Sur le ciel effondré de Colin Niel

édition du Rouergue – 512

Présentation du roman :

En raison de sa conduite héroïque lors d’un attentat en métropole, l’adjudante Angélique Blakaman a obtenu un poste à Maripasoula, dans le Haut-Maroni, là où elle a grandi, côtoyant le peuple des Wayanas. Alors qu’un jeune garçon disparaît, elle mène l’enquête avec le capitaine Anato dans ce territoire amérindien que se disputent âprement orpailleurs et évangélistes.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier la bibliothèque de Rouen. On ne pense pas assez au travail des bibliothécaires, et leur capacité à supporter les grands lecteurs tels que moi.
La mission qui m’avait été confiée – et je l’ai acceptée – était de lire ce livre en deux jours. Je l’ai fait. Je ne le regrette pas, et je pense que tous ceux qui ont aimé les trois précédents volumes aimeront ce quatrième tome, qui nous montre le capitaine Anato toujours au prise avec ce qui le tourmentait à la fin du tome 3 – et pourtant, il aura fait maintes tentatives pour s’en défaire.
Alors, plutôt qu’une énorme analyse dans laquelle je vous parlerai de la construction géniale du récit, où je n’omettrai pas de vous parler du portrait de la société guyanaise que nous dresse l’auteur, de tous les laissez-pour-compte de la république française que nous y croiserons, de tous les désespérés, de tous ceux qui essaient de s’en sortir malgré tout, par des moyens qui ne sont pas toujours très légaux, de toutes les petites rivalités qui bouffent la vie et finissent par la prendre, de ceux qui aimeraient juste vivre tranquillement et qui ne le peuvent pas, de toutes les apparences qu’il faudra traverser pour parvenir à la vérité, de toutes les amours ratés, de toutes les retrouvailles ratées, non, je ne vous parlerai pas de tout cela. Je vous dirai d’avoir confiance. Je vous dirai que dans une société où la désespérance est le lot quotidien, où le suicide des jeunes est beaucoup trop fréquent, où les secrets de famille et les non dits empoisonne, je vous dirai qu’il est des personnes qui osent être elles-mêmes, même si pour cela il faut prendre un chemin de traverse. Oui, même environné du pire, le meilleur peut venir.

PS : oui, j’ai mis mes deux logos, parce que je ne me voyais pas en choisir un seul pour ce livre que j’ai adoré.

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Missing : Germany de Don Winslow

Présentation de l’éditeur :

En Irak, Charles Sprague a sauvé la vie de Frank Decker. Aujourd’hui, l’heure est venue pour Frank de prouver sa reconnaissance : Kim, la superbe, la parfaite épouse de Charles, s’est volatilisée dans un luxueux centre commercial de Miami. La spécialité de Frank, c’est de retrouver les personnes disparues.

Mon avis :

J’aime quand j’entends une voix. Oui, quand j’ai lu les premières lignes de Missing : Germany, j’ai entendu la voix du personnage qui me parlait, une voix qui coulait de source, sans afféterie, sans effet de manche, bref, quelqu’un de proche qui nous raconte son histoire, ce qui ne veut absolument pas dire que l’auteur se croit obligé d’utiliser une syntaxe relâchée. Non, l’oralité n’a rien à voir avec le n’importe quoi, et je conseillerai fortement la lecture de n’importe quel roman de Don Winslow à certains auteurs pour le leur faire comprendre.
Nous retrouvons Frank Decker, le héros de Missing : New York. Egal à lui même, il a refusé toutes les propositions qui lui ont été faites, il était hors de question pour lui d’être la vitrine ou la caution morale d’une société quelconque. En revanche, il est un appel qu’il ne peut ignorer, celui de son ami Charles, qui lui a sauvé la vie en Irak : quand on a fait la guerre ensemble, quand on a été marines ensemble, on est unis pour la vie ! Aussi, quand Charles l’appelle parce que Kim, son épouse adorée, n’est pas rentrée du centre commercial, il arrive aussitôt ! Rien, absolument rien, aussi reste-t-il auprès de Charles pour prévenir la police et guider son ami dans les méandres d’une enquête qui ne fait que commencer. En effet, en cas de disparition, le premier suspect est toujours le mari, toujours. Surtout s’il est riche. Le contrecoup est que le riche mari peut se permettre de financer les recherches de son ami Frank, lui qui s’était juré, à la fin du tome précédent, d’aider les personnes qui disparaissant.
Son enquête le mènera loin, très loin, sur des chemins qu’il n’aurait pas aimé emprunté – celui de son passé. Pour résoudre les mystères du présent, toujours aller chercher dans le passé, et c’est à nouveau le portrait d’une Amérique que l’on voit pas tant que cela qui nous est dressé – pas tant celle des laissez-pour-compte, non, celle des extrémistes ordinaires, prompts à juger ceux qu’ils ont eux-mêmes amené à sortir de « leur » droit chemin.
Dans cette enquête, Frank trouvera beaucoup – de quoi donner une nouvelle impulsion à ce qui est son « oeuvre ». Il perdra aussi énormément. Mais ce second roman le mettant en scène est aussi passionnant que le premier.
Don Winslow, un auteur que vous aurez peut-être la chance de découvrir cette année.

Jeune fille modèle de Grace Ly

Présentation de l’éditeur :

Chi Chi est une jeune fille comme les autres.Sauf qu’elle ne ressemble pas du tout aux posters des magazines. Et que le principal du Lycée écorche son nom quand il fait l’appel.Chi Chi aurait préféré s’appeler Marie, Isabelle ou Sophie. D’ailleurs, Ama dit qu’elle est une « banane » : jaune à l’extérieur et blanche à l’intérieur.Chi Chi a grandi dans le Treizième qu’elle arpente chaque soir pour livrer les plats du restaurant familial L’Extrême-Orient. Elle a l’impression de vivre dans un cliché, parle mal sa langue maternelle, et l’Asie lui semble une terre exotique, même si elle est rompue aux traditions du Nouvel An Lunaire.Quand Ama lui dit : « Nous sommes des Chinois du Cambodge », elle ne trouve pas la région correspondante sur la mappemonde, ni son histoire tragique dans ses livres scolaires. Premier roman qui donne la parole à une enfant de la seconde génération des Asiatiques de France, sur laquelle plane l’ombre d’exils douloureux, Jeune fille modèle met en scène la palette d’expériences liées à la double culture. Grace Ly vit à Paris. Jeune fille modèle est son premier roman.

Merci aux édition Fayard, à ses attachées de presse et à l’autrice pour ce partenariat.

Mon avis :

Quand j’ai ouvert ce livre, j’ai découvert qu’il était placé sous l’égide de Faïza Guène, ce qui est pour moi une très bonne nouvelle puisque j’aime beaucoup cette autrice.
Ce premier roman aux courts chapitres, un peu comme des articles de blog, nous fait découvrir le monde de Chi Chi, une adolescente qui voudrait être comme les autres. Elle a une double culture, ce qu’elle ne considère pas comme une chance, entre rejet des traditions et difficultés à s’intégrer dans un établissement prestigieux. Il faut dire qu’aux yeux de certains, toutes les cultures ne se valent pas – dissimulant sous une bonne couche de bienveillance un bon vieux racisme.
Au fur et à mesure que les pages se tournent, assez facilement il faut bien le dire tant l’écriture est agréable à lire, nous découvrons le parcours de Chi Chi vers la réconciliation avec les siens, avec qui elle est, et aussi la découverte du parcours de sa famille. Les mots, elle les avait bien entendus avant, pourtant, elle était loin d’avoir approfondi tout ce qu’ils recouvraient – ou comment, finalement, redécouvrir l’importance de ses racines.
L’élément déclencheur, c’est un choc, au beau milieu du livre, un événement qui lui impose de reconsidérer ce qu’elle a vécu, et aussi de poursuivre tout ce qui a été entrepris avant. Il lui permet aussi de mesurer la solidité de sa famille, jusqu’au bout de chaque branche, de chaque bourgeon.
Un livre pour aller au-delà des clichés.

Missing : New York de Don Winslow

Présentation de l’éditeur :

Frank Decker, sergent de police à Lincoln, Nebraska, capte sur sa radio de service un « Code 64 », soit un avis de disparition : Hansen, Hailey Marie. Afro-américaine. Âgée de cinq ans. Un mètre six. Seize kilos huit. Cheveux bruns, yeux verts.
Personne n’a rien vu, rien remarqué, rien entendu.
Près de la moitié des enfants assassinés par leur ravisseur sont tués dans l’heure qui suit leur enlèvement et Decker sait juste que Hailey s’est volatilisée avec Magique, son petit cheval en plastique.
Fouilles et interrogatoires, brigade cynophile, battues avec l’aide des flics des comtés voisins : la police fait de son mieux.
Jusqu’à un certain point. Car personne ne l’admet, mais on remue ciel et terre pour retrouver les petites filles blondes, pas les enfants métis de mère modeste et alcoolique.
C’est alors que Decker donne sa démission, fait son sac et part sur les routes à la recherche de Hailey.
Une quête désespérée et solitaire de plusieurs mois, de motels en stations-service, jusqu’à New York et son annexe pour VIP, les Hamptons.
Et là, tout bascule…

Mon avis :

Il est une phrase que je répète souvent. Si vous êtes fan de cet auteur, vous connaissez déjà ce roman, et vous n’aurez que faire de mon avis. Si vous ne l’êtes pas, ce sera peut-être pour vous de découvrir cet auteur qui, à mes yeux, se renouvèle sans cesse, peu importe où il nous entraîne.
Là, nous sommes dans le Nebraska, et Frank Decker est un bon flic. La disparition d’un enfant ? Insupportable. Aucune piste, rien. Puis, il faut bien le dire : si elle avait été blonde aux yeux bleus, née dans une famille des plus traditionnelles, les médias auraient pu être émus. Là… une enfant métis… sans père… de mère pauvre, célibataire, buvant un peu beaucoup… Ce n’est pas un sujet intéressant. Je sais très bien que certaines personnes, vivant au pays des Bisounours, sont outrés de ce que je viens d’écrire, qui n’est jamais que le reflet de ce que Don Winslow lui-même écrit, et se trouve une vérité… statistique.
Frank est un obsessionnel, et lui n’accepte pas. Tant pis pour son travail, tant pis pour sa femme, il envoie tout valser parce qu’il veut retrouver cette petite fille. Il ne le fera ni en un jour, ni en une semaine, dépassant les délais les plus optimistes. Il s’acharne, il suit les pistes qui se présentent à lui – parce qu’il est rare de trouver une piste qui ressemble à quelque chose, véritablement, d’avoir un témoin qui a vu quelque chose d’intéressant, même si aux yeux de certaines personnes, cela peut paraître insignifiant.
Cette enquête l’emmène loin du Nebraska, il est vrai, et à New York, c’est à un monde très artificiel qu’il a à faire, celui de la mode et de la prostitution de luxe. Decker a toujours un certain détachement face à ce qu’il voit, ce qui lui permet de mener son enquête en toute lucidité, sans se laisser entraîner sur une pente dangereuse. Trouver la vérité, y laisser des plumes, se faire menacer, blesser, oui. Se laisser corrompre, non. Renoncer alors qu’il sait qu’il touche au but, non plus. Mais faire des concessions pour que des enfants puissent vivre sereinement, oui.
Le début d’une série… la suite bientôt !

La lettre d’amour interdite de Lucinda Riley

Présentation de l’éditeur

Un amour interdit, un dangereux secret et une histoire qui se répète…
1995, Londres.
L’année ne pourrait pas plus mal commencer pour Joanna Haslam, jeune et brillante journaliste londonienne. Non seulement elle vient d’être abandonnée par l’homme au côté duquel elle pensait passer le reste de sa vie, mais elle est tirée du lit par son patron pour aller couvrir les funérailles de sir James Harrison, monstre sacré du cinéma britannique, qui vient de s’éteindre à l’âge vénérable de 95 ans. Un reportage mondain qui a peu de chance de lancer sa carrière…
Et pourtant, sous le luxe et le glamour qui entourent la dynastie Harrison, Joanna ne tarde pas à remonter la piste d’un secret. Déterminée à lever le voile sur plus de soixante-dix ans de mensonges et de mystère, la jeune femme comprend qu’elle est devenue la cible de personnes haut placées, prêtes à tout pour empêcher la vérité d’éclater. Marcus Harrison, le charismatique – et très troublant – petit-fils du grand acteur, sera-t-il un allié ou un ennemi dans cette quête de vérité ?

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier le forum Partage-Lecture et les éditions Charleston pour ce partenariat.
Romance ? Polar ? Roman historique ? Roman d’espionnage ? Un peu tout cela à la fois. Il est en tout cas un livre étonnant jusqu’à la dernière page, ce qui prouve que l’autrice sait vraiment construire son intrigue dans la durée.
Le début est assez classique pourtant. Une jeune journaliste vient de se faire plaquer par son compagnon, et doit couvrir un sujet d’actualité mondaine, qui ne peut pas vraiment lui permettre de se démarquer des autres journalistes qui seront présents à l’enterrement de ce monstre sacré qu’est sir James Harrisson. Elle fait une rencontre. Non, pas un beau jeune homme riche et musclé. Une vieille dame, Rose, qui mourra peu après et lui fera transmettre une lettre de manière posthume. Joanna n’est pas journaliste pour rien et enquête, surtout quand elle se rend compte que Rose est bien plus mystérieuse, jusque dans sa mort, qu’elle ne le pensait.
Enquêter, oui, mais comment ? En commençant par ce qui a été l’élément déclencheur, à savoir l’enterrement de sir James. Joanna se retrouve face à une dynastie cinématographique : le fils est un réalisateur reconnu, la petite fille une comédienne en pleine ascension bien qu’elle soit mère célibataire, et le petit-fils, eh bien, est un producteur fauché qui doit encore faire ses preuves, doublé d’un séducteur impénitent. Et c’est ce dernier qui va l’aider, involontairement d’abord, de son plein gré ensuite.
L’intrigue serait bien différente si elle n’était pas située dans les années 90 : les réseaux sociaux, les tests ADN – l’autrice le justifie bien dans sa préface – et une société prompte à voir des complots partout la modifieraient considérablement. Elle résonne d’ailleurs curieusement, au vue de l’actualité mondaine – au vue, également, de tout ce qui a pu se passer dans ce domaine en Europe. Les titres des parties empruntent d’ailleurs au stratégie du jeu d’échecs (auquel je ne connais rien – volontairement) parce que, très vite, ce n’est plus à une simple investigation journalistique pour lever les secrets d’un monstre sacré que nous assistons mais à une lutte où les armes ne sont pas vraiment égales et où les enjeux ne sont pas du tout les mêmes selon le point de vue des différents protagonistes.
J’ai parlé de roman d’espionnage au début de mon avis, et si les membres du MI5 ne se désigneraient pas comme des espions, ils doivent pourtant se plier aux ordres – l’Angleterre avant tout, tout le reste après, c’est aussi simple que cela même si l’on est en droit, nous lecteurs, de voir les choses bien autrement qu’eux. Cela nous amène tout de même à nous demander jusqu’où l’on peut aller pour garder un secret – sachant qu’un secret entraîne, sur la durée, la création d’autres secrets, on ne s’en sort pas !
Et si, finalement, la lettre d’amour interdite était avant tout une histoire de famille ? Celle que l’on a, celle que l’on veut créer, celle que l’on veut protéger, celle dont on veut se montrer digne. Ce qui est sûr, c’est que ce roman est absolument passionnant.

Qu’est-ce qu’elle a ma famille ? par Marc-Olivier Fogiel

Présentation de l’éditeur :

Ce livre est le premier récit intime de Marc-Olivier Fogiel sur un sujet qui lui tient à cœur et tient toute la société française en haleine, la gestation pour autrui. Avec son mari François, il est devenu père de deux petites filles nées d’une GPA éthique aux États-Unis. Il nous raconte les origines de cette décision, comment il a dépassé ses propres a priori et pris le parti de la famille. Les obstacles. Les inquiétudes. Les joies. Si le père de famille est un aventurier du monde moderne, comme l’a dit un penseur, être père par GPA est une aventure avec plus d’obstacles qu’aucune autre, et d’autant plus de bonheurs.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier les éditions Grasset et Netgalley pour ce partenariat, que je chronique avec beaucoup de retard.
La GPA est un sujet qui divise – j’enfonce les portes ouvertes. La GPA compte bien plus d’opposant que de partisans. Je n’ai pas l’intention de dire ici mon opinion, ce n’est pas le sujet. Cependant, je pense qu’il est important de bien savoir de quoi l’on parle, avant de dire, et bien parfois n’importe quoi.
Ecrire un tel livre est déjà, pour moi, un acte courageux, parce qu’il est un personnage public et parce qu’il savait ce qu’il allait lui en coûter, à lui, à son mari, à leurs filles. Il n’est pas forcément simple de parler de leur désir d’enfants, à lui et à son mari, et des différentes démarches à accomplir pour devenir parents. Je me suis sentie parfois un peu « voyeuse » en lisant certains chapitres, mais, quand on demande un livre en partenariat, parce qu’on a très envie de le lire, il faut aller jusqu’au bout, non ?
Personnage public, mais aussi journaliste. Il ne s’agit pas seulement de raconter son expérience, mais aussi de raconter celle d’autres couples, de raconter la construction d’autres familles. Il s’agit de se rendre compte que la GPA ne se passe pas aussi loin de nous qu’on ne le croit.
Un livre qui m’a beaucoup appris, et j’espère qu’il en sera de même pour tous ceux qui le liront.

Nos vies en l’air de Manon Fargetton

Présentation de l’éditeur :

Mina et Océan. Ces deux-là se rencontrent par hasard ce soir sur le toit-terrasse d’un immeuble. Ils ont choisi le même spot pour en finir. Ils décident de s’accorder la nuit pour faire, ensemble… tout ce qui leur passe par la tête, en se disant toujours la vérité. Où cela va-t-il les entraîner ?

Merci à Netgalley et aux éditions Rageot pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce pourrait presque être une histoire classique, voire le début d’une bluette. Si, si, je vous assure, je sens que certains auraient pu en faire un objet littéraire très très sucrée, voire très drôle. Mina est montée sur un toit pour se jeter dans le vide, et il se trouve qu’Océan a eu la même idée, au même endroit. Si certaines, comme l’Isolde de Wagner, réclame « nur eine Stunde » (seulement une heure), Océan pousse Mina à s’accorder une nuit supplémentaire, pour faire tout ce qui leur passe par la tête, et surtout, pour être sincère.
Autant vous le dire : ils ne vont pas faire dans la délicatesse ou la douceur, eux que tout semble opposer, si ce n’est cette volonté de ne pas voir un jour nouveau se lever. Nous découvrons, au cours de retour en arrière, comment ils en sont arrivés là. Il est question de thèmes durs, le harcèlement, le cyber harcèlement, qui sont abordés avec beaucoup de sensibilité – et différemment de ce que l’on peut lire dans d’autres ouvrages, parce que le monde virtuel peut aussi être vu, d’abord, comme un refuge face à une réalité qui ne convient pas à l’adolescent. Et, justement, il est question aussi de s’assumer, d’oser être qui l’on est vraiment dans une société où l’on est formaté très tôt. Voir, par exemple, les rapports au poids et à la nourriture que peut avoir Mina. Elle se trouve, au cours de cette nuit, confrontée à d’autres femmes qui acceptent qui elles sont, vivent pleinement avec leurs corps, et non contre lui.
Il est question des parents, aussi – ou comment, même avec tout l’amour du monde, il est difficile de mesurer le mal-être de son enfant, tout comme il est difficile, pour un enfant, de se confier à ses parents, même si l’on est sûr de leur bienveillance.
Unité de temps, agrandi par les retours en arrière. Unité de lieu, cette ville de Paris rendez-vous des laissez-pour-comptes, de ceux qui vivent autrement, de ceux qui ont des projets – aussi. Traversée de lieux emblématique, à toute vitesse, parce que le temps leur est compté – parce qu’ils en ont décidé ainsi.
Alors ? Que se passera-t-il quand l’aurore sera là ? Auront-ils la force d’affronter ce qui les a poussés à vouloir se suicider, bref d’être eux au milieu des autres ?

PS : toute critique est forcément personnelle. Alors, j’en ajoute un peu. Pour parler de l’adolescente que j’ai été, qui a très tôt fait le choix d’être elle-même, et tant pis pour les moqueries des autres. Tant pis aussi pour ceux qui n’ont pas compris le chemin que j’ai choisi, qui m’ont dit « tu ne sais pas ce que tu rates ». Non, mais je sais ce que j’ai vécu de précieux, d’heureux pendant ces années qui m’ont permis de vivre ma scolarité autrement et d’être celle que je suis aujourd’hui.