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Faux amis de Linwood Barclay



Présentation de l’éditeur :

La ville de Promise Falls est sous le choc. L’écran du drive-in vient de s’effondrer en pleine séance. Bilan : quatre morts. Accident ? Acte malveillant ? L’impassible inspecteur Barry Duckworth enquête. Et un détail le perturbe : l’heure de l’explosion, 23 h 23 ; un chiffre qui évoque d’autres crimes non élucidés…
De son côté, le privé Cal Weaver travaille sur une sombre affaire. Une effraction a eu lieu au domicile d’Adam Chalmers, ponte local décédé au drive-in. Le vol en question : des vidéos érotiques que le défunt réalisait dans son sous-sol… Qui apparaissait sur ces films ? Y a-t-il un lien entre tous ces faits divers ?
Phénomènes étranges autour de la grande roue, agressions sur le campus, meurtres inexplicables. Un vent de panique souffle sur Promise Falls et l’heure est venue pour Cal Weaver et Barry Duckworth d’unir leurs forces.
Mais par où commencer dans cette ville où tous les psychopathes du coin semblent s’être donné rendez-vous ?

Merci à Netgalley et aux éditions Belfond pour ce partenariat.

Mon avis :

La lecture de ce livre ne nous laisse pas de répit, j’ai vraiment eu l’impression d’être prise dans un tourbillon d’événement. Ce tome est une suite, et il est fait allusion à des événements qui ont eu lieu dans d’autres romans, et pourtant, jamais je ne me suis sentie perdue.
Nous sommes tout de suite plongés au cœur de l’action. Alors que le drive in avait organisé sa dernière séance (il est possible alors de fredonner une chanson bien connue), l’écran s’effondre, faisant quatre morts qu’il faut alors identifier – tout sauf facile. Après cet événement, les personnalités se révèlent, personnages que l’on aura l’occasion de recroiser – chacun d’entre eux est bien caractérisé, ce qui permet de l’identifier facilement. Prenez Derek, par exemple : il s’est laissé convaincre de se cacher dans le coffre afin que ses camarades n’aient pas un billet supplémentaire à payer. Pourtant, lorsque l’écran s’effondre, il est le seul des quatre à se précipiter vers les victimes, ce qui est plus important à mes yeux que la vague blague de potache qui ouvre le récit. Autre personnage important : le futur candidat (pas encore déclaré) à la mairie, ex-maire, qui se précipite lui aussi sur les lieux, parce que cela peut faire du bien à son image. Vous avez dit vautour ? Ce serait trop simple.
D’ailleurs, aucun personnage n’est construit simplement dans ce récit. Même pour le personnage le moins sympathique du récit (à vous de choisir lequel, j’ai quelque candidat pour ce titre), nous avons une construction qui n’en fait pas un personnage manichéen, mais un personnage avec des faiblesses, des amitiés, un passé, un lourd passif parfois. Et même un personnage sympathique peut cacher une nature plus sombre. Pour faire cours, les personnages sont rarement ce qu’ils paraissent être.
En dépit du grand nombre de personnages que nous croisons, je dirai que le coeur du récit, c’est la famille. La famille que l’on a perdue, la famille que l’on tente de reconstruire, la famille que l’on essaie de garder unie, la famille que l’on essaie de protéger. Les familles que nous croisons comptent parfois trois générations – les grands-parents devraient veiller sur leurs petits enfants, ou du moins leur transmettre leur amour. Ce n’est franchement pas toujours le cas.
La violence est là, oui, nous ne sommes pas dans un policier tendre, mais l’ensemble reste très lisible, et ne sombre jamais dans la surenchère.
Un auteur à découvrir, si vous ne l’avez pas déjà fait.

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Dans la cage de Kevin Hardcastle

Présentation de l’éditeur :

Daniel a longtemps régné sur les rings de free fight, jusqu’au jour où une grave blessure à l’oeil l’oblige à raccrocher les gants. Il décide alors de se ranger, se marie avec une infirmière dont il a une petite fille, et se lance dans une carrière de soudeur. Les années passent et le couple peine à joindre les deux bouts. Daniel, pour tenter de sauver sa famille, devient le porte-flingue d’un gangster qu’il a connu dans son enfance. Très vite écoeuré par la violence de ce milieu, il essaye de fuir en s’inscrivant à un combat officiel de free fight. Mais les choses vont rapidement mal tourner…

Merci aux éditions Albin Michel, à Francis et Carole, et aussi à Léa du PicaboRiverBookClub pour cette lecture.

Mon avis :

Il n’est jamais facile de rédiger un avis pour un livre que l’on n’a pas totalement apprécié. Même si les raisons sont là, ce n’est pas toujours facile à lire, et ses raisons sont d’abord personnelles – j’écris d’abord des avis subjectifs.
Il s’agit d’abord d’une histoire de famille, famille que les personnages se sont choisis. il y a Dan, Sarah, sa femme, et Madelyn, leur fille unique. Murray et Ella apparaissent comme des grands-parents de substitution. En effet, dès que l’on nous parle un peu des parents de Dan et Sarah, le lecteur voit bien que ces familles étaient un peu bancales, sur fond d’alcoolisme, de misère sociale et peut-être aussi de maltraitance (voir l’unique apparition du père de Sarah, dans un retour en arrière). La famille que Dan et Sarah ont fondée pourrait être ordinaire, si ce n’est que Dan a des soucis professionnels, que Sarah, même si elle aime son métier, aimerait reprendre ses études (ce qui est difficile financièrement) et que Madelyn, leur fille, a parfois un comportement assez atypique. Note : elle est qualifiée presque constamment de « fillette », et le terme m’a gêné autant par sa répétition que parce qu’il ne m’a pas semblé très bien choisi (Madelyn a presque douze ans au début du récit).
Qu’entends-je par « soucis professionnels ? » Des chapitres en italique nous renseignent sur le passé de boxeur de Dan. « Boxeur » n’est pas forcément le terme adéquate puisque Dan fait du free fight, et que, dans cette discipline, tous les coups sont permis, et les arbitres semblent ne voir que ce qui les arrangent. Une blessure – grave – a stoppé sa carrière au moment même où elle commençait véritablement. Le temps a passé, les cicatrices, les déformations, les séquelles en bref sont toujours là. Depuis, il est soudeur – mais la crise est là, avoir un travail quotidien à plein temps est rare; Conséquence ? Il travaille parfois pour Clayton, le caïd local. Lui aussi est très « famille » puisque Wallace, son bras droit, a recruté son neveu pour les aider. Oui, Clayton veut développer son entreprise, et il a besoin de toute l’aide possible – si ce n’est que Dan a décidé de raccrocher, et de reprendre la boxe. En amateur. Voir plus.
Le récit se déroule alors sur trois plans, les moments où Dan, seul, travaille, s’entraîne, les morceaux de sa vie de famille, et le business de Clayton. J’ai préféré les passages centrés sur le free fight, l’entraînement de Dan, tout simplement parce que la description du monde du free fight est ce qui m’attirait dans ce roman. J’ai eu plus de mal à passer d’un fil narratif à un autre, pas tant à cause du contraste avec l’univers de Clayton, presque classique dans son côté « roman noir » qu’au fait que je n’ai pas ressenti beaucoup d’empathie en lisant les pages qui étaient consacrées à Dan et Sarah, qui multipliaient à mes yeux beaucoup de petits faits ordinaires pour eux. Ils sont présentés comme complices, unis, mais j’ai trouvé qu’il y avait, du point de vue du lecteur, trop d’implicite, de non-dits. Si Dan combat, Sarah trouve d’autres moyens pour oublier (à mes yeux, toujours) la réalité. Il est pourtant des moments de grâce, notamment quand Sarah exerce son métier, ils sont hélas trop rares.
Bref, j’ai eu l’impression de passer un peu à côté de ce livre. Je ne doute pas que d’autres lecteurs l’apprécieront.

Une illusion d’optique de Louise Penny

Présentation de l’éditeur :

Quand il se réalise, le rêve d’une vie peut virer au cauchemar. Lors du vernissage de sa première exposition au Musée d’art contemporain de Montréal, un mauvais pressentiment hante Clara Morrow. De fait, le lendemain de la fête à Three Pines, une femme est trouvée la nuque brisée au milieu des fleurs de son jardin. Qui était cette invitée que personne ne reconnaît ? Peu à peu, le tableau du crime prend forme et l’inspecteur-chef Armand Gamache apprend que dans le monde de l’art chaque sourire dissimule une moquerie, chaque gentillesse cache un coeur brisé. Dans cette affaire, la vérité est déformée par un jeu d’ombre et de lumière qui crée l’illusion.

Mon avis :

Le prochain Armand Gamache est disponible en France, il était temps de vous parler du tome précédent.
Clara connaît enfin la consécration, si ce n’est que sa première exposition, son succès, sont bouleversés par un meurtre. D’autres faits viendront après s’accumuler, entraîner un questionnement imprévu chez Clara. Oui, un rêve qui se réalise peut vous amener à reconsidérer votre vie.
L’art a toujours eu une place dans les romans de Louise Penny, grâce aux personnages de Clara et de Peter. Il est ici au centre du roman. Il est question de la création, de l’inspiration, du marché de l’art mais aussi des critiques, personnages qui peuvent détruire ou construire une carrière. Il faut être fort pour s’en relever.
Il est question aussi de réparation des erreurs, de pardon. Ou comment l’enfer est pavé de bonnes intentions.
Un roman qui ne décevra pas les fans.

Motel Lorraine de Brigitte Pilote

Présentation de l’éditeur :

Nous sommes en 1977. Sonia, diseuse de bonne aventure, fuit Montréal avec ses deux filles, Lou et Georgia, pour trouver refuge à Memphis, dans la chambre 306 du motel Lorraine, inoccupée depuis ce fameux 4 avril 1968 où Martin Luther King y a été assassiné. Elles partageront leur destin avec la sublime Alabama, Jacqueline Smith, femme de chambre au Lorraine, Grace DePriest, directrice de la chorale d’une petite église baptiste, ou encore Lonzie, le repris de justice devenu photographe pour son ami Aaron. Chacun à sa manière, ces personnages aux destins croisés incarnent le rêve d’égalité pour lequel le révérend King a donné sa vie.
Mais quel poids auront leurs ambitions et leurs gestes dans cette Memphis encore marquée par les divisions raciales ? Les secrets de chacun resteront-ils bien gardés ? Et enfin, pourquoi Sonia s’est-elle enfuie avec ses enfants ?

Merci à Netgalley et aux éditions Michel Laffon pour ce partenariat.

Mon avis :

Motel Lorraine n’est pas un roman facile à aborder. Ce « motel », d’abord, qui donne son nom au roman est un endroit connu, mais maudit, où échoue une mère atteinte du diabète avec complication et ses deux filles Lou et Georgia.
Nous sommes dans les années 70, pourtant le temps semble figé, avec ce Carnaval du coton, les riches d’un côté, les domestiques, les pauvres, les quasi-invisibles de l’autre. Maintenir les traditions, quoi qu’il en coûte. Ainsi, la riche Grace DePriest agit toujours comme une DePriest le ferait, et ne se révolte pas contre des décisions arbitraires, alors qu’enfant, elle savait très bien imposer ses choix, les autres dussent-ils en souffrir. Les bienfaits de l’éducation traditionnelle, qui corsète plutôt qu’elle ouvre au monde.
Roman polyphonique, Motel Lorraine donne la parole à tous, mais donne parfois l’impression que le récit n’avance pas, même que l’on retourne en arrière, puisque les mêmes événements sont vus selon plusieurs points de vue.
Et si l’important, finalement, était dans les non-dits ? Les ellipses sont plus importantes que le récit lui-même puisque nous découvrons les conséquences de ces actes passés. Il suffit de peu pour que le rêve se réalise – que l’on pense ou pas que Dieu y est pour quelque chose. Oui, la religion est très importante dans ce roman, la religion et la musique puisqu’elle n’a d’autres rôles que de célébrer Dieu. Le disco n’a pas vraiment droit de cité dans cette ville, pas si grande que cela, mais étonnante. De nos jours, l’on oublie trop facilement à quel point il est possible de se perdre et de n’être pas retrouver, même si l’on est proche, géographiquement, les uns des autres. Les liens peuvent être distendus entre les membres d’une même famille qui ont choisi des voies différentes. Il y a la famille que l’on a, celle que l’on a crée, et celles que l’on n’arrive pas à avoir. Et pourtant, l’on revient toujours à celle-ci. Reste à savoir ce que l’on est prêt à donner à ses enfants – lui donner un toit et une nourriture abondante n’est pas suffisant, même si on peut être amené à le croire si l’on a connu pire dans son enfance.
Les personnages sont nombreux, oui, mais ils sont surtout terriblement solitaires parce qu’ils n’ont pas envie de garder le rôle que l’on voudrait leur assigner ou parce que les règles qu’ils se fixent sont extrêmement rigides ? Motel Lorraine, ou le prix à payer pour réaliser ses rêves.

Le mois le plus cruel de Louise Penny

Présentation de l’éditeur :

Un groupe d’habitants du petit village de Three Pines décide d’organiser une séance de spiritisme pour débarrasser leur commune du Mal. Mais lors de la séance, l’une des participantes meurt de peur. À moins qu’elle n’ait été assassinée ?

Mon avis :

Je ne lis ni ne chronique les enquêtes dans l’ordre, dépendant aussi de la disponibilité de la bibliothèque. Lire les enquêtes d’Armand Gamache n’est pas reposant, puisqu’il montre ce que tout le monde sait, mais ce que peu d’auteurs montrent : le mal peut se loger partout, même tout prêt. il peut se dissimuler sous les meilleures intentions. Comme le dit la psychologue du village, il faut bien distinguer, entre autre, la pitié de la compassion.

Qui a pu vouloir tuer quelqu’un que tout le monde aimait, appréciait ? Laquelle ou lequel des participants a pu commettre ce crime, empoisonner la victime et la faire mourir de peur ? Qui dissimule derrière la douleur, le chagrin, le désir de tuer, la volonté de se venger ?

Armand Gamache, qui n’est pas sans ressembler au commissaire Maigret, se penche dans les méandres de l’âme humaine. Si certains se livrent sans retenu, d’autres n’aiment pas forcément être confronté à ce qu’ils sont réellement. Question de sincérité et de franchise. Mon personnage préféré reste Ruth, qui ne craint rien, et surtout pas de dire ce qu’elle pense, ce qu’elle ressent – la gentillesse, ce n’est pas pour elle, ni pour personne, à vrai dire dans le cadre de cette enquête.

Gamache doit aussi, encore, toujours lutter contre ses amis/ennemis : ses actes courageux, que d’autres nomment trahisons, le poursuivent,tout est bon pour le pousser à la faute ou pour l’abattre.

Le mois le plus cruel est un roman policier prenant, comme tous ceux mettant en scène Gamache et les siens.

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Défense de tuer de Louise Penny

Présentation de l’éditeur :

Au plus fort de l’été, le Manoir Bellechasse, un hôtel luxueux des Cantons – de – l’Est, accueille les membres d’une riche famille anglo – canadienne réunis pour rendre hommage à leur défunt patriarche. L’inspecteur – chef Armand Gamache, venu célébrer avec sa femme leur trente-cinquième anniversaire de mariage, constate rapidement le troublant comportement de cette famille aux apparences parfaites. Sous la surface trop lisse bouillonne une inavouable rancune longtemps refoulée. Dans les esprits comme dans le ciel, l’atmosphère s’alourdit. Bientôt une tempête s’abat, laissant derrière elle un cadavre étrangement mis en scène. Mais qui aurait l’audace de commettre un homicide sous les yeux de l’inspecteur ? Avec cette quatrième enquête de l’inspecteur – chef Armand Gamache, Louise Penny fait une nouvelle fois preuve d’une ingéniosité subtile et d’une véritable compréhension du psychisme humain. Instaurant un huis – clos tout aussi charmant que déstabilisant, elle laisse ses personnages évoluer jusqu’à ce que leur nature véritable se dévoile dans toute sa laideur. Plus que jamais elle s’impose comme un véritable maître du mystère.

Mon avis :

Les enquêteurs devraient le savoir : il ne faut jamais partir en vacances, ja-mais. Le crime est partout, et la présence d’un policier ou d’un détective est insuffisante pour l’empêcher. Plus sérieusement, ce quatrième tome correspond à un exercice de style bien connu, le policier qui reste un policier quoi qu’il arrive, même quand il est censé se reposer.
Autre thème bien connu : le meurtre dans un lieu clos. Dans cet hôtel luxueux, le personnel se connaît bien, fait de son mieux pour satisfaire ses clients, exigeants, et ne s’attend pas à ce que l’une d’entre elles soit victime d’un meurtre.

A ce thème classique s’en joint un autre : le règlement de compte familial. Ne pas se fier aux apparences : celui que l’on décrit comme le méchant de la famille est peut-être quelqu’un que l’on a appris à apprécier lors d’un précédent roman. Et celle qui semble n’éprouver qu’indifférence pour les siens ne parvient pas à exprimer les sentiments qu’elle ressent, parce qu’elle n’a pas été éduquée ainsi.

La rancoeur, la haine, la colère se mélangent pour devenir explosif, et c’est tout ceci que devra démêler l’inspecteur Gamache pour identifier le coupable. Pire : dans cet espace coupé du temps, les personnes, blessées depuis l’enfance, prennent toutes les armes qui sont à leur portée pour blesser plus encore. Au risque de perdre plus qu’ils ne pensaient avoir perdu. Gamache lui-même est au prise avec son passé, celui de son père, et avec son avenir, avec son fils et ses petits-enfants, et il s’en sort très bien, ou presque.

Défense de tuer est un bon et solide polar.

Les Hautes montagnes du Portugal de Yann Martel

Résumé