Nature morte avec pivert de Tom Robbins

Présentation de l’éditeur :

Leigh-Cheri, vingt ans, rousse, végétarienne, idéaliste et princesse de son état, vit en exil près de Seattle avec ses parents. Elle vient de quitter la fac, le cœur brisé par un membre de l’équipe de football et ne croit plus en l’amour. Mais alors qu’elle assiste à un festival écolo à Hawaï, au milieu des scientifiques et politiciens assemblés, elle rencontre Bernard Mickey Wrangle, hors-la-loi en cavale surnommé le Pivert. Il est roux comme elle, il veut dynamiter le festival, et il va lui prouver que l’amour existe.

Mon avis : 

Ce livre est le quatrième roman que je lis de Tom Robbins – il n’est resté que quatre mois dans ma PAL, ce qui est tout de même un progrès par rapport à ma vitesse habituelle à sortir un livre de ma PAL. Cependant, cette lecture est une petite déception.
La première partie (qui correspond aux phases I et II) est vraiment emballante, foutraque, mouvementée en un mot. Nous découvrons le Pivert, alias Bernard Mickey Wrangle, qui est un hors-la-loi bien décidé à ne tenir absolument aucun compte des lois, justement. Ni du verbiage dont les membres du festival semble avoir fait leur spécialité. Ces participants écolos, à une époque où on ne l’était pas temps que cela, parlent beaucoup, disent énormément d’ineptie et ne réfléchissent pas vraiment. Quant à écouter ceux qui ont un raisonnement qui se tient, on oublie ! Le Pivert, lui, est nettement plus directif : « Quand tu rends la société responsable, tu finis par te tourner vers la société pour trouver des solutions. Exactement comme ces pauvres névrosés du festival. On a tendance aujourd’hui à éliminer la responsabilité morale individuelle et à traiter les gens comme des victimes du contexte social. »
Il faut dire qu’à ce festival, le Pivert a rencontré une authentique princesse, Leigh-Cheri, fille d’un roi déchu qui ne pense plus qu’au poker, et d’une reine qui a attrapé quelques tics américains. Depuis la révolution qui a secoué leur petit pays, ils ont trouvé refuge aux USA, pays qui les espionne au cas où – et les bévues des personnes chargées de les espionner et d’interpréter leurs propos sont confondantes de drôlerie. Toute ressemblance avec des souverains déchus ne serait que coïncidence, bien entendu, cependant j’ai trouvé amusant que ce livre parle du duc d’Orléans, et de son frère Thibault, qui était encore vivant au moment où ce livre a été écrit. J’ai aimé aussi, dans un tout autre registre, qu’il soit fait allusion aux Enfants du paradis de Marcel Carné. J’ai aimé aussi les interruptions du romancier, aux prises avec sa machine électrique flambant neuve. On n’arrête pas le progrès ! « Si cette machine à écrire n’y arrive pas, eh bien je déclare que c’est foutrement infaisable ».
Cependant, après la phase III disparaît le Pivert, et nous retrouvons, par amour, Leigh-Cheri recluse volontaire dans le grenier familial. Elle ne fait rien, si ce n’est regarder la lune, et échafauder une théorie métaphysique au sujet du paquet de Camel dont Bernard, alias le Pivert, lui avait dit qu’il était son meilleur ami en cas d’enfermement. Son interprétation ésotérique m’a vraiment ennuyée et je n’ai vraiment retrouvé tout mon intérêt qu’au moment où le Pivert revient en scène, à quelques pages du dénouement.
Bien sûr, les fans de l’auteur retrouveront l’univers bien particulier de Tom Robbins, ses thèmes de prédilection, même ses manières de créer des péripéties dans l’intrigue (le lecteur n’est ni à une explosion ni à un départ pour le moyen-orient près). Je regrette simplement que ce tome n’ait pas eu, tout du long, la saveur des cent premières pages.

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Une blonde à Manhattan d’Adrien Gombeaud

Présentation de l’éditeur :

New York, 1955. Marilyn Monroe quitte Hollywood pour échapper à l’emprise des studios et à son image de blonde écervelée. Elle se réinvente en fréquentant l’élite intellectuelle et les cours de l’Actors Studio. Pour témoigner de cette nouvelle Marilyn, un magazine populaire engage le photographe Ed Feingersh. Ensemble, Ed et Marilyn inventent un style de reportage qui emporte le lecteur dans l’intimité de la star. Créatif et téméraire, il la suit pas à pas dans les rues, le métro ou les bars de Manhattan. De son objectif jaillissent les images sensibles d’une femme sans fard, une passante presque ordinaire, heureuse, mélancolique, impériale et solitaire. Cinquante ans plus tard, ces clichés cachent encore une énigme : alors que l’actrice entrait dans la légende, le photographe disparaissait sans laisser de trace. Le temps d’une semaine, il avait su voir Marilyn comme personne avant lui.

Mon avis : 

Ce livre est à réserver aux fans de Marilyn Monroe, à ceux qui veulent en savoir plus sur elle, sur son cheminement artistique, et sur le photographe, Ed Feingersh qui fit le reportage sur son arrivée à Manhattan, alors qu’elle était décidée à donner un nouveau cap à sa vie. Ces photos ont été retrouvées par hasard, et celui qui les a retrouvées a tout de suite vu leur valeur – monétaire plus qu’artistique à ses yeux, certainement. Des photos inédites de Marilyn ! Des photos publiées en 1955 et que personne n’avait revu depuis – l’une d’entre elles illustre l’édition française de Blonde de Joyce Carol Oates.
Ne cherchez pas dans ce livre des révélations sordides. Adrien Gombaud n’occulte pas les moments difficiles des années 1955-1962 (l’internement de Marilyn, ses fausses couches), il s’interroge sur ce que suscite encore Marilyn aujourd’hui, l’hyper sexualisation de son image au point que les écrits qu’elle a inspirés sont bien plus osés que ses films ou ses photos. Plus qu’aux photos d’Ed Feingersh qui illustre ce livre, je pense aux dernières photos de Marilyn, sur lesquelles sa cicatrice post-opératoire est bien visible.
Il s’interroge aussi sur la notion de « Marilyn, la vraie » ou les explications comme quoi il y aurait eu Marilyn d’un côté, Norma Jeane de l’autre. Il démontre à quel point ceci est un peu trop simple : qui savait, finalement, à par elle-même, qui était vraiment Marilyn.
Curieuse rencontre, cinq jours à peine dans leur vie, que celle de ces deux êtres, Marilyn et Edwin, tous deux morts d’une surdose de barbituriques. Si l’une cherchait la lumière, l’autre tendait vers l’effacement, l’oubli – ne rien laisser derrière lui. Une blonde à Manhattan, un livre pour découvrir les années pendant lesquelles Marilyn Monroe a voulu s’affirmer en tant qu’actrice et productrice, loin de l’image que les studios renvoyaient d’elle.

La cible était française de Lee Child

Présentation de l’éditeur :

Émoi dans tous les services de sécurité du monde: un inconnu vient de tirer sur le président de la République française à Paris, et la balle est américaine. Le sniper a touché l’écran de protection à la distance phénoménale de 1 400 mètres et l’avertissement est clair : la prochaine fois, ce sera au sommet du G8. Et Dieu sait combien il y fera de victimes.
Mais qui est ce tireur d’élite ? Seuls quatre hommes sont susceptibles d’avoir accompli cet exploit, et l’un deux, John Kott, est un Américain que Jack Reacher a fait mettre en prison quinze ans plus tôt. Aujourd’hui libéré, l’homme reste introuvable. Et c’est Jack Reacher que l’armée missionne en secret pour mettre la main sur le tireur.

Mon avis : 

Retrouver Jack Reacher, c’est un peu comme retrouver James Bond : l’on sait que l’on vivra des aventures mouvementées à ses côtés et que le dénouement le verra partir comme un poor lonesome soldier (pour le cow boy, il lui manque Jolly Jumper).
Après le tome précédent, qui bouclait la boucle en quelque sorte, je me demandais où nous entraîneraient les aventures de Jack Reacher. La réponse est simple : en Europe ! Au passage, on ne peut pas vraiment accuser Jack d’être francophile ou anglophile. La cible était française, nous dit le titre, mais l’autre personne que le tireur cherchait à atteindre, c’était bien Jack Reacher. Dans certains cas, la vengeance est un plat qui se mange froid.
Ce n’est pas tant le passé qui rattrape Jack, que ses souvenirs. La jeune Casey, qui l’accompagne pour cette mission, lui rappelle Dominique, et les mauvaises décisions qui ont conduit à la mort de la jeune femme, des années plus tôt. Casey n’est pas Dominique, ne cesse de se répéter Jack. Il ne cesse non plus de tenter de lui donner davantage confiance en elle, puisqu’elle n’est pas arrivée par hasard à son poste.
Oui, Jack est prévisible, il le dit lui-même, et certaines de ses réactions le sont, effectivement. Et si Casey a encore des états d’âme, pour Jack, il s’agit avant toute chose de se tirer d’affaire, tout en effectuant la mission qui lui a été confiée. Prévisible, on vous dit, mais lucide aussi.
Je me demande où nous entraînerons ces prochaines aventures.

Les disparues du marais d’Elly Griffiths

Présentation de l’éditeur :
Entre la découverte d’ossements datant de l’âge de fer et la disparition il y a dix ans de la petite Lucy, a priori rien à voir. Mais une nouvelle fillette est enlevée et la police reçoit une lettre dans laquelle le ravisseur fait allusion à de mystérieux rites sacrificiels de la préhistoire. Ruth Galloway, professeur d’archéologie brillante et solitaire, se mêle à l’enquête, quitte à s’approcher au plus près du danger…

Mon avis :

J’ai enchaîné le tome 1 après le tome 2, et j’ai été encore une fois conquise par l’auteur et sa manière de construire le récit. En effet, là où d’autres nous feraient subir une centaine de pages d’introduction, nous montrerait Harry Nelson et Ruth Galloway dans leur milieu naturel respectif (la police pour l’un, l’université et les fouilles archéologiques pour l’autre), l’auteur fait le choix de débuter quasiment par leur rencontre, ou pourquoi l’inspecteur Nelson a besoin d’une experte en ossements.
En effet, Nelson est déjà tel que dans le deuxième opus : survolté. Il ne renonce pas, même après dix ans, surtout quand une affaire en tout point semblable à la première se profile : la disparition d’une enfant de cinq ans. Faire une pause, ménager des susceptibilités, penser à sa carrière, ce n’est pas pour lui. Tenter de préserver sa vie privée, oui. Lucide, il ne cache pas à Ruth qu’il n’a négligé vraiment aucune piste, et tant pis pour les âmes sensibles.
Ruth, elle, est un peu secouée par le côté direct de Nelson, qui n’a pas l’habitude de ne pas être obéi immédiatement. Comme dans le premier volume, j’ai apprécié la description de cette femme. Oui, elle pèse 79 kilos, elle s’habille de tenue pratique, ou stricts selon son activité (fouille ou cours à l’université) et nous n’aurons pas de portrait plus précis, nous épargnant ainsi quelques clichés.
Tous deux se trouvent faire équipe pour retrouver Scarlet, la petite fille disparue, et peut-être Lucy, disparue depuis dix ans. L’ambiance – les marais, les dangers qui rôdent – m’ont parfois fait penser aux romans de Preston et Child, ce qui pour moi est loin d’être un défaut.
Cette enquête nous plonge dans le passé de chacun des deux protagonistes. Nelson a déjà fait preuve de pugnacité dans le passé, pugnacité pour laquelle certains ne l’apprécient guère. La police, c’est l’ennemi, et l’on n’est près, parfois, à aller très loin pour lui mettre des bâtons dans les roues.
Autre cliché qui est vite expédiée : ces personnages qui « oublient » leur téléphone portable aux moments cruciaux, ou qui tombent en panne de batterie, ce qui décale toutes les communications et fait piétiner l’enquête. Je ne dis pas qu’il est impossible d’oublier son portable quand on a un tueur à ses trousses, je dis simplement que Nelson et Galloway communiquent très fréquemment dans ce livre, Nelson n’ayant pas non plus l’habitude qu’on ne lui réponde pas quand il a besoin de joindre quelqu’un, et Ruth n’a pas l’intention de lui cacher certains faits qu’elle a découvert, même si elle ne « bondit » pas sur son téléphone pour les lui apprendre. D’autres n’hésitent pas à lui rendre visite s’ils ont quelque chose d’urgent à lui communiquer. Plus pratique que cent pages d’atermoiements pour faire bouger les choses.
Je ne vous ai pas encore parlé de Cathbad, qui a pourtant une place bien particulière dans ce livre, hors-norme et flamboyante. Comme le dit Nelson : Si jamais ils se perdent [dans les marais], il tuera Cathbad d’abord et l’arrêtera ensuite.
Bref, pour moi, il ne reste qu’une solution : lire les neuf tomes restant en VO.

Le secret des orphelins d’Elly Griffiths

Présentation de l’éditeur :

Un squelette d’enfant décapité est retrouvé sous la porte d’une vieille bâtisse victorienne à Norwich. S’agit-il d’un sacrifice datant de la période romaine ou de la dépouille d’un petit pensionnaire échappé de l’orphelinat qui occupait les lieux dans les années 1970 ?

Mon avis :

Je vais vous parler aujourd’hui d’un roman policier que j’ai découvert grâce aux éditions Presse de la cité et à Netgalley. Ce roman m’a vraiment énormément plu, au point qu’à peine fini, j’allais chercher le premier tome de la série à la bibliothèque.
Qu’est-ce qui m’a donc tant plu dans cette lecture ? Les personnages, tout d’abord. Nous trouvons un duo classique, l’archéologue spécialiste en datation Ruth Galloway, dont le nom fleure bon la Grande Bretagne et l’inspecteur Harry Nelson, qui n’est pas sans rappeler un autre inspecteur, américain celui-ci, et aussi un célèbre amiral. Classique, oui, sauf dans leur portrait. J’en ai plus qu’assez de ces livres dans lequel des personnages féminins ont des physiques parfaits, des hanches « minces », des ventres « plats » ou alors des « courbes pulpeuses ». Ruth, et bien, est une femme qui ne rentre pas dans cette injonction littéraire et sociétal, elle a une silhouette un peu ronde, banale, porte des vêtements confortables, pratiques et ne fait rien pour modifier sa silhouette. Célibataire, athée convaincue ayant du mal avec ses parents « born again », elle est passionnée par son métier et adore son chat, qui le lui rend bien. Elle a des amis, très différents d’elle parfois. Je pense à Shona, la femme fatale splendide et flamboyante ou Cathbad, l’excentrique sur qui elle peut toujours compter.
L’inspecteur Harry Nelson est un enquêteur survolté. Le flegme anglais ? Vous le trouverez dans un autre roman, sans doute, mais là, non. Homme de terrain, Nelson ne ménage pas sa peine, utilise au mieux les capacités de ses enquêteurs, et va au bout des pistes qui se présentent à lui, sans rien négliger. Côté vie privée, il ne se ménage pas non plus. Marié, deux filles, il essaie de mener une vie de famille, une vie de couple presque sereine. Oui, tout est dans le presque, comme souvent, mais Nelson aime les siens, personne ne peut dire le contraire.
Pour ces deux personnages singuliers, pour des personnages secondaires qui le sont tout autant, et qui se découvriront peu à peu au cours de la lecture, il fallait une intrigue qui l’est tout autant. La découverte du squelette d’un enfant décapité n’est pas une affaire banale. Pas de faux suspens : le lecteur sait le plus vite que la technique le permet que nous ne sommes pas face à une tombe médiéval. Comme le lieu a été il y a quelques décennies un orphelinat, le lecteur a forcément des références, des clichés qui lui viennent, surtout quand il apprend que deux enfants, frère et soeur, ont disparu et que nul, en dépit des recherches effectuées, ne sait ce qu’il est advenu d’eux. Cold case ? Oui, presque, parce que Nelson va aussi relancer cette enquête, retrouver des personnes qui ont vécu dans cet orphelinat. Le prêtre, d’abord, qui, à prêt de 80 ans, semble avoir conservé la même bienveillance. Un ancien pensionnaire, qui garde un bon souvenir de lui et de cet époque. Une soeur, tourmentée par l’âge et la maladie. Les propriétaires aussi, dont la volonté de transformer les lieux a conduit à retrouver le corps, ainsi que celui d’un chat décapité. Nelson retrouve aussi un des policiers qui a enquêté pendant les années 70 et se souvient de l’énergie déployée à l’époque.
Energie, oui, c’est le mot qui domine vraiment parce qu’à la force déployée par les enquêteurs pour découvrir la vérité s’oppose une autre force qui fait tout pour nuire à l’enquête. Pas les traditionnels bâtons dans les roues des puissants pour que l’on ne sache rien, non – bien trop classique. C’est à la fois plus subtil et plus violent.
Si vous aimez les romans policiers, la mythologie, si vous savez que l’homme est capable du meilleur mais aussi du pire, si vous êtes capable de regarder en face sa cruauté et sa violence, alors vous aimerez lire ce livre.

Les panthères grises de Patrick Eudeline

Présentation de l’éditeur :

Il y a eu les Chaussettes noires,
il y a eu les Blacks Panthers.
Voici désormais venu le temps des Panthères grises.
Ils ont soixante ans et plus beaucoup de scènes underground à électriser. Reformer le groupe le temps du mariage de l’un de leurs petits-fils, c’est pas vraiment ce qu’on pourrait appeler un grand rêve. Mais c’est le seul qu’il leur reste.

Mon avis :

Let me introduce les panthères grises ! The show must go on – ou presque. Guy et Didier ont vu le monde changer, et pas vraiment comme ils l’auraient voulu. A l’heure de la retraite, ils reforment leur groupe de rock, remontent sur scène et… et bien, non, ils n’électrisent pas vraiment les foules, ils animent le mariage du petit fils de l’un d’entre eux, Enzo, et l’on ne peut pas vraiment dire que le jeune homme, tout à la construction de sa vie (poursuite des études, travail, mariage, maison, futur enfant) ait véritablement apprécié le talent musical de son aïeul. Nan, il l’enverrait même bien en maison de retraite, et fissa, voir même plus, pour ses velléités musicales, prémices de la démence pour lui. Vous l’aurez compris, les liens familiaux sont un peu distendus. Au milieu, la fille de Guy apparaît comme le symbole de notre époque : infirmière, dépressive dans un milieu hospitalier en déliquescence, elle n’a pas (plus ?) la force de se lancer dans une aventure professionnelle en solo.
Bref, tout ne va pas bien dans le meilleur des mondes, même Guy se fait l’effet d’être devenu ce qu’il redoutait le plus : un réac. De l’autre côté, nous trouvons Patrick, professeur oui, mais surtout bohème qui s’est laissé porter par les événements et qui aujourd’hui voudrait agir, accomplir quelque chose, voir bouger la société. Nadire, enfin, et madame Mado, sa compagne, tiennent tous les deux un café à Pigalle, un café « comme avant », loin de la gentrification du quartier (j’ai pensé à la chanson de Georges Ulmer en lisant la description du quartier, de leur café). Ancien braqueur, un peu flambeur, Nordine s’ennuie un peu. Alors quand une occasion se présente, presque sur un plateau d’argent,il veut renouer avec son passé. A condition de trouver des personnes prêtes à l’accompagner dans son aventure. Je vous laisse deviner de qui il s’agira.
Oui, le roman s’inscrit dans l’actualité, brocardant au passage les starlettes et leurs admirateurs. Anecdotique ? Pas vraiment, plutôt une radiographie pas très optimiste de notre société frileuse. Le livre se clôt, tout de même, sur une note d’espoir. Reste à faire réellement bouger les choses.

Addict de James Renner

Présentation de l’éditeur : 

Mieux qu’un roman : l’histoire vraie d’un addict des crimes non résolus.
En 2004, la voiture accidentée d’une élève infirmière sans histoires, Maura Murray, est retrouvée à des centaines de kilomètres de chez elle. Aucune trace de la jeune fille, qui était sur le point de se marier. Plus troublant encore, lorsqu’on ouvre son appartement, on constate qu’elle s’apprêtait à déménager, alors qu’elle n’en avait parlé à personne, ni à ses amies, ni à son futur mari, ni à sa famille. Quel était le secret de Maura ? Et qu’est-elle devenue ? […] Récit d’une étrange obsession tout autant qu’enquête détaillée et passionnante, Addict est un document exceptionnel, qui fera date dans l’histoire du genre.

Mon avis : 

Il est des choses qui ne s’expliquent pas, comme le fait que j’ai pratiquement lu ce récit d’une traite. En effet, il s’agit bien d’un récit, qui nous renseigne à la fois sur la disparition d’une jeune femme, Maura Murray, et sur l’auteur, James Renner, qui, depuis l’adolescence, est accro aux affaires non résolues.
Ce récit est effrayant, pas seulement à cause de la disparition de Maura et de celles d’autres jeunes femmes, non. Ce qui m’a effrayé est la manière dont les jeunes enfants étaient considérés. Si jeune qu’il soit, Casey, le fils de James Renner, se retrouve déjà sous traitement médicamenteux, après avoir été exclu de plusieurs écoles maternelles. Je crois sincèrement qu’il y aurait un travail de fond à faire pour couper la transmission de la violence telle qu’elle l’est depuis plusieurs générations dans la famille de l’auteur – oui, je donne mon avis sur sa vie, mais c’est lui qui parle de ses problèmes personnels et familiaux. Ou comment il est devenu cet homme obsédé par les affaires non résolus, qui se laisse bouffer par la part de ténèbres de ces enquêtes.
L’originalité de ce récit ? Je pense d’abord à l’utilisation des réseaux sociaux pour glaner des informations, retrouver les personnes disparues. L’auteur a des informateurs qui, eux aussi, sont passionnés par le sujet. Ceux qui ne semblent pas véritablement intéressés sont les proches de la disparue, qui ne veulent pas communiquer au sujet de Maura et qui, pour certains, semblent avoir perdu pied dans leur vie. Ce récit montre aussi la différence entre le portrait donné officiellement, absolument idyllique et le portrait qui se dessine après les recherches de Renner. Où est la vérité ? Probablement entre les deux.
Addict, un livre qui m’a donné envie d’explorer ce genre littéraire.