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Blankets de Craig Thompson

édition Casterman – 582 pages

Présentation de l’éditeur :

Drôle d’enfance pour Craig. Il grandit dans un cadre idyllique, celui d’une ferme isolée dans les bois du Wisconsin, où il côtoie biches, renards, ours, blaireaux… En revanche, la petite ville où il va à l’école est emblématique de l’Amérique profonde : repliée sur elle-même, violente, raciste. Une intolérance subie de plein fouet, à laquelle vient s’ajouter une culpabilité omniprésente entretenue par son éducation ultra-catholique. Lassé de l’autoritarisme de son père et des brimades vécues à l’école, Craig se réfugie dans le dessin, « plaisir frivole » dont s’efforcent de le détourner ses éducateurs. Son sentiment de culpabilité atteint son paroxysme lorsqu’il tombe raide amoureux de Raina, rencontrée dans un camp de vacances paroissial. Une passion qu’il parviendra tout de même à vivre jusqu’au bout… et qui lui redonnera goût au dessin, pour notre plus grand bonheur !

Mon avis :

Je ne commencerai pas par dresser la différence entre roman graphique et bande dessinée, parce que je trouve la distinction entre les deux un peu absurde, comme si le roman graphique était un genre noble, que l’on peut être fier de lire, et que la bande dessinée manquait cruellement d’ambition, était frivole, etc, etc…. Alors je mets l’étiquette « bande dessinée » à cette oeuvre, parce que je ne vois pas en quoi cela est honteux.

Blanket n’est pas forcément une oeuvre facile à lire, mais c’est une œuvre que j’avais envie de lire, que j’ai croisé plusieurs fois avant de l’acquérir – ou de sauter le pas, comme vous voulez. Nous suivons les pas de Craig, et de son enfance pas très heureuse. Nous sommes dans le Wisconsin, dans le fin fond de l’Amérique, la fameuse Amérique que l’on ne nous montre jamais dans les séries télévisées, mais que l’on peut, parfois, vaguement apercevoir au détour d’un documentaire ou d’un sordide fait divers. Nous sommes dans une communauté très croyante, une communauté que je qualifierai d’extrémiste, tant tout se conçoit uniquement à travers le prisme de la religion et de la vie après la mort. Pour faire court : sacrifier tous les plaisirs de cette vie (qui ne sont pas considérés ainsi) dans le but de tous se retrouver dans l’au-delà. J’ai eu envie de secouer ces personnes, qui ne se rendent pas compte qu’elles gâchent la vie de leurs enfants en agissant ainsi – qu’elles gâchent la leur, c’est déjà pas mal. Craig, lui, s’évadera – son oeuvre le prouve assez. Mais quid des autres ? Il rencontre Raina dans un camp de vacances paroissial, et il faudra véritablement satisfaire aux exigences de ses parents pour qu’il puisse passer, bien loin, quelques jours avec elle. Il y découvre alors une autre famille, très croyante, tellement croyante que, pour remercier Dieu de leur avoir donné un enfant en bonne santé, ils ont adopté deux enfants handicapés mentaux. Bilan : une fille aînée, celle à cause de qui ils ont adopté, qui a fui par le mariage le foyer familial, a eu un enfant qu’elle appelle « le bébé » comme si sa fille n’avait pas de prénom ou était vouée à rester toute sa vie un bébé, et se demande maintenant si elle ne va pas divorcer, une fille cadette qui s’occupe de son frère, de sa soeur et de sa nièce, et un couple au bord de l’explosion. Craig, lui, voudrait simplement vivre son premier amour et dessiner. Quasi impossible.

Pour illustrer ce récit, du noir, du blanc, les paysages du Wisconsin, les fantasmes de l’enfance et les cruelles réalités, les maltraitances aussi. Et la neige aussi, qui recouvre, qui cache et qui s’en va. Une oeuvre brute, brutale, directe.

La boite à musique – tome 3 : à la recherche des origines de Carbone et Gijé

Mon avis :

Merci aux éditions Dupuis et à Netgalley pour avoir partagé ce troisième tome de la boite à musique, une série que j’ai pris plaisir à découvrir. Tout d’abord, je tiens à rappeler la beauté des dessins, qu’il s’agisse du graphisme ou des couleurs choisies. Un vrai régal pour les yeux, notamment dans les plans d’ensemble, qui permettent de découvrir pleinement le monde de Pandorient mais aussi son passé. Je n’ai garde d’oublier les dessins montrant « notre » monde en plein hiver – et en pleine chute de neige : c’est beau une ville enneigée, la nuit.
Oui, le tome 3 commençait presque sereinement, si ce n’est que nous découvrions l’addiction au chocolat de Nola, addiction partagée par de nombreux lecteurs. Seulement, et cela crée un lien avec le tome 2, Cyprien a réussi à entrer dans notre monde, et cela provoque quelques catastrophes en série. Il a bien mérité un bon lavage de racines !
Si les deux tomes précédents abordaient déjà des thèmes profonds, ce tome-ci ne fait pas exception à la règle en nous révélant le passé de Pandorient, et les graves décisions qui durent être prises au cours de la guerre qui faillit détruire ce monde. L’on en découvre aussi un peu plus sur le rôle d’Annah au cours de cette guerre – le lecteur se trouve ainsi dans la même position que Nola, sa fille.
Un album tendre, délicat, rempli d’émotions.
Et retenons cette phrase : C’est légitime de chercher qui on est… mais le plus important est de profiter de ceux qui sont là… de ceux qu’on aime !

La boite à musique, tome 2 de Carbone et Gijé

Présentation de l’éditeur :

Sitôt rentrée de sa première visite à Pandorient, le monde merveilleux de la boîte à musique, Nola ne pense qu’à y retourner. Lorsqu’elle repart en cachette, elle tombe en pleine fête nationale ! Tous les habitants sont en liesse, impatients d’assister à la parade du roi Hectorian Ier. Mais une affaire plus urgente appelle Nola et ses amis : Cyprien, le fils du sorcier Anton, est devenu la cible de fréquents rackets. Qui est derrière ces chantages ? Et dans quel but ? Il n’y a pas une minute à perdre, car le danger est bien réel… On en veut au roi !

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier les éditions Dupuis qui, à l’occasion de la sortie du tome 4 de la boite à musique (tome 4 dont la parution était fixée au 30 octobre, jour du début du confinement).

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé Nola, Nola qui ne peut résister au plaisir de retourner à Pandorient, ce monde extraordinaire qu’elle a découvert grâce à la boite à musique de sa mère. Retourner dans ce monde, c’est aussi retrouver des personnes qui ont bien connu sa mère, qui peuvent lui parler d’elle, évoquer son souvenir, répondre aussi à certaines de ses questions, tout un pan de la vie de sa mère qui lui est inconnu, puisque sa mère n’est plus retourner à Pandorient après la naissance de Nola, et qu’elle a caché la maladie qui l’a emporté à ses amis.

Comme dans le premier tome, Nola, Igor et Andrea découvrent un complot et décident de tout mettre en oeuvre pour le déjouer. Ce n’est pas facile, parce que l’enjeu est double : ce qui a été volé, mis bout à bout, n’est pas anodin, et Cyprien, le fils d’Anton, est victime de rackett. Anton, c’est un jardinier surdoué, véritable papa poule pour ses plantes – et pour son fils aussi. Il était très proche d’Annah, il est aussi plein de ressources : il ne faut surtout pas que l’on découvre que Nola vient d’un autre monde.

Je trouve très bien qu’un album « tout public » aborde des thèmes aussi graves que le deuil ou le rackett. Il est bon de rappeler, toujours, inlassablement, qu’il faut en parler, ne pas rester seul avec ce que l’on vit. En parler, bien sûr, à des personnes de confiance, qui peuvent vous aider, ce qui est bien le cas dans cette bande dessinée.

A bientôt pour la chronique du tome 3.

 

La boîte à musique, tome 1 : Bienvenue à Pandorient de Carbone et Gijé

Présentation de l’éditeur :

Pour son huitième anniversaire, Nola, petite fille espiègle, reçoit de la part de son père Martin la boîte à musique de sa mère, Annah, récemment décédée. Cette boîte est un symbole pour la petite fille, mais très vite, la fillette croit voir des signes de vie à l’intérieur. Oui, elle ne rêve pas : quelqu’un lui fait signe et lui demande de l’aide. Dès lors, en suivant les instructions d’Andréa, la fille de la boîte à musique, Nola rapetisse, entre dans la boîte et découvre le monde de Pandorient, un monde incroyable… Le temps presse cependant, car Mathilda, la mère d’Andréa et de son frère Igor, est gravement malade… Que lui arrive-t-il ? Aurait-elle été empoisonnée ? L’eau serait-elle contaminée ? Rapidement, les soupçons se confirment. En urgence, les enfants vont s’occuper de Mathilda puis remonter la piste du pollueur sans vergogne… avant que Nola ne regagne sa vie dans son monde, aux côtés de¶ son père. À moins que tout cela ne fût qu’un rêve… ou pas !

Préambule :

Ce qui est bien, aussi, est de rappeler que bloguer c’est lire ce que l’on veut. Je lis principalement des romans policiers et des oeuvres de littérature jeunesse, je ne vois pas pourquoi je ne pourrai pas lire et chroniquer d’autres genres littéraires.

Mon avis :

C’est une jolie bande dessinée que nous avons là, une oeuvre que j’ai pris plaisir à découvrir. Martin fête les huit ans de sa fille, il essaie que la fête soit la plus normale possible et pourtant, Annah, la mère de Nola, est décédée trois mois plus tôt. Même si c’est dur (et l’on veut bien le comprendre), il fait de son mieux pour que sa fille aille bien. Aussi lui offre-t-il la boite à musique qui appartenait à sa mère. A peine est-elle dans sa chambre qu’elle découvre qu’une petite fille lui fait signe, de l’intérieur de la boite. Nola n’hésite pas : elle répond à son appel, suit ses instructions et se retrouve dans un monde totalement inconnu.

Ce n’est pas un monde enchanté qu’elle découvre, c’est un mode coloré, différent du sien, mais propice à l’aventure et aux épreuves. En effet, la petite fille qui lui a fait signe et croyait parler avec Annah, a besoin d’elle pour soigner sa mère : Annah était infirmière, Mathilda, la mère d’Andrea et d’Igor est souffrante, et personne ne semble véritablement pouvoir la guérir. Alors Annah va faire ce qu’aurait fait sa mère à sa place : soigner et tenter de la guérir. Surtout, elle et ses nouveaux amis vont mener l’enquête, et ce n’est pas sans risque.

Oui, ce monde est beau, coloré, sympathique, et pourtant, on sent, à de petits faits, de petites remarques, que le danger est possible, latent. Ainsi, dans ce monde, on ne peut aimer qui l’on veut, et certains ont de petits secrets à cacher. Jusqu’à quand ?

Une bande dessinée à partager.

Le Marsupilami de Frank Pé et Zidrou

Présentation de l’éditeur :

Capturé en pleine Palombie par des Indiens Chahutas et vendu à des trafiquants d’animaux exotiques, un marsupilami débarque dans les années 50 au port d’Anvers. Réussissant à s’enfuir, il arrive dans la banlieue de Bruxelles et est recueilli par François, un jeune garçon fan d’animaux dont le quotidien est loin d’être facile. Le début d’une aventure passionnante, parfois sombre mais toujours porteuse d’espoir, et d’une belle amitié.

Mon avis :

Je tiens à remercier les éditions Dupuis et Netgalley pour m’avoir permis de découvrir cette bande dessinée – si elle n’avait pas été sur le site, je ne l’aurai peut-être pas lu avant longtemps.
Je ne connais pas les origines du marsupilami de Franquin, je n’ai lu qu’une ou deux bandes dessinées le mettant en scène, et encore, pas dans les premières. Ici, nous sommes dans les années 50, en Belgique. Une catastrophe s’est produite à bord d’un bateau, presque tous les animaux capturés (illégalement, bien sûr) sont morts, entrainant de lourdes pertes financières pour les trafiquants. Les images, noires, rudes, franches, montrent ce qu’il advient de ses animaux sacrifiés sur l’autel (toujours bien vivace) du profit et du plaisir des spectateurs de cirque, des visiteurs de zoo.
Fondu et enchaîné, c’est à Bruxelles que nous nous rendons ensuite, que nous découvrons une petite famille, composée de François et de sa mère, qui l’élève seul. Si elle le fait avec beaucoup d’amour et de soin, cela n’empêche pas les brimades que subit son fils à l’école – parce que son père n’est pas là, et que son père était un boche. L’instituteur et ses méthodes hors normes pour l’époque, déplait fortement à sa hiérarchie, à certains parents d’élèves, qui ne jurent que par les devoirs et les notes, le « salaire » de l’écolier. Il est un peu naïf, et ne voit pas tout ce qui se passe autour de lui, cependant, il représente tout de même un espoir dans un univers bien sombre, que seuls les animaux recueillis par François viennent adoucir : ils forment à eux seuls une vraie cours des miracles, que j’espère bien revoir dans un second tome. François est un petit garçon extraordinaire, prêt à prendre tous les risques par amour pour les animaux, quel qu’ils soient.
Une oeuvre à découvrir – et je pense que l’André à qui est dédié cette oeuvre, l’aurait aimé.

Dad, tome 7 par Nob

Présentation de l’éditeur :

Pour s’occuper de ses filles, Dad doit veiller à garder la forme ! Alors que Panda est en pleine déprime post-étudiante et cherche un sens à son avenir, que Roxane veut sauver la planète, qu’Ondine pense surtout à son nombre d’abonnés sur les réseaux sociaux, voilà qu’en plus Bébérénice commence à parler et marcher et tout devient tout de suite plus compliqué ! Comme les factures s’accumulent dans le sens inverse des propositions de boulot et qu’il se retrouve confronté à un rival pour séduire le cœur de la belle doctoresse, Dad va devoir se retrousser les manches pour montrer ce qu’il vaut. Ce n’est pas le moment de flancher car avec la routine, la bedaine pousse…

Mon avis :

J’ai découvert par le plus grand des hasards cette bande dessinée – il faut dire que j’en lis très peu – et elle est très sympathique. C’est déjà le tome 7 des aventures de Dad – ce qui est positif est qu’il me reste donc six albums à découvrir.
Il est père célibataire de quatre filles nées de quatre unions différentes. Et, dans ce septième tome, il a quelques problèmes. Des kilos en trop, un début de bedaine, auxquels il tente de remédier à grands coups de zumba et autres séances de sport. Mais, surtout, des loyers en retard qui s’accumulent, et la menace d’une expulsion de son appartement.
Oui, la vie n’est pas forcément facile, et Dad fait tout pour que ses filles vivent le mieux possible, entre le blues de l’aînée, qui a laissé de côté ses études, et l’énergie débordante de Bébérénice, sans oublier l’engagement de l’une, et les tutos beautés de l’autre.
En contrepoint de Dad, nous avons le père de François-Xavier, prototype même du masculin toxique, qui s’incruste dans la vie de celle qui voudrait bien être son ex-femme et ne l’est pas encore. C’est le moment le plus pénible de cet album, parce qu’il nous fait face à une réalité que vivent trop de femmes. Tous les hommes ne sont pas Dad, toujours prêts à assumer ses responsabilités. Il a réussi à construire une famille unie, qui compose avec les personnalités de chacun(e).
Je terminerai par une mention spéciale aussi pour le père de Dad, totalement accro aux réseaux sociaux et aux informations fortement utiles.
Merci aux éditions Dupuis et à Netgalley pour ce partenariat.

La Solitude du manager par Segui Nicolau et Migoya

Présentation de l’éditeur :

Au cours de cette nouvelle enquête, Pepe Carvalho est rattrapé par l’époque où il était agent de la CIA. Il se remémore cette rencontre, lors d’un voyage aux États-Unis, avec un certain Antonio Jaumà, manager de la branche espagnole d’une multinationale. Mais voici qu’il se retrouve avec le cadavre de Jaumà, découvert sans slip mais une petite culotte dans la poche. L’affaire semble claire : règlement de comptes autour d’un trafic de filles. Mais l’Espagne émerge à peine de la longue nuit franquiste et abrite encore trop d’individus prêts à tout risquer pour conserver certains privilèges…

Merci à Netgalley et aux éditions Dargaud pour ce partenariat.

Mon avis :

Cela n’a pas dû être un travail facile, et je dois dire que l’adaptation du roman de Manuel Vasquez Montalban est parfaitement réussi, que ce soit du point de vue du récit, ou du point de vue du graphisme. J’ai toujours l’impression que le détective de Montalban est un peu passé à la trappe dans le paysage policier, et c’est dommage.

Pepe est le personnage d’une époque, de son époque, il ne s’en contente pas d’en être le témoin. Il a été prisonnier sous Franco – c’est ainsi qu’il a rencontré Biscooter (c’est ainsi que le nom est écrit ici), il a été agent de la CIA et c’est en se rendant aux Etats-Unis qu’il a rencontré la future victime, Antonio Jaumà, manager de son état, et homme immensément seul, même avec une épouse et des enfants. Pepe veut faire toute la lumière sur sa mort – il est presque le seul.

Seulement, et c’est intéressant, Pepe est un être vivant, il mange – bien – il a des relations avec Charo, il désire d’autres femmes aussi, dort, va au cinéma, pense à tous les privés de cinéma, justement, et se demande auquel il devrait s’identifier. Il se souvient aussi, de la guerre, du franquisme, de la prison. Rien n’est tout à fait fini, et certaines personnes ne veulent surtout pas que cela le soit.

Une bande dessinée pour découvrir l’univers de Pepe Carvalho.

PS : j’ai beaucoup aimé le bonus, qui montre comment Pepe et Biscooter se sont retrouvés.

Cassandra Darke de Posy Simmonds

Présentation de l’éditeur :

Cassandra Darke, Londonienne pur jus, vieille teigne misanthrope, mauvaise coucheuse en surcharge pondérale, n’est pas sans rappeler le célèbre Scrooge de Dickens. Elle ne pense qu’à elle-même et aux moyens de préserver le confort dont elle jouit dans sa maison de Chelsea à 8 millions de livres. La galerie d’art moderne de son défunt mari a été le théâtre de fraudes qui l’ont mise en délicatesse avec la justice et au ban de son milieu. Mais Cassandra s’accorde le pardon, au prétexte qu’«à côté de tous ces meurtriers récidivistes, on se sentirait presque comme Blanche-Neige». Ses fautes n’impliquent «ni violence, ni arme, ni cadavre». Hélas, dans son sous-sol, une ex-locataire, la jeune et naïve Nicki, a laissé une surprise qui pourrait bien s’accompagner de violence et d’au moins un cadavre…

Mon avis :

Encore une « lecture confinée ». Oui, je le note, parce que mon blog sert aussi à se souvenir de cette dimension si particulière. J’ai donc lu en ligne ce roman graphique grâce au site de la SNCF, et j’ai écrit la chronique dans la foulée, sans recul, volontairement.
Cassandra Darke est un être particulier. Directrice d’une galerie d’art depuis que son ex-mari est atteint de la maladie d’Alzheimer, elle a un peu fraudé, un peu beaucoup, et a été condamné – amende, prison. Elle ne voit pas ce qu’elle a fait comme quelque chose de grave – et moi non plus, sans doute parce que l’art contemporain ne m’intéresse pas vraiment. Elle a aussi donné un coup de main à Nicki, sa nièce, fille de son ex-mari (oui, Fred l’a quitté pour Margot, sa soeur). Celle-ci se veut artiste, performeuse si j’ose dire, dénonçant les violences faites aux femmes en « performant » devant les tableaux, s’attirant un commentaire bien senti de Cassandra – oui, pour le coup, je suis un peu du côté de Nicki, même si je me dis qu’effectivement, les gens peuvent voir les violences représentées sur les tableaux, et pas forcément celles qu’ils cotoient dans la vie de tous les jours.
La preuve ? Le cadavre d’une jeune femme, ou plutôt ce qu’il en reste, a été trouvé, et personne de la réclamer, personne de s’inquiéter – on saura pourquoi lors du dénouement, qui montre à quel point la violence ordinaire frappe les femmes. Oui, ordinaire, parce que tout au long de ce roman, on voit à quoi Nicki et ses copines, et Cassandra, par extension, peuvent se retrouver confronter. Etre une femme, c’est devoir prendre beaucoup plus de précautions si l’on souhaite sortir le soir, c’est devoir faire attention à qui l’on parle, à ce que l’on dit, ce que l’on accepte, parce que certains hommes ne comprendront pas qu’une femme a le droit de s’habiller, de se comporter, de parler comme elle veut, et que rien de tout cela ne signifie « oui ».
La fin peut-elle être qualifiée d’heureuse ? A chacun de juger.

De l’autre côté de la frontière de Jean-Luc Fromental

Présentation de l’éditeur :

Auteur de romans policiers, François Combe se rend en compagnie de Kay, sa secrétaire, au Cielito Lindo, établissement des quartiers chauds de Nogales, la ville frontière entre le Mexique et les USA, afin de s’y « documenter » auprès de Raquel, une jeune prostituée. Ils tombent sur Jed Peterson, un ami du romancier, qui se montre très intéressé par la jeune fille. La même nuit, cette dernière est sauvagement assassinée. Qui a tué ?
Librement inspiré du séjour que l’écrivain Georges Simenon effectua en 1948 dans la Santa Cruz Valley, terrain de jeu des riches et des puissants, ce thriller reflète avec brio l’atmosphère tendue et inégalitaire qui y régnait.

Merci aux éditions Dargaud et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Toute ressemblance avec un célèbre écrivain belge parti vivre aux Etats-Unis avec sa femme et sa secrétaire ne serait que pure coïncidence. François vit aux Etats-Unis, mais la frontière, cette célèbre frontière que l’on voudrait rendre infranchissable, est toute proche. Une femme est tuée – une mexicaine, une prostituée. Une deuxième est tuée à son tour, et là, la police tient un coupable (pour suspect, vous oublierez) : Jed, le meilleur ami américain de François. François, bien sûr, ne croit pas que son ami puisse être coupable. Il enquête donc, lui qui doit sa fortune et sa renommée à ses romans policiers, il ne peut laisser condamner un homme innocent, et peut-être un peu trop naïf.

Pour cela, François en apprenti détective, emmène dans cette galère Estrellita. Non, ce n’est pas sa secrétaire, c’est sa jeune domestique mexicaine, qui ne sait que trop, hélas, à quel point la situation d’une jeune femme peut être précaire. Elle est domestique, elle a de la chance par rapport à sa cousine et à ses amies, qui ont trouvé d’autres moyens de gagner leur vie, plus dangereux. Je m’étonne presque que l’affaire ait été résolue – oui, très facilement, la police ayant arrêté le premier coupable venu – parce que, d’habitude, la mort d’une ou même de plusieurs prostituées n’inquiète pas beaucoup les autorités. L’une d’entre elles le dira d’ailleurs : Les fédérales en ont rien à foutre des filles comme nous qui se font couper en morceaux, bambi. 

Les couleurs sont fortes, violentes, les dessins des violences subies par ces femmes crus, sanglants. Je me suis prise à détester celui qui leur avait fait subir toutes ses atrocités, tout en étant persuadée que ce n’était pas Jed, le trop lunaire, et ma fois sympathique suspect. Tous semblent taillés dans les rochers, exprimant peu de sentiments, comme si la vie les avait forcés à se blinder par rapport à ce qu’ils avaient vécu – ou tout simplement parce qu’ils sont indifférents : les victimes sont celles qui n’ont plus rien à cacher, et expriment toute leur douleur.

Je serai franche : je n’avais pas vu venir le dénouement. Il faut dire que les indices pour nous mener jusqu’à lui étaient rares. J’ai cependant, à nouveau, ressenti un sentiment de gâchis, pour les victimes, y compris les victimes collatérales. C’est dire, finalement, à quel point moi qui lis peu de bandes dessinées, me suit attachée à ce récit et à ses personnages.

 

Ninn, tome 1 : la ligne noire par Darlot et Pilet

Présentation de l’éditeur :

Ninn fut découverte tout bébé dans le métro parisien par deux ouvriers effectuant des réparations sur les voies. Aujourd’hui, Ninn a onze ans et le métro est son univers. Elle en connaît le moindre recoin et s’y sent comme chez elle. Mais en dépit de sa joie de vivre, Ninn se pose mille questions. D’où vient-elle?

Merci à Netgalley et aux éditions Kennes

Mon avis :

Ninn est une adolescente presque comme les autres, si ce n’est qu’elle est assez solitaire. Il faut dire que son histoire n’est pas banale : elle a été trouvée bébé dans le métro. Elle a été recueillie par deux ouvriers et ils l’ont élevée. Sa passion ? Le métro, bien sûr ! Elle y passe ses journées, et observe des phénomènes parfois très étonnants, au point de douter de sa raison. Cependant… un vieil homme voit les mêmes choses qu’elle et il va très vite devenir son guide. Il ne sera pas le seul.

Cette bande dessinée est un mélange de fantastique et de réalisme. Les dessins du métro nous entraînent littéralement dans les entrailles de cette gigantesque pieuvre, nous découvrons au passage quelques-uns de ses secrets – et ses usagers les plus hauts en couleur. Nous ne basculons pas dans le fantastique, je dirai plutôt qu’il se fraie un chemin petit à petit, de manière lumineuse, colorée, effrayante parfois – ne ratez pas l’apparition du tigre !

J’ai aimé, vraiment, que les auteurs utilisent toutes les possibilités liées à la planche de bande dessinée, utilisant la page entière, la moitié de la page pour un seul « dessin » lui permettant de prendre toute son ampleur. J’ai aimé le choix des univers colorés, le jeu des lumières, le passage d’éléments d’une case à une autre, en une belle continuité narrative. Il y a un monde entre la station de métro Opéra, les escaliers de la station des Abbesses, la cuisine d’Omar et Mattéo et les galeries lointaines, tantôt féériques, tantôt cauchemardesques.

Une très belle bande dessinée.