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Journal d’un louveteau garou – 6 novembre 2018

Cher journal

Et oui, cela fait longtemps que je n’ai rien écrit, parce qu’il ne se passe quasiment rien. Mais alors, rien. Le lycée, à côté du pensionnat des louveteaux, est d’un calme olympique. Il faut dire que nos professeurs sont tous absolument rasoirs. Ordinaires. Normaux. Si les rumeurs se confirment que le pensionnat ouvre une section lycée, j’y retourne tout de suite.

Valère, mon cher petit frère, affirme que le pensionnat est beaucoup plus calme depuis que ma « génération » a mis les voiles vers des cieux plus cléments. Tant d’outrecuidance me confond.

J’ai lu le programme de leur sortie scolaire. Les crédits manquent, c’est atroce, et les jeunes louveteaux devront user leurs coussinets s’ils désirent visiter des musées ou assister à des spectacles. D’un autre côté, mêler le sport à la culture, c’est bien, et ce n’est pas comme si nous n’avions pas l’habitude de marcher. Puis, madame Cobert aurait dit : « plutôt qu’un bus qui tombe en panne en rase campagne, il vaut mieux pas de bus du tout. » A nouveau, elle a réussi sa mission : les 6e sont terrifiés. Il faudrait qu’elle forme les professeurs de notre lycée, ils ne font peur à personne, ils nous endorment ! J’ai l’impression qu’ils n’ont pas changé leur méthode depuis la dernière guerre inter meute, et elle remonte tout de même à très très longtemps ! Il faut que je vérifie mes cours d’histoires de la meute, d’ailleurs.

Sur ce, je te laisse,

Anatole Sganou.

PS : un louveteau a dû copier à tous les temps et à tous les modes : « je ne dois pas mordre les fesses d’un camarade de classe en plein cours, même si mon camarade affirme que cela ne lui a pas fait mal ».
PSS : comme tout est calme et que tout se passe bien, ceci est, pour un temps, la dernière page du journal d’un louveteau garou.

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Journal d’un louveteau garou – 6 août.

Cher journal
Veux-tu régler définitivement les problèmes de lutte au sein d’un clan de loup garou ? Organise des combats quelconques, mais alors vraiment très quelconques pendant une canicule. Le loup garou normalement constitué ne supporte pas les températures au-dessus de 30°. Il rêve alors de se rendre en urgence dans un endroit à peu près froid, et se plaît à rêver à son stage d’hiver en Alaska. je sais très bien que certains ouvrages prétendent que nous autres loups adorons la chaleur – que les auteurs viennent nous le dire en face au lieu de se cacher dans leurs bureaux climatisés.
Le seul point positif est que je n’entends plus mon petit frère Valère. Dans notre chambre, volets soigneusement fermés, il a renoncé à parler pour « économiser son énergie pour des choses essentielles ». Comprenez, avoir la force de se rendre dans la cuisine et de se préparer à manger quatre fois par jour. Valère tente en effet d’augmenter sa portion de légumes dans sa nourriture. Je n’ai qu’un mot à dire : ce n’est pas gagné.
Si quelqu’un suggère que nous pourrions bronzer, je lui dirai que les loups attrapent surtout des coups de soleil ! Pendant que j’écris, j’entends Zoé et Anna, mes chères cousines – pour notre bien-être mutuel, nous nous voyons le moins possible – que la chaleur rend leurs cheveux im-pos-sible à coiffer. Il suffit de remplacer « chaleur » par « pluie, vent, grêle, froid, neige, gel » et vous aurez la base de la conversation de mes cousines. Zoé veut devenir hôtesses de l’air parce que les louves garous sont sous-représentées dans cette profession. Anna, elle, veut être garde du corps – ce que je trouve absurde, un loup garou est capable de se garder seul. Elle a eu la délicatesse de me rappeler que j’avais été enlevé. J’adore ma cousine.
Sur ce, je te laisse cher journal, et te dis à la prochaine journée à peu près rafraîchissante.
Anatole Sganou.
PS : Valère, transformé, a voulu mettre le museau dehors afin d’aller cueillir des framboises. J’ai renoncé depuis longtemps à comprendre mon adorable frère. Il s’est légèrement brûlé les coussinets sur les pavés brûlants. Heureusement que nous avons un stock de pommade apaisante « au cas où ».

Journal d’un louveteau garou – 11 juillet

Cher journal,

je n’ai qu’un mot à dire : aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !

Comment une telle horreur a-t-elle pu se produire ?

Non, je n’ai pas raté mon brevet des louveteaux, j’ai même eu la mention très bien, ce qui était tout à fait normal eu égard à mes capacités et à mon absence quasi-totale de modestie. Je vous parle simplement de notre dernière et ultime sortie scolaire de nos années collèges. Tout se passait presque bien : il ne faisait pas trop chaud, il ne pleuvait pas, et personne n’était malade. Nous déambulâmes tranquillement à travers les expositions, les parcs fleuris et nous naviguâmes de même.

Le retour fut…. J’aurai dû me douter de quelque chose, j’aurai dû. Il faut dire qu’une sortie scolaire avec madame Cobert se passe rarement sans souci. Soit dit en passant…. je n’approuve pas le projet d’un certain Antoine, qui souhaite kidnapper madame Cobert afin qu’elle nous accompagne au lycée. Je n’approuve pas, mais vu ce qui s’est passé à la sortie, je sens que je vais lui donner un coup de patte. C’est vrai, tout de même, que cela s’est passé sous son nez.

A la décharge de madame Cobert, elle a tout de suite contacté le principal, qui a tout de suite envoyé un groupe d’intervention.
– Et oh !
– Oui, Valère (quelle galère les petits frères) ?
-Toi qui es si malin, tu t’étais aperçu que Clairanne et Cassandra avaient ramené un vrai dragonneau, et non une peluche acheté à la boutique du musée ? Qui se serait attendu à trouver un dragonneau miniature dans un parc floral ? Non, parce que, un dragonneau, nous en avons déjà eu un au pensionnat (pensée émue pour notre camarade Gentiane) et il ne rentrait pas dans un cartable de taille standard !

Je me réserve le droit de ne rien dire jusqu’à ce que toute la lumière soit faite sur cette affaire.
Anatole Sganou, louveteau garou breveté.

Journal d’un louveteau garou – 5 juillet 2018

Cher journal

je viens de lire les lignes partagés par mon cher frère, et je serai direct : oui, je suis content qu’une louvetelle ait consenti à le fréquenter, mais j’attends de voir combien de temps leur relation va durer ! Ils se sont déjà séparés et remis ensemble une fois ! Ah, on me souffle, enfin mon petit frère, qu’il ne s’agit pas d’une séparation, mais d’un processus d’éloignement volontaire visant à savoir si oui ou non ils étaient faits pour construire une relation durable ensemble en vue d’une intégration future dans la meute. Heureusement que j’ai une bonne mémoire, parce que la chérie de mon frère prononce des phrases drôlement longues.
Sinon… je ne vois franchement pas pourquoi nous devons subir cette initiation au tir à l’arc. Les lubies des professeurs de sport ! Il nous a dit que ce n’est pas avec une équipe pareille qu’il irait chasser le grizzli ! S’il croise des grizzlis en Normandie, et bien qu’il nous prévienne, je veux absolument les voir. A moins qu’il n’existe des grizzlis garous, ce qu’aucun ouvrage ne mentionne.
Sinon… on a trouvé le nouveau Robin Des Forêts Boisés. Il s’appelle Ethan et on peut compter sur lui pour le grizzli – à condition d’avoir autre chose comme munition que des flèches à ventouse.
Sur ce, cher journal, je te laisse : l’odeur d’une délicate pizza me monte aux narines.
Anatole Sganou, 3e Bleu.

Journal d’un louveteau garou – ou presque – 30 mai 2018

Cher journal de mon frère,
Anatole est débordé, le pauvre chéri, et n’a plus le temps d’écrire. Je ne comprends pas ! Je m’attendais à ce que le récit de mes brillantes amours fasse l’objet – au moins – d’une page spéciale dans son journal. Même pas. Je suis déçu. Pas la peine que je trouve une copine et que je prenne soin d’être conseillé par un authentique futur thérapeute conjugal – quand on s’appelle Antoine Jolirate, pourquoi pas ?
Madame Cobert est débordée. Elle cherche un resto qui accepte les fantômes, pour y aller avec son amie Alma – à quand une manifestation de professeurs fantômes, qu’on s’amuse un peu ?
J’ajoute que je n’en veux pas du tout à madame Cobert de m’avoir balancé ma copie à la figure. Ce n’est pas de sa faute si elle a glissé ! Elle a noté que j’avais une large marge de progression puisque j’avais 1/20.
Sur ce, je te laisse, je dois passer une soirée romantique avec ma nouvelle petite copine Amélie – déjà huit jours que nous sortons ensemble. Bon, elle est gothique, mais personne n’est parfait.
Valère Sganou, 4e Bleu.

Journal d’un louveteau garou – 25 avril 2018

Cher journal

En un mot comme en cent
J’irai droit au but
Moi-même je n’en reviens pas.
Figure-toi qu’une authentique louvetelle a déclaré sa flemme à mon frère.
Autant vous dire que j’ai de sérieux doutes sur la lucidité de cette toute jeune membre de la meute.
Il paraît que ses amies n’en avaient déjà plu depuis longtemps.
Là où je suis pleinement rassuré, c’est que mon frère lui a mis un râteau de compétition. Namého, il ne faut pas exagérer, son coeur est à Gentiane, il n’est à personne d’autres.
Sinon, ce sont les vacances. Ouf.
Je commençais à ne plus supporter certains membres de ma classe.
Je vous passe sous silence ceux qui n’ont pas le sens de l’orientation. Un comble quand on est un loup garou.
Je vous passe sous silence ceux qui passent leur temps à se vernir les griffes ou à se mettre du baume sur les coussinets.
Notre vaillant professeur de sport a jeté l’éponge, le gant, les ballons, enfin, tout : il a ouvert un club de jardinage. Et notre professeur de maths, un club de cuisine.
Sur ce, je te laisse, je vais faire la sieste.
Anatole Sganou, 3e Bleu.

Journal d’un louveteau garou – 14 février

Cher journal

Oui, je sais, cela fait longtemps que je ne t’ai pas parlé – mais que d’événements ont survenu au pensionnat des louveteaux. Je ne sais pas par où commencer (et j’aimerai que mon petit frère ne me souffle pas : par le début).

Le Pouic nouveau est arrivé, je crois l’avoir déjà écrit, et ce n’est pas vraiment un bon cru de Pouic, sauf pour le rugby. Il ne veut absolument pas lâcher le ballon, et les autres joueurs, vus sa petite taille et sa minceur, hésitent à lui sauter dessus et à l’aplatir. Il faut dire que la seule et unique fois où s’est arrivé, il a fallu le désincruster totalement du terrain. Le match a donc été interrompu, parce que les autres joueurs l’avaient vraiment trop enfoncé dans le terrain.

– Et la boue, ça colle vachement sur le maillot ! est-il parvenu à dire malgré tout.

Nous n’avons pas pu avoir des rencontres de football parce qu’à cause des inondations, le terrain était littéralement sous l’eau. Des mouettes avaient même élu domicile là où d’habitude, nous tentions mollement de nous passer le ballon. Notre professeur a même dit qu’elles étaient presque plus dynamiques que nous ce qui, vu notre état, n’était pas très difficile.

En effet, il n’y a pas que le terrain qui était inondé, nos chambres aussi l’étaient et nous dûmes nous réfugier dans les dortoirs collectifs sis à la sortie du pensionnat et qui ne servaient qu’en cas de grand rassemblement.

– Comme ça, en cas de problème, on se barrera plus vite.
– Oui, mais nous sommes plus éloignés de la forêt.

Après la pluie, la neige et non le beau temps. Mis à part quelques énergumènes, enfin, une majorité d’énergumène qui a suivi une initiation au ski (on en a racheté pour refaire le jumelage), nous n’appréciâmes que modérément ce temps. Certes, le verglas ne fait pas peur quand on a des griffes, mais il faut pour cela maîtriser la métamorphose partielle volontaire, et ce n’est pas le cas pour tout le monde.

Je te laisse, cher journal, Valère, mon petit frère, vient d’être transporté à l’infirmerie. Il a accidentellement enfoncé la porte de la salle de classe de madame Cobert. Il voulait lui faire coucou. Si quelqu’un trouve la maturité de mon petit frère, je prends !

@bientôt
Anatole Sganou.