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Les carnets de Max Libermann, tome 2 : Du sang sur Vienne de Frank Tallis

Présentation de l’éditeur :

En plein cœur de l’hiver sibérien de 1902, un serial killer entame une déconcertante campagne de meurtres dans la ville de Vienne. Mutilations obscènes et penchant pour les symboles ésotériques en sont les principales caractéristiques.

L’enquête mène l’inspecteur Oskar Rheinhardt et son ami le psychiatre Max Liebermann au sein des sociétés secrètes de Vienne – le monde ténébreux des érudits littéraires allemands, des théoriciens et des scientifiques adeptes des nouvelles théories évolutionnistes venues d’Angleterre.

Au premier abord, le comportement énigmatique du tueur demeure imperméable à toute interprétation psychanalytique…

Mais il devient peu à peu évident pour Max qu’un raisonnement cruel et invraisemblable guide les actes de ce dernier.

Mon avis ;

Ce livre était dans ma PAL depuis au moins six ans, comme le tome 1 (et le 3, le 4… qui suivront sans doute très vite).
L’enquête, et pourtant, elle est là, et bien là, comme comme dans le premier tome. Oskar et Max ont bien l’intention de faire toute la lumière sur ce qui s’est passé, et ils y arrivent. Plus que l’enquête, ce qui compte à mes yeux est l’exploration de cette société d’avant la première guerre mondiale, cette société où l’antisémitisme ne gène presque pas, où la thérapie par la parole n’en est qu’à ses premiers mots, où les militaires jouissent d’un très grand prestige. Pour faire court, ils ont à peu près tous les droits, et les prennent. Ils font aussi rêver certaines jeunes filles – les uniformes, les grades, la raideur qui passent pour de l’élégance – qui se voient très bien à leur bras, pour ne pas dire mariées avec eux. Oui, j’insiste, ils ont tous les droits, y compris celui de provoquer des duels, de provoquer en duel, pour un oui, pour un non – sachant qu’ils sont quasiment sûrs de vaincre, eux qui manient les armes à longueur de journée. Meurtre autorisé.
Alors, à côté de cela, un serial killer… c’est presque exotique, pour cette époque. Presque, il faut cependant trouver, après avoir subi les conséquences, les causes de tels comportements, pour que le tueur cesse de nuire. Aujourd’hui comme hier, ce n’est pas facile, mais, je le redis, Oskar et Max ne cesseront pas d’enquêter.
Une série que j’apprécie toujours autant.

 

Lisson grove d’Anne Perry

Présentation de l’éditeur :

Un vent révolutionnaire souffle sur Londres : certains groupes d’anarchistes semblent déterminés à faire trembler la Couronne, et ce malgré la vigilance de Thomas Pitt et celle de son supérieur à la Special Branch, Victor Narraway.
À Londres, Victor Narraway, victime d’un piège, est démis de ses fonctions.
N’écoutant que son courage, Charlotte décide de lui venir en aide et de l’accompagner à Dublin, où les rancunes contre les Anglais et le chef de la Special Branch en particulier sont extrêmement vivaces. de salles de théâtre en salons de thé, Charlotte va découvrir que la bonne société irlandaise de cette fin de XIXe siècle n’a rien à envier à l’Angleterre en matière de mensonges et de faux-semblants…

Mon avis :

A Londres, rien ne va ou presque. Thomas Pitt doit recevoir des informations importantes de la part d’un indicateur, au sujet d’un attentat anarchiste. Et là, c’est l’accident : leur informateur est assassiné. La poursuite de son assassin mèneront Pitt et Grover, son adjoint, jusqu’en France, à Saint-Malo pour être précise.
Et là, plus rien si j’ose dire, plus rien pendant un certain temps du côté de la petite Bretagne : nous retournons en Grande-Bretagne où Victor Narraway informe Charlotte de ce qui est arrivé à Thomas. Puis, tout s’accélère : Victor est mis à pied, il lui est interdit de retourner à la Special Branch, il est soupçonné ni plus ni moins d’être un traitre. Comme par hasard, l’un des seuls homme en qui il a confiance est loin. Pire : Thomas est privé de l’appui de Narraway,et ne sait absolument pas ce qui s’est passé en Angleterre. Oui, cela sent le pièce à plein nez. Qui a intérêt à neutraliser Narraway, et pourquoi ?
La première piste est à chercher dans le passé de Victor, passé qui, ont s’en doute, est particulièrement chargé, et pas toujours racontable pour cause de secrets d’état. Elle le mène, lui et Charlotte, en Irlande, nation qui réclamait à corps et à cri son indépendance, et qui était prêt à tout pour l’obtenir, y compris la violence. Non, Victor ne regrette pas ce qu’il a fait vingt ans plus tôt. Personne n’a oublié cependant, et tous lui en veulent encore, simplement certains ne le montrent pas ouvertement. Qui avait raison, qui avait tort à l’époque ? Le vrai coupable a-t-il été arrêté et condamné, ou certains faits auraient-ils été passé sous silence ? La logique de Victor a été celle d’un agent anglais qui voulait éviter le plus de morts possibles, et s’il a manipulé, il n’a pas été le seul à utiliser cette technique : ne regrette de l’avoir fait que ceux qui n’ont pas obtenu ce qu’ils voulaient. Pour ma part, j’affiche des regrets pour ceux que l’on nomme les « dommages collatéraux », à savoir les enfants, qui n’ont rien demandé et subissent quand même. Charlotte, elle, a pris soin avant de quitter Londres de confier ses enfants à des personnes en qui elle a confiance, ou dont une autre (la regrettée Gracie, désormais mariée) se porte garant. Tous les parents n’ont pas pensé à ce qu’il adviendrait de leur enfant s’ils décédaient, ce qui est possible quand on tente une action violente.
Et l’on finit par retrouver Thomas qui tourne en rond sur les ramparts de Saint-Malo. Il se questionne beaucoup. Il se questionne tellement qu’il a soudain une illumination, qui l’amène à rentrer en Angleterre, provoquant le chaos, découvrant la catastrophe : ce qui se passe en Angleterre, les causes du complot contre Narraway, sont bien plus complexes, les conséquences, plus graves.
Je pourrai terminer en vous disant que c’est un très bon roman historique. Je vous dirai plutôt que cela faisait bien longtemps que je n’avais lu un roman de la série Thomas et Charlotte Pitt.

 

La chasse sauvage de Laetitia Bourgeois

Edition 10/18 – 312 pages

Présentation de l’éditeur :

Des cavaliers masqués sèment la tourmente au Val d’Amblavès, durant le mois de la Fête des morts. Barthélemy, le bayle du lieu, a-t-il affaire à des brigands ou pire encore ?
La fièvre gagne les villageois et les vieilles superstitions resurgissent du passé, laissant le champ libre à l’imagination. Qui sont vraiment ceux que l’on nomme désormais les Écorcheurs ? Car dans ce Moyen Age du XIVe siècle, une seule chose est capable de faire perdre la tête aux gens : la sorcellerie.

Préambule : avoir le tome 1 et le tome 4 à la bibliothèque. Logique.

Mon avis :

J’ai lu ce quatrième tome en étant immédiatement plongée dans le roman, dans ce moyen-âge du Val d’Amblavès. Barthélémy est toujours bayle, mais pas dans le Gévaudan dont il a dû partir dans le premier tome de ses enquêtes, et Ysabellis, sa femme, exerce toujours ses talents de guérisseuse. Dès le début du  livre, elle a accompagné une jeune femme lors de son accouchement, et veille sur les suites de ses couches, ainsi que sur son bébé : elle sait qu’il faut bien peu pour emporter une mère, son enfant, ou les deux en même temps.

Surtout, la scène initiale était saisissante. Non, ce ne sont pas des routiers, ce ne sont pas des soldats, c’est une bande de malfrats bientôt surnommés les écorcheurs qui met littéralement à sac une maison, frappant femme et fillette, massacrant quelques bêtes pour le plaisir. Quelques temps plus tôt, une bande avait été arrêtée, leur chef pendu, et il semble être rené de leurs cendres – en pire.

Oui, Barthélémy doit les retrouver, non seulement afin que leurs agissements cessent, mais aussi pour que tous les racontars, toutes les peurs autour de ces événements s’arrêtent. A cette époque où l’on vit avec la mort, les morts, où l’on cherche à savoir si les défunts sont apaisés, ou non, où la fête des morts est une véritable fête, les peurs sont grandes, la croyance en la sorcellerie aussi.

Puis un meurtre est commis – et peu importe pour moi que la victime trafiquait un peu, s’intéressait d’un peu trop près à la femme d’un autre (elle était consentante), ce qu’il a fait avant de mourir (tenter de porter secours à son mulet de tête, celui qu’il préférait) rend cet homme particulièrement touchant. Son apprenti, porté disparu, est tout aussi sensible, comme le montre le portrait qu’en dresse tous ceux qui l’ont connu. Autant dire que Barthélémy croit peu en ses chances de le retrouver vivant. Il peut cependant compter, encore et toujours, sur Ysabellis, qui peut plus facilement parler avec villageois, découvrir aussi des faits auxquels personne n’a fait attention : ce n’est pas d’aujourd’hui que certains sont laissés à l’écart, trop vieux, sans famille, trop différents, comme si avoir réussi à survivre était louche. Ysabellis ne dit pas que la sorcellerie n’existe pas, bien au contraire, elle dit qu’elle sait se faire discrète. Pas inquiétant du tout.

La chasse sauvage – un roman qui m’a totalement emportée dans son univers.