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Plumes et écailles – 4

Ne me parlez plus jamais des les championnats du monde d’acrobatie dragonne, jamais ! Je me suis ennuyée à un point qui était difficilement envisageable. Ce n’était plus des jeux, c’était presque une déclaration de guerre tant chaque équipe poussait l’art de la voltige et de l’acrobatie à la perfection. Pas d’accrochage, de dérapage, des synchronisation parfaite. Les juges ont été très occupés à déterminer qui étaient premier, deuxième, troisième, etc… tant les dragons poussaient leur art à la perfection. Ils ont utilisé la vidéo pour être certains. Ils ont été tellement longs que je me suis dit qu’ils regardaient les vidéos uniquement pour leur plaisir personnel.

Bien sûr, sous la direction de Roissy, notre chef kiné, j’ai massé quelques dragons. Sauf qu’il ne me fait vraiment pas confiance !
– Axelle, tu as plus d’incidents en un mois que je n’en ai eu dans toute ma carrière. J’exerce depuis vingt ans.
Je me suis bien gardée de lui dire qu’il devait avoir du sang de dragon dans les veines puisque je l’ai déjà vu cracher du feu voici quatre mois. Il prétend que j’ai eu une hallucination.
– Axelle, les hallucinations, c’était le prix à payer pour ton troisième incident conséquent de l’année ! Je te rappelle que tu en es désormais à ton quatrième. Un conseil : reste très loin de l’épreuve d’atterrissage.

N’importe quoi !
Bien sûr, après avoir préparé les dragons, je me suis installée à proximité de la roseraie des Saint-Georges. Qu’est-ce que vous voulez qui m’arrive ?

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Si quelqu’un veut me raconter ce qui m’est arrivé, je suis preneuse. Monsieur de Saint-George vient demain. Pour la cérémonie officielle de baptême de l’infirmerie. Elle se nommera « Alexandrielle Beaucaire ». Mon nom complet. Il tient à ce que cela soit fait de mon vivant. Je n’aurai pas aussi mal, je crois que je rirai.

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Plumes et écailles – 3

Je suis sortie de l’infirmerie, c’est merveilleux ! Par contre, mon compagnon de chambrée a été transféré dans l’unité des soins post-traumatiques. Non, parce que, franchement, il est suicidaire ! A peine remis, il a de nouveau accusé madame de Saint-Georges d’être une espionne.
– Quoi que je fasse, vous m’accuserez quand même. Sachez seulement que le jour où le véritable espion sera identifié, je vous contraindrai à astiquer une à une les écailles de mon dragon.
Il a visualisé ce que cela donnerait, il a viré au rouge, au blanc, au vert, et c’est là qu’il fut expédié en soins post-trauma.

Je suis d’autant plus contente d’être sortie que les championnats du monde d’acrobatie dragonne débutent aujourd’hui ! Les incidents étant nombreux, je suis ravie d’avoir été réintégrée dans l’équipe des kinés de dragons de combat. Ils ont besoin de se détendre, les chers petits.

Un regret : monsieur de Saint-Georges ne participe pas. Ce n’est pas qu’il ne le ferait pas, c’est que Chimney préfère se réserver, et bien, pour les combats.
Voici la liste des épreuves :
– voltige en solo ;
– voltige en duo ;
– voltige en trio :
– voltige en équipe ;
– acrobatie en forêt ;
– acrobatie en montagne ;
– acrobatie nocturne ;
– atterrissage en ville ;
– atterrissage urbain ;
– atterrissage fleuri. Pour cette dernière épreuve, madame de Saint-Georges prête généreusement sa roseraie. Autant dire que les candidats sont extrêmement prudents !

Plumes et écailles – 2

Cela fait deux jours que je suis à l’infirmerie. Il paraît qu’il faut que j’aie beaucoup beaucoup de repos. J’ai eu de la visite, néanmoins. Antoine Mâchefer, qui a presque terminé ses séances de rééducation. Sixtine et Charlotte Boulanger, en pleine forme. Les filles de monsieur de Saint-Georges. Par contre, on a interdit à Jules Dacier de me visiter, sous prétexte qu’il ne fallait pas réunir deux catastrophes ambulantes dans une même pièce. Un scandale.

    * * *

Monsieur Arthur de Saint-George en personne m’a visitée et a presque promis de me réintégrer en temps que kiné des dragons de combat. Si je n’ai pas vraiment d’atomes crochus avec lui, je dois dire que j’apprécie énormément Chimney, son dragon.
– Et c’est réciproque.
– Merci Chimney, c’est sympa. J’ai reçu une mauvaise nouvelle, et beaucoup de bonnes. La mauvaise, c’est qu’un dragonneau s’est enfui de la pouponnière. Les bonnes, c’est que :
1- il n’était pas sous ma responsabilité, normal, j’étais dans le coaltar
2- ce n’est pas une des dragonnelles destinées aux jumelles Saint-George

Comme je suis à l’infirmerie, l’enquête a progressé vite (ah ! ah ! comme si j’étais responsable de toutes les catastrophes). Figurez-vous que le dragonneau a été récupéré par une jeune louve du fameux pensionnat des louveteaux que je ne connais que trop bien. Mes paumes gardent encore un souvenir cuisant du temps que j’ai passé là-bas en tant qu’otage volontaire – tout un concept.

La troisième bonne nouvelle, c’est que ce n’est pas moi qui devrais aller au pensionnat. Je suis trop connue et pas assez discrète. Ouf.

La quatrième bonne nouvelle c’est qu’à force de cogiter, monsieur de Saint-Georges en a déduit qu’un espion se trouvait dans nos rangs. Les officiers de la garde se sont récriés, puis ont cherché. Chercher, oui, trouver non. Ils ont même pensé à Jules Dacier ! Non, mais, franchement, s’il est un talentueux espion, je lui tire mon chapeau, parce qu’il passe pour un gaffeur depuis tellement longtemps qu’une telle constance dans le n’importe quoi montre ses capacités d’espion – s’il en est un. En apprenant la nouvelle, il a éclaté de rire et s’est déclaré « flatté ». Je le comprends.

Les recherches se sont poursuivies, du coup, j’ai un nouveau voisin à l’infirmerie. Un voisin, et une gardienne : madame de Saint-George elle même. Son surnom de « dragonne » est pleinement justifié puisque la fumée lui sort du nez et des oreilles. Je m’attends à ce qu’elle crache du feu d’un instant à l’autre. Le lieutenant Danvers a eu la judicieuse idée de suggérer que c’était elle la traîtresse. Il n’aurait pas dû dire cela en sa présence alors qu’elle revenait d’une partie de croquet avec ses filles et qu’elle avait encore le maillet à la main. Un coup de maillet bien placé et boum ! le malheureux a fait un vol plané par la fenêtre. Il a atterri directement dans les plates-bandes. Elles vont bien, je vous remercie. Lui, par contre, ne semble pas très pressé de se réveiller. Je le comprends.

Journal d’un louveteau garou – 11 juillet

Cher journal,

je n’ai qu’un mot à dire : aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !

Comment une telle horreur a-t-elle pu se produire ?

Non, je n’ai pas raté mon brevet des louveteaux, j’ai même eu la mention très bien, ce qui était tout à fait normal eu égard à mes capacités et à mon absence quasi-totale de modestie. Je vous parle simplement de notre dernière et ultime sortie scolaire de nos années collèges. Tout se passait presque bien : il ne faisait pas trop chaud, il ne pleuvait pas, et personne n’était malade. Nous déambulâmes tranquillement à travers les expositions, les parcs fleuris et nous naviguâmes de même.

Le retour fut…. J’aurai dû me douter de quelque chose, j’aurai dû. Il faut dire qu’une sortie scolaire avec madame Cobert se passe rarement sans souci. Soit dit en passant…. je n’approuve pas le projet d’un certain Antoine, qui souhaite kidnapper madame Cobert afin qu’elle nous accompagne au lycée. Je n’approuve pas, mais vu ce qui s’est passé à la sortie, je sens que je vais lui donner un coup de patte. C’est vrai, tout de même, que cela s’est passé sous son nez.

A la décharge de madame Cobert, elle a tout de suite contacté le principal, qui a tout de suite envoyé un groupe d’intervention.
– Et oh !
– Oui, Valère (quelle galère les petits frères) ?
-Toi qui es si malin, tu t’étais aperçu que Clairanne et Cassandra avaient ramené un vrai dragonneau, et non une peluche acheté à la boutique du musée ? Qui se serait attendu à trouver un dragonneau miniature dans un parc floral ? Non, parce que, un dragonneau, nous en avons déjà eu un au pensionnat (pensée émue pour notre camarade Gentiane) et il ne rentrait pas dans un cartable de taille standard !

Je me réserve le droit de ne rien dire jusqu’à ce que toute la lumière soit faite sur cette affaire.
Anatole Sganou, louveteau garou breveté.

Plumes et écailles

Oyez, oyez ! Nous célébrons aujourd’hui l’anniversaire des plumes d’Asphodèle ! C’est Mind the gap qui organise cet anniversaire. Les mots à placer étaient  Aquarelle, Voyelle, Mirabelle, Maternelle, Stèle, Eternel, Bretelles, Ribambelle, Infidèle, Dentelle, Cannelle, Passerelle, Balancelle, Ritournelle.

8 h : Bonjour, je m’appelle Axelle et, devinez quoi ? A la suite d’aléas que je ne vous raconterai pas, je ne suis plus kiné des dragons de combat, je suis kiné des dragonneaux. A la pouponnière. Si je suis efficace, il est même question que je sois kiné pour les maternelles. Oh joie ! Il paraît que le chef d’escadre monsieur Arthur de Saint-George n’en pouvait plus de me remonter les bretelles à chaque « bévue » et a émis des doutes sur mes capacités à ne pas provoquer de catastrophes. Ce n’est presque pas de ma faute si le toit de l’écurie s’est effondré, j’ai simplement mal calculé le plan de vol post-rééducation !

9 h : Chanter des ritournelles à une ribambelle de dragonneaux ou leur faire déchiffrer l’alphabet (voyelle, consonne, voyelle…) n’est pas risqué. Nettoyer les écailles d’un adorable dragonneau barbouillé n’est pas sorcier. Lui faire les griffes non plus. Cependant, je n’aime pas être infidèle à mes premières amours : soigner les dragons de combat.

10 h : Petite promenade avec Mirabelle et Cannelle, deux dragonnelles jumelles qui sont destinées aux jumelles du chef d’escadre. Si on m’avait dit qu’un jour, j’irai au parc avec deux boules d’écailles, futures dragonnes de compagnie, je ne l’aurai pas cru.

11 h : si, si, je me sens bien. Je suis tout à fait prête pour l’atelier Aquarelle. Non, mais, vue le nombre d’incidents que j’ai eu dans ma vie, ce n’est pas me prendre une balancelle dans la tronche qui va m’empêcher de faire mon travail. Nanmého.

12 h : les dragonneaux ne font pas dans la dentelle. Il faut dire que je ne m’étais pas non plus intéressée de prêt à leur alimentation de trois mois à deux ans. Maintenant qu’elle recouvre presque entièrement ma coiffe de protection et mon tablier, je crois que je pourrai écrire un livre dessus.

16 h : si, si, je me sens bien. Nan mais, je ne comprends pas : si la passerelle a pu supporter le poids de trente dragonneaux qui se rendent au gymnase, pourquoi elle a cédé sous mes cinquante kilos tout mouillés ? Le matériel n’est pas éternel, mais il aurait pu durer cinq minutes de plus.

20 h : là, je l’admets, je ne sais pas ce que je fais à l’infirmerie. Oui, je me souviens que j’ai accompagné les dragonneaux jusqu’au mur d’escalade, je ne me rappelle pas avoir pris un dragonneau en pleine poire. J’en ai pris trois ? Non, cela ne m’était jamais arrivé. Il y a un début à tout. Depuis cinq minutes, je réfléchis à ce qui sera écrit sur ma stèle : « Ci-gît Axelle, qui aimait voir les dragons battre des ailes ».

Journal d’un louveteau garou – 5 juillet 2018

Cher journal

je viens de lire les lignes partagés par mon cher frère, et je serai direct : oui, je suis content qu’une louvetelle ait consenti à le fréquenter, mais j’attends de voir combien de temps leur relation va durer ! Ils se sont déjà séparés et remis ensemble une fois ! Ah, on me souffle, enfin mon petit frère, qu’il ne s’agit pas d’une séparation, mais d’un processus d’éloignement volontaire visant à savoir si oui ou non ils étaient faits pour construire une relation durable ensemble en vue d’une intégration future dans la meute. Heureusement que j’ai une bonne mémoire, parce que la chérie de mon frère prononce des phrases drôlement longues.
Sinon… je ne vois franchement pas pourquoi nous devons subir cette initiation au tir à l’arc. Les lubies des professeurs de sport ! Il nous a dit que ce n’est pas avec une équipe pareille qu’il irait chasser le grizzli ! S’il croise des grizzlis en Normandie, et bien qu’il nous prévienne, je veux absolument les voir. A moins qu’il n’existe des grizzlis garous, ce qu’aucun ouvrage ne mentionne.
Sinon… on a trouvé le nouveau Robin Des Forêts Boisés. Il s’appelle Ethan et on peut compter sur lui pour le grizzli – à condition d’avoir autre chose comme munition que des flèches à ventouse.
Sur ce, cher journal, je te laisse : l’odeur d’une délicate pizza me monte aux narines.
Anatole Sganou, 3e Bleu.

Instant d’écriture : Dans le domaine du jamais plus

L’année scolaire est presque terminée. Ce sont les derniers cours, les livres sont rendus.Le brevet des collèges commence demain, ultimes révisions, ou pause pour celles et ceux qui se sont donnés à fond toute l’année – avant les deux jours d’épreuve.

Bien sûr, nous pensons déjà aux vacances, moins à l’année prochaine – je parle de l’année scolaire.

Pour une autre de mes élèves, nous sommes entrés dans le domaine du jamais plus.

Elle ne connaîtra pas les vacances à venir.

Elle ne connaîtra pas les épreuves du bac, pas même les épreuves anticipées.

Elle ne travaillera jamais dans une agence immobilière comme elle le souhaitait.

Elle n’exploitera plus jamais son « gène de la paresse ».

Elle ne fera jamais plus de gaffe.

Elle ne sourira plus.

Comment meurt-on à quinze ans ?