Évill Le Destin des Proscrits par Taï-Marc Le Thanh

Présentation de l’éditeur :

Évill, 14 ans, meurt dans une explosion. Il est immédiatement recueilli par Sidérius, un dieu chargé de l’amener, comme tous les défunts, sur la merveilleuse planète Ésiris. Mais au moment de franchir cette frontière, Évill fait soudainement marche arrière, saisi d’un sentiment instinctif de fuite. Il rejoint alors les « Proscrits », condamnés à survivre sur Terre à l’état de spectre. Le jeune garçon apprend qu’Ésiris n’a rien d’un paradis, mais tout d’une prison dorée gouvernée par des dieux tout-puissants qui veulent anéantir la Terre pour se nourrir de sa force. Forgés de courage et déterminés par une soif de liberté, les Proscrits vont tout faire pour contrer cette menace. Très vite, tous comprennent qu’Évill est l’Élu, et sans doute leur seule chance de sauver le monde du chaos.

Merci à Netgalley et aux éditions Didier Jeunesse pour leur confiance.

Mon avis :

Je découvre Taï-Marc Le Thanh avec ce livre. Je regrette de ne pas l’avoir découvert plus tôt.
J’ai aimé… tout, dans ce roman profondément émouvant, unique, singulier, qui mêle monde des morts et monde des vivants. J’ai aimé que l’attachement que les personnages ressentent les uns pour les autres, le lien particulier entre mère et enfant, même si certaines mères sont assez hors-norme, ce n’est pas June et Bébé Bob qui diront le contraire, ni Lafayette.
C’est un roman de littérature jeunesse sans joliesse, sans gentillesse, sans inutile précaution aussi. Les dieux ne reculent devant rien, et ne sont pas à quelques actes de cruauté près. Bref, un livre de littérature jeunesse qui ne prend pas ses jeunes lecteurs pour des idiots.
Je me suis laissée emporter par cet univers parfaitement construit, par cette plume, ce style singulier. Oui, Evill est l’élu qui doit sauver le monde, si ce n’est que la manière dont il accomplira sa mission est singulière, comme tout le reste.
Un coup de coeur, tout simplement.

Tarzan, poney méchant – Mon meilleur ennemi par Cécile Alix

Présentation de l’éditeur :

Tarzan, poney ronchon du club des Edelweiss, ne supporte personne : ni les moniteurs, ni Jeanne « la boulette », sa cavalière, ni même les autres poneys. Comme si ça ne suffisait pas, surgit dans sa vie Django la mouche, qui ne respecte ni son silence, ni son crottin !
Et si celui-là devenait son … meilleur ennemi ?

Mon avis :

Quelle joie de retrouver Tarzan ! Il a toujours aussi mauvais caractère, sa vie au centre équestre est toujours aussi douloureuse. C’est bien simple, il ne supporte toujours personne, sauf les chèvres qu’il va rejoindre quand il fugue. Je vous entends, cela ne compte pas, puisqu’elles ne vivent pas au centre équestre.

Alors que ce jour-là, tout avait presque bien commencé, voilà que Tarzan est embêté par … une mouche. Il fera tout pour s’en débarrasser, mais attention ! Pas touche à sa mouche, il ne faut pas exagérer. Etre tranquille est une chose, faire preuve de cruauté envers les animaux, même s’il s’agit d’une simple mouche, hors de question.

Tarzan se découvre des affinités avec cet insecte insupportable, capable de se fourrer dans les pires situations – comme un certain Tarzan, me direz-vous – et forcément attachant. Ce livre est drôle, rempli de rebondissements, de situations cocasses, et de remarques pleines de bon sens. A déguster !

La meilleure façon de se débarrasser d’un casse-sabot, c’est de faire comme s’il n’existait pas.

D’Elizabeth à Teresa de Marian Izaguirre

Présentation de l’éditeur :

La mystérieuse Teresa Mendieta, gérante d’un hôtel situé sur la Costa Brava, a disparu sans laisser de traces. Philippe, son ancien maître d’escrime, tente désespérément de la retrouver et interroge ses proches, tissant au fil des témoignages le portrait d’une femme complexe.
Sa disparition pourrait-elle être liée au passé de l’hôtel et de ses premiers habitants ? Car Teresa a précieusement gardé un journal intime rédigé sous forme de lettres, celui d’Elizabeth Babel, une jeune anglaise muette et isolée, qui habita dans le même lieu cent ans plus tôt. Malgré le siècle qui les sépare, plusieurs secrets et expériences communes semblent étrangement unir les deux femmes…
Véritable hommage au pouvoir de l’écriture et de la transmission, D’Elizabeth à Teresa entremêle les destinées de deux personnages féminins inoubliables.

Merci à Netgalley et aux éditions Les escalles pour ce partenariat.

Mon avis :

Je serai presque rapide, je n’ai pas aimé ce livre parce que je n’ai pas aimé le destin de ses deux héroïnes. Simple et efficace manière d’écrire un avis. Je reconnais aussi que, si j’ai lu ce roman en deux sessions, il faut vraiment rester toujours concentré tant il est parfois difficile de savoir qui parle, ou à quelle époque nous nous situons. Et je ne parle même pas de la durée de l’action, qu’il est parfois difficile d’évaluer.

Prenons par exemple Elizabeth – la première par ordre chronologique, la seconde par sa place dans le récit. Elle est sourde, et à cette époque, la surdi-mutité n’était pas accompagnée, mais alors pas du tout de la même manière. Pourtant, l’on pressent que la vie d’Elizabeth aurait pu être différente, si elle avait intégrée la bonne école plus tôt, si elle avait appris la langue des signes – ou plutôt, si on lui avait fait intégrer cette école, si on lui avait fait apprendre cette langue. A la mort de son père, sa mère se remarie, et si son beau-père prend soin d’elle, dans cette famille recomposée (mot qui n’était pas employé à l’époque, il était cependant coutumier de voir des veufs, des veuves se remarier rapidement pour la sécurité de leurs enfants), elle se retrouve assez vite isolée, écrivant pour se faire comprendre, s’écrivant à elle-même pour conserver des faits marquants de sa vie. Elle ne s’invente même pas une amie imaginaire, amie qu’elle n’a jamais eu, sauf peut-être Gertrude, la fille de son beau-père, pendant un temps assez bref. L’attitude des autres, à cause de sa surdité, est révoltante. J’ai envie de dire : « point », parce qu’elle-même laisse passer les occasions de se révolter, d’écrire ce qu’elle pense. A travers elle, nous voyons, de loin, de très loin, la première guerre mondiale, puis la guerre d’Espagne, et à force de mettre de la distance avec les gens, avec le monde, je me suis aussi sentie d’être distante avec elle.

Pour Teresa, je serai presque tentée de dire : « même combat ». Teresa est « mystérieuse », nous dit le quatrième de couverture. Pas tant que cela. Son destin, après le premier tiers du livre, est reconstitué par son maître d’armes français. Au passage, je tiens à dire que je ne connais pas la ville de Perpignan, je n’y suis jamais allée, mais la vision qui est donnée de cette ville est pour le moins pessimiste. Pour revenir à Teresa, elle cache des choses, oui, mais sa « vie » sentimentale, sans attache, n’est pas un mystère, presque pas du moins, elle qui traverse la frontière pour retrouver son amant, marié. Enfant, elle a grandi auprès d’une mère qui ne pensait qu’à elle-même, négligeant sa fille, mais refusant que son père s’en occupe. Aurait-il fait mieux ? Disons qu’il aurait fait différemment. Teresa, en tout cas, sera stigmatisée du simple fait qu’elle est la fille de sa mère.

Je pourrai disserter, presque sans fin, pour savoir si Teresa et Elizabeth sont vraiment connectées. Est-ce vraiment utile de l’affirmer ? Ce qui est sûr est que Teresa, seule, sans mère pour sa soutenir, avec des proches que j’ai parfois trouvés franchement indiscrets (bienvenue dans l’obscurantisme), sans amis, met ses pas dans ceux d’Elizabeth, la seule personne qui lui parle, même si c’est à des décennies de distance.

A vous de voir si vous souhaitez vous laisser tenter.

Louisiana de Kate Di Camillo

Présentation de l’éditeur :

Louisiana vit seule depuis toujours avec sa grand-mère dans une grande précarité. Mais la vieille dame a le talent de transformer le réel en épopée ou en conte de fée. En pleine nuit, elle entraîne sa petite fille dans un voyage sans retour. Louisiana n’a pas le temps de dire au revoir à ses amies ni à son chat Archie. Sa grand-mère veut atteindre la Georgie au plus vite pour briser le mauvais sort qui pèse sur toute la famille. La fillette devra faire face à la folie grandissante de la vieille dame ; au risque d’en apprendre davantage sur son passé…

Merci aux éditions Didier Jeunesse et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce roman est un court moment de la vie de Louisiana. C’est elle qui nous raconte son histoire, histoire qu’elle subit, comme on oublie trop souvent que les enfants les subissent. On nous montre très souvent des enfants débrouillards, qui vivent des aventures extraordinaires, avec des parents équilibrés qui tentent de les canaliser. On nous montre rarement des enfants ballotés par des adultes instables. Louisiana est orpheline, ce qui est déjà douloureux. Elevée par une grand-mère extrêmement pauvre, elle doit tout abandonner du jour au lendemain, maison, école, amies, animaux de compagnie, pour lever une malédiction familiale.

Cela pourrait être une grande épopée. C’est surtout une fuite en avant, un road trip avec pas un sou en poche, pas même de quoi se payer un casse-croute. Autant vous dire que je ne vous parle même pas de de l’essence dans la voiture, ou de la chambre d’hôtel pour la nuit. Louisiana a beau être avec sa grand-mère, elle est profondément seule, et suffisamment âgée, mature pour comprendre la différence entre la débrouillardise et le fait d’embobiner les gens – le tout est d’y parvenir, puis de partir, avant qu’ils se rendent compte de quoi que ce soit. Les ennuis dentaires de la grand-mère vont modifier le cours des choses.

Oui, Louisiana va faire de belles rencontres, avec des personnes à la fois fantaisistes et réalistes. On peut cuisiner de superbes gâteaux pour la tombola annuelle et prendre soin des siens. Bien sûr, parfois, Louisiana n’a pas le réconfort ou la solution qu’elle aimerait, comme avec le pasteur – il est cependant bien plus bienveillant que certaines femmes du coin.

Louisiana – le personnage. Louisiana – le roman d’une immense précarité dans une Amérique quasiment intemporelle, où l’on peut fuir sans laisser d’adresse, traverse un état puis un autre, ne pas laisser de trace, enfin – oui, c’est possible de tendre à l’invisibilité – même si je n’ai pas l’impression que cette histoire prend place à l’heure du numérique. Parfois, on peut se demander comment certains « faits » ont pu être possible. L’important est que l’auteur parvienne à nous les faire croire. Puis, ils n’ont été possible que parce que Louisiana était encore suffisamment jeune pour ne pas être à même de creuser certains faits. Il a été bon que sa route croise celles de certains adultes, capables de la rassurer, et de remettre les faits en perspective.

Tranche de vie, oui, et preuve que de la Floride à la Georgie, il n’y a parfois qu’un pas.

Le pays oublié du temps de Xavier-Marie Bonnot

Présentation de l’éditeur :

Nouvelle-Guinée.
1936. Le Dr Delorme, Robert Ballancourt et leur guide, Kaïngara, remontent le fleuve Sepik. Ils se rendent dans un village paptni pour acheter des têtes surmodelées, ces crânes de vaincus ou d’ancêtres censés conserver l’esprit des défunts… Marseille, soixante-dix ans plus tard. Le commandant de police Michel de Palma, alias le Baron, découvre le corps du Dr Delorme, assassiné. Le vieil homme est assis dans son bureau, le visage affublé d’un masque.
Devant lui, Totem et Tabou de Freud est ouvert à la page 213. Masques, statuettes et flûtes d’Océanie emplissent la villa, mais un crâne d’ancêtre a été volé… Un gros livre retient l’attention du Baron : le journal de bord de la Marie-Jeanne, goélette sur laquelle, en 1936, le Dr Delorme et Robert Ballancourt embarquèrent pour rejoindre la Papouasie… Tandis que le meurtrier du Dr Delorme continue de frapper dans le milieu des ethnologues et des marchands d’arts premiers, les questions se multiplient.

Mon avis :

Il est toujours agréable pour moi de découvrir un auteur de romans policiers que je ne connaissais pas, et de poursuivre l’exploration de son oeuvre, avec cette troisième enquête du Baron, alias le commandant de Palma que je lis en peu de temps.
Ce que j’aime chez cet enquêteur, c’est qu’en dépit de son métier de policier, lourd, très lourd, il mène une vie presque normale. Il est divorcé, et là, il renoue avec une amie d’enfance, elle aussi en instance de divorce : le moment de retenter sa chance, lui qui n’avait pas osé quelques décennies plus tôt. Un peu de répit dans une enquête qui nous emmène très loin dans le passé et nous questionne sur plusieurs notions. La notion de civilisation, d’abord : nous avons vu les cultures autochtones à l’aune de notre culture occidentale (pour ne pas dire « civilisée ») et les explorateurs sont allées à la rencontre de peuples qui ne demandaient rien, les ont jugés, et ont provoqué quelques problèmes. A la civilisation s’ajoute la religion : les évangélisateurs de tout bord ne sont jamais loin, ceux qui veulent mettre de l’ordre dans les croyances et les actes (dans l’ordre que vous voulez) de ces peuples. N’oublions pas que certains le veulent encore.
Reste ce que l’on nomme l’art, qu’il est intéressant d’étudier, de partager, qu’il est nettement moins de trafiquer. Pourtant, certains ne s’en privent pas – les collectionneurs collectionnent, et tant pis pour la provenance, tant pis pour les sensibilités de ceux à qui appartenaient ces oeuvres – pas toujours uniquement des masques, des statuettes ou des flûtes, ce serait trop simple. Reste aussi à identifier le poids que la famille, ou plutôt que le patriarche, ou le matriarche peut peser sur les siens. Nous avons beau être dans un monde dit « moderne », il est encore des personnes qui ne savent pas s’affranchir du regard, des ordres, voir de l’argent de son aïeul. Etre indépendant, c’est formidable. Encore faut-il en avoir le cran.
Une belle enquête et un beau roman.

Nos trente ans d’Arthur Dreyfus

Présentation de l’éditeur :

Un micro. Un intervieweur invisible. Trois garçons et trois filles. Six personnages qui, ensemble, incarnent la génération dite des « millenials » – ceux qui sont devenus des adultes au tournant du nouveau millénaire. Qui ont appris à vivre à travers des écrans. Et qui tous, à leur manière, cherchent à comprendre ce que signifie « devenir adulte ». Ou plutôt : à garder espoir dans un monde déjà foutu, où la politique ne pourrait plus rien…

Mon avis :

Merci à Babelio et aux éditions Audible pour ce partenariat.

Ce fut mon premier livre audio, et ce fut une expérience particulière, que j’ai eu très envie d’arrêter, à plusieurs reprises. En effet, ce livre a été conçu pour être écouté, non lu, et cela change, à mon avis, la façon dont le livre lui-même a été conçu. Les six personnages (que j’ai eu du mal à repérer, me perdant souvent) sont en effet interviewer par … l’auteur ? un narrateur ? sur des sujets tels que l’amour, l’argent, le travail, la place (leur place ?) dans la famille. Ce sont des trentenaires – et moi pas – ce qui expliquent aussi que leurs confidences ne m’ont pas vraiment intéressée. J’ai eu l’impression de me retrouver le 15 juin 2019 (oui, j’adore être précise) dans un café, en train d’entendre intégralement la conversation de voisins qui ne m’intéressaient pas. Ou comment se rendre compte, finalement, que « lire » un roman tenait un peu du voyeurisme.
Cet audio-livre est composé de sept épisodes, dont j’ai réparti l’écoute sur plusieurs jours. Je n’ai pas vraiment ressenti d’originalité dans les paroles de ces personnages. C’était sans doute le but, dresser un portrait de cette génération. J’ai même eu parfois l’impression d’entendre des lieux communs, et vous vous doutez bien que les propos de cette chère Sybille, professeur à la Sorbonne, ont trouvé un écho (négatif) en moi (ou m’ont fait bouillir, au choix) : Je n’ai pas travaillé pendant trois ans sur la place des adverbes chez Bossuet pour me retrouver à faire de la discipline et à confisquer des téléphones portables. 
Ces personnages parlent beaucoup (forcément), dissertent énormément sur leur vie, sur leur choix de vie, sur la construction de leur vie, se découvrent eux-mêmes, se lient parfois, à d’autres, racontent leur passé, l’histoire de leur famille, la culture, et agissent peu. Oui, je n’ai pas réussi à me passionner, à m’intéresser à leur propos parce que ceux-ci s’écartent peu des lieux communs, de ce que l’on voit dans les médias de cette génération.
J’aimerai conclure sur une note positive, je n’en trouve pas réellement, ne serait-ce que parce que j’ai eu du mal à situer les personnages, qui ne se présentent pas. Mis à part deux d’entre eux, j’ai franchement eu du mal à les (re)situer.
Bref, un livre qui plaira peut-être aux trentenaires, mais qui ne m’a pas réellement séduite.

Le prince et la grenouille de Gilles Abier

Présentation de l’éditeur :

Le prince s’amuse et la princesse se rebelle !
La sorcière bout de colère : tout le royaume la craint (et s’écarte de son chemin) sauf le prince Prado, qui une fois encore vient de la remettre à sa place (devant tout le monde). Comme elle ne peut pas jeter de sort au fils du roi, la méchante Pignole ruse… et s’en prend à sa fiancée, qu’elle transforme en une grenouille immonde. Prado s’amuse : il aime tant la princesse Eline qu’il bisera la grenouille sans dégoût pour lever le sort ! Ce qu’il ignore, en revanche, c’est qu’Eline se plaît bien sous cette forme et n’a pas prévu de se laisser embrasser…

Merci à Babelio et à Poulpe fictions pour ce partenariat.

Mon avis :

C’est avec grand plaisir que j’avais été choisie pour la Masse Critique Jeunesse pour ce livre de la collection Mini Poulpe, lancé par l’éditeur Poulpe Fiction. Ai-je besoin de redire à quel point j’apprécie cette maison d’éditions ? Cette nouvelle collection vise un public plus jeune, tout en conservant l’état d’esprit des livres pour les plus grands : bousculer les idées reçues.

Tout avait pourtant bien commencé : le prince et la princesse vont se marier. Pas de chance : une sorcière se montre très agacée par le prince. Se venger sur lui ? Non. Enfin, pas directement. Se venger sur la princesse ? Oui, et la métamorphoser en grenouille illico. Attention, la sorcière Pignole n’est pas une sorcière comme les autres, elle est une sorcière lettrée qui s’exprime avec grâce : « Puisque tu te moques de ce qui est moche, puisque tu hais ce qui est laid, je transforme ta belle Eline en Crapouille, la grenouille.  » J’ai envie de plussoyer : il est important de ne pas juger, de ne pas repousser ce qui ne correspond pas à la norme.

Ce qui n’était pas du tout prévu, c’est que la princesse serait ravie de cette nouvelle vie dans les marais. Elle découvre le bonheur de vivre sans devoir contrôler le moindre de ses gestes, sans craindre le regard des autres, qui pourraient juger/critiquer/rapporter ce qu’elle a fait, voire les trois à la fois. On me dira que c’est peut-être un peu tôt pour aborder ce thème avec de jeunes lecteurs. Je répondrai que les enfants sont de plus en plus tôt en contact avec des images, qui ne correspondent pas forcément à une réalité, et qu’il est intéressant de pouvoir parler avec eux de l’envers des contes de fée.

Croyez-vous que le prince et les siens restent les bras ballants ? Non ! Et là aussi, l’auteur nous montre les contraintes, pas seulement de la vie de cour, mais de la vie d’adultes. Oui, l’on ne fait pas toujours ce que l’on veut. Cependant, il faut persévérer si l’on veut vraiment quelque chose. Reste à savoir ce que c’est : vivre avec la princesse, ou vivre avec Eline. Ce n’est pas tout à fait la même chose.

Une jolie histoire qui revisite le thème des contes de fée.