Archive | janvier 2014

Zola Jackson de Gilles Leroy

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Présentation de l’éditeur :

Août 2005, delta du Mississippi : l’ouragan Katrina s’abat sur La Nouvelle-Orléans. Les digues cèdent sur le lac Pontchartrain et les quartiers modestes sont engloutis. La catastrophe touche de plein fouet la communauté noire. Tandis que ses voisins attendent des secours qui mettront des jours à arriver, l’institutrice Zola Jackson s’organise chez elle pour sa survie.

Mon avis :

Ouragan Katrina, 2005.
Et l’impression que tout le monde a oublié.
Sauf peut-être ceux qui y ont survécu.
Zola Jackson a survécu à Betsy, quarante ans plus tôt. Ce n’est pas Katrina qui l’effraiera, elle qui a connu bien pire : la mort de son fils Caryl. Ce fils qu’elle a tant aimé. Ce fils qu’elle n’a pas su aimer pour ce qu’il était, et maintenant, il est trop tard pour le lui dire.
Zola Jackson est une survivante, qui a appris à composer avec le racisme ordinaire, avec les mesquineries de bas étage, avec les commérages de quartiers, la suspicion ambiante.
En 150 pages, c’est tout une vie que Gilles Leroy nous invite à découvrir, entre retour en arrière maîtrisé et parfaitement lisible, et catastrophe du présent.
Autour de Zola, il ne restera rien, sauf la désolation, les morts, les appels sporadiques des survivants. Des tentatives aussi pour la sortir de sa maison – et certains, qui se donnèrent en spectacle à ce moment, comme si le cinéma ne leur suffisait plus, en prennent sérieusement pour leur grade. Jamais sans mon chien pourrait être sa devise. Jamais sans le seul être vivant qui lui rappelle son fils.
Le dénouement, après tant de douleur, est simplement beau et émouvant.

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Les cousins Karlsson, tome 2 de Katarina Mazetti.

Présentation de l’éditeur :

Les quatre cousins sont de retour sur l’île juste à temps pour accueillir les wombats commandés par Frida en Australie. Mais des sauvages, bien humains, viennent troubler la fête? Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Les cousins se lancent dans une nouvelle aventure.

Winter on the island IIMon avis :

Comme souvent, je commence par le tome 2, et non par le 1. Est-ce grave ? Non, car je n’ai pas eu l’impression qu’il fallait avoir lu le premier tome pour comprendre celui-ci.

D’autres que moi trouveraient sans doute cette histoire loufoque, déjantée. Alors, oui, un grain de folie certain est incorporé dans cette histoire puisque Frida, une des quatre soeurs Karlsson, la seule à ne pas avoir eu d’enfants, a acheté cinq wombats, et compte ouvrir un parc d’attraction sur son île, qu’elle a bien du mal à garder. Chouette début en matière, me direz-vous. Oui, sauf qu’il faut attendre la moitié du livre pour que les wombats soient livrés – comme de vulgaires marchandises. La moitié du livre est consacré aux quatre cousins, deux garçons, deux filles (vive la parité) aux caractères bien trempés et aux parents fortement loufoques. Entre Alex, de mère française, élevé par sa grand-mère car ses parents sont toujours sur les flots, Julia, peu sûre d’elle, et Bourdon, sa petite soeur, qui a de la confiance en elle pour deux et George, il y a toujours une possibilité pour les jeunes lecteurs de s’identifier à l’un ou à l’autre. cependant, j’aurai aimé plus d’aventures et moins de remplissage, car si lire ce roman fut sympathique, je peine cependant à en garder un grand souvenir.

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Les fourmis rouges d’Edith Serotte

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Présentation de l’éditeur :

Haïtienne par sa mère et montréalaise par la vie, Marie-Claudine vient finalement se fixer en Guadeloupe. En attente d’un permis de séjour et meurtrie par le choc culturel, souvent installée sur son balcon au cœur de la ville, elle pose un regard à la fois lucide et désemparé sur Pointe-à-Pitre. Un beau matin, elle ose enfin se questionner sur le désir qui l’a poussée à suivre Arnaud son compagnon. Un attachant blues caribéen.

Mon avis :

Marie-Claudine est canadienne, née d’une mère haïtienne. Professeur d’espagnol, estimée par ses collègues, elle choisit de suivre en Guadeloupe son compagnon, Arnaud. Désormais, elle attend : elle attend de recevoir un permis de travail, elle attend que son homme rentre du travail. Si Arnaud est « revenu au pays » et travaille dans l’entreprise familial, c’est parce qu’il était au chômage et ne supportait plus cette situation, il a donc accepté la situation que lui offraient ses parents. Marie-Claudine l’a suivie, pas après mûres réflexions, non, elle a accepté, elle la citadine, de tout quitter parce qu’elle ne pouvait envisager la vie sans lui.
La jeune femme, fière de ses origines, de sa couleur de peau, de ses formes généreuses et rassurantes, ne semble que le simple témoin de la vie des autres, et c’est un peu l’impression qu’elle donne au début du roman, dans la partie « matin ». Cela n’a qu’un temps, parce que Marie-Claudine essaie de s’intégrer, de s’acculturer. Etrangère, déracinée, elle regarde les autres sans aucun préjugé. Ce regarde, plein d’empathie, elle l’aiguise pour aller au-delà des apparences. Les relations avec son compagnon, vous vous en doutez, sont au cœur de ce livre, sans oublier, bien entendu, cette famille qui l’a accueilli à bras ouverts, cette famille qui avait mis beaucoup d’espoir en son héritier. Cette espérance n’avait pas le visage de Mélie, surnom affectueux, lié à leurs goûts littéraire commun, donné par Arnaud à sa compagne.
Habile, la famille d’Arnaud ? Certainement. Prompte, surtout, à dissimuler des secrets, et c’est en ce la qu’elle est une famille française – la thématique du secret me semble véritablement liée à la littérature française, du moins dans les productions récentes. Marie-Claudine est suffisamment fine pour déceler qu’il y a quelque chose de pourri sous le soleil de Guadeloupe, quelque chose qui court et pourrait l’éloigner définitivement d’Arnaud.
J’ai aimé ce roman contemplatif, qui distille une douce musique, même si l’action est un peu longue à se mettre en place. J’ai été sensible à son ambiance languissante, au point que j’aurai eu envie que cette lecture se prolonge.
Une belle découverte.

J’ai lu ce livre dans le cadre du prix Océans France O

Anthea Minkowki et l’affaire du violon de Dante d’Anouchka Palmieri.

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Présentation de l’éditeur :

Aaaaaaahhhhhh ! Vienne en hiver. Ses marchés de Noël, ses vitrines illuminées, la neige qui la recouvre de son blanc manteau…
Dans l’avion qui les emmène vers l’Autriche, Anthéa, Prunille, Ariel et Mickey aspirent à de tranquilles vacances entre amis.
Mais, à leur arrivée à l’aéroport de Vienne, Anthéa rencontre Julien par hasard. Traqué, il lui remet une valise avec la consigne de veiller dessus, quoi qu’il arrive. Puis il disparaît… Anthéa et ses comparses vont vite découvrir qu’elle contient un violon, recherché et… maudit ! Commence alors pour nos quatre amis une longue série de catastrophes et d’imbroglios en chaîne.

Mon avis :

Si jamais il vous prenait l’envie de partir en vacances avec une amie prénommée Anthéa, vérifiez d’abord que son nom de famille n’est pas Minkowski, et qu’elle n’est pas accompagnée par des amis nommés Michael (Mickey ou Meg Ryan pour les intimes), Prunille et Ariel. Dans ce cas, et dans ce cas seulement, fuyez au plus vite : le pire n’est pas à craindre, le pire est certain !

Tout avait pourtant bien commencé, Anthéa se remettait de ses précédentes aventures, elle avait presque oublié Julien, elle se faisait une joie de découvrir l’Autriche avec ses amis. Et là, à l’aéroport, boum ! l’accident technique, la coïncidence imprévisible (forcément, c’est une coïncidence), le hasard fait mal les choses, voilà qu’Anthéa retrouve celui qu’elle veut à tout prix oublier, j’ai nommé Julien Ambord. Celui-ci, en mission (pour ne pas changer) lui confie alors… un violon.

Rien de bien grave, me direz-vous. Et bien si, car ce violon est maudit! Vous ne croyez pas aux malédictions ? Anthéa non plus ! Ses amis encore moins ! Pourtant, la somme de catastrophe qui leur arrivera pendant ce qui devait être de paisibles vacances bien méritées les amènera à se questionner sérieusement, sur la malédiction d’abord, sur Julien Ambord ensuite. Pourquoi les a-t-il entraînés dans ses galères ? Et encore, ils ne savent pas tout.

Julien, de son côté, doit faire avec un partenaire sympathique et doué (pour une fois, ce n’est pas un traître), une violoniste prête à tout pour réussir (et pas seulement à passer des heures solitaires à répéter) et un violoniste égocentrique et caractériel, bref, quelqu’un qui a oublié qu’il était au service de la musique, non que la musique était au service de son égo.

J’ai beaucoup apprécié ce second opus, rempli de rebondissements. Surtout, les personnages principaux restent tous fortement caractérisés : impossible de confondre Mickey, le geek surdoué, de Julien Ambord, empêtré dans des problèmes familiaux et sentimentaux qu’il se doit de régler au plus vite. Certes, Anthea est extrêmement maladroite, mais sa maladresse (sa malchance, dira-je plutôt) est compensé par une franchise désarmante, une grande réactivité – elle n’est pas du genre à rester sans rien faire si le danger est là – et une énergie débordante. Elle a également de grandes qualités de coeur – ses maladresses ne sont jamais provoquées par sa bêtise ou son indifférence à autrui. D’autres personnages féminins de ce roman devraient en prendre de la graine.

Bref, j’ai passé un très bon moment en compagnie d’Anthéa et de ses amis. Je remercie chaleureusement l’auteur et son attaché de presse qui m’ont fait parvenir le second tome de ses aventures.

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Jeune fille vue de dos de Céline Nannini

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Présentation de l’éditeur :

Je n’arrive à faire face à rien. On ne peut me voir que de dos. C’est le journal de cette incapacité. Un ami m’a poussé à l’écrire. Il y a chez moi cette impossibilité d’agir, comme si j’étais allergique à tout ce qui pourrait m’engager dans quelque chose. Si je m’envole souvent c’est pour être sûre de retomber sur la tête. De toute façon (vous verrez), il ne se passe rien avec moi. Je dois avouer que je ne suis plus une jeune fille, même si je ne parviens pas à être autre chose.

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Mon avis :

Jeune fille vue de dos pourrait être le titre d’un tableau. Il est celui d’un récit court (moins de 150 pages). Il prend la forme d’un journal, sans que les fragments soient datés avec précision. Cependant, il est possible de percevoir sa chronologie linéaire, rythmée par les sorties littéraires (Hymne de Lydie Salvayre) ou cinématographiques (le dernier James Bond).
La narratrice, paradoxalement, écrit son incapacité à écrire, l’impossibilité de décider quoi que ce soit dans sa vie – ou comment mettre des mots sur sa procrastination chronique. Pourtant, elle rencontre des amis (Fred et Diane semblent les seuls éléments stables de sa vie), voyage à travers le monde, sans jamais se poser, sans jamais envisager un avenir quelque part.
Le vocabulaire utilisé est simple, mêlant parfois des termes familiers à des tournures précieuses: « le lieu est chouette, quoique peu remarquable », p. 34 La syntaxe très proche de l’oralité. Je pense à l’emploi du pronom « on » ou à l’omission de « ne » dans les phrases négatives. J’ai vu, parfois, comme une tentative pour écrire des poèmes en proses, non seulement dans certains fragments bien délimités, mais aussi dans l’ensemble du récit, avec des assonances, des répétitions, ou, plus simplement, des phrases construites de manière binaire (ah !les nombreuses conjonctions de coordination !).
Cependant, j’ai eu surtout l’impression de lire un carnet sur lequel des notes étaient écrites à la volée, comme si la narratrice cherchait à garder une trace lapidaire de ses lectures, de ses sorties. Je ne compte plus le nombre de fois où elle parle de ce qu’elle a mangé, de ce qu’elle a bu, des conversations qu’elle a eues avec ses amis. Si ce genre d’écrit est intéressant pour soi-même, il l’est moins pour un lecteur qui n’en est pas l’auteur. La narratrice dit : « Je voudrais simplifier mon existence pour n’en garder que la vie », p. 66. Il me semble que ce récit en manque cruellement.

J’ai lu ce livre dans le cadre du prix Océans France O

Les chiens de Riga d’Henning Mankell

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Présentation de l’éditeur :

Février 1991. Un canot pneumatique s’échoue sur une plage de Scanie. Il contient les corps de deux hommes exécutés d’une balle dans le cœur. L’origine du canot est vite établie: de fabrication yougoslave à l’usage des Soviétiques et de leurs pays satellites. Les corps sont identifiés: des criminels lettons d’origine russe liés à la mafia. Un policier de Riga est appelé en renfort à Ystad.

Mon avis :

Lire un roman d’Henning Mankell présente un gros avantage pour moi : la certitude de ne pas être déçue. Il sait magnifiquement doser ses effets. Je ne prendrai qu’un seul exemple : je me plains souvent que la vie privée des policiers envahit les enquêtes, au point que l’on se retrouve davantage avec un roman sur les policiers et leurs états d’âme qu’avec un véritable récit policier. Rien de tel ici. Wallander est un enquêteur qui a une vie privée, une fille, qu’il espère heureuse, un père, qu’il voit régulièrement, en bref, une vie après le travail, qui inclut la préparation de ses repas, et le linge à laver, mais ces faits l’humanisent, expliquent l’enquêteur pugnace qu’il est, et ne prennent jamais le pas sur l’enquête proprement dite. Il est un juste milieu à trouver entre l’enquêteur aussi déshumanisé que le tueur, et le flic dont la vie de famille prend le pas sur le travail (voir Julie Lescaut, même s’il s’agit d’une défunte série télévisée).

Justement, revenons à l’enquête, d’un genre particulier : deux cadavres viennent s’échouer dans un canot, sur la côte, et ce ne sont pas des naufragés, ce ne sont pas de malheureux clandestins, non, ce sont deux victimes d’un meurtre, deux étrangers également, dont on ne tardera pas à découvrir l’identité et la nationalité. La collaboration avec un enquêteur venu de Riga est aussi l’occasion de montrer la différence entre les deux pays, ou plutôt la différence de vision. Si le major Liepa clame son amour de la liberté et pointe du doigt les richesses de la Suède, Wallander est bien placé pour connaître la réalité du pays, et son quota de misère. Et après le départ du major, le lecteur aurait pu croire, tout comme Wallander, que l’affaire était définitivement close – en moins de cent pages. C’est mal connaître, pour le coup, Henning Mankell. Ce n’était que la fin de l’acte I.

En effet, un second acte, puis un troisième, se dérouleront sous les yeux du lecteur. Pour mener à bien sa quête, Wallander utilisera les méthodes de Rydberg, son mentor disparu. Il devra à la fois se méfier des apparences, se méfier tout court de la moindre parole, du moindre geste, et, paradoxalement, faire confiance aveuglément à des inconnus, sur la foi de son intuition, de son empathie devrai-je dire. Ce que cette affaire lui apportera ? Il serait plus juste de noter ce qu’il y perdra. La Lettonie n’est pas la Suède, cocon bienfaisant et protecteur.

Je n’ai qu’une envie après cette lecture : enchaîner avec une autre valeur sûre du polar.

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La nostagie heureuse d’Amélie Nothomb

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Présentation de l’éditeur :

« Tout ce que l’on aime devient une fiction. La première des miennes fut le Japon. A l’âge de cinq ans, quand on m’en arracha, je commençai à me le raconter. Très vite, les lacunes de mon récit me gênèrent. Que pouvais-je dire du pays que j’avais cru connaître et qui, au fil des années, s’éloignait de mon corps et de ma tête ? « .

Mon avis :

Je ne me ferai pas que des amis après rédaction de ce billet.
Je n’ai pas aimé ce livre.
Le paradoxe est qu’il ne mesure que 162 pages, et que j’ai craqué à de nombreuses reprises. Après la page 50. Après la page 117 – ah ! les trois pages de trajet en taxi, pendant lesquelles elle nous fait partager sa phobie d’être en retard. Je les aurai volontiers supprimées, ces pages, et d’autres encore, tant elles ne font qu’aseptiser ce récit.
Le comble est que je m’attendais à ce qu’il dégage de l’émotion, bref, qu’il porte bien son titre. Pas du tout. Réussir à mettre tant de distances, tant de froideur presque est le paradoxe de ce livre. Il plaira aux fans, c’est certain, et il faut qu’elle en ait pour acheter ce livre, illustrant le documentaire diffusé sur France 5, et support de nombreuses interviews fort intéressantes, notamment celle que j’ai entendue sur France Bleue. Et je me surprends à rêver d’une édition DVD du documentaire, dans laquelle ce livre servirait de livret explicatif – si ce n’est que les images sont bien plus parlantes que les mots.

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