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Psychologues du crime d’Emma Oliveira-Christiaen; Florent Gathérias

Merci aux éditions Fayard et à Netgalley pour ce partenariat.

Présentation de l’éditeur :

Ce mardi 22 février, au petit matin, une dépanneuse tracte une Peugeot 405 beige hors des flots de l’Yonne. L’habitacle est vide mais la voiture est connue des services de police. C’est celle de Marie-Laure que toute la région recherche.
Dix jours plus tard, un corps féminin dérive, dos face au ciel. La jeune fille est identifiée et les résultats de l’autopsie révèlent qu’elle a été assassinée.
Pour cette affaire, comme pour les quatre autres révélées dans ce livre, la police fait appel à deux psychocriminologues afin d’aider ses enquêteurs : Florent Gathérias et Emma Oliveira. Suivant leur rigueur méthodologique sans cesse renouvelée, les deux professionnels ont pour mission de traquer les détails permettant de cerner la personnalité du criminel.

Mon avis :

J’ai demandé ce livre en partenariat à Netgalley parce que, parce que… ma mère avait vu à la télévision une interview des auteurs et a pensé que ce livre pourrait me plaire. Note : ma mère me connaît bien.
Je ne vous cacherai pas qu’il est des pages qui sont dures à lire. Celles qui nous plongent dans l’actualité, celles qui nous parlent des attentats qui, où qu’ils aient eu lieu en France, ont touché tout le monde et nous ont montré notre vulnérabilité. Démonter les mécanismes de penser du tueur – tout sauf confortable.
Oui, les séries qui montent des profileurs, qu’elles soient américaines ou françaises, sont très nombreuses. Les auteurs en parlent, rapidement, parce que le livre tout entier nous montre leur travail, au quotidien, et cela suffit à démontrer que les séries sont très éloignées de la réalité. Être un psychologue du crime est un travail minutieux, souvent tributaire aussi du regard des policiers, pas toujours persuadés que les psychocriminologues leur seront utiles, et de ce que l’on nomme pudiquement les « restrictions budgétaires ».
Les deux auteurs nous montrent la réalité du terrain, au cours de sept affaires différentes. Ils nous montrent surtout qu’il faut du temps, et parfois vraiment très longtemps avant de pouvoir mettre un nom sur les coupables : ne jamais baisser les bras, et penser à ceux qui attendent de savoir. D’ailleurs, les auteurs reconnaissent que faire toute la vérité sur une affaire est illusoire.
Ce livre est passionnant pour tous ceux qui veulent connaître le véritable travail des enquêteurs, les progrès, également, faits par la science : s’appuyer sur des preuves, non sur des aveux qui peuvent être totalement faussées.
N’hésitez pas à le découvrir.

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Black out de Cécile Delarue

Présentation de l’éditeur :

Los Angeles, années 1980. Le crack a envahi les rues de South Central, un quartier noir, le plus pauvre de la ville. Cinq ou six tueurs en série sévissent en même temps sur ce territoire abandonné de tous. Parmi eux, celui que la presse a surnommé le Grim Sleeper. Son premier meurtre date de 1985, son dernier de 2007. On lui connaît dix-sept victimes, dix-sept femmes noires. Seules deux d’entre elles ont survécu. Quand Cécile Delarue arrive à Los Angeles en 2010, il vient d’être arrêté. Mais c’est aux victimes qu’elle décide de s’intéresser. Elle s’immerge dans leurs vies, rencontre leurs familles, retrouve l’une des survivantes, et retrace avec elles et tous les autres protagonistes de l’affaire (policiers, magistrats, militants…) la longue traque du tueur.Une plongée vertigineuse dans un pays en morceaux, où Noirs et Blancs, riches et pauvres vivent séparés, où la défiance ronge tous les liens.

Merci aux éditions Plein Jour et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Les tueurs en série fascinent. Ils sont les héros de films, de romans, et leur psychologie est plus ou moins construite. En bref, ils ont élevé au rang de héros. En découvrant Black out, ce qui m’a tout de suite plu dans ce livre qui n’est pas un roman mais une véritable enquête, c’est que son centre d’intérêt était les victimes. Celles qui sont toujours les grandes oubliées. L’auteure n’est pas la seule à avoir écrit un livre, un documentaire sur ce tueur qui a sévi pendant des décennies. Elle cherche à savoir pourquoi il a fallu tant de temps pour qu’il soit arrêté, comment la police a enquêté, les magistrats ont instruit cette affaire – explorer ces trois axes n’a pas été simple. Elle nous parle un peu d’elle, aussi, des raisons qui l’ont poussé à vivre aux Etats-Unis, de sa vie, là-bas, pendant ces recherches, mais ces instants de sa vie ne parasitent jamais le récit.
Les points essentiels de cette affaire sont peut-être les suivants : les victimes sont noires. Les victimes sont pauvres. Les victimes vivent à Los Angeles, pas dans les quartiers qui font rêver, non, dans les quartiers à la limite de l’insalubrité, pour lesquels les riches citoyens de la ville n’ont pas vraiment envie que leurs impôts soient dépensés. Dans ces quartiers – aussi – la police est débordée et manque de moyens.
L’auteure n’a pas baissé les bras lorsqu’elle faisait des recherches pour écrire son livre – certains estiment que tout a été dit, d’autres ont des réflexes communautaires. Parler n’est pas si facile que cela, comme le lui confiera une survivante. Surtout, ce qui est frappant est à quel point les familles des victimes ont été laissées dans l’ignorance. Là aussi, on est bien loin des clichés montrant les policiers tenir au courant les proches de la moindre avancée de l’enquête. Rien ne leur était communiqué, et il a fallu bien des années pour qu’ils découvrent toute la vérité, et se retrouvent avec une interrogation de plus – pourquoi ce silence ?
Au final, un livre passionnant, qui nous montre un autre aspect du rêve américain.

Voyage en France buissonnière de Louis Meunier

Mon avis :

Lire un livre qui comporte la présence de deux chevaux pour quelqu’un qui a la phobie des chevaux (à l’exception de la regrettée Urgence de Longuemare, bien sûr) est pour moi une gageure (plus simple tout de même que de monter à nouveau à cheval).
Au côté de Louis, Sybille, Unik et Où-vas-tu puis Lars, le lecteur parcourt la France de Paris à Marseille, presque la France des chemins noirs, la France que l’on ne nous montre pas. Cependant, cette France des chemins de traverse n’est pas coupée du monde, et les deux cavaliers vont côtoyer la belle et franche diversité de la modernité – ou comment à quel distance faut-il se trouver de Paris pour être enfin loin des autoroutes et autres ronds points.
Le livre est composé d’un prologue et de six parties, comme autant d’étapes du voyage. La langue utilisée est rare,hors du temps, utilisant de manière naturelle des mots trop souvent inusitées (alacrité, pastoralisme). Au gré de leur pérégrination, des rencontres se font, la plupart d’entre elles sont liées à leur mode de déplacement et d’hébergement. Ce ne sont pas nécessairement des personnes qui ont un projet différent, il en est aussi qui vivent de l’élevage intensif et ne voient pas comment il leur serait possible de faire autrement.
Vouloir voir la France autrement ne signifie pas renoncer à toute technologie, ni être toujours foncièrement optimiste. Cependant, il est toujours intéressant de voir qu’il est des personnes, en France, qui ont de véritables projets, et qui n’ont pas attendu que d’autre agissent à leur place.
Merci à Babelio et aux éditions Keno pour ce partenariat.

 

La Corée du Nord à bicyclette – un diplomate à Pyongyang de John Everard

Merci aux éditions DeCreszenzo et à Babelio pour ce partenariat.

Présentation de l’éditeur :

Ambassadeur du Royaume Uni à Pyongyang de 2006 à 2008, John Everard nous décrit une Corée du Nord vue de l’intérieur, à travers les multiples expériences et rencontres qui ont été les siennes au nord du 38e parallèle. Il porte un regard humain sur un pays et un peuple dont nous ignorons somme toute beaucoup. L’ouvrage propose également une synthèse sur l’histoire et le fonctionnement de cette République pas comme les autres, ainsi qu’une réflexion sur ses relations avec le reste du monde.

Mon avis : 

Je ne suis pas forcément attirée par ce qui concerne l’Asie, cependant je résiste difficilement à un livre qui parle de la Corée du Nord, parce que les documents sur ce pays sont rares.
L’auteur est un diplomate qui a ainsi pu avoir une vision privilégiée de ce pays, un des rares étrangers à y mettre admis, un étranger qui a aussi souhaité être en contact avec les coréens, sans forcément rester enfermé dans la tour d’ivoire de l’ambassade. Diplomate ne signifie pas être naïf, il ne nous vend pas une vision idyllique de la vie en Corée du Nord, il sait qu’il n’a pas tout vu, qu’il est impossible de tout voir d’ailleurs, et parle toujours avec précautions, confrontant ce qu’il a vu et entendu pendant son séjour. Il cite également d’autres références littéraires, intéressantes à lire pour ceux qui pratiquent couramment l’anglais.
Le livre est divisé en chapitre clairement identifié, ce qui permet au lecteur de lire directement le chapitre qui l’intéresse : nous ne sommes pas dans un roman, et zigzaguer dans cet essai n’est pas un souci. Il ne nous parle pas seulement de la vie quotidienne en Corée du Nord, ou plutôt en RPDC, mais aussi de l’histoire de ce pays et de son rapport au monde, à un moment où la Corée du Nord se retrouve sous les feux de l’actualité.
Un livre à recommander à tous ceux que l’Asie intéresse.

Sauver les livres et les hommes de Michaeel Najeeb et Romain Guibert

Présentation de l’éditeur :

Lorsque Mossoul tombe aux mains de Daech, plusieurs dizaines de milliers de Chrétiens fuient la plaine de Ninive, au nord de l’Irak. En quelques heures, des familles entières abandonnent leurs maisons, leurs églises et leurs cimetières, fuyant un assaut de cruauté. Elles quittent la terre de Noé, d’Abraham et de saint Thomas, la leur depuis deux millénaires.
Au cours d’une incroyable épopée, le père Michaeel Najeeb, sauve des centaines de manuscrits vieux de plusieurs siècles que les djihadistes ont juré de réduire en flamme, comme ils ont détruit Palmyre ou saccagé le tombeau de Jonas. Au péril de sa vie, ce dominicain de Mossoul nettoie, restaure et protège ces textes sacrés.

Merci à Netgalley et aux éditions Grasset pour ce partenariat.

Mon avis : 

Ce livre est un témoignage sur la guerre en Syrie, le quotidien de ceux qui vivent, qui fuient non pour eux mais pour préserver les leurs. « Fuir », d’ailleurs, est un bien grand mot : combien mourront en route, seront témoin de scènes d’horreur, ou seront séparés des leurs   : Quand Daech est face à soi, on ne joue pas au dur, on ne triche pas. Ceux qui fuient sont surtout prudents.

Celui qui témoigne, c’est le père Michaeel Najeeb. Depuis des années, déjà, il oeuvrait à la préservation des manuscrits anciens, menacés par le temps, menacés surtout par es djihadistes. Il rappelle ainsi l’importance de préserver la culture, quelle qu’elle soit, puisque tout est fait pour la détruire, faire table rase de ce qui a uni les hommes.

Je termine par une touche personnelle (forcément) : à l’heure où certains se croient drôles en disant « j’ai pas d’racines, ch’suis pas un arbre », je les invite cordialement à passer une journée sans culture, mais alors vraiment sans culture. Nous discuterons après.

 

Une journée dans la mort de l’Amérique de Gary Younge

Présentation de l’éditeur  :

Chaque jour, ce sont près de sept enfants ou adolescents qui meurent par balle aux États-Unis. Cette statistique glaçante ne peut rendre compte à elle seule des vies détruites par les armes à feu, Gary Younge a donc décidé de raconter le destin des jeunes gens tués au cours d’une journée choisie au hasard. Ils sont dix à être abattus le 23 novembre 2013, dix enfants et adolescents âgés de 9 à 19 ans  : sept noirs, deux hispaniques, un blanc.Gary Younge consacre un chapitre à chacune de ces victimes tuées par balle, parfois par accident, parfois lors d’un règlement de comptes  : Jaiden, Kenneth, Stanley, Pedro, Tyler, Edwin, Samuel, Tyshon, Gary et Gustin. En recoupant les entretiens qu’il a menés avec leurs proches, les rapports de la police, du «  911  » et des journalistes locaux, il reconstitue la vie et les dernières minutes de ces jeunes, victimes de leur condition sociale, de la négligence des adultes, des lobbys.

Merci à Netgalley et aux éditions Grasset pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce livre est désespérant  parce qu’il montre un fait de la société américaine contre lequel peu se mobilise : la mort d’enfants, d’adolescents tués par balles. Les causes ? Non, elles ne sont pas à chercher dans la vente libre d’armes à feu, dans le nombre d’armes qui circulent dans le pays, non. Tout vient des parents, de l’éducation qu’ils donnent ou plutôt qu’ils ne donnent pas, idée bien ancrée, partagée par tellement de personnes que l’on peut se demander, vu de l’extérieur, comment faire bouger les choses.
Gary Younge a choisi une journée, au hasard. Au cours de cette journée, dix mineurs furent tués, quasiment dans l’indifférence générale. En dehors du cercle, parfois très restreint, des proches, ses morts ne semblent pas avoir émus l’opinion. Parfois même, les responsables, les coupables ne furent pas inquiétés : les accidents surviennent, n’est-ce pas, et l’on n’y peut rien. J’ai découvert à cette occasion qu’il existait des formations pour apprendre aux enfants à se « protéger » des armes à feu – ou plutôt leur apprendre comment s’en servir. Effrayant.
L’enquête est minutieuse, précise, et l’auteur n’hésite pas à faire part de ses difficultés à interroger les proches. Autre fait marquant : la difficulté, matérielle, des familles pour enterrer leur enfant, la nécessité, trop souvent, de recourir à des appels au don.
Second fait : la nécessité, pour mobiliser l’opinion que les victimes soient « innocentes », mignonnes si possible. Ou l’on oublie (on = l’opinion publique) que tout le monde a le droit de vivre, et non de risque de prendre une balle dans la rue, ou chez soi, volontairement ou par accident.

Je terminerai par cette citation : Dans les milieux où grandissent beaucoup de jeunes Noirs, les défis de l’éducation ne sont pas du genre de ceux que l’on voit dans Super Nanny. Les critiques de la parentalité dans de tels contextes doivent d’abord pendre en compte la difficulté d’accomplir son rôle de parent aux endroits où les écoles sont mauvaises, où les gangs pullulent, où les drogues et les armes sont facilement accessibles, où les ressources sont limitées et où la police se montre impitoyable.

Une blonde à Manhattan d’Adrien Gombeaud

Présentation de l’éditeur :

New York, 1955. Marilyn Monroe quitte Hollywood pour échapper à l’emprise des studios et à son image de blonde écervelée. Elle se réinvente en fréquentant l’élite intellectuelle et les cours de l’Actors Studio. Pour témoigner de cette nouvelle Marilyn, un magazine populaire engage le photographe Ed Feingersh. Ensemble, Ed et Marilyn inventent un style de reportage qui emporte le lecteur dans l’intimité de la star. Créatif et téméraire, il la suit pas à pas dans les rues, le métro ou les bars de Manhattan. De son objectif jaillissent les images sensibles d’une femme sans fard, une passante presque ordinaire, heureuse, mélancolique, impériale et solitaire. Cinquante ans plus tard, ces clichés cachent encore une énigme : alors que l’actrice entrait dans la légende, le photographe disparaissait sans laisser de trace. Le temps d’une semaine, il avait su voir Marilyn comme personne avant lui.

Mon avis : 

Ce livre est à réserver aux fans de Marilyn Monroe, à ceux qui veulent en savoir plus sur elle, sur son cheminement artistique, et sur le photographe, Ed Feingersh qui fit le reportage sur son arrivée à Manhattan, alors qu’elle était décidée à donner un nouveau cap à sa vie. Ces photos ont été retrouvées par hasard, et celui qui les a retrouvées a tout de suite vu leur valeur – monétaire plus qu’artistique à ses yeux, certainement. Des photos inédites de Marilyn ! Des photos publiées en 1955 et que personne n’avait revu depuis – l’une d’entre elles illustre l’édition française de Blonde de Joyce Carol Oates.
Ne cherchez pas dans ce livre des révélations sordides. Adrien Gombaud n’occulte pas les moments difficiles des années 1955-1962 (l’internement de Marilyn, ses fausses couches), il s’interroge sur ce que suscite encore Marilyn aujourd’hui, l’hyper sexualisation de son image au point que les écrits qu’elle a inspirés sont bien plus osés que ses films ou ses photos. Plus qu’aux photos d’Ed Feingersh qui illustre ce livre, je pense aux dernières photos de Marilyn, sur lesquelles sa cicatrice post-opératoire est bien visible.
Il s’interroge aussi sur la notion de « Marilyn, la vraie » ou les explications comme quoi il y aurait eu Marilyn d’un côté, Norma Jeane de l’autre. Il démontre à quel point ceci est un peu trop simple : qui savait, finalement, à par elle-même, qui était vraiment Marilyn.
Curieuse rencontre, cinq jours à peine dans leur vie, que celle de ces deux êtres, Marilyn et Edwin, tous deux morts d’une surdose de barbituriques. Si l’une cherchait la lumière, l’autre tendait vers l’effacement, l’oubli – ne rien laisser derrière lui. Une blonde à Manhattan, un livre pour découvrir les années pendant lesquelles Marilyn Monroe a voulu s’affirmer en tant qu’actrice et productrice, loin de l’image que les studios renvoyaient d’elle.