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Maudit printemps d’Antonio Manzini

édition Denoël – 292 pages.

Mon résumé : 

Un accident de voiture, voici la nouvelle enquête de Rocco Schiavone, en exil depuis neuf mois dans la vallée d’Aoste. Seulement, la requête d’une jeune fille, divers éléments le mènent sur les traces d’une affaire bien plus sordide.

Mon avis : 

Couvre-toi, prends une aspirine et monte sur la moto !

Le moins que je puisse dire est que Rocco Schiavone ne s’embarrasse pas de précautions oratoires pour donner ses ordres – et encore, j’ai choisi une citation dans laquelle il est de bonne humeur. Le sous-préfet Schiavone, c’est un homme brut de décoffrage, qui ne supporte pas les ennuis susceptibles de gâcher encore plus sa journée qu’elle ne l’est déjà. Il supporte encore moins les injustices et c’est pour cette raison qu’il ferme les yeux sur certaines choses : ne comptez pas sur lui pour dénoncer les clandestins qu’il a débusqué par hasard. Par contre, comptez sur lui pour perdre le sommeil – et le faire perdre aux policiers qui sont sous ses ordres afin de faire toute la lumière sur la disparition d’une toute jeune femme, Chiara.

Tout en oeuvre, cela signifie que ce sous-préfet utilise pour la sauver – oui, en cas d’enlèvement, ce que ses parents refusent à admettre, leurs cernes, leur nervosité parlent pour eux, il est encore possible de sauver la victime – sont bien plus proches des techniques des malfrats que des techniques des policiers. A l’époque d’internet, les méthodes artisanales sont parfois les meilleures. Après tout, il est des personnes qui excellent à faire disparaître le plus possibles leurs traces.

Nous sommes en Italie, oui, nous sommes surtout dans différentes régions italiennes, avec leurs accents, leurs coutumes. Nous sommes loin de Rome, chère au coeur de Schiavone pour moultes raisons. Rome viendra jusqu’à lui, et le passé aussi. Ce n’est pas tout à faire la dolce vita, nous en sommes même loin, l’auteur nous donne à voir les laissez-pour-compte de l’Italie, ceux qui tentent de s’en sortir, ceux qui n’y parviennent pas parce que tout ne va pas bien au coeur de l’Europe.

Une série dont je ne me lasse pas.

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L’enquête interrompue de Renato Olivieri

Mon avis :

Ce roman date des années 80. Cela se sent, parce que l’enquêteur fume. Et oui, c’est quasiment impossible, de nos jours, de présenter un policier en possession d’un paquet de cigarette, sauf si celui-ci est une pièce à conviction. Et pourtant… se pencher pour attraper son paquet de clopes sauve la vie du vice-commissaire. Mais qui a bien pu avoir l’idée d’abattre Ambrosio ?
L’enquête est pourtant des plus ordinaires, de prime abord. Un journaliste a été retrouvé assassiné dans un parc. Un vol qui a mal tourné ? Ce serait trop facile, surtout que la vie privée de Walter Merisi, tout comme sa vie professionnel, était très compliquée, pour ne pas dire parsemée d’ombres (légères) et de contradiction. Ambrosio s’acharne, il veut comprendre les liens qui unissent les différents protagonistes, voire le dessous de cette affaire. Il croise de bien curieux personnages, du travesti incompris (le début des années 80 vous dis-je, et encore, je ne suis pas sûre que les choses aient tant changé que cela) au colonel des services secrets à la retraite en passant par son chauffeur sanguin. Qui a-t-il pu déranger pour qu’on cherche à l’écarter de manière définitive ?
Fait rare : l’enquête est bien interrompue, par le changement de grade d’Ambrosio. Le hasard fait bien les choses, non ? Il laisse pourtant un goût amer au quinquagénaire milanais. Le lecteur saura pourtant qui et pourquoi ont commis ce meurtre – être réaliste, crédible, c’est aussi montrer les limites d’un système judiciaire, quel qu’il soit.
L’enquête interrompue est un roman policier italien solide et bien construit. N’hésitez pas à découvrir l’oeuvre de Renato Olivieri et son héros Ambrosio s’ils croisent votre route.

Froid comme la mort d’Antonio Manzini

Présentation de l’éditeur :

Ester Baudo est retrouvée morte dans son salon, pendue. Le reste de l’appartement a été saccagé, et ce qui semble à première vue être un suicide se révèle vite un meurtre. On fait appel à Rocco Schiavone, ce drôle d’inspecteur, amateur de joints matinaux et de jolies femmes. Dans la petite ville grise et froide d’Aoste, il croise et interroge les proches de la victime. Il y a Patrizio le mari, Irina, la femme de ménage biélorusse à l’origine de la découverte du cadavre, ou encore celle qui semble avoir été la seule amie de la défunte, Adalgisa. Si la vie de la victime se dessine peu à peu, le mystère reste entier. Qui pouvait bien en vouloir à la calme et tranquille Ester Baudo ?

Mon avis :

Allô, météo Italie ? Non mais c’est quoi, cette météo ? Il neige, il nei-ge au mois de mars ! Un vrai scandale – surtout que le vice-questeur n’a plus une paire de pompes en état d’affronter ce fameux froid. Que faire ???
Surtout que les enquêtes se multiplient, et Rocco Schiavone, n’écoutant que son sens du devoir et ayant de grandes capacités à diriger ses troupes, confie un lourd travail de filature à la fine fleur de la police locale. Il nous offre ainsi des scènes absolument inoubliables, montrant à la face du monde que les policiers italiens sont prêts à tout pour parvenir à mener à bien leurs enquêtes. Copie de la vidéo disponible sur simple demande.
Il y a plus grave, forcément – même si une affaire de trafic de drogues est déjà grave en soi. Il y a eu un meurtre, et Rocco n’a pas l’intention de laisser un meurtrier impuni. Il ne met pas tout en oeuvre, non, il va au-delà, et tant pis pour la légalité puisque la loi n’est pas vraiment appliquée pour de multiples raisons, qui riment parfois avec corruption. Oui, à cause de cela, Rocco ne plaira pas à tout le monde (sans oublier son caractère plus que direct). A la société de réfléchir au changement qu’elle est prête à effectuer pour que la justice existe pour tous. A cet égard, la postface d’Antonio Manzini est éclairante.

Piste noire d’Antonio Manzini

Présentation de l’éditeur (extrait) :

Muté à Champoluc dans le val d’Aoste, Rocco Schiavone vit son départ en province comme un exil. A son corps défendant, il doit quitter sa paire de Clarks adorée pour porter de répugnants après-ski et considère ses nouveaux collègues comme des ploucs. Peu après son arrivée, on trouve le cadavre d’un homme sur une piste de ski, écrasé sous une dameuse. Accident ou meurtre ? Quand le médecin légiste découvre un foulard dans la gorge de la victime, le doute n’est plus permis.

Mon avis :

C’est tout de même ennuyeux de se dire que j’aurai beau faire, beau dire, certaines personnes se refuseront à lire ce livre, voire le reposeront dès qu’elles liront les premières paroles du sous-préfet Rocco Schiavone : « Qui me les brise ? » Tout un programme, et le reste est à l’avenant. Vous êtes prévenu, et si cela vous arrête, c’est vraiment dommage.
Non, le sous-préfet n’est pas content d’enquêter. Non, il n’est pas content d’arpenter les pistes de ski, ou même une seule. Il n’aime pas la neige, il n’aime pas le froid, il n’aime pas la région dans laquelle il est obligé de vivre depuis quatre mois, par rapport à certaines choses qu’il a faites dans le passé, et qu’il ne regrette pas. Pas sympa du tout avec les autres (à de très rares exceptions près), le sous-préfet l’est encore moins avec lui-même : « Non, je suis le pire des fils de pute […] Et je dois me faire face chaque jour. […] Un jour ou l’autre, je paierai mon dû. Mais je n’ai pas de cadavres innocents sur la conscience.  »
Cependant, quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse, il enquête tout de même, parce qu’il est hors de question que le malheureux qui a été retrouvé assassiné façon puzzle voit sa mort restée impunie. Il a la chance d’être entouré par une grande bande de policiers incompétents (ou comment saloper une scène de crime en deux temps trois mouvements), un légiste qui prend son métier à coeur, un préfet très occupé par une autre affaire et, tout de même, un ex-futur policier qui n’a pas vraiment envie de faire carrière, vu la faiblesse de son salaire. Il emploie aussi des méthodes dignes d’un film d’action, pas vraiment compatibles avec son métier, mais elles sont véritablement efficaces. Ce ne sont pas les coupables qui diront le contraire.
Attachant par l’ampleur et la démesure de ses défauts comme de ses qualités, Rocco Schiavone est aussi le héros de Froid comme la mort : je l’ai déjà réservé à la bibliothèque.

Fairy Oak, tome 3 d’Elisabetta Gnone

Présentation de l’éditeur :

Une page se tourne sur Fairy Oak… Le plan du Seigneur de l’Obscurité a réussi : la peur de la trahison dévore Fairy Oak et oblige Pervinca à fuir.
Les jumelles sont séparées…
L’antique alliance entre Lumière et Obscurité est brisée. Les défenses des Magiques s’effondrent, la guerre est perdue.
Mais peut-être tout n’est-il pas tel qu’il paraît.
La Lumière doit encore montrer son pouvoir et l’amour cache encore un secret.

Mon avis :

Dernier volume de cette série mettant en scène les jumelles Vanilla et Pervinca, dans le monde de Fairy Oak – et j’apprécie que l’auteur ne cherche pas à développer outre mesure cette série. (Note : il y a bien des volumes dérivés dont la parution est annoncée, mais ce n’est pas du tout la même chose que de devoir lire une saga en douze volumes pour connaître le dénouement).
Non, je ne vous raconterai pas la fin. Je ne vous raconterai pas non plus les péripéties qui parcourent ce troisième volume, tout aussi plaisant à lire que les précédents. Je dirai simplement que, plus que jamais, il ne faut pas se fier aux apparences, il ne faut pas céder à la peur. Conseils faciles, me direz-vous, et pourtant : qui, aujourd’hui, se sent capable de les appliquer jusqu’au bout, quand tous, ou presque, cèdent à la peur ? Il est plus facile de se laisser porter, de préférer la sécurité immédiate – et d’oublier les conséquences à long terme.
Il est de jolis moments, dans ce livre, des moments de poésie, grâce aux êtres graciles qui parcourent ce roman, alliés inattendus, vulnérables, des héroïnes. Il n’est pas de conflits sans conséquence, ou, si vous préférez que cela soit formulé ainsi, il n’est pas de conflit sans victimes, même à Fairy Oak.
Une joli trilogie, qui devrait plaire aux jeunes lecteurs.

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cof

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La sonate oubliée de Christiana Moreau

Mon avis :

Voici un livre que j’ai envie de recommander à tout le monde, y compris à de jeunes lecteurs (du moins, des adolescents) parce que c’est un livre qui fait du bien.
Entendons-nous bien : ce n’est pas de la chick-litt, ce n’est pas un livre qui vous apprend comment vivre heureux, non, il s’agit bien d’un roman, mais d’un roman qui présente des personnages féminins positifs, comme Ada ou Lionella.
Lionella, « Lio » pour certains proches, est la première héroïne de ce roman. Elle se destine au métier de violoncelliste, « violoncello » en italien, quasiment l’anagramme de son prénom. Elle prépare un prestigieux concours, mais là, elle a un coup de mou, elle a l’impression que tous les morceaux ou presque ont été joués pour des concours, bref, elle n’a pas la pêche malgré les encouragements de ses parents et de son professeur. C’est Kevin, son meilleur ami, qui, en mettant la main, dans une brocante, sur une vieille partition, accompagné de ce qui semble être un journal intime, va la remettre sur le chemin de la créativité – indispensable, même pour la musique classique.
La jeune concertiste découvre alors Ada, qui a vécu des siècles plus tôt. Ada dal violoncello, comme elle est nommée, est une enfant abandonnée, figlia di coro à l’ospedale, institution charitable et sévère où elle a été recueillie. Même si les conditions de vie sont rudes, cruelles même (les bébés sont marqués au fer rouge), elles assurent au moins une vie relativement abritée à celles que leur famille a délaissée volontairement. A Venise, au XVIIe siècle, il vaut encore mieux être dans cette institution qui n’autorise le mariage qu’après quarante ans, sauf à payer les frais de « scolarité » de la jeune fille qu’être dans le ruisseau – ou la lagune.
Ada a été relativement protégée – et elle découvre la vie brutalement, au cours du carnaval. La vie et sa dureté : il se confirme qu’il est plus dur d’être en dehors de cette institution que dedans. Lionella se passionne pour le destine de cette jeune fille, un peu plus âgée qu’elle mais moins armée pour supporter les épreuves – qu’importe les siècles de distance. Lionella, elle, peut compter sur sa mère, sur ses conseils, sur les erreurs qu’elle a commises, également et qui ne l’a pas empêché d’être heureuse, chaleureuse. Lio est amenée à faire des choix, pour sa vie, pour sa « carrière » – je n’aime pas ce mot. Peu importe qu’elle réussisse, ou non, la fin est ouverte : elle a choisi la seule voie qui compte, celle de la musique, qui survit à travers les siècles.
Roman historique, par le biais du journal d’Ada ? Non, pas seulement. L’action principale se déroule dans une ville de Belgique sinistrée. Nous côtoyons la misère sociale, la misère affective, l’épuisement. A quoi sert de rénover un quartier si ses anciens habitants ne peuvent y vivre ? Que penser d’un travail qui n’offre même pas la possibilité d’avoir une vie de famille épanouie ? La mère de Jason et Kevin ne parvient même plus à assurer son rôle de mère.
La sonate oubliée, un hommage aux filles du passé par une jeune fille d’aujourd’hui.

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Fairy Oak, tome 2 : le sort de l’obscurité d’Elisabetta Gnone

Présentation de l’éditeur :

A Fairy Oak, la paix est compromise. L’Ennemi est revenu, assoiffé de revanche. Son pouvoir devient plus fort de jour en jour : le Seigneur de l’Obscurité veut plonger le monde dans les Ténèbres. L’antique alliance entre Lumière et Obscurité vacille. Cependant, un lien semble indissoluble : celui qui unit Vanilla et Pervinca, les sorcières jumelles, égales et opposées. Et c’est sur ce lien que l’Ennemi va faire tomber sa hache.
Pervinca pourra-t-elle résister au sort de l’Obscurité ? Le salut des Magiques et des Non-Magiques de la Vallée en dépend…

Mon avis :

J’avais bien aimé le tome 1 de cette série, et je dois dire que ce tome 2 est son prolongement logique mais parfois étonnant. En effet, nous plongeons dans le passé de Fairy Oak, ce village où magiques et non magiques se cotoient en toute sérénité. Nous plongeons dans sa création si j’ose dire, non par le biais de retours en arrière pesants mais par la lecture d’un livre qui raconte, finalement, le début de la lutte contre leur ennemi actuel – et fait voir certains personnages sous un jour nouveau. On ne ressemble pas forcément à ses ancêtres. Et un prénom ne détermine pas tout.
Malgré le danger, la vie continue, et les adultes essaient de tout faire pour que les plus jeunes souffrent le moins possible. Pas toujours évident. Surtout quand il faut se méfier de presque tout.  La magie est bien présente, pas toujours pour le meilleur.
Ce livre, facile à lire, superbement illustré, réserve son lot de surprises et donne envie, une fois refermé, de connaître la suite de l’histoire de Vanille et Pervinca, pour qui va ma préférence. Il n’est jamais facile d’être l’ombre face à la lumière.

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