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Les détectives du Yorkshire, tome 6 : Rendez-vous avec la ruse de Julia Chapman

Présentation de l’éditeur :

La mort aime tromper son monde.
Enquêter sur un adultère ? Ce n’est pas vraiment le rêve de Samson et Delilah, les détectives de l’Agence de Recherche des Vallons. Seulement voilà, la demande vient de Nancy Taylor, une femme charmante à laquelle on ne peut rien refuser. L’infidèle, quant à lui, est le maire, mais aussi un respectable homme d’affaires et l’ex-beau-père de Delilah. Diable ! Le duo de détectives va devoir marcher sur des œufs…
Or Samson et Delilah découvrent qu’une affaire peut en cacher une autre. Et que ruses, fourberies ou tromperies sont bien plus présentes à Bruncliffe qu’ils ne le croyaient.

Mon avis :

Ce sixième tome aurait pu être reposant. Si, si. Après un cinquième tome qui avait failli voir nos deux détectives disparaître, tout aurait pu être plus simple ici. Sauf que… Samson veut protéger Delilah. Il décide donc de prendre ses distances avec elle, de ne surtout pas lui montrer ses sentiments, de ne surtout pas lui dire quels problèmes sont les siens. Bien sûr, c’est une idée complètement idiote ! Il faut vraiment avoir la tête dans le guidon de sa moto pour penser que c’est une bonne idée, pour penser que Delilah ne se posera aucune question et acceptera sans broncher de ne plus enquêter avec lui.

Et pourtant, Delilah aurait de quoi ne plus enquêter : son agence de rencontres croule sous les inscriptions, grâce à un article paru dans la presse locale et qui monter à quel point l’agence est une réussite ! Oui, Delilah est douée pour unir le plus immariable … des fermiers. Oui, l’ARS devient un amour est dans le pré et l’élevage de mouton sans les caméras de télévision.

Bref, tout irait presque bien dans le meilleur des mondes, n’était que Nathalie Taylor, ex belle-mère de Delilah (elle fut d’une discrétion exemplaire lors du divorce) et femme du maire demande à Samson d’enquêter parce qu’elle soupçonne son mari d’adultère. Ce n’est pas la plus folichonne des affaires, ce ne devrait pas être la plus dangereuse non plus. Les apparences sont souvent trompeuses. Et ce n’est pas les amis de la maison de retraite qui diront le contraire ! Eux aussi vont confier une enquête à Samson, et elle sera pleine de rebondissements !

J’anticipe, j’anticipe, comme si Samson et Delilah n’allaient pas en voir des vertes et des pas mûres au cours de cette enquête, frôlant le pire maintes fois. Si Samson cache à Delilah ses sentiments, il est des personnages, comme Bernard Taylor ou Rick Procter qui cachent des faits bien plus graves, bien plus dangereux. La campagne du Yorkshire peut dissimuler bien des secrets.

Ce sixième tome, écrit pendant le confinement, est vraiment excellent. J’ai hâte de lire la suite !

 

Son Espionne royale, tome 2 : Son Espionne royale et le mystère bavarois de Rhys Bowen

édition Robert Laffont – 368 pages.

Présentation de l’éditeur :

Sa deuxième mission royale : baby-sitter une princesse bavaroise.
Londres, 1932.
La reine a confié à Georgie une nouvelle mission délicate : elle doit héberger la princesse Hanneflore de Bavière et jouer les entremetteuses entre elle et le prince de Galles dans l’espoir que ce dernier se détourne enfin de son amante américaine.
Mais entre la propension d’Hanni à séduire tout ce qui porte une moustache, son langage de charretier et sa fâcheuse tendance au vol à l’étalage, Georgie a déjà fort à faire. Et comme si tout cela ne suffisait pas, la princesse bavaroise se retrouve mêlée à un meurtre… Pour éviter un scandale diplomatique, Georgie va devoir remettre sa casquette de détective amateur et se résoudre à démasquer le véritable coupable.

Mon avis :

Trouver des cadavres n’est pas un hobby comme les autres. Je ne suis même pas sûre que Georgiana voit cela comme un hobby. Il se trouve simplement qu’elle en trouve malencontreusement deux, au cours d’une mission qui n’aurait jamais dû la confronter à cela.
Retour en arrière : Georgiana gagne sa vie comme elle peut, son frère s’est acquitté de son mieux des droits de succession (énorme) et n’a pas totalement tenu les promesses faites à sa soeur. Quand je dis « comme elle peut », c’est qu’elle prépare les maisons avant l’arrivée des propriétaires, qui ne vont quand même pas débarquer dans une maison où tous les meubles sont encore recouverts d’une housse ! Ils ne vont pas non plus envoyer leurs domestiques en éclaireur. Comment vivre sans domestique plus d’une journée ? Comment se lever, s’habiller… ? La vie d’aristocrates, qui devaient veiller à toujours porter les bons vêtements, les bons bijoux selon les circonstances, était bien compliquée. Georgie, elle, a appris à faire sans, et se retrouve bien embarrassée face à la nouvelle mission que la reine Mary lui confie.
La reine est en effet une mère et une grand-mère comblée. Ses fils lui donnent entièrement satisfaction. Tous ses fils, sauf un : David, l’aîné. Pour ceux dont la grand-mère n’est pas née en 1910 et n’a pas raconté l’un des grands événements de l’entre-deux-guerre, à savoir l’abdication d’Edward VIII, je vous fais un rapide point historique : le prince de Galles n’était toujours pas marié, papillonnant de droite à gauche, avec une préférence pour les femmes plus âgées que lui. Epris d’une américaine (pas une lady donc), qui divorça une deuxième fois après avoir rencontré le prince de Galles, il abdiqua pour l’épouser. L’action se passe en 1932, et même si David fréquente Mrs Simpson, la reine ne désespère pas de le voir éprouver un coup de foudre pour une jeune et jolie princesse. Et pourquoi pas Maria Theresa Hannelore de Bavière ?
Voici donc Georgiana qui se coltine la blondinette aux nattes impeccables et aux yeux bleus innocents. Elle est tout de même étrange, cette princesse, tout juste sortie du couvent, qui adorait les films de gangsters, et maitrise relativement bien de nombreux termes d’argots. Elle est bien sûr flanquée d’une duègne, une comtesse chargée de veiller sur elle et de s’assurer qu’elle retrouve en Angleterre tout le confort auquel une princesse allemande et sa duègne ont droit – surtout sa duègne, devrai-je dire, même si c’est un terme espagnol.
Malheureusement, tout ne se passe pas comme prévu. Que le prince de Galles ne s’intéresse pas à elle, c’est logique. Qu’elle et Georgiana aient le don de trouver des cadavres, c’est non seulement étonnant, mais aussi étrange. La police, en tout cas, mène l’enquête – Georgiana aussi. Ce que nous allons découvrir était-il prévisible ? Cela dépend de la volonté de chaque lecteur d’essayer ou non de percer le mystère en même temps que les enquêteurs. Je me dis que, tout de même, certains personnages sont bien naïfs, alors que d’autres n’hésitent pas à s’engager dans la lutte, avec plus ou moins de bonheur, de réussite.
Ce ne fut pas un roman désagréable à lire, loin de là, mais il est resté pour moi un divertissement, une lecture reposante, une lecture, enfin, qui manque d’originalité. Pour moi, son intrigue ressemble à d’autres, que j’ai déjà lu, ces personnages ne sont pas aussi originaux, aussi fortement caractérisés et reconnaissables que d’autres personnages peuvent l’être. Alors ce tome 2 (le 1 est dans ma PAL) est sympathique, je ne poursuivrai cependant pas cette série tout de suite.

Jolies filles de Robert Bryndza

édition Belfond – 392 pages

Présentation de l’éditeur :

Le corps d’une ravissante jeune femme vient d’être découvert, à demi-nu et lacéré de blessures mortelles, dans une benne à ordures de la banlieue londonienne. Arrivée sur place avec son amant et ex-coéquipier, l’agent Peterson, l’inspectrice Erika Foster est sous le coup d’une double émotion : la révolte face à cette épouvantable scène de crime et la frustration. Car officiant désormais à la brigade des stup, elle n’est pas censée s’occuper de cette affaire… Mais impossible pour la flic de rester sur la touche.

Mon avis :

Le premier atout de cette série ? Le personnage d’Erika Foster, une enquêtrice tout sauf simple, une enquêtrice dotée de mémoire, ce qui n’est pas forcément le cas de tous les personnages de policier. Oui, Erika n’oublie pas, elle n’oublie pas la mort de son mari et de trois de ses hommes alors qu’ils étaient sous son commandement, elle n’oublie pas les promotions qu’elle n’a pas obtenu. Se remettre en cause ? Oui, parfois. Erika n’est pas parfaite, elle connait sa valeur d’enquêtrice et entend bien la mettre en avant pour obtenir ce qu’elle veut, et ce qu’elle veut, ce n’est certainement pas rester dans un placard pour rédiger des rapports et autres enquêtes statistiques, ce qu’elle veut, c’est enquêter sur des meurtres, et plus particulièrement sur ce qu’elle pressent être une nouvelle affaire de tueur en série. Que fera-t-elle pour parvenir à ses fins ? Ravaler son orgueil, et demander l’accord de celui qui est tout de même son ennemi juré au sein de la police – ou peu s’en faut qu’il n’emporte ce titre. Ce qu’Erika oublie ? A force de se comporter un peu comme un bulldozer, elle qui a dû se construire seule, en Angleterre, loin de son pays et de sa famille, c’est que ses interlocuteurs, ses collègues ont des sensibilités, des susceptibilités, et une vie personnelle. Ou comment se rendre compte que, mis à part son cercle de très proches, Erika ne connaît quasiment personne et peine à s’ouvrir à d’autres. Il ne s’agit pas de faire son deuil, il s’agit de s’ouvrir à la vie.
Il s’agit aussi de mener une enquête, de sauver celles qui peuvent encore l’être : arrêter un tueur en série, c’est aussi l’empêcher de faire de futures victimes. C’est aussi faire avec le peu d’indices que l’on a, avec les témoignages, pas très nombreux non plus. C’est constater que certaines victimes ne laissent rien derrière elles, parce qu’elles ont été seules toute leur vie. C’est faire, aussi, avec les clichés sexistes, qui continuent à avoir la belle vie. Une jeune femme veut forcément séduire, elle ne pense qu’à faire la fête. Une femme ne peut pas aimer une autre femme. Une femme doit accepter de sortir avec un homme s’il est « bien », s’il est « gentil » – ou, vous l’aurez compris, s’il se juge tel. Un homme doit avoir un vrai travail, c’est à dire un travail de force, physique. Il peut se permettre d’être un peu violent avec les femmes, ou avec les hommes qui ne sont pas aussi virils que lui.
La police doit aussi faire avec cette nouvelle composante, les réseaux sociaux. Peu importe ce que dira la police, une vidéo postée et commentée un millier de fois aura plus de poids. De même, les gens partagent indéfiniment sur les réseaux sociaux, sans se soucier de ce que partager signifie réellement, et des dangers qui peuvent survenir. Internet devient alors un outil de recherches comme les autres pour les enquêteurs et les criminels.
Si j’ai un peu moins aimé ce livre que le précédent, je dois dire cependant dire que certains chapitres sont particulièrement prenants. Il en est qui sont drôles aussi (mention spéciale pour une charmante chatonne blanche).

Je terminerai par quelques citations :
« Peu importe depuis combien de temps tu aimes quelqu’un. Ça ne veut pas dire qu’il te manquera moins s’il disparaît. « 
« J’autopsie des gens tous les jours, et il y en a tellement qui avaient toute la vie devant eux. Je suis sûr qu’au moment de mourir ils ont regretté de ne pas avoir fait les choses autrement, de ne pas avoir été plus ouverts, de ne pas avoir aimé davantage au lieu de se stresser en permanence. Va voir James. Demain, ça pourrait être toi sur une de ces tables. »

Hors-piste d’Allie Reynolds

édition Calmann-Lévy – 464 pages

Présentation de l’éditeur :

Six snowboardeurs. Amis (et rivaux).
Parmi eux, un disparu. Parmi eux, un assassin ?

Bienvenue dans les Alpes pour un week-end de retrouvailles. Dans un refuge de haute montagne, très isolé. Où on a vite fait de glisser dans une crevasse. (Ou de s’y faire pousser.) Mais qui a donc organisé cette escapade diabolique ?
Et surtout, qui a bien pu faire disparaître Saskia dix ans plus tôt ?

Merci aux éditions Calmann-Levy et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Hors-piste est un thriller prenant, le genre de roman qui, quand on le commence, vous donne fermement envie de le poursuivre et de le terminer, en dépit de son épaisseur.
La narratrice, c’est Milla. Elle est une ancienne championne de snowboard. Elle, comme ses amis, a vu sa carrière s’arrêter net dix ans plus tôt – ou, dans son cas, elle a choisi de tout plaquer. Dix ans plus tard, elle reçoit une invitation pour retrouver les quatre autres snowboardeurs dans la station de ski où ils se sont séparés. Elle espère certes savoir ce qui s’est réellement passé à l’époque, mais surtout, elle veut renouer avec eux, leur dire ce qu’elle n’a pas dit – surtout à Curtis.
Curtis, Dale, Brent, Heather. Et Saskia, soeur de Curtis, grande rivale de Milla (Heather ne pratiquait pas le snowboard en compétition). Elle a disparu dix ans plus tôt, elle vient d’être déclarée morte à la suite d’un combat juridique de la part de sa famille. Oui, cela peut sembler dur, douloureux, délicat. Depuis dix ans, cependant, elle n’a pas donné signe de vie, elle a manqué la compétition pour laquelle elle était qualifiée; Même si Saskia était particulière, et ce n’est rien de le dire, elle n’aurait jamais laissé ses proches dans l’ignorance pendant dix ans. La dernière fois qu’elle a été vue ? Sur la montagne, en train de s’entrainer. Depuis, plus rien.
Pourquoi cette réunion dix ans plus tard, et surtout, qui les a réunis ? Il apparaît en effet très vite que l’organisateur/trice n’est pas celui/celle que l’on pensait, et que ses motivations sont bien étranges. Saskia ? Mais pourquoi avoir attendu dix ans ?
Très vite, les faits étranges se multiplient, dans ce refuge coupé du monde, sans aucun membre du personnel, et même, parfois, sans eau et sans électricité – non, les cinq participants n’avaient pas l’intention de passer un week-end en mode survie, et pourtant, très vite, c’est ce qu’ils devront faire, survivre.
Comment en sont-ils arrivés là ? Un chapitre sur deux nous renvoie dix ans plus tôt, nous fait rencontrer celle qui est le personnage principal de ce récit, celle qui est partout : Saskia. Celle à qui jamais personne n’a posé de limites, celle qui ne s’est jamais posée de limite non plus. Princesse chérie du snowboard, pour qui tous les coups étaient permis, elle trouva en Milla une adversaire à sa mesure. Le jeu avait commencé, et personne n’a vraiment su l’arrêter.
Alors… Saskia aurait-elle été victime d’un accident, ou bien quelqu’un l’a un peu aidé ? Que savent exactement Brent, Dale, Heather, Curtis, que ses années ont éloignées de leurs rêves, de leurs espoirs, de leur vie confortable aussi – plus de compétition gagnée, plus de sponsor. Le retour à la réalité ne fut pas simple, les blessures ne se contentent pas de vous éloigner de la compétition, elle laisse des traces à vie dans les corps. De même, ce n’est pas parce que l’on a quitté la compétition que l’on a abandonné l’état d’esprit qui était le sien à l’époque. Pour le pire ou pour le meilleur.
Hors-piste, un livre qui devrait plaire aux amateurs de thriller, comme moi, même s’ils sont allergiques aux sports d’hiver et à la neige.

A la mémoire des morts d’Anne Perry

Présentation de l’éditeur :

Depuis quatre ans, la Grande Guerre ravage l’Europe. Quatre longues années pendant lesquelles la famille Reavley a payé un lourd tribut à la barbarie. Engagés au front, ou œuvrant à l’arrière dans l’ombre des services secrets, Joseph, Hannah, Judith, et Matthew ont tous la même obsession : retrouver l’insaisissable Pacificateur, machiavélique auteur d’un complot international et commanditaire du meurtre de leurs parents.
Lorsqu’un de ses collaborateurs en Allemagne décide de se rendre, ils croient toucher enfin au but. Réunis à Ypres où les combats font rage, alors que l’heure de l’armistice approche, les Reavley doivent convoyer le précieux émissaire, blessé, jusqu’à Londres, mais un meurtre atroce est commis, remettant tous leurs projets en question. Sous les obus, la famille Reavley serre les rangs avec l’espoir de voir la fin d’un cauchemar qui les a marqués à jamais. Mais nul n’en sortira indemne…

Mon avis :

Je voulais quitter l’année 2020 en terminant cette série, ce que je fais « à l’arrachée ».
Je reconnais que, pour le cinquième et dernier tome de la saga des frères Reavley, le titre est particulièrement bien choisi. Les morts sont là, et bien là, témoins de quatre années d’effroyables boucheries, d’effroyables gâchis.

– Qui est mort ? demanda Mason, fébrile.
– La moitié de l’Europe, répliqua le caporal.

Mason, le valeureux correspondant de guerre, a choisi d’aider Joseph et Matthew Reavley à démasquer le Pacificateur. Et « aider » n’est pas un mot vide de sens. Jamais au cours des cinq tomes qui ont constitué la série, je n’aurai lu autant de fureurs, autant de blessures, autant de violences, autant de colères exacerbées. Même si l’Angleterre gagne la guerre, e qu’elle a perdu est immense, pas seulement en termes de vies humaines, mais aussi en termes de valeur. Pourquoi s’est-on battu ? Quelles valeurs a-t-on défendues ? Quelles valeurs a-t-on su préserver ? Et, aussi, certains sont-ils prêts à accepter l’évolution de la société ? La réponse est dans la question.
Matthew, pour la première fois, se retrouve véritablement au front. Pour la première fois, il voit son frère non plus comme son frère, mais comme le pasteur qui a passé quatre ans dans les tranchées, entre les mutilés, les blessés, les morts. Et, pour la première fois aussi, il devra compter personnellement sur les talents d’enquêteur de son frère – et de sa soeur. Tous les trois paieront abondamment de leur personne alors que beaucoup, autour d’eux, semblent avoir perdu le sens de la mesure. Et si Joseph, Judith, ne peuvent mettre en doute la loyauté, le courage de ceux qu’ils côtoient depuis quatre ans (et qui ont réussi à survivre), force est de constater que le meurtre, atroce, qui a été commis, a bien été commis par un de ceux qui défie la mort quotidiennement.
La quatrième de couverture l’annonce : ils n’en sortiront pas indemnes. Jamais le lecteur n’aurait pu imaginer ce qu’ils traverseraient. Et l’ultime page conclut la saga sans un mot de trop.

Un Noël près de la Tamise d’Anne Perry

édition 10/18 – 160 pages

Présentation de l’éditeur :

Un orphelin enquête sur le kidnapping d’une jeune femme et découvre que sa disparition cache plus qu’il n’y paraît : sous la plume enneigée d’Anne Perry, les rues pavées et les petits salons du vieux Londres bruissent toujours de complots.

Worm, un gamin des rues âgé de neuf ans, vit sur les rives de la Tamise et il n’a jamais passé un Noël en famille. Mais grâce à un petit boulot dans la clinique d’Hester Monk à Portpool Lane, la douce Miss Claudine Burroughs et Squeaky Robinson, un vieux comptable bougon, deviennent sa famille adoptive.

Mon avis :

J’ai trois tomes de retard pour les histoires de Noël signée Anne Perry. Tant pis :j’ai lu celle de cette année, qui nous entraîne dans l’univers de Monk, l’enquêteur d’Ane Perry que je connais le moins.

Comme souvent, dans les intrigues de Noël, ce n’est pas l’intrigue policière proprement dite qui est intéressante, mais les personnages que nous croisons. Nous avons ici Squeaky, que je serai bien en peine de présenter dans une enquête traditionnelle de Monk, et Worm, jeune orphelin qui vit dans un foyer pour femmes à Londres. Je considère d’ailleurs que, dans ce récit, Londres est un personnage à part entière, tout comme peuvent l’être les bords de la Tamise, où se vivent des vies que la plupart des londoniens ignorent.

Worm, lui qui a dû survivre dans la rue, voit tout, observe tout, notamment quand il voit une belle jeune femme innocente brutalisée par deux hommes. Il a neuf ans, et ne se pose pas la question de savoir pourquoi elle accepte malgré tout de les suivre. Pourquoi accepter cette violence ? Il faudra le regard de Squeaky, revenu de tout, qui a tout vu aussi, tout cotoyé, pour donner un autre point de vue sur ce qui se passe. Il est question de violence, d’or, de meurtres et de vengeance. Mais il est surtout question de Noël, de l’esprit de Noël, qui n’en a que faire (encore heureux) que certains se tapent dessus à cause de ce qu’ils ont fait. Oui, c’est Noël, et c’est toujours mieux de le voir à travers les yeux de Worm, ce gamin des rues qui s’est trouvé une famille et qui entend bien protéger les autres, même celle qui n’a pas compris à quel point elle prenait des risques, à quel point elle avait, peut-être, idéalisé son passé. Et si vous voulez un personnage pas idéaliste mais courageux, n’oubliez pas Squeaky.

 

Rendez-vous avec le mystère de Julia Chapman

édition Robert Laffont – 450 pages

Présentation de l’éditeur :

Engagé par le notaire local, Matty Thistlethwaite, pour retrouver le certificat de décès d’une femme morte une vingtaine d’années plus tôt – et ainsi clore la succession de cette dernière –, Samson O’Brien, de l’Agence de Recherche des Vallons, s’imagine que l’affaire sera vite pliée. Mais le détective privé est sur le point de découvrir que les choses à Bruncliffe sont rarement aussi simples. En particulier quand Matty insiste pour que Delilah Metcalfe, qui connaît parfaitement la ville et tous ses habitants, collabore avec lui.
Delilah, quant à elle, saute sur l’occasion d’aider son locataire, ne serait-ce que pour se changer les idées… En effet, outre la bataille judiciaire pour la garde de son chien, Calimero, qui approche à grands pas, elle doit faire face à la menace de faillite qui plane toujours sur son agence de rencontre.
À mesure que Samson et Delilah enquêtent, ils se retrouvent entraînés dans un mystère qui pèse sur la ville depuis des décennies. En cherchant la vérité, ne risquent-ils pas d’exposer des secrets que certains auraient préféré garder enfouis ?

Mon avis :

Au début de ce troisième tome, c’est un peu, beaucoup, la galère pour tout le monde, enfin, pour Delilah et Samson. Ce dernier n’a pas de clients, et sa trésorerie est donc quasiment vide. Ce n’est pas demain la veille qu’il pourra louer un appartement. Quant à Delilah, la saint Valentin est passée et les clients se sont raréfiés. Pourtant, elle aussi a besoin d’argent, elle est sur le point de livrer la bataille judiciaire de sa vie : obtenir la garde de Caliméro, son chien depuis toujours, son chien que son ex-mari veut aujourd’hui récupérer.

Heureusement pour eux, pour nous, pour le roman policier, une affaire se présente pour eux, une affaire d’une simplicité extrême : retrouver le certificat de décès d’une jeune femme morte vingt ans plus tôt. Sa mort a été particulièrement tragique : elle a été renversée par un chauffard alors qu’elle n’avait que 17 ans. Si tous s’en souviennent, en revanche le certificat de décès reste introuvable. Un problème informatique ? Une erreur de lieu ou de date, possible vu que le temps a passé et que les témoins de cette époque sont aujourd’hui très âgés, ou bien étaient, comme le frère de Livvy, trop jeune pour avoir des souvenirs précis – Jimmy, éleveur de brebis et futur père grâce à l’ARV de Delilah, n’avait que huit ans à la disparition de sa soeur aînée. Pourquoi sa mère a-t-elle mis sa fille aînée sur son testament ? Pour lui rendre hommage ?

Plus les recherches se poursuivent et plus le mystère s’épaissit, faisant croiser à Samson la route de Rick, son ennemi de long date – je devrais dire « son ennemi longue durée ». Samson retourne aussi sur les lieus où il fit son apprentissage de policier, permettant, bien malgré lui, à Delilah d’en savoir plus sur son passé.

Ce troisième tome nous rappelle, encore et toujours, qu’il ne faut surtout pas se fier aux apparences, et que, si tout s’est mal terminé vingt ans plus tôt, un roman policier peut se terminer de très belle manière.

PS : encore un peu de bière, Caliméro ?

Les flèches de Cupidon de MC Beaton

édition Albin Michel – 256 pages

Présentation de l’éditeur :

Dans les Highlands, le policier Hamish Macbeth profite de la tranquillité estivale pour rendre visite à Priscilla, qui reçoit les membres d’un voyage organisé par une agence matrimoniale dans son hôtel. Les huit riches clients sont encadrés par Peta, une femme assez vulgaire. Lorsque cette dernière est retrouvée morte, une pomme dans la bouche, Hamish mène l’enquête.

Mon avis :

Je ferai cours : cette fois-ci, entre Hamish et moi, c’est fini. Je poursuivrai la lecture des Agatha Raisin, il ne m’en reste que six à découvrir à ce jour, mais je laisse définitivement en plan ce cher Hamish et ses Highlands, même s’ils constituent un très beau décor.
Qu’est-ce qui ne passe pas ? Je crois que c’est le fait qu’aucune progression ne soit à noter entre les différentes intrigues. Nous avons toujours un groupe de personnages qui ne vient pas du village et qui investit les lieux pour une raison ou pour une autre. Parmi ceux-ci, nous avons un personnage qui sera extrêmement désagréable, pour une raison ou pour une autre, toujours, au point que tous les autres ont des pulsions meurtrières à son égard. Cette présentation de l’intrigue se développe en général sur une centaine de pages. Puis vient le meurtre proprement dit, que le médecin légiste classe toujours en mort accidentelle ou naturelle. Il faut toujours qu’Hamish et son intuition se présentent pour espérer que cette mort reçoive l’étiquette correcte, à savoir qu’il s’agit bel et bien d’un meurtre. L’inspecteur Blair vient ensuite fourrer son nez dans les affaires, et en tirer toute la gloire, même si c’est Hamish qui a trouvé l’identité du coupable et même si Blair était censé être loin, très loin des Highlands. Il faut croire qu’il possède un radar lui permettant de savoir quand un meurtre surviendra.
Les différences entre les tomes ? Elles sont minces. La relation entre Priscilla et Hamish a évolué vers l’indifférence pour lui, la tentation pour elle. Les relations entre Priscilla et son père aussi ont changé, elle ne veut plus être celle qui fait tout le travail alors que lui se la coule douce.
J’ai peine à trouver de l’originalité dans ce huitième tome, et sa lecture ne me distrait même plus. J’ai du mal, aussi, quand je vois tous ces personnages de jeune fille « faible », qui obéissent à leur mère et n’attendent du secours que dans le mariage – approuvé par maman, forcément. Le mariage, ou la seule solution pour sortir de sa condition. Reprendre ses études pour avoir un meilleur travail comme le suggère Hamish ? Pas sûre que les « bonnes résolutions » soient tenues. L’agence matrimoniale que nous découvrons dans ce volume fonctionne sur ce précepte : unissons des personnes qui ont des points communs, mais aussi des personnes qui sont issus du même milieu, ou qui attendent du mariage une amélioration sociale. Déprimant ? oui, un peu.
Je quitte donc Hamish sur ses mots, avant de revenir vers les oeuvres de MC Beaton pour la sortie du prochain Agatha Raisin.

L’empreinte de sang de Richard Austin Freeman

Présentation de l’éditeur :

Un roman policier de 1907… La première enquête du Dr Thorndyke ! Traduit de l’anglais. Une toute nouvelle traduction de ce célèbre auteur d’outre-manche. Ecrit par l’inventeur du « polar inversé ». Avec Conan Doyle, le père de Sherlock Holmes, Richard Austin Freeman est l’un des rares auteurs de romans policiers de son époque qui soit encore lu, aujourd’hui, en Angleterre.

Merci à Netgalley et aux éditions Flamant noir pour leur confiance.

Lvre lu avant le confinement.

Mon avis :

J’aime les romans policiers sous toutes leurs formes, et je trouve toujours intéressant d’explorer des oeuvres qui sortent des sentiers battus. En effet, dans un monde où l’immédiateté compte, où un livre se retrouve périmé au bout de six mois, j’ai aimé lire un roman qui datait de 1907 (mon grand-père avait deux ans à sa parution). L’auteur était médecin de formation, c’est à 45 ans qu’il publia la première enquête du Dr Thorndyke, expert médico-légal. Il n’est pas le narrateur de ce roman, non – et c’est là que je vois un rapprochement avec Sherlock Holmes – dans ce tome, c’est son ami, le docteur Jarvis, qui nous raconte cette histoire. Même si nous avons ici un narrateur à la première personne, il est presque un narrateur extérieur, puisque le Dr Thorndyke choisit, pour le protéger, de ne pas tout lui dire – lui même verra sa vie plusieurs fois mise en danger, ce qui prouve que le coupable n’a vraiment pas envie de le voir enquêter.
Et pourtant … Est-ce réellement le coupable qui est important, dans cette affaire de vol, qui ne comporte que deux suspects importants, les deux neveux du propriétaire des diamants ? Non. Ce qui est important est de savoir comment l’innocence de Reuben, le principal suspect sera prouvée. Attaque en règle contre les progrès de la science ? Non, pas vraiment, parce que c’est grâce à l’expérimentation scientifique, justement, que son innocence sera prouvée. Ne pas se fier aux apparences, ne pas croire que toutes les preuves, y compris les empreintes digitales soient totalement fiables – et l’engouement pour les empreintes digitales me rappellent celui pour l’ADN qui a donné une immense avancée, mais ne doit pas remplacer le travail d’un enquêteur.
Je terminerai par une mention spéciale pour Mrs Hornby, tante du suspect, femme absolument ébouriffante. Sa déposition au tribunal – oui, ce roman policier prend place jusqu’au procès – est un très grand moment.

Joseph et Matthew Reavley – tome 3 : Les anges des ténèbres d’Anne Perry

édition 10/18 – 410 pages

Présentation de l’éditeur :

En 1916, l’Europe tout entière s’est embourbée dans la Grande Guerre.
Tandis que la famine menace l’Angleterre, la famille Reavley continue de subir dans sa chair les horreurs de la guerre : Joseph, aumônier sur le front des Flandres, est rapatrié dans son village natal de St Giles après avoir été grièvement blessé. Là, il retrouve son frère Matthew, membre des services de contre-espionnage et Hannah, sa sœur, qui prend en main sa convalescence. Depuis deux ans, ils traquent le Pacificateur, un personnage mystérieux et haut placé qui se cache derrière un complot international et l’assassinat de leurs parents. Tandis que Matthew enquête auprès d’une séduisante agent double irlandaise, Joseph découvre le quotidien d’un pays en guerre loin du front. Mais, même à St Giles, la paix n’est pas au rendez-vous… Anne Perry nous entraîne dans le bruit et la fureur de la Grande Guerre et signe avec cette troisième aventure de la famille Reavley, un tableau bouleversant d’une des plus grandes tragédies de l’histoire contemporaine.

Mon avis :

Voici le troisième tome des aventures des frères Reavley. Nous sommes en 1916, et nous sommes en Angleterre, une Angleterre plus conservatrice que celle qu’il a été donné de voir dans les enquêtes de Thomas et Charlotte Pitt – peut-être parce que nous sommes dans un petit village, dans lequel beaucoup voudrait que rien n’ait changé, que tout redevienne comme avant. Je pense au personnage d’Hannah, la soeur aînée : mariée, mère de famille, elle ne souhaite rien de plus, ne souhaite rien de plus pour les autres femmes (une femme directrice de banque, une femme élisant des députées, quelle horreur !). Cependant, je comprends qu’elle souhaite un retour à la vie d’avant, un temps où elle n’avait pas à craindre pour son mari, pour ses frères et soeur, où elle ne se sentait pas démunie face au chagrin des femmes de la paroisse, qui ont perdu un mari, un fils, un frère, où elle ne se sentirait pas mise à l’écart par son mari, par son frère, parce qu’ils ne veulent pas, ne peuvent pas lui dire ce qu’ils ont vécu au front. Aussi les questionne-t-elle, malgré tout, et tant pis s’ils pensent qu’elle n’a pas la force d’entendre ce qu’ils ont vécu – à elle de leur prouver le contraire.

Oui, le roman débute par la blessure de Joseph, alors qu’il était allé dans les tranchées chercher un blessé, lui sauvant ainsi la vie, manquant de son côté perdre un bras. Le lecteur suivra ainsi la convalescence de Joseph, les douleurs, la difficulté à se réapproprier les gestes de la vie quotidienne. Il s’interroge aussi sur sa capacité à retourner au front, lui qui se trouve désormais à l’abri en Angleterre. Qui pourrait lui reprocher, lui qui a été décoré pour son acte de bravoure, de rester et de reprendre la charge de la paroisse, d’autant plus que Kerr, qui a cette charge, semble totalement dépassé par elle, c’est du moins ce que ressentent les paroissiens, ceux qu’il visite parce qu’ils ont perdu un proche.Note : Kerr est un être humain comme les autres, il est simplement confronté, comme tous ai-je envie de dire, à une situation qui le dépasse. Et comme si la guerre n’était déjà pas assez douloureuse, un meurtre est commis, un jeune chercheur de l’institut, qui travaillait d’arrache-pied à la conception d’une nouvelle arme. La douleur est une chose, le fait de se suspecter les uns les autres parce qu’un espion peut être dans la place en est une autre.

L’enquête n’est pas facile, parce qu’elle touche de prêt à des personnes que la famille Reavley aime et estime. Et si Joseph, de par sa blessure, reste à St Giles, c’est Matthew qui monte au front, à sa façon, et sera témoin à son tour des atrocités de la guerre : il admirait déjà son frère aîné, il l’admire encore plus. C’est un peu comme si cette « pentalogie » avait pour but de nous montrer toutes les facettes de la guerre, y compris les moins reluisantes : la guerre n’a pas fait taire les ambitions personnelles, n’a pas empêcher les trahisons intimes. Les frères Reavley en seront les témoins.

Cette série de livre n’est pas toujours facile à lire pour moi, parce que la réalité des combats est vraiment décrite avec précision, et qu’en lisant ces récits, je ne peux m’empêcher de penser à mes ancêtres qui ont vécu ces combats, qu’ils soient revenus en bonne santé (Clovis, Célestin, Marcel), blessé (Cyrille), gravement blessés (Georges), prisonniers (François, Joseph) ou qu’il ne soit pas revenu (Henri).