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Sur les pas de Shiva par Elisabeth Barillé

Présentation de l’éditeur :

À vingt ans, Élisabeth Barillé découvre l’Inde. Ce premier séjour bouleverse ses préjugés sur la beauté, la laideur, le juste, l’injuste et l’intolérable. Elle n’est plus la même en la quittant ; l’Inde a jeté en elle un feu de questions essentielles. Un feu pour toute une vie… Douze voyages ont précédé celui rapporté dans ces pages, car la fascination de Bharata (son nom sanskrit) ne cesse de s’exercer sur elle. On dit communément qu’en Inde, le divin est présent partout. Élisabeth Barillé nous emporte sur les traces de Shiva, le dieu des paradoxes, vers la colline sacrée d’Arunachala, dans ses légendes, ses temples, ses ashrams… et dans une autre exploration, tout intérieure. Ses lecteurs apprécieront l’énergie malicieuse de cette amoureuse de l’Inde capable de conjuguer le goût des autres et celui du silence, la gravité et la malice, la grâce et l’humour.

Élisabeth Barillé est l’auteure de plusieurs romans, récits et biographies, parmi lesquels, chez Gallimard, Corps de jeune fille, Exaucez-nous (Prix de la Fondation de France), À ses pieds. Et chez Grasset, Une légende russe (2012), Un amour à l’aube (2014), L’Oreille d’or (Prix Maurice Genevoix 2016) ou plus récemment : L’École du ciel (Prix Lamartine 2020).

Précision :

Du fait d’une surcharge de travail et d’une surcharge féline, j’ai souvent des coups de blues. Je tiens à préciser que vous avez donc échappé à un super article particulièrement futile, et qui ne m’aurait même pas remonté le moral. A la place, un avis « en retard », que j’aurai sans doute écrit hier soir si j’avais eu plus le moral.

Mon avis :

Je n’aurai pas la prétention, en écrivant cet article, de dire que je suis sortie de ma zone de confort. Non. Je dirai simplement que je ne connais pas grand chose à l’inde ou à la spiritualité indienne, que je n’ai pas de fascination particulière pour ce pays, et que je sais très bien que je ne m’y rendrais jamais – pour la simple et bonne raison que je ne voyage pas. Elisabeth Barillé, elle, est fascinée par ce pays, et c’est sur les traces de ces hauts lieux spirituels qu’elle nous emmène. Il ne s’agit pas, pourtant, d’un récit de voyage comme les autres, encore moins d’un guide des lieux spirituels de l’Inde, mais plutôt de la somme de ce que tous ces voyages en Inde lui ont apporté, du chemin parcouru, et du chemin qui reste à parcourir. Pour aller où ? Vers qui ? Vers quoi ? Elle nous parle aussi de toutes les rencontres qu’elle a faites, sur les questionnements que ces rencontres ont entraînés. On ne peut pas trouver ce que l’on ne sait pas que l’on cherche.

Merci aux éditions ELIDIA, Desclée de Brouwer et à Netgalley pour ce partenariat.

Paris sous la terre par Solange Bied-Charreton

Présentation de l’éditeur :

Avec ce carnet de choses vues, Solange Bied -Charreton nous plonge dans l’univers du métro : l’histoire d’une ligne, la construction de son tracé, les couleurs, la lumière, les usagers qui la fréquentent ou les événements qui s’y produisent… L’auteur s’attache au moindre détail et, dans une perspective d’épuisement du réel, dessine l’humeur d’un monde souterrain secret mais accessible. Une balade poétique au coeur du métro parisien qui en révèle l’originalité, le tragique, mais aussi le charme. Car « chaque voyage sera toujours autre chose que le précédent. Et il y aura encore tant à dire et à voir, à décrire, à rendre par l’écrit. Alors redescendons dans le métro et puis recommençons. »

Mon avis :

Ne vous attendez pas à lire ici un livre où l’on vous expliquerait doctement et pesamment l’origine de chaque ligne de chaque station de métro. Non. Ce n’est pas du tout le style qui est adopté dans ce livre. Oui, l’on parlera des lignes, des stations, de leur couleur, du devenir de leur aménagement aussi. L’on parlera aussi du passé de ces lignes, pas si révolu que cela, ce passé qui laisse encore des traces sur les murs, sous forme d’anciennes réclames publicitaires, ce passé dans lequel s’inscrivent les souvenirs de l’autrice.

L’on parlera des lignes, mais l’on parlera surtout des personnes qui les empruntent, ces fameux usagers qui vont et viennent, entre transhumances du matin et affluence du soir, avec au milieu, les heures creuses, toutes ces personnes que l’on croise, soit en ne faisant jamais attention à elles, soit en leur prêtant telle ou telle vie, selon l’heure à laquelle elles ont été croisées, la ligne qu’elles ont empruntée, la station à laquelle elles sont descendues.

Il est question aussi des incidents, des accidents qui ont pu avoir lieu sur ces lignes, dont les « accidents de personne » qui portent si mal leur nom. Le témoignage d’un conducteur de métro est à ce sujet éclairant, rappelant le traumatisme qu’ils provoquent. Un meilleur terme reste à trouver, ou bien, comme sur certaines lignes déjà, un moyen de les empêcher.

Oui, c’est bien Paris sous la terre qui nous est amener à voir et à découvrir dans ce livre, ce Paris où l’on ne fait que passer, ce Paris qui a parfois servi de décor pour des films, ce Paris où, comme à la surface, certains tentent de survivre.

Merci à Netgalley et aux éditions Elidia pour ce partenariat.

Antonietta de Gérard Haddad

Merci aux éditions du Rocher et à Netgalley pour ce partenariat.

Présentation de l’éditeur :

Alors que la maladie d’Alzheimer de sa femme Antonietta progresse, Gérard Haddad prend la plume pour écrire à celle qui ne parle déjà plus. Ces lettres retracent la lente progression de la maladie : d’abord le déni, puis la lutte, les traitements et l’espoir de revivre « comme avant », puis les rechutes et l’entrée à l’Ehpad, peu avant l’épidémie de Covid et l’absolue solitude qu’elle impose pendant plusieurs longs mois.

Étrangement, du creuset de la maladie émerge un nouvel amour, triomphant de tous les malentendus des années de vie partagées. Les souvenirs des moments de grâce affluent alors, et chaque instant de vie à partager encore prend une intensité et une profondeur insoupçonnée.

Un texte poignant, qui dit toute la force d’un amour conjugal confronté à la maladie.

Mon avis :

Il arrive que des personnes écrivent un livre après le décès d’un proche. Je pense à Joan Didion, je pense à Isabel Allende ou encore Joyce Carol Oates. Chacun avait un but en écrivant ce livre, un but différent. Quel était celui de Gérard Hadadd ? Ecrit ainsi, vous avez certainement l’impression de lire le début d’une dissertation littéraire. Presque. Ce serait dommage d’arriver à ce que cette chronique soit un exercice froid, là où Gérard Haddad parle avant tout de l’amour qui les a unis, lui et Antonietta, pendant soixante ans. Elle fut son grand amour, sa compagne de travail, celle qui tapait ses textes et les lisait donc en premier – sauf celui-ci.

Gérard Haddad ne cachera rien de la maladie, rien, y compris le déni face à la maladie. Ne rien cacher ne signifie cependant pas faire preuve de pathos, ou de misérabilisme, la pudeur est là, également. Il est possible de montrer en exhiber, de raconter sans enjoliver. Gérard Haddad ne cachera pas non plus ce qu’il estime être des défaillances, comme le placement en EHPAD, parce que tout, absolument tout devenait difficile. Ce placement eut lieu juste avant la pandémie, alors que, déjà, la crise des gilets jaunes avait rendue difficile les visites qu’il lui rendait quand elle était hospitalisée. Cela peut sembler anecdotique, et pourtant. Pas anecdotique que cette pandémie qui a tué aussi sûrement de nombreuses personnes de solitude, de manque d’amour, du manque de chaleur humaine. Si elle n’a pas « tué » Antonietta, elle a au moins raccourci ses jours – et l’auteur de s’interroger sur ce qu’elle a pu ressentir, seule, sans visite, et ne parlons pas des « visio » qui ne sont bonnes que dans un cadre professionnel, et encore.

Faire revivre les souvenirs d’Antonietta dans ce livre, leur rencontre, leur mariage, la naissance de leurs enfants, de leurs petits-enfants, les voyages aussi. Vivre la vie, toujours, avant qu’elle ne s’efface. Se rappeler de profiter du bonheur, avant qu’il ne soit plus. Au moment inévitable où il est sur le point d’affronter la solitude, se souvenir de tout ce qui a été partagé à deux.

Un beau livre.

Petit traité de philosophie naturelle de Kathleen Dean Moore

Présentation de l’éditeur :

En partant de la nature pour poser des questions sur l’existence, Kathleen Dean Moore, philosophe et naturaliste, nous offre la plus belle des réponses : l’amour de la vie pour elle-même. Parcourant l’Ouest américain, des côtes sauvages de l’Oregon aux rivages de l’Alaska, ce recueil s’appuie sur l’observation de phénomènes naturels pour nous replacer dans l’immensité du monde, mais aussi, toutsimplement, auprès de nos proches. Avec respect, amour et délicatesse, chacun de ces brefs récits est l’occasion de se recentrer sur l’essence même des choses et de saisir la cristallisation de chacune de nos émotions pour mieux nous connaître nous-mêmes.

Mon avis :

Je crains qu’il ne soit bref. Je ne sais pas vraiment à quoi je m’attendais en lisant ce livre, dont le titre, pourtant, m’attirait depuis très longtemps – je suis fan des éditions Gallmeister, et je lis beaucoup de leurs publications.

Ce que j’ai retenu de ce livre ? Pas grand chose. Il est question de philosophie et de nature – je sais, c’était facile. Les chapitres sont plutôt courts, et comportent tous une anecdote personnelle, liée à sa famille, à ses élèves. Les sujets évoqués sont larges, y compris l’euthanasie, et pourquoi certains veulent y avoir recours, tandis que d’autres ne se sentent pas le droit d’abréger la vie d’autrui, surtout si cet « autrui » ne le désire pas.

Dès le début, le ton est posé, quand Kathleen Dean Moore nous parle de cette étudiante qui a mis fin à ses jours alors qu’elle semblait heureuse. Aucune explication. A quoi sert la philosophie alors ? A pas grand chose. Je cite « Comme le disait Dostoïevski : « Il nous faut aimer la vie, plutôt que le sens de la vie. » » J’ai retenu aussi de ce livre les soucis de santé de sa fille, atteinte d’une maladie qui touche également quelques-uns de ses proches.

Et la nature ? Il en est question, oui, un peu, mais pas tant que cela ai-je eu l’impression, comme s’il y avait nécessité de trouver, au fur et à mesure des chapitres, de chercher absolument un fait de philosophie pour le relier à la nature, à moins que ce ne soit l’inverse.

Un livre dont le souvenir est déjà presque effacé pour moi.

 

Les heures furieuses de Casey Cep

 

édition Sonatine – 400 pages

Présentation de l’éditeur :

Sur les traces du manuscrit perdu de Harper Lee.
Années 1970. Alabama. Le révérend Willie Maxwell est accusé de cinq meurtres. Avec l’aide de Tom Radney, avocat hors pair, il parvient à échapper à la justice… avant d’être abattu lors des funérailles de sa dernière victime présumée. En dépit des centaines de témoins présents, Robert Burns, son assassin, est acquitté – grâce, une nouvelle fois, à Tom Radney.
Dans la salle d’audience, une femme passionnée par l’affaire est venue de New York pour suivre les débats. Son nom : Harper Lee. Dix-sept ans après Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, elle trouve dans cette histoire tous les ingrédients pour écrire enfin son deuxième livre et rivaliser avec De sang-froid de son ami Truman Capote. Un an d’enquête dans la région, puis un an chez elle à travailler à sa propre version des faits, pour finalement aboutir à un manuscrit que personne ne retrouvera jamais.

Merci aux éditions Sonatine et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

C’est par curiosité que j’ai voulu découvrir ce livre – et parce que j’aime beaucoup les éditions Sonatine aussi.

Harper Lee est une autrice que j’ai découvert par le plus grand des hasards, et je ne peux pas dire que la lecture de son roman Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur fut pour moi un coup de coeur. Je l’ai lu, j’ai passé un moment dans l’Alabama poisseux aux secrets bien cachés, et c’est ma foi tout. Ce n’est pas une raison pour ne pas découvrir le parcours de cette femme.

Tout commence avec l’envie d’écrire un livre, un autre livre que celui qui la poursuit depuis sa parution, livre qui l’a mise à l’abri du besoin, livre dont elle ne veut surtout pas parler – et elle donnera fidèlement son amitié à ceux qui respecteront ses choix.

Années 1970. L’Alabama a-t-elle changé ? Les proches du révérend Willie Maxwell décèdent les uns après les autres, sa première femme, sa seconde femme, son neveu, sa belle-fille…. Ils décèdent tous de morts violentes, pour ne pas dire assassinés. Les coupables ne sont pas retrouvés ou plutôt, le révérend est souvent soupçonné, presque toujours innocenté. Je dis « presque » parce que, alors qu’un nouveau procès s’ouvrait, Willie Maxwell est assassiné par un proche de la dernière victime. Pas de suspens inutile : tout comme le révérend lors de son premier procès, Robert Burns sera acquitté. Avoir un très bon avocat – le même pour les deux hommes, ironie du sort quand tu nous tiens – cela aide.

Essai ? Biographie ? Chaque partie de cette oeuvre est consacrée à l’un de ses protagonistes, le révérend, l’avocat ou l’auteur. Il nous parle également du contexte dans lequel l’action a eu lieu – si les assurance-vie n’avaient pas connu un immense essor, peut-être rien de tout ceci n’aurait eu lieu. Quant à Robert Burns « Big Tom », il a essayé de faire une carrière politique dans l’Alabama raciste des années 60-70, Etat qui n’appréciait pas vraiment que l’on puisse défendre les droits des Afro-américains. Le harcèlement, les menaces, ne sont pas seulement des fléaus de notre temps.

Et Harper Lee ? Nous suivons son parcours, de sa naissance, petite dernière d’une famille de quatre enfants, à sa mort; Nous la croisons avec Truman Capote, son voisin, son ami d’enfance avec qui elle partira enquêter – les notes de Nelle ne sont pas pour rien dans l’écriture de De Sang-froid. Nous suivons, avec elle, la difficulté d’écrire, la difficulté de recueillir un matériel, puis de le mettre en mot, en forme, de construire une oeuvre cohérente, pour ne pas dire construire une oeuvre tout court. Que veut-on dire, que veut-on démontrer quand on écrit l’histoire d’un révérend assassiné, de son assassin quasiment acquitté et de leur avocat ? Harper Lee a certainement écrit pendant des années, pendant toutes ses années, sans parvenir à écrire une oeuvre qui correspondrait à ses exigences, à ses attentes. Il est question aussi… d’écrire une oeuvre qui pourra être publié, qui conviendra à un éditeur. Oui, avant de trouver son public, un roman doit aussi trouver son éditeur.

Les heures furieuses est une oeuvre dense, complexe, qui nous parle à la fois de l’Amérique sudiste, de l’Amérique qui ne voit même pas ses dysfonctionnements, et de la difficulté d’être – d’être Harper Lee, tout simplement.

Les tribulations d’un Français en France par Philibert Humm

Présentation de l’éditeur :

Pour Philibert Humm, l’aventure est au coin de la rue. Ça tombe bien, il n’avait pas l’intention d’aller plus loin. En Tintin écrivain et fantaisiste, il aime explorer et découvrir les lieux qui l’entourent. Muni d’une pancarte « N’importe où », il réinvente l’art de l’autostop et se laisse porter, au gré des voitures et des rencontres. Ainsi il nous offre, de la France et de ses habitants, des portraits tendres et poétiques.

Merci aux éditions du Rocher/Elidia et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

L’an dernier, je me demandais à quel livre le confinement donnerait naissance. Je craignais le pire. Je dois dire que c’est tout le contraire qui est arrivé après la lecture des Tribulations d’un français en France, discret hommage à Jules Verne. Entre deux confinements (nous en sommes là), l’auteur a fait un tour de France à sa manière, loin des sentiers battus, décidant d’explorer les lieux français qui donnent l’impression d’être dans un autre pays. Guidé par la fantaisie et la volonté aussi de se rendre « n’importe où », il offre ainsi divertissement et dépaysement. En effet, il ne s’agit nullement de se rendre dans les endroits que tout le monde connait, ces fameux « incontournables » qu’il faut avoir vu une fois dans sa vie. Non. Il s’agit d’abord d’aller à la rencontre des gens, ceux qui vont et viennent sur les routes à cause de leur travail (le plus souvent) ou de leurs loisirs, ceux qui prennent leur café, tous les matins, sur le même zinc (et ne peuvent plus le faire tandis que j’écris ses lignes), ceux qui disent, racontent, échangent. Ce récit comporte aussi beaucoup d’humour, l’auteur n’ayant pas la prétention d’être un savant, un connaisseur, ou pire, un parisien venu en Terre inconnue avec ses certitudes. L’auto-stop est son mode de transport, qu’on se le dise, expérimentant ainsi tous les types de véhicules, et de conduite. Et pourquoi ? Pour flâner, tout simplement, ce que l’on a trop souvent oublié de faire. Laissons à nouveau une part aux rêves.

Pour terminer, une citation : Toutes mes idées, loin de là, ne sont pas bonnes. La plupart son même mauvaises, voire consternantes. Mais les mauvaises idées ont cet avantage sur les bonnes : on se les fait moins piquer. 

Homosexualité, censure et cinéma collection dirigée par Christophe Triollet

Présentation de l’éditeur :

Le cinquième opus de la collection Darkness, censure et cinéma examine sans doute l’un des sujets les plus controversés au cinéma, l’un des tout derniers tabous à subsister à l’écran : l’homosexualité. Montrée, évoquée ou simplement suggérée, l’homosexualité à l’écran ne laisse jamais indifférent parce qu’elle exacerbe nos contradictions et ce que nous croyons être. En contournant les postulats, en revendiquant le droit à la différence, elle renvoie à l’idée de liberté totale. Elle fragilise nos certitudes et les préceptes de nos sociétés hétérosexuelles. Alors comment, dans ces conditions, parler d’homosexualité au cinéma sans risquer de provoquer ses pourfendeurs ou d’offenser ses défenseurs ? Quinze auteurs vont tenter de répondre dans cet ouvrage inédit.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier Babelio et Lettmotif Editions pour ce partenariat, et pour le soin apporté à leur envoi.

J’avais coché ce livre lors d’une précédente Masse critique pour retourner à mes toutes premières amours : le cinéma et les critiques de cinéma. Vu le mal que j’ai eu à chroniquer ce livre, je crois qu’il faut désormais que je me cantonne à la littérature, et à rien de plus. Non, parce que je n’ai pas eu de mal à lire ce livre, j’ai simplement du mal à le chroniquer !

Je commencerai bêtement par le point qui m’a dérangé : aucune femme parmi les rédacteurs (au sens neutre du terme) de ces articles. Je pense cependant qu’il doit exister des journalistes, des chercheuses qui se sont intéressées à la manière dont l’homosexualité était traité au cinéma, à la télévision. Une fois ce point évacué, force est de constater que chacun des articles qui compose ce recueil est absolument passionnant.

L’homosexualité, c’est ce que l’on veut cacher, ce qui ne doit surtout pas être montré. Je pense plus particulièrement à l’article « Homosexualité et censure. Une petite traversée du cinéma français » d’Alain Brassart, entre censure et auto-censure, la pire à mon sens, parce qu’elle traduit la peur de déplaire – et parce que les financements, pour une histoire d’amour entre personnes du même sexe, peuvent être encore plus durs à trouver. J’ai l’habitude d’écrire argument et contre-argument : ce n’est pas parce qu’un réalisateur est homosexuel qu’il doit forcément parler d’homosexualité dans ses films. Certes. Mais pourquoi, systématiquement, ne pas le faire, ou le faire de façon tellement implicite qu’il faut vraiment être attentif (ve) pour saisir les allusions ? En contre exemple, je parlerai de « Modern Family : un couple gay dans une sitcom et après ? Quand le personnage homosexuel cesse de brandir sa différence en étendard » de Benjamin Campion, une sitcom américaine qui montre une famille « comme les autres » avec deux papas et une petite fille. Cette représentation de l’homosexualité a ses détracteurs, qui voudrait quelque chose de plus « naturaliste ». Montrer un couple gay heureux, parents, avec maintes relations amicales dans une série familiale est un énorme pas en avant. Surtout quand je pense au représentation caricaturale de certains films français (voir à ce sujet la préface de Christophe Triollet).

Oui, s’il est un fait qui domine, c’est la censure – n’oublions pas le code Hays, qui sévit aux États-Unis durant des décennies, et entraîna de véritables contorsions pour transcrire à l’écran les œuvres de Tennessee Williams (Un tramway nommé désir, par exemple) ou encore Rebecca de Daphné du Maurier. (« Un cinéma travesti » de Didier Roth-Bettoni). Je fus une cinéphile (ce n’est plus le cas), ce qui ne m’empêche pas de noter que ce recueil s’intéresse à tous les genres, le péplum(« Des tiges et des toges ou l’homosexualité dans le péplum  » d’Albert Montagne), le film historique (« L’amour qui n’ose dire son nom; L’homosexualité masculine dans les films sur le Moyen Age » de Yohann Chanoir) mais aussi le cinéma pornographique.

Homosexualité, censure et cinéma est un recueil passionnant, mais qui m’a montré un fait que je pressentais déjà : le cinéma m’intéresse nettement moins qu’il y a dix ans.

Les moissons funèbres de Jesmyn Ward

Présentation de l’éditeur :

En l’espace de quatre ans, cinq jeunes hommes noirs avec lesquels Jesmyn Ward a grandi sont morts dans des circonstances violentes. Ces décès n’avaient aucun lien entre eux si ce n’est le spectre puissant de la pauvreté et du racisme qui balise l’entrée dans l’âge adulte des jeunes hommes issus de la communauté africaine-américaine. Dans Les Moissons funèbres, livre devenu instantanément un classique de la littérature américaine, Jesmyn Ward raconte les difficultés rencontrées par la population rurale du Sud des États-Unis à laquelle elle appartient et porte tant d’affection.



Mon avis :

Livre douloureusement lu. Livre dont je ne suis pas sortie indemne. Livre qui montre, encore et toujours, l’influence de la pauvreté et du racisme sur le devenir des enfants et des jeunes adultes.
Ils étaient cinq. Cinq amis ou parents de Jesmyn Ward, cinq à être morts en l’espace de cinq ans. Pas de ces morts dites « naturelles », non, des morts violentes à chaque fois. Jesmyn a construit son récit de deux manières : d’un côté, un récit chronologique linéaire, de l’autre, un récit chronologique inversé, de la mort la plus récente à la plus ancienne, la plus indicible, celle de son petit frère (avec elle sur la couverture du livre).
Livre profondément émouvant sans jamais sombrer dans le pathos, tellement émouvant que j’ai encore les larmes aux yeux en rédigeant cette chronique.
Parce que, ce que nous montre ce livre, c’est le déterminisme dans lequel on plonge les enfants noirs dès le début de leur scolarité- pour ne pas dire, dans le cas de Jesmyn, dès sa naissance. Noir et pauvre, quel avenir est le vôtre ? Aucun, c’est ce que dit le système scolaire. Orientation ? Zéro. Chance de poursuivre des études ? Justement, il faudrait de la chance, et peu en ont. Les facilités naturelles, ou les réussites dues à un travail acharné ? On oublie ! Les efforts des mères semblent voués à l’échec dès le départ – les pères ayant une forte tendance à quitter très rapidement le foyer. Si Jesmyn Ward raconte lucidement les années de vie conjugales de ses parents, les tentatives pour recoller les morceaux, puis la séparation définitive, elle n’oublie pas que son père savait ce qu’était d’élever un fils dans une communauté où la violence était omniprésente. Résister à la tentation de la violence, trouver d’autres solutions, telle était la force de son père, telles étaient les valeurs qu’il a voulu transmettre autour de lui. Un rêve ? Peut-être. La vie d’un jeune noir ne vaut rien dans ses états du Sud. La justice ? Elle n’est pas pour lui, ni mort, ni vivant : un petit délit pourra envoyer un adolescent noir des années en prison, alors qu’un adolescent blanc s’en tirera avec une petite tape sur les doigts. Je n’exagère pas, et c’est sans doute le pire.
Les moissons funèbres est un livre terriblement juste, terriblement émouvant.

Rumeurs d’Amérique d’Alain Mabanckou

Présentation de l’éditeur :

Pour la première fois, j’ouvre les portes de mon Amérique, celles de la Californie où je vis depuis une quinzaine d’années, où j’enseigne la littérature française, mais aussi où j’écris tous mes romans. L’opulence de Santa Monica, l’âpre condition des minorités de Los Angeles, le désespoir des agglomérations environnantes, mais également l’enthousiasme d’une population qui porte encore en elle le rêve américain, c’est aussi mon histoire aujourd’hui. Faits divers, musique, sport, guerre des gangs, enjeux de la race, habitudes politiques et campagne de l’élection présidentielle, mœurs des Angelinos, découverte d’endroits insolites, tout est passé au crible ici pour dessiner le portrait d’une autre Amérique.

Merci aux éditions Plon et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

J’ai un livre d’Alain Mabanckou dans ma PAL depuis quelques temps déjà, et il a fallu la rentrée littéraire non pour que je le lise (mais cela va venir) mais pour que je me replonge dans son œuvre, avec la toute dernière en date : Rumeurs d’Amérique.
Alain Mabanckou, écrivain d’origine congolaise, vit en Californie depuis 15 ans (Santa Monica d’abord, Los Angeles ensuite) et enseigne dans cet état. Dans ce texte, il revient sur ses quinze ans en Californie, tout en nous parlant de l’actualité : la Covid, le confinement en France, les proches, touchés par la maladie. Actualité américaine aussi, avec Trump, son élection, et les réactions qu’elle a pu susciter, la sécheresse en Californie, et le travail des gouverneurs successifs pour gérer au mieux tous les problèmes.
Sujet brûlant entre tous : le racisme. Il est question de la violence faite aux Afro-américains, de la peur, qui est toujours là quand une intervention policière est en cours, de la place des SDF dans la ville, à la périphérie de la ville, de ses personnes (les chiffres sont effarants) qui vivent quasiment dans des campements de fortune : l’autre visage de l’Amérique, celui que l’on ne voit jamais.
Alain Mabanckou est professeur, et s’il nous parle de son enseignement, il nous parle aussi de culture dans ce livre. Il nous parle des écrivains américains, ceux qui parlent de ce sont on n’a jamais parlé avant eux, je pense à James Baldwin, à Ernest J. Gaines, des auteurs qui ne sont pas là pour être plaisants, mais pour dire. Il nous parle aussi des écrivains contemporains, comme Pia Petersen, et des personnalités engagées de notre temps. La culture, c’est aussi le rap, et le sort violent qui est souvent celui des rappeurs (agression, prison, mort parfois). Il nous parle du basket ball, de LeBron James et de Kobe Bryant, élégant jusqu’au bout envers celui qui a dépassé son propre record – Kobe Bryant et sa fille, à qui hommage est rendu aussi.
La culture, c’est aussi pour moi la bien-nommée SAPE (La société des ambianceurs et des personnes élégantes), cette passion pour les vêtements et l’élégance, les codes qui la régissent, ce sujet est d’autant plus intéressant que l’on n’en parle pas souvent.
Ces « rumeurs » furent très agréables à lire, par leur richesse, leur variété, leur questionnement aussi, entre sujets graves et le fameux « culte du corps » des californiens, sans oublier les restaurants et les cafés qui ne sont pas toujours des modèles d’équilibre diététique. Paradoxe californien ? Oui, un peu.

Marcher la vie de David Le Breton

édition Métailié – 168 pages.

Présentation de l’éditeur :

La marche connaît un succès planétaire en décalage avec les pratiques de sédentarité ou de sport en salle, tapis de course… prédominant dans nos sociétés. Cette passion contemporaine mêle des significations multiples pour le même marcheur : volonté de retrouver le monde par corps, de rompre avec une vie trop routinière, de peupler les heures de découvertes, suspendre les tracas du jour, désir de renouvellement, d’aventure, de rencontre. Une marche sollicite toujours au moins trois dimensions du temps : on la rêve d’abord, on l’accomplit, et ensuite on s’en souvient, on la raconte. Même terminée, elle se prolonge dans la mémoire et dans les récits que l’on en fait : elle vit en nous et est partagée avec les autres. Dans ce livre – ludique, intelligent et stimulant –, l’auteur revient sur le plaisir et la signification de la marche, et nous en révèle les vertus thérapeutiques face aux fatigues de l’âme dans un monde de plus en plus technologique.

Merci aux éditions Métailié et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Cet essai m’intéressait parce que j’aime marcher et que c’est parfois très compliqué. Autant s’inscrire dans une salle de sport et y passer trois heures le samedi matin est considéré comme normal, autant marcher sans but autre que la marche peut questionner autrui.
Le constat est simple : nous ne marchons que trois cent mètres par jour actuellement, nos parents ou grands-parents marchaient sept kilomètres par jour dans les années cinquante. L’auteur nous montre les occasions que nous avons, de nos jours, de ne plus marcher : « On transporte son corps, il ne nous transporte plus. »
Il est une histoire de la marche, des motifs qui poussent à marcher. La religion y tient une place importante, y compris de nos jours : les années 70 ont vu le retour des pèlerinages, dont le plus connu, le plus accessible est sans doute Saint Jacques de Compostelle – et de nombreux ouvrages y sont consacrés.
Les ennemis de la marche sont montrés – ils sont les ennemis du corps en général, lui préférant la technologie/ Les dangers de la marche aussi, du moyen âge à nos jours – l’épuisement n’est pas le seul risque, et marcher, même seul, ne signifie pas se couper de tout lien social, mais se retrouver. Et parfois, le renouer, comme le montre certaines initiatives montés par des éducateurs, en lien avec les familles, les jeunes en rupture sociale et, il faut bien le dire, le système judiciaire qui veut amener ces jeunes à s’interroger sur eux-mêmes, sur leur avenir, sur ce qu’ils veulent faire de leur vie (voir sur le sujet, le très beau roman La Trouille de Julia Billet).
Cet essai fait aussi la part belle à tous ces auteurs qui ont écrit sur la marche, sur ce que la marche leur a apporté : je pense à Stevenson, à Simone de Beauvoir, à Doug Peacock, à Sylvain Tesson en particulier.
Il rappelle aussi, pour terminer, que parfois, la marche n’a pas servi à grand chose, surtout si le marcheur est resté connecté tout au long de son parcours. On oublie trop souvent que, pour se retrouver, il faut aussi accepter de se perdre, un peu.
Je terminerai par cette citation :
« On pense à cette sagesse juive qui souligne qu’il vaut mieux demander son chemin à quelqu’un qui ne le connaît pas et le cherche lui aussi.
S’égarer est souvent propice aux surprises, aux découvertes.
«