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48 heures – disparition de Gabrielle Lord

Présentation de l’éditeur : 

Un enlèvement.
Un crime irrésolu.
Deux enquêteurs amateurs passionnés pr les méthodes d’investigation scientifique.
Ils n’ont que 48 heures pour résoudre les deux affaires.
Le compte à rebours a déjà commencé.

Merci à Netgalley et aux éditions Rageot pour ce partenariat.

Mon avis :

J’ai vraiment été soufflée par ce roman très maîtrisé que j’ai quasiment lu d’une traite.
Les personnages sont peu nombreux, finement campés, contemporains sans excès. Jazz (diminutif de Jasmine) se rêve enquêtrice avec sa meilleure amie – et il est bon d’avoir une jeune fille qui a des rêves, même s’ils sont hors-normes ou biberonnés aux séries télévisées. Du coup, elle s’entend moins bien avec Anika, qui est blogueuse et publie un feuilleton sur son blog, d’après un journal intime qu’elle a trouvé par hasard chez elle. Et là, boum ! L’incident survient : elle est enlevée dans sa propre chambre – les maisons recèlent bien des secrets.
Le roman entrelace le point de vue de Jazz et celui de Phoenix, le geek qu’elle appelle à son aide, nous laissant ainsi dans l’ignorance et donc dans l’angoisse de ce qui est survenu à Anika. Elle et ses amies ont des parents « dingues de boulot », mais aimant, faisant vivre leurs enfants dans un univers feutré et protégé. Cela n’empêche pas la mère de Phoenix de l’associer à ses recherches, tout en lui faisant respecter les règles de vie de tout lycéen, même très doué.
Les extraits du journal sont intelligemment insérés dans l’intrigue – voire résumer, pour ne pas alourdir le récit. Nous replonger vingt ans en arrière nous rappelle que certaines techniques scientifiques en étaient encore à leur balbutiements. Cela nous rappelle aussi qu’en vingt ans, les mobiles n’ont pas changé non plus – et l’union fait la force.
48 heures -disparition, un roman policier pour ado qui devrait plaire aussi aux adultes. J’espère en tout cas que d’autres lecteurs l’apprécieront autant que moi.

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Les méandres du fou d’Arthur Upfield

Présentation de l’éditeur :

L’inspecteur Napoléon Bonaparte ne résiste jamais à une affaire déconcertante.
C’est là une de ses faiblesses. William Lush a disparu. Alcoolique, violent, il aurait fort bien pu être tué tant il était détesté. Sur la liste des suspects, sa belle-fille… et beaucoup d’autres, éleveurs ou trimardeurs. Mais, pour une fois, Bony ne pourra pas compter sur son fidèle allié, le temps. Car le Darling va lui barrer la route. De mince filet paresseux, le fleuve va gonfler en un énorme torrent dévastateur.

Mon avis : 

Ce qui caractérise Bony c’est sa ténacité. Il est hors de question pour lui de ne pas résoudre une affaire,et peu importe le temps que cela prendra. Seulement, ici, du temps, il n’en a pas vraiment puisqu’une gigantesque inondation menace les domaines sur lesquels il enquête. Un défi ? Oui, parce que ce n’est pas une inondation qui l’empêchera d’enquêter.
Mais revenons à la première scène du livre, saisissante. Une jeune fille, un fusil à la main, attend. Elle attend son beau-père, qui a tellement tabassé sa mère qu’elle l’a retrouvée inconsciente. Sa mère, Mrs Madden qui, par peur du qu’en dira-t-on, refuse de porter plainte, refuse que l’on sache même ce que son second mari lui fait subir. Il finit par revenir, bien sûr, cet homme qui se garde bien que l’on sache quoi que ce soit sur ses débordements, au point qu’il roule toujours très lentement quand il est ivre – comme ce soir. Il menace de rentrer, elle tire à travers la porte, plus un bruit.
Au matin, Lush n’est pas (plus?) là, il a disparu, et sa femme est de plus en plus mal, forçant la jeune fille à dire ce qu’elle ne pouvait pas dire. Si Bony enquête, ce n’est pas tant pour savoir si Lush va bien – ou pas. C’est aussi pour le forcer à rendre compte de ses actes. La donne change quand il est retrouvé…
Plus qu’un roman policier, Le méandre du fou est un livre sur les éleveurs australiens, leur communauté, les origines de chacun, comme Mme Cosgrove, voisine à poigne originaire de l’Angleterre, qui a eu le plus grand mal à se faire au bush et à ses coutumes. Son fils est bien plus à l’aise, ayant laissé de côté ses études pour retourner travailler avec elle, au grand dam de sa mère qui aurait voulu un autre destin pour son fils. Elle a également ses idées sur la manière dont elle doit mener ses hommes, y compris ces trimardeurs que le surplus de travail oblige à embaucher parfois. Hommes libres, ils se déplacent de ferme en ferme où on leur donne un coin pour dormir, un peu de nourriture et du travail. Ces vagabonds du bush ne le sont pas devenus par hasard, et derrière cette liberté se cache souvent des tragédies individuelles.

Arsher et Bennett, tome 2 : Eden de Candice Fox

Présentation de l’éditeur :

Après sa dernière affaire en date où plusieurs jeunes femmes ont trouvé une mort brutale à Sydney, Frank suit une psychothérapie pour pouvoir réintégrer la police. Eden, sa coéquipière toujours aussi inflexible, est envoyée en infiltration dans une ferme perdue dans le bush afin d’enquêter sur la disparition de trois jeunes filles. Elles ont toutes en commun d’avoir travaillé dans ce refuge de marginaux, sous les ordres d’un fermier proxénète.

Mon avis : 

Je serai honnête : je n’ai pas aimé. Ceux qui ont apprécié le tome 1 ont dû attendre ce tome 2 avec impatience et seront ravis de savoir que le tome 3 paraîtra en 2018. Pour ma part, j’espérais rencontrer une nouvelle auteur australienne, de nouveaux personnages, une intrigue intéressante et je crois que ce fut plutôt raté pour moi.
J’ai trouvé l’intrigue promise en quatrième de couverture très longue à démarrer – pour ne pas dire que la quatrième de couverture ne dévoile pas la quasi-intégralité de l’intrigue. Il en faudra, du temps, pour que Frank et Eden soient réintégrés, lui qui sabote à plaisir ses séances avec la psy. Je le comprends parfaitement : ce n’est pas parce qu’elle porte le joli prénom d’Imogen qu’il est passionnant de soutenir une conversation avec elle pour connaître l’origine de ses névroses, son sentiment de culpabilité lui qui n’a pu sauver la vie de la femme qu’il aimait. Il tente de prendre soin de son chat, cependant, si, si, le nourrissant presque régulièrement, la chère boule de poils. Ensuite, lui et Eden relanceront l’enquête sur cette triple disparition, puis,après avoir rencontré les familles sans qu’il en ressorte grand chose à mes yeux, Eden se rend effectivement en infiltration dans cette ferme bio dans laquelle seuls des marginaux de tout poils travaillent. Nous découvrons ainsi une micro-société machiste, bas de plafond, dans laquelle s’est chacun pour soi : tais-toi, obéis, travaille, et subit. Nous avons beau être à une époque contemporaine, comme le prouvent les technologies dont usent les policiers, cette communauté semble coupée du monde, oarce que ses membres ne semblent pas du tout se préoccuper de ce qui les entoure, pas même le devenir de ses membres.
L’essentiel de l’intrigue n’est cependant pas là. Elle est dans la personnalité d’Eden, policière, oui, tueuse, plus certainement. Pour résumer, simplifier, elle ne ressent rien, tuer est la seule activité qui lui procure du plaisir. Autant dire qu’elle a beau être singulière et très belle – comme le sont trop souvent les personnages de romans noirs – elle ne m’a pas intéressée outre mesure.
Bien que le livre se nomme Eden, l’intrigue principale, la vraie, tourne autour de Hadès, son père adoptif, le chemin qui a parcouru jusqu’à devenir le vieil homme inoffensif qu’il semble être et son passé qui se rappelle à lui de manière douloureuse. Pourtant, Hadès n’est pas vraiment un sentimental. La police n’en sort pas grandie, c’est tout ce que je vous en dirai.
Eden est un roman à lire pour tous ceux qui ont apprécié le premier tome.

Le prophète du temps d’Arthur Upfield

Mon résumé :

On a besoin de l’aide de l’inspecteur Bony. Ben Wickham, météorologiste de renom, est mort. Delirium termens, dit le médecin. Assassinat, disent ses amis. Bony enquête.

Note : le bandeau dit « la dernière enquête de Napoléon Bonaparte ». Cependant, d’après Wikipedia, il en reste encore six.

Mon avis :

Bony a une définition bien à lui des vacances. Alors que, pour la plupart des enquêtes, le crime vient aux enquêteurs qui n’avaient rien demandé, là, c’est Bony qui vient au crime, qui n’avait rien demandé.
Est-ce vraiment un crime? Ce n’est pas que certains en doutent, c’est qu’il n’est qu’une seule personne, le vieil ami de Ben Wickham, pour croire à un meurtre puisqu’il s’y connait assez bien en méfaits en tout genre de l’alcool. Le médecin ? Il a signé le certificat de décès sans ciller – il est sur le testament de la victime. La police locale ? Elle menace le vieil ami, qu’elle soupçonne de vivre aux crochets du météorologiste décédé, de le placer dans un asile pour vieillards. Oui, il est des policiers vraiment brillants qui se fient aux apparences et ne voient pas plus loin que le bout de leur insigne.
Très vite, Bony dérange, et pas qu’un peu. Ces adversaires ne sont même pas discrets, disons même qu’ils étaient attendus. Plus complexe encore, Bony est rappelé au beau milieu de ses vacances, de manière très officielle – bien plus qu’il n’en a l’habitude quand il sort des sentiers battus. Qui peut-il déranger à ce point ?
L’intrigue est peut-être un peu plus confuse que d’habitude. Nous sommes dans les années 50, deux guerres mondiales sont passées par là. La guerre froide est loin, géographiquement. Elle peut cependant s’inviter dans la brousse, puisque certains ont refait leur vie en Australie. Et si le pays a changé, entre broussards, on se comprends toujours.
Féministe, Arthur Upfield ? En tout cas, c’est un plaisir de retrouver Alice, et ses méthodes d’interrogatoires hors norme.A méditer, même si certains pourraient crier à la torture morale.
Allez, venez disputer une partie de pèche avec l’inspecteur Bony !

Le récif aux espadons d’Arthur Upfield

Présentation de l’éditeur :
Dans le petit port de Bermagui, sur la côte sud-est australienne, deux femmes sont inquiètes. Marion Spinks attend avec sa mère le retour de Bill, son frère jumeau Il est parti à bord du « Do-me », à la pêche au gros vers le récif des espadons avec son riche client, M. Ericson. Le bateau reste introuvable et les pires hypothèses se font jour : a-t-il brûlé, a-t-il rencontré une baleine? La découverte d’une bouteille Thermos appartenant à Bill confirme le naufrage et quelques semaines plus tard, un chalutier repêche la tête d’Ericson criblée de balles. Sous l’identité d’un éleveur du Nord, venu passer de longues vacances, l’inspecteur Napoléon Bonaparte débarque à Bermagui pour élucider ce meurtre et découvrir ce qu’est devenu le bateau disparu.
Mon avis :
Que s’est-il passé à bord sur Do-Me, ce bateau que Bill a construit de ces mains, d’où ce nom, Do-me ? Nul ne le sait. M. Ericson a été assassiné, cela ne laisse aucun doute, mais par qui ? Et pourquoi ? Et Bony d’enquêter, pour que justice soit rendue. Il enquête parce qu’il est policier, il enquête aussi parce que Marion est persuadée que son frère jumeau est toujours en vie, au nom de ce rapport si fort qui les unit depuis toujours. Marion possède ce que personne d’autres à Bermagui ne possède : l’espoir. Il est si rare de pouvoir enquêter pour quelqu’un qui ne pense pas qu’il y aura bientôt une victime de plus, mais que peut-être, un jour prochain, on comptera une victime de moins.
Dans les romans d’Arthur Upfield, les personnages sont véritablement construits de manière à ce que le lecteur puisse les connaître, et s’attacher à eux. Pour Bill, pour Marion, pour l’homme qui aime Marion et qui sait que sans son frère, la jeune femme ne lui accordera jamais sa main, on a envie d’une fin heureuse – en dépit ce tout ce qui s’est passé, en dépit de tous les indices qui indiquent qu’une fin tragique a sans doute eu lieu pour tous les marins. En effet, qu’est-ce qui peut bien empêcher leur retour depuis si longtemps ? Pas les espadons tout de même !
Il est intéressant de  voir Bony en dehors de son élément naturel, c’est à dire en dehors du bush. Il apprend, tout en enquêtant, et fait découvrir aux lecteurs une autre facette de l’Australie.

Le businesss de Mr Jelly d’Arthur Upfield

Mon résumé :

Georges Lofthus a disparu. Son ami, monsieur Jelly, veuf et père de deux adorables filles, s’inquiète beaucoup alors que Mme Lofthus, la propre femme du disparu, ne semble pas si inquiète. Heureusement, Bony, en vacances non loin de là, prend les choses en main.

abc_policierMon avis :

Je le dis d’entrée de jeu, ce roman n’est pas mon préféré de la série. En cause ? Bony se montre beaucoup trop sûr de lui, jusqu’à la prétention, et c’est quasiment la seule facette de sa personnalité qu’il montrera de lui dans l’enquête, mis à part ses dons de traqueurs. Maintenant que vous avez eu cette petite précision, venons-en au coeur de l’enquête.

Déjà, nous savons que Bony est en vacances, seul, Marie Bonaparte, sa femme est restée à la maison, et ses trois fils vaquent à leurs occupations (étude ou travail selon leur âge). Apprenant la disparition inexpliquée d’un fermier (sa voiture a été retrouvée), il va aider la police locale, tout en dissimulant qu’il est un policier : les gens se confient davantage à un ouvrier de passage (il se fait engager parmi les « lapins », c’est à dire ce qui travaillent à la clôture de protection contre les lapins) qu’à un policier.

Sa méthode fonctionne-t-elle ? Bien sûr ! Il n’y a pas que cela, puisqu’un autre mystère hante la communauté : le business de Mr Jelly. Il disparaît trois à quatre fois par an, pour une durée indéterminée. Ce veuf (sa femme a été assassinée, son meurtrier condamné) ferait-il la fête, aurait-il une maîtresse cachée ? Difficile à dire puisqu’il revient de ses escapades plus riche qu’il n’était parti. Si Bony se mêle de cet histoire, c’est à la fois pour aider Eric, l’amoureux transi de Lucy, la fille aînée (pendant que Bony parle « meurtre » avec Jelly, lui peut rester seul avec Lucy) mais aussi Lucy, qui s’inquiète des absences de son père et de ses humeurs moroses à son retour. Je reconnais qu’il m’a fallu les deux tiers du roman pour comprendre en quoi consistait son secret, néanmoins, je l’ai trouvé, ce qui n’est pas si mal. Pour ceux qui n’y seraient pas parvenus, l’épilogue est particulièrement bien conçue – et nous questionne aussi, nous, lecteurs de 2016.

La petite communauté était-elle paisible avant l’arrivée de Bony ? Pas vraiment. Le chômage (déjà) était fréquent, le racisme logique ou presque – il ne dérange personne, et certains de s’indigner que Bony, un métisse, ait pu trouver du travail alors que tant de blancs sont au chômage. Les personnalités flamboyantes ne manquent pas, non plus que les couples atypiques et attachants. La farce y côtoie la tragédie.

Le business de Mr Jelly est une triple enquête réussie pour Bony, celui qui n’échoue jamais.

Pique-nique à Hanging Rock de Joan

Mon résumé :

Australie, 14 février 1900. L’été touche à sa fin.
Les jeunes pensionnaires de Mrs Appleyard attendent depuis des mois ce pique-nique annuel, non loin du Hanging Rock, un immense massif rocheux. Revêtues de leurs mousselines légères, elles partent dans une voiture tirée par cinq superbes chevaux bais. Après le déjeuner, les demoiselles s’assoupissent à l’ombre des arbres. Mais quatre d’entre elles, plus âgées, obtiennent la permission de faire une promenade. Enivrées par cet avant-goût de liberté, elles franchissent un premier ruisseau… puis disparaissent dans les hauteurs. Quand, tard dans la nuit, la voiture regagne le pensionnat, trois adolescentes manquent à l’appel.

Merci à Netgalley et aux éditions du livre de poche pour ce partenariat.

Mon avis :

J’ai vu le film de Peter Weir, il y a quelques années, et j’étais très curieuse de lire le roman.

Ce roman est strictement féminin, et la gente féminine en prend pour son grade. Y a-t-il une personne à sauver, dans cette intrigue, mis à part les disparues et Sara, petite orpheline dont le tuteur s’occupe quand il en a le temps, c’est à dire pas souvent ? Curieux personnage que ce tuteur, qui n’a pas de lien de parenté avec elle, et dont on peut se demande pour quelles raisons il l’a prise sous sa protection.

Toutes les femmes dépendent d’un homme dans ce récit, toutes agissent, ou presque, en fonction d’un homme. Prenez Mrs Appleyard, la directrice de cette pension pour jeunes filles de très bonnes familles, familles qui sont le plus souvent extrêmement loin et ne s’intéressent que de loin en loin à leurs progénitures. Les cours prodigués sont « à la carte », et si certaines familles paient des suppléments, permettant ainsi à la directrice de faire de confortables bénéfices, d’autres renâclent même pour des matières que nous jugeons essentielles – la mère d’Edith ne comprend pas pourquoi sa fille unique doit étudier les mathématiques. Bref, Mrs Appleyard est davantage une bonne gestionnaire qu’une pédagogue, et n’agit qu’en fonction de ce que son cher Arthur pourrait faire. Prenez également les professeurs. Mademoiselle quitte le pensionnat pour se marier, et s’en réjouit. Le frère de Dora Lumley s’inquiète de la réputation de sa soeur. Même Minnie, la presque sympathique domestique, veut se marier et quitter le pensionnat. Les pensionnaires elles-mêmes dépendent de leur père et/ou partent à la conquête d’un mari bien respectable.  Les rares jeunes hommes du récit sont très activement recherchés – en tant que futurs maris.

Mais que s’est-il donc passé le jour de ce pique-nique ? Quatre jeunes filles sont parties, une professeur s’est volatilisée, une professeur bien rationnelle puisqu’elle enseigne les mathématiques et discute mathématiques pendant le trajet. Deux seulement seront retrouvées, toutes deux si traumatisées (ou si bêtes pour l’une d’entre elles) qu’elles ne pourront rien dire. Nous sommes en 1900, il est hors de question de brutaliser, même par des questions indiscrètes, une douce jeune fille. Il est hors de questions aussi d’évoquer certains sujets devant des hommes, il est des choses qu’une femme « bien » ne dit pas – ou comment laisser s’évanouir ce qui aurait pu être un indice. Le narrateur, extérieur à l’histoire, ne se prive pas pour être sarcastique, pour indiquer aussi, aux lecteurs, que le pire est à venir. Ne pas savoir, ne rien savoir, ne rien pouvoir deviner est sans doute pire qu’une vraie et bonne enquête policière. Comme dit l’enquêteur : il « eût presque accueilli avec joie un bon assassinat bien neuf. »

Roman fantastique ? Oui, si l’on compte que l’on ne sait rien, et que si des pistes fantaisistes sont évoquées, elles ne forment vraiment qu’une trame très secondaire dans le récit. Les faits, rien que les faits, pour cette région du monde où maints promeneurs se sont perdus, où la mort peut frapper très rapidement, où les aborigènes sont là sans être là – Miranda, l’une des disparues, la plus charismatique parce que la plus généreuse, connait bien la brousse.

Pique-nique à Hanging Rock emprunte à plusieurs genres littéraires sans appartenir à aucun. Il laisse une impression forte et tragique derrière lui, comme si les sortilèges d’Hanging Rock suivaient encore le lecteur bien après qu’il eût refermé le livre.