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Les larmes de Marie-Antoinette de Juliette Benzoni

Présentation de l’éditeur :

Dans les jardins du château de Versailles, le vernissage de l’exposition  » Magie d’une reine « , consacrée à Marie-Antoinette, rassemble aristocrates et collectionneurs. Parmi les invités, Aldo Morosini, prince vénitien et antiquaire, attire tous les regards. Mais la somptueuse réception est bouleversée par un crime étrange : un homme s’effondre, un loup de carnaval en velours noir planté dans le dos à l’aide d’un poignard… La disparition de l’un des bijoux exposés, une larme de diamant, explique-t-elle ce meurtre ? Pourquoi l’assassin signe-t-il ses forfaits  » le Vengeur de la Reine  » ? Pressentant que le destin tragique de Marie-Antoinette hante toujours les murs de Versailles, Morosini décide de mener l’enquête. Mais, alors que le mystère s’épaissit, les victimes continuent de tomber, comme sacrifiées au souvenir d’une reine qui déchaîna les passions..

Mon avis :

Je me suis laissée tenter en empruntant ce livre à la bibliothèque, parce que je n’avais pas lu de romans de Juliette Benzoni depuis très longtemps (plusieurs décennies ?) et parce qu’il était question de Marie-Antoinette. Autant vous le dire tout de suite, j’ai préféré lire Au service secret de Marie-Antoinette, tome 3 : La Mariée était en Rose Bertin de Frédéric Lenormand.

Ce qui m’a gêné, au tout début du roman, c’est que l’on e sait pas exactement quand se passe l’action – sas doute ceux qui ont lu les sept tomes précédents des aventures d’Aldo Morosini le savaient, mais pas moi, d’ailleurs, c’est par le plus grand des hasards que j’ai découvert que c’était le tome 8. Aldo Morosini est un personnage comme on n’en fait plus, du moins, je l’espère. Il est misogyne, regrette que sa femme, qui vient d’accoucher de leur troisième enfant, préfère allaiter plutôt que de le suivre dans ses aventures, il l’a déjà trompé deux fois et continuera sans doute. C’est un séducteur ! Traduction : un mufle.

Il est entouré d’une nuée d’amis, hommes ou femmes, qui le secondent dans ses enquêtes. Ils sont majoritairement sympathiques, et surtout très bavards. Le roman lui-même est très bavard, je ne compte plus les longues pages remplies de description, les dialogues, qui ne font pas progresser l’action, les quiproquos non plus.

Oui, l’on parle de Marie-Antoinette, de ses bijoux, entre thuriféraires absolus de la reine et détracteurs tout aussi absolus. Pas de juste milieu avec Marie-Antoinette : comme de son vivant, soit on l’aime, soit on la déteste, lui mettant tous les tourments du royaume de France sur le dos. L’on croisera aussi une ombre maléfique qui plane sur le destin d’une vivante, et un vivant qui ferait mieux de vivre avec son temps.

Bref, ce n’est pas ma meilleure lecture du mois.

 

Le nain noir de Walter Scott

Présentation de l’éditeur :
Au coeur des Highlands vit Elshie de Mucklestane, celui que l’on nomme aussi le nain noir.
Farouchement misanthrope, il effraie plus qu’il n’attire; ses traits et son caractère en font le sujet de toutes les rumeurs chez les paysans alentour. Vivant en ermite, il est affublé de curieux pouvoirs sur ces terres de légendes, de magie, mais aussi de superstitions… Brigands et malfaisants rôdent parfois en ces contrées sous des habits de noblesse, et le nain devra enfin sortir de son isolement pour affronter de sombres passions humaines.
Mon avis :
Je voulais lire Quentin Durward cette année, et finalement, j’ai lu Le nain noir. C’est une oeuvre plus courte, ce qui ne veut pas forcément dire que c’est une oeuvre facile.
Nous sommes au beau milieu d’une époque particulièrement superstitieuse, et Elsie s’est mis à l’écart de la société, préférant la compagnie de ses abeilles et de ses chèvres. Oui, parfois, l’on a recours à lui, parce qu’il est réputé guérisseur, parce que l’on dit qu’il commerce avec celui-que-l’on-ne-nomme-pas, même si ce n’est pas encore Voldemor à l’époque. Il est des personnes qui viennent le voir aussi pour se moquer de lui – croyant sans doute qu’il ne s’en apercevrait pas !
L’on vit pourtant des temps troublés en Ecosse, et un complot se fomente, complot qui implique des alliances, des trahisons, un mariage forcé, qu’il faudra beaucoup de courage pour empêcher. Il faut aussi beaucoup de courage pour ne pas céder à la tentation de la vengeance, et pourtant…. certains n’attendent que cela. Ainsi le père de Patrick Earnscliff a été assassiné, mais celui-ci ne souhaite pas se venger – parce que c’est un cycle sans fin. Pourtant, son ami, le bouillant fermier Hobbie Elliot, le presse de le faire. L’un comme l’autre devront pourtant affronter le pire dans ce roman, et devront faire face. Bien sûr, « le pire » a une définition différente pour certains, mais perdre sa ferme, ses bêtes, voir sa grand-mère, ses trois soeurs et ses deux frères à la rue est tout de même un bon exemple de ce qui peut se faire de pire. Heureusement, le nain noir, tout misanthrope qu’il soit veille, tout comme il veillera sur Patrick Earnscliff et la jeune fille dont il est amoureux.
Le nain noir, un roman historique sur fond de période particulièrement troublée.

Le coiffeur frise toujours deux fois de Frédéric Lenormand

Présentation de l’éditeur :

À la Cour, le ministre des Finances Necker est au bord du burn-out depuis que son ami Champsecret, un riche banquier protestant, a été assassiné. Quelle aubaine pour Marie-Antoinette ! Enceinte et sous le charme de sa nouvelle amie, Gabrielle de Polignac, elle se désole de ne pouvoir dépenser à sa guise. Ni une ni deux, elle scelle un pacte avec le grand argentier de la couronne : en échange de son aide pour arrêter le meurtrier, il fermera les yeux sur ses dépenses faramineuses. Rose et Léonard commencent à enquêter, mais l’affaire n’est pas simple : un vol qui aurait mal tourné ? Un héritage convoité ? Les rumeurs vont bon train. Seuls indices : un oiseau noir à bec jaune mal poli et des sous-vêtements féminins… Entre chantage, luttes d’influences et crêpages de chignons, les intrépides détectives amateurs de Sa Majesté ne sont pas au bout de leurs peines.

Mon avis :

Si je devais mettre une étiquette à ce roman qui parle d’une reine qui a beaucoup souffert à cause de l’Etiquette, je dirai « roman historique policier humoristique ». Les enquêteurs ? Ce sont Rose et Léonard. Rose est la modiste de la reine, celle qui crée les tendances,  celle qui doit aussi, à la ville, veiller à être toujours payée pour les vêtements qui ont été confectionnés dans son atelier. Vaste tâche. Léonard est le coiffeur de la reine. Il a deux frères, qui travaillent avec lui. Il est également marié, il n’hésite pas à le répéter, et à répéter qu’il ne veut surtout pas voir/être vu avec sa femme – que personne ne connait, en fait. Ce sont eux qui enquêtent, pour le compte de la reine, et ils mettent autant d’entrain à se chamailler/déchirer/disputer qu’à tenter de résoudre l’enquête qui leur est confiée.

L’heure est en effet grave : un banquier a été assassiné. Un protestant. Or Necker, qui tient les cordons de la bourse du royaume, est protestant, et tient à ce que toute la lumière soit faite sur ce décès. Sinon ? Sinon, il ne desserrera pas les cordons de la bourse, et la reine Marie-Antoinette devra renoncer à ces futurs achats, notamment à ses projets à Trianon. C’est pour cette raison que Rose et Léonard devront enquêter. La reine ne peut pas tout faire ! Elle attend son premier enfant, et le roi ne peut rien lui refuser, tout comme elle ne peut rien refuser à Gabrielle de Polignac, sa nouvelle meilleure amie, qui a supplanté dans le coeur de la reine la douce mais terne princesse de Lamballe.

Je n’anticiperai pas, non sur l’histoire mais sur le fait que les jeunes années de la reine sont trop souvent oubliées, traitées rapidement dans beaucoup de ses biographie. Oui, ce n’en est pas une ici, cependant, j’ai trouvé le roman très bien documenté, sans que jamais cela ne soit lourd, ou ne gène la progression du récit. La reine vit sa vie, s’entoure de jeunes gens, de jeunes femmes, et se rend à peine compte, tant elle est occupée à s’amuser et à garder sa meilleure amie près d’elle qu’elle se crée des inimitiés durables à la cour. Elle est heureuse, cela lui suffit.

Et Rose et Léonard ? Ils enquêtent, vous dis-je, ils n’ont pas le choix ! Ils découvrent ainsi que la vie de cet austère banquier était bien plus mouvementée qu’il n’y paraissait. Les apparences sont trompeuses ! Il leur faut vraiment être très attentifs à tout ce qui les entoure, à tout ce qu’ils voient et ce qu’ils entendent, même si ce n’est pas toujours agréables. Les banquiers sont, de plus, très procéduriers, très attachés à remplir des papiers en tout genre, voire à tenter de les faire disparaître, si nécessaires. Rose et Léonard n’en auront que plus de mérites à démêler le vrai du faux.

Le coiffeur frise toujours deux fois ? Une enquête historique très plaisante à lire.

La valse de Méphisto de Frank Tallis

Présentation de l’éditeur :

À Vienne, en 1904, six ans après l’assassinat d’Élisabeth d’Autriche, on retrouve dans une fabrique de piano désaffectée le corps d’un homme tué par balle et défiguré à l’acide. Face à lui : trois autres sièges sont alignés comme pour mettre en scène un procès dont l’issue aurait été fatale. Quels étaient les occupants des fauteuils et pourquoi ont-ils prononcé ce jugement sans appel ? L’enquête de l’inspecteur Oskar Rheinhardt et de son fidèle ami le docteur Max Liebermann – psychiatre et disciple de Sigmund Freud – les conduira au sein du monde occulte des militants politiques extrémistes. Un milieu aux mœurs subversives, peuplé de bohèmes, d’utopistes et d’anarchistes. Parmi eux, le légendaire Méphistophélès semble prêt à tout pour accomplir l’idéal révolutionnaire.
Le duo mélomane sera-t-il assez rapide pour prévenir le pire ?

Mon avis :

La valse de Méphisto, roman paru en 2018 est le dernier roman, paru en date mettant en scène le duo Rheinhardt et Liebermann. La situation dans l’empire Austro-hongrois ne s’est pas amélioré, la révolte gronde, des attentats sont commis. L’antisémitisme est toujours bien présent. L’empereur trouve du réconfort, comme il le fait depuis des années, auprès de madame Schratt, actrice avec laquelle il prend le petit déjeuner tous les matins, actrice qui a la lourde tâche de le divertir.
Des meurtres sont commis aussi. Un homme est retrouvé assassiné et défiguré. La première tâche est de retrouver son identité, ce qui ne s’avère pas si aisé que cela. Cette recherche amène Rheinhardt à côtoyer ceux que l’on ne voit pas, ceux à qui l’on ne fait pas attention, à se rappeler aussi la chance que lui et sa famille ont de vivre protégés. Mais protégés jusqu’à quand ? L’enquête amène Rheinhardt à penser qu’un nouvel attentat pourrait être commis et le lance sur la piste de ce que l’on qualifierait aujourd’hui de « cellule terroriste ».
Le temps presse, parce que les adversaires sont habiles, déterminés. Contrairement à l’inspecteur, ils ne s’interrogent pas sur ce qu’il en coûte en vie humaine, tant que leur but est atteint. Et le temps presse, ce qui fait qu’Oskar n’a pas le temps d’approfondir les interrogatoires, de les questionner sur leur motivation, de les mettre face à leurs contradictions : il faut connaître où et quand aura lieu le prochain attentat. La mort de l’impératrice Elisabeth est encore dans toutes les mémoires. Oskar paiera de sa personne dans cette enquête, un de ses hommes également. Etre policier, c’est s’exposer à la violence pour que d’autres n’aient pas à la subir, et c’est en pensant aux siens, à ceux qui ne peuvent se défendre, à ceux qui ne pensent pas, d’ailleurs, que la menace plane sur eux, qu’il avance et qu’il agit.
Et Liebermann ? J’ai eu l’impression qu’il était un peu en retrait dans cette enquête, dans laquelle on n’a pas vraiment le temps de la réflexion, justement. Il est plus occupé et préoccupé par sa vie personnelle, qu’il s’agisse de sa relation avec Miss Amélia Lydgate ou de sa famille. Méphisto, leur mystérieux adversaire, dont le lecteur saura presque tout, occupe véritablement le devant de la scène, et ses coulisses.
Aurons-nous une suite ? Le volume précédent disait être le dernier, je pense cependant que ces deux enquêteurs, le contexte historique, offre encore de nombreuses possibilités créatives.

Joseph et Matthew Reavley, tome 4 : Les tranchées de la haine d’Anne Perry

éditions 10/18 – 414 pages

Présentation de l’éditeur (extraits) :

En cette fin de juillet 1917, le moral des troupes britanniques est au plus bas.rnL’aumônier Joseph Reavley tente difficilement de contenir le souffle de mutinerie qui se propage dans les tranchées d’Ypres, en France. Quand le major Northrup, commandant incompétent de sa section, est retrouvé assassiné, douze soldats sont arrêtés et c’est à Joseph qu’il incombe de découvrir la vérité sur leur prétendue culpabilité.

Mon avis :

J’ai toujours autant de mal avec cette série et je ne compte pas le nombre de pause que j’ai faites dans la lecture de ce quatrième tome, au quatrième de couverture trop bavard. Nous sommes en 1917, et les soldats n’en peuvent plus. Il suffirait d’un rien pour que tout explose, et ce pourrait être la nomination du major Northrup. Incompétent ? Oui. Il ne veut pas être épaulé par des hommes plus aguerris que lui, et envoie à la mort des hommes pour des motifs futiles. Sa mort ne dérange personne, et elle n’aurait dérangé personne si l’on n’avait découvert que c’était un meurtre – et si le général Northurp ne veut faire toute la lumière sur la mort de son fils unique.

Le temps de la guerre est toujours là, il se double du temps de l’enquête qui oppose Joseph à d’autres hommes, à sa soeur Judith aussi – pour un faible temps seulement. Les Reavley restent unis, parce qu’ils partagent, dans le fond, le même but et les mêmes convictions. Nous revoyons dans ce quatrième volume des personnages que l’on avait perdu de vue, nous retrouvons aussi des personnages « fil rouge » des précédentes enquêtes. Nous découvrons d’autres rouages de la guerre, et bien sûr, nous retrouvons toujours le Pacificateur. Et Matthew ? Il croyait enfin en avoir fini avec cette affaire, et il se rend compte qu’il n’en est rien, et qu’il est lui-même en danger. Il suffit de peu de choses pour ruiner une carrière, dans une société anglaise hautement pudibonde. Il suffit de peu de choses pour perdre la vie.

Plus qu’un tome… pour savoir non si le Pacificateur sera démasqué, mais comment il sera démasqué.

Joseph et Matthew Reavley, tome 2 : Le temps des armes d’Anne Perry

édition 10/18 – 384 pages

Présentation de l’éditeur :

En 1915, la guerre s’embourbe dans les tranchées, plongeant des millions d’hommes dans un cauchemar quotidien. Depuis que leurs parents ont été assassinés, victimes d’un odieux complot politique, les membres de la famille Reavley ont chacun un rôle à jouer au coeur du conflit. Tandis qu’en Angleterre, Matthew, espion des services secrets, suit la piste semée de secrets d’Etat du commanditaire de la mort de ses parents, surnommé le Pacificateur, Joseph, son frère, aumônier dans les tranchées des Flandres et sa soeur, la rebelle Judith, volontaire sur le front, enquêtent sur l’assassinat d’un correspondant de guerre qui semblait lui aussi avoir beaucoup de choses à cacher… Après ‘Avant la tourmente’, la reine du polar livre le second volet des aventures de la famille Reavley pendant la Grande Guerre. De la tranquillité bucolique des campagnes anglaises à l’horreur des tranchées, Anne Perry compose avec brio une grande épopée historique et humaine.

Mon avis :

J’ai lu le premier tome en juin 2012 : il s’en est passé des choses depuis (pensées pour mon changement de plateforme en septembre 2012 et pour octobre 2012). Je remets ma critique de l’époque du tome 1  » Je l’invite, tu m’invites, je te rends ta tasse de thé, tu me rends ta tasse de thé, et nous finissons noyés dans le thé. Argh ! C’est plus fort que moi, je craque ! Trois mois après sa lecture, il ne reste que ce sentiment diffus : l’abus de tasse de thé nuit gravement à la santé livresque. Oui, la famille Reavley est sympathique, elle n’a cependant pas le charisme de Thomas Pitt ou d’Hester Latterly (je n’aime pas Monk, j’adore Hester). Je lirai leurs aventures, en dilettante. C’est tout de même fou pour moi de ne pas réellement m’intéresser à un roman qui se passe pendant la première guerre mondiale, alors que cette période historique a une importance capitale pour moi. La cause en est à chercher dans le fait que les personnages ne croient pas qu’une guerre de cette ampleur puisse survenir – les anglais, sur leur île, sont à l’abri, et bien à l’écart de ce qui pourrait survenir sur le continent (à mon avis, vous devez ressentir une pointe d’exaspération dans mon propos). La famille Reavley est sympathique, et c’est tout. Leurs rôles sont pour l’instant trop bien définis, le professeur, l’agent de renseignement, la digne mère au foyer, la jeune fille qui se cherche, pour que je me passionne davantage. En dépit de la mort tragique de leurs parents et de la mort de Sebastian, étudiant préféré de Joseph, le ciel m’a paru toujours bleu au-dessus de leur tête. Et leur théière toujours pleine. Mais non, je ne suis pas profondément injuste avec ce livre,seulement, si je l’avais réellement apprécié, croyez-vous que j’aurai attendu autant de temps pour le chroniquer ? Non. Si je l’avais franchement détesté, non plus. A bientôt pour un nouveau roman de la série Thomas Pitt. »

Je peux dire que j’ai tenu parole pour le dilettantisme, moi qui ai mis huit ans entre les deux lectures (et qui ai mis le tome 3 sur ma table de chevet, pour être sûre de le lire prochainement). Beaucoup de choses ont changé depuis le tome 1. Déjà, l’Angleterre est rentrée en guerre et c’est en Flandre que nous retrouvons Joseph : il n’est plus professeur, il est aumônier, et n’hésite pas à aller dans les tranchées pour aller chercher les blessés, les morts. Il doute. Il doute de sa capacité à consoler, à répondre aux interrogations des soldats, à trouver les mots justes quand il doit annoncer qu’un mari, qu’un frère, qu’un fils est mort. Ne pas révéler les circonstances, parce qu’elles sont atroces, toujours. Ce qui est important, c’est la fraternité qui est né dans les tranchées. Les soldats savent qu’ils peuvent compter en dépit des rats, des obus, des tirs de fusils, des éboulements, des gaz, les uns sur les autres. Des regrets aussi, parce que certains se rendent compte que les petites querelles qui ont pu les séparer étant enfants n’ont plus de sens alors que la mort est si près. Oui, cette première année dans les tranchées est difficile pour Joseph, qui devra, en plus, accepter une mission pour aider son frère qui l’emmènera loin de la Flandre, mais non loin de la guerre : elle est déjà mondiale.

Matthew est toujours agent de renseignement et à ce titre, il n’est pas au front. Il n’est pourtant pas inactif : il cherche toujours qui peut être le Pacificateur. Pour lui comme pour les autres membres de sa famille, le chagrin est toujours vif, doublé de la nécessité de mettre hors d’état de nuire le commanditaire du double meurtre de leurs parents. Oui, le Pacificateur veut la paix, mais à quel prix ? Oui, la première guerre mondiale a été une boucherie, oui, elle a causé d’énormes dégâts, désastre, catastrophe, en France, en Belgique, en Angleterre et en Allemagne aussi – Joseph, les soldats qui sont avec lui n’oublient pas que les Allemands qu’ils tuent, les Allemands qu’ils blessent, qu’ils font prisonniers, sont des hommes, comme eux.

L’enquête des frères Reavley progresse-t-elle ? Oui, et non. Le Pacificateur semble avoir quelques longueurs d’avance de par sa position sur eux, et sans connaître son identité, nous sommes parfois avec lui, nous voyons ce qu’il projette, et nous savons que certains de ses plans peuvent parfaitement réussir. L’interrogation qui se pose pour nous est de savoir jusqu’à quand il agira.

Les soeurs Mitford enquêtent : Un parfum de scandale de Jessica Fellowes

Présentation de l’éditeur :

1930. Diana Mitford et son époux, Bryan Guinness, mènent une vie flamboyante d’une capitale à l’autre, quand, à Paris, l’un des amis de Diana succombe brutalement d’une allergie. Une fin tragique, absurde, mais accidentelle.
Louisa Cannon, ancienne chaperon et confidente des soeurs Mitford, n’est pourtant pas de cet avis. Elle soupçonne un lien avec le scandale ayant éclaboussé la famille Guinness deux ans plus tôt, lorsque l’une de leurs domestiques était passée à travers une lucarne – et morte sur le coup – sous les yeux de toute la haute société anglaise. Un malheureux accident, là encore, un de trop peut-être dans l’entourage du couple…

Mon avis :

Il est toujours ennuyeux de dire que l’on a pas aimé un livre reçu en partenariat, et pourtant, je me suis beaucoup ennuyée à sa lecture. Pour moi qui suis une grande dévoreuse de livres, je peinais à avancer, laissant le livre au bout d’une page, le reprenant, m’astreignant à avancer davantage dans ma lecture. Jusqu’à la moitié du livre, j’avais vraiment l’impression qu’il ne se passait pas grand chose, ou plutôt qu’ils se passaient tout de même des événements, mais que personne ne semblait véritablement géné par les morts qui, malgré tout, s’accumulaient.

Le premier souci reste pour moi le titre : les soeurs Mitford n’enquêtent pas, c’est Louisa, leur ancienne bonne d’enfants devenue domestique au service exclusif de Diana, désormais mariée, qui enquête. Les soeurs Mitford apparaissent d’ailleurs comme fort peu sympathique dans cet opus (je ne sais pas ce qu’il en est dans les deux précédents) mis à part Pamela, qui n’a pas le rôle principal : elles sont toutes entières tournées vers les mondanités. Diana en particulier pense plus particulièrement à la soirée à laquelle elle ira, craint particulièrement d’en manquer une, n’hésite pas à sortir sans son mari – tant qu’elle a un chaperon – va chez les couturiers, passe beaucoup de temps à choisir les accessoires indispensables pour sa robe (et la liste est longue). Elle va à Londres, puis dans sa maison de campagne, se rend à Venise. La préoccupation majeure de ses mondains de l’entre-deux-guerre est d’éviter, voire d’étouffer le scandale. Une servante meurt, en tombant du plafond ? C’est un accident, n’allons pas plus loin. Un mondain, après une soirée de beuverie, meurt ? Réaction allergique, voyons ! Pas d’autopsie, on pourrait découvrir qu’il se droguait – et qu’est-ce que cela changerait ? Une actrice prometteuse succombe à son tour ? Pas d’autopsie non plus, ménageons la famille – sauf que, à la moitié du roman, la famille réagit, elle, et demande une autopsie, c’est enfin le début de l’intrigue. Elle reste cependant assez lente à se développer, la vie privée des personnages, ce qu’ils cherchent à cacher, à eux-mêmes, aux autres, occupe plus d’importance que le récit policier lui-même. Et pourtant, Guy et Mary sont des policiers sympathiques, qui doivent faire avec les limites imposées par la place dans la société des personnes qu’ils doivent interroger, par les peurs de certains et par les réticences d’autres – comme si, finalement, le respect des apparences et des conventions, dans cette société qui veut pourtant évoluer, était plus important que tout.

Merci aux éditions Jean-Claude Lattès- Le Masque pour ce partenariat.

Un traitre à Kensington Palace d’Anne Perry

édition 10/18 – 384 pages

Présentation de l’éditeur :

Londres, 1899. Tandis que son règne touche à sa fin, la reine Victoria veut s’assurer que son héritier, le prince de Galles, mène une existence irréprochable. Elle charge son confident John Halbert d’enquêter sur l’entourage du Prince, en particulier le riche Alan Kendrick, flambeur et séducteur impénitent. Mais lorsque le corps de John est retrouvé flottant dans une barque sur la Serpentine, la Reine n’a d’autre choix que de convoquer Thomas Pitt à Buckingham Palace pour lui confier une mission secrète : enquêter sur les circonstances douteuses de cette mort que tout le monde croit accidentelle.

Mon avis :

Le livre m’a été offert par une amie. C’était la première enquête de Pitt qu’elle lisait, c’est aussi sa dernière puisque, dans le tome suivant, c’est son fils Daniel qui est le personnage principal. Elle m’avait dit en me le donnant : « je ne te raconte pas la fin, mais tu verras, elle est bien ». Je confirme, elle est bien, et elle clôture avec émotion les trente-deux enquêtes de Thomas et Charlotte Pitt – ne pas oublier le « et ».

Nous sommes en 1899 : la reine Victoria est fatiguée. Elle a perdu deux de ses enfants (Alice et Léopold), elle est veuve, et le poids du royaume, de l’empire pèse sur elle. Surtout, elle est inquiète pour son fils aîné, le futur roi, dont la vie n’a pas été de tout repos – femme, femme, et encore femme, mais pas la sienne. Aussi, elle est très inquiète pour lui, elle craint qu’il soit mal entouré, que des personnes profitent de lui. Elle sait l’empire fragile. Aussi demande-t-elle au chef de la Special Branch d’enquêter, sur un proche de son fils, Alan Kendrick, mais aussi sur la mort de la personne qu’elle avait déjà chargé d’enquêter sur Kendrick. Le titre anglais (Murder on the Serpentine) était à mon sens plus évocateur – en français, on sait d’entrée de jeu que l’on trouvera un traitre, et l’on se doute un tout petit peu de qui il s’agit. Pitt, lui, est seul, quasiment. Certes, il peut compter sur son adjoint de longue date, mais il ne peut s’appuyer ni sur Narraway, ni sur Vespasia, qui sont tous les deux en voyage en Europe. Il aurait bien besoin de l’expérience du terrain de l’un, des contacts mondains de l’autre. Surtout, il découvre profondément l’envers du renseignement dans cette enquête – ou comment il faut parfois se servir de renseignements que l’on possède sur quelqu’un pour obtenir ce qui est nécessaire à sa propre enquête, à la sûreté du pays. Oui, Pitt s’interroge toujours sur la nécessité d’utiliser ses renseignements, sur le fait que, lui aussi, ses enfants pourraient, s’il n’y prenait garde, devenir à son tour une cible.

Plus que protéger le prince héritier, qui sera bientôt son roi, il s’agit pour Thomas Pitt d’empêcher une nouvelle guerre avec les Boers, épisode qu’en France nous connaissons peu, voire pas du tout. Pourtant, le souvenir en Angleterre est encore vif en 1899 (elle s’est terminée 18 ans plus tôt) et la seconde guerre ne tardera pas à éclater – et elle fut atroce, et pas seulement pour le camp anglais dont nous suivons le point de vue. Les enjeux ? Économiques, comme toujours. Ne changeons pas un motif de guerre qui a fait ses preuves.

J’ai insisté plus haut sur le « et » : déjà vingt ans que Charlotte et Thomas sont mariés, et Thomas, comme Charlotte, regrettent qu’ils ne leur soient plus possibles d’enquêter ensemble. Thomas se doit de garder le secret, et ce n’est pas facile pour lui, et ce n’est pas sans créer des tensions, aussi. Il se pose aussi la question du vieillissement, moins pour Charlotte que pour sa soeur Emily, pour des femmes du monde qui ont du mal à accepter de ne plus être aussi séduisantes, attirantes, charmantes, de perdre, finalement, leur place au milieu des mondanités.  Ces même femmes ont soif de liberté et se réunissent dans le but d’obtenir elles aussi des changements. Pourquoi pas le droit de vote ? Oui, pourquoi pas – et le club de compter un nouveau membre en la personne de Charlotte, qui dit ce qu’elle a à dire, et n’hésite pas à soutenir celle(s) qui en a besoin – la calomnie n’épargne personne. Il est difficile de lui résister, comme le verra Thomas au cours de sa propre enquête.

Une belle conclusion pour trente-deux enquêtes.

Les carnets de Max Libermann, tome 2 : Du sang sur Vienne de Frank Tallis

Présentation de l’éditeur :

En plein cœur de l’hiver sibérien de 1902, un serial killer entame une déconcertante campagne de meurtres dans la ville de Vienne. Mutilations obscènes et penchant pour les symboles ésotériques en sont les principales caractéristiques.

L’enquête mène l’inspecteur Oskar Rheinhardt et son ami le psychiatre Max Liebermann au sein des sociétés secrètes de Vienne – le monde ténébreux des érudits littéraires allemands, des théoriciens et des scientifiques adeptes des nouvelles théories évolutionnistes venues d’Angleterre.

Au premier abord, le comportement énigmatique du tueur demeure imperméable à toute interprétation psychanalytique…

Mais il devient peu à peu évident pour Max qu’un raisonnement cruel et invraisemblable guide les actes de ce dernier.

Mon avis ;

Ce livre était dans ma PAL depuis au moins six ans, comme le tome 1 (et le 3, le 4… qui suivront sans doute très vite).
L’enquête, et pourtant, elle est là, et bien là, comme comme dans le premier tome. Oskar et Max ont bien l’intention de faire toute la lumière sur ce qui s’est passé, et ils y arrivent. Plus que l’enquête, ce qui compte à mes yeux est l’exploration de cette société d’avant la première guerre mondiale, cette société où l’antisémitisme ne gène presque pas, où la thérapie par la parole n’en est qu’à ses premiers mots, où les militaires jouissent d’un très grand prestige. Pour faire court, ils ont à peu près tous les droits, et les prennent. Ils font aussi rêver certaines jeunes filles – les uniformes, les grades, la raideur qui passent pour de l’élégance – qui se voient très bien à leur bras, pour ne pas dire mariées avec eux. Oui, j’insiste, ils ont tous les droits, y compris celui de provoquer des duels, de provoquer en duel, pour un oui, pour un non – sachant qu’ils sont quasiment sûrs de vaincre, eux qui manient les armes à longueur de journée. Meurtre autorisé.
Alors, à côté de cela, un serial killer… c’est presque exotique, pour cette époque. Presque, il faut cependant trouver, après avoir subi les conséquences, les causes de tels comportements, pour que le tueur cesse de nuire. Aujourd’hui comme hier, ce n’est pas facile, mais, je le redis, Oskar et Max ne cesseront pas d’enquêter.
Une série que j’apprécie toujours autant.

 

Lisson grove d’Anne Perry

Présentation de l’éditeur :

Un vent révolutionnaire souffle sur Londres : certains groupes d’anarchistes semblent déterminés à faire trembler la Couronne, et ce malgré la vigilance de Thomas Pitt et celle de son supérieur à la Special Branch, Victor Narraway.
À Londres, Victor Narraway, victime d’un piège, est démis de ses fonctions.
N’écoutant que son courage, Charlotte décide de lui venir en aide et de l’accompagner à Dublin, où les rancunes contre les Anglais et le chef de la Special Branch en particulier sont extrêmement vivaces. de salles de théâtre en salons de thé, Charlotte va découvrir que la bonne société irlandaise de cette fin de XIXe siècle n’a rien à envier à l’Angleterre en matière de mensonges et de faux-semblants…

Mon avis :

A Londres, rien ne va ou presque. Thomas Pitt doit recevoir des informations importantes de la part d’un indicateur, au sujet d’un attentat anarchiste. Et là, c’est l’accident : leur informateur est assassiné. La poursuite de son assassin mèneront Pitt et Grover, son adjoint, jusqu’en France, à Saint-Malo pour être précise.
Et là, plus rien si j’ose dire, plus rien pendant un certain temps du côté de la petite Bretagne : nous retournons en Grande-Bretagne où Victor Narraway informe Charlotte de ce qui est arrivé à Thomas. Puis, tout s’accélère : Victor est mis à pied, il lui est interdit de retourner à la Special Branch, il est soupçonné ni plus ni moins d’être un traitre. Comme par hasard, l’un des seuls homme en qui il a confiance est loin. Pire : Thomas est privé de l’appui de Narraway,et ne sait absolument pas ce qui s’est passé en Angleterre. Oui, cela sent le pièce à plein nez. Qui a intérêt à neutraliser Narraway, et pourquoi ?
La première piste est à chercher dans le passé de Victor, passé qui, ont s’en doute, est particulièrement chargé, et pas toujours racontable pour cause de secrets d’état. Elle le mène, lui et Charlotte, en Irlande, nation qui réclamait à corps et à cri son indépendance, et qui était prêt à tout pour l’obtenir, y compris la violence. Non, Victor ne regrette pas ce qu’il a fait vingt ans plus tôt. Personne n’a oublié cependant, et tous lui en veulent encore, simplement certains ne le montrent pas ouvertement. Qui avait raison, qui avait tort à l’époque ? Le vrai coupable a-t-il été arrêté et condamné, ou certains faits auraient-ils été passé sous silence ? La logique de Victor a été celle d’un agent anglais qui voulait éviter le plus de morts possibles, et s’il a manipulé, il n’a pas été le seul à utiliser cette technique : ne regrette de l’avoir fait que ceux qui n’ont pas obtenu ce qu’ils voulaient. Pour ma part, j’affiche des regrets pour ceux que l’on nomme les « dommages collatéraux », à savoir les enfants, qui n’ont rien demandé et subissent quand même. Charlotte, elle, a pris soin avant de quitter Londres de confier ses enfants à des personnes en qui elle a confiance, ou dont une autre (la regrettée Gracie, désormais mariée) se porte garant. Tous les parents n’ont pas pensé à ce qu’il adviendrait de leur enfant s’ils décédaient, ce qui est possible quand on tente une action violente.
Et l’on finit par retrouver Thomas qui tourne en rond sur les ramparts de Saint-Malo. Il se questionne beaucoup. Il se questionne tellement qu’il a soudain une illumination, qui l’amène à rentrer en Angleterre, provoquant le chaos, découvrant la catastrophe : ce qui se passe en Angleterre, les causes du complot contre Narraway, sont bien plus complexes, les conséquences, plus graves.
Je pourrai terminer en vous disant que c’est un très bon roman historique. Je vous dirai plutôt que cela faisait bien longtemps que je n’avais lu un roman de la série Thomas et Charlotte Pitt.