De sang froid de Truman Capote

sang

Présentation de l’éditeur :

Il était midi au coeur du désert de Mojave. Assis sur une valise de paille, Perry jouait de l’harmonica. Dick était debout au bord d’une grande route noire, la Route 66, les yeux fixés sur le vide immaculé comme si l’intensité de son regard pouvait forcer des automobilistes à se montrer. Il en passait très peu, et nul d’entre eux ne s’arrêtait pour les auto-stoppeurs… Ils attendaient un voyageur solitaire dans une voiture convenable et avec de l’argent dans son porte-billets : un étranger à voler, étrangler et abandonner dans le désert.»

moisamericain

Mon avis :

Tous les auteurs qui veulent écrire à partir de faits divers devraient lire ce livre, l’analyser, pour comprendre comment écrire véritablement un roman, et non un récit plat et froid. Je pense particulièrement à Ann Rule, ou à l’allemande Anna Maria Schenker, qui utilisent les mêmes procédés, avec bien moins de talent.

Si Truman Capote se montre génial, c’est parce qu’il raconte tout, sans nous asséner son jugement ou ses opinions sur ce qui s’est passé. Il plante le décor, et les spécificités du Kansas, de ses lois, sont soigneusement intégrées dans le récit. Il n’hésite pas à donner des détails touchants, sans jamais verser dans la sensiblerie. Il laisse parler les témoins – tous les témoins, sans les censurer d’aucune manière.  Ce n’est en aucun cas répétitif, chaque témoin a quelque chose à dire, comme une petite pierre ajoutée à cette édifice.

Ce qui me frappe aussi est que ce crime, pour horrible qu’il soit, n’est pas un événement isolé. D’autres crimes tout aussi sordides ont été commis, à la même période. Certains n’ont pas été résolus, en dépit des efforts des forces de l’ordre. D’autres l’ont été, et les coupables furent exécutés. Des « tueurs en série », comme l’on dirait de nos jours. Personne ne semble s’étonner de cette violence, au lendemain de la seconde guerre mondiale, de cette amoralité – et il était difficile d’incriminer à l’époque les films et les jeux vidéos.

Aussi, il est intéressant de voir quelle large part Truman Capote accorde aux meurtriers – pas de suspens, ce n’est pas le but, leur identité est connue très rapidement, leur mobile ne le sera que plus tardivement. Ils sont si sûrs de leur impunité que leur voyage n’a rien à voir avec une tentative de fuite, eux qui n’hésitent pas, après leur périple, à revenir au Kansas. Truman Capote s’attache à retracer leur jeunesse, leurs parcours sur la voie de la délinquance – rien ne semblait les distinguer d’autres voyous ordinaires, jusqu’à ce quadruple meurtre qu’eux-mêmes peinent à expliquer. Les psychiatres, leurs avocats s’en chargeront – ou pas. Mention spéciale également à la pugnacité des enquêteurs, particulièrement bien rendue.

Vous l’aurez compris, De sang-froid est un excellent livre, qui ne laisse pas indifférent.

littérature cinéma

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23 réflexions sur “De sang froid de Truman Capote

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  2. Un très beau billet qui me donne envie de relire cet auteur ! La censure du « correct » est en train de tuer la littérature américaine… J’apprécie le fait qu’il ne juge pas ! Même l’indicible…
    Très joli ton passage au bleu ! 🙂

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