Archive | mai 2013

Week end à mille

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J’ai appris hier grâce au blog d’Arieste l’existence du challenge week-end à mille, initié par Lili bouquine. Il consiste à lire mille pages ce week-end du vendredi 19h à dimanche 00h.

Mon week-end sera certes agité – en cause une certaine union féline et mes éternelles copies – je me lance dans ce défi, sans vraiment me prendre au sérieux.

22 h 00 : J’ai lu royalement 52 pages d’un Noël à River Falls (score très brillant). Après diverses activités, je retourne lire.

9 h 04 : j’ai lu 252 pages.

samedi, 22 heures : je n’ai lu que 150 pages de plus à la journée. J’en suis donc à 402 pages lues.

dimanche, 12 h 12 : j’ai lu ce matin La mort d’un lac d’Arthur Upfield, soit 282 pages de mieux. J’en suis donc à 684 pages.

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Dimanche, 16 h 56 : j’ai lu cet après-midi Mort au printemps de Madgalen Nabb soit 210 pages. J’en suis donc à 894 pages lues.

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Dimanche 2 juin, 19 h 08 : j’ai lu 112 pages d’Agent 6 (oui, je sais, je suis très en retard sur ma chronique). J’ai donc lu 1006 pages. Le défi est donc réussi.

Love & pop de Ryû Murakami

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Présentation de l’éditeur :

Love & Pop aborde une forme de prostitution propre au Japon, dont Murakami avait déjà fait le sujet troublant de son film Tokyo Decadence. Par l’intermédiaire de messageries téléphoniques, de jeunes lycéennes acceptent des rendez-vous avec des inconnus pour pouvoir s’acheter des produits de marque. Le roman raconte la journée d’une jeune fille qui, désirant absolument s’offrir une topaze impériale, accepte coup sur coup deux rendez-vous avec des hommes. Mais les rencontres ne vont pas se passer comme elle l’avait prévu.

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Mon avis :

(Soupir). Vous vous dites, cela commence bien. Je confirme (re-soupir).
L’avantage certain est que ce livre se lit vite. L’inconvénient, c’est qu’il met très mal à l’aise, notamment entre les pages 174 à 203.
Pour quelles raisons ? Ilne s’agit nullement de jouer les prudes, et je trouve intéressant le sujet choisi, à savoir la prostitution étudiante, non pour survivre, mais pour se payer les derniers articles de luxe à la mode. La littérature n’a rien à voir avec la moralité, je suis bien d’accord avec l’auteur, seulement ces vingt-quatre heures dans la vie de quatre jeunes femmes n’a rien d’émouvant ou de prenant. Nous touchons très rapidement au sordide, car elles sont prêtes à accepter n’importer quel rendez-vous et à aller jusqu’au bout (je ne vous ferai pas un dessin, l’auteur s’en charge très bien) pour obtenir un bien immédiatement, sans même savoir s’il leur fera encore envie demain. Impossibilité de se projeter dans l’avenir ? Non, car elles sont conscientes des difficultés qui peuvent surgir, elles veulent simplement ne pas y penser – surtout pas.  Ne penser à rien semble être leur mot d’ordre, y compris quand le pire arrive. Ce qui est préoccupant est que cette pratique paraît ne pas être nouvelle, et que personne ne trouve réellement à redire qu’on puisse se vendre, à un homme ou à une femme. De quoi bondir ? Oui.

De manière à créer un effet de réel, des bribes de messages téléphoniques, des extraits d’émission de radio, des chansons sont insérées dans le texte. Cette volonté d’innover, de plonger le lecteur dans le contexte socio-culturelle n’est pas inintéressante mais elle trouble la ligne narrative, parfois sur des chapitres entiers.

Pour conclure sur une note positive, un personnage a retenu toute mon attention : Primavera. Un charmant chaton bleu russe.

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Libre et légère d’Edith Wharton

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Présentation de l’éditeur :

La jeune, belle et capricieuse Georgie renonce à son amour pour Guy Hastings afin d’épouser lord Breton, plus vieux d’une quarantaine d’années mais fort riche : tel est l’argument audacieux de ce premier court roman d’Edith Wharton écrit en 1877, à l’âge de quatorze ans.

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Mon avis :

Premier roman d’Edith Wharton, écrit alors qu’elle avait14 ans, Libre et légère est également le premier roman que je lis dans le cadre du 

Grinçant ? Provoquant ? Oui. Je pourrai qualifier l’intrigue de marivaudage si l’issue n’était pas aussi tragique. Libre ? Légère ? Oui, Georgie, l’héroïne, l’a été. Personne ne lui a dicté sa conduite. Aucun père pour la forcer à épouser un vieil homme riche et titré, aucune personne pour la forcer à rompre avec son cousin, qu’elle aime et qui l’aime en retour mais ne peut lui offrir ce dont elle rêve.  Et quelle rêve ! Une vie mondaine, où les fêtes se succèdent aux fêtes, dans les robes les plus somptueuses, avec les bijoux les plus rutilants. Un vrai conte de fée, si ce n’est qu’à son retour dans sa demeure, magnifique, est seule comme jamais, seule avec le constat de la vacuité de son existence.

Georgie est mariée, cependant à aucun moment, avant qu’il ne soit trop tard, la jeune femme qui préfère son diminutif éminemment masculin à son véritable prénom ne se comporte comme une épouse. Lord Breton essaiera bien de la dresser – un fiancé se doit d’être galant, un homme marié peut tout se permettre – il échouera et mènera désormais sa vie à côté de son épouse, et non avec elle.  Il n’est pas que Georgie à expérimenter la domination d’un mari, dans ce roman qui est une charge contre le mariage. Elle a simplement la chance d’occuper une position en vue, et enviée, que personne ne remet en cause, sauf Jack, meilleur ami de Guy, fiancé repoussé par Georgie. Lui seul ose briser les convenances et dire ce qu’il pense réellement, à Guy, bien sûr, mais aussi à Georgie, étoile inaccessible de la saison mondaine.

A Londres, on peut préférer le soleil de la Côte d’Azur ou de Rome, ville d’artiste. Loin des convenances, il montre un autre genre de vie où les contingences mondaines et matérielles sont moindres pour les anglais en villégiature mais il serait illusoire de croire que l’éloignement résout tout. Il maintient simplement  à distance, tout comme Georgie évite soigneusement tout ce qui peut lui rappeler Guy.

Libre et légère est déjà une charge féroce contre les conventions. Trente ans plus tard, ce n’est pas un hasard si l’héroïne d’Expiation vient de publier un roman éponyme, et attend avec impatience les critiques scandalisées qui lui permettront enfin de s’affranchir de l’attention bienveillantes de son mari et d’accéder au statut d’auteur en vue, elle qui aura su débusquer les travers de la bonne société. Quand chacun se veut auteur, que ce soit de livres de sciences naturelles ou de récits édifiants, c’est la littérature qui souffre et la chronique mondaine qui se frotte les mains.

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Rebecca Kean, tome 1 de Cassandra O’Donnell

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Présentation de l’éditeur :

Nouvelle-Angleterre, Burlington… Pas de délinquance, élue la ville la plus paisible des Etats-Unis, bref, un petit havre de paix pour une sorcière condamnée à mort et bien décidée à vivre discrètement et clandestinement parmi les humains. Malheureusement, en arrivant ici, je me suis vite aperçue que la réalité était tout autre et qu’il y avait plus de démons, de vampires, de loups-garous et autres prédateurs que nulle part ailleurs dans ce foutu pays. Mais ça, évidemment, ce n’est pas le genre de renseignements fournis par l’office de tourisme. Maudit soit-il…

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Mon avis :

J’ai lu ce livre pour trois raisons :
– il traîne dans ma PAL depuis presque un an.
– il me permet de poster un billet pour l’Etat du Vermont, et croyez-moi, quand on tient un livre dont l’intrigue se passe dans le Vermont, on ne le laisse pas passer.
– une lecture commune était organisée sur Livraddict.

Mon problème est que je n’ai pas accroché à cette saga. Tant mieux, me direz-vous, pour mon porte-monnaie et pour ma bibliothèque, actuellement en cours d’effondrement (ou presque). Cette lecture fut sympa, sans plus. Le monde dans lequel Rebecca évolue est très codifié (la politique, toujours la politique) entre vampires, loups-garous et autres potionneuses. Elle-même est une Vikaris, une sorcière de guerre, élevée à la dure (et c’est un euphémisme) et il lui en faut beaucoup pour l’impressionner. Elle est de plus l’heureuse maman de Léo, jeune fille en passe de faire vivre à sa mère une merveilleuse crise d’adolescence.

Pour une fois, je n’en dévoile pas trop – pour ne pas dire quasiment rien. Si vous aimez Anita Blake, les vampires millénaires élégamment habillé, les démons et les loups garous, ce livre est fait pour vous. Sinon, passez votre chemin.

 

Montmorency : au coeur du complot d’Eleanor Updale

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Présentation de l’éditeur :

En cette veille de XXe siècle, Montmorency et Fox-Selwyn doivent résoudre une étrange énigme : des animaux empaillés ont été volés à un collectionneur. Mais nos espions ne tardent pas à faire une terrible découverte : un groupe d’anarchistes prépare des attentats en Europe. Y a-t-il un lien entre les deux affaires ? Pour le savoir, Montmorency et ses amis décident d’infiltrer le réseau des terroristes, au péril de leur vie.

Mon avis :

Je persiste et signe : j’adore cette série. Elle est sans doute une des meilleures qui existent actuellement, et je ne comprends pas qu’elle soit si peu connue.

Cette série prend son temps : vingt-cinq ans se sont écoulés entre le premier tome et celui-ci, autant dire que le héros a eu le temps de vivre des aventures et de se construire une réputation, non plus de voleurs, mais d’agent secret, avec ses deux plus proches amis, Robert, le docteur qui l’a remis sur pied, et sir Georges, qui lui fit découvrir le grand monde.

En ce vingtième siècle finissant, la violence est partout, elle n’est pas l’apanage de notre époque. La révolte de la jeunesse non plus, qui prend des formes particulièrement inattendues. Si Montmorency et à l’aise avec la richesse, lui qui connut l’extrême pauvreté, Franck, neveu de son ami, découvre au cours de cette mission l’envers du décor, et ce qu’il en coûte pour que les londoniens aient des crêmes glacées en été.

Si Montmorency est confronté à son passé, bien vivant, en plein coeur du New Jersey – c’est que ce tome nous fait voyager, de l’Angleterre aux Etats-Unis en passant par l’Italie – il devra aussi faire face à des coups du sort cruels, des douleurs ineffables auxquels rien ni personne ne pourra remédier.  La tragédie n’est jamais loin, et parfois, je me suis dit que le destin n’était pas le seul à mettre en cause, les personnages ont choisi une voie qui les a rendue aveugles à tout ce qui ne concernait pas directement leur réussite personnelle. Reste Franck, image vivante et paradoxale de ce que fut Montmorency dans sa jeunesse, c’est à dire Lecassé. L’histoire prend parfois d’étonnants raccourcis.

Montmorency au coeur du complot est l’image du bonheur, de l’apaisement, avant que tout ne s’effondre – ou presque – pour chacun des protagonistes. Le quatrième tome est justement nommé La vengeance de Montmorency.

 

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Grand maître de Jim Harrisson

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Quatrième de couverture :
Sur le point de prendre sa retraite au terme d’une longue carrière dans la police du Michigan, l’inspecteur Sunderson enquête sur une secte hédoniste qui a pris ses quartiers à quelques kilomètres de chez lui. Simple hurluberlu inoffensif au premier abord, le gourou se fait appeler Grand Maître. Au fil de leurs recherches, Sunderson et son improbable acolyte de seize ans, Mona, découvrent un personnage bien plus sinistre qu’il n’y paraît.
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Mon avis :

Ce n’était peut-être pas la meilleure idée de commencer par le tout dernier livre de cet auteur, car je n’aurai nécessairement pas le même point de vue que les fans de la première heure. Est-ce grave ? Non, cela l’aurait été si je n’avais pas aimé ce livre, et ce n’est pas le cas.

Je n’irai pas jusqu’à dire « âme sensible s’abstenir », néanmoins certaines scènes sont relativement crues, et abordent sans fard le désir et la sexualité, entre adultes consentants.  Bien que Mona ait 16 ans, je dirai qu’elle l’est, puisqu’elle est parfaitement consciente de ce qu’elle fait et de l’émoi qu’elle provoque.

Ce n’est pas le cas, malheureusement, des victimes du grand maître, et d’autres victimes encore, qui sont évoquées dans ce roman. Simon Sunderson ne cache pas son empathie envers les victimes et s’interroge sur la manière dont on peut se reconstruire, après, et vivre malgré tout. Il a beau être à la retraite, il s’est juré de mettre fin aux agissements de ce grand maître, qui l’entraînera du Michigan au Nébraska, après un séjour mémorable et douloureux dans l’Arizona. Sunderson n’a plus vingt ans, et il paie largement de sa personne, au grand dam de son ex-femme, de ses sœurs, et de sa mère. Lui-même est loin d’être dupe, et sait fort bien que cette ultime enquête n’est qu’un moyen de retarder l’inéluctable mise à l’écart, le vieillissement, la solitude, lui qui est divorcé et loin de sa famille. Simon (qui déteste son prénom), se penche sur son passé, son enfance, les liens qui continuent de l’unir aux siens – et aussi sur les liens bien particuliers qui unissent certaines personnes rencontrées lors de son périple. Simon n’a pas envie d’être tabassé à mort, et je le comprend.

Grand maître, faux roman noir, vrai réflexion sur le temps qui passe.

50

Heartburn de NOra Ephron

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Du jour où la célèbre chroniqueuse culinaire, Rachel, alors enceinte de sept mois, découvre que son mari Mark, illustrissime éditorialiste politique à Washington, a une liaison avec Thelma, la femme du sous-secrétaire d’État aux Affaires du Moyen-Orient, «une grande bringue avec un cou de la longueur du bras, un nez de la taille du pouce, des jambes interminables, sans parler de ses pieds, qui sont un peu en canard», sa colère et sa douleur ne connaissent pas de bornes. Une blessure que Rachel nous livre encore toute fraîche, avec la ferme volonté de comprendre et de survivre.

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Mon avis :

Je ne connais pas Nora Ephron cinéaste. En revanche, je puis vous dire que j’apprécie beaucoup Nora Ephron romancière. Drôle, vive, pétulante, elle a su transformer ce que d’autres auraient transcrit en un mélodrame achevé en une comédie ébouriffante. C’est d’autant plus flagrant que l’histoire est autobiographique. Non seulement elle en a tiré ce livre, mais ce livre est devenu un film, réalisé par Mike Nicholls, avec Meryl Sreeep et Jack Nicholson.

Rachel est jalouse, oui, et c’est presque par accident qu’elle a découvert l’infidélité de son mari. Elle trouve alors refuge dans la cuisine, t dans la plus simple expression de celle-ci : le bonheur de manger le meilleur, même si ce plat paraît très simple. Je vous laisse lire sa « conception » de la purée de pomme de terre, avec beaucoup de beurre, ou son point de vue sur l’écriture des recettes de cuisine : A mon avis, les professionnels de la gastronomie emploient beaucoup trop d’adjectifs. Je déteste les adjectifs. Je déteste également les comparaisons et les métaphores, je suis incapables d’en écrire, je n’ai jamais pu. Celui qui veut écrire sur la cuisine ferait bien d’oublier les comparaisons et les métaphores car si vous n’y prenez garde, des expressions du style « léger comme une plume » se glissent dans vos phrases et avec des phrases comme celle-là, où va-t-on, je vous le demande ?

Il n’est pas question que de cuisine, dans cette écriture vengeresse – et la rivale en prend pour son grade. Il est aussi question d’amour, de mariage, d’enfants, de coup de folie aussi. Il est question de la difficulté de vivre à Washington quand on est new yorkaise – New York est fait pour les brunes, Washington pour les blondes dit la narratrice. Elle vit de plus le dilemme de voir sa vie, celle de ses proches, transformés en article de journal, ou encore de devoir s’intéresser aux changements dans les cabinets ministériels alors qu’elle n’y comprend strictement rien !

Alors entre deux élaborations de recettes, elle prend conseil non auprès de ses parents (mort ou fou), ou de son ex meilleure amie devenue pire ennemie, mais de ses proches ou de son groupe de thérapie, avec lequel elle vivra des événements rocambolesques. Bien sûr, le conseil le plus souvent donné est tristement banal, surtout en ce début des années 80 où la femme se doit encore de fermer les yeux sur certains travers de son mari. Rachel respectera-t-elle les normes établies ? A vous de lire ou de voir.

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V comme vampire chapitre 20

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Résumé : à la fin du conflit qui opposa vampire, loup-garou à d’autres créatures fantastiques, Gaël de Nanterry est devenu principal interimaire dans un collège pour louveteaux garous. Séparé de Silas, il voit pourtant celui-ci surgir en plein pensionnat, à la tête d’une équipe de Trolls chargés de reconstruire quelques salles dévastées. Qu’à cela ne tienne : une bonne course d’orientation devrait remettre les idées en place chez certains louveteaux trop curieux.

Sifflement strident. Un coup à rendre sourd un vampire deux fois millénaires.

Oui, c’était bien moi qui venais de souffler dans le très joli joujou qui m’avait été remis en même temps que ce poste de principal. Dans la plaine de Bord, les louveteaux de 5e sont tous réunis, piaffant d’impatience devant l’épreuve qui les attend.

–          Je vous rappelle les grands principes de la course d’orientation. Par équipe de quatre, vous devez traverser la forêt, repérer les balises ennemies et gagner le point de ralliement en comptant uniquement sur votre instinct, c’est-à-dire en gardant toujours les yeux bandés. Le but n’est pas seulement d’arriver en tête, mais d’arriver sans aucune blessure. L’alpha de chaque classe vous aidera, n’hésitez pas à avoir recours à lui ! Allez !

J’aurai dit : « rompez ! », je n’aurai pas produit autant d’effet. Les louveteaux se mirent en position de départ et s’éparpillèrent.

Je fermais les yeux et suivis leur traces mentales. Je m’étonnai moi-même d’y parvenir. A croire que ce qui m’était arrivé avait fait de moi un vrai garou.

Les professeurs étaient depuis longtemps dispersés dans le bois, au moins aussi impatients que les élèves. Mon prédécesseur n’en avait pas organisé une seule. Je me demandais ce que les élèves avaient pu lui faire pour qu’il parte ainsi.

–          J’ai surgi dans sa chambre, métamorphosé, au beau milieu de la nuit. Il a cru qu’il cauchemardait.

J’ouvris les yeux et découvris l’alpha de la 5e Bleu qui trottinait à mes côtés.

–          S’il n’avait pas interdit les entrecôtes au petit déjeuner, s’il ne nous avait pas interdit les métamorphoses après l’extinction des feux…. Puis, qui peut avoir peur en voyant un louveteau garou ?

J’avais bien quelques noms en tête, je les gardais pour moi. Une des équipes s’était complètement fourvoyée et Anatole – le petit Alpha – se devait de les guider.

–          J’espère que nous ne vivrons pas de guerre car je crains… Evite l’arbre andouille… que les pertes ne soient grandes… j’ai dit « évite l’arbre ! ». Je sais qu’il ne peut pas m’entendre, précisa-t-il en me regardant. Cependant, verbaliser mes ordres m’aide à mieux les visualiser.

Une heure, deux heures passèrent. Presque tous les groupes avaient terminé le parcours et aucun incident majeur n’était à déplorer, juste quelques bobos. Monsieur Frédéric, le professeur de mathématiques, était ravi, en dépit d’une collection d’hématomes en pleine guérison : il s’était porté au secours d’un groupe et s’il lui avait évité un chêne centenaire, lui était tombé tout droit dans ses branches.

–          On remet ça le mois prochain ?

–          Si je suis toujours en poste, oui.

L’intendant courait aussi vite que ses facultés de loup-garou le lui permettait. Il tenait à servir un repas grandiose à SES louveteaux.

Soudain, la qualité de l’air changea. Mes narines frémirent.

Non, je vous rassure : je ne sentais pas de danger immédiat. Ou plutôt si : je sentais que la personne qui approchait courait un grand danger si elle tombait sous ma patte entre mes mains.

Oui, j’avais changé. Surtout depuis que je rendais visite à ma cousine Nick, qui avait eu les deux jambes broyées lors du combat. Les facultés de régénération des loups garous n’étaient plus ce qu’elles étaient.

–          Quelque chose ne va pas ?

Anatole avait posé sa main sur mon bras, tentant de m’envoyer un peu de son allégresse. L’esprit de meute a du bon, et je ne voulais pas décevoir mes élèves.

–          Rien. Presque rien. Rien qui puisse vous faire souffrir.

Par contre, j’avais une folle envie de me jeter à la gorge du nouveau venu et de lui faire avaler son sourire jusqu’à son estomac – au minimum.

Jared. Quel bonheur de le voir arriver ici …

–          Vous voulez une petite entrecôte, monsieur le principal ?

–          Pas de refus, Anatole.

–          Du ketchup, de la moutarde ???

–          Amène tout ce que tu peux Anatole, ne lésine pas.

Et zut ! Alors qu’Anatole trottinait vers la table du goûter – pas dévastée, nos louveteaux avaient de la tenue, Jared s’approchait de moi. Zut, zut, et zut.

–          Bonjour Gaël, je crois…

La suite est « je crois qu’il faut qu’on parle » et autres blablas sirupeux.

–          Je crois que vous feriez mieux de partir, dis-je en découvrant légèrement mes dents.

Un très léger contrecoup des nombreuses transfusions vampiriques que j’ai dû subir. Effet garanti. Mais pas totalement. Jared écarquilla les yeux, avant d’ajouter :

–          Vous n’oseriez pas ?

Bien sûr que si ! Et c’est bien ce qui m’effrayait : je me sentais très capable de le mordre, juste pour qu’il disparaisse à tout jamais. J’étais même persuadé que mes élèves m’aideraient à me débarrasser de son corps. L’esprit de meute a du bon.

Oui, j’avais beaucoup changé. Pas au point de zigouiller mon rival heureux. Quoique…

Maigret à New York de Georges Simenon

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Mon résumé :

Maigret a 56 ans et goûte une retraite bien méritée. Cependant, quand le jeune Jean Maura lui demande de l’aide car il pense son père en danger, Maigret hésite peu. Le voilà parti pour New York.

Mon avis :

On peut ne pas aimer Maigret. On peut même le décrier largement. On peut dire aussi qu’il est passé de mode. Je synthétise ainsi des propos que j’ai entendu ici ou là dans des émissions littéraires. Maigret ? Plus personne n’y pense, voyons !  Pourtant, il est bien là, inconsciemment, quand des cinéastes veulent montrer que le 36, quai des orfèvres, ce n’est pas cela  – et je ne pense pas qu’ils fassent référence à Navarro ou Julie Lescault. Le modèle du policier actuel au cinéma est un cliché tenace montrant un flic alcoolique, violent, pour ne pas dire ripoux et drogué, dont la vie privée est un fiasco. Et si je parle cinéma et télévision, c’est parce qu’un nouveau modèle de flic en littérature a bien du mal à percer dans les lettres françaises, et ce n’est pas faute d’auteurs talentueux.

Aussi, je le dis, j’aime Maigret, j’aime relire ses enquêtes, qui ne parlaient encore ni d’experts, ni de profiler, ni de tueurs en série. Bien sûr, Simenon a parfois utilisé des procédés tirés par les cheveux pour emmener son commissaire hors des sentiers battus. Qu’importent les procédures, tant qu’on a l’ivresse littéraire, et je préfère lire ses enquêtes hors normes à trois pages d’autopsie dans un thriller.

Maigret n’est plus commissaire dans ce roman, il est à la retraite, après trente ans de bons et loyaux services. S’il se rend à New York, c’est pour aider un jeune homme angoissé à l’idée qu’il puisse arriver malheur à son père tant aimé. Il se rend aux Etats-Unis par bateau, comme un immigrant qui cherche la terre promise, et ce n’est pas ce qu’il y trouvera.

Ne pas se fier aux apparences semble un des mots d’ordre. Etre attentif à ce qui est dit, à ce qui ne l’est pas, au langage du corps et surtout, au regard, qui révèle ce qui n’aurait pas dû être dit. Dans un pays qui n’est pas le sien, sans réel pouvoir d’enquêteur, Maigret va, du coeur de Nex York flamboyant aux bas-fonds de Harlem, à la recherche de ce qui était caché. Son enquête le mènera bien plus loin qu’il ne le pensait, ou plus près, cela dépend de quel point de vue on se situe. Comme toujours chez Simenon, le crime fait irruption dans des existences ordinaires, et les conséquences sont terribles. La lâcheté et la bassesse ont rarement des limites, en France ou aux Etats-Unis – Maigret à New York, ou un modèle du genre pour l’analyse de la bourgeoise provinciale étriquée, mais aussi de la grandeur des petites gens qui gardent leur dignité, même dans la pauvreté la plus sordide.

Et plus qu’un long discours (quoique, mon billet est relativement long), voici quelques extraits :

Il y a quinze jours, je n’avais jamais entendu parler de Jean Maura ni de Little John. Il y a quatre jours, j’ignorais jusqu’à l’existence de Jos Mac Gill et ce n’est qu’hier, chez un vieux monsieur importent,, qu’une voyante m’a parlé d’une certaine Jessie.
Et vous voudriez que j’ai une idée précise sur chacun d’eux ?

Cela signifiait, en somme, que les personnages du drame venaient, pour lui, de cesser d’être des entités, ou des pions, ou des marionnettes, pour devenir des hommes.
Et ces hommes-là, Maigret se mettait dans leur peau. Il s’acharnait à se mettre dans leur peau.
Ce qu’un de ses semblables avait pensé, avait vécu, avait souffert, n’était-il pas capable de le penser, de le revivre, de le souffrir à son tour ?

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1969 de Ryû Murakami

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Présentation de l’oeuvre :

L’auteur raconte, sous une forme romancée, ses souvenirs de lycéen provincial au Japon en cette belle année 1969, quand la jeunesse lisait Rimbaud en écoutant Iron Butterfly, en rêvant de révolution et de filles.

  • écrivains challenge Ecrivains japonais chez Adalana

Mon avis (bref) :

Je ne ferai ni dans la finesse, ni dans la dentelle, dans cet avis purement subjectif. Je n’ai pas aimé. Je ne peux pas m’intéresser à l’adolescence insouciante d’un jeune japonais alors que je n’ai pas connu l’insouciance qui est soi-disant la caractéristique de cette période. Je m’attendais à lire autre chose, et même si le narrateur dénonce les travers de l’éducation japonaise, la domestication de la jeunesse, les brimades insupportables, je n’ai pas été touchée.  Je reconnais (quand même) l’humour né du décalage entre les faits racontés et la réalité : le narrateur est à la fois romancier (déjà) et comédien hors pair. Je reconnais (aussi) que l’adolescence est un âge de la vie qui intéresse fortement l’auteur et si je lirai un autre roman de Ryû Murakami, je ne poursuivrai pas plus avant la découverte de son oeuvre.

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