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Les grands détectives n’ont pas froid aux yeux de Kyotaro Nishimura

Présentation de l’éditeur :

Que Maigret, Ellery Queen et Hercule Poirot sont-ils allés faire à Tôkyô ? En les invitant, M. Sato a son idée : se faire voler deux millions de dollars, sous leurs yeux. Quel plaisir d’offrir à ses détectives favoris le luxe d’une enquête sur le vif… Bien entendu, un vieux détective japonais est de la partie : Kogoro Akechi, le héros d’Edogawa Ranpo.

Mon avis :

Il fallait sans doute être un auteur japonais pour oser mettre dans un même roman ces trois héros occidentaux à la retraite. Oui, il y a une avis après le quai des Orfèvres, après des enquêtes menées tambour battant ou qui ont largement sollicités les petites cellules grises. Il faut avoir l’ouverture d’esprit nécessaire également pour lire ses héros sous une autre plume.

M. Sato leur offre une enquête inédite, mélange de vol, d’agression et, il faut bien le dire pour la suite des événements, de meurtre. Le narrateur est d’ailleurs un peu déçu par ses gloires vieillissantes. Et oui : accompagner l’ancien commissaire Maigret faire du tourisme, comme un touriste ordinaire qui cherche à visiter les coins les plus populaires de Tokyo (et à ramener des souvenirs pour sa femme), franchement, il espérait mieux d’un aussi grand policier. La retraite, vous dis-je.

L’enquête, qui nous entraîne en chambre close, est tout simplement tortueuse. L’erreur de M. Sato est simple : sous-estimer ceux qu’il a engagés, croire qu’ils ne résoudraient pas l’enquête. Etait-ce bien raisonnable ? Non.

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La ronde noire de Misa Yamamura

Présentation de l’éditeur :

Un premier meurtre  » en chambre close « , puis deux autres crimes tout aussi  » parfaits  » conduiront, à son coeur défendant, la belle Chisako dans les bars de Tôkyô et dans une lointaine circonscription de province. Une subtile intrigue policière  » à l’anglaise  » par une redoutable et prolifique romancière japonaise contemporaine.

Mon avis : 

Je commence souvent mes chroniques en disant « ce roman » ces temps-ci, et c’est de cette manière que j’ai failli le faire également pour cette « ronde noire », que j’ai failli renommer « chambre noire », allez savoir pourquoi – peut-être, justement, parce que le premier meurtre a lieu dans une chambre et que l’intrigue semble relativement feutrée.

Il faut bien sûr se méfier des apparences. D’un côté, nous avons ces meurtres. De l’autre, nous découvrons Chisako dont la vie est sur le point de prendre un tournant. Son fiancé rentre de ses études aux Etats-Unis et ils sont sur le point de se marier – et d’abandonner son métier pour la jeune fille, pour se consacrer à ses devoirs d’épouse et de maîtresse de maison. Seulement, son fiancé a changé, et elle veut savoir ce qui a provoqué ces modifications, qui iront en s’accentuant, révélant un égoïsme assez marqué, et un délaissement des traditions nippones. Pourquoi ? Chisako veut savoir avant de s’engager.

Certes, la police enquête, à son rythme, parce qu’il est tout sauf facile de démêler trois meurtres en deux temps trois mouvements. Mais le plus gros du travail est effectué par Chisako et un jeune journaliste, qui cherche plus que tout la vérité – et attirer l’attention de la jeune fille. L’ensemble peut nous paraître un peu classique avec le recul, avec aussi absorption d’un nombre considérable de séries télévisées remplies de rebondissement et autres activités sanglantes. Pourtant, l’auteur joue avec une intrigue qui était relativement classique pour en faire quelque chose de différent, un peu comme une recette traditionnelle rehaussée d’ingrédients inédits.

Une auteur de romans policiers à découvrir.

 

 

La vie du bon côté de Keisuke Hada

tous les livres sur Babelio.com

Préambule : 

Quand je chronique un roman japonais, il m’arrive très fréquemment de recevoir une volée de bois vert de la part de blogueurs que je ne connais pas, qui ne viennent sur mon blog qu’à cette occasion, et qui repartent aussi vite, parfois sans même me répondre. Je suis donc fin prête.

Mon avis : 

J’avais très envie de lire ce roman, aussi lors de la dernière masse critique, j’ai vraiment sauté sur l’occasion. une fois le livre refermé, je reste dubitative, parce que ce n’est pas vraiment ce que la quatrième de couverture promettait (elle est d’ailleurs trop bavarde).
Le narrateur est un adulescent. Il a 28 ans, il vit à nouveau chez sa mère, il a quitté un travail qui ne lui donnait pas satisfaction et depuis, a vaguement repris ses études puisque les siennes ne l’ont mené à rien. Drole de portrait de la jeunesse japonaise que nous avons là. Elle n’a pas d’avenir, si ce n’est dans des emplois peu satisfaisants ou précaires. Sa vie sentimental est pauvre. Kento rencontre sa copine Ami dans des love hotel, et le jeune homme, qui se juge peu performant, juge encore plus sévèrement sa copine, mélangeant besoin de la rassurer et pensées abruptes à son sujet. Son meilleur ami, marié, ne veut pas d’enfants parce qu’il ne peut pas se le permettre encore. Kento partage son point de vue : la jeune génération, selon lui, ne peut se permettre de se reproduire puisqu’elle a la vieille génération à charge.
En effet, le grand-père de Kento vit chez sa fille – trois générations sous le même toit, et une seule personne, la mère, que l’on voit peu, pour mener une existence presque ordinaire, celle d’une femme qui travaille, qui sort avec ses amies, et a deux personnes à charge.  Ce qui est très clairement posé dans ce livre est le problème de la fin de vie. Le grand-père se plaint toujours ? Certains soignants disent que c’est signe qu’il faut s’occuper davantage d’eux. Mais priver une personne âgée autonome ou presque (le grand-père s’est bien remis de ses précédents soucis de santé) c’est la faire avancer un peu plus vite vers… vers quoi au juste ? La durée de vie s’allonge considérablement, la qualité de vie n’est pas réellement au rendez-vous. Quant à la décision de Kento d’aider son grand-père à mourir, ce qui est surtout surprenant c’est qu’il va développer une stratégie pour lui faire perdre ses capacités physiques et intellectuelles. Bien entendu, il n’a pas demandé l’avis de son grand-père puisque celui-ci se plaint constamment. L’un des signes indubitables du vieillissement n’est-il pas que tout le monde pense agir pour votre bien ? Reste à définir la notion de « bien », forcément.
La vie du bon côté est un curieux portrait de famille, le grand-père ayant usé les nerfs du fils et de la belle-fille chez qui il séjournait précédemment, entraînant une brouille familiale. Ceux qui le supportent encore sont bien décidés à lui trouver une place dans une maison de retraite – compter trois ans d’attente, ce qui en dit long à la fois sur le vieillissement et sur le soin accordé aux pensionnaires. Kento, lui, retrouve peu à peu goût à la vie, à l’effort, s’astreignant à un programme strict de remise en forme. Il s’astreint aussi à se présenter à des entretiens d’embauche, même s’il n’a pas le niveau requis. Un chemin vers une réelle autonomie ? Peut-être. La fin reste ouverte, comme une fenêtre sur un moment de vie d’une famille pas réellement unie.

Le rêve de Ryosuke de Durian Sukegawa

Merci à Babelio et aux éditions Albin Michel pour ce partenariat.

Présentation de l’éditeur :

Après Les Délices de Tokyo, porté à l’écran par Naomi Kawase, Durian Sukegawa signe un second roman tout aussi poétique, lumineux et original. Le jeune Ryôsuke manque de confiance en lui, un mal-être qui puise son origine dans la mort prématurée de son père. Après une tentative de suicide, il part sur ses traces et s’installe sur l’île où celui-ci a passé ses dernières années. Une île réputée pour ses chèvres sauvages où il va tenter de réaliser le rêve paternel : confectionner du fromage. Mais son projet se heurte aux tabous locaux et suscite la colère des habitants de l’île… Jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour réaliser nos désirs ? A travers les épreuves de Ryôsuke, Durian Sukegawa évoque la difficulté à trouver sa voie, soulignant le prix de la vie, humaine comme animale.

Mon avis : 

J’avais beaucoup aimé Les délices de Tokyo, aussi ai-je été ravie de pouvoir découvrir le nouveau roman de Durian Sukegawa. Je dois dire que j’ai trouvé la tonalité très différente. Autant le premier m’a semblé lumineux, ancré dans le réel, parfois méconnu du Japon, autant le second m’a semblé à la fois réaliste et fantastique. Réaliste, parce qu’il nous montre une jeunesse japonaise en perte de repère : Ryosuke est le héros du roman, mais ces deux « collègues » (je ne vois pas comment nommer autrement les deux jeunes qui l’accompagnent) semblent tout aussi perdus que lui, entre famille dysfonctionnelle et drame personnel. Fantastique, parce que l’île sur lequel ils se rendent n’existe pas, est coupée du reste du Japon, isolée. Et c’est là que nous basculons à nouveau dans le réalisme, avec la difficulté à conserver les habitants, les jeunes surtout, à faire venir des forces vives. Le problème n’est pas tant que les nouveaux venus restent ou non, mais qu’ils parviennent à s’entendre avec celui qui fait office de seigneur sur cette île, comme en une survivance médiévale.
Ryosuke est à la recherche de réponse sur son propre passé, sur l’événement qui a fait basculer la vie de sa famille. Il poursuit aussi, d’une certaine façon, l’oeuvre de son père, se colletant à la tâche là où d’autres ont lâché prise – de façon définitive.
Très vite se pose aussi pour lui la question du prix de la vie animale – et du pouvoir que l’homme a sur l’animal. Que dire alors quand la survie de l’homme est en jeu.
Le rêve de Ryosuke – un livre tout sauf facile.

Le fusil de chasse de Yasushi Inoue

Un mois au Japon en compagnie de Lou et Hilde

Présentation de l’éditeur :

Trois lettres, adressées au même homme par trois femmes différentes, forment la texture tragique de ce récit singulier. Au départ, une banale histoire d’adultère. À l’arrivée, l’une des plus belles histoires d’amour de la littérature contemporaine.
Avec une formidable économie de moyens, dans une langue subtilement dépouillée, Yasushi Inoué donne la version éternelle du couple maudit.

Mon avis :

Il est des romans épistolaires réussis (Les liaisons dangereuses), il est des romans épistolaires ratés, datés. Il en est d’autres, comme Le fusil de chasse, dont on oublie complètement qu’il est constitué de lettres.
Nous avons un narrateur, auteur, poète, qui écrit un poème sur (ou plutôt contre) la chasse, poème qui est publié sans faire de vagues – la réception d’un texte, on n’y pense pas toujours. Si, enfin, une lettre, d’un homme qu’avait croisé le narrateur, qui lui avait même inspiré ce texte, et qui s’est reconnu. Les trois lettres qui constituent le coeur de l’ouvrage, c’est lui qui les lui envoie. La première est de la fille d’une lointaine cousine. La seconde est de sa femme. La dernière est de sa lointaine cousine par alliance.
Dans ces lettres, c’est tout ce qui n’a pas été dit qui est exprimée. Trois points de vue féminin – une jeune fille à l’aube de sa vie amoureuse, sa mère et une femme, jeune encore, qui a été trahie au tout début de sa vie d’épouse.  La première et la dernière se rejoignent, finalement, en victimes collatérale de la passion de leur mère pour l’une, de son époux pour l’autre, et si l’on ne sait comment l’une mènera sa vie, on sait comment l’autre a tout mis en oeuvre pour faire souffrir son mari. Mais souffre-t-on réellement quand on n’aime pas ? N’a-t-elle pas blessé qu’elle-même ?
L’on ne peut que se douter de la raison qui a empêcher ces deux êtres de vivre leur amour au grand jour – leur passion aurait-elle eu une telle force si elle n’avait pas été cachée, donc coupable ? Il est des faits qui peuvent aussi surprendre, comme l’adultère qui aurait dû être pardonné par Shaïko , alors même qu’un enfant était né de cette relation (et ne devait vivre que peu de temps, ce qui semble d’attrister personne).
Mais l’on ne peut restreindre une oeuvre si courte et si parfaite à l’examen d’événement. Le ressenti de chaque personnage, la manière dont il a appréhendé ce qui est survenu, la poésie et la délicatesse de l’écriture sont tout aussi importants. C’est un livre que j’ai eu envie de relire aussitôt, et c’est suffisamment rare pour moi pour être signalé.

Asie2

 

La ritournelle du démon de Seishi Yokomizo

 

Présentation de l’éditeur :

Une enquête de l’inspecteur Kosûke Kindaïchi.
A Onikobe, au mois d’Août, c’est la fête des morts, avec son cortège de rites et de cérémonies.
Un meurtre fait surgir les fantômes du passé, les légendes et les rivalités ancestrales. On reparle alors d’un crime qui n’a jamais été élucidé et l’on a tort de ne pas préter attention aux histoires de Ioko Yura et de l’interrompre quand elle se met à chanter cette comptine que les petites filles de son village fredonnaient en jouant à la balle. Lorsqu’elle retrouvera son jeu d’enfant devant les villageois médusés, il sera trop tard: deux autres crimes réalisés en tous points comme dans le ritournelle auront plongé le village dans l’horreur et la stupéfaction…
Kindaïchi dénouera un à un les fils de cet écheveau compliqué enfoui dans la mémoire du village, les croyances locales, les rancoeurs et les superstitions.

 

Mon avis : 

Comme vous le savez sans doute, il ne faut surtout pas, pour un policier, partir en vacances. Le crime, lui, n’en prend pas. Ici, la situation est différente, puisque Kindaïchi sait pertinemment qu’il part en ce lieu pour tenter de résoudre une énigme, un meurtre et une disparition qui ont eu lieu il y a bien longtemps.

La veuve et les deux enfants de la victime sont toujours à Onikibe, dignes. La jeune fille, née après la mort de son père, dissimule pourtant son visage : une gigantesque tache de naissance la défigure. Elle est la moins belle, à cause de sa disgrâce (dû au choc subi par sa mère pendant sa grossesse ? Des superstitieux le croient) des jeunes filles de sa génération. Pire, aux yeux de sa mère : une célèbre chanteuse originaire du village revient pour la fête des morts. Elle est la fille illégitime de celui qui a fui et qui a été soupçonné du meurtre. Nul cependant ne mettra en doute la beauté, le talent et la sensibilité de la jeune artiste, qui sera amenée à interpréter des chants plus souvent qu’elle ne l’aurait cru.

Elle n’est pas la seule à revenir, l’une des ex-femmes d’un notable est, dit-on, également de retour. Elle a été vue, y compris par Kindaïchi lui-même. Elle semble semer la mort derrière elle, au rythme de la ritournelle du démon. Ce chant, mis à part une vieille femme, personne n’y a fait allusion. Et l’inspecteur ne fait pas vraiment attention à ce qu’elle lui dit alors que ses arrière-petits-enfants arrivent. Elle ne peut poursuivre, il n’insiste pas, ce n’est qu’une ritournelle, et c’est vrai qu’il faut avoir de sombres desseins pour suivre un chant macabre à la lettre. Ce n’est pas sans rappeler la comptine des Dix petits nègres.

Ce roman nous plonge dans un Japon qui n’existe plus, dans une société à la fois moderne, par certains côtés, et traditionnel. Plus qu’un roman policier, nous lisons le récit d’une tragédie que rien ni personne ne semble avoir pu empêcher.

 

Fû, Hana et les pissenlits de Kazuo Iwamura

Mon avis :

Fû (le vent) et Hana (la fleur) sont deux petits lapins qui partent explorer un champ, avec l’autorisation de leur maman. Ils y découvrent des pissenlits, sur lesquels se posent une coccinelle, un papillon puis une abeille qui leur parlent.  Non, les deux petits lapins ne sont pas en fuite, ne font pas bêtises, ils explorent et découvrent ainsi ce que l’on pourrait appeler tout simplement le phénomène de pollinisation.

Les dessins sont très doux, dans des tons pastels, avec de légers traits de crayon apparents pour transporter les jeunes lecteurs dans un univers poétique. Ils laissent suffisamment de place à l’imagination pour permettre d’inventer d’autres histoires, à partir d’eux.  Cet album doux et tendre est encore une réussite signée Kazuo Iwamura – je ne pense pas que cela étonne qui que ce soit.