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Shelton et Felter – tome 1 : La mort noire de Jacques Lamontagne

Présentation de l’éditeur :

Boston, 1924. S’il ne s’était un jour méchamment déboîté l’épaule pendant un combat de boxe, Isaac Shelton exercerait probablement aujourd’hui encore son métier de débardeur sur les quais. Mais contraint à se reconvertir, c’est en qualité de journaliste à la pige qu’il fait la connaissance de Felter, petit libraire passionné de littérature policière. Le premier est athlétique et plutôt beau garçon (si ce n’est un vilain nez cassé, autre souvenir de combat); le second est doté d’un puissant sens de l’observation et d’un esprit d’analyse hors du commun (qualités contrebalancées par un tempérament hypocondriaque et une multitude de tocs). Animés pour l’un par le besoin de décrocher un scoop rémunérateur et pour l’autre par l’envie de ressembler à ses héros littéraires, les deux compères vont s’associer afin de tenter de faire la lumière sur une série de meurtres insolites.

Merci à Netgalley et aux éditions Kennes pour ce partenariat.

Mon avis :

Il est des personnes qui n’ont vraimet pas de chance. Non, je ne parlais pas d’Isaac Shelton, ex-débardeur sur les quais, ex-boxeur amateur, je parle de l’homme politique qui est trouvé mort en pleine rue, parce qu’il a succombé alors qu’il était en compagnie d’une dame de petite vertu et qu’elle a jugé bon de déplacer le corps. Sur les lieux, un petit homme qui ne paie pas de mine relève les faits qui lui permettent de résoudre l’enquête. Un policier ? Pas du tout : un libraire, un homme dont la vie est réglée comme du papier à musique. Il doit être rentré à 20 h 30 chaque jour, pour nourrir ses chats. Il prend des gouttes, pour ses sinus, il prend des médicaments, pour le stress. Felter – tel est son nom – sympathise pourtant avec Shelton, qui est dans une situation financière délicate, et qui, en tant qu’apprenti-journaliste, a besoin d’un scoop, et très vite.
Ce n’est pas tant le scoop qui arrive qu’une nouvelle affaire : un homme est retrouvé mort, étouffé par de la mélasse. Qui a pu commettre un tel acte ? Et comment la victime a-t-elle pu être immobilisée ? Un autre crime est commis, et à nouveau, la victime est noyée dans la mélasse. Alors, cela rappelle à certains une tragédie qui a eu lieu quelques années plus tôt, une tragédie bien réelle, dont l’auteur nous parle à la fin de la bande dessinée : ce désastre a eu lieu dans une distillerie locale, une citerne s’est écroulée, faisant 150 blessés et 21 morts, des chevaux, des chiens succombèrent aussi. Penser que le coupable est une personne qui a été une victime collatérale de cette tragédie s’impose comme une évidence pour les enquêteurs, qui craignent que la liste des victimes ne s’allonge. Tant de personnes travaillaient dans cette distillerie, tant peuvent être jugés responsables. Comment tous les protéger ?
Pendant ce temps, Shelton et Felter enquêtent, ou plutôt, Shelton entraîne Felter dans ses enquêtes, et ce dernier apprécie modérément ce qu’il doit faire, Shelton ayant le don pour le placer dans des situations loufoques – à condition de ne pas craindre l’humour noir, il est des personnes qui se choquent facilement. Le dessin reste très classique, les couleurs sont chaudes, façon sepia, un peu comme si l’on regardait de vieilles photos avec émotion. Le duo d’enquêteurs que tout oppose n’est pas non plus une idée nouvelle, mais j’ai vraiment passé un bon moment en leur compagnie, avec une nette préférence pour Felter – forcément.

 

chez les lectures d’Azilis

Sudestada de Juan Saenz Valiente

Présentation :

Georges est un détective peu scrupuleux. Il a un sale caractère, il n’est pas aimable. Les affaires matrimoniales, il en a soupé. Il n’est pas payé pour faire du social.
Quand le mari de la célèbre chorégraphe Elvira Puente débarque dans son cabinet, persuadé qu’elle a un amant, Georges est loin de se douter que cette enième filature va bouleverser sa vie…

Mon avis :

J’ai découvert cette bande dessinée argentine au détour du prix SNCF du polar et c’est avec étonnement que j’ai parcouru ce livre. Oui, étonnement, parce que la couverture semble nous entraîner vers quelque chose, et la lecture nous entraîne bien loin de ce que je pouvais croire.

Georges est détective privé vieillissant. Il en a assez de son travail, de ses missions, de ses planques, de ses petites enquêtes, notamment pour ses patrons qui veulent s’assurer que leurs futures employées ne leur mentent pas. Ce jour, il doit enquêter sur Elvira Puente, à la demande de son mari, qui soupçonne la chorégraphe de la tromper. Alors, oui, il fait son travail, mais surtout, il découvre le travail d’Elvira, son travail sur les corps, ces corps de danseurs, les corps vieillissants aussi. Presque pour la première fois, Georges s’intéresse réellement à la personne qu’il file, à la personnalité de celle-ci, au point de découvrir autant sur elle, sur ses proches que sur lui-même.

Peu de textes dans cette bande dessinée, les mots prononcés porteront d’autant plus. Les images elles-mêmes nous parlent, elles qui nous montrent parfaitement l’imperfection des corps et leur liberté, tout imparfait fussent-ils. Elle nous parle aussi d’amour, du temps qui passe, des secrets de famille que l’on pressent et qui empêche, littéralement, d’avancer, et de bien d’autres choses encore.

Ce sera ma première lecture de bande dessinée pour le mois espagnol et sud-américain.

Space Battle Lunchtime, tome 1 : Lumières, caméra, miamction ! de Natalie Ress

Mon avis :

Les accidents, cela arrive à tout le monde. Penser que le show auquel on a accepté de participer a pour thème la galaxie est une chose, se rendre compte qu’il se passe dans la galaxie en est une autre. C’est ainsi que Peony se trouve projeter dans un show culinaire intergalactique à la suite de la défection d’un des candidats.
Parodie des show culinaires qui envahissent nos écrans ? Sans doute, même si je ne les regarde pas, ils ne m’intéressent pas tellement. Au cours des quatre chapitres qui constituent ce premier tome, nous verrons trois émissions, trois « manches » qui opposent les chefs et leur demandent d’inclure un ingrédient bien particulier, d’arranger un ingrédient connu mais pas très goûteux, ou de travailler en équipe, ce qui n’est pas toujours évident. Pas toujours évident pour les jurés non plus, qui paient parfois de leur personne le fait de goûter des plats pas toujours ragoutants. Il est vrai que j’aurai aimé en savoir un peu plus sur les plats ou sur les ingrédients extraterrestres. Certes, les ajouts à la fin du livre sont intéressants, l’on en sait plus sur la conception du livre ou sur le passé des chefs, mais je suis restée un peu sur ma faim.
La lecture est, heureusement, agréable, les images sont très colorées, très mouvementées – on ne reste pas statique dans ce récit. Ai-je envie de découvrir la suite et la fin de cette série ? Bien sûr !
Merci à Babelio et aux éditions Kinaye pour ce partenariat.

Jardiner bio en bandes dessinées par Denis Lelièvre dit « Pic »

 

Présentation du livre :

La bible du jardinage biologique moderne en version BD. Parce qu’un bon dessin vaut mieux qu’un long discours.

Mon avis :

C’est un très bel ouvrage que nous avons là, à la fois didactique et divertissant : j’ai beaucoup aimé l’assistant de Karel, Pinpin, toujours très actif, avec une carotte pas très loin (jardiner, c’est important aussi pour la nourriture que fournit le jardin, n’est-ce pas ?). Avant de commencer la lecture, n’hésitez pas à consulter le sommaire, très précis, qui vous permettra d’aller directement au chapitre qui vous intéresse. La bande dessinée est très riche en enseignement, et rappelle des faits que l’on a oublié, comme le cycle naturel, ou le fait que la plante peut très bien se nourrir dans le sol, elle peut y trouver tout ce dont elle a besoin. Les ravages des engrais chimiques sont aussi montrés, sauf qu’à part de très rares documentaires, on n’en parle jamais ou presque pas : oui, la terre souffre d’avoir eu des engrais chimiques, et les conséquences sont durables.
Maintenant, ce livre propose à chacun de remédier à cela dans son jardin. L’auteur nous montre des méthodes simples pour analyser « sa » terre et y apporter des remèdes conséquents et naturels. Il nous rappelle aussi que tout ne se fait pas en un jour, ni en deux, et qu’obtenir le jardin désiré demande du temps, du travail et de la patience. Il ne suffit pas de suivre à la lettre tous les conseils pour que tout aille sur les roulettes, il faut vraiment y mettre du sien chaque jour.
Les passages didactiques sont importants, mais ils ont toujours encadré par des moments plus drôles, plus légers. Karel se met en scène en train de donner ses conseils, les dessins nous montrent ce que l’on ne peut voir à l’oeil nu, et certains commentaires font franchement sourire  – voir la rave party de pachyderme ou le hipster nourri aux grains. Quelques piques sont visibles aussi, parce que jardinier bio n’est qu’une partie de l’engagement envers la planète, le présent, et les générations futures (voir les cirques sans animaux, par exemple).
Le citadin n’est pas oublié – lui aussi peut jardinier ! La manière de fabriquer le compost est alors adaptée à la situation, tout comme l’eau ou la lumière. Il est question aussi des semis et des boutures.
Autre clef du jardinage bio : l’anticipation. Et ce n’est pas forcément facile, dans une société où l’on a une forte tendance à vivre au jour le jour. Il parle aussi d’autres jardiniers, d’autres expériences, comme celles de Jesse Dodd, Viktor Schauberger ou d’Elaine Ingham. Il étend le propos, en évoquant la permaculture ou l’agriculture biodynamique.
Jardiner bio en bandes dessinées est un livre didactique, pratique et enrichissant, tout à fait accessible même à quelqu’un qui ne connaît que le strict minimum dans ce domaine !
Merci à Netgalley et à Mama éditions pour ce partenariat.

Jack Palmer, tome 11 : Jack Palmer et le Top Model de René Pétillon

Présentation du livre :

Avant de découvrir les charmes explosifs de l’île de beauté dans L’Enquête corse, le célèbrissime détective privé Jack Palmer s’était fourvoyé dans le maquis de la haute couture. Engagé grâce à son signe astrologique, Palmer met les pieds dans un véritable nid de scorpions : le monde des défilés de mode. Le voilà chargé de protéger la divine Sonia Esperanza, laquelle vient de rompre avec Raymond Bullish.

Mon avis :

J’aurai réussi à lire et à chroniquer une bande dessinée pour le mois du polar, ce qui ne m’était pas arrivé depuis tellement longtemps – septembre 2015 si j ‘en crois Babelio.

Je découvre le célèbre détective Jack Palmer dans cette enquête, et il n’a vraiment pas de chance. Certes, il postule pour un poste de garde du corps, il ne sait pas ce qui l’attend ! Sonia Espéranza est mannequin. Elle a rompu avec Raymond parce qu’il avait triché sur son signe astral – et elle préfère Jack Palmer à trois montagnes de muscles à cause de son signe astrologiques. Cependant, en dépit d’amour tumultueuse, puisqu’elle cherche activement un remplaçant à Raymond, la menace est bien réelle : une secte, qui s’est sentie offensée par la tenue portée par Sonia lors d’un défilé, veut se venger sur elle. Bien sûr, pas un seul instant ils ne pensent que c’est totalement absurde, idiot, ridicule, que ce ne sont que des chiffons, conçus par des couturiers qui mériteraient une bonne thérapie (ah, le doudou !) voire une taloche pédagogique. Oui, les couturiers sont merveilleux quand ils s’inspirent de la pauvreté pour créer le luxe le plus insolent, les robes les plus absurdes, et les plus importables. Le grand oublié des couturiers : le corps des femmes, parce qu’avec eux, oui, les femmes ont l’air d’un sac.

Jack Palmer a fort à faire à cause du milieu dans lequel évolue Sonia. Par contre, il n’a pas grand chose à craindre des zoustichs, qui parviennent à se saborder eux-mêmes en toute élégance. Oui, les vêtements rayés, il n’y a que cela de vrai !

 

Journal d’un animateur aux studios Idéfix de Patrick Cohen

Mon avis :

Ce livre me faisait de l’oeil depuis un certain temps. Aussi, quand je l’ai croisé au sein de la précédente Masse critique Babelio, j’ai tenté ma chance – et j’ai été retenue, ce dont je remercie Babelio et les éditions Tartamudo.
Cet album nous parle d’un temps que l’on ne peut connaître que si l’on s’intéresse au film d’animation et à son évolution jusqu’à notre époque où la technique (numérique) est parfaite et réutilisable à l’infini. Bienvenue à une époque où l’on pouvait devenir intervalliste sans avoir étudié cinq années après le bac – j’exagère à peine, mais pas quand je dis que la France manque d’animateurs.
J’hésite à qualifier ce livre : bande dessinée ? album ? roman graphique ? roman autobiographique ? En tout cas, Patrick Cohen nous parle de lui et de son singulier parcours. Il nous parle de sa famille aussi, ses parents, ses frères et soeurs, ses filles qui furent partie intégrante de son aventure professionnelle.
La première chose que je retiens, c’est finalement ce que je dis à mes élèves : il ne faut pas renoncer à ses rêves. Si l’éducation nationale a largement abandonné le jeune Patrick – comme beaucoup d’adolescents, s’il a dû effectuer des métiers qui ne lui convenaient pas vraiment, il a su rester à l’affût d’une opportunité – oui, c’était possible de s’informer, même sans réseaux sociaux – et transformer l’essai, jusqu’à, finalement, voler de ses propres ailes.
Oui, j’anticipe, mais l’auteur nous raconte quatre années d’une aventure hors du commun, celle des Studios Idefix. Oui, il parle avec le recul du temps, et se rend compte de la chance qu’il a eu, non de travailler dans ce studio mais de travailler avec les personnes qui le composaient. Il n’oublie pas, par exemple, les visites rituelles de René Goscinny, le vendredi. Et c’est presque naturellement qu’il clôt le livre par… un dernier hommage, finalement.
Le livre mêle les illustrations. Dessins actuels, dessins de l’époque, caricature aussi – ou comment s’amuser dans un studio. La seconde partie du livre présente aussi des photos, qui nous remettent dans le contexte de cette époque – et montrent des personnes pas si éloignées de leurs personnages.
Un livre à découvrir pour les passionnés d’animation.

Le trésor de Gengis Khan de Jacques Ortet

Mon avis :

Merci à Netgalley et aux éditions Bookelis pour la découverte de cette bande dessinée !

S’il en est un qui n’a pas de chance, c’est Jack. Il est reporter (jusqu’ici, tout va bien), il est accompagné par son casoar de compagnie Bil (oui, je vous l’avoue, ce point est un peu étrange) et il a à peine poser le pied au Kazakhstan que les ennuis commencent, et ne le quitteront pas. Il a cependant de la chance :
– il est très débrouillard et n’abandonne pas, quoi qu’il arrive ;
– son casoar de compagnie est encore plus débrouillard que lui, même s’il a très souvent faim. On ne peut pas trop lui en vouloir, manger, c’est important, surtout quand on vit de telles aventures.
En effet, les aventures ne vont pas manquer dans cet album, qu’elles aient lieu sur mer, en train, ou sous terre. Il ne faut pas avoir peur en route quand on est reporter !
Les dessins sont très réussis, très colorés, très soignés jusqu’aux moindres détails. Je prendrai deux exemples : le dessin de la cathédrale de l’Ascension est magnifique, tout comme ceux qui nous emmènent au Musée National du Kazakhstan. En effet, cette bande dessinée d’aventures nous permet de découvrir ce pays méconnu qu’est le Kazakhstan, son histoire et ses coutumes – comme la teneur en alcool du lait de jument fermenté (tragique pour les casoars).
Les méchants sont vraiment méchants, et pas très doués. Ce sont des choses qui arrivent et qui devraient rappeler qu’il ne faut jamais déléguer ce que l’on souhaite subir aux autres.
En bref, un album réussi, des héros attachants, de l’humour et des rebondissements. Que demander de plus ?