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Le mari de mon frère, tome 4 de Gengoroh Tagame

Présentation de l’éditeur :

Le voyage de Mike au Japon, touche à sa fin et il doit retourner au Canada. Sa venue a chamboulé la vie de Yaichi et la petite Kana.

Mon avis : 

Un tome qui clôt de belle manière une saga toute en finesse que j’ai aimé véritablement suivre et lire. Parce qu’elle rappelle des évidences que certains ont tendance à oublier : la base du mariage, c’est l’amour, non autre chose comme certains le prétendent. Et j’aimerai bien savoir ce qui peut être le fondement du mariage, si ce n’est s’aimer mutuellement, comme le rappelle Mike.
Ce manga est réaliste parce qu’il ne nous promet pas des lendemains qui chantent – il est encore du chemin à faire pour que tous acceptent les amours « différents », voire les familles « différentes ». Comme le dit si bien Yaichi au maître faussement bienveillant de Kana : « Nous comparer aux autres familles et constater qu’il n’y a qu’un seul parent au sein de notre foyer n’est pas une raison ni valable ni suffisante pour s’inquiéter à notre sujet. »
Oui, la venue de Mike aura fait changer des choses, il aura fait évoluer le point de vue de Yaichi, il lui aura fait comprendre encore plus à quel point son frère Ryoji lui manque, à quel point il ne s’était pas interrogé sur ce que son frère avait pu ressentir, sur les raisons de son éloignement. Nous découvrons aussi enfin le « visage » de Ryoji, comme si, à cette étape du voyage de Mike, il était enfin possible de redécouvrir l’autre, heureux, tel que Mike l’a connu et pas seulement la silhouette sortie des souvenirs de Yaichi.
Gengoroh Tagame a bien sûr rendre le moment de la séparation, qui ne sera peut-être pas définitive : même si Mike ne veut plus promettre quoi que ce soit puisqu’il a dû découvrir le Japon sans Ryoji, les moments vécus ensemble, les liens qu’ils ont tissés resteront.
Je terminerai par cette citation, que certains devraient méditer : « souhaiter le bonheur de ceux qu’on aime, il n’y a rien de plus évident« .

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Alderamin on the sky, tome 1 de Bokuto Uno et Taiki Kawakami

Présentation de l’éditeur : 

Alors que l’empire de Katjvarna est en guerre, un jeune homme s’apprête à passer l’examen d’officier à contrecœur. Son nom est Ikta Solork et sa réputation de flemmard n’est plus à faire, mais un marché avec son amie Yatorishino Igsem le pousse à se prêter au jeu. En échange de son aide, Yatori lui trouvera un poste à la bibliothèque impériale. Cet examen deviendra la première pierre de sa légende. Ainsi débute la légende de l’invincible général oisif !

Merci au forum .Livraddict et aux éditions Ototo pour ce partenariat.

Mon avis : 

Si je vous dis que ce manga est sympathique, vous allez me dire que ce qualificatif est bateau, et vous auriez raison. Je dirai plus précisément que ce manga donne envie d’être lu et relu parce qu’il est singulier. Le premier chapitre agit presque comme un prologue, puis une ellipse de deux ans nous emmène directement à un élément décisif : l’examen final d’officier. Bref, le classique manga se déroulant dans un établissement scolaire passe à la trappe pour accéder tout de suite à un autre niveau. Nous sommes dans un univers fantastique mais réaliste : l’empire est en guerre, former des officiers est une nécessité.
Il faut être brillant, il faut être le premier. Tous le veulent, tous sauf un  : Ikta Solork, qui est bien décidé à en faire le moins possible. Il ne semble pourtant pas paresseux, il ne semble pas idiot, puisque les rares fois où il prend la parole, il émet des jugements justes mais désabusés, que tous ne sont pas près à écouter. Pour lui, il ne s’agit pas de connaître ses motivations, mais le pourquoi de son absence de motivation.
Pour les autres aspirants officiers, le constat est plus évident : deux d’entre eux font partie de grandes familles militaires. Chacune a son arme de prédilection, armes à feu, armes blanches. Matthew, lui, m’a paru plus terne, davantage un faire-valoir qu’un personnage de premier plan. Plus comique (et plus énervante parfois aussi) est Haroma Bekkel : méritante, elle veut intégrer l’armée en tant que soignante, ce qui montre aussi, en filigrane, la réalité des combats.
Tout semblait presque programmé, si ce n’est qu’un élément vient perturber largement le bon déroulement de l’examen : les cinq jeunes gens sont victimes d’un naufrage, et ils n’arrivent pas en terrain conquis. Cinq, ou plutôt six, puisqu’une jeune fille les accompagne, et que sa présence est déterminante.
Ils vont devoir s’organiser, s’unir, face aux aventures qu’ils vivront et aux adversaires qu’ils vont rencontrer. Bien que nous soyons dans le domaine de la fantasy, bien que certaines tenues puissent paraître extravagantes pour des combattants, les dessins restent très réalistes – le dessinateur n’hésite pas à montrer, pas plus que l’auteur n’hésite à dire, à présenter des paradoxes. On ne pense pas toujours aux conséquences des décisions prises.
Alderamin on the sky, un manga addictif avec des personnages singuliers et attachants.

Ki & Hi, tome 1 : deux frères de Kevin Tran et Fanny Antigny

Livre chroniqué dans le cadre de l’opération « La BD fait son festival ».

Mon avis :

Ki et Hi sont deux frères – je pense que vous l’avez compris. Ki, corpulent, costaud, ayant un très gros appétit, est l’apiné et n’aime rien tant que faire des bêtises en compagnie de son petit frère Hi, vraiment petit et vraiment fluet. Ne cherchez pas pourquoi Ki est si enveloppé (tel un gros bébé, il faut parfois le rouler) : il lui arrive de terminer (avec son consentement) le repas de son petit frère. Certains situations m’ont d’ailleurs rappelé, sans doute à cause du contraste visuel, Obélix et Astérix – la potion magique en moins.

Je n’ai pas été très emballée par ce manga à la française.  Les onze chapitres sont une succession de scénettes, de sketchs réunis autour d’un thème, parfois développé de façon un peu longuette : pas moins de trois chapitres sont consacrés au nouvel an. Tel un clin d’oeil au lecteur, en un jeu de mise en abîme, un des personnages précise même que « cinq précieuse cases du chapitre précédent » ont été « gaspillées » par un des personnages. Les dessins m’ont semblé assez sobres. Les personnages sont certes nettement caractérisés, il est facile de les reconnaître, mais les décors sont le plus souvent réduits à leur plus simple expression, quand les bulles ne prennent pas la moitié de la place dans la case. A contrario, il est un chapitre quasiment sans parole, où seuls les gestes et les expressions, souvent aussi exagérées (voir les yeux exorbités) comme dans les cartoons. J’ai (presque) préféré les scénettes colorés – dans le cas de ce manga, la couleur est vraiment un peu, et j’aurai aimé voir coloré ainsi les scènes de combats des chapitres précédents avec les métamorphoses des personnages selon leur signe astrologique.

L’auteur est un youtuber – je le mentionne pour ceux qui sont abonnés à des chaines Youtube. Pour ma part, c’est un univers qui m’est étranger. Lui et son frère se mettent néanmoins en scène dans les derniers chapitres (encore une mise en abîme), n’hésitant pas à mettre en avant leur « humour pour enfants » – celui de Ki et Hi n’est pas tellement plus relevé, leur modestie est tout aussi remarquable : « si les gens ne rigolent pas, c’est qu’ils n’auront pas compris toute l’ampleur de mon génie« .

Oui, je suis un peu sévère avec ce livre, qui reste bon enfant, sans doute parce que je ne fais pas partie du tout du publié visé. Je ne doute pas qu’il n’ait déjà trouvé de nombreux lecteurs au moment où j’écris ses lignes.

Ma note : 12/20.

Voici la fiche de la BD sur le site Priceminister

Flying Witch, tome 1 de Chihiro Ishizuka

Un mois au Japon en compagnie de Lou et Hilde

Présentation de l’éditeur :

À son entrée au lycée, la jeune Makoto quitte la région de Tokyo pour le nord-est du Japon. Hébergée chez ses cousins Kei et Chinatsu, elle découvre les petits plaisirs d’une vie plus proche de la nature, où le temps semble s’écouler plus doucement. Mais le quotidien à la campagne ne s’annonce pas de tout repos pour autant, car Makoto est aussi une apprentie sorcière un peu étourdie !

Mon avis :

Deux choses m’ont attiré en découvrant ce manga : la couverture, qui présente un chat noir (voir le film Kiki la petite sorcière ) et la maison d’éditions, Nobi Nobi, que j’apprécie beaucoup.
L’histoire est toute mignonne, ou presque : Makoto est une jeune sorcière, dans un monde où les sorcières existent, certes, mais sont peu connues et vivent le plus souvent cachées. Aussi, quand Kei apprend à une amie lycéenne, Nao, que Makoto, en plus d’être une grande étourdie qui perd très souvent son chemin est mystico-para-ésotérique, et bien cela fait un peu désordre.
Nous ne sommes pas tout à fait dans le merveilleux, puisque la vie quotidienne compte autant, si ce n’est plus, que les apprentissages de la jeune sorcière. Ne se rend-elle pas dans un lycée des plus ordinaires avec son cousin ? Même si elle est considérée par les siens comme adulte, ses parents tiennent à ce qu’elle fasse des études. Ne participe-t-elle pas aux taches ménagères, de manière il est vrai parfois très peu conventionnelle ? Ainsi, elle a besoin, pour ses devoirs, de nombreux légumes. Elle obtient un terrain de son oncle et le laboure… Non, elle n’utilise pas la magie, mais elle suscite l’étonnement, par la manière dont elle s’y prend, chez sa jeune cousine Chinatsu, et ce n’est pas la seule fois que cela arrivera !
Comme toute sorcière qui se respecte, elle est accompagnée par son familier, qui la guide si elle se perd, et avec lequel elle communique très bien. Oui, c’est un chat noir, Chito, mais sa propre soeur possède un siamois, Kenny, et d’autres sorcières ont des familiers un peu moins montrables (araignées, etc….). Les deux soeurs ont un point commun : elles aiment faire des cadeaux et ceux-ci se révèlent souvent très originaux et très simples en même temps, comme un retour aux sources.
J’ai aimé que l’on respire dans ces dessins : nous sommes à la campagne, tout le monde se connaît mais personne ne se montre indiscret. Nous découvrons à la fois l’intérieur et l’extérieur des demeures, les champs, mais aussi le parler très particuliers des habitants. Nous découvrons aussi, tout de même, un peu de l’univers merveilleux auquel Makoto est attentive, notamment quand elle reçoit la visite du Printemps.
Flying witch, un manga en cinq volumes dont je lirai très certainement la suite.

Links de Natsuki Kizu

Présentation de l’éditeur :

8 hommes, 4 couples… certains se connaissent depuis plusieurs années, d’autres depuis seulement quelques jours. Chacun à son histoire, mais tous se retrouvent dans le fait qu’une simple rencontre a bouleversé le cours de leur existence. Links est l’histoire de ces 4 couples réunis par le destin. Une destinée qui leur a accordé la possibilité de vivre une histoire qu’ils n’auraient pu imaginer avant et (re)trouver, peut-être, un sentiment qui reste unique à chacun.

Merci à Livraddict et aux éditions Taifu Comics pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce manga est un yaoï, et pourtant, il est très différent de tout ceux que j’ai lus jusqu’à présent. Ce qui m’a frappé d’abord est le graphisme, d’une grande finesse, que ce soit dans la conception des décors ou dans le portrait des personnages. Bref, ce yaoï possède de vraies compositions picturales qui méritent qu’on s’y attarde.
Il en est de même pour l’intrigue, ou plutôt pour les quatre fils narratifs subtilement reliés entre eux – si le lecteur lit distraitement ce manga, il se retrouvera perdu. Au contraire, il faut prendre le temps de le lire, ne pas hésiter à revenir en arrière pour saisir comment ces quatre couples sont unis les uns aux autres.
Bien sûr, avant de s’intéresser à cela, il faut aussi regarder chacun de ses couples. Aucune histoire n’est une bluette comme on peut en lire habituellement, il n’est pas non plus de scènes véritablement osées ou choquantes, mis à part à l’extrême fin du manga. Non, ce sont les personnalités de ces hommes, leurs difficultés à aimer, à accepter d’être aimés qui les singularisent. C’est aussi leur passé qui rend leur présent si compliqué : l’un a perdu son amant, l’autre son frère, et il leur faut apprendre à vivre avec cette absence.
Si tous les personnages sont gays, tous ne l’ont pas toujours été – preuve que la sexualité peut variée, dans les mangas comme dans la vie. Cependant, les personnages féminins restent absents de ce récit.
Tout n’est pas sombre dans ce manga : Kameda et Ogikawa ont sympathisé (et bien plus puisqu’affinités) grâce à un chat, et certains faits (la constitution d’un arbre à chats) ne manquent pas d’humour. C’est sans doute pour cette raison que ce couple est celui qui m’a le plus intéressé.
Links – un one-shot bien nommé qui sort des sentiers battus.

En scène ! de Curvie

Présentation de l’éditeur :

La vie de la petite Kanade Ariya bascule le jour où elle assiste au spectacle de danse de sa voisine Lisa. Fascinée par la grâce de la jeune fille, Kanade n’a plus qu’un rêve en tête : devenir ballerine !

Mon avis :

Et oui, encore une fois, je vous parle d’un manga ! Note : si vous connaissez une petite fille passionnée de danse et de manga, et que vous n’avez toujours pas trouvé de cadeau de Noël, ce livre est fait pour elle. Note (bis) : je l’ai beaucoup apprécié parce qu’il traite de la danse classique autrement.
Quand je rencontre un livre sur la danse, ou sur la musique, c’est trop souvent la même chose : l’auteur vous parle du bonheur de danser, de chanter, de la communion vécue par les danseurs, les musiciens, du plaisir immédiat, naturel, consubstantiel si j’ose dire. Il ne vous parle pas (et là, je prêche pour ma paroisse) des heures de répétition, de cette tonalité qui ne va pas du tout à votre voix, et de ce fichu morceau en sol bémol (donc plein de bémol) que vous en connaissez pas mais qu’il faudra chanter quand même.
Fait essentiel pour la danse : ce manga nous parle bien de l’apprentissage, qui est tout sauf inné. Des pointes, qu’il ne faut surtout pas chausser trop tôt. De la jambe d’appui, très sollicitée qui peut donc devenir douloureuse plus facilement – sans oublier les précieuses articulations. Il ne fait pas l’impasse sur le trac avant un spectacle, sur la nécessité d’assurer techniquement – tout en étant le personnage, Giselle, Belle au bois Dormant, Kitri ou fée clochette.
Il est des danseuses qui ont un don. Il en est d’autres, comme Kana, qui n’en ont pas. Aux yeux de ses professeurs, elle n’est qu’une gamine ordinaire. Seulement, Kana a un avantage sur d’autres élèves, y compris sur Lisa, sa voisine : elle est passionnée. Elle a un grand sens de l’observation, et cherche tous les moyens de se perfectionner,en intégrant mieux la manière d’exécuter les pas, en compensant le fait qu’elle ne chausse encore que des demi-pointes (ce qui n’a pas que des inconvénients), en regardant des videos aussi, toujours pour des raisons techniques, non pour s’approprier le personnage, Kana y parvient très bien, même si elle n’est, au début qu’une souris parmi d’autres.
J’espère que le personnage de Kana pourra vivre sa passion de la danse jusqu’au bout – à voir dans le second tome, que je vais me procurer bientôt.

Love whispers, even in the rusted night

Présentation de l’éditeur :

Mayama et Yumi sont deux amis qui se connaissent depuis le collège. Séparés au moment de leur entrée au lycée, ceux-ci se retrouvent quelques années après par hasard. Alors que Mayama est à l’université, Yumi travaille dans un restaurant en tant que livreur. Malgré ces années passées sans donner de nouvelles, aucun n’a oublié l’autre, notamment Mayama qui a toujours été captivé par la joie de vivre apparente de Yumi. Désormais installé avec son petit ami, ce dernier semble cependant vouloir dissimuler certaines choses à Mayama, qui compte bien découvrir ce que cache le sourire de son ami « Derrière le masque que je te montre se cache un homme au sourire brisé qui espère qu’un jour, peut-être, il trouvera le bonheur ».

Merci à Babelio et aux éditions Taifu Comics pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce livre est à réserver à un public averti. Parfois, cet avertissement cache une histoire presque anodine, voire une bluette. Ce n’est pas le cas ici. Et j’ai bien du mal à recommander ce livre même s’il traite d’un sujet rarement évoqué : la violence conjugale dans les couples homosexuels.

Qui se soucie d’un homme qui arrive au travail avec des traces de coups, des bleus ? Pas grand monde, si ce n’est pour dire que cela risque de faire fuir la clientèle. Puis, c’est bien connu, les hommes sont bagarreurs, ils aiment à échanger des coups, et parfois, ou plutôt souvent, c’est Yumi qui en a les séquelles. Il n’est que Mayama pour se poser des questions, et forcer Yumi à y répondre.

Ils ont été amis, au collège. Déjà à cette époque, comme le montreront des retours en arrière, il y avait des choses qui n’allaient pas dans la vie de Yumi.  Plutôt que de savoir pourquoi son petit ami Kan est devenu violent depuis qu’il travaille (encore qu’une critique du monde du travail au Japon serait bienvenue), je me demande pour quelles raisons Yumi s’est mis à accepter cette violence quotidienne, pourquoi il a si peu d’estime de soi. Non, il n’attend pas non plus que Kan change, il reste, sans aucun espoir, si ce n’est que les bleus disparaissent vite ou qu’une mèche de cheveu parvienne à cacher sa cicatrice.

Les images sont crues, et même en noir et blanc, les chairs sanguinolentes se devinent. Les scènes de sexe ne sont pas en reste non plus – même si Yumi a eu du mal à accepter l’amour de Mayama, il n’a aucun mal à accepter ses faveurs. Un final assez fréquent dans ce genre de manga. S’il est une leçon à retenir, c’est que les victimes de violence s’en sortent pas toute seules. Dans un même genre, j’ai préféré Cut de Toko Kawai, qui est pour moi un modèle difficile à dépasser.

Asie2