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L’empreinte de sang de Richard Austin Freeman

Présentation de l’éditeur :

Un roman policier de 1907… La première enquête du Dr Thorndyke ! Traduit de l’anglais. Une toute nouvelle traduction de ce célèbre auteur d’outre-manche. Ecrit par l’inventeur du « polar inversé ». Avec Conan Doyle, le père de Sherlock Holmes, Richard Austin Freeman est l’un des rares auteurs de romans policiers de son époque qui soit encore lu, aujourd’hui, en Angleterre.

Merci à Netgalley et aux éditions Flamant noir pour leur confiance.

Lvre lu avant le confinement.

Mon avis :

J’aime les romans policiers sous toutes leurs formes, et je trouve toujours intéressant d’explorer des oeuvres qui sortent des sentiers battus. En effet, dans un monde où l’immédiateté compte, où un livre se retrouve périmé au bout de six mois, j’ai aimé lire un roman qui datait de 1907 (mon grand-père avait deux ans à sa parution). L’auteur était médecin de formation, c’est à 45 ans qu’il publia la première enquête du Dr Thorndyke, expert médico-légal. Il n’est pas le narrateur de ce roman, non – et c’est là que je vois un rapprochement avec Sherlock Holmes – dans ce tome, c’est son ami, le docteur Jarvis, qui nous raconte cette histoire. Même si nous avons ici un narrateur à la première personne, il est presque un narrateur extérieur, puisque le Dr Thorndyke choisit, pour le protéger, de ne pas tout lui dire – lui même verra sa vie plusieurs fois mise en danger, ce qui prouve que le coupable n’a vraiment pas envie de le voir enquêter.
Et pourtant … Est-ce réellement le coupable qui est important, dans cette affaire de vol, qui ne comporte que deux suspects importants, les deux neveux du propriétaire des diamants ? Non. Ce qui est important est de savoir comment l’innocence de Reuben, le principal suspect sera prouvée. Attaque en règle contre les progrès de la science ? Non, pas vraiment, parce que c’est grâce à l’expérimentation scientifique, justement, que son innocence sera prouvée. Ne pas se fier aux apparences, ne pas croire que toutes les preuves, y compris les empreintes digitales soient totalement fiables – et l’engouement pour les empreintes digitales me rappellent celui pour l’ADN qui a donné une immense avancée, mais ne doit pas remplacer le travail d’un enquêteur.
Je terminerai par une mention spéciale pour Mrs Hornby, tante du suspect, femme absolument ébouriffante. Sa déposition au tribunal – oui, ce roman policier prend place jusqu’au procès – est un très grand moment.

Joseph et Matthew Reavley – tome 3 : Les anges des ténèbres d’Anne Perry

édition 10/18 – 410 pages

Présentation de l’éditeur :

En 1916, l’Europe tout entière s’est embourbée dans la Grande Guerre.
Tandis que la famine menace l’Angleterre, la famille Reavley continue de subir dans sa chair les horreurs de la guerre : Joseph, aumônier sur le front des Flandres, est rapatrié dans son village natal de St Giles après avoir été grièvement blessé. Là, il retrouve son frère Matthew, membre des services de contre-espionnage et Hannah, sa sœur, qui prend en main sa convalescence. Depuis deux ans, ils traquent le Pacificateur, un personnage mystérieux et haut placé qui se cache derrière un complot international et l’assassinat de leurs parents. Tandis que Matthew enquête auprès d’une séduisante agent double irlandaise, Joseph découvre le quotidien d’un pays en guerre loin du front. Mais, même à St Giles, la paix n’est pas au rendez-vous… Anne Perry nous entraîne dans le bruit et la fureur de la Grande Guerre et signe avec cette troisième aventure de la famille Reavley, un tableau bouleversant d’une des plus grandes tragédies de l’histoire contemporaine.

Mon avis :

Voici le troisième tome des aventures des frères Reavley. Nous sommes en 1916, et nous sommes en Angleterre, une Angleterre plus conservatrice que celle qu’il a été donné de voir dans les enquêtes de Thomas et Charlotte Pitt – peut-être parce que nous sommes dans un petit village, dans lequel beaucoup voudrait que rien n’ait changé, que tout redevienne comme avant. Je pense au personnage d’Hannah, la soeur aînée : mariée, mère de famille, elle ne souhaite rien de plus, ne souhaite rien de plus pour les autres femmes (une femme directrice de banque, une femme élisant des députées, quelle horreur !). Cependant, je comprends qu’elle souhaite un retour à la vie d’avant, un temps où elle n’avait pas à craindre pour son mari, pour ses frères et soeur, où elle ne se sentait pas démunie face au chagrin des femmes de la paroisse, qui ont perdu un mari, un fils, un frère, où elle ne se sentirait pas mise à l’écart par son mari, par son frère, parce qu’ils ne veulent pas, ne peuvent pas lui dire ce qu’ils ont vécu au front. Aussi les questionne-t-elle, malgré tout, et tant pis s’ils pensent qu’elle n’a pas la force d’entendre ce qu’ils ont vécu – à elle de leur prouver le contraire.

Oui, le roman débute par la blessure de Joseph, alors qu’il était allé dans les tranchées chercher un blessé, lui sauvant ainsi la vie, manquant de son côté perdre un bras. Le lecteur suivra ainsi la convalescence de Joseph, les douleurs, la difficulté à se réapproprier les gestes de la vie quotidienne. Il s’interroge aussi sur sa capacité à retourner au front, lui qui se trouve désormais à l’abri en Angleterre. Qui pourrait lui reprocher, lui qui a été décoré pour son acte de bravoure, de rester et de reprendre la charge de la paroisse, d’autant plus que Kerr, qui a cette charge, semble totalement dépassé par elle, c’est du moins ce que ressentent les paroissiens, ceux qu’il visite parce qu’ils ont perdu un proche.Note : Kerr est un être humain comme les autres, il est simplement confronté, comme tous ai-je envie de dire, à une situation qui le dépasse. Et comme si la guerre n’était déjà pas assez douloureuse, un meurtre est commis, un jeune chercheur de l’institut, qui travaillait d’arrache-pied à la conception d’une nouvelle arme. La douleur est une chose, le fait de se suspecter les uns les autres parce qu’un espion peut être dans la place en est une autre.

L’enquête n’est pas facile, parce qu’elle touche de prêt à des personnes que la famille Reavley aime et estime. Et si Joseph, de par sa blessure, reste à St Giles, c’est Matthew qui monte au front, à sa façon, et sera témoin à son tour des atrocités de la guerre : il admirait déjà son frère aîné, il l’admire encore plus. C’est un peu comme si cette « pentalogie » avait pour but de nous montrer toutes les facettes de la guerre, y compris les moins reluisantes : la guerre n’a pas fait taire les ambitions personnelles, n’a pas empêcher les trahisons intimes. Les frères Reavley en seront les témoins.

Cette série de livre n’est pas toujours facile à lire pour moi, parce que la réalité des combats est vraiment décrite avec précision, et qu’en lisant ces récits, je ne peux m’empêcher de penser à mes ancêtres qui ont vécu ces combats, qu’ils soient revenus en bonne santé (Clovis, Célestin, Marcel), blessé (Cyrille), gravement blessés (Georges), prisonniers (François, Joseph) ou qu’il ne soit pas revenu (Henri).

Agatha Raisin – tome 24 : Gare aux empoisonneuses de M.C. Beaton

édition Albin Michel – 306 pages

Présentation de l’éditeur :

Personne ne peut rester indifférent au charme de Gloria French, une veuve londonienne au rire sonore et aux joues bien roses ! Les habitants des Cotswolds ont accueilli avec joie cette dame toujours prête à rendre service et à lever des fonds pour l’église. Même si sa fâcheuse manie à emprunter des choses à ses voisins, sans jamais les rendre, en irrite plus d’un… Lorsqu’on retrouve Gloria empoisonnée par un vin de sureau qu’elle avait justement « emprunté », c’est le choc. Qui pouvait lui en vouloir ?

À Agatha de résoudre l’énigme et de trouver l’empoisonneur ou l’empoisonneuse…

Mon avis :

Même pour Agatha Raisin, c’est la crise ! Ce n’est pas que les affaires manquent parce qu’ils ne se passent rien, les affaires manquent parce que les clients potentiels n’ont plus les moyens pour l’engager – et Agatha n’a pas envie de licencier un seul membre de son personnel. Elle s’ennuie un peu, heureusement, Mrs Bloxby est là pour la réconforter. Ni l’une ni l’autre ne pensait qu’un meurtre surviendrait bientôt, dans un hameau voisin, et qu’Agatha, au bout de quelques jours d’une enquête qui piétine, serait embauchée pour trouver le coupable.

Les suspects ? Ils sont nombreux. Piddlebury a beau être véritablement une petite commune, avec l’église d’un côté et le pub de l’autre, tous les habitants ou presque pourraient être suspect. Pas le pasteur, non. Ce n’est pas à cause de son métier, c’est uniquement parce qu’il était une des rares personnes à apprécier Gloria. Sa femme ? Fatiguée par ses tâches de femmes de pasteur, elle n’aurait pourtant pas dit non pour arracher les yeux de Gloria. La vieille Mrs Tripp ? Gloria avait beau lui avoir fait la lecture pendant des heures et des heures, elle ne la supportait pas. Je pourrai continuer ainsi longtemps. Fait presque nouveau : Agatha enquête et l’on cherche très vite à la supprimer, de la même manière dont Gloria a été tuée. Ce n’est pas tant qu’Agatha craint pour elle-même – même si l’idée d’être empoisonnée ne lui sourit pas – elle craint pour les membres de son équipe – voir mort Simon ? Hors de question.

Et les amours ? Presque sereine. Agatha est toujours amie avec Charles, et elle a le béguin pour un professeur de chimie rencontré durant son enquête. James pense enfin vivre « une histoire sincère et magnifique ». Quant à Toni, elle s’interroge : pourquoi se lance-t-elle toujours dans des histoires d’amour avec des hommes violents ? Cependant… ah, je ne veux pas trop vous spoiler, mais selon Agatha elle-même, il lui arrivera pire que d’être menacée de mort – et pourtant, elle en verra vraiment des vertes et des pas mûres dans cette enquête. Quoi ? Ah, je ne le dirai pas, je dirai simplement que certains donnent fortement l’impression de vivre encore comme si l’on était au moyen-âge ou dans les années cinquante, aucune de ses options n’est préférable !

PS : ne ratez pas le mémorable passage télévisé d’Agatha, qui devrait lui assurer une longue postérité.

Terminal 4 d’Hervé Jourdain

édition Fleuve noir – 320 pages

Présentation de l’éditeur :

Quand un corps carbonisé est retrouvé dans une voiture aux abords de l’aéroport Charles de Gaulle, Zoé et Lola sont loin d’imaginer jusqu’où va les mener leur enquête. Conflits entre taxis et VTC clandestins, militants installés aux abords des pistes pour lutter contre le projet du nouveau terminal, et luttes politico-économiques autour de la pollution atmosphérique générée par l’aéronautique, tels sont les enjeux auxquels elles vont être confrontées.

Merci à Netgalley et à Fleuvenoir pour ce partenariat.

Mon avis :

Terminal 4 – roman policier actuel, première lecture pour moi d’un roman d’Hervé Jourdain. Ce roman se déroule presque entièrement à l’aéroport Charles de Gaulle. C’était d’abord un lieu de vie. Nous découvrons ceux qui y travaillent et ils sont nombreux, que leur présence soit légitime ou non, ceux qui permettent aux passagers d’aller à cet aéroport ou de le quitter – ils ont parfois des secrets à cacher. Nous avons ici l’endroit du décor, mais à l’envers, ce sont les SDF, les clandestins, ceux qui ne veulent pas être vus, ceux que personne ne veut voir, sauf à trouver moyen de les exclure. De la vie à la mort, il n’y a quasiment qu’un pas, quand le corps de Sabrina est retrouvé : la jeune femme était vivante quand le feu a été mis aux taxis. Qui a pu vouloir tuer cette jeune femme brillante et investie, qui allait jusqu’au bout de ses convictions ?

Pour trouver le coupable, le lieutenant Zoé Déchaume et la capitaine Lola Rivière enquêtent, et verront leur lot de violence – si Sabrina est morte, d’autres personnes seront tabassées, agressées, sans retenue. Et enquêter, c’est trouver les enjeux de ce crime, ce qui se cache derrière le travail que faisait Sabrina, les enjeux écologiques avec la taxe sur le kérosène, les enjeux économiques, avec l’impact possible sur la construction du nouveau terminal, sur le trafic aérien et sur les moyens de transport (plus de passagers, plus de taxis). L’aspect humain ? Il est difficile d’aller au bout de ses conviction, alors que tant d’autres font des compromissions, font attention à leur image, si importante pour leur carrière : il y a celle que l’on donne, celle qui convient, et qui n’a souvent pas de rapports avec la réalité. Comme trop souvent, le paraître l’emporte sur l’être et engendre des drames.

Zoé, Lola, iront jusqu’au bout des choses. Cela ne les empêche pas d’avoir une vie privée, et, pour Lola, de vouloir véritablement profiter de la vie, en dépit de sa maladie. Même si elles peuvent commettre des erreurs, toutes les deux n’ont qu’une envie : rendre justice à Sabrina.

Un bon jour pour mourir de Mark Edwards

Présentation de l’éditeur :

C’était le plus beau jour de sa vie. Elle ne savait pas que ce serait aussi le dernier. Lorsque le corps d’une femme est découvert dans les ruines d’un ancien prieuré, l’inspectrice Imogen Evans comprend qu’elle a affaire à un tueur en série dont les victimes semblent mourir en pleine extase, les yeux ouverts, un grand sourire figé sur le visage. De son côté, Ben Hofland, jeune père divorcé, est convaincu que sa chance est en train de tourner. Forcé de retourner vivre dans le petit village qui l’a vu grandir, il trouve enfin du travail et les collégiens qui tourmentaient son fils Ollie le laissent tout à coup tranquille. Pour la première fois depuis des mois, Ben commence à se sentir heureux. Il ne sait pas que quelqu’un veille sur Ollie et lui. Quelqu’un qui ne veut que son bonheur… et sa mort.

Merci à Netgalley et aux éditions Amazon Publishing France pour ce partenariat.

Mon avis :

La campagne anglaise, ce n’est plus ce que c’était. Certes, c’est un endroit où l’on peut trouver refuge. Prenez l’inspectrice Imogen Evans, 39 ans, un chat, une discipline culinaire à toute épreuve : à la suite d’une affaire dont elle n’est pas responsable (mais qui la fait culpabiliser quand même; l’un n’empêche pas l’autre), elle se retrouve à . Ce qui n’était pas du tout prévu, c’est qu’un meurtre soit commis, puis un second, et enfin un troisième, signalant avec certitude la présence d’un tueur en série dans la région. Insaisissable ? Imogen n’a pas l’intention qu’il le reste !

De l’autre côté, nous avons Ben Hofland. Il a la quarantaine. Il a surpris sa femme avec un autre homme et ils sont en train de divorcer. Il n’a plus de travail stable, sa future ex-femme traîne des pieds pour vendre leur appartement. Par contre, elle lui a laissé Ollie, leur fils unique, parce qu’elle est un peu trop occupée avec sa nouvelle vie pour s’occuper de lui. Ben est de retour dans son village natal contre l’avis de son fils parce qu’il a besoin de se ressourcer et parce que sa mère est atteinte d’un cancer en phase terminale, il veut être au plus près d’elle alors qu’il ne lui reste pas grand temps à vivre. Il se rend bien compte que son fils ne va pas très fort, avant d’aller subitement mieux – recueillir les confidences de son fils, trouver un moyen de mieux communiquer avec lui, c’est compliqué.

Oui, les deux histoires vont se rejoindre, et c’était presque attendu, il est de toute façon difficile d’ignorer une enquête en cours dans une petite ville, surtout quand on revient, comme Ben, au village vingt ans après en être parti, en ayant l’impression :
– d’avoir raté sa vie ;
– d’être un peu considéré comme suspect, même si l’on est arrivé après les premiers meurtres.

J’ai trouvé, d’ailleurs, que certains chapitres, ceux qui sont entièrement consacrés à l’enquête, étaient plus palpitants que d’autres – peut-être aussi parce que le roman contient certaines longueurs. Je ne suis que très rarement intéressée par les chapitres consacrées aux pensées du tueur, parce que celui-ci ne m’intéresse pas. Certes, ces motivations sont multiples, et l’une d’entre elles sort de l’ordinaire – mais aucune ne justifie ce qu’il a fait (j’ai envie d’ajouter : encore heureux). J’ai eu aussi, parfois, une impression étrange en lisant ce roman, qui comporte quelques longueurs. D’un côté, l’on a un personnage capable de s’immiscer dans la vie de ses futures victimes, à la fois de manière immatérielle (vive internet) et matérielle (fermez bien portes et fenêtres, surveillez ceux qui rentrent chez vous), un personnage omniprésent. La vie humaine ne pèse guère aux yeux du tueur, et l’accumulation de victimes dans ce roman laisse finalement peu de temps pour développer de l’empathie envers eux. Pourtant, Danni, Fiona, Nathan, et les victimes suivantes, auraient mérité de prendre davantage de place. De l’autre, l’on a un personnage qui, bien que toujours là, est capable de se rendre invisible aux yeux des autres, et même aux yeux de l’administration, ce qui paraît incroyable.

La lecture de ce roman ne fut pas désagréable, loin de là, mais ce ne fut pas une lecture coup de coeur, à cause de ce que j’ai décrit précédemment, mais aussi parce que je ne me suis pas attachée aux personnages : même s’ils sont capables d’actes courageux, la plupart reste extraordinairement naïfs (et c’est très souvent cette naïveté qui les perd).

Qui sème le vent de M.C. Beaton

édition Albin Michel – 230 pages

Présentation de l’éditeur :

Persuadée qu’on cherche à la tuer, la riche Jane Wetherby demande à Hamish Macbeth de jouer les gardes du corps en l’accompagnant dans son Spa sur l’île d’Eileencraig, au large de l’Ecosse, avec un petit groupe d’amis.
Dès son arrivée, un mauvais pressentiment chatouille notre flegmatique policier : les habitants sont menaçants et les invités de Jane à peine polis. Et, lorsque Heather, la plus snob d’entre eux, est retrouvée, le cou brisé, au bord d’une falaise, ses craintes se confirment. Sur cette île inhospitalière où les événements étranges ne manquent pas, Hamish va devoir jouer les fins limiers pour retrouver le coupable..

Mon avis :

C’est quasiment la fin du monde pour Hamish ! Il est malade, complètement malade, au point de se contenter de donner des croquettes à son chien, pas plus – par contre, il a encore la force de se lamenter sur son sort, sur sa famille, ses amis, qui ne prennent pas de ses nouvelles ! Forcément, ils ne savent pas qu’il est malade, et ne savent pas qu’il est à l’agonie (ou presque). Heureusement, Priscilla, qui n’est plus que l’ombre d’elle-même depuis que le château familial a été transformé en hôtel et qu’elle travaille avec acharnement pour que tout aille bien – le colonel se contente de mettre les pieds sous la table et de froisser ses hôtes – arrive chez lui pour lui demander un service : on veut tuer une de ses amies ! Hamish étant seul et abandonné à Noël (décidément, rien ne va pour lui) il accepte.

Il prend alors la direction de l’île d’Eileencraig, accompagnant Jane, et rencontrant les amis qu’elle a invités pour les fêtes de Noël. S’il sympathise rapidement avec Harriet, autrice de livres de cuisine, il se rend vite compte que Heather est totalement insupportable : si elle n’existait pas, il ne faudrait surtout pas l’inventer ! Plus que l’intrigue policière, c’est vraiment le côté psychologique qui est intéressant. Nous avons des personnes, toutes relativement aisées, qui cherchent à donner un sens à leur vie. Jane a usé et abusé des articles de magazines féminins, ceux qui donnent des conseils type « comment rester ami avec son ex » ou « comment séduire à tous les coups » – j’en passe et des pires. Heather, elle, veut régenter la vie de tous, ayant des idées strictes sur à peu près tout, de la littérature à l’écologie, et il faut un Hamish Macbeth pour lui tenir tête, enfin. Avoir des convictions, c’est bien, les appliquer dans sa vie, c’est formidable, pourrir celles des autres, cela l’est nettement moins, et montre un déséquilibre du point de vue de son engagement, surtout quand on voit qu’elle copie Jane en tout point. Chacun semble, finalement, chercher sa personnalité.

Un meurtre va-t-il survenir ? Oui, un seul. Le tout est de faire comprendre aux policiers que c’en est bien un, problème qu’Hamish rencontre dans presque toutes ses enquêtes. C’est Noël, c’est le jour de l’An, alors personne n’a envie d’enquêter, sauf Hamish qui est officiellement en vacances. Il faudra toute sa persévérance, et le soutien d’Harriet, autrice de livres de cuisine qui ne laisse pas Hamish indifférent pour parvenir à arrêter le/la coupable – je ne vais tout même pas dévoiler son identité. Même si le lien n’apparaîtra qu’à la toute fin de l’intrigue, il est question du monde de l’édition, de la capacité à « vendre » un livre et à en toucher le plus possible. Il ne s’agit pas de savoir si le livre est de qualité, ou pas, il s’agit que ce livre soit vendeur.

Plus qu’une histoire policière, c’est aussi une histoire sociale que nous compte M.C. Beaton. Ainsi quand le résumé d’une romance est déroulé sous les yeux ébahis d’Hamish, romance dans laquelle l’héroïne finit par tomber amoureuse de son tortionnaire, Harriet pense ce n’est pas normal – et il ne l’est pas non plus de publier ce genre de livres, qui « normalise » la violence, et donne de sacrés modèles aux jeunes femmes. Dans un autre registre, quand il est dit « Honnêtement, Jane, vous êtes en train de devenir comme ces gens qui se vantent de leur franchise alors qu’ils ne font que piétiner la sensibilité d’autrui », l’autrice, par la bouche de ce personnage sympathique, nous rappelle qu’il est facile de se valoriser, sans penser à la sensibilité d’autrui.

Encore une très bonne et très divertissante enquête à lire.

Un traitre à Kensington Palace d’Anne Perry

édition 10/18 – 384 pages

Présentation de l’éditeur :

Londres, 1899. Tandis que son règne touche à sa fin, la reine Victoria veut s’assurer que son héritier, le prince de Galles, mène une existence irréprochable. Elle charge son confident John Halbert d’enquêter sur l’entourage du Prince, en particulier le riche Alan Kendrick, flambeur et séducteur impénitent. Mais lorsque le corps de John est retrouvé flottant dans une barque sur la Serpentine, la Reine n’a d’autre choix que de convoquer Thomas Pitt à Buckingham Palace pour lui confier une mission secrète : enquêter sur les circonstances douteuses de cette mort que tout le monde croit accidentelle.

Mon avis :

Le livre m’a été offert par une amie. C’était la première enquête de Pitt qu’elle lisait, c’est aussi sa dernière puisque, dans le tome suivant, c’est son fils Daniel qui est le personnage principal. Elle m’avait dit en me le donnant : « je ne te raconte pas la fin, mais tu verras, elle est bien ». Je confirme, elle est bien, et elle clôture avec émotion les trente-deux enquêtes de Thomas et Charlotte Pitt – ne pas oublier le « et ».

Nous sommes en 1899 : la reine Victoria est fatiguée. Elle a perdu deux de ses enfants (Alice et Léopold), elle est veuve, et le poids du royaume, de l’empire pèse sur elle. Surtout, elle est inquiète pour son fils aîné, le futur roi, dont la vie n’a pas été de tout repos – femme, femme, et encore femme, mais pas la sienne. Aussi, elle est très inquiète pour lui, elle craint qu’il soit mal entouré, que des personnes profitent de lui. Elle sait l’empire fragile. Aussi demande-t-elle au chef de la Special Branch d’enquêter, sur un proche de son fils, Alan Kendrick, mais aussi sur la mort de la personne qu’elle avait déjà chargé d’enquêter sur Kendrick. Le titre anglais (Murder on the Serpentine) était à mon sens plus évocateur – en français, on sait d’entrée de jeu que l’on trouvera un traitre, et l’on se doute un tout petit peu de qui il s’agit. Pitt, lui, est seul, quasiment. Certes, il peut compter sur son adjoint de longue date, mais il ne peut s’appuyer ni sur Narraway, ni sur Vespasia, qui sont tous les deux en voyage en Europe. Il aurait bien besoin de l’expérience du terrain de l’un, des contacts mondains de l’autre. Surtout, il découvre profondément l’envers du renseignement dans cette enquête – ou comment il faut parfois se servir de renseignements que l’on possède sur quelqu’un pour obtenir ce qui est nécessaire à sa propre enquête, à la sûreté du pays. Oui, Pitt s’interroge toujours sur la nécessité d’utiliser ses renseignements, sur le fait que, lui aussi, ses enfants pourraient, s’il n’y prenait garde, devenir à son tour une cible.

Plus que protéger le prince héritier, qui sera bientôt son roi, il s’agit pour Thomas Pitt d’empêcher une nouvelle guerre avec les Boers, épisode qu’en France nous connaissons peu, voire pas du tout. Pourtant, le souvenir en Angleterre est encore vif en 1899 (elle s’est terminée 18 ans plus tôt) et la seconde guerre ne tardera pas à éclater – et elle fut atroce, et pas seulement pour le camp anglais dont nous suivons le point de vue. Les enjeux ? Économiques, comme toujours. Ne changeons pas un motif de guerre qui a fait ses preuves.

J’ai insisté plus haut sur le « et » : déjà vingt ans que Charlotte et Thomas sont mariés, et Thomas, comme Charlotte, regrettent qu’ils ne leur soient plus possibles d’enquêter ensemble. Thomas se doit de garder le secret, et ce n’est pas facile pour lui, et ce n’est pas sans créer des tensions, aussi. Il se pose aussi la question du vieillissement, moins pour Charlotte que pour sa soeur Emily, pour des femmes du monde qui ont du mal à accepter de ne plus être aussi séduisantes, attirantes, charmantes, de perdre, finalement, leur place au milieu des mondanités.  Ces même femmes ont soif de liberté et se réunissent dans le but d’obtenir elles aussi des changements. Pourquoi pas le droit de vote ? Oui, pourquoi pas – et le club de compter un nouveau membre en la personne de Charlotte, qui dit ce qu’elle a à dire, et n’hésite pas à soutenir celle(s) qui en a besoin – la calomnie n’épargne personne. Il est difficile de lui résister, comme le verra Thomas au cours de sa propre enquête.

Une belle conclusion pour trente-deux enquêtes.

Serpent et séduction, Agatha Raisin tome 23 de MC Beaton

édition Albin Michel – 306 pages.

Présentation de l’éditeur :

Agatha Raisin tombe une nouvelle fois amoureuse ! Cette fois, elle a jeté son dévolu sur George Marston, un jardinier récemment arrivé à Carsely. Hélas, elle n’est pas la seule à lui faire les yeux doux. Alors, pour être sûre de ne pas rater sa cible, Agatha a une idée : organiser un bal de charité rien que pour pouvoir danser avec George et qui sait, le séduire… Mais son beau projet tourne au fiasco lorsque, ne voyant pas venir l’objet de ses fantasmes, elle le retrouve raide comme un bout de bois, la tête dans un sac rempli de serpents, baignant dans le compost. Aussitôt, les rumeurs se répandent et les langues de vipères aussi : George avait fait plus d’une conquête et… de nombreuses jalousies. À Agatha de jouer… et de se trouver un nouveau fiancé !

Mon avis :

En chroniquant ce titre (j’ai interverti le 22 et le 23, tant pis), je me dis qu’Agatha constitue une exception dans mon parcours littéraire. J’ai découvert Agatha à la bibliothèque, en anglais, avec le tome 18, j’ai reçu les deux premiers tomes en service de presse, et depuis, j’ai lu la série en entier et dans l’ordre ! Cela fonctionne aussi parce que les tomes sont disponibles, et j’espère qu’il en sera de même pour les huit (approximativement) derniers titres.

Quoi de neuf dans les Costwolds ? Et bien, presque rien ! Agatha est amoureuse, et pour une fois, elle semble prête à oublier James. « Semble » bien sûr. Surtout, ça y est, elle n’en peut plus, elle a assez travaillé, elle a bien l’intention d’arrêter son agence de détective et de se consacrer uniquement au beau George, son nouvel amoureux, un jardinier nouvellement arrivé à Carsely. Jamais Agatha – et nous savons très bien depuis le début de la saga qu’elle n’a pas la main verte – n’a eu un jardin si bien entretenu ! Que demander de plus ? Las ! Elle ignore des faits que sa meilleure amie Mrs Bloxby, toujours aussi charmante, capable de renvoyer doucement dans les cordes Mr Bloxby quand il se plaint que son petit déjeuner n’est pas prêt, connait pertinemment : George butine à peu près dans tous les jardins. Ce que l’une et l’autre ne peuvent deviner, cependant, c’est que George se ferait assassiner ! Ni une, ni deux, Agatha, qui pensait le séduire lors d’un bal de charité qu’elle avait organisé (Agatha reste une organisatrice hors pair), reprend le cours de sa vie professionnelle et se lance dans l’enquête pour démasquer l’assassin de George, le jardinier.

Oui, toutes les femmes étaient folles de George, toutes ou presque. Reste à savoir laquelle pourrait avoir voulu le tuer – non, pas toutes, cela ferait toujours beaucoup. Cependant, j’ai l’impression que les enquêtes d’Agatha suivent des schémas établis, que l’on retrouve des passages obligés, ou presque. Les errances sentimentales d’Agatha vous lassent ? N’hésitez pas à suivre les deux jeunes membres de l’équipe, Toni, qui s’efforce d’avoir le plus possible les pieds sur terre, et Simon, qui est tombé amoureux d’une actrice séduisante et envoûtante. Toni et Simon ont beau avoir le même âge, Toni est nettement plus mature, plus lucide que lui, et passe son temps à tenter de lui ouvrir les yeux (à croire que tout ce qu’a vécu Simon ne lui a pas servi de leçon) et à le sauver également. Nous retrouvons aussi sir Charles, qui n’en finit plus de se trouver une fiancée, Roy, toujours plus ou moins proche d’Agatha, Billy Wong. Comme souvent, Agatha frôlera la mort – et trouvera que la police, ou les témoins, tardent franchement à lui venir en aide, à elle, et à ceux qui sont menacés parce qu’ils ont enquêté avec elle. Être détective dans les Costwolds n’est pas de tout repos.

Depuis quelques volumes, l’enquête prend son temps, et se déroule sur plusieurs mois – nous voyons le passage des saisons, nous voyons aussi un procès se dérouler, fait rare dans les enquêtes d’Agatha. Nous voyons aussi une longue épilogue, qui montre une Agatha plus déterminée qu’elle ne l’était au début du roman à poursuivre sa carrière de détective.

Hamish Macbeth, tome 5 : Qui franchit la ligne jaune de M.C. Beaton

Présentation de l’éditeur :

Maggie Baird n’est ni gentille ni généreuse, mais elle est très, très riche. Donc, quand sa voiture prend feu, avec elle à l’intérieur, il y a cinq candidats probables pour le rôle de meurtrier. Tous les cinq avaient été des domestiques dans sa luxueuse maison des Highlands – la nièce timide de Maggie et quatre anciens amants, dont Maggie avait l’intention de choisir un mari.
Tous les cinq sont complètement cassés et tous ont eu amplement l’occasion de falsifier la voiture de Maggie. Donc, découvrir qui l’a fait nécessitera tout le bon sens extraordinaire de Hamish Macbeth et sa compréhension de la nature humaine; surtout quand le tueur semble être complètement la mauvaise personne

Mon avis :
Quand je lis un roman d’Hamish MacBeth, j’ai l’impression de me retrouver dans une autre époque. Années 50, 60, 70 ? Difficile à déterminer : pas ou peu de repères historiques, qui permettent à ces intrigues d’être lues de tout temps, mais aussi l’impression que, dans ce coin de l’Ecosse, rien ne bouge et rien ne bougera jamais. Prenons Alison, la nièce de Maggie : elle a eu de la chance. Certes, elle a eu, à trente ans, un cancer des poumons, mais elle s’en est remise, même s’il lui manque un morceau de poumon. Sa tante, sa seule famille, l’a prise sous son aile et emmenée avec elle dans son cottage. Maggie Baird, c’est un peu comme une grande enfant : elle se lasse très vite de ses jouets, et sa nièce ressemble beaucoup à cela, ou, pour avoir un autre point de vue, c’est un peu comme une femme qui a ressenti le besoin de materner, et qui s’est rendue compte que ce n’était pas du tout son truc.
Qu’à cela ne tienne ! Maggie trouvera d’autres combats. Tenez : faire revenir dans le village le policier qui a été muté, sous prétexte que la criminalité locale n’était pas énorme. Petite réunion d’un comité organisé et hop ! l’opération de communication « ramenons Hamish parmi nous » est lancée – même si la présence et l’influence de Priscilla Halburton-Smythe n’y sont pas pour rien !
Ce livre est paru un an avant la parution du premier Agatha Raisin, et en lisant Qui franchit la ligne jaune, je me suis dit qu’il y avait de l’Agatha dans le personnage de Maggie, qui trouve refuge dans un petit village. Une Agatha au passé sulfureux, mais assumé, une Agatha qui aurait largement profité des hommes, une Agatha, surtout, qui se serait laissée aller par déception amoureuse, alors que ce n’est pas du tout le cas de la patronne de la publicité à la retraite. Oui, si Agatha a un passé dont elle peut s’enorgueillir, ce n’est pas ce que les gens pensent de Maggie – mais elle assume avec une vacherie certaine ce qu’elle a fait de sa vie. Prostituée ? Femme largement entretenue. Les hommes qui ont dépensé des sommes folles pour elle le regrettent aujourd’hui ? Elle n’a forcé personne à l’entretenir. Alors oui, aujourd’hui, elle veut écrire ses mémoires, elle les a même enregistrées sur cassettes et chargé sa nièce de les taper à la machine à écrire. Elle n’est pas la seule à avoir eu, à avoir encore le besoin de « dire sa vie ». A l’époque, c’était un peu moins fréquent – ou, du moins, les parutions étaient moins fréquentes. Même si elle est exécrable, d’humeur changeante, terrifiante pour sa nièce qui n’ose pas vraiment lui tenir tête (Hamish, de retour, fera une analyse très juste du comportement d’Alisson), elle reste brut de décoffrage, sans hypocrisie aucune. Oui, auprès de certaines personnes, dans un petit village conservateur, presque sous la coupe de lord Halburton-Smythe, cela détonne.
Alors, oui, l’intrigue est assez longue à démarrer, après les vrais-faux actes de délinquance qui amène le retour d’Hamish. Elle verra aussi un nouveau supérieur pour notre enquêteur, thème fréquent aussi dans la littérature policière, tout comme le fait qu’Hamish ne veuille pas monter en grade, pour ne pas quitter son cher village de Lochdubh, continuer à prendre soin de sa famille et à veiller aussi à ce que les braconniers ne fassent pas trop de dégâts sur les terres de lord Halburton-Smythe (quand il ne braconne pas lui-même, nécessité faisant loi).
Evolution cependant : tout en enquêtant, Hamish se dit sûr de ne plus ressentir d’amour pour Priscilla, qui en est presque déçue. Les gens changent, parfois.

Mortelle Ecosse de Stuart MacBride

édition J’ai lu – 442 pages

Présentation de l’éditeur :

La chance semble avoir quitté l’inspecteur Logan McRae : malgré ses brillants états de service, quelques bévues ont conduit ses supérieurs à le reléguer dans l’équipe des « Branleurs ». Pourtant, malgré les humeurs de son chef, l’irascible inspecteur Steel, et la corruption qui mine la police d’Aberdeen, Logan est bien déterminé à redorer son blason. Il s’empare alors d’une épineuse affaire qui mêle incendies criminels, prostituées et hommes politiques véreux. Malgré sa chef qui veut tirer la couverture à elle, sa compagne qui lui reproche ses heures supplémentaires, et son collègue qui décède des suites de ses blessures, l’inspecteur ne perd pas le nord dans cette ville d’Aberdeen qui, malgré la fin de l’été, commence à être pluvieuse.

Mon avis :

« Je ne lirai jamais ce livre », m’a dit ma meilleure amie après que je lui ai résumé les quarante-quatre premières pages de ce livre. Si vous avez la même sensibilité qu’elle (c’est à dire, si Julia Chapman, c’est déjà trop violent pour vous), vous pouvez passer votre chemin. Sinon, je vous invite à lire mon avis.
Aberdeen, Ecosse. Les statistiques de la criminalité sont en hausse, sont affreux. Il faut dire qu’il se passe des choses atroces : six personnes, dont une enfant de neuf mois, sont morts dans un incendie criminel. Détail atroce : les portes avaient été cloués, l’incendiaire voulait être sûr que personne ne s’en sortirait. En même temps, des prostituées disparaissent, et la police n’a pas l’intention de rester sans rien faire, même si trouver un tueur de prostitués, c’est tout sauf facile. Trouver un tueur tout court, d’ailleurs.
La municipalité ? Elle est en train de défendre un tout nouveau projet de construction. Enfin, un de ses conseillers surtout, celui qui dit le plus grand mal de la police, de son incompétence dans les journaux.
Parlons-en de la police, justement. Nous avons l’inspecteur Logan McRae, qui est en disgrâce depuis le décès de l’agent Maitland, des suites des blessures reçues en mission. Une enquête est ouverte, et McRae sait qu’il risque gros : Maitland était sous sa responsabilité, et même si McRae se sortait blanchi de l’enquête, cela n’empêcherait pas le poids de la culpabilité de l’accabler. Il n’a pas le temps pourtant, de s’appesantir : les crimes, les menaces, ne s’arrêtent pas, même envers les animaux. Oui, un labrador aussi peut être autopsié, parce que les policiers l’ont très bien compris : ce qui lui a été fait n’est qu’une répétition générale pour être fait sur un humain. De même, Jackie, compagne de McRae, n’oubliera pas d’aider tout le monde lors d’un incendie – chien y compris. Je ne dis pas que la police sauvera tout le monde, je dis simplement que les policiers, à aucun moment ne baisseront les bras quand ils se retrouvent face à des violences, à des blessures : s’assurer que quelqu’un est mort, c’est aussi vérifier que l’on ne peut plus rien faire pour le sauver. Alors oui, certaines scènes sont atroces, sanglantes, terribles. Oui, l’auteur compte sur la sensibilité du lecteur, pour dire qu’il ne faut pas laisser faire, il ne faut pas rester indifférent, qu’un dealer pratique la torture pour asseoir son territoire, sa part de marché, qu’un mac se serve de prostituées mineures ou qu’un homme tabasse sa compagne, ou qu’un autre se défoule sur des prostituées. McRae, Jackie, et d’autres policiers encore sont attentifs à tout ce qui se passe autour d’eux – même si certains faits dépassent l’entendement.Aller au-delà des apparences, aller au-delà de ses préjugés, réfléchir aussi au pourquoi du comment – pourquoi cacher un corps dans un valise rouge en plein milieu de la forêt, si l’on ne voulait pas qu’il soit découvert ? Pourquoi un criminel fuirait-il, même s’il est poursuivi par la police, alors qu’il a encore des comptes à régler ? Tout est souvent une question de prise de décisions rapides, efficaces, et d’une hiérarchie, d’équipes scientifiques qui tiennent le choc en dépit de tout le travail fait ou à faire.
Mortelle Ecosse – un polar qui porte bien son titre. Un regret, tout de même : les dix autres titres de la série ne sont toujours pas traduits à ce jour.