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Les carnets retrouvés de Dang Thuy Tran (1968-1970)

Présentation (très complète)  de l’éditeur :

En 1966, Dang Thuy Tram s’engage comme volontaire pour participer à la lutte contre les Américains. Elle a 23 ans, elles est médecin et tient un journal de sa vie de guerre. Elle a en charge un hôpital de campagne dans la région de Quang Ngai. En juin 1970, l’hôpital est bombardé, Dang Thuy Tram et ses compagnons sont repérés par une patrouille américaine. Sa longue et périlleuse guerre prend fin, elle meurt touchée en plein front. Les deux carnets qui composent son journal sont retrouvés sur la piste par un agent des services secrets américains, échappent par miracle à la destruction et sont conservés dans un dépôt de l’armée américaine pendant 35 ans. Ce n’est qu’en 2005, à la suite d’une longue enquête et de hasards heureux, que les carnets sont enfin restitués à sa famille vietnamienne. Dang Thuy Tram devient une héroïne nationale. Ses cendres sont placées dans un mausolée.

Mon avis :

Nous connaissons tous des films, des séries télévisées, des romans, qui parlent de la guerre du Vietnam du point de vue américain. Des personnages bien connus de la littérature américaine sont des vétérans de la guerre du Vietnam et en conservent les traumatismes. Mais pouvez-vous me citer un film, une série télévisée, un roman qui nous montre la guerre du point de vue des vietnamiens ?

Ce livre est un document unique parce qu’il n’est pas un roman, mais les carnets d’une jeune doctoresse vietnamienne, engagée volontaire, morte en 1970. C’est une lapalissade de dire que ces carnets n’étaient pas destinés à être publiés, et que la jeune femme écrivait avant tout pour elle, pour sa famille aussi. Elle y parle donc de ses sentiments amoureux pour M, de la complexité de leurs relations, de ses amitiés avec ceux qu’elle rencontre, de sa difficulté à intégrer le parti communiste. Elle relève même dans son carnet son évaluation par le parti. Comme il peut nous sembler lointain, pour nous, de France, en 2016, ce désir de se fondre ainsi dans une organisation. Comme cela peut nous sembler compliqué, ces relations sociales dans lesquelles les « grandes soeurs », ou  les « petits frères » sontsouvent évoqués, sans qu’un lien de parenté les sous-tendent.

Cequi dominent, cepenant, c’ela violence des combats, les conséquences, palpables, quotidiennes. Combien de fois Thuy devra-t-elle soigner un blessé, et ne pas parvenir à le sauver ? Combien de fois devra-t-elle pratiquer une amputation ? Je ne vous parle même pas de l’hôpital, qui sera attaqué à plusieurs reprises, et qui devra déménager, des villages, détruits. Il n’est pas de famille qui n’ait perdu au moins un des siens. Il n’est pas de famille qui ne se sente concernée directement par cette guerre qui se passe sur son territoire et n’ait envie de lutter contre les américains, malgré leur puissance de feu. Oui, certains faits ne sont pas faciles à lire, mais nier le caractère sanglant et dévastateur des combats n’est pas rendre service. Les guerres « sanitaires » n’existent pas, quoi que certains prétendent.

Les carnets retrouvés sont une oeuvre à lire pour ceux qui veulent en savoir plus sur la guerre du Vietnam.

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Quand on est jeune de Phan Thi Vang Anh

phantvaédition Philippe Picquier – 158 pages.

Présentation de l’éditeur :

Dans les histoires de Phan Thi Vang Anh, les émois de l »amour naissant ont la candeur et la fraîcheur des jeux d »enfants. Mais le ton n »est pas toujours aussi serein. Ses personnages, proches de l »adolescence, débusquent sans complaisance les tricheries, les mensonges et lâchetés des adultes. Tendus vers la connaissance des autres et de soi, il y a chez eux quelque chose de l »Antigone de Sophocle, un côté irréductible qui leur font préférer parfois la mort au compromis qu »impose la vie.

Mon avis :

Quand on est jeune est un recueil de quatorze nouvelles, qui dressent un portrait de la jeunesse vietnamienne actuelle. « Jeunesse » n’est pas un terme assez précis, il s’agit plutôt de jeunes filles, de jeunes femmes. Elles n’ont pas connu la guerre, ni les combats pour l’indépendance. Elles appartiennent à une génération coincée entre modernité et tradition.

« La mission sacro-sainte de la femme : attendre » pense Thao, l’héroïne de Kermesse, qui fait écho chez moi au « Attendre est une maladie. Une maladie mentale. Souvent féminine. » de Marie Darrieusseq dans Il faut beaucoup aimer les hommes. Autant dire que l’on est très loin des combats féministes occidentaux. Et pour une Mlle Thuong, qui vit comme elle l’entend, combien de An, qui pleure leur amour perdu (Dix jours) ou de Xuyên dont l’amoureux ne se décide pas entre elle et sa maîtresse officielle ? Parfois, j’aurai envie de dire à ses héroïnes que leur vie serait plus simple si elles osaient dire et faire vraiment ce qu’elles pensent, plutôt que de se fier aux conventions. Ainsi, l’héroïne d’Enfantillage ne voit pas le garçon qui est amoureux d’elle – parce qu’il ne correspond pas au conjoint idéal que la société lui prescrit.

Ces nouvelles sont courtes (dix à quinze pages) mais, contrairement aux nouvelles japonaises, elles nous racontent vraiment une histoire complète, des moments de vie, utilisant des procédés littéraires variés (retour en arrière, ellipse, changement de point de vue). Nous sommes projetés au milieu de la vie quotidienne vietnamienne, que les héroïnes soient étudiantes ou gagnent déjà leur vie. Moment d’intimité aussi, comme les fêtes de famille, ou la participation à un spectacle que seule la génération des parents comprend. J’ai ressenti des liens très fort entre les membres d’une même famille, beaucoup de tendresse et d’attention. Aussi, le choc est d’autant plus violent quand, dans la toute dernière nouvelle du recueil, l’héroïne découvre la liaison de son père avec une autre femme. Pas de cri, pas de larmes, non, un duel et un drame silencieux entre le père et la fille.

Quand on est jeune est un très beau recueil de nouvelles, que je recommande à tous les amateurs du genre et à tous ceux qui veulent en savoir plus sur la littérature asiatique.