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Les pissenlits de Yasunari Kawabata

Présentation de l’éditeur :

Ineko souffre d’une étrange maladie : des moments de cécité partielle qui l’empêchent de voir tel objet, telle partie de son corps ou de celui de son amant Hisano. Sur le chemin du retour de l’hôpital psychiatrique où ils viennent de la faire enfermer, dans un paysage étincelant de pissenlits en fleur, la mère de la jeune fille et Hisano poursuivent une conversation étrange : une ronde parolière semée de réminiscences, de questionnements saugrenus, de réflexions surréalistes. Inédit en France, ce roman inachevé dévoile une nouvelle facette de la virtuosité littéraire de Kawabata. On y retrouve le goût de l’ellipse et de l’ambiguïté inhérents à son univers, sur lequel plane ici encore le thème obsédant du désir et de la mort.

Mon avis :

Ce livre est ma première lecture d’un roman de Yasunari Kawabata et probablement la dernière. J’ai déjà tenté une lecture d’un autre roman, j’ai échoué lamentablement avant de le rendre à la bibliothèque. Celui-ci retournera à la bibliothèque aussi.

Je commence à écrire cet avis après avoir lu 90 pages sur 200, 90 pages lues rapidement parce qu’il ne se passait pas grand chose. Nous savons que Ineko souffre d’une maladie mentale : parfois, elle ne voit plus le corps des autres. Non, il ne s’agit as d’un problème de vue, mais d’un problème psychique, et sur les conseils du médecin, la mère d’Ineko l’a faite internée. En effet, Ineko n’est pas un cas isolé, et l’exemple donné par le médecin a de quoi effrayer : ne voyant plus le cou de son nouveau-né, une jeune femme l’a serré jusqu’à l’étrangler. Pour protéger la jeune femme, autant que pour protéger son entourage, elle a donc été internée. Etrange établissement que celui-ci, où l’on laisse le patient nouvellement arrivé sonner la cloche de trois heures, pour lui permette de retrouver le contact avec la vie « normale ». Par conséquent, elle sonne, elle sonne et Hisano, son amant, de l’entendre et de demander à la mère d’Ineko de retourner chercher sa fille. Oui, il a signé pour l’internement, mais il est profondément contre. « Mais » : Ineko comme sa mère refusent l’usage de cette conjonction de coordination, pour elle, le principe même de s’opposer à quelque chose, de modérer sa pensée est donc impossible. Inquiétant ? Oui. Jusqu’à présent, les 90 pages sont un dialogue qui parle de thèmes forts, de thèmes qui expliquent peut-être en partie le déséquilibre mentale d’Ineko, sans que je perçoive autre chose qu’un certain malaise. Pourquoi se confie-t-elle ainsi, sur des événements aussi intimes, la jalousie qu’elle éprouvait envers son mari, sa mort accidentelle sous les yeux de sa fille, qui accompagnait son père pour rassurer sa mère ? N’oublions pas non plus la guerre, les conséquences sur son mari, qui a dû continuer son métier de militaire bien qu’il ait été amputé d’une jambe.

Je poursuis l’écriture de cet avis alors que je suis presque à la fin, et le constat est le même, il ne se passe toujours rien. La mère se rappelle d’un épisode qui date du lycée, la première fois où Ineko n’a pas « vu » quelques chose, il s’agissait alors d’une balle lors d’un match de ping pong, et la scène nous est longuement détaillée, jusqu’à ce que nous revenions dans le temps présent. Il est désormais neuf heures, six heures et 222 pages ont passé depuis le début du roman, et cette sensation de ne pas progresser se poursuit. La mère et l’amant se disputent, de manière assez feutrée. Il est toujours insupportable pour l’un de l’avoir fait interner, l’autre se muant presque en accusatrice. Regrette-t-elle les confidences qu’elle lui a faites quelques heures plus tôt ? Alors que la nuit tombe, seule dans sa chambre, mais troublée par la présence toute proche du jeune homme, elle se remémore ses relations avec son mari, ce militaire très dur qui aimait la littérature européenne et se sentait désormais, avec la défaite, exclu de la vie, ce militaire pour qui une femme devait tout faire pour son mari. Et Ineko, à son tour, de se souvenir, pour oublier, un temps, les réalités de l’hôpital psychiatrique où la jeune femme qu’il aime, et qui a été durablement traumatisée par la mort de son père, est internée.

La fin ? Je ne saurai jamais où ce livre devait nous mener, non que je n’ai pas terminé ma lecture, mais l’auteur n’a pas terminé son écriture.

 

N’oublie pas les fleurs de Genki Kawamura

édition Fleuve – 304 pages

Présentation de l’éditeur :

Le soir du 31 décembre, Izumi rend visite à sa mère Yuriko pour les fêtes de fin d’année, mais cette dernière est absente. Il la retrouve finalement perchée sur la balançoire d’un parc voisin, où elle semble perdue. Cet événement n’est que le premier signe de la maladie qui la ronge : quelques mois plus tard, il apprend qu’elle est atteinte d’Alzheimer.
À mesure que les souvenirs de Yuriko s’estompent, ceux de l’enfance d’Izumi ressurgissent. En prenant soin de sa mère – au moment où lui-même s’apprête à devenir père – Izumi tente de comprendre ce qui l’a éloigné d’elle au fil du temps, s’interroge sur le sens de leur relation. Pour retrouver l’essentiel de ce qui leur reste à présent.

Mon avis :

N’oubliez pas l’eau des fleurs est une oeuvre tendre et distancié, qui nous parle du souvenir mais aussi de la filiation. Izumi est un homme qui a réussi dans la vie. Il est marié, lui et sa femme, qui se sont rencontrés dans le cadre du travail, ont une très bonne situation professionnelle. Leur métier les fait évoluer dans le monde de la musique, ils s’occupent d’artistes, les découvrent parfois, les aident à s’épanouir, ce qui n’est pas forcément facile. Le monde de la musique est une jungle comme une autre, il faut parfois oser faire des coups d’éclats.

Le travail est si prenant qu’il n’a pas le temps de voir sa mère souvent. Du moins, c’est le prétexte qu’il se donne, il sait bien qu’il le pourrait, s’il le voulait. Il a ses raisons, nous le découvrirons au fil du récit, pour avoir mis une certaine distance entre lui et sa mère, même si elle tient à lui, même s’il l’aime. Du coup, il n’a pas pu voir les indices qui indiquaient le début de cette longue descente vers la mort qu’est la maladie d’Alhzeimer. Mais qui peut dire avec certitude : « je les ai bien vus ? » Il est toujours facile de parler après coup, quand la maladie est là.

Izumi va faire de son mieux, toujours. Faire de son mieux, c’est penser avant tout au bien-être de sa mère, face à l’évolution imprévisible d’une maladie dévorante. Il pèse chaque choix qu’il fait pour elle, ne cherchant jamais la solution la plus facile, mais celle qui conviendra le mieux à sa mère. Il veut croire, il veut espérer – mais la réalité le rattrape, la maladie gagne du terrain. Il est bon de rappeler que oui, on ne sait jamais comment la maladie évoluera. On connaît seulement la fin.

Beaucoup de pudeur, de retenu dans ce livre, pas de scènes ou de révélations fracassantes, non, simplement maintenir les liens qu’une mère et son enfant ont pu tisser le plus longtemps possible.

Merci aux éditions Fleuve et à Netgalley pour ce partenariat.

 

Le chat qui venait du ciel de Takashi Hiraide

Présentation de l’éditeur :

Quand le narrateur et sa femme emménagent un jour dans le pavillon indépendant d’une ancienne demeure japonaise, ils ne savent pas encore que leur vie va s’en trouver transformée. Car cette demeure est entourée d’un immense et splendide jardin, et au coeur de ce jardin, il y a un chat. Sa beauté et son mystère semblent l’incarnation même de l’âme du jardin, gagné peu à peu l’abandon, foisonnant d’oiseaux et d’insectes. Tout le charme infini de ce livre tient dans la relation que le couple va tisser avec ce chat qui se fond dans la végétation exubérante pour surgir inopinément, grimpe avec une rapidité fulgurante au sommet des pins gigantesques, frappe à la vitre pour se réconcilier après une brouille.

Mon avis :

C’est un livre relativement court (130 pages) avec lequel pourtant j’ai eu du mal. L’une des premières raisons est qu’il m’a fait penser à Jardin de printemps de Tomoka Shibasaki un roman qui met aussi en scène une maison qui va peut-être être démolie, avec des locataires qui cherchent un autre logement, ce qui est tout sauf facile avec la hausse exponentielle du prix des maisons (acheter ? impossible) et de celui des loyers. Là aussi, nous avons un « roman d’atmosphère » avec des descriptions particulièrement précises du jardin, des arbres, des plantes, des insectes aussi. Il s’agit aussi d’un premier roman et, à ma connaissance, aucune autre oeuvre de ces deux auteurs n’a été traduite en français.
Il est pourtant des différences. Le narrateur est aussi l’auteur, nous sommes dans une oeuvre autobiographique qui nous conte sa rencontre avec un chat bien particulier, un chat différent des autres, auquel lui et sa femme s’attacheront. Problème : ce chat n’est pas le leur, ils ne peuvent donc pas l’emmener quand ils déménageront. Aussi retardent-ils le plus possible le moment où ils devront partir, profitant des petits moments de bonheur qu’il leur offre, de cette dispute, aussi, et de ce moment de réconciliation.
Puis vient non le déménagement (il surviendra plus tard) mais la mort du chat, et la douleur qui s’ensuivit, douleur d’autant plus forte qu’elle est sujette à l’incompréhension (pourquoi Chibi s’est-il rendu à cet endroit ce jour-là, lui qui n’y allait jamais ?) et au fait d’une séparation d’avec les voisins, qui découvrent la vie secrète de leur chat.
Douleur, deuil, et écriture aussi – le narrateur nous conte comment il a commencé à écrire son oeuvre, et à la faire paraître en feuilleton. Deuil et ouverture à un autre chat, peut-être : je découvre ainsi que les chats « sauvages » semblent assez répandus au Japon, et que souvent, les chatons ne « passent pas l’hiver ». C’est pour moi un constat assez désolant, même s’ils se trouvent des personnes charitables pour les nourrir, ou tenter de les adopter (certaines locations précisent en effet ni animaux… ni enfants).
Un roman auquel je n’ai pas été aussi sensible que je l’aurai pensé.

Jardin de printemps de Tomoka Shibasaki

éditions Philippe Picquier – 144 pages.

Présentation de l’éditeur :

Jardin de printemps, c’est d’abord un livre de photographies, celles d’une maison bleue avec son jardin au cœur de Tokyo, instantanés de la vie d’un couple heureux il y a une vingtaine d’années. Les saisons passent, les locataires aussi. Ils se rencontrent, se croisent. D’un balcon ou sur un chemin, ils sont comme aimantés par cette maison endormie. Dans ce roman amical et rêveur, tout est en léger décalage, au bord de chavirer, seuls les lieux semblent à même de révéler ce qui flotte à la surface de notre cœur. L’immeuble où habite Tarô, promis à la démolition et qui se vide peu à peu, la vieille demeure de style occidental, paradis perdu qui un jour reprend vie, réactive la possibilité du bonheur. Qui n’a jamais rêvé de pénétrer dans une belle maison abandonnée pour en percer le secret ?

Mon avis :

Pour commencer, j’ai un souci : je ne peux pas dire que j’ai aimé ce livre, je ne peux pas dire que je ne l’ai pas aimé non plus. Je me demande simplement ce que l’autrice a voulu écrire, où elle a voulu en venir.

Nous rencontrons des personnages, qui vivent dans des appartements, qui se vident peu à peu : l’immeuble semble voué à la destruction, lui qui a déjà cinquante ans. Tarô semble être le personnage principal, et pourtant, nous le verrons de façon très extérieur dans les dernières pages, pendant lesquelles nous aurons le point de vue de sa sœur aînée. nous découvrons à travers ses yeux l’univers de son frère, ce qui l’a passionné jusqu’ici et… ce n’est pas forcément emballant.

Nous avons l’histoire d’une maison, dont les photos constituent un livre nommé Jardin de printemps – ou l’art du livre dans un livre. Nous avons Nishi, une jeune femme tellement passionnée par ce livre, par cette maison, qu’elle souhaite l’explorer et qu’elle en aura la possibilité, en sympathisant avec ses actuels locataires.  Le père de Nishi voulait qu’elle soit une sportive de haut niveau, il a pris soin d’elle et n’a pas arrêté quand il s’est avéré que sa santé ne lui permettait pas d’être sportive de haut niveau – elle a cependant gardé le goût de l’effort et une grande précision. Mangaka, elle n’hésite pas à aller au bout des choses, quitte à payer largement de sa personne.

Et Tarô ? Il paraît presque fade – pour ne pas dire qu’il l’est réellement. Il est un ancien coiffeur – il a abandonné le métier quand il a divorcé, son beau-père était aussi son patron. Il n’observe pas ses voisins, non, il se contente de les voir, de les regarder quand il les croise, sans chercher à véritablement les connaître, encore moins à percer un quelconque secret, pas même celui de la maison voisine qui fascine pourtant Nisci. Il n’y aura pas de véritables rebondissements dans ce roman, sauf peut-être à l’avant-dernière page – et encore, nous n’en saurons pas plus, nous saurons simplement que le jardin a été largement nettoyé, et que tout a changé à l’intérieur de la maison.

Jardin de printemps semble avant tout un roman d’atmosphère, mais laquelle ? Le temps qui passe, le sens à donner à sa vie que certains ne trouvent pas vraiment, les liens familiaux ou amoureux qui sont distendus, la place que prend le travail dans la vie… Et cette maison qui semble cacher un mystère, dont le lecteur attend la révélation jusqu’à la fin laissera le lecteur, un peu, sur sa faim.

Seven days, tomes 1 et 2 de Rihito Takarai et Tachibana Venio

Présentation de l’éditeur :

Tu veux sortir avec moi, Seryô ?
Lundi matin devant le portail du lycée, Yuzuru Shino, élève de terminale, s’adresse à Tôji Seryô de deux ans son cadet. Ce dernier est réputé pour accepter de sortir avec la fille qui lui demande, en début de semaine, mais qui stoppe toujours la relation le week-end venu. C’est donc un peu par jeu et par provocation que Shino lui fait cette proposition, marquant le début d’une troublante semaine pour les deux garçons…

Mon avis :

J’ai découvert ce manga voici quelques années, au salon du livre de Paris (en 2012, sauf erreur de ma part). Je ne connaissais strictement rien aux mangas à l’époque, je ne suis pas forcément devenue une experte aujourd’hui, cependant je cherchais des mangas appartenant à des catégories différentes, et là, nous en sommes venus à parler des yaois, ces fameuses romances à destination des lectrices qui mettent en scène deux jeunes hommes. Je me souviens que le libraire m’avait dit que ce genre allait du « tout mignon » (il avait pris Seven days comme exemple) au plus trash (là, il parlait de Cut, que je vous recommande cependant).

Seven days, c’est un yaoi à mettre quasiment entre toutes les mains. C’est l’histoire de deux lycéens, Tôji Seryô d’un côté, Yuzuru Shino de l’autre. Ils sont tous les deux membres du club de tir à l’arc, l’un, Shino, étant beaucoup plus assidu que l’autre. Seryô a une particularité : il a vécu une grande histoire d’amour, dont il ne se remet pas vraiment. Depuis, il essaie de retomber amoureux, sincèrement. Aussi, chaque semaine, il sort avec une nouvelle jeune fille, se comporte avec elle pendant une semaine comme l’amoureux parfait, parfaitement respectueux des désirs de la jeune fille, ne cherchant jamais à profiter d’elle, ne faisant jamais un geste déplacé. Les jeunes filles savent à quoi s’attendre, elles ne sont pas les victimes d’un manipulateur, elles savent qu’elles passeront une belle semaine et que cela n’ira pas plus loin, mais alors, vraiment pas : il ne garde pas de contact. Shino, donc, tente sa chance : oui, c’est un garçon, mais après tout, pourquoi pas ? Seryô se comporte alors avec lui comme l’amoureux parfait, il reprend même l’entraînement de tir à l’arc avec lui, l’attend s’il termine après lui, passe des moments avec lui, et finalement, se questionne : que signifie réellement sortir avec quelqu’un ?

Cela signifie…. être avec lui, passer du temps avec lui, l’attendre aussi s’il finit plus tard que vous, et espérer qu’il vous attende aussi de son côté. C’est aussi, paradoxalement, souffrir quand il n’est pas là, quand il ne vous regarde pas, ne se rend pas compte de ce qui compte pour vous. C’est être avec quelqu’un qui fait battre votre coeur, pour des motifs rationnels, et pour d’autres qui le sont moins. Shino et Seryô (surtout lui) sortent ensemble avant même d’éprouver des sentiments amoureux, et expérimentent le fait de tomber amoureux, justement. Du coup, tout est dans le regard, dans l’attention, et il faut attendre un certain temps –  une semaine, justement – avant le premier baiser. Je me dis que, pour les adolescents qui liraient ces mangas, cela montre aussi que rien n’est figé, l’adolescence permet aussi de se chercher, et de se trouver. Le récit est bienveillant (même si le terme n’était pas en vogue en 2009), et si ceux qui entourent Shino et Seryô les voient davantage comme des amis que comme des petits amis, l’épilogue nous montre bien que leurs relations est désormais sans ambiguïtés pour leur entourage.

Une citation pour terminer : « La cible est le miroir du coeur de l’archer ».

 

Eclat(s) d’âme de Yuki Kamatani

Présentation de l’éditeur :

Deux jours avant les vacances d’été, je crois que… je suis mort ». C’est ce qu’a pensé Tasuku le jour où un de ses camarades de classe lui a piqué son smartphone, alors qu’il était en train de regarder un vidéo porno gay dessus. La rumeur s’est répandue comme une trainée de poudre. Tasuku, pense alors à se suicider, ne pouvant supporter cette réalité dont il n’avait pas encore complètement conscience lui-même, mais aussi par peur du regard de la société. Pourtant, alors qu’il s’apprête à sauter dans le vide, il aperçoit, au loin, une mystérieuse silhouette de jeune femme qui le devance et… saute dans le vide ?! Intrigué, terrorisé, il s’élance vers l’endroit d’où elle a sauté. Il y découvre, stupéfait, que la jeune femme est encore en vie, et qu’elle est l’hôte d’une sorte de résidence associative, véritable safe space où se réunissent diverses personnes LGBT. De rencontre en rencontre, le jeune lycéen va apprendre à se connaître, à s’accepter, et trouver sa place dans le monde.

Mon avis :

Manga tendre et touchant.
Le héros se questionne – comme beaucoup d’adolescents, d’adultes – il se questionne, et est presque sur de la réponse : il ressent de l’attirance pour les garçons et ne sait pas comment vivre avec cela, comment le dire à ses proches. Et s’ils ne l’acceptaient pas ?
Il va faire une rencontre, et je ne dirai pas qu’elle changera sa vie, je dirai qu’elle lui permettra de rencontrer d’autres personnes qui sont dans son cas – qui se sont questionnés aussi. Certains ont franchi le pas, d’autres ont encore du mal à s’accepter, à le dire aux autres, mais au moins ils disposent d’un lieu, rencontrent des personnes avec lesquelles ils peuvent parler sans crainte, sans fard.
Les dessins sont aussi sensibles que l’intrigue.
J’ai très envie de poursuivre cette série.

Vie à vendre de Yukio Mishima

Présentation de l’éditeur :

«Je propose une vie à vendre. À utiliser à votre guise. Homme, 27 ans. Confidentialité garantie. Aucune complication à craindre.»

Lorsque Hanio Yamada rate son suicide, il décide de mettre sa vie en vente au plus offrant dans un journal local de Tôkyô. Le premier acheteur ne se fait pas attendre et entraîne ce héros involontaire dans une course folle au cœur d’un monde de gangsters sanguinaires, d’espions et de contre-espions, de potions hallucinatoires, de femme-vampire, de carottes empoisonnées, de junkie désespérée et d’explosif artisanal. Alors que les cadavres se multiplient autour de Hanio, celui-ci demeure miraculeusement vivant et se demande comment enrayer cette machine infernale. La vie aurait-elle finalement une valeur à ses yeux, et serait-il enfin prêt à en payer le prix ?

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier les éditions Gallimard et le Hanbo(o)k Club pour ce partenariat (oui, je suis en retard, comme souvent).

C’est la toute première fois que je lis une oeuvre de Yukio Mishima – et pourtant, j’ai déjà longuement entendu parler de l’auteur, ou plutôt de sa vie. Vie à vendre, justement, est un roman inédit en France, publié au Japon en 1968. Que peut bien représenter le héros, Hanio Yamada ? Il est en décalage dans cette société japonaise : à 27 ans, il n’est pas marié, pas même fiancé, donc il n’a pas encore d’enfants, ni une quelconque responsabilité. Il ne travaille plus, par choix personnel, il n’en a pas vraiment besoin financièrement pour l’instant. Puis, il ne fait pas grand cas de sa vie, à laquelle il n’accorde pas vraiment de valeurs. S’il veut mettre fin à ses jours, ce n’est en aucun cas comme un samouraï des temps jadis, ni comme un kamikaze de la seconde guerre mondiale, c’est comme un homme qui est las de tout, et qui a même la paresse de commettre une seconde tentative de suicide (je précise que le terme « paresse » est de moi, et non pas noté tel que dans le roman) : disons plutôt qu’il a même perdu le goût du suicide. Par conséquence, il va vendre sa vie – à celui qui voudra bien en disposer et trouver ainsi un moyen de le faire mourir.

Nous entrons alors dans ce qui est presque une parodie, ou du moins un jeu sur les codes littéraires de plusieurs romans : le roman d’amour vaudevillesque, lors de sa rencontre avec son premier client, le roman policier, le roman d’espionnage, le roman gothique… Nous croisons aussi plusieurs personnages féminins solidement campés, qui jouent avec les clichés tout en s’en jouant, de la femme adultère à la vieille fille amoureuse, en passant par la femme, vampirisant la force vitale des hommes tout en restant presque sympathique (sinon, les vampires n’auraient pas de victimes) et la jeune fille névrosée, qui pense porter en elle les germes de la folie et le poids du passé. La guerre n’est pas si loin que cela, et au moment où le roman est publié, le traité de coopération mutuelle entre le Japon et les Etats-Unis est en pleine renégociation. Au milieu de ses femmes, Hanio  se laisse parfois un peu dépasser par ce qu’il vit, et par cette mort qui ne veut pas de lui. Ah si, pardon, elle commencera à s’intéresser à lui quand il reprendra un peu goût à la vie. Tant de désinvolture se devait d’avoir une fin. Ou pas. Comment (re)trouver sa place dans cette société japonaise si cloisonnée ? Oui, j’ai eu l’impression parfois de ne pas connaître suffisamment les codes de la société japonaise pour comprendre pleinement les tenants et les aboutissants de ce roman. Ma seule référence, pour cette époque, est 1969 de Ryû Murakami, roman qui raconte la révolte qui souffle sur la jeunesse japonaise. Autant dire que j’étais très loin de Mishima.

Touch, tome 1 de Mitsuru Adachi

Présentation de l’éditeur :

Tatsuya et Kazuya Uesugi sont des frères jumeaux. Tatsuya , l’aîné est d’une nature optimiste, mais ne connait pas le sens du mot « efforts ». Au contraire Kazuya, le cadet, ne ménage pas les siens. Ses résultats scolaires sont excellents, et il est en plus l’as du base-ball du collège Meisei.
Et puis, il y a leur voisine : la belle et rayonnante Minami Asakura. Nos trois héros ont rapidement grandi, profitant d’une maison de jeu construite par les deux familles sur une partie commune.

Le temps passant, la maison de jeu est devenue une salle d’étude, tandis que les années ont vu arriver de légers changements. Maintenant, tout le monde pense que Tatsuya et Minami ne sont des amis d’enfance, mais il y a forcément quelque chose entre la jeune fille et Kazuya.

Mon avis :

Lu dans le cadre de l’opération Reste chez toi avec un manga des éditions Glénat.

Je pense être une des rares personnes de ma génération à ne pas connaître l’animé qui est tiré de ce manga – avantage, je n’ai pas eu de mal avec les noms japonais, francisé pour l’animé. En effet, cette série était diffusée sur France 5, et dans le petit village où je vivais (où je vis toujours, d’ailleurs) nous ne captions pas la 5, ni la 6, et il a fallu de longues années pour que cela change. Je découvre donc ce manga, qui parle de sport mais aussi de gémellité.

Distinguer les deux frères n’est pas facile, si ce n’est que des places leur ont été assignés. L’aîné ne réussit pas grand chose, alors que le cadet est le frère, le fils, l’ami, le sportif, le collégien parfait – au point que lui seul reconnaît des qualités à son frère, et un seul défaut, celui de ne pas être persévérant.

Je n’ai pas été charmée, intéressée, le graphisme m’a rappelé celui des premiers animés japonais programmés en France. L’intrigue, qui ne décolle pas vraiment, m’a à moitié intéressée, parce que l’aboutissement de la traditionnelle rivalité entre jumeaux finit trop souvent de la même façon (je n’ai lu que le tome 1, je ne sais donc pas si j’ai raison ou tort).

Il est aussi beaucoup question de sport, d’entrainement, de rigueur, de la nécessité aussi d’obtenir des résultats, de gagner, de faire gagner son équipe. Bref, un sujet qui ne me concerne pas vraiment. Cependant, le confinement aura eu un avantage : me faire découvrir beaucoup de mangas.

Les mensonges de la mer de Kaho Nashiki

édition Philippe Picquier – 195 pages

Présentation de l’éditeur :

Au début des années 1930, un jeune chercheur en géographie humaine se rend dans une île isolée au sud de Kyûshû. Une île petite et dense comme un bonsaï où, entre mer et montagne, il chemine dans la forêt de brume ou les villages accrochés aux pentes abruptes, attentif à la moindre rencontre, animaux, fleurs ou humains. Il cherche les ruines d’un immense monastère bouddhiste, recueille les croyances anciennes, mène de longues conversations avec un ancien marin retiré au milieu de la forêt. C’est un monde où le temps semble s’être arrêté, dont la sérénité est cependant rompue par les traces des violentes destructions qui l’ont jadis traversé. Ce roman à l’écriture limpide nous transmet une forme de tranquillité, à la recherche de l’accord secret entre une terre et la vie qui l’anime, du lien spirituel qui nous unit à la nature et à la mémoire.

Mon avis :

Oui, je serai brève, parce que si j’ai du mal à lire, j’en ai plus encore à écrire.
Je dirai simplement que ce roman fait du bien, que je l’ai refermé heureuse, non pas de l’avoir fini, mais d’avoir suivi ce jeune chercheur, jusqu’à la fin de sa vie – au deux tiers du roman, une ellipse de cinquante ans survient, et nous apprenons ce qu’il est advenu des personnages qui habitaient sur l’île dans les années trente.
Au début du récit, ce jeune homme est orphelin, sa fiancée est morte elle aussi, et nous ne saurons qu’à la fin comment elle est morte, et pourquoi sa mort fut une plaie vive au coeur de cet homme. Oui, les japonais ne se marient pas par amour, mais lui pensait qu’il convenait à cette jeune fille, tout comme elle lui convenait. Sur cette île isolée, il part à la recherche de son passé, celui de cette île – ou comment la construction de certaines maisons montrent les liens ou les séparations entre les hommes et les femmes. Il explore les religions, aussi, ou plutôt comment l’une a chassé, détruit, soumis les autres. Il explore les paysages, découvre la faune, la flore, et sera amené à comparer, quand il reviendra cinquante ans plus tard, avec son fils.
Apaisement, importance de la parole, du fait de dire son ressenti, de ne pas taire certains faits qui ont modelé notre personnalité.
PLutôt que « les mensonges » de la mer, j’aurai préféré que ce roman se nomme « les mirages » de la mer, car c’est plutôt de cela qu’il est question. Encore faut-il prendre le temps de les regarder, dans une société qui va de plus en plus vite.

Mariage contre nature de Yukiko Motoya

édition Philippe Picquier – 128 pages.

Présentation de l’éditeur :

Depuis qu’elle a quitté son boulot pour se marier, San s’ennuie un peu à la maison. Surtout que son mari, à peine rentré le soir, joue les plantes vertes devant la télévision. Parfois San se demande si elle ne partagerait pas la vie d’un nouveau spécimen d’être humain. D’ailleurs, en regardant bien, il y a quelque chose qui cloche. Les traits du visage de son mari sont en train de se brouiller. Un processus étrange et déroutant est en route…
Une écriture délicate, un regard pénétrant, ironique, une exploration drôle et poétique des doutes et des interrogations sur la vie de couple : autant de qualités qui ont valu en 2016 à ce roman singulier le prix Akutagawa, le Goncourt japonais.

Mon avis :

Ce roman est tout simplement déroutant. Premier constat : il se lit vite, bien plus vite que je ne l’aurai pensé. Deuxième constat : nous sommes quasiment face à un huis clos, qui met en scène San et son mari. San est une femme au foyer comme il en existe beaucoup au Japon. Elle a cessé de travailler quand elle s’est mariée, son mari ayant une situation financière confortable. Elle ne sort guère de chez elle, ne fait pas grand chose de ses journées, si ce n’est se rendre dans un parc clos, inclus dans la résidence, où les habitants peuvent promener leur chien en toute sécurité. Elle sort aussi pour faire ses courses, ou pour voir son frère et sa belle-soeur, qui eux vivent en concubinage. Ses contacts avec le monde extérieur sont donc limités, elle ne passe pas ses journées à regarder la télévision, ou à surfer sur le net, elle ne le fera guère que lorsqu’elle mettra en vente le réfrigérateur de son mari, avec l’aide avisé de son frère. Je n’irai pas jusqu’à dire « curieux », cependant il est étrange de ne pas maîtriser à ce point les enchères en ligne.

Son mari, parlons-en. Je me demande pourquoi ils se sont mariés. Quelqu’un a dit : « la base du mariage n’est pas l’amour ». Pour ma part, je ne vois pas l’intérêt de se marier avec quelqu’un que l’on n’aime pas. Je dis « son mari », mais je n’ai pas l’impression que son prénom soit dit dans le récit : le mariage seul est leur lien, rien d’autre. Le mari travaille. Que fait-il exactement ? Difficile à dire. Ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’il ressent le besoin de se vider la tête le soir, en regardant pendant trois heures des émissions de variété ou en jouant à des jeux videos, voir en cuisinant à outrance. Le dialogue entre eux deux ? Il n’existe pas, lui n’a pas envie de parler, et elle n’insiste pas, sur aucune question, jamais, même quand elle lui demande s’il veut ou non un enfant. Elle n’insiste pas, parce qu’elle n’a plus vraiment la force d’insister sur toutes les questions sérieuses, si tant est qu’elle l’ait jamais eu.

Qu’est-ce que le mariage ? Ne faire plus qu’un ? C’est le rêve de certains, pour qui le nous serait une fusion des deux êtres. Ici, pas de fusion, si ce n’est physique, mais plutôt une vampirisation de la femme par son mari, qui lui impose strictement son genre de vie, sans qu’elle puisse s’en défaire. Il ne s’agit pas de maltraitance, non, c’est bien plus complexe que cela, notamment avec l’irruption d’une touche de fantastique dans le récit. J’ai bien dit « irruption », et non transformation totale, avec parfaite acception des personnages, qu’il s’agisse de San, ou de sa voisine, qui lui raconte une fable sur cette fusion du mari et de la femme, ainsi que le moyen pour faire cesser cette fusion.

Il est aussi question de chats dans cette histoire, du vieillissement du félin et de l’incapacité de ses maîtres de trouver une véritable solution qui ne fût pas cruel pour lui. San, à cette occasion, fait à nouveau preuve d’un silence coupable, elle qui a assisté à toutes les étapes de ce crime – oui, s’en est un à mes yeux, et il faudrait être naïf pour imaginer une fin heureuse pour ce vieux félin.

San trouvera aussi une solution étonnante pour se défaire de son lien avec son mari, révélant ainsi la nature profonde de celui-ci. Libre à chacun d’interpréter à sa manière le dénouement.