Archives

Les aventures de Jack et Bill en Ecosse par Jacques Ortet

Présentation de l’éditeur :

Jak et Bil en Écosse Bil est invité chez son cousin Bul qui réside dans un ancien château au bord du Loch Ness en Écosse. Accompagné de Jak et Dinara, Bil veut se reposer et oublier les péripéties du Kazakhstan et du Gabon. Leur séjour se passe bien jusqu’au moment où ils visitent un château en ruine situe de l’autre côté du Loch Ness, juste en face de leur propre château. Leurs nuits sont interrompues par un fantôme qui les entraine non seulement dans une autre aventure homérique mais aussi dans un projet écologique audacieux … Le rire est aussi au rendez-vous ainsi qu’une introduction à la culture écossaise, celle d’un pays fabuleux.

Merci aux éditions Bookélis et à Nettgalley pour ce partenariat

Mon avis :

Après le Gabon, après le Kazakhstan, Jack et Bil le casoar espèrent enfin se reposer. Ils se rendent donc en Ecosse, chez un cousin de Bil (oui, les casoars aussi ont de la famille) et découvrent les joies de la gastronomie et de la culture écossaise. Hélas, rien ne se passe vraiment comme prévu.

J’ai trouvé, comme pour le précédent album, que les dessins, qu’ils représentent l’Ecosse, comme ici, ou le Gabon, comme dans le précédent album que j’ai lu, étaient vraiment très réussis. Tout ce qui se rapporte à l’histoire de l’Ecosse, à sa culture est intéressant – le château où ils sont hébergés se situe non loin du Loch Ness, de même que ce qui a trait à l’écologie, à la protection de la nature. Je n’oublie pas non plus que Bil a conservé son sens de l’humour ! Maintenant, c’est l’intrigue qui m’a un peu – juste un peu, je vous rassure – déçue. J’ai trouvé que, quelles que soient les embûches qui se présentent sur leur route, les personnages s’en tiraient sans trop de difficultés. Cependant, cette bande dessinée offre tout de même une belle ballade en Écosse.

Chaboom : Le château hanté de Laurence Erwin et Mandar

Présentation de l’éditeur : 

Quand le chevalier Chaboom apprend qu’il lui suffit de passer une nuit dans le château de Moursticoët pour en devenir le propriétaire, il n’hésite pas un instant. Une mission pareille, c’est du gâteau ! Demain matin, le château sera à lui.
Sauf que, dès son arrivée, les affaires se compliquent : il n’est pas seul et il va devoir tout faire pour se débarrasser de ses concurrents.
Mais le pire reste à venir. D’où proviennent ces étranges bruits ? Et qui est cette créature que l’on nomme «?le Monstre de Moursticoët » ?

Mon avis :

Merci aux éditions Au Loup et à Babelio pour ce partenariat.

Si vous connaissez déjà Chaboom – il a déjà été le héros de trois aventures – vous constaterez qu’ici il n’est pas un chat pirate, mais un chat chevalier. Il a une mission simple : passer la nuit dans un château que l’on dit hanté. S’il y parvient, le château lui appartiendra. Bien sûr, il n’est pas le seul prétendant au titre de possesseur – ce serait beaucoup trop simple ! Tous sont très motivés pour arriver à leur fin. Ni eux ni Chaboom n’avait prévu ce qui les attendait au cours de cette nuit.

C’est une bande dessinée, oui, mais une bande dessinée que j’ai trouvé un peu à la limite de l’album, ou plutôt, comme s’il s’agissait d’une bande dessinée pour jeunes lecteurs. Comme dans un album, les couleurs, chaudes pour la plupart, sont très marquées. L’ambiance nocturne à l’intérieur du château est très bien restituée et les nombreuses péripéties peuvent permettre aux jeunes lecteurs de fractionner leur lecture. Oui, en disant ceci, j’ai l’impression d’être très technique, alors que la lecture de ce livre ne nécessite pas de compétences particulières, simplement de s’abandonner au plaisir de voir les adversaires que devra affronter Chaboom, et les retournements de situation.

Après les vampires, les fantômes et les moustiques, heureusement qu’il n’y a pas de loup-garou parmi nous. Hi hi !

À cheval, tome 8 : Un pour tous, tous poulains ! de Laurent Dufreney

Présentation de l’éditeur :

Un heureux événement arrive dans les pages d’À cheval ! C’est Chocco, un tout jeune poulain pas plus haut que trois pommes mais toujours à cent à l’heure et ne tenant pas en place. Malgré son âge, il ne compte pas se laisser intimider par Bijou, Rafal et leurs amis qui vont trouver en lui un nouveau compagnon de jeux. Flash va devoir garder le rythme s’il ne veut pas se retrouver dans les choux.

Mon avis :

Un nouvel arrivant dans la famille. Youpi !!!Tous les membres de l’écurie n’avait pas compris ce que signifiait, pour Bella, attendre un heureux événement. N’est-ce pas Smoussi ? Chocco est le centre de toutes les attentions, que ce soit celles des humains, du tout petit au plus grand, ou celles des chevaux, qui ne cessent de le surveiller, de jouer avec lui, de tenter de l’éduquer même. Il faut dire que Chocco, le poulain, est particulièrement dynamique et prompt à découvrir le monde – en faisant quelques bêtises au passage. Il faut lui rappeler les limites ! La tradition ! Les règles de vie ! Pas gagné, surtout quand d’autres chevaux participent avec grand plaisir à ses jeux.
Un huitième album très drôle.

Blacksad, Tome 4 : L’enfer, le silence de Juan Díaz Canales et Juanjo Guarnido

Présentation de l’éditeur :

Années 1950, La Nouvelle-Orléans, où la fête de Mardi gras bat son plein. Grâce à Weekly, un producteur de jazz dénommé Faust fait la connaissance de Blacksad. Faust demande à ce dernier de s occuper d une affaire : un de ses musiciens, le pianiste Sebastian, a disparu. Il n a pas donné signe de vie depuis des mois, mettant en péril le label musical privé d une star. Faust craint que Sebastian ait, une fois de trop, sombré dans la drogue. Sa requête est d autant plus pressante que Faust se sait atteint d un cancer. John accepte la mission et découvre peu à peu que Faust ne lui a pas tout dit. Il s aperçoit qu il est lui-même manipulé, mais décide tout de même de retrouver Sebastian pour comprendre les raisons de sa disparition. Il ne sait pas encore qu il va connaître son enquête la plus éprouvante, à plus d un égard.

Mon avis :

Une relecture, pour clôturer pour moi ce mois espagol et sud-américain, le 50e billet de ce mois.

Le titre est une référence à la formule de Sartre : « L’enfer, c’est les autres », et John Blacksad nous démontre dès la première planche de la BD que pour lui, l’enfer, c’est un endroit sans bruit et sans ses amis. Weekly est bien d’accord, lui qui regarde une belle panthère faire son numéro sur scène. las ! Leur client n’est pas là, enfin, celui qui devait leur présenter une affaire. Faust, celui qui a l’habitude de visiter ses musiciens en prison (cela aurait-il un lien avec leurs couleurs de peau ?) veut que Blacksad retrouve un de ses musiciens, un pianiste de génie, perdu de  vue depuis un mois, et peut-être perdu dans l’enfer de la drogue.

S’il est un mot pour qualifier cette série de BD, c’est le mot « chef d’oeuvre ». J’ai adoré ce tome, qui nous plonge dans la Nouvelle Orléans au temps où la frénésie du jazz envahissait la ville et la Nouvelle-Orléans est une ville que j’aime particulièrement, avec son ambiance poisseuse, déroutante (je vous conseille d’ailleurs la série Treme, si vous ne l’avez déjà vue). Les dessins sont toujours aussi magnifiques (j’ai lu tous les autres tomes, et je cherche encore où j’ai rangé le 5 depuis le déménagement de 2014 )et nous plonge dans la liesse populaire de Mardi gras, ou dans le dénuement le plus absolu (la maison de Hannah, pour ne citer que ces planches poignantes).

Blacksad est égal à lui même, c’est à dire humain, très humain, et près à aller jusqu’au bout de son enquête quitte à découvrir le pire dont l’être humain est capable. Il a beau y avoir déjà été confronté dans les trois tomes précédents, il ne s’habitue pas à ce que je qualifie d’horreur humaine ordinaire. Ce n’est pas peu dire, croyez-moi, et c’est pourtant tristement banal. La vie de John est mise en danger, tant ce qu’il a découvert est particulièrement explosif – pour tous. Les retours en arrière sont parfois un peu déroutants, ils nous permettent pourtant d’en savoir plus sur ce qui a entraîné la tragédie actuelle.

Un superbe volume des aventures d’un superbe chat noir et de son ange gardien- un double album est prévu pour l’automne.

Une citation pour terminer, qui fait référence à un moment-clef du récit :

– Est ce qu’il existe un seul félin qui aime l’eau ?
– En tout cas, on dirait que tu as une étrange tendance à t’y laisser tomber.
– Nous nous connaissons ?
– Peut être bien. Après tout, nous sommes des chats tous les deux. Nous avons dû nous croiser dans l’une de nos neuf vies.

J’ajoute cette seconde citation :

Dans ce boulot, la logique est plus utile que n’importe quelle arme à feu.

La sentinelle du petit peuple, tome 1 : La pommade des fées par Barrau, Carbone et Forns

 

Présentation de l’éditeur :

Il est temps pour Adélaïde, loin de chez elle, immobilisée en maison de repos, de léguer à sa petite-fille son plus grand secret. Elle est la sentinelle du Petit Peuple, la protectrice des êtres féeriques qui sont les garants de l’équilibre de notre Terre. Elle lui transmet la recette de la pommade de fée : à son tour, Élina pourra voir ce monde merveilleux et découvrir sa nouvelle mission. Car l’heure est grave. Au lac, l’ondine a disparu et le Petit Peuple a besoin de son aide. Pour protéger les humains et les êtres féeriques, en poursuivant son apprentissage auprès de sa grand-mère, Élina devra aussi dissimuler à sa mère ses nouveaux pouvoirs…

Merci à Netgalley et aux éditions Dupuis pour ce partenariat.

Mon avis :

J’ai découvert Carbone par la série La boite à musique, dont j’ai lu les quatre tomes parus à ce jour grâce à Netgalley et aux éditions Dupuis. Je découvre maintenant sa nouvelle série, que je trouve plus axée jeunesse.
Je me suis sentie réellement projetée dans le monde des contes, avec l’ondine, le drac, et tout le petit peuple qui gravite autour. Rares sont ceux qui peuvent les apercevoir – et encore, ils ont besoin d’utiliser une pommade pour cela, et, bien sûr, de croire en leur existence. Qio accepterait de fabriquer une pommade, puis de la mettre sur ses paupières s’il ne croyait pas, au moins un peu, à la possibilité de voir les fées ?
Ce n’est pas, cela n’a jamais été le cas de la fille d’Adélaïde, mère d’Elina, comme un chainon manquant, comme un être qui veut absolument s’ancrer dans la réalité. Avec elle, nous abordons une autre facette de l’oeuvre, celle de l’indifférence qui paraît généreuse. Cette jeune femme m’a rappelé une phrase souvent dite, écrite : « on devient les parents de ses parents ». Et elle d’agir ainsi, de décider de vendre la maison de sa mère et de placer celle-ci dans une maison de retraite à la suite de son accident. Je me dis tout de même qu’elle va un peu vite, et qu’elle a tout pouvoir très rapidement. Je me dis surtout qu’elle n’écoute pas les désirs de sa mère, qui est loin d’avoir perdu son autonomie. Qu’en sera-t-il dans le tome 2 ?
Et les craintes du petit peuple ? Oui, une nouvelle sentinelle est là, Elina,mais elle a encore beaucoup à apprendre, et le lecteur à découvrir, dans cette bande dessinée au graphisme toujours magnifique et créatif.

Petit Poilu tome 24 Les sauveurs d’Outoupousse par Fraipont et Bailly

Présentation de l’éditeur :

Progressant dans la magnifique forêt d’Outoupousse en compagnie de sa nouvelle amie Achachak, Petit Poilu devient le spectateur de la triste destruction que subit ce lieu enchanteur. En effet, Destructor, une machine vorace et sans pitié, détruit tout sur son passage. Animaux, végétaux et minéraux subissent sa folie écrasante, Outoupousse est en danger ! Petit Poilu et Achachak parviendront-ils à sauver cette forêt pleine de vie et à arrêter le terrifiant Destructor ?

Merci aux éditions Dupuis et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Je découvre l’univers tout en douceur et en couleur de Petit Poilu, un personnage fort sympathique. Ici, il se retrouve dans la forêt d’Outoupousse, à devoir lutter bien malgré lui contre Destructor, qui, finalement, n’a quasiment pas sa place dans cette forêt. Je dis « quasiment » parce que c’est une machine. Le récit nous amène à voir les choses autrement.
« Première BD », comme il est écrit sur la couverture, Petit Poilu est donc destiné à de jeunes lecteurs. Il n’y a donc pas de texte, sauf la quatrième de couverture. Il ne faut pas voir là une volonté de simplification, plutôt une volonté de rester le plus clair et le plus compréhensible possible. Cela a dû nécessiter, du moins je le pense, un énorme travail du point de vue de la construction du récit, de planche en planche, de case en case. Le dessin en lui-même est particulièrement agréable, tout comme la débauche de couleurs franches. Je pense aussi à l’expressivité de Petit Poilu, de son amie Achachak, ou de Destructor. Tout ceci est suffisamment évocateur pour permettre à l’enfant de laisser libre court à son imagination.
Une jolie découverte.

Zombillénium, tome 5 : Vendredi noir d’Arthur de Pins

 

Présentation de l’éditeur :

Au lendemain du « Vendredi noir » à Zombillénium, les employés ont carte blanche pour dévorer les visiteurs, encouragés par la direction qui entend profiter de ces gains en nouvelles âmes. Pour contrecarrer les sinistres plans de Charlotte et Aurélien avec son réseau de résistance, Gretchen doit d’abord régler ses comptes avec son passé. Un avant-dernier tome rempli d’action et de révélations qui prépare l’apothéose finale de cette série culte.

Mon avis : 

Ce qui attire l’oeil en premier, c’est la couverture qui, tout comme le tome 1, montre Gretchen, non plus une Gretchen énigmatique, presque une célébrité cachée derrière ses lunettes noires, mais une Gretchen combattive, prête à en découdre, ne reculant devant rien. L’album est à l’avenant. Si je devais ne retenir qu’une planche, ce serait celle, magnifique, de l’évacuation du Vampire State Building. Il en est d’autres aussi, de tout aussi spectaculaire mais, pour ceux-ci, je vous laisse la surprise !
Ce tome cinq, c’est un combat entre deux clans. C’est Gretchen, que j’adore qui veut vraiment en finir une bonne fois pour toutes. Nous en découvrons ainsi un peu plus sur son enfance, et sur ses célèbres parents. Nous découvrons aussi une scolarité hors norme de Gretchen (faut-il s’en étonner ?) et des souvenirs de jeunesse aussi, d’un temps plus heureux. Combat, oui, et certains sont franchement spectaculaires, d’une lumineuse et parfaite fluidité.
Pardon ? Le sang coule parfois/souvent ? Les vampires et les zombies ne sont pas vraiment végétariens, Zombillénium n’est pas une bluette, et certaines scènes peuvent être d’un rouge infernal, d’un noir gothique. Irrespirable ? Parfois. L’on remonte aux origines du parc, l’on se retrouve face aux décisions qui ont été prises et dont les conséquences doivent être assumées. Quant au dénouement, il donne vraiment envie de découvrir le sixième et dernier tome de la série – parce qu’en rester là est impossible.
Merci aux éditions Dupuis et à Netgalley pour ce partenariat.

 

Blanc autour de Wilfrid Lupano et Stéphane Fret

éditions Dargaud – 144 pages

Présentation de l’éditeur :

1832, Canterbury. Dans cette petite ville du Connecticut, l’institutrice Prudence Crandall s’occupe d’une école pour filles. Un jour, elle accueille dans sa classe une jeune noire, Sarah. La population blanche locale voit immédiatement cette « exception » comme une menace. Même si l’esclavage n’est plus pratiqué dans la plupart des États du Nord, l’Amérique blanche reste hantée par le spectre de Nat Turner : un an plus tôt, en Virginie, cet esclave noir qui savait lire et écrire a pris la tête d’une révolte sanglante. Pour les habitants de Canterbury, instruction rime désormais avec insurrection.

Merci aux éditions Dargaud et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

A moins d’avoir vécu totalement coupé de la littérature et de la culture, nous avons tous entendu parler de la guerre de Sécession, opposant les confédérés et les unionistes, ou, pour faire encore plus court, les esclavagistes et les anti-esclavagistes. Mais connaissons-nous seulement les actions qui se sont passées avant cette guerre ? Pas vraiment, ce qui est pour moi une version optimiste de « non ». J’ajoute que, si quelqu’un vient sur mon blog pour m’expliquer que « tout le monde était esclavagiste au XIXe siècle et que c’était normal, je ne vois pas ce qui te choque » (spoiler, c’est déjà arrivé qu’on me le dise), je ne perds pas mon temps à expliquer que non, tout le monde ne l’était pas, non, tout le monde ne l’admettait pas.

Parmi ces pionniers, se trouve Prudence Crandall. Elle est institutrice, elle dirige une école pour jeunes filles de bonne famille dans le Connecticut, dans les années 1830. Est-il besoin de préciser que ce sont des jeunes filles blanches ? Non, pas vraiment. Un jour, elle accueille une jeune fille noire : elle aussi veut apprendre, surtout qu’elle a des questions bien précises sur certains phénomènes physiques, et qu’elle possède donc une vraie curiosité intellectuelle. Hors de question pour les habitants de Canterbury que leurs filles aillent à l’école avec elle. Prudence Crandall ouvre donc son école exclusivement aux jeunes filles de couleur, peu importe de quel État elles viennent. Ce n’est pas les ennuis qui commencent, ce sont les ennuis qui continuent, qui s’amplifient, au point de ne plus être des ennuis, mais des actes de malveillance, de violence, de brutalité inouïe. Faut-il que l’instruction des femmes de couleur fassent peur aux Blancs bien pensant pour en arriver à de telles actions ? Oui. Les bons notables croyaient fermement que Nat Turner, dont la légende sous-tend le récit, était devenu un révolté parce qu’il était un esclave qui savait lire. Cela prouve simplement que leur instruction ne leur permet pas vraiment de réfléchir.

Ce n’est pas que le récit soit difficile à lire, c’est qu’il montre à quel point l’homme est capable du pire. Le meilleur est plus difficile à trouver. Laisser libre cours à ses pulsions, à sa bassesse, blesser, tuer, ne semble pas si compliqué. Et à ceux qui diraient que c’est le passé, c’est loin… Non. Je crains qu’il ne faille d’un rien pour que les pires pulsions ne s’expriment à nouveau. Si tant est qu’elles ne s’expriment pas déjà.

Comme souvent dans la bande dessinée, j’ai été sensible aux jeux des couleurs qui montrent la magnificence de la nature, le passage des jours, le déferlement de la violence aussi, et la douleur, le deuil qui s’ensuit. Je l’ai un peu moins été au graphisme proprement dit. Cela ne m’a pas empêché d’être sensible aux nombreux messages transmis par ce livre, par ces interrogations, notamment sur ce que l’on enseigne et comment on l’enseigne : « Je veux bien apprendre Alexandre le Grand, « L’Iliade », Christophe Colomb, le Mayflower… Mais j’ai besoin de comprendre la différence entre un ignoble massacre et une conquête héroïque. Parce que je ne la vois pas, mademoiselle. Je ne la vois pas.  »

Ou encore : « Apprenez docilement la culture des blancs ! Vénérez les écrivains des blancs, l’histoire écrite par les blancs ! Les noms des hommes célèbres blancs ! La philosophie des blancs ! Gavez-vous du monde des blancs ! A la fin vous serez toujours aussi noires. »

Ne ratez surtout pas, à la fin du volume, le dossier sur la Canterbury Female School, et sur ce que l’on sait du devenir de Prudence Candrall et de ses élèves : son engagement pour l’éducation, la justice sociale et l’égalité pour les Afro-Américains ne s’est pas arrêté à la fermeture de son école.

Pacific Palace de Christian Durieux

Présentation de l’éditeur :

Pacific Palace, un hôtel paisible au bord d’un lac qui l’est tout autant. Spirou regrette déjà d’y avoir fait engager à ses côtés Fantasio, viré comme un malpropre du Moustique. Car l’ex-journaliste reconverti en groom n’a vraiment pas la vocation et ne rate pas une occasion de fâcher M. Paul, leur supérieur hiérarchique. Mais trop tard pour faire machine arrière : un véritable huis clos est décrété et l’hôtel se retrouve sans clientèle et avec un personnel réduit pour accueillir discrètement Iliex Korda, dictateur déchu du Karajan, petit pays des Balkans. Dans ses bagages, d’imposants gardes du corps mais aussi Elena, fille du « Grand Guide » au regard envoûtant, dont Spirou tombe instantanément amoureux. Alors que Fantasio ne rate pas une occasion de provoquer l’entourage du tyran, Spirou essaie de comprendre l’étrange ballet politicien qui se joue presque sous ses yeux. Avec Pacific Palace, Christian Durieux nous livre un Spirou très personnel, entre subtile fable politique et douloureuse romance, une bande dessinée pleine d’ambiance mais avec une véritable intrigue politico-policière.

Merci aux éditions Dupuis et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Tout d’abord, je voudrai parler des couleurs, sublimes. Oui, c’est ce qui m’a frappée en premier en lisant cet album : le choix et la répartition des couleurs dans cette bande dessinée, notamment lors des scènes qui se passent la nuit. En effet, l’hôtel ne dort jamais. Ce Pacific Palace qui donne son titre à l’album se retrouve vidé de ses vacanciers, de son personnel aussi, quasiment. Seuls restent ceux qui ont été reconnus « indispensables » sans qu’eux-mêmes ou monsieur Paul, leur supérieur hiérarchique, l’aient réellement voulu. Pour quelles raisons ? Il s’agit d’accueillir un dictateur déchu, lui, sa femme, sa fille, et ses nombreux gardes du corps. Fantasio, à qui son ami Spirou a trouvé du travail, y voit comme une aubaine. Vraiment ?
Oui, nous retrouvons ici Spirou et Fantasio, le Spirou de Christian Durieux. Il est groom, et doit faire avec le manque cruel d’envie de Fantasio de s’investir totalement dans son métier – le journaliste au chômage ne pensait pas réellement se reconvertir dans l’hôtellerie. Il ne pensait pas non plus qu’un dictateur prendrait ses quartiers d’hiver ici, en attendant son installation définitive ailleurs. Sous couvert de bande dessinée, le récit nous parle des liens bien réels que la France a entretenus avec plusieurs dictateurs, comment elle a fermé les yeux, comment elle a pu exploiter ces liens, et même leur offrir, pour certains, une retraite sans trop de soucis. Parfois, les échanges ont été trop nombreux pour que l’on prenne le risque que le dictateur ne révèle ce qui était ignoré jusque là. Il est toujours bon de prendre des précautions, des deux côtés.
Et pendant ce temps… Spirou rêve, Fantasio sent qu’il tient un bon article, qui lui permettra de se remettre sur les rails, et la nature reprend ses droits.Quant au dénouement, il est là pour nous surprendre aussi.

La boîte à musique Tome 4 – La mystérieuse disparition par Carbone et Gijé

Présentation de l’éditeur :

Grâce à la visite surprise de Siloé et de ses frères dans l’Hexomonde, Nola a appris beaucoup de choses sur Pandorient et sa maman. Mais les questions sans réponse se multiplient avec la découverte d’une drôle de clé, que Nola a déjà vue dans le livre d’Annah. Que peut-elle bien ouvrir ? Pour le savoir, Nola retourne aussitôt à Pandorient. Mais rapidement, une disparition inquiétante mène Nola, Igor et Andréa dans une enquête, qui risque peut-être de bouleverser la vie de Pandorient…

Merci aux éditions Dupuis et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Cette lecture fut un double plaisir, d’abord la confiance des éditions Dupuis qui a mis en libre accès ce quatrième titre de la boite à musique, puis le plaisir de retrouver Pandorient.
D’abord, j’ai aimé que l’ouvrage nous montre ce que c’est, au quotidien, pour Nola et pour son père, de vivre sans Annah : la boite à musique ne prétend jamais que c’est facile, qu’il faut tourner la page. Non, cette bande dessinée montre bien ce que c’est de vivre avec cette absence. C’est aussi pour cette raison que Nola aime tant retourner à Pandorient, où le souvenir de sa mère est bien vivant. Nola prend de plus en plus confiance en elle dans cet autre monde, ne serait-ce que parce qu’elle a envie de trouver des réponses à toutes les questions qu’elle se pose. L’une d’elle est l’usage de cette mystérieuse clé qu’elle a trouvée. Elle n’a pas trop le temps de s’interroger, puisqu’elle constate à son arrivée une arrestation (ce n’est jamais bon signe) d’une personne qu’elle connait bien, et la disparition d’une autre qu’elle a déjà rencontré. Les réponses attendront, l’action d’abord.
Les dessins sont toujours aussi somptueux, des couleurs au graphisme proprement dit, et les personnages sont toujours prêts à prendre des risques les uns pour les autres, Nola en tête. Un petit bémol cependant : grâce à Nola et à son vibrant discours, tout s’arrangera pour les deux disparus. C’est bien, mais j’ai trouvé que le souverain s’était laissé convaincre bien facilement.
Il ne faudrait pas cependant que ce bémol vous empêche de découvrir ce quatrième tome, non sur un coup de théâtre, mais sur une interrogation qui était déjà la mienne dans le tome précédent.
J’espère qu’aucun nouveau confinement ne viendra gêner la création d’un cinquième tome.