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Voeux de madame Cobert

Chers louveteaux

Je vous souhaite à tous une bonne année 2019.
Oui, je sais que monsieur le directeur devait prononcer ces vœux, mais il est « indisponible » et a précisé que c’était son nouveau prénom. Vous avez jusqu’à la rentrée scolaire pour comprendre le message contenu dans cette déclaration.
Je vous souhaite la santé parce que, faites-moi confiance, vu les évaluations que nous avons prévues d’ici les prochaines vacances, vous allez sacrément en avoir besoin.
N’oubliez pas de travailler votre sens de l’orientation : le nombre d’élèves encore incapable de trouver ma salle au bout de quatre mois, c’est tout de même préoccupant.
Je serai sympa, je ne parlerai pas du chant, la vidéo de notre dernier concert est disponible – sans le son, afin de ne pas choquer les âmes sensibles.
Je tiens à remercier mes élèves qui m’ont offert un cadeau pour la fin de l’année. Deux fois cette année, cela se fête !
Non, je ne regrette pas 2018 sur un plan personnel. J’espère simplement que celui qui est toujours en vie en cette fin d’année le sera encore en décembre 2050. Oui, je vise large, l’optimisme, c’est possible. C’est la moindre des choses face à quelqu’un qui ne se plaint pas, qui ne veut pas que l’on dise qu’il est courageux, et qui est capable de me fournir l’adresse d’un salon de thé sympa alors qu’il sort d’une séance de chimio. Oui, j’ai réfléchi : devais-je laisser ces phrases dans mes vœux ? Oui. Parce qu’il est important de ne pas se laisser dicter par… le regard des autres ? la bienséance ? ce qui compte vraiment à nos yeux. Puis, c’est lui qui m’a appelé pour me souhaiter une bonne année et bon courage avec mes charmants louveteaux, alors… je lui rends la pareille devant vous !
Sur ce, je vous laisse et vous dis à bientôt au pensionnat
Madame Sharon Christine Georgette Cobert.

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Bonne année 2019 !

Moi et toute la tribu normande nous vous souhaitons une bonne année 2019 !

Que l’année 2019 vous soit heureuse et douce !

Joyeux Noël… de la part de madame Cobert

Je vous souhaite moi aussi, avec les chats de la tribu normande, un joyeux Noël.
Cependant, j’avais envie de laisser la parole à ce personnage, qui est un peu mon alter-ego dans le monde des louveteaux.

Chers louveteaux,
je vous souhaite un joyeux Noël.
Si, si, c’est sincère – tant que vous ne fêtez pas Noël au pensionnat et que vous ne m’envoyez pas des mails entre 23 h 54 et 00 h 42, je suis tout à fait prête à vous souhaiter un joyeux Noël.
Je vous rappelle d’ailleurs que Noël est une trève – logiquement. Donc pas de morsures ou de griffures intempestives, merci par avance. Nous avons soigné assez de plaie lors de la dernière semaine avant les vacances.
Joyeux Noël en famille, en meute, avec les personnages que vous aimez, mais s’il vous plait, évitez de me raconter vos histoires de coeur à la rentrée. Oui, j’ai bien retenu que Truc avait des problèmes de couple avec Machine, et que Machin voulait briser leur couple, enfin, ça, c’est le point de vue de Truc, parce que Machin sort avec Chose, et qu’il semble très heureux, même si je sais de source sûre, c’est à dire de Chose elle-même, qu’elle souhaite mettre fin à leurs relations avant les fêtes. Pendant ce temps, Tim et Sarah filent le parfait amour, tant mieux – oui, j’ai cessé d’employer des codes, parce que, Tim et Rachel, c’est une histoire connue de tous les 6e, un peu comme Tom et Manon pour les 3e. Là, pendant que je vous écris, je vois déjà le regard offusqué de Tom, qui m’assure que non, non, personne n’est au courant, si ce n’est qu’il ne quitte pas Manon d’un coussinet, sauf quand elle rentre dans une salle de cours parce qu’ils ne sont pas dans la même classe. Même les 6e Citron, dont je suis la professeure principale, sont au courant ! D’ailleurs, les 6e Citron, merci pour les chocolats, c’est très gentil.
Le concert de la chorale ? Je vais faire comme si je n’avais pas entendu. Si, si, il vaut mieux, d’ailleurs en salle des professeurs, tout le monde vous le dira, je n’ai rien entendu, et il paraît qu’il vaut mieux que je n’ai rien entendu. Je ne vois pas ce qui peut être pire que le concert précédent, dont la video est disponible sur simple demande – par contre, nous n’avons pas le son.
Je vous souhaite donc, à nouveau, un joyeux Noël !
Madame Sharon Cobert.

Au lycée des louveteaux garous – III

Nouvelle réunion au pensionnat des louveteaux garous. Réunion dite « de crise » – cela faisait longtemps.
Un an pour être exact.
Gaël de Nanterry, entouré par le CPE et deux lieutenants de la meute du Sud (Erik de Nanterry, son père, était occupé à contenir la révolte sur un autre front) tentait d’informer les personnes présentes tout en répondant aux questions les plus pressentes.
– Pourquoi c’est notre pensionnat qui est le plus attaqué ? Il en est d’autres !
– Oui, répondit Gaël, mais nous sommes historiquement le tout premier pensionnat à avoir été déclaré « pensionnat des louveteaux garous ». Nous vivons dans un endroit presque coupé du monde, dans le but, certes, de protéger les louveteaux mais cela nous rend aussi beaucoup plus facile d’accès en cas d’attaque.
– Ne serait-il pas possible de déplacer le pensionnat ?
– Vous pensez bien que la question a déjà été soulevée. Nous accueillons ici mille cinq ans élèves, mille cinq cents pensionnaires, faut-il le rappeler. Une telle structure ne se reconstruit pas ailleurs aisément. Imaginez-vous un tel établissement au plein coeur des villes ?
Un des lieutenants (un dénommé Eoin – que les professeurs avaient déjà rebaptisé « tu parles d’un nom ») prit la parole. Cheveux noirs pas vraiment coiffés tombant aux épaules, barbe pas vraiment entretenue, il tenait, n’était sa frêle complexion, plus de l’ours que du loup garou. Quoique. Il ne fallait pas le dire trop vite sous peine de se retrouver avec des blessures en mode incurable.
– L’attaque des Trolls, dit-il, nous a tous surpris. D’habitude, les Trolls font grève, s’énervent, casse deux/trois trucs et se calment. Et pour tous ceux qui soupirent que je rappelle des évidences, c’est en partant des évidences que l’on comprendra peut-être pourquoi ils ont disjoncté.
– Les Trolls ont pourtant d’excellentes conditions de travail, intervint un professeur. Je dis bien « de travail » – ce ne sont pas des esclaves !
– Pourvu, souffla madame Lecerf à madame Cobert, que ce ne soit pas encore une revendication de territoire à la noix.
– Ils ont déjà leur propre territoire.
– Justement. Quand on en a un, on veut l’agrandir.

Calmer le jeu, c’est bien. Apprendre la vérité, c’était pire. Oui, les trolls avaient sciemment attaqué le pensionnat des louveteaux (nan, sans déc’ ?). Leur objectif était de se débarrasser de ceux qui les empêchaient de retourner à leur état de « nature ». Les loups étant les plus proches, ce sont eux qui ont été les premières cibles.
– Absurde, répondit Silas Chépukoi, que Gaël avait presque réussi à oublier. Presque. Cet état de « nature » est presque légendaire. Cela fait très longtemps que les trolls ont quitté les cavernes, les grottes, voire les falaises où certains ont longtemps prétendu qu’ils vivaient. La civilisation trollesque était même fort cultivée jusqu’à son déclin.
– Je sens que les cultiver à nouveau ne sera pas facile, répondit Gaël.
– Sans doute.
– Puis, intervint Eoin, nous ne les empêchons pas de démissionner de leurs métiers respectifs et de retourner vivre à temps plein sur leur territoire!*
– C’est ce que la majorité d’entre eux vient de faire, tout en regrettant, du bout des lèvres, vraiment, ce qu’une masse d’individus dégénérées a fait.
Pas la peine de le préciser : dans la salle, personne ne croyait à ses excuses. Tous s’attendaient plutôt à de nouveaux assauts. Aux pensionnats, on avait l’habitude.

*Comme beaucoup de personnes, les trolls ne dorment pas sur les lieux où ils habitent. le pays des Trolls ressemble donc plus, parfois, à une vaste cité dortoir. Il n’est pas rare que les jeunes trolls ne sortent de leurs territoires qu’au moment où ils doivent gagner leur vie pour la première fois, les interactions avec les humains, les loups garous et les vampires étant donc extrêmement limitées. Autant dire qu’ils frôlent, en dépit des conseils de leurs parents (ou de leur absence totale et complète) le choc thermique.

Au lycée des louveteaux garous – II

Anatole ressentait une profonde fatigue d’ordre psychologique. Les devoirs ? Merci, ils étaient faits. L’écriture ? Mais comment fallait-il le dire ! Il n’avait plus aucune envie de tenir son journal, et ce n’est pas Sarah, qui pestait contre l’absence de qualités littéraires du roman qu’elle était en train de lire, ou l’absurde dénouement de sa saga préférée qui le ferait changer d’avis. Et pourtant, elle y mettait tout son énervement : Anatole se rendait-il compte que l’héroïne se mettait finalement en couple avec son meilleur ami, enfin, celui qui avait été son meilleur ami pendant les douze tomes de la saga, alors qu’elle en avait aimé un autre, nettement plus héroïque ? Mais quelle louve était assez stupide pour se mettre en ménage avec son meilleur ami ?

– Sarah, répondit Anatole, entre deux bâillements, j’en connais plein. Y compris ma propre mère.

Anatole pensait sérieusement en avoir fini avec cette pot de colle super glue qu’était Sarah. C’était sans compter qu’au beau milieu de l’après-midi, Sarah se posterait au beau milieu de la magnifique cours du lycée et se mettrait à hurler comme si c’était la pleine lune.

– Alerte, alerte ! Une intrusion a été signalée au pensionnat des louveteaux ! Tous au boulot !

Et crac ! Une super métamorphose plus tard – et quelques vêtements définitivement inutilisables – tous filèrent en direction de leur ancien pensionnat.

J’aimerai vous dire « plus de peur que de mal », mais ce n’est pas si simple. On en aurait presque été à regretter les chevaliers dragons. Parce que là, une meute de Troll incontrôlée, azimutée, chtarbée en train de baguenauder un peu partout, c’est franchement déstabilisant.

Comme d’habitude, madame Cobert et madame Lecerf, dos à dos, luttaient contre la déferlante.

– Non mais là, je cauchemarde ! dit madame Lecerf en envoyant un grand coup de balai dans la tronche d’un troll, la dernière fois qu’ils ont perdu les pédales, je portais encore des couettes !
– Et moi, je ne savais même pas que les trolls existaient quand c’est arrivé.
– C’est dans ces moment-là que l’on se demande pourquoi l’on enseigne pas dans un établissement plus conventionnel.

N’écoutant que son inconscience, Sarah mordit la fesse d’un gros Troll. Rémy envoya un « pain dans la gueule » d’un troll vert tout en chantant – c’était l’heure de ses gammes, et il n’était pas certain que sa maman louve prendrait bien le fait qu’il ait omis sa séance sous prétexte qu’il se battait contre les trolls. Anatole cherchait Valère, qui avait eu le réflexe de protéger les plus jeunes membres de la meute avec d’autres louveteaux. Comme tous, il savait que les trolls pouvaient disjoncter, mais à ce point-là, non. Gaël de Nanterry, principal définitif du pensionnat, y allait carrément à coup de… et bien à coups de casseroles, qui étaient nettement moins solides que l’ossature des trolls.

– J’ai vécu pendant quatre ans avec un spécialiste des trolls, disait-il au CPE, qui n’en menait pas large. Il m’a toujours affirmé qu’ils étaient très calmes. J’aimerai bien savoir ce qu’il dirait s’il était ici en ce moment !

Au lycée des loups garous

Anatole Sganou gît – oui, on peut dire ça comme ça – sur le canapé de la salle de repos des lycéens garous.
Que faisait-il ? Et bien comme souvent, rien.
Sarah, autre transfuge du pensionnat des louveteaux, a bien sûr une idée sur la question :
– Mon cher Anatole, il faut absolument que tu sortes de ton apathie. Un tel manque d’activité est peu compatible avec ta future charge d’Alpha. Haut les coeurs !
Seul un très vague grognement lui répondit. L’enthousiasme de Sarah, portée par sa petite voix aigrelette, n’était pas pour motiver Anatole. Elle s’assit à ses côtés.
– Je sais ce qui te manque. L’écriture ! Pourquoi avoir cessé de tenir ton journal ? Je suis sûre que tu aurais des dizaines de faits passionnants à relater.
– Sarah, on t’a déjà dit que tu étais agaçante ?
– Depuis ce matin, tu es la troisième personne à me le dire. Maintenant, si tu as un peu de temps, je pourrais te dire avec précision combien de personnes me l’ont affirmé depuis le début de ce mois.
– Broumpf.
– Tu as motivé, révélé des dizaines de louveteaux pendant tes quatre années de collège. Ton journal a été le témoignage des heures les plus sombres du pensionnat. Maintenant que les jours s’éclaircissent, tu dois rester notre porte parole.
– Justement, dit Anatole en changeant un peu de position, il ne se passe plus rien. J’ai l’impression de tourner en rond dans ce que je raconte.
– Il est tout de même des phénomènes assez étranges, des pannes électriques,des portes qui claquent. Je suis certaine qu’il y a matière à enquêter.
Anatole en était nettement moins sûre.

Armistice

Cette petite fille avait quatre ans quand la guerre a commencé, huit quand elle s’est terminée.

Elle a vu son père venir en permission, une fois.

Elle a pris le train, avec sa mère et sa petite soeur Suzanne, pour voir son père à l’hôpital.

Elle a vu son père revenir – handicapé mais vivant.

Chaque jour, elle a vu Aimée, sa grand-mère maternelle se faire un sang d’encre pour ses trois fils, Clovis, Célestin, Marcel. Pourtant, elle avait l’espoir qu’ils reviennent tous les trois du front. Ils sont revenus – vivants. Ne racontant à leur nièce que le meilleur, les copains, les chansons qu’ils avaient apprises dans les tranchées.

Le cousin de sa mère était professeur de hautbois. Comment il vécut ses quatre ans, je ne sais, je sais seulement qu’il revint, avec la légion d’honneur et la croix de guerre.

Un peu plus loin, une autre femme, Augustine, s’inquiétait pour ses quatre fils.

Le premier fut blessé.

Le second mourut le 14 septembre 1914, dans la Marne. Il faisait partie du 5e régiment d’infanterie.

Le troisième fut prisonnier à Münster.

Le quatrième fut porté disparu, puis « retrouvé », prisonnier lui aussi.

Alors, le jour où l’on célèbre les cent ans de l’armistice, je ne veux pas oublier que la guerre ne s’est pas arrêtée ce jour-là pour les survivants, qu’ils en porteraient les séquelles durablement. A l’heure où l’on se demande s’il faut célébrer tel ou tel maréchal, je préfère penser aux simples soldats, qu’ils se soient nommés Georges, Louis, Cyrille, Henri, François ou Jules.