Archive | septembre 2013

Rose et le fantôme du miroir de Holly Webb

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Présentation de l’éditeur :

Bien qu’elle soit heureuse chez Mr Fountain, Rose s’interroge toujours au sujet de sa vraie famille. Que sont-ils devenus? Sont-ils aussi tous magiciens? Ces questions la tracassent jusqu’au jour où Rose fait une découverte étrange : un miroir en argent ayant autrefois appartenu à sa mère. Quels sombres mystères renferme-t-il?

Mon avis :

Je dois dire que je suis déçue par ce quatrième tome qui résout de façon à la fois simple et sanglante l’énigme de la naissance de Rose ainsi que le conflit qui l’oppose l’Angleterre et la Talisie.

Contrairement aux autres tomes, Rose et le fantôme du miroir est un voyage immobile. Rose n’est plus domestique, elle est officiellement une apprentie, grâce à Miss Fell, et elle peine à s’adapter à sa nouvelle vie. Tout s’enchaîne ensuite très vite, grâce au fantôme, prisonnier du miroir. En dépit d’une avalanche de révélation sur ses parents, pas toujours très positive, Rose prend très bien les choses, et se montre tout de suite prête à agir, quitte à prendre des risques démesurés. Bella semble avoir perdu de sa personnalité, elle est releguée au second plan – pas comme Gustave, qui mériterait d’avoir sa propre série dérivée – et il en aurait à dire. Il pourrait même rencontrer Camembert, le chat de madame Pamplemousse. Le père de Bella ? Jamais là quand on a besoin de lui.

Ce livre perd aussi l’arrière-plan social, si important dans les précédents volumes. Certes, il évoque les manières de survivre dans les bas-fonds des grandes villes – mais la magie y a une part très importante. Légèreté aussi, pour terminer ce volume, les conséquences sanglantes de certains actes sont très vite reléguées aux oubliettes.

J’aurai aimé une fin plus consistante pour cette série que j’ai beaucoup apprécié jusque là.

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L’affaire du tarot de Pieter Aspe

tarotPrésentation de l’éditeur :

« Tu te souviens de l’affaire du tarot ? ». Pour meubler une période de calme, Van In et son fidèle acolyte Versavel décident de reprendre une enquête jamais élucidée : 20 ans auparavant, un colonel, un père catholique et un membre du conseil d’Etat avaient chacun été retrouvés assassinés de trois balles, trois crimes signés d’une carte de tarot. Entre une guerre des polices qui refait surface, des scandales institutionnels autour des victimes et de sombres intrigues familiales, l’enquête s’annonce particulièrement complexe. Lorsque le meurtrier au tarot frappe à nouveau, Van In comprend qu’il a ouvert la boîte de Pandore… Intrigue palpitante et passions humaines révélées, écriture soignée et personnages attachants, Aspe prouve avec talent qu’il est capable de se renouveler, pour le plus grand plaisir du lecteur.

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Mon avis :

Je commencerai par un motif d’énervement. Alors que je tente – pour une fois – de lire une série presque dans l’ordre, je suis allée d’étonnement en étonnement en parcourant ce livre. Il n’est plus questions des jumeaux Van In,  mais des « enfants », dont il est vaguement question à deux reprises. Hannelore a rajeuni, le commissaire connaît à peine le légiste, avec lequel pourtant il est très ami. J’ai regardé les dates : paru en 2013 en France, il est sorti en 2003 en Belgique, soit six ans avant La quatrième forme de Satan.  Du coup, il me fallait repenser autrement ma manière de lire ce livre, ne plus m’étonner des excès culinaires d’Hannelore (la cause ? Elle viendrait au monde neuf mois plus tard) et de l’appétit sexuel du commissaire Van In. L’intrigue a ainsi perdu de son suspens, je savais très bien que Versavel n’avait pas à s’en faire pour sa santé, et que le supérieur de Van In ne réussirait pas à se débarrasser de lui.

L’enquête que rouvre Van In a pourtant de quoi tenir en haleine. Si ce triple meurtre est horrible, ce que notre commissaire brugeois découvre est pire encore, d’une noirceur absolue. Pour une fois, la religion, en la personne du prêtre assassiné, aurait pu apporter réconfort et salut. Ce prêtre ne plairait pas à tout le monde. Il me plaît, à moi, car il est profondément humain, faillible tout en accomplissant véritablement son sacerdoce. Van In et ses méthodes ne plairont pas non plus. Tant pis. L’horreur de ce qu’il a découvert – et que le lecteur ne découvre réellement qu’en lisant la dernière phrase du roman – explique largement les mesures qu’il a prises – et je ne vous parle même pas des dommages collatéraux au sein de la brigade, ni des nouvelles victimes du tueur.

L’affaire du tarot ne peut laisser le lecteur indifférent, pour peu qu’il veuille bien lire l’enquête jusqu’au bout.

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La maison du Loch de Patricia Wentworth

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Présentation de l’éditeur :

Glasgow. Un vieil homme très riche, Elias Paulett, est en train de mourir. Il n’a pas de descendant direct, juste une nièce Hilda, qui vit avec lui et que son secrétaire, Gale, drague en espérant bien mettre la main sur le magot une fois ce dernier décédé. Mais Elias brise net ses illusions : il a une autre nièce, avec qui il n’a jamais eu aucun contact et pourtant, c’est bien cette Ann Vernon qui héritera de lui. Ann, qui vit dans une grande pauvreté, décide de devenir dame de compagnie chez une vieille femme de 80 ans, Mrs Halliday, seule avec son fils, James. Ann est engagée, sans se douter que James est de mèche avec Gale. Et que tous deux projettent son assassinat…

Mon avis :

Le sujet du livre aurait intéressé Molière ou Marivaux. Charles et Ann s’aiment, Charles demande Ann en mariage, et Ann refuse. Pourquoi ? Parce qu’Ann est pauvre, très pauvre, au point qu’elle ne se nourrit que de pain sec depuis une semaine, et qu’elle espère bien décrocher enfin un emploi pour manger à sa faim. Charles, lui, n’est pas pauvre, mais pas suffisamment riche pour garder sa propriété familiale.  Bien qu’il l’aime, Ann craint, qu’un jour, quand leur amour ne sera plus aussi fort, érodé par les difficultés quotidiennes, il ne lui reproche cette perte. S’aimer dans les années 30 n’est pas facile – la propre mère d’Ann a été chassée de sa famille car son mari ne convenait pas, son frère a refusé de lui tendre la main après son veuvage, elle s’est tuée à la tâche pour élever sa fille.

La situation d’Hilda n’est pas tellement plus favorable. Oh, elle est mariée, et bien mariée avec son beau Gale. Seulement… il ne l’a épousé que pour son argent, et ne s’en cache pas. D’ailleurs, c’est ainsi qu’elle a réussi à se faire épouser, en lui faisant miroiter son prochain héritage – qu’elle ne touchera sans doute pas, au final. Triste situation ? Moins que celle d’Ann, en tout cas, car Hilda n’est concernée que par sa petite personne, et n’est guère sympathique.

Ann ne la connaît pas, et pourtant, les deux jeunes femmes sont liées. Ann Vernon est au centre d’un complot dans le but de capter un héritage dont elle ignore l’existence. Les méthodes pour la spolier ne manquent ni d’ingéniosité, ni de violence, physique, et morale. Les péripéties, dans ce roman dont miss Silver est absente, sont très variées et tiennent le lecteur suffisamment en haleine pour qu’il ait envie de ne pas refermer le livre avant d’avoir le mot de la fin. Elle pourrait déplaire, elle est en tout cas fort surprenante, compte-tenu du contexte historique.

Si vous aimez Patricia Wentworth, si vous aimez les mystères et une pointe de fantastique, lisez la maison du Loch.

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Bal d’hiver – série Elinor Jones

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Elinor Jones vient d’être engagée par la prestigieuse maison Tiffany, réputée pour illuminer Londres par ses magnifiques créations et ses bals somptueux. Elle se rend cependant très vite compte que tout n’est pas aussi idyllique qu’elle le pensait. Peu importe : elle est prête à aller au bout d’elle-même pour créer des robes toujours plus belles.

Mon avis :

Bal d’hiver est une bande dessinée où les dessins comptent plus que les mots. La première planche, d’ailleurs, est quasiment muette : nous passons d’un plan d’ensemble aux gros plans du bas de la page, pénétrant ainsi dans la maison Tiffany. Les mots échangés entre Bianca, la jeune prodige, et son frère Abel sont durs. Et s’il est une chose que le lecteur apprendra très vite, c’est qu’il doit se méfier des apparences, si séduisantes soient-elles.

Nous découvrons, dans ce premier tome, non seulement LE bal d’hiver, qui occupe de très larges vignettes, mais aussi l’envers du décor, la dureté des tâches, les rivalités, parfois, et pas toujours là où l’on s’y attendrait. Nous découvrons aussi le mal-être de certains personnages, soigneusement dissimulé – mais pas indéfiniment.

Derrière la joie éclatante, derrière la beauté des personnages, se dissimule une profonde mélancolie. Cette série ne comporte que trois tomes, et je me dis qu’une fin heureuse me semble impossible.

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Le secret du docteur Danglars de Jean Contrucci

secretPrésentation de l’éditeur :

Marseille, 1899. La France est en proie aux attentats anarchistes, et Raoul Signoret, le sémillant chroniqueur judiciaire du Petit Provençal, doit rendre compte d’une exécution capitale, alors qu’il milite contre la peine de mort ! Mais un procès autrement plus étrange l’attend : celui du docteur Hyppolite Danglars, un médecin dévoué à ses patients de condition modeste, accusé d’avortement clandestin par une jeune femme mourante…

Mon avis :

Même si j’ai retrouvé avec plaisir Raoul Signoret, son épouse Cécile, et son oncle Eugène, j’ai moins aimé ce tome-ci. Je passe donc immédiatement sur ce qui m’a déplu : le dénouement, qui fait basculer le drame dans le mélodrame. Il s’en fallait d’un cheveu, et patatras ! en plein dedans. Autant les motivations du coupable tendent vers la tragédie, autant certaines péripéties de son parcours sont à la limite du grotesque – ce n’est plus la Comédie-Française, mais les grands Boulevards. Et la fin m’a douloureusement rappelée que la morale triomphe toujours.

Oui, je sais, je suis un peu hermétique. Et pourtant, il en était, des thèmes intéressants, traités dans ce roman, entre la loyauté et son contraire, la trahison, l’amour filial, la lutte contre la peine de mort et l’anarchisme. Certains personnages sont marquants, dommage qu’une place plus importante ne leur soit pas consacrée.  Dommage aussi que le procès, les expertises occupent la majorité du roman, plus que l’enquête elle-même.

Je lirai avec plaisir d’autres aventures de Raoul Signoret, même si celle-ci n’est pas ma préférée.

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La femme à la clé de Vonne van der Meer

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Présentation de l’éditeur :

« Femme, 59 ans, d’apparence maternelle, hanches larges, voix agréable, vient vous border et vous faire la lecture avant que vous vous endormiez. Discr. assurée. Intentions sexuelles totalement exclues. »

Voilà l’annonce que rédige Nettie avec humour et détermination, lorsque la recherche d’un travail devient inévitable, quelques mois après le décès de son mari.

Merci à Libfly, aux éditions Héloïse d’Ormesson pour l’envoi de ce livre, reçu dans le cadre de l’opération La voie des indés.

Mon avis :

Ce livre est un roman très doux, comme une confidence chuchotée, et en même temps, il prend chacun de ses personnages à un moment décisif de sa vie.

Prenons Nettie, la narratrice. Veuve, il lui faut trouver une activité professionnelle pour vivre. Elle choisit de devenir lectrice, presque une conteuse. Elle entre le soir dans l’intimité de ses clients, les borde, leur lit une histoire, presque comme une maman pourrait le faire. C’est flagrant avec le personnage de Renée, cette toute jeune adolescente déscolarisée, dont Nettie constitue le seul contact avec le monde extérieur.

Autant dire que cette profession peut sembler étrange, car Nettie n’est pas seulement une lectrice, elle recueille les confidences de ses clients, qui n’ont qu’elle comme rempart à leur solitude. Elle possède non seulement les clefs de leur demeure, elle a aussi accès à des émotions, des sentiments qu’ils n’osent confier qu’à elle seule. Même si parfois l’écriture se montre sur le fil – et j’imagine que d’autres auteurs auraient facilement dérapé vers le scabreux – la construction du récit est suffisamment habile pour suggérer plutôt que montrer. A contrario, la lecture d’une nouvelle plutôt scatologique, en redonnant toute son importance au corps masqué, caché, est intéressante par les réactions suscitées chez Nettie et Michaël, le lecteur qui a choisi ce texte. La lecture peut parfois avoir d’étranges conséquences. Et si ce que l’on ne pouvait dire devait d’abord être écrit, puis lu, comme pour mieux se détacher de ce qui a fait souffrir ?

La femme à la clé est une oeuvre intimiste, qui mérite d’être découverte.

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L’énigme de la Blancarde de Jean Contrucci

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Présentation de l’éditeur :

Marseille, le 16 décembre 1891. La riche Madame Magnan est sauvagement assassinée. Son fils adoptif, un homme louche et marginal, est immédiatement suspecté, et très vite, témoignages et preuves l’accablant, il est condamné au bagne. Pourtant, ce dénouement paraît trop simple. Surtout lorsqu’on découvre que l’employée de la victime, apparemment inoffensive, était la maîtresse de l’accusé…

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Mon avis :

Bienvenue à Marseille, dans les années 1890. Un sinistre fait divers secoue un quartier bien tranquille – et très respectable. Le coupable est rapidement identifié, accablé, jugé, et condamné. Il ne sauve sa tête du couperet de la guillotine que de justice.

Fin de l’histoire ? Non, c’est ici que tout commence. Une lettre anonyme affirme que Louis Coulon n’est pas coupable du meurtre de sa mère adoptive. L’affaire fascine, par ses zones d’ombre, par le lien entre le coupable (il a été jugé deux fois), la victime et la complice présumée, petite bonne simple d’esprit, sévèrement gouvernée par sa maîtresse, abusée par le fils de la maison.

Plus qu’un roman policier, l’énigme de la Blancarde nous donne à voir le Marseille des beaux quartiers, qui jouxte celui des prostituées, soigneusement réglementé (elles n’avaient pas le droit d’en sortir). J’ai pensé au sort d’Angèle, du roman Un de Beaumugnes, adapté au cinéma par Marcel Pagnol. Le maquereau que l’on croise ici n’a rien à envier à cette crapule de Louis, le souteneur d’Angèle. L’Eglise joue un rôle cruciale dans cette affaire. Pas encore séparée de l’Etat, elle a la mainmise sur les bonnes oeuvres, et se montre secourable envers les pauvres, les laissés-pour-compte – ignorant superbement les vrais principes de la foi.

Pour enquêter, nous avons Eugène Baruteau, policier intègre, et son neveu, Raoul Signoret, son fils de coeur (lui et sa femme n’ont pas eu d’enfants). Ce dernier est amoureux… ce qui ne l’empêche pas d’accomplir son travail et de se battre pour vivre avec Cécile, la jeune femme dont il est amoureux. Les passages sur leur vie privée sont parfois un tantinet long, mais ils sont nécessaires, car nous retrouverons ce jeune couple dans les enquêtes suivantes. Autant savoir tout de suite de quelle ténacité ils ont dû faire preuve pour être ensemble.

L’énigme de la Blancarde est une plaisante manière de découvrir Marseille.

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