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Eclat(s) d’âme de Yuki Kamatani

Présentation de l’éditeur :

Deux jours avant les vacances d’été, je crois que… je suis mort ». C’est ce qu’a pensé Tasuku le jour où un de ses camarades de classe lui a piqué son smartphone, alors qu’il était en train de regarder un vidéo porno gay dessus. La rumeur s’est répandue comme une trainée de poudre. Tasuku, pense alors à se suicider, ne pouvant supporter cette réalité dont il n’avait pas encore complètement conscience lui-même, mais aussi par peur du regard de la société. Pourtant, alors qu’il s’apprête à sauter dans le vide, il aperçoit, au loin, une mystérieuse silhouette de jeune femme qui le devance et… saute dans le vide ?! Intrigué, terrorisé, il s’élance vers l’endroit d’où elle a sauté. Il y découvre, stupéfait, que la jeune femme est encore en vie, et qu’elle est l’hôte d’une sorte de résidence associative, véritable safe space où se réunissent diverses personnes LGBT. De rencontre en rencontre, le jeune lycéen va apprendre à se connaître, à s’accepter, et trouver sa place dans le monde.

Mon avis :

Manga tendre et touchant.
Le héros se questionne – comme beaucoup d’adolescents, d’adultes – il se questionne, et est presque sur de la réponse : il ressent de l’attirance pour les garçons et ne sait pas comment vivre avec cela, comment le dire à ses proches. Et s’ils ne l’acceptaient pas ?
Il va faire une rencontre, et je ne dirai pas qu’elle changera sa vie, je dirai qu’elle lui permettra de rencontrer d’autres personnes qui sont dans son cas – qui se sont questionnés aussi. Certains ont franchi le pas, d’autres ont encore du mal à s’accepter, à le dire aux autres, mais au moins ils disposent d’un lieu, rencontrent des personnes avec lesquelles ils peuvent parler sans crainte, sans fard.
Les dessins sont aussi sensibles que l’intrigue.
J’ai très envie de poursuivre cette série.

Vie à vendre de Yukio Mishima

Présentation de l’éditeur :

«Je propose une vie à vendre. À utiliser à votre guise. Homme, 27 ans. Confidentialité garantie. Aucune complication à craindre.»

Lorsque Hanio Yamada rate son suicide, il décide de mettre sa vie en vente au plus offrant dans un journal local de Tôkyô. Le premier acheteur ne se fait pas attendre et entraîne ce héros involontaire dans une course folle au cœur d’un monde de gangsters sanguinaires, d’espions et de contre-espions, de potions hallucinatoires, de femme-vampire, de carottes empoisonnées, de junkie désespérée et d’explosif artisanal. Alors que les cadavres se multiplient autour de Hanio, celui-ci demeure miraculeusement vivant et se demande comment enrayer cette machine infernale. La vie aurait-elle finalement une valeur à ses yeux, et serait-il enfin prêt à en payer le prix ?

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier les éditions Gallimard et le Hanbo(o)k Club pour ce partenariat (oui, je suis en retard, comme souvent).

C’est la toute première fois que je lis une oeuvre de Yukio Mishima – et pourtant, j’ai déjà longuement entendu parler de l’auteur, ou plutôt de sa vie. Vie à vendre, justement, est un roman inédit en France, publié au Japon en 1968. Que peut bien représenter le héros, Hanio Yamada ? Il est en décalage dans cette société japonaise : à 27 ans, il n’est pas marié, pas même fiancé, donc il n’a pas encore d’enfants, ni une quelconque responsabilité. Il ne travaille plus, par choix personnel, il n’en a pas vraiment besoin financièrement pour l’instant. Puis, il ne fait pas grand cas de sa vie, à laquelle il n’accorde pas vraiment de valeurs. S’il veut mettre fin à ses jours, ce n’est en aucun cas comme un samouraï des temps jadis, ni comme un kamikaze de la seconde guerre mondiale, c’est comme un homme qui est las de tout, et qui a même la paresse de commettre une seconde tentative de suicide (je précise que le terme « paresse » est de moi, et non pas noté tel que dans le roman) : disons plutôt qu’il a même perdu le goût du suicide. Par conséquence, il va vendre sa vie – à celui qui voudra bien en disposer et trouver ainsi un moyen de le faire mourir.

Nous entrons alors dans ce qui est presque une parodie, ou du moins un jeu sur les codes littéraires de plusieurs romans : le roman d’amour vaudevillesque, lors de sa rencontre avec son premier client, le roman policier, le roman d’espionnage, le roman gothique… Nous croisons aussi plusieurs personnages féminins solidement campés, qui jouent avec les clichés tout en s’en jouant, de la femme adultère à la vieille fille amoureuse, en passant par la femme, vampirisant la force vitale des hommes tout en restant presque sympathique (sinon, les vampires n’auraient pas de victimes) et la jeune fille névrosée, qui pense porter en elle les germes de la folie et le poids du passé. La guerre n’est pas si loin que cela, et au moment où le roman est publié, le traité de coopération mutuelle entre le Japon et les Etats-Unis est en pleine renégociation. Au milieu de ses femmes, Hanio  se laisse parfois un peu dépasser par ce qu’il vit, et par cette mort qui ne veut pas de lui. Ah si, pardon, elle commencera à s’intéresser à lui quand il reprendra un peu goût à la vie. Tant de désinvolture se devait d’avoir une fin. Ou pas. Comment (re)trouver sa place dans cette société japonaise si cloisonnée ? Oui, j’ai eu l’impression parfois de ne pas connaître suffisamment les codes de la société japonaise pour comprendre pleinement les tenants et les aboutissants de ce roman. Ma seule référence, pour cette époque, est 1969 de Ryû Murakami, roman qui raconte la révolte qui souffle sur la jeunesse japonaise. Autant dire que j’étais très loin de Mishima.

Touch, tome 1 de Mitsuru Adachi

Présentation de l’éditeur :

Tatsuya et Kazuya Uesugi sont des frères jumeaux. Tatsuya , l’aîné est d’une nature optimiste, mais ne connait pas le sens du mot « efforts ». Au contraire Kazuya, le cadet, ne ménage pas les siens. Ses résultats scolaires sont excellents, et il est en plus l’as du base-ball du collège Meisei.
Et puis, il y a leur voisine : la belle et rayonnante Minami Asakura. Nos trois héros ont rapidement grandi, profitant d’une maison de jeu construite par les deux familles sur une partie commune.

Le temps passant, la maison de jeu est devenue une salle d’étude, tandis que les années ont vu arriver de légers changements. Maintenant, tout le monde pense que Tatsuya et Minami ne sont des amis d’enfance, mais il y a forcément quelque chose entre la jeune fille et Kazuya.

Mon avis :

Lu dans le cadre de l’opération Reste chez toi avec un manga des éditions Glénat.

Je pense être une des rares personnes de ma génération à ne pas connaître l’animé qui est tiré de ce manga – avantage, je n’ai pas eu de mal avec les noms japonais, francisé pour l’animé. En effet, cette série était diffusée sur France 5, et dans le petit village où je vivais (où je vis toujours, d’ailleurs) nous ne captions pas la 5, ni la 6, et il a fallu de longues années pour que cela change. Je découvre donc ce manga, qui parle de sport mais aussi de gémellité.

Distinguer les deux frères n’est pas facile, si ce n’est que des places leur ont été assignés. L’aîné ne réussit pas grand chose, alors que le cadet est le frère, le fils, l’ami, le sportif, le collégien parfait – au point que lui seul reconnaît des qualités à son frère, et un seul défaut, celui de ne pas être persévérant.

Je n’ai pas été charmée, intéressée, le graphisme m’a rappelé celui des premiers animés japonais programmés en France. L’intrigue, qui ne décolle pas vraiment, m’a à moitié intéressée, parce que l’aboutissement de la traditionnelle rivalité entre jumeaux finit trop souvent de la même façon (je n’ai lu que le tome 1, je ne sais donc pas si j’ai raison ou tort).

Il est aussi beaucoup question de sport, d’entrainement, de rigueur, de la nécessité aussi d’obtenir des résultats, de gagner, de faire gagner son équipe. Bref, un sujet qui ne me concerne pas vraiment. Cependant, le confinement aura eu un avantage : me faire découvrir beaucoup de mangas.

Les mensonges de la mer de Kaho Nashiki

édition Philippe Picquier – 195 pages

Présentation de l’éditeur :

Au début des années 1930, un jeune chercheur en géographie humaine se rend dans une île isolée au sud de Kyûshû. Une île petite et dense comme un bonsaï où, entre mer et montagne, il chemine dans la forêt de brume ou les villages accrochés aux pentes abruptes, attentif à la moindre rencontre, animaux, fleurs ou humains. Il cherche les ruines d’un immense monastère bouddhiste, recueille les croyances anciennes, mène de longues conversations avec un ancien marin retiré au milieu de la forêt. C’est un monde où le temps semble s’être arrêté, dont la sérénité est cependant rompue par les traces des violentes destructions qui l’ont jadis traversé. Ce roman à l’écriture limpide nous transmet une forme de tranquillité, à la recherche de l’accord secret entre une terre et la vie qui l’anime, du lien spirituel qui nous unit à la nature et à la mémoire.

Mon avis :

Oui, je serai brève, parce que si j’ai du mal à lire, j’en ai plus encore à écrire.
Je dirai simplement que ce roman fait du bien, que je l’ai refermé heureuse, non pas de l’avoir fini, mais d’avoir suivi ce jeune chercheur, jusqu’à la fin de sa vie – au deux tiers du roman, une ellipse de cinquante ans survient, et nous apprenons ce qu’il est advenu des personnages qui habitaient sur l’île dans les années trente.
Au début du récit, ce jeune homme est orphelin, sa fiancée est morte elle aussi, et nous ne saurons qu’à la fin comment elle est morte, et pourquoi sa mort fut une plaie vive au coeur de cet homme. Oui, les japonais ne se marient pas par amour, mais lui pensait qu’il convenait à cette jeune fille, tout comme elle lui convenait. Sur cette île isolée, il part à la recherche de son passé, celui de cette île – ou comment la construction de certaines maisons montrent les liens ou les séparations entre les hommes et les femmes. Il explore les religions, aussi, ou plutôt comment l’une a chassé, détruit, soumis les autres. Il explore les paysages, découvre la faune, la flore, et sera amené à comparer, quand il reviendra cinquante ans plus tard, avec son fils.
Apaisement, importance de la parole, du fait de dire son ressenti, de ne pas taire certains faits qui ont modelé notre personnalité.
PLutôt que « les mensonges » de la mer, j’aurai préféré que ce roman se nomme « les mirages » de la mer, car c’est plutôt de cela qu’il est question. Encore faut-il prendre le temps de les regarder, dans une société qui va de plus en plus vite.

Mariage contre nature de Yukiko Motoya

édition Philippe Picquier – 128 pages.

Présentation de l’éditeur :

Depuis qu’elle a quitté son boulot pour se marier, San s’ennuie un peu à la maison. Surtout que son mari, à peine rentré le soir, joue les plantes vertes devant la télévision. Parfois San se demande si elle ne partagerait pas la vie d’un nouveau spécimen d’être humain. D’ailleurs, en regardant bien, il y a quelque chose qui cloche. Les traits du visage de son mari sont en train de se brouiller. Un processus étrange et déroutant est en route…
Une écriture délicate, un regard pénétrant, ironique, une exploration drôle et poétique des doutes et des interrogations sur la vie de couple : autant de qualités qui ont valu en 2016 à ce roman singulier le prix Akutagawa, le Goncourt japonais.

Mon avis :

Ce roman est tout simplement déroutant. Premier constat : il se lit vite, bien plus vite que je ne l’aurai pensé. Deuxième constat : nous sommes quasiment face à un huis clos, qui met en scène San et son mari. San est une femme au foyer comme il en existe beaucoup au Japon. Elle a cessé de travailler quand elle s’est mariée, son mari ayant une situation financière confortable. Elle ne sort guère de chez elle, ne fait pas grand chose de ses journées, si ce n’est se rendre dans un parc clos, inclus dans la résidence, où les habitants peuvent promener leur chien en toute sécurité. Elle sort aussi pour faire ses courses, ou pour voir son frère et sa belle-soeur, qui eux vivent en concubinage. Ses contacts avec le monde extérieur sont donc limités, elle ne passe pas ses journées à regarder la télévision, ou à surfer sur le net, elle ne le fera guère que lorsqu’elle mettra en vente le réfrigérateur de son mari, avec l’aide avisé de son frère. Je n’irai pas jusqu’à dire « curieux », cependant il est étrange de ne pas maîtriser à ce point les enchères en ligne.

Son mari, parlons-en. Je me demande pourquoi ils se sont mariés. Quelqu’un a dit : « la base du mariage n’est pas l’amour ». Pour ma part, je ne vois pas l’intérêt de se marier avec quelqu’un que l’on n’aime pas. Je dis « son mari », mais je n’ai pas l’impression que son prénom soit dit dans le récit : le mariage seul est leur lien, rien d’autre. Le mari travaille. Que fait-il exactement ? Difficile à dire. Ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’il ressent le besoin de se vider la tête le soir, en regardant pendant trois heures des émissions de variété ou en jouant à des jeux videos, voir en cuisinant à outrance. Le dialogue entre eux deux ? Il n’existe pas, lui n’a pas envie de parler, et elle n’insiste pas, sur aucune question, jamais, même quand elle lui demande s’il veut ou non un enfant. Elle n’insiste pas, parce qu’elle n’a plus vraiment la force d’insister sur toutes les questions sérieuses, si tant est qu’elle l’ait jamais eu.

Qu’est-ce que le mariage ? Ne faire plus qu’un ? C’est le rêve de certains, pour qui le nous serait une fusion des deux êtres. Ici, pas de fusion, si ce n’est physique, mais plutôt une vampirisation de la femme par son mari, qui lui impose strictement son genre de vie, sans qu’elle puisse s’en défaire. Il ne s’agit pas de maltraitance, non, c’est bien plus complexe que cela, notamment avec l’irruption d’une touche de fantastique dans le récit. J’ai bien dit « irruption », et non transformation totale, avec parfaite acception des personnages, qu’il s’agisse de San, ou de sa voisine, qui lui raconte une fable sur cette fusion du mari et de la femme, ainsi que le moyen pour faire cesser cette fusion.

Il est aussi question de chats dans cette histoire, du vieillissement du félin et de l’incapacité de ses maîtres de trouver une véritable solution qui ne fût pas cruel pour lui. San, à cette occasion, fait à nouveau preuve d’un silence coupable, elle qui a assisté à toutes les étapes de ce crime – oui, s’en est un à mes yeux, et il faudrait être naïf pour imaginer une fin heureuse pour ce vieux félin.

San trouvera aussi une solution étonnante pour se défaire de son lien avec son mari, révélant ainsi la nature profonde de celui-ci. Libre à chacun d’interpréter à sa manière le dénouement.

 

Le mauvais de Shuichi Yoshida

Édition Philippe Picquier – 384 pages

Présentation de l’éditeur :

Par une nuit de neige, une jeune femme est étranglée au col de Mitsuse. L’enquête policière, en cherchant à découvrir la vérité, fait surgir de l’ombre ceux qui font connue, parents, amies, collègues, sans oublier les hommes qu’elle rencontrait, et dans la lumière où ils se tiennent tour à tour, les points de vue divergent, le blanc vire au noir, la victime perd son innocence. Peu à peu se dessinent les liens unissant ce petit monde qui gravitait autour d’elle, et c’est alors que le mauvais n’est plus celui qu’on croit..

Mon avis :

Au bout de trente pages, j’étais déjà plongée dans les affres de la jeunesse japonaise. Le lecteur sait qui va être tué, où et comment – reste à savoir qui et pourquoi.
Nous rencontrons des jeunes filles qui se veulent indépendantes, avec des amours à vivre avant de trouver un mari. Elles ont fait des études médiocres, elles ont obtenu un travail tout aussi médiocre. Parfois, la société qui les emploie les aide financièrement pour se loger, ce qui leur permet d’être indépendantes de leur famille, tout en vivant, finalement, en vase clos. D’autres jeunes gens, au contraire, vivent toujours avec leur famille, parce qu’ils s’aident mutuellement, parce que les liens entre eux sont forts, parce qu’ils n’ont pas vraiment le choix, finalement.
La crise économique a aussi touché le Japon, même si l’on n’en est pas forcément conscient, en France. L’impact est partout, il faut compter, toujours, pour acheter ses légumes, son riz, pour se déplacer, ayant le choix entre un itinéraire en train bref mais onéreux, et un autre long mais moins coûteux. Des exemples parmi d’autres.
Les personnages ne sont pas désespérés, non, disons plutôt qu’ils ont appris à vivre sans espoir. Ils n’imaginent pas vraiment que leur situation puisse être meilleure, simplement qu’elle reste telle qu’elle est, en une routine supportable. A défaut d’avoir la vie que l’on veut, on peut rêver sa vie. Personne n’est dupe, ou pas vraiment, des vies que s’inventent ces jeunes femmes. La sexualité ? Elle se monnaie, parfois âprement, faisant payer à l’homme la moindre des dépenses. D’autres travaillent à plein temps dans ce domaine, parce que, finalement, elles ne savent faire que cela. Ce qu’en pensent leurs familles ? Elles ne le savent pas, puis, les familles ne semblent guère être unies. Désir d’indépendance des enfants, focalisation des parents sur le fils, le petit-fils, et non sur leurs filles – faut-il y voir là aussi une cause de ses errances ? Peut-être.
Au milieu de ce portrait très sombre du Japon, j’en viendrai presque à oublier l’enquête policière. Oui, le « mauvais » est arrêté, oui l’on saura dans l’épilogue qui lui donne la parole pourquoi il a agi ainsi – du moins, l’on saura pourquoi lui pense avoir agi ainsi, ce qui n’est pas exactement la même chose.

 

Le lézard noir de Ranpo Edogawa

Présentation de l’éditeur :

Sur son bras gauche, un lézard noir ondulait, il semblait ramper. Tout en donnant l’impression qu’il allait se déplacer de son bras vers l’épaule, puis vers le cou, pour arriver enfin jusqu’aux lèvres humides et rouges, il restait indéfiniment sur place.
Une enquête de Kogorô Akechi, et certainement le plus célèbre roman policier d’Edogawa : un cambriolage rocambolesque lancera le détective dans une course-poursuite sur les traces d’une femme fatale et sans scrupule surnommée  » le Lézard noir « , à la recherche de la belle Sanae.

Mon avis : 

Comment dire ? Ce court roman est vraiment très particulier. Il m’a franchement laissé une impression de malaise, à cause de la perversité du Lézard noir (oui, je le dis d’entrée de jeu) et des nombreuses invraisemblances qui parcourent le roman.
Le début semble presque classique, et fait penser à plusieurs références de la littérature policière : le lézard noir, une femme fatale, veut kidnapper la fille d’un riche industriel. Le détective Akechi, lui, est chargé d’empêcher cet enlèvement. il y parvient, un temps, un temps seulement. Commence alors une course poursuite pour retrouver la jeune femme, bien que la rançon (un somptueux bijou) ait été livrée.
Ce n’est pas que ce roman soit ennuyeux, mais, eu égard à certains déroulements, on se dit que les faits racontés sont totalement incroyables, pour ne pas dire impossible. Oui, Akechi donne l’impression d’être un détective absolument infaillible, un Arsène Lupin période Agence Barnett en quelques sortes. C’est un peu trop à mon goût, tout comme le lézard noir, cette chef de bande sans scrupules qui n’aurait pas dépareillé dans un James Bond, tant sa folie, sa cruauté sont difficilement supportable. Comment en est-elle arrivée là ? Nous ne le saurons pas.
Un livre que je suis heureuse d’avoir sorti de ma PAL (il y était depuis sept ans) mais qui ne me donne pas envie de tenter tout de suite une nouvelle expérience avec l’auteur.

 

L’hiver dernier, je me suis séparé de toi de Fuminori Nakamura

édition Picquier – 182 pages

Extrait de la présentation de l’éditeur :

Un journaliste est chargé d’écrire un livre sur un photographe accusé d’avoir immolé deux femmes, mais pourquoi l’aurait-il fait ? Pour assouvir une effroyable passion, celle de photographier leur destruction par les flammes ?

Mon avis : 

Lire, lire beaucoup, c’est se confronter à des univers différents. Le moins que je puisse dire est que je n’ai pas été réceptive à cet univers-là.

Que le sujet soit particulier est une chose, que la narration soit aussi compliquée en est une autre, et je n’ai pas eu envie de basculer dans l’univers de l’auteur. Ce roman nous raconte l’histoire d’un photographe accusé d’avoir immolé deux femmes. Si la première fois, l’acte avait pu passer pour accidentel, la seconde fois, ce ne fut pas le cas.

Le lecteur arrive après – après la condamnation, au moment où l’affaire attire un journaliste, et son éditeur, afin d’écrire un livre sur le photographe. Au cours de ce récit déstructuré, on découvre que quelqu’un d’autres, qui correspond régulièrement avec le photographe, veut aussi écrire un livre. Le premier auteur se lit dangereusement avec la soeur du suspect. En ligne de mire, les « poupées » créées à l’effigie d’une femme, décédée, oui, les poupées ne sont jamais masculines, ou comme cela devient le cas au fil de l’intrigue, toujours vivante. Oui, il est des japonais qui vivent avec des poupées, et, pour citer une de mes élèves « oui, mais ce sont des japonais. Il ne faut s’étonner de rien ». Le journaliste enquête donc aussi sur ce sujet, rencontre le créateur des poupées, quelqu’un qui ne lui paraît pas inquiétant du tout – comme si le fait d’accomplir des actes inquiétants ou hors norme pouvait se voir.

Alors oui, j’ai souvent eu du mal à suivre, je me suis perdue avec les noms qui se ressemblent fortement (et la quatrième de couverture ne les donne pas, donc pas facile de trouver un repère) et les temporalités qui s’entrechoquent. Ce n’est pas tant que l’on joue avec le lecteur, qu’on le questionne – même si j’encourage fortement le lecteur à se poster et à se questionner sur les faits qui nous sont narrés – mais que l’auteur a superposé des strates de création artistique : le photographe, le journaliste, le créateur de poupées, la légende de la première poupée, qui n’est pas sans rappeler « le portrait ovale » d’Edgar Allan Poe, le (les ?) vidéastes. Ce n’est pas une histoire qui nous est racontée, c’est une histoire qui est sans cesse re-crée, jusqu’au dénouement.

A vous de voir si vous avez envie de la lire ou pas.

Des cercueils trop fleuris de Misa Yamamura

édition Philippe Picquier – 250 pages

Présentation de l’éditeur :

Le crime fleurit à Kyoto dans les écoles d’ikebana. Quand l’art floral traditionnel japonais cesse d’être un mystère, meurtres, vengeances et fraudes fiscales se succèdent dans les temples et les pavillons de thé.

Mon avis :

Alerte, tous aux abris ! La fille unique du vice président américaine, Miss Catherine Turner, s’est prise de passion pour l’ikebana, cet art de la composition florale. Mieux (ou pire), c’est selon : elle a lu un article sur une jeune fille très douée, Maiko Ogawa, qui a monté sa propre exposition, et elle veut absolument la rencontrer. Autant dire que le ministre des Affaires étrangères s’arrache les cheveux et charge son neveu Ichiro de servir de guide à Miss Catherine. Son neveu n’est pas intéressé, il n’a surtout pas envie d’être récupéré d’une quelconque manière que ce soit, il préfère nettement poursuivre ses études, lui qui a étudié à Columbia, qui connait bien les Etats-Unis et leurs coutumes. Seulement, il existe plusieurs écoles d’ikebana au Japon, dont trois sont véritablement prestigieuses, et toutes les trois veulent, bien sûr, avoir cette prestigieuse élève dans leur rang. Le ministre convainc donc son neveu de l’aider – rêvant lui donner ainsi, enfin, le goût de la politique.

Voir deux écoles vivement protester quand Miss Catherine en visite une n’est pas la base d’un roman policier. Seulement, un « attentat » est commis lors d’une visite du vice-président – rien de bien grave, heureusement, plus de peur, de bruit, que de véritables dangers. Seulement, un meurtre est commis peu après, et là, cela devient vraiment problématique. Un second meurtre est commis peu après, en chambre close qui plus est. Le commissaire est compétent, sérieux, là n’est pas la question, la présence de la fille du vice-président des Etats-Unis, restée au Japon, lui ajoute une pression supplémentaire. Surtout, Miss Cathy entend bien jouer les Sherlock Holmes en jupon, percer tous les mystères, dont ceux de la chambre close, thème qui revient dans un autre roman policier de l’auteur La ronde noire.

Raconté ainsi, le roman pourrait sembler simplement plaisant. C’est, bien sûr, bien plus compliqué. Les morts sont là, et bien là, les suspects aussi. Tout semble tourner autour des écoles d’Ikebana, des luttes de pouvoir entre les différents directeurs et sous-directeurs. Nous sommes dans une société patriarcale, où l’on transmet son école à son fils, éventuellement sa fille, certainement pas à un ou une de ses élèves, si doué(e) fusse-t-il (elle). Se faire un nom dans ce milieu en toute indépendance est également très difficile, aussi l’attention qu’a porté Miss Cathy à l’énigmatique Maiko Ogawa ne plait pas à tout le monde. Je dis « énigmatique », parce que, finalement, on la verra peu, on saura au cours de l’enquête pour quelles raisons elle s’est montrée si fuyante. Les journaux se délectent des histoires, des « potins » qu’ils peuvent dénicher, plus encore de ceux qu’ils peuvent suggérer, Ichiro le découvre bien assez tôt – et son oncle de ministre aussi.

Anecdotique, la présence de Cathy ? Non, pas vraiment. Elle offre un regard extérieur à la société japonaise, et voit des petits détails du quotidien auquel les enquêteurs ne font pas attention – parce qu’ils ont toujours vécu ainsi, ont toujours appris à faire ainsi, et donc ne se questionnent pas à ce sujet. Il est cependant des sentiments qui sont universel, l’amour, le désir de vengeance. Aucun rapport entre les deux, sauf si l’amour défunt donne envie de se venger.

Des cercueils trop fleuris se rattache véritablement à la tradition du roman policier anglais, n’hésitant pas à citer Agatha Christie. Il nous montre aussi une société japonaise figée, normée, où l’ascenseur social n’est pas en panne, il n’existe pas.

 

 

Detective Conan, volume 3 de Gosho Aoyama

Mon avis :

Comme beaucoup de lecteurs, j’ai découvert ce manga par l’animé, même si je n’avais pas l’âge du public cible – ou comment partager quelque chose avec ses élèves.

Dans ce troisième tome (j’ai prêté le 2 cette année régulièrement), Conan, Ran et Mouri se retrouvent sur un bateau de croisière à la suite d’un concours de circonstances assez complexes. Surtout, cela ne fait pas plaisir à tout le monde : en effet, c’est un bateau de croisière privé, et le chef de famille déteste les détectives privés et les personnages qu’il soupçonne d’être des pique-assiettes. Si les tout nouveaux passagers appartiennent bien à la première catégorie, ce n’est pas le cas de la seconde. Pourtant, le bonheur devrait être au rendez-vous, parce que la petite fille vient de se marier, et j’ai appris ainsi que dans les grandes familles bourgeoises japonaises, le mari prend le nom de son épouse, et non l’inverse. On découvre aussi à cette occasion à quel point un seul être peut mettre à mal toute une famille. Je n’irai pas jusqu’à dire que la mort du patriarche soulage tout le monde, je dirai qu’il n’est pas beaucoup de personnes pour exprimer du chagrin. Las ! Alors que le coupable semblait avoir été trouvé, un nouveau meurtre est commis, puis une agression. Conan enquête, oui, et si le récit est une variation sur le thème du meurtre en chambre close, et autres Meurtre sur le Nil, il montre aussi les failles de la société japonaise, qui ne laisse pas l’individu s’épanouir, ou si peu.

Le second récit commence de manière plus légère, pour finir de manière poignante. Il n’est pas forcément de meurtres, de vol pour qu’une enquête ait lieu. Et l’on peut aussi démontrer à quel point se venger ne change rien, n’ôte rien à la douleur, sans pour autant montrer l’accomplissement de la vengeance. Oui, il est toujours possible de changer d’avis – heureusement.

Pendant ce temps, Ran a tout de même des doutes, Conan et ses déductions ont une forte tendance à lui rappeler quelqu’un. Autant dire que le jeune garçon a souvent très chaud et a la chance de pouvoir compter sur le professeur pour le tirer de ces mauvais pas.