Archive | octobre 2015

Le dernier lapon d’Olivier Truc

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Présentation de l’éditeur :

Kautokeino, Laponie centrale, 10 janvier. Nuit polaire, froid glacial. Demain le soleil, disparu depuis 40 jours, va renaître. Demain entre 11h14 et 11h41, Klemet va redevenir un homme, avec une ombre. Demain le centre culturel va exposer un tambour de chaman légué par un compagnon de Paul-Émile Victor.
Mais dans la nuit, le tambour est volé. Les soupçons iront des fondamentalistes protestants aux indépendantistes sami. La mort d’un éleveur de rennes n’arrange rien à l’affaire. La Laponie, si tranquille en apparence, va se révéler terre de conflits, de colères et de mystères. Klemet, le Lapon, et sa jeune coéquipière Nina, enquêteurs de la police des rennes, se lancent dans une enquête déroutante.

150113081711974778Défis Premier roman

Mon avis :

Comme souvent, j’ai commencé par le tome 2, Le détroit du loup. Un bon roman ne pâtit jamais de son ordre de lecture, ni d’être lu entre d’autres très bonnes lectures. C’est le cas pour Le dernier lapon, que je ne pense pas (loin de là), être la première à recommander.
Klemet est un vieux routier de la police des rennes, Nina, une toute jeune policière fraîchement nommée. Ils n’ont pas la même vision de leur pays. Nina est du sud, elle a grandi au bord de la mer, auprès d’une mère pratiquant la forme de protestantisme la plus stricte qui soit. Klemet est le petit-fils qu’un sami qui a dû abandonner l’élevage, et s’est ainsi trouvé déclassée.Autant dire qu’il sait beaucoup de choses sur le milieu des éleveurs de rennes, il sait leurs souffrances, leurs sacrifices. Il a même été en pension avec Aslak, le plus proche des traditions de tous les éleveurs. Il se souvient très bien de ce que sa génération a dû endurer, intégrée de force et forcée de renier sa culture. La génération précédente n’était pas mieux loti, et ce n’en est pas rassurant du tout. Il suffit de voir la destinée de Berit, soumise à ses employeurs, à l’église, et malmenée de la pire des manières. Elle a beau être proche de la soixantaine, elle a parfois la candeur d’une enfant, ce qui la sauve, finalement, de plus de blessures encore que toutes celles qu’elle endure déjà.
En lisant ce roman, j’ai pensé au duo Emmet/Anna de Kirk Mitchell, ce qui pour moi est un compliment. Nous assistons ici à la naissance du lien entre les deux enquêteurs, qui ne se fait pas vraiment dans la douceur – Nina sait très bien ce qu’elle ne veut pas.L’enquête est très bien construite. Des fausses pistes ? Bien sûr qu’il y en a, d’autant plus que certains ont tout intérêt à trouver un coupable très vite, même si ce n’est pas le bon.Les intérêts d’abord : la justice est remise à une date ultérieure. Ce fut trop souvent le cas.
Encore un roman à lire, tout simplement.

Pauvre chose de Risa Wataya.

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Présentation de l’éditeur :

Il paraît qu’en Occident, on ne refuse pas d’aider une amie qui a des ennuis. Alors, lorsque son copain décide d’héberger sous son toit Akiyo, qui n’a ni maison ni travail, la pauvre, Julie se dit que, ah, si c’est comme ça qu’on fait en Occident, alors, oui, elle va faire un effort.

Mon avis :

Je crois que Risa Watay est un cas unique pour moi : la seule auteure dont je suis l’oeuvre pas à pas, de parution en parution. Pauvre chose est son quatrième roman et, à mes yeux, le plus abouti.

Nous ne retrouvons pas les mêmes personnages d’un roman à l’autre et pourtant, les personnages grandissent d’une oeuvre à l’autre, de lycéenne à jeune femme pleinement engagée dans le monde du travail, à la vie amoureuse équilibrée. En apparence. Elle a beau être celle à qui toutes les autres employées demandent conseils, elle a beau aimer son métier, travailler d’arrache-pied, y compris le dimanche, sans y trouver à redire, elle peine dans sa vie sentimentale.

Pour quelle raison ? Elle a 28 ans, et elle aime le garçon qui est son copain, pas de marieuse pour les présenter, pas de parents pour la caser. Seulement, il n’est que son copain, ils ne vivent pas ensemble. Même, il ne veut plus qu’elle vienne chez lui depuis que son ex vit avec lui parce qu’elle n’a plus les moyens de se loger, étant au chômage.  Qui pourrait accepter une telle situation ? Et bien Julie, l’héroïne de ce roman.

La clef de cette acceptation ? Le manque de confiance en elle apparaît en filigrane. Elle porte des vêtements, des chaussures, des sacs de marque, elle a une coiffure impeccable, elle est LA parfaite vendeuse – mais qui est-elle réellement derrière cette façade ? A chaque critique, même indirecte de son amoureux, elle modifie ce qui le dérangeait, jusqu’à ne plus même utiliser son dialecte natal.Quelles sommes de complexe abrite l’esprit de Julie, pour que la moindre menace de séparation, pour que la moindre référence à une autre culture que la sienne l’empêche de révéler non seulement ce qu’elle a sur le coeur, mais ce qu’elle est vraiment ? Risa Wataya se garde bien de critiquer noir sur blanc la société japonaise, elle a suffisamment de finesse pour le faire par le biais de cette histoire d’amour.

Qui dit société dit aussi membres de cette société, et c’est un choc des cultures involontaire que vivent Julie et Ryûdai. Choc pour le jeune homme, qui a vécu, travaillé aux Etats-Unis, et qui ne se fait pas à la rigidité des entreprises japonaises. Choc pour Julie, qui compare sans cesse et finalement, ne trouve pas la société japonaise si mal que cela – en tout cas, elle y est heureuse, même si elle apprend l’anglais pour plaire à Ryûdai. Sa conversation avec ses professeurs d’anglais, à qui elle a demandé conseil sur sa vie amoureuse, est à cet égard particulièrement réjouissante. Julie ne maîtrise pas la langue anglaise, et ses conclusions sont pour le moi hilarantes.

Un roman pour tous les fans de Risa Wataye – et pour tous ceux qui veulent un autre regard sur le Japon contemporain.

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Yokazura, la fille du cerisier de Muriel Diallo

51vdaLkx3uL._SL160_Présentation de l’éditeur :

Parfois, un arbre ou un poisson peut comprendre ce qu’un être humain ne comprend pas

Mon avis :

L’auteur est originaire de Côte d’Ivoire, et pourtant c’est au cœur du Japon que nous conduit cette histoire. Un cerisier a la réputation d’être maudit. N’a-t-il pas mangé un maître du thé et sa famille ? Un jeune couple brave pourtant la soi-disant malédiction, et s’installe à son ombre. Il trouve même un enfant, qu’ils élèvent comme la leur. Elle grandit, et les enfants ne sont pas tendres avec elle – leurs parents non plus.
Ce conte brasse des thèmes forts, pas seulement celui des origines, mais aussi la jalouse, l’envie, la bêtise qui peuvent gâcher une voire plusieurs existences. Il faut beaucoup de tact pour briser le cycle ainsi engendré.
Concernant, les illustrations, elles peuvent surprendre, puisqu’elles mélangent peinture et collage – mais pourquoi un album pour enfant ne serait-il pas créatif ?

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La poésie du jeudi – 29 octobre

Les fleurs rouges des pêchers couvrent le sommet des montagnes
Les eaux printanières du fleuve Shu battent la colline
Le rouge des fleurs fanent facilement comme les sentiments de votre amant
Les eaux coulent sans fin comme mon chagrin

Liu Yü Hsi (772-842).
Ce poète satirique qui s’inspirait des chants populaires (son ami le poète Po Chü I (772-846) le surnommait « le héros des chants ») fut exilé plusieurs fois.

Journal d’un louveteau garou – XXII

Cher journal,

je t’écris du pensionnat qui a été transformé en camp de vacances. Et oui, et oui : je n’ai pas cherché longtemps ce qui nous a valu, à Valère et moi-même, le bonheur d’être envoyé, ou plutôt renvoyé au pensionnat. D’après maman, nous avons trop souvent exprimé notre loup-garou intérieur. C’est à dire que nous nous étions trop souvent métamorphosé, avions trop souvent mis tout sans dessus dessous, ce qui aurait contraint papa à engager une équipe de nettoyage et une société de jardinage.

Bon, papa a été pleinement rassuré quand il a su que notre principal encadrait les sorties culturelles et les activités sportives quotidiennes, accompagné par deux professeurs d’EPS (monsieur Trukenski et monsieur Catarel), une professeur de français (madame Cobert, madame Trukenski hors du pensionnat) et par notre prof de musique préféré. Eux quatre ont toujours des projets délirants. Je dis bien : quatre. Je ne connaissais pas monsieur Catarel, et je dois dire que sa résistance lupine est assez faible. Je ne lui donne pas deux mois avant de s’arrêter pour surmenage. Il devrait pourtant savoir que là où se trouvent les louveteaux, il n’y a pas de repos !

Je reconnais qu’on n’aurait pas dû se glisser dans la tente qu’il partageait avec notre principal moi et deux autres louveteaux. Mais nous avions froid ! Il a hurlé, pas monsieur de Nanterry. Je reconnais que nous n’aurions pas dû cesser la course d’orientation et faire une petite sieste réparatrice au pied d’un arbre. Tombant sur nous au sens prendre du terme, il a hurlé – et nous avec. Je reconnais encore qu’avoir refusé de ramer au cours de l’activité canoé kayak n’était pas hyper-sympa – ne sait-il pas que les louveteaux ont le plus grand mal à nager, notre musculature ne nous le permet pas ? Par contre, courir à terre en portant les canoés, ça, on peut le faire, et ça, c’était hyper marrant !

Tous les soirs, nous chantons deux chansons différentes, jusqu’à obtenir la perfection ! Monsieur Catarel hurle littéralement quand il nous entend, il est presque devenu un authentique loup sur ce point. Difficile pourtant de savoir si ce sont des hurlements de contentement ou d’exaspération. Je les étudierai plus attentivement ce soir.

Valère me fiche une paix royale : il écrit à Gentianounette. Si elle supporte son surnom, elle est mûre pour sortir avec mon frère.

J’oubliai : un mystérieux jeune homme a rejoint le principal, qui, ma foi, est relativement jeune lui aussi ! Demain, nous tenterons de  résoudre ce mystère.

Je te laisse sur ces mots.

Anatole Sganou, 4e Bleu.

Goth Girl and the pirate Queen de Chris Riddell

Mon résumé :

Ada Goth part au bord de la mer, à Brighton pour être précis, en compagnie de Lady George et de trois dalmatienne. Elles vont assister au bal du prince ! Rien ne se passe vraiment comme prévu.

Mon avis :

Ce petit livre (moins d’une centaine de pages), paru pour le « Work book day » anglais a dû, à mon avis, permettre aux fans d’Ada Goth (Lily en français) et de Chris Riddel de patienter jusqu’à la parution du tome 3 de ses aventures. Ada s’entend bien avec son père, c’est pour cette raison qu’il l’autorise à quitter pour quelques jours le château familial et profiter du bord de mer. Elle en profite aussi pour rencontrer des créateurs pour le moins originaux, tels Vivienne Dashwood ou Jean-Paul Goatee – toute ressemblance avec des personnes existantes seraient purement fortuites – et vivre des aventures extravagantes.

Ce qui me ravit toujours dans cette série est l’abondance de références culturelles. Ce ne sont pas de simples clins d’oeil, non, elles sont réellement intégrées à l’intrigue et sont particulièrement réjouissantes. Chris Riddell ne se sépare jamais de son humour, que ce soit en écrivant ou en dessinant. A quand une traduction en français ?

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Mon amie est une princesse

Présentation de l’éditeur :

C’est la rentrée des classes, et Song-i n’a qu’une envie : parvenir à se faire des amis au plus vite. Et ça commence plutôt mal !
Mais bientôt, une inconnue lui adresse la parole en faisant mine de la connaître depuis toujours. pOur les deux fillettes, c’est le début d’une belle amitié.
Un jour, Chun-hee confie à Song-i un incroyable secret : c’est une princesse !

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Mon avis :

J’ai beaucoup aimé cette histoire, courte mais tendre. D’un côté, nous avons Song-i, timide, que ses anciennes camarades de classe n’ont pas vraiment envie d’accueillir dans leur cercle amical, mais plutôt de rejeter, en ajoutant quelques moqueries en prime. De l’autre, nous avons Chun-Hee, volontaire, différente, de son maintien jusqu’à sa coiffure. Celle-ci lui propose, lui impose presque son amitié, au nez et à la barbe des autres. Grâce à elle, Song-i prend confiance en elle.

Ce que j’ai encore plus aimé, ce sont tous les non-dits, les sous-entendus qui recouvrent pudiquement une histoire douloureuse. La Corée se reconstruit, et laisse les coréens les plus démunis sur le bas côté (voir Le chant de mon père-de Keum Suk Gendry Kim pour découvrir cette facette de la Corée). Chun-Hee fait face avec dignité à la situation (familiale, économique) qui est la sienne. Et si le lecteur ne sait pas tout, s’il ne peut que deviner certains faits, il ne peut qu’être conquis par la leçon qu’offre l’héroïne de cette histoire :

– Il suffit d’une personne pour faire de n’importe qui une princesse, continua Chun-Hee. Mais le plus important, c’est de voir le prince ou la princesse qui est en soi. Moi, je n’ai aucun doute la dessus. C’est ce genre de princesse que je suis.

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