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Police de Jo Nesbo

édition Folio – 671 pages

Présentation de l’éditeur :

Quand un policier d’Oslo est assassiné à la date anniversaire et sur les lieux d’un crime non élucidé, cela n’est certainement pas un hasard. Et lorsque deux autres policiers qui ont participé à des enquêtes infructueuses sont tués à leur tour, c’est une évidence : un meurtrier brutal aux méthodes bestiales rôde dans les rues de la capitale norvégienne.
La police ne dispose d’aucun indice et, pire encore, elle déplore l’absence de son meilleur limier. Mais aujourd’hui, l’inspecteur Harry Hole n’est plus en mesure d’aider ni de protéger quiconque.
Pendant ce temps, à l’hôpital d’Oslo, un homme gravement blessé est dans le coma. Personne ne connaît son nom. Même les policiers chargés de le protéger n’ont pas le droit d’approcher le patient. S’il reprenait conscience, cet inconnu aurait pourtant bien des secrets à révéler…

Mon avis :

Lire les romans dans le désordre, c’est aussi intéressant et utile.

Harry ? Nous ne le retrouverons que tardivement. Non, il n’est pas blessé ou en disgrâce. Vu la manière dont ses anciens co-équipiers parlent de lui, on pourrait presque croire qu’il est mort. Mais non ! Il enseigne parce qu’il fut un excellent policier. Il affirme cependant qu’enquêter est derrière lui. Il ne faut jamais dire jamais.

Tout est dans le titre, ai-je envie de dire : la police enquête sur un tueur en série de policiers. Tous ont un point commun : ils ont enquêté sur des affaires sanglantes, atroces, non résolues, parfois à cause de négligence ou de parti-pris de la police, et ils ont été tués sur le lieu même de leur échec, de la même manière que les précédentes victimes. Si l’objectif du tueur est de mettre la police face à ses responsabilités, à créer des suspicions en ses rangs, c’est finalement assez réussi. Le lecteur découvre un envers du décor pas très reluisant, qui n’épargne personne, surtout pas l’actuel chef de la police, très occupé à masquer ses magouilles, à se servir des petits secrets qu’il a découvert, à mener de front ses affaires d’amour et d’amitié. Oui, ce sont avant tout des « affaires » plus que des « histoires » : les unes profitent aux autres.

Est-ce si facile de quitter la police ? Pas vraiment. Prenons Stale Aune qui se concentre désormais sur ses patients, pour faire plaisir à sa fille, à sa femme qui souhaite mener une vie de famille normale, avec un mari qui rentre à l’heure prévue et ne passe pas son temps à dresser le profil des tueurs auquel il a affaire. Stale n’aime pas cette vie, il est tellement concentré sur lui-même, sur ses contrariétés, sur les dissonances entre sa vie rêvée et sa vie réelle qu’il ne fait pas réellement attention au patient qui est en face de lui. Aune et Harry ont le même problème, la même addiction : les enquêtes tortueuses.

Il y aura, au cours de ce récit, des moments véritablement éprouvants, parce que cette vengeance est aveugle, sanglante, parce qu’elle nous parle aussi de personnes qui sont devenues des victimes et auraient voulu rester des êtres humains comme les autres. Ce récit nous parle aussi de compromissions, pour protéger les siens, de la panique qui peut naître parce que les policiers savent que le pire peut arriver, de harcèlement aussi, ainsi que d’homophobie. Oui, la police norvégienne, sous la plume de Jo Nesbo, est loin d’être irréprochable  Harry Hole ne fait pas exception. Faut-il vraiment s’en étonner ?

Bienvenue à Korototoka par Anne Ostby

Présentation de l’éditeur :

Sina, Maya, Ingrid et Lisbeth reçoivent un jour une lettre qui vient chambouler leur vie monotone. Elle leur a été adressée par Kat – Kat l’aventurière –, une vieille amie de lycée qui n’a eu de cesse de voyager, une fois son diplôme en poche : « Viens ici ! Laisse derrière toi tout ce qui n’a pas marché. » Et les voici prêtes à tenter le coup. Après tout, à l’approche de la retraite, pourquoi ne pas tout plaquer pour aller vivre dans une plantation de cacao aux îles Fidji ? À nouveau réunies à l’autre bout du monde, au milieu de l’océan Pacifique, les cinq amies vont se lancer dans la fabrication de chocolat. Bienvenue à Korototoka, où il n’est jamais trop tard pour réaliser ses rêves.

Merci aux éditions Nil et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Le sous-titre pourrait presque être trompeur. Oui, il est question d’amitié, oui, il est question de chocolat, mais pas que.

L’histoire n’est pas longue à démarrer – il n’aurait plus manqué que de longs atermoiements, de longues discussion, réflexions, avant que les quatre amies ne se décident à rejoindre Kat. Un tel arc narratif aurait été possible après tout – qui part rejoindre une amie de lycée,  plus de quarante ans après la fin du lycée ? Nous en avons un exemple avec ses quatre sexagénaires – trois, au début, puisque Maya ne les rejoint qu’en dernier. Ce récit aurait pu ressembler à une bouffée de nostalgie, les amies ne cessant de se remémorer leurs années lycées, constatant que le temps avait passé. Nous sommes loin du compte, heureusement. Da,ns ce récit, l’histoire est au présent, elle est dans l’avenir, elle ne s’écrit pas au passé. Nous ne sommes pas dans une oeuvre dans laquelle de « lourds secrets » ont assombri la vie de chacune, les empêchant, et bien de vivre, justement. Chacune d’elles a mené sa vie, à sa manière, et ne remet pas en question ce qu’elles ont vécues.

Elles ont pourtant toutes les quatre menées des existences fort différentes, et elles ont toutes, aujourd’hui, l’âge de la retraite. Maya a mené une belle carrière d’enseignante, Ingrid était comptable, Sina a surtout effectué un travail alimentaire – n’était-elle pas fille mère, d’un garçon qui, la cinquantaine approchant, n’est toujours pas autonome ? Mère, justement, conjointe, faire valoir, Lisbeth l’a été. Elle est sans doute celle qui vit le plus mal le vieillissement puisqu’elle perd les atouts qui ont assuré son identité pendant toutes ses années – Ingrid, célibataire sans enfant, n’est pas prête de perdre ses pieds pointure 42.

Le texte ne manque pas d’humour, il ne manque pas de profondeur non plus. Il nous questionne sur le vieillissement, sur la solidarité, sur le lieu parents/enfants que l’on parvient (ou pas) à créer, sur la confrontation avec une culture qui n’est pas la nôtre. Oui, il est des faits, des comportements que les cinq femmes, même avec la meilleure volonté du monde, ne comprennent pas. Ce n’est pas que les traditions ont la vie dure, c’est que chacun a ses valeurs et a parfaitement le droit de vouloir les conserver.

Il nous enjoint aussi à oser dire ce que l’on veut vraiment dans la vie : Kat et Lisbeth ont plus en commun qu’elles ne le pensent, elles qui voulaient ressembler à ce que l’homme qu’elles aimaient voulaient qu’elles soient.

 

Brebis galeuses de Gunnar Staalesen

Présentation de l’éditeur :

Varg Veum est chargé par Karin, son amie de l’Etat civil, de mettre la main sur sa sœur Siren. Douze ans auparavant, alors qu’il travaillait encore à la protection de l’Enfance, Varg avait aidé l’adolescente et celle-ci semblait depuis s’être tirée d’affaire. Mais la mort de son mari, six mois auparavant, lors d’un incendie, l’a fait replonger dans l’enfer de la drogue. Dans le même temps, un étudiant sud-africain en instance d’expulsion du pays demande l’aide du détective.

Mon avis :

Sixième enquête de Varg Veum, enquête au début de laquelle nous découvrons à quel point la situation financière de Varg est précaire. En fait, il n’a pas de situation financière du tout, il est à sec, archi à sec, et pourtant, il accepte d’enquêter gratuitement pour une amie – parce qu’il a le sens de l’amitié, parce qu’elle lui a rendu tellement de services qu’il estime que c’est la moindre des choses qu’il puisse faire.
Puis, Siren, la jeune femme disparue, petite soeur de son amie Karin, il la connaît déjà. Des années plus tôt, il était parti à sa recherche et avait réussi à la retrouver. La vie de la jeune femme semblait avoir depuis repris son cours normal, jusqu’à la mort, dans un incendie, de son mari. Et si Varg parvient à la retrouver, c’est pour se retrouver pris au piège à son tour dans une maison en flamme, sauvé in extremis par les pompiers, au grand regret de la police.
Le problème de Varg est simple : il est trop souvent au mauvais endroit au mauvais moment. Même le jeune étudiant sud-africain qui lui demande de l’aide n’est pas aussi innocent, aussi victime de la bureaucratie norvégienne qu’il veut bien le faire croire à Varg. Qu’il soit en danger, le détective n’en doute pas. Qu’il lui ait dit la véritable cause de sa mise en danger, non, il ne le croit pas, surtout que les cadavres ont une forte tendance à se multiplier, et notre détective courageux à accumuler les ennuis.
Pourtant, il ne renonce pas. Jamais. Ce n’est pas son genre, même si, comme tout bon détective qui se respecte, il se prendra des coups, fera un séjour à l’hôpital, et même en cellule grâce à la bienveillance de son commissaire préféré – qui l’aurait bien gardé en cellule encore plus longtemps si cela avait été possible.
Ce que Varg Veum a découvert ? Ce n’est pas joli joli. C’est même bien pire que tout ce que l’on aurait pu penser, égratignant au passage ce beau pays qu’est la Norvège. Dans ce pays, on sait accueillir les étrangers, on sait leur trouver du travail et leur permettre d’étudier sereinement. De même, il n’existe pas d’hôtel où l’on peut louer une chambre pour un moment, ni de problème avec la drogue, ou avec des médicaments pas vraiment autorisés. Oui, la Norvège est un beau pays.

Le vent l’emportera de Gunnar Staalesen

Présentation de l’éditeur  :

Le privé le plus populaire de Norvège prêt à renoncer au célibat ? Pas si le destin s’en mêle.
Au large de Bergen, à quelques encâblures des fjords, une ou deux îles sont battues par les vents. Un pont les relie au continent, le tourisme pourrait s’y développer, si le site n’était pas promis à être défiguré par de hautes silhouettes bruyantes et menaçantes : peut-on rêver endroit plus idéal que ces îles sous le vent du Nord pour un parc d’éoliennes ? Une famille déchirée par des intérêts divergents, un mari qui disparaît la veille d’une consultation décisive, des écologistes soft et d’autres prêts à des actions d’éclat beaucoup plus violentes.

Mon avis :

Il est plus facile de chroniquer un livre dont l’auteur, sauf accident, ne viendra jamais vous lire. Parce que, même si le sujet est sensible, même si le dénouement est tout sauf réjouissant, j’ai envie, tout de même, de rédiger cet avis sous un mode un peu comique – un peu seulement.

C’est quoi tout ce raffut, me direz-vous ? Et bien figurez-vous que l’on veut faire construire des éoliennes, ces nouveaux trucs écolos à la mode à peine moche, et que cela ne plaît pas à tout le monde, pour ne pas dire que cela ne plaît à personne ou presque. Même les familles se déchirent à ce sujet – parce qu’elles étaient déjà déchirées avant, il ne faut pas se leurrer. Un père, une belle-mère, un fils, une fille très investie avec son petit ami contre le projet. La mère ? Elle a disparu après une journée à la plage, quinze ans plus tôt, un accident a-t-on dit, un suicide murmure-t-on, surtout que le père, Mons a refait très rapidement sa vie, pour ne pas dire qu’il a régularisé une liaison qui existait déjà. Quand le père disparaît à son tour , Varg Veum est engagé pour le retrouver, parce qu’on lui a assuré que ce n’est pas une affaire « de divorce », mais une véritable disparition. La suite donnera malheureusement raison à cette personne. Veum retrouve le disparu – mais dans quel état !!!!

Personne ne sort indemne de cette enquête : les dommages collatéraux sont importants, très importants. Les causes ? Ce n’est même pas l’écologie, plutôt la capacité qu’ont les parents à décider ce qui est bon ou non pour leurs enfants. Faut-il toujours leur dire la vérité ? C’est un sujet de réflexion intéressant, mais pour Veum, pour Karin sa fiancée, la réponse aurait dû être « oui ». La faute en est aussi à une société qui n’est pas prête à accepter certains faits, une société rigoriste, où le souffle de liberté des années 70 semble très vite s’être éteint pour eux – ou quitter un carcan pour en trouver un autre. La société n’est pas prête, non plus, à aider les femmes qui ne veulent pas être mère. Alors de là à aider, comprendre, celles qui sont mères et ne se sentent pas faites pour cela. Oui, c’est dérangeant, parce que cela va à l’encontre des idées reçues, parce qu’il faut aussi écouter cette parole, même si elle est dérangeante. Mais il faut penser aussi aux enfants, qui doivent grandir avec ce non-amour. J’ai pensé aussi à ce cliché « les enfants seront mieux sans moi, je ne veux pas être un fardeau pour eux » – ce n’est jamais qu’une solution de facilité, et il est souvent trop tard (pour les enfants) quand on le comprend.

Le vent l’emportera avait commencé sur un sujet de société banal mais capable de déchaîner les passions. Il se poursuit de manière sanglante et se termine en tragédie. La suite, Où les roses ne meurent jamais, nous montre ce qu’il en aura coûté au héros pour remonter la pente.

 

Coeurs glacés de Gunnar Staalesen

Présentation de l’éditeur :

Par une journée glaciale de janvier, Varg Veum reçoit la visite d’une prostituée. Une amie de celle-ci a disparu depuis plusieurs jours, terrorisée après avoir chassé un client. Varg se charge de l’enquête et va vite se retrouver confronté à une dure réalité. La découverte d’un premier corps ne restera pas isolée, dans un milieu où corruption et idéologie font mauvais ménage.

Mon avis :

J’ai toujours l’impression que, parfois, il faut rassurer les lecteurs. Les romans doivent-ils être lu dans l’ordre ? Oui, non, peut-être, je crois beaucoup à la liberté de lecture. Cependant, Gunar Staalesen tisse subtilement des liens entre ses romans, et Coeurs Glacés ne fait pas exception à la règle. Nous apprenons dès les premières pages, ce qui s’est passé après le dénouement de L’enfant qui criait au loup. Et si Varg Veum retourne six mois en arrière, c’est pour raconter à Beate, son ex-femme, mère de son fils unique, ce qu’il est advenu d’une amie de leur fils – justement.

Varg est amené à enquêter sur la disparition d’une prostituée, autant dire une affaire qui n’intéresse pas grand monde, sauf peut-être ses protecteurs, à qui elle devait de l’argent. Comment en arrive-t-on à vendre son corps, comment une société en arrive-t-elle à l’accepter ? Le combat semble perdu d’avance, dans cette Norvège si libre – chacun peut disposer de son corps comme il veut, même si c’est pour le vendre. Comme dans tous ses romans, Gunnar Staalesen nous montre une société norvégienne incapable de protéger les plus faibles d’entre les siens.

Oui, le rythme est lent, parce que son détective privé travaille avec des êtres humains, pas des figures désincarnées qui font figure d’archétype, comme celle du tueur en série. Le rythme est lent parce que ce qui a causé la situation actuelle a eu lieu dans le passé : des parents incapables de protéger leurs enfants, voire même de les élever tout courts, des services de protection de l’enfance dépassés, pour ne pas dire plus. Varg Veum n’en finit plus d’explorer toutes les manières possibles de faire que son enfant ne sera jamais un adulte heureux et équilibré.

Un polar profondément humain.

Comme dans un miroir de Gunnar Staalesen

Présentation de l’éditeur :

En 1957, une femme sublime se tue en voiture avec son amant saxophoniste, dans un pacte macabre. Elle laisse deux filles. Trente-cinq ans plus tard, lorsque l’une disparaît avec son mari, sa soeur imagine le pire et appelle Varg Veum. Entre le mythe des amants suicidés en 1957 et le présent, beaucoup de recoupements, de ressemblances, comme dans un miroir. Les chalets de montagne sur les hauteurs de Bergen se renvoient les échos du passé par-delà les fjords.
Sur fond de trafic en tous genres, la Norvège des années 90 a bien les deux pieds dans son époque. Varg Veum aussi: il vient d’acheter un téléphone portable !
Un nouvel épisode jazzy pour le privé norvégien.

Mon avis : 

Il n’est pas facile de trouver le détective privé norvégien en bonne forme. Il ne se remet pas d’avoir tué un homme lors de sa précédente enquête. On a beau lui répéter que c’était de la légitime défense, qu’il n’avait pas le choix, que cet homme n’était pas une innocente victime, puisqu’il avait déjà tué, Veum se repasse le film et se demande comment il aurait simplement pu le blesser, le désarmer, plutôt que de le tuer.
C’est dans cet état d’esprit qu’il accepte une enquête, il précise bien une enquête qui ne concerne pas une affaire conjugale. Berit, avocate, divorcée, sans enfants, s’inquiète parce que sa petite soeur Bodil et son mari ont disparu sans laisser de traces. Quelques décennies plus tôt, leur mère s’était suicidée avec son amant, en un pacte macabre. Bodil avait deux ans, Berit six, ni l’une ni l’autre n’ont réussi à avoir un enfant, mais, en fouillant la maison désertée de Bodil, Veum a constaté qu’une chambre d’enfants, intacte, était bien là, en dépit des années qui ont passé depuis la fausse couche de Bodil. Faut-il y voir un indice, oui, mais de quoi ? De plus, le mari, Fernando, venait de donner sa démission d’une société pourtant prospère, société dont le nom revient bien trop souvent au cours de l’enquête de Varg. On utilise souvent cette phrase, détournée, mais il y a quelque chose de pourri au royaume de Norvège.
Comme souvent, l’enquête mène Varg à plonger dans le passé des victimes – et moi, à me demander pourquoi certains accueillent trop vite des évidences. Il n’est pas si facile de se (re)construire après un drame, cela demande une énergie énorme. Certains vont de l’avant, même s’ils n’utilisent pas ces termes – on n’a pas toujours le temps de verbaliser. D’autres cherchent autre chose, ressassent, ne parviennent pas à vivre tout simplement, à avoir un peu de légèreté, de bonheur.
Comme dans un miroir est un livre sombre, qui montre encore et toujours à quel point il suffit de peu pour provoquer des ravages.

Où les roses ne meurent jamais de Gunnar Staalesen

Merci aux éditions Gaïa et à Babelio pour ce partenariat.

Présentation de l’éditeur :

Petite-Mette jouait gentiment dans le bac à sable devant la fenêtre de la cuisine. Soudain, elle ne fut plus là, seul son nounours traînait encore dans le sable. Presque vingt-cinq plus tard, sa mère lance un ultime appel, juste avant la date de prescription pour ce genre de crime. Et les cas désespérés sont pour Varg Veum. Un suspense haletant où le privé norvégien enquête dans les communautés hippies de la fin des années 1970, icônes de partage et d’ouverture d’esprit. Ou de secrets et mensonges ?

Mon avis :

Varg Veum n’est pas en forme, il n’est pas en forme du tout. A vrai dire, cela fait trois ans qu’il ne va pas bien du tout. Cependant, s’il est un fait qui peut encore le motiver, c’est la défense des enfants, lui qui a travaillé à la protection de l’enfance pendant des années, et se souvient très bien de ce qu’il a vu. Aussi, quand la mère de la petite Mette le contacte pour qu’il rouvre le dossier de la disparition de sa fille avant que la prescription ne soit effective; Mais que peut espérer trouver Varg vingt-cinq ans plus tard ? Peut-il vraiment réussir là où la police a échoué ?
Déjà, il se met en quête des policiers qui ont enquêté, retrouvant par là son vieil ennemi, désormais à la retraite, très occupé à jardiner. Il retrouve aussi une ancienne policière qui lui parle de ce qu’elle a ressenti, c’est à dire ce qui ne fait pas partie des preuves concrètes mais, qui sait ? peut aider le détective.
Puis, il doit chercher toutes les personnes qui ont été interrogés dans cette enquête, et c’est là que le bas blesse. Leur devenir, vingt-cinq ans après les faits, est assez parlant : sur les quatre couples qui vivaient là, trois ont divorcé. Quasiment personne ne souhaite revenir sur ce qui s’est passé, se montrant même parfois assez virulent, voire violent avec Varg. Que cherchent-ils donc à dissimuler ? Le fait qu’ils ne pensent pas qu’un privé puisse faire mieux que la police ? Allons donc !
Autre temps, autre moeurs, pourrait-on dire. Sauf que là, on est dans le présent, et Veum a bien l’intention de recevoir des réponses  à ses questions – qu’est-ce qui peut être plus important que de savoir ce qu’il est advenu d’une petite fille ? Le détective agit finalement comme un miroir, forçant les anciens membres de ce qu’il faut bien qualifier de communauté à dévoiler leurs secrets et à se regarder en face. Etranger à tout ce qui s’est passé, prompt à identifier les causes de certains comportements, Veum peut déranger, et n’a pas l’intention de s’arrêter, alors que la vérité n’est pas si loin que cela. Les enfants sont toujours les premières victimes des errances des adultes.
Une enquête qui m’a donné envie de me replonger dans les polars norvégiens.

Le bonhomme de neige de Jo Nesbo

édition Folio – 584 pages

Quatrième de couverture

« Oslo, novembre 2004, la première neige tombe sur la ville. Dans le jardin familial des Becker, un bonhomme de neige fait irruption, comme sorti de nulle part. Le jeune fils remarque qu’il est tourné vers la maison et que ses grands yeux noirs regardent fixement leurs fenêtres. Dans la nuit, Birte, la mère, disparaît, laissant pour seule trace son écharpe rose, retrouvée autour du cou du bonhomme de neige. Dans le même temps, l’inspecteur Harry Hole reçoit une lettre signée « le bonhomme de neige » qui lui annonce d’autres victimes. Plongeant son nez dans les dossiers de la police, Harry met en lumière une vague de disparitions parmi les femmes mariées et mères de famille de Norvège. Toutes n’ont plus donné signe de vie le jour de la première neige.

Mon avis :

J’ai lu, en 2011 et en 2012, les deux premières enquêtes d’Harry Hole et le moins que je puisse dire est que je n’avais pas été séduite du tout. Puis, j’ai découvert les oeuvres de littérature jeunesse que j’ai beaucoup apprécié. Enfin, j’ai lu un court roman noir de Jo Nesbo, Soleil de nuit, qui fut un coup de coeur.

Dans ce tome, Harry Hole est quasiment sobre en permanence, ce qui est suffisamment rare pour être souligné. Il enquête, oui, cela peut paraître étrange de le préciser, mais enquêter, parfois, n’est pas jugé si fréquent, ni si utile. Les disparitions sont nombreuses en Norvège, les réapparitions, quelques jours après, aussi. De Norvège, il est facile de se rendre en Suède ou au Danemark, ce qui facilite ses fugues mais aussi le fait que les recherches sont vite abandonnées, au nom du droit à en avoir ras le bol de sa vie, y compris si l’on est mariée et mère de famille. On peut le voir d’ailleurs à l’énergie que mettent ou nom les conjoints à rechercher leur épouse, s’alarmant ou pas d’une absence inexpliquée, de signes incongrus, comme des courses non rangées. Cela dépend aussi de l’amour éprouvé, de la confiance ressentie envers l’autre. Ce n’est pas que tous et toutes aient quelque chose à cacher, c’est plutôt que personne n’aime que la police vienne regarder ce qui se passe dans leur vie privée.

Mener à bien cette enquête, découvrir la vérité, ce n’est pas forcément très satisfaisant : le mal qui a été fait ne peut pas être réparé. Même si ce sont avant tout des histoires d’adultes, avec des motivations presque vieilles comme le monde, il est des victimes collatérales, bien vivantes : les enfants. La formule traditionnelle voudrait que je dis : « je ne vous en dirai pas plus ». Je relaierai simplement cette statistique : 20 % des enfants norvégiens ne sont pas les enfants de celui qui est leur père à l’état civil. Ce chiffre est à l’origine de ce roman.

 

Octosong de Levi Henriksen

Présentation de l’éditeur :

Jim Gystad est un producteur de disques désabusé. Il a le sentiment que la musique et les artistes ne sont plus que des produits et des icônes, et se sent las de toujours travailler sur des albums formatés pour plaire à un public cible. Lors d’un baptême, il est soudain bouleversé par trois voix célestes. En tournant le regard, il s’attend à voir des enfants. Quelle n’est donc sa surprise lorsqu’il découvre trois octogénaires ! Très vite, il apprend que ce trio (un frère et deux sœurs) a connu un succès international dans les années soixante et soixante-dix, et qu’il a même effectué une tournée américaine. Dès lors, Jim n’a plus qu’une obsession : travailler avec ces trois prodiges pour produire un album qui sortirait des sentiers battus.

Merci à Netgalley, aux éditions Presse de la cité et à leur attachée de presse pour ce partenariat.

Mon avis :

Ils donnaient un concert dans une église, et ce moment est l’un des plus forts qu’il m’ait été donné de vivre. J’ai dû partir au bout de dix chansons tellement j’avais peur de finir par croire en Dieu si je continuais à les écouter.
Je vous donne le ton de ce roman norvégien qui parle de musique, d’amour et de religion. Le personnage principal est un anti-héros comme on les aime : la quarantaine, plus aucun goût pour son métier, il flirte un peu trop avec la bouteille jusqu’à ce qu’il ait une révélation musicale. Et oui, Jim Gystad est un producteur qui en a assez de vendre des produits plutôt que de faire connaître des coups de coeur musicaux. Et là, il est servi : pensez donc, deux soeurs et un frère, tous trop octogénaires, et qui sont des musiciens dont la musique peut provoquer des effets secondaires certains (voir la citation plus haut).
Si n’importe quel ado ou presque connaît les télé-crochets et rêvent d’y participer, pour la famille, c’est tout le contraire, et le frère, qui donne le ton, a des capacités insoupçonnables pour écarter les gêneurs – Jim en tête. Ce roman est réjouissant – merci – tendre mais il nous questionne aussi. Jusqu’où est-on prêt à aller pour obtenir ce que l’on veut ? Et le jeu en valait-il vraiment la chandelle ? Mention spéciale pour le personnage de Tulla, qui a su garder la tête haute malgré les épreuves et une capacité à analyser finement ce qui l’entoure :
Tous les chemins paraissaient mener à la perdition. Avec eux, croire devenait un acte d’abnégation, à la limite du mépris de soi. Jésus est notre libérateur, mais eux en avait fait un gardien de prison.
Octosong ? Un roman hautement recommandable.

Gunnar Staalesen : l’enfant qui criait au loup.

Merci à Livraddict et aux éditions Folio pour ce partenariat.

Mon avis :

Varg Veum enquête. Ce n’est pas nouveau. Ce qui l’est, c’est que son enquête le confronte à un enfant dont il a eu le dossier en charge alors qu’il travaillait à la protection de l’enfance et que Varg (une des formes de « loups » en norvégien) mettra en oeuvre toutes ses ressources de détective privé pour le tirer d’affaire.

Grâce au retour en arrière, nous découvrons le passé commun de Varg et de Janegutt (son surnom) Jeannot en français). A cette époque, Varg est marié, père d’un jeune enfant, et sa femme supporte de moins en moins ses horaires de travail : on ne peut présumer du temps que cela prendra pour sauver un enfant en danger, du moins, si l’on prend son travail à coeur. Et Varg n’hésite pas à payer de sa personne pour le faire, ce fichu travail. Fait symbolique, Janegutt changera de prénom quand il changera de famille adoptive – et de découvrir qu’en Norvège, il est possible de renoncer à l’enfant que l’on a adopté, il est possible aussi d’adopter (plus facilement ?) parce que l’on est un proche d’un membre de la protection de l’enfance. D’un autre côté, la Norvège est un petit pays, et tous ses habitants, ou presque, ont des parents, des amis, dans toutes les régions du pays. Se retrouver est donc facile, même après des années.

En parcourant le passé commun de Varg et de Janegutt, le lecteur est invité à chercher les indices qui expliqueraient comment le jeune homme en est arrivé à être accusé d’un double meurtre, ou plutôt, comment on en est arrivé à le considérer comme un meurtrier. La narration montre avec objectivité les certitudes (merci les enquêteurs) et les doutes (de Varg et d’autres témoins) de chacun. Il est vrai que les certitudes prennent naissance dans des preuves matérielles bien tangibles : il n’est plus, de nos jours, de romans policiers sans analyse, sans empreinte digitale. Il est dommage d’oublier qu’on peut leur faire dire, finalement, ce que l’on veut bien entendre.

La tonalité de ce roman qui se déroule sur un quart de siècle est résolument pessimiste. Les meilleures volontés, les meilleures intentions peuvent provoquer des tragédies, au même titre que les mauvaises. Le poids des mots pèse sur les destins de chacun. Les préjugés ont la vie dure, ils tiennent une place très importante dans cette affaire – seul Varg semble ne pas en avoir, désabusé qu’il est par tout ce qu’il a vu, vécu.

Plus qu’un roman policier, l’enfant qui criait au loup est un roman très noir qui dresse un portrait peu reluisant de la société norvégienne.

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