Archives

Voyage en France buissonnière de Louis Meunier

Mon avis :

Lire un livre qui comporte la présence de deux chevaux pour quelqu’un qui a la phobie des chevaux (à l’exception de la regrettée Urgence de Longuemare, bien sûr) est pour moi une gageure (plus simple tout de même que de monter à nouveau à cheval).
Au côté de Louis, Sybille, Unik et Où-vas-tu puis Lars, le lecteur parcourt la France de Paris à Marseille, presque la France des chemins noirs, la France que l’on ne nous montre pas. Cependant, cette France des chemins de traverse n’est pas coupée du monde, et les deux cavaliers vont côtoyer la belle et franche diversité de la modernité – ou comment à quel distance faut-il se trouver de Paris pour être enfin loin des autoroutes et autres ronds points.
Le livre est composé d’un prologue et de six parties, comme autant d’étapes du voyage. La langue utilisée est rare,hors du temps, utilisant de manière naturelle des mots trop souvent inusitées (alacrité, pastoralisme). Au gré de leur pérégrination, des rencontres se font, la plupart d’entre elles sont liées à leur mode de déplacement et d’hébergement. Ce ne sont pas nécessairement des personnes qui ont un projet différent, il en est aussi qui vivent de l’élevage intensif et ne voient pas comment il leur serait possible de faire autrement.
Vouloir voir la France autrement ne signifie pas renoncer à toute technologie, ni être toujours foncièrement optimiste. Cependant, il est toujours intéressant de voir qu’il est des personnes, en France, qui ont de véritables projets, et qui n’ont pas attendu que d’autre agissent à leur place.
Merci à Babelio et aux éditions Keno pour ce partenariat.

 

Publicités

La Corée du Nord à bicyclette – un diplomate à Pyongyang de John Everard

Merci aux éditions DeCreszenzo et à Babelio pour ce partenariat.

Présentation de l’éditeur :

Ambassadeur du Royaume Uni à Pyongyang de 2006 à 2008, John Everard nous décrit une Corée du Nord vue de l’intérieur, à travers les multiples expériences et rencontres qui ont été les siennes au nord du 38e parallèle. Il porte un regard humain sur un pays et un peuple dont nous ignorons somme toute beaucoup. L’ouvrage propose également une synthèse sur l’histoire et le fonctionnement de cette République pas comme les autres, ainsi qu’une réflexion sur ses relations avec le reste du monde.

Mon avis : 

Je ne suis pas forcément attirée par ce qui concerne l’Asie, cependant je résiste difficilement à un livre qui parle de la Corée du Nord, parce que les documents sur ce pays sont rares.
L’auteur est un diplomate qui a ainsi pu avoir une vision privilégiée de ce pays, un des rares étrangers à y mettre admis, un étranger qui a aussi souhaité être en contact avec les coréens, sans forcément rester enfermé dans la tour d’ivoire de l’ambassade. Diplomate ne signifie pas être naïf, il ne nous vend pas une vision idyllique de la vie en Corée du Nord, il sait qu’il n’a pas tout vu, qu’il est impossible de tout voir d’ailleurs, et parle toujours avec précautions, confrontant ce qu’il a vu et entendu pendant son séjour. Il cite également d’autres références littéraires, intéressantes à lire pour ceux qui pratiquent couramment l’anglais.
Le livre est divisé en chapitre clairement identifié, ce qui permet au lecteur de lire directement le chapitre qui l’intéresse : nous ne sommes pas dans un roman, et zigzaguer dans cet essai n’est pas un souci. Il ne nous parle pas seulement de la vie quotidienne en Corée du Nord, ou plutôt en RPDC, mais aussi de l’histoire de ce pays et de son rapport au monde, à un moment où la Corée du Nord se retrouve sous les feux de l’actualité.
Un livre à recommander à tous ceux que l’Asie intéresse.

Sauver les livres et les hommes de Michaeel Najeeb et Romain Guibert

Présentation de l’éditeur :

Lorsque Mossoul tombe aux mains de Daech, plusieurs dizaines de milliers de Chrétiens fuient la plaine de Ninive, au nord de l’Irak. En quelques heures, des familles entières abandonnent leurs maisons, leurs églises et leurs cimetières, fuyant un assaut de cruauté. Elles quittent la terre de Noé, d’Abraham et de saint Thomas, la leur depuis deux millénaires.
Au cours d’une incroyable épopée, le père Michaeel Najeeb, sauve des centaines de manuscrits vieux de plusieurs siècles que les djihadistes ont juré de réduire en flamme, comme ils ont détruit Palmyre ou saccagé le tombeau de Jonas. Au péril de sa vie, ce dominicain de Mossoul nettoie, restaure et protège ces textes sacrés.

Merci à Netgalley et aux éditions Grasset pour ce partenariat.

Mon avis : 

Ce livre est un témoignage sur la guerre en Syrie, le quotidien de ceux qui vivent, qui fuient non pour eux mais pour préserver les leurs. « Fuir », d’ailleurs, est un bien grand mot : combien mourront en route, seront témoin de scènes d’horreur, ou seront séparés des leurs   : Quand Daech est face à soi, on ne joue pas au dur, on ne triche pas. Ceux qui fuient sont surtout prudents.

Celui qui témoigne, c’est le père Michaeel Najeeb. Depuis des années, déjà, il oeuvrait à la préservation des manuscrits anciens, menacés par le temps, menacés surtout par es djihadistes. Il rappelle ainsi l’importance de préserver la culture, quelle qu’elle soit, puisque tout est fait pour la détruire, faire table rase de ce qui a uni les hommes.

Je termine par une touche personnelle (forcément) : à l’heure où certains se croient drôles en disant « j’ai pas d’racines, ch’suis pas un arbre », je les invite cordialement à passer une journée sans culture, mais alors vraiment sans culture. Nous discuterons après.

 

Une journée dans la mort de l’Amérique de Gary Younge

Présentation de l’éditeur  :

Chaque jour, ce sont près de sept enfants ou adolescents qui meurent par balle aux États-Unis. Cette statistique glaçante ne peut rendre compte à elle seule des vies détruites par les armes à feu, Gary Younge a donc décidé de raconter le destin des jeunes gens tués au cours d’une journée choisie au hasard. Ils sont dix à être abattus le 23 novembre 2013, dix enfants et adolescents âgés de 9 à 19 ans  : sept noirs, deux hispaniques, un blanc.Gary Younge consacre un chapitre à chacune de ces victimes tuées par balle, parfois par accident, parfois lors d’un règlement de comptes  : Jaiden, Kenneth, Stanley, Pedro, Tyler, Edwin, Samuel, Tyshon, Gary et Gustin. En recoupant les entretiens qu’il a menés avec leurs proches, les rapports de la police, du «  911  » et des journalistes locaux, il reconstitue la vie et les dernières minutes de ces jeunes, victimes de leur condition sociale, de la négligence des adultes, des lobbys.

Merci à Netgalley et aux éditions Grasset pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce livre est désespérant  parce qu’il montre un fait de la société américaine contre lequel peu se mobilise : la mort d’enfants, d’adolescents tués par balles. Les causes ? Non, elles ne sont pas à chercher dans la vente libre d’armes à feu, dans le nombre d’armes qui circulent dans le pays, non. Tout vient des parents, de l’éducation qu’ils donnent ou plutôt qu’ils ne donnent pas, idée bien ancrée, partagée par tellement de personnes que l’on peut se demander, vu de l’extérieur, comment faire bouger les choses.
Gary Younge a choisi une journée, au hasard. Au cours de cette journée, dix mineurs furent tués, quasiment dans l’indifférence générale. En dehors du cercle, parfois très restreint, des proches, ses morts ne semblent pas avoir émus l’opinion. Parfois même, les responsables, les coupables ne furent pas inquiétés : les accidents surviennent, n’est-ce pas, et l’on n’y peut rien. J’ai découvert à cette occasion qu’il existait des formations pour apprendre aux enfants à se « protéger » des armes à feu – ou plutôt leur apprendre comment s’en servir. Effrayant.
L’enquête est minutieuse, précise, et l’auteur n’hésite pas à faire part de ses difficultés à interroger les proches. Autre fait marquant : la difficulté, matérielle, des familles pour enterrer leur enfant, la nécessité, trop souvent, de recourir à des appels au don.
Second fait : la nécessité, pour mobiliser l’opinion que les victimes soient « innocentes », mignonnes si possible. Ou l’on oublie (on = l’opinion publique) que tout le monde a le droit de vivre, et non de risque de prendre une balle dans la rue, ou chez soi, volontairement ou par accident.

Je terminerai par cette citation : Dans les milieux où grandissent beaucoup de jeunes Noirs, les défis de l’éducation ne sont pas du genre de ceux que l’on voit dans Super Nanny. Les critiques de la parentalité dans de tels contextes doivent d’abord pendre en compte la difficulté d’accomplir son rôle de parent aux endroits où les écoles sont mauvaises, où les gangs pullulent, où les drogues et les armes sont facilement accessibles, où les ressources sont limitées et où la police se montre impitoyable.

Une blonde à Manhattan d’Adrien Gombeaud

Présentation de l’éditeur :

New York, 1955. Marilyn Monroe quitte Hollywood pour échapper à l’emprise des studios et à son image de blonde écervelée. Elle se réinvente en fréquentant l’élite intellectuelle et les cours de l’Actors Studio. Pour témoigner de cette nouvelle Marilyn, un magazine populaire engage le photographe Ed Feingersh. Ensemble, Ed et Marilyn inventent un style de reportage qui emporte le lecteur dans l’intimité de la star. Créatif et téméraire, il la suit pas à pas dans les rues, le métro ou les bars de Manhattan. De son objectif jaillissent les images sensibles d’une femme sans fard, une passante presque ordinaire, heureuse, mélancolique, impériale et solitaire. Cinquante ans plus tard, ces clichés cachent encore une énigme : alors que l’actrice entrait dans la légende, le photographe disparaissait sans laisser de trace. Le temps d’une semaine, il avait su voir Marilyn comme personne avant lui.

Mon avis : 

Ce livre est à réserver aux fans de Marilyn Monroe, à ceux qui veulent en savoir plus sur elle, sur son cheminement artistique, et sur le photographe, Ed Feingersh qui fit le reportage sur son arrivée à Manhattan, alors qu’elle était décidée à donner un nouveau cap à sa vie. Ces photos ont été retrouvées par hasard, et celui qui les a retrouvées a tout de suite vu leur valeur – monétaire plus qu’artistique à ses yeux, certainement. Des photos inédites de Marilyn ! Des photos publiées en 1955 et que personne n’avait revu depuis – l’une d’entre elles illustre l’édition française de Blonde de Joyce Carol Oates.
Ne cherchez pas dans ce livre des révélations sordides. Adrien Gombaud n’occulte pas les moments difficiles des années 1955-1962 (l’internement de Marilyn, ses fausses couches), il s’interroge sur ce que suscite encore Marilyn aujourd’hui, l’hyper sexualisation de son image au point que les écrits qu’elle a inspirés sont bien plus osés que ses films ou ses photos. Plus qu’aux photos d’Ed Feingersh qui illustre ce livre, je pense aux dernières photos de Marilyn, sur lesquelles sa cicatrice post-opératoire est bien visible.
Il s’interroge aussi sur la notion de « Marilyn, la vraie » ou les explications comme quoi il y aurait eu Marilyn d’un côté, Norma Jeane de l’autre. Il démontre à quel point ceci est un peu trop simple : qui savait, finalement, à par elle-même, qui était vraiment Marilyn.
Curieuse rencontre, cinq jours à peine dans leur vie, que celle de ces deux êtres, Marilyn et Edwin, tous deux morts d’une surdose de barbituriques. Si l’une cherchait la lumière, l’autre tendait vers l’effacement, l’oubli – ne rien laisser derrière lui. Une blonde à Manhattan, un livre pour découvrir les années pendant lesquelles Marilyn Monroe a voulu s’affirmer en tant qu’actrice et productrice, loin de l’image que les studios renvoyaient d’elle.

Traité du zen et de l’art de la pêche à la mouche de John Gierach

Edition Gallmeister – 240 pages.

Présentation de l’éditeur :

Les récits qui composent ce “Traité” parlent de pêche à la mouche, d’amitié et de tout ce qui fait une vie de pêcheur – du café de bivouac aux voitures en passant par les cannes à mouche et autres équipements. Ni traité philosophique, ni récit d’aventures, ni manuel de pêche, ce livre combine des éléments de ces trois veines, avec en prime une bonne dose d’humour et d’esprit. Sous la plume faussement légère de John Gierach se dissimulent de subtiles considérations sur la nature et un amour profond pour ce monde dans lequel il a choisi de s’exprimer.

Mon avis : 

Tout d’abord, merci à Léa grâce à qui j’ai remporté ce livre l’an dernier lors d’un concours. J’aime toujours autant l’écriture reposante, apaisante de John Gierach. J’ai beaucoup aimé les récits qui composent ce traité et nous montre tout le plaisir que l’on peut prendre à pratiquer la pêche à la mouche, du choix de la canne à pêche en passant par le fameux café du bivouac, sans oublier un récit qui trouverait bien sa place en période d’Halloween. Ne pas oublier non plus les paysage, les rivières rencontrées, de jour mais aussi de nuit. Même si l’on n’est pas fan de pèche, la lecture de ce traité reste très accessible. Et je compte bien lire d’autres livres de cet auteur.

PS : Lors de la lecture de son précédent livre, je disais que j’avais deux chats gravement malades, là, il n’en reste qu’un et certains jours du mois d’août ont été délicats pour lui. J’espère l’emmener le plus loin possible.

L’ascension du Mont Blanc de Ludovic Escande

Présentation de l’éditeur :
Quand Jean-Christophe Rufin et Sylvain Tesson emmènent un éditeur sujet au vertige à 4800 mètres d’altitude…
Éditeur parisien, Ludovic Escande est plus habitué aux salons littéraires qu’aux bivouacs en haute montagne. Un soir, il confie à son ami Sylvain Tesson qu’il traverse une période difficile, l’écrivain lui lance : « Mon cher Ludovic, on va t’emmener au sommet du mont Blanc ! ».
Il n’a jamais pratiqué l’alpinisme et souffre du vertige. Pourtant il accepte, sans réfléchir. S’il veut atteindre le toit de l’Europe, il devra affronter les glaciers à pic, les parois vertigineuses, la haute altitude et le manque d’oxygène. La voie que lui font emprunter Sylvain Tesson et Jean-Christophe Rufin est périlleuse pour un débutant. Mais c’est le plus court chemin pour retrouver goût au bonheur.
Avec sincérité et humour, Ludovic Escande raconte cette folle ascension qui est aussi et surtout une formidable aventure amicale, littéraire et spirituelle.

Merci à Allary édition, à son attachée de presse et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Ami lecteur, si tu es quelqu’un de très raisonnable, adepte de livre feel good bio, ce livre n’est pas fait pour toi. En revanche, si tu n’es pas contre une expérience hors norme, pas du tout raisonnable, laissez-vous entraîner.
Au début de ce récit, Ludovic se remet à peine – ou plutôt, ne se remet pas vraiment de son divorce. Il est littéralement au bord du gouffre. Alors, que vont faire ses amis pour l’aider ? Quoi de mieux qu’atteindre les sommets ? Et d’affronter son vertige – un point commun entre moi et l’auteur, si ce n’est que je ne me surpasserai jamais comme lui.
Nous avons le récit de son entraînement, rigoureux à sa manière mais pas conventionnel – et la désapprobation de la faculté de médecine n’y changera rien, elle qui appelle à une ascèse totale. Non, l’auteur n’ira pas jusqu’à tout supprimer, et ce n’est pas Sylvain Tesson qui le lui demandera. Je ne vous cache pas que c’est son nom qui m’a donné envie de lire ce livre.
Bien sûr, nous avons aussi le récit de l’ascension, sans aucun temps mort. Ce livre nous raconte l’urgence de vivre, l’urgence de ce donner un but et d’y parvenir. Il montre aussi la sûreté, la sérénité en la personne de Jean-Christophe Rufin – l’exacte opposé de Sylvain Tesson.
Un livre à lire, pour montrer que l’aventure reste à porter de main aujourd’hui.