La cité des ténèbres, tome 6 de Cassandra Clare.

Mon avis :

Lire un livre de 800 pages, même quand il conclut une double trilogie, ce n’est pas facile facile. J’ai d’ailleurs fait une pause au milieu du livre – ce qui correspondait justement à un basculement de l’action. Pas de regrets de quitter les personnages puisque je sais qu’il est possible de les retrouver, quelques années plus tard.

Sébastien est le fils de Valentin. Mauvaise nouvelle : il est encore plus déterminé et a encore moins de scrupules que son père.

Je pense que je vais être détestée par les fans, mais pour moi, ce fut le tome de trop. Trop long, trop de personnages, trop de complications dans l’intrigue. Bref, pour moi, la lassitude est là, et en dépit des portes ouvertes pour la suite, je sais que je ne poursuivrai pas la lecture de cette saga.

Ne te perds pas en chemin de Margaret Mizushima

Présentation de l’éditeur :

Agent de police dans l’unité cynophile de Denver, Mattie Cobb est appelée en urgence dans sa ville natale de Timber Creek : Adrienne Howard, la petite amie du shérif adjoint, a disparu. La jeune femme travaille dans le luxueux spa local, mais aussi dans les ranchs alentour, où elle prodigue des soins aux chevaux de course. Accompagnée de son fidèle berger allemand, Robo, Mattie peut compter sur l’aide de Cole Walker, un ami vétérinaire fraîchement divorcé. Mais l’enquête est plus périlleuse qu’elle n’y paraît et, en plongeant dans le passé d’Adrienne, Mattie réalise bientôt que ce sont ses propres démons qu’elle va devoir affronter. Les épaisses forêts enneigées du Colorado n’ont pas fini de livrer leurs secrets. Et le danger guette ceux qui s’aventurent trop près de la vérité…

Mon avis :

J’ai adoré cette lecture. Peut-être trouvera-t-on que mon avis manque de lucidité. Qu’importe ! Je revendique le droit d’aimer ce que je lis et de le dire.
Les premières pages sont tendues : Mattie et son chien Robo sont sur le terrain, et le danger est là. Puis, le soulagement : nous avons simplement assisté au dernier entrainement de Robo, qui est maintenant devenu officiellement chien policier. Cela n’a l’air de rien, mais ce qui ne semble qu’une répétition dans ce premier chapitre risque de devenir prochainement une action, une intervention bien réelle.

D’ailleurs, le répit n’est que de courte durée, quand Mattie retourne dans la petite communauté où elle vit, et où tout le monde se connaît : la petite amie du shériff a disparu. Mattie est bien la seule à ne pas croire à cette disparition, tous se sont immédiatement mobilisés – et Mattie devra bien se ranger, et bien trop vite, à l’avis général, à cause d’un coup de fil anonyme, et des découvertes qu’il a engendrées. Quelqu’un aurait-il été pris de remords, et si oui, qui ?

Ce que j’ai aimé dans ce roman, c’est la relation entre Mattie et son chien. Oui, Robo est dressé, oui, il est doué, et surtout, il n’a jamais été maltraité, ce qui, par expérience canine, nuit gravement aux chiens et aux relations qu’il peut avoir avec les humains. C’est lui, véritablement, qui protège Mattie, non seulement des malfaiteurs, mais aussi de ce que la nature a de sauvages. Oui, les pumas sont sur leur territoire au Colorado – et pas seulement dans le Wyoming de Craig Johnson. Etre chien policier, c’est l’être constamment.

De l’autre côté, nous avons Cole Walker, vétérinaire de son état qui fait de son mieux avec ses deux filles. En effet, sa femme l’a quitté du jour au lendemain, mais surtout, elle ne donne aucune nouvelle à leurs deux filles, pourtant très attachées à leur mère. Je pense que cette histoire a dû (tout comme le meurtre de Grace) être développée dans le premier tome. Je note cependant que son attitude est fort étrange. Faut-il y voir la thématique moderne de ces femmes qui, à force d’être compagne et mère, ne se sentent plus femme  ? Ou cela cache-t-il une intrigue à venir ? Tout cela pour dire que Cole jongle entre ses obligations professionnelles – il fait très bien son métier – et l’éducation de ses filles. Il fait de son mieux, étant donné sa situation et son travail. Croyez-moi, faire de son mieux, tenir ses engagements, c’est véritablement important, ce roman pourrait presque en être une démonstration.

Et l’amour des animaux. Mattie tient à Robo. Cole fait de son mieux pour les animaux qu’il soigne – sans filtre. Adrienne, la victime, ne craignait pas non plus de dire ce qu’elle avait à dire, et cela lui fut fatal. Oui, je suis la première à dire que parler, c’est bien – et je salue le courage d’Adrienne, de Cole. Cependant, il faut réfléchir aussi avant de parler : ce que l’on va dire est-il bon pour la personne à qui on le dit ? Prenez le frère biologique de Mattie. Ah ! son charmant programme bien connu en douze étapes demande de se faire pardonner par les personnes que l’on a blessées, et de plus en plus d’œuvres montrent à quel point cette demande de pardon est finalement égoïste, puisqu’elle replonge la victime dans les affres douloureuses de ce qu’elle a vécues, de ce qu’elle a tenté d’oublier, voire de ce qu’elle a occulté. Les paroles, c’est bien, les actes, c’est mieux.

 

Ce qui gît dans ses entrailles de Jennifer Haigh

Présentation de l’éditeur :

La petite ville de Bakerton, en Pennsylvanie, s’est assoupie depuis la fermeture de ses mines de charbon. Mais l’équilibre tranquille de cette communauté bascule lorsqu’un grand groupe industriel propose aux fermiers de louer leurs terres pour en extraire un trésor enfoui : le gaz de schiste. Certains s’empressent de signer les contrats d’exploitation avant même de les avoir lus, d’autres choisissent de préserver leur propriété. Arrivent des ouvriers venus du Texas et un militant écologiste prêt à en découdre. Les habitants de Bakerton vont apprendre ce qu’il en coûte de se trouver au cœur de cette nouvelle ruée vers l’or.

Mon avis :

Ce livre est resté longtemps dans ma PAL, à cause de sa longueur, à cause du fait que je ne pensais pas accrocher à sa lecture. Je me suis trompée.
Nous voici en Pennsylvanie, où les fermiers louent leurs terres pour extraire le gaz de schistes et ainsi vivre mieux, du moins le croient-ils. D’autres, rares, choisissent de ne pas signer, pour préserver leurs terres. Il est toujours, et encore question de terres, et de se dire : que souhaitons-nous pour elles ? Beaucoup de fermiers n’ont pas réfléchi avant de signer, croyant aux belles promesses des entrepreneurs, pensant à une amélioration immédiate de leur situation, ne réfléchissant pas aux conséquences, surtout pas à celles promises par les petites lettres des contrats, qu’ils n’ont pas vraiment pris la peine de lire. Personne ne le fait de toute façon !
Vous l’aurez compris, il est question d’argent, il est question d’emploi, et la question est réellement cruciale. Trouver du travail, garder un travail, avoir un travail qui permette vraiment de bien gagner sa vie n’est pas facile. Les compagnies minières promettent de belles choses, notamment au sujet de l’emploi, si ce n’est qu’ils viennent avec leurs propres employés, n’embauchant jamais des travailleurs locaux. Alors oui, on peut un peu affirmer qu’ils font vivre les commerces locaux – mais si peu, leur monde fonctionnant quasiment en vase clos. Et les militants écologistes ne sont pas très loin. Heureusement ? Je n’en suis pas si sûre que cela. Certes, ils connaissent bien les mécanismes utilisés par les sociétés pour parvenir à leurs fins et maintenir les propriétaires sous leurs coupes, mais pourquoi mènent-ils ce combat, eux ? Certains (qui ne sont plus, d’ailleurs), c’est parce qu’ils ont vu les ravages sur eux-mêmes des « accidents » provoqués par les industries. Pour d’autres, il est des causes plus personnelles qui s’y mêlent – et tant pis si pour parvenir à ses fins, il faut fermer les yeux sur certains faits, qui semblent ne rien à voir avec le combat écologique, et tout avec la vie quotidienne de cette petite communauté.
Prenons Rich, par exemple, sa femme Shelby, ses deux enfants Braden et Olivia. Lui a signé, lui qui donne un coup de main au bar à son père tout en étant gardien de prison – ignorant, par ses horaires, le lien entre certains prisonniers. Il a épousé une femme plus jeune, constamment inquiète pour la santé fragile de leur fille, constamment fourrée chez la pasteure, dont le mari a succombé à une « longue maladie », qu’il pensait liée à l’accident « normal » survenu à la centrale quand il était enfant. Rich a aussi un frère, ancien toxico qui travaille au contact des toxicos. C’est peu dire que Rich ne comprend pas son frère, et pourtant, il voudrait tellement lui dire tout ce qu’il n’a pas su, pas pu lui dire.
Je n’ai garde d’oublier Mack et Rena, ce couple improblable, comme bien d’autres personnages dont nous découvrons le passé au cours de la riche construction de ce roman. C’est Rena, infirmière, qui est une de celle qui donne son impulsion aux revendications écologiques. Même si elle a parfois du mal, vu de l’extérieur de la communauté, à assumer son couple avec Mack – les couples de femmes ne sont pas si fréquents, surtout à leurs âges respectifs – elle sait pourquoi elle reste à ses côtés, et pourquoi elle exerce son métier.
Oui, les habitants de Bakerton n’en sont pas arrivés là par hasard, et les plongées dans le passé nous montre bien comment on en est arrivé là, et comment, éventuellement, on peut espérer s’en sortir. Ou pas. Lucide, Rich l’est presque devenu. Ce livre ne nous montre pas un combat écologique et son aboutissement, il nous montre plutôt que face à la cupidité de certains, tout ne devient qu’un éternel recommencement, exploitant sans relâche l’un ou l’autre trésor de cette terre, alors que les personnages sont trop souvent incapable d’exploiter ce qu’ils ont en eux.C’est peut-être cela aussi, le fond de ce roman : la différence entre la surface, et ce que les personnages cachent en profondeur – comme les terres de Pennsylvanie.

L’art du meurtre par Chrystel Duchamp

Présentation de l’éditeur :

Quatre victimes. Et aucun coupable.
Des relations amoureuses sans lendemain. Une mère possessive et intrusive. Des nuits entières à errer. La vie d’Audrey, 34 ans, pourrait se résumer à une succession d’échecs. Seul son métier de lieutenant à la PJ lui permet de garder la tête hors de l’eau.
En ce jour caniculaire de juillet, Audrey et son équipe sont appelés sur une scène de crime. Le corps de Franck Tardy, avocat à la retraite, est retrouvé dans son luxueux appartement du XVIe arrondissement. Son corps a été torturé, mutilé, partiellement écorché, puis mis en scène sur une table dressée pour un banquet. Pour compléter cette vanité, un crâne humain lui fait face : celui de sa défunte épouse, dont la tombe a été profanée quelques jours auparavant.

Merci aux éditions de l’Archipel et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Si un jour j’écris mon autobiographie, je l’intitulerai Comment saborder une relation amoureuse en dix leçons.

La citation pourrait sembler presque légère, si ce n’est qu’elle montre bien le désarroi dans lequel vit Audrey. Elle a 34 ans, et sa relation de dix ans avec un homme qui l’a trahi l’a amené à sombrer. Son métier, et surtout sa chef Patricia, presque une mère pour elle, la font tenir. Ou faire semblant de tenir, parce qu’elle cumule les excès, qui peuvent avoir des conséquences sur sa vie, tout court. En plus, il fait chaud, très chaud, nous sommes en pleine canicule et c’est épuisant. Cela a aussi une influence que certains criminels avaient peut-être prévu : les odeurs d’un corps en décomposition se perçoivent plus vite. C’est ainsi que le corps de Franck Tardy est découvert. Il a eu une vie très bien remplie : trois femmes, six enfants, un métier qui l’a rendu riche et lui a permis de multiplier résidences secondaires et de se livrer à ses deux passions. L’une est avouable : l’art. L’autre l’est moins : le SM. Il est la première victime, il ne sera pas la seule.

J’ai beaucoup aimé ce roman très prenant. J’ai marqué peu de pauses dans ma lecture, je n’ai pas eu envie, comme cela m’arrive très souvent, d’alterner avec un autre livre. Il faut dire que j’ai vraiment eu envie d’accompagner Audrey dans ses recherches, dans sa découverte de la vérité. Policière au parcours atypique (elle a étudié à l’école du Louvres avant d’entrer dans la police), elle perçoit des correspondances entre les meurtres, ou plutôt leur mise en scène, et des oeuvres d’art, des courants artistiques, des performances aussi. J’ai apprécié cette manière de présenter le plus de facettes possibles de l’art contemporain – et elles sont nombreuses. Il est question du marché de l’art – rares sont ceux qui peuvent se permettre d’acquérir les oeuvres qu’ils convoitent, rares aussi sont ceux qui parviennent à vivre en vendant et en achetant ses oeuvres. Joël, qu’Audrey rencontre au cours de son enquête, crée ainsi le lien entre les deux mondes, et lui permet de mettre en forme ses théories : il n’est pas forcément facile de faire entendre qu’un meurtre a été commis dans le cadre d’une démarche artistique, ce n’est pas le mobile le plus courant.

Il est question aussi de créations artistiques. Sans pédanterie, la démarche de certains artistes (Warhol) ou de certains performeurs est intégrée dans le récit. Le fait que ces explications soient le fait d’Audrey y est pour beaucoup, elle qui a gardé un pied dans le monde de l’art, malgré tout, elle qui doit faire aussi avec son immense solitude, que masque mal le fait qu’elle soit constamment entourée.

Il est question aussi de la place de l’art dans notre société, notamment de l’art figuratif. Oui, cet art que l’on ne veut plus vraiment voir depuis que la photographie existe, cet art qui est trop proche de la réalité, trop proche du passé (paradoxe, non ?). Ceux qui continuent à s’exprimer ainsi sont condamnés à se taire, tant ils sont invisibilisés. Le verdict artistique n’est plus celui du public, mais celui du marché. Enfin, quand je dis « celui du public », il existe si peu de public pour l’art que je ne sais pas vraiment comment un art qui s’écarte de ce qui est admis et vendeur actuellement pourrait trouver à s’exprimer. De même, j’espère que ce livre trouvera son public : l’art et le polar ont beau rimé, ils sont rarement mélangés. C’est dommage, surtout quand l’union est aussi réussi que dans ce livre.

Les nouvelles aventures de Sabrina – tome 2 : la fille du chaos de Sarah Rees Brennan

Présentation de l’éditeur :

Sabrina Spellman vient de prendre la décision la plus difficile de sa vie : elle laisse derrière elle ses amis de Baxter High. L’heure est venue d’emprunter le chemin de la nuit et de trouver sa place parmi les sorcières et sorciers de l’Académie des Arts Invisibles. Sabrina a toujours aimé l’école, mais cette fois, c’est un tout nouveau monde qui s’ouvre à elle. Ses pouvoirs ne cessent de croître, mais ils pourraient lui coûter cher. Sabrina ne doit pas oublier les conséquences de sa nouvelle allégeance sur ses amis… et sur elle-même. Sabrina doit également faire face à ses nouveaux camarades de classe. Prudence, Dorcas et Agatha sont plus ou moins ses amies, mais Sabrina peut-elle leur faire confiance ? Et qu’en est-il de Nick Scratch ? Il est plus charmant que jamais, mais ses sentiments pour elle perdureront-ils ?

Merci aux éditions Hachette et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

C’est fou comme, parfois, je peux être brève : je n’ai pas connu la première série, je n’ai pas lu la première série de livre, je ne connais pas la nouvelle série, mais je lis le tome 2 qui est tiré de cette série. Après cette mise au point, passons au livre.
Sabrina est à moitié sorcière, à moitié humaine, et ce n’est jamais facile à vivre. A la fin du tome 1, elle a fait le choix de basculer du côté des sorciers, pour sauver ses proches humains – un paradoxe quand on sait que les sorciers n’en ont strictement rien à faire des humains, mais alors rien.
Sabrina s’intègre tout de même plutôt bien à l’Académie des Arts invisibles. Elle doit faire « avec », avec ses sorcières qui la considèrent d’un drôle d’oeil en dépit de l’aura de son défunt père – parce qu’elle est à moitié humaine, parce qu’elle aide les humains. Il faut une nouvelle catastrophe, une nouvelle incursion démoniaque dans le monde des humains et des sorciers pour que Sabrina se promette de faire mieux que la première fois.
Alors, qui ai-je aimé dans ce livre ? J’aime les beaux méchants, j’aime donc Nick Scratch, personnage qui gagne largement à être connu, même s’il est entièrement sorcier, avec des méthodes de sorciers – la séduction n’existe pas chez les sorciers, le passage à l’acte et la polygamie sont constants. Je vous rassure, ses partenaires sont toujours pleinement consentantes, de manière implicite, il est vrai : quand on arrache les vêtements du garçon, c’est très rarement parce qu’on ressent le besoin urgent de faire une lessive ! Oui, j’aime beaucoup Nick, parce qu’il est drôle, parce qu’il révèle ses qualités au fur et à mesure du récit. Il m’a semblé bien plus intéressant qu’Harvey, l’ancien petit ami humain de Sabrina, droit dans ses bottes, fils de chasseur de sorcières, et choisissant son camp. Alors oui, il a des circonstances atténuantes, surtout quand il découvre qui est responsable de la mort de son frère bien aimé. Disons qu’une des décisions qu’il prend m’a vraiment semblé trop facile.
Quant aux sorcières, l’accent est mis sur Prudence. Si les sorcières, dans l’imaginaire, font peur parce qu’elles sont des femmes libres, qui n’en ont rien à faire des règles imposées par les hommes, rien de tout cela pour Prudence, qui ne rêve que d’être reconnue officiellement par son père, qui la considère au mieux comme une bonne d’enfants presque pas compétente pour son précieux rejeton – un garçon, vous l’aurez compris. Il est un si bon père que l’une des tantes de Sabrina a enlevé son autre fille, pour qu’elle soit plus heureuse que ne l’a été Prudence. Sa vie, ses choix, ce qui entraîne ses décisions sont tout sauf simples, elle qui est habituée à vivre dans un monde infernal dans lequel aucune trace de faiblesse n’est possible.
Si Sabrina a une place de choix, si certains chapitres se focalisent sur Harvey, sur Prudence, il est deux autres personnages que j’aurai aimés voir davantage développés, Roz, qui souffre physiquement et moralement à cause des sorcières (et de manière aussi injuste que dans la grande tradition des contes de fée) et Susie Putnam, bien plus forte qu’elle n’y paraît. Si un tome 3 paraît, j’aimerai vraiment retrouver ces deux personnages et les suivre – en plus de Sabrina, bien entendu.
Il est coutume de dire que l’enfer est pavé de bonnes intention : Sabrina, Nick et les autres s’y dirigent tout droit.
Note : j’aurai bien vu un peu plus de Salem aussi !

Western tchoukoutou de Florent Couao-Zotti

édition Gallimard – 176 pages

Présentation de l’éditeur :

À Natingou City, ville montagneuse dans le nord du Bénin, trois personnages singuliers, répliques parfaites des caractères du Far West, tiennent sous leur joug la population par leurs actes excentriques. Un vacher bagarreur, un inspecteur de police teigneux et un homme d’affaires, desperado amorphe et vif à la fois. Apparaît soudain une jeune femme vengeresse donnée pour morte dans des circonstances fort troubles, Nafissatou Diallo, sous le nom de Kalamity Djane, pistolet au poing, annonçant bien haut dans le mythique « Saloon du Desperado » son désir, sa décision irrévocable d’abattre les trois terreurs.

Mon avis :

Cela vous est-il déjà arrivé ? Vous rangez votre bibliothèque, tranquillement, et là, vous tombez sur un livre dont vous ne savez pas vraiment comment il est arrivé là. Vous avez beau demander à vos proches « ce n’est pas toi ? Non ? Toi non plus ? Mais alors qui ? » vous en êtes toujours au même point, et cela ne vous aide pas vraiment. Surtout, le titre de ce roman est vraiment original, et l’auteur est pour vous un parfait inconnu, vous êtes donc sûre de ne pas avoir acheté ce livre, c’est forcément un cadeau.

Ce livre est donc un western, classique : une personne, assoiffée de vengeance, s’en prend aux trois méchants qui l’ont laissée pour morte trois ans plus tôt. Qu’a fait la police ? Et bien justement, l’un des trois méchants est un inspecteur de police, Boni Touré, très bien placé pour modifier les actes de manière à ce que personne ne se rende compte de son application dans la mort de Naffissatou. Les deux autres ? Nous avons un homme d’affaires, Ernest Vitou qui tient avec son épouse un saloon qui rapporte gros, et un vacher sans véritables scrupules. Classique, donc. Petit détail, qui a son importance : l’action se passe au Bénin, et non aux Etats-Unis. Les cow boys solitaires et vengeurs sont des femmes, qui n’enfourchent pas leur monture, mais une moto, et leurs adversaires doivent se contenter de splendides deux chevaux, qui ne démarrent pas toujours alors qu’ils en auraient bien besoin.

Reposant, ce livre ? Non, pas vraiment. Bien sûr, le lecteur qui connaît les règles du genre a une petite idée de la manière dont l’intrigue se terminera – les vengeances se terminent toujours ou presque de la même manière, avec un poor lonesome cow boys (ou girl) qui s’en va vers le soleil couchant. Il reste cependant à savoir de quelle manière Kalamity Djane (telle est le nom que la vengeresse a choisi) parviendra à se débarrasser de ce trio, plus préoccupé par découvrir comment elle est arrivée là que sur les moyens de se protéger. Quant à leur culpabilité, bien réelle, ou leur complicité, ce ne sont pour eux que des mots, absolument pas une réalité.

Alors oui, il est agréable de voir une femme prendre sa revanche sur des hommes bien incapables de comprendre réellement ce qu’ils ont fait de mal, des hommes bien incapables de sortir de leur routine pour se poser les bonnes questions. À Natingou City, rien ne sera comme avant, si ce n’est un poète sur les hauteurs de l’Atakora, Ebénézer Dassagoutey, qui chantera son amour pour l’amante perdue.

Canyons de Samuel Western

Présentation de l’éditeur :

Idaho, 1970. Ward, sa petite amie Gwen, et Eric, le frère jumeau de cette dernière, partent chasser sous un ciel d’azur. La vie semble sourire à ces trois jeunes gens insouciants à peine sortis de l’adolescence. Mais par un coup cruel du destin Ward tue accidentellement Gwen et anéantit ainsi à tout jamais leur avenir. Vingt-cinq ans plus tard, Ward, abîmé par l’alcool et hanté par le passé, recroise la route d’Eric. Sa rage intérieure a consumé son talent de musicien et fait le vide autour de lui. Le moment est désormais venu pour chacun d’affronter ses démons, et Ward invite Eric à une partie de chasse dans son ranch au pied des Bighorn Mountains. Les deux hommes se préparent alors à une nouvelle expédition : Ward espère y trouver sa rédemption, Eric sa vengeance.

Mon avis :

Les accidents de chasse sont fréquents, très fréquents, trop fréquents – en France. Aux Etats-Unis, aussi. Alors que Ward était parti chasser avec sa petite amie et le frère jumeau de celle-ci, ils ont fait quelques belles prises. Puis, il a bien fallu rentrer – en oubliant que l’un des fusils était encore chargé (accident fréquent aussi à l’armée). Le coup part, tiré par Ward, et tue Gwen instantanément.
Vingt-cinq ans passent. Même s’il a percé dans la musique, Eric a fini par sombrer. Dire qu’il ne s’est jamais remis de la mort de sa soeur est une évidence. Il fait tout pour tomber encore plus bas qu’il ne l’est déjà. Son job actuel ? Rafistoler les enregistrements de musiciens tout sauf bons. Pourtant, il se rend à une réunion d’anciens étudiants, et là, il tombe sur Ward, qui ne va pas tellement mieux que lui mais qui est marié, a trois enfants. Il l’invite à un concert – oui, Eric fait aussi des tournées, enfin, quand il peut – et la femme de Ward a une idée dont je vous laisse juge : inviter Eric à la chasse aux cerfs. Naïveté ? Inconscience ? Les deux sans doute, tant la chasse faisait partie de la vie quotidienne en Idaho, tant elle fait aussi partie de la vie quotidienne dans le Wyoming.
Vengeance ? Oui, sans aucun doute. Ce n’est pas qu’Eric n’a attendu que cela – ce serait vraiment facile de parler ainsi. Eric n’a jamais pu pardonner. Ward n’a jamais pu se pardonner. J’ai parfois l’impression qu’il est plus question de religion que de justice. La femme de Ward, mère de ses trois enfants (j’ai failli écrire « quatre », tant il me semble qu’elle souhaite avoir un autre enfant) y est pour beaucoup. Elle fait partie de ses personnages que j’ai très souvent croisé dans la littérature américaine : elle a une fois inébranlable. Elle appartient à une de ses nombreuses églises, comme il en existe tant aux Etats-Unis, et si elle s’est écartée de sa famille, elle souhaite élever ses trois fils avec les mêmes règles qu’elle a reçues, et qui lui ont permis de devenir la femme qu’elle est. J’hésite à la qualifier de profondément naïve, ou étonnamment confiante en la nature humaine – surtout qu’il ne doit pas être facile, tous les jours, de vivre à côté de Ward, toujours sur le fil de la dépression, toujours prompt à ne pas donner de seconde chance. Cependant, je me dis que certains développements sont parfois trop beaux pour être vrais – parfois seulement, comme si vingt-cinq ans plus tard, Ward et Eric terminaient autrement la partie de chasse.
Ce n’est pas tant que j’ai une impression mitigée sur ce livre que je m’interroge sur la construction du récit (mon côté professeur de français), sur le fait que certains personnages soient restés dans l’ombre (les parents de Ward, les parents d’Eric, même si les deux protagonistes trouvent des ressemblances entre leur mère respective). Le dénouement se veut apaisé…. comme s’il était le seul possible, comme si une vie « normale » n’avait pas véritablement sa place, comme si chacun avait compris ce que l’autre voulait faire. Déçue ? Ce n’est pas vraiment cela, plutôt le fait que je n’ai pas vraiment été surprise à la lecture de ce livre.Revenir en haut