Archive | juin 2019

Alfie Bloom, tome 3 : Alfie Bloom et la sorcière de l’île du démon de Gabrielle Kent

Présentation de l’éditeur :

Alfie va devoir entreprendre une quête périlleuse pour rencontrer la seule personne qui semble à même de l’aider : la sorcière du Rocher du démon.

Mon avis : 

Suite et fin de la saga mettant en scène Alfie et ses amis. Et quelle fin ! Dans ce tome, nous sommes vraiment immergés, avec beaucoup de plaisir, dans le monde de la magie, de manière crédible et construite.
Alfie pouvait imaginer vivre des vacances bien tranquilles, ou presque, avec ses cousins et sa meilleure amie. Certes, l’apprentissage de la magie, option druide n’est pas toujours de tout repos, elle est cependant moins facile quand il s’agit de se lancer dans une quête qui renvoie Alfie dans le passé, où sévit quelqu’un qui aurait dû être hors d’état de nuire. Comment faire quand la magie est là, en vous, et qu’elle a très envie de vous dominer ? Comment faire quand on se retrouve propulsé dans le passé, avec un ennemi qui n’hésite pas à jouer avec les plus grandes peurs de cette époque ? Puis, si Alfie peut bénéficier de l’aide et des savoirs de ses proches – certains maîtrisent mieux que lui certaines composantes du savoir druidique – il doit en revanche se passer de l’aide d’un proche, modèle « moyen de transport pratique ». Il doit aussi composer avec des alliés d’un genre nouveau, et s’adapter, cousins et amie compris, à la vie au moyen âge – pas forcément évident.
Mais le plus difficile est peut-être de mener à bien cette mission quand on doute, comme Alfie, de ses capacités. Il ne doute pas de ses proches, et ce n’est déjà pas si mal, finalement, parce qu’ils œuvrent ensemble.
Et la sorcière, me direz-vous ? Grâce à elle, nous sommes plongés dans un monde de légende et dans une profonde sérénité : elle est sûre d’elle, de ce qu’elle peut faire, de qui elle veut combattre.
Une très belle conclusion.

 

Comme une gazelle apprivoisée de Barbara Pym

Présentation de l’éditeur :

Le nouveau vicaire semblait être un jeune homme très convenable, mais quel dommage que l’on vît, dès qu’il s’asseyait, le bas de ses caleçons longs négligemment fourrés dans ses chaussettes ! Belinda l’avait déjà remarqué lors de leur première rencontre au presbytère la semaine précédente, et en avait été fort gênée. Peut-être Harriet pourrait-elle lui en toucher un mot ; avec ses manières enjouées et sa franchise, elle parvenait toujours mieux que la timide Belinda à expliquer aux gens ces petits détails embarrassants. Les sœurs Bede vivent une existence tranquille et prospère. Volubile et coquette, Harriet voue un culte sans limite aux nouveaux vicaires ; timide et rêveuse, Belinda nourrit une passion pour l’archidiacre Hoccleve. Mais le quotidien de ces demoiselles pourrait bien être chamboulé par la venue d’un fameux bibliothécaire et d’un évêque africain…

Merci à Netgalley et aux éditions Belfond pour ce partenariat.

Mon avis :

Vous allez découvrir, en ouvrant ce livre, un univers qui nous est totalement inconnu. Non, je ne vous parle pas de partir au bout du monde pour rencontrer une tribu jusque là coupée de la civilisation (encore que….), je vous propose de vous rendre dans un village anglais dans les années cinquante, et de découvrir les mœurs de ses habitants.

La vie y est réglée comme du papier à musique, et c’est à travers les yeux de Belinda Bede que nous la découvrons. Elles et sa soeur Harriet sont deux vieilles filles, et, chose surprenante pour la jeune génération qui pourrait découvrir ce livre, elles sont très heureuses de cette situation. L’une vit dans le souvenir d’un amour impossible, ou plutôt d’un amour qui n’a pas abouti. L’objet de son amour ? L’archidiacre du village – trente ans plus tôt, elle l’a aimé, oh ! chastement, comme une demoiselle de bonne famille peut aimer, et il lui a préféré Agatha, la fille d’un évêque, érudite, et grande experte dans la gestion de leur vie quotidienne. Harriet, elle, reçoit fréquemment la demande en mariage d’un comte italien de leurs amis, et tout aussi fréquemment, elle dit non : les soeurs Bede vieilliront ensemble.

Nous sommes dans une petite communauté, quasiment en vase clos, et rares sont les personnes qui font irruption dans ce village, où le qu’en-dira-t-on est une des préoccupations premières des habitants, ex-aequo avec les cancans. N’y a-t-il que moi pour penser que deux vieilles filles qui vivent ensemble et ne sont pas soeur, à savoir Edith et Connie, sont peut-être plus que des amies ? Sans doute suis-je la seule car personne n’y voit de malice, si ce n’est que leur bonne est bien à plaindre vu la frugalité de leur repas. Oui, dans ce village, on mange bien, on consacre d’ailleurs la majeure partie de la journée à préparer les repas, à penser au menu du prochain repas, et je ne vous parle même pas du thé qui est accompagné de nombreux gâteaux et autres scones. Ah, pardon, on me souffle dans l’oreillette que ce sont les bonnes qui préparent avant tout le repas, mais que les soeurs Bede se doivent d’être vigilantes malgré tout : un rosbif brûle si vite….

La vie du village est rythmée par les offices, tout comme celle de l’archidiacre l’est par l’écriture de ses sermons. Belinda est sensible aux respects des convenances – très sensible. Sa soeur, plus fantasque, soucieuse de se mettre en valeur, l’est un peu moins. Cependant, cela n’empêche pas Belinda et sa gentillesse, bien réelle, d’être sensible à ce que les gens font, et à ce qu’ils devraient faire – sans les juger, cependant. Elle s’interroge aussi, notamment sur la foultitude des bonnes oeuvres qui l’entourent, là où d’autres « foncent », tête baissée, pour le charme d’un ecclésiastique.

Oui, de nos jours, cela n’existe plus, ou pas vraiment. Des hommes charismatiques qui déplacent des foules, oui, qui les manipulent aussi. Des vicaires ou des évêques qui rencontrent dans de charmants villages les dames de la paroisse, rouages essentiels de la communauté, et leur dévouement à celle-ci, non. Sans doute parce que ces dames elles-mêmes n’existent plus. J’ai remarqué aussi qu’il n’était quasiment pas question d’enfants, on n’en croise pas dans ces villages – vu le nombre de vieux garçons et de vieilles filles, ce n’est pas si étonnant que cela. Il existe cependant une œuvre pour remettre les jeunes filles dans le droit chemin (pas les jeunes hommes) et Belinda, lucide, se dit qu’elle aurait été bien en peine de leur dire quoi que ce soit.

Un délicieux voyage dans une Angleterre disparue.

L’arrache-mots de Judith Bouilloc


Présentation de l’éditeur :

La jeune Iliade a un don merveilleux : le pouvoir de donner vie aux mots et aux histoires. Ce don fait d’elle la bibliothécaire la plus célèbre de tout le royaume d’Esmérie. Le matin où elle reçoit une demande en mariage presque anonyme, elle n’est sûre que d’une chose : son prétendant est un membre de la famille royale ! Bien décidée à comprendre qui s’intéresse à elle et surtout, pourquoi cette personne lui propose un contrat de mariage si avantageux, Iliade se rend dans la capitale. Là-bas, elle découvre les fastes de la cour… et la froideur de son fiancé. Pourtant, elle finit par s’attacher et à lui et se retrouve, bien malgré elle, propulsée au cœur d’intrigues et de complots auxquels rien ne la préparait.

Merci à Netgalley et aux éditions Hachette pour ce partenariat.

Mon avis :

L’arrache-mots est un livre heureux, qui joue avec les codes des contes de fées. Nous avons une jeune fille pas très riche, mais cultivée. Elle est étudie, vit dans un monde de lecture, un monde quasiment imaginaire et le sait – vivre au milieu des histoires des autres ne signifie pas perdre sa lucidité. Elle est consciente de son don extraodirinaire, celui de donner vie aux mots, surtout elle en fait profiter ses tout jeunes lecteurs. Comme dans un des contes qu’elle lit, elle a reçu une proposition de fiançailles d’un mystérieux prétendant, et l’a accepté. La voici donc précipitée à la cour, au centre d’un enjeu qu’elle ne soupçonne pas encore.
Cependant, je tiens à vous le dire tout de suite : Iliade (elle doit son prénom à la passion de son père pour les voyages et l’Odyssée) n’est pas une douce jeune fille qui attendait qu’un prince charmant la tire de sa condition. Elle a une soeur aînée, qui s’apprête à devenir la première femme avocate du pays, et deux petites soeurs dont elle tient à payer les études. Dans ce monde de la magie, elle a aussi une grand-mère qui brûle d’en découdre avec quiconque ferait du mal ou envisageait de faire du mal à sa petite-fille. Illiade est fiancée, oui, mais elle a pleinement conscience des termes du contrat dont elle a pris connaissance. De plus, elle est parfaitement libre de renoncer à ce mariage si elle le désire. Oui, je spoile un peu, parce que je pense à un roman qui se nomme Cinquante nuances, et dans lequel l’homme impose tout à la femme, qui… accepte. Ici, le fiancé mystérieux (dont je ne vous dévoilerai pas l’identité) et Illiade échangent, discutent réellement de ce qu’ils veulent pour leur vie qui sera commune (ou non). Illiade découvrira peu à peu qui est son fiancé – que connaissait déjà sa soeur aînée, sans se douter qu’il est le membre de la famille royale qui a fait sa demande anonymement. Elle est de plus capable de ne pas s’arrêter au qu’en-dira-t’on, de faire confiance à l’autre, et d’imposer ses idées. Oui, nous avons là une histoire entre deux êtres singuliers, aux projets de vie bien arrêtés – deux personnes pas si différentes, finalement.
Reste la vie à la cour – et ses intrigues. Ou comment une société peut se retrouver étroitement fermée sur elle-même. Ce n’est pas un hasard si La Fontaine et Racine se sont invités dans le récit, la cour n’est pas sans rappeler celle de Versailles. Si la construction de l’intrigue est serrée, elle se distingue par son dénouement : pour avancer, il est bon de pardonner, de se pardonner, de ne pas ignorer les liens que les autres veulent tisser, sans jamais croire pour autant que ce soit facile.
Une très belle histoire de mots.

Le chant des plaines de Kent Haruf

éditions Robert Laffont – 428 pages.

Présentation de l’éditeur :

Kent Haruf nous entraîne au cœur de cette Amérique profonde que l’on ne connaît pas assez.
Nous sommes dans un bled perdu du Colorado : dans le bruissement des éoliennes et le piétinement des troupeaux, des destins se croisent. Une lycéenne demi-indienne de dix-sept ans, enceinte d’un garçon parti sans laisser d’adresse, est jetée à la rue par sa mère. Un prof du lycée du coin tente de s’en sortir avec deux gamins sur les bras après la fuite de sa femme dépressive. Ce petit monde se retrouve bientôt dans la ferme des McPheron, deux vieux célibataires aux mains calleuses mais au cœur en or.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier le Picabo River Book Club et les éditions Robert Laffont grâce auxquels j’ai gagné ce livre.

C’est une histoire simple, finalement. Une histoire simple comme la vie qui passe, dans cette petite ville imaginaire du Colorado. Nous voici au coeur de l’Amérique que l’on voit peu, que l’on ne montre pas, celles des gens simples, qui vivent du mieux qu’ils peuvent, sans faire de bruits, sans chercher à faire parler d’eux. Des personnages ordinaires, saisis dans un long moment de leur vie. Prenez par exemple les frères Mc Pheron, Raymond et Harold. Orphelins trop tôt, ils ont toujours vécu dans leur ferme, se sont occupés de leur élevage, année après année, chaque jour rythmé par les soins à donner, les bêtes à vacciner, les veaux à mettre au monde. Ils sont généreux, pourtant, à leur manière discrète, comme lorsqu’ils donnent de l’argent aux deux fils de Tom Guthrie qui les ont aidés, à la hauteur de leur jeune âge, avec les bêtes. Ils vont faire bien plus que cela, en accueillant Victoria Roubideaux, une toute jeune fille, enceinte d’un garçon parti, comme ça, du jour au lendemain. Ne vous inquiétez pas, il ne lui est rien arrivé de grave. Simplement, il vit à Denvers, la grande ville, à la fois proche et lointaine. Pourquoi rester ? Pourquoi donner des nouvelles ?

Victoria, en tout cas, se retrouve seule. Oui, elle poursuit ses études – et il en faut, de la force, dans une petite ville où les commérages vont bon train. Elle n’a même pas pu compter sur le soutien de sa mère. Vous savez sans doute que j’adore ouvrir des parenthèses, faire de petites digressions – l’on oublie trop souvent que les mères célibataires, ou les filles-mères comme on les appelait souvent, suscitaient la réprobation, l’exclusion, y compris au sein de leur propre famille, alors que le géniteur était largement oublié, comme s’il n’était absolument pas responsable de ce qui s’était passé. Victoria peut compter sur l’aide, ferme et discrète, de Maggie, et des frères Mc Pheron, qui sont face à elle comme deux bons gros ours en train de s’occuper d’un ourson orphelin fragile et imprévisible.

Tout peut arriver dans une petite ville, les bonheurs, les conflits, les détresses aussi, comme celles de la femme de Tom Guthrie : la dépression n’épargne personne, et s’en sortir est compliqué, malgré tout l’amour et la bonne volonté des proches. Il est aussi difficile de définir le pourquoi de la dépression, et jamais l’auteur ne cherche à justifier, à condamner cette maladie qui a plongé dans l’ombre une femme, une mère, une soeur.

Ce n’est pas que l’écriture est simple, c’est qu’elle apparaît comme la douce mélodie des jours qui s’écoulent, les uns après les autres, saison après saison : nous sommes dans une petite ville, quasiment à la campagne, et l’on ressent bien le passage des saisons, l’automne, l’hiver. Une belle oeuvre, qui prend le temps de nous raconter les choses essentielles.

Évill Le Destin des Proscrits par Taï-Marc Le Thanh

Présentation de l’éditeur :

Évill, 14 ans, meurt dans une explosion. Il est immédiatement recueilli par Sidérius, un dieu chargé de l’amener, comme tous les défunts, sur la merveilleuse planète Ésiris. Mais au moment de franchir cette frontière, Évill fait soudainement marche arrière, saisi d’un sentiment instinctif de fuite. Il rejoint alors les « Proscrits », condamnés à survivre sur Terre à l’état de spectre. Le jeune garçon apprend qu’Ésiris n’a rien d’un paradis, mais tout d’une prison dorée gouvernée par des dieux tout-puissants qui veulent anéantir la Terre pour se nourrir de sa force. Forgés de courage et déterminés par une soif de liberté, les Proscrits vont tout faire pour contrer cette menace. Très vite, tous comprennent qu’Évill est l’Élu, et sans doute leur seule chance de sauver le monde du chaos.

Merci à Netgalley et aux éditions Didier Jeunesse pour leur confiance.

Mon avis :

Je découvre Taï-Marc Le Thanh avec ce livre. Je regrette de ne pas l’avoir découvert plus tôt.
J’ai aimé… tout, dans ce roman profondément émouvant, unique, singulier, qui mêle monde des morts et monde des vivants. J’ai aimé que l’attachement que les personnages ressentent les uns pour les autres, le lien particulier entre mère et enfant, même si certaines mères sont assez hors-norme, ce n’est pas June et Bébé Bob qui diront le contraire, ni Lafayette.
C’est un roman de littérature jeunesse sans joliesse, sans gentillesse, sans inutile précaution aussi. Les dieux ne reculent devant rien, et ne sont pas à quelques actes de cruauté près. Bref, un livre de littérature jeunesse qui ne prend pas ses jeunes lecteurs pour des idiots.
Je me suis laissée emporter par cet univers parfaitement construit, par cette plume, ce style singulier. Oui, Evill est l’élu qui doit sauver le monde, si ce n’est que la manière dont il accomplira sa mission est singulière, comme tout le reste.
Un coup de coeur, tout simplement.

Tarzan, poney méchant – Mon meilleur ennemi par Cécile Alix

Présentation de l’éditeur :

Tarzan, poney ronchon du club des Edelweiss, ne supporte personne : ni les moniteurs, ni Jeanne « la boulette », sa cavalière, ni même les autres poneys. Comme si ça ne suffisait pas, surgit dans sa vie Django la mouche, qui ne respecte ni son silence, ni son crottin !
Et si celui-là devenait son … meilleur ennemi ?

Mon avis :

Quelle joie de retrouver Tarzan ! Il a toujours aussi mauvais caractère, sa vie au centre équestre est toujours aussi douloureuse. C’est bien simple, il ne supporte toujours personne, sauf les chèvres qu’il va rejoindre quand il fugue. Je vous entends, cela ne compte pas, puisqu’elles ne vivent pas au centre équestre.

Alors que ce jour-là, tout avait presque bien commencé, voilà que Tarzan est embêté par … une mouche. Il fera tout pour s’en débarrasser, mais attention ! Pas touche à sa mouche, il ne faut pas exagérer. Etre tranquille est une chose, faire preuve de cruauté envers les animaux, même s’il s’agit d’une simple mouche, hors de question.

Tarzan se découvre des affinités avec cet insecte insupportable, capable de se fourrer dans les pires situations – comme un certain Tarzan, me direz-vous – et forcément attachant. Ce livre est drôle, rempli de rebondissements, de situations cocasses, et de remarques pleines de bon sens. A déguster !

La meilleure façon de se débarrasser d’un casse-sabot, c’est de faire comme s’il n’existait pas.

D’Elizabeth à Teresa de Marian Izaguirre

Présentation de l’éditeur :

La mystérieuse Teresa Mendieta, gérante d’un hôtel situé sur la Costa Brava, a disparu sans laisser de traces. Philippe, son ancien maître d’escrime, tente désespérément de la retrouver et interroge ses proches, tissant au fil des témoignages le portrait d’une femme complexe.
Sa disparition pourrait-elle être liée au passé de l’hôtel et de ses premiers habitants ? Car Teresa a précieusement gardé un journal intime rédigé sous forme de lettres, celui d’Elizabeth Babel, une jeune anglaise muette et isolée, qui habita dans le même lieu cent ans plus tôt. Malgré le siècle qui les sépare, plusieurs secrets et expériences communes semblent étrangement unir les deux femmes…
Véritable hommage au pouvoir de l’écriture et de la transmission, D’Elizabeth à Teresa entremêle les destinées de deux personnages féminins inoubliables.

Merci à Netgalley et aux éditions Les escalles pour ce partenariat.

Mon avis :

Je serai presque rapide, je n’ai pas aimé ce livre parce que je n’ai pas aimé le destin de ses deux héroïnes. Simple et efficace manière d’écrire un avis. Je reconnais aussi que, si j’ai lu ce roman en deux sessions, il faut vraiment rester toujours concentré tant il est parfois difficile de savoir qui parle, ou à quelle époque nous nous situons. Et je ne parle même pas de la durée de l’action, qu’il est parfois difficile d’évaluer.

Prenons par exemple Elizabeth – la première par ordre chronologique, la seconde par sa place dans le récit. Elle est sourde, et à cette époque, la surdi-mutité n’était pas accompagnée, mais alors pas du tout de la même manière. Pourtant, l’on pressent que la vie d’Elizabeth aurait pu être différente, si elle avait intégrée la bonne école plus tôt, si elle avait appris la langue des signes – ou plutôt, si on lui avait fait intégrer cette école, si on lui avait fait apprendre cette langue. A la mort de son père, sa mère se remarie, et si son beau-père prend soin d’elle, dans cette famille recomposée (mot qui n’était pas employé à l’époque, il était cependant coutumier de voir des veufs, des veuves se remarier rapidement pour la sécurité de leurs enfants), elle se retrouve assez vite isolée, écrivant pour se faire comprendre, s’écrivant à elle-même pour conserver des faits marquants de sa vie. Elle ne s’invente même pas une amie imaginaire, amie qu’elle n’a jamais eu, sauf peut-être Gertrude, la fille de son beau-père, pendant un temps assez bref. L’attitude des autres, à cause de sa surdité, est révoltante. J’ai envie de dire : « point », parce qu’elle-même laisse passer les occasions de se révolter, d’écrire ce qu’elle pense. A travers elle, nous voyons, de loin, de très loin, la première guerre mondiale, puis la guerre d’Espagne, et à force de mettre de la distance avec les gens, avec le monde, je me suis aussi sentie d’être distante avec elle.

Pour Teresa, je serai presque tentée de dire : « même combat ». Teresa est « mystérieuse », nous dit le quatrième de couverture. Pas tant que cela. Son destin, après le premier tiers du livre, est reconstitué par son maître d’armes français. Au passage, je tiens à dire que je ne connais pas la ville de Perpignan, je n’y suis jamais allée, mais la vision qui est donnée de cette ville est pour le moins pessimiste. Pour revenir à Teresa, elle cache des choses, oui, mais sa « vie » sentimentale, sans attache, n’est pas un mystère, presque pas du moins, elle qui traverse la frontière pour retrouver son amant, marié. Enfant, elle a grandi auprès d’une mère qui ne pensait qu’à elle-même, négligeant sa fille, mais refusant que son père s’en occupe. Aurait-il fait mieux ? Disons qu’il aurait fait différemment. Teresa, en tout cas, sera stigmatisée du simple fait qu’elle est la fille de sa mère.

Je pourrai disserter, presque sans fin, pour savoir si Teresa et Elizabeth sont vraiment connectées. Est-ce vraiment utile de l’affirmer ? Ce qui est sûr est que Teresa, seule, sans mère pour sa soutenir, avec des proches que j’ai parfois trouvés franchement indiscrets (bienvenue dans l’obscurantisme), sans amis, met ses pas dans ceux d’Elizabeth, la seule personne qui lui parle, même si c’est à des décennies de distance.

A vous de voir si vous souhaitez vous laisser tenter.