Darling, tome 1 : #automne de Julien Dufresne-Lamy et Charlotte Erlih

édition Acte sud junior – 352 pages.

Présentation de l’éditeur :

Le jour de la rentrée, après les cours, May reçoit un mystérieux message d’un compte Insta privé : « Tu étais si jolie aujourd’hui… ». Signé Y. Ce message est le premier d’une longue série. May est d’abord inquiète, méfiante, elle pense à toutes ces histoires d’emprise virtuelle – Y serait un pédophile ? un recruteur de Daesh ? un garçon torturé ? Mais puisque Y lui écrit tous les jours, sur un mode doux et romantique, May se sent de plus en plus rassurée. Y est adorable et il semble la connaître de près. Très vite, un jeu intense se crée entre les deux ..

Merci aux éditions Acte Sud junior et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

J’ai toujours peur, en lisant un roman de littérature jeunesse ou adolescente, que celui-ci ne trouve pas son public, noyé qu’il sera dans la multitude des parutions, plus encore dans cette période post-confinement. Trois tomes suivants sont prévus, j’espère sincèrement qu’ils paraîtront.
Nous sommes dans un lycée, nous sommes au milieu d’adolescents, dans un monde où le virtuel a autant d’importance, si ce n’est plus, que le réel. Prenons May et Néo, les deux personnages principaux. Ils sont jumeaux – un garçon, une fille. Ils ont réussi à obtenir, pour la première fois, de n’être pas dans la même classe au lycée. Mais chut ! Il ne faut pas que leur mère-tigre soit au courant, elle ferait immédiatement un scandale au lycée, et cela en serait fini de cette belle indépendance – pour ma part, je trouve bon que des frères et sœurs, jumeaux ou pas, puissent avoir chacun, au sein d’un établissement scolaire, leur propre univers, professeurs différents, amis différents. Seulement voilà, si May et Neo ont souhaité être séparés, c’est aussi parce qu’ils sont devenus différents. May est devenue la fille la plus populaire du lycée, mince et élégante, son passé hors taille mannequin est derrière elle, alors que Neo, lui, geek devant l’éternel, a toujours cette silhouette ronde qui entraine moquerie et isolement. Oui, la grossophobie existe, et ce n’est pas parce qu’elle est dénoncée dans un roman que les auteurs sont grossophobes (ou, comme diraient des ados, ce n’est pas parce qu’un personnage est méchant que l’acteur qui le joue l’est).
May reçoit, sur son compte Instagram, des messages d’un mystérieux Y., qu’elle identifie immédiatement comme un garçon (Y ou le chromosome masculin) d’autant plus que ses messages sont autant de déclarations d’amour à peine masquées, au contraire de son identité. Nous, les adultes, avons beau passé notre temps à prévenir les adolescents des dangers d’internet, dangers qu’ils connaissent, et ne mesurent pas, force est de constater que May, comme tous les autres ados de son lycée ou presque, est totalement accro, et finit par répondre à Y, et à chercher qui cette personne, qui la connaît si bien, peut être.
Au-delà de ce récit sur ce qui est sûr et ce qui ne l’est pas sur internet, il faut lire aussi les différentes interactions entre ce moi virtuel, construit pour donner une certaine image, entre ce que l’on peut dire ou montrer des autres aussi – quelle rumeur donner en pâture à ses followers ? On a beau répéter que l’adolescence est un âge difficile, je suis toujours consternée quand je vois le manque de tolérance et l’uniformisation que l’on peut trouver dans certains établissements scolaires. N’oublions pas l’homophobie galopante, et le racisme à peine voilé, parfois. Le monde virtuel peut ainsi apporter un soutien que l’on ne trouve pas toujours dans la vraie vie. Reste à savoir ce que l’on attend vraiment de l’autre, de l’être aimé – l’aime-t-on pour soi, ou pour lui-même ? Encore un vaste sujet.

Alpha & Omega, tome 5 : Dans la gueule du loup de Patricia Briggs

édition Milady – 382 pages

Présentation de l’éditeur :

Ce sont les loups sauvages et blessés. Les loups-garous trop brisés pour vivre en toute sécurité parmi les leurs. Pour leur propre bien, on les exile à la périphérie de la meute du Marrok ; suffisamment près pour obtenir de l’aide, assez loin pour ne blesser personne.
Mais le Marrok est absent quand Charles et Anna reçoivent un appel à l’aide de la part du compagnon fae d’une de ces louves, victime d’une tentative d’enlèvement. Charles et Anna devront utiliser tous leurs talents de guerrier et de diplomate pour retrouver les assaillants et faire face à une magie des plus sombres, surgie d’un passé aussi lointain que difficile…

Mon avis :

Mais que m’arrive-t-il ? J’aime pourtant beaucoup les romans de Patricia Briggs, et là, ma lecture a connu deux faux départs : j’ai commencé à lire le livre, je l’ai reposé, j’ai recommencé la lecture quelques temps plus tard, toujours rien, et ce n’est qu’après un séjour de deux ans dans ma PAL et une série de lecture difficile, que j’ai eu besoin d’une série de lecture facile et que j’ai enfin lu de bout en bout ce roman. J’ai juste eu du mal pendant les 27 premières pages – presque rien.
Le Marrock est absent – mais que fait-il en Afrique avec son fils Samuel ? Certes, l’enlèvement de Mercy a été un choc pour lui, mais tout de même – et Charles dirige la meute tout en gérant les comptes, ou plutôt en les examinant à la loupe. Nous en étions là d’activités assez banales…. Ah, pardon, on me souffle dans l’oreillette que l’entente est tout sauf parfaite entre Leah, l’épouse du Marrock, et Anna, celle de Charles. L’une prépare une pâte à brownie (avec de l’orange, quelle horreur du point de vue de Léah), l’autre des cookies au beurre de cacahuète (recette disponible sur simple demande, je l’ai sur un livre de recette). Il est question aussi de refaire des soirées musicales et… Anna n’a pas vraiment idée à quoi elles ressemblaient, ces fameuses soirées (l’épilogue du roman nous en donnera une idée assez juste). La routine, jusqu’à ce qu’un des sauvageons du Marrock n’appelle – ou plutôt le conjoint d’Hester, une sauvageonne, et appelle parce qu’il a un problème : Hester, louve-garou instable de son état, a été kidnappée. La routine, presque.
Oui, Charles et Anna vont y aller, et vont découvrir une organisation assez inquiétante derrière cet enlèvement. Ils vont découvrir aussi que la menace est toujours là, que tous les sauvageons sont en danger. Les sauvageons, ce sont des loups qui ont des « troubles », qui ne parviennent plus, pour diverses raisons, à vivre dans une meute, mais qui, cependant, parviennent encore à vivre seuls, isolés, sans trop de dangers pour eux ou pour les autres : le Marrock veille, et sait ce qu’il doit faire au cas où l’un de ces loups-garous deviendrait ingérable.
C’est donc après des combats mémorables et douloureux que les membres de la meute doivent avertir et protéger les sauvageons – l’autrice n’oublie jamais que la mort d’un des leurs n’a rien d’anodin. Asil, le Maure, n’a pas oublié la femme qu’il aimait et qui n’est plus. Et l’on ne se remet pas forcément des agressions que l’on a subi : Anna a été maltraitée, torturée, dans la première meute à laquelle elle a appartenu, et même si elle est forte, même si elle est une combattante, il est des traumatismes qui sont restés, surtout quand son passé lui revient en pleine face et que sa charge d’omega l’amène à puiser au fin fond de ses possibilités. Et au fin fond de celles de la meute.
Je terminerai par une mention spéciale pour Leah, une louve bourrée de qualités, celle notamment de dire tout ce qu’elle pense, de ne pas avoir de secrets, et de ne jamais négliger son entrainement. Il en est deux qui ne sont pas près de l’oublier !
Une citation, pour prouver que Leah n’est pas la compagne du Marrock pour rien :
« Elle [Leah] aimait de tout son coeur égoïste l’enfoiré insensible et imparfait qu’était son mari et compagnon. »

Bénie soit Sixtine de Maylis Adhémar

éditions Julliard – 308 pages

Présentation de l’éditeur :

Sixtine, jeune femme très pieuse, rencontre Pierre-Louis, en qui elle voit un époux idéal, partageant les mêmes valeurs qu’elle. Très vite, ils se marient dans le rite catholique traditionnel et emménagent à Nantes. Mais leur nuit de noces s’est révélée un calvaire, et l’arrivée prochaine d’un héritier, qui devrait être une bénédiction, s’annonce pour elle comme un chemin de croix. Jusqu’à ce qu’un événement tragique la pousse à ouvrir les yeux et à entrevoir une autre vérité

Merci à Netgalley et aux éditions Julliard pour ce partenariat.

Mon avis :

J’ai coutume de dire que chaque livre entraîne des résonances en nous, et que chaque avis est forcément personnel. Je suis issue d’une famille athée et catholique anticléricale. Déjà, enfant, j’étais révoltée contre certains propos tenus au catéchisme, alors quand je suis confrontée à la doctrine qui a cours dans la famille de Sixtine (prénommée ainsi sans doute parce qu’elle est la sixième de la famille), je suis révoltée et je leur conseillerai tout simplement de relire les dix Commandements – oui, aime ton prochain comme toi même est un précepte difficile, et aucun membre de ce versant traditionaliste du catholicisme ne le respecte. Ma remarque est abrupte mais le fond du problème est véritablement là : les dérives de l’extrémisme, quel qu’il soit.

Le lecteur suit les pas de Sixtine, de sa jeunesse à sa maternité – j’ai presque déjà envie de vous dire : à son émancipation. Sixtine a été une jeune fille élevée dans la stricte obédience des préceptes traditionalistes. Les études ? J’ai envie de dire « on oublie, c’est un détail ». L’important était de trouver un mari qui soit de la même obédience qu’elle, et de lui faire, dans la douleur, cinq à six enfants. Les trop rares bouffées d’oxygène lui ont été offertes par son père, dans sa jeunesse, père trop amoureux de sa femme pour oser lui dire que sa foi, son traditionalisme, son refus de toute forme de modernité étaient excessifs. Ce n’est jamais la religion catholique qui est attaquée dans ce livre. Le lecteur rencontre d’ailleurs de très belles personnes, qui vivent leur foi de manière lumineuse, dans l’amour et le respect de leur prochain, et qui, comme le prêtre qui baptisera l’enfant de Sixtine, ou celui qui la confessera, lui montre ce qu’est vraiment la foi : l’amour avant tout. Quand je lis certains développements, je me dis que, pour imposer autant de privations, autant de tourments psychologiques aux autres, il faut vraiment avoir peu d’amour pour soi, peu de confiance en soi, et une énorme crainte de vivre.

Et vivre, Sixtine va le faire. Elle ne va pas briser ses chaines subitement non. Il faudra un drame pour qu’elle continue à remettre en cause ce qu’elle avait toujours vécu – la remise en cause avait commencé un peu avant, quand Sixtine s’était retrouvée à n’avoir plus à penser qu’à elle. Il faut beaucoup de courage pour rejeter ce cocon de tradition, assez protecteur si l’on y réfléchit – justement parce qu’à aucun moment, il ne faut réfléchir, simplement accepter, sans se révolter, ce que d’autres ont décidé pour vous. Il faut beaucoup de courage pour ne pas céder à la tentation du retour en arrière, pour lever le voile sur des « secrets » que d’autres ont estimé ne pas être utiles de vous révéler.

Bénie soit Sixtine est un très beau roman, mais comme j’ai trouvé sa lecture étouffante, asphyxiante. J’ai vraiment eu besoin de « respirer » après l’avoir lu, tant cette oeuvre était prenante. C’est ce qui fait sans doute aussi que son écriture est réussie.

Bonne route, Sixtine.

RC 2722 de David Moitet

Présentation de l’éditeur :

Dans un monde où une infime partie de la population a survécu à une épidémie, Oliver est le réfugié climatique RC 2722. Il fait partie des chanceux. Du moins c’est ce qu’il croit… Depuis le grand effondrement, Oliver a grandi dans une ville souterraine, hypersécurisée, où la population se protège des virus et des ondes radioactives extérieures. Entre un père et un frère, tous deux haut gradés, il a du mal à trouver sa place. Mais quand l’un meurt mystérieusement et que l’autre est condamné à l’exil, son univers vacille.
Et si ces deux évènements cachaient un secret bien plus grand ? En quête de réponse, Oliver n’a pas le choix : Il doit remonter à la surface !

Merci à Netgalley et à Didier Jeunesse pour leur confiance.

Mon avis :

RC 2722, titre énigmatique, qui n’est pas sans rappeler un code postal – ou un code de district. Oui, nous sommes dans un ouvrage de science-fiction, genre que je n’affectionne pas tellement, et surtout, nous sommes dans un ouvrage de science-fiction à dimension post-apocalyptique. En effet, une épidémie, dont nous saurons un peu plus au cours du roman, a décimé une grande partie de la population, et les survivants se terrent dans une ville souterraine. Dehors ? Impossible de survivre. Les courageux membres de la brigade de l’eau sortent régulièrement pour apporter cette denrée devenue si rare.

Olivier est un de ses survivants, mais, contrairement à son père, qui occupe une position élevée dans cette société, et à son frère, guerrier des eaux, il a choisi un chemin bien moins glorieux, presque contestataire. Un jour, sa vie bascule : son père meurt, et sa mort ne semble pas aussi naturelle qu’on veut bien lui faire croire, son frère est condamné à l’exil, et lui-même prend une décision radicale après maintes péripéties – et pourtant, nous n’en sommes qu’au début.

Roman futuriste, il m’a fait penser (peut-être à tort) au film Mad max. Dans cet univers, c’est véritablement chacun pour soi, il est extrêmement rare de pouvoir compter sur quelqu’un. Le besoin de protéger, même si c’est un animal, le besoin de se protéger est d’être protégé est pourtant bien présent. L’univers que nous parcourons est un univers détruit, et, grâce aux souvenirs du père d’Olivier (vive la technologie), nous découvrons comment l’on en est arrivé là. Récit extrême ? Peut-être un peu trop. La lecture de ce roman a été prenante, d’une époque à l’autre, d’un lieu à l’autre. Je comprends que l’on ait envie d’avertir que le monde, tel qu’il est, court à sa perte, cependant j’aimerai bien, un jour, lire un livre qui parle non de reconstruction, mais de la manière dont le pire a été évité, afin d’inciter à ne pas baisser les bras, tout de suite.

Agatha Raisin enquête – tome 25 : Au théâtre ce soir de M.C. Beaton

édition Albin Michel – 324 pages

Présentation de l’éditeur :

Quelle mouche a piqué Agatha d’accepter (a proposition de son amie Mrs Bloxby d’assister au spectacle de fin d’année de la troupe de théâtre locale ? La mouche tsé-tsé sans doute, car la mise en scène est si mauvaise qu’Agatha s’endort dès les cinq premières minutes. Jusqu’à ce qu’un cri retentissant la réveille : happé par une trappe, un des acteurs est retrouvé empalé quelques mètres plus bas ! Loin d’être une jeune première, Agatha monte aussitôt sur les planches pour mener l’enquête. Mais entre chamailleries et querelles d’artistes, difficile de discerner le vrai du faux. Il y a pourtant urgence, car l’assassin est aux aguets, prêt à donner la réplique à Agatha…

Mon avis :

Les Agatha Raisin se suivent, se ressemblent, et pourtant, je n’ai pas pris le même plaisir à lire ce vingt-cinquième tome que le vingt-quatrième, vraiment très drôle. Dans ce tome, le côté sanglant domine : l’hémoglobine coule presque à flots, et ce, dès le début. J’ai une pensée émue pour ceux qui lisent Agatha parce que ces romans ne sont pas gore. Pas de chance : celui-ci l’est. Certes, le titre anglais (the blood of an englishman) est bien plus évocateur. Certes, le récit lorgne carrément vers des classiques du genre, entre contes et faits divers sanglants. Mais il reprend aussi tous les ingrédients qui constituent la recette Agatha Raisin ! Nous retrouvons les hommes de sa vie, à savoir James, Charles et Roy. Elle est toujours amie avec Mrs Bloxby. Elle est toujours un peu/beaucoup jalouse de Toni, qui cherche à tout prix à éviter Simon. La victime est un homme que tout le monde détestait, le tout est de savoir qui l’a tué, parmi tous ceux qui ne pouvaient pas le sentir. Agatha, qui enquête, met plusieurs fois sa vie en danger, comme quelques anticipations le laissent entendre avant même que le danger n’arrive. La différence ? Elle tient peut-être au fait que l’intrigue m’a laissé un goût d’inachevé. Peut-être retrouvera-t-on certains personnages dans le tome suivant !

Agatha Raisin – tome 24 : Gare aux empoisonneuses de M.C. Beaton

édition Albin Michel – 306 pages

Présentation de l’éditeur :

Personne ne peut rester indifférent au charme de Gloria French, une veuve londonienne au rire sonore et aux joues bien roses ! Les habitants des Cotswolds ont accueilli avec joie cette dame toujours prête à rendre service et à lever des fonds pour l’église. Même si sa fâcheuse manie à emprunter des choses à ses voisins, sans jamais les rendre, en irrite plus d’un… Lorsqu’on retrouve Gloria empoisonnée par un vin de sureau qu’elle avait justement « emprunté », c’est le choc. Qui pouvait lui en vouloir ?

À Agatha de résoudre l’énigme et de trouver l’empoisonneur ou l’empoisonneuse…

Mon avis :

Même pour Agatha Raisin, c’est la crise ! Ce n’est pas que les affaires manquent parce qu’ils ne se passent rien, les affaires manquent parce que les clients potentiels n’ont plus les moyens pour l’engager – et Agatha n’a pas envie de licencier un seul membre de son personnel. Elle s’ennuie un peu, heureusement, Mrs Bloxby est là pour la réconforter. Ni l’une ni l’autre ne pensait qu’un meurtre surviendrait bientôt, dans un hameau voisin, et qu’Agatha, au bout de quelques jours d’une enquête qui piétine, serait embauchée pour trouver le coupable.

Les suspects ? Ils sont nombreux. Piddlebury a beau être véritablement une petite commune, avec l’église d’un côté et le pub de l’autre, tous les habitants ou presque pourraient être suspect. Pas le pasteur, non. Ce n’est pas à cause de son métier, c’est uniquement parce qu’il était une des rares personnes à apprécier Gloria. Sa femme ? Fatiguée par ses tâches de femmes de pasteur, elle n’aurait pourtant pas dit non pour arracher les yeux de Gloria. La vieille Mrs Tripp ? Gloria avait beau lui avoir fait la lecture pendant des heures et des heures, elle ne la supportait pas. Je pourrai continuer ainsi longtemps. Fait presque nouveau : Agatha enquête et l’on cherche très vite à la supprimer, de la même manière dont Gloria a été tuée. Ce n’est pas tant qu’Agatha craint pour elle-même – même si l’idée d’être empoisonnée ne lui sourit pas – elle craint pour les membres de son équipe – voir mort Simon ? Hors de question.

Et les amours ? Presque sereine. Agatha est toujours amie avec Charles, et elle a le béguin pour un professeur de chimie rencontré durant son enquête. James pense enfin vivre « une histoire sincère et magnifique ». Quant à Toni, elle s’interroge : pourquoi se lance-t-elle toujours dans des histoires d’amour avec des hommes violents ? Cependant… ah, je ne veux pas trop vous spoiler, mais selon Agatha elle-même, il lui arrivera pire que d’être menacée de mort – et pourtant, elle en verra vraiment des vertes et des pas mûres dans cette enquête. Quoi ? Ah, je ne le dirai pas, je dirai simplement que certains donnent fortement l’impression de vivre encore comme si l’on était au moyen-âge ou dans les années cinquante, aucune de ses options n’est préférable !

PS : ne ratez pas le mémorable passage télévisé d’Agatha, qui devrait lui assurer une longue postérité.

Apeirogon de Colum McCann

éditions Belfond – 512 pages

Présentation de l’éditeur :

Apeirogon
Une figure géométrique au nombre infini de côtés.

En son cœur, deux pères.
Un palestinien, un israélien, tous deux victimes du conflit, qui tentent de survivre après la mort de leurs filles. Abir Aramin, 1997-2007. Smadar Elhanan, 1983-1997. Il y a le choc, le chagrin, les souvenirs, le deuil. Et puis l’envie de sauver des vies. Ensemble, ils créent l’association « Combattants for Peace » et parcourent le globe en racontant leur histoire pour susciter le dialogue.

Merci à Netgalley et aux éditions Belfond pour ce partenariat.

Mon avis :

Je pourrai commencer simplement en disant que ce ne fut pas une lecture facile. Il faudrait alors définir ce qu’est une lecture facile, par opposition à celle-ci, fragmentaire, haché, tantôt composée d’amples pages, à d’autres de simples phrases voire de photos.
De même, ce serait trop simple de dire que ce livre est l’histoire de deux pères qui ont perdu leur fille, l’une, tuée à dix ans d’une balle perdue, l’autre, à treize ans lors d’un attentat terroriste. Ils parlent, ils transmettent, pour que la mémoire de leurs filles perdure, pour que d’autres familles n’aient pas à subir ce qu’ils subissent – oui, j’utilise le présent, parce que la douleur est là, constamment, parce que les souvenirs sont toujours présents, en dépit du temps qui passe.
Tous deux font partie d’une association, « Combattants for Peace », dont tous les membres ont perdu un être cher. Leur but ? Créer, maintenir le dialogue. Oui, ce n’est pas facile.
Cette oeuvre protéiforme nous emmène en Israël, en Cisjordanie, mais aussi au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. Il nous montre la vie quotidienne dans l’insécurité quotidienne, les check-points, qui semblent, du point de vue européens, totalement ahurissants, les humiliations ordinaires, banalisées, les questionnements aussi – le plus jeune fils de Rami Aramin se demande s’il servira ou non dans l’armée israélienne, s’il arrêtera la voiture de Bassam Elhanan, qui est un ami, et lui fera subir les mêmes fouilles, les mêmes humiliations qu’à tous les autres se présentant au check-point. La vie quotidienne comme une aberration. La guerre aussi, vue de très près, et non racontée comme dans un reportage télévisée, les blessés que l’on tente de soigner, les morts que l’on ramasse, les descriptions cliniques de ce qui restent des corps après un attentat, des dégâts provoqués par une balle dans le crâne d’une gamine de dix ans. Tenir, coûte que coûte.
Le passé, aussi. Les sept années de prison de Bassam, activiste. Les guerres auxquelles participa le grand-père d’Abir. La difficile paix – parce que je ne veux pas dire « impossible », ce serait aller contre la voie que suivent Rami et Bassam.
Et pour ne pas oublier, aussi, qu’Abir et Smadar avaient des rêves, des projets, qu’elles étaient simplement une enfant, une adolescente comme tant d’autres – et comme tant d’autres, la guerre, la haine ont arrêté le cours de leur vie.

Créance de sang de Michael Connelly

éditions points – 514 pages

Présentation de l’éditeur :

L’ex-agent du FBI Terry McCaleb est à peine remis d’une greffe du cœur quand une inconnue, Graciela Rivers, vient le voir sur le bateau où il se repose et le somme d’enquêter sur la mort d’une certaine Gloria Torres, abattue à bout portant et de sang froid par un tueur masqué, dans une épicerie de la banlieue de Los Angeles. Agacé par l’aplomb de la jeune femme, McCaleb refuse. Mais Graciela insiste et se trouble. Elle lui révèle soudain que Gloria Torres n’est autre que sa propre sœur, et que c’est son cœur qui bat sous l’énorme cicatrice qu’il a encore en travers de la poitrine: cette enquête, Terry McCaleb la lui doit.

Mon avis :

Voici un roman qui commence quasiment par la fin, ou plutôt qui commence là où l’on n’accompagne pas les policiers. Terry était un très bon enquêteur du FBI. Problème : son coeur n’a pas tenu le coup et il a fallu qu’il subisse une greffe de coeur. J’ai presque envie d’ajouter « une vraie greffe de coeur », et non une greffe comme on peut le voir dans certaines émissions, certains téléfilms, la greffe de coeur a eu lieu et hop ! tout va bien, tout est terminé, tout repart comme si rien ne s’était passé, la vie peut (re)commencer.

Et bien non.

Terry va bien, c’est certain, mais l’opération a déjà eu lieu voici deux mois. Il doit prendre des médicaments anti-rejets, sans lequel il ne pourrait pas vivre. Il ne peut pas encore conduire, à cause de l’airbag – mais il pourra tout de même reconduire un jour. Il ne doit pas faire trop d’efforts, il lui est indispensable de surveiller sa fièvre. Mais il s’estime tout de même heureux, sur son bateau, sans soucis autre que de se porter le mieux possible.

Sauf qu’une jeune femme vient le trouver pour lui demander de mener une enquête, sur la mort de sa soeur, Gloria Torrès, tuée lors d’un braquage d’une supérette, ce qu’il ne peut pas : il n’est plus agent du FBI, il n’est pas détective privé. La jeune femme a pourtant un argument de poids : le coeur qui bat dans sa poitrine était celui de sa soeur.

Oui, cela fera effet sur Terry, d’autant plus qu’en enquêteur chevronné du FBI – même à la retraite, on ne se refait pas – il voit des détails qui ont échappé aux enquêteurs. On ne peut certes faire attention à tout, on peut néanmoins ne rien négliger.

Ce n’est pas que le rythme de l’enquête est lent, c’est que le rythme est ralenti par l’état de santé de Terry, et par le manque de soutien qu’il reçoit au début de ses investigations : rares sont ceux qui ont envie de voir le FBI sur ses plates-bandes.  Ils n’aiment pas non plus que Terry trouve de nouvelles pistes, les explore, se fourvoie aussi – il est un enquêteur consciencieux, pas quelqu’un qui table tout sur son intuition.

J’ai aimé suivre cette intrigue, j’ai aimé que le suspense soit maintenue jusqu’au bout. Encore une fois, un très bon roman policier signé Michael Connelly.

Les morts de Bear Creek de Keith McCafferty

édition Gallmeister – 384 pages

Présentation de l’éditeur :

Sean Stranahan, peintre amateur, guide de pêche et détective privé à ses heures perdues, se sent de plus en plus chez lui dans le Montana dont il connaît désormais les rivières comme sa poche. Mais les âpres paysages des Montagnes Rocheuses livrent parfois de macabres trouvailles – comme les cadavres de ces deux hommes exhumés par un grizzly affamé. Le shérif Martha Ettinger fait appel aux talents d’enquêteur de Sean, décidément très convoités : le même jour, il est embauché par un club de pêcheurs excentriques pour retrouver une précieuse mouche de pêche volée. Les deux affaires vont se téléscoper sur une piste escarpée menant vers quelques-unes des personnes les plus puissantes de la vallée de la Madison.

Mon avis :

Si vous souhaitez vous reposer, je vous déconseille fortement le Montana. Il faut dire que le roman commence sur les chapeaux de roue : un homme est porté disparu depuis trois jours, une équipe de recherche se porte donc à son secours. Soyons clair : sa femme a eu beau donner l’alerte, elle est persuadée que son mari est en fait avec une de ses maîtresses, tranquillement, dans un motel quelconque, et elle se fera une joie de lui voir arriver un accident de chasse (ou plus si affinité). Ce qui n’était pas prévu dans ses recherches, c’était que l’équipe trouverait deux cadavres exhumés par une femelle grizzly affamée. Je vous rassure tout de suite : elle et ses deux oursons vont très bien, Harold, un tout petit peu moins (liste des blessures assez impressionnantes). Comme les deux hommes ont difficilement pu s’enterrer tout seul, l’enquête débute, et elle n’est pas franchement facile (voir les scènes d’autopsie).

Et Sean Stranahan dans tout cela ? Il aurait pu se contenter de rester guide de pêche – efficace quand il ne se prend pas une mouche dans l’oreille – et même détective privé pour un club de pêcheurs riche et motivé. Il aurait même pu se contenter de tenter d’avoir une vie sentimentale, sous les sarcasmes de son ami Sam. Non, vu le manque flagrant de personnel au bureau du shérif, celle-ci se voit contrainte d’embaucher Sean. L’enquête pourrait, finalement, prendre son temps : les deux morts le sont depuis quelques temps. Et bien non : un troisième crime pourrait avoir lieu prochainement, il faut donc garder toujours une cadence soutenue, être attentif à tout, et à tous, même ce qui peut sembler totalement insignifiant. Oui, certains viennent dans le Montana pour se ressourcer, pour s’accorder un congé dans une vie trop bien réglée. D’autres cherchent autre chose, et c’est bien qu’un roman policier questionne sur des sujets peu fréquemment abordés dans ce type d’oeuvres.

Dernier point : n’abandonnez ni vos chiens, ni vos chats, eux ne vous abandonneront pas, même si vous êtes aux prises avec un grizzly.

Les disparus de la lagune de Donna Leon

Présentation de l’éditeur :
Le commissaire Brunetti, surmené par des dossiers compliqués, s’offre une retraite solitaire dans une superbe villa de l’île de Sant’Erasmo, loin de sa femme Paola et de son patron. Il a bien l’intention d’y passer ses journées à ramer sur la lagune vénitienne et à déguster des plats locaux. Mais soudain, le paradis vire au cauchemar quand le gardien de la villa, Davide Casati, disparaît lors d’un violent orage.
Mon avis :
Un roman pour les fidèles du commissaire, qui suivent son parcours pas forcément depuis le début, mais au moins depuis quelques enquêtes. En effet, Brunetti est à bout, c’est l’affaire de trop, pour lui, pour l’un de ses hommes, alors pour l’empêcher de faire une bêtise, il simule un malaise et se retrouve illico à l’hôpital. Hypertendu, il se voit prescrire par la doctoresse, pas dupe (les électrocardiogrammes mentent rarement) deux à trois semaines de repos, loin de tout et surtout de la police.
Grâce à sa femme, il emménage dans une villa qui appartient à un membre de sa famille. Là, il retrouve Casati, le gardien de la villa qui a bien connu son père. Là, il peut profiter du calme, ramer avec le vieil homme presque toute la journée, parler le dialecte vénitien. Les journées s’écoulent, calmes, paisibles, et Guido peut faire le point sur ce qu’il veut faire, vraiment.
Seulement, la lagune ne peut empêcher les tragédies de survenir : Davide Casati est porté disparu au cours d’une tempête. Parce que c’est son devoir, Guido participe aux recherches, il en prend presque la tête, et, après la macabre découverte du cadavre de Davide, endosse à nouveau son uniforme de commissaire.
Faire toute la lumière sur ce qui s’est passé, et en même temps renouer les fils de sa vie, voici la tâche de Brunetti, qui s’interroge sur les recherches de Davide, sa préoccupation principale étant la disparition des abeilles, et le deuil de sa femme.
Enquête apaisante ? Non, pas vraiment. Désespérante serait plus juste à sa conclusion. Plus qu’à une enquête policière, l’on peut penser plutôt à une fable, dans le sens de La Fontaine, dans laquelle des personnes finissent par payer, et plus cher que prévu, leur inconséquence.