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Joseph et Matthew Reavley, tome 2 : Le temps des armes d’Anne Perry

édition 10/18 – 384 pages

Présentation de l’éditeur :

En 1915, la guerre s’embourbe dans les tranchées, plongeant des millions d’hommes dans un cauchemar quotidien. Depuis que leurs parents ont été assassinés, victimes d’un odieux complot politique, les membres de la famille Reavley ont chacun un rôle à jouer au coeur du conflit. Tandis qu’en Angleterre, Matthew, espion des services secrets, suit la piste semée de secrets d’Etat du commanditaire de la mort de ses parents, surnommé le Pacificateur, Joseph, son frère, aumônier dans les tranchées des Flandres et sa soeur, la rebelle Judith, volontaire sur le front, enquêtent sur l’assassinat d’un correspondant de guerre qui semblait lui aussi avoir beaucoup de choses à cacher… Après ‘Avant la tourmente’, la reine du polar livre le second volet des aventures de la famille Reavley pendant la Grande Guerre. De la tranquillité bucolique des campagnes anglaises à l’horreur des tranchées, Anne Perry compose avec brio une grande épopée historique et humaine.

Mon avis :

J’ai lu le premier tome en juin 2012 : il s’en est passé des choses depuis (pensées pour mon changement de plateforme en septembre 2012 et pour octobre 2012). Je remets ma critique de l’époque du tome 1  » Je l’invite, tu m’invites, je te rends ta tasse de thé, tu me rends ta tasse de thé, et nous finissons noyés dans le thé. Argh ! C’est plus fort que moi, je craque ! Trois mois après sa lecture, il ne reste que ce sentiment diffus : l’abus de tasse de thé nuit gravement à la santé livresque. Oui, la famille Reavley est sympathique, elle n’a cependant pas le charisme de Thomas Pitt ou d’Hester Latterly (je n’aime pas Monk, j’adore Hester). Je lirai leurs aventures, en dilettante. C’est tout de même fou pour moi de ne pas réellement m’intéresser à un roman qui se passe pendant la première guerre mondiale, alors que cette période historique a une importance capitale pour moi. La cause en est à chercher dans le fait que les personnages ne croient pas qu’une guerre de cette ampleur puisse survenir – les anglais, sur leur île, sont à l’abri, et bien à l’écart de ce qui pourrait survenir sur le continent (à mon avis, vous devez ressentir une pointe d’exaspération dans mon propos). La famille Reavley est sympathique, et c’est tout. Leurs rôles sont pour l’instant trop bien définis, le professeur, l’agent de renseignement, la digne mère au foyer, la jeune fille qui se cherche, pour que je me passionne davantage. En dépit de la mort tragique de leurs parents et de la mort de Sebastian, étudiant préféré de Joseph, le ciel m’a paru toujours bleu au-dessus de leur tête. Et leur théière toujours pleine. Mais non, je ne suis pas profondément injuste avec ce livre,seulement, si je l’avais réellement apprécié, croyez-vous que j’aurai attendu autant de temps pour le chroniquer ? Non. Si je l’avais franchement détesté, non plus. A bientôt pour un nouveau roman de la série Thomas Pitt. »

Je peux dire que j’ai tenu parole pour le dilettantisme, moi qui ai mis huit ans entre les deux lectures (et qui ai mis le tome 3 sur ma table de chevet, pour être sûre de le lire prochainement). Beaucoup de choses ont changé depuis le tome 1. Déjà, l’Angleterre est rentrée en guerre et c’est en Flandre que nous retrouvons Joseph : il n’est plus professeur, il est aumônier, et n’hésite pas à aller dans les tranchées pour aller chercher les blessés, les morts. Il doute. Il doute de sa capacité à consoler, à répondre aux interrogations des soldats, à trouver les mots justes quand il doit annoncer qu’un mari, qu’un frère, qu’un fils est mort. Ne pas révéler les circonstances, parce qu’elles sont atroces, toujours. Ce qui est important, c’est la fraternité qui est né dans les tranchées. Les soldats savent qu’ils peuvent compter en dépit des rats, des obus, des tirs de fusils, des éboulements, des gaz, les uns sur les autres. Des regrets aussi, parce que certains se rendent compte que les petites querelles qui ont pu les séparer étant enfants n’ont plus de sens alors que la mort est si près. Oui, cette première année dans les tranchées est difficile pour Joseph, qui devra, en plus, accepter une mission pour aider son frère qui l’emmènera loin de la Flandre, mais non loin de la guerre : elle est déjà mondiale.

Matthew est toujours agent de renseignement et à ce titre, il n’est pas au front. Il n’est pourtant pas inactif : il cherche toujours qui peut être le Pacificateur. Pour lui comme pour les autres membres de sa famille, le chagrin est toujours vif, doublé de la nécessité de mettre hors d’état de nuire le commanditaire du double meurtre de leurs parents. Oui, le Pacificateur veut la paix, mais à quel prix ? Oui, la première guerre mondiale a été une boucherie, oui, elle a causé d’énormes dégâts, désastre, catastrophe, en France, en Belgique, en Angleterre et en Allemagne aussi – Joseph, les soldats qui sont avec lui n’oublient pas que les Allemands qu’ils tuent, les Allemands qu’ils blessent, qu’ils font prisonniers, sont des hommes, comme eux.

L’enquête des frères Reavley progresse-t-elle ? Oui, et non. Le Pacificateur semble avoir quelques longueurs d’avance de par sa position sur eux, et sans connaître son identité, nous sommes parfois avec lui, nous voyons ce qu’il projette, et nous savons que certains de ses plans peuvent parfaitement réussir. L’interrogation qui se pose pour nous est de savoir jusqu’à quand il agira.

Les soeurs Mitford enquêtent : Un parfum de scandale de Jessica Fellowes

Présentation de l’éditeur :

1930. Diana Mitford et son époux, Bryan Guinness, mènent une vie flamboyante d’une capitale à l’autre, quand, à Paris, l’un des amis de Diana succombe brutalement d’une allergie. Une fin tragique, absurde, mais accidentelle.
Louisa Cannon, ancienne chaperon et confidente des soeurs Mitford, n’est pourtant pas de cet avis. Elle soupçonne un lien avec le scandale ayant éclaboussé la famille Guinness deux ans plus tôt, lorsque l’une de leurs domestiques était passée à travers une lucarne – et morte sur le coup – sous les yeux de toute la haute société anglaise. Un malheureux accident, là encore, un de trop peut-être dans l’entourage du couple…

Mon avis :

Il est toujours ennuyeux de dire que l’on a pas aimé un livre reçu en partenariat, et pourtant, je me suis beaucoup ennuyée à sa lecture. Pour moi qui suis une grande dévoreuse de livres, je peinais à avancer, laissant le livre au bout d’une page, le reprenant, m’astreignant à avancer davantage dans ma lecture. Jusqu’à la moitié du livre, j’avais vraiment l’impression qu’il ne se passait pas grand chose, ou plutôt qu’ils se passaient tout de même des événements, mais que personne ne semblait véritablement géné par les morts qui, malgré tout, s’accumulaient.

Le premier souci reste pour moi le titre : les soeurs Mitford n’enquêtent pas, c’est Louisa, leur ancienne bonne d’enfants devenue domestique au service exclusif de Diana, désormais mariée, qui enquête. Les soeurs Mitford apparaissent d’ailleurs comme fort peu sympathique dans cet opus (je ne sais pas ce qu’il en est dans les deux précédents) mis à part Pamela, qui n’a pas le rôle principal : elles sont toutes entières tournées vers les mondanités. Diana en particulier pense plus particulièrement à la soirée à laquelle elle ira, craint particulièrement d’en manquer une, n’hésite pas à sortir sans son mari – tant qu’elle a un chaperon – va chez les couturiers, passe beaucoup de temps à choisir les accessoires indispensables pour sa robe (et la liste est longue). Elle va à Londres, puis dans sa maison de campagne, se rend à Venise. La préoccupation majeure de ses mondains de l’entre-deux-guerre est d’éviter, voire d’étouffer le scandale. Une servante meurt, en tombant du plafond ? C’est un accident, n’allons pas plus loin. Un mondain, après une soirée de beuverie, meurt ? Réaction allergique, voyons ! Pas d’autopsie, on pourrait découvrir qu’il se droguait – et qu’est-ce que cela changerait ? Une actrice prometteuse succombe à son tour ? Pas d’autopsie non plus, ménageons la famille – sauf que, à la moitié du roman, la famille réagit, elle, et demande une autopsie, c’est enfin le début de l’intrigue. Elle reste cependant assez lente à se développer, la vie privée des personnages, ce qu’ils cherchent à cacher, à eux-mêmes, aux autres, occupe plus d’importance que le récit policier lui-même. Et pourtant, Guy et Mary sont des policiers sympathiques, qui doivent faire avec les limites imposées par la place dans la société des personnes qu’ils doivent interroger, par les peurs de certains et par les réticences d’autres – comme si, finalement, le respect des apparences et des conventions, dans cette société qui veut pourtant évoluer, était plus important que tout.

Merci aux éditions Jean-Claude Lattès- Le Masque pour ce partenariat.

Un traitre à Kensington Palace d’Anne Perry

édition 10/18 – 384 pages

Présentation de l’éditeur :

Londres, 1899. Tandis que son règne touche à sa fin, la reine Victoria veut s’assurer que son héritier, le prince de Galles, mène une existence irréprochable. Elle charge son confident John Halbert d’enquêter sur l’entourage du Prince, en particulier le riche Alan Kendrick, flambeur et séducteur impénitent. Mais lorsque le corps de John est retrouvé flottant dans une barque sur la Serpentine, la Reine n’a d’autre choix que de convoquer Thomas Pitt à Buckingham Palace pour lui confier une mission secrète : enquêter sur les circonstances douteuses de cette mort que tout le monde croit accidentelle.

Mon avis :

Le livre m’a été offert par une amie. C’était la première enquête de Pitt qu’elle lisait, c’est aussi sa dernière puisque, dans le tome suivant, c’est son fils Daniel qui est le personnage principal. Elle m’avait dit en me le donnant : « je ne te raconte pas la fin, mais tu verras, elle est bien ». Je confirme, elle est bien, et elle clôture avec émotion les trente-deux enquêtes de Thomas et Charlotte Pitt – ne pas oublier le « et ».

Nous sommes en 1899 : la reine Victoria est fatiguée. Elle a perdu deux de ses enfants (Alice et Léopold), elle est veuve, et le poids du royaume, de l’empire pèse sur elle. Surtout, elle est inquiète pour son fils aîné, le futur roi, dont la vie n’a pas été de tout repos – femme, femme, et encore femme, mais pas la sienne. Aussi, elle est très inquiète pour lui, elle craint qu’il soit mal entouré, que des personnes profitent de lui. Elle sait l’empire fragile. Aussi demande-t-elle au chef de la Special Branch d’enquêter, sur un proche de son fils, Alan Kendrick, mais aussi sur la mort de la personne qu’elle avait déjà chargé d’enquêter sur Kendrick. Le titre anglais (Murder on the Serpentine) était à mon sens plus évocateur – en français, on sait d’entrée de jeu que l’on trouvera un traitre, et l’on se doute un tout petit peu de qui il s’agit. Pitt, lui, est seul, quasiment. Certes, il peut compter sur son adjoint de longue date, mais il ne peut s’appuyer ni sur Narraway, ni sur Vespasia, qui sont tous les deux en voyage en Europe. Il aurait bien besoin de l’expérience du terrain de l’un, des contacts mondains de l’autre. Surtout, il découvre profondément l’envers du renseignement dans cette enquête – ou comment il faut parfois se servir de renseignements que l’on possède sur quelqu’un pour obtenir ce qui est nécessaire à sa propre enquête, à la sûreté du pays. Oui, Pitt s’interroge toujours sur la nécessité d’utiliser ses renseignements, sur le fait que, lui aussi, ses enfants pourraient, s’il n’y prenait garde, devenir à son tour une cible.

Plus que protéger le prince héritier, qui sera bientôt son roi, il s’agit pour Thomas Pitt d’empêcher une nouvelle guerre avec les Boers, épisode qu’en France nous connaissons peu, voire pas du tout. Pourtant, le souvenir en Angleterre est encore vif en 1899 (elle s’est terminée 18 ans plus tôt) et la seconde guerre ne tardera pas à éclater – et elle fut atroce, et pas seulement pour le camp anglais dont nous suivons le point de vue. Les enjeux ? Économiques, comme toujours. Ne changeons pas un motif de guerre qui a fait ses preuves.

J’ai insisté plus haut sur le « et » : déjà vingt ans que Charlotte et Thomas sont mariés, et Thomas, comme Charlotte, regrettent qu’ils ne leur soient plus possibles d’enquêter ensemble. Thomas se doit de garder le secret, et ce n’est pas facile pour lui, et ce n’est pas sans créer des tensions, aussi. Il se pose aussi la question du vieillissement, moins pour Charlotte que pour sa soeur Emily, pour des femmes du monde qui ont du mal à accepter de ne plus être aussi séduisantes, attirantes, charmantes, de perdre, finalement, leur place au milieu des mondanités.  Ces même femmes ont soif de liberté et se réunissent dans le but d’obtenir elles aussi des changements. Pourquoi pas le droit de vote ? Oui, pourquoi pas – et le club de compter un nouveau membre en la personne de Charlotte, qui dit ce qu’elle a à dire, et n’hésite pas à soutenir celle(s) qui en a besoin – la calomnie n’épargne personne. Il est difficile de lui résister, comme le verra Thomas au cours de sa propre enquête.

Une belle conclusion pour trente-deux enquêtes.

Les carnets de Max Libermann, tome 2 : Du sang sur Vienne de Frank Tallis

Présentation de l’éditeur :

En plein cœur de l’hiver sibérien de 1902, un serial killer entame une déconcertante campagne de meurtres dans la ville de Vienne. Mutilations obscènes et penchant pour les symboles ésotériques en sont les principales caractéristiques.

L’enquête mène l’inspecteur Oskar Rheinhardt et son ami le psychiatre Max Liebermann au sein des sociétés secrètes de Vienne – le monde ténébreux des érudits littéraires allemands, des théoriciens et des scientifiques adeptes des nouvelles théories évolutionnistes venues d’Angleterre.

Au premier abord, le comportement énigmatique du tueur demeure imperméable à toute interprétation psychanalytique…

Mais il devient peu à peu évident pour Max qu’un raisonnement cruel et invraisemblable guide les actes de ce dernier.

Mon avis ;

Ce livre était dans ma PAL depuis au moins six ans, comme le tome 1 (et le 3, le 4… qui suivront sans doute très vite).
L’enquête, et pourtant, elle est là, et bien là, comme comme dans le premier tome. Oskar et Max ont bien l’intention de faire toute la lumière sur ce qui s’est passé, et ils y arrivent. Plus que l’enquête, ce qui compte à mes yeux est l’exploration de cette société d’avant la première guerre mondiale, cette société où l’antisémitisme ne gène presque pas, où la thérapie par la parole n’en est qu’à ses premiers mots, où les militaires jouissent d’un très grand prestige. Pour faire court, ils ont à peu près tous les droits, et les prennent. Ils font aussi rêver certaines jeunes filles – les uniformes, les grades, la raideur qui passent pour de l’élégance – qui se voient très bien à leur bras, pour ne pas dire mariées avec eux. Oui, j’insiste, ils ont tous les droits, y compris celui de provoquer des duels, de provoquer en duel, pour un oui, pour un non – sachant qu’ils sont quasiment sûrs de vaincre, eux qui manient les armes à longueur de journée. Meurtre autorisé.
Alors, à côté de cela, un serial killer… c’est presque exotique, pour cette époque. Presque, il faut cependant trouver, après avoir subi les conséquences, les causes de tels comportements, pour que le tueur cesse de nuire. Aujourd’hui comme hier, ce n’est pas facile, mais, je le redis, Oskar et Max ne cesseront pas d’enquêter.
Une série que j’apprécie toujours autant.

 

Lisson grove d’Anne Perry

Présentation de l’éditeur :

Un vent révolutionnaire souffle sur Londres : certains groupes d’anarchistes semblent déterminés à faire trembler la Couronne, et ce malgré la vigilance de Thomas Pitt et celle de son supérieur à la Special Branch, Victor Narraway.
À Londres, Victor Narraway, victime d’un piège, est démis de ses fonctions.
N’écoutant que son courage, Charlotte décide de lui venir en aide et de l’accompagner à Dublin, où les rancunes contre les Anglais et le chef de la Special Branch en particulier sont extrêmement vivaces. de salles de théâtre en salons de thé, Charlotte va découvrir que la bonne société irlandaise de cette fin de XIXe siècle n’a rien à envier à l’Angleterre en matière de mensonges et de faux-semblants…

Mon avis :

A Londres, rien ne va ou presque. Thomas Pitt doit recevoir des informations importantes de la part d’un indicateur, au sujet d’un attentat anarchiste. Et là, c’est l’accident : leur informateur est assassiné. La poursuite de son assassin mèneront Pitt et Grover, son adjoint, jusqu’en France, à Saint-Malo pour être précise.
Et là, plus rien si j’ose dire, plus rien pendant un certain temps du côté de la petite Bretagne : nous retournons en Grande-Bretagne où Victor Narraway informe Charlotte de ce qui est arrivé à Thomas. Puis, tout s’accélère : Victor est mis à pied, il lui est interdit de retourner à la Special Branch, il est soupçonné ni plus ni moins d’être un traitre. Comme par hasard, l’un des seuls homme en qui il a confiance est loin. Pire : Thomas est privé de l’appui de Narraway,et ne sait absolument pas ce qui s’est passé en Angleterre. Oui, cela sent le pièce à plein nez. Qui a intérêt à neutraliser Narraway, et pourquoi ?
La première piste est à chercher dans le passé de Victor, passé qui, ont s’en doute, est particulièrement chargé, et pas toujours racontable pour cause de secrets d’état. Elle le mène, lui et Charlotte, en Irlande, nation qui réclamait à corps et à cri son indépendance, et qui était prêt à tout pour l’obtenir, y compris la violence. Non, Victor ne regrette pas ce qu’il a fait vingt ans plus tôt. Personne n’a oublié cependant, et tous lui en veulent encore, simplement certains ne le montrent pas ouvertement. Qui avait raison, qui avait tort à l’époque ? Le vrai coupable a-t-il été arrêté et condamné, ou certains faits auraient-ils été passé sous silence ? La logique de Victor a été celle d’un agent anglais qui voulait éviter le plus de morts possibles, et s’il a manipulé, il n’a pas été le seul à utiliser cette technique : ne regrette de l’avoir fait que ceux qui n’ont pas obtenu ce qu’ils voulaient. Pour ma part, j’affiche des regrets pour ceux que l’on nomme les « dommages collatéraux », à savoir les enfants, qui n’ont rien demandé et subissent quand même. Charlotte, elle, a pris soin avant de quitter Londres de confier ses enfants à des personnes en qui elle a confiance, ou dont une autre (la regrettée Gracie, désormais mariée) se porte garant. Tous les parents n’ont pas pensé à ce qu’il adviendrait de leur enfant s’ils décédaient, ce qui est possible quand on tente une action violente.
Et l’on finit par retrouver Thomas qui tourne en rond sur les ramparts de Saint-Malo. Il se questionne beaucoup. Il se questionne tellement qu’il a soudain une illumination, qui l’amène à rentrer en Angleterre, provoquant le chaos, découvrant la catastrophe : ce qui se passe en Angleterre, les causes du complot contre Narraway, sont bien plus complexes, les conséquences, plus graves.
Je pourrai terminer en vous disant que c’est un très bon roman historique. Je vous dirai plutôt que cela faisait bien longtemps que je n’avais lu un roman de la série Thomas et Charlotte Pitt.

 

La chasse sauvage de Laetitia Bourgeois

Edition 10/18 – 312 pages

Présentation de l’éditeur :

Des cavaliers masqués sèment la tourmente au Val d’Amblavès, durant le mois de la Fête des morts. Barthélemy, le bayle du lieu, a-t-il affaire à des brigands ou pire encore ?
La fièvre gagne les villageois et les vieilles superstitions resurgissent du passé, laissant le champ libre à l’imagination. Qui sont vraiment ceux que l’on nomme désormais les Écorcheurs ? Car dans ce Moyen Age du XIVe siècle, une seule chose est capable de faire perdre la tête aux gens : la sorcellerie.

Préambule : avoir le tome 1 et le tome 4 à la bibliothèque. Logique.

Mon avis :

J’ai lu ce quatrième tome en étant immédiatement plongée dans le roman, dans ce moyen-âge du Val d’Amblavès. Barthélémy est toujours bayle, mais pas dans le Gévaudan dont il a dû partir dans le premier tome de ses enquêtes, et Ysabellis, sa femme, exerce toujours ses talents de guérisseuse. Dès le début du  livre, elle a accompagné une jeune femme lors de son accouchement, et veille sur les suites de ses couches, ainsi que sur son bébé : elle sait qu’il faut bien peu pour emporter une mère, son enfant, ou les deux en même temps.

Surtout, la scène initiale était saisissante. Non, ce ne sont pas des routiers, ce ne sont pas des soldats, c’est une bande de malfrats bientôt surnommés les écorcheurs qui met littéralement à sac une maison, frappant femme et fillette, massacrant quelques bêtes pour le plaisir. Quelques temps plus tôt, une bande avait été arrêtée, leur chef pendu, et il semble être rené de leurs cendres – en pire.

Oui, Barthélémy doit les retrouver, non seulement afin que leurs agissements cessent, mais aussi pour que tous les racontars, toutes les peurs autour de ces événements s’arrêtent. A cette époque où l’on vit avec la mort, les morts, où l’on cherche à savoir si les défunts sont apaisés, ou non, où la fête des morts est une véritable fête, les peurs sont grandes, la croyance en la sorcellerie aussi.

Puis un meurtre est commis – et peu importe pour moi que la victime trafiquait un peu, s’intéressait d’un peu trop près à la femme d’un autre (elle était consentante), ce qu’il a fait avant de mourir (tenter de porter secours à son mulet de tête, celui qu’il préférait) rend cet homme particulièrement touchant. Son apprenti, porté disparu, est tout aussi sensible, comme le montre le portrait qu’en dresse tous ceux qui l’ont connu. Autant dire que Barthélémy croit peu en ses chances de le retrouver vivant. Il peut cependant compter, encore et toujours, sur Ysabellis, qui peut plus facilement parler avec villageois, découvrir aussi des faits auxquels personne n’a fait attention : ce n’est pas d’aujourd’hui que certains sont laissés à l’écart, trop vieux, sans famille, trop différents, comme si avoir réussi à survivre était louche. Ysabellis ne dit pas que la sorcellerie n’existe pas, bien au contraire, elle dit qu’elle sait se faire discrète. Pas inquiétant du tout.

La chasse sauvage – un roman qui m’a totalement emportée dans son univers.