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La sentinelle du petit peuple, tome 1 : La pommade des fées par Barrau, Carbone et Forns

 

Présentation de l’éditeur :

Il est temps pour Adélaïde, loin de chez elle, immobilisée en maison de repos, de léguer à sa petite-fille son plus grand secret. Elle est la sentinelle du Petit Peuple, la protectrice des êtres féeriques qui sont les garants de l’équilibre de notre Terre. Elle lui transmet la recette de la pommade de fée : à son tour, Élina pourra voir ce monde merveilleux et découvrir sa nouvelle mission. Car l’heure est grave. Au lac, l’ondine a disparu et le Petit Peuple a besoin de son aide. Pour protéger les humains et les êtres féeriques, en poursuivant son apprentissage auprès de sa grand-mère, Élina devra aussi dissimuler à sa mère ses nouveaux pouvoirs…

Merci à Netgalley et aux éditions Dupuis pour ce partenariat.

Mon avis :

J’ai découvert Carbone par la série La boite à musique, dont j’ai lu les quatre tomes parus à ce jour grâce à Netgalley et aux éditions Dupuis. Je découvre maintenant sa nouvelle série, que je trouve plus axée jeunesse.
Je me suis sentie réellement projetée dans le monde des contes, avec l’ondine, le drac, et tout le petit peuple qui gravite autour. Rares sont ceux qui peuvent les apercevoir – et encore, ils ont besoin d’utiliser une pommade pour cela, et, bien sûr, de croire en leur existence. Qio accepterait de fabriquer une pommade, puis de la mettre sur ses paupières s’il ne croyait pas, au moins un peu, à la possibilité de voir les fées ?
Ce n’est pas, cela n’a jamais été le cas de la fille d’Adélaïde, mère d’Elina, comme un chainon manquant, comme un être qui veut absolument s’ancrer dans la réalité. Avec elle, nous abordons une autre facette de l’oeuvre, celle de l’indifférence qui paraît généreuse. Cette jeune femme m’a rappelé une phrase souvent dite, écrite : « on devient les parents de ses parents ». Et elle d’agir ainsi, de décider de vendre la maison de sa mère et de placer celle-ci dans une maison de retraite à la suite de son accident. Je me dis tout de même qu’elle va un peu vite, et qu’elle a tout pouvoir très rapidement. Je me dis surtout qu’elle n’écoute pas les désirs de sa mère, qui est loin d’avoir perdu son autonomie. Qu’en sera-t-il dans le tome 2 ?
Et les craintes du petit peuple ? Oui, une nouvelle sentinelle est là, Elina,mais elle a encore beaucoup à apprendre, et le lecteur à découvrir, dans cette bande dessinée au graphisme toujours magnifique et créatif.

Petit Poilu tome 24 Les sauveurs d’Outoupousse par Fraipont et Bailly

Présentation de l’éditeur :

Progressant dans la magnifique forêt d’Outoupousse en compagnie de sa nouvelle amie Achachak, Petit Poilu devient le spectateur de la triste destruction que subit ce lieu enchanteur. En effet, Destructor, une machine vorace et sans pitié, détruit tout sur son passage. Animaux, végétaux et minéraux subissent sa folie écrasante, Outoupousse est en danger ! Petit Poilu et Achachak parviendront-ils à sauver cette forêt pleine de vie et à arrêter le terrifiant Destructor ?

Merci aux éditions Dupuis et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Je découvre l’univers tout en douceur et en couleur de Petit Poilu, un personnage fort sympathique. Ici, il se retrouve dans la forêt d’Outoupousse, à devoir lutter bien malgré lui contre Destructor, qui, finalement, n’a quasiment pas sa place dans cette forêt. Je dis « quasiment » parce que c’est une machine. Le récit nous amène à voir les choses autrement.
« Première BD », comme il est écrit sur la couverture, Petit Poilu est donc destiné à de jeunes lecteurs. Il n’y a donc pas de texte, sauf la quatrième de couverture. Il ne faut pas voir là une volonté de simplification, plutôt une volonté de rester le plus clair et le plus compréhensible possible. Cela a dû nécessiter, du moins je le pense, un énorme travail du point de vue de la construction du récit, de planche en planche, de case en case. Le dessin en lui-même est particulièrement agréable, tout comme la débauche de couleurs franches. Je pense aussi à l’expressivité de Petit Poilu, de son amie Achachak, ou de Destructor. Tout ceci est suffisamment évocateur pour permettre à l’enfant de laisser libre court à son imagination.
Une jolie découverte.

Zombillénium, tome 5 : Vendredi noir d’Arthur de Pins

 

Présentation de l’éditeur :

Au lendemain du « Vendredi noir » à Zombillénium, les employés ont carte blanche pour dévorer les visiteurs, encouragés par la direction qui entend profiter de ces gains en nouvelles âmes. Pour contrecarrer les sinistres plans de Charlotte et Aurélien avec son réseau de résistance, Gretchen doit d’abord régler ses comptes avec son passé. Un avant-dernier tome rempli d’action et de révélations qui prépare l’apothéose finale de cette série culte.

Mon avis : 

Ce qui attire l’oeil en premier, c’est la couverture qui, tout comme le tome 1, montre Gretchen, non plus une Gretchen énigmatique, presque une célébrité cachée derrière ses lunettes noires, mais une Gretchen combattive, prête à en découdre, ne reculant devant rien. L’album est à l’avenant. Si je devais ne retenir qu’une planche, ce serait celle, magnifique, de l’évacuation du Vampire State Building. Il en est d’autres aussi, de tout aussi spectaculaire mais, pour ceux-ci, je vous laisse la surprise !
Ce tome cinq, c’est un combat entre deux clans. C’est Gretchen, que j’adore qui veut vraiment en finir une bonne fois pour toutes. Nous en découvrons ainsi un peu plus sur son enfance, et sur ses célèbres parents. Nous découvrons aussi une scolarité hors norme de Gretchen (faut-il s’en étonner ?) et des souvenirs de jeunesse aussi, d’un temps plus heureux. Combat, oui, et certains sont franchement spectaculaires, d’une lumineuse et parfaite fluidité.
Pardon ? Le sang coule parfois/souvent ? Les vampires et les zombies ne sont pas vraiment végétariens, Zombillénium n’est pas une bluette, et certaines scènes peuvent être d’un rouge infernal, d’un noir gothique. Irrespirable ? Parfois. L’on remonte aux origines du parc, l’on se retrouve face aux décisions qui ont été prises et dont les conséquences doivent être assumées. Quant au dénouement, il donne vraiment envie de découvrir le sixième et dernier tome de la série – parce qu’en rester là est impossible.
Merci aux éditions Dupuis et à Netgalley pour ce partenariat.

 

Blanc autour de Wilfrid Lupano et Stéphane Fret

éditions Dargaud – 144 pages

Présentation de l’éditeur :

1832, Canterbury. Dans cette petite ville du Connecticut, l’institutrice Prudence Crandall s’occupe d’une école pour filles. Un jour, elle accueille dans sa classe une jeune noire, Sarah. La population blanche locale voit immédiatement cette « exception » comme une menace. Même si l’esclavage n’est plus pratiqué dans la plupart des États du Nord, l’Amérique blanche reste hantée par le spectre de Nat Turner : un an plus tôt, en Virginie, cet esclave noir qui savait lire et écrire a pris la tête d’une révolte sanglante. Pour les habitants de Canterbury, instruction rime désormais avec insurrection.

Merci aux éditions Dargaud et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

A moins d’avoir vécu totalement coupé de la littérature et de la culture, nous avons tous entendu parler de la guerre de Sécession, opposant les confédérés et les unionistes, ou, pour faire encore plus court, les esclavagistes et les anti-esclavagistes. Mais connaissons-nous seulement les actions qui se sont passées avant cette guerre ? Pas vraiment, ce qui est pour moi une version optimiste de « non ». J’ajoute que, si quelqu’un vient sur mon blog pour m’expliquer que « tout le monde était esclavagiste au XIXe siècle et que c’était normal, je ne vois pas ce qui te choque » (spoiler, c’est déjà arrivé qu’on me le dise), je ne perds pas mon temps à expliquer que non, tout le monde ne l’était pas, non, tout le monde ne l’admettait pas.

Parmi ces pionniers, se trouve Prudence Crandall. Elle est institutrice, elle dirige une école pour jeunes filles de bonne famille dans le Connecticut, dans les années 1830. Est-il besoin de préciser que ce sont des jeunes filles blanches ? Non, pas vraiment. Un jour, elle accueille une jeune fille noire : elle aussi veut apprendre, surtout qu’elle a des questions bien précises sur certains phénomènes physiques, et qu’elle possède donc une vraie curiosité intellectuelle. Hors de question pour les habitants de Canterbury que leurs filles aillent à l’école avec elle. Prudence Crandall ouvre donc son école exclusivement aux jeunes filles de couleur, peu importe de quel État elles viennent. Ce n’est pas les ennuis qui commencent, ce sont les ennuis qui continuent, qui s’amplifient, au point de ne plus être des ennuis, mais des actes de malveillance, de violence, de brutalité inouïe. Faut-il que l’instruction des femmes de couleur fassent peur aux Blancs bien pensant pour en arriver à de telles actions ? Oui. Les bons notables croyaient fermement que Nat Turner, dont la légende sous-tend le récit, était devenu un révolté parce qu’il était un esclave qui savait lire. Cela prouve simplement que leur instruction ne leur permet pas vraiment de réfléchir.

Ce n’est pas que le récit soit difficile à lire, c’est qu’il montre à quel point l’homme est capable du pire. Le meilleur est plus difficile à trouver. Laisser libre cours à ses pulsions, à sa bassesse, blesser, tuer, ne semble pas si compliqué. Et à ceux qui diraient que c’est le passé, c’est loin… Non. Je crains qu’il ne faille d’un rien pour que les pires pulsions ne s’expriment à nouveau. Si tant est qu’elles ne s’expriment pas déjà.

Comme souvent dans la bande dessinée, j’ai été sensible aux jeux des couleurs qui montrent la magnificence de la nature, le passage des jours, le déferlement de la violence aussi, et la douleur, le deuil qui s’ensuit. Je l’ai un peu moins été au graphisme proprement dit. Cela ne m’a pas empêché d’être sensible aux nombreux messages transmis par ce livre, par ces interrogations, notamment sur ce que l’on enseigne et comment on l’enseigne : « Je veux bien apprendre Alexandre le Grand, « L’Iliade », Christophe Colomb, le Mayflower… Mais j’ai besoin de comprendre la différence entre un ignoble massacre et une conquête héroïque. Parce que je ne la vois pas, mademoiselle. Je ne la vois pas.  »

Ou encore : « Apprenez docilement la culture des blancs ! Vénérez les écrivains des blancs, l’histoire écrite par les blancs ! Les noms des hommes célèbres blancs ! La philosophie des blancs ! Gavez-vous du monde des blancs ! A la fin vous serez toujours aussi noires. »

Ne ratez surtout pas, à la fin du volume, le dossier sur la Canterbury Female School, et sur ce que l’on sait du devenir de Prudence Candrall et de ses élèves : son engagement pour l’éducation, la justice sociale et l’égalité pour les Afro-Américains ne s’est pas arrêté à la fermeture de son école.

Pacific Palace de Christian Durieux

Présentation de l’éditeur :

Pacific Palace, un hôtel paisible au bord d’un lac qui l’est tout autant. Spirou regrette déjà d’y avoir fait engager à ses côtés Fantasio, viré comme un malpropre du Moustique. Car l’ex-journaliste reconverti en groom n’a vraiment pas la vocation et ne rate pas une occasion de fâcher M. Paul, leur supérieur hiérarchique. Mais trop tard pour faire machine arrière : un véritable huis clos est décrété et l’hôtel se retrouve sans clientèle et avec un personnel réduit pour accueillir discrètement Iliex Korda, dictateur déchu du Karajan, petit pays des Balkans. Dans ses bagages, d’imposants gardes du corps mais aussi Elena, fille du « Grand Guide » au regard envoûtant, dont Spirou tombe instantanément amoureux. Alors que Fantasio ne rate pas une occasion de provoquer l’entourage du tyran, Spirou essaie de comprendre l’étrange ballet politicien qui se joue presque sous ses yeux. Avec Pacific Palace, Christian Durieux nous livre un Spirou très personnel, entre subtile fable politique et douloureuse romance, une bande dessinée pleine d’ambiance mais avec une véritable intrigue politico-policière.

Merci aux éditions Dupuis et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Tout d’abord, je voudrai parler des couleurs, sublimes. Oui, c’est ce qui m’a frappée en premier en lisant cet album : le choix et la répartition des couleurs dans cette bande dessinée, notamment lors des scènes qui se passent la nuit. En effet, l’hôtel ne dort jamais. Ce Pacific Palace qui donne son titre à l’album se retrouve vidé de ses vacanciers, de son personnel aussi, quasiment. Seuls restent ceux qui ont été reconnus « indispensables » sans qu’eux-mêmes ou monsieur Paul, leur supérieur hiérarchique, l’aient réellement voulu. Pour quelles raisons ? Il s’agit d’accueillir un dictateur déchu, lui, sa femme, sa fille, et ses nombreux gardes du corps. Fantasio, à qui son ami Spirou a trouvé du travail, y voit comme une aubaine. Vraiment ?
Oui, nous retrouvons ici Spirou et Fantasio, le Spirou de Christian Durieux. Il est groom, et doit faire avec le manque cruel d’envie de Fantasio de s’investir totalement dans son métier – le journaliste au chômage ne pensait pas réellement se reconvertir dans l’hôtellerie. Il ne pensait pas non plus qu’un dictateur prendrait ses quartiers d’hiver ici, en attendant son installation définitive ailleurs. Sous couvert de bande dessinée, le récit nous parle des liens bien réels que la France a entretenus avec plusieurs dictateurs, comment elle a fermé les yeux, comment elle a pu exploiter ces liens, et même leur offrir, pour certains, une retraite sans trop de soucis. Parfois, les échanges ont été trop nombreux pour que l’on prenne le risque que le dictateur ne révèle ce qui était ignoré jusque là. Il est toujours bon de prendre des précautions, des deux côtés.
Et pendant ce temps… Spirou rêve, Fantasio sent qu’il tient un bon article, qui lui permettra de se remettre sur les rails, et la nature reprend ses droits.Quant au dénouement, il est là pour nous surprendre aussi.

La boîte à musique Tome 4 – La mystérieuse disparition par Carbone et Gijé

Présentation de l’éditeur :

Grâce à la visite surprise de Siloé et de ses frères dans l’Hexomonde, Nola a appris beaucoup de choses sur Pandorient et sa maman. Mais les questions sans réponse se multiplient avec la découverte d’une drôle de clé, que Nola a déjà vue dans le livre d’Annah. Que peut-elle bien ouvrir ? Pour le savoir, Nola retourne aussitôt à Pandorient. Mais rapidement, une disparition inquiétante mène Nola, Igor et Andréa dans une enquête, qui risque peut-être de bouleverser la vie de Pandorient…

Merci aux éditions Dupuis et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Cette lecture fut un double plaisir, d’abord la confiance des éditions Dupuis qui a mis en libre accès ce quatrième titre de la boite à musique, puis le plaisir de retrouver Pandorient.
D’abord, j’ai aimé que l’ouvrage nous montre ce que c’est, au quotidien, pour Nola et pour son père, de vivre sans Annah : la boite à musique ne prétend jamais que c’est facile, qu’il faut tourner la page. Non, cette bande dessinée montre bien ce que c’est de vivre avec cette absence. C’est aussi pour cette raison que Nola aime tant retourner à Pandorient, où le souvenir de sa mère est bien vivant. Nola prend de plus en plus confiance en elle dans cet autre monde, ne serait-ce que parce qu’elle a envie de trouver des réponses à toutes les questions qu’elle se pose. L’une d’elle est l’usage de cette mystérieuse clé qu’elle a trouvée. Elle n’a pas trop le temps de s’interroger, puisqu’elle constate à son arrivée une arrestation (ce n’est jamais bon signe) d’une personne qu’elle connait bien, et la disparition d’une autre qu’elle a déjà rencontré. Les réponses attendront, l’action d’abord.
Les dessins sont toujours aussi somptueux, des couleurs au graphisme proprement dit, et les personnages sont toujours prêts à prendre des risques les uns pour les autres, Nola en tête. Un petit bémol cependant : grâce à Nola et à son vibrant discours, tout s’arrangera pour les deux disparus. C’est bien, mais j’ai trouvé que le souverain s’était laissé convaincre bien facilement.
Il ne faudrait pas cependant que ce bémol vous empêche de découvrir ce quatrième tome, non sur un coup de théâtre, mais sur une interrogation qui était déjà la mienne dans le tome précédent.
J’espère qu’aucun nouveau confinement ne viendra gêner la création d’un cinquième tome.

Mademoiselle J, tome 2 : Je ne me marierai jamais d’Yves Sente et de Laurent Verron

édition Dupuis – 64 pages

Présentation de l’éditeur :

En 1937, la fille du patron de la Compagnie Générale Transatlantique, Juliette, a 22 ans, son diplôme en poche, et s’apprête à tenter de devenir grand reporter. Son père, qui a entretemps fondé sa propre compagnie de cargos, se voit proposer par Gustave Noirhomme, son associé, une offre difficile à refuser : Herr Von Riblach, homme de confiance de Hitler concernant la marine civile, voudrait entrer dans le capital de la Compagnie des Cinq Océans.
Juliette, bien consciente des projets d’invasion des nazis, refuse tout net. Malgré les réticences machistes des rédacteurs en chef, Juliette n’abandonne pas son rêve de devenir grand reporter et le journal Horizon France lui donne l’occasion de montrer sa valeur en l’engageant comme stagiaire de Daniel Fraiser, journaliste aguerri mais particulièrement désagréable. Gustave Noirhomme, lui, est prêt à tout pour que Juliette cède ses parts aux nazis…
Avec « Mademoiselle J », Yves Sente et Laurent Verron font du XXe siècle une passionnante épopée !

Merci aux éditions Dupuis et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Il est des livres pour lesquels j’ai simplement envie de dire « merci ».
Merci pour l’émotion.
Merci pour la richesse du scénario.
Merci pour la beauté et la précision des dessins.
Ce fut un plaisir de retrouver mademoiselle Juliette dans ce second tome, de la voir rentrer dans la vie active, contre l’avis de ses proches, de se faire une place dans un milieu d’hommes, et non dans un magazine féminin comme il en existait déjà à l’époque.
Communisme, montée du nazisme qui n’inquiétait pas grand monde, surtout pas les milieux des affaires qui les voyaient comme un remède à la menace communiste, liaisons dangereuses entre société, oui, Je ne me marierai jamais nous raconte cette époque pendant laquelle on ne voulait pas croire qu’une nouvelle guerre était possible.
Une belle réussite.

Mademoiselle J, tome 1 : 1929 : il s’appelait Ptirou

Présentation de l’éditeur :

C’est une surprenante et dramatique histoire que celle qui fut contée le soir de ce Noël 1959, dans une demeure de la banlieue de Charleroi. Réunis auprès de leur oncle Paul, trois enfants impatients réclament un récit, lequel sera inspiré d’un épisode vieux de presque trente ans… La Grande Dépression fait rage à cette époque malmenée : tensions sociales, grèves et conflits sont le lot quotidien des entreprises industrielles. Celle de Henri de Sainteloi, grand patron de la Compagnie Générale Transatlantique, ne fait pas exception à la règle. Poussé par ses actionnaires à renégocier les frais de locations des quais, Monsieur de Sainteloi doit se rendre à New York et en profite pour y emmener sa fille unique, Juliette, ravissante enfant atteinte d’une grave insuffisance cardiaque. À des kilomètres de Paris, sur les rives pluvieuses de la Seine, le cirque Marcolini est en deuil : Madly, sa trapéziste vedette, est victime d’un tragique accident qui force Ptirou, son fils, à quitter les saltimbanques pour tenter sa chance en Amérique, là où dit-on tout est possible à qui poursuit ses rêves. Sur le paquebot en partance pour le Nouveau Continent, voici l’histoire d’une improbable rencontre, d’une aventure bouleversante.

Mon avis :

Bande dessinée particulièrement émouvante. Je préfère prévenir tout de suite. Bande dessinée d’une extrême richesse, que ce soit du point de vue visuelle ou du point de vue scénaristique. Nous sommes en 1929, et la crise est là. Sur les quais, ce n’est pas la révolte qui gronde, c’est la peur et la douleur, celle de perdre son emploi, celle de ne pas en retrouver, celle de la violence aussi, dû à cette peur du lendemain et à un profond sentiment d’injustice. Comment le patron, qui est riche, pourrait les comprendre ? Des problèmes, lui, quels problèmes ?

Le grand patron, c’est Henri de Sainteloi. Sa femme est morte, et Juliette, 14 ans, sa fille unique, est atteinte d’une grave insuffisance cardiaque. Les médicaments pour la soigner existent bel et bien, mais ils ne sont pas infaillible. Le médecin donne pourtant son accord pour que la jeune fille accompagne son père lors de la traversée de l’Atlantique – le bon air, le calme, ne peuvent lui faire que du bien. Mais rien ne se passe comme prévu, parce que certains ont bien l’intention de faire savoir leur revendication coûte que coûte, et parce que la météo ne prévient pas. Qu’à cela ne tienne : il faut arriver en temps et en heure à New York, il en va de la réputation de la compagnie.

La compagnie, le monde des paquebots, c’est aussi tout le personnel qui travaille à bord, et la rivalité entre les gamins qui assurent le service, en habit rouge et boutons dorés, et ceux qui nettoient, cirent les chaussures, réduits à l’invisibilité. Parmi les chanceux, se trouve Ptirou, un gamin parti tenté sa chance en Amérique après le décès de sa mère. Son mot d’ordre ? Aller au bout de ses rêves, et c’est ce qu’il répète à Robert, le stewart, qui dessine tout le temps mais n’ose pas imaginer un avenir dans le monde où dessiner deviendrait son travail.

Et aider les autres aussi. « Il s’appelait Ptirou » ou comment écrire la genèse d’un personnage mythique, Spirou, et relever haut la main le défi. Oeuvre magnifique, à lire, à relire pour en explorer tous les détails. Je pourrai vous dire qu’il contient en plus un récit cadre et un récit encadré, qu’il est narré par l’oncle Paul, qui n’hésite pas à raconter de très longues histoires à ses neveux et à sa nièce, trente ans après les faits. Qu’importent ces précisions techniques ! Nous avons là une très belle oeuvre entre les mains, profitons-en, une oeuvre où la technique, le sérieux de la construction du récit ne sont jamais des entraves à l’émotion et au plaisir de lecture.

Blankets de Craig Thompson

édition Casterman – 582 pages

Présentation de l’éditeur :

Drôle d’enfance pour Craig. Il grandit dans un cadre idyllique, celui d’une ferme isolée dans les bois du Wisconsin, où il côtoie biches, renards, ours, blaireaux… En revanche, la petite ville où il va à l’école est emblématique de l’Amérique profonde : repliée sur elle-même, violente, raciste. Une intolérance subie de plein fouet, à laquelle vient s’ajouter une culpabilité omniprésente entretenue par son éducation ultra-catholique. Lassé de l’autoritarisme de son père et des brimades vécues à l’école, Craig se réfugie dans le dessin, « plaisir frivole » dont s’efforcent de le détourner ses éducateurs. Son sentiment de culpabilité atteint son paroxysme lorsqu’il tombe raide amoureux de Raina, rencontrée dans un camp de vacances paroissial. Une passion qu’il parviendra tout de même à vivre jusqu’au bout… et qui lui redonnera goût au dessin, pour notre plus grand bonheur !

Mon avis :

Je ne commencerai pas par dresser la différence entre roman graphique et bande dessinée, parce que je trouve la distinction entre les deux un peu absurde, comme si le roman graphique était un genre noble, que l’on peut être fier de lire, et que la bande dessinée manquait cruellement d’ambition, était frivole, etc, etc…. Alors je mets l’étiquette « bande dessinée » à cette oeuvre, parce que je ne vois pas en quoi cela est honteux.

Blanket n’est pas forcément une oeuvre facile à lire, mais c’est une œuvre que j’avais envie de lire, que j’ai croisé plusieurs fois avant de l’acquérir – ou de sauter le pas, comme vous voulez. Nous suivons les pas de Craig, et de son enfance pas très heureuse. Nous sommes dans le Wisconsin, dans le fin fond de l’Amérique, la fameuse Amérique que l’on ne nous montre jamais dans les séries télévisées, mais que l’on peut, parfois, vaguement apercevoir au détour d’un documentaire ou d’un sordide fait divers. Nous sommes dans une communauté très croyante, une communauté que je qualifierai d’extrémiste, tant tout se conçoit uniquement à travers le prisme de la religion et de la vie après la mort. Pour faire court : sacrifier tous les plaisirs de cette vie (qui ne sont pas considérés ainsi) dans le but de tous se retrouver dans l’au-delà. J’ai eu envie de secouer ces personnes, qui ne se rendent pas compte qu’elles gâchent la vie de leurs enfants en agissant ainsi – qu’elles gâchent la leur, c’est déjà pas mal. Craig, lui, s’évadera – son oeuvre le prouve assez. Mais quid des autres ? Il rencontre Raina dans un camp de vacances paroissial, et il faudra véritablement satisfaire aux exigences de ses parents pour qu’il puisse passer, bien loin, quelques jours avec elle. Il y découvre alors une autre famille, très croyante, tellement croyante que, pour remercier Dieu de leur avoir donné un enfant en bonne santé, ils ont adopté deux enfants handicapés mentaux. Bilan : une fille aînée, celle à cause de qui ils ont adopté, qui a fui par le mariage le foyer familial, a eu un enfant qu’elle appelle « le bébé » comme si sa fille n’avait pas de prénom ou était vouée à rester toute sa vie un bébé, et se demande maintenant si elle ne va pas divorcer, une fille cadette qui s’occupe de son frère, de sa soeur et de sa nièce, et un couple au bord de l’explosion. Craig, lui, voudrait simplement vivre son premier amour et dessiner. Quasi impossible.

Pour illustrer ce récit, du noir, du blanc, les paysages du Wisconsin, les fantasmes de l’enfance et les cruelles réalités, les maltraitances aussi. Et la neige aussi, qui recouvre, qui cache et qui s’en va. Une oeuvre brute, brutale, directe.

La boite à musique – tome 3 : à la recherche des origines de Carbone et Gijé

Mon avis :

Merci aux éditions Dupuis et à Netgalley pour avoir partagé ce troisième tome de la boite à musique, une série que j’ai pris plaisir à découvrir. Tout d’abord, je tiens à rappeler la beauté des dessins, qu’il s’agisse du graphisme ou des couleurs choisies. Un vrai régal pour les yeux, notamment dans les plans d’ensemble, qui permettent de découvrir pleinement le monde de Pandorient mais aussi son passé. Je n’ai garde d’oublier les dessins montrant « notre » monde en plein hiver – et en pleine chute de neige : c’est beau une ville enneigée, la nuit.
Oui, le tome 3 commençait presque sereinement, si ce n’est que nous découvrions l’addiction au chocolat de Nola, addiction partagée par de nombreux lecteurs. Seulement, et cela crée un lien avec le tome 2, Cyprien a réussi à entrer dans notre monde, et cela provoque quelques catastrophes en série. Il a bien mérité un bon lavage de racines !
Si les deux tomes précédents abordaient déjà des thèmes profonds, ce tome-ci ne fait pas exception à la règle en nous révélant le passé de Pandorient, et les graves décisions qui durent être prises au cours de la guerre qui faillit détruire ce monde. L’on en découvre aussi un peu plus sur le rôle d’Annah au cours de cette guerre – le lecteur se trouve ainsi dans la même position que Nola, sa fille.
Un album tendre, délicat, rempli d’émotions.
Et retenons cette phrase : C’est légitime de chercher qui on est… mais le plus important est de profiter de ceux qui sont là… de ceux qu’on aime !