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Homosexualité, censure et cinéma collection dirigée par Christophe Triollet

Présentation de l’éditeur :

Le cinquième opus de la collection Darkness, censure et cinéma examine sans doute l’un des sujets les plus controversés au cinéma, l’un des tout derniers tabous à subsister à l’écran : l’homosexualité. Montrée, évoquée ou simplement suggérée, l’homosexualité à l’écran ne laisse jamais indifférent parce qu’elle exacerbe nos contradictions et ce que nous croyons être. En contournant les postulats, en revendiquant le droit à la différence, elle renvoie à l’idée de liberté totale. Elle fragilise nos certitudes et les préceptes de nos sociétés hétérosexuelles. Alors comment, dans ces conditions, parler d’homosexualité au cinéma sans risquer de provoquer ses pourfendeurs ou d’offenser ses défenseurs ? Quinze auteurs vont tenter de répondre dans cet ouvrage inédit.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier Babelio et Lettmotif Editions pour ce partenariat, et pour le soin apporté à leur envoi.

J’avais coché ce livre lors d’une précédente Masse critique pour retourner à mes toutes premières amours : le cinéma et les critiques de cinéma. Vu le mal que j’ai eu à chroniquer ce livre, je crois qu’il faut désormais que je me cantonne à la littérature, et à rien de plus. Non, parce que je n’ai pas eu de mal à lire ce livre, j’ai simplement du mal à le chroniquer !

Je commencerai bêtement par le point qui m’a dérangé : aucune femme parmi les rédacteurs (au sens neutre du terme) de ces articles. Je pense cependant qu’il doit exister des journalistes, des chercheuses qui se sont intéressées à la manière dont l’homosexualité était traité au cinéma, à la télévision. Une fois ce point évacué, force est de constater que chacun des articles qui compose ce recueil est absolument passionnant.

L’homosexualité, c’est ce que l’on veut cacher, ce qui ne doit surtout pas être montré. Je pense plus particulièrement à l’article « Homosexualité et censure. Une petite traversée du cinéma français » d’Alain Brassart, entre censure et auto-censure, la pire à mon sens, parce qu’elle traduit la peur de déplaire – et parce que les financements, pour une histoire d’amour entre personnes du même sexe, peuvent être encore plus durs à trouver. J’ai l’habitude d’écrire argument et contre-argument : ce n’est pas parce qu’un réalisateur est homosexuel qu’il doit forcément parler d’homosexualité dans ses films. Certes. Mais pourquoi, systématiquement, ne pas le faire, ou le faire de façon tellement implicite qu’il faut vraiment être attentif (ve) pour saisir les allusions ? En contre exemple, je parlerai de « Modern Family : un couple gay dans une sitcom et après ? Quand le personnage homosexuel cesse de brandir sa différence en étendard » de Benjamin Campion, une sitcom américaine qui montre une famille « comme les autres » avec deux papas et une petite fille. Cette représentation de l’homosexualité a ses détracteurs, qui voudrait quelque chose de plus « naturaliste ». Montrer un couple gay heureux, parents, avec maintes relations amicales dans une série familiale est un énorme pas en avant. Surtout quand je pense au représentation caricaturale de certains films français (voir à ce sujet la préface de Christophe Triollet).

Oui, s’il est un fait qui domine, c’est la censure – n’oublions pas le code Hays, qui sévit aux États-Unis durant des décennies, et entraîna de véritables contorsions pour transcrire à l’écran les œuvres de Tennessee Williams (Un tramway nommé désir, par exemple) ou encore Rebecca de Daphné du Maurier. (« Un cinéma travesti » de Didier Roth-Bettoni). Je fus une cinéphile (ce n’est plus le cas), ce qui ne m’empêche pas de noter que ce recueil s’intéresse à tous les genres, le péplum(« Des tiges et des toges ou l’homosexualité dans le péplum  » d’Albert Montagne), le film historique (« L’amour qui n’ose dire son nom; L’homosexualité masculine dans les films sur le Moyen Age » de Yohann Chanoir) mais aussi le cinéma pornographique.

Homosexualité, censure et cinéma est un recueil passionnant, mais qui m’a montré un fait que je pressentais déjà : le cinéma m’intéresse nettement moins qu’il y a dix ans.

Les moissons funèbres de Jesmyn Ward

Présentation de l’éditeur :

En l’espace de quatre ans, cinq jeunes hommes noirs avec lesquels Jesmyn Ward a grandi sont morts dans des circonstances violentes. Ces décès n’avaient aucun lien entre eux si ce n’est le spectre puissant de la pauvreté et du racisme qui balise l’entrée dans l’âge adulte des jeunes hommes issus de la communauté africaine-américaine. Dans Les Moissons funèbres, livre devenu instantanément un classique de la littérature américaine, Jesmyn Ward raconte les difficultés rencontrées par la population rurale du Sud des États-Unis à laquelle elle appartient et porte tant d’affection.



Mon avis :

Livre douloureusement lu. Livre dont je ne suis pas sortie indemne. Livre qui montre, encore et toujours, l’influence de la pauvreté et du racisme sur le devenir des enfants et des jeunes adultes.
Ils étaient cinq. Cinq amis ou parents de Jesmyn Ward, cinq à être morts en l’espace de cinq ans. Pas de ces morts dites « naturelles », non, des morts violentes à chaque fois. Jesmyn a construit son récit de deux manières : d’un côté, un récit chronologique linéaire, de l’autre, un récit chronologique inversé, de la mort la plus récente à la plus ancienne, la plus indicible, celle de son petit frère (avec elle sur la couverture du livre).
Livre profondément émouvant sans jamais sombrer dans le pathos, tellement émouvant que j’ai encore les larmes aux yeux en rédigeant cette chronique.
Parce que, ce que nous montre ce livre, c’est le déterminisme dans lequel on plonge les enfants noirs dès le début de leur scolarité- pour ne pas dire, dans le cas de Jesmyn, dès sa naissance. Noir et pauvre, quel avenir est le vôtre ? Aucun, c’est ce que dit le système scolaire. Orientation ? Zéro. Chance de poursuivre des études ? Justement, il faudrait de la chance, et peu en ont. Les facilités naturelles, ou les réussites dues à un travail acharné ? On oublie ! Les efforts des mères semblent voués à l’échec dès le départ – les pères ayant une forte tendance à quitter très rapidement le foyer. Si Jesmyn Ward raconte lucidement les années de vie conjugales de ses parents, les tentatives pour recoller les morceaux, puis la séparation définitive, elle n’oublie pas que son père savait ce qu’était d’élever un fils dans une communauté où la violence était omniprésente. Résister à la tentation de la violence, trouver d’autres solutions, telle était la force de son père, telles étaient les valeurs qu’il a voulu transmettre autour de lui. Un rêve ? Peut-être. La vie d’un jeune noir ne vaut rien dans ses états du Sud. La justice ? Elle n’est pas pour lui, ni mort, ni vivant : un petit délit pourra envoyer un adolescent noir des années en prison, alors qu’un adolescent blanc s’en tirera avec une petite tape sur les doigts. Je n’exagère pas, et c’est sans doute le pire.
Les moissons funèbres est un livre terriblement juste, terriblement émouvant.

Rumeurs d’Amérique d’Alain Mabanckou

Présentation de l’éditeur :

Pour la première fois, j’ouvre les portes de mon Amérique, celles de la Californie où je vis depuis une quinzaine d’années, où j’enseigne la littérature française, mais aussi où j’écris tous mes romans. L’opulence de Santa Monica, l’âpre condition des minorités de Los Angeles, le désespoir des agglomérations environnantes, mais également l’enthousiasme d’une population qui porte encore en elle le rêve américain, c’est aussi mon histoire aujourd’hui. Faits divers, musique, sport, guerre des gangs, enjeux de la race, habitudes politiques et campagne de l’élection présidentielle, mœurs des Angelinos, découverte d’endroits insolites, tout est passé au crible ici pour dessiner le portrait d’une autre Amérique.

Merci aux éditions Plon et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

J’ai un livre d’Alain Mabanckou dans ma PAL depuis quelques temps déjà, et il a fallu la rentrée littéraire non pour que je le lise (mais cela va venir) mais pour que je me replonge dans son œuvre, avec la toute dernière en date : Rumeurs d’Amérique.
Alain Mabanckou, écrivain d’origine congolaise, vit en Californie depuis 15 ans (Santa Monica d’abord, Los Angeles ensuite) et enseigne dans cet état. Dans ce texte, il revient sur ses quinze ans en Californie, tout en nous parlant de l’actualité : la Covid, le confinement en France, les proches, touchés par la maladie. Actualité américaine aussi, avec Trump, son élection, et les réactions qu’elle a pu susciter, la sécheresse en Californie, et le travail des gouverneurs successifs pour gérer au mieux tous les problèmes.
Sujet brûlant entre tous : le racisme. Il est question de la violence faite aux Afro-américains, de la peur, qui est toujours là quand une intervention policière est en cours, de la place des SDF dans la ville, à la périphérie de la ville, de ses personnes (les chiffres sont effarants) qui vivent quasiment dans des campements de fortune : l’autre visage de l’Amérique, celui que l’on ne voit jamais.
Alain Mabanckou est professeur, et s’il nous parle de son enseignement, il nous parle aussi de culture dans ce livre. Il nous parle des écrivains américains, ceux qui parlent de ce sont on n’a jamais parlé avant eux, je pense à James Baldwin, à Ernest J. Gaines, des auteurs qui ne sont pas là pour être plaisants, mais pour dire. Il nous parle aussi des écrivains contemporains, comme Pia Petersen, et des personnalités engagées de notre temps. La culture, c’est aussi le rap, et le sort violent qui est souvent celui des rappeurs (agression, prison, mort parfois). Il nous parle du basket ball, de LeBron James et de Kobe Bryant, élégant jusqu’au bout envers celui qui a dépassé son propre record – Kobe Bryant et sa fille, à qui hommage est rendu aussi.
La culture, c’est aussi pour moi la bien-nommée SAPE (La société des ambianceurs et des personnes élégantes), cette passion pour les vêtements et l’élégance, les codes qui la régissent, ce sujet est d’autant plus intéressant que l’on n’en parle pas souvent.
Ces « rumeurs » furent très agréables à lire, par leur richesse, leur variété, leur questionnement aussi, entre sujets graves et le fameux « culte du corps » des californiens, sans oublier les restaurants et les cafés qui ne sont pas toujours des modèles d’équilibre diététique. Paradoxe californien ? Oui, un peu.

Marcher la vie de David Le Breton

édition Métailié – 168 pages.

Présentation de l’éditeur :

La marche connaît un succès planétaire en décalage avec les pratiques de sédentarité ou de sport en salle, tapis de course… prédominant dans nos sociétés. Cette passion contemporaine mêle des significations multiples pour le même marcheur : volonté de retrouver le monde par corps, de rompre avec une vie trop routinière, de peupler les heures de découvertes, suspendre les tracas du jour, désir de renouvellement, d’aventure, de rencontre. Une marche sollicite toujours au moins trois dimensions du temps : on la rêve d’abord, on l’accomplit, et ensuite on s’en souvient, on la raconte. Même terminée, elle se prolonge dans la mémoire et dans les récits que l’on en fait : elle vit en nous et est partagée avec les autres. Dans ce livre – ludique, intelligent et stimulant –, l’auteur revient sur le plaisir et la signification de la marche, et nous en révèle les vertus thérapeutiques face aux fatigues de l’âme dans un monde de plus en plus technologique.

Merci aux éditions Métailié et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Cet essai m’intéressait parce que j’aime marcher et que c’est parfois très compliqué. Autant s’inscrire dans une salle de sport et y passer trois heures le samedi matin est considéré comme normal, autant marcher sans but autre que la marche peut questionner autrui.
Le constat est simple : nous ne marchons que trois cent mètres par jour actuellement, nos parents ou grands-parents marchaient sept kilomètres par jour dans les années cinquante. L’auteur nous montre les occasions que nous avons, de nos jours, de ne plus marcher : « On transporte son corps, il ne nous transporte plus. »
Il est une histoire de la marche, des motifs qui poussent à marcher. La religion y tient une place importante, y compris de nos jours : les années 70 ont vu le retour des pèlerinages, dont le plus connu, le plus accessible est sans doute Saint Jacques de Compostelle – et de nombreux ouvrages y sont consacrés.
Les ennemis de la marche sont montrés – ils sont les ennemis du corps en général, lui préférant la technologie/ Les dangers de la marche aussi, du moyen âge à nos jours – l’épuisement n’est pas le seul risque, et marcher, même seul, ne signifie pas se couper de tout lien social, mais se retrouver. Et parfois, le renouer, comme le montre certaines initiatives montés par des éducateurs, en lien avec les familles, les jeunes en rupture sociale et, il faut bien le dire, le système judiciaire qui veut amener ces jeunes à s’interroger sur eux-mêmes, sur leur avenir, sur ce qu’ils veulent faire de leur vie (voir sur le sujet, le très beau roman La Trouille de Julia Billet).
Cet essai fait aussi la part belle à tous ces auteurs qui ont écrit sur la marche, sur ce que la marche leur a apporté : je pense à Stevenson, à Simone de Beauvoir, à Doug Peacock, à Sylvain Tesson en particulier.
Il rappelle aussi, pour terminer, que parfois, la marche n’a pas servi à grand chose, surtout si le marcheur est resté connecté tout au long de son parcours. On oublie trop souvent que, pour se retrouver, il faut aussi accepter de se perdre, un peu.
Je terminerai par cette citation :
« On pense à cette sagesse juive qui souligne qu’il vaut mieux demander son chemin à quelqu’un qui ne le connaît pas et le cherche lui aussi.
S’égarer est souvent propice aux surprises, aux découvertes.
« 

L’art d’échouer d’Elizabeth Day

Présentation de l’éditeur :
Avec beaucoup d’humour et une courageuse sincérité, Elizabeth Day s’inspire de ses propres déboires personnels, mais aussi de son célèbre podcast How To Fail qui a vu défiler des célébrités telles que Phoebe Waller-Bridge, Alastair Campbell et David Nicholls, pour nous livrer un puissant manifeste aux accents féministes et s’élever contre les diktats de la perfection.
À l’heure des réseaux sociaux, difficile d’échapper à ce flux constant de photos de stars en bikini, de bébés joufflus et de plages paradisiaques. Si la vie ressemble vraiment à une série de hashtags tonitruants, #lovemyjob, #holidays, #bestmum, alors tant mieux ! Mais quand le travail pèse, que la charge mentale s’accumule, quand la tristesse et la colère s’installent, que le bébé tant attendu ne vient pas et qu’on est sur le point de signer les papiers du divorce, comment ne pas voir sa vie comme une succession de ratages ?
Ce sentiment d’échec, Elizabeth Day, brillante journaliste, l’a longtemps éprouvé. Jusqu’à ce qu’une rupture amoureuse dévastatrice la pousse à tout reconsidérer : et si échouer était en réalité une chance unique de se réinventer ?
Merci aux éditions Belfond et à Netgalley pour leur confiance.
Mon avis :
L’art d’échouer. Tout un programme. Des choses dont on ne parle pas, mais alors pas du tout, surtout pas dans notre société. Partout, l’on ne voit que réussite, quel que soit le niveau : ouvrez le moindre magazine, le moindre compte instagram, et vous verrez des réussites à tout point de vue, que ce soit la nouvelle recette de cuisine, votre mariage ou la naissance de bébé (forcément parfait lui aussi).
Alors oui, Elizabeth Day, dont j’avais déjà apprécié un des romans, dénote, détonne dans cette univers, quand elle crée un podcast où elle demande à ses invités de parler de ses échecs, où elle-même parle de ses échecs, dont le plus grand est sans doute le fait de ne pas avoir pu devenir mère. Oui, de nos jours où on nous dit en long, en large et en travers « un enfant quand je veux », on ne vous montre pas, ou très rarement, le protocole à suivre lors d’une fécondation in vitro, les échecs, et la fausse couche toujours possible – c’est ce qui est arrivée à l’autrice, qui ne cache pas les douleurs éprouvées (physique et morale).
Elle montre aussi que l’échec n’est pas une fin, mais peut être le point de départ d’autre chose. Elle montre aussi que l’échec est ce que l’on ressent soi, et qu’il ne faut pas laisser le regard des autres vous affecter. Plus facile à dire qu’à faire, et l’autrice a effectué un long parcours pour en arriver là.
L’art d’échouer est un livre féministe. Point. Je rappelle que le féminisme est le fait de vouloir les mêmes droits pour les hommes et les femmes. Or, Elizabeth Day nous montre à quel point les attentes envers les femmes, leurs obligations, leurs contraintes sont plus fortes que pour les hommes. Un homme a le droit d’échouer, une femme, nettement moins. Un homme peut attendre d’être prêt pour avoir un enfant, une femme n’a pas toute la vie devant elle. Un homme peut montrer sa colère, elle sera valoriser, une femme en colère sera une hystérique, il ne faut surtout pas qu’elle montre ce sentiment. Bref, une femme doit être dans le contrôle permanent, de son apparence, de ses sentiments, de sa carrière, de sa vie familiale et amoureuse. En prendre conscience, c’est aussi vouloir faire changer les choses – et montrer aussi qu’en dépit de décennies de combat féministes, il reste encore beaucoup à faire.
Je terminerai par deux citations :
Vivre en fonction de ce que les autres peuvent penser de nous, c’est céder le contrôle sur ce que nous sommes. C’est déléguer la perception de soi à des inconnus qui ne nous connaissent pas.
De même que la génération de ma mère s’est battue pour le droit de leurs filles à avoir une carrière, je me bats pour le droit de chaque femme à ne pas avoir d’enfants sans être jugée pour cela. Je me bats pour le droit d’être reconnue, valorisée et entendue, au lieu d’être traitée comme quelqu’un d’incomplet, qui passe à côté de quelque chose de fondamental.
En vérité, mon échec à avoir des bébés n’est pas un échec. La seule à échouer, c’est la société qui m’a donné le sentiment que je ne parvenais pas à remplir des critères imaginaires. Peut-être est-ce un échec de ma part d’avoir laissé cette opinion m’affecter. Mais pour ce qui est de la rencontre hasardeuse et extraordinaire entre le bon spermatozoïde et le bon ovule pile au bon moment de mon cycle biologique ? Nul ne peut m’en tenir pour responsable.

Meurtres à Atlanta par James Baldwin

Présentation de l’éditeur :

Entre 1979 et 1981, vingt-huit enfants, tous âgés entre 7 et 16 ans, tous noirs, tous issus de familles pauvres sont assassinés à Atlanta, Géorgie, dans le Sud profond des États-Unis.  En juin 1981, un Noir de 23 ans, Wayne Williams, est arrêté pour le meurtre de deux hommes. C’est le suspect idéal. Et c’est lui qui sera jugé, puis condamné à la prison à vie pour le meurtre des vingt-huit enfants, sans aucune preuve tangible.
Quand James Baldwin, qui s’est toujours senti du côté des plus faibles, est invité à écrire un livre sur les meurtres de ces enfants, il accepte. Après une enquête menée sur place, quatre ans après les événements, Baldwin ne conclut ni à la culpabilité de Williams, ni à son innocence. L’essentiel est ailleurs.
Le drame d’Atlanta agit en effet à la manière d’un révélateur et montre la limite des conquêtes du mouvement des droits civiques. Baldwin décrit une société déchirée par la haine et la peur, par la hantise raciale.
Trente-cinq ans après sa première publication, ce texte n’a rien perdu de sa force ni de sa modernité. Ni, tragiquement, de son actualité.

Merci aux éditions Stock et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Comment se fait-il que ce livre ne soit pas plus connu en France ? Paru pour la première fois en 1985, il est aujourd’hui édité à nouveau par Stock. J’ai envie de vous dire : ne lisez pas mon avis, lisez le, lui !

Cet essaie parle de meurtres, à Atlanta, en Georgie, un état qui tint un rôle important dans la guerre de Sécession, côté sudiste. UN homme,noir, fut condamné pour deux meurtres, mais surtout, un homme noir qui fut implicitement accusé de la mort de vingt-huit enfants, sans que l’enquête soit suffisamment approfondie pour prouver qu’il était bien le coupable – voire même pour trouver LE coupable.
Point commun de tous ces morts ? Ils étaient tous noirs, ils étaient tous pauvres, et leur mort n’a pas suscité beaucoup d’intérêt. Leur mort n’a pas bouleversé l’économie locale, elle n’a pas entraîné une psychose, elle a eu loin des quartiers où vivent les Blancs.

personne ne protège les pauvres, ils doivent se défendre eux-mêmes. Les pauvres n’existent pour les autres que comme une gêne, une menace, une occasion de faire du fric ou une œuvre missionnaire ou parfois l’envie de faire une bonne action sincère. « les pauvres, vous les aurez toujours avec vous », disait le Christ. Soit, mais vous les voyez rarement et ne les écoutez jamais.

Ce n’est pas tant l’enquête qui est reconstituée, que ses errances, ses erreurs, les peurs qu’elle engendra, les idées reçues qu’elle fait ressurgir. Le procès est inclus aussi, sans oublier le procès, implicite, fait à la famille de l’accusé – cet homme qui n’avait pas réussi, aux yeux de la société, à devenir pleinement un homme. Cette affaire est le point de départ d’une réflexion sur la condition des Noirs, aux Etats-Unis mais aussi dans le monde entier, mais aussi sur la pauvreté. A une époque (les années 80) où beaucoup pensaient que les droits des Noirs avaient nettement progressé, James Baldwin montre, démontre que ce n’est pas du tout aussi évident qu’on le pense – du point de vue des Blancs. Oui, ce livre contient de profondes réflexions sur le racisme, la culture, les droits que les Blancs octroient à tous les autres (ou pas), les droits que les Blancs s’octroient de se mêler des affaires des autres, d’aller rendre ce qu’ils estiment être la justice, ailleurs, dans n’importe quel autre pays tant que cela correspond à leurs intérêts économiques. Les USA se présentant comme sauveurs du monde, cela ne date pas d’aujourd’hui, et James Baldwin montre bien que cela continuerait : il ne s’était pas trompé.

En lisant cet essai, j’ai pensé aux discours de certains hommes politiques, discours fortement orientés – parce que l’Histoire est écrite, toujours, par les Blancs :

L’Histoire est un hymne aux Blancs écrit par des Blancs. Nous autres, tous les autres, avons été « découverts » par les Blancs, qui détiennent le droit de nous laisser entrer ou non dans l’Histoire.

Un essai remarquable.

Bolchoi confidentiel de Simon Morrisson

Présentation de l’éditeur :

Le Bolchoï : Le Lac des cygnes, Casse-Noisette, Prokofiev, Chostakovitch, les prouesses de Maïa Plissetskaïa, un corps de ballet éblouissant de perfection, des costumes luxueux, le faste des soirées mondaines, les grandes heures de l’ère impériale. Le Bolchoï : Catherine de Russie, Alexandre III, Nicolas II, mais aussi la révolution bolchévique, la création de l’URSS par le premier Congrès des Soviets, le règne stalinien… Le plus beau théâtre du monde comme le témoin de l’Histoire d’un pays. Derrière les portes de ce lieu mythique se jouent également des intrigues sulfureuses, des amours impossibles, des trahisons, des affaires de corruption, des assassinats. En 2013 encore, les tensions sont telles que Sergueï Filine, directeur artistique, subit une attaque à l’acide de la part d’un danseur qui souhaitait venger sa compagne…

Merci aux éditions Belfond et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

J’étais très tentée par la lecture de ce livre, moi qui trouve que les ouvrages qui parlent de danse, de ballets, sont trop peu nombreux. Mais je ne vous cache pas non plus que la lecture de ce livre est ardue. Il faut vraiment s’accrocher pour mener sa lecture à bien. Il s’agit, certes, de l’histoire de ce théâtre, mais aussi de l’histoire de Moscou et de la Russie en elle-même, avec tous les aléas que cela comporte. Un livre qui, du coup, comporte beaucoup de notes… et je n’ai pas toujours eu envie de m’y référer (paresseuse, moi ? Oui, un peu).

Pourtant, le livre avait presque commencé comme un roman policier, avec l’attaque du directeur artistique – fait incroyable vu de France, et passé totalement inaperçu à l’époque pour moi. Puis, nous plongeons davantage dans l’histoire que dans cette de la danse et du ballet. Certes, ils furent tous les deux dépendants des grands événements historiques, et ce parcours, avant et après 1917, fut littéralement jonché de morts. Ce n’est pas que la danse est un art violent qui fait souffrir les corps – encore que… mais il en est bien peu question – c’est que les ballerines avaient énormément de difficultés à vivre de ce qui était à peine considéré comme un art. Elles étaient dépendantes des chorégraphes, certes, mais aussi de leurs protecteurs : blessures et maladies avaient tôt fait de briser leur carrière.

J’ai eu l’impression aussi que l’on s’attardait peu sur les créations des ballets qui pourtant aujourd’hui sont toujours joués sur les scènes du monde entier, comme si nous étions censés tout savoir sur ses œuvres – bref, comme si seuls les passionnés allaient lire ce livre. Nous croisons un chorégraphe, un compositeur, mais finalement, peu de ballerines, peu de costumières, de décorateurs, bref, peu de ces petites mains qui pourtant ont fait vivre le théâtre. Nous sommes dans une vue « de haut », avec la ligne directrice fournie par l’administration, mais peu dans sa vie quotidienne, qui a pourtant dû être bouleversée aussi.

Bref, un livre à réserver à tous les passionnées d’histoire, de Russie et de danse.

Cafés, etc de Didier Blonde

édition Mercure de France – 120 pages

Présentation de l’éditeur :

Branchés ou traditionnels, modernes ou désuets, d’hier ou d’aujourd’hui, les café parisiens sont un élément incontournable du décor urbain. Ils sont aussi des théâtres où se jouent à tous les instants des scènes de la vie quotidienne : rencontres fortuites ou programmées, retrouvailles ou séparations, dans la solitude ou la foule. Anonymes et célébrités s’y croisent : André Breton y cherche Nadja ; Sartre, Beauvoir et Sarraute y travaillent, des inconnus y vivent des coups de foudre, d’anciens amants ne s’y reconnaissent pas…

Mon avis :

J’ai eu envie de découvrir ce livre de la rentrée littéraire 2019 après avoir lu sa critique sur le magazine Lire. Je n’ai pas vraiment l’impression d’avoir grand chose à en dire, parce que ce ne fut pas une lecture si plaisante que cela. Une phrase m’a questionnée, à la fin du livre :  » un de ces faux livres qui s’empilent sur les tables des librairies ». A quels livres l’auteur fait-il allusion ? Quels livres considère-t-il de manière si négative ? Un peu plus haut, considérant la lectrice qu’il observe, il dit « une histoire de femmes, ça lui va mieux. Ce n’est qu’un préjugé ». Oui, effectivement, c’est un préjugé, ce n’était presque pas la peine de le préciser. Au fond, ce personnage d’auteur rêve de croiser, dans un de ces cafés qu’il fréquente, une lectrice de ses oeuvres – j’admets franchement qu’avant d’ouvrir celui-ci, je ne connaissais pas du tout les livres de cet auteur.

Ce voyage dans les cafés, dont les adresses, ou le devenir sont présentés en fin de livre, n’est pas désagréable, cependant à part ce que j’ai écrit plus haut, je n’ai rien retenu de saillant. La visite du Starbucks, parce que c’est le seul que je connais, et que, contrairement à l’auteur, donner mon prénom (Sharon !) ne me pose aucun problème et m’amuse encore. Peut-être aussi parce que je suis une femme et que je n’ai pas le même rapport avec les cafés. Je ne suis pas écrivain non plus, savoir que telle ou telle oeuvre a été écrite par de célèbres auteurs dans des cafés devenus célèbres ne m’émeut pas. J’ai été plus sensible au rapport entre les cafés et leur représentation dans des oeuvres littéraires ou cinématographiques – les joies de l’intertextualité.

A vous de voir si vous avez envie de le découvrir.

Escapade littéraire : Paris

Présentation de l’éditeur :

Pour approcher, visiter, comprendre une ville, qu’y a-t-il de mieux que de découvrir ce que les grands auteurs ont pu en dire ? Laissez-vous surprendre par les textes consacrés aux plus belles cités du monde, puisés dans les récits de voyage, correspondances et autres carnets de route des écrivains-voyageurs.
La Ville Lumière est l’une des métropoles les plus visitées, les plus fantasmées au monde. Symbole de la culture française, Paris fascine les écrivains étrangers, qui ne cessent de la représenter dans leurs oeuvres. E. E. Cummings, Graham Greene, Henry James, Richard Yates, Horace Walpole, Dino Buzzati… : tous ont puisé dans les richesses de la ville leur inspiration.

Merci aux éditions Robert Laffont : j’ai gagné ce livre à un concours.

Mon avis :

Vous croyez avoir tout lu sur Paris, et bien non. Cette collection « pavillons poche » nous permet de découvrir Paris vu par les écrivains anglais ou américains. Varié, ce recueil nous permet de lire des lettres du XVIIIe, des chroniques du début du XXe siècle, des extraits de romans ou de nouvelles. Ou comment voir l’après libération de Paris par les yeux d’un soldat américain  dans la nouvelle de Richard Yates « Liars in love » venu chercher du divertissement dans la capitale, lui-même étant écartelé entre l’Amérique, et son père, et l’Angleterre, où vivent sa mère et sa soeur avec lesquelles les liens se sont distendus depuis le divorce des parents.

J’ai trouvé que certains textes étaient vraiment drôles, comme « The man who stole the Eiffel tower » – ou que se passerait-il si quelqu’un enlevait la tour Eiffel, pour lui permettre de prendre quelques jours de vacances, loin des touristes exigeants ? Oui, il faut voir la tour Eiffel, comme il « faut » aller ici ou là si l’on « veut » visiter Paris. Mention spéciale pour les employés, à qui pense réellement le narrateur, puisqu’il prend soin de ramener la tour avant que les employés aient des ennuis et ne puissent toucher leur salaire. Un homme altruiste, un vrai.

J’ai découvert ainsi les chroniques d’E.E. Cummings, et sa connaissance intime de Paris, lui qui distingue « Paree », de « Paname », au grand dam de ceux qui croient tout connaître de la capitale française parce qu’ils vivent à « Paree ». J’ai moins été sensible au texte de Buzatti et j’ai trouvé qu’il détonnait par rapport aux autres. Peut-être a-t-il été choisi à cause du nombre de peintres qui ont été inspirés par la ville lumière et qui ont été oubliés après leur mort.

Je ne voudrai pas terminer par une note négative et vous parlerai de Travels with my aunt, oeuvre tourbillonnante dans laquelle Augusta entraîne son si conformiste neveu dans un passé toujours très présent – elle prend déjà le thé à la librairie Smith, comme je l’ai fait moi-même le 7 août.

Un recueil à lire pour redécouvrir Paris autrement.

 

L’éducation inclusive, concrètement, que faire ? de Jacques Joguet.

Mon avis :

Cela s’appelle faire une bourde. J’ai demandé ce livre lors de la précédente masse critique, et je remercie Babelio et les éditions Tom Pousse d’avoir accédé à la demande.
Vous allez me dire : en quoi est-ce une bourde ? C’est tout simple : je croyais que le livre était destiné aux enseignants avant tout, et il l’est aux parents, comme le signifie le quatrième de couverture. Au temps pour moi. Je cherchais avant tout dans ce livre de nouvelles idées à mettre en pratique. Autant vous le dire, je n’ai pas trouvé de nouvelles idées, et j’ai beau me dire qu’il faut que je laisse murir cette lecture, que j’ai fractionnée, je ne pense pas que j’en tirerai quelque chose. Pourquoi ?

Déjà, à plusieurs reprises, les professeurs sont largement et abondamment critiqués (oui, j’utilise une hyperbole). Un exemple parmi d’autres (je tiens à préciser que je ne lis jamais un livre comme le font certains collègues, ne comptez pas sur moi pour mettre des post-it partout, surligner de toutes les couleurs les passages les plus significatifs) : la stigmatisation des « contrôles surprises » (p. 106). Bizarre, bizarre, personne, dans l’établissement où j’exerce, n’en fait. Pour quelles raisons ? Je vous fais la version courte : parce que les contrôles surprises ne servent à rien, si ce n’est à rompre la progression pédagogique mise en place, à ruiner totalement les évaluations prévues et annoncées en début de séquence (pas eu l’impression que l’on parle beaucoup d’elles dans le livre).

De même, en tant qu’ancienne bonne élève, je me suis sentie aussi discriminée – comme certains professeurs l’ont fait dans ma scolarité, n’hésitant pas à me comparer à un « singe » ou disant que je n’étais pas « intéressante ». Les compliments s’oublient, les humiliations, jamais. Je cite la phrase exacte (p. 43) : « les excellentes performances d’un élève dans la maîtrise d’une langue étrangère, en mathématiques ou dans toute autres discipline, n’augurent en rien la qualité de sa réponse face à la détresse d’un de ses proches ». Non, mais en quoi ces « excellentes performances » devraient être le signe qu’iel ne saurait y répondre ? La phrase peut se retourner dans les deux sens. Et là, je tombe à nouveau dans l’écueil qui fait que je parle plus de moi, que du livre.

Il est question aussi des compétences – bon, nous évaluons par compétences depuis de nombreuses années, beaucoup d’établissements n’évaluent plus avec des notes, donc parler du bien-fondé des compétences avec moi, c’est prêcher une convaincue.

Je regrette aussi que la question des ATSEM et des AESH soit évacuée très rapidement, au détour d’une phrase. Et pourtant… Leur rôle est très important et il aurait été intéressent de les présenter.

J’ai été aussi gênée par la comparaison entre la loi sur le handicap de février 2005 et la loi contre la peine de mort (p. 154). Alors oui, l’auteur prend des précautions oratoires pour effectuer cette comparaison, elle n’en est pas moins présente, et n’aide pas vraiment l’inclusion de tous les élèves. Il rappelle que la population était à l’époque majoritairement favorable à la peine de mort. De nos jours, la population est-elle à 60 % favorable à l’exclusion des personnes en situation de handicap ? Pour pousser le bouchon plus loin, une personne « exclue » peut être « incluse » à tout moment, un condamné à mort, c’est un peu plus difficile.

Il est question aussi de formation – et croyez-moi, je suis très « demandeuse » à ce sujet. Il est dit « apparemment, aucune obligation pour le second degré ». certes, mais se former fait partie de nos obligations, et à chaque inspection nous est demandé quelles formations nous avons suivies, et ce qu’elles nous ont apporté (ou pas). Il n’est dit à aucun moment à quel point il est difficile d’obtenir de formation, voire de les inscrire au PAF – et de trouver des formateurs.

Bref, un livre qui ne m’a pas apporté autant que je l’aurai voulu. J’ai eu le choix de rédiger cet avis en tant que professeur, ou en temps que Sharon, la blogueuse. Soyons clair : elles sont une seule et même personne, qui se refuse à être professeur 24 heures sur 24.