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Les résistants de Dieu Chrétiens, juifs et musulmans unis contre le nazisme en France occupée par Jean-Paul Lefebvre-Filleau

Mon avis : 

Merci aux éditions du Rocher et à Netgalley pour ce partenariat.

J’ai mis du temps à lire ce livre, j’ai mis du temps à chroniquer ce livre et, en me relisant, je me dis qu’elle est vraiment brève eu égard à mon ressenti. J’avançais vraiment chapitre par chapitre, prenant le temps de digérer ce que je lisais. Il faut dire que je ne pense pas que l’on puisse aller vers ce livre, lire ce livre si l’on n’est pas intéressé par le sujet, pas forcément celui de la religion  : je suis croyante, ce n’est pas un secret, et anticléricale, cela n’en est pas un non plus.

Ce livre est une somme, qui commence par la montée du nazisme en Allemagne et nous emmène après la seconde guerre mondiale, nous montrant ce que sont devenus ceux qui sont évoqués dans ce livre – ceux dont le destin ne s’est pas terminé brutalement, violemment, cruellement avant ou pendant la guerre. La bibliographie est particulièrement étoffée, et indispensable pour toutes celles et ceux qui auraient envie d’en savoir plus sur telle ou telle personne, elles sont extrêmement nombreuses.

Et si ce livre parle des résistants, il parle aussi des collaborateurs, et je ne parle pas ici de ceux qui ont fermé les yeux, détourné le regard, non, je parle de ceux qui étaient convaincus de la justesse de leur cause. Relire leurs discours, les articles publiés à l’époque est édifiant aussi. Lire ce qu’on fait toutes les personnes qui se sont levés contre le nazisme aussi. Le livre ne parle pas que de la France, il parle aussi abondamment de la Pologne – pays auquel je suis attachée, puisque sans la seconde guerre mondiale, je ne serai pas là à écrire cet avis. 15 % des polonais sont morts, est-il précisé. Cela l’est très rarement.

Oui, des catholiques se sont élevés contre le nazisme, des prêtres, des évêques aussi. Cependant, pour moi, ce sont avant tout des personnes qui ont agi avec courage et conviction, ce n’est pas leur religion que je retiens. Dans le chapitre sur le STO (l’un des derniers, de mémoire), l’on déplore que les ouvriers se soient détournés de la religion – tout comme certains, en 1940, disaient que la défaite de la France avait été causée parce que la France s’était détournée de Dieu. Je me répète : il est des prêtres qui sont très bien, mais pour moi, ce n’est pas parce qu’ils sont prêtres qu’ils sont des hommes bons, ils le sont, par leurs actes, point.

La Bretagne, terre de sacré des alignements de Carnac au renouveau des chapelles par Aliette Armel

Présentation de l’éditeur :

Depuis toujours, la Bretagne affirme une singularité qui la rend attachante aussi bien pour ses habitants que pour ses visiteurs. Ses paysages sculptés avec vigueur par les éléments, son histoire marquée par un désir d’indépendance, ses menhirs, dolmens, cathédrales et chapelles surgissant de tous les horizons, ses saints invoqués sans relâche font de cette presqu’île un monde à part. Réputée dès les époques les plus anciennes pour son sens du sacré et ses rituels qui rassemblaient des foules venues de loin, la Bretagne a aussi su donner au christianisme, qui l’a marquée en profondeur, une figure originale en y intégrant les coutumes les plus anciennes. Ce livre suit un itinéraire personnel. De l’Armor à l’Arcoat, du Morbihan à la côte de Granit rose, le lecteur chemine sur le sentier des douaniers ou au cœur de la forêt, explore des lieux peu connus ou redécouvre les plus célèbres avec un éclairage nouveau : le rocher de l’Impératrice à Plougastel-Daoulas, le cairn de Barnenez – « Parthénon mégalithique » selon André Malraux –, l’oratoire de Saint-Guirec à Ploumanac’h, l’île Maudez, la Vallée des Saints, les abbayes de Landévennec et de Kergonan, la forêt de Brocéliande, Tréguier – ville de saint Yves –, Plougrescant et sa chapelle au clocher penché…

Merci aux éditions Elidia et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

La Bretagne, terre de sacré est un livre qui, je le crains, peinera à trouver son public. Oui, je commence par un constat qui peut sembler déprimant mais ne l’est pas tant que cela, c’est un constat. Il n’est pas si fréquent de s’intéresser à un lieu pour sa dimension sacrée. Le tourisme religieux existe, je ne dis pas le contraire, même si je trouve que l’alliance de « tourisme » et de « religieux » ressemble fort à une oxymore.
Il ne s’agit pas ici de tourisme, non, mais véritablement de montrer des lieux qui, pour certains, sont très connus, plus par leur aspect légendaire que par ce que l’on sait réellement d’eux. Je pense à la forêt de Brocéliande et aux alignements de Carnac. J’ai découvert non seulement des lieux – ce qui était le sujet le plus important – mais aussi les êtres qui ont marqué ces lieux, êtres légendaires pour certains, êtres bien réels et plus assez connus. Lire ce livre, c’est aussi et surtout lire l’histoire de la Bretagne et de ceux qui l’ont façonné, pour lire aussi toute la spiritualité d’un lieu, loin des clichés.
Un livre pour tous ceux qui veulent sortir des sentiers battus.

Une datcha dans le Golfe d’Emilio Sánchez Mediavilla

Présentation de l’éditeur :

Lire ce livre s’apparente à boire un verre dans un bar avec un inconnu, un inconnu intéressant. Ce premier récit est l’histoire d’un journaliste qui a vécu à Bahreïn mais qui n’était pas censé y aller. Il nous raconte son voyage, d’abord avec l’étonnement d’un premier regard, puis avec la profondeur d’un excellent chroniqueur : des détails les plus simples (et pourtant invraisemblables), comme chercher une maison à louer, jusqu’aux détails plus précis de l’implantation chiite dans les pays du Golfe.
La voix de l’auteur, sérieuse et profonde quand il faut, mais aussi candide, drôle et subjective, se balade entre la finesse du regard et humour, loin de l’attitude du vaillant reporter de guerre qui a tout vu et tout vécu. C’est pourquoi on a envie de le suivre, parce qu’on se sent proche de lui, et on l’écoute nous décrire les subtilités géopolitiques du Moyen-Orient mais aussi les visites rocambolesques de Michael Jackson et Kim Kardashian à Bahreïn, les manifestations et répressions de 2011 et les menus des restos des expatriés, la construction des îles artificielles faramineuses et le sort de la moitié de la population, composée d’esclaves modernes.
En prenant ce qu’il y a de mieux dans le récit de voyage et dans le reportage, ce récit nous émerveille en nous montrant l’une des meilleures qualités d’un livre de non-fiction : il rend passionnant un sujet auquel nous ne nous serions jamais intéressés si on n’avait pas rencontré ce type sympa et intéressant au bar.

Merci à Netgalley et aux éditions Métailié pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce titre fait presque rêver. Il m’a communiqué une idée d’exotisme et de secret : que vient faire une datcha, résidence secondaire russe, dans le Golfe ?

L’auteur Emilio Sánchez Mediavilla nous parle de lui, de sa compagne Carla, des raisons qui les ont faits s’installer à Bahreïn : elle est là pour le travail, envoyée par sa société, lui, journaliste, l’a accompagnée, tout simplement, et déjà, les démarches pour pouvoir vivre avec sa conjointe, pour pouvoir louer un appartement, ont de quoi nous étonner, nous, occidentaux. Il a du temps, il travaille à domicile. Il parle des rencontres qu’ils ont faites, des amitiés qu’ils ont nouées, et qui furent pour lui une des portes d’entrée pour connaître Bahreïn, son présent et son passé.

En refermant ce livre, j’ai éprouvé de la colère, non envers l’auteur et son essai, dont l’écriture renoue avec le genre du récit de voyage, mais parce que j’ignorai tout ce qui est narré dans ce livre. Je ne me rappelle pas avoir lu ou vu quoi que ce soit sur les événements survenus lors des manifestations de 2011, sur la répression, les actes de torture, les exécutions, la fuite des dissidents ou de ceux présentés comme tels. Nous ne savons rien, ou presque rien. Rien ne se passe non plus de la part des puissances mondiales (comme au Yémen, me souffle-t-on).

Pourquoi ? Est-ce à cause du poids financier de ce petit pays ? De la puissance de la monarchie qui est à sa tête ? De la complaisance des grandes sociétés qui, comme pour ce qui se passe dans la Formule 1, feignent de se renseigner mais ne veulent surtout pas perdre leurs avantages financiers ? Faut-il voir aussi le travail (si, si) fait par la monarchie bahreïnienne pour donner une image lisse de son pays ? Après tout, elle ne réprime pas l’homosexualité – même si elle n’apprécie pas du tout les homosexuels. Elle accueille fréquemment des stars occidentales, qui disent tout le bien qu’elle pense de ce pays – pensons à Kim Kardashian ou à Michael Jackson, qui vécut un an dans ce pays, sous la protection d’un des princes de Bahreïn (oui, même Emilio Sánchez Mediavilla avait du mal à y croire, et pourtant, c’est bien vrai).

Bahreïn est un petit pays, au vue de sa superficie. Il est très grand au vue des terres inoccupées par la populations, toutes celles qui appartiennent à la famille régnante. Pour des expatriés, qui vivent plutôt bien, qui peuvent avoir des loisirs, découvrir la culture et le poids de la religion dans ce pays, combien de travailleurs immigrés mal traités, combien d’esclaves modernes ? Difficile à chiffrer.

Une datcha dans le Golfe est un livre à découvrir : il vient de recevoir le prix Nicolas Bouvier – Étonnants voyageurs 2022.

Mes archives criminelles par Jacques Pradel

Présentation de l’éditeur :

Voix (et plume) incontournable depuis plus de 30 ans des faits divers et affaires criminelles, qu’il sait conter comme personne, Jacques Pradel s’est replongé dans ses dossiers et archives. Pour la première fois, il livre aux lecteurs le récit des affaires qui, intimement, l’ont le plus marqué, passionné, bouleversé, intrigué. Des affaires très connues, pour certaines, Assassinat de John Lennon ou du producteur Gérard Lebovici ou mystérieuse disparition de la Joconde, et d’autres à (re)découvrir. Mémoire vivante de la part sombre des hommes, Jacques Pradel revisite l’Histoire, rappelant que le crime n’est pas une idée neuve. Il nous amène au coeur de tragédies ayant endeuillé des villages français, dans des ambiances qui rappellent les films de Chabrol. Et quand il dépasse les frontières hexagonales, il nous embarque dans des histoires tortueuses dignes d’Agatha Christie.

Mon avis :

Je lis beaucoup de romans policiers. Je m’intéresse aussi aux faits divers, aux affaires criminelles, et c’est pour cette raison que j’ai lu ce livre de Jacques Pradelle. Je le reconnais, je n’ai pas lu le premier texte (Crime à Uruffe), parce que cette affaire, je la connaissais, je savais toute son horreur et je n’avais pas envie de me replonger dedans. Pour ceux qui la découvriraient, je dirai que ce n’est pas en découvrant cette atrocité que mon anticléricalisme viscérale s’arrangerait. J’ai en revanche lu toutes les autres, y compris celle que je connaissais déjà, comme l’affaire Yves Dandonneau (qui a donné de son côté naissance à un livre). Je reconnais, aussi horrible que cela puisse paraître, que des coupables peuvent être attachants, comme Olivier et Maud, puisqu’ils ont avoué eux-mêmes leur crime, crime que personne ne soupçonnait. Aucun attachement, par contre, pour les meurtriers de Sault-au-Cochon, au Québec : la justice fut intraitable avec eux, ce qui pourra choquer les âmes sensibles. De mon côté, je note l’absence d’a-priori et la patience des enquêteurs.

Bien sûr, il est des affaires extrêmement connus, comme l’affaire Violette Nozière ou l’assassinat de John Lennon, même si elles ne sont pas du tout lié. Violette est devenue célèbre à cause du crime qu’elle a commis, et je pense qu’elle a dû être soulagée de retrouver l’anonymat. John Lennon reste célèbre par-delà la mort, alors que le nom de son assassin… je ne me donne pas la peine de le retenir. Il en est qui le sont moins et qu’il est étonnant de découvrir. Il faut cependant avoir vraiment le coeur bien accroché pour les lire.

Je terminerai par une citation : A propos des auteurs de ces crimes souvent machiavéliques, ceux ou celles qui m’intéressent – et souvent me fascinent è ,e sot pas les tueurs en série, les braqueurs et autres professionnels du crime, qui vont au hold-up comme on va à l’usine… Ce sont, comme chez Simenon, les « criminels d’occasion ». Ceux-là me touchent, parce qu’ils sont le reflets de nos propres failles. Qu’aurions-nous fait das la même situation ? Qu’est-ce qui a poussé ces gens ordinaires, ces gens qui nous ressemblent tellement, dans lesquels chacun peut reconnaître un père, une mère, un voisin ou un collègue de travail, à franchir la ligne jaune du passage à l’acte ? 

Merci aux éditions du Rocher et à Netgalley pour ce partenariat.

L’Affaire Roukia ou les ombres de Mayotte par Nicolas Goinard

Présentation de l’éditeur :

15 janvier 2011. Le corps en partie dénudé d’une jeune femme est découvert sur une falaise à l’aplomb de la baie de Trévani, à Mayotte. C’est le début de l’affaire Roukia, cette lycéenne de dix-huit ans qui gagnait de l’argent en faisant la « soussou » – prostituée occasionnelle. Les analyses toxicologiques révèlent que Roukia est morte d’une overdose d’héroïne. D’où provenait la drogue qui l’a empoisonnée ? Son petit ami Mathias, métropolitain, toxicomane, avec qui elle a passé sa dernière soirée, Mansour, avocat et élu local, et Hakim, le juge qui instruit l’affaire – toujours en attente d’être jugée – en sont convaincus : la poudre blanche a été mise en circulation par le Groupe d’intervention régional, afin de rémunérer des indics. Formée de policiers et de gendarmes, cette unité est censée lutter contre l’économie parallèle. Entre jalousie, violence et manipulations, cette histoire raconte le destin d’une jeune fille perdue, mais aussi l’envers du décor d’une île de carte postale entrée trop rapidement dans la modernité, rongée par la pauvreté, aux frontières fermées mais poreuses, un territoire oublié de la République.

Mon avis :

Merci à Netgalley et aux éditions Presse de la cité pour ce partenariat.

Ce livre est un documentaire, et je dois dire que je ressors effarée de sa lecture. L’affaire Roukia, quelle est-elle ? Roukia est une tout jeune femme de 18 ans, et pourtant, elle a eu son lot d’épreuve. Mise à la porte à quinze ans par sa mère, cette lycéenne se prostituait occasionnellement. Elle se droguait aussi. Elle est morte d’une surdose de drogue. Son petit ami, bien plus âgé qu’elle, en consommait également. Il cherchera à faire disparaître le corps. S’il y était parvenu, il n’y aurait pas eu d’affaire Roukia. Le pire pour moi ? L’affaire a beau porter son nom, Roukia est la grande oubliée.

Le juge d’un côté, la police de l’autre, et au milieu, l’économie parallèle liée au commerce de la drogue. Pour y mettre fin, le groupe d’intervention régional utilise des indics. Ils oublient parfois de respecter la procédure parce que… je n’ai pas vraiment d’explication. Parce qu’ils sont entrés dans une certaine routine ? Peut-être. Cela aurait pu n’avoir aucune conséquence. Cela en a eu, parce que des doutes ont plané, et parce que l’on n’a pu trouver d’explications à la mort d’une toute jeune femme de dix-huit ans.

J’ai eu l’impression que cette enquête a été une suite de ratés, de procédures non respectées, comme si, loin de la France métropolitaine, l’on pouvait se passer des règles. Ou plutôt, comme si on n’avait pas les moyens – humains, financiers – de les suivre. Tout manque, tout. Médecin légiste ? Absents. Juge ? Débordés. Les dossiers traînent. Je me suis demandé aussi pourquoi ces gendarmes, ces policiers, ces juges avaient choisi de partir pour Mayotte, comment certains pouvaient supporter l’éloignement avec leurs proches, qui n’ont pas pu ou voulu venir. Comme si la guerre entre les différents services était plus importante que la Justice. Je ne parle même pas des hommes et des femmes, qui semblent passer véritablement au second plan.

Déprimant ? Oui. J’ai parlé de l’affaire, et je me rends compte que je n’ai pas véritablement parlé du livre, soigné, précis, sourcé. Il en est d’autant plus angoissant.

Le génie lesbien d’Alice Coffin

Présentation de l’éditeur :

« Enfant, je m’imaginais en garçon. J’ai depuis réalisé un rêve bien plus grand : je suis lesbienne. Faute de modèles auxquels m’identifier, il m’a fallu beaucoup de temps pour le comprendre. Puis j’ai découvert une histoire, une culture que j’ai embrassées et dans lesquelles j’ai trouvé la force de bouleverser mon quotidien, et le monde. »

Journaliste dans un quotidien pendant plusieurs années, la parole d’Alice Coffin, féministe, lesbienne, militante n’a jamais pu se faire entendre, comme le veut la sacrosainte neutralité de la profession. Pourtant, nous dit-elle, celle-ci n’existe pas.

Dans cet essai très personnel, Alice Coffin raconte et tente de comprendre pourquoi, soixante-dix ans après la publication du Deuxième sexe, et malgré toutes les révolutions qui l’ont précédé et suivi, le constat énoncé par Simone de Beauvoir, « le neutre, c’est l’homme », est toujours d’actualité. Elle y évoque son activisme au sein du groupe féministe La Barbe, qui vise à « dénoncer le monopole du pouvoir, du prestige et de l’argent par quelques milliers d’hommes blancs. » Elle revient sur l’extension de la PMA pour toutes, sur la libération de la parole des femmes après #Metoo ; interroge aussi la difficulté de « sortir du placard ». Et sans jamais dissocier l’intime du politique, nous permet de mieux comprendre ce qu’être lesbienne aujourd’hui veut dire, en France et dans le monde.
Combatif et joyeux, Le génie lesbien est un livre sans concession, qui ne manquera pas de susciter le débat.

Mon avis :

J’ai lu ce livre parce que je m’intéresse à tout ce qui est lié au féminisme, parce que j’aime me confronter à des idées qui ne sont pas les miennes, et parce que ce livre a reçu des critiques assez vigoureuses de personnes dont je me suis parfois demandée si elles l’avaient bien lu – picorer des extraits lus ici ou là dans la presse, ce n’est pas très difficile de nos jours.

Les phrases qui ont fait couler le plus d’encre sont sans doute celles-ci : Je ne lis plus les livres des hommes, je ne regarde plus leurs films, je n’écoute plus leurs musiques. (…) Les productions des hommes sont le prolongement d’un système de domination. Elles sont le système. L’art est une extension de l’imaginaire masculin. Ils ont déjà infesté mon esprit. Je mes préserve en les évitant. Commençons ainsi. Plus tard, ils pourront revenir.
J’ajoute que, le plus souvent, les deux dernières phrases ont été tronquées quand la citation est mise. Alors, même si je ne cesserai jamais de lire des livres d’hommes, je comprends le raisonnement en ce qui concernent les films – surtout que le raisonnement d’Alice Coffin s’étend bien au-delà de ces phrases. Regardez les films avec un oeil neuf. Regardez comment le réalisateur regarde les femmes – parce que le constat est là, les réalisatrices sont rares et quand elles existent, on leur pose des questions en tant que femmes (qu’est-ce que ça fait d’être une réalisatrice ?), non en fonction de l’oeuvre qu’elles ont à défendre, ce qui, bien sûr, ne viendrait jamais à l’esprit d’un journaliste qui interroge un réalisateur. Je pense aussi à ce cliché des critiques cinématographique « c’est un beau portrait de femmes ». Oui, mais ce portrait, c’est peut-être ce que les hommes attendent des femmes, la façon dont ils la voient, et parfois, cela peut être consternant.
Je reviens aussi sur sa volonté de soutenir les femmes, toutes les femmes, même celles avec lesquelles elle n’est pas d’accord. Elle montre aussi le monde du journalisme profondément misogyne, pour ne pas dire machiste. Pour informer réellement, le travail est encore long – voici trente ans, mon professeur de français ne croyait déjà pas vraiment à l’impartialité de la presse, pas grand chose ne semble avoir évolué de ce côté-là.
Il est question de militantisme, aussi, il est question également de coming-out, et de « forcer », si c’est bien ce que j’ai compris, les personnalités homosexuelles à révéler leur homosexualité. Je ne suis pas d’accord avec son argumentaire, et peu importe ce que l’on pensera de moi. J’apprécie les personnalités qui ne parlent pas de leur vie privée, qui ne montrent ni leurs conjoints, ni leurs enfants. Ils en ont le droit, quelle que soit leur orientation sexuelle. Pour moi, dévoiler quelqu’un de force est une atteinte à sa vie privée – pire encore si c’est à titre posthume. Tout le monde n’a pas envie de combattre, d’être militant, et être une personnalité publique ne doit pas forcer les membres de son entourage à être dans la lumière. Bref, pour moi, outer quelqu’un, c’est dégueulasse.
Idem sur le fait d’être lesbienne. Je ne crois pas qu’être lesbienne préserve de la violence conjugale (oui, je fais un raccourci), je crois au contraire qu’il est beaucoup plus difficile de parler de violence conjugale si l’on est en couple avec une personne de même sexe. Se passer du regard des hommes, oui, devenir lesbienne, non. Je ne pense pas non plus qu’être lesbienne soit supérieur à être hétérosexuel, je ne pense pas que l’on choisit, et si je peux comprendre que des femmes lesbiennes aient souffert de leur non-représentation dans la littérature, plus encore dans la littérature jeunesse, je tiens à dire que les représentations des jeunes filles dans la littérature jeunesse sont le plus souvent stéréotypés.
Quant à la PMA pour toutes, je suis d’accord avec le fait que les gouvernements successifs ont été frileux. Ils le sont encore, d’une certaine manière, si l’on regarde de près les textes de loi.
Et, pour terminer sur une belle platitude, un livre que j’ai trouvé intéressant à lire.

PS : nous sommes aujourd’hui le 17 février et ma grande-tante Suzanne aurait eu 112 ans. Elle est morte à 44 ans. Je ne sais pas, elle qui était très croyante, mariée, sept enfants, ce qu’elle aurait pensé de tout cela.

Moi, les hommes, je les déteste de Pauline Harmange

Présentation de l’éditeur :

Et si les femmes avaient de bonnes raisons de détester les hommes ?
Et si la colère à l’égard des hommes était en réalité un chemin joyeux et émancipateur dès lors qu’on la laisse s’exprimer ?
Dans ce court essai, Pauline Harmange défend la misandrie comme une manière de faire place à la sororité et à des relations bienveillantes et exigeantes.
Un livre féministe et iconoclaste.

Mon avis :

Je n’aurai pas forcément envie d’être gentille en chroniquant ce livre. D’ailleurs, pourquoi être « gentille » ? Cela n’a aucun intérêt. Pour l’histoire, cet essai, publié le 19 août 2020 a failli ne jamais paraître. En effet, son titre et son quatrième de couverture ont attiré les foudres d’un chargé de mission au ministère délégué à l’égalité femmes-hommes. Rien que cela ! En effet, il soutenait que ce livre invitait à la haine des hommes. Il est facile de critiquer un livre que l’on n’a pas lu. Oui, il est tellement plus facile de rappeler que les hommes, eux, aiment les femmes. C’est d’ailleurs toujours ce que l’on entend dans les médias quand un homme tue sa conjointe. « Ah, mais il l’aimait ! » Les femmes peuvent se passer d’un tel amour.

Que contient ce livre, finalement ? Eh bien il s’agit avant tout d’un essai qui parle des femmes, les femmes, que l’on n’encourage pas à se mettre en avant, les femmes, qui se dévalorisent très fréquemment, qui n’ont pas confiance en elles, les femmes, aussi, qui s’opposent entre elles au lieu de chercher à tisser des liens entre elles, à être bienveillantes, d’abord envers elles-mêmes, ce qui n’est pas forcément le plus facile.

Des femmes, aussi, qui doivent se défaire du regard des hommes (je suis tout à fait d’accord avec ce point), ne plus attendre leur approbation, quel que soit le sujet. Et moi de me dire que nous, les femmes, sommes sans arrêt confronter à des situations, dans la vie courante, mais aussi dans les livres, les séries télévisées, dans lesquelles les femmes cherchent toujours l’approbation des hommes. J’ai retenu aussi que les femmes, dès leur plus jeune âge, sont encouragées à la retenue, pour ne pas dire à la passivité, alors que l’on attend des hommes qu’ils agissent, qu’ils réagissent, qu’ils soient actifs. Ceci n’est pas un scoop : il y a toujours des hommes (et des femmes !) qui encouragent les femmes à rester à leur place, c’est à dire à ne surtout rien dire et rien faire.

C’est peut-être l’une des limites de cet essai : sa brièveté, alors qu’il y aurait tant à dire sur ce sujet. Cet ouvrage offre cependant déjà suffisamment matière à se questionner.

Pour terminer, un extrait : C’est fou ce qu’on peut s’oublier, quand on est écrasée au quotidien par le poids de l’importance masculine. Ils ne sont peut-être pas tous malveillants, mais il est difficile de lutter contre l’idée très tôt imprimée dans nos esprits que l’avis des hommes, parfois d’un simple passant dans la rue, a plus d’importance que le nôtre. Même dans des relations qu’on estime égalitaires, nous sommes nombreuses à policer qui nous sommes et comment nous nous montrons au monde pour plaire aux hommes de notre entourage. Nous achetons des vêtements flatteurs mais inconfortables pour « rester séduisante » aux yeux de notre partenaire. Nous ravalons notre irritation quand il laisse le lait hors du frigo alors qu’on lui a rappelé quinze fois de le ranger, parce qu’après tout on n’est pas sa mère* (* C’est marrant que cette expression revienne si souvent dans les récits de relations hétérosexuelles. C’est le cri du cœur de femmes qui font face à des hommes-enfants, incapables de se prendre en charge tout seuls, le rejet de ce rôle maternel qui n’a pas lieu d’être entre adultes mais que tant d’hommes recherchent. Mais c’est aussi une manière de reporter la faute sur la mère, qui aurait dû faire un meilleur boulot d’éducation. Quid du père ? Quid de l’homme adulte qui a les capacités de prendre ses responsabilités ?– ) et que c’est fatigant de râler pour des broutilles. Nous nous empêchons de contredire un homme lors d’une conversation pour ne pas le mettre en porte-à-faux, ou parce que nous manquons de confiance en notre opinion.

American predator de Maureen Callahan

Présentation de l’éditeur :

Anchorage, sur les rivages glacés de l’Alaska. Dans la nuit du 1er au 2 février 2012, la jeune Samantha Koenig termine son service dans un petit stand de café battu par la neige et le vent. Le lendemain matin, elle n’est toujours pas rentrée chez elle. Une caméra de vidéosurveillance apporte vite la réponse : on y voit un inconnu emmener l’adolescente sous la menace d’une arme. Commence alors une véritable chasse à l’homme, qui permet au FBI de mettre la main sur un suspect potentiel, Israel Keyes. Un homme qui semble pourtant au-dessus de tout soupçon, honnête travailleur et père d’une petite fille.

Merci aux éditions Sonatine et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Que dire ? J’ai été profondément étonnée en lisant ce livre, et pourtant, le lecteur pense parfois qu’il a déjà tout vu ou tout lu en terme d’horreur. American predator n’est pas un roman, il est cependant écrit avec autant de force et de personnalité que s’il s’agissait d’une oeuvre romanesque. Minutieusement, Maureen Callahan a écrit sur cet homme, ce tueur en série quasiment inconnu. Effrayant ? Oui. Il est effrayant de constater qu’aux Etats-Unis, une famille entière puisse vivre, habiter, déménager, avoir des enfants, ne pas les déclarer à l’état civil, ne pas les scolariser, ne pas les soigner, et que cela passe totalement inaperçu. Combien sont-ils ainsi ? C’est dans une de ces familles qu’Israel Kayes a vu le jour. Il était l’ainé, et même s’il a fallu des années pour cela, il a bien compris, un jour, que cette manière de vivre n’était pas dans la norme – quelle que soit la norme.

Il faut se garder des généralités, et pourtant, je constate que cet homme est passé par l’armée, et qu’il y a fait un parcours sans faute. Je constate aussi que les abondantes séries télévisées qui montrent comment les crimes sont résolues montrent aussi comment ne pas se faire prendre, à condition d’être observateur, organisé et intelligent. Israel Keyes avait toutes ses qualités, et il les a mises au service de ses désirs. Il a réussi à passer sous les radars lui aussi, bon compagnon, bon père (il a obtenu la garde de sa fille) et voyageur infatigable, sans que cela n’attire l’attention d’un organisme de sécurité quelconque.

La police a fait tout ce qu’elle a pu et le FBI a enquêté minutieusement. Il y aurait à dire sur le système judiciaire de l’Alaska, entre un procureur qui tire la couverture à lui parce qu’il y voit l’affaire de sa vie et la corruption qui règne au pénitencier, sans que qui que ce soit parvienne à changer les choses. Moralité : si vous voulez commettre un crime en toute impunité, commettez-le en Alaska.

American predator, une oeuvre solide et glaçante.

Sur les pas de Shiva par Elisabeth Barillé

Présentation de l’éditeur :

À vingt ans, Élisabeth Barillé découvre l’Inde. Ce premier séjour bouleverse ses préjugés sur la beauté, la laideur, le juste, l’injuste et l’intolérable. Elle n’est plus la même en la quittant ; l’Inde a jeté en elle un feu de questions essentielles. Un feu pour toute une vie… Douze voyages ont précédé celui rapporté dans ces pages, car la fascination de Bharata (son nom sanskrit) ne cesse de s’exercer sur elle. On dit communément qu’en Inde, le divin est présent partout. Élisabeth Barillé nous emporte sur les traces de Shiva, le dieu des paradoxes, vers la colline sacrée d’Arunachala, dans ses légendes, ses temples, ses ashrams… et dans une autre exploration, tout intérieure. Ses lecteurs apprécieront l’énergie malicieuse de cette amoureuse de l’Inde capable de conjuguer le goût des autres et celui du silence, la gravité et la malice, la grâce et l’humour.

Élisabeth Barillé est l’auteure de plusieurs romans, récits et biographies, parmi lesquels, chez Gallimard, Corps de jeune fille, Exaucez-nous (Prix de la Fondation de France), À ses pieds. Et chez Grasset, Une légende russe (2012), Un amour à l’aube (2014), L’Oreille d’or (Prix Maurice Genevoix 2016) ou plus récemment : L’École du ciel (Prix Lamartine 2020).

Précision :

Du fait d’une surcharge de travail et d’une surcharge féline, j’ai souvent des coups de blues. Je tiens à préciser que vous avez donc échappé à un super article particulièrement futile, et qui ne m’aurait même pas remonté le moral. A la place, un avis « en retard », que j’aurai sans doute écrit hier soir si j’avais eu plus le moral.

Mon avis :

Je n’aurai pas la prétention, en écrivant cet article, de dire que je suis sortie de ma zone de confort. Non. Je dirai simplement que je ne connais pas grand chose à l’inde ou à la spiritualité indienne, que je n’ai pas de fascination particulière pour ce pays, et que je sais très bien que je ne m’y rendrais jamais – pour la simple et bonne raison que je ne voyage pas. Elisabeth Barillé, elle, est fascinée par ce pays, et c’est sur les traces de ces hauts lieux spirituels qu’elle nous emmène. Il ne s’agit pas, pourtant, d’un récit de voyage comme les autres, encore moins d’un guide des lieux spirituels de l’Inde, mais plutôt de la somme de ce que tous ces voyages en Inde lui ont apporté, du chemin parcouru, et du chemin qui reste à parcourir. Pour aller où ? Vers qui ? Vers quoi ? Elle nous parle aussi de toutes les rencontres qu’elle a faites, sur les questionnements que ces rencontres ont entraînés. On ne peut pas trouver ce que l’on ne sait pas que l’on cherche.

Merci aux éditions ELIDIA, Desclée de Brouwer et à Netgalley pour ce partenariat.

Paris sous la terre par Solange Bied-Charreton

Présentation de l’éditeur :

Avec ce carnet de choses vues, Solange Bied -Charreton nous plonge dans l’univers du métro : l’histoire d’une ligne, la construction de son tracé, les couleurs, la lumière, les usagers qui la fréquentent ou les événements qui s’y produisent… L’auteur s’attache au moindre détail et, dans une perspective d’épuisement du réel, dessine l’humeur d’un monde souterrain secret mais accessible. Une balade poétique au coeur du métro parisien qui en révèle l’originalité, le tragique, mais aussi le charme. Car « chaque voyage sera toujours autre chose que le précédent. Et il y aura encore tant à dire et à voir, à décrire, à rendre par l’écrit. Alors redescendons dans le métro et puis recommençons. »

Mon avis :

Ne vous attendez pas à lire ici un livre où l’on vous expliquerait doctement et pesamment l’origine de chaque ligne de chaque station de métro. Non. Ce n’est pas du tout le style qui est adopté dans ce livre. Oui, l’on parlera des lignes, des stations, de leur couleur, du devenir de leur aménagement aussi. L’on parlera aussi du passé de ces lignes, pas si révolu que cela, ce passé qui laisse encore des traces sur les murs, sous forme d’anciennes réclames publicitaires, ce passé dans lequel s’inscrivent les souvenirs de l’autrice.

L’on parlera des lignes, mais l’on parlera surtout des personnes qui les empruntent, ces fameux usagers qui vont et viennent, entre transhumances du matin et affluence du soir, avec au milieu, les heures creuses, toutes ces personnes que l’on croise, soit en ne faisant jamais attention à elles, soit en leur prêtant telle ou telle vie, selon l’heure à laquelle elles ont été croisées, la ligne qu’elles ont empruntée, la station à laquelle elles sont descendues.

Il est question aussi des incidents, des accidents qui ont pu avoir lieu sur ces lignes, dont les « accidents de personne » qui portent si mal leur nom. Le témoignage d’un conducteur de métro est à ce sujet éclairant, rappelant le traumatisme qu’ils provoquent. Un meilleur terme reste à trouver, ou bien, comme sur certaines lignes déjà, un moyen de les empêcher.

Oui, c’est bien Paris sous la terre qui nous est amener à voir et à découvrir dans ce livre, ce Paris où l’on ne fait que passer, ce Paris qui a parfois servi de décor pour des films, ce Paris où, comme à la surface, certains tentent de survivre.

Merci à Netgalley et aux éditions Elidia pour ce partenariat.