lui demande s’il a des chances auprès de Célia ? Fait. Rencontrer des nains, des trolls, et un monstre des égouts ? Fait. Assister à des batailles sanglantes, prendre des initiatives ? Fait aussi. Renouer avec son passé, proche ou lointain ? Fait. Tout ce qu’il a vécu dans ce tome comptera à mon avis énormément pour la suite.

J’ai pour l’instant lu deux tomes de l’agence Pendergast, mais elle me semble une très bonne série d’aventures pour la jeunesse – et pour ceux qui sont restés jeunes d’esprit.

Les mots fantômes de David Moitet

Présentation de l’éditeur :

Eliott est en maison de repos, sa mère vient de mourir. Cependant, il est clair pour lui que cette mort est suspecte, et qu’il ne s’agit pas du suicide qu’on veut lui faire croire. Lilas, une pensionnaire du centre, a un choc en voyant une photo de la mère d’Elliot : c’est une des apparitions qui la hante tous les jours. Elle comprend qu’elle a le don de voir les morts, ce que sa famille s’évertue à lui cacher depuis des années. Les deux adolescents se lancent dans une double enquête, à la recherche de la vérité, au péril de leur vie…

Mon avis :

Quand je lis les « nouveaux » livres pour adolescents, je me questionne toujours : trouveront-ils leur public ? Les mots fantômes ne font pas exception. Déjà, il ne peut pas être rangé dans une case, ce qui est pourtant commode pour tous : libraires, enseignants et parents. Il est à la fois un roman contemporain, un roman policier, et un roman fantastique. Le plus simple (presque) aurait été de le cantonner dans la case policier, avec Eliott qui ne croit pas au suicide de sa mère et veut découvrir la vérité, envers et contre tout. Même la police exprime parfois des doutes sur ce qui s’est vraiment produit, mais manque d’indices pour lancer véritablement une enquête.

Ce n’est pas tant que le livre bascule alors dans le fantastique, formule ô combien traditionnelle, c’est plutôt qu’il nous emmène aux portes de la folie. Lilas a des hallucinations. Ses crises étaient passées, du moins l’espérait-elle, elles reprennent de plus belle et elle se retrouve en maison de repos, terme pudique, poli, pas effrayant du tout, qui m’amène à me questionner : comment aider ces jeunes qui souffrent ? Oui, c’est difficile, et oui, j’ai toujours l’impression que la société est en retard et ne met pas tous les moyens possibles pour les aider (expérience de professeur).

Lilas et Eliott vont s’unir, mettre en commun leurs différences, leurs interrogations en cherchant la vérité. Lilas ne se doutait vraiment pas de ce qu’elle allait découvrir. Lilas et Eliott sont tous les deux des adolescents, mineurs, des êtres qui sont entièrement dépendants de ce que les adultes trouvent être le mieux pour eux. La situation est exactement la même face à un parent âgé : l’adulte sait aussi ce qui est mieux pour lui ou pour elle, soi-disant pour le protéger, ce qui revient à l’infantiliser. J’ai toujours pensé qu’à partir du moment où l’on trouvait une personne âgé trop fragile pour lui dire certaines choses, alors c’était vraiment le commencement de la fin pour elle, puisque l’on (ses enfants ? ses médecins ?) choisissait de la couper, un peu, du monde (parce qu’elle ne devait pas y rester encore longtemps ?).

Je n’oublie pas Charles, troisième personnage qui donne son nom à des chapitres. Ce n’est pas qu’il n’est pas intéressant, c’est qu’il ne m’a pas intéressé. Avec lui, c’est le pire dont est capable un être humain que nous découvrons. Parce qu’avec tout ce que j’ai écrit, j’en aurai oublié un des sujets principaux : le deuil, la perte violente d’un être aimé.

Merci aux éditions Didier Jeunesse et à Netgalley pour leur confiance.

N’oublie pas les fleurs de Genki Kawamura

édition Fleuve – 304 pages

Présentation de l’éditeur :

Le soir du 31 décembre, Izumi rend visite à sa mère Yuriko pour les fêtes de fin d’année, mais cette dernière est absente. Il la retrouve finalement perchée sur la balançoire d’un parc voisin, où elle semble perdue. Cet événement n’est que le premier signe de la maladie qui la ronge : quelques mois plus tard, il apprend qu’elle est atteinte d’Alzheimer.
À mesure que les souvenirs de Yuriko s’estompent, ceux de l’enfance d’Izumi ressurgissent. En prenant soin de sa mère – au moment où lui-même s’apprête à devenir père – Izumi tente de comprendre ce qui l’a éloigné d’elle au fil du temps, s’interroge sur le sens de leur relation. Pour retrouver l’essentiel de ce qui leur reste à présent.

Mon avis :

N’oubliez pas l’eau des fleurs est une oeuvre tendre et distancié, qui nous parle du souvenir mais aussi de la filiation. Izumi est un homme qui a réussi dans la vie. Il est marié, lui et sa femme, qui se sont rencontrés dans le cadre du travail, ont une très bonne situation professionnelle. Leur métier les fait évoluer dans le monde de la musique, ils s’occupent d’artistes, les découvrent parfois, les aident à s’épanouir, ce qui n’est pas forcément facile. Le monde de la musique est une jungle comme une autre, il faut parfois oser faire des coups d’éclats.

Le travail est si prenant qu’il n’a pas le temps de voir sa mère souvent. Du moins, c’est le prétexte qu’il se donne, il sait bien qu’il le pourrait, s’il le voulait. Il a ses raisons, nous le découvrirons au fil du récit, pour avoir mis une certaine distance entre lui et sa mère, même si elle tient à lui, même s’il l’aime. Du coup, il n’a pas pu voir les indices qui indiquaient le début de cette longue descente vers la mort qu’est la maladie d’Alhzeimer. Mais qui peut dire avec certitude : « je les ai bien vus ? » Il est toujours facile de parler après coup, quand la maladie est là.

Izumi va faire de son mieux, toujours. Faire de son mieux, c’est penser avant tout au bien-être de sa mère, face à l’évolution imprévisible d’une maladie dévorante. Il pèse chaque choix qu’il fait pour elle, ne cherchant jamais la solution la plus facile, mais celle qui conviendra le mieux à sa mère. Il veut croire, il veut espérer – mais la réalité le rattrape, la maladie gagne du terrain. Il est bon de rappeler que oui, on ne sait jamais comment la maladie évoluera. On connaît seulement la fin.

Beaucoup de pudeur, de retenu dans ce livre, pas de scènes ou de révélations fracassantes, non, simplement maintenir les liens qu’une mère et son enfant ont pu tisser le plus longtemps possible.

Merci aux éditions Fleuve et à Netgalley pour ce partenariat.

 

Merlin et son chat de Christophe Lambert

édition Didier Jeunesse – 160 pages.

Présentation de l’éditeur :

Merlin l’enchanteur coule des jours heureux au service de son bon roi Arthur. Mais voilà que la perfide Morgane, jalouse et prête à tout pour accéder au pouvoir, jette un sort au magicien. Merlin se retrouve dans le corps de son chat Archimède, et vice-versa ! Maître et boule de poils arriveront-ils à déjouer les plans de Morgane, et à sauver Arthur et son royaume ?

Mon avis :

Les incidents, les accidents, cela arrive. Ce n’est pas Merlin et Archimède, son chat (diminutif : Archie) qui diront le contraire. Mais n’anticipons pas.

Nous voici à la cour du roi Arthur, roi dont tout le monde ou presque a entendu parler, que ce soit au collège ou à la télévision, voire au cinéma. Cependant, il est rare de montrer un roi Arthur vieillissant, un Arthur pourtant toujours prêt à payer de sa personne pour sa cour, pour assurer un traité avec un autre royaume, pour organiser un tournoi, bref, pour faire son devoir de roi. Il sait qu’il peut compter sur Merlin pour le soutenir.

Il n’avait pas vraiment prévu que Merlin devrait de son côté mener son propre combat. A cause de qui ? A cause de Morgane, la demi-soeur du roi. Elle connaît la valeur de Merlin, la preuve, elle aurait voulu être son apprenti, ce que lui n’a jamais accepté. A la suite d’un incident regrettable, pour les deux parties concernées, Merlin se retrouve dans la peau d’Archie et vice-versa. Si Merlin apprécie la souplesse du félin, il n’apprécie ni de ne plus pouvoir parler, ni de ne plus pouvoir aider Arthur ! Commencent alors pour ce duo inséparable ou presque qui les mèneront dans des endroits qu’ils connaissent bien (la bibliothèque) ou qu’ils ne pensaient jamais devoir explorer. Pour ces lieux-ci, leur visite, pour éprouvante qu’elle soit, serait salutaire pour ceux qu’ils croiseront, que ce soit sur le moment, ou un peu plus tard dans le récit. Etre magicien et conseiller du roi, c’est bien. Aller voir le royaume de plus près, c’est mieux pour tout le monde.

Merlin est son chat ? Un roman d’aventures chevaleresque félin.

Merci aux éditions Didier Jeunesse et à Netgalley pour ce partenariat.

 

 

Les Mamies font parler la Poudre par Catharina Ingelman-Sundberg

édition Fleuve noir – 432 pages

Présentation de l’éditeur :

Dagny Svensson, 74 ans, a tout pour passer une retraite heureuse. Son centre de divertissement et bien-être pour personnes âgées, qu’elle a fondé avec sa sœur dans la campagne suédoise, rencontre un franc succès. Elle décide pourtant de se lancer dans un nouveau défi : créer le collectif « Les Mamies pour la paix » pour lutter contre la prolifération des armes. Le jour où ses nouveaux voisins, officiellement en train de développer le premier champagne nordique, se révèlent être des trafiquants d’armes, Dagny comprend que cette nouvelle étape ne sera pas un long fleuve tranquille ! Quant à la police locale, elle n’a pas l’intention de se laisser marcher sur les pieds…

Mon avis :

Ce roman semble presque, de prime abord, un roman de feel-good. Il s’agirait simplement de lire l’histoire de deux soeurs, Dagny et Marie, deux retraitées qui peuvent désormais profiter de ce que la vie leur réserve. Comme si c’était si simple, comme si ce simple résumé ne cachait pas autre chose. J’ai eu plus de mal que je ne pensais à avancer dans le livre, sans que je sache vraiment pourquoi, et surtout, sans que je me questionne sur les raisons de cette lenteur. Peut-être parce que je m’attendais à plus d’humour, plus de cohérences entre les différentes parties. C’est vrai qu’elles débordent d’énergie, ces vieilles dames, qu’elles nous font réfléchir ce que signifie vraiment la course à l’armement. Je les ai tout de même trouvées parfois un peu naïves, j’avais envie de les secouer. Elles mettent beaucoup de temps à se rendre compte que quelque chose cloche chez leurs gentils voisins, à croire qu’elles n’ont jamais été réellement confrontées à des personnes qui ont quelque chose à cacher.

Est-ce parce que l’on est au pays d’une certaine Greta ? Une autre Greta, octogénaire, se montre particulièrement active, tout le monde la tolère même si elle parle parfois à tort et à travers : elle est toujours partante pour tout, elle est tellement en forme pour son âge ! Leurs actions font parler d’elles, et c’est ce qu’elles voulaient. Elles expérimentent les nuits en garde à vue, la prison…. et moi de m’interroger sur les méthodes de fonctionnement du système judiciaire suédois (oui, la durée d’incarcération m’a semblé bien floue).

Oui, d’un côté, cela fait plaisir de voir des mamies aussi actives. De l’autre, je me suis dit que, parfois, elles se réveillent bien tard. Dagny, par exemple, aurait voulu avoir d’autres enfants, mais son mari lui en a refusé le droit – pourquoi, dans ce pays que l’on montre toujours comme un modèle pour le droit des femmes, ne s’est-elle pas battue pour ce qu’elle désirait vraiment ? Oui, je sais, ce ne sont que quelques lignes en passant, mais Dagny ne se remet pas (le peut-on ?) de la mort de sa fille unique, enceinte, lors d’une mission humanitaire. Quand je dis que les thématiques de ce roman ne sont pas drôles, elles ne le sont pas, tout comme il n’est pas drôle de s’enrichir en créant des armes toujours plus efficaces, et de penser que, pour se débarrasser de ses problèmes, il suffit de tuer.

J’ai lu aussi que ce roman était qualifié de « cosy mystery ». Franchement, non, et pourtant, j’adore ce genre littéraire ! Ce n’est pas parce qu’il est en vogue qu’il faut mettre cette étiquette partout, à croire que les romains suédois n’ont pas connu d’heures de gloire.

Les Mamies font parler la Poudre ? Un roman que j’aurai aimé davantage apprécier.

Antonietta de Gérard Haddad

Merci aux éditions du Rocher et à Netgalley pour ce partenariat.

Présentation de l’éditeur :

Alors que la maladie d’Alzheimer de sa femme Antonietta progresse, Gérard Haddad prend la plume pour écrire à celle qui ne parle déjà plus. Ces lettres retracent la lente progression de la maladie : d’abord le déni, puis la lutte, les traitements et l’espoir de revivre « comme avant », puis les rechutes et l’entrée à l’Ehpad, peu avant l’épidémie de Covid et l’absolue solitude qu’elle impose pendant plusieurs longs mois.

Étrangement, du creuset de la maladie émerge un nouvel amour, triomphant de tous les malentendus des années de vie partagées. Les souvenirs des moments de grâce affluent alors, et chaque instant de vie à partager encore prend une intensité et une profondeur insoupçonnée.

Un texte poignant, qui dit toute la force d’un amour conjugal confronté à la maladie.

Mon avis :

Il arrive que des personnes écrivent un livre après le décès d’un proche. Je pense à Joan Didion, je pense à Isabel Allende ou encore Joyce Carol Oates. Chacun avait un but en écrivant ce livre, un but différent. Quel était celui de Gérard Hadadd ? Ecrit ainsi, vous avez certainement l’impression de lire le début d’une dissertation littéraire. Presque. Ce serait dommage d’arriver à ce que cette chronique soit un exercice froid, là où Gérard Haddad parle avant tout de l’amour qui les a unis, lui et Antonietta, pendant soixante ans. Elle fut son grand amour, sa compagne de travail, celle qui tapait ses textes et les lisait donc en premier – sauf celui-ci.

Gérard Haddad ne cachera rien de la maladie, rien, y compris le déni face à la maladie. Ne rien cacher ne signifie cependant pas faire preuve de pathos, ou de misérabilisme, la pudeur est là, également. Il est possible de montrer en exhiber, de raconter sans enjoliver. Gérard Haddad ne cachera pas non plus ce qu’il estime être des défaillances, comme le placement en EHPAD, parce que tout, absolument tout devenait difficile. Ce placement eut lieu juste avant la pandémie, alors que, déjà, la crise des gilets jaunes avait rendue difficile les visites qu’il lui rendait quand elle était hospitalisée. Cela peut sembler anecdotique, et pourtant. Pas anecdotique que cette pandémie qui a tué aussi sûrement de nombreuses personnes de solitude, de manque d’amour, du manque de chaleur humaine. Si elle n’a pas « tué » Antonietta, elle a au moins raccourci ses jours – et l’auteur de s’interroger sur ce qu’elle a pu ressentir, seule, sans visite, et ne parlons pas des « visio » qui ne sont bonnes que dans un cadre professionnel, et encore.

Faire revivre les souvenirs d’Antonietta dans ce livre, leur rencontre, leur mariage, la naissance de leurs enfants, de leurs petits-enfants, les voyages aussi. Vivre la vie, toujours, avant qu’elle ne s’efface. Se rappeler de profiter du bonheur, avant qu’il ne soit plus. Au moment inévitable où il est sur le point d’affronter la solitude, se souvenir de tout ce qui a été partagé à deux.

Un beau livre.