La Griffe et la Flèche T3 La Cité Maudite par Christophe Lambert

 édition Didier Jeunesse – 160 pages

Présentation de l’éditeur : 

Le guerrier Djamal, son compagnon de route Tom et leur amie, la combative Zohra, sont poursuivis par les impitoyables sbires du Kardinal. Durant leur cavale, ils arrivent par hasard aux portes d’une inquiétante ville en ruines… La cité maudite d’Élégia ! Et si cet endroit représentait une menace encore plus terrible que leurs poursuivants ?

Merci aux éditions Didier Jeunesse et à Netgalley pour leur confiance.

Mon avis :

C’est avec un très grand plaisir que j’ai retrouvé Tom, Djamal et Zohra, mon personnage préféré, pour ce troisième volet de leurs aventures. Ah, pardon, j’ai oublié quelqu’un ? Oui ! Ackbar, le tapis volant de Djamal. Certes, il est un peu difficile à piloter, certes, il ne peut accueillir qu’une seule personne à la fois, il est cependant un personnage à part entière, un allié indispensable aux trois compagnons de route. Et je ne voudrais pas le vexer, il est très susceptible (voir le chapitre 13 à ce sujet).

Ils sont, encore et toujours poursuivis par les hommes de main du Kardinal, qui veulent absolument mettre la main sur Tom et ses pouvoirs. Au fil des livres, Tom parle de mieux en mieux, à cause aussi des soins attentifs dont il est entouré – un enfant à qui l’on ne parle pas ne parlera pas. Il essaie toujours d’approfondir sa connaissance de ses pouvoirs, Tom est plein de bonne volonté, plein de courage aussi face aux épreuves qu’il a traversées. Ce tome-ci ne fait pas exception aux précédents, il devra affronter d’autres épreuves, à l’intérieur d’une cité maudite, Elégia. Nous ne sommes plus ici dans la nature, nous sommes dans un lieu crée par les hommes, dans un lieu qui a été abandonné par les hommes. Ce lieu est connu pourtant, et tous l’évitent. Presque tous, du moins.

Djamal n’est plus celui qu’il a été, c’est à dire qu’il cherche à réparer le mal qu’il a fait, et nous en saurons plus dans ce tome de son passé de brigand. Nous saurons aussi qu’il faut affronter ses remords, ses regrets aussi, ses peurs enfin, en tirer quelque chose – pour avancer. Djamal ne sera pas le seul à se retrouver confronter à ses erreurs. Il est toujours possible de se racheter, ou au moins, d’essayer.

Une très bonne série !

Supermarché de José Falero

Présentation de l’éditeur :

Dans les favelas de Porto Alegre, deux metteurs en rayon d’un supermarché aux allures d’un Don Quichotte lettré et d’un Sancho Pança révolté vont se lancer dans une aventure trépidante pour échapper à leur exploitation dans un travail dénué de sens.
Entre trafiquants, gangsters et vieux manuels d’économie lus dans les transports publics bondés, un premier roman comique, provocateur et excitant.
Un auteur exceptionnel venu directement de la favela sur laquelle il écrit, arrivé à l’écriture grâce à la découverte de la lecture après avoir abandonné l’école à 14 ans. Reconnu et best-seller au Brésil, sa trajectoire ressemble à celle de son unique prédécesseur international il y a 20 ans, Paulo Lins et sa Cité de Dieu. Une voix neuve qui manie la lucidité et l’humour avec une dextérité impitoyable.

Mon avis : 

Et pendant qu’on donnait du Shakespeare ou du Brecht au Renaissance, le prestigieux théâtre du centre culturel, la favela, elle, servait de scène aux tragédies de la vraie vie.

J’ai trouvé que cette citation illustrait parfaitement le roman. Nous sommes dans une tragédie comique. Pedro et Marques sont deux honnêtes travailleurs, ils remplissent les rayons d’un supermarché, travail ô combien ennuyeux et peu rémunérateur. L’un vit avec sa mère, l’autre est marié, a un fils, un autre enfant en route, et il se demande bien comment il pourra faire face. La solution ? Vendre de l’herbe – parce que, pour vendre une autre drogue, il faut être affilié à un gang, et c’est vraiment, mais alors vraiment trop dangereux.

Et pourtant, le danger, la violence sont là, dans ce qui pourrait être un conte, mais n’en est pas un – comme si le bonheur, ou même la tranquillité, n’était pas possible ici. La violence est malheureusement ordinaire, courante, banale, ce qui ne veut pas dire qu’elle est banalisée. Seulement, les habitants des favelas le savent : la violence, ils vivent avec, vivre sans est impossible. Il faut simplement essayer de passer entre les coups, les balles, se tenir le plus loin possible de tout ce qui est susceptible de provoquer cette violence. Difficile ? Impossible ? Oui, pour les deux cas. Ce n’est pas faute de vouloir vivre la vie la meilleure qui soit – une vie qui nous semblerait, pour nous, une vie des plus ordinaires, une vie presque banale en France – vivre dans une maison, manger tout ce qui vous tente, ne pas avoir peur pour l’avenir proche ou lointain de vos enfants.

Sauf que nous sommes au brésil, le Brésil des années 2000 finissantes, un pays où la corruption régnait, ce qui ne veut pas dire qu’elle ne règne plus, un pays où, pour s’enrichir, il n’y a que deux solutions, être un footballeur professionnel ou être malhonnête.

Sans espoir ? Je n’irai pas jusque là. Je dirai seulement que le dénouement est à lui bien différent de ce que j’ai pu lire jusque là. Alors, je ne vous dirai pas que c’est un livre à lire absolument, je vous dirai simplement que les éditions Métailié savent véritablement trouver des oeuvres différentes de tout ce que j’ai pu lire jusqu’ici.

Merci aux éditions Métailié et à netgalley pour ce partenariat.

La maison des secrets, Tome 2 : Le livre des sorts de Jacqueline West

Présentation de l’éditeur :

Cela fait maintenant plusieurs semaines qu’Olive et ses parents ont emménagé dans la maison du vieux McMartin. La fillette est désespérée : son ami Morton est toujours prisonnier du monde des tableaux. Comment retourner dans ces peintures magiques ? Les trois chats qui gardent la maison refusent de l’aider… Alors, quand Rutheford, un voisin farfelu, lui apprend l’existence d’un livre de sortilèges ayant appartenu à McMartin, Olive est folle de joie. Si elle réussit à mettre la main sur le grimoire, elle pourra sauver Morton ! A moins, bien sûr, que le livre ensorcelé ne la trouve en premier…

Mon avis :

Oui, je sais, ce livre est un livre de littérature jeunesse. Ce n’est pas une raison pour faire de l’héroïne quelqu’un qui n’apprend pas de ses erreurs, qui ne tient aucun compte des conseils qui lui sont donnés, surtout quand ils viennent de personnes qui ont déjà pris énormément de risques pour elle et qui ont prouvé que leurs conseils étaient censés. Non, Olive n’en fait qu’à sa tête. Ses parents mettent cela sur le compte de la (future) crise d’adolescence, et effectivement, peut-être l’autrice a-t-elle choisi de mettre ainsi en scène la manière dont les pré-adolescents agissaient. Après tout, qu’Olive ne tienne pas compte des conseils qu’elle ne sollicite pas, soit. Qu’elle ne se souvienne pas de ce qu’elle a vécu récemment, des dangers qu’elle a courus, et qu’elle commette les mêmes erreurs qui l’ont mises en danger, c’est un peu lourd, même pour une pré-adolescente. Peut-être est-ce simplement un ressort dramatique pour mettre en scène un nouvel objet magique (en l’occurrence, le fameux grimoire) et voir ce qui survient. J’ai envie de dire « pas de grande nouveauté par rapport au tome 1′. Certes, Olive a onze ans, mais il est des questions qu’elle ne se pose pas, alors qu’elles me sautent aux yeux, et peut-être même sauteraient-elles aux yeux des lecteurs de dix ans – il faut faire confiance aux jeunes lecteurs. Certes, ce tome 2 permet d’introduire de nouveaux personnages, mais ils sont assez longs à être caractérisés, assez longs avant que l’on comprenne, même avec la meilleure volonté du monde, pourquoi ils sont là. C’est dommage parce que Rutherford, qui est un peu l’antithèse d’Olive, était un personnage intéressant. Comme elle, il a des parents scientifiques plus préoccupés par leurs métiers que par leur enfant. Comme elle, il a déménagé au gré des affectations de ses parents, à ceci près qu’il en sait plus qu’elle sur la magie, et qu’il semble plus raisonnable qu’elle, sans doute aussi parce qu’il a une grand-mère qui prend soin de lui, alors qu’Olive reste livrée à elle-même. Il est également des personnages qui ne feront qu’une brève apparition, et qui repartent aussitôt. C’est un choix de l’autrice, et en tant que lectrice, je n’y peux pas grand chose. Pour ma part, j’arrête ici la lecture de cette saga.

le challenge halloween 2022

Gardiens des cités perdues, tome 8 : Héritages de Shannon Messenger

Présentation de l’éditeur :

Vous rêvez de visiter l’Atlantide ou la mythique cité de Shangri-la ? Suivez le guide !
Sophie n’en peut plus de vivre dans le mensonge et l’illusion : cette fois, il lui faut des réponses. Mais la vérité n’est pas toujours bonne à entendre, surtout quand elle apporte son lot de nouvelles responsabilités… Et que la jeune fille n’est pas la seule concernée. Car le passé trouble de certains de ses amis n’a rien d’un hasard. Beaucoup sont porteurs d’un destin qui les dépasse, qui se joue d’eux et de leurs principes. Commence alors un jeu de pistes dangereux, où la fidélité de chacun se voit remise en cause. Et si les indices s’accumulent, le doute, lui, s’insinue dans le petit groupe à mesure que la frontière entre le bien et le mal se trouble. Une question occupe désormais tous les esprits : qui est véritablement digne de confiance ? À force de creuser pour découvrir ce que cachent les mystères qui l’entourent, Sophie Foster se retrouve dans ce huitième tome de Gardiens des Cités perdues face à elle-même et à ses illusions perdues. L’heure de vérité a sonné. Il ne reste plus qu’à savoir si notre héroïne et ses amis sont prêts à l’affronter…

Mon avis : 

J’ai mis du temps pour chroniquer ce titre – à l’image de ces derniers mois, qui furent et sont toujours mouvementés pour moi. Nous retrouvons Sophie et ses amis, dont Keefe, qui essaie de retrouver la mémoire, ou Fitz, qui pense sans arrêt ou presque à son frère Alvar et c’est tout sauf facile. Sophie en a un peu assez de … plein de choses, il faut bien le dire. Pour les adultes, elle est le colibri, pour elle, elle est avant tout une personne, une adolescente pour être plus précise, avec ses désirs, et son envie aussi de tout savoir, notamment sur ses origines.

Oui, j’ai trouvé que l’action, dans ce tome, tardait à se mettre en place, contrairement à ce qui a pu se passer dans d’autres tomes. L’on n’est plus tant dans l’action que dans la recherche, et Sophie se heurte aux adultes, qui semblent ne pas avoir compris/prévu que leur colibri ne serait pas une petite chose docile qui accepterait tout sans rien dire – à croire qu’ils ne s’en étaient pas déjà aperçu. Sophie ne peut changer certaines choses, elle ne peut empêcher ses amis proches de souffrir, physiquement, moralement. Elle essaie, en revanche, de prendre son destin en main, de comprendre aussi pourquoi ses parents biologiques ont « laissé faire », c’est à dire ont consenti à être éloignés d’elle – parce qu’ils ne la considéraient pas comme leur enfant mais comme une expérience ? Peut-être. Ce n’est pas forcément rassurant, mais elle n’est pas la seule que ses parents aient considéré ainsi. Si vous vous dites qu’il y a quelque chose de pourri au royaume des elfes, vous avez bien raison !!!!

Le tome 9 sort le 10 novembre, et bien sûr, je le lirai.

Une soirée à l’opéra – ou presque : Les capulets et les montaigus de Bellini

Je dis « ou presque » parce que je n’étais pas à l’opéra Bastille, mais au cinéma des Andelys, pour assister, de 19 h 15 à 22 h 17 (je suis précise) à la retransmission en direct de l’opéra de Bellini.

Note : je n’aime pas la musique de Bellini, et cet opéra m’a fait rappeler pourquoi.

Il est d’ailleurs très ennuyeux que tout le monde ait envie de rire dans ce qui devrait être, dans l’opéra, une grande scène tragique (la fin de l’opéra, pour simplifier).

J’ai aimé l’interview de la chef d’orchestre Speranza Scappucci (sa soeur aînée s’appelle Gioia) qui montre l’importance du mode majeur dans l’opéra, et effectivement, je n’entendais presque toujours que du majeur, que l’on associe plutôt à des thèmes joyeux, que du mode mineur. Je ne suis pas « fan » de l’orchestration des opéras de Bellini, qui me semblent toujours « légères », par rapport à ceux des opéras de Mozart, par exemple.

J’aimerai vous dire que l’intrigue est connue, si ce n’est que le livret ne s’inspire que de manière lointaine de la pièce de Shakespeare. Ce qui a importé, c’est la rivalité entre les Montaigu et les Capulet. Juliette et Roméo se connaissent déjà, et Roméo a tué le frère de Juliette, à la guerre, certes, c’est le destin, dira-t-il, mais tuer son adversaire en temps de guerre est courant – simple, clair, net, et précis. Je regrette cependant l’histoire originelle – Roméo est ici un grand chef de guerre.

Cependant, le choix de le faire chanter par une femme. Oups. Pas très crédible pour moi surtout quand la cantatrice Anna Goryachova joue comme l’on jouait l’opéra il y a trente, quarante ans, comme si aucun metteur en scène n’avait jamais fait de travail de mise en scène. Pour la mise en scène, je n’ai pas grand chose à dire non plus, cet opéra n’offrant pas de vastes possibilités pour créer une mise en scène véritablement surprenante. Reste un très bon Capulet, Jean Teigen, très juste, très sobre dans son jeu, dominant véritablement les scènes dans lesquels il apparaît.

Je ne sais pas si je trouverai le temps de retourner à l’opéra/cinéma cette année, mais je suis contente d’avoir pu aller à la première retransmission de la saison.

L’empathe prend de la hauteur de Claude Picq

Présentation du roman :

Il aura suffi qu’un adepte de la poêle à frire balade son instrument sur les rives d’un modeste lac de montagne pour qu’un nouveau mystère me tombe sur le bec. Pas clair, le macchabée ! Pas de papiers, exsangue et bouffé par la vermine. Personne pour s’inquiéter. Le mort aurait-il des secrets à cacher ? Des choses inavouables à confesser ?
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Forcément au bout de 10 jours d’errance, la police nationale pense à moi. Je suis le dernier recours. Une occasion de visiter Grenoble et de randonner dans la Belledonne, ça ne se refuse pas. Alors, enfilez vos godasses à crampons et suivez-moi !

Mon avis : 

Sauf erreur de ma part, ce titre est le troisième tome des aventures de l’empathe, alias Georges Marchais. Après avoir arpenté les falaises de Dieppe et du Tréport, après s’être promené sur les quais du bassin de l’Arsenal, le voici en montagne, pour enquêter sur une mort énigmatique. En effet, si le rapport d’autopsie précise bien de quoi ce qui a causé la mort de cet homme, en revanche, on ignore jusqu’à son identité, ce qui est plus que gênant pour trouver ce qu’il faisait là et pourquoi il a été tué. L’arme du crime ? L’un des couteaux les plus vendus dans les boutiques de souvenirs, autant dire qu’il ne faut pas trop chercher de ce côté-là. A l’empathe, donc, de chercher, et de trouver.

Il commence à avoir l’habitude, de se lancer à la recherches des émotions perdues, oui, mais aussi de la manière dont les policiers l’accueillent – la plupart sont plutôt septique sur la nature de son don, et leur intérêt pour Georges varie en fonction des résultats qu’il obtient, et de la confirmation par les bonnes vieilles méthodes traditionnelles (les indices relevés sur la scène de crime, si vous préférez).

Et si …. la victime ne l’était pas tant que cela ? Si la vraie victime était à chercher ailleurs. Oui, je sais, j’ai coutume de dire que la victime, c’est celle qui est morte, et c’est logique. Cependant, il ne faut pas oublier ce qui se nomme la légitime défense, il ne faut pas oublier la fuite, comme un instinct de survie quand on a enfin pu se libérer de son agresseur. Peut-être que je spoile un peu. Cependant, il est des enquêtes dans lesquels le (présumé) coupable n’est pas forcément arrêté, non parce que ce n’est pas nécessaire, mais parce qu’il est difficile de le retrouver : les randonneurs vont et viennent dans les montagnes, ils ne prennent pas forcément de chambre d’hôtel, ils ne mangent pas nécessairement au restaurant, ne font pas des achats dans les boutiques. Et quand bien même ils en feraient, une fois qu’ils sont tous retournés dans leur ville, région, voire pays d’origine, comment les retrouver ? Difficile. Pour ne pas dire impossible, surtout si l’on tient compte du temps qui s’est écoulé entre le meurtre et la découverte du corps, entre cette découverte et celle d’une piste tangible. Et une pensée pour les victimes collatérales.

Philip Jackson, David Suchet

La voie du tablier, tomes 1à 4 de Kousuke Oono

Mon résumé :

Tatsu est un ancien yakusa, il était le meilleure dans sa branche, il était craint et redouté, il était Tatsu l’immortel. Mais il a pris sa retraite, pour devenir un homme au foyer. Il prend soin de sa maison, la nettoie parfaitement, prépare des bentos pour sa femme, et n’hésite pas aussi à soutenir d’anciens collègues qui ont quelques soucis.

Mon avis :

C’est grâce à Pativore que j’ai découvert cette série de manga. J’ai pu réserver puis emprunter les quatre premiers tomes à la bibliothèque de Rouen. Tatsu et sa femme semblent avoir inversé les rôles, du moins de mon point de vue d’occidentale. Elle travaille énormément, s’investit pour son travail, tout en n’étant pas une très bonne ménagère (voir dans quel état se trouve leur logement quand elle veut organiser une fête d’anniversaire surprise pour son mari). Lui, par contre, cherche tous les moyens de se perfectionner dans son domaine, et je dois dire que c’est carrément flippant : voir sa parfaite connaissance de la manière de faire partie des tâches, toutes les taches, sur des vêtements. Yakusa doit être un métier très salissant ! Il n’hésite pas non plus à prendre des leçons de cuisine, à découvrir tout ce que l’on peut découvrir sur le tapioca (vaste sujet), à chercher les meilleures méthodes pour que sa conjointe puisse se relaxer (ne surtout pas oublier d’avoir un chat sur les genoux, c’est essentiel). Il est plutôt bien intégré dans son quartier, cependant, les policiers l’ont à l’oeil, et le soupçonnent un peu de tout et de n’importe quoi – surtout de n’importe quoi. Je serai presque tentée, en voyant Tatsu et ses anciens collègues, de dire que le yakusa est un homme comme un autre. Seulement, il ne peut se défaire de son passé aussi facilement, il effraie un peu, même quand il tente de sourire ou qu’il prend des cours de yoga. Ne parlons même pas de l’achat d’une nouvelle voiture : nous nous retrouvons plongés, avec Tatsu et sa conjointe, dans le passé du yakusa, revivant les différentes manières dont on peut supprimer un homme. Il peut aussi poursuivre un chat qui a volé un poisson avant d’abandonner – quand il découvre pourquoi ce chat a volé le poisson. La voie du tablier est un manga agréable à lire, et je vais réserver les tomes 5 à 7 à la bibliothèque dès que possible.

Blizzard de Marie Vingtras

édition de l’Olivier – 192 pages.

Présentation de l’éditeur :

Le blizzard fait rage en Alaska. Au coeur de la tempête, un jeune garçon disparaît. Il n’aura fallu que quelques secondes, le temps de refaire ses lacets, pour que Bess lâche la main de l’enfant et le perde de vue. Elle se lance à sa recherche, suivie de près par les rares habitants de ce bout du monde. Une course effrénée contre la mort s’engage alors, où la destinée de chacun, face aux éléments, se dévoile.
Avec ce huis clos en pleine nature, Marie Vingtras, d’une écriture incisive, s’attache à l’intimité de ses personnages et, tout en finesse, révèle les tourments de leur âme.

Mon avis : 

Ce livre m’a été offert par un ami, sinon, je ne sais pas si je serai allée spontanément vers lui, parce que je n’avais jamais entendu parler de lui. J’étais apparemment devant une histoire simple : un enfant lâche la main d’une femme alors que tous les deux sont partis se promener dans le blizzard. Les quatre hommes qui vivent dans ce trou perdu et glacé de l’Alaska vont tenter de les retrouver ou de le retrouver. Je fais très vite cette distinction, parce qu’il paraît évident que, pour certains hommes, la priorité est de retrouver le petit garçon, non la jeune femme. Pourquoi ? Parce qu’elle est une femme. Parce que, pour eux, cette femme n’aurait jamais dû venir ici, elle est une femme « de la ville » c’est à dire une femme qui ne sait pas rester à sa place de femme – dans la maison, pas dehors, discrète, silencieuse, bref invisible et inaudible.

Le seul qui veut vraiment les retrouver tous les deux, c’est Benedict. C’est lui qui a amené Bess ici, pour des raisons que nous découvrirons au fur et à mesure de la lecture, tout comme nous découvrirons, au fur et à mesure de la lecture, quels sont les liens entre eux. Peu de personnages sont présents dans ce coin de l’Alaska, et les absents, les morts sont tout aussi importants que ceux qui sont vivants, pour ne pas dire qu’ils le sont plus. Benedict, Bess, Freeman (un ancien militaire, le seul afro-américain du coin), tous les trois ont au moins une personne morte dont le souvenir ne les quittent pas – le souvenir, les remords, les regrets, la culpabilité.

L’autre thème fort est les relations parents/enfants, que nous découvrons à travers les pensées de Benedict, Bess et Freeman (encore une fois, un trio important, même si eux ignorent les liens qui les unissent tous les trois). Certains parents n’arrivent plus à l’être, d’autres ont rompu tout lien avec leurs parents, pour des raisons qui leur appartiennent et n’en sont pas moins légitimes. Il en est qui essaie de devenir parents, et ce n’est pas forcément facile, surtout quand l’enfant est déjà là et qu’il a besoin de vous. Il en est qui n’ont plus d’enfants, il n’en reste pas moins des parents, qui vivent avec cette douleur, qui se demandent aussi quand ils ont fait des erreurs, parce qu’ils vivent avec la douleur de survivre à son enfant.

Un livre dur ? Oui. Parce que les hommes sont durs, parce que la société est dure, parce que les personnes ayant des principes, des règles de vie, des valeurs, ne pensent pas nécessairement que les personnes qu’ils côtoient tous les jours ne partagent pas ses valeurs – ou font semblant, c’est tellement plus simple.

Pour terminer, une pensée émue pour Cordélia, charmante représentante de la race canine, à qui personne ou presque n’a pensé, et qui, pourtant, remplit parfaitement la mission qui est la sienne.

 

Hors-la-loi d’Anna North

Présentation de l’éditeur :

À dix-sept ans, la vie semble sourire à Ada : elle vient d’épouser le garçon qu’elle aime et son travail de sage-femme aux côtés de sa mère la passionne. Mais les mois passent et le ventre de la jeune femme ne s’arrondit toujours pas. Dans cette petite ville du Texas où la maternité est portée plus haut que tout, et la stérilité perçue comme un signe de sorcellerie, les accusations à l’encontre d’Ada ne tardent pas à se multiplier. Bientôt sa vie même est menacée et elle n’a d’autre choix doit que de partir, renonçant à tout ce qu’elle avait construit.
Elle trouve refuge au sein du tristement célèbre gang du Hole-in-the-Wall, une bande de hors-la-loi dirigée par un leader charismatique : le Kid. Le Kid rêve de créer un havre de paix pour les femmes marginalisées et rejetées par la société en raison de leurs différences.
À ses côtés, Ada apprend à monter à cheval, à tirer et à maîtriser l’art de se déguiser en homme pour piller des diligences ou voler du bétail. Mais le Kid veut aller plus loin et échafaude un plan qui pourrait bien leur être fatal. Ada est-elle prête à risquer sa vie pour un monde meilleur ?

Mon avis :

Je revendique avoir eu du mal à lire ce livre, bien que la narration ait été assez fluide. Oui, curieux début. Il faut cependant se plonger d’abord dans la thématique pour comprendre mes réticences. L’action se passe au XIXe siècle, aux Etats-Unis, après qu’une épidémie a décimé une grande partie de la population et que les survivants s’en sont remis à la religion pour surmonter ce qui s’était passé. Les femmes stériles sont mises au ban de la société, quand elles ne sont pas purement et simplement supprimées. Les femmes qui ont eu quatre enfants sont en revanche libres de faire ce qu’elles veulent – pour peu, bien sûr, que les quatre enfants qu’elles ont mis au monde soient vivants et en bonne santé.

Cela vous parait invraisemblable ? Pas tant que cela. Il suffit de repenser à ce qui passait en Roumanie jusqu’à la fin des années 80. Il suffit de voir comment la société américaine évolue actuellement, ou comment d’autres sociétés se comportent envers les femmes. Il est facile d’accuser, de faire condamner quand la justice est rendue par les hommes, pour les hommes, quand personne, surtout, ne cherche à trouver les véritables causes, à remplacer les idées fausses par des vraies. Trop difficile, trop fatiguant de se remettre en question, et de s’apercevoir que l’on s’est trompé pendant tout ce temps.

Ada est l’ainée d’une famille de quatre filles, sa mère est sage-femme et lui a transmis son savoir – une femme qui sait est dangereuse. Chassée par son mari, elle trouve un temps refuge dans un couvent, là où toutes les femmes stériles sont envoyées, quand elles n’ont pas été exécutées. Elle quitte cependant le couvent, parce qu’elle sait qu’elle est toujours recherchée, parce que cette vie ne lui convient pas, et rejoint la bande du Kid, un hors-la-loi.

Le sujet est tellement lourd que j’ai l’impression qu’il masque complètement l’intrigue et le style. Ada et les autres femmes de la bande du Kid n’ont pas vraiment eu le choix – la bande ou l’enfermement, la mort. L’autrice revisite le mythe du western, avec ses classiques (vol de chevaux et de bétails, femme fatale qui sert d’appât, braquage de banque) mais cette fois-ci, les hors-la-loi sont des femmes, qui se battent comme des hommes. Il a pourtant fallu apprendre, à vivre différemment sous le regard des hommes, apprendre à s’organiser, à tirer partie des talents que l’on possède (Ada sait soigner) et à développer ceux que l’on ne savait pas que l’on possédait, la survie du groupe est à ce prix.

Je me rends compte que j’ai du mal à toucher du doigt ce qui fait que cette lecture n’a pas été aussi épanouissante (plaisante ne me semblait pas convenir) qu’elle aurait pu l’être. Sans doute est-ce dû aux nombreuses scènes violentes qui rythment le roman. Sans doute est-ce dû aussi à tous ses commentaires médicaux fréquents : Ada partage son savoir avec nous, même si en tant que femme du XXIe siècle, nous en savons forcément plus sur les causes de la stérilité, qui sont largement inconnues ici, quand elles ne sont pas totalement fantaisistes. Note : elles le sont encore d’un certain point de vue. Pensez à toutes ses personnes qui disent : « non, mais, la stérilité, c’est dans ta tête, cesse d’y penser et cela ira » – il est même des professionnels de santé pour le dire. Bref, il reste encore du chemin à parcourir.

Le frisson de Ross MacDonald

Présentation de l’éditeur :

Lew Archer, détective privé spécialisé dans les affaires familiales délicates, n’est pas emballé par la mission que veut lui confier un certain Alex Kincaid : retrouver son épouse Dolly, une très belle jeune femme qui s’est volatilisée juste après leur mariage. Affolé, Kincaid n’a rien pu obtenir de la police : il ne croit pas à la simple fugue et redoute le pire, d’autant qu’un mystérieux barbu semble avoir joué un rôle dans cette disparition. C’est alors qu’Archer découvre certains indices qui semblent relier Dolly à d’anciens meurtres. Le détective s’enfonce peu à peu dans un labyrinthe d’intrigues qui soudent un clan redoutable.

Mon avis :

Prendre des vacances, ou du moins un peu de repos quand on est un détective privé, c’est compliqué. Pourtant, Lew Archer était content : l’affaire sur laquelle il avait enquêté était terminée, jugée même, le verdict avait été rendu, sa tâche était donc terminé. Seulement, à la sortir du tribunal, un jeune homme souhaite l’embaucher : sa toute jeune épouse a disparu au lendemain de leurs noces. Lew est d’abord plus que réticent, puis il se laisse convaincre, et se retrouve dans une mélasse pas possible, qui va le ramener dix ans, puis vingt ans en arrière, sur les traces de crimes qui ont été résolus mais dont la résolution n’a pas satisfait tout le monde.

Comme toujours, dans les romans de Ross MacDonald, la famille est au cœur de l’intrigue. Comme toujours, elle est déficiente – sinon, ses membres n’auraient pas besoin de l’aide de Lew Archer pour tenter de mettre de l’ordre dans tout ce gâchis. Il est des fils, comme Alex Kincaid, qui ose défier l’autorité paternel, qui ose devenir ce qu’ils sont : des adultes, même si ce n’est pas facile face à des parents qui disent savoir ce qui est bon pour leur enfant et usent de chantage affectif. Il est des filles qui ont été brisées par la violence qui régnait dans le foyer. Il est aussi beaucoup de familles qui mettent en tout premier lieu leur réputation, leur attachement aux avantages hérités de leur naissance (oui, il est une bourgeoisie américaine bien pensante et sûre de son bon droit), qui en usent et en abusent pour obtenir ce qu’elles veulent et étouffer quelques faits jugés scandaleux. Violence partout, justice nulle part ou presque.

Ce roman nous emmène de rebondissements en rebondissements, et à chaque fois que l’on croit que toute la lumière a été faite, et bien, l’on se trompe.