Arsène Lagriffe règle ses comptes de Jennifer Gray

Présentation de l’éditeur :

Catastrophe ! Jimmy Magpie et sa bande ont été libérés de prison par l’horrible Ginger Spekulos. Le chat machiavélique prépare un mauvais coup et Arsène Lagriffe a des comptes à régler avec lui…. Parviendra-t-il à empêcher le plus grand cambriolage de tous les temps ?

Mon avis : 

Le tome 1 terminé, j’ai enchaîné avec le tome 2. Là aussi, l’action s’enchaîne : Arsène est officiellement chat policier, lui et la famille Cheddar jouissent d’un repos bien mérité à Londres. Cependant, Arsène se serait bien passé de certaines visites un peu mouvementée : moi non plus, je n’apprécierai guère de monter dans la grande roue si j’étais un chat.
Cependant, le répit est de courte durée. L’évasion de Jimmy Magpie ? Presque une péripétie secondaire quand on pense qu’Arsène, cambrioleur repenti, se retrouve confronté à son passé : il n’est pas toujours facile de vouloir suivre le droit chemin. Puis, il est toujours des personnes un peu bornées qui pensent que les gens ne peuvent pas changer – n’est-ce pas, inspecteur Cheddar ? Heureusement, sa femme et ses enfants ont l’esprit nettement plus ouvert et sont prêts à comprendre le comportement d’Arsène.
Reste un fait important : ceux qui ont formé Arsène préparent un mauvais coup et quel vol peut bien être le plus prestigieux, le plus retentissant en Angleterre ? (Pour avoir la réponse, pensez au film Les minions). Oui, vous y êtes, les joyaux de la couronne !
Ce second tome est rempli d’humour mais aussi de référence. Il est difficile, en lisant certains exploits d’Arsène et des Cheddar, de ne pas penser à James Bond, de même que le comportement d’Arsène n’est pas sans rappeler celui de son modèle français – bien qu’Arsène Lagriffe se nomme Atticus Clauw en VO. Les apparitions de la reine sont elles aussi délicieuses, tout comme les allusions au prince Philipp- sans oublier, bien sûr, les fidèles corgys. C’est tout un bestiaire que nous rencontrons ici au cour de ces pérégrinations au coeur de Londres. Traquer une criminelle russe comme au bon vieux temps de la guerre froide n’est pas de tout repos.
Une charmante aventure à partager en famille, d’autant plus que les chapitres, courts, incitent à la lecture.

Arsène Lagriffe hors-la-loi de Jennifer Gray

Présentation de l’éditeur :

Arsène Lagriffe, le célèbre chat cambrioleur, accepte la mission que lui confie un mystérieux client : voler les bijoux des habitants de Littleton-sur-Mer ! Mais alors qu’il est adopté par l’inspecteur Cheddar et ses enfants, il commence à se demander si la vie de malfaiteur est vraiment faite pour lui….

Mon avis : 

Laissez-mi vous présenter Arsène Lagriffe (Atticus Claw en VO), un charmant chat indépendant dont l’activité principale consiste à cambrioler pour des commanditaires divers et variés. Il gagne très bien sa vie (vive les maquereaux et les sardines, enfin, surtout les sardines) et voyage beaucoup pour son métier. Justement, il a accepté de quitter Monte-Carlo pour la charmante petite ville de Littleton-su-Mer (il faut aimer le froid et la pluie pour cela) et, sous l’égide d’un gang de pie, ou plutôt de son cerveau, cambriole les maisons de la ville.
Il suffit parfois d’une rencontre pour que tout change. Non, parce qu’Arsène a un certain standing, il ne va pas dormir sous les ponts, ou sur la plage, il réussit donc à se faire adopter par une sympathique famille composé d’un père, d’une mère et de deux enfants qui rêvaient justement d’avoir un animal. Leur père, lui, rêvait plutôt d’une promotion à Scotland Yard, et s’il fallait vraiment passer par la case « animal », de poissons rouges – discrètes, ces petites bêtes.
Tout pourrait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes du cambriolage si, pour la première fois sans doute, Arsène ne découvrait pas les conséquences directes de ses actes. Dans une littérature qui banalise certains actes (je pense davantage à la littérature adulte qu’à la littérature jeunesse en disant cela), il est bon de rappeler que oui, on a tout à fait le droit d’être attaché à des objets, que leur valeur peut être plus sentimentale que monétaire, et que personne n’a envie que l’on fouille chez soi en toute impunité. Donc acte.
Dire que cette brusque prise de conscience plaît à tout le monde, ce serait beaucoup dire. Arsène se retrouve donc entraîné dans une série de péripéties telles que l’on peut en trouver dans les romans policiers traditionnels, avec tout de même une pointe d’absurde et de merveilleux.
La galerie de personnages que nous découvrons ne manque pas de saveur, de l’inspecteur Cheddar et sa femme au pécheur Tucker, sa jambe de bois et surtout son épouse, la nounou des enfants Cheddar.
Ce roman n’est pas sans rappeler non plus tous ces romans policiers anglais qui se déroulent dans des petits villages, nous montrent leur vie presque paisible, organisée autour des actes de la vie quotidienne et surtout, autour de châtelains qui n’ont rien à envier à leurs ancêtres.
Arsène Lagriffe comporte à ce jour sept tomes, le troisième sera traduit en novembre 2017. Je continuerai à lire cette série avec plaisir : le tome 2 est à mes côtés pendant que j’écris.

Un astronaute en Bohème de Jaroslav Kalfar

Présentation de l’éditeur : 

 »  La Terre était maintenant un point brillant dans les profondeurs des cieux,un foyer réduit à une unité de ponctuation. »
Jakub est un astrophysicien missionné par la République tchèque pour partir dans l’espace analyser un inquiétant nuage qui recouvre Vénus. À la veille de son départ et alors que des hordes de caméras le suivent partout, Jakub n’a qu’une hâte, se retrouver enfin seul. Cependant, au bout de treize semaines de voyage, il apprend par écran interposé que sa femme Lenka le quitte.

Merci à Netgalley et aux éditions Calmann-Lévy pour ce partenariat

Mon avis : 

Parmi tous les titres de la rentrée littéraire 2017, celui-ci m’avait interpellé parce qu’on associe rarement « astronaute » et « Bohème », cette région historique d’Europe centrale. De plus, il s’agit d’un premier roman, tout pour attiser ma curiosité.
Je n’ai pas été déçue par ce roman qui mélange les genres et les tons. Les genres, parce que ce roman tient de la science-fiction et du roman historique. Science-fiction, il revisite le thème de la conquête de l’espace, de la recherche scientifique, de l’existence d’une vie extraterrestre en écrivant sur un projet quasiment délirant, non parce qu’il s’agit d’analyser un mystérieux nuage, mais parce que la petite République Tchèque songe à battre au poteau les puissances américaine et russe. Roman historique, il nous plonge dans le passé du pays, par le biais de son narrateur et personnage principal, l’astrophysicien Jakub.
Il est un symbole de la réussite de son pays, mais aussi de sa dualité. Enfant, il a vécu la transition entre le communisme et le capitalisme, à laquelle la société tchèque s’est parfaitement adaptée – la description de la modalité de la mission ressemble à une gigantesque émission de télé-réalité, avec maints placements de produits. A travers les yeux de Jacob, nous découvrons les facettes de ce pays, des méthodes du communisme, qui n’ont pas vraiment été oubliées par ceux qui dirigent le pays aujourd’hui.
Ce n’est pas seulement le voyage dans l’espace  de Jakub que nous découvrons dans ce roman. C’est aussi son itinéraire personnel, son introspection, après qu’il a appris que Lenka, sa femme (diminutif d’Héléna) le quittait. Il lui en faudra, du temps (le voyage ne dure-t-il pas huit mois ?) pour parvenir à ses conclusions, pour prendre certaines décisions. Il semble que chaque pays a besoin de héros, non ?
Une belle découverte.

Je ne résiste pas à dédier ce billet à un autre Jakub (francisé en Jacob), et à une autre Héléna (surnommée Héla).

Maudit printemps d’Antonio Manzini

édition Denoël – 292 pages.

Mon résumé : 

Un accident de voiture, voici la nouvelle enquête de Rocco Schiavone, en exil depuis neuf mois dans la vallée d’Aoste. Seulement, la requête d’une jeune fille, divers éléments le mènent sur les traces d’une affaire bien plus sordide.

Mon avis : 

Couvre-toi, prends une aspirine et monte sur la moto !

Le moins que je puisse dire est que Rocco Schiavone ne s’embarrasse pas de précautions oratoires pour donner ses ordres – et encore, j’ai choisi une citation dans laquelle il est de bonne humeur. Le sous-préfet Schiavone, c’est un homme brut de décoffrage, qui ne supporte pas les ennuis susceptibles de gâcher encore plus sa journée qu’elle ne l’est déjà. Il supporte encore moins les injustices et c’est pour cette raison qu’il ferme les yeux sur certaines choses : ne comptez pas sur lui pour dénoncer les clandestins qu’il a débusqué par hasard. Par contre, comptez sur lui pour perdre le sommeil – et le faire perdre aux policiers qui sont sous ses ordres afin de faire toute la lumière sur la disparition d’une toute jeune femme, Chiara.

Tout en oeuvre, cela signifie que ce sous-préfet utilise pour la sauver – oui, en cas d’enlèvement, ce que ses parents refusent à admettre, leurs cernes, leur nervosité parlent pour eux, il est encore possible de sauver la victime – sont bien plus proches des techniques des malfrats que des techniques des policiers. A l’époque d’internet, les méthodes artisanales sont parfois les meilleures. Après tout, il est des personnes qui excellent à faire disparaître le plus possibles leurs traces.

Nous sommes en Italie, oui, nous sommes surtout dans différentes régions italiennes, avec leurs accents, leurs coutumes. Nous sommes loin de Rome, chère au coeur de Schiavone pour moultes raisons. Rome viendra jusqu’à lui, et le passé aussi. Ce n’est pas tout à faire la dolce vita, nous en sommes même loin, l’auteur nous donne à voir les laissez-pour-compte de l’Italie, ceux qui tentent de s’en sortir, ceux qui n’y parviennent pas parce que tout ne va pas bien au coeur de l’Europe.

Une série dont je ne me lasse pas.

Mets le feu et tire-toi de JamesMcBride

Présentation de l’éditeur :

« Au cours de ses quarante-cinq ans de carrière, James Brown a vendu plus de deux cents millions de disques, il a enregistré trois cent vingt et un albums, dont seize ont été des hits, il a écrit huit cent trente-deux chansons et a reçu quarante-cinq disques d’or. Il a révolutionné la musique américaine. Il était extraordinairement talentueux. Un danseur génial. Un spectacle à lui tout seul. Un homme qui aimait rire. Un drogué, un emmerdeur. Un type qui avait le chic pour s’attirer des ennuis. Un homme qui échappait à toute tentative de description. La raison ? Brown était l’enfant d’un pays de dissimulation : le Sud des États-Unis. »

Mon avis : 

Je ne suis fan ni de James Brown, ni des biographies. Et pourtant, j’ai été absolument séduite par la passion, l’incandescence qui se dégage de ce livre. James McBride est un grand auteur, pour ceux qui en douteraient.
Il semble avoir mis en oeuvre un des préceptes de Sue, la journaliste à laquelle il donne la parole à la fin du livre et qui ne donnerait pas d’informations qui ne soient fiables – et tant pis si cela dérange.
Comme Léon, ami pour la vie avec James Brown, comme Emma, la femme de Léon, il fait preuve de bienveillance, et non d’indulgence, ce qui n’est pas la même chose. A l’heure où l’actualité nous rappelle que le racisme n’est pas qu’un mot aux USA, James McBride nous montre le parcours de ce gamin des rues qui a révolutionné la musique et l’importance qu’il a pour la communauté noire américaine. Il nous parle de son acharnement, de puissance de travail, de sa dureté, de sa violence aussi, sans sombrer dans le récit de « on-dit » sordides. Oui, ces faits sont là, James McBride ne le cache pas mais il y a eu tant d’autres faits, tant d’actes de générosité. Il donne la parole à ceux qui ont véritablement été proches de James Brown, ceux qui l’ont véritablement apprécié, et réciproquement. Voir les récits de sa première femme et de son petit-fils William.
Il nous parle aussi à un autre musicien noir à la puissance de travail impressionnante, qui admirait profondément James Brown : Mickaël Jackson.
Il parle également de lui, James McBride et c’est sans doute parce qu’il est musicien que le livre est aussi réussi. Il ne nous fait pas croire que jouer, c’est facile, que donner des concerts soir après soir n’est pas épuisant, que composer, c’est facile, surtout quand on ne maîtrise pas le solfège – et d’évoquer les relations parfois conflictuelles entre ceux qui savent lire la musique et ceux qui ne le savent pas. IL remet en lumière ceux qui ont fait la réussite de James Brown et d’autres chanteurs en composant, en jouant des accompagnements qui sont devenus mythiques et dont le nom des créateurs est aujourd’hui oublié.
Pour se quitter, quelques citations :
« Même ma mère était impressionnée. — Vous voyez ? a-t-elle lancé. Écoutez bien James Brown. N’arrêtez pas l’école ! Mais qui se souciait de ce qu’elle disait? »
« Le succès, c’est réussir tel que vous êtes, et non pas changer ce que vous êtes pour réussir. »
« ls entendent les cris. Ils entendent les hurlements. Ils entendent le rythme. Ils entendent la perfection du jeu. Alors, vous vous dites : Ils se souviendront de lui. Il fera en sorte qu’ils se souviennent de lui. Il rugit depuis l’arrière du bus de l’histoire pour qu’ils sachent qui il est. [….] Et s’ils savent qui il est, peut-être qu’ils sauront un jour qui ils sont.
Et à cet instant, juste à cet instant précis où ils hurlent son nom, tout va bien dans le monde.
– James Brown ! »

La ferme du bout du monde de Sarah Vaughan

Quatrième de couverture :

Cornouailles, une ferme isolée au sommet d’une falaise. Battus par les vents de la lande et les embruns, ses murs abritent depuis trois générations une famille… et ses secrets.1939. Will et Alice trouvent refuge auprès de Maggie, la fille du fermier. Ils vivent une enfance protégée des ravages de la guerre. Jusqu’à cet été 1943 qui bouleverse leur destin. Été 2014. La jeune Lucy, trompée par son mari, rejoint la ferme de sa grand-mère Maggie. Mais rien ne l’a préparée à ce qu’elle y découvrira. Deux étés, séparés par un drame inavouable. Peut-on tout réparer soixante-dix ans plus tard ?

Merci à Netgalley et aux éditions Préludes pour ce partenariat.

Mon avis :

La trame commence de façon presque classique : une jeune femme, qui a quitté les Cournouailles pour vivre à Londres, voit sa vie s’éparpiller. Non seulement son couple ne va pas fort, mais cela rejaillit dans sa vie professionnelle, au point qu’elle retourne se reposer auprès de sa grand-mère et de sa mère. On pourrait dès lors croire que l’on se retrouverait face à la lente histoire d’une reconstruction : pas tant que cela. En effet, la situation est délicate à la ferme. Oui, les Cournouailles, c’est très joli mais les touristes ne viennent pas forcément en masse dans les chambres d’hôte, l’agriculture comme ailleurs est en crise et même les nouvelles initiatives pour s’en tirer nécessitent des financements et un coup de pouce du climat. Autant dire que la sérénité n’a pas vraiment sa place. Lucy devra regarder les choses en face, que ce soit la situation de sa famille, certains faits du passé mais aussi son mariage.
Le passé a son importance puisqu’une partie du roman nous ramènera pendant la seconde guerre mondiale. Le sort des enfants qui ont été déplacés pendant la guerre est peu souvent évoqué, du moins dans les livres traduits en français (j’excepte Le monde de Narnia) et le récit de la vie quotidienne est très réaliste. Encore une fois, nous ne sommes pas dans une romance. Nous passons d’une époque à l’autre sans que le lecteur ne s’y perde. Passé et présent finissent par se rejoindre.
La ferme du bout du monde est un roman fort et réaliste.

La falaise de Paimpol de Christian Querré

Mon résumé :

Franck Malbert est journaliste à L’écho du Goëlo. Marié à Arlette, atteinte de sclérose en plaques et surnommée « la dame aux mouettes », il arrondit ses fins de mois en traficotant avec son copain Martial Pinard dit Latreille et un certain Fouchardon. Or, celui-ci vient à manquer à l’appel. Que s’est-il passé ?

Mon avis : 

« J’aime Paimpol et sa falaise […] j’aime surtout ma paimpolaise qui m’attend au pays Breton. »

Oui, je n’ai pas résisté à l’envie de commencer mon billet ainsi. Il faut dire qu’il en sera question, dans ce livre, de cette « falaise » de Paimpol qui n’existe que dans la chanson de Théodore Botrel – et sur un tableau qui passera son temps à apparaître et à disparaître.
Franck Malbert est le narrateur de ce récit, et c’est lui, sa faconde, son style qui font vraiment toute la valeur, tout le plaisir de lecture de ce roman. Journaliste, il n’est ni honnête ni malhonnête, non. Disons qu’il a une combine avec son ami Latreille et qu’il achète des objets de valeur bien en dessous de leur valeur chez des personnes âgées. Abus de faiblesse ? Abus de confiance plutôt, puisqu’il a sous-estimé leur valeur, mais n’a pas usé de violence et n’a rien volé – il est toujours plus facile d’écouler la marchandise ainsi.
Rien volé ? Si ce n’est ce tableau qui se trouvait dans le grenier de la mairie, cette « falaise de Paimpol » – mais ce n’est pas lui, c’est Latreille. Quant à Fouchardon, il était assez long à s’acquitter de la partie du travail, au point que Latreille est allé… récupérer leur bien. C’est presque Noël avant l’heure. Si ce n’est que Malbert, par souci d’honnêteté, ira tout remettre en place (la porte était presque ouverte) et se trouvera nez à nez avec les décorations de Noël et avec le cadavre de Fouchardon.
Ce qui précédait cette découverte contenait déjà des scènes fort drôles – voir l’exposition de cet artiste qui a « découvert » la Bretagne. La suite en contiendra tout autant même si l’une d’entre elles est bien sanglante. Ne comptez pas trop sur la police ou sur les gendarmes pour démêler l’affaire – le narrateur ne les tient pas en haute estime, et l’on ne peut pas dire qu’on les voit beaucoup à l’ouvrage dans ce roman. L’affaire, comme dans tout roman policier qui se respecte, aura pourtant un dénouement, avec un zeste de folie. La peinture n’adoucit pas toujours les moeurs.