La ville sans vent d’Éléonore Devillepoix

édition Hachette – 448 pages.

Présentation de l’éditeur :

A dix-neuf ans, Lastyanax termine sa formation de mage et s’attend à devoir gravir un à un les échelons du pouvoir, quand le mystérieux meurtre de son mentor le propulse au plus haut niveau d’Hyperborée.
Son chemin, semé d’embûches politiques, va croiser celui d ‘Arka, une jeune guerrière à peine arrivée en ville et dotée d’un certain talent pour se sortir de situations périlleuses. Ça tombe bien, elle a tendance à les déclencher…
Lui recherche l’assassin de son maître, elle le père qu’elle n’a jamais connu.
Lui a un avenir. Elle un passé.
Pour déjouer les complots qui menacent la ville sans vent, ils vont devoir s’apprivoiser.

Merci aux éditions Hachette et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

J’ai vraiment été curieuse de découvrir ce roman de fantasy dont beaucoup parlent, ce qui est suffisamment rare pour être signalé : la fantasy française est très (trop) souvent la grande laissée pour compte de la littérature.
Tout d’abord, nous sommes dans un univers très particulier, et très bien construit. Le revers de la médaille est que la mise en place de l’intrigue est un peu longue, parfois répétitive, tant l’univers dans lequel les personnages évoluent est riche. Il est aussi sans pitié, pour ceux qui sont tout en bas de l’échelle – dans le sens propre du terme.

Nous avons deux personnages principaux, et c’est à travers leurs yeux que nous voyons les événements. Ils ne sont pas redondants, mais complémentaires : chacun des deux a un parcours particulier, et, parfois, surtout dans le cas d’Arka, des faits qu’il n’a pas envie de partager avec autrui (note : j’ai beaucoup aimé le personnage de Nabot). Arka est en effet une amazone, les ennemis juré d’Hyperborée, celles dont on a juré vengeance. Elle est venue ici pour développer sa magie, mais aussi pour retrouver son père, dont elle ne sait quasiment rien, si ce n’est qu’il était originaire d’Hyperborée, ce qui ne l’a pas empêché d’avoir une relation avec une amazone.

C’est à une quête que nous assistons – des quêtes, devrai-je dire, entre pouvoir, recherche de ses origines, réconciliation avec ses origines, et malédiction ancestrale. Une intrigue riche, donc, avec une gravité peu fréquente dans les romans dit « jeunesse » – comme si un roman fantasy se devait d’être féérique. Même si nous sommes dans une ville sans vent, une ville qui semble préservée, ceux qui vivent en haut ignore souvent ceux qui vivent en bas et essaient de se hisser, dans la crainte de ne pas y parvenir. L’ascension sociale n’est pas une métaphore à Hyperborée. Et, quant à la place des femmes dans cette société, elle n’est pas si différente de ce qu’elle était dans la nôtre voici quelques décennies : à rappeler, à méditer, en se souvenant que ce n’est qu’en osant, en transgressant que l’on fait bouger les choses.

Un personnage m’a intrigué, étonné, il est le troisième narrateur de cette histoire, l’un des seuls qui sait où il veut en venir, il en sait plus qu’Arka et Lastyanax, et c’est avec lui que j’ai envie d’entrer das le tome 2.

Les tribulations d’Esther Parmentier de Maëlle Desard

Présentation de l’éditeur :

Esther Parmentier, 19 ans, sorcière non répertoriée, est embauchée pour un premier stage dans une agence très spéciale… Délires assurés !
Esther Parmentier a quitté sa Bretagne natale pour un stage à Strasbourg dans une société informatique quand elle est repérée par l’Agence de Contrôle et de Détection des Créatures Surnaturelles. Car Esther est une sorcière. À peine remise de cette découverte, et des tests visant à déterminer ses capacités, Esther apprend qu’elle n’a pas plus de pouvoirs qu’une allumette mouillée. Sa note sur l’échelle des pouvoirs est historiquement basse : 2 sur 82. Mais Esther est dotée d’un caractère de cochon, de solides capacités de déduction et est capable de résister aux pouvoirs de séduction des Créatures. Malgré son faible score, l’Agence décide donc de l’embaucher comme stagiaire.

Préambule :

Les règles que je respecte quand j’écris un avis :
– dire toujours ce que je pense ;
– ne pas chercher à modifier un livre : il est à prendre tel que l’auteur ou l’autrice l’a voulu.

Merci aux éditions Rageot et à Netgalley pour leur confiance.

Mon avis :

« C’est l’histoire d’une sorcière, d’une banshee, d’un djinn et d’une goule qui partent en Bretagne dans une voiture pétaradante pilotée par un fantôme. » chapitre 35.
Je trouve que cette phrase donne le ton, et résume assez bien l’histoire qui nous est racontée, histoire que j’aurai aimé lire quand j’étais ado. Ce n’est pas grave, j’ai aimé la lire, adulte, et il est probable que, comme Alana et l’enfant vampire de Cordélia ou Wicca – Le manoir des Sorcelage par Marie Alhinho c’est un livre que je relirai avec plaisir. Je ne vais pas me lancer dans une étude comparative entre ces trois oeuvres récentes, je vais me replonger tout de suite dans les tribulations d’Esther Parmentier.

Esther n’est pas parfaite, loin de là : elle a un poids indéterminé, un goût vestimentaire inclassable, et une chevelure indomptable. Elle effectue un stage de comptabilité qui la motive autant qu’il m’aurait motivée (c’est à dire, pas du tout). Seulement, comme pour beaucoup d’héroïnes, son destin change : par le biais d’un incident magique et d’une rencontre qui ne l’est pas moins, elle découvre ses pouvoirs de sorcière, ou, pour mieux dire, elle découvre qu’elle en a vraiment très peu. Qu’à cela ne tienne : elle a décroché un record historique, et surtout, elle est capable de résister aux pouvoirs de séduction des Créatures. J’ai presque envie de dire « les pauvres, ils n’ont pas l’habitude ».

Voici donc Esther, personnage principal et narratrice, qui découvre un univers très différent de ce qu’elle connaissait. Oui, les créatures surnaturelles sont parmi nous et si, comme tout le monde ai-je envie de dire, Esther sait distinguer un vampire d’un loup-garou, si elle apprécie très rapidement Mozzie, le fantôme qui fait partie de leur équipe et regrette que Marine, leur banshee, ne reçoive pas davantage de considération, elle approfondit ses connaissances sur leur manière de vivre, de s’intégrer à la société, et aussi de perpétuer leurs espèces : on ne devient pas un vampire comme cela. J’ai aimé justement, la présence de toutes ses créatures surnaturelles, sans qu’elles aient été hiérarchisées. Ah, bien sûr, elles ne s’entendent pas vraiment entre elles, pour cause de conflits conséquents survenus dans le passé. Non, Esther ne fera pas de gaffes, son tuteur s’en charge pour elle. Esther porte un regard assez étonnant sur lui (Loan pour les intimes et pour les autres aussi). Oui, elle a flashé sur lui, parce qu’il est l’archétype du vampire beau et ténébreux. Par contre, elle est assez circonspecte sur sa manière de se vêtir, tel un Neo qui aurait oublié que le temps avait passé. Oui, le roman est bourré de références qui m’ont fait sourire, autant que la capacité de Loan à…. composer des plans foireux ? Oui. Si Esther est une sorcière de niveau 2 sur 82, Loan ne doit pas être loin de ce score en tant que tuteur.

J’ai vraiment pris plaisir à lire les aventures d’Esther, à suivre cette intrigue au rythme soutenu, j’ai aimé aussi m’attacher à certains personnages comme Mozzie. J’ai aimé l’auto-dérision dont Esther est capable : « J’avais déjà été moche dans ma vie – mais à ce niveau ? Non. De l’art mes amis. Du GRAND art« . Il n’est pas question, comme il peut l’être dans des romans (jeunesse, fantasy, ou pas) de la relooker, de lui faire suivre un régime. Par contre, la pratique intensive du sport, elle n’y coupera pas – mais ce n’est pas du tout dans le but de changer de silhouette !

C’est à regret que j’ai terminé les aventures d’Esther, sorcière stagiaire. J’aimerai bien la retrouver pour de nouvelles aventures.

Au lac des bois de Tim O’Brien

édition Gallmeister – 310 pages

Présentation de l’éditeur :

Après son échec cuisant lors d’une primaire à une élection sénatoriale, John Wade part en vacances dans le nord sauvage du Minnesota avec sa femme Kathy, où il compte panser ses blessures. Au début de leur séjour, Kathy disparaît sans laisser de trace ni explications. Petit à petit, on apprend que la défaite électorale de John est due aux révélations faites dans la presse sur sa conduite au Viêt-nam. La disparition de Kate a-t-elle un rapport avec ses faits ? Tom O’Brien a voulu exorciser sa mémoire et raconter, par le biais de la fiction, une expérience terrible et unique, avec un remarquable mélange de pudeur, de respect et d’horreur.Mon avis :

Il s’agit, à première vue, d’une histoire simple : John voit sa carrière politique brisée, définitivement. Lui et sa femme, qui lui a tout sacrifié, ont eu besoin de se mettre au vert, au fin fond de l’état dont il voulait être le sénateur. Ils sont tous les deux dans un endroit isolé, près d’un lac : de nombreux locataires sont venus se reposer en ces lieux. Mais, un matin, un après-midi, au beau milieu de la nuit, on ne sait pas au juste tant John a mis du temps à s’apercevoir que Kathy n’était pas simplement partie en promenade, Kathy disparaît. Un bateau a disparu avec elle. L’a-t-elle pris ? Si oui, où peut-elle être ?
Le récit est rétrospectif, et c’est un narrateur anonyme, à la première personne, qui semble enquêter quelques temps après. Il recueille les confidences de la famille, des proches, des témoins aussi. L’un des enquêteurs a une certitude, se fiant à son intuition, ses impressions. Les autres aussi ont leur idée sur la question, qu’ils s’appuient sur les circonstances de la disparition de Kathy, sur ce qui s’est passé après, ou sur leur connaissance du passé de John.
Le sujet principal de ce livre, outre la soif de se réaliser à travers la politique, est la guerre du Vietnam, cette guerre dont on a besoin de parler, qu’il ne faut pas oublier. Déjà, à l’époque, les Etats-Unis se voulaient les sauveurs du monde et envoyaient au Vietnam des jeunes gens qui en sont revenus irrémédiablement changés – quand ils en sont revenus. Pas de romantisme, pas de sensationnalisme non plus : le récit est au plus près des faits, comme un reportage journalistique. C’est d’ailleurs ce que semble être le narrateur, qui est passé par les mêmes lieux que John, un an après les faits. Les faits ? Le massacre de deux cents à cinq cents civils à My Lay, par la compagnie Charlie, compagnie à laquelle appartenait John.
John, depuis sa jeunesse, se tient sur un fil ténu. Il a fait avec, avec un père alcoolique, déprimé, qui passait le plus clair de son temps à le rabaisser. Il a fait avec une femme qu’il aimait – Kathy – dont il n’a jamais respecté les désirs. Il a fait avec ce qui s’est passé au Vietnam, qu’il a fait disparaître de son esprit, comme si, tant que l’on n’en parlait pas, cela n’avait jamais existé. Il a passé tant de temps à concilier sa réalité avec la réalité qu’il ne sait même plus lui-même ce qui s’est passé au lac des bois, pas plus que le lecteur ne saura réellement ce qui s’est passé. A lui, parmi toutes les versions qui sont proposées, toutes les pistes qui ont été suivis, de choisir celle qui lui convient le mieux, entre noirceur et espoir mince.

Eclat(s) d’âme de Yuki Kamatani

Présentation de l’éditeur :

Deux jours avant les vacances d’été, je crois que… je suis mort ». C’est ce qu’a pensé Tasuku le jour où un de ses camarades de classe lui a piqué son smartphone, alors qu’il était en train de regarder un vidéo porno gay dessus. La rumeur s’est répandue comme une trainée de poudre. Tasuku, pense alors à se suicider, ne pouvant supporter cette réalité dont il n’avait pas encore complètement conscience lui-même, mais aussi par peur du regard de la société. Pourtant, alors qu’il s’apprête à sauter dans le vide, il aperçoit, au loin, une mystérieuse silhouette de jeune femme qui le devance et… saute dans le vide ?! Intrigué, terrorisé, il s’élance vers l’endroit d’où elle a sauté. Il y découvre, stupéfait, que la jeune femme est encore en vie, et qu’elle est l’hôte d’une sorte de résidence associative, véritable safe space où se réunissent diverses personnes LGBT. De rencontre en rencontre, le jeune lycéen va apprendre à se connaître, à s’accepter, et trouver sa place dans le monde.

Mon avis :

Manga tendre et touchant.
Le héros se questionne – comme beaucoup d’adolescents, d’adultes – il se questionne, et est presque sur de la réponse : il ressent de l’attirance pour les garçons et ne sait pas comment vivre avec cela, comment le dire à ses proches. Et s’ils ne l’acceptaient pas ?
Il va faire une rencontre, et je ne dirai pas qu’elle changera sa vie, je dirai qu’elle lui permettra de rencontrer d’autres personnes qui sont dans son cas – qui se sont questionnés aussi. Certains ont franchi le pas, d’autres ont encore du mal à s’accepter, à le dire aux autres, mais au moins ils disposent d’un lieu, rencontrent des personnes avec lesquelles ils peuvent parler sans crainte, sans fard.
Les dessins sont aussi sensibles que l’intrigue.
J’ai très envie de poursuivre cette série.

Le pacte de l’étrange de John Connolly

Je veux un homme qui de Tamara Balliana

Amazon Publishing France – 303 pages

Présentation de l’éditeur :

Oriane aime Jules, Jules veut l’aider à trouver l’amour.
Oriane, jeune policière sportive et célibataire, ne rencontre que des hommes qui ne l’intéressent pas, ou qui ne sont pas disponibles à l’instar de Jules, le patron du Café de la Place de Cadenel, qu’elle aime secrètement depuis l’adolescence.
De son côté, Jules est plutôt préoccupé par la préparation de sa soirée, qui s’annonce mémorable. Pari réussi… mais pas tout à fait comme il l’imaginait ! Voir tous ses plans partir en fumée, et se retrouver au poste menotté par Oriane ne faisait certainement pas partie du programme. Mais à cette occasion, lui qui n’a toujours accordé qu’une attention distraite à la jeune femme, s’aperçoit qu’il peut compter sur elle.
Petit à petit, leur amitié se développe, et Jules entreprend d’aider Oriane à trouver l’amour au moyen d’une liste : celle des qualités indispensables à l’homme de sa vie. Mais comment faire comprendre à Jules que le seul homme qu’elle veut, c’est lui ?

Merci à Amazon Publishing France et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

J’aime bien lire des romances de temps en temps. Je dois dire que celle-ci n’a pas été désagréable à lire même si, forcément, nous sommes dans une romance.
Des sujets graves sont abordés, comme le fait que le grand-père de l’héroïne, Oriane, soit devenu dépendant, obligé de vivre dans une maison de retraite, et perd peu à peu la mémoire au point de ne pas reconnaître, parfois sa petite-fille unique qu’il a élevé. Sujet sensible, abordé à la fois avec réalisme et sensibilité.
Oriane est donc l’héroïne de ce roman. Elle est policière, premier point qui peut faire fuir les hommes. Elle a un phsyique atypique, c’est à dire qu’elle est grande, sportive, et qu’elle a un nez que certaines se seraient empressés de corriger non grâce au contouring, mais par un chirurgien esthétique. J’ai aimé la manière dont Oriane assume son nez, et aussi le fait qu’elle rappelle que peut-être un de ses enfants en héritera, et qu’alors, il saura de qui il le tient (avec la chirurgie, ce serait fort compliqué). A méditer pour celles et ceux qui passent leur temps à retoucher leur apparence – ou à la modifier parce qu’ils n’assument pas leur ressemblance avec leurs parents, cela arrive aussi.
Autour d’Oriane gravitent ses amies, qui veulent absolument lui permettre de rencontrer quelqu’un. Nous suivons, aussi, leurs propres aventures amoureuses, qui viennent s’entrelacer avec celle d’Oriane. Après tout, il suffirait simplement que Jules, patron du café qu’elle aime depuis qu’elle est adolescente, tombe amoureux d’elle, lui qui ne pense qu’à demander en mariage sa compagne de longue date. Tout ne se passera pas vraiment comme prévu pour lui et pour Oriane, d’abord.
Jusqu’à présent, ma critique semble plutôt positive, alors qu’est-ce qui a coincé ? Le personnage du prêtre. Il a un nom tout droit tiré d’une romance irlandaise. Il est sympathique – tant mieux – et il marie en deux temps trois mouvements les amoureux qui le veulent (nous assisterons à un mariage dans ce roman). Si un tel prêtre existe, présentez le moi ! La préparation du mariage catholique dure à peu près un an, avec forces contraintes pour les futurs mariés. Peut-être les couples qui sont bien connus de leur paroisse, ceux qui allaient à la messe bien avant qu’un séduisant prêtre n’officie, ont droit à une préparation moins longue : je ne sais pas. J’ajoute que, s’il n’est plus nécessaire d’avoir communié pour être marié, les certificats de baptême des futurs mariés sont quasiment obligatoires (je modalise, en cas d’exception que je ne connaîtrai pas). Bref, de ce point de vue, nous sommes bien dans une romance – et moi, toujours anticléricale, cela ne changera pas. Cependant, je suis sûre que les amateurs de romance apprécieront ce roman.

Plus puissants que les dieux d’Hugo Buan

Présentation de l’éditeur :

Un mystérieux sarcophage est découvert au barrage de la Rance, Lucien Workan et ses coéquipiers vont enquêter sur cette étrange découverte… Alors que Workan et son équipe se torturent les méninges dans un stage de psychocriminologie censé les aider à mieux appréhender le profil comportemental des criminels, le divisionnaire Prigent leur confie une enquête pour le moins singulière.
Des plongeurs ont découvert un étrange sarcophage au pied du barrage de la Rance. Depuis quand ce mystérieux cercueil est-il envasé là ? Que recèle-t-il ? C’est avec stupeur que les flics y découvrent un répugnant cadavre momifié au sourire narquois. Un sourire jaune. Mais Workan, comme on le sait, n’aime pas qu’on se moque de lui…

Mon avis :

Il est des personnes qui aiment jeter de l’argent par les fenêtres. Si, si, je vous assure. Qui, me direz-vous ? Ceux qui ont financé le stage de psychocriminologie à l’usage du groupe Workan. Les trois sessions précédentes, avec trois autres groupes (forcément) se sont bien passées, bizarrement, avec Workan et les siens, cela coince largement. Heureusement, ils sont sauvés de cette formation inutile – et le formateur, peut-être, d’une agression certaine – par la découverte d’un sarcophage, au barrage de la Rance, qui relit Dinard à Saint-Malo (entre autres). Si le sarcophage avait été vide, nous aurions sans doute eu une enquête quand même, mais sur la tragique disparition d’un formateur.

Entre deux discussions/disputes avec la lieutenant Mahir, Workan a bien l’intention d’enquêter. Quelqu’un ose évoquer la prescription, ou le fait qu’au cours de l’enquête, il aurait un peu marché sur les plates-bandes de ses confrères malouins. L’évocation passe bizarrement excessivement rapidement. Un homme a été assassiné, et il n’est pas question de le laisser sans nom (une première étape), encore moins sans savoir comment il est arrivé dans ce coffrage qui ne lui était pas destiné.

Le barrage de la Rance ? C’est l’histoire de sa construction et aussi de ses opposants qui nous est contée. Dès le début, par la voix d’un des ingénieurs qui a travaillé à sa création, nous savons que l’enquête y reviendra sans arrêt, le plus souvent d’ailleurs au sens propre du terme. Nous savons aussi que cet octogénaire qui nous raconte son passé adore s’écouter parler. Oui, l’âge aidant, il est des personnes qui ont une folle envie de transmettre leurs souvenirs. Et des personnes qui se souviennent, ou pas, Workan en recherche – et en trouve.

Il faut aussi constater que les décès furent nombreux, lors de la construction, sans compter ceux dont on est « pas tout à faire sûr » de ce qu’ils sont devenus. Passons également les légendes – nombreuses – et la sensation d’une malédiction qui planerait après la découverte de ce sarcophage. Le mort se vengerait-il ? Pas besoin. Les vivants font très bien les choses eux-mêmes, et le nombre de morts s’accroit dangereusement au fil des jours. Il est heureusement des personnes qui, parfois, font preuve d’un peu de bon sens, à défaut de ne rien avoir à se reprocher. C’est fou aussi comme certains sont capables de se justifier d’actes injustifiables : ils ont eu beaucoup de temps pour cela aussi.

 

 

La nanny de Gilly MacMillan

Présentation de l’éditeur :

Jocelyn, sept ans, aime sa nourrice plus que tout. Lorsque celle-ci disparaît sans laisser de traces, Jo est inconsolable. Comment a-t-elle pu partir ainsi, sans même lui dire au revoir ?
Trente ans plus tard, Jo se voit obligée de retourner vivre dans la demeure familiale, malgré la relation conflictuelle qu’elle entretient avec sa mère.
Alors qu’elle passe des jours sombres dans la bâtisse immense et inquiétante, une nouvelle vient bouleverser son quotidien : Hannah, sa nourrice, est de retour. Jo exulte, ravie de retrouver enfin la seule personne qui l’a réellement aimée.
Mais lorsque des restes humains sont découverts dans le jardin, la situation vire au cauchemar. Que s’est-il réellement passé lorsqu’elle était enfant ? Quels secrets cachait sa nourrice et que fuyait-elle ? Peut-elle faire confiance à sa mère ?

Merci à Netgalley et aux éditions Les escales pour ce partenariat.

Mon avis :

La nanny est pour moi, avant tout, une histoire de femmes, une histoire de mère. Virginia, Jocelyn, Ruby : trois générations. Jocelyn est née à Lake Hall, un immense domaine, elle est la fille de Lord et lady Holt. Elle est très attachée à sa nourrice, Hannah. J’aimerai presque dire « gouvernante » à la place, tant Hannah s’occupe en permanence de la petite fille, Lady Holt lui déléguant totalement tout ce qui concerne sa fille, tous les « détails » la concernant – si elle a engagé une nourrice, c’est aussi pour cela. Un jour, Hannah disparaît, et Jo, qui lui est très attachée, ne comprend pas pourquoi. Les liens avec sa mère sont si distendus que Jo (elle ne supporte pas d’être appelée par son prénom complet) fait sa vie aux Etats-Unis, a une petite fille, et ne fait pas entrer ses propres parents dans la vie de sa fille. Mais son père meurt, son mari meurt, dans un accident de voiture. Il ne reste donc plus que la lignée féminine, et, ne pouvant rester aux Etats-Unis, elle trouve refuge auprès de sa mère. « Refuge », c’est beaucoup dire, tant les liens semblent impossibles à renouer.

Cela aurait presque pu être une histoire simple, si ce n’est que la narration, entre passé et présent, se double du récit d’Hannah, sur laquelle nous découvrons des éléments, ma foi, assez discordants – sa personnalité est loin d’être celle que percevait Jo. Il est non seulement intéressant de la découvrir elle, mais aussi de découvrir les personnes qui l’entouraient, et sa manière de percevoir la famille Holt.

Et elle réapparait, fusionnant ainsi le passé et le présent, nous poussant à découvrir ce qui s’est passé entre sa disparition et sa réapparition. Surtout, un squelette a été retrouvé au fond du lac, et puisque ce n’est pas Hannah, qui est-ce ? Plus la police (et Jo aussi, d’une certaine façon) cherche, plus des éléments inquiétants émergent. Et si l’enquêteur voit les événements de l’extérieur (du domaine), s’il les voit avec ses préjugés, force est de constater que Jo, pas plus que sa mère en son temps ne voit pas tout non plus, et un climat inquiétant s’instaure autour de Ruby, la seule qui n’est pas à même de se protéger.

Un polar qui m’a surprise, jusque dans son dénouement.

La lionne rouge de Marion Cabrol

Agatha Raisin – tome 22 : Du lard ou du cochon de M.C. Beaton

édition Albin Michel – 324 pages
Présentation de l’éditeur :
Noël a été décevant dans les Cotswold, fief d’Agatha Raisin. Pour réchauffer les coeurs et les estomacs, le petit village de Winter Parva propose une fête avec costumes, danseurs folkloriques et cochon de lait rôti.
Amatrice de barbecue, Agatha Raisin se jette sur l’occasion. Le tournebroche qui grésille a de quoi ravir les foules par cette journée brumeuse ! Mais lorsqu’on découvre que la bête n’est autre que le policier Gary Beech, assassiné et embroché, la fête tourne au cauchemar. Et celui-ci ne fait que commencer…. Car quelques jours plus tard, Amy, l’ex-femme de Gary, est retrouvée morte elle aussi. Cochon qui s’en dédit : Agatha se jure d’arrêter cette boucherie. Et de devenir vegan !
Mon avis :
Je continue, toujours, à lire les enquêtes d’Agatha Raisin. A mes yeux, les dernières enquêtes ont une forte tendance à suivre les mêmes schémas, et celle-ci ne fait pas exception : un gêneur, unanimement détesté, trouve une mort prématurée. La manière dont son cadavre a été dissimulée manque de vraisemblance, et ce ne sera que la première d’une liste, pas très longue, certes, mais bien réelle.
Agatha paie le prix de ce qu’elle a fait dans une enquête précédente. Se mêler de la vie privée de Toni n’était pas ce qu’elle a fait de mieux, mais elle ne pouvait pas prévoir ce que ferait Simon – par contre, elle aurait pu se douter que Toni ne prendrait pas très bien les choses. Ah, Toni et Simon, un couple digne de James et Agatha, si ce n’est que Toni, en dépit de quelques errances, sait ce qu’elle veut, et ne veut pas de l’homme qui partagera sa vie. Il faut dire qu’elle en verra des vertes et des pas mûres, Toni, dans ce livre, et que Simon est le roi des indécis – avec une bonne pincée d’invraisemblance, là aussi, dans son parcours.
L’enquête mènera Agatha très loin – et je me dis qu’elle parvient à se déplacer aussi facilement qu’à se retrouver dans des positions compliquées – Agatha et les siens passent leur temps à tenter d’échapper à la mort.
Si vous aimez Agatha, si vous aimez la suivre dans des péripéties multiples et variées, ce livre vous plaira, même si ce n’est pas sa meilleure enquête.