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Agatha Raisin enquête, tome 19 : Agatha Raisin and a Spoonful of Poison

Mon résumé :

Mrs Bloxby sollicite Agatha pour aider le vicaire d’un village voisin. Las ! Les confitures vendues lors de la fête supervisée par Agatha ont été empoisonnées. Pas de panique ! Elle et son agence de détective vont mener l’enquête.

Mon avis :

Ce roman est une vaste histoire d’amour. Si, si. En effet, il n’y a pas qu’Agatha qui tombe amoureuse rapidement – et détombe amoureuse tout aussi vite, sauf pour James, bien sûr. James est d’ailleurs quasiment porté disparu – tout est dans le quasiment, parce qu’il réapparaît au moment où on l’avait quasiment oublié. Toni aussi, sa toute jeune détective, a également une vie sentimentale compliquée, entre Bill, dont elle repousse les avances mais qu’elle aime bien, avec qui elle se sent à l’aise, et Harry, qu’elle aime, mais qui vit sur une autre planète et veut la façonner à son image. Agatha et Toni ont en commun d’avoir eu une enfance avec peu d’amour et aussi peu de culture – ne demandez pas à Agatha qui est Raiponse ! A cette occasion, pensée pour Mrs Bloxby, toujours aussi bienveillante, toujours prête à aider ceux qui en ont besoin, surtout s’il faut confirmer à une jeune fille que oui, elle a le droit d’être elle-même, et non celle que d’autres voudraient qu’elle soit.

En tout cas, le fameux village voisin est un joli nid de commères. De toute façon, l’empoisonnement a forcément été causé par quelqu’un d’extérieur au village, il ne faut pas exagérer ! A moins, bien sûr que ce ne soit les deux jeunes femmes qui vivent ensemble qui soient les coupables – ce serait bien pratique. Ou la châtelaine, riche et radine, qui en pince pour Georges, le veuf éploré. Comment voulez-vous enquêter sereinement dans ces conditions, entre deux scènes de ménage de l’éleveur de porc local et de sa femme, qui ne supporte pas qu’il ait servi son thé blanc aux invités, c’est à dire à la jeune Tony et à Harry.

Oui, le roman est drôle, oui, il est amusant non d’être à Carsely, mais dans un petit village moins sympathique qui nous fait regretter la bienveillance de Mrs Bloxby (heureusement toujours prête à soutenir Agatha). Oui, l’intrigue policière est bien construite, et classique – est-ce un tort ? En tout cas, je vais certainement continuer les lectures en VO de cette charmante Agatha, même si la romance prend souvent le pas sur l’intrigue policière.

Une citation, pour clôturer cet avis :

That’s sacrilegious, Mrs Raisin
That’s human, Mrs Bloxby.

 

 

 

Qui va à la chasse de M.C. Beaton

Présentation de l’éditeur :

Lorsque Priscilla Halburton-Smythe ramène à Lochdubh son nouveau fiancé, un dramaturge londonien, tout le monde est enchanté… sauf Hamish Macbeth, amoureux transi de la jeune femme. Mais ses affaires de cœur devront attendre un peu : un des invités aux fiançailles de Priscilla, l’affreux goujat Peter Bartlett, est retrouvé assassiné pendant une partie de chasse à la grouse.
Chargé des premières investigations, Hamish Macbeth fait face à une brochette de suspects huppés, qui avaient tous une bonne raison d’attenter à la vie de l’ignoble capitaine Bartlett.

Mon avis :

Hamish est le personnage le plus sympathique de la série. C’est normal, me direz-vous, il est le héros. Oui, mais Agatha Raisin a beau être l’héroïne de l’autre série de MC Beaton, elle n’est pas toujours sympathique. Lui, Hamish, trouve toujours moyen d’être sympathique, même quand il « trafique » un peu – après tout, il le fait pour améliorer son ordinaire, lui qui aide tellement sa famille, et s’acquitte assez bien de son métier, n’empêchant personne, après tout, de vivre de son mieux.

Priscilla, par contre, c’est une autre affaire. Elle semble sortie d’un autre temps, elle est très éloignée des jeunes femmes dynamiques crées par Agatha Christie. Elle a un travail, des amis, et pourtant, elle veut plaire à ses parents en épousant un homme qui leur convienne – elle est fille unique, il est des choses qu’elle pense ne pas pouvoir se permettre. Son fiancé, un dramaturge reconnu, est donc tout à fait acceptable pour ses parents, qui vont en plus avoir le bonheur de recevoir de nombreux invités, heureux pour les fiancés, disons plutôt heureux de rencontrer la coqueluche de tout Londres.

Si le thème du premier volume était la pêche, ici, il est question de la chasse, et de la difficulté de trouver le gibier que l’on veut : les grouses sont rares. Les meurtres le sont un peu moins, puisqu’un des invités est retrouvé mort. Les accidents de chasse sont bien plus fréquents qu’on ne le pense, et ont le mérite d’arranger tout le monde, la police en premier. Toute la police  ? Non, Hamish met en doute cette thèse et démontre que Peter Bartlett, grand séducteur et grand goujat a bel et bien été assassiné.

L’enquête s’annonce non pas difficile, mais pleine de méandre : pourquoi ne pas revenir tout simplement à la thèse de l’accident ? Il est franchement des personnes qui aiment se compliquer l’existence ! Il est aussi des personnes qui, même si un suspect avoue, est arrêté, continue à enquêter sous prétexte que… N’anticipons pas ! Hamish est sympathique, jusque dans sa manière de profiter de certaines situations, alors que beaucoup des illustres invités des Halburton-Smythe sont des rustres, des pintades de la pire espèce. Quand je vous disais que la saison de la chasse était ouverte….

Dernier argument : les Highlands sont toujours décrits de manière somptueuse, et Hamish MacBeth aime toujours autant parcourir la lande, même si c’est à la recherche d’indices.

 

Alice d’Heidi Perks


Présentation de l’éditeur :
Une enfant disparaît. Deux versions du drame. Une seule vérité. Harriet avait confié sa fille à sa meilleure amie Charlotte pour un après-midi à la kermesse de l’école. Charlotte est persuadée de n’avoir quitté Alice des yeux qu’une fraction de seconde. Le temps pour la fillette de se volatiliser. Dévastée, Harriet ne peut plus envisager de revoir Charlotte. Elle ne lui fera sans doute jamais plus confiance. Mais elle n’aura pas le choix. Car, deux semaines plus tard, les deux femmes sont convoquées par la police pour être interrogées séparément. Il semblerait que chacune d’elles ait des choses à se reprocher…

Mon avis :

Je suis très ennuyée pour chroniquer ce livre. En effet, je ne saurai dire si je l’ai aimé ou pas. Je peux simplement dire qu’une fois qu’on l’a commencé, on a envie de connaître la suite et surtout la fin.
Nous sommes en Angleterre, nous sommes presque chez les desperates housewifes, qui restent une référence pour parler de ses femmes désœuvrées qui restent chez elles à prendre soin de leurs enfants, ou si vous préférez, à Arlington Park de Rachel Cusk. Charlotte a trois enfants, assez turbulents, elle travaille deux jours par semaine et aimerait bien reprendre à temps plein – il semble que les systèmes de garde, en Angleterre, soient nettement moins performants qu’en France. Pour Harriet, son amie, c »est pire encore : elle ne travaille plus du tout, elle s’occupe à temps plein de sa fille unique Alice. Pourtant, ce jour-là, elle confie sa fille à sa meilleure amie – puisqu’elle est son unique amie. Et Alice disparaît.
Toutes les deux, chacune de leur côté, vont vivre leur enfer personnel. Ce que vit Harriet est atroce, ce que vit Charlotte, pointée du doigt par tous les gentils membres de leur communauté, ne l’est pas moins. Ou comment être jugée et condamnée en même temps, comment votre vie, celle de vos enfants va se retrouver disséquée.
Les chapitres alternent entre le temps de la disparition et le temps de l’enquête, alternant entre Charlotte et Harriet. Un certain malaise s’est dégagé pour moi des pages consacrées à Harriet et à son mari Brian, ce qui n’était pas le cas en lisant les pages consacrées à Charlotte – j’ai ressenti plus de sympathie pour elle que pour Harriet, ce qui est un comble eu égard à l’histoire qui nous est contée.
Au fond, malgré son caractère prenant, je reprocherai à ce livre de ne pas vraiment nous entraîner en dehors des sentiers battus, comme avait su le faire Une seconde de trop de Linda Green.
Un livre prenant, mais qui laisse une impression d’amertume une fois qu’il est terminé.

Merci à Netgalley et aux éditions Préludes pour ce partenariat.

Agatha Raisin, tome 16 : jamais deux sans trois de M.C. Beaton

Présentation de l’éditeur :

Lasse de courir après des chats et des chiens égarés, Agatha accepte la sollicitation d’un certain Robert Smedley : cet homme fortuné est persuadé que son épouse le trompe. Rien de plus tentant pour notre extravagante Agatha que de coincer la jeune, jolie et très dévote Mrs Smedley, un peu trop parfaite pour être honnête. Mais c’était compter sans une autre affaire de disparition qui lui tombe sur le coin du nez. Jamais deux sans trois ?

Mon avis :

L’agence de détective d’Agatha Raisin marche bien, très bien, presque trop bien pour Agatha qui parfois est lasse de devoir enquêter sur certaines affaires. Du coup, elle délègue, notre chère Agatha, elle délègue même énormément, au point que ce sont quasiment ses employés qui font le gros du travail à sa place. L’affaire qui ouvre ce seizième volume est tout simple : un homme, Mr Smedley, très jaloux, veut qu’Agatha suive sa femme et trouve des preuves de son adultère. La routine, on vous dit. La différence est qu’Agatha ne trouve absolument rien, la jeune femme semble parfaite en tout point, même madame Bloxby, qui la connaît bien, ne peut que le certifier : Mrs Smedley est très investie dans la vie de la paroisse, elle n’a absolument rien à cacher. Bref, cette affaire semble vraiment des plus évidentes, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes des détectives privés. Cependant, Agatha doit s’occuper aussi d’affaires plus poignante : une adolescente a été assassinée, passant ainsi du statut d’ado disparue, voire de fugueuse, à victime d’un crime atroce. Là aussi, Agatha va mener l’enquête, pas seulement parce que toute publicité est bonne à prendre, mais parce qu’elle est touchée par la douleur des parents de la jeune fille, qui découvrent qu’ils n’en savaient pas autant qu’ils le croyaient sur la vie de leur fille.

Agatha, la quinquagénaire qui ne veut surtout pas admettre les petits mots liés à l’âge, se retrouve donc à découvrir non pas la vie secrète des adolescentes (cela ferait un beau titre) mais les petites misères des ados, leur capacité à être manipulée en rêvant d’amour, d’un avenir meilleur, ou tout simplement en ayant peur que d’autres petits secrets soient dévoilés. Elle est aussi obligée de se replonger dans sa simple affaire Smedley quand Mr Smedley est assassiné à son bureau. Bien sûr, sa femme ne peut pas être la coupable, je vous rappelle qu’elle est parfaite ! Par contre, son mari ne l’était pas – chercher ses ennemis n’est pas très difficile, par contre se demander pourquoi sa femme n’en faisait pas ouvertement partie l’est davantage !

Comme le quinzième tome, Jamais deux sans trois est très agréable à lire, les rebondissements sont nombreux, les membres de l’agence de détective d’Agatha sont attachants et le dénouement nous rappelle qu’il faut toujours aller au-delà des apparences.

Hamish Macbeth, tome 1 : Qui prend la mouche de MC Beaton

édition Albin Michel – 252 pages.

Présentation de l’éditeur :

Policier du petit village de Lochdubh situé au beau milieu des Highlands en Écosse, Hamish Macbeth manque totalement d’ambition professionnelle mais il peut cependant compter sur son intuition naturelle pour mener à bien ses enquêtes. Ses qualités lui seront bien utiles quand le corps sans vie de Lady Jane Winters, langue de vipère notoire et participante au stage de pêche à la mouche du village, est retrouvé dans la rivière. Secondé par la délicieuse Priscilla Halburton-Smythe, Hamish s’immerge en eaux troubles pour démasquer l’assassin.

Mon avis :

Tout d’abord, il est difficile de résister à la tentation de dresser un parallèle entre Hamish MacBeth, héros de M.C. Beaton apparu en 1995 et Agatha Raisin, dont traduction de la dix-septième aventure paraîtra bientôt . Je vais donc tacher de vous parler simplement de Hamish. Il est un personnage rare, parce qu’il en faut beaucoup pour lui faire perdre son calme. D’ailleurs, je ne suis même pas sûre qu’il soit capable de perdre son calme, de s’énerver, de cracher des jurons à droite et à gauche, non. Par contre, Il est capable de dire posément ce qu’il pense à quelqu’un, et tant pis si son propos est particulièrement vache. La peur de perdre son poste à cause de son franc-parler ? Il ne connait pas, puisque je ne suis pas sûre que beaucoup de policiers aient envie de s’enterrer au beau milieu des Highlands – par contre, fermer ce petit poste isolé, pourquoi pas ?
Non loin de là, se trouve une école de pêche à la mouche, dont les propriétaires John et Heather accueillent de nouveaux stagiaires. Le moins que l’on puisse dire c’est que l’amour de la pêche réunit des personnes pour le moins disparate, dont une a vite fait de se mettre tout le monde à dos : Lady Janes Winters. J’aimerai bien vous dire que je lui trouve des circonstances atténuantes, c’est faux. Cependant, je dois dire qu’elle tire sa force du fait que tous ou presque ont des choses à cacher – ou plutôt des choses qu’ils n’assument pas, contrairement à Hamish. En lisant ses propos, je n’ai rêvé que d’une chose : que tous se liguent contre elle et l’envoient dans les bruyères de la lande. Ce n’est pas vraiment ce qui va se passer, mais c’est ainsi que va débuter l’enquête, quand le cadavre de lady Jane est retrouvé.
Nous sommes dans les années 90, ou plutôt, nous sommes dans les années Tchatcher. Même au fin fond des Highlands, les différences entre les classes sociales sont très marquées, alors quand s’ajoute en plus un portefeuille bien garnie, il devient impossible, impensable, de nouer une relation, ou d’envisager d’en nouer une à moins d’être rêveur(se). Il est plus facile d’enquêter, ou presque, à condition de rester à l’écoute de ce que l’on ne vous dit pas vraiment.
Dernier point : ne ratez pas les superbes descriptions des Highlands.

Agatha Raisin enquête, tome 15 : Bal fatal par M.C. Beaton


Présentation de l’éditeur :

Au cours de cette nouvelle enquête, la détective Agatha Raisin est chargée de découvrir qui menace de mort la fille de la riche divorcée Catherine Laggat-Brown. Avec l’aide de son fidèle ami sir Charles Fraith, elle tente de résoudre la première grosse affaire de sa nouvelle agence de détectives.

Mon avis :

Autant vous le dire tout de suite, ce quinzième tome est à mes yeux un des meilleurs de la série. Agatha Raisin a enfin ouvert une agence de détective et celle-ci marche très bien ! Certes, il lui faut parfois effectuer des enquêtes « de routine », comme retrouver un animal perdu ou trouver les preuves d’un adultère, mais globalement, ce nouveau métier l’enchante, elle a engagé du personnel, et parfois, des affaires singulières se présentent, comme ce père qui préfère retrouver sa voiture plutôt que son fils, ou cette femme qui engage Agatha parce que sa fille, bientôt mariée, est menacée de mort. La menace est d’ailleurs mise à exécution, et après cette tentative ratée, il ne reste plus à Agatha qu’à enquêter.

L’action ne manque pas dans ce volume. L’action, et l’introspection : Agatha se remet en cause, et se rend compte à quel point l’amitié est précieuse, au point de vraiment donner du sien pour préserver ses amitiés. Les exemples en seront nombreux dans ce roman, dans lequel elle ne cesse de se démener, pour trouver la vérité. Elle ne cesse aussi d’être menacée : jamais nous n’avons été aussi prêts de perdre Agatha Raisin ! Il faut dire qu’elle a vraiment un don pour se bien entourer, et oublier, parfois, les précautions les plus élémentaires.

Féministe, Agatha Raisin ? Oui, même si elle passe son temps à tomber amoureuse, et ne parvient pas toujours à oublier James.  Pourtant, elle reste indépendante et aide certaines des femmes qu’elle croise à se libérer d’une relation toxique. Oui, il n’est pas toujours facile d’aller porter plainte, oui, un homme qui vous bat un jour peut vous battre à nouveau et ne s’arrêtera pas. Il est des femmes qui laissent les hommes qui partagent leur vie leur imposer leur point de vue – cela leur épargne aussi de réfléchir. Il est aussi des femmes, comme la douce Mrs Bloxby, qui respecte l’opinion de leur mari et agisse cependant comme elle l’entende : Agatha reste son ami, quoi qu’en dise son mari.

Ce quinzième tome montre Agatha en action, Agatha vieillissante, mais aussi sir Charles et son cher Gustav, Roy, ou encore les chats d’Agatha, dont elle prend grand soin.

La Punition qu’elle mérite par Elizabeth George

Présentation de l’éditeur :

Ludlow, bucolique bourgade du Shropshire, tombe dans l’effroi lorsque le très apprécié diacre Ian Druitt est accusé de pédophilie. Placé en garde à vue, le suspect est retrouvé mort, pendu. La commissaire Isabelle Ardery, qui a été dépêchée sur les lieux depuis Londres et qui se débat avec ses problèmes d’alcool, a bien envie de classer l’affaire en suicide. Mais c’est sans compter la sagacité du sergent Barbara Havers. Coachée à distance par l’inspecteur Thomas Lynley, la Londonienne gaffeuse et accro à la nicotine flaire le pot aux roses : et s’il ne s’agissait pas d’un suicide ? N’en déplaise à Isabelle Ardery, Lynley et Havers vont reformer leur duo de choc pour observer de plus près la vie de cette petite ville qui semblait si paisible. Car, derrière leurs allures de gentils retraités ou d’étudiants fêtards, les habitants de Ludlow ont tous quelque chose à cacher…

Merci à Netgalley et aux éditions Presse de la cité pour ce partenariat.

Mon avis :

Quatorze ans. Oui, quatorze ans que je n’ai pas lu un roman d’Elizabeth George : je le sais, je travaillais encore dans mon ancien collège quand je l’ai lu ! Ce sont donc des retrouvailles avec des personnages que je n’ai pas vu depuis longtemps.
Il s’en est passé, des événements, dans leur vie. Barbara Havers, toujours aussi brut de décoffrage, est à deux doigts de se faire muter au fin fond de l’Angleterre après sa dernière insubordination en date – respecter les ordres, si cela ne permet pas de faire progresser les règles, très peu pour elle. Cette nouvelle affaire sera donc l’occasion pour elle de prouver qu’elle est capable de rester dans les clous. Malheureusement pour elle, ce n’est pas Linley qui l’accompagne dans sa mission, mais Isabelle Ardery. La commissaire ne peut pas sentir Havers. Elle est de plus empêtrée dans ses problèmes personnels, et ne rêve que d’une chose pour sa vie professionnelle : réussir à faire muter Barbara le plus loin possible, avec Linley si possible.
Leur mission est quasiment une enquête pour ce qu’en France nous nommerions les boeufs carottes : un homme s’est suicidé dans sa cellule après avoir été accusé de pédophilie. Son père ne peut croire qu’il s’est suicidé, lui qui était croyant et respecté dans son église. Bien sûr, vous me direz que tous les pères croient leur fils innocent. Cependant, certains petits faits gênent Barbara, pas pour l’enquête de pédophilie – les deux femmes n’en sont pas chargées – mais au sujet de la procédure qui a conduit Ian Druitt en prison. La manière d’agir de certains témoins est particulièrement étonnante, certains se livrent sans problème, d’autres ont recours à des chemins de traverse assez étonnants.
L’enquête est assez longue à se mettre en place, et il faut vraiment s’accrocher pendant le premier quart du roman pour poursuivre sa lecture. Nous sommes au fin fond de l’Angleterre, nous découvrons, finalement, la vie quotidienne de ses personnes loin de la capitale. Nous découvrons aussi un fait qui remet tout ou presque en cause. Fin de la première partie, et début de la véritable enquête, si j’ose dire, avec cette fois-ci Linley et Havers au commande.
La réussite de leur mission provient de leur parfaite connaissance l’un de l’autre – ce qui, si vous vous souvenez du premier tome de leurs aventures, n’était franchement pas gagné. De leur parfaite connivence aussi : ils sont capables de jouer un parfait duo, sachant parfaitement leur rôle respectif, capable de monter un interrogatoire, presque une scène de théâtre, dans le but d’amener le témoin là où ils souhaitent l’amener. Leur but est simple, finalement : la justice et la vérité. Pas si facile, quand certaines personnes font tout pour que l’on n’y arrive pas.
En effet, si l’on réfléchit bien, quoi de plus révoltant qu’une accusation de pédophilie chez un homme qui travaillait au contact des enfants ? Sauf qu’aucune enquête n’a été réellement mené et que tous les parents d’enfants contactés disent à quel point tout allait bien, à quel point les conseils donnés étaient utiles. Oui, je spoile un peu, mais Ian Druitt était un hyperactif du dévouement à autrui, impliqué dans de multiples associations, y compris la très peu religieuse stérilisation des chats errants, une personne qui n’en contactait une autre que parce qu’elle avait un lien avec l’une ou l’autre de ses associations. Alors ???
Il est question, aussi, du lien parent/enfant, parce que nous allons en croiser, des familles dysfonctionnelles, dans ce roman. Pour reprendre, en la modifiant un peu, une phrase que j’ai entendue un jour, ce n’est pas ce qu’ils font qui est le pire, c’est ce qu’on les croit capable de faire. A ce sujet, ma préférence va vers le jeune Finn, soutien inconditionnel post-mortem de Ian Druitt, au look de rebelle improbable, amateur de boissons fortes, nanti d’une mère ayant un poste à responsabilité dans la police et d’un père… et bien disons qu’il est toujours très amoureux, et très dépendant de sa femme.
Un roman très intéressant, pour ceux qui ont la patience de lire un pavé de 672 pages.