Le carnaval des ombres de R.J. Ellory

édition Sonatine – 648 pages

Présentation de l’éditeur :

 » Pourquoi avez-vous si peur, agent Travis ?  »
1958. Un cirque ambulant, avec son lot de freaks, d’attractions et de bizarreries, vient de planter son chapiteau dans la petite ville de Seneca Falls, au Kansas. Sous les regards émerveillés des enfants et des adultes, la troupe déploie un spectacle fait d’enchantements et d’illusions. Mais l’atmosphère magique est troublée par une découverte macabre : sous le carrousel gît le corps d’un inconnu, présentant d’étranges tatouages.
Dépêché sur les lieux, l’agent spécial Michael Travis se heurte à une énigme qui tient en échec ses talents d’enquêteur. Les membres du cirque, dirigés par le mystérieux Edgar Doyle, ne sont guère enclins à livrer leurs secrets. On parle de magie, de conspiration. Mais l’affaire va bientôt prendre un tour tout à fait inattendu.

Mon avis :

Ce roman marque ma première rencontre avec l’oeuvre de R.J. Ellory. Eh oui : même si plusieurs de ses romans sont dans ma PAL, il est le premier que je lis.
Je ne savais pas vraiment dans quoi je m’aventurais. Nous sommes à la fin des années cinquante, période charnière qui ne sait pas encore qu’elle le sera. L’agent spécial Michael Travis, qui vient d’avoir une promotion, est envoyé dans le Kansas – état qui évoque toujours Le magicien d’Oz pour des milliers de lecteurs. Il doit enquêter sur un meurtre en apparence banal : un meurtre dans un cirque. A vrai dire, on peut même se demander pourquoi un agent spécial du FBI est mandaté pour enquêter. Serait-ce parce que personne ne connaît la victime ? Ou parce que les membres du cirque sont tous des personnes qui ne rentrent pas dans le moule de la société ?
Je ne m’attendais pas à ce que j’ai trouvé à cette lecture, c’est certain. Je pensais que l’on évoluerait davantage dans le monde du cirque, que l’on explorerait davantage ce Kansas rural, justement. A la place, c’est tout d’abord l’âme et le passé de l’agent Travis que nous explorons. Le récit entrelace le présent avec le passé, ce passé qui aurait pu poser problème à l’agent pour devenir ce qu’il est – un excellent agent, semblant n’éprouver aucune émotion, avant de revenir à ce que le cirque a pu apporter aux villages qu’il traverse, aux gens qui se déplacent pour voir ses artistes hors-norme, et en ressortent en ayant changé d’avis sur eux.
En fait, c’est davantage dans le Nebraska que nous serons entraînés, avec sa violence et son indifférence ordinaire, le Nebraska, clef de ce fameux passé de l’agent Travis. Son présent ? Au service de cette agence fondée par Hoover, agence dont le récit nous amènera à explorer les méandres, forçant Travis à reconsidérer ce qu’avaient été sa vie et ses convictions jusque-là.
Effrayant ? Oui. Ce récit nous montre de quoi certaines personnes sont capables au nom de…. Au nom de quoi, au juste ? De la protection de leur pays ? En tout cas, ce n’est certainement pas au nom de la justice.
Le carnaval des ombres est une oeuvre dense, riche, dont les méandres méritent que le lecteur prenne le temps de les explorer.

L’école des rêves, tome 2 : Les voyageurs de Paul Ivoire

Présentation de l’éditeur :

Il faut sauver la fabrique des rêves !
Loin au-dessus de nos têtes, par-delà les nuages, se trouve le monde d’Evêria, où sont fabriqués les rêves des humains. C’est la panique à l’École des rêves, où le jeune Kimlan vient de faire sa rentrée ! De dangereuses chauves-souris attaquent les élèves et les bulles qui contiennent les rêves ne sont plus envoyées sur Terre. Kimlan est persuadé que le responsable de tous ces problèmes est le Sanguin, un élève de deuxième année. Mais bientôt, le doute s’installe : et si cette situation était en fait l’oeuvre diabolique… d’un humain ?

Merci aux éditions Poulpe Fictions et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis ;

Quand j’ai refermé le premier tome de l’école des rêves, j’espérais qu’il ne s’agissait que d’un premier tome, justement. La lecture de ce second tome confirme tout le bien que je pense de cette série.

Les personnages avaient encore beaucoup à nous dire, et ils nous en disent beaucoup sur ce monde des rêves, sur l’importance aussi, de ce temps de repos nocturne pour le psychisme. Rêves et cauchemar sont indispensables pour l’être humain. Et ce sont sur les humains, justement, que veillent Kimlan, les autres élèves et les professeurs. C’est peu de dire qu’ils ont du pain sur la planche et que leurs aventures sont mouvementées, elles le sont ! Si certains personnages semblent ne pas avoir changé, cela ne veut, finalement, rien dire, parce que le monde de L’école des rêves n’est pas un monde figé, n’est pas non plus un monde manichéen, les personnages sont loin d’être simplistes, même ceux que l’on pourrait considérer comme des adversaires de ce fameux monde des rêves.

Autre atout du livre : les dessins d’Antoine Brivet qui illustrent parfaitement ce monde si particulier.

Un univers littéraire à découvrir !

Les enquêtes de lady Hardcastle, tome 2 : Meurtres dans un village anglais

City éditions – 348 pages.

Présentation de l’éditeur :

En ce printemps 1909, Lady Hardcastle, aristocrate excentrique et détective amateur, profite d’un repos bien mérité dans le coin de campagne anglaise où elle s’est installée. Un calme qui est de courte durée… Spencer Caradine, un fermier local, s’effondre raide mort à la taverne, la tête dans sa tourte. Meurtre ou accident ? Inutile de compter sur les policiers locaux pas très futés pour lever le voile sur ce mystère. Lady Hardcastle et à sa dame de compagnie, Florence, doivent prendre les choses en main et mener l’enquête. Mais la liste des suspects s’avère longue comme un jour sans pain… Entre la femme de Caradine amoureuse d’un autre, son fils qui le haïssait et les villageois dont il prenait un malin plaisir à pourrir la vie, la victime n’avait que des ennemis. Les enquêtrices de choc vont devoir mobiliser une bonne dose d’astuces et de crochets du droit si elles veulent pouvoir savourer le brandy de la victoire !

Mon avis :

Il va tout de même falloir lancer une alerte générale : tenez-vous éloigné le plus possible des quiches et des tourtes ! Elles sont dangereuses à un point qu’il est difficile d’imaginer ! Elles ont relégué aux oubliettes les armes à feu et les armes blanches. Avec elles, pas besoin de savoir tirer, pas besoin de savoir viser, elles ne nécessitent pas de force physique particulière. Elles ne nécessitent même pas de savoir cuisiner ! Si elles étaient comestibles, il n’y aurait pas de mort. Oui, manger une tourte ou une quiche dans un roman policier, c’est l’assurance de devenir LA victime dont il faudra élucider le meurtre rapidement.

Heureusement, lady Hardcastle s’est remise de ce qui lui est arrivé à la fin du tome 1. Non, je ne spoile pas : si elle n’avait pas survécu, elle ne serait pas l’héroïne enquêtrice du tome 2. Il n’y aurait peut-être même pas de tome 2, d’ailleurs. La police est débordée, la police a besoin d’elle, de ses talents, et des talents de Florence Armstrong, sa domestique/bras droit/meilleure amie. Puis, le meurtre n’est pas encore prouvé, il pourrait s’agir d’une mort naturelle. Les troubles digestifs sévères entraînant la mort existent et Spencer Caradine, qui avait acheté du bétail à lady Farley-Stroud la semaine précédente, aurait pu y succomber.

Les suspects ne manquent pas, c’est un souci. Ils sont même tellement nombreux que les voir chacun à leur tour prend du temps. Qu’à cela ne tienne ! Lady Emily Hardcastle a à coeur d’aider la police et d’apaiser son amie lady Farley-Stroud, qui a été témoin de la mort de Spencer Caradine. Marché aux bestiaux et match de rugby n’auront bientôt plus de secret pour elle, non plus que la conduite de voitures automobiles. Oui, lady Hardcastle apprécie tellement de se déplacer en voiture qu’elle en achète une – et pas question d’embaucher un chauffeur !

Comme pour le premier tome, le rythme est enlevé, l’humour est toujours caustique. Si Florence Armstrong admet croire au surnaturel, ce serait mal la connaître que de penser qu’elle ne sait pas qu’il existe plus d’escrocs que de vrais médiums. Les « trucs » existent et si, quand on regarde un spectacle de magie, on accepte d’être dupée, il n’en est pas de même quand des personnes abusent de la faiblesse, de la douleur des autres. Ce n’est pas parce que le ton est enlevé et que les deux héroïnes ne se ménagent pas qu’il faut oublier qu’un délit, un crime, entraînent toujours des conséquences. Ce n’est pas non plus parce que la victime n’était pas sympathique qu’il faut laisser son meurtre impuni, ce serait beaucoup trop facile, et amènerait certains à croire que certains crimes sont « autorisés ».

Un tome 3 devrait paraître début septembre, je le lirai, bien entendu.

PS : je suis allée sur le site de l’auteur T.E. Kinsey, et j’ai découvert qu’il existait huit tomes écrits à ce jour.

Charlie et la chocolaterie de Roald Dahl

Présentation de l’éditeur :

Le métier de visseur de capuchons de tubes de dentifrice ne permettait pas à Mr Bucket de subvenir aux besoins de sa nombreuse famille : Mrs Bucket son épouse, grand-maman Joséphine et grand-papa Joe, grand-papa Georges et grand-maman Georgina. Sans oublier son fils Charlie dont le rêve le plus fou était de manger du chocolat ! Aussi, quelle ne fut pas l’émotion du jeune garçon en apprenant que Willy Wonka invitait cinq enfants à visiter sa merveilleuse chocolaterie, la plus célèbre du monde entier. Les cinq enfants qui découvriraient un ticket d’or caché dans cinq bâtons de chocolat…

Mon avis :

La première fois que j’ai lu Charlie et la chocolaterie, c’était en 2005 : le film de Tim Burton allait sortir et j’organisais la sortie scolaire pour emmener tous les sixièmes de mon établissement au cinéma. Si vous enseignez dans une grande ville, cela ne vous semblera peut-être rien. A Trou-Paumé-les-Bruyères, même encore aujourd’hui, il arrive que des enfants nous disent : « merci, c’est la première fois que je vais au cinéma. »

Bien sûr, j’ai gardé des souvenirs de ma lecture et du film. Mais l’on en arrive à oublier beaucoup de choses. Par exemple, j’avais oublié l’extrême pauvreté dans laquelle grandit Charlie. Sa mère s’occupe à plein temps des quatre grands-parents, tous impotents. Le père est ouvrier – et visser des capuchons de tubes de dentifrice n’offre pas des salaires mirobolants. Manger à leur faim est déjà compliqué, alors se permettre des fantaisies alimentaires… L’on pourrait dire que l’on est dans un conte, et pourtant. Combien d’enfants ne mangent de repas équilibrés qu’à la cantine ? Les chiffres manquent, et si le confinement a permis d’en parler, un peu, le sujet est très vite passé à la trappe.

Comme dans un conte, cependant, un objet fabuleux doit être découvert. Il ne s’agit pas de mérite, de courage, mais de hasard : cinq tickets d’or ont été cachés dans les célèbres tablettes au chocolat de Willy Wonka. L’anniversaire de Charlie approche, anniversaire pour lequel il reçoit une tablette de chocolat, qu’il mange petit à petit, comme jadis, d’autres enfants recevaient une orange. Mais les jours passent et d’autres enfants – Augustus, Veruca, Violet, Mike – trouvent le ticket, grâce à la goinfrerie ou aux moyens financiers de leurs parents (l’un n’allait pas sans l’autre). Le miracle survient cependant : grâce à son grand-père Joe, Charlie parvient à acheter une barre de chocolat qui contient le dernier ticket d’or. Fin de ce que je considère comme la première partie du roman, cette quête du ticket d’or, ces portraits des quatre enfants gagnants, tous jugés par la famille Bucket comme désagréables et trop gâtés.

La seconde partie est remplie de fantaisie. C’est un univers de conte que celui de la chocolaterie, avec toutes ses salles, ses inventions, pas toutes encore au point, ses sucreries à portée de main. Tous ne résisteront pas, pour mieux dire, les quatre autres enfants, les uns après les autres, seront incapables de respecter les interdits posés par Willy Wonka. Pour quelles raisons ? Leurs parents ne leur ont jamais posé d’interdits. Augustus mange constamment ? Pas grave, il a sans doute besoin de beaucoup manger. Veruca fait caprice sur caprice ? Papa a les moyens de les satisfaire, et cela va plus vite que de s’occuper d’elle – je pense souvent que les biens matériels remplacent, pour ces enfants, les soins et l’attention que leurs parents ne leur donnent pas. Violet se jette sur le chewing-gum expérimental ? Ses parents n’ont jamais eu la force de l’empêcher de mâcher et de mettre ses chewing-gums usagés partout, et tant pis pour les dommages collatéraux. Mike ? Laisser son enfant devant la télévision, c’est reposant. Plus de télé quasiment de nos jours, mais des écrans qui prennent encore plus de place dans la vie de tous les jours. L’auteur, car c’est sans doute sa voix que l’on entend à ce moment, suggère de remplacer les écrans par la lecture. Ce serait bien, les professeurs, les bibliothécaires s’y emploient. Mais il est tellement facile d’être « comme les autres » et de regarder les mêmes émissions que tout le monde.

Reste le dénouement. Charlie a accompli la quête, il ne le savait même pas, et il est le vainqueur. La fin peut sembler un peu abrupte : la suite dans Charlie et le grand ascenseur de verre.

Une idylle dans la prairie par Henryk Sienkiewicz

Présentation de l’éditeur :

Sous son titre un rien sentimental, se cache une brûlante nouvelle évoquant un périlleux voyage d’émigrants vers la Californie. Elle est parue dans La Nouvelle Revue en 1900.

Mon avis :

Voici un livre que je n’ai pas lu, mais que j’ai écouté, ce qui est assez inédit pour moi. Je vous conseille donc au passage le site http://www.litteratureaudio.com/ qui propose 8000 livres audio gratuits. C’est ainsi que j’ai écouté Une idylle dans la prairie d’Henryk Sienkiewicz.  Il est surtout connu pour avoir écrit Quo vadis ? et a reçu le prix Nobel de littérature en 1905. Il a aussi écrit plusieurs courts récits, dont cette Idylle qui nous emmène loin de la Pologne, et très près de la Petite maison dans la prairie (les livres, pas la série).

Le narrateur principal, c’est Big Ralph, c’est lui qui va nous raconter le voyage qu’il a dirigé qu’un groupe d’émigrants vers les terres promises de la Californie. Les états qu’ils traversent sont bien connus – de nos jours – et ne nous paraissent pas si dangereux que cela – de nos jours. Pas de grandes villes, pas de villages à l’époque, mais de grandes étendues désertiques, et des tribus indiennes qui n’ont qu’une envie, en découdre.

Big Ralph tombe amoureux d’une jeune femme fragile, Liliane, qui part toute seule pour la californie. Heureusement, deux femmes d’âge mûr la prennent sous leurs ailes. Le narrateur a beau dire que les hommes se montrent respectueux envers les femmes, je crains qu’il ne donne alors une image vraiment idyllique des Américains. Eux-mêmes sont encore des émigrants, des européens venus chercher une vie meilleure de l’autre côté de l’Atlantique.

La traversée des Etats-Unis n’est pas facile, entre les difficultés purement géographiques, les indiens, l’immense fatigue, et les épidémies. Soigner et se soigner est extrêmement difficile, non seulement à cette époque, mais dans ces conditions. Je me suis demandée ce qui avait bien pu pousser Liliane et les autres femmes à tenter l’aventure vers la Californie. Liliane est en tout cas très croyante – comme beaucoup d’européens à cette époque.

Je note aussi cette « fascination » pour le western, bien l’auteur soit polonais. Je terminerai simplement en disant qu’être un cow-boy, c’est mieux qu’être un vacher, même si c’est exactement le même métier.

Les enquêtes de Lady Hardcastle : Petits meurtres en campagne de T.E. Kinsey

Présentation de l’éditeur :

Veuve excentrique au passé secret, Lady Hardcastle quitte Londres pour s’installer à la campagne. Accompagnée de Florence, sa femme de chambre qui pratique avec assiduité les arts martiaux, elle compte y trouver le repos, loin de la vie trépidante menée dans les colonies de l’empire britannique.
Mais la campagne peut vite se révéler pleine de surprises, notamment lorsque les deux compères découvrent un cadavre pendu à un arbre. Suicide ? Lady Hardcastle, curieuse de nature, n’y croit pas et elle décide de prendre les choses en main. D’autant que les policiers locaux n’ont pas l’air très futés.
Lady Hardcastle et Florence plongent dans les nombreuses rivalités et les intrigues de leur village d’adoption. Et tout se complique lorsqu’un autre meurtre est commis… Pour les deux détectives amateurs, le tea time attendra, car une chose est certaine : la vie à la campagne n’a rien d’un long fleuve tranquille

Mon avis :

J’ai découvert cet auteur par hasard, dans le nouveau rayon « cosy mystery » de ma librairie – oui, les cosy mystery sont devenus si nombreux, tellement à la mode, comme les polars nordiques en leur temps, qu’un panneau entier, ou une table, leur est consacré.

Lady Hardcastle, après une existence des plus mouvementée, dont une partie fut vécue en Asie, s’installe dans un petit village anglais, calme et tranquille. Pour peu de temps. A peine est-elle installée, à peine effectue-t-elle une promenade dans les bois avec Florence, sa femme de chambre/gouvernante/dame de compagnie/assistante/meilleure amie qu’elles découvrent un cadavre, un jeune homme qui s’est pendu dans les bois. Oui, l’événement est tragique, d’autant plus que, très vite, il apparaît que le jeune homme a été assassiné, son « suicide » n’est qu’une mise en scène destinée à cacher la véritable cause de la mort. Lady Hardcastle, qui a de sérieux doutes sur la police locale, enquête donc, avec l’aide de Florence.

Il faut dire que les deux femmes ont de quoi largement s’ennuyer. Les hoberaux locaux sont… ennuyeux. Les industriels locaux sont…. ennuyeux. Justement, la fille de l’un est fiancée au fils de l’autre, chaque famille apportant à l’autre ce qu’elle ne possède pas – l’argent, un titre de noblesse.

Dans cette lecture, très facile je dois le dire (je l’ai lu en trois heures), ce n’est pas tant l’enquête qui est intéressante que la galerie de personnages et le style. L’humour caustique est omniprésent – c’est Florence la narratrice, et elle n’épargne personne, pas même lady Hardcastle, qui le prend plutôt bien – et nous découvrons tout un monde fort intéressant. Le lecteur passe plus de temps avec les domestiques, qui sont sans pitié pour les petites manies de leurs maîtres, qu’avec ceux-ci, qui cachent mal leur snobisme sous le vernis des bonnes manières mondaines. Mention spéciale pour l’inénarrable et ennuyeux militaire, tout droit venu des Indes, qui ne comprend pas qu’une femme comme lady Hardcastle ait pu vivre seule aux Indes après son veuvage. Oui, elle a pu, elle a même réussi à survivre à l’assassinat de son mari, c’est dire.

Enquêter dans la campagne anglaise n’est pas sans danger, comme le rappelle le policier chargé de l’enquête, et de beaucoup d’autres enquêtes nettement moins bucoliques. Sauver les apparences, c’est une chose, gratter pour voir ce qui se passe et découvrir la vérité, s’en est une autre, pas forcément drôle et reposante.

Je sais d’ors et déjà que je lirai les deux tomes suivants (le tome 3 doit paraître en septembre).

Elvira Time, tome 2 : Jail Time par Mathieu Guibé

Présentation de l’éditeur :

Pour certains, le lycée, c’est l’enfer. Pour moi, la situation s’est pourtant considérablement améliorée depuis que Ludwig, le savant fou prépubère, m’invente des armes sur mesure pour embrocher du vampire pendant que Belinda, sous les traits de ma prétendue avocate, me permet de toucher la prime de mes exécutions, avant ma majorité. Mais bien entendu, il a fallu que les politiques s’en mêlent : je n’ai certainement pas besoin d’une réorientation gouvernementale quant à l’intégration des Tolérés. Ma bienveillante croisade anti-raclures multicentenaires dans les couloirs du bahut va être bien plus hard, s’il m’est dorénavant interdit d’exploser un ou deux de ces petits vampires à collier. Dénuée de la fibre patriotique, née pour zoner du mauvais côté de la légalité, d’aucuns disent que je suis à deux doigts de verser dans le crime, ce qui se traduit maintenant par verser du sang de Toléré. Il faut bien l’admettre, ces gens sont loin d’avoir tort.

Mon avis :

Voici le second tome des aventures d’Elvira Time, accompagné de Jericho, son meilleur ami, fantôme depuis un peu plus d’un an et le dénouement nous permettra d’en savoir un peu plus sur lui et sur ce qui a causé sa mort. Je spoile ? Il reste encore deux tomes ! Parfois, je me dis qu’Elvira a eu beau reprendre le flambeau tenu précédemment par son père, elle a beau être une tueuse de vampires aguerrie, elle manque singulièrement de sens de l’observation. Oui, je sais, c’est plus facile à lire qu’à vivre.

J’aime beaucoup Elvira mais je crois que j’apprécie encore plus Belinda, prototype même de la lycéenne un peu gourde, juste un peu, qui a une forte tendance à tomber amoureuse des bad boy, en l’occurrence, des bad vampires (j’allais écrire « vlad », cela revient quasiment au même) et qui est une excellente comédienne. Je me demande d’ailleurs quelle carrière elle pourra embrasser plus tard. Elle fait toujours de son mieux pour aider Elvira, même si celle-ci … reste Elvira.

Le roman commence fort, et plus forte encore est la révélation qui suivra : oui, le gouvernement veut intégrer les tolérés, et quoi de mieux que de leur offrir un poste au lycée. Elvira n’apprécie pas, et elle mettra tout en oeuvre pour le montrer. Problème : il en est d’autres qui mettront tout en oeuvre pour la neutraliser.

Je ne vous dirai pas « il est des pages difficiles à lire », sauf si vous êtes allergiques au sang et aux débris vampiriques. Je vous dirai que Jail Time revisite les thèmes du procès (vive un système judiciaire pas du tout corrompu) et du séjour en prison, sans pour autant que cela soit le centre du roman – même si Elvira risque gros. Mais peut-être risquer plus que sa vie, ce qu’elle fait déjà ?

A suivre….

La magie de Paris, tome 1 : le coeur et le sabre d’Olivier Gay.

édition Castelmore – 319 pages.

Présentation de l’éditeur :

Du haut de son mètre quatre-vingt trois, Chloé est capable de vaincre n’importe qui à l’escrime. Mais lorsqu’elle aide Thomas, un garçon de sa classe, attaqué par une étrange créature, sa vie bascule. Gravement blessée, elle perd connaissance. A son réveil, son corps ne conserve aucune trace de ce combat et elle se sent… différente et plus puissante. L’heure des révélations a sonné : Thomas possède des pouvoirs magiques et, pour la sauver, il a utilisé un rituel interdit qui l’a liée à lui. Devenue sa protectrice contre son gré, Chloé va découvrir le monde des Mages. Un monde fait de duels à l’épée, de courses sur les toits, de puissants sortilèges et d’ennemis implacables. Un monde dans lequel elle n’a pas sa place.

Mon avis :

Livre lu entre hier et aujourd’hui, dans le but avoué de me détendre. Comme les deux tomes suivants sont dans ma PAL, et ne sont pas d’énormes pavé, il est certain que je les lirai prochainement. J’ai acquis cette trilogie en même temps que Moana, et, ayant sorti l’une de ma PAL, je sors l’autre au même moment.

Chloé, l’héroïne, c’est tout le contraire de moi. Elle est très grande, elle est baraquée, elle est surnommée « le tank » et est très sportive. Elle a cependant deux amies dont elle est proche, Célia et Nour, lycéennes en 1ère comme elle. Note : dans les romans pour adolescentes, les héroïnes ont souvent deux amies, comme si en avoir plus était difficile à gérer. Cela n’est pas sans évoquer pour moi… Alice détective privée et les inséparables Bess et Marion. Un soir qu’elle s’entraînait tard parce que l’escrime est sa passion et que personne ou presque ne l’attendait à la maison – son père a refait sa vie depuis deux ans, sa mère, depuis, ne vit que pour sa peinture et ses rencontres éphémères – Chloé découvre que Thomas, un garçon de sa classe qu’elle a catégorisé « emo » (je me demande s’ils existent encore) est attaquée par… une goule. Oui, cela surprend. ce n’est pas tant qu’elle lui vient en aide, c’est plutôt qu’elle ne peut pas cacher sa présence plus longtemps. Chloé se retrouve alors confrontée à un monde dont elle ne soupçonnait pas l’existence.

Bon. La lecture est agréable, le roman se lit sans souci. C’est peut-être un problème, justement. Je lis beaucoup, et j’ai mis du temps à trouver dans ce roman quelque chose qui sorte, qui me sorte de l’ordinaire, comme si j’avais déjà lu cette histoire ailleurs. Oui, j’ai des titres en tête. Je me suis dit que je n’étais pas la cible de ce livre mais… en même temps, un livre a-t-il besoin d’une cible pour être un livre intéressant ? J’ai trouvé tous les attendus du roman pour adolescent : Chloé se trouve confrontée à un univers qui n’est pas le sien et doit en assimiler les codes très vite. Du moins, elle le devrait si Thomas voulait bien tout lui expliquer rapidement au lieu de remettre à plus tard ce qu’il aurait pu faire le jour même. Comme nous voyons tout à travers les yeux de Chloé, le point de vue sur le monde des Mages est extérieur. Elle sait que Thomas s’est fait tancer par Mickaël, le chef des mages, elle sait que l’impassible David est un chevalier comme elle, mais elle ignore – et le lecteur avec elle – beaucoup de faits. Le lecteur comprendra à un moment pour quelles raisons, et c’est là que le récit deviendra fort intéressant.

De même, j’aime les méchants. Je trouve qu’un beau méchant donne tout son intérêt au récit. J’ai trouvé les rares goules que nous croisions intéressantes, et justement, j’aurai eu envie de discuter avec elle, plutôt qu’avec Chloé. Je sais que l’une d’entre elles a failli tuer Chloé. Ce n’est pas une raison pour ne pas en savoir plus sur ce qu’elles revendiquent. Elles ne viennent pas sur terre pour faire du tourisme, non ? Le livre a beau s’appeler « la magie de Paris », je ne pense pas qu’il existe un « Goule tour express » incluant les meilleurs endroits de la ville pour dégommer en toute impunité les mages.

Comme souvent, j’aimerai tendre ce livre à  un(e) authentique adolescent(e) pour savoir ce qu’il/elle en pense. Non, parce que si j’interroge la Nina de 14 ans qui lisait Zola, Gautier, Christie et Balzac, j’ai déjà ébauché une partie de sa réponse : « l’héroïne qui tombe forcément amoureuse du héros, c’est lassant. L’héroïne qui peut faire ce qu’elle veut parce que ses parents n’en ont rien à faire d’elle, aussi. Je sais bien que Tintin et Fantômette n’ont pas de parents, mais tout de même, il est d’autres moyens de se sortir de cette situation. » Je poursuis avec les scènes, obligées elles aussi, qui se déroulent au lycée – Chloé peut difficilement sécher – ou les scènes de combat, qu’ils soient réels, ou qu’il s’agisse de l’entraînement de Chloé pour les championnats. Ces scènes peuvent intéresser les sportifs et/ou les amateurs de roman de cape et d’épée dont je suis. J’ai cependant ressenti que ces scènes n’étaient qu’un prétexte, justement, pour montrer des scènes d’escrime, ou pour créer des scènes de tension sexuelle entre Chloé et David, un des chevaliers dont le mage est en convalescence et qui, du coup, prend beaucoup de place dans la vie de Chloé et Thomas.

Reste le dernier quart du roman, où mon intérêt a été largement soutenu par les révélations, qui arrivent enfin, et par l’apparition d’un personnage dont on nous a beaucoup parlé, et que j’apprécie déjà pour son absence totale de gentillesse et de tact – et pourtant, il ne s’agit pas d’un « méchant ». J’espère donc retrouver tout ce beau monde et cette intrigue… dans le tome 2.

 

Les tribulations d’Esther Parmentier, sorcière stagiaire tome 2 de Maëlle Desard

Présentation de l’éditeur :

De sorcière qui s’ignore à sorcière stagiaire, il n’y avait qu’un pas et Esther Parmentier, 19 ans, l’a franchi grâce à la manière brillante dont elle a résolu une précédente enquête sous la direction de l’agent Loan, un vampire désagréable, mais néanmoins très séduisant. Elle est désormais à plein temps au sein de l’Agence qui contrôle les relations entre les humains et les créatures surnaturelles. Mais bientôt, un nouvel arrivant, un dénommé Wolfgang Strøm, loup-garou de son état, se présente pour, prétend-il, réaliser un audit de l’Agence. Et voici que simultanément l’agent Loan, qui avait mystérieusement disparu, fait son come-back : il enquête désormais sur un trafic de sang et exige la participation d’Esther. Quand à son tour Wolfgang s’immisce dans l’enquête, un trio est formé. Et qui dit trio dit complications…

Merci aux éditions Rageot et à Netgalley pour ce partenariat. Et merci à Maëlle Desard pour les fous rires !

Ma chronique :

Je n’ai pas lu ce livre, je l’ai lu deux fois, tant j’ai apprécié le temps que j’ai passé en compagnie d’Esther – autant avertir tout de suite les personnes qui passeraient ici et liraient ma chronique. Cependant, avoir avoir éteint ma liseuse, je suis restée dubitative : je crains que plus personne ne veuille être sorcière, encore moins sorcière stagiaire après avoir lu ce livre. Il faudra donc prévoir une campagne de recrutement survitaminée afin d’attirer les jeunes femmes vers cette filière. Contrôler les relations entre les humains et les créatures surnaturelles, c’est compliqué, surtout quand votre tuteur, l’agent Loan, qui a quelques problèmes personnels et familiaux, ne se montre pas vraiment LE mentor qu’Esther attendait.

A l’agence, elle n’a pas le temps de s’ennuyer, et les autres non plus. A peine le temps de se remettre physiquement, émotionnellement et capillairement de sa dernière mission, qu’un audit sur l’Agence est décrété, effectué par Strøm, loup-garou de son état et que, bien sûr, une nouvelle mission leur est confiée. Cela aurait été trop beau de pouvoir faire une pause, de profiter de l’enseignement gratifiant qui lui est dispensée, des nombreuses interrogations surprises et de pouvoir jouer aux jeux vidéo en toute quiétude.

Comment va se dérouler l’enquête ? Mais très très très très bien. James Bond n’a qu’à bien se tenir tant les déguisements d’Esther, son matériel ultra-sophistiqué et des moyens de transport sont totalement hors-normes ou presque. L’humour, l’action et l’émotion sont au rendez-vous. Les vampires aussi.
Et Esther ne rentre toujours pas dans la norme, ni par son apparence physique, ni par ses prises de décision.

En route vers un tome 3 ?

Hamish Macbeth, tome 9 : Petits crimes entre voisins de M.C. Beaton

édition Albin Michel – 236 pages.

Présentation de l’éditeur :

À peine débarqué dans leur affreux van à Lochdubh, Sean et Cheryl, un couple de routards un peu fêlé, inquiète la population du village. Et pour cause : du jour au lendemain, les sermons du prêtre deviennent apocalyptiques ; le cabinet du médecin est dévalisé ; l’argent disparaît ; les voisins, autrefois amis, veulent s’entretuer… Il y a décidément quelque chose de pourri au royaume de Lochdubh ! Quand Sean est retrouvé le crâne défoncé, la guerre menace vraiment. Pour rétablir la paix dans les foyers, Hamish, épaulé par Priscilla, tente le tout pour le tout…

Mon avis :

Voici le tome 9 des aventures d’Hamish MacBeth. Il est court (236 pages) et je l’ai lu en deux heures, à peu près (oui, lire un livre presque d’une traite ne m’arrive quasiment jamais). Ce n’est pas que le livre était particulièrement prenant, c’est plutôt que j’avais hâte de voir comment tout allait se terminer, et si la recette déjà utilisée dans les tomes précédents allait à nouveau être utilisée.

La nouveauté, c’est qu’Hamish a été promu au rang de sergent. La mauvaise nouvelle est qu’il est totalement imbuvable avec Willie, son subordonnée. Il faut attendre la moitié du livre, au moins, pour qu’il se dise « je ne suis pas très gentil avec lui » et qu’il se décide à lui parler avec gentillesse. Willie n’est pas un bon flic ? Il ne serait pas le premier, j’ai quelques noms en tête dans cette série. Il passe beaucoup de temps à tenter de séduire la belle Lucia ? Il faut dire aussi qu’Hamish ne se comporte pas toujours comme le sergent qu’il devrait être vis à vis de son subordonné.

Comme souvent, dans les aventures d’Hamish Macbeth (cela fonctionne aussi pour les enquêtes d’Agatha Raisin), le problème ne vient pas du village en lui-même, mais de deux étrangers qui viennent s’installer dans le village. Sean et Cheryl sont des voyageurs, c’est à dire des personnes qui ont adopté le mode de vie des Roms sans en être eux-mêmes. Ils recueillent en général la sympathie des villages qu’ils traversent. Seulement voilà : ils sont bien décidés à rester un certain temps, et Cheryl a un vocabulaire des plus fleuris, à croire même qu’elle ne peut s’exprimer sans dire de jurons. Peu à peu, la vie des villageois s’en trouve bouleversée. Le pasteur attire du monde par ses sermons – si ses paroissiens savaient quel dilemme est le sien. Angela, qui a repris ses études, ne va pas fort. Même les soeurs Jessie et Nessie veulent quitter le village ! Hamish y voit l’influence empoisonné de Sean, qui est même comparé au démon qui hantait les contes écossais d’autrefois.

Et si le problème était autre ? Oui, bien sûr, en tant que lectrice extérieure à ce petit monde étouffant du village, je vois avant tout trois femmes qui se sentent très seules, trois femmes qui ne peuvent se confier à personne et qui ne se confient même pas, ou si peu, entre elles, comme si seul leur statut – femme de pasteur, femme de médecin, vieilles filles, membres honorables d’une association locale – comptait. Elles sont également prisonnières financièrement – faire compte commun est peut-être très bien, si ce n’est qu’elles ne peuvent disposer d’aucune somme d’argent sans que leur mari ne soit au courant. Il est des personnes qui trouvent cela merveilleux. Pour ma part, je trouve surtout que ce n’est pas pratique du tout !

De l’autre côté, nous trouvons Lucia, nouvellement arrivée dans le village. Elle travaille dans le restaurant de son oncle, et elle n’est autorisée à sortir avec un jeune homme qu’à des conditions d’une sévérité drastique, digne de ce que l’on attend d’une toute jeune adolescente, non d’une femme adulte. J’ajoute cependant qu’elle en joue également – arguer de la sévérité de son oncle est pratique pour repousser un prétendant trop entreprenant. Elle et ses mains rougies à force de frotter le sol, à force de nettoyer, sait ce qu’elle veut dans la vie, un homme qui ne l’épousera pas parce qu’elle sera une femme de ménage gratuite. Force est de constater que c’est ainsi que la plupart des hommes qu’elle rencontre considèrent les femmes ainsi et ne voient pas du tout où est le problème. En 2021, certains ne le voient toujours pas, et trouvent « normal » que la femme fasse tout. Lucia trouvera-t-elle la perle rare ? Elle congédie en tout cas sans soucis tous les autres.

Oui, l’enquête sera résolue – forcément. Mais, à y regarder de plus près, la vie dans le petit village n’est pas si paisible que cela. Hamish est sollicité très souvent pour des problèmes parfois très graves, comme lorsqu’il doit secourir Roderick, petit garçon en péril. Hamish découvre aussi que le monde a évolué, et qu’un cabaret transformiste peut ouvrir dans une ville, non loin, sans que les habitants en soient choqué. Ils lui font même plutôt bon accueil. Hamish évoque aussi les personnes qui vivent grâce à l’aide social, et qui sont plutôt bien acceptés, finalement – sauf à se faire remarquer par des dépenses disproportionnées.

Les enquêtes d’Hamish Macbeth sont avant tout le récit de ce qui peut se passer dans un petit village qui semble presque coupé du monde, en tout cas coupé de la modernité.