Commissaire Baron – tome 20 : Les silences du marais d’Hervé Huguen

Présentation de l’éditeur :
Quinze ans après le décès de Léna Tigréat, le journaliste Claude Guillemet entreprend d’enquêter sur les circonstances dans lesquelles la jeune femme avait trouvé la mort, à la suite d’une violente dispute avec son petit ami. L’ancien compagnon, accusé du meurtre, avait été abattu par le père de Léna, fou de douleur. Fort d’un témoignage inattendu susceptible de remettre en cause les conclusions de l’enquête, Guillemet tente de comprendre les rapports qui unissaient les protagonistes entre eux. Pourquoi certains témoins ont-ils menti ? Pourquoi l’un des participants à la soirée tragique n’a-t-il jamais été entendu ?

Mon avis :

Oui, je lis beaucoup de romans d’Hervé huguen en ce moment. C’est bien la preuve qu’ils me plaisent et qu’ils m’apportent quelque chose. A force d’en lire, je vois – peut-être – un point commun entre eux : celui de parler d’affaires classées. Claude Guillemet est un journaliste que connais bien Nazer Baron. Or, le journaliste reçoit une confidence, plus qu’une confidence même : Floriane, une jeune femme avec laquelle il s’est lié d’amitié, lui avoue avoir menti quinze ans plus tôt, en ne confirmant pas l’alibi de son petit ami. Accusé du meurtre de Léna, la jeune fille avec laquelle il venait de rompre, il avait assuré avoir passé la soirée avec Floriane et un autre ami. Le père de Floriane a affirmé qu’elle avait passé la soirée en famille, et n’a pas pu le contredire. Il était trop tard : Romain avait été tué par le père de Léna, les gendarmes n’avaient pas pris de précautions suffisantes pour son transfert. Fin de l’enquête sur la mort de Léna d’un côté, condamnation de son père de l’autre, père qui n’a jamais regretté son acte, toujours persuadé qu’il est de la culpabilité du jeune homme.

Il ne faut pas réveiller les morts, tel est le leitmotiv qui marquera l’enquête de Claude Guillemet. Il se heurte à la violence des uns – Corentin Parot, le père de Floriane, est un tyran domestique – à l’incrédulité des autres, à incompréhension aussi. Pourquoi parler maintenant ? Floriane a frôlé la mort, et elle ne peut plusse taire. La simple enquête journaliste tourne à l’enquête policière quand le père de Floriane disparaît à son tour. Suicide ? Accident ? Meurtre ? Il était trop soucieux du peu de liberté qu’il accordait à sa femme pour avoir le temps de mener une double vie. Oui, il n’aurait peut-être pas fallu réveiller les morts, mais il aurait peut-être fallu, quinze ans plus tôt, trente ans plus tôt, ne pas le faire non plus et écouter les vivants. Les enfants n’ont pas fini de payer pour les histoires des grandes personnes.

Son espionne royale, tome 5 : Son espionne royale et le collier de la reine de Rhys Bowen

Présentation de l’éditeur :

Sa mission : résoudre le mystère du collier disparu. Londres, 1933. La reine vient de confier une nouvelle mission à notre héritière favorite : partir à la recherche de sa précieuse tabatière, volée sur la très hédoniste et chic Côte d’Azur. Georgie, déjà comblée par la confiance que lui accorde Sa Majesté, a l’heureuse surprise de voir Coco Chanel en personne lui proposer d’être son modèle pour ses dernières créations ! Toutefois, pendant le défilé, les choses se passent atrocement mal : le collier inestimable qu’elle porte, appartenant lui aussi à la reine, est subtilisé à son tour.
Et, peu après, un homme est retrouvé assassiné ! Avec deux vols sur les bras et un meurtrier en liberté, Georgie n’a pas vraiment le loisir de profiter du casino… Entre Downton Abbey et Miss Marple, une série d’enquêtes royales so British !

Mon avis :

Il fait froid, le temps est abominable, Londres est quasiment vide, si ce n’est la foule, immense, des laissez-pour-compte, ceux qui n’ont pas de quoi se nourrir, ceux qui cherchent en vain un travail. Georgiana, tous les jours, est bénévole à la soupe populaire. Il est toujours bon pour une lady d’accomplir des oeuvres charitables, de donner l’exemple. Il est bon aussi de fuir sa demeure, dans laquelle son frère et sa belle-soeur, qui attend leur deuxième enfant, vivent actuellement. Mais son frère et sa belle-soeur ont de la soeur : la soeur de Fig les invite sur la côte d’Azur ! Emmener Georgie ? C’est impossible. D’abord, parce qu’elle n’est pas invitée, esuite, parce qu’ils n’ont pas les moyens de lui offrir les billets de train : une lady ne peut voyager sans sa femme de chambre, même si celle-ci a encore neaucoup à apprendre pour accomplir son travail. Qu’à cela ne tienne ! Il se trouve que la reine Mary a une mission à lui confier :

– retrouver une tabatière précieuse qui lui a été dérobé ;
– surveiller David, son fils (futur Edward VIII), toujours beaucoup trop proche de Wallis Simpson. C’est quasiment la routine pour Georgie.

Cela le serait si un second vol ne venait s’ajouter au premier, vol dans lequel elle se retrouve, bien malgré elle, aux premières loges. Que dire ? Cette lecture est agréable, divertissante. Elle permet de rencontrer du beau monde sur la côte d’azur, de prendre le train bleu, de rencontrer Coco Chanel en pleine création. Elle permet aussi de côtoyer des personnages peu fréquentables, les escrocs sont toujours attirés par ceux qui sont riches. Si Georgie ne se fait plus guère d’illusions sur la vie menée par sa mère – qui ne veut surtout pas que l’on sache que Georgie est sa fille, elle a tout de même 22 ans – elle découvre un pan du passé de son père qu’elle ne soupçonnait pas. Elle en découvrira aussi un peu plus sur Darcy et, qui sait ? cela permettra (enfin) à leurs relations de progresser.

Commissaire Baron – tome 15 : la dernière mise en scène d’Hervé Huguen

Présentation de l’éditeur :

Un couple d’artistes est retrouvé mort à son domicile, dans le centre-ville de Nantes. La femme était animatrice d’ateliers théâtre, l’homme acteur, metteur en scène, auteur. L’hypothèse d’un cambriolage qui aurait mal tourné ne retient pas l’attention des enquêteurs. La maison n’a pas été fouillée par l’assassin, seuls les ordinateurs ont disparu.
Qui était visé ?
Pour le découvrir, le commissaire Nazer Baron va suivre la piste de Nantes à Anvers, sans jamais perdre de vue qui étaient les victimes dans la réalité : des saltimbanques rompus à l’art du mensonge et de la dissimulation, des comédiens formés pour vivre des dizaines de vie…
Et peut-être des acteurs capables de mettre en scène leur propre existence… ou leur propre mort…

Mon avis :

Roman lu quasiment d’une traite, pour un roman qui se passe entre Nantes et Anvers.

Tout avait commencé de manière banale, un mati comme les autres. Jacques et Anne Jouanet remarquent une lumière à l’étage, la voiture encore là, le couple pas levé alors qu’ils étaient toujours debout tôt, même le week-end, leur fille Caroline a entendu un bruit vers une heure du matin. Que faire ? Faire comme si l’on n’avait rien vu, pour ne pas se montrer intrusif ? Ou au contraire aller frapper à la porte, pour voir si tout va bien ? La découverte d’un carreau cassé leur fait finalement appeler la police, qui constatera non seulement une intrusion, mais surtout la mort violente du couple qui vivait là depuis six ans, Axel Puggioni et Pauline Cadiou.

Il s’agissait d’un couple sans histoire. Ils vivaient en concubinage, lui avait la soixantaine, elle, dix ans de moins, tous les deux avaient une fille d’une première union, des petits-enfants. Il semblerait que personne ne puisse leur en vouloir, pas au point de venir chez eux, de leur tirer dessus, de les poignarder. Ce que craint par-dessus tout Nazer Baron, c’est que cette affaire reste non élucidée, en dépit de leurs recherches minutieuses. Oui, la vie des victimes peut être compliquée, très compliquée même, parce qu’une vie est faite pour être vécue, parce que l’on ne vit pas toujours la vie que l’on voulait. Inventer sa vie peut provoquer des dommages collatéraux et il n’est pas forcément de « grands » mobiles pour tuer quelqu’un. Oter la vie d’une personne n’est pas un acte normal, banal, ordinaire, et il est bon de le rappeler aussi. Il est question de préméditation également : même sans connaître encore le coupable, s’introduire dans un domicile avec une arme à feu et une arme blanche n’est pas anodin – tout bon cambrioleur (oui, je tente une pointe d’humour) sait qu’il prendra plus cher s’il porte une arme.

Nazer Baron est aussi à un tournant de sa vie privée. Odile, sa compagne, qui le sent de plus en plus absent, déménage parce qu’elle a enfin trouvé la maison de ses rêves. Dumont, un de ses collègues, lui annonce de mauvaises nouvelles. Qu’en sera-t-il dans la prochaine enquête ?

 

Ouragan sur Damgan d’Hervé Huguen

Présentation de l’éditeur :

« On n’a pas été en mesure de reconstituer exactement le scénario du drame, avait admis le commissaire Droniou. Pourquoi deux armes ? Je n’en sais rien, ce que je sais, c’est que Caroline tenait encore le fusil dans les mains, il n’y avait pas beaucoup de questions à se poser. »
L’enquête s’orientait vers une tragédie familiale à huis clos, derrière les murs d’une villa en bordure d’un océan déchaîné cette nuit-là. La meurtrière souffrait de troubles psychiatriques… Un crime limpide en effet.
L’inspecteur Kervilin va pourtant douter de ce qu’il découvre, et s’acharner à prouver que la tuerie ne s’est pas déroulée comme on voudrait le faire croire. Il paiera au prix fort son obstination…
Dix ans après la mort de Kervilin et la clôture des investigations sur le massacre, le commissaire Baron se voit chargé de rouvrir le dossier. Avec une question : que faisait l’inspecteur Kervilin la nuit où il est décédé ?

Mon avis :

Je sens que je vais écrire un avis de « professeur de français ». Tant pis. Pourquoi ? Parce que la première chose que j’ai remarqué, c’est le long retour en arrière qui est effectué dans le roman. Nous suivons en effet Nazer Baron, à qui il a été demandé d’enquêter sur la mort d’un policier, Kervilin, dix ans plus tôt. Il a été assassiné, après qu’on lui a retiré une enquête sur laquelle il s’acharnait. Baron va voir son ex-femme, qui lui raconte tout ce dont elle se souvient – ou plutôt, nous nous retrouvons dix ans plus tôt, avec cet homme qui découvre un massacre terrible et qui veut faire toute la lumière sur ce qui s’est passé, et tant pis si cela dérange. Cela dérange. Ce retour en arrière occupera presque la moitié du récit.

Ce policier est passé à côté de sa vie. Oui, je suis dure. Il a été père de deux enfants, il s’est comporté comme on attendait qu’un père se comporte, ni plus, ni moins, et son fils est mort dans un accident de voiture, à 18 ans, comme trop de jeunes qui meurent sur les routes parce qu’ils sont fatigués, ont trop bu, ont trop présumé de leurs forces, eux ou ceux qui étaient avec eux. Depuis, seul son travail compte. Sa femme l’a quitté, parce qu’elle en avait assez de vivre avec un homme qui n’est plus réellement là. Lui ne comprend pas ce qu’elle trouve à l’homme qui l’a remplacé – la simplicité, sans doute, l’envie de vivre aussi.

Baron doit ainsi enquêter sur deux affaires dont l’une est la conséquence de l’autre : jamais Kervilin ne serait mort s’il ne s’était pas acharné. Il faut dire que cette affaire est atroce : quatre membres d’une même famille sont morts, le père, la seconde épouse, le fils, âgé de trois ans issu de ce mariage, et la fille aînée. C’est elle qui les aurait tués avant de se suicider. J’utilise le conditionnel, parce que l’action judiciaire est éteinte du fait de la mort de la présumée coupable et parce que Simon ne croit pas en sa culpabilité. Alors qui ? Son regard s’est tourné vers le fils, le seul survivant, et tant pis s’il est le seul à croire en la culpabilité de ce jeune homme, dévasté par la mort des siens.

Dix ans après… Cédric va bien. Il a 37 ans. Il a épousé sa compagne de l’époque, il a deux enfants. Il a fait fructifié l’entreprise familiale, il ne s’est pas contenté de prendre la succession de son père adoptif. Cédric et sa soeur Caroline ont en effet été adoptés par Julius, leur oncle, à la mort de leurs parents, frère et belle-soeur du chef d’entreprise. Caroline n’avait que quatre ans quand ses parents sont morts, sous ses yeux, elle-même n’a réchappé que de justesse. C’est grâce à sa tante Fabienne qu’elle a repris goût à la vie, et c’est à sa mort qu’elle a sombré de nouveau. A la dérive depuis longtemps, elle avait reçu un ultimatum de son père. Elle devait se faire soigner.

Oui, le sujet est atroce, mais, et ce mais est d’importance, jamais l’horreur n’est banalisé. Oui, il est normal que les enquêteurs soient secoués, choqués, malades en découvrant les scènes de crime, et je souhaite vraiment (hélas, j’ai un titre en tête) que de telles horreurs ne soient jugées « ordinaires ». Quant au dénouement, que je ne révèlerai pas, forcément, il nous rappelle que rien n’est jamais simple, encore moins simplistes, et qu’il ne faut pas confondre recherche de la vérité et préjugés.

Le crime de Mlle Pouque de Rodolphe Bringer

édition Oxymoron – 62 pages

Présentation de l’éditeur :

Mademoiselle Pouque vient d’assassiner un homme !
Jeune trentenaire, elle chérit la vie au point d’être incapable de tuer une araignée et une mouche. Cette aversion pour la violence et le sang l’a même poussée à rompre ses fiançailles avec celui qu’elle aime à cause de sa profession de substitut du Procureur qui le conduit à envoyer des scélérats à l’échafaud.
Mais, à la suite de sa rupture, Céline Pouque vit seule dans une maison isolée.
Et, malgré toute sa répugnance pour la mort, ce soir-là, Mademoiselle Pouque commet un crime !

Mon avis :

C’est la deuxième oeuvre de Rodolphe Bringer que je lis, la deuxième qui contient le mot « crime » dans le titre. Oui, la douce et tendre Mlle Pouque va commettre un crime, elle qui pourtant ne ferait pas de mal à une mouche, au sens propre du terme.

Oui, le format est court, très court, c’est pour cette raison qu’il faut beaucoup de talent à son auteur pour passer du policier à un roman nettement plus sentimental, comme ici – terme qui n’a rien de péjoratif. Mlle Pouque est orpheline, elle a fait un héritage suffisamment conséquent pour lui permettre de démissionner de son poste d’enseignant de latin et de grec. Elle craint cependant d’attirer les jeunes gens qui n’en voudraient qu’à son héritage, sans pour autant renoncer à se marier. Elle tombe amoureuse d’un jeune homme bien sous tout rapport, mais… et le mais est immense, elle ne peut l’épouser, lui qui est fier – il est substitut du procureur – d’avoir envoyé un homme à l’échafaud. Digression : il paraît que certaines personnes souhaiteraient, en France, le rétablissement de la peine de mort. Je ne sais pas si Rodolphe Bringer était pour ou contre, je sais seulement qu’il souligne que le condamné a été envoyé à l’échafaud grâce aux talents du substituts du procureur plutôt qu’à cause des preuves qu’il y avait contre lui. Alors, elle rompt, elle s’éloigne, elle s’exile. Dans le village où elle a élu domicile, elle se montre sympathique – pas plus, pas moins – avec un voisin, qui interprète mal sa gentillesse. Note : j’ai l’impression là aussi que rien ne change et que beaucoup d’hommes prennent leurs désirs pour des réalités.

C’est là, qu’un soir, dans sa maison, Mlle Pouque, alertée par les aboiements de son chien, sort, voit une silhouette qui escalade le mur de son jardin, tire et… tue un homme. Pour elle, c’est horrible, et elle se met à la torture, cherchant, puis trouvant la seule solution possible pour elle.

Non, je vous rassure, tout ne finira pas dans un bain de sang ! Mlle Pouque est trop innocente, trop honnête, trop soucieuse de protéger la vie pour cela. Le dénouement est d’ailleurs bien ficelé, du moins à mes yeux. Alors oui, il est une personne qui a souffert, mais, franchement…. pour entrer dans une propriété, rien ne vaut de frapper à la porte plutôt que d’escalader un mur !

Touchez pas au grisbi ! d’Albert Simonin

Présentation de l’éditeur :

Max-le-Menteur pensait se classer parmi les hommes de poids du milieu des malfrats parisiens. Il ne lui manquait pas grand chose. Mais l’assassinat de Fredo vient tout remettre en cause. Qui a tué ce chef de bande ? Riton, son ennemi héréditaire, et meilleur ami de Max ? En son absence, c’est ce que tout le monde croit. Et pour les lieutenants de Fredo, la vengeance va être simple : tuer Max. Entre la police qui cherche Riton et les tueurs fous à ses trousses, Max n’aura pas une minute à lui.

Mon avis :

Fredo n’est pas doué, mais alors là, pas du tout. Qu’il veuille tuer le chef de la bande rivale, passe encore, chaque truand fait ce qu’il veut de sa vie de truande. Qu’il le clame haute et fort peut être très dangereux pour la santé, surtout pour la sienne, puisque c’est lui que l’on retrouvera, singulièrement refroidi. Riton se retrouve être le principal suspect, lui, ou quelqu’un de sa bande, comme Max-le-Menteur, généreux narrateur de cette histoire.

J’admets avoir eu du mal à lire ce livre. J’ai même dû revenir plusieurs fois en arrière, parce que je me perdais, à cause de l’utilisation de l’argot. Le lexique en fin de livre ne m’a pas tant aidé que cela, d’abord parce que je devais constamment m’y référer, ensuite parce que tous les termes n’y étaient pas. J’aurai préféré des notes de bas de pages, même si certains trouvent que le récit s’en trouve alourdi. Je me suis tant égaré !

Max-le-menteur est un truand qui vit et exerce ses activités dans des quartiers parisiens que je parcourais avant – avant la pandémie. Il aspire à retrouver une vie tranquille, ce n’est pas vraiment possible avec tous ces truands qui veulent lui faire la peau. Les femmes ? Elles en prennent toutes pour leur grade, elles qui ne savent pas se taire, ne méritent que des aller-retours, et encore. La plupart exercent ou ont exercé le plus vieux métier du monde. Truands et misogynes sont synonymes. Les termes racistes, homophobes ? Ils sont là eux aussi – c’était l’époque qui voulait cela, simple constat.

Avec tout ceci, j’en oublie totalement l’intrigue, puisque j’ai vraiment eu du mal à la suivre. Il est question de malfrats, de violence, de vengeance et de grisbi. Pas facile d’être un truand vieillissant. Pas facile d’être un truand jeune, parce que l’on ne sera peut-être jamais un truand « vieux ». Pas facile d’avoir de l’argent quand on a grandi dans un milieu qui n’en avait pas. Plaignez Max le menteur, qui va peut-être se retirer des affaires après tous les événements survenus dans ce roman – n’étaient les deux suites, dont l’adaptation cinématographique de la troisième est très connue (les tontons flingueurs).

Ma première nuit à la belle étoile d’Alex Cousseau

édition du Rouergue – 51 pages.

Présentation de l’éditeur :

Pour leur première nuit à la belle étoile, Cléo et son cousin campent dans le jardin. Au fur et à mesure que la nuit s’installe, les deux enfants se racontent leurs peurs, petites ou grandes. Un récit tendre et plein d’humour sur l’imagination des enfants.

Mon avis :

C’est un livre qui, de prime abord, peut faire peur. Et n’est-ce pas le but ? Le narrateur et sa cousine, qui ont sensiblement le même âge, vont dormir tous les deux à la belle étoile, dans le jardin des parents de Cléo. Les parents ne sont pas loin, ils sont dans la maison, et ils ont édicté quelques règles aussi. Bref, les enfants sont en sécurité.

Cependant, le jeune garçon sent qu’il y a autre chose. Cléo a peur, elle ne veut plus dormir dans sa chambre. Pourquoi ? Elle ne veut pas le lui dire. Alors c’est lui qui lui confie une de ses peurs, pourquoi lui aussi, cinq ans plus tôt, avait peur de dormir dans sa chambre. Mais… son père est venu, a identifié ce qui causait le bruit si effrayant, et mettre des causes sur un fait a permis au jeune garçon de se sentir mieux. Il se propose de faire la même chose avec sa cousine.

Il ne s’agit pas seulement ici de se dire que toutes les peurs doivent être prises au sérieux, même celles qui nous semblent, avec nos yeux d’adulte, causées par presque rien. La peur de Cléo avait une cause bien réelle, elle en avait aussi une autre, plus implicite, toutes ces images violentes qu’elle voit à la télévision, qui est dans sa chambre et qu’elle regarde, me semble-t-il, autant qu’elle le veut. Les mots sont importants, et son cousin est bien d’accord, mais les mots qu’elle connaît, qui parlent de violence, sont-ils aussi importants que ceux que connait son cousin ? La chélidoine ne passe pas au 20 heures, elle est pourtant importante.

Je terminerai par cette citation :

Si je dis à ma cousine qu’elle a peur, cela ne l’empêche pas d’avoir peur. Nous aurions besoin de quantité d’autres mot pour comprendre cette peur, et pour la vaincre.

Les Héritiers d’Higashi, tome 1 : Okami-Hime de Clémence Godefroy

Présentation de l’éditeur :

Il y a bien longtemps à Higashi, les différentes lignées de bakemono, ces humains porteurs d’esprits animaux et dotés de pouvoirs incroyables, vivaient en harmonie. Mais la guerre les a décimés, et depuis un siècle le clan Odai et les descendants des renards règnent sans partage sur l’archipel, reléguant les autres bakemono aux brumes du passé. Ayané, jeune disciple de l’Ordre de la Main Pure, se soucie bien peu de ces légendes. Pleine d’énergie mais peu disciplinée, elle aimerait surtout faire ses preuves au combat. Jusqu’au jour où ses supérieures lui assignent une mission très spéciale : partir au service d’un clan prestigieux dans le nord du pays et veiller sur leur hôte, Numié Dayut, une princesse exilée qui cache un lourd secret.

Mon avis :

Bienvenue, bienvenue dans un Japon de fantasy dans lequel la magie a eu droit de cité, jusqu’à ce que des guerres surviennent et réduisent au silence, définitivement. Les survivants ? Ils se cachent, ou mieux, on les cache, les laissant ignorer leurs pouvoirs.

La princesse Numié Dayut est capturée, en partie pour affaiblir son clan. Elle doit être mariée à un membre d’un autre clan, prestigieux. Elle n’a jamais vu cet homme, elle ne le connait pas, et elle ne veut pas le connaître. Non, son avis ne lui a pas été demandé, forcément, puisqu’elle est prisonnière, puisqu’elle est là aussi et surtout pour affaiblir son grand-père. Elle peut cependant lutter contre ceux qui la retiennent prisonnière de la seule manière qui soit – en refusant les contacts avec eux, en se laissant dépérir. Aussi, une jeune femme, Ayané, est-elle engagée pour veiller sur elle – pour l’empêcher de se faire du mal, plus de mal qu’elle ne s’en est déjà fait, pour la nourrir, également, pourquoi pas, avant que le médecin ne la nourrisse de force. Ayané est une jeune disciple de l’Ordre de la Main Pure. Orpheline, elle s’est vouée à cet ordre auquel elle a été confié. Il n’est pas question pour elle d’utiliser la coercition face à Numié. Il s’agit, oui, j’ose le mot, de l’apprivoiser, comme la jeune femme farouche et rebelle qu’elle est, celle qui sait ce que sa perte cause aux siens, celle qui ne veut pas, surtout pas les trahir. J’ai vraiment trouvé que la manière d’agir d’Ayané ne manquait ni de douceur ni d’humanité, face à des femmes qui ne prennent pas la peine de mesurer la douleur de Numié, qui se nourrissent de cancan et de beaux autours.

Nous retrouvons aussi Yoriko, une jeune femme mystérieuse au passé complexe, hors du temps, mais proche des conflits qui ont animé le Japon. Prendre la fuite est parfois, pour elle, une solution. Elle attend… quelqu’un, quelque chose, et elle a beaucoup de patience pour cela.

Ce premier tome ne se contente pas de poser les bases d’un univers, le lecteur vit réellement une aventure au côté de ses trois jeunes femmes. Et la fin n’est que le commencement d’une autre aventure.

L’incroyable voyage de Coyote Sunrise

Présentation de l’éditeur :

Coyote, douze ans, vit avec son père Rodéo dans un vieux bus scolaire. Ensemble, ils sillonnent les États-Unis au gré de leurs envies, embarquant parfois quelques auto-stoppeurs à l’âme en peine.
Quand Coyote apprend que le parc de son enfance va être détruit, elle décide de tenter l’impossible : convaincre son père de traverser le pays en quatre jours pour arriver avant les bulldozers. Un défi de taille, puisque ce dernier a juré de ne plus retourner sur les lieux de la tragédie qui les a précipités sur les routes, cinq ans auparavant.
Mais le voyage est parfois plus important que la destination…

Mon avis :

Il n’est pas simple à écrire, parce qu’il serait très facile, trop facile, de tomber dans le sirupeux, dans les bons sentiments, de dire à quel point cette histoire est merveilleuse. Si j’écrivais ainsi, j’aurai l’impression de passer à côté de ce livre.

Coyote et son père Rodéo sillonnent les routes des Etats-Unis. Cela étonne les bonnes âmes qui les croisent, certaines appellent même la police et imaginent le pire. Mais le pire, Coyote et son père l’ont déjà vécu : l’accident, la mort d’Ava, de Rose et de leur mère. C’était il y a cinq ans. Depuis, à bord de Yageurs, ils vont où leurs envies les mènent, loin, très loin de l’endroit où ils ont vécu et où ils furent heureux tous les cinq. Seulement, l’appel de la grand-mère de Coyote l’amène à vouloir rentrer à la maison. Pourquoi ? Pour récupérer les souvenirs qu’elle a enterré au pied d’un arbre, dans un parc qui va être détruit dans moins de cinq jours – en écrivant, je me rends compte de l’importance du chiffre cinq. Ne dit-on pas « uni comme les cinq doigts de la main ? »

Il ne s’agit pas de convaincre ni de persuader son père de se rendre sur les lieus, ce serait un échec, parce qu’il ne peut pas y retourner. Rodeo vit avec son deuil, avec sa souffrance, et il offre à sa fille la meilleure vie qu’il puisse lui offrir, d’Etat en Etat. Alors Coyote, par des moyens détournés, cherche comment, finalement, retourner à la maison.

Touristique, le voyage ? Pas vraiment. Coyote n’est pas la seule à ne pas apprécier la police, d’autres ont des motifs de la craindre – parce qu’ils n’ont plus de travail, plus de maison, parce qu’ils sont partis ou parce qu’ils ont été abandonnés, rejetés. S’il est des personnes qui savent à quel point avoir ses enfants à ses côtés est important, il en est d’autres qui n’hésitent pas à les rejeter à cause de leurs préférences amoureuses. Heureusement, si j’ose dire, tant que l’on est en vie, tout peut encore être changé.

L’incroyable voyage de Coyote Sunrise est un roman tendre, qui parle simplement, humainement de thèmes douloureux, et qui montrent comment Ella (le véritable prénom de Coyote) et son père parviennent à vivre ensemble, avec leurs douleurs. Il serait vraiment dommage de passer à côté de ce livre.

 

 

Les enquêtes du commandant Gabriel Gerfaut, tome 8 : L’Honneur du Samouraï de Gilles Milo-Vaceri

les éditions du 38 – 474 pages

Présentation de l’éditeur :

À la fin de l’année 1945, après la défaite du Japon contre les États-Unis, tous les sabres appartenant aux Japonais doivent être remis aux forces d’occupation américaines. C’est ainsi que le célèbre Honjo Masamune, un katana forgé au XIVe siècle, disparaît. En juin 2019, le précieux sabre réapparaît à Paris dans une vente d’objets volés. L’ayant saisi, le gouvernement français décide de le rendre au Japon et invite la famille impériale. En attendant, le katana et les antiquités récupérées sont exposés au Louvre. Lors du transfert du Honjo Masamune vers l’ambassade du Japon, un commando armé massacre l’escorte et le sabre est à nouveau dérobé. Le commandant Gerfaut et ses adjoints sont missionnés pour éviter l’incident diplomatique, mais des attentats sont commis contre la famille impériale. Qui a volé le katana d’une valeur inestimable ? Qui veut assassiner le prince Daisuke ? Gerfaut devra se familiariser avec le Bushido, le code d’honneur des samouraïs, pour affronter les fantômes surgis du passé…

Mon avis :

Je donnerai un premier conseil, simple : ne pas lire la huitième enquête si vous n’avez pas lu la septième. Il se passe en effet un événement très important dans le tome 7, et la lecture du 8 fera vous révèlera tout le dénouement du tome 7 – forcément, ai-je envie de dire.

L’affaire, si l’on prend le tout début de l’enquête, paraissait pourtant moins ardue que la précédente. Il s’agissait avant tout d’escorter des objets d’art. Paraissait seulement, d’un côté parce que la politique s’en mêle (se méfier des hommes politiques qui pensent avant tout « politique » et « intérêts économiques de la France » plutôt que sécurité), de l’autre parce qu’un attentat sera commis. Les hommes politiques n’auront plus qu’à se taire et les policiers à enquêter.

Je dirai qu’à côté de certains livres qui veulent parler du Japon et ne servent finalement qu’à empiler des connaissances sur ce pays sans construire de véritables intrigues, L’Honneur du Samouraï est bien différent. Il intègre la culture japonaise, ses valeurs dans la construction de l’intrigue, et cela change tout. Il ne s’agit jamais de faire étalage de connaissance, il s’agit de montrer en quoi les singularités de la culture japonaise influence tout le déroulement de l’enquête policière – et son dénouement.

Une enquête que j’ai pris plaisir à lire.