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Les écrivements de Mathieu Simard

Présentation de l’éditeur :

Les traces de pas dans la neige finissent toujours par disparaître, comme des souvenirs qu’on est forcé d’oublier, soufflés par le vent ou effacés par le soleil. Celles de Suzor, parti un soir de décembre 1976, n’existent plus depuis longtemps. Pourtant, Jeanne les voit encore chaque jour par la fenêtre du salon.Pendant quarante ans, elle s’est promis de ne jamais le chercher, mais lorsqu’elle apprend qu’il est atteint d’alzheimer, sa promesse ne tient plus : elle doit retrouver Suzor avant qu’il oublie.Dans un Montréal enneigé, aidée par une jeune complice improbable, Jeanne retracera le chemin parcouru par Suzor et devra, pour ce faire, revisiter leur passé. La famille qu’ils n’avaient pas. Leur jeunesse en solitaire. Le voyage en Russie dont elle porte encore les cicatrices. Le trou dans le mur de la cuisine. Le carnet que la petite n’avait pas le droit de lire. Les boutons trouvés sur le trottoir.

Mon avis :

C’est une chose curieuse, que la mémoire. D’ailleurs, quand je suis arrivée au deux tiers du livre, une péripétie m’a rappelé, confusément, un autre livre lu, dans le courant de l’année, un livre dans lequel l’héroïne cherche aussi une personne qu’elle a perdu de vue. Ce souvenir m’a effleuré, puis je l’ai laissé retourner dans les méandres de la mémoire, parce que je me suis souvenue aussi que ce récit avait été très décevant, et il vaut mieux se concentrer sur les bons souvenirs littéraires que sur les romans décevants (rappel après coup : c’était un roman de Wallace Stegner, L’envers du temps).

Jeanne fête le nouvel an, depuis quarante ans, dans sa famille de cœur, ce cercle d’amis très restreint qu’elle connaît depuis très longtemps. Elle a vu les mariages, les naissances, les remariages, les re-remariages aussi. Elle leur a interdit de lui parler de Suzor, l’homme qui a été le grand amour de sa vie, son compagnon, son complice. Elle a tout fait pour ne plus penser à lui. Seulement, aujourd’hui, par la grâce d’un enfant qui n’a pas encore les barrières des adultes, elle apprend que Suzor est atteint d’Alhzeimer. Le retrouver avant qu’il ne l’oublie, avant qu’il n’oublie leurs souvenirs communs, devient pour elle un impératif.

Si je devais trouver deux adjectifs pour qualifier ce roman, je dirai « lumineux et apaisé ». Et pourtant, les souvenirs sont souvent douloureux, comme ceux de ce voyage en Russie, cet acte de coopération entre le Canada et l’ex-URSS qui brisa quelque chose en eux, entre eux. Et si, finalement, c’était mieux si Suzor ne s’en souvenait pas ?

Auprès de Jeanne apparaît très vite Fourmi, adolescente de quinze ans qu’elle n’a pas vu depuis presque une décennie – parce que ses parents ne trouvaient pas convenables que leur fille, dont pourtant ils ne s’occupaient qu’à dose homéopathique, fréquente une vieille dame qui a des soucis de santé. Fourmi, c’est le drame invisible de quelques enfants second nés, pas aussi beaux, pas aussi brillants, pas aussi satisfaisants aux yeux de leurs parents que leurs aînés. Non, ils ne sont pas négligés, rien qui ne permette d’alerter les services sociaux, non, ils sont simplement moins aimés, au point que les parents ne perçoivent pas nécessairement certains appels au secours.

Entre l’adolescente qui aimait raconter des histoires, qui aurait aimé lire le carnet qui lui était interdit, et la vieille femme se noue une alliance pour retrouver Suzor et aussi pour savoir ce qu’il a fait pendant ses quarante années. Puis, c’est l’occasion de dire, enfin, ce qui s’est passé en Russie, de dire ce froid qui ne la saisit à l’apparition des premières neiges, parce qu’elles lui rappellent d’autres neiges, meurtrières, mystérieuses. De dire ce qu’elle sait, elle, ce qu’elle a vu, ce qui l’a bouleversée : Suzor en a su plus qu’elle et n’a jamais rien voulu lui dire.

C’est un livre qui nous questionne, forcément, sur l’autre, sur ce qu’il veut bien livrer de lui-même, sur notre capacité à oublier, à pardonner, à se pardonner. C’est un livre qui nous questionne sur les souvenirs : qu’advient-il d’eux, quand on n’a plus personne avec qui les partager ? Que reste-t-il de nous quand on ne se souvient plus ? Malgré ses questions qui semblent douloureuses, c’est un livre délicat et tendre que nous avons entre les mains.

Taqawan d’Eric Plamondon

Quatrième de couverture

« Ici, on a tous du sang indien et quand ce n’est pas dans les veines, c’est sur les mains. »
Le 11 juin 1981, trois cents policiers de la sûreté du Québec débarquent sur la réserve de Restigouche pour s’emparer des filets des Indiens mi’gmaq. Emeutes, répression et crise d’ampleur : le pays découvre son angle mort.
Comme le saumon devenu taqawan remonte la rivière vers son origine, il faut aller à la source…

Mon avis :

Je ne suis jamais vraiment à l’heure, et ici, une semaine avec la magnifique rencontre avec l’auteur Eric Plamondon, je chronique enfin son roman (je vous rassure, je l’avais lu avant la rencontre).

Bienvenue au Québec en 1981. Les québécois veulent leur indépendance, ils veulent que l’on respecte leur langue, leur culture. Ils ont raison ! Par contre, il n’est pas question pour le gouvernement québécois de reconnaître la langue et la culture des Indiens Mi’gmaq. Ce n’est pas la même chose, voyons ! Pourquoi ? Parce que ce sont des sauvages incapables de respecter les lois. La preuve : il a fallu envoyer trois cents policiers à la réserve de Restigouche parce que les Mi’gmaq étaient incapables de respecter les nouveaux quotas de pêche. Il était pourtant simple de comprendre qu’ils n’avaient pas le droit de continuer à pêcher comme ils l’avaient toujours fait, bien avant l’arrivée de ceux qui deviendraient les canadiens et les québécois, qu’ils ne devaient pas prélever six tonnes annuelles alors que les bateaux usines au large des côtes en prélèvent trois mille tonnes.

Vous l’aurez compris, cette loi n’est qu’un prétexte, un de plus, pour s’en prendre aux Mi’gmaq – mais tous les prétextes sont bons pour parvenir à ses fins. Ce livre ne nous livre pas le récit de manière linéaire. En des chapitres courts, il nous permet de découvrir le présent de cette réserve, mais aussi le passé, les légendes, et même une recette de cuisine ! Les personnages principaux sont attachants, par leur diversité même. J’ai aimé le personnage de Corinne, parce qu’elle est enseignante, parce qu’elle est française, parce qu’elle porte un regard autre sur ce pays, voyant les failles qui échappent à d’autres. Je n’ai garde cependant d’oublier les personnages d’Océane et de William, deux personnes qui parlent peu, mais dont la volonté est chevillée au corps. Il leur en faut. Agir, c’est important, et ne surtout pas faire comme si on ne voyait pas, ne savait pas, n’était pas concerné : c’est parce que certains ne font jamais rien que ceux qui agissent mal peuvent continuer.

Fanny Cloutier : L’année où j’ai failli rater ma vie par Stephanie Lapointe

Présentation de l’éditeur :

Fanny Cloutier est une jeune fille de quatorze ans qui perd tous ses repères le jour où son père, pour des raisons professionnelles, décide de l’exiler chez sa tante. En plus de devoir déménager et de changer d’école, elle découvre que son père lui avait menti jusque-là en affirmant qu’elle n’avait plus d’autre famille que lui. Et s’il lui a menti à propos de sa tante, ne l’aurait-il pas aussi fait au sujet du décès de sa mère, survenu lorsqu’elle avait trois ans ?

Merci à Netgalley et aux éditions Kennes pour ce partenariat.

Mon avis : 

Un journal ? Non, un objet créatif, de par la volonté de l’éditeur. Même en édition numérique, tout fait preuve de créativité, que ce soir les couleurs, le graphisme, les illustrations. Et si Fanny utilise le format sms, parfois, cela ne jure pas avec l’ensemble tant ils sont insérés avec originalité dans le texte.

Ce livre nous montre l’incroyable capacité d’adaptation des enfants, même adolescents, et les difficultés que les adultes peuvent avoir à faire face . Fanny a beau partir loin de Montréal, rien ne change vraiment sous le soleil, chaque établissement scolaire a ses élèves chouchous, ses perturbateurs, ceux qui sont pris en grippe, mis à l’écart, sans oublier les professeurs psycho-rigides et ceux qui ne manquent pas d’idées pour faire passer leur enseignement. Fanny n’est pas partie seule : son furet l’a accompagnée, et c’est plus compliqué pour sa tante Lorette que pour Fanny de vivre avec un tel animal.

C’est aussi l’une des premières brèches dans la vie bien protégée de Fanny. Il est plusieurs moyens pour tenter de préserver son enfant. Couper les ponts avec le passé est celui qu’avait choisi son père, même si cela incluait de lui mentir. Fanny effectue un retour dans le passé, auprès de personnes qu’elle ne connait pas, mais qui ont bien connu sa mère, les circonstances de sa disparition, et n’ont aucune raison, et bien, de ne rien lui dire. J’ai eu l’impression que le monde des adolescents et celui des adultes était deux mondes différents. D’un côté, il y a ceux qui savent, peuvent ne pas dire, voire mentent pour se préserver, de l’autre les enfants qui doivent faire avec et se contenter de ce que l’on veut bien leur dire. Fanny se montre plus mûre que son père sur certains points, même si certaines révélations ont été dures à encaisser. Tout finit toujours par se savoir, même en prenant toutes les précautions. Bref, un livre qui peut autant en apprendre aux adultes, qu’aux jeunes lecteurs.

 

L’Etranger dans la maison par Shari Lapena

Merci aux éditions Presses de la cité et à Netgalley pour ce partenariat très apprécié.

Présentation de l’éditeur :

Mariés depuis deux ans, Karen et Tom ont tout pour être heureux : un train de vie confortable, un pavillon coquet, des projets d’avenir. Un soir, quand Tom rentre à la maison, Karen s’est volatilisée. Alors qu’il commence à paniquer, Tom reçoit une visite de la police : son épouse a été victime d’un grave accident de voiture, dans un quartier malfamé où elle ne met d’ordinaire jamais les pieds. À son réveil à l’hôpital, la jeune femme a tout oublié des circonstances du drame. Les médecins parlent d’amnésie temporaire. En convalescence chez elle, Karen est décidée à reprendre le cours de sa vie. Sauf que quelque chose cloche. Elle sait que, depuis quelques mois, quelqu’un s’introduit en leur absence dans la maison… Après l’immense succès du Couple d’à côté, la nouvelle reine du thriller domestique revient avec un roman toujours aussi addictif, qui raconte les faux-semblants de la vie conjugale – ou comment, à force de grands secrets ou de petites trahisons, un geste malheureux peut faire voler en éclats un bonheur de façade.

Mon avis :

Le voisinage est une source d’inspiration sans fin. Certains livres qui explorent cette thématique sont plus réussis que d’autres, ceux de Shari Lapena font partie de cette catégorie.
L’action se déroule dans un joli quartier résidentiel. Tous les habitants ont un train de vie confortable. Les couples s’entendent bien, sont même amis les uns avec les autres. Seulement, un jour, Tom constate que sa femme n’est pas chez eux. A peine a-t-il prévenu la police – ce n’est pas le genre de Karen de disparaître ainsi – que la police vient à lui : sa femme a été retrouvée dans un quartier à l’opposée de celui dans lequel ils vivent tous les deux, vous savez, LE quartier mal famé de la ville, celui dans lequel une personne « bien » ne mettrait jamais les pieds, ne traverserait même pas. Y aurait-il un problème dans l’urbanisme ? Oui, oublions un peu la mixité sociale, ce mot n’a pas sa place dans cette ville.
Problème : non seulement Karen a causé un accident, mais elle ne se souvient de rien. Là, cela gène la police, surtout qu’une autre affaire se présente à eux très rapidement : un homme a été assassiné dans ce fameux quartier mal famé, ce qui nous permet aussi de voir l’implication citoyenne de ses habitants.
Les enquêteurs font leur métier, c’est à dire qu’ils cherchent et trouvent. Il n’est pas question pour eux, surtout pas pour Rasbach, de se contenter des apparences et de ne pas aller au-delà. Karen et Tom sont des personnages qui semblent lisses, tout comme leurs voisins, et pourtant, ils sont tous les deux des secrets plus ou moins avouables dans leur passé, des choses dont il ne trouve pas utile de parler, des faits qu’elle n’a pas l’intention de révéler. Bref, ils ne sont pas des personnages manichéens, ils offrent plutôt une palette de gris intéressant. Leur voisine n’est pas en reste, elle qui a une vie qui pourrait ressembler à celle d’une desperate housewife : elle est femme au foyer, elle appartient à un club de tricot, elle tient un blog qui a beaucoup de succès. Elle ne parvient pas à concevoir un enfant avec son mari, qu’elle n’aime plus, qu’elle n’estime pas, et lui ne comprend pas ce qui se passe. Ce personnage met aussi en lumière le fait qu’en France les femmes ont la chance (enfin, presque toutes) d’avoir accès à un traitement contre la stérilité, ce n’est pas le cas ici.
Au fil de cette enquête, on peut se demander qui manipule qui. En dépit des multiples rebondissements, le récit est facile à lire, parce que le style est fluide, et parce que la traduction est réussie. Après la lecture de ce second roman, je me demande jusqu’où nous entraînera l’auteur pour le suivant.

Meurtre à Westmount, une enquête de Russel Teed de David Montrose

Présentation de l’éditeur :

MONTRÉAL, FIN DES ANNÉES 1940. Russell Teed est enquêteur privé à l’emploi de compagnies, habituellement pour tirer au clair des affaires de fraude. Une vieille connaissance de son Westmount natal lui confie une enquête qui le change de son ordinaire: Martha Scaley veut connaître le véritable état matrimonial de son gendre, John Sark. Une lettre anonyme lui fait soupçonner qu’il était déjà marié avant de convoler en justes noces avec sa fille Inez.
Et chez les Scaley, on est riche et respectable, et on ne fait pas dans la bigamie. L’affaire s’annonce d’autant plus brumeuse que Sark est introuvable depuis près d’une semaine; elle le devient davantage quand Teed découvre le disparu refroidi devant son frigo. En voulant aller au bout de cette histoire, Teed fait la connaissance de toute une galerie de personnages interlopes, pour la plupart avides de discrétion et chatouilleux de la gâchette.

Mon avis :

J’ai retrouvé ce livre dans ma PAL et je me suis dis : pourquoi ne pas l’en sortir ? Après tout, il n’y était que depuis dix-huit mois !
J’aime découvrir de nouveaux auteurs. David Montrose et son privé m’ont entraînée dans le Montreal des années 40 finissantes. Et pourtant, l’intrigue pourrait presque être contemporaine, entre trafic de drogue et lutte de pouvoirs. « Pourrait » parce que certains faits seraient bien plus difficiles à mettre en scène de nos jours.
Mais… revenons au commencement. Russel Teed est un privé spécialisé dans les grosses fraudes à l’assurance. Pour une fois, pour rendre service à une amie de longue date, il accepte une enquête très différente : il doit prouver que son gendre, qu’elle apprécie peu et qu’elle apprécie encore moins depuis que sa fille est rentrée à la maison, a déjà été mariée ou, pour être plus précise, est toujours marié à sa première femme, ce qui rend son second mariage nul et non avenu. Seulement, ce ne sera pas si simple que cela à découvrir, d’autant plus que quelqu’un a eu la bonne idée de raccourcir la vie du mari récalcitrant. Celui-ci était loin d’être un doux agneau, et gérait un business rémunérateur et glauque.
Autant vous le dire tout de suite, j’ai trouvé l’intrigue assez embrouillé, et je me suis perdue face à tous ces personnages qui ne sont pas du tout ce qu’ils paraissent être. Seul Framboise, le policier d’origine québécoise, fait exception à cette règle. Comme nous suivons toute l’enquête du point de vue de Russell Teed, et bien, nous en savons autant que lui ou, pour mieux dire, nous nous trompons autant que lui, pour ne pas dire que l’on patauge dans la semoule. Teed paie de sa personne, il faut bien le reconnaître, et n’est pas sans ressembler à l’archétype du privé. Les femmes fatales ne manquent pas autour de lui, qu’elles se nomment Carole ou Pamela. Restent à savoir à qui elles seront fatales.
Un roman un peu trop classique à mon goût.

La soeur de Judith de Lise Tremblay

édition Boréal – 166 pages.

Présentation de l’éditeur :

Chicoutimi-Nord, les années 70. L’été sera long. Il y a bien Judith, la meilleure amie. Il y a aussi Claire, la sœur de Judith, la plus belle fille de la ville. Mais il y a surtout cette mère qui « explose » tout le temps, qui ne laissera pas sa fille épouser le premier venu et qui est prête à tout pour que ses enfants ne soient pas des ignorants.

Mon avis :

J’ai découvert cette auteur au cours du festival América. Ce qui m’a attiré ? La couverture ! Elle me rappelait une certaine vision des années 60.
Nous y sommes presque, après tout. Les années 70 débutent, c’est la guerre au Vietnam, on en parlera, un peu, à la fin du roman. La narratrice, c’est Judith, une toute jeune adolescente qui va dans une école tenue par les soeurs – les soeurs partiront bientôt. Sa mère, qui « explose » fréquemment, veut le meilleur pour elle,  la meilleure éducation qui soit pour qu’elle puisse choisir la vie qu’elle veut, épouser un homme qui ne soit pas un ouvrier – menace latente que l’on retrouve aussi dans La Place d’Annie Ernaux. En attendant, la narratrice vit par procuration le rêve de Claire, la grande soeur de Judith, qui participe à un concours pour devenir danseuse et accompagner un chanteur en tournée – la plus belle fille de la ville est en bonne place. Elle est fiancée au fils d’un médecin, et il n’est guère que la mère de la narratrice pour n’avoir aucune illusion sur les véritables projets matrimoniaux du jeune homme, et l’influence que sa famille peut avoir sur lui.
Ce que nous vivons à travers ce livre, c’est véritablement un moment de la vie de la narratrice, une transformation, pas seulement parce qu’elle change d’établissement scolaire, mais parce qu’elle perd une amitié, celle de Judith, qui s’éloigne peu à peu d’elle.
Au cours de cet été, chacun réorganise sa vie. Le lecteur comprend, à mots couverts, ce qui se passe dans certaines maisons. La mère de la narratrice ne brode pas, non, elle dit la vérité au sujet de la vie de Lisette, son amie d’enfance, elle ne dit pas tout, parce que tout n’est pas dicible.
Oui, la modernité fait irruption dans ce Québec des années 70. La modernité, ce peut être des vêtements qui ne conviennent pas aux religieuses, parce qu’ils sont trop à la mode. Ce peut être un roman de Françoise Sagan. Ce peut être aussi un couple qui vit ensemble sans être marié – et non un couple qui se marie parce que la jeune femme est enceinte.
La soeur de Judith – ou une rafraîchissante tranche de vie.

Manikanetish de Naomi Fontaine

Présentation de l’éditeur :

Une enseignante de français en poste sur une réserve innée de la Côte-Nord raconte la vie de ses élèves qui cherchent à se prendre en main. Elle tentera tout pour les sortir de la détresse, même se lancer en théâtre avec eux. Dans ces voix, regards et paysages, se détachent la lutte et l’espoir.

Mon avis :

Une jeune femme, des chapitres courts. Surtout, une vie d’enseignante sur une réserve innée. Elle est elle-même innue, mais elle est partie depuis longtemps pusiqu’à sept ans, sa mère l’a emmené à Québec. Là, c’est son retour auprès de ceux qui sont les siens. Même si ce retour veut dire une séparation géographique avec son amoureux, qui ne comprend pas vraiment son choix. Note : d’ailleurs, pourquoi faut-il choisir ? Elle n’a pas choisi, elle exerce le métier qu’elle désirait exercer, travailler, pour une femme, et avoir une vie amoureuse ne devrait pas être incompatible. Note 2 : dans le cas contraire (et encore de nos jours), les hommes trouvent tout à fait normal que leurs femmes « suivent ».

Non, je ne m’égare, je prends parfois des chemins de traverse pour vous parler de ce très beau roman, dont j’ai rencontré l’auteur lors du Festival America. Si ce roman nous parle de cette jeune enseignante, il nous parle aussi de ses élèves. Dire que c’est un combat quotidien, ce ne serait pas juste. La vie n’est pas simple pour ces jeunes. Tous ou presque sont confrontés à des drames. La plupart des jeunes filles sont maman, ou en passe de l’être, quand elles n’ont pas déjà deux enfants. Certaines s’organisent, pour pouvoir continuer leurs études quand même, même si avoir un enfant malade est aussi une bonne excuse pour ne pas avoir rendu un devoir. Enseigner, c’est aussi un défi : monter une pièce de théâtre. Pas n’importe laquelle : le Cid ! Les répétitions, les problèmes rencontrés, nous seront racontés sans lourdeur, sans lyrisme. Yammie ne travaille pas que sur un texte littéraire, elle travaille avant tout avec des êtres humains.

La fin du roman est (presque) ouverte, comme les chemins sont ouverts aussi pour ces personnages auxquels nous nous sommes attachés. C’est un roman que l’on ne se voit pas lire, tant les chapitres, courts mais évocateurs, s’enchaînent et nous entraînent tout au long de cetet année scolaire pas ordinaire.

Pour l’anecdote : j’aime bien bavarder dans les salons du livre, et pas qu’avec les auteurs. Dans la file d’attente, j’ai donc bavardé avec la personne qui était derrière moi, j’ai dit que j’avais un blog, sans en dire plus. Ce n’est qu’en lisant un commentaire d’Enna que j’ai compris que je connaissais déjà la personne avec qui j’avais parlé, par blog interposé.

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Et pour le plaisir, la dédicace :

Une lecture commune avec  Argali, Karine et  Enna Allons voir leurs avis!