Petit traité de philosophie naturelle de Kathleen Dean Moore

Présentation de l’éditeur :

En partant de la nature pour poser des questions sur l’existence, Kathleen Dean Moore, philosophe et naturaliste, nous offre la plus belle des réponses : l’amour de la vie pour elle-même. Parcourant l’Ouest américain, des côtes sauvages de l’Oregon aux rivages de l’Alaska, ce recueil s’appuie sur l’observation de phénomènes naturels pour nous replacer dans l’immensité du monde, mais aussi, toutsimplement, auprès de nos proches. Avec respect, amour et délicatesse, chacun de ces brefs récits est l’occasion de se recentrer sur l’essence même des choses et de saisir la cristallisation de chacune de nos émotions pour mieux nous connaître nous-mêmes.

Mon avis :

Je crains qu’il ne soit bref. Je ne sais pas vraiment à quoi je m’attendais en lisant ce livre, dont le titre, pourtant, m’attirait depuis très longtemps – je suis fan des éditions Gallmeister, et je lis beaucoup de leurs publications.

Ce que j’ai retenu de ce livre ? Pas grand chose. Il est question de philosophie et de nature – je sais, c’était facile. Les chapitres sont plutôt courts, et comportent tous une anecdote personnelle, liée à sa famille, à ses élèves. Les sujets évoqués sont larges, y compris l’euthanasie, et pourquoi certains veulent y avoir recours, tandis que d’autres ne se sentent pas le droit d’abréger la vie d’autrui, surtout si cet « autrui » ne le désire pas.

Dès le début, le ton est posé, quand Kathleen Dean Moore nous parle de cette étudiante qui a mis fin à ses jours alors qu’elle semblait heureuse. Aucune explication. A quoi sert la philosophie alors ? A pas grand chose. Je cite « Comme le disait Dostoïevski : « Il nous faut aimer la vie, plutôt que le sens de la vie. » » J’ai retenu aussi de ce livre les soucis de santé de sa fille, atteinte d’une maladie qui touche également quelques-uns de ses proches.

Et la nature ? Il en est question, oui, un peu, mais pas tant que cela ai-je eu l’impression, comme s’il y avait nécessité de trouver, au fur et à mesure des chapitres, de chercher absolument un fait de philosophie pour le relier à la nature, à moins que ce ne soit l’inverse.

Un livre dont le souvenir est déjà presque effacé pour moi.

 

Fais de beaux rêves… de Philip Le Roy

édition Rageot – 448 pages

Présentation de l’éditeur :

Depuis le décès de ses parents, des archéologues excentriques, Joachim vit chez les Russo, une famille d’accueil. Il est en 3e dans la même classe que les jumeaux de la famille. Mais sa seule amie est Wata, une amie imaginaire. Depuis peu, il souffre de visions nocturnes. Cela inquiète ses parents adoptifs et le Dr Korsan, le psychiatre qui le suit. Bientôt les étranges apparitions nocturnes se multiplient, se mettent à parler et deviennent menaçantes. Joachim est-il en train de devenir fou ou y a-t-il vraiment « quelqu’un » qui cherche à communiquer avec lui ? Quand Wata le persuade que les Russo et les séances d’hypnose du Dr Korsan ne sont pas étrangers à ses terreurs nocturnes, Joachim n’a plus d’autre choix que de fuir…

Merci aux éditions Rageot et à Netgalley pour leur confiance.

Mon avis : 

Je suis toujours inquiète quand je lis un roman qui sort de l’ordinaire, parce que j’ai peur qu’il ne trouve pas son public. Pourtant, il est bon, pour ne pas dire nécessaire, de faire confiance aux jeunes lecteurs.
Joachim est orphelin. Surtout, il a beau être en troisième, il n’a pour seuls amis que ceux qui sont « dans sa tête ». Jamais ses parents, archéologues un peu excentriques, ne se sont inquiétés de cet état de fait. Il faut dire qu’ils lui ont donné une éducation totalement à contre-courant, loin des écrans (télévision, portable, ordinateur). Aujourd’hui, il est en famille d’accueil, une famille touchée de plein fouet par la crise du Covid-19 (ils sont restaurateurs) et qui essaient de s’occuper de leur mieux de Joachim, qui, pour la première fois de sa vie, voit un psy afin de mettre de l’aider à vivre sans Théo, sans Wata, ces deux amis imaginaires.
Ce sont déjà des thématiques douloureuses, il y en aura d’autres, comme le harcèlement ordinaire. Ces deux mots ne vont pas ensemble, je vous l’accorde, cependant il est des élèves qui sont ostracisés, des élèves qui sont systématiquement ennuyés dans la cour, dans les vestiaires – et ces adolescents, presque des adultes, n’ont pas forcément envie de demander aux adultes de l’aide, adultes qui semblent aussi démunis pour la leur donner hors d’un discours convenu. Laisser passer l’orage, ou l’intensifier en répliquant à son tour. On dira que ce n’est pas forcément recommandé, que la violence n’est pas une réponse à la violence – l’inaction non plus. Parmi les autres sujets sensibles, je citerai le regard qui peut être porté sur le corps des adolescentes, ces fameuses « tenues correctes » qui sont exigés des jeunes filles, alors que le problème n’est pas dans la tenue, il est dans l’oeil de celui qui regarde et qui considère cette tenue comme incorrecte : il est bon de le rappeler. En fait, ce roman rappelle beaucoup de notions intéressantes, m’a fait réagir, souvent, et s’il peut amener les lecteurs à s’interroger, c’est très bien.
Dis ainsi, il semblerait que le roman parle de thèmes importants sans les nouer ensemble. Il n’en est rien. ce n’est pas parce que Joachim est différent des personnages que l’on rencontre habituellement que les dangers qu’il affronte ne sont pas réels. L’intrigue nous conduit à mi-chemin entre l’étrange et le fantastique, l’étrange, parce que certains phénomènes particulièrement inquiétants trouvent une explication, le fantastique, parce que, pour d’autres, ce sera vraiment l’interprétation du lecteur, sa capacité à s’ouvrir à ce qui ne rentre pas dans la norme qui fera toute la différence.

Les Tisseurs de rêves – Manel et les mélodies secrètes par Manon Fargetton

Présentation de l’éditeur :

Manel fait beaucoup de sacrifices pour devenir une grande violoniste. Elle néglige ses camarades, même Anouck et Liam qui ont des pouvoirs magiques et qui partagent son secret. Grâce à son violon, Manel peut modifier la réalité ! Mais quand des événements anormaux se produisent dans son école, Manel ne peut plus rester à l’écart… Il y a un quatrième Tisseurs de rêves et il a besoin d’aide.

Merci aux éditions Netgalley et aux éditions Rageot pour ce partenariat.

Mon avis :

Quand je lis un livre de littérature jeunesse, je me demande parfois ce que j’aurai pensé de ce livre si je l’avais lu étant enfant. Je pense que j’aurai aimé la couverture, une belle couverture m’attire toujours. Maintenant, aurai-je été sensible à ce mélange de réalisme et de fantasy ? Je n’en suis pas si sûre.

Ce que j’aurai retenu en premier, c’est la pression que subit Manel. Elle n’en a pas conscience, et je ne sais pas si, enfant, j’en aurai eu conscience. Elle étudie le violon, elle veut devenir violoniste, pas violoniste comme son demi-frère qui joue au sein d’un orchestre et qui n’est qu’un violoniste parmi d’autres. Elle veut être violoniste, elle veut être la meilleure violoniste du monde, et pour cela, elle ne cesse d’étudier et de jouer, sa mère ne lui en laisse pas vraiment le choix non plus. Le frère aîné de Manel subit aussi une pression, puisque lui fait tout le contraire de Manel, et sa mère se montre particulièrement dure avec lui. Pour moi, ce sont des scènes difficiles, parce que l’on a beau répéter qu’elle aime son fils, ce qu’elle lui dit ne peut être que douloureux.

En tant qu’adulte, je passe donc presque à côté de la dimension fantasy : Manel est capable d’agir sur la réalité grâce à son violon. Elle n’est pas la seule à avoir des pouvoirs, deux de ses amis en ont aussi. Leur école, leur ville, doivent alors vivre avec des phénomènes parfois poétiques, parfois franchement dangereux – et les trois amis de découvrir un quatrième tisseur de rêves, qui peine à maîtriser ses pouvoirs. Pas si simple, surtout quand on peut s’en ouvrir à personne, quand il faut rester le plus discret possible. Heureusement, les quatre enfants peuvent compter les uns sur les autres, et trouver des soutiens inattendus.

J’espère que ce roman plaira aux jeunes lecteurs.

L’affaire des « petits papiers » de Léo Frachet

Présentation de l’éditeur :

Un mystérieux assassin sévit dans la ville de Paris où il étrangle avec un fil de laiton ses victimes. Cinq crimes commis en moins d’un mois. Aucun indice. Aucune piste. Seul un papier épinglé sur chaque corps avec un message inscrit dessus : 3 + 6 = 0.

L’inspecteur Durieux est chargé par son supérieur de faire appel au PÈRE LEBŒUF, un ancien de la maison, désormais plus préoccupé par ses rosiers que par les faits divers, dans l’espoir qu’il puisse apporter un œil neuf sur le dossier…

Mon avis :

Je vous le demande un peu : on peut être policier, à la retraite après quarante ans de bons et loyaux services, et devoir enquêter à nouveau, en laissant de côté sa passion pour ses rosiers. Il faut dire que l’heure est grave : cinq meurtres ont eu lieu. Le point commun ? Le mode opératoire et un message mystérieux laissé près des corps. Les points communs entre les cinq victimes ? Des gens sans histoire, sans ennemi connu, ne laissant derrière eux que très peu d’argent, voir uniquement leurs yeux pour pleurer à leurs proches. La police piétine, et les journaux ne pourront pas toujours être muselés, surtout après qu’un sixième crime a été perpétré. A l’époque, on ne parle pas encore de tueur en série.

La brièveté du récit fait que l’enquête est résolue rapidement, sans que le lecteur ne soit entraîné sur des fausses pistes. Il faut dire aussi que le récit commence alors que de nombreux éléments ont déjà été débroussaillés – les enquêtes auprès des proches des cinq premières victimes notamment. Le père Leboeuf peut donc se concentrer sur les indices en leur possession, rappelant aussi comment les crimes ont été classifiés. Certes, le voir s’occuper de ses chers rosiers adorés ou partir à la pêche ne plait pas à tout le monde, mais n’est-il pas retraité ? Il pourra sembler, à l’aune d’aujourd’hui, trop calme, trop attentiste. N’attend-il pas qu’un nouveau crime soit commis pour arrêter le coupable ? C’est un peu ce qui se passe dans maints thrillers actuels, si ce n’est que les enquêteurs ne le formulent pas !

Comme souvent, un personnage que j’ai envie de retrouver dans d’autres enquêtes.

Philip Jackson, David Suchet

Au fin fond de la petite Sibérie d’Antti Tuomainen

Présentation de l’éditeur :

Ce qui tombe du ciel n’est pas toujours providentiel…
Le pilote de rallye Tarvainen parcourt les friches enneigées du nord de la Finlande avec trop d’alcool dans le sang et des pensées suicidaires dans la tête, lorsque soudain le ciel explose et quelque chose s’écrase sur le siège passager.
Ce quelque chose se révèle une météorite extrêmement précieuse, en tout cas selon les habitants du village de Hurmevaara.
Le trésor est temporairement exposé au musée de la ville, sous la garde du pasteur Joel, qui en tant qu’ancien militaire n’est pas complètement inexpérimenté au combat. Chose utile, car le crime organisé a déjà eu vent de ce nouveau « bijou » qui vaudrait quelques millions…
Sauf que Joel a bien d’autres problèmes. Sa femme est enceinte, malheureusement pas de lui. Et pendant qu’il se bat contre des criminels professionnels et autres chasseurs de trésors, il se demande surtout ce que le Tout-Puissant a prévu pour son humble serviteur…

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier les éditions Fleuve noire et Netgalley pour ce partenariat, qui m’a permis de rencontrer un auteur finlandais que je ne connaissais pas.

Le personnage que nous rencontrons en premier dans ce roman, c’est Tarvainen. Il est un ancien pilote de rallye, convaincu qu’il peut redevenir pilote de rallye professionnel. Le problème n’est pas qu’il ne soit pas excellent dans son domaine, c’est un fait. Le problème est qu’il a pris l’habitude de conduire en état d’ébriété suravancé, et sa dernière virée ne fait pas exception. Ce qui fait exception, c’est qu’une météorite tombe sur le siège passager. La loi lui interdit de la garder, et elle est provisoirement entreposée dans le musée de la petite ville. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il est antipathique, je dirai simplement qu’il est loin d’être aussi intéressant que celui qui s’avère être le personnage et narrateur principal, à savoir Joël. Il est le pasteur de cette petite ville, il est un ancien militaire, et il a été gravement blessé. Bref, il sait ce que le mot « danger » signifie, il l’a vu et affronté. Etre pasteur de nos jours, à Hurmevaara, c’est avant tout écouter les nombreuses personnes qui ont tant de choses à dire, tant de choses à confier et qui n’ont personne d’autres à portée d’oreilles que le pasteur. Et lui, à qui peut-il se confier ? A personne. Pourtant, il en a, des soucis, dans sa vie personnelle d’abord, et dans sa vie professionnelle, quand il se retrouve l’unique témoin du cambriolage du musée.
Joël nous racontera – un peu – ses états d’âme. Il tentera surtout de survivre à tout ce qui se passera au cours des jours. C’est fou ce qu’une simple météorite peut susciter comme convoitise. C’est fou ce que certains sont prêts à faire pour l’avoir. Joël est un specimen rare : il est intègre, il n’en a rien à faire de l’argent que pourrait procurer cette météorite, et même si certains faits graves, très graves surviennent, pas question pour lui de se laisser abattre, dans tous les sens du terme, ni lui, ni ceux qui comptent pour lui.
Au fin fond de la petite Sibérie est un roman à déconseiller à ceux qui sont allergiques au froid, pas à ceux qui aiment l’humour et les polars légers.

Cette nuit-là par Aurélie Massé

Présentation de l’éditeur :

C’est l’histoire de Gabriel, l’insoumis pétillant, Agathe, la fêtarde insouciante, Alex, l’élève parfait, Sarah, la discrète mal dans sa peau. C’est aussi et surtout l’histoire d’Eden, dont l’aura suffit à combler le mutisme. C’est l’histoire d’un secret, de gestes déplacés qui mènent un jour à l’inconcevable… Durant une nuit, le temps s’arrête et cinq vies basculent.

Merci aux éditions Slalom et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Cette nuit-là est un roman qu’il est difficile de lâcher. Oui, je sais, cela sonne comme un cliché, pour un roman qui ne l’est pas. L’autrice connaît parfaitement le monde de l’adolescence qu’elle décrit, elle ne joue pas à imaginer ce que pensent les adolescents. Ils sont cinq, cinq à se côtoyer au lycée, à penser à leur avenir, ou pas, cinq adolescents, pas encore des adultes, plus des enfants, qui vont vivre une nuit qui changera leur vie.

Non, je ne vous révèlerai pas ce qui s’est passé cette nuit-là, si ce n’est que ce n’est pas du tout ce à quoi je m’attendais, que c’est bien loin des clichés que j’ai pu lire dans des romans young adult qui sont avant tout dans la surenchère, plutôt que d’être dans l’humain, dans ce que l’on ne voit pas, ce que l’on ne montre pas. Les années lycées ne sont pas forcément des années heureuses, ce sont des années où les parents peuvent vous mettre une énorme pression pour que vous soyez le meilleur, surveiller intensément les fréquentations de sa progéniture, ou contraire ne rien voir, parce que trop pris par sa propre vie, son propre travail, ses propres soucis, et oublier que les enfants ont (encore) besoin de parents qui soient réellement attentifs, à l’écoute, même si ce n’est pas toujours facile. J’ai vraiment l’impression d’utiliser une litote en disant ceci.

Ce à quoi Gabriel, Agathe, Alex et Sarah vont être confrontés, c’est véritablement une situation indicible, une situation qui aurait pu … tourner court. Oui, le roman aurait pu s’arrêter très vite, si ces adolescents ne s’étaient pas décidé à prendre leur destin en main. Parce que le choix qu’ils ont fait cette nuit-là aura des conséquences sur leur parcours à venir.

Mention spécial pour le personnage de Sarah, atteinte d’anorexie. J’ai envie de dire « réellement anorexique » tant j’ai trop vu et lu des caricatures de cette pathologie.

Un livre fort.

Agatha Raisin enquête, tome 28 : Chasse aux sorcières

édition Albin Michel – 300 pages

Présentation de l’éditeur :

Fraîchement débarqués de Londres pour goûter la sérénité des Cotswolds, le nouveau pasteur de Sumpton Harcourt et sa femme croient vivre un film d’horreur en apercevant, de retour d’un dîner, un corps pendu à un arbre. Margaret Darby, une vieille célibataire fortunée, ne s’est pas suicidée, mais a bel et bien été assassinée. Pas de quoi rassurer le couple qui avait fui le climat délétère de Londres… Qui, des habitants de ce charmant hameau, a pu commettre un tel crime ? Lorsqu’un policier zélé est retrouvé mort près du même arbre pour avoir cherché à le savoir, et que la femme d’un des habitants du village subit un sort identique, Agatha comprend pourquoi on parle de « l’arbre aux sorcières ». Reste à savoir qui orchestre cette sinistre mise en scène…

Mon avis :

J’avais commencé cette lecture en étant agréablement surprise. Je croyais tenir (enfin) un bon cru, ce qui me manquait depuis si longtemps avec Agatha Raisin. A mes yeux, le début de l’intrigue était particulièrement réussi, surtout quand nous suivons pas à pas Molly, la femme du pasteur, pour découvrir à travers ses yeux, Agatha Raisin, 53 ans depuis 28 tomes d’intrigues. Découvrir qui a commis un meurtre, puis deux, à l’ombre de l’arbre des sorcières, me semblait prenant.

Puis… les anciens ingrédients sont revenus au galop, comme si M.C. Beaton avait voulu n’en oublier aucun. Nous croisons James, un peu, et surtout le regret que leur mariage n’ait pas duré, parce que James voulait une docile femme au foyer comme épouse. Pourquoi épouser Agatha, alors ? Roy sera au rendez-vous, inchangé y compris dans sa manière de changer de style à chaque roman et de vouloir à tout prix être dans la lumière. Même les enquêteurs d’Agatha font pâle figure et semblent être réduits au rang de figurants, dégustant beignets sur beignets, comme dans les séries américaines. Charles sera là, du début à la fin, et je me suis surprise à espérer que…. Et puis non, toujours pas.

Nous retrouvons aussi des éléments de l’intrigue commun à presque toutes les intrigues mettant en scène Agatha Raisin, comme cette personne qui se vante de connaître l’identité du coupable – et qui finit assez mal, du coup. Ce qui change ? Le fait que le roman se rattache à l’actualité, en parlant de Boris Johnson, notamment. En revanche, Agatha m’a semblé rester toujours féministe, et l’un des éléments de l’enquête rappelle assez à quel point être une femme peut faire de vous une proie facile – une victime à qui certains pourraient presque en vouloir de s’en être sortie, de ne pas vouloir en parler, d’essayer de poursuivre sa vie en un mot. M’a semblé, seulement. Parce qu’au bout d’un moment, elle aussi se met à croire que la victime est nymphomane et donc… Et donc quoi, ai-je envie de dire ? A mes yeux, cela illustre le fait qu’on est toujours amené à croire plus facilement quelqu’un qu’elle connaît, même si celui-ci ment, plutôt qu’une personne qu’elle connaît moins. J’insiste aussi sur le fait qu’être nymphomane ne justifie en aucune façon le fait d’être violée. Les agresseurs ont encore de beaux jours devant eux. PS : pas la même de me dire que je n’ai pas les idées larges ou que ce n’est qu’un roman. C’est un reflet sur les idées reçues qui continuent à circuler.

Quant aux sorcières, elles ont ici une mauvaise image. Normal, penseront certains. Je le regrette pour ma part. Je pense que cette thématique mériterait mieux que des moqueries, que de les montrer comme des femmes forcément idiotes, prenant des substances illicites, se réunissant dans des lieux tenus presque secrets et imbuvables toute la journée.

Le jardin des monstres de Lorenza Pieri

Merci aux éditions Préludes et à Netgalley pour m’avoir permis de lire ce livre en avant-première.

Mon avis :

J’ai eu un peu de mal à entrer dans ce livre, parce que je ne m’attendais pas à ce qu’il contenait. Le jardin des monstres, c’est celui de Niki de Saint-Phalle, celui qu’elle a crée. Il est composé de statues, elle vit même dans l’une d’entre elles, l’Impératrice. Ce sont les lames du Tarot qui ont guidé cette création, et je dois dire qu’une certaine connaissance des lames de Tarot peut être utile pour mieux suivre le récit. Chaque chapitre porte le nom d’une des lames, comme une référence à un personnage en particulier.

Le sujet de ce roman ? Il ne s’agit pas uniquement de l’art, même s’il a permis à Niki de survivre, de ne pas sombrer dans cette folie qu’on lui avait pourtant diagnostiqué. Je me suis dit que les médecins qui auraient dû la soigner étaient vraiment d’une rare incompétence : on ne dira jamais assez à quel point les préjugés peuvent causer des désastres. L’art, tel qu’elle l’a pratiqué, lui a permis, bien plus qu’une thérapie, d’expulser sa colère, sa douleur de vivre, de survivre. Elle apparaît ici, aux yeux d’Annamaria, comme un être lumineux, simple aussi : tout ce qu’elle dit est à prendre au sens propre, sans volonté de manipuler l’autre.

Annamaria, c’est la fille de Sauro et de Miriam. Elle a un frère aîné, une cousine aussi, Giovanna, qu’elle verra peu avant l’adolescence. Elle ne sait pas pourquoi ses parents se sont éloignés des siens, l’amour a ses raisons que l’on ne confie pas à ses enfants. Elle ne se considère pas comme, jolie, elle est une élève moyenne. Pendant les vacances, les week-end, ses parents trouvent normal qu’elle s’occupe des chevaux ou qu’elle serve leurs clients : c’est une fille. Ils n’ont pas les mêmes exigences avec son frère. Une fille doit aider. C’est ainsi qu’elle rencontre Lisa, fille d’un homme politique. Elle est fascinée par elle, qui a tout ce qu’elle n’a pas : la beauté, la grâce, la culture. L’heure n’est pas encore aux désenchantements, cette heure viendra pourtant, et plus vite que prévu.

Le rapport à la beauté, à l’art, la difficulté à se construire, de prendre confiance en soi quand on n’a pas grandi en recevant l’attention dont on avait besoin sont au cœur de ce roman. Comment s’en sortir aussi, quand on n’a pas toutes les cartes en main, quand on a toujours été le serviteur et non le maitre, quand on a accepté qu’une virilité toxique empoisonne le moindre rapport humain ? L’amour, l’expression d’un sentiment amoureux sincère semble impossible, rares sont les personnes dont on peut croire qu’elles vont s’en sortir. Annamaria peut-être ? Peut-être. Après tout ce qu’elle a enduré, elle mérite de s’ouvrir enfin au monde.

Un sort si noir et éternel par Brigid Kemmerer

08

Présentation de l’éditeur  :

Un soir, dans les rues de Washington, Harper, 17 ans, est témoin d’une tentative d’enlèvement. Faisant fi du danger, la jeune femme, partiellement handicapée, s’interpose. Mais le kidnappeur lâche sa première proie et, après avoir maîtrisé Harper, l’emmène avec lui…

D’un coup de baguette magique, ou presque, Harper bascule dans un autre monde. Elle découvre un lieu qui a tout du château de conte de fées : orchestre sans musiciens, cuisine enchantée et, bien sûr, prince beau et énigmatique. Prince maudit, en vérité.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier les éditions Rageot et Netgalley qui m’ont permis de lire ce livre en avant-première. Je commencerai donc par ma seule déception : ce livre comporte une suite. C’est dit, maintenant, je peux passer au fait que j’ai vraiment passé un très bon moment de lecture en compagnie d’Harper, de Grey, et de Rhen. Oui, j’ai placé les personnages par ordre de préférence.

Pourtant, ce sont Grey et Rhen que le lecteur rencontre en premier, dans des circonstances remplies de mystère. Mais de quoi parlent-ils au juste ? me suis-je dit. Puis, nous rencontrons Harper, et là, elle m’a été immédiatement sympathique. Elle est une petite soeur, ce personnage que les grands frères se sentent toujours obligés de protéger. Surtout quand le père est parti, après les avoir mis dans une situation compliquée. Surtout quand la mère est atteinte d’un cancer. Surtout quand la petite soeur est en situation de handicap, et a subi de longues séances de rééducation, des thérapies (l’équitation) pour parvenir à faire fonctionner ses muscles correctement. Ce n’est pas parce que son frère pense toujours devoir la protéger qu’elle n’est pas apte à se défendre, ou à défendre les autres. Elle voit un homme tenter d’enlever une femme, et elle s’interpose, peu importe le danger. C’est elle qui se retrouve à basculer dans un monde qui n’est pas le sien.

Grey, c’est celui qui l’a enlevée, pour le prince Rhen. Son but ? Lever la malédiction. Si je voulais faire court, je dirai que ce livre est une réécriture de la Belle et la Bête, ce qui est vrai. Cependant, la réussite d’une réécriture tient en la capacité de l’autrice à jouer avec ce que l’on connaît de la légende, à ne pas en faire un texte empoté, visant à récrire maladroitement ou à remplir ce que d’aucuns considèrent comme des blancs, alors qu’il s’agit de choix narratifs. Non, nous sommes bien dans une réécriture, avec le thème du monstre, bien réel, de la métamorphose, mais aussi du pouvoir, de la puissance, et de ce que l’on en fait ou pas. Le monde de la Bête de madame Leprince de Beaumont ne comportait qu’une personne, lui. Le prince Rhen est à la tête d’un royaume, malgré lui.

Le lecteur se doute forcément de ce qu’il faudrait qu’il se passe pour lever la malédiction. Seulement, Rhen est las, il n’en peut plus, il a tout essayé, déjà, tout vécu depuis plusieurs saisons. Il n’a plus d’espoir, et Grey non plus. Il n’a même plus l’espoir que cela s’arrête. Et pourtant, Harper n’est pas une jeune femme comme les autres, elle est combattive, elle a une famille à laquelle elle tient réellement, et elle est bien décidée à les retrouver, et à faire bouger les choses là où elle est.

Avec elle, avec Rhen et Grey, nous allons en vivre, des aventures, mais surtout avec Harper, qui n’a pas la retenue d’un prince maudit, qui ne s’empêche pas d’aller au contact des gens, et qui y va, qui constate l’ampleur des dégâts dans le royaume. Elle remet Rhen dans une posture de prince héritier, le forçant à regarder les choses en face et à agir pour aider son peuple. Harper voit, beaucoup de choses, elle voit aussi les principaux adversaires de Rhen – si on le laissait vivre tranquillement sa malédiction, se serait presque trop simple. Elle est pour moi, du début à la fin, le personnage le plus important de ce premier tome. Peut-être ai-je tort pour l’ensemble de la série. La suite me le dira.

 

Brassens, Jeanne et Joha de Maryline Martin

Présentation de l’éditeur :

Août 1981. Georges Brassens souffre d’un mal dont il cache le nom, même à ses proches. Puisque la Camarde affûte sa faux, il compte profiter du temps qui lui reste pour composer de nouvelles chansons, auprès de Joha Heiman, surnommée Püpchen, prendre du bon temps avec ses amis et remonter sur scène à Bobino… Comme chaque été, Georges a regagné sa résidence secondaire Ker Flandry, son havre de paix situé non loin de Paimpol. Pendant ces quelques jours, il navigue sur le flot de ses souvenirs : Sète, ses frasques adolescentes, son professeur de français Alphonse Bonnafé, le début du succès avec Patachou… Et surtout il pense aux deux femmes qui ont marqué sa vie : Jeanne Planche, de trente ans son aînée – qui l’avait caché impasse Florimont, pour qu’il échappe au STO – et Püpchen, dont il fait la connaissance en 1947. En se promenant sur la plage de Lézardrieux, des scènes, des visages lui reviennent en mémoire… et Georges replonge dans ce chassé-croisé amoureux.

Merci à Netgalley et aux éditions Elidia pour ce partenariat.

Mon avis :

Voici quarante ans que Georges Brassens est décédé. Brassens, Jeanne et Joha est un livre qui paraît à cette occasion. Cette biographie romancée raconte Brassens en nous parlant des femmes qui ont compté dans sa vie, Jeanne et Joha.
Le premier mot qui me vient à l’esprit est légèreté. Et pourtant, raconter les débuts de Brassens, et les mois qui précédèrent sa mort ne sont pas légers. Maryline Martine évite pourtant dans sa narration toute la pesanteur liée parfois aux récits biographiques. Oui, l’on peut raconter une vie, l’amour, la mort, les rencontres, et bien d’autres choses encore sans jamais être pesant ou pire insistant lourdement sur des précisions qui n’apportent pas tant de choses à la connaissance de l’homme et de l’oeuvre. L’homme et les femmes qui, même si, comme Joha, elle ne vécut jamais avec lui, partagèrent, donnèrent, aimèrent.
Le second mot qui me vient à l’esprit est pudeur. Il s’agit avant tout du portrait intime d’un homme qui se préoccupa avant tout de vivre dans le présent. L’image qu’il donnait ? Ce n’était pas sa préoccupation, préserver les siens, prendre soin d’eux, oui.
Un bel hommage à Brassens et aux femmes de sa vie.