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Le crime de l’Orient express d’Agatha Christie

Présentation de l’éditeur :

Mon avis :

Hercule Poirot devait faire un voyage tranquille, banal, ordinaire dans un train. Et pourtant, dès le début, il avait relevé des faits qui avaient éveillé sa curiosité. On ne se refait pas, et Hercule Poirot est détective à plein temps.
Un meurtre est commis, et le train est bloqué par la neige. Il doit donc enquêter, et mettre à jour, dans cet univers feutré, en apparence, les liens qui unissent les personnes présentes.
Le crime de l’Orient express est un roman qui se lit tout seul, tant on veut savoir comment le détective belge parviendra à résoudre ce crime. En dépit de la gravité de certains faits (et je ne parle pas du meurtre), des touches d’humour parsèment le récit, tant le crime semble un casse-tête à résoudre. Le dénouement est assez unique dans l’historique des Hercule Poirot, c’est aussi ce qui en fait son originalité.
Une des meilleures enquêtes écrite par Agatha Christie.

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Cicatrices de Ian Rankin

Présentation de l’éditeur :

Les mains ébouillantées – accident domestique, prétend-il -, l’inspecteur Rebus ne peut ni conduire, ni téléphoner, ni allumer sa cigarette. Et il a les Affaires internes sur le dos : un truand notoire est mort dans l’incendie criminel de sa maison ; or, ce soir-là, John Rebus a été vu en sa compagnie… A South Queensferry, petite ville côtière au nord d’Edimbourg, deux adolescents sont abattus par un ancien du SAS qui retourne ensuite son arme contre lui. Il se trouve que l’une des jeunes victimes est un neveu de Rebus, qui va devoir gérer l’ambiguïté de la situation.

Mon avis :

Revoilà l’inspecteur Rebus, malheureuse victime d’un accident domestique. Oui, cela arrive même au meilleur. Les deux mains brûlées, ce n’est vraiment pas de chance, pour de nombreuses activités du quotidien, encore moins pour mener une enquête. Deux enquêtes, pour dire les choses : celle qui sera dirigée contre lui, et celle qu’il devra mener un temps.

Deux adolescents ont été tués par un ancien militaire, un troisième, fils de député, a été seulement blessé mais reste choqué – on le serait à moins. L’enquête vise surtout à déterminer les motivations du coupable, un ancien militaire qui a retourné l’arme contre lui. Le passé de Rebus ressurgit alors : lui n’a pas été dans les SAS, il a failli être dans les SAS et la nuance est de taille, surtout pour la police militaire qui arrive juste après. Plus on est d’enquêteurs, plus l’affaire devient embrouillée. Et si Rebus est suspendu, ce n’est pas tant parce que l’une des victimes était un parent – personne n’a encore fait le rapprochement, et Rebus lui-même reconnaît qu’il aurait dû être plus proche de son cousin – mais parce que Rebus est soupçonné d’avoir tué un truand qui ennuyait un peu trop Siobhan.

Etre suspendu n’a jamais empêché un enquêteur d’aller au bout de ses enquêtes, surtout pas Rebus qui tient à ce que justice soit rendue. Quitte à être suspendu, voir jugé, autant l’être pour quelque chose que l’on a véritablement commis.Mettre un peu le nez, aussi, dans le mal être de la jeune génération, ces adolescents qui ne sont pas plus heureux parce qu’ils vont dans un établissement bien comme il faut, ces adolescents qui survivent à leurs camarades tant bien que mal, et prennent parfois des décisions surprenantes.

Rebus n’est pas le seul à se pencher sur son passé, ou sur son absence de vie privée. Siobhan montre des failles, des faiblesses que l’on ne lui connaissait pas forcément.

 

Blue light Yokohama de Nicolas Obregon

 

Présentation de l’éditeur :

Difficile d’intégrer la crim de Tokyo quand on vient d’une petite ville nippone, et qu’on est chargé de remplacer un flic qui s’est suicidé. Pourtant, Iwata, officier solitaire au passé trouble, reste de marbre. Lorsqu’il ne rend pas visite à son épouse américaine mystérieusement enfermée dans un HP, il dévoue chaque minute de son temps à sa première enquête tokyoïte : le massacre d’une famille coréenne dans un quartier malfamé.
Épaulé par la jolie Sakai, sujet de terribles humiliations en tant que seule femme flic de sa division, Iwata comprend vite que ce meurtre ressemble à un étrange sacrifice humain : le cœur du père a été arraché, et un soleil noir dessiné sur le plafond. Bientôt, la veuve d’un grand juge est retrouvée morte dans les mêmes circonstances. Il devient évident qu’un tueur en série est aux manettes – le tueur au Soleil Noir. Mais qui peut-il bien être?

Merci à Netgalley et aux éditions Calmann-Lévy pour ce partenariat.

Mon avis :

Le roman s’ouvre sur une scène saisissante. Nous saurons les tenants et les aboutissants de cette scène d’ouverture bien plus tard puisque nous rebasculons dans un présent qui n’est pas des plus réjouissants. Une famille coréenne a été assassinée. Je suis tentée d’ajouter « dans des circonstances sordides » mais le fait qu’une famille entière soit assassinée est déjà suffisamment sordide ainsi. Problème : le plus brillant enquêteur de la criminelle de Tokyo vient de se suicider et pour le remplacer, l’on fait appel à Iwata, que peu d’enquêteurs du service pensent de taille à remplacer Akeshi, le collègue suicidé. De plus, une toute jeune star de la chanson a été tuée elle aussi, et la police piétine. Sale temps pour les flics (expression très française que je me fais un plaisir de caser).

Ce qui peut surprendre le lecteur (et tant mieux) est que ce roman est inclassable. L’auteur est européen et l’intrigue se déroule au Japon. Pas un Japon de carte postale, très kawai, non, un Japon dans lequel le suicide est courant, pas banalisé, non, mais si fréquent que les politiques se demandent comment faire baisser son taux. Le racisme est bien présent. Quant aux sectes, elles se développent largement, en un mécanisme bien huilée. Non, ce tableau n’est pas réjouissant, surtout que les policiers, mis à part Shindo, Itawa et Sakai ne font pas grand chose pour résoudre l’enquête.

Je me suis parfois un peu perdue dans les retours en arrière qui montrent le passé d’Itawa, sa jeunesse, si particulière, son histoire d’amour avec Cléo, sur laquelle je ne m’étendrai pas pour des raisons d’homonymie. J’aurai aimé que l’on en sache encore plus sur lui, et peut-être aussi que son histoire soit agencée différemment dans la construction de l’intrigue : il aurait presque mérité un livre à lui tout seul. A l’opposée, sa collègue Sakai, pour laquelle je n’ai pas vraiment ressenti d’empathie, semble constamment « dans l’ombre » – par la construction même du récit là aussi. Si Itawa n’en a cure de sa carrière – et pour cause – cela ne paraît pas être le cas de Sakai. Paraît. Il faut toujours se méfier des apparences.

Il reste que j’ai tout même trouvé la fin de l’intrigue un peu précipitée. J’aurai aimé que la fin, et les motivations du tueur, trouve plus de temps pour se développer, mieux connaître, finalement, les motivations des coupables, et les ramifications de leurs « activités ». Oui, j’utilise beaucoup de guillemets dans cet avis. Le tueur n’est d’ailleurs pas le seul dont je n’ai pas perçu toutes les motivations, ni tous les liens avec les personnages de l’intrigue.

Il est tout de même des personnages attachants, même s’ils ne sont pas des personnages principaux, mais des personnages qui auraient dû être dans la lumière et se retrouvent dans l’ombre. Je pense à Jennifer ou à Kei.

Blue light Yokohama est un roman policier qui plaira à ceux qui aiment faire des découvertes littéraires.

 

La fille sous la glace de Robert Bryndza

Présentation de l’éditeur :

Le froid a figé la beauté de ses traits pour l’éternité.  La mort d’Andrea est un mystère, tout comme l’abominable secret qu’elle emporte avec elle… Connue pour son sang-froid, son esprit de déduction imparable et son verbe tranchant, l’inspectrice Erika Foster semble être la mieux placée pour mener l’enquête. En lutte contre ses propres fantômes, la super flic s’interroge : peut-elle encore faire confiance à son instinct ? Et si le plus dangereux dans cette affaire n’était pas le tueur, mais elle-même ? Sur la glace, aucun faux pas n’est permis.

Mon avis : 

Si jamais vous commencez la lecture de ce livre, je vous conseillerai fortement de le faire si vous avez un peu de temps devant vous. Je ne l’ai pas lu d’une traite, non, parce qu’il est tout de même relativement épais, mais j’ai vraiment bien accroché et je n’ai pas ressenti le besoin, contrairement à ce qui m’arrive souvent, d’alterner sa lecture avec d’autres livres
Ce que j’ai aimé ? Le personnage principal, Erika Foster. Elle ne cherche pas à être sympathique, elle n’est pas non plus misanthrope, elle est une femme blessée, qui retourne à son travail, un travail qu’elle aime, mais qui aurait pensé ne pas se retrouver immédiatement à enquêter sur un homicide sordide. Certains de ses co-équipiers acceptent mal sa présence, elle-même accepte mal les crimes impunis. Vaste sujet, pourtant.
La mort d’Andrea mobilise tout le monde puisqu’elle est issue d’une famille aisée et unie. Brillante, fiancée à un homme bien sous tout rapport en dépit d’un physique ingrat, qu’a-t-il bien pu lui arriver ? Le lecteur en sait un tout petit peu plus que les enquêteurs – juste un peu. Pas suffisamment pour nous permettre de connaître l’identité du coupable – sinon, ce ne serait pas intéressant – mais assez pour se dire que la vie d’Andrea n’était pas aussi lisse que ses parents le pensaient, ou veulent le faire croire. Lire un roman policier, c’est aussi apprendre à douter des apparences.
Erika s’accroche – aux êtres, aux choses. Elle ne veut négliger aucune piste, et surtout, elle ne veut pas qu’on lui indique dans quelle direction regarder, quelle personne il faut ignorer parce qu’il est des personnes qui n’en valent pas la peine. « Valoir » – verbe qui ramène les êtres à leur valeur monétaire.
Le dénouement est surprenant, mais pas illogique. Même si le lecteur est surpris, le (la) coupable ne tombe pas du ciel, il est une logique dans la construction du récit.
La fille sous la glace ? Un roman qui plaira à tous les amateurs de polar.

Piège contre un élu d’Ian Rankin

Présentation de l’éditeur :

Lorsque Gregor Jack, jeune et brillant député, se fait surprendre dans un bordel à l’occasion d’une rafle de police, la presse à scandale est prompte à se déchaîner. Si le sémillant politicien peut compter sur le soutien du Clan, un groupe d’amis qui ne se sont jamais perdus de vue depuis les bancs de l’école, en revanche, Liz, son épouse, une riche héritière, brille par son absence. Ce qui pouvait passer pour une bouderie vire à la tragédie lorsque le cadavre de la jeune femme est retrouvé. Plus aucun doute n’est permis : quelqu’un veut la peau de Jack. L’inspecteur Rebus se retrouve alors plongé dans un univers de faux-semblants, où les paillettes cachent souvent une réalité des plus glauques.

Mon avis :

Devinette : combien de techniciens de la police scientifique un seul inspecteur peut-il faire tenir dans une seule enquête ?

Oui, enquêter n’est pas facile, surtout quand les techniciens sont sur les nerfs. Oui, j’anticipe un peu, mais plus l’enquête de Rebus avance, plus il devra les solliciter, et plus ils auront envie d’envoyer paître l’inspecteur.
Au début pourtant, tout est simple, presque trop simple : un jeune député prometteur est surpris dans une descente de police dans un bordel – appelons un chat, un chat. Tout devrait donc s’arrêter là si ce n’est que sa femme est introuvable. Sa femme n’est pas n’importe qui : fille chérie d’un aristocrate influent, il est véritablement indispensable qu’elle apparaisse à ses côtés lors de cette épreuve. D’ailleurs, être à ses côtés sur les photos de temps en temps, participer à des manifestations bonnes pour la carrière de son mari semblent être la seule utilité de cette épouse. Rebus n’aura guère le temps d’épiloguer sur l’originalité de ce couple puisque la jeune femme est retrouvée morte, assassinée. Un tueur en série ? Possible, elle n’est pas la première à être retrouvée morte selon ce mode opératoire.
Enquêter n’est pas facile, puisque certains semblent réticent à tout dire, tout raconter. Ce n’est pas tant de la dissimulation de preuves que des difficultés à faire la part des choses, à se souvenir de tout, à distinguer ce qui est important, et ce qui ne l’est pas vraiment. Rebus découvre ainsi une bande d’amis soudés depuis l’adolescence qui tous, ou presque, ont bien réussi dans leur domaine. Le policier, qui commence lui-même à mener une vie presque normale, presque tranquille, est presque touché par ces indéfectibles amitiés. il ne serait plus Rebus s’il ne bâtissait, parfois, des théories tout à fait improbables aux yeux de ses supérieurs qui, merveille, ont trouvé le coupable bien avant lui. Il est toujours pratique d’avoir quelqu’un prêt à s’accuser d’un autre meurtre en plus de ceux qu’il a commis.
J’aimerai vous dire que l’amour est au coeur de ce roman. Il s’agit plutôt de l’absence d’amour, du fait que l’on ne regarde pas, ou plus l’autre, si tant est qu’on l’ait un jour véritablement regardé. Je me demande ce qui a pu véritablement souder cette bande d’amis qui avait réussi – tout sauf sa vie amoureuse.
Lire un roman de Ian Rankin fait toujours du bien.
Une dernière citation pour la route : avoir le soutien de Lauerdale équivalait à s’enfermer avec un berger allemand affamé….

Les disparues du marais d’Elly Griffiths

Présentation de l’éditeur :
Entre la découverte d’ossements datant de l’âge de fer et la disparition il y a dix ans de la petite Lucy, a priori rien à voir. Mais une nouvelle fillette est enlevée et la police reçoit une lettre dans laquelle le ravisseur fait allusion à de mystérieux rites sacrificiels de la préhistoire. Ruth Galloway, professeur d’archéologie brillante et solitaire, se mêle à l’enquête, quitte à s’approcher au plus près du danger…

Mon avis :

J’ai enchaîné le tome 1 après le tome 2, et j’ai été encore une fois conquise par l’auteur et sa manière de construire le récit. En effet, là où d’autres nous feraient subir une centaine de pages d’introduction, nous montrerait Harry Nelson et Ruth Galloway dans leur milieu naturel respectif (la police pour l’un, l’université et les fouilles archéologiques pour l’autre), l’auteur fait le choix de débuter quasiment par leur rencontre, ou pourquoi l’inspecteur Nelson a besoin d’une experte en ossements.
En effet, Nelson est déjà tel que dans le deuxième opus : survolté. Il ne renonce pas, même après dix ans, surtout quand une affaire en tout point semblable à la première se profile : la disparition d’une enfant de cinq ans. Faire une pause, ménager des susceptibilités, penser à sa carrière, ce n’est pas pour lui. Tenter de préserver sa vie privée, oui. Lucide, il ne cache pas à Ruth qu’il n’a négligé vraiment aucune piste, et tant pis pour les âmes sensibles.
Ruth, elle, est un peu secouée par le côté direct de Nelson, qui n’a pas l’habitude de ne pas être obéi immédiatement. Comme dans le premier volume, j’ai apprécié la description de cette femme. Oui, elle pèse 79 kilos, elle s’habille de tenue pratique, ou stricts selon son activité (fouille ou cours à l’université) et nous n’aurons pas de portrait plus précis, nous épargnant ainsi quelques clichés.
Tous deux se trouvent faire équipe pour retrouver Scarlet, la petite fille disparue, et peut-être Lucy, disparue depuis dix ans. L’ambiance – les marais, les dangers qui rôdent – m’ont parfois fait penser aux romans de Preston et Child, ce qui pour moi est loin d’être un défaut.
Cette enquête nous plonge dans le passé de chacun des deux protagonistes. Nelson a déjà fait preuve de pugnacité dans le passé, pugnacité pour laquelle certains ne l’apprécient guère. La police, c’est l’ennemi, et l’on n’est près, parfois, à aller très loin pour lui mettre des bâtons dans les roues.
Autre cliché qui est vite expédiée : ces personnages qui « oublient » leur téléphone portable aux moments cruciaux, ou qui tombent en panne de batterie, ce qui décale toutes les communications et fait piétiner l’enquête. Je ne dis pas qu’il est impossible d’oublier son portable quand on a un tueur à ses trousses, je dis simplement que Nelson et Galloway communiquent très fréquemment dans ce livre, Nelson n’ayant pas non plus l’habitude qu’on ne lui réponde pas quand il a besoin de joindre quelqu’un, et Ruth n’a pas l’intention de lui cacher certains faits qu’elle a découvert, même si elle ne « bondit » pas sur son téléphone pour les lui apprendre. D’autres n’hésitent pas à lui rendre visite s’ils ont quelque chose d’urgent à lui communiquer. Plus pratique que cent pages d’atermoiements pour faire bouger les choses.
Je ne vous ai pas encore parlé de Cathbad, qui a pourtant une place bien particulière dans ce livre, hors-norme et flamboyante. Comme le dit Nelson : Si jamais ils se perdent [dans les marais], il tuera Cathbad d’abord et l’arrêtera ensuite.
Bref, pour moi, il ne reste qu’une solution : lire les neuf tomes restant en VO.

Le secret des orphelins d’Elly Griffiths

Présentation de l’éditeur :

Un squelette d’enfant décapité est retrouvé sous la porte d’une vieille bâtisse victorienne à Norwich. S’agit-il d’un sacrifice datant de la période romaine ou de la dépouille d’un petit pensionnaire échappé de l’orphelinat qui occupait les lieux dans les années 1970 ?

Mon avis :

Je vais vous parler aujourd’hui d’un roman policier que j’ai découvert grâce aux éditions Presse de la cité et à Netgalley. Ce roman m’a vraiment énormément plu, au point qu’à peine fini, j’allais chercher le premier tome de la série à la bibliothèque.
Qu’est-ce qui m’a donc tant plu dans cette lecture ? Les personnages, tout d’abord. Nous trouvons un duo classique, l’archéologue spécialiste en datation Ruth Galloway, dont le nom fleure bon la Grande Bretagne et l’inspecteur Harry Nelson, qui n’est pas sans rappeler un autre inspecteur, américain celui-ci, et aussi un célèbre amiral. Classique, oui, sauf dans leur portrait. J’en ai plus qu’assez de ces livres dans lequel des personnages féminins ont des physiques parfaits, des hanches « minces », des ventres « plats » ou alors des « courbes pulpeuses ». Ruth, et bien, est une femme qui ne rentre pas dans cette injonction littéraire et sociétal, elle a une silhouette un peu ronde, banale, porte des vêtements confortables, pratiques et ne fait rien pour modifier sa silhouette. Célibataire, athée convaincue ayant du mal avec ses parents « born again », elle est passionnée par son métier et adore son chat, qui le lui rend bien. Elle a des amis, très différents d’elle parfois. Je pense à Shona, la femme fatale splendide et flamboyante ou Cathbad, l’excentrique sur qui elle peut toujours compter.
L’inspecteur Harry Nelson est un enquêteur survolté. Le flegme anglais ? Vous le trouverez dans un autre roman, sans doute, mais là, non. Homme de terrain, Nelson ne ménage pas sa peine, utilise au mieux les capacités de ses enquêteurs, et va au bout des pistes qui se présentent à lui, sans rien négliger. Côté vie privée, il ne se ménage pas non plus. Marié, deux filles, il essaie de mener une vie de famille, une vie de couple presque sereine. Oui, tout est dans le presque, comme souvent, mais Nelson aime les siens, personne ne peut dire le contraire.
Pour ces deux personnages singuliers, pour des personnages secondaires qui le sont tout autant, et qui se découvriront peu à peu au cours de la lecture, il fallait une intrigue qui l’est tout autant. La découverte du squelette d’un enfant décapité n’est pas une affaire banale. Pas de faux suspens : le lecteur sait le plus vite que la technique le permet que nous ne sommes pas face à une tombe médiéval. Comme le lieu a été il y a quelques décennies un orphelinat, le lecteur a forcément des références, des clichés qui lui viennent, surtout quand il apprend que deux enfants, frère et soeur, ont disparu et que nul, en dépit des recherches effectuées, ne sait ce qu’il est advenu d’eux. Cold case ? Oui, presque, parce que Nelson va aussi relancer cette enquête, retrouver des personnes qui ont vécu dans cet orphelinat. Le prêtre, d’abord, qui, à prêt de 80 ans, semble avoir conservé la même bienveillance. Un ancien pensionnaire, qui garde un bon souvenir de lui et de cet époque. Une soeur, tourmentée par l’âge et la maladie. Les propriétaires aussi, dont la volonté de transformer les lieux a conduit à retrouver le corps, ainsi que celui d’un chat décapité. Nelson retrouve aussi un des policiers qui a enquêté pendant les années 70 et se souvient de l’énergie déployée à l’époque.
Energie, oui, c’est le mot qui domine vraiment parce qu’à la force déployée par les enquêteurs pour découvrir la vérité s’oppose une autre force qui fait tout pour nuire à l’enquête. Pas les traditionnels bâtons dans les roues des puissants pour que l’on ne sache rien, non – bien trop classique. C’est à la fois plus subtil et plus violent.
Si vous aimez les romans policiers, la mythologie, si vous savez que l’homme est capable du meilleur mais aussi du pire, si vous êtes capable de regarder en face sa cruauté et sa violence, alors vous aimerez lire ce livre.