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En scène ! de Curvie

Présentation de l’éditeur :

La vie de la petite Kanade Ariya bascule le jour où elle assiste au spectacle de danse de sa voisine Lisa. Fascinée par la grâce de la jeune fille, Kanade n’a plus qu’un rêve en tête : devenir ballerine !

Mon avis :

Et oui, encore une fois, je vous parle d’un manga ! Note : si vous connaissez une petite fille passionnée de danse et de manga, et que vous n’avez toujours pas trouvé de cadeau de Noël, ce livre est fait pour elle. Note (bis) : je l’ai beaucoup apprécié parce qu’il traite de la danse classique autrement.
Quand je rencontre un livre sur la danse, ou sur la musique, c’est trop souvent la même chose : l’auteur vous parle du bonheur de danser, de chanter, de la communion vécue par les danseurs, les musiciens, du plaisir immédiat, naturel, consubstantiel si j’ose dire. Il ne vous parle pas (et là, je prêche pour ma paroisse) des heures de répétition, de cette tonalité qui ne va pas du tout à votre voix, et de ce fichu morceau en sol bémol (donc plein de bémol) que vous en connaissez pas mais qu’il faudra chanter quand même.
Fait essentiel pour la danse : ce manga nous parle bien de l’apprentissage, qui est tout sauf inné. Des pointes, qu’il ne faut surtout pas chausser trop tôt. De la jambe d’appui, très sollicitée qui peut donc devenir douloureuse plus facilement – sans oublier les précieuses articulations. Il ne fait pas l’impasse sur le trac avant un spectacle, sur la nécessité d’assurer techniquement – tout en étant le personnage, Giselle, Belle au bois Dormant, Kitri ou fée clochette.
Il est des danseuses qui ont un don. Il en est d’autres, comme Kana, qui n’en ont pas. Aux yeux de ses professeurs, elle n’est qu’une gamine ordinaire. Seulement, Kana a un avantage sur d’autres élèves, y compris sur Lisa, sa voisine : elle est passionnée. Elle a un grand sens de l’observation, et cherche tous les moyens de se perfectionner,en intégrant mieux la manière d’exécuter les pas, en compensant le fait qu’elle ne chausse encore que des demi-pointes (ce qui n’a pas que des inconvénients), en regardant des videos aussi, toujours pour des raisons techniques, non pour s’approprier le personnage, Kana y parvient très bien, même si elle n’est, au début qu’une souris parmi d’autres.
J’espère que le personnage de Kana pourra vivre sa passion de la danse jusqu’au bout – à voir dans le second tome, que je vais me procurer bientôt.

Love whispers, even in the rusted night

Présentation de l’éditeur :

Mayama et Yumi sont deux amis qui se connaissent depuis le collège. Séparés au moment de leur entrée au lycée, ceux-ci se retrouvent quelques années après par hasard. Alors que Mayama est à l’université, Yumi travaille dans un restaurant en tant que livreur. Malgré ces années passées sans donner de nouvelles, aucun n’a oublié l’autre, notamment Mayama qui a toujours été captivé par la joie de vivre apparente de Yumi. Désormais installé avec son petit ami, ce dernier semble cependant vouloir dissimuler certaines choses à Mayama, qui compte bien découvrir ce que cache le sourire de son ami « Derrière le masque que je te montre se cache un homme au sourire brisé qui espère qu’un jour, peut-être, il trouvera le bonheur ».

Merci à Babelio et aux éditions Taifu Comics pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce livre est à réserver à un public averti. Parfois, cet avertissement cache une histoire presque anodine, voire une bluette. Ce n’est pas le cas ici. Et j’ai bien du mal à recommander ce livre même s’il traite d’un sujet rarement évoqué : la violence conjugale dans les couples homosexuels.

Qui se soucie d’un homme qui arrive au travail avec des traces de coups, des bleus ? Pas grand monde, si ce n’est pour dire que cela risque de faire fuir la clientèle. Puis, c’est bien connu, les hommes sont bagarreurs, ils aiment à échanger des coups, et parfois, ou plutôt souvent, c’est Yumi qui en a les séquelles. Il n’est que Mayama pour se poser des questions, et forcer Yumi à y répondre.

Ils ont été amis, au collège. Déjà à cette époque, comme le montreront des retours en arrière, il y avait des choses qui n’allaient pas dans la vie de Yumi.  Plutôt que de savoir pourquoi son petit ami Kan est devenu violent depuis qu’il travaille (encore qu’une critique du monde du travail au Japon serait bienvenue), je me demande pour quelles raisons Yumi s’est mis à accepter cette violence quotidienne, pourquoi il a si peu d’estime de soi. Non, il n’attend pas non plus que Kan change, il reste, sans aucun espoir, si ce n’est que les bleus disparaissent vite ou qu’une mèche de cheveu parvienne à cacher sa cicatrice.

Les images sont crues, et même en noir et blanc, les chairs sanguinolentes se devinent. Les scènes de sexe ne sont pas en reste non plus – même si Yumi a eu du mal à accepter l’amour de Mayama, il n’a aucun mal à accepter ses faveurs. Un final assez fréquent dans ce genre de manga. S’il est une leçon à retenir, c’est que les victimes de violence s’en sortent pas toute seules. Dans un même genre, j’ai préféré Cut de Toko Kawai, qui est pour moi un modèle difficile à dépasser.

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Les dimanches de monsieur Ushioda de Yasushi Inoué

Présentation de l’éditeur :

Président d’une grande entreprise japonaise, Monsieur Ushioda souhaiterait pouvoir connaître le dimanche un peu de tranquillité et se consacrer à des sujets d’intérêt personnel. Hélas…
Que ce soit son épouse, ses amis ou des inconnus, il semble que le monde entier se ligue pour le déranger sous les prétextes les plus futiles – et les plus contraignants. Jusqu’au jour où…

Mon avis :

J’ai beaucoup aimé ce roman qui nous montre un autre aspect du Japon. Au début, nous pouvons nous croire dans un roman strictement réaliste. Après tout, monsieur Ushioda est arrivé là où il en est à force de travail, il est hautement respecté, au point d’être demandé pour des conseils ou pour être témoin lors de mariage où il ne connait pas les mariés. J’ai découvert ainsi que la fonction de témoin est vraiment essentiel dans un mariage japonais. Donc, monsieur Ushioda n’a pas une minute à lui, même le dimanche, faisant au passage une satire de l’usage du téléphone – que dirait-il de nos jours ? Il écrit aussi des articles, sorte de billets d’humeur, dans un journal, et ses avis très tranchés suscitent des réactions enflammées, parfois.
Puis, peu à peu, le récit glisse vers un autre registre, par le biais des arbres, décidément très importants eux aussi au Japon. Monsieur Ushioda entre en relation avec des défenseurs des keyakis, et se prend de passion pour ces symboles du Japon – sur ce pour quoi les japonais se sont battus pendant la guerre. Et là, pendant une centaine de pages, ce sont des moments de profondes émotions qui nous attendent.
Le dernier tiers du roman voit monsieur Ushioda changer – et nous montrer sa définition de l’amour et du soin que l’on porte aux autres. Ces dimanches lui procurent de l’apaisement – j’espère qu’ils vont en procureront aussi.

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Les quatre saisons de la famille Souris de Kazuo Iwamura

Présentation de l’éditeur :

Ils déménagent en automne pour s’installer au cœur de la forêt. Ils profitent de l’hiver pour jouer ensemble au chaud, fabriquer quantité de choses, mais aussi faire de la luge et des souris de neige. Pour fêter le printemps, ils organisent un grand pique-nique où tout est fait maison. Et en été, au premier chant d’oiseau, les enfants partent cueillir des framboises pour accompagner un délicieux petit déjeuner. Eux ? Ce sont les quatorze membres de la famille Souris, parents, grands-parents et dix enfants. Une famille dont on rêve de faire partie !

Mon avis :

Cet album regroupe quatre aventures de la famille souris :  « Une nouvelle maison pour la famille Souris », « L’hiver de la famille Souris », « Le pique-nique de la famille Souris » et « Le petit déjeuner de la famille Souris »

Pourquoi une nouvelle  maison ? Sans doute parce qu’avec dix enfants et deux grands-parents, il est nécessaire de posséder une maison relativement grande – surtout la chambre ! L’union, la discrétion et l’organisation font la force de la famille quand ils traversent la forêt avant de trouver « l’endroit rêvé » pour la construire. Chacun participe selon son âge et sa force, tout en étant respectueux de la nature qui les entoure. Les dessins sont colorés, précis, chaque détail est soigné, et ce sera le cas pour chacune des histoires de cette anthologie.

Dans « l’hiver de la famille souris », deux lieux dominent, l’intérieur de la maison, avec des couleurs dorées, et l’extérieur, où le blanc domine. Pas de télévision, pas de jeux vidéo, et pourtant, les petites souris, les parents, les grands-parents ont toujours de quoi s’occuper, en jouant, en cuisinant, ou en faisant de la luge. La famille est unie, et bien sûr, c’est un rêve de partager autant de choses, de ne jamais se disputer, juste se chamailler. La petite soeur et Benjamin sont les personnages les plus caractérisés – un peu comme les « chouchous » de la famille.

« Le pique-nique de la famille Souris », ce n’est pas seulement l’occasion de se nourrir, même si la nourriture est importante, c’est le fait de profiter des beaux jours, de la nature et d’être tous ensemble. Les couleurs dominantes ? Le vert, et le bleu limpide du ciel. Beaucoup de tendresse dans cette partie, où les souris peuvent enfin sortir de leur maison et rester dehors sans se soucier du temps.

Le dernier récit invite à la sérénité. Nourrir une famille nombreuse, ce n’est pas facile. Il n’est pas question de parler de « petit déjeuner équilibré », plutôt d’utiliser toutes les ressources de la nature qui permettent de (se) nourrir, tout en s’aidant les uns les autres. Les dessins sont toujours aussi soignés, délicats et colorés. Une réussite poétique, encore une fois.

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La prophétie de l’abeille de Keigo Higashino

Présentation de l’éditeur :

Un matin d’été, la voiture de l’ingénieur Yuhara pénètre dans le complexe de Nishiki Heavy Industries. C’est aujourd’hui que l’hélicoptère sur lequel il travaille depuis des années doit être livré à son commanditaire, l’Agence de défense du Japon. Sa femme et son fils l’accompagnent pour assister à la démonstration de vol. Yuhara se rend dans son bureau tandis que sa famille l’attend à la cafétéria en compagnie de l’épouse d’un collègue et de son petit garçon. Les deux enfants vont jouer dehors et réussissent à se glisser dans le hangar où se trouve l’hélicoptère, et même à bord de l’appareil. L’un des deux est encore dedans lorsque celui-ci se met à bouger. Bientôt, sous les yeux terrifiés de son compagnon de jeu, l’hélicoptère prend son envol. D’abord stupéfaits, les ingénieurs comprennent bientôt que l’appareil a été manipulé à distance. Moins d’une heure plus tard, l’hélicoptère s’immobilise au-dessus d’un réacteur nucléaire. Les autorités reçoivent un message signé de « l’Abeille du ciel » : l’appareil, chargé d’explosifs, s’écrasera sur le réacteur quand il aura épuisé son carburant si toutes les centrales du Japon ne sont pas mises immédiatement hors d’état de fonctionner…

Mon avis :

Ce livre, le dernier en date de Keigo Higashino (je l’ai acheté en poche au dernier salon du livre), est presque un roman d’anticipation – ou une dystopie, comme on voudra. Certains penseront aussi à un sujet pour téléfilm catastrophe : un hélicoptère télécommandé, un enfant à l’intérieur, une menace nucléaire…. Depuis l’écriture de ce roman, la catastrophe nucléaire est devenue une réalité, et j’aimerai savoir si cela a changé la réception du roman au Japon.

Pour ma part, vu de France, ce que je retiens – et qui est valable au Japon comme dans tout pays qui utilise le nucléaire – c’est à quel point on peut dépenser de l’électricité pour des choses que l’on n’aurait jamais envisagé avant (la climatisation à outrance, partout) et à quel point l’on peut en être dépendant, sans se soucier de la manière dont l’électricité est produite, le coût réel que cela peut avoir. Je reste persuadée que l’objectif de ce roman n’est pas seulement d’être un thriller efficace, mais aussi de nous amener à réfléchir sur nos propres pratiques.

Un hélicoptère près à être lancé sur une centrale nucléaire. Prouesse technique de la part des constructeurs mais aussi de la part de la personne (ou des personnes) qui ont détourné l’appareil. Frayeur, aussi, parce que les conséquences de la chute de l’hélicoptère sur la centrale ne sont pas réellement connues, juste imaginées, supposées, minimisées. Le trait de génie de l’auteur est d’avoir ajouté la présence du fils d’un des responsables de la conception de l’hélicoptère dans l’appareil. Qu’est-ce qui est plus capable d’émouvoir un terroriste (employons le mot) qu’un enfant  ? Enfin, si l’on parvient à croire que le sort d’une seule personne, que les parents ont été incapables de surveiller, puisse émouvoir quelqu’un qui envisage de causer de nombreuses victimes.

Il est des morceaux de bravoure dans ce roman, comme le sauvetage du jeune garçon. Il en est d’autres qui rappellent que le lien parents/enfants n’est pas si évident que cela – si, en France, le harcèlement n’est plus pris à la légère, ce n’est pas vraiment le cas au pays du soleil Levant. De même, la peur engendrée par le nucléaire est elle aussi passée sous silence, minimisée. Ce dont on ne parle pas n’existe pas.

La prophétie de l’abeille est un excellent roman, qui démontre à nouveau le talent de Keigo Higashino.

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Les délices de Tokyo de Durian Sukegawa

Mon résumé :

Sentaro est un vendeur de dorayaki (pancakes fourrés d’une pâte de haricots rouge, le « an »). Il travaille dans cette boutique pour rembourser une dette, sans passion particulière pour la pâtisserie. Un jour, une vieille dame se propose de l’aider à confectionner le « an ». Les ventes augmentent progressivement. Jusqu’à quand ?

Mon avis :

Présenté ainsi, le roman pourrait nous faire penser non pas à une romance sirupeuse (la vieille dame pourrait être la grand-mère de Sentarô) mais à un roman feel good, sans beaucoup de profondeur, nous montrant l’importance du travail bien fait, le tout sous les cerisiers de ce quartier de Tokyo. Oui, on pourrait le croire, tant le lecteur se trouve plongé dans l’art de confectionner la pâte de haricots rouges, du soin qui est nécessaire pour parvenir à faire une pâtisserie non pas originale, mais qui a du goût, et donne envie d’en manger une autre. Si ce biais est pris, c’est pour nous entraîner vers un sujet plus profond, qui nous fait découvrir une réalité du Japon que j’ignorais totalement avant de lire ce livre, réalité qui m’a fait penser au roman Bones to Ashes (Meurtres en Acadie une fois traduit) de Kathy Reichs.

Ce que je peux vous en dire, sans dévoiler le noeud de l’intrigue, est que les préjugés sont vivaces, et tenaces, même pour Sentarô. Il a beau apprécié beaucoup Tokue, la vieille dame, il ne peut s’empêcher d’avoir certaines craintes, qui le tourmentent, et qu’il surmonte – pas toujours complètement, il est vrai. Sentarô est humain, donc complexe, et c’est toujours plus intéressant de découvrir un personnage ainsi fait qu’un personnage sans peur ni doute. Sentarô doit aussi faire avec son passé, ses dettes (d’argent, d’honneur) tout en reprenant sa vie en main. Il est plus facile de se plier aux ordres que de dire non.

Le second personnage féminin important, après Tokue, est Wakana. Elles se distinguent des autres collégiennes et lycéennes qui, telle une volée de moineau, viennent manger un dorayaki, papotent et reprennent leur envol vers leur établissement scolaire ou leur domicile. Elevée par une mère seule, portée sur la boisson, qui amène parfois des hommes à la maison en cachette de sa fille, Wakana (c’est son surnom) ose poser des questions à Tokue, notamment sur la cause des déformations de ses doigts, de son visage, en partie paralysé, question que le bien éduqué Sentarô n’aurait jamais posées. Contrairement à d’autres, Wakana n’a pas le choix, et doit prendre son avenir en main – bien plus tôt que ne l’a fait Sentarô.

Tokue nous fait découvrir un passé que l’on aimerait révolu, qui ne l’est pas encore tout à fait. Elle nous parle de la guerre, que nous envisageons toujours de notre point de vue, de la vie dans les villages de la campagne japonaise, de la survie aussi – et de la religion. Parler de « leçon de vie » me semble une expression trop connotée pour parler de ce que les mots, les pensées et les attitudes de Yokue dégagent. Je dirai donc une leçon d’espérance dans un monde où le profit et l’apparence dominent.

N’hésitez pas à découvrir les délices de Tokyo à votre tour.

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La maison où je suis mort autrefois de Keigo Higashino

Présentation de l’éditeur :

Sayaka Kurahashi va mal. Mariée à un homme d’affaires absent, mère d’une fillette de trois ans qu’elle maltraite, elle a déjà tenté de mettre fin à ses jours. Et puis il y a cette étonnante amnésie : elle n’a aucun souvenir avant l’âge de cinq ans. Plus étrange encore, les albums de famille ne renferment aucune photo d’elle au berceau, faisant ses premiers pas… Quand, à la mort de son père, elle reçoit une enveloppe contenant une énigmatique clef à tête de lion et un plan sommaire conduisant à une bâtisse isolée dans les montagnes, elle se dit que la maison recèle peut-être le secret de son mal-être. Elle demande à son ancien petit ami de l’y accompagner.

Mon avis :

Il est des romans policiers singuliers, qui défient les codes du genre. Les enquêteurs ? Un professeur, et son ancienne petite amie. Richement marié à un homme jamais là, mère d’une petite fille qu’elle maltraite.
L’enquête ? Partir à la recherche du passé de Sayaka, la jeune femme, qui n’a aucun souvenir avant ses cinq ans.
Le lieu ? Une maison où tout semble figé dans le temps. Une maison, c’est à dire un foyer pour une famille.
L’époque ? L’enquête ne durera en tout et pour tout que quelques jours, et elle nous plonge dans un passé vieux de vint-trois ans. A peu près l’époque où Sayaka a perdu la mémoire.
Ils ne sont que deux, ils sont confrontés à des êtres qui ont été présents dans ses lieux et dont ils doivent, à partir des objets, des livres et de leurs écrits, retracer le passé – jusqu’à leur départ. Il ne s’agit pas d’écrire un roman – paradoxe – il s’agit d’interpréter au plus juste les indices qui se présentent à eux, indices qui n’ont pas été laissés involontairement mais qui ont un sens évident pour ceux qui ont vécu ici.
Coupés du monde, seuls, Sayaka et son ami peuvent se livrer à l’introspection, sur leur passé, sur leur amour, sur leur présent – sur ce qui les a rapprochés, en fait, puis a entrainé leur rupture du fait de Sayaka. Le lecteur en apprend un peu sur le divorce au Japon, et sur l’adoption. Je ne parle pas du système juridique, plutôt de la manière dont ses événements sont vécus au sein de la société japonaise. Ils remettent aussi en cause, chacun à leur manière, les idées reçues au sujet de l’adoption, où tout se passe forcément bien pour les enfants, à tout point de vue, où les adoptants le font par amour, forcément. Ou comment pulvériser les idées reçues en quelques lignes. Sans oublier les livres qui expliquent comment bien élever son enfant et faire face à tous les problèmes, ou presque – le narrateur montre bien comment le mécanisme de la maltraitance peut se mettre en place, en dépit (ou à cause ?) de ces précieux conseils.
La maison où je suis mort autrefois va bien plus loin que les romans policiers qui reprennent trop souvent le même schéma (avec force hémoglobine). Pourtant, ce sont à des morts bien réels que nous sommes confrontés. Mort des liens familiaux, mort de la confiance qu’un enfant peut avoir en lui ou en ses proches, mort d’un amour aussi. Ce livre donne toute la place aux victimes et aux survivants, aux conséquences sur la durée. Un livre vraiment très intéressant.

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