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Une lame de lumière d’Andrea Camilleri

Présentation de l’éditeur :

Entre crimes, regrets et trahisons, Montalbano cherche un peu de lumière dans un monde voué aux ténèbres… C’est un bien étrange rêve de cadavre dans un cercueil qui obsède Montalbano, confronté par ailleurs à une affaire de faux viol et de vrai viol – sans oublier trois terroristes présents dans la campagne environnante. Somme toute, rien d’inhabituel au commissariat de Vigàta si une troisième affaire ne venait perturber le commissaire comme jamais : cette fois, il est vraiment amoureux.

Mon avis : 

Ce livre n’est pas le plus joyeux des enquêtes de Montalbano. Et pourtant, pour la première fois depuis longtemps, Salvo est amoureux, et s’interroge sur sa relation longue durée et longue distance avec Livia. Pour la première fois aussi, leurs entretiens téléphoniques ne sont pas uniquement constitués de longues disputes.
Mais il y a les enquêtes, aussi. Une jeune femme est agressée, en portant la recette des magasins de son mari. Des faits étranges surviennent, sur lesquels la brigade anti-terroriste enquête à son tour. Un cadavre est également retrouvé – brûlé dans une voiture. Trois enquêtes pas aussi simples qu’il n’y paraît. Les conséquences sont pour le moins inattendues, et clôturent une page de la vie de Montalbano.
Heureusement, Fazio, Mimi Augello et Catarella sont là et toujours fidèles au poste – avec, toujours, les approximations de Catarella. Je n’ai garde d’oublier le médecin légiste, toujours aussi fulminant et délicat. Il est question aussi de l’actualité, brûlante, entre terrorisme et accueil des réfugiés. Il est question de bien d’autres choses aussi, quand on a fait pour le mieux mais que cela n’a pas suffi.
Une citation, pour terminer : En théorie, il n’aurait dû se trouver personne au commissariat, à l’exception du standardiste, vu que ce serait ‘ne journée spéciale pour Vigàta.
Spéciale du fait que, de retour d’une visite dans l’île de Lampedusa où les centres d’accueil (oh que oui, messieurs-dames, ils avaient le courage de les appeler comme ça !) pour les migrants n’étaient plus en état de contenir ne fût-ce qu’un minot d’un mois en plus – les sardines salées avaient plus d’espace -, Môssieur le ministre de l’intérieur avait manifesté l’intention d’inspecter les camps d’urgence mis en place à Vigatà. Lesquels, de leur côté, étaient déjà plein comme un œuf, avec la circonstance aggravante que ces malheureux étaient contraints de dormir par terre et de faire leurs besoins dehors.

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Un homme seul d’Antonio Manzini

Présentation de l’éditeur :

Rocco Schiavone, déprimé depuis l’assassinat d’Adèle, la fiancée de son meilleur ami, se lance à la recherche du meurtrier en passant en revue la liste de ses ennemis. A Aoste, il se lie d’amitié avec un adolescent fan de heavy metal et enquête sur les Turrini, une famille corrompue, sans doute relais de la mafia calabraise.

Mon avis : 

N’essayez même pas de me faire changer d’avis : je suis fan de cet auteur, et de son héros Rocco Schiavone. C’est dit, c’est simple, c’est court, et c’est pour moi une évidence. Après cette déclaration d’amour littéraire pleinement assumée, venons en à l’analyse proprement dite.

Peu de temps s’est écoulé depuis Maudit printemps. La neige n’est plus là, Schiavone s’en fiche. Depuis la mort d’Adèle, tuée à sa place (les tueurs ne sont vraiment plus ce qu’ils étaient), Rocco se terre au fin fond de son lit avec Luna, la petite chienne à qui il a sauvé la vie dans le volume précédent. Il prend soin d’elle, c’est déjà ça, et envoie paître tous ceux qui veulent le sortir de sa léthargie, avec une constance rare. Cependant, le temps ne l’inaction ne peut pas durer, Rocco ne laissera pas impuni la mort d’Adèle, il ne peut laisser son ami dans les tourments et l’incertitude : il va se jeter à nouveau dans le vif de l’enquête.

Il est faux de croire qu’une affaire se termine après l’arrestation du coupable, parce que la victime, elle, ne se remet pas (sauf mauvaise série télévisée) en deux temps trois mouvements. Chiara, dont Schiavone a sauvé la vie dans le tome précédent, ne va pas bien, parce qu’elle sait que ses parents lui cachent des choses, parce qu’elle sait pourquoi elle a été enlevée. Je dirai peu de choses sur son petit ami, qu’elle supporte de moins en moins, en dépit de ses visites et de son soutien, ce jeune homme, Max, gagne à être connu, et ce n’est pas Schiavone qui vous dira le contraire.

Schiavone, en plus de mener une nouvelle enquête étroitement liée à la précédente, cherche parmi toutes les personnes qui lui en voulaient celle qui a pu commanditer son meurtre, tout en sachant que ce n’est que partie remise – puisqu’ils ont échoué, ils vont recommencer. Oui, quand on est un policier acharné, on a beaucoup de personnes qui, potentiellement, peuvent avoir envie de mettre fin à vos jours. En pratique, ce n’est pas si simple parce qu’il est des délinquants raisonnables qui n’ont pas forcément envie de supprimer le policier qui les a envoyés à l’ombre. Puis, il y a celui que l’on débusquera.

Schiavone peut toujours compter sur ses « hommes », il sait parfaitement leur assigner les missions qui correspondent à leur capacité.  Perdre sa lucidité, très peu pour lui.

 

 

La piste de sable d’Andrea Camilleri

Présentation de l’éditeur :

Ce matin, le léger bruit de la mer est annonciateur d’une belle journée. Pourtant, lorsque Montalbano ouvre les volets, le spectacle qui s’offre à lui n’a rien de réjouissant : sous ses yeux, un cheval recroquevillé sur le flanc, immobile. La pauvre bête, battue à coups de barres de fer, gît dans une mare de sang. Le temps de convoquer ses hommes, la carcasse a disparu, ne laissant sur la plage que l’empreinte de l’animal. Une piste de sable insaisissable, voilà sur quoi repose la nouvelle enquête de Montalbano…

Mon avis :

Il est des personnes qu’il faudrait condamner à des travaux d’intérêts généraux costauds – et les possibilités sont nombreuses. Oui, l’enlèvement de chevaux, le tabassage à mort d’un animal ne sont pas quasiment pas sanctionnés – c’est bien dommage.
Contrairement à d’autres romans où la mort d’un animal n’est qu’une péripétie comme une autre, un lieu commun dans le parcours d’un tueur en série, elle est ici au coeur de l’intrigue et ne sera pas laissé de côté, les images sont bien gravés dans l’esprit de celui qui a découvert le cadavre -Salvo. Oui, nous saurons qui a agi ainsi, et pourquoi. Non, je ne spoile pas tant que cela le récit : avez-vous déjà vu Montalbano renoncer à trouver la vérité ? Non : et tant pis pour le questeur, le juge, et autres personnes qui ont d’autres préoccupations.
Cette enquête aurait dû être assez simple, finalement, si ce n’est que des personnages cherchent à faire peur à Montalbano. Ces personnes connaissent très mal le commissaire, parce qu’il lui en faudrait beaucoup pour qu’il renonce à enquêter ou à témoigner. Seulement… ils en font beaucoup, et Salvo ne restera pas, tranquillement, à attendre qu’on l’importune à nouveau – comme le dit le fils d’Adeline, ce ne sont pas des professionnels du cambriolage, personne ne se risquerait à s’attaquer à Montalbano, enfin, aucun voleur honnête.
Montalbano vieillit, il en fait le constat, et le médecin légiste n’est pas tendre avec lui. Je ne dis pas que je rêve d’une enquête dont il serait le héros, je dis simplement que la vie personnel et « ludique » de ce médecin d’une extrême délicatesse langagière est suffisamment mouvementée pour provoquer des scènes épiques entre lui et le commissaire.
Montalbano vieillit (bis) et se souvient de son passé, parce que son présent est parfois compliqué. Lui et Livai se disputent plus qu’ils ne s’entendent, et ses relations avec d’autres femmes sont parfois détonantes. Et je ne fais pas que parler de son amitié amoureuse avec Ingrid, autre personnage au long cours de la série.
Une enquête délicate, et un dénouement à demi-heureux – les morts ne se relèvent pas.

L’écarlate de Venise de Maria Luisa Minarelli

Présentation de l’éditeur :

Venise, 1752. Par une glaciale nuit de décembre, un homme est retrouvé étranglé dans une ruelle. Il est la première victime d’une série de meurtres auxquels Marco Pisani, haut magistrat de la République de Venise, se trouve mêlé.
Idéaliste et passionné, Pisani est un précurseur des Lumières qui a compris depuis longtemps que ce qui est légal n’est pas toujours juste. Amoureux de sa ville, il la voit avec tristesse sombrer dans la décadence. Ses enquêtes ne font que renforcer ce sentiment en levant définitivement le voile sur la part d’ombre d’une société en proie aux conflits familiaux, aux rumeurs destructrices et au vice.

Merci à Netgalley et aux éditions Amazon Crossing pour ce partenariat.
Livre lu le 12 octobre 2017 en avant-première.

Mon avis :

Ce qui m’a attiré dans ce roman est d’abord la couverture, énigmatique, certes, mais bien choisie une fois que le livre a été lue.
J’aime les romans policiers, j’aime aussi les romans historiques réussis, et ce livre réunit les deux qualités. Il présente d’abord un héros fort sympathique. Marco Pisani est noble, riche, il est bien décidé à faire régner la justice à Venise, et ce n’est pas aussi simple qu’il y paraît. Si tant est que cela a pu être simple à un moment ou à un autre.
Un meurtre, puis un second : Pisani veille à ne pas emprisonner injustement un innocent, et surtout à ne pas conclure très rapidement une enquête de manière à assurer la tranquillité d’esprit des gentils vénitiens. Je parle bien sûr de ceux qui sont très riches, pas du petit peuple jugé quantité négligeable voire méprisable.
Ce roman nous permet de plonger au milieu de la république de Venise, de découvrir sa diversité et sa richesse culturelle. Il nous permet aussi de découvrir des personnages attachants, Zen, le meilleur ami de Marco, qui le comprend parfaitement tout en ayant lui même un petit secret ou encore Chiara, personnage de femme indépendante en un temps où rares étaient les femmes qui veillaient à garder leur indépendance, ou qui pouvaient se permettre de le faire. Il en est d’autres aussi, que je voudrais citer, mais ce serait dévoiler un peu trop l’intrigue. Je peux tout de même préciser que l’auteur a su semer des fausses pistes et maintenir le suspens jusqu’au bout.
Une nouvelle auteur et un nouveau héros à découvrir.

Une voix dans l’ombre d’Andrea Camilleri

Edition Fleuve noir – 248 pages.

Présentation de l’éditeur :

Rude journée pour le commissaire Montalbano : d’abord agressé dans sa cuisine par un poulpe haineux, il l’est ensuite dans sa voiture, à coups de clé à molette, par un jeune chauffard. Étrange coïncidence, la compagne de son agresseur est retrouvée assassinée peu après.

Mon avis :

Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, joyeux an-ni-ver-saire Salvo ! Joyeux anniversaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaire ! Oui, en cette journée qui commence mal, qui continue mal, et se termine pas très bien, Salvo fête ses 58 ans. Il a tout sauf envie qu’on le lui rappelle, et bien sûr, c’est Livia, sa fiancée de très longue date, qui ouvre le bal, et ne fait que reprendre le cour de leurs incessantes disputes (voir, à ce sujet et au sujet du vieillissement, la courte postface signée Andrea Camilleri).
Tout commençait pourtant par un banal cambriolage, bref, pas de quoi commencer sa journée au commissariat de manière si douloureuse que cela. Si ce n’est que le supermarché cambriolé n’aurait jamais dû l’être – personne ne se frotterait à ses véritables propriétaires – et que le directeur est particulièrement nerveux. Montalbano doit intervenir, lui qui a déjà subi une agression en bonne et due forme le matin même. Il reverra d’ailleurs très vite son agresseur, libéré pour cause de richesse et puissance du papa, et aussi du fait que son agressivité ou sa nervosité (nommez-la comme vous voulez) est son état habituel. Un meurtre a été commis, puis un autre et encore un autre. On se croirait presque au temps où la Mafia passait son temps à régler des comptes, d’un camp à l’autre, si ce n’est que nous sommes au coeur des années Berlusconi. Les années passent, la corruption reste, règne. Enquêter, que l’on soit policier, juge ou journaliste est difficile : une mutation, un mauvais procès est si vite arrivé.
Il est presque nouveau, pour Salvo, de respecter la loi au pied de la lettre, sans presque chercher à accélérer les choses en utilisant des méthodes pas toujours très légales. Ne surtout pas donner de prises à ses adversaires, eux qui ont réussi à mettre le Questeur dans tous ses états – la scène de la dispute avec Montalbano est d’ailleurs fort comique. Oui, Salvo peut compter sur ses hommes, mais il ne veut pas qu’ils prennent trop de risque pour lui. La Justice ? Plus tard, vous repasserez, merci, puisqu’après l’enquête, se tient le procès, et un bon avocat peut démonter bien des témoignages, même un rapport de médecin légiste.
Désespérant, cet opus ? Oui et non. Les victimes n’ont pas vraiment toute l’attention nécessaire. Il faut un coupable, et tant pis si ce n’est pas le coupable – tant pis aussi s’il n’y est pour rien. D’autres préfèrent des méthodes expéditives pour ne pas avoir à répondre de leurs actes. Un peu plus, comme le soulignent les réminiscences de Montalbano, et on se croirait à Chicago, au temps de la prohibition.
Une voix dans l’ombre est comme un opus hors de la chronologie des enquêtes de Montalbano, après le choc de l’oeuvre précédente. Pas une parodie, non, mais un roman dans lequel toute la palette de couleur qui compose l’univers de cette petite ville de Sicile semble réunie dans ses nuances les plus brillantes et dépeigne jusqu’à l’excès tous les conflits que peuvent engendrer la corruption quasiment institutionnalisée.

Maudit printemps d’Antonio Manzini

édition Denoël – 292 pages.

Mon résumé : 

Un accident de voiture, voici la nouvelle enquête de Rocco Schiavone, en exil depuis neuf mois dans la vallée d’Aoste. Seulement, la requête d’une jeune fille, divers éléments le mènent sur les traces d’une affaire bien plus sordide.

Mon avis : 

Couvre-toi, prends une aspirine et monte sur la moto !

Le moins que je puisse dire est que Rocco Schiavone ne s’embarrasse pas de précautions oratoires pour donner ses ordres – et encore, j’ai choisi une citation dans laquelle il est de bonne humeur. Le sous-préfet Schiavone, c’est un homme brut de décoffrage, qui ne supporte pas les ennuis susceptibles de gâcher encore plus sa journée qu’elle ne l’est déjà. Il supporte encore moins les injustices et c’est pour cette raison qu’il ferme les yeux sur certaines choses : ne comptez pas sur lui pour dénoncer les clandestins qu’il a débusqué par hasard. Par contre, comptez sur lui pour perdre le sommeil – et le faire perdre aux policiers qui sont sous ses ordres afin de faire toute la lumière sur la disparition d’une toute jeune femme, Chiara.

Tout en oeuvre, cela signifie que ce sous-préfet utilise pour la sauver – oui, en cas d’enlèvement, ce que ses parents refusent à admettre, leurs cernes, leur nervosité parlent pour eux, il est encore possible de sauver la victime – sont bien plus proches des techniques des malfrats que des techniques des policiers. A l’époque d’internet, les méthodes artisanales sont parfois les meilleures. Après tout, il est des personnes qui excellent à faire disparaître le plus possibles leurs traces.

Nous sommes en Italie, oui, nous sommes surtout dans différentes régions italiennes, avec leurs accents, leurs coutumes. Nous sommes loin de Rome, chère au coeur de Schiavone pour moultes raisons. Rome viendra jusqu’à lui, et le passé aussi. Ce n’est pas tout à faire la dolce vita, nous en sommes même loin, l’auteur nous donne à voir les laissez-pour-compte de l’Italie, ceux qui tentent de s’en sortir, ceux qui n’y parviennent pas parce que tout ne va pas bien au coeur de l’Europe.

Une série dont je ne me lasse pas.

L’enquête interrompue de Renato Olivieri

Mon avis :

Ce roman date des années 80. Cela se sent, parce que l’enquêteur fume. Et oui, c’est quasiment impossible, de nos jours, de présenter un policier en possession d’un paquet de cigarette, sauf si celui-ci est une pièce à conviction. Et pourtant… se pencher pour attraper son paquet de clopes sauve la vie du vice-commissaire. Mais qui a bien pu avoir l’idée d’abattre Ambrosio ?
L’enquête est pourtant des plus ordinaires, de prime abord. Un journaliste a été retrouvé assassiné dans un parc. Un vol qui a mal tourné ? Ce serait trop facile, surtout que la vie privée de Walter Merisi, tout comme sa vie professionnel, était très compliquée, pour ne pas dire parsemée d’ombres (légères) et de contradiction. Ambrosio s’acharne, il veut comprendre les liens qui unissent les différents protagonistes, voire le dessous de cette affaire. Il croise de bien curieux personnages, du travesti incompris (le début des années 80 vous dis-je, et encore, je ne suis pas sûre que les choses aient tant changé que cela) au colonel des services secrets à la retraite en passant par son chauffeur sanguin. Qui a-t-il pu déranger pour qu’on cherche à l’écarter de manière définitive ?
Fait rare : l’enquête est bien interrompue, par le changement de grade d’Ambrosio. Le hasard fait bien les choses, non ? Il laisse pourtant un goût amer au quinquagénaire milanais. Le lecteur saura pourtant qui et pourquoi ont commis ce meurtre – être réaliste, crédible, c’est aussi montrer les limites d’un système judiciaire, quel qu’il soit.
L’enquête interrompue est un roman policier italien solide et bien construit. N’hésitez pas à découvrir l’oeuvre de Renato Olivieri et son héros Ambrosio s’ils croisent votre route.