Archive | avril 2017

Vivement dimanche ! de Charles Williams

Présentation de l’éditeur :

Propriétaire d’une grosse agence immobilière, John Duke Warren est marié avec Frances, qui dirige une boutique de mode mitoyenne avec le magasin d’articles de sports de Dan Robert. Un matin, on retrouve celui-ci mort chez lui. Une voix charitable téléphone alors à Warren pour lui révéler que sa femme a assassiné Robert dont elle était la maîtresse. La correspondante mystérieuse précise que Frances a égaré son briquet chez la victime. Peu après, l’agent immobilier retrouve sa femme et une violente dispute éclate, interrompue par l’arrivée d’un policier qui demande à Warren de se rendre au commissariat. Celui-ci, en rentrant chez lui une heure plus tard, découvre le cadavre de son épouse.

Mon avis : 

Nous sommes dimanche, donc ce livre était vraiment fait pour être chroniqué aujourd’hui. Oui, j’ai un fait un micro-effort parce que j’avais un peu la flemme d’écrire un article aujourd’hui.

Nous sommes dans un roman noir sans être trop noir. John Duke Warren a tout pour être heureux. Il est fortuné, son agence n’a aucune difficulté, sa femme est certes parfois un peu dépensière mais vu sa fortune, ce n’est pas si dramatique. Warren est membre d’un club très select de chasse aux canards (Donald, tiens toi sur tes gardes) et un matin, alors qu’il est lui-même à l’affût, il entend des coups de fusil. Rien de très surprenant, si ce n’est qu’il pensait être seul ou tout du moins, le premier arrivé. Plus tard, il découvre le corps de Dan Roberts – et comprend mieux l’origine des coups de fusil.

La situation aurait pu être assez simple, finalement, si une bonne âme anonyme ne lui avait téléphoné pour l’accuser de meurtre, puisque madame folâtrait avec la victime, en plus d’être sa voisine de boutique. Depuis que les appels peuvent difficilement être anonymes, certain(e)s ont dû se trouver d’autres occupations, comme se défouler tout aussi anonymement sur internet. Force est de constater que Warren n’est pas aussi naïf qu’il y paraît, puisqu’il questionne Frances dès son retour, et sa réaction prouve assez que sa conjointe a quelque chose à cacher, si ce n’est plusieurs choses.

Tout aurait pu s’arrêter là ou presque si Warren n’était convoqué par la police – après tout, il a trouvé le corps – et s’il ne retrouvait lui même sa femme assassinée à son retour. Que faire ? A la suite d’un tout petit mensonge à la police, le voilà coincé.

Sa situation est désespérée, parce que tout policier normalement constitué et ayant aussi reçu un appel anonyme additionnera 2 et 2, en déduira que Warren a tué l’amant de sa femme, puis sa femme elle-même. Que faire ? (Oui, je l’ai déjà dit). Anticiper ! S’assurer des alliés, même si ceux-ci fulmineront à un moment ou à un autre. Enquêter. Se cacher – posséder un vaste local en terme d’agence est toujours utile. Et avoir une secrétaire qui n’est pas bête, qui est même beaucoup plus fine que Warren ne l’aurait cru est un atout certain : il faut une femme à poigne pour contrebalancer une femme fatale telle que sa défunte femme.  Divorcée, n’ayant pas l’habitude de se laisser faire (son ancien patron pourrait en témoigner), Barbara fera de son mieux pour tirer son patron de ce très très mauvais pas. Elle suscite d’ailleurs l’admiration de celui-ci, et de l’enquêteur également.

– Voulez-vous me faire plaisir ? lui dis-je en soupirant. Si jamais vous décidez de vous faire gangster, donnez-moi deux ou trois heures de préavis. Je quitterai le patelin illico.
Elle sourit.
– Scanlon m’a dit la même chose, voyez-vous.

Vivement dimanche, un roman noir à la fin heureuse, à lire avant ou après avoir vu le film que François Truffaut en a tiré.

 

 

Fû, Hana et les pissenlits de Kazuo Iwamura

Mon avis :

Fû (le vent) et Hana (la fleur) sont deux petits lapins qui partent explorer un champ, avec l’autorisation de leur maman. Ils y découvrent des pissenlits, sur lesquels se posent une coccinelle, un papillon puis une abeille qui leur parlent.  Non, les deux petits lapins ne sont pas en fuite, ne font pas bêtises, ils explorent et découvrent ainsi ce que l’on pourrait appeler tout simplement le phénomène de pollinisation.

Les dessins sont très doux, dans des tons pastels, avec de légers traits de crayon apparents pour transporter les jeunes lecteurs dans un univers poétique. Ils laissent suffisamment de place à l’imagination pour permettre d’inventer d’autres histoires, à partir d’eux.  Cet album doux et tendre est encore une réussite signée Kazuo Iwamura – je ne pense pas que cela étonne qui que ce soit.

 

Mois espagnol 2017

Pour la troisième année, nous partons en Espagne au mois de mai, mais aussi en Amérique du Sud !

Toutes les lectures sont admises, que l’auteur soit espagnol, sud-américain, ou que l’action se passe en Espagne ou en Amérique du Sud.

N’oubliez pas les films, les séries, les chansons, la cuisine… tout est permis, y compris les lectures brésiliennes ou portugaises.

Alors, qui est partant pour cette troisième année ?

Breaking news de Frank Shätzing

Présentation de l’éditeur : 

Partout où le monde est en feu, le grand reporter Tom Hagen est présent, prêt à tout pour être le premier sur le lieu de l’action. Jusqu’au jour où, par sa faute, une libération d’otages en Afghanistan tourne à la catastrophe. Trois ans plus tard, l’occasion de relancer sa carrière se présente enfin lorsqu’il met la main sur des données ultra confidentielles volées au Shin Bet, le service de sécurité intérieur israélien. Mais ce qui devait être un énorme scoop se transforme en une mortelle réaction en chaîne. Poursuivi par des agents secrets et de mystérieux tueurs, Hagen doit lutter pour sa survie, pris dans une gigantesque conspiration dont les racines remontent à la Palestine sous mandat britannique.

Merci à Netgalley et aux éditions Piranha pour ce partenariat

Mon avis :

Je ne vous cache pas que le nombre de pages – presque mille – peut refroidir les ardeurs des lecteurs. J’aime lire, mais j’ai franchement du mal avec des livres aussi épais.

Surtout, je pensais que le livre serait consacré à Tom Hagen, et uniquement à lui. Il en est à dire sur un grand reporter. Et bien non : le lecteur est invité à retourner en arrière pour découvrir la naissance d’Israël et pour suivre le destin de trois garçons, les jumeaux Jehuda et Benjamin ainsi que leur ami Arik, qui deviendra Ariel Sharon. Ces parties m’ont moins intéressées parce que j’avais lu récemment Une nuit, Markovitch d’Ayelet Gundar-Goshen et qu’il me paraît difficile de faire plus juste. Breaking news reste à mes yeux un livre essentiellement masculin, les rares personnages féminins, que ce soit Rachel ou Yaël, ne sont pas suffisamment mis en valeur. Je ne parlerai pas non plus de Leah ou Anastasia, qui n’existent que vu à travers des regards masculins, sans que l’on s’intéresse vraiment à leur motivation à elles. Il en est de même pour Inga, la stagiaire du grand Tom Hagen, qui n’a pas représenté grand chose à ses yeux.

L’auteur s’est beaucoup documenté pour écrire ce livre. On peut le voir, mais cela ne transforme pas en pensum pour autant puisque les éléments historiques sont bien intégrés dans l’intrigue. J’ai aussi pensé aux films israéliens que j’allais voir – à l’époque où j’allais encore au cinéma. Nous en apprenons beaucoup, pas seulement sur Israël, mais aussi sur les conséquences pour tous les pays qui l’entourent – ou comme une explication pour sur ce qui passe en ce moment dans cette région du monde.

Breaking news – un livre assez ardu, mais qui contient des moments véritablement prenants.

 

Ce n’est pas un hasard de Ryoko Sekiguchi

Présentation de l’éditeur :

Si un poète écrit sur une catastrophe à la veille d’un événement désastreux, ce n’est pas un hasard.
Si le récit d’une catastrophe débute immanquablement par la veille, ce n’est pas un hasard. Chronique tenue du 10 mars au 30 avril 2011, sur la superposition des images, la mémoire des villes, le hasard, la temporalité de la description et les noms propres qui surgissent, fantomatiques, lors d’une catastrophe.

Un mois au Japon en compagnie de Lou et Hilde

Mon avis :

Ce livre a été écrit par une poétesse, traductrice d’autres poètes japonais, qui écrit aussi en français. Elle se partage entre le Japon et la France, mais s’est rendue également dans des endroits sensibles de la planète.
Elle tient le journal de la catastrophe, pas seulement la catastrophe naturelle, mais la catastrophe nucléaire. Elle écrit avant, pendant, mais pas vraiment après puisqu’au moment où se clôt le livre, la catastrophe et ses conséquences sont loin d’être terminé. Une auteur qui lui est proche n’écrit-elle pas sur la troisième génération après Hiroshima ?
Ryoko Sekiguchi  nous livre son ressenti, au jour le jour, les comparaisons qu’elle ne voulait pas faire mais qu’elle a été amené à faire,  à cause de l’évolution de la situation. Elle montre comment les japonais ont réagi, qu’ils vivent au Japon, ailleurs que sur le site de la catastrophe, ou à l’étranger. Elle n’épargne pas le gouvernement, non plus que les journalistes, à la télévision ou dans la presse écrite, qui prennent des libertés avec la vérité (voir la mauvaise traduction des paroles des survivants).
L’auteur met en lumière ce qui émerge après une catastrophe de cette ampleur, que ce soit le meilleur ou le pire. Celui-ci n’apparaît pas majoritairement au Japon, ces réactions, qu’il faut bien qualifier de racistes, vont du couple mixte dont le mari ne veut plus jamais se rendre dans le pays d’origine de sa femme (combien de divorce à venir ?) ou de l’homme qui ne veut plus s’asseoir à côté d’une japonaise – au cas où.
Ryoko Sekiguchi s’interroge aussi sur les conséquences littéraires de cette catastrophe. Elle invite, et elle n’est pas la seule, Kenzaburo Oé, le premier à avoir parlé d’Hiroshima, à écrire sur ce sujet. Elle pense que d’autres pourraient relever le défi. Elle se demande aussi comment commencer sa carrière d’écrivain après cette catastrophe.
Une chronique sur le vif à méditer.

Le souffle de la pierre d’Irlande, tome 1 : le feu d’Eric Simard

Présentation de l’éditeur : 

L’Irlande… le pays où mon père a disparu. Pourquoi ma mère qui refusait de retourner sur cette île a-t-elle soudain changé d’avis ? Les landes balayées par les vents réveillent en moi un monde sauvage. Mais un mystère me hante : qui est Fiona, cette jeune aveugle qui vient d’arriver au collège ? Elle surgit dans ma vie comme un feu envoûtant. Elle n’aime pas qu’on touche à la terre, qu’on creuse pour déterrer les choses restées longtemps dans l’obscurité. Je l’ignore encore, mais sa rencontre va bouleverser mon existence.

Mon avis : 

J’ai vu cette série à plusieurs reprises à la bibli, je me suis finalement lancée, et je n’ai pas regretté. La lecture est facile. Les chapitres sont courts mais bien conçus- ils ne coupent pas en deux une action importante pour la délayer, ils contiennent une vraie unité narrative. Le vocabulaire et la syntaxe sont simples, ce qui ne veut pas dire que l’on verse dans un lexique familier ou une construction de phrase relâchée. De la littérature jeunesse accessible mais pas démagogique, c’est déjà ça.

Le narrateur est William, il a douze ans et sa mère, qui a 34 ans, a décidé de partir vivre en Irlande, non sur les traces de son père, déclaré décédé presque un an plus tôt, mais sur celles de ses recherches. Lui et son associé Georg étaient à la recherche d’une tombe, les indices étaient contenus dans un manuscrit, que Georg et Elizabeth continuent à décoder. Ils gardent leurs recherches secrètes, au grand dam du jeune garçon qui voudrait en savoir plus. Pendant ce temps, il vit sa vie d’ado, s’intègre dans son nouvel établissement et est fasciné par Fiona, une jeune fille aux yeux d’émeraude aveugle. Ils deviennent amis, et grâce à elle, il en découvre bien plus qu’il n’aurait voulu, non seulement sur ce que cherchait son père, mais aussi sur son père lui-même.

Cette série en cinq volumes semble avoir connu un beau succès à une époque, elle paraît aujourd’hui délaissée (elle n’est quasiment jamais empruntée) et c’est bien dommage.

La fête de l’automne de la famille Souris de Kazuo Iwamura

Présentation de l’éditeur :

Dans la forêt, toute la famille Souris cherche Pierrot qui a disparu. Mais quel est ce vacarme? C’est la grande parade d’automne des champignons!

Mon avis :

C’est un plaisir de retrouver toute la famille Souris. Inséparables, ils accomplissent le plus souvent leur tâche ensemble, si ce n’est que, pour commencer, les parents et le grand-père cherchent des noisettes et des baies, et que les enfants, surveillées par la grand-mère, jouent à cache-cache. Et, dans cet album dans des tonalités orange, comme l’automne, dans ces magnifiques dessins qui occupent toute la largeur de la page, il en est des endroits où une petite souris peut se cacher !

Mais une des souris manque à l’appel : Pierrot est introuvable ! Les tonalités changent alors un peu, passant au vert clair, au gris, au bleu jusqu’à ce qu’un élément merveilleux intervienne : une famille de champignons va les guider jusqu’à Pierrot et les faire participer aux fêtes de l’automne. Les couleurs redeviennent d’un orange profond, riche, doré, proche du rouge parfois. C’est un vrai festival pour les yeux.

Encore un très bel album signé Iwamura.