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Marcher la vie de David Le Breton

édition Métailié – 168 pages.

Présentation de l’éditeur :

La marche connaît un succès planétaire en décalage avec les pratiques de sédentarité ou de sport en salle, tapis de course… prédominant dans nos sociétés. Cette passion contemporaine mêle des significations multiples pour le même marcheur : volonté de retrouver le monde par corps, de rompre avec une vie trop routinière, de peupler les heures de découvertes, suspendre les tracas du jour, désir de renouvellement, d’aventure, de rencontre. Une marche sollicite toujours au moins trois dimensions du temps : on la rêve d’abord, on l’accomplit, et ensuite on s’en souvient, on la raconte. Même terminée, elle se prolonge dans la mémoire et dans les récits que l’on en fait : elle vit en nous et est partagée avec les autres. Dans ce livre – ludique, intelligent et stimulant –, l’auteur revient sur le plaisir et la signification de la marche, et nous en révèle les vertus thérapeutiques face aux fatigues de l’âme dans un monde de plus en plus technologique.

Merci aux éditions Métailié et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Cet essai m’intéressait parce que j’aime marcher et que c’est parfois très compliqué. Autant s’inscrire dans une salle de sport et y passer trois heures le samedi matin est considéré comme normal, autant marcher sans but autre que la marche peut questionner autrui.
Le constat est simple : nous ne marchons que trois cent mètres par jour actuellement, nos parents ou grands-parents marchaient sept kilomètres par jour dans les années cinquante. L’auteur nous montre les occasions que nous avons, de nos jours, de ne plus marcher : « On transporte son corps, il ne nous transporte plus. »
Il est une histoire de la marche, des motifs qui poussent à marcher. La religion y tient une place importante, y compris de nos jours : les années 70 ont vu le retour des pèlerinages, dont le plus connu, le plus accessible est sans doute Saint Jacques de Compostelle – et de nombreux ouvrages y sont consacrés.
Les ennemis de la marche sont montrés – ils sont les ennemis du corps en général, lui préférant la technologie/ Les dangers de la marche aussi, du moyen âge à nos jours – l’épuisement n’est pas le seul risque, et marcher, même seul, ne signifie pas se couper de tout lien social, mais se retrouver. Et parfois, le renouer, comme le montre certaines initiatives montés par des éducateurs, en lien avec les familles, les jeunes en rupture sociale et, il faut bien le dire, le système judiciaire qui veut amener ces jeunes à s’interroger sur eux-mêmes, sur leur avenir, sur ce qu’ils veulent faire de leur vie (voir sur le sujet, le très beau roman La Trouille de Julia Billet).
Cet essai fait aussi la part belle à tous ces auteurs qui ont écrit sur la marche, sur ce que la marche leur a apporté : je pense à Stevenson, à Simone de Beauvoir, à Doug Peacock, à Sylvain Tesson en particulier.
Il rappelle aussi, pour terminer, que parfois, la marche n’a pas servi à grand chose, surtout si le marcheur est resté connecté tout au long de son parcours. On oublie trop souvent que, pour se retrouver, il faut aussi accepter de se perdre, un peu.
Je terminerai par cette citation :
« On pense à cette sagesse juive qui souligne qu’il vaut mieux demander son chemin à quelqu’un qui ne le connaît pas et le cherche lui aussi.
S’égarer est souvent propice aux surprises, aux découvertes.
« 

L’art d’échouer d’Elizabeth Day

Présentation de l’éditeur :
Avec beaucoup d’humour et une courageuse sincérité, Elizabeth Day s’inspire de ses propres déboires personnels, mais aussi de son célèbre podcast How To Fail qui a vu défiler des célébrités telles que Phoebe Waller-Bridge, Alastair Campbell et David Nicholls, pour nous livrer un puissant manifeste aux accents féministes et s’élever contre les diktats de la perfection.
À l’heure des réseaux sociaux, difficile d’échapper à ce flux constant de photos de stars en bikini, de bébés joufflus et de plages paradisiaques. Si la vie ressemble vraiment à une série de hashtags tonitruants, #lovemyjob, #holidays, #bestmum, alors tant mieux ! Mais quand le travail pèse, que la charge mentale s’accumule, quand la tristesse et la colère s’installent, que le bébé tant attendu ne vient pas et qu’on est sur le point de signer les papiers du divorce, comment ne pas voir sa vie comme une succession de ratages ?
Ce sentiment d’échec, Elizabeth Day, brillante journaliste, l’a longtemps éprouvé. Jusqu’à ce qu’une rupture amoureuse dévastatrice la pousse à tout reconsidérer : et si échouer était en réalité une chance unique de se réinventer ?
Merci aux éditions Belfond et à Netgalley pour leur confiance.
Mon avis :
L’art d’échouer. Tout un programme. Des choses dont on ne parle pas, mais alors pas du tout, surtout pas dans notre société. Partout, l’on ne voit que réussite, quel que soit le niveau : ouvrez le moindre magazine, le moindre compte instagram, et vous verrez des réussites à tout point de vue, que ce soit la nouvelle recette de cuisine, votre mariage ou la naissance de bébé (forcément parfait lui aussi).
Alors oui, Elizabeth Day, dont j’avais déjà apprécié un des romans, dénote, détonne dans cette univers, quand elle crée un podcast où elle demande à ses invités de parler de ses échecs, où elle-même parle de ses échecs, dont le plus grand est sans doute le fait de ne pas avoir pu devenir mère. Oui, de nos jours où on nous dit en long, en large et en travers « un enfant quand je veux », on ne vous montre pas, ou très rarement, le protocole à suivre lors d’une fécondation in vitro, les échecs, et la fausse couche toujours possible – c’est ce qui est arrivée à l’autrice, qui ne cache pas les douleurs éprouvées (physique et morale).
Elle montre aussi que l’échec n’est pas une fin, mais peut être le point de départ d’autre chose. Elle montre aussi que l’échec est ce que l’on ressent soi, et qu’il ne faut pas laisser le regard des autres vous affecter. Plus facile à dire qu’à faire, et l’autrice a effectué un long parcours pour en arriver là.
L’art d’échouer est un livre féministe. Point. Je rappelle que le féminisme est le fait de vouloir les mêmes droits pour les hommes et les femmes. Or, Elizabeth Day nous montre à quel point les attentes envers les femmes, leurs obligations, leurs contraintes sont plus fortes que pour les hommes. Un homme a le droit d’échouer, une femme, nettement moins. Un homme peut attendre d’être prêt pour avoir un enfant, une femme n’a pas toute la vie devant elle. Un homme peut montrer sa colère, elle sera valoriser, une femme en colère sera une hystérique, il ne faut surtout pas qu’elle montre ce sentiment. Bref, une femme doit être dans le contrôle permanent, de son apparence, de ses sentiments, de sa carrière, de sa vie familiale et amoureuse. En prendre conscience, c’est aussi vouloir faire changer les choses – et montrer aussi qu’en dépit de décennies de combat féministes, il reste encore beaucoup à faire.
Je terminerai par deux citations :
Vivre en fonction de ce que les autres peuvent penser de nous, c’est céder le contrôle sur ce que nous sommes. C’est déléguer la perception de soi à des inconnus qui ne nous connaissent pas.
De même que la génération de ma mère s’est battue pour le droit de leurs filles à avoir une carrière, je me bats pour le droit de chaque femme à ne pas avoir d’enfants sans être jugée pour cela. Je me bats pour le droit d’être reconnue, valorisée et entendue, au lieu d’être traitée comme quelqu’un d’incomplet, qui passe à côté de quelque chose de fondamental.
En vérité, mon échec à avoir des bébés n’est pas un échec. La seule à échouer, c’est la société qui m’a donné le sentiment que je ne parvenais pas à remplir des critères imaginaires. Peut-être est-ce un échec de ma part d’avoir laissé cette opinion m’affecter. Mais pour ce qui est de la rencontre hasardeuse et extraordinaire entre le bon spermatozoïde et le bon ovule pile au bon moment de mon cycle biologique ? Nul ne peut m’en tenir pour responsable.

Meurtres à Atlanta par James Baldwin

Présentation de l’éditeur :

Entre 1979 et 1981, vingt-huit enfants, tous âgés entre 7 et 16 ans, tous noirs, tous issus de familles pauvres sont assassinés à Atlanta, Géorgie, dans le Sud profond des États-Unis.  En juin 1981, un Noir de 23 ans, Wayne Williams, est arrêté pour le meurtre de deux hommes. C’est le suspect idéal. Et c’est lui qui sera jugé, puis condamné à la prison à vie pour le meurtre des vingt-huit enfants, sans aucune preuve tangible.
Quand James Baldwin, qui s’est toujours senti du côté des plus faibles, est invité à écrire un livre sur les meurtres de ces enfants, il accepte. Après une enquête menée sur place, quatre ans après les événements, Baldwin ne conclut ni à la culpabilité de Williams, ni à son innocence. L’essentiel est ailleurs.
Le drame d’Atlanta agit en effet à la manière d’un révélateur et montre la limite des conquêtes du mouvement des droits civiques. Baldwin décrit une société déchirée par la haine et la peur, par la hantise raciale.
Trente-cinq ans après sa première publication, ce texte n’a rien perdu de sa force ni de sa modernité. Ni, tragiquement, de son actualité.

Merci aux éditions Stock et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Comment se fait-il que ce livre ne soit pas plus connu en France ? Paru pour la première fois en 1985, il est aujourd’hui édité à nouveau par Stock. J’ai envie de vous dire : ne lisez pas mon avis, lisez le, lui !

Cet essaie parle de meurtres, à Atlanta, en Georgie, un état qui tint un rôle important dans la guerre de Sécession, côté sudiste. UN homme,noir, fut condamné pour deux meurtres, mais surtout, un homme noir qui fut implicitement accusé de la mort de vingt-huit enfants, sans que l’enquête soit suffisamment approfondie pour prouver qu’il était bien le coupable – voire même pour trouver LE coupable.
Point commun de tous ces morts ? Ils étaient tous noirs, ils étaient tous pauvres, et leur mort n’a pas suscité beaucoup d’intérêt. Leur mort n’a pas bouleversé l’économie locale, elle n’a pas entraîné une psychose, elle a eu loin des quartiers où vivent les Blancs.

personne ne protège les pauvres, ils doivent se défendre eux-mêmes. Les pauvres n’existent pour les autres que comme une gêne, une menace, une occasion de faire du fric ou une œuvre missionnaire ou parfois l’envie de faire une bonne action sincère. « les pauvres, vous les aurez toujours avec vous », disait le Christ. Soit, mais vous les voyez rarement et ne les écoutez jamais.

Ce n’est pas tant l’enquête qui est reconstituée, que ses errances, ses erreurs, les peurs qu’elle engendra, les idées reçues qu’elle fait ressurgir. Le procès est inclus aussi, sans oublier le procès, implicite, fait à la famille de l’accusé – cet homme qui n’avait pas réussi, aux yeux de la société, à devenir pleinement un homme. Cette affaire est le point de départ d’une réflexion sur la condition des Noirs, aux Etats-Unis mais aussi dans le monde entier, mais aussi sur la pauvreté. A une époque (les années 80) où beaucoup pensaient que les droits des Noirs avaient nettement progressé, James Baldwin montre, démontre que ce n’est pas du tout aussi évident qu’on le pense – du point de vue des Blancs. Oui, ce livre contient de profondes réflexions sur le racisme, la culture, les droits que les Blancs octroient à tous les autres (ou pas), les droits que les Blancs s’octroient de se mêler des affaires des autres, d’aller rendre ce qu’ils estiment être la justice, ailleurs, dans n’importe quel autre pays tant que cela correspond à leurs intérêts économiques. Les USA se présentant comme sauveurs du monde, cela ne date pas d’aujourd’hui, et James Baldwin montre bien que cela continuerait : il ne s’était pas trompé.

En lisant cet essai, j’ai pensé aux discours de certains hommes politiques, discours fortement orientés – parce que l’Histoire est écrite, toujours, par les Blancs :

L’Histoire est un hymne aux Blancs écrit par des Blancs. Nous autres, tous les autres, avons été « découverts » par les Blancs, qui détiennent le droit de nous laisser entrer ou non dans l’Histoire.

Un essai remarquable.

Bolchoi confidentiel de Simon Morrisson

Présentation de l’éditeur :

Le Bolchoï : Le Lac des cygnes, Casse-Noisette, Prokofiev, Chostakovitch, les prouesses de Maïa Plissetskaïa, un corps de ballet éblouissant de perfection, des costumes luxueux, le faste des soirées mondaines, les grandes heures de l’ère impériale. Le Bolchoï : Catherine de Russie, Alexandre III, Nicolas II, mais aussi la révolution bolchévique, la création de l’URSS par le premier Congrès des Soviets, le règne stalinien… Le plus beau théâtre du monde comme le témoin de l’Histoire d’un pays. Derrière les portes de ce lieu mythique se jouent également des intrigues sulfureuses, des amours impossibles, des trahisons, des affaires de corruption, des assassinats. En 2013 encore, les tensions sont telles que Sergueï Filine, directeur artistique, subit une attaque à l’acide de la part d’un danseur qui souhaitait venger sa compagne…

Merci aux éditions Belfond et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

J’étais très tentée par la lecture de ce livre, moi qui trouve que les ouvrages qui parlent de danse, de ballets, sont trop peu nombreux. Mais je ne vous cache pas non plus que la lecture de ce livre est ardue. Il faut vraiment s’accrocher pour mener sa lecture à bien. Il s’agit, certes, de l’histoire de ce théâtre, mais aussi de l’histoire de Moscou et de la Russie en elle-même, avec tous les aléas que cela comporte. Un livre qui, du coup, comporte beaucoup de notes… et je n’ai pas toujours eu envie de m’y référer (paresseuse, moi ? Oui, un peu).

Pourtant, le livre avait presque commencé comme un roman policier, avec l’attaque du directeur artistique – fait incroyable vu de France, et passé totalement inaperçu à l’époque pour moi. Puis, nous plongeons davantage dans l’histoire que dans cette de la danse et du ballet. Certes, ils furent tous les deux dépendants des grands événements historiques, et ce parcours, avant et après 1917, fut littéralement jonché de morts. Ce n’est pas que la danse est un art violent qui fait souffrir les corps – encore que… mais il en est bien peu question – c’est que les ballerines avaient énormément de difficultés à vivre de ce qui était à peine considéré comme un art. Elles étaient dépendantes des chorégraphes, certes, mais aussi de leurs protecteurs : blessures et maladies avaient tôt fait de briser leur carrière.

J’ai eu l’impression aussi que l’on s’attardait peu sur les créations des ballets qui pourtant aujourd’hui sont toujours joués sur les scènes du monde entier, comme si nous étions censés tout savoir sur ses œuvres – bref, comme si seuls les passionnés allaient lire ce livre. Nous croisons un chorégraphe, un compositeur, mais finalement, peu de ballerines, peu de costumières, de décorateurs, bref, peu de ces petites mains qui pourtant ont fait vivre le théâtre. Nous sommes dans une vue « de haut », avec la ligne directrice fournie par l’administration, mais peu dans sa vie quotidienne, qui a pourtant dû être bouleversée aussi.

Bref, un livre à réserver à tous les passionnées d’histoire, de Russie et de danse.

Cafés, etc de Didier Blonde

édition Mercure de France – 120 pages

Présentation de l’éditeur :

Branchés ou traditionnels, modernes ou désuets, d’hier ou d’aujourd’hui, les café parisiens sont un élément incontournable du décor urbain. Ils sont aussi des théâtres où se jouent à tous les instants des scènes de la vie quotidienne : rencontres fortuites ou programmées, retrouvailles ou séparations, dans la solitude ou la foule. Anonymes et célébrités s’y croisent : André Breton y cherche Nadja ; Sartre, Beauvoir et Sarraute y travaillent, des inconnus y vivent des coups de foudre, d’anciens amants ne s’y reconnaissent pas…

Mon avis :

J’ai eu envie de découvrir ce livre de la rentrée littéraire 2019 après avoir lu sa critique sur le magazine Lire. Je n’ai pas vraiment l’impression d’avoir grand chose à en dire, parce que ce ne fut pas une lecture si plaisante que cela. Une phrase m’a questionnée, à la fin du livre :  » un de ces faux livres qui s’empilent sur les tables des librairies ». A quels livres l’auteur fait-il allusion ? Quels livres considère-t-il de manière si négative ? Un peu plus haut, considérant la lectrice qu’il observe, il dit « une histoire de femmes, ça lui va mieux. Ce n’est qu’un préjugé ». Oui, effectivement, c’est un préjugé, ce n’était presque pas la peine de le préciser. Au fond, ce personnage d’auteur rêve de croiser, dans un de ces cafés qu’il fréquente, une lectrice de ses oeuvres – j’admets franchement qu’avant d’ouvrir celui-ci, je ne connaissais pas du tout les livres de cet auteur.

Ce voyage dans les cafés, dont les adresses, ou le devenir sont présentés en fin de livre, n’est pas désagréable, cependant à part ce que j’ai écrit plus haut, je n’ai rien retenu de saillant. La visite du Starbucks, parce que c’est le seul que je connais, et que, contrairement à l’auteur, donner mon prénom (Sharon !) ne me pose aucun problème et m’amuse encore. Peut-être aussi parce que je suis une femme et que je n’ai pas le même rapport avec les cafés. Je ne suis pas écrivain non plus, savoir que telle ou telle oeuvre a été écrite par de célèbres auteurs dans des cafés devenus célèbres ne m’émeut pas. J’ai été plus sensible au rapport entre les cafés et leur représentation dans des oeuvres littéraires ou cinématographiques – les joies de l’intertextualité.

A vous de voir si vous avez envie de le découvrir.

Escapade littéraire : Paris

Présentation de l’éditeur :

Pour approcher, visiter, comprendre une ville, qu’y a-t-il de mieux que de découvrir ce que les grands auteurs ont pu en dire ? Laissez-vous surprendre par les textes consacrés aux plus belles cités du monde, puisés dans les récits de voyage, correspondances et autres carnets de route des écrivains-voyageurs.
La Ville Lumière est l’une des métropoles les plus visitées, les plus fantasmées au monde. Symbole de la culture française, Paris fascine les écrivains étrangers, qui ne cessent de la représenter dans leurs oeuvres. E. E. Cummings, Graham Greene, Henry James, Richard Yates, Horace Walpole, Dino Buzzati… : tous ont puisé dans les richesses de la ville leur inspiration.

Merci aux éditions Robert Laffont : j’ai gagné ce livre à un concours.

Mon avis :

Vous croyez avoir tout lu sur Paris, et bien non. Cette collection « pavillons poche » nous permet de découvrir Paris vu par les écrivains anglais ou américains. Varié, ce recueil nous permet de lire des lettres du XVIIIe, des chroniques du début du XXe siècle, des extraits de romans ou de nouvelles. Ou comment voir l’après libération de Paris par les yeux d’un soldat américain  dans la nouvelle de Richard Yates « Liars in love » venu chercher du divertissement dans la capitale, lui-même étant écartelé entre l’Amérique, et son père, et l’Angleterre, où vivent sa mère et sa soeur avec lesquelles les liens se sont distendus depuis le divorce des parents.

J’ai trouvé que certains textes étaient vraiment drôles, comme « The man who stole the Eiffel tower » – ou que se passerait-il si quelqu’un enlevait la tour Eiffel, pour lui permettre de prendre quelques jours de vacances, loin des touristes exigeants ? Oui, il faut voir la tour Eiffel, comme il « faut » aller ici ou là si l’on « veut » visiter Paris. Mention spéciale pour les employés, à qui pense réellement le narrateur, puisqu’il prend soin de ramener la tour avant que les employés aient des ennuis et ne puissent toucher leur salaire. Un homme altruiste, un vrai.

J’ai découvert ainsi les chroniques d’E.E. Cummings, et sa connaissance intime de Paris, lui qui distingue « Paree », de « Paname », au grand dam de ceux qui croient tout connaître de la capitale française parce qu’ils vivent à « Paree ». J’ai moins été sensible au texte de Buzatti et j’ai trouvé qu’il détonnait par rapport aux autres. Peut-être a-t-il été choisi à cause du nombre de peintres qui ont été inspirés par la ville lumière et qui ont été oubliés après leur mort.

Je ne voudrai pas terminer par une note négative et vous parlerai de Travels with my aunt, oeuvre tourbillonnante dans laquelle Augusta entraîne son si conformiste neveu dans un passé toujours très présent – elle prend déjà le thé à la librairie Smith, comme je l’ai fait moi-même le 7 août.

Un recueil à lire pour redécouvrir Paris autrement.

 

L’éducation inclusive, concrètement, que faire ? de Jacques Joguet.

Mon avis :

Cela s’appelle faire une bourde. J’ai demandé ce livre lors de la précédente masse critique, et je remercie Babelio et les éditions Tom Pousse d’avoir accédé à la demande.
Vous allez me dire : en quoi est-ce une bourde ? C’est tout simple : je croyais que le livre était destiné aux enseignants avant tout, et il l’est aux parents, comme le signifie le quatrième de couverture. Au temps pour moi. Je cherchais avant tout dans ce livre de nouvelles idées à mettre en pratique. Autant vous le dire, je n’ai pas trouvé de nouvelles idées, et j’ai beau me dire qu’il faut que je laisse murir cette lecture, que j’ai fractionnée, je ne pense pas que j’en tirerai quelque chose. Pourquoi ?

Déjà, à plusieurs reprises, les professeurs sont largement et abondamment critiqués (oui, j’utilise une hyperbole). Un exemple parmi d’autres (je tiens à préciser que je ne lis jamais un livre comme le font certains collègues, ne comptez pas sur moi pour mettre des post-it partout, surligner de toutes les couleurs les passages les plus significatifs) : la stigmatisation des « contrôles surprises » (p. 106). Bizarre, bizarre, personne, dans l’établissement où j’exerce, n’en fait. Pour quelles raisons ? Je vous fais la version courte : parce que les contrôles surprises ne servent à rien, si ce n’est à rompre la progression pédagogique mise en place, à ruiner totalement les évaluations prévues et annoncées en début de séquence (pas eu l’impression que l’on parle beaucoup d’elles dans le livre).

De même, en tant qu’ancienne bonne élève, je me suis sentie aussi discriminée – comme certains professeurs l’ont fait dans ma scolarité, n’hésitant pas à me comparer à un « singe » ou disant que je n’étais pas « intéressante ». Les compliments s’oublient, les humiliations, jamais. Je cite la phrase exacte (p. 43) : « les excellentes performances d’un élève dans la maîtrise d’une langue étrangère, en mathématiques ou dans toute autres discipline, n’augurent en rien la qualité de sa réponse face à la détresse d’un de ses proches ». Non, mais en quoi ces « excellentes performances » devraient être le signe qu’iel ne saurait y répondre ? La phrase peut se retourner dans les deux sens. Et là, je tombe à nouveau dans l’écueil qui fait que je parle plus de moi, que du livre.

Il est question aussi des compétences – bon, nous évaluons par compétences depuis de nombreuses années, beaucoup d’établissements n’évaluent plus avec des notes, donc parler du bien-fondé des compétences avec moi, c’est prêcher une convaincue.

Je regrette aussi que la question des ATSEM et des AESH soit évacuée très rapidement, au détour d’une phrase. Et pourtant… Leur rôle est très important et il aurait été intéressent de les présenter.

J’ai été aussi gênée par la comparaison entre la loi sur le handicap de février 2005 et la loi contre la peine de mort (p. 154). Alors oui, l’auteur prend des précautions oratoires pour effectuer cette comparaison, elle n’en est pas moins présente, et n’aide pas vraiment l’inclusion de tous les élèves. Il rappelle que la population était à l’époque majoritairement favorable à la peine de mort. De nos jours, la population est-elle à 60 % favorable à l’exclusion des personnes en situation de handicap ? Pour pousser le bouchon plus loin, une personne « exclue » peut être « incluse » à tout moment, un condamné à mort, c’est un peu plus difficile.

Il est question aussi de formation – et croyez-moi, je suis très « demandeuse » à ce sujet. Il est dit « apparemment, aucune obligation pour le second degré ». certes, mais se former fait partie de nos obligations, et à chaque inspection nous est demandé quelles formations nous avons suivies, et ce qu’elles nous ont apporté (ou pas). Il n’est dit à aucun moment à quel point il est difficile d’obtenir de formation, voire de les inscrire au PAF – et de trouver des formateurs.

Bref, un livre qui ne m’a pas apporté autant que je l’aurai voulu. J’ai eu le choix de rédiger cet avis en tant que professeur, ou en temps que Sharon, la blogueuse. Soyons clair : elles sont une seule et même personne, qui se refuse à être professeur 24 heures sur 24.

 

 

Les déplacés – vingt récits d’écrivains réfugiés

Présentation de l’éditeur :

Un collectif d’écrivains réfugiés et reconnus dans le monde écrivant sur la vie des réfugiés. Les Déplacés est une série de témoignages d’écrivains qui ont été, à un moment de leur vie, des réfugiés.

Merci à Babelio et aux éditions Massot pour ce partenariat : parmi tous mes choix de la précédente Masse critique, c’est vraiment ce livre qui me plaisait le plus.

Mon avis : 

Vingt récits d’écrivains, en comptant la préface de Viet Thanh Nguyen, connu pour son roman Le Sympathisant. Même si l’on choisit de lire, comme je l’ai fait, dans le désordre les différents témoignages, selon les connaissances que je pouvais avoir de tel ou tel écrivain, selon les affinités aussi – Marina Lewicka, dont j’avais déjà lu un roman, dont les origines ne sont pas si différentes de celle de mon père – il est indispensable à mes yeux de commencer par ce que l’on saute souvent : la préface. Il nous rappelle des faits, des évidences que l’on oublie trop souvent : Enfermer des hommes et des femmes dans un camp, c’est les punir, quand leur seul crime est de vouloir sauver leur vie et celle de leurs proches.
Aucun témoignage n’est une redite du précédent, non seulement parce que chaque cas est unique (évidence) mais parce que l’on en finit pas d’envisager les diverses conséquences d’avoir été déplacé. Prenez Chris Abani, le tout dernier témoignage. Il ne se souvient pas, il était trop petit. Cependant, il se met à la place de son frère qui a dû subir une lourde responsabilité : porter le bébé qu’il était sur des kilomètres. Il a donc une perception différente de ses enfants qu’il voit dans les reportages, à la télévision. Il n’est pas le seul à évoquer le sort des enfants, qui plus que d’autres ont dû sur-vivre, devenir des guerriers parfois, qui ont eu une enfance différente de celle de leurs aînés ou de leurs cadets. Il y a l’après aussi : le nouveau pays et l’obligation de « gratitude », ou plutôt ce qui est jugé être « l’ingratitude » du réfugié, qui devrait passer sa vie à remercier, à se montrer digne de l’accueil qu’il a reçu. (Dina Nayeri) Gratitude est d’ailleurs le titre d’un roman de Joseph Kertes. Dans son texte, il nous parle de l’espoir, mais aussi de ce (ceux) que les réfugiés laissent derrière eux. A moins d’avoir perdu toute sa famille, le réfugié laisse derrière lui des proches, qui pensent que, peut-être, plus jamais ils n’auront de ses nouvelles (voir « Quand l’histoire se répète » de Vu Tran).  Cela peut vouloir dire aussi rester, un moment, pendant que d’autres sont partis et qu’il faudra du temps pour les rejoindre.
Il n’est pas facile de lire tous ces récits, qui sont tous d’une forte charge émotionnelle. Cela ne veut pas dire que l’on tire vers le pathos, non, le but n’est pas de faire pleurer dans les chaumières, mais de rendre compte de ce que signifie être exilé, être déplacé, être loin du pays que l’on a aimé, même si les personnes qui sont en face de vous ne comprennent pas, ne veulent même pas savoir que vous avez aimé ce pays parce qu’ils ont la tête emplie de clichés sur lui.
Les déplacés est un recueil riche, prenant, qui ne peut pas laisser indifférent.

 

Emmanuel Le Magnifique par Patrick Rambaud

Mon avis :

Merci aux éditions Grasset et à Netgalley pour ce partenariat.

J’ai eu un peu de mal à rentrer dans ce volume, la lecture du premier chapitre a été laborieuse pour moi, parce que l’auteur en revient aux « origines » du personnage, ce qui a fait qu’il est devenu qui il est, sa famille, ses études, ses lectures aussi. Je ressentais moins l’aspect satirique que dans les précédents volumes, consacrés à Nicolas ou à François, qui passent tout de même un peu dans ce volume – pas toujours facile de s’y retrouver avec toutes les personnalités qui parcourent ce récit.
Oui, la satire n’est pas aussi appuyée que je l’aurai pensé, mais jamais l’auteur ne cède à la facilité, ce qui est déjà ça, vous l’accorderez. Il puise à la fois dans les grands politiciens du passé et du présent pour mieux recentrer cette arrivée au pouvoir, et le déroulement de ce mandat – j’ai failli dire « règne ».
L’avantage de cette lecture est qu’elle nous remet en mémoire certains faits que j’avais totalement oublié, parce que nous sommes toujours dans l’immédiateté, qu’une information chasse l’autre, et que rares sont les journalistes qui reviennent sur les conséquences d’un fait, bref, qui creusent. On a oublié la retraite politique de certains hommes et femmes – ou leur volonté de revenir malgré tout. On a presque oublié le climat de peur dans lequel les attentats successifs nous ont fait vivre, tant, depuis trois mois, l’on parle d’autres choses. Se souvenir est toujours utile, quoi qu’on dise.
Se souvenir est toujours utile, puisque l’on n’a encore jamais fait table rase du passé.

 

Belle-fille de Tatiana Vialle

Présentation  de l’éditeur :

«J’ai retrouvé une photo de ces années-là. C’est une photo en noir et blanc, nous y figurons tous les trois, Olga, toi et moi. Assis au centre sur la moquette blanche, tu regardes droit dans l’objectif avec une sorte de détermination joyeuse dans les yeux. À genoux à côté de toi, indifférente au photographe, j’ai le visage tourné vers le chat que tu tiens dans tes bras. Sur la gauche de la photo, adossée à des coussins, Olga sourit, la tête renversée en arrière. Au premier plan trône Oxana, le vieux berger belge et son museau blanchi. Derrière nous, le paysage lacustre de la tapisserie d’Aubusson. Je détaille la jeune fille agenouillée à tes côtés, vêtue d’une blouse blanche brodée et d’un jean. Elle a le regard songeur. Je me demande à quoi elle pense, ce dont elle rêve. Je l’ai perdue de vue. » Avec Belle-fille, Tatiana Vialle signe un récit romancé adressé à celui qui fut son beau-père. D’une écriture aérienne, elle livre le portrait sensible d’un monstre sacré du cinéma et celui d’une femme courageuse qui n’a eu de cesse de se réinventer une famille. Une lettre en forme d’hommage qui interroge la figure paternelle.

Mon avis :

Je suis une grande fan de la collection Les Affranchis, je les ai tous, je les ai soigneusement conseillés, prêtés, à toutes les personnes lectrices de ma connaissance. Aussi, quand ce nouveau titre est paru après, si je compte bien, presque sept ans d’interruption dans la parution, je l’ai tout de suite demandé en partenariat à Netgalley et aux éditions Nil, et je les remercie d’avoir accepté.
C’est maintenant que la difficulté commence, parce que je n’ai pas vraiment apprécié ce volume. Cette lettre devrait contenir tout ce qui n’a pas été dit. Mouais. Disons qu’il dresse avant tout, avant le portrait de Jean Carmet, qui n’est jamais nommé, celui d’une jeune femme, auteur, narratrice, et personnage principale. J’ai lu, à travers elle, le portrait que j’avais déjà lu d’autres filles, même si elles n’étaient pas des filles ou des belles-filles de, le portrait d’une fille en errance, devenue comédienne parce qu’on le lui avait interdit, mariée, divorcée, seule avec son fils puis à la tête d’une famille recomposée, et maintenant grand-mère. Une errance dans la ville, au gré des hébergements qu’elle trouve avec son fils et une indifférence aussi, presque réciproque, avec sa propre mère. J’ai été stupéfiée par cette perte des liens familiaux dont il est question dans le livre – avec la grand-mère paternelle, l’oncle, qui eux-mêmes avaient plus ou moins exclu le père biologique de la narratrice de leur vie. Ce n’est pas que les morceaux n’ont pas été recollés, c’est que personne n’a eu l’impulsion pour le faire.
Alors, forcément, l’on s’interroge sur la notion de famille, celle de sang, et celle que l’on se choisit, celle que l’on essaie de garder lié puisque rien n’y oblige, comme le lui fera comprendre Jean Carmet quand il sera définitivement séparé de sa mère.
Questionnement aussi, sur son père biologique, sur ce qu’il n’a pas dit – la guerre d’Algérie. Les accusations de sa mère aussi, qui lui reproche d’avoir préféré son père à Jean. Père fugace, fugitif, qui n’a pas véritablement occupé cette place que Jean Carmet a tenu pendant toute la jeunesse de la narratrice. Elle montre la vie quotidienne de Jean avant et pendant le succès, la difficulté aussi, d’affronter le regard des autres quand la prestation de son père ne cause que moquerie ou mépris – on aime bien mettre les acteurs dans de petites cases, à la condition qu’ils n’en sortent pas.
Un rendez-vous un peu manqué pour moi, mais je suis sûre qu’il plaira à d’autres.