Petite musique de la mort de Frank Tallis

édition 10/18 – 360 pages

Présentation de l’éditeur :

Assassinée, la cantatrice Ida Rosenkrantz n’a pas fini de taire ses secrets. Les pistes sont minces et la liste vertigineuse de ses amants multiplie les suspects. Pour pénétrer le caractère complexe et instable de la victime, Max Liebermann devra pousser plus loin que jamais son raisonnement. Mais il est difficile de faire parler les morts quand les vivants s’en mêlent…

Mon avis :

Roman facile à lire. C’est un premier point, je l’ai lu très rapidement, comme les tomes 1 et 2 de la série. Roman facile et donc agréable à lire ne suffit pourtant pas un roman superficiel. Nous sommes dans la Vienne du début du XXe siècle et s’il est un fait qui domine, qui (me) choque, c’est l’antisémitisme profondément ancré dans la société. Ce n’est pas détesté, conspué un être humain à cause de sa religion qui est considéré comme anormal, c’est l’apprécier, être ami avec lui, comme le commissaire avec Max Liebermann.

Affaire délicate s’il en est : la cantatrice Ida Rosenkrantz est morte. Un suicide ? Cela arrangerait à peu près tout le monde. Le problème est que ce n’est pas le cas, Ida Rosenkrantz a été assassinée. Qui avait intérêt à la faire taire ? Quel secret a-t-elle emporté dans la tombe ? Avec elle, nous découvrons l’opéra de Vienne, et nous suivons Gustav Malher, directeur, chef d’orchestre peu apprécié par ses musiciens, par ses chanteurs. Pourquoi ? Oh, c’est très simple, ai-je envie de dire. Pour Malher, seule la musique compte. Exigeant, il demande le meilleur à son orchestre, à ses chanteurs. Il est hors de question pour lui de laisser les approximations, d’oublier des notes, voire même des instruments parce que son titulaire est parti – il avait autre chose à faire que rester jusqu’au bout du concert. Quand on bouscule les habitudes, quand on demande de la rigueur et de l’investissement, cela peut générer de l’animosité, et certains musiciens sont prêts à aller très loin pour nuire au maître. La musique ? Elle ne semble même pas avoir d’intérêt pour eux, pas même pour les cantatrices qui, dans la vie, cherchent tout autre chose qu’une belle carrière, des rôles magnifiques. Non : le mariage, une belle position sociale leur convient mieux. Est-ce là la véritable cause de la mort de Ida Rosenkrantz ? Peut-être.

L’enquête ne nous fait pas seulement découvrir l’opéra, il nous mène aussi tout prêt de la cour impériale – Ida n’était-elle pas soignée par le médecin de feu l’impératrice ? Déplaire à l’empereur, débusquer un de ses secrets, c’est la disgrâce assurée. Ou pire. Il faut toujours prévoir le pire dans cette ville où une vie ne vaut pas tant que cela.

Petite musique de la mort est un roman policier et historique riche d’enseignement et de questionnement, sur la place des femmes dans la société et dans l’art. Si je suis plus circonspecte sur l’aspect « psychanalytique », en revanche, j’ai été sensible au personnage de Max Liebermann et Oskar Reinhart, qui s’interrogent, justement, sur ce qu’ils croient savoir sur la femme, sur ses désirs, sur ce qu’elle est capable de faire ou pas.

Une belle enquête musicale.

Charlock : Tome 2, Charlock et le trafic des croquettes de Benjamin Lacombe et Sebastien Perez

Présentation de l’éditeur :

New York, 1917.
Grosse dispute entre chiens et chats.
Ed le loubard, le chien aux grandes oreilles, accuse le clan des Chappucini de vouloir empoisonner leurs croquettes.
Gang des chiens, contre gang des chats : voilà une nouvelle mission périlleuse pour Charlock qui doit vite rétablir la paix…

Mon avis :

Voici le second tome des aventures de Charlock, qui nous emmène cette fois-ci à New York en 1917. Oui, les chats ont plusieurs vies, ils peuvent donc se promener dans le temps et dans l’espace, et se faire à chaque fois de nouveaux amis. Ne testez cependant pas ces capacités à revenir sur votre propre animal, merci (oui, quand j’apprends certaines choses, je n’ai pas très confiance en l’être humain). Or, à New York, en 1917, la guerre des gangs sévit : d’un coté, nous avons les Chappucini, des chats qui n’hésitent pas à sortir les griffes quand on les attaque, de l’autre, ce sont les Pet shop dogs qui les accusent d’empoisonner les croquettes. Autant dire qu’ils auront bien besoin de Charlock pour faire toute la lumière sur cette histoire.

Charlock est aidé dans son enquête par Claude, un pigeon voyageur qui à la suite d’un accident de coquille, a un peu de mal à voler correctement, à atterrir correctement, bref, sa carrière de pigeon voyageur a été tuée dans l’oeuf. Qu’à cela ne tienne, il est un ami fidèle, et il saura seconder Charlock et Ed dans cette enquête qui va plus loin que ce que l’on peut attendre d’un livre pour très jeunes lecteurs. Il est en effet question de la difficulté à vivre dans la rue, et de la difficulté encore plus grande d’avoir perdu son maître et d’être à la rue.

Comme le tome 1, le tome 2 des enquêtes de Charlock est un charmant livre à partager.

Blankets de Craig Thompson

édition Casterman – 582 pages

Présentation de l’éditeur :

Drôle d’enfance pour Craig. Il grandit dans un cadre idyllique, celui d’une ferme isolée dans les bois du Wisconsin, où il côtoie biches, renards, ours, blaireaux… En revanche, la petite ville où il va à l’école est emblématique de l’Amérique profonde : repliée sur elle-même, violente, raciste. Une intolérance subie de plein fouet, à laquelle vient s’ajouter une culpabilité omniprésente entretenue par son éducation ultra-catholique. Lassé de l’autoritarisme de son père et des brimades vécues à l’école, Craig se réfugie dans le dessin, « plaisir frivole » dont s’efforcent de le détourner ses éducateurs. Son sentiment de culpabilité atteint son paroxysme lorsqu’il tombe raide amoureux de Raina, rencontrée dans un camp de vacances paroissial. Une passion qu’il parviendra tout de même à vivre jusqu’au bout… et qui lui redonnera goût au dessin, pour notre plus grand bonheur !

Mon avis :

Je ne commencerai pas par dresser la différence entre roman graphique et bande dessinée, parce que je trouve la distinction entre les deux un peu absurde, comme si le roman graphique était un genre noble, que l’on peut être fier de lire, et que la bande dessinée manquait cruellement d’ambition, était frivole, etc, etc…. Alors je mets l’étiquette « bande dessinée » à cette oeuvre, parce que je ne vois pas en quoi cela est honteux.

Blanket n’est pas forcément une oeuvre facile à lire, mais c’est une œuvre que j’avais envie de lire, que j’ai croisé plusieurs fois avant de l’acquérir – ou de sauter le pas, comme vous voulez. Nous suivons les pas de Craig, et de son enfance pas très heureuse. Nous sommes dans le Wisconsin, dans le fin fond de l’Amérique, la fameuse Amérique que l’on ne nous montre jamais dans les séries télévisées, mais que l’on peut, parfois, vaguement apercevoir au détour d’un documentaire ou d’un sordide fait divers. Nous sommes dans une communauté très croyante, une communauté que je qualifierai d’extrémiste, tant tout se conçoit uniquement à travers le prisme de la religion et de la vie après la mort. Pour faire court : sacrifier tous les plaisirs de cette vie (qui ne sont pas considérés ainsi) dans le but de tous se retrouver dans l’au-delà. J’ai eu envie de secouer ces personnes, qui ne se rendent pas compte qu’elles gâchent la vie de leurs enfants en agissant ainsi – qu’elles gâchent la leur, c’est déjà pas mal. Craig, lui, s’évadera – son oeuvre le prouve assez. Mais quid des autres ? Il rencontre Raina dans un camp de vacances paroissial, et il faudra véritablement satisfaire aux exigences de ses parents pour qu’il puisse passer, bien loin, quelques jours avec elle. Il y découvre alors une autre famille, très croyante, tellement croyante que, pour remercier Dieu de leur avoir donné un enfant en bonne santé, ils ont adopté deux enfants handicapés mentaux. Bilan : une fille aînée, celle à cause de qui ils ont adopté, qui a fui par le mariage le foyer familial, a eu un enfant qu’elle appelle « le bébé » comme si sa fille n’avait pas de prénom ou était vouée à rester toute sa vie un bébé, et se demande maintenant si elle ne va pas divorcer, une fille cadette qui s’occupe de son frère, de sa soeur et de sa nièce, et un couple au bord de l’explosion. Craig, lui, voudrait simplement vivre son premier amour et dessiner. Quasi impossible.

Pour illustrer ce récit, du noir, du blanc, les paysages du Wisconsin, les fantasmes de l’enfance et les cruelles réalités, les maltraitances aussi. Et la neige aussi, qui recouvre, qui cache et qui s’en va. Une oeuvre brute, brutale, directe.

Un chocolatier pour Noël de Hope Tiefenbrunner

Présentation de l’éditeur :

David n’y croit pas, pas plus qu’il ne croit qu’il pourrait se passer quelque chose entre lui et Nathan, qui travaille dans sa chocolaterie. Autant espérer croiser un lutin ! Après tout, Nathan est en couple et ne sort qu’avec des top models, pas vraiment la catégorie dans laquelle concourt David. Lorsque Séraphine, sa meilleure amie, l’incite à écrire Nathan sur sa liste de Noël, David ne le fait que pour l’humour. Tout le monde sait que le père Noël n’existe pas et qu’il ne dépose pas les cadeaux au pied du sapin, même quand on a été très sage ! La magie de Noël n’existe pas. Mais ça… c’est lui qui le dit !

Merci aux éditions MxM BookMark  et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis  :

Il est des romances qui ne remplissent pas vraiment le cahier des charges de ce que l’on attend d’une romance. J’ai quelques titres en tête qui sont extrêmement conventionnels pour ne pas dire décevants. J’en ai d’autres, par contre, qui remplissent parfaitement leur mission, et Un chocolatier pour Noël en fait partie.
Ah, pardon, pour certaines lectrices il y a un problème ? Nous sommes dans une romance homosexuelle ? Et alors ? Cela tombe bien, ce roman nous parle aussi d’homophobie, qui n’est qu’une variante de la connerie, finalement :
« Nathan n’habitait pas un mauvais quartier et le centre-ville était plutôt tranquille. Cependant, le look du jeune homme ne laissait pas trop de doute quant à son orientation sexuelles, et les cons n’avaient pas forcément besoin d’être homophobes pour s’en prendre à un mec parce qu’il portait une doudoune rose. »
Puis, pour ma part, je trouve toujours que réduire quelqu’un à son orientation sexuelle est particulièrement réducteur. David est chocolatier, il a plusieurs employés et ne compte pas ses heures, surtout en période de fête (Noël, saint Valentin, Pâques…). Parmi eux, se trouve le fameux Nathan, au physique aussi craquant que le chocolat. David, lui, a plutôt le physique de quelqu’un qui a beaucoup craqué pour le chocolat et qui n’a pas vraiment le temps et l’envie pour avoir des tablettes de chocolat. Bref, il a depuis longtemps renoncé à oser draguer Nathan, même si Séraphine, sa meilleure amie :
– voit bien qu’il est amoureux de Nathan ;
– lui conseille de se lancer.
Il faudra un concours de circonstances pour… amorcer les choses.
Oui, nous avons là une romance toute mignonne, avec des personnages qui assument parfaitement ce qu’ils sont, même si leurs parcours a été semé d’embuches. Comme le dit si bien Nathan : qu’est-ce qui se passait pour que des gens fassent des gosses et ne parviennent pas à s’y intéresser, à les accepter, à les aimer tout simplement ? Il est bon aussi que les roman(ce)s nous rappellent, justement, que tout n’est pas tout rose dans la vie, alors pourquoi ne pas vivre pleinement sa vie, d’oser vivre sa vie ? C’est aussi ce que fait Sébastien, le flamboyant Sébastien, meilleur ami de Nathan, parfaitement extravagant. Cliché, diront certains ? A une époque où l’on essaie toujours d’invisibiliser l’homosexualité (oui, j’ai un exemple pendant que je rédige mon avis), je trouve vraiment bien d’oser jusqu’au bout.
L’intrigue d’Un chocolatier pour Noël aura pris son temps pour se développer, et ce n’est pas plus mal. Ce fut un livre vraiment agréable à lire – et pas seulement pendant le confinement saison 2 2020.

Sauveur et fils, saison 5 de Marie-Aude Murail

édition L’école des loisirs – 310 pages

Présentation de l’éditeur :

Alors que deux années se sont écoulées depuis le précédent volume, le lecteur replonge dans la vie de Blandine et Margaux Carré, Samuel Cahen, Lionel et Maïlys, Ella-Elliot, Frédérique Jovanovic et la famille recomposée de Sauveur. Louane se réconforte grâce à ses animaux et Madame Tapin découvre le féminisme à 81 ans.

Mon avis :

Les gens changent, je change, ou alors la saga Sauveur et fils change. Cela fait beaucoup de changements dès les premières phrases de cet avis. Aurai-je développé une hypersensibilité qui n’est pourtant pas mon genre, du moins quand je lis un livre de littérature jeunesse ? En tout cas, si j’avais conseillé chaleureusement les quatre premiers tomes à mes élèves, je ne suis pas certaine que je leur mettrai dans les mains de mes élèves sans précaution. Je crois que cela fait longtemps que les parents ne lisent plus les livres avant de les donner à leurs enfants – surtout que le public cible, à mon avis, est tout de même les plus de 14 ans.

Le tome 4 s’était terminé sur les attentats du 13 novembre 2015 (et il est  des personnes qui souhaitent « invisibilisés » les victimes des attentats). Le tome 5, en dépit de sa couverture, n’est pas des plus lumineux. Nous retrouvons, deux ans après, certains des patients historiques de Sauveur Saint-Yves, ceux que nous suivons depuis le tome 1. Je pense notamment à Blandine et Margaux Carré, dont le demi petit frère devient lui aussi un patient de Sauveur, avec d’autres troubles que ses soeurs, que sa mère, ou que la première femme de son père – oui, monsieur Carré détruit tout le monde psychologiquement autour de lui. Ce n’est pas le cas de Camille, le père d’Ella-Elliot. Sa mort est un choc, au début de ce récit. Mais cet homme, qui a bien conscience de ne pas avoir mené la vie qu’il aurait voulu, lui qui ne s’est pas rebellé, lui qui a pris les mauvaises décisions, ne veut surtout pas que son fils (oui, il disait bien son fils) se fourvoie lui aussi. Sauveur, lui, comme beaucoup de personnes, se sent un peu dépassé, entre théorie du genre et transsexualité. Mais se sentir dépassé ne veut pas dire ne pas chercher à en savoir plus, à dépasser préjugés et idées reçues – ce que tout le monde n’est pas capable de faire.

Ce tome cinq colle aussi à l’actualité, une actualité que l’on ne voit pas, voit plus, que l’on a oublié parfois. Qui se soucie que des vaches meurent parce que des gens paresseux, peu soucieux de l’environnement et des autres, jettent leurs canettes dans la nature ? En revanche, il est des personnes pour faire des pétitions contre des livres qu’ils n’ont pas lus, parce qu’ils estiment qu’il véhicule des clichés sexistes. Si vous ne vous en souvenez pas, je vous invite à taper « livre jeunesse pétition 2018 » dans un moteur de recherches, à constater à quels points les commentaires de personnes qui n’ont (je le souligne) pas lu le livre, ou en ont vu un extrait de ci, de là, sont virulents. A l’heure où l’on parle tant de la liberté d’expression, il est bon de rappeler qu’un tribunal populaire a stoppé la réédition d’un livre qui parlait de puberté. Il est bon aussi de rappeler qu’il est des parents qui ne parlent pas du tout de ce sujet avec leurs enfants, et qu’il faut bien que les adolescents trouvent les informations quelque part.

Un tome très sombre (oui, je me répète) qui nous emmène en 2018, et qui emmène aussi Sauveur sur les traces de son passé, lui qui était à deux doigts du burn out à force de se consacrer à ses patients, et d’avoir l’impression de ne pas assez s’occuper des siens. En avoir l’impression, c’est aussi la preuve que l’on s’occupe d’eux, de son mieux, et de rappeler que, même pour un psy, il n’est pas toujours facile de verbaliser ce que l’on ressent.

 

Trouille académie – tome 3 : l’orchestre aux dents pointues de Bertrand Puard

éditions Poulpe fictions – 168 pages

Présentation de l’éditeur :

Charles est admis au conservatoire de musique ! Pour suivre les cours, l’adolescent loge dans le manoir du directeur. Mais son rêve se transforme en cauchemar : des hurlements le réveillent en pleine nuit, ses camarades semblent hypnotisés et des instruments s’animent seuls ! Sans compter l’attitude inquiétante du directeur….
Déterminé à éclaircir ces mystères, Charles saura-t-il surmonter les terrifiantes épreuves qui l’attendent ?

Mon avis :

Pauvre Charles ! Si, si, je vous assure, pauvre Charles ! La musique, c’est super. Etre accepté dans une école prestigieuse, c’est magnifique. Se rendre compte très rapidement que quelque chose cloche, cela ne va plus du tout. Oui, nous sommes en 2020, et Charles n’est pas naïf, il lui suffit de quelques jours pour se rendre compte que quelque chose cloche dans sa nouvelle école. Il en vient plutôt à chercher ce qui est parfaitement normal et, mis à part deux professeurs, et deux élèves, personne ne semble l’être ! Heureusement, il peut compter sur la Trouille académie, même s’il trouve ce nom franchement bizarre.

Ce troisième volume est celui que j’ai préféré des trois, sans doute parce que nous rentrons très vite dans le vif du sujet et parce que le héros n’a pas l’intention de se laisser faire. De même, j’ai beaucoup aimé la manière dont le problème se trouvait résolu. L’orchestre aux dents pointus a un objectif, met tout en oeuvre pour l’atteindre – après tout, ils ont tout leur temps – et je ne peux presque pas leur en vouloir de semer – un peu – la peur autour d’eux.

Un livre très réussi, à lire pas seulement pour Halloween.

Le portrait de la Traviata de Do Jinski

édition Matin calme – 203 pages

Présentation de l’éditeur  :

Les enquêtes de Gojin, avocat de l’ombre Deux morts dans un appartement au premier étage d’un immeuble paisible de Séoul. La femme qui y habitait – un coup de couteau pour elle – et un voisin – un coup de poinçon pour lui -, un type détestable qui lui tournait autour ces derniers temps. Mais puisque le principal suspect gît à côté de la victime, il faut chercher ailleurs. Le concierge pourrait faire un coupable correct, le commissaire Lee Yuhyeon boucle son enquête et l’envoie en procès.
Mais rien ne se passe comme prévu. L’innocence du vieux bougre s’impose, le procès est un fiasco. C’est alors que dans son téléphone, Lee Yuhyeon entend un rire familier et moqueur, celui de l’avocat Gojin, l’avocat de l’ombre. Oui, il faudra tout recommencer, tout reprendre depuis le début. Car chacun dans cet immeuble pourrait avoir quelque raison d’avoir commis ce double meurtre.

Mon avis :

Je n’avais pas lu de polar coréen depuis très longtemps. Pour être tout à fait honnête, je dois en lire à peu près un par an (j’en ai actuellement trois autres dans ma PAL). Je découvre à travers ce livre le personnage de Gojin, avocat de l’ombre, comme il est nommé dans le roman. Il est bien un vrai avocat, disons simplement qu’il ne se rend pas vraiment dans les prétoires, et qu’il s’occupe de cas désespérés. Nous savons déjà, dans le premier chapitre, que l’accusé sera innocenté – ne serait-ce que parce qu’il est innocent, et que la police n’a pas trouvé d’autres suspects.

Il faut dire que nous sommes face à un crime en huis clos : un appartement fermé à clef, deux victimes, qui furent rapidement identifiées. L’une Jeong Yumi est la locataire de l’appartement, qui travaillait comme hôtesse dans un bar. L’autre est Lee Pilho, son voisin du dessous, qui la harcelait. Le jeune homme était au chômage, ne faisait pas grand chose pour trouver du travail, et avait donc tout son temps pour harceler sa voisine, et se sentait même autorisé à le faire vu le métier qu’elle exerçait. Rien ne semble avoir permis à ce harcèlement de cesser, ni les rabrouements successifs de la jeune femme, ni l’intervention de son petit ami. Plainte à la police ? Soit j’ai mal lu, soit j’ai l’impression que cela n’a pas été envisagé, si tant est même que cela soit possible.

Avant même de parler de l’enquête proprement dite, qui se déroule de façon lente, j’ai envie de vous parler de cette jeunesse coréenne totalement désabusée. Pas de travail, ou alors un travail peu valorisant. Pas de relations amoureuses véritablement stables. Des études qui n’ont pas mené à grand chose. Bref, une vie au jour le jour, en capitalisant sur ce que l’on possède – l’apparence physique. L’envie de garder son petit ami bien décoratif, et de tout mettre en oeuvre pour qu’aucune femme ne tente de le séduire, y compris la femme de ménage. Oui, l’héroïne ne parvient pas à canaliser sa jalousie et oui, à notre époque, on peut aussi réduire considérablement le cercle féminin qui nous entoure, juste pour conserver son petit ami – il est alors un objet que l’on peut vous voler, non un être humain capable de faire ses propres choix. Que dire aussi de ce que la victime pense des autres femmes ? Peut-être justement la jeune femme a plutôt des collègues, des partenaires en affaire (y compris sa propre soeur) plutôt que de véritables amies.

L’enquête ? Elle se déroule très lentement. Nous allons de fausses pistes en fausses pistes, et nous explorons bien chacune d’entre elles avant de passer à une autre. L’enquêteur ne peut-il suivre plusieurs pistes à la fois ? J’ai remarqué aussi l’extrême politesse avec laquelle il interroge les suspects, les témoins (qui sont parfois les deux à la fois) : ce sont eux qui rabrouent le policier, c’est celui-ci qui ne va pas trop loin pour ne pas les froisser, n’hésitant pas à interrompre ses questions, quitte à les reprendre plus tard, ou à ne pas les reprendre. Une autre culture, d’autres méthodes d’investigation.

Le coupable, si surprenant fut-il, sera cependant trouvé.Le rythme de l’enquête fut cependant si lent, les personnages si peu attachants, que je ne pense pas que je lirai un autre volume de ses enquêtes, si elles sont traduites un jour.

Un crime sans importance d’Irène Frain

Présentation de l’éditeur :

« Les faits. Le peu qu’on en a su pendant des mois. Ce qu’on a cru savoir. Les rumeurs, les récits. Sur ce meurtre, longtemps, l’unique certitude fut la météo. Ce samedi-là, il a fait beau. Dans les commerces et sur les parkings des hypermarchés, on pointait le ciel, on parlait d’été indien. Certains avaient ressorti leur bermuda et leurs tongs. Ils projetaient d’organiser des barbecues dans leur jardin.
L’agresseur, a-t-on assuré, s’est introduit dans la maison de l’impasse en plein jour. On ignore à quelle heure. Pour trancher, il faudrait disposer du rapport du policier qui a dirigé les investigations. Malheureusement, quatorze mois après les faits, il ne l’a toujours pas rendu. »
Face à l’opacité de ce fait divers qui l’a touchée de près – peut-être l’œuvre d’un serial killer –, Irène Frain a reconstitué l’envers d’une ville de la banlieue ordinaire. Pour conjurer le silence de sa famille, mais aussi réparer ce que la justice a ignoré. Un crime sans importance est un récit taillé comme du cristal, qui mêle l’intime et le social dans des pages tour à tour éblouissantes, drôles ou poignantes.

Mon avis :

Et c’est vraiment mon avis, ai-je envie de dire juste en dessous de ces mots fatidiques, comme si une blogueuse n’écrivait pas ce qu’elle pense réellement d’un livre. Logiquement, si. Cela fait longtemps aussi que l’on ne m’a pas reproché un avis en mode « mais tu n’as rien compris au livre ». Cela (re)viendra peut-être avec celui-ci.
Je l’ai acheté vendredi, lu samedi, chronique qui paraît beaucoup plus tard que je ne l’aurai pensé (en novembre, donc). J’ai eu l’impression de m’infliger une lecture, plutôt que de lire, parce que ce n’est pas un roman, c’est le récit d’une souffrance – de souffrances. Et c’est parfois difficilement supportable à lire, comme si, finalement, j’avais regardé l’autrice en train de se noyer dans sa douleur, dans sa colère, sans rien pouvoir faire de mon côté. Lire un roman, c’est beaucoup plus reposant émotionnellement parlant, puisque l’on sait que ce n’est pas réel – sauf si l’auteur a réussi à rendre tellement réels ces personnages que l’on ne peut que ressentir de l’empathie pour eux.
Je commencerai donc par ce qui a été le plus facile à lire : la partie judiciaire. Irène Frain nous parle alors de notre époque, celle qui non seulement adore regarder des séries policières, de la plus douce à la plus trash, mais encore regarde un nombre incalculable de documentaires.
Je l’admets : j’ai fait un malaise (chute de tension ? hypoglycémie ?) en lisant ce livre, comme si mon corps me disait : « stop, passe à autre chose, c’est trop pour toi ». Parce que rien ne se passe comme l’on pense que cela pourrait se passer. Parce qu’il est des enquêtes qui, si je ne les qualifierai pas de bâclées, sont du moins pas assez approfondies, comme si l’enquêteur avait voulu garder l’affaire « pour lui », et ne surtout pas la transmettre. C’est un constat extrêmement triste, il aura fallu d’autres agressions, des témoins pour que l’affaire bouge enfin. Que dire aussi du premier avocat engagé par l’autrice, qui conseille, finalement, de ne surtout rien faire ?
Je continue avec ce qui m’a bloqué, ce qui a été le plus difficile à lire (j’ai failli écrire « à remplir ») : la partie concernant les relations familiales. Je ne sais pas s’il faut qualifier de coupures, de ruptures, de liens très difficiles. Pour résumer, Irène n’a pas eu les mêmes rapports avec ses parents que ses aînés, ou ses cadets. A part dans la famille, recueillant aussi une certaine hostilité de leur part, l’autrice a dû aussi faire face à la maladie mentale de Denise, sa soeur aînée. Et je ne comprends ni la réaction du médecin, le conseil qu’il lui a donné, ni le fait qu’elle l’ait accepté, presque avec soulagement. Peut-être agissait-on ainsi, à l’époque. Je trouve, par expérience familiale, qu’il est extrêmement triste de considérer ainsi un membre en souffrance. Alors oui, c’est dur, oui, c’est compliqué, très compliqué, d’être avec eux, oui, il arrive que l’entourage baisse les bras, surtout quand on a été aussi proche que l’autrice l’a été de sa soeur. Il est d’autant plus courageux d’évoquer ses liens, et toutes les douleurs qui les ont entourés. Mais c’est tout sauf facile à lire.
Une oeuvre forte, qui donne l’impression d’une justice à deux vitesses : pas de marche blanche pour les meurtres de vieilles dames, pas de une des journaux nationaux. Comme le dit si bien le titre : un crime sans importance.

L’Amant de Janis Joplin par Élmer Mendoza

Présentation de l’éditeur :

Dans le Triangle d’or de la marijuana, le Sinaloa, le jeune David, un peu attardé et naïf, est capable de tuer un lièvre d’un lancer de pierre. Ce qui en fait, malgré lui, un joueur de baseball convoité. À la fête du village, il danse avec une fille interdite, réservée au fils d’un trafiquant. Bagarre. David tue son agresseur. Son père passe un accord avec le trafiquant et l’éloigne. À Los Angeles, il est dragué par une fille qui l’emmène dans sa chambre, le déniaise puis le met à la porte en lui disant qu’elle s’appelle Janis Joplin. Il en tombe éperdument amoureux, se fait virer de son équipe de baseball pour alcoolisme et renvoyer au Mexique. David n’est pas armé pour faire face aux barons de la drogue du Sinaloa. Tout explose autour de lui, dealers, policiers corrompus, guérilleros au coeur pur, femmes fatales et même une voix intérieure. Sa vie devient une course d’obstacles, une fuite continuelle ponctuée de coups de chance. Il va de catastrophe en catastrophe, de situation dangereuse en menaces de mort. Mais il n’a qu’un seul objectif : retrouver son amour, Janis Joplin.

Merci à Netgalley et aux éditions Métaillié pour ce partenariat.

Mon avis :

Comme j’ai eu du mal à terminer ce livre ! Je l’ai pourtant fait, et je dois dire que je n’ai pas vraiment apprécier cette lecture. En fait, dès la moitié du livre j’étais perdue, complètement. Nous sommes au Mexique, la corruption règne, le trafic de drogue règne. Ne pas compter sur la police, surtout pas. Ne pas compter sur la justice. Ne surtout pas compter sur les serments qui pourraient être faits – trafiquants, caïds ne sont pas là pour tenir leurs promesses, plutôt pour trouver un moyen de les contourner.

Dis ainsi, elle pourrait être riche et intense, cette histoire de David, jeune homme attardé dont la vie n’est qu’une succession de catastrophe. Attardé, et atteint peut-être aussi de troubles mentaux, lui qui entend une voix, sa « partie réincarnable », jamais de bons conseils. Il tombera de Charybde en Scylla, et il ne sera pas le seul, tant la violence et la cruauté sont omniprésentes. J’ai très vite aussi renoncé à distinguer les personnages entre eux. Mis à part David et sa cousine, ils m’ont tous semblé cruellement interchangeables. Je m’attendais à lire un roman déjanté, je me suis surtout retrouvée à lire un roman qui part dans tous les sens, qui va de rebondissements en rebondissements brouillons. David a beau poursuivre une idée fixe, les liens entre tout ce qui lui arrive est compliqué à trouver. J’ai aussi été déçue, finalement, de la si courte présence de Janis Joplin dans l’oeuvre, mais j’ai savouré les rares moments où elle apparaissait.

Pour terminer, un peu de musique.

Un peu d’écriture – 11 novembre 2020

Bonjour à tous
Face à ce nouveau confinement, je ressens un mal être à la foi physique et moral. Depuis quelques temps, je n’écris plus vraiment (je parle d’écrit de fiction, pas de critiques). J’ai donc eu envie, plutôt que d’écrire un texte sur mon absence de bien-être, de rédiger un texte qui me trotte dans la tête depuis mardi/mercredi. J’ai cherché, parmi les personnages qui reviennent dans mes écrits, lequel serait le plus à même de transcrire (en forme très romancée) ce que je ressens. Je crois que mon cher Guillaume Berthier est parfait pour cela.

– Allô, commandant Berthier à l’appareil. Non, je ne suis pas au travail, je suis chez moi. Je vous rappelle que l’on est le 11 novembre et que l’on est confiné, double raison pour laquelle je décroche quand on m’appelle sur mon téléphone fixe, qui plus est à six heures du matin. (Je crois que mon interlocuteur sent qu’il ne faut peut-être pas me chercher. Déjà qu’il a de la chance que je ne dorme pas, que je ne râle presque pas pour m’avoir appelé à cette heure indue).
Un cadavre a été retrouvé dans la mare de Sacaille. Quand ? Il y a une heure ? Je vous arrête tout de suite, ce n’est pas, ce n’est toujours pas de mon ressort (ras le bol d’être appelé chaque fois qu’il y a le moindre problème à Sacaille, qui devrait être rebaptisé Poisse, n’était le micro-climat particulièrement frisquet qui y règne).
Pardon ? Je suis chargé quand même de l’enquête (et après, on va dire que j’outrepasse mes droits, ou que la justice ne fait pas son boulot). Non, mais je comprends parfaitement ceux qui sont ravis de ne pas être chargés de cette… patate chaude. Parce qu’en plus il faut que je vienne ? (Soupirs si violents que Betty, le bouledogue de la sœur de Guillaume, en fut réveillée, elle que la sonnerie du téléphone n’avait pas fait broncher).

Sacaille, Guillaume Berthier commençait à connaître la route par chœur. Il avait même fait visiter le village à Imogène, entre deux confinements. C’est elle qui avait remarqué certaines particularités, qui avaient échappé à Guillaume – tout simplement parce qu’il s’était contenté des « lieux du crime », et non d’une visite poussée des sept rues qui constituent le village (et trois ruelles, restons précis). Il trouva très facilement, malgré la nuit noire, le joli rassemblement autour de la grand’ mare. Il se gara, salua au passage le collègue déjà sur place, et les gentils scientifiques au travail.
– Qui a trouvé le corps ?
Il se demandait franchement pourquoi il avait posé la question. C’était soit l’adjoint au maire, Jean-Robert Corvillon, soit le maire lui-même, Loïc Cormeille, deux chats noirs, deux personnes sur qui pleuvaient toujours des catastrophes en tout genre.
Avec lui, cela faisait trois.
Puis, il avait tout de même été aidé : Jean-Robert était tout tremblotant, assis sur le banc, en train d’avaler une boisson chaude, alors que le maire, en pyjama et manteau (la bienséance interdisait à Guillaume de dire quel motif il apercevait dans l’échancrure du manteau… Ah, pardon, tant pis pour la bienséance, c’était un Gaston Lagaff ») se tenait à ses côtés et lui tapotait dans le dos. A leurs pieds, un chien de race très indéterminé.
– A cinq heures du matin, le chien de l’adjoint au maire a été pris d’un besoin pressant de se promener. Monsieur Corvillon a alors généré sur son portable une attestation de déplacement pour promener son chien dans la rue parce que, je cite, « à cette heure-là, nous ne dérangerons personne ». Il a vu quelque chose qui dépassait de l’eau, la mare du village étant extrêmement basse à la suite de la sécheresse de l’été dernier. Il a cru que quelqu’un avait encore jeté des détritus dans celle-ci, s’est approché, et a vu le corps. Il nous a appelé, puis a appelé le maire comme soutien moral.
– Le maire est aussi son voisin, si je me souviens bien.
– Exact.

Selon les premiers constats, la victime n’avait pas été tuée sur place, elle était déjà morte quand on avait jeté son corps dans cette mare. Ni l’adjoint ni le maire n’avaient reconnu le corps. Puis, comme l’avait dit si justement Loïc Cormeille, le maire : « un habitant du village n’aurait jamais fait la bêtise de mettre le corps là, à moins de vouloir qu’il ne soit découvert tout de suite ».
Mouais. Il fallait quand même connaître la mare.
Guillaume avait cependant un petit accès de mesquinerie. Le ou les coupables allaient devoir justifier son déplacement pendant le confinement. Sur l’attestation de sortie, il n’y a pas de case « va commettre un meurtre et se débarrasser du corps ».