Nuit de Bernard

Présentation de l’éditeur :

Nuit de tempête en mer du Nord. Secoué par des vents violents, l’hélicoptère dépose Kirsten Nigaard sur la plate-forme pétrolière. L’inspectrice norvégienne enquête sur le meurtre d’une technicienne de la base off-shore.
Un homme manque à l’appel. En fouillant sa cabine, Kirsten découvre une série de photos. Quelques jours plus tard, elle est dans le bureau de Martin Servaz.
L’absent s’appelle Julian Hirtmann, le tueur retors et insaisissable que le policier poursuit depuis des années. Étrangement, sur plusieurs clichés, Martin Servaz apparaît. Suivi, épié.
Kirsten lui tend alors une autre photo. Celle d’un enfant.
Au dos, juste un prénom : GUSTAV
Pour Kirsten et Martin, c’est le début d’un voyage terrifiant. Avec, au bout de la nuit, le plus redoutable des ennemis.

Mon avis  :

Oui,je vais dévoiler un peu de l’intrigue, parce que ce n’est plus vraiment un secret : dans ce volume, Martin Servaz retrouve son ennemi de toujours, Julian Hirtmann, et l’affronte. Cet affrontement est un peu décevant, et je suis presque sûre que beaucoup de lecteurs auraient voulu que les choses se passent autrement. Maintenant… l’auteur a conçu son roman ainsi, et c’est à nous de faire avec, voire de nous demander pourquoi l’intrigue est conçue ainsi (cinq années d’étude de lettres, je ne me refais pas).
Je classe ce roman dans la catégorie « roman français », très français, et le détour par la Norvège n’y fera rien. D’ailleurs, j’ai failli refermer le livre dès le premier chapitre, parce que l’enquêtrice ne m’attirait pas plus que cela, il est des policières scandinaves bien plus charismatiques – et bien plus professionnelles. Quant à la suite, j’ai eu du mal avec les péripéties, parfois trop beaux pour être vrais, ou alors trop prévisibles, déjà lus ou vus dans de nombreux romans, pour ne même pas parler de séries policières françaises. De même « l’administratif » prend de la place : pour le coup, cela ne m’a pas dérangée, sans doute parce que les précisions étaient nécessaires à cause de la présence de l’enquêtrice norvégienne et des péripéties dont j’ai déjà parlé. Oui, les mêmes qui ne m’ont guère emballée. J’ai d’ailleurs posé le livre à plusieurs reprises, je n’ai sentis, contrairement à la lecture de Dompteur d’anges de Claire Favan ou de Froid comme la mort d’Antonio Manzini aucune envie irrépressible de rester en compagnie des personnages.
Nuit est à lire si vous êtes fans de Bernard Minier et de ses personnages – et, comme souvent, les fans l’auront déjà lu bien avant que je publie ce billet.

Le principe du désir de Saïdeh Pakravan

Présentation de l’éditeur :

Le plus grand paradoxe de l’amour ? Le couple. Sarah Bly, artiste new-yorkaise en pleine ascension dans le marché de l’art contemporain, rencontre un homme exceptionnel et immensément charismatique, Thaddeus Clark. Non seulement est-il un collectionneur de renommée internationale, un mécène et un géant des marchés financiers mais c’est aussi un être profondément équilibré et adorant la vie. Un homme heureux dont Sarah s’éprend de toute son âme mais avec qui elle ne veut pas vivre une banale histoire d’amour. Pour parer à ce risque, elle fait sien le Principe du désir : puisque nous voulons tous ce que nous n’avons pas, jamais Clark ne verra d’elle autre chose qu’une tiédeur amicale et plutôt indifférente, sauf dans leur vie sexuelle, d’une rare intensité. Devant la poursuivre sans cesse, il continuera à l’aimer. Dans l’état second qui devient le sien, saura-t-elle dépasser sa folie passagère pour arriver à vivre avec Thaddeus?

Mon avis :

Sarah est une jeune artiste à la vie sentimentale pas vraiment satisfaisante. Elle est une femme « moderne » et une relation intermittente avec un homme égoïste et capricieux, pour ne pas dire immature. Il aurait bien besoin d’une maman, le cher petit : qui, à part une mère, subirait son comportement ?
Sa famille semble plus stable. Ses parents, un couple uni et serein, n’ont jamais mis un frein à ses désirs de création, ils l’ont baigné toute jeune dans un milieu artistique serein – oui, on peut créer sans être torturé. Quoique…
Si Sarah admet les étapes du processus créatif avec sérénité, si elle possède un univers créatif certain, elle manque cruellement de confiance en elle dans le domaine sentimental et quand elle rencontre Thaddeus, le beau, le riche, le très parfait Thaddeus, elle met au point une stratégie pour le garder par devers elle qui m’a paru tout droit sortie de ce que l’on peut lire de pire dans les magazines féminins.
Combien de temps Sarah persistera-t-elle dans ce Principe du désir ? Quand se rendra-t-elle compte de l’erreur qu’elle commet ? Aimer, c’est prendre des risques, et, en dissimulant ce qu’elle ressent réellement, elle court le risque de tout perdre. Oui, Thaddeus est un homme parfait, avec, tout de même, quelques fêlures. Combien de temps supportera-t-il la tiédeur de Sarah ? Et si celle-ci lui avoue tout, comment réagira-t-il ? Sera-t-il trop tard ?
Oui, beaucoup d’interrogation pour un livre prenant, qui montre jusqu’où on peut aller par peur de perdre l’être aimé. Un livre comme une photographie d’un état de notre société qui choisit la complexité plutôt que la simplicité et l’abandon au sentiment amoureux.

Mathieu Hidalf et la bataille de l’aube de Christophe Mauri

Présentation de l’éditeur : 

Cette fois, Mathieu Hidalf en a trop fait et se retrouve banni de l’école de l’Elite. Reclus au manoir familial, il semble se résigner à sa défaite. Mais c’est mal le connaître : affronter la noblesse du royaume et les terribles Cœurs noirs pour reprendre sa place, voilà un nouveau défi à la hauteur de son génie ! Pour Mathieu Hidalf et ses amis, une nouvelle bataille commence…

Mon avis : 

Attention ! Ce tome est le meilleur de la série, du moins, le meilleur des quatre premiers – le cinquième est en cours de lecture. Mathieu devrait être dans ce tome au bout du rouleau, fini, condamné à suivre les péripéties de l’extérieur de l’école – véritablement. Il devrait suivre la voie tracée par son père, qui est presque soulagé, se résoudre, se résigner. Et bien, non : il choisit une voie radicalement différente, étonnante, qui contraint la famille Hidalf à faire front, véritablement. Mention spéciale pour la maman de Mathieu, profondément dévouée, porteuse d’espoir alors que d’autres se seraient résignés. Le lecteur sait alors de qui Mathieu tient sa ténacité.
Oui, sa décision chamboule tout, et là encore, elle nous entraîne dans une voie étonnante, surtout si l’on a bien intégré tous les codes de la fameuse école de l’élite. Si Juliette d’Argent a veillé sur son frère (si, si, c’est possible), Juliette d’Airain a fait faire de gros progrès à la société. Quant à Juliette d’Or, elle effectue vraiment des choix étonnants elle aussi. Comme quoi, trois personnages peuvent porter le même prénom et être parfaitement individualisés.
Vite, la suite !

Sauveur et fils, saison 3 de Marie-Aude Murail

Présentation de l’éditeur :

Au numéro 12 de la rue des Murlins, à Orléans, vit Sauveur Saint-Yves, un psychologue antillais de 40 ans, 1,90 mètre pour 80 kg. Dans son cabinet de thérapeute, Sauveur reçoit des cas étranges comme ce monsieur Kermartin qui pense que ses voisins du dessus ont installé une caméra de vidéosurveillance dans le plafond de sa chambre à coucher ou comme Gervaise Germain qui s’interdit de prononcer le son « mal » par crainte qu il ne lui arrive un MALheur. Mais Sauveur reçoit surtout la souffrance ordinaire des enfants et des adolescents : Maïlys, 4 ans, qui se tape la tête contre les murs pour attirer l’attention de ses parents, Ella, 13 ans, cyberharcelée par ses camarades de classe, Gabin, 17 ans, qui ne va plus au lycée depuis qu’il passe ses nuits dans World of Warcraft, Margaux, 15 ans, qui en est à sa deuxième tentative de suicide ou sa sœur, Blandine, 12 ans, que son père aimerait mettre sous Ritaline pour la « calmer »…Sauveur peut-il les sauver ? Il n’a que le pouvoir de la parole. Il ne croit pas au Père Noël, mais il croit en l’être humain.

Précision : le livre a été lu, la chronique débuté avant les événements de Londres. Il ne faut jamais baisser les bras.

Mon avis :

Que dire, si ce n’est que ce troisième roman est très réussi et conclut en beauté ce cycle romanesque ? Et bien voilà, c’est dit !
Nous avions laissé certains personnages dans une situation plus que difficile, nous les retrouvons quasiment dans la même situation. Et oui, l’auteur ne choisit pas la facilité en résolvant leurs problèmes d’un coup de baguette magique, ou en profitant de l’ellipse narrative qui prend place entre les deux tomes. Là, pour le coup, cela aurait été vraiment décevant.
Encore une fois, Marie Aude Murail ose parler de tous les sujets, et elle en parle très bien. Elle n’est pas tendre avec les médecins qui prescrivent des médicaments à leurs patients, quel que soit leur âge, plutôt que de prendre le temps de les écouter. Elle me rappelle ainsi le regretté Pierre Bottero, qui montrait que certains « spécialistes » avaient déjà un diagnostic tout prêt, et la souffrance de leur patient se devaient de coller à celui-ci (voir Le garçon qui voulait courir vite). L’un comme l’autre rappellent qu’il est des médecins qui prennent le temps de regarder, d’écouter leurs patients, qu’ils soient généralistes ou spécialistes.
Moins de hamsters dans ce troisième tome, même si l’on assiste encore à quelques lâchés de Bidule lors des petits déjeuners dominicaux. Tout autant de situations parfois très cocasses à force de tragique – ou comment résister, pour Sauveur, à la tentation de passer par la fenêtre un patient qui n’a que trop tendance à passer à travers elle. Pas de situations convenues : tout ne se termine pas comme on aurait pu s’y attendre. Jusqu’au dénouement, la facilité est absente. A la fin du livre, Marie-Aude Murail nous livre d’ailleurs ses sources d’inspiration – force est de constater que j’en connaissais déjà beaucoup.
Sauveur et fils : une trilogie très réussie.

Les anges ont la dent dure de Sophie Jomain

Présentation de l’éditeur :

Je crois que cette fois, c’est sûr, je suis née sous une mauvaise étoile. J’ai d’abord découvert les vampires, puis les anges, ensuite les entre-deux, les démons, et maintenant, voilà qu’on me jette des sorts et qu’on accroche des poulets égorgés à ma porte. Il ne manquait plus que ça ! Daphnée, ma colocataire, affirme que c’est parce que j’ai un mauvais karma, tu parles !

Mon avis :

J’ai trouvé à qui ressemblait Felicity : à Sookie Stockhouse ! Oui, je risque de me fâcher avec les fans de l’une ou de l’autre héroïne, et bien tant pis. A sa décharge, Felicity est tout de même moins « courgette » que Sookie, et elle n’a pas vraiment envie de fricoter avec des vampires, les anges lui suffisent largement !
Elle va de surprise en surprise puisqu’elle fait connaissance avec d’autres catégories de créatures surnaturelles complètement timbrées dans ce volume – ne me demandez jamais de respecter quelqu’un qui sacrifie des bêtes pour accomplir un rituel et terroriser quelqu’un. Il faut dire aussi que la jeune femme a le chic pour avoir des proches qui se fourrent dans des situations plus qu’improbables. Ce n’est pas Greg qui dira le contraire.
Les péripéties sont nombreuses, suffisamment pour que l’on ne s’ennuie pas du tout. Felicity ne manque pas d’humour. Elle n’a pas su débusquer certains adversaires ? Ses anges gardiens non plus et pourtant, ils devraient être surentraînés ! Ce serait un coup à leur voler dans les plumes.
Ce tome 2 se termine sur une révélation (merci à la solidarité féminine) : ce sont les anges qui ne vont pas être contents.

L’enquête interrompue de Renato Olivieri

Mon avis :

Ce roman date des années 80. Cela se sent, parce que l’enquêteur fume. Et oui, c’est quasiment impossible, de nos jours, de présenter un policier en possession d’un paquet de cigarette, sauf si celui-ci est une pièce à conviction. Et pourtant… se pencher pour attraper son paquet de clopes sauve la vie du vice-commissaire. Mais qui a bien pu avoir l’idée d’abattre Ambrosio ?
L’enquête est pourtant des plus ordinaires, de prime abord. Un journaliste a été retrouvé assassiné dans un parc. Un vol qui a mal tourné ? Ce serait trop facile, surtout que la vie privée de Walter Merisi, tout comme sa vie professionnel, était très compliquée, pour ne pas dire parsemée d’ombres (légères) et de contradiction. Ambrosio s’acharne, il veut comprendre les liens qui unissent les différents protagonistes, voire le dessous de cette affaire. Il croise de bien curieux personnages, du travesti incompris (le début des années 80 vous dis-je, et encore, je ne suis pas sûre que les choses aient tant changé que cela) au colonel des services secrets à la retraite en passant par son chauffeur sanguin. Qui a-t-il pu déranger pour qu’on cherche à l’écarter de manière définitive ?
Fait rare : l’enquête est bien interrompue, par le changement de grade d’Ambrosio. Le hasard fait bien les choses, non ? Il laisse pourtant un goût amer au quinquagénaire milanais. Le lecteur saura pourtant qui et pourquoi ont commis ce meurtre – être réaliste, crédible, c’est aussi montrer les limites d’un système judiciaire, quel qu’il soit.
L’enquête interrompue est un roman policier italien solide et bien construit. N’hésitez pas à découvrir l’oeuvre de Renato Olivieri et son héros Ambrosio s’ils croisent votre route.

Wonderpark,tome 2 : Mégalopolis de Fabrice Colin


Présentation de l’éditeur :

Après avoir traversé Libertad, le monde des pirates, Mervin et Jenn se trouvent désormais dans l’univers de Mégalopolis, immense cité peuplée de superhéros aux pouvoirs incroyables. Ils espèrent y retrouver les ravisseurs de leur petite sœur grâce à l’aide de leur amie Orage, elle-même…

Mon avis :

J’ai préféré ce second tome au premier. Bien sûr, il aurait pu être encore plus abouti, mais il ne laisse pas une impression d’inachevé.
Ce second tome ne perd pas de temps : pas de longues explications sur les pouvoirs des trois amis, sur les liens qui les unissent ou sur ce qui les poussent à visiter Wonderpark. Il est bon de faire confiance à ses lecteurs, même jeunes.
Mégalopolis est la cité des super-héros, qui doivent leur pouvoir à des expériences qui ont bouleversé la morphologie de certains, tels l’Archange, qui est tantôt homme, tantôt femme, ou Lupin – l’expérimentation est parfois poussé très loin, sans véritablement choquer les habitants de ce monde.
Au début, j’avais peur que ce tome ne soit manichéen: les gentils super héros de l’un, les méchants super héros de l’autre. Rien n’est aussi simple qu’il n’y paraît. Les méchants peuvent paraître gentils, les gentils peuvent se demander à qui penser, en premier, à soi ou aux autres, qu’ils sont sensés protéger ?
Le livre se suffit presque à lui-même. Les trois amis maîtrisent de mieux en mieux leurs pouvoirs, ils prennent confiance en eux sans se trahir mutuellement. Ils confondent encore parfois « courage », et « témérité » – qui a dit qu’ils devaient être parfaits ?
Pour faire bonne mesure, des éléments maléfiques parviennent à s’échapper d’un tome à l’autre – vers un grand affrontement final ?