Archives

Le mauvais de Shuichi Yoshida

Édition Philippe Picquier – 384 pages

Présentation de l’éditeur :

Par une nuit de neige, une jeune femme est étranglée au col de Mitsuse. L’enquête policière, en cherchant à découvrir la vérité, fait surgir de l’ombre ceux qui font connue, parents, amies, collègues, sans oublier les hommes qu’elle rencontrait, et dans la lumière où ils se tiennent tour à tour, les points de vue divergent, le blanc vire au noir, la victime perd son innocence. Peu à peu se dessinent les liens unissant ce petit monde qui gravitait autour d’elle, et c’est alors que le mauvais n’est plus celui qu’on croit..

Mon avis :

Au bout de trente pages, j’étais déjà plongée dans les affres de la jeunesse japonaise. Le lecteur sait qui va être tué, où et comment – reste à savoir qui et pourquoi.
Nous rencontrons des jeunes filles qui se veulent indépendantes, avec des amours à vivre avant de trouver un mari. Elles ont fait des études médiocres, elles ont obtenu un travail tout aussi médiocre. Parfois, la société qui les emploie les aide financièrement pour se loger, ce qui leur permet d’être indépendantes de leur famille, tout en vivant, finalement, en vase clos. D’autres jeunes gens, au contraire, vivent toujours avec leur famille, parce qu’ils s’aident mutuellement, parce que les liens entre eux sont forts, parce qu’ils n’ont pas vraiment le choix, finalement.
La crise économique a aussi touché le Japon, même si l’on n’en est pas forcément conscient, en France. L’impact est partout, il faut compter, toujours, pour acheter ses légumes, son riz, pour se déplacer, ayant le choix entre un itinéraire en train bref mais onéreux, et un autre long mais moins coûteux. Des exemples parmi d’autres.
Les personnages ne sont pas désespérés, non, disons plutôt qu’ils ont appris à vivre sans espoir. Ils n’imaginent pas vraiment que leur situation puisse être meilleure, simplement qu’elle reste telle qu’elle est, en une routine supportable. A défaut d’avoir la vie que l’on veut, on peut rêver sa vie. Personne n’est dupe, ou pas vraiment, des vies que s’inventent ces jeunes femmes. La sexualité ? Elle se monnaie, parfois âprement, faisant payer à l’homme la moindre des dépenses. D’autres travaillent à plein temps dans ce domaine, parce que, finalement, elles ne savent faire que cela. Ce qu’en pensent leurs familles ? Elles ne le savent pas, puis, les familles ne semblent guère être unies. Désir d’indépendance des enfants, focalisation des parents sur le fils, le petit-fils, et non sur leurs filles – faut-il y voir là aussi une cause de ses errances ? Peut-être.
Au milieu de ce portrait très sombre du Japon, j’en viendrai presque à oublier l’enquête policière. Oui, le « mauvais » est arrêté, oui l’on saura dans l’épilogue qui lui donne la parole pourquoi il a agi ainsi – du moins, l’on saura pourquoi lui pense avoir agi ainsi, ce qui n’est pas exactement la même chose.

 

Le lézard noir de Ranpo Edogawa

Présentation de l’éditeur :

Sur son bras gauche, un lézard noir ondulait, il semblait ramper. Tout en donnant l’impression qu’il allait se déplacer de son bras vers l’épaule, puis vers le cou, pour arriver enfin jusqu’aux lèvres humides et rouges, il restait indéfiniment sur place.
Une enquête de Kogorô Akechi, et certainement le plus célèbre roman policier d’Edogawa : un cambriolage rocambolesque lancera le détective dans une course-poursuite sur les traces d’une femme fatale et sans scrupule surnommée  » le Lézard noir « , à la recherche de la belle Sanae.

Mon avis : 

Comment dire ? Ce court roman est vraiment très particulier. Il m’a franchement laissé une impression de malaise, à cause de la perversité du Lézard noir (oui, je le dis d’entrée de jeu) et des nombreuses invraisemblances qui parcourent le roman.
Le début semble presque classique, et fait penser à plusieurs références de la littérature policière : le lézard noir, une femme fatale, veut kidnapper la fille d’un riche industriel. Le détective Akechi, lui, est chargé d’empêcher cet enlèvement. il y parvient, un temps, un temps seulement. Commence alors une course poursuite pour retrouver la jeune femme, bien que la rançon (un somptueux bijou) ait été livrée.
Ce n’est pas que ce roman soit ennuyeux, mais, eu égard à certains déroulements, on se dit que les faits racontés sont totalement incroyables, pour ne pas dire impossible. Oui, Akechi donne l’impression d’être un détective absolument infaillible, un Arsène Lupin période Agence Barnett en quelques sortes. C’est un peu trop à mon goût, tout comme le lézard noir, cette chef de bande sans scrupules qui n’aurait pas dépareillé dans un James Bond, tant sa folie, sa cruauté sont difficilement supportable. Comment en est-elle arrivée là ? Nous ne le saurons pas.
Un livre que je suis heureuse d’avoir sorti de ma PAL (il y était depuis sept ans) mais qui ne me donne pas envie de tenter tout de suite une nouvelle expérience avec l’auteur.

 

L’hiver dernier, je me suis séparé de toi de Fuminori Nakamura

édition Picquier – 182 pages

Extrait de la présentation de l’éditeur :

Un journaliste est chargé d’écrire un livre sur un photographe accusé d’avoir immolé deux femmes, mais pourquoi l’aurait-il fait ? Pour assouvir une effroyable passion, celle de photographier leur destruction par les flammes ?

Mon avis : 

Lire, lire beaucoup, c’est se confronter à des univers différents. Le moins que je puisse dire est que je n’ai pas été réceptive à cet univers-là.

Que le sujet soit particulier est une chose, que la narration soit aussi compliquée en est une autre, et je n’ai pas eu envie de basculer dans l’univers de l’auteur. Ce roman nous raconte l’histoire d’un photographe accusé d’avoir immolé deux femmes. Si la première fois, l’acte avait pu passer pour accidentel, la seconde fois, ce ne fut pas le cas.

Le lecteur arrive après – après la condamnation, au moment où l’affaire attire un journaliste, et son éditeur, afin d’écrire un livre sur le photographe. Au cours de ce récit déstructuré, on découvre que quelqu’un d’autres, qui correspond régulièrement avec le photographe, veut aussi écrire un livre. Le premier auteur se lit dangereusement avec la soeur du suspect. En ligne de mire, les « poupées » créées à l’effigie d’une femme, décédée, oui, les poupées ne sont jamais masculines, ou comme cela devient le cas au fil de l’intrigue, toujours vivante. Oui, il est des japonais qui vivent avec des poupées, et, pour citer une de mes élèves « oui, mais ce sont des japonais. Il ne faut s’étonner de rien ». Le journaliste enquête donc aussi sur ce sujet, rencontre le créateur des poupées, quelqu’un qui ne lui paraît pas inquiétant du tout – comme si le fait d’accomplir des actes inquiétants ou hors norme pouvait se voir.

Alors oui, j’ai souvent eu du mal à suivre, je me suis perdue avec les noms qui se ressemblent fortement (et la quatrième de couverture ne les donne pas, donc pas facile de trouver un repère) et les temporalités qui s’entrechoquent. Ce n’est pas tant que l’on joue avec le lecteur, qu’on le questionne – même si j’encourage fortement le lecteur à se poster et à se questionner sur les faits qui nous sont narrés – mais que l’auteur a superposé des strates de création artistique : le photographe, le journaliste, le créateur de poupées, la légende de la première poupée, qui n’est pas sans rappeler « le portrait ovale » d’Edgar Allan Poe, le (les ?) vidéastes. Ce n’est pas une histoire qui nous est racontée, c’est une histoire qui est sans cesse re-crée, jusqu’au dénouement.

A vous de voir si vous avez envie de la lire ou pas.

Des cercueils trop fleuris de Misa Yamamura

édition Philippe Picquier – 250 pages

Présentation de l’éditeur :

Le crime fleurit à Kyoto dans les écoles d’ikebana. Quand l’art floral traditionnel japonais cesse d’être un mystère, meurtres, vengeances et fraudes fiscales se succèdent dans les temples et les pavillons de thé.

Mon avis :

Alerte, tous aux abris ! La fille unique du vice président américaine, Miss Catherine Turner, s’est prise de passion pour l’ikebana, cet art de la composition florale. Mieux (ou pire), c’est selon : elle a lu un article sur une jeune fille très douée, Maiko Ogawa, qui a monté sa propre exposition, et elle veut absolument la rencontrer. Autant dire que le ministre des Affaires étrangères s’arrache les cheveux et charge son neveu Ichiro de servir de guide à Miss Catherine. Son neveu n’est pas intéressé, il n’a surtout pas envie d’être récupéré d’une quelconque manière que ce soit, il préfère nettement poursuivre ses études, lui qui a étudié à Columbia, qui connait bien les Etats-Unis et leurs coutumes. Seulement, il existe plusieurs écoles d’ikebana au Japon, dont trois sont véritablement prestigieuses, et toutes les trois veulent, bien sûr, avoir cette prestigieuse élève dans leur rang. Le ministre convainc donc son neveu de l’aider – rêvant lui donner ainsi, enfin, le goût de la politique.

Voir deux écoles vivement protester quand Miss Catherine en visite une n’est pas la base d’un roman policier. Seulement, un « attentat » est commis lors d’une visite du vice-président – rien de bien grave, heureusement, plus de peur, de bruit, que de véritables dangers. Seulement, un meurtre est commis peu après, et là, cela devient vraiment problématique. Un second meurtre est commis peu après, en chambre close qui plus est. Le commissaire est compétent, sérieux, là n’est pas la question, la présence de la fille du vice-président des Etats-Unis, restée au Japon, lui ajoute une pression supplémentaire. Surtout, Miss Cathy entend bien jouer les Sherlock Holmes en jupon, percer tous les mystères, dont ceux de la chambre close, thème qui revient dans un autre roman policier de l’auteur La ronde noire.

Raconté ainsi, le roman pourrait sembler simplement plaisant. C’est, bien sûr, bien plus compliqué. Les morts sont là, et bien là, les suspects aussi. Tout semble tourner autour des écoles d’Ikebana, des luttes de pouvoir entre les différents directeurs et sous-directeurs. Nous sommes dans une société patriarcale, où l’on transmet son école à son fils, éventuellement sa fille, certainement pas à un ou une de ses élèves, si doué(e) fusse-t-il (elle). Se faire un nom dans ce milieu en toute indépendance est également très difficile, aussi l’attention qu’a porté Miss Cathy à l’énigmatique Maiko Ogawa ne plait pas à tout le monde. Je dis « énigmatique », parce que, finalement, on la verra peu, on saura au cours de l’enquête pour quelles raisons elle s’est montrée si fuyante. Les journaux se délectent des histoires, des « potins » qu’ils peuvent dénicher, plus encore de ceux qu’ils peuvent suggérer, Ichiro le découvre bien assez tôt – et son oncle de ministre aussi.

Anecdotique, la présence de Cathy ? Non, pas vraiment. Elle offre un regard extérieur à la société japonaise, et voit des petits détails du quotidien auquel les enquêteurs ne font pas attention – parce qu’ils ont toujours vécu ainsi, ont toujours appris à faire ainsi, et donc ne se questionnent pas à ce sujet. Il est cependant des sentiments qui sont universel, l’amour, le désir de vengeance. Aucun rapport entre les deux, sauf si l’amour défunt donne envie de se venger.

Des cercueils trop fleuris se rattache véritablement à la tradition du roman policier anglais, n’hésitant pas à citer Agatha Christie. Il nous montre aussi une société japonaise figée, normée, où l’ascenseur social n’est pas en panne, il n’existe pas.

 

 

Detective Conan, volume 3 de Gosho Aoyama

Mon avis :

Comme beaucoup de lecteurs, j’ai découvert ce manga par l’animé, même si je n’avais pas l’âge du public cible – ou comment partager quelque chose avec ses élèves.

Dans ce troisième tome (j’ai prêté le 2 cette année régulièrement), Conan, Ran et Mouri se retrouvent sur un bateau de croisière à la suite d’un concours de circonstances assez complexes. Surtout, cela ne fait pas plaisir à tout le monde : en effet, c’est un bateau de croisière privé, et le chef de famille déteste les détectives privés et les personnages qu’il soupçonne d’être des pique-assiettes. Si les tout nouveaux passagers appartiennent bien à la première catégorie, ce n’est pas le cas de la seconde. Pourtant, le bonheur devrait être au rendez-vous, parce que la petite fille vient de se marier, et j’ai appris ainsi que dans les grandes familles bourgeoises japonaises, le mari prend le nom de son épouse, et non l’inverse. On découvre aussi à cette occasion à quel point un seul être peut mettre à mal toute une famille. Je n’irai pas jusqu’à dire que la mort du patriarche soulage tout le monde, je dirai qu’il n’est pas beaucoup de personnes pour exprimer du chagrin. Las ! Alors que le coupable semblait avoir été trouvé, un nouveau meurtre est commis, puis une agression. Conan enquête, oui, et si le récit est une variation sur le thème du meurtre en chambre close, et autres Meurtre sur le Nil, il montre aussi les failles de la société japonaise, qui ne laisse pas l’individu s’épanouir, ou si peu.

Le second récit commence de manière plus légère, pour finir de manière poignante. Il n’est pas forcément de meurtres, de vol pour qu’une enquête ait lieu. Et l’on peut aussi démontrer à quel point se venger ne change rien, n’ôte rien à la douleur, sans pour autant montrer l’accomplissement de la vengeance. Oui, il est toujours possible de changer d’avis – heureusement.

Pendant ce temps, Ran a tout de même des doutes, Conan et ses déductions ont une forte tendance à lui rappeler quelqu’un. Autant dire que le jeune garçon a souvent très chaud et a la chance de pouvoir compter sur le professeur pour le tirer de ces mauvais pas.

 

Six Quatre d’Hidéo Yokoyama


Edition Liana Levi – 650 pages.

Présentation de l’éditeur :

Une fillette a été enlevée et assassinée à 100 km de Tokyo, en 1989, an 64 du règne de l’empereur Shôwa. Nom de code de l’affaire : Six-quatre. L’inspecteur Mikami faisait partie de l’équipe chargée de la traque mais le ravisseur avait réussi à fuir avec la rançon. Impossible pour lui d’oublier cet échec cuisant, que la récente et mystérieuse disparition de sa propre fille ne fait que rappeler… Presque quatorze ans ont passé, dans le même commissariat, il dirige le service des relations presse. On lui demande d’organiser la couverture médiatique de la visite du grand chef de la Police nationale, destinée à montrer que les recherches continuent. Si les journalistes, en plein bras-de-fer avec les RP, veulent bien se prêter au jeu… Pour organiser la visite, Mikami se rend au domicile du père de la fillette. Ce dernier semble en vouloir à la police. Y aurait-il un loup caché ? Pourquoi les officiers ayant suivi le Six-quatre ont-ils changé de service ou démissionné ? Et que sont ces  » Notes Kôda  » que le chef du personnel semble à tout prix vouloir retrouver ? Soudain, tout s’accélère : un nouvel enlèvement a lieu… Yokoyama promène le lecteur à travers les doutes de Mikami, et brosse un tableau de la société japonaise, de la presse et des enjeux d’une information en temps réel.

Mon avis :

Qu’il est long, le chemin de la bureaucratie japonaise ! J’ai eu l’impression de lire 650 pages où j’ai tourné en rond. Après trois faux départs successifs, je souhaitais vraiment que cette lecture-ci soit la bonne.
Guerre des polices ? Guerre des services. Au point que la communication entre l’inspecteur Mikami, chargé des relations avec la presse, et les autres services, est purement et simplement impossible. Ce n’est pas qu’on ne lui parle pas, on lui dit simplement qu’on refuse de lui répondre !!! Vous aussi, vous avez l’impression que l’on marche sur la tête ?
Les problèmes de communication sont vraiment au coeur de cette intrigue. Mikami, qui considère les RP comme un placard avant de réintégrer un service plus prestigieux (à se demander comment les mutations sont effectuées au Japon mais vu les longueurs de ce roman, je n’ai même pas envie d’en lire plus), se refuse à démissionner de la police parce qu’il compte sur les siens pour l’aider à retrouver sa fille unique Ayumi. Trois mois déjà qu’elle a quitté la maison, pour ne plus causer de tort à ses parents, dit-elle. Elle souffre de dysmorphophobie, elle ne supporte pas son apparence physique qu’elle tient de son père – sa mère, tous s’accordent à le dire, est d’une grande beauté. Mikami n’a pas su écouter sa fille, le psychologue qui a été consulté n’a pas mesuré non plus l’étendu de son désarroi. A cette absence de communication avec sa fille (et à certaines remarques insidieuses de ses chefs, qui qualifient de « précieuse » cette enfant qui lui ressemblait tant) se joint l’absence de communication avec sa femme, policière qui a démissionné après leur mariage. Mikami a prêté des intentions à sa femme qui n’était peut-être pas les siennes – et la fin du roman apportera quelques éclaircissements entre eux.
On en oublie presque que, quatorze ans plus tôt, une petite fille a été enlevée et assassinée. L’enquête aurait été menée de manière très différente en France et les conséquences individuelles auraient été différentes – beaucoup d’enquêteurs ont vu leur vie, leur carrière irrémédiablement gâchées pour des raisons que Mikami découvre au cours du récit.
Soyons clair : j’aime beaucoup les romans de Keigo Higashino, et je pense sincèrement que, si vous voulez découvrir les romans policiers japonais, il vaut mieux commencer par ceux-là. Pour un roman dans lequel la communication est impossible, c’est fou le nombre de pages consacrés à un verbiage alambiqué. Oui, il est sans doute important de montrer le pouvoir de la presse au Japon, le fait même qu’il existe une division policière chargée expressément des relations avec elle, et ses exigences que je trouve, pour ma part, totalement exorbitantes, de même que sa capacité à s’énerver extrêmement vite, voir à injurier les policiers, les molester, presque, comme si eux aussi oubliaient les véritables enjeux des enquêtes. *
Les cent dernières pages sont les plus intéressantes parce qu’enfin, on voit se dessiner les raisons de certains silences – et les conséquences aussi. Cependant, tout ce par quoi le lecteur a dû passer fait que l’intérêt final est tout de même émoussé.

Lune d’automne par Clarissa Goenawan

Présentation de l’éditeur :

Japon, 1994. Par une nuit pluvieuse, Keiko Ishida est poignardée à plusieurs reprises et abandonnée sur l’asphalte. Pour Ren, le frère qu’elle a élevé et aimé comme une mère, sa mort est une catastrophe incompréhensible. Avide d’explications, il quitte aussitôt sa ville pour celle de sa sœur, emménage dans son appartement et accepte le poste de professeur qu’elle occupait. Mais plus Ren essaie de se rapprocher de Keiko, plus celle-ci lui échappe. Qui était-elle réellement?
Hanté par des rêves et des réminiscences étranges, troublé par l’une de ses élèves, Ren entame sans le savoir un voyage intérieur qui mettra au jour de douloureux secrets.

Mon avis :

Ce que j’aime chez la maison d’édition Les escales, c’est sa capacité à publier des romans singuliers. Lune d’automne ne fait pas exception.
Ren aimait sa soeur aînée Keiko. Pourtant, elle avait choisi de partir loin de sa famille, de devenir professeur loin d’eux. Ren et Keiko ne se voyaient pas, mais se téléphonaient régulièrement. Dans une société aussi traditionaliste que le Japon, son choix de vie ne laisse pas de surprendre. Son assassinat choque, forcément. Ren veut comprendre ce qui est arrivé à sa soeur. Il veut comprendre qui était sa soeur, aussi se met-il quasiment dans ses pas : il loge là où elle logeait, il reprend le métier qu’elle exerçait, il rencontre un de ses amis dont la fille, qui est so élève (et par extension, était celle de sa soeur) le trouble.
Ce n’est pas qu’il lui est difficile d’enquêter, c’est que les codes de la société japonaise sont tels que simplement questionner les autres pour en savoir plus sur sa soeur, lui qui se rend compte qu’il ne sait quasiment rien sur elle, sa vie, ses amours, ses espoirs est tout sauf évident. Aussi prend-on avec lui des chemins de traverse, nous plongeons-nous dans ses souvenirs, dans ceux de ses propres amours pour en arriver à comprendre qui est Ren, et qui était Keiko.
La pression sociale est immense, sur les hommes, et surtout sur les femmes – encore et toujours ai-je envie de dire. Ce poids est inimaginable vu de France. Il cache un tabou encore plus grand : l’incapacité à aimer son enfant.
Le silence recouvre le récit, cette incapacité à parler, à dire, à échanger parce que dire ce que l’on ressent vraiment, voir ce qui se passe vraiment semble aussi inimaginable. Ren est celui qui dit, celui qui force à dire aussi, comme un révélateur qui, presque à l’usure, force les autres à prendre conscience de ce qu’ils ressentent, de ce qu’ils ont fait, vraiment.
Reste Keiko, qui reste toujours dans ses pensées, même à la fin du récit, comme un guide pour… Ne pas faire les mêmes erreurs qu’elle ? Exprimer ses sentiments, enfin ? Ren, dans ce récrit rétrospectif – il nous montre le devenir d’un de ses amis quelques années plus tard – semble parfois incroyablement seul, avec une vie parsemée de quelques courtes idylles, pour ne pas dire étreintes, qui ne sont pas restées dans sa vie. La fin offre, sinon l’apaisement, du moins un pas vers plus de quiétude.
Lune d’automne, un livre au goût tendre et amer.

Merci à Netgalley et aux éditions Les escales pour ce partenariat.