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Journal d’un louveteau garou – 26 décembre

Cher papa Noël
je t’écris directement, via mon journal intime, toi qui sais à peu près tout et distribue les cadeaux aux gentils loupiots.
Tu rappliques tout de suite et tu viens récupérer les deux lutins que tu as oubliés chez nous ! Et fissa ! Nanmého !
Indice : ils sont roux tous les deux, l’un a les cheveux courts et raides, l’autre, une fille,  possède une chevelure assez longue et boucléé,  tous les deux portent un stupide bonnet lumineux et semblent s’être égarés dans notre forêt.
A moins que ce ne soit leurs parents qui ne les aient égarés et là, franchement, bravo l’esprit de famille !
Notre principal est en contact avec tout ce que la meute compte de membres éminents ou pas éminents du tout – cela en fait du monde – et cherche à savoir qui a pu égarer ces loupiots le lendemain de Noël. A croire que certains ont voulu jouer un remake d’Hansel et Gretel, ou moderniser le petit Poucet.
C’est la maman de notre principal qui a émis une idée pleine de bon sens.
– Et si ses enfants n’étaient pas nés dans une famille lupine ?
– Ce sont des loupiots, maman.
– Et suis-je une louve, mon chérie ?
– Pas au sens où la meute l’entend, mais oui.
Statistiquement, il est peu probable que des loupiots naissent sans qu’un des deux parents ne le soient. Sauf que les statistiques…. Les jours à venir seront douloureux, je le sens. Salsifis et Sarah ont pris les petits sous leur patte velue. Elles veulent confectionner avec eux des gâteaux de Noël vegan.Cela promet.
@bientôt
Anatole.
PS : ils nous ont révélé leurs prénoms, Maxime le garçon, Alexandra la fille. Franchement, père Noël, tu n’as pas choisi des prénoms très originaux pour tes lutins !
PPS : oui, j’adore les points d’exclamation !

Journal d’un louveteau garou, tome 2 – 29 novembre.

Cher journal
Cela fait longtemps que je ne t’ai pas écrit – formule convenue.
Je me suis remis du choc subi. Enfin, je crois.
Je suis devenu superviseur de l’internat – pour m’aider à me remettre du choc, j’ai été responsabilisé. Mouais.
Il n’empêche : un troisième rose est depuis deux heures dans l’une des baignoires pour se remettre de l’évaluation affligée par madame Cobert. Mouais. Il faudrait ^peut-être le responsabiliser lui aussi. Un autre a tenté de se suicider en tombant de sa chaise – il est retourné dans sa famille, ses soeurs ont ordre de le surveiller de très près. Pour excès de bétise.
Je te laisse, cher journal, je suis très occupé. Nous devons cuisiner de la purée – pour boucher les trous dans les murs de l’écurie. Puis, j’aiderai un petit 6e Bleu à conjuguer ses adjectifs – pour lui dire, bien sûr, après coup, qu’un adjectif ne se conjugue pas.
@bientôt
Anatole Sganou.

Journal d’un louveteau garou, tome 2 – 6 novembre 2016

Cher journal
je vais bien – après une bonne semaine de séjour à l’infirmerie.
C’est un monde, tout de même ! C’est moi qui me fais agresser, et traitreusement encore, et c’est moi qui me prends une ratatouille. Moralité : je n’étais vraiment pas fait pour être alpha.
Ce qui s’est passé ? Non, journal, je ne te le raconterai pas, mon orgueil blessé me l’interdit. Dire que je n’ai rien vu, et que tout le monde autour de moi a compris – avant moi, bien sûr.
LE virer de la meute ? Un combattant pareil ? Même moi, je suis contre.
Si Sarah m’envoie encore des ondes apaisantes, louve omega ou pas, je sens que je vais mordre. Je vais presque bien, ne m’embetez pas.
@bientôt
Anatole Sganou, qui a complètement foiré la fête d’Halloween.

Journal d’un louveteau garou – tome 2, 21 octobre

Cher journal
je vais bien, tu vas bien, mon petit frère va bien, et c’est à peu près la seule chose positive que j’ai à t’écrire.
Aider les alphas timides à se révéler, c’est tout simplement mission impossible, moi, je vous le dis !
J’ai passé un temps fou à expliquer à Camille qu’il devait se révéler, au moins participer à un combat singulier…
– Déjà fait – même quand mon adversaire était à terre, je n’ai pas réussi à le déplacer
– Tu l’avais mis à terre, c’est déjà bien.
– Non, il s’ennuyait tellement qu’il s’était endormi pendant le combat.
J’ai aussi essayé de le relooker.
– Pourquoi, c’est beau le rose, non ? C’est pour ça que je suis dans la 3e rose clair !
Où sont nos alphas d’antan, je vous le demande ? Quand je pense aux grands frères de Mathieu, de Clément ou de Daisy (oui, c’est une fille, mais elle au moins a les pattes sur terre, elle n’a aucun doute sur la santé mentale des louveteaux) ou à mes propres grands frères, qui passaient leur temps à se défier et à se perfectionner, quand je vois ce qu’ils sont devenus au sein de la meute, je me dis que, pour la relève, nous sommes mal barrés !
Bon, j’y retourne, j’ai trouvé un autre alpha potentiel. S’il pouvait penser un peu moins à ses résultats scolaires et un peu plus à la meute….S’il pouvait aussi avoir un autre animal de compagnie qu’un lapin angora…. Enfin, je vais faire ce que je peux avec ceux que j’ai !
@bientôt cher journal
Anatole Sganou

Les prénoms d’antan

De nos jours, certains pestent contre les prénoms bizarres, originaux, excentriques que des parents donnent à leurs enfants. Il faut dire que nous sortions d’une période où la réglementation au sujet des prénoms était vraiment très stricte. Beaucoup trop à mes yeux, ce qui n’engage que moi. Cependant…. imaginons qu’une classe, de nos jours, comporte uniquement des élèves portant des prénoms du XIXe siècle. Ce serait assez dépaysant – et pas aussi strict que l’on peut le penser.
Note : tous les prénoms que je cite ont réellement été donnés en Haute-Normandie au XIXe siècle.

– Tranquille, arrête de tirer les nattes d’Opportune !
– Sénateur, Napoléon, Ursin, vos cahiers !
– Quelqu’un peut prêter un manuel à Palmyre ? Merci Marie-Croix, c’est très gentil de ta part.
– Sévère, ne m’oblige pas à l’être. Oui, je sais, c’était facile.
– Veuillez être attentifs : Sophronie, Ismérie, Argentine et Anatolie vont nous présenter leur exposée sur les tortures des pirates.
– Alzire, je sais que tu ne veux pas être désagréable, évite simplement de me rappeler que j’ai eu Armantine, ta maman, et Sylla, ton grand-père, comme élèves. Cela ne me rajeunit pas vraiment.

Et encore, je ne vous ai pas parlé de Toussaint et Tercile, les frères de Sainte-Hélène, sans oublier Arsène (prénom féminin), Sainte-Marie (pour un garçon ou une fille), Eléonor (masculin, là aussi), Marie-Euphrasie, Placide ou Julita.

Journal d’un louveteau garou, tome 1- 1er aout 2016

Cher journal
Je m’ennuie ! C’est épouvantable, les vacances d’été, pour un louveteau – et pour une louvetelle aussi.
Impossible d’aller à la plage, pas seulement parce que le sable gratte et cause des problèmes de peau et de pelage, non ! Le vrai souci, c’est qu’à de très rares exceptions près (et beaucoup de volonté, le truc que je n’ai pas), les loups garous ne peuvent pas nager, rapport à leur musculature. Je pourrai t’en dire plus si seulement je ne m’étais pas endormie pendant le cours d’SVT. Puis, franchement, à moins d’être vraiment, très très bizarre, vous imaginez une louve en train de faire de la natation synchronisée ? Moi non plus.
Ma seule consolation : ma jument, que je monte assidûment. Elle est tellement calme que j’ai réussi à me vernir les griffes lors de notre dernière promenade, c’est dire ! Réséda Du Coussinet-Tordu m’accompagne, ainsi que Marie Grand-Bois. Premier point positif : leurs montures sont aussi calmes que la mienne. Normal : elles les ont récupérées de leurs soeurs aînées, du coup, elles sont un peu en mode (les montures, pas mes copines) : « jouissons d’une retraite bien méritée et profitons de la vie, et surtout, surtout, évitons les étalons, parce que tu te retrouves avec un gros ballon à la place du ventre, et un an après un poulain un peu crétin. » Note : les chevaux, ils ont de la chance, ils n’ont qu’un poulain à la fois. Les louves, cela peut aller jusqu’à six louveteaux !
Deuxième point positif : j’ai des nouvelles fraîches et officieuses de Gentiane. Je retranscris les paroles de Réséda.
« Les recherches ont abouti au fait que les chevaliers dragons venaient d’une autre dimension par le biais d’une faille spatiale. Grand-père, bien sûr, a menacé la direction, le chef de meute et tous ses adjoints de toutes les sanctions possibles et imaginables. Gaël de Nanterry l’a coupé :
– Notre ancien alpha est toujours leur otage, et il a réussi à établir une conversation télépathique avec nous, il nous tient au courant de ce qui se passe.
– Qui me dit que c’est vrai ?
Apparemment, à ce moment, Léodagan Alpha-Sud est rentré en contact avec grand-père, qui est passé par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel ou presque. Je pense qu’il a dû lui rappeler quelques souvenirs très personnels. Gentiane va bien, elle est bien traitée, elle n’est pas emprisonnée mais logée par le chef d’escadre qui a quatre filles. Elle ne sera pas dépaysée. »
Quant à Anatole Sganou, pas de nouvelles, bonnes nouvelles. Son orgueil blessé doit encore être en traitement.
Sur ce, je te laisse, nous allons préparer des carrot cake pour nos chevaux.
Gros poutous.
Diane.

Journal d’un louveteau garou, tome 2, jour 2

Cher journal
« On reconnaît un alpha à sa capacité à fermer sa gueule quand il le faut ».
Liutpold Griffenfer, alpha de notre meute en 2012.
Je dois dire qu’il avait raison.
Ce matin, j’ai défié Paul, le nouvel alpha de mon ancienne classe, en combat singulier. Il a dit :
– D’accord. Retrouvons-nous à quatorze heures. Sur le terrain.
J’ai oublié le nom des prises qu’il m’a faites. Il faut que je les apprenne d’urgence. Il paraît que ce sont des prises de base, très simples, que tout alpha se doit de maîtriser. Je n’ai pas pu faire grand chose, le combat n’a duré que cinq minutes – c’est ce que l’on m’a dit, après coup. Moi, je ne sais pas, l’on m’a porté à l’infirmerie parce que je m’étais évanouillé. Enfin, tout ça pour dire que j’ai compris, après deux prises, pourquoi il est un alpha majeur, et moi, un alpha mineur.
J’ai failli oublier : j’ai réussi à l’égratigner. Du coup, l’infirmière l’a soigné en premier. Et oui, il y a des priorités dans la vie d’une infirmière nouvellement nommée, surtout quand son premier patient se trouve être son petit frère chéri, aimé, adoré, protégé depuis des années. J’avais la tête dure, paraît-il, je pouvais bien attendre qu’elle désinfecte la plaie. Et j’avais osé défier son frère, je n’avais qu’à m’en prendre qu’à moi-même.
Les jours à venir vont être difficiles, mais je sais que je peux compter sur l’inconditionnel soutien de mon frère Valère, qui sent que ce n’est pas demain la veille qu’il sera alpha, même d’une toute petite classe.
Je te laisse, cher journal, il faut que je soigne mon orgueil blessé.
Anatole Sganou.