Le mois espagnol et sud-américain 2021, c’est parti !

Voici le billet récapitulatif du mois :

Semaine du 1er au 7 mai :

le mystère du livre disparu – 1 – Au secours de Peter Pande Pierdomenico Baccalario et Eduardo Jauregui par Isabelle.
Ensaladilla Rusa et crème catalane par Isabelle
Des palmiers dans la neige de Luz Gabas par Sharon. (Espagne).
Le mystère de Pouleville d’Albert Arrayas par Sharon (Espagne)
Hel’Blar – Tome 1 – Les chasseurs de Draugar de Sergio A. Sierra et Alex Sierra par Belette
Mafalda – Tome 03 – Mafalda revient de Quino par Belette
Batman – Gotham by Gaslight d’Eduardo Barreto, Mike Mignola et Brian Augustyn par Belette.
Le vieux qui lisait des romans d’amour de Luis Sepúlveda par Belette.
Patagonie, route 203 d’Eduardo Fernando Varela par Belette
Fungus. Le Roi des Pyrénées d’Albert Sánchez Piñol par Nathalie.
Mois espagnol ,présentation par PatiVore
Mois espagnol présentation par Passion culture.

Semaine du 8 au 14 mai :

Le dernier templier – Tome 1 – L’encodeur de Miguel de Lalor Imbiriba et Raymond Khoury par Belette
Le puits d’Ivan Repila par Belette
Captain America : Steve Rogers – T01 – Heil Hydra ! de Nick Spencer, Miguel Sepúlveda, Javier Piña et Jesús Saiz par Belette

N’oublions pas le groupe du forum

Guilty de Jean-Christophe Tixier

Présentation de l’éditeur :

Diego Abrio, 22 ans, purge sa peine de prison pour homicide volontaire.
Pourtant il va être relâché.
Sera-t-il libre ? Non !
Le peuple aura le droit de le tuer, ou de le protéger dans sa fuite.
Toi aussi. Vas-tu suivre son parcours sur l’application Guilty ? Participer à sa traque ? Ou…

Mon avis :

Je n’ai pas accroché à ce livre, c’est aussi simple que cela et c’est un peu court. Me reste maintenant à expliquer les raisons qui font que je n’ai pas accroché. Là, ce sera plus long.
Le roman se passe dans un futur proche. La télé-réalité et la justice sont mélangées, puisque l’on peut voter pour son candidat préféré. Il ne s’agit pas de lui offrir un nouveau procès, non. Il s’agit de le relâcher pour le livrer à la justice populaire, groupe nominal qui frôle l’oxymore. Ceux qui le croiseront pourront faire ce qu’ils veulent de lui, l’aider, le tuer, le lyncher mais pas (trop) le torturer. Pas de date limite de jeux – parce que s’en est un, un jeu du cirque contemporain grandeur nature.
Oui, je me suis sentie mal à l’aise face à tant de violence. Je me suis sentie mal à l’aise face à la mise en place de cette justice qui n’en a plus que le nom. Comment les condamnés sont-ils choisis ? Qui guide les pas de ceux qui poussent à leur libération ? Que nous disent ces « choix » sur notre société ? Parce que c’est bien de nous qu’il est question dans ce roman.
Il est question aussi des familles des victimes qui ont un rôle à la fois important et secondaire. Important, parce qu’aucune n’est satisfait des condamnations mais aucune ne se dit que la mort du responsable ne lui apportera rien, ne lui ramènera pas l’être aimé. Ou comment les notions de justice et de vengeance semblent irrémédiablement confondues. Je ne parle même pas des débordements, des conséquences dramatiques de ces chasses à l’homme grandeur nature – comme si la société présentée dans ce roman était devenue incontrôlable.
Il est question aussi de la nocivité des réseaux sociaux, de la manière dont il est facile de manipuler ceux qui lisent, ceux qui participent, ceux qui voient et mettent tout en doute – bienvenu dans la théorie du complot.
Je citerai un dernier point qui m’a gêné : le rapport à l’alcool. Je ne peux plus, et cela fait presque trente ans que je n’en peux plus de lire, de voir, d’entendre ces personnages qui boivent pour se donner du courage, qui boivent pour faire la fête. A quand un livre sur ceux qui ne boivent pas mais que leurs camarades ostracisent ostensiblement, quand ils ne se moquent pas d’eux, parce qu’ils ne savent pas « faire la fête ». Ras-le-bol aussi de l’équation : trop sensible pour supporter le monde = je bois pour l’affronter. Ras le bol aussi du personnage « fragile » qui, diminué par un accident, ne veut plus voir ceux qui faisaient partie de sa vie d’avant. Masculinité fragile, bonjour. Ou, comme le rapport à l’alcool, un grand classique de la littérature qu’il serait bon de remettre en question.
Même la mystérieuse organisation qui aide Diego ne m’inspire pas plus que cela. Leurs arguments sont solides, pas grand monde ne les écoute. C’est dommage. Dommage aussi que le lecteur n’en sache pas plus sur le devenir de ceux qu’ils sauvent. Dans le second tome ?
Alors… que l’on estime que j’ai compris ou pas ce livre m’importe peu. Mon ressenti est mien, et je ne le changerai rien.

Meurtres et charlotte aux fraises de Joanne Fluke

Présentation de l’éditeur :

Hannah est de retour ! Incapable de fonctionner sans café et toujours en proie à ses passions dévorantes pour son chat et pour le chocolat, la jeune femme s’apprête à participer au concours du meilleur pâtissier de la ville. C’est l’occasion, elle en est certaine, d’offrir une très bonne publicité à sa boutique de cookies. Mais la fête est vite gâchée : Boyd Watson, entraîneur de l’équipe de basket du lycée, est retrouvé mort, le visage enfoncé dans la charlotte aux fraises de notre pauvre Hannah. Les premiers soupçons se tournent vers Danielle, la femme de Boyd, victime de maltraitance. Bien décidée à prouver l’innocence de cette dernière, Hannah décide de s’en mêler, malgré les avertissements de son « prétendant », le policier Mike Kingston. Mais ce genre d’enquêtes, apparemment, Hannah y a pris goût ! Rebondissements incessants, personnages délicieux et recettes fatales… Les amateurs de surprises et de sucreries vont se régaler !

Mon avis :

J’ai découvert que cette série comptait à ce jour une vingtaine de tomes. C’est seulement maintenant que les tomes 1 et 2, datant de 2000 et 2001 sont traduits. Bref, quand je l’ai découvert, j’ai eu un petit coup de mou qui a retardé l’écriture de cet avis.
Je me rends compte que je n’ai pas non plus grand chose à en dire. Oui, la lecture fut divertissante sauf les scènes mettant en scène… le dentiste. Oui, la mère d’Hannah espère que sa fille se mettra en couple avec le dentiste local et l’encourage vivement à le fréquenter. De plus, il sera indispensable pour la résolution de l’enquête. Tout le monde a des secrets, mais tout le monde, contrairement à Hannah, ne respecte pas les secrets des autres. La confiance, c’est important, et elle prouve que les autres peuvent avoir confiance en elle.
Nous sommes en 2001, et pourtant, s’il est une chose qui n’a pas changé, c’est le sort des femmes battues, et l’emprise que leurs maris peuvent avoir sur elles. Boyd Watson est un très bon entraîneur, droit, loyal. Il bat sa femme, pour un oui, pour un non, le matin, ou le soir. Mais sinon, il est « très gentil », et parfois, c’est un peu la faute de sa femme – dit celle-ci. L’aider ? Hannah essaie, mais il est difficile d’aider quelqu’un qui est tellement conditionnée qu’elle ne voit pas comment s’en sortir. Dire que ses hommes savent donner le change à l’extérieur est une évidence malheureuse.
Boyd est assassiné, et un assassinat n’est jamais une raison de se réjouir. Surtout, si la vérité venait à éclater au grand jour, peu de personnes soutiendrait Danielle, pour ne pas dire qu’elle ferait une coupable toute trouvée.
Tout en travaillant pour le concours du meilleur pâtissier de la ville, Hannah enquête, avec l’aide de sa soeur avec laquelle elle ne s’entend pas si mal qu’elle le pensait, en dépit (ou grâce à ?) leur différence de caractère. Leur petite ville cache bien plus de secrets, on en revient là, qu’elles ne le pensaient.
Meurtres et charlotte aux fraises, et ses nombreuses recettes de cuisine, fut une lecture agréable. Je manque simplement de courage et de patience littéraire pour attendre la parution, la traduction de tous les autres tomes.

Ceci n’est pas mon corps d’Enguerrand Guépy

Présentation de l’éditeur :

Sous la plume d’Enguerrand Guépy, l’affaire Yves Dandoneau devient une fable grinçante haletante. Dans la nuit du 6 au 7 juin 1987, sur une petite route de l’Hérault, une voiture percute un rocher. A l’arrivée des pompiers, elle est en flammes, et le corps à l’intérieur totalement carbonisé. « Maintenant, il lui fallait un corps, il lui fallait de la chair à offrir à son impeccable scénario, un corps qui ne servirait plus, un corps qui serait presque son corps mais tout à fait, néanmoins suffisamment ressemblant pour que personne ne s’étonne, ne pose de questions, pour que tout cela s’apparente à un banal accident, un accident de rien du tout comme il en arrive tous les jours, le genre de pépin qui rythme le quotidien des urgences et fait trois lignes dans la feuille de chou locale. Mais où le trouver ?

Merci aux éditions du Rocher et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce livre court (200 pages) est difficile à lire sans se mettre en colère. Yves Dandonneau rêve d’une vie meilleure. Une revanche à prendre sur son enfance. C’est son droit le plus absolu. Vouloir escroquer les assurances pour cela, non. Se penser supérieur à un autre être humain, le tuer pour le mettre à sa place, non encore.

Ce livre contient des pages sombres sur ce qu’Yves pense des SDF, qu’il méprise et compare à des déchets. En contraste, les pages consacrés à Joe, SDF sans illusion sur son avenir, sur les autres, sur ce qui l’a amené dans la rue, sont lumineuses. Oui, l’on s’ennuie auprès d’Yves, tout en se demandant jusqu’à quel point il croit les bobards qu’il se dit. Quant à Cécile, la femme de sa vie, sa complice, elle partage avec lui cette même suffisance. Elle est presque caricaturale dans sa posture d’amoureuse transie, qui ne peut se passer de son homme. J’ai parfois eu l’impression qu’Yves regardait sa vie, au lieu de la vivre. Ah, c’est vrai : ce n’est plus la sienne puisqu’il est mort, c’est celle du personnage qu’il s’est composé.

La fin était connue, puisque le récit est inspiré de faits réels. J’ai apprécié la logique des enquêteurs, leur ténacité aussi. On ne parlera jamais assez de l’importance de la sécurité. On ne parlera jamais assez de l’importance des vies humaines – de toutes les vies humaines.

Tous les noms qu’ils donnaient à Dieu d’Ajali Sachdeva

Edition Albin Michel – 292 pages
Présentation de l’éditeur:
Mêlant passé, présent et avenir, Anjali Sachdeva signe un premier recueil magnétique et délicieusement inventif qui plonge le lecteur entre effroi et émerveillement. S’y côtoient une femme, au temps de la conquête de l’Ouest, qui attend son mari dans une maison perdue au milieu des Grandes Plaines et finit par trouver refuge dans une grotte secrète ; deux jeunes Nigérianes kidnappées par Boko Haram se découvrant le mystérieux pouvoir d’hypnotiser les hommes ; ou encore un pêcheur embarqué sur un morutier qui tombe éperdument amoureux d’une sirène dont chaque apparition engendre une pêche miraculeuse…
La prose étrange et magnifique d’Anjali Sachdeva embrasse le connu et l’inconnu avec une grâce et une puissance rares. Chacune de ses nouvelles interroge les forces implacables, cruelles ou bienveillantes, qui nous gouvernent, et donnent au lecteur la sensation de marcher sur un fil. Une révélation.
Merci aux éditions Albin Michel pour leur confiance.
Mon avis :
Il n’est pas facile de chroniquer un recueil de nouvelles, genre hélas sous-estimé en France, sans tomber dans les clichés. Vais-je les éviter ? J’essaierai en tout cas !
Dans ce premier recueil, Anjali Sachdeva nous emmène dans des univers différents, des univers qui ne sont pas forcément les miens, et parvient à faire se côtoyer la science-fiction, le policier ou le roman historique – s’il faut voir un lien entre les nouvelles, je vois d’abord une progression chronologique. Je vois aussi l’émotion que peuvent nous procurer les personnages. Je m’attarderai ainsi sur la première héroïne, Sadie. Albinos, elle ne supporte pas la lumière du jour, et effraie ceux qui la croisent – ne pas aller plus loin que ce que la superstition ou la crédulité leur dicte. Elle est pourtant mariée, depuis peu, et attend le retour de son mari, parti chercher fortune ailleurs. Elle est seule, inexorablement mais elle explorera une grotte, qu’elle a découverte, seule, toujours. Son destin, son courage, sa dignité aussi, sont poignants.
Jusqu’où peut-on aller par amour ? Très loin. C’est ce que fait Henrick van Jorgen, l’un des personnages principaux de « Poumons de verre » pour sa fille. Danois émigré à New York, il est resté handicapé après un accident du travail, comme nous dirions de nos jours. Mais nous ne sommes pas de nos jours, nous sommes et c’est avec courage qu’il prendra soin de sa fille, qu’elle prendra soin de lui, et qu’au bout du compte, ils se retrouveront en Egypte, à la recherche d’un tombeau.
Jusqu’où peut-on aller pour survivre ? Oui, les deux héroïnes de « Tous les noms qu’ils donnaient à Dieu » se vengent, elles se vengent de ceux qui les ont enlevées, violées, torturées, mariées de force. C’est une vengeance extra-ordinaire, une vengeance qui les fait aussi, non pas retourner dans leur vie d’avant, elles savent que c’est impossible, mais de renouer avec elle, peu à peu, sans être constamment dans la crainte.
J’ai trouvé presque drôle, en comparaison, l’aventure de Robert dans « Logging Lake ». Il a rompu avec Linda, sa compagne de longue date, il a rencontré une autre femme, Terri, et voici que lui, le sportif du dimanche (et encore) se retrouve à partir en randonnée. il vivra des péripéties parfois cocasses, parfois tragiques, et restera avec une énigme non résolue, et une vie remise dans… le droit chemin ? Peut-être.
Autre nouvelle qui se teinte de policier, « Tout ce que vous désirez » est l’histoire d’une jeune femme prisonnière de son milieu aisé, prisonnière de son père, et qui tend à s’émanciper, tout en cherchant à obtenir l’homme qu’elle désire. Au lecteur de voir jusqu’à quel point elle suit les préceptes de son père, et à quel point elle peut s’en désolidariser.
En écrivant cet article, j’ai déjà l’impression de beaucoup trop en dévoiler, et de risquer de gâcher le plaisir de lectures, si je parlais trop par exemple de « Robert Greenman et la Sirène »  ou de « Tueur de rois » qui sont deux nouvelles teintées de fantastique. Cependant, si vous aimez la science-fiction, les nouvelles « Manus » ou « Les Pléiades » devraient vous interpeler, vous questionner, sur ce que l’être humain est prêt à accepter, ou sur ce que l’être humain est capable de tenter. Pour le meilleur ? Parfois oui. Il est des personnes qui sont capables d’aller très loin pour faire (enfin) réagir les autres.
Un superbe recueil.

Des jumeaux à Versailles, tome 1 : Roi-Soleil, nous voilà ! de Nathalie Somers

Présentation de l’éditeur :

Depuis la disparition de leurs parents, les jumeaux Louise et Nicolas passent leurs journées à apprendre le chant et l’escrime. Repéré par l’évêque du Roi, Nicolas est appelé à la cour pour intégrer le choeur royal, et avoir l’immense honneur de chanter pour Louis XIV. Malheureusement, seuls les garçons ont cet insigne honneur, et Louise n’a pas le droit de l’accompagner ! Qu’à cela ne tienne, la jeune fille déterminée a plus d’un tour dans son sac pour rejoindre son frère !

Merci à Netgalley et aux éditions Didier Jeunesse pour leur confiance.

Mon avis :

Les jumeaux sont rarement présents de manière positive dans la littérature. Aussi, je suis heureuse de lire un roman de littérature jeunesse dans laquelle des jumeaux dizygotes (je n’aime pas le terme « faux jumeaux ») s’entendent bien et se soutiennent, même si leur vie n’est pas toujours facile.

Nicolas et Louise sont orphelins, leur père et leur mère sont morts sans que leur décès respectifs soient liés. Il existe cependant un aura de mystère autour de leur père, le portrait dressé par les uns ou par les autres ne correspond pas forcément. De même, leur mère avait quelques secrets, dont ses enfants ne devaient pas avoir connaissance tout de suite. Peut-être aurons-nous des réponses dans un prochain tome.

Nicolas et Louise ont cependant de la chance dans leur malheur, ils sont élevés par Honorine, qui sait soigner les blessures diverses que ne manquent pas de se faire les jumeaux, et par maître Jacques qui, contrairement à son homonyme, n’est pas cocher/cuisinier mais maître d’escrime. Leur éducation n’est pas forcément celle que l’on attend, surtout pour Louise. Cependant, un jour, Nicolas est repéré par l’évêque du Roi, non à cause de ses talents d’escrimeur (cela peut cependant être utile) mais pour ses talents de chanteur. Hélas, seuls les garçons peuvent chanter dans le choeur royal, et Nicolas doit laisser Louise derrière lui – obtenir un privilège du roi sera à long terme bénéfique pour sa soeur aussi.

Le Roi, c’est Louis XIV, le roi Soleil, que l’on verra peu, mais que l’on devinera, parfois. Dans la seconde partie du roman, le personnage principal, c’est Versailles, son organisation, le désir qu’ont les nobles d’y vivre, d’y obtenir des postes convoités. Ils sont prêts à payer très cher pour y établir leurs enfants. Et, dans l’attente d’un établissement, tous les coups peuvent être permis.

Un roman qui, je l’espère, trouvera un large public de jeunes lecteurs.

La lune du chasseur de Philip Caputo

Présentation de l’éditeur :

Couverte de forêts, peuplée d’ours, de cerfs, d’élans et d’innombrables espèces d’oiseaux, la péninsule supérieure du Michigan est une région splendide et sauvage. Will Treadwell, propriétaire d’un pub près du lac Supérieur, y joue à l’occasion les guides de chasse.
Pour lui et ses semblables, les temps sont durs. Les valeurs de ces hommes « d’un autre temps » sont mises à mal, leurs femmes et leurs enfants les comprennent de moins en moins. À la crise économique qui frappe la région, s’ajoute une crise existentielle : nos héros subissent aujourd’hui les affres d’une époque où ils ne trouvent plus leur place. La dépression guette, et une nature magnifique n’est pas toujours suffisante pour la tenir à distance.
Philip Caputo nous conte ici les histoires de Will et de ceux qui l’entourent. Autant de portraits sensibles de ces hommes qu’il connaît, qu’il côtoie, et qui ne s’y retrouvent plus. Des hommes aux prises avec leurs émotions, qui, longtemps, ont préféré affronter seuls leurs démons plutôt que d’avouer leur fragilité. Mais les temps changent…

Merci aux éditions Le cherche-Midi et au Picabo River Book Club pour ce partenariat.

Mon avis :

J’ai ouvert ce livre sans a priori, sans horizon d’attente, sans me projeter dans une intrigue. Je voulais simplement me laisser porter par les mots, et ce fut une belle découverte.

Je me suis retrouvée plongée, réellement, au coeur du Michigan : sa faune, sa flore, sa forêt devrai-je plutôt dire, sont au cœur des récits qui prennent place dans ce roman. Will Treadwell est le personnage qui sert de « fil conducteur » aux différentes intrigues qui se nouent, se dénouent au fil des saisons, donnant l’impression de se trouver dans un livre qui ferait le lien entre le roman et la nouvelle. Will tient un pub, et officie aussi en tant que guide de chasse. Nous retrouvons les habitués, ceux qui viennent tous les ans, sont amis de longues dates, ont évolué ensemble, ou constaté les ravages du temps qui passent, de la crise économique, des difficultés à surnager, et ceux qui viennent pour la première fois parce qu’ils veulent chasser un ours, une grouse, un mouflon….

Il y a aussi les habitants du coin, ceux qui tentent de survivre eux aussi à cette fameuse crise qui ravagent tout, ceux qui n’ont pas eu la vie qu’ils voulaient. Il en est qui prennent un nouveau départ. Il en est d’autres qui donnent plutôt une coup d’arrêt brutal à la trajectoire qu’ils avaient jusque là empruntée.

J’ai souvent eu l’impression d’être au milieu des ténèbres en lisant ce livre – j’aime les ténèbres, je tiens à le préciser. L’homme se confronte à la nature, et je ne parle pas seulement des animaux qu’il chasse, je parle aussi de ses grands espace dans lesquels s’il se perd, s’il se blesse, il n’est pas forcément sûr d’obtenir du secours – ou de sauver autrui.

L’homme et la femme. Même si la chasse semble réservée aux hommes, et un moyen pour se retrouver entre amis ou en famille, les femmes qui apparaissent dans ce récit ne sont en rien des personnages falots qui attendent tranquillement leur conjoint à la maison. Elles savent faire face, affronter les épreuves, être lucides aussi.

Qui est prêt(e) pour une longue promenade dans le Michigan ?

Mala vida de Marc Fernandez

édition Le livre de poche – 288 pages.

Présentation de l’éditeur :

De nos jours en Espagne. La droite dure vient de remporter les élections après douze ans de pouvoir socialiste. Une majorité absolue pour les nostalgiques de Franco, dans un pays à la mémoire courte. Au milieu de ce renversement, une série de meurtre est perpétrée, de Madrid à Barcelone en passant par Valence. Les victimes : un homme politique, un notaire, un médecin, un banquier et une religieuse. Rien se semble apparemment relier ces crimes … Sur fond de crise économique, mais aussi de retour à un certain ordre moral, un journaliste radio spécialisé en affaires criminelles, Diego Martin, tente de garder la tête hors de l’eau malgré la purge médiatique. Lorsqu’il s’intéresse au premier meurtre, il ne se doute pas que son enquête va le mener bien plus loin qu’un simple fait divers, au plus près d’un scandale national qui perdure depuis des années, celui dit des « bébés volés » de la dictature franquiste.

Mon avis :

Tout d’abord, merci à Belette qui m’a fait découvrir ce livre au cours d’un mois espagnol. Et quel livre, franchement, quelle claque.

Sa lecture fut un coup de cœur, gagnons du temps, et je n’ai lâché sa lecture que pour me rendre chez le vétérinaire, faire découdre Lisette et ponctionner l’oreille d’Annunziata. C’est donc à son chevet que j’ai terminé la lecture de ce roman.

Je pourrai ensuite analyser les procédés littéraires et stylistiques qui font que j’ai adoré ce livre, comme s’il fallait toujours prouver qu’un auteur est un « bon » auteur qui maîtrise les techniques narratives, comme l’on est soi-même un « bon » lecteur qui parvient à les repérer. Je pourrai utiliser des termes tels que « fluidité » ou « les pages se tournent toutes seules », termes que je n’aime pas lire parce qu’ils me semblent des formules passe-partout.

J’irai au plus court. Je parlerai des personnages, des incorruptibles que sont Diego Martin et son ami Daniel Pons. Diego est journaliste. Sa femme Carolina a été assassinée cinq ans plus tôt, en représailles d’une de ses enquêtes. Depuis, il n’a plus que son travail dans la vie, et il n’a pas l’intention de fléchir, de faillir, d’abandonner sa ligne de conduite. Daniel Pons est juge. il est aussi l’informateur anonyme de Diego, qui fait tout pour garder secrète son identité. Ne faire confiance à aucun des moyens modernes de communication, ils sont si facilement piratables. Pour compléter le trio, Ana. D’origine argentine, elle a connu le pire là-bas. Devenue détective privée, elle se fait fort d’aider Diego dans ses enquêtes. Celle qui débute n’est pas sans lui rappeler les heures les plus sombres de son pays. Oui, l’Amérique du Sud n’a pas le monopole des bébés volés, l’Espagne aussi a connu (connaît ?) ce fléau.

Ce scandale n’est toujours pas résolu à l’heure actuelle, même si un premier procès (pour un seul cas !) a eu lieu en 2018. On peut parler de « tabou », on peut surtout dire que la loi d’amnistie a posé sur chape de plombe supplémentaire sur les années où Franco dirigeait l’Espagne. Pour vivre ensemble, pour construire l’avenir, faut-il nécessairement absoudre ? Terme choisi à dessein, parce que l’église catholique a participé activement à ce vol d’enfants.

Quand le livre débute, c’est la droite qui a pris le pouvoir, ceux qui veulent que surtout rien ne change, ou mieux, que tout redevienne comme avant. Les journalistes ? Muselés, virés, remplacés par des journaleux proches du pouvoir. Seul Diego a la chance de garder son poste. Il en faut bien un ! Des assassinats sont commis aussi, un jeune homme politique – du parti en place – un notaire, et si le lecteur saura très vite qui et (quasiment) pourquoi, force est de constater que la police patauge. Enfin, presque toute la police.

J’ai vraiment particulièrement apprécié certaines scènes, le témoignage d’Emilia, l’interview vibrante d’Isabel, l’avocate qui prend fait et cause pour les enfants volés et leurs familles, la nuit qu’Isabel et Diego passeront ensemble, parce que leur nuit est à elle seule un détournement de tous les clichés auxquels on peut s’attendre.

Et, comme le titre du roman lui a été emprunté, je ne pouvais pas ne pas partager :

Les tribulations d’un Français en France par Philibert Humm

Présentation de l’éditeur :

Pour Philibert Humm, l’aventure est au coin de la rue. Ça tombe bien, il n’avait pas l’intention d’aller plus loin. En Tintin écrivain et fantaisiste, il aime explorer et découvrir les lieux qui l’entourent. Muni d’une pancarte « N’importe où », il réinvente l’art de l’autostop et se laisse porter, au gré des voitures et des rencontres. Ainsi il nous offre, de la France et de ses habitants, des portraits tendres et poétiques.

Merci aux éditions du Rocher/Elidia et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

L’an dernier, je me demandais à quel livre le confinement donnerait naissance. Je craignais le pire. Je dois dire que c’est tout le contraire qui est arrivé après la lecture des Tribulations d’un français en France, discret hommage à Jules Verne. Entre deux confinements (nous en sommes là), l’auteur a fait un tour de France à sa manière, loin des sentiers battus, décidant d’explorer les lieux français qui donnent l’impression d’être dans un autre pays. Guidé par la fantaisie et la volonté aussi de se rendre « n’importe où », il offre ainsi divertissement et dépaysement. En effet, il ne s’agit nullement de se rendre dans les endroits que tout le monde connait, ces fameux « incontournables » qu’il faut avoir vu une fois dans sa vie. Non. Il s’agit d’abord d’aller à la rencontre des gens, ceux qui vont et viennent sur les routes à cause de leur travail (le plus souvent) ou de leurs loisirs, ceux qui prennent leur café, tous les matins, sur le même zinc (et ne peuvent plus le faire tandis que j’écris ses lignes), ceux qui disent, racontent, échangent. Ce récit comporte aussi beaucoup d’humour, l’auteur n’ayant pas la prétention d’être un savant, un connaisseur, ou pire, un parisien venu en Terre inconnue avec ses certitudes. L’auto-stop est son mode de transport, qu’on se le dise, expérimentant ainsi tous les types de véhicules, et de conduite. Et pourquoi ? Pour flâner, tout simplement, ce que l’on a trop souvent oublié de faire. Laissons à nouveau une part aux rêves.

Pour terminer, une citation : Toutes mes idées, loin de là, ne sont pas bonnes. La plupart son même mauvaises, voire consternantes. Mais les mauvaises idées ont cet avantage sur les bonnes : on se les fait moins piquer. 

Fêter Napoléon ? Plutôt Sainte-Hélène !

Bonjour à tous

Non, ce n’est pas une boutade.

Napoléon est célébré en France. De lui, je retiens surtout :
– le fait de ne pas avoir créé de lycée pour les jeunes filles ; le pensionnat de la légion d’honneur pour les orphelines ? Il ne pouvait pas, comme leurs frères, les envoyer au combat ;
– les milliers d’hommes morts au combat ;
– les milliers de chevaux sacrifiés au combat.
J’ai mis « combat » trois fois….

Napoléon mourrait en 1821 à Sainte-Hélène.

Qu’est-ce qui est passé par la tête de mes ancêtres Louis et Marie-Louise ? Ils avaient déjà neuf enfants, et voici qu’ils ont accueilli, en septembre 1822, leur dixième enfant, une fille. Avant elle, étaient nés Charles, Pierre, Louis, Elisabeth, Julie, Adrien, Louise, Toussaint et Tercile. Après elle, naîtraient Denise, Alexandre et Catherine. Pourquoi ses parents lui ont-ils donné le prénom de Sainte-Hélène ? Aimaient-ils l’empereur ou le détestaient-ils ? Le mystère est entier, mais je pense néanmoins qu’il existe un rapport de cause à effet entre les deux.

Agathe d’Anne Cathrine Bomann

Présentation de l’éditeur :

Véritable phénomène littéraire international, Agathe nous invite à ouvrir les yeux, tout simplement.
Soixante-douze ans passés, un demi-siècle de pratique et huit cents entretiens restants avant la fermeture de son cabinet : voilà ce qu’il subsiste du parcours d’un psychanalyste en fin de carrière. Or, l’arrivée imprévue d’une ultime patiente, Agathe Zimmermann, une Allemande à l’odeur de pomme, renverse tout. Fragile et transparente comme du verre, elle a perdu l’envie de vivre. Agathe, c’est l’histoire d’un petit miracle, la rencontre de deux êtres vides qui se remplissent à nouveau.
Mon avis :
Agathe est un roman que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire, je l’ai lu quasiment d’une seule traite, ne faisant que de courtes pauses. J’ai été très touchée par cette tranche de vie, cette rencontre entre deux solitudes. Le narrateur a 72 ans et est sur le point de prendre sa retraite. J’ai envie de dire : il était temps. Je ne dis pas ceci à cause de son âge, je dis ceci à cause de son manque criant d’investissement. Il écoute ses patients, distraitement, tout en dessinant, et en ne retenant pas grand chose de ce qu’ils lui disent, comme en un bruit de fond. Il compte les rendez-vous qui le séparent de la retraite. Oui, il pense à sa succession, il pense aussi à sa fidèle secrétaire madame Surrugue qui, il faut bien le dire, outrepasse son travail au tout début du roman : elle a accepté une nouvelle patiente, une allemande. Jamais, vu le temps qui le sépare de la retraite, il ne pourra effectuer un travail sérieux avec elle ! Il ne se rend pas compte qu’il n’effectue plus vraiment de travail sérieux avec personne.
Et puis… l’impensable se produit, lentement. Comme si la vie du vieux psychanalyste revenu de tout, qui se préparait à attendre seulement la mort, en contemplant peu à peu le temps affaiblissement de son corps, la perte de ses moyens, se mettait tout à coup à repenser les tenants et les aboutissants de son métier. Pour la première fois aussi, il s’intéresse à la vie personnelle de madame Surrugue, parce que, pour la troisième fois au cours de leurs longues années de travail commun, elle lui demande un congé, pour prendre soin de son mari, atteint d’un cancer en phase terminale. C’est comme si, pour la premi-ère fois, il prenant conscience de ce que signifiait veiller sur l’autre, prendre soin de lui, se préoccuper de lui. Monsieur Surrugue est toujours, malgré la maladie, l’homme qui aime sa femme, et sait que, si le présent est douloureux, le futur le sera aussi.
Et Agathe ? Elle se raconte, peu à peu. Elle raconte celle qu’elle n’est pas, celle qu’elle n’a pas voulu être. Qui Agathe est-elle vraiment, alors ? A elle de se (re)construire.