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Où les roses ne meurent jamais de Gunnar Staalesen

Merci aux éditions Gaïa et à Babelio pour ce partenariat.

Présentation de l’éditeur :

Petite-Mette jouait gentiment dans le bac à sable devant la fenêtre de la cuisine. Soudain, elle ne fut plus là, seul son nounours traînait encore dans le sable. Presque vingt-cinq plus tard, sa mère lance un ultime appel, juste avant la date de prescription pour ce genre de crime. Et les cas désespérés sont pour Varg Veum. Un suspense haletant où le privé norvégien enquête dans les communautés hippies de la fin des années 1970, icônes de partage et d’ouverture d’esprit. Ou de secrets et mensonges ?

Mon avis :

Varg Veum n’est pas en forme, il n’est pas en forme du tout. A vrai dire, cela fait trois ans qu’il ne va pas bien du tout. Cependant, s’il est un fait qui peut encore le motiver, c’est la défense des enfants, lui qui a travaillé à la protection de l’enfance pendant des années, et se souvient très bien de ce qu’il a vu. Aussi, quand la mère de la petite Mette le contacte pour qu’il rouvre le dossier de la disparition de sa fille avant que la prescription ne soit effective; Mais que peut espérer trouver Varg vingt-cinq ans plus tard ? Peut-il vraiment réussir là où la police a échoué ?
Déjà, il se met en quête des policiers qui ont enquêté, retrouvant par là son vieil ennemi, désormais à la retraite, très occupé à jardiner. Il retrouve aussi une ancienne policière qui lui parle de ce qu’elle a ressenti, c’est à dire ce qui ne fait pas partie des preuves concrètes mais, qui sait ? peut aider le détective.
Puis, il doit chercher toutes les personnes qui ont été interrogés dans cette enquête, et c’est là que le bas blesse. Leur devenir, vingt-cinq ans après les faits, est assez parlant : sur les quatre couples qui vivaient là, trois ont divorcé. Quasiment personne ne souhaite revenir sur ce qui s’est passé, se montrant même parfois assez virulent, voire violent avec Varg. Que cherchent-ils donc à dissimuler ? Le fait qu’ils ne pensent pas qu’un privé puisse faire mieux que la police ? Allons donc !
Autre temps, autre moeurs, pourrait-on dire. Sauf que là, on est dans le présent, et Veum a bien l’intention de recevoir des réponses  à ses questions – qu’est-ce qui peut être plus important que de savoir ce qu’il est advenu d’une petite fille ? Le détective agit finalement comme un miroir, forçant les anciens membres de ce qu’il faut bien qualifier de communauté à dévoiler leurs secrets et à se regarder en face. Etranger à tout ce qui s’est passé, prompt à identifier les causes de certains comportements, Veum peut déranger, et n’a pas l’intention de s’arrêter, alors que la vérité n’est pas si loin que cela. Les enfants sont toujours les premières victimes des errances des adultes.
Une enquête qui m’a donné envie de me replonger dans les polars norvégiens.

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Le bonhomme de neige de Jo Nesbo

édition Folio – 584 pages

Quatrième de couverture

« Oslo, novembre 2004, la première neige tombe sur la ville. Dans le jardin familial des Becker, un bonhomme de neige fait irruption, comme sorti de nulle part. Le jeune fils remarque qu’il est tourné vers la maison et que ses grands yeux noirs regardent fixement leurs fenêtres. Dans la nuit, Birte, la mère, disparaît, laissant pour seule trace son écharpe rose, retrouvée autour du cou du bonhomme de neige. Dans le même temps, l’inspecteur Harry Hole reçoit une lettre signée « le bonhomme de neige » qui lui annonce d’autres victimes. Plongeant son nez dans les dossiers de la police, Harry met en lumière une vague de disparitions parmi les femmes mariées et mères de famille de Norvège. Toutes n’ont plus donné signe de vie le jour de la première neige.

Mon avis :

J’ai lu, en 2011 et en 2012, les deux premières enquêtes d’Harry Hole et le moins que je puisse dire est que je n’avais pas été séduite du tout. Puis, j’ai découvert les oeuvres de littérature jeunesse que j’ai beaucoup apprécié. Enfin, j’ai lu un court roman noir de Jo Nesbo, Soleil de nuit, qui fut un coup de coeur.

Dans ce tome, Harry Hole est quasiment sobre en permanence, ce qui est suffisamment rare pour être souligné. Il enquête, oui, cela peut paraître étrange de le préciser, mais enquêter, parfois, n’est pas jugé si fréquent, ni si utile. Les disparitions sont nombreuses en Norvège, les réapparitions, quelques jours après, aussi. De Norvège, il est facile de se rendre en Suède ou au Danemark, ce qui facilite ses fugues mais aussi le fait que les recherches sont vite abandonnées, au nom du droit à en avoir ras le bol de sa vie, y compris si l’on est mariée et mère de famille. On peut le voir d’ailleurs à l’énergie que mettent ou nom les conjoints à rechercher leur épouse, s’alarmant ou pas d’une absence inexpliquée, de signes incongrus, comme des courses non rangées. Cela dépend aussi de l’amour éprouvé, de la confiance ressentie envers l’autre. Ce n’est pas que tous et toutes aient quelque chose à cacher, c’est plutôt que personne n’aime que la police vienne regarder ce qui se passe dans leur vie privée.

Mener à bien cette enquête, découvrir la vérité, ce n’est pas forcément très satisfaisant : le mal qui a été fait ne peut pas être réparé. Même si ce sont avant tout des histoires d’adultes, avec des motivations presque vieilles comme le monde, il est des victimes collatérales, bien vivantes : les enfants. La formule traditionnelle voudrait que je dis : « je ne vous en dirai pas plus ». Je relaierai simplement cette statistique : 20 % des enfants norvégiens ne sont pas les enfants de celui qui est leur père à l’état civil. Ce chiffre est à l’origine de ce roman.

 

Octosong de Levi Henriksen

Présentation de l’éditeur :

Jim Gystad est un producteur de disques désabusé. Il a le sentiment que la musique et les artistes ne sont plus que des produits et des icônes, et se sent las de toujours travailler sur des albums formatés pour plaire à un public cible. Lors d’un baptême, il est soudain bouleversé par trois voix célestes. En tournant le regard, il s’attend à voir des enfants. Quelle n’est donc sa surprise lorsqu’il découvre trois octogénaires ! Très vite, il apprend que ce trio (un frère et deux sœurs) a connu un succès international dans les années soixante et soixante-dix, et qu’il a même effectué une tournée américaine. Dès lors, Jim n’a plus qu’une obsession : travailler avec ces trois prodiges pour produire un album qui sortirait des sentiers battus.

Merci à Netgalley, aux éditions Presse de la cité et à leur attachée de presse pour ce partenariat.

Mon avis :

Ils donnaient un concert dans une église, et ce moment est l’un des plus forts qu’il m’ait été donné de vivre. J’ai dû partir au bout de dix chansons tellement j’avais peur de finir par croire en Dieu si je continuais à les écouter.
Je vous donne le ton de ce roman norvégien qui parle de musique, d’amour et de religion. Le personnage principal est un anti-héros comme on les aime : la quarantaine, plus aucun goût pour son métier, il flirte un peu trop avec la bouteille jusqu’à ce qu’il ait une révélation musicale. Et oui, Jim Gystad est un producteur qui en a assez de vendre des produits plutôt que de faire connaître des coups de coeur musicaux. Et là, il est servi : pensez donc, deux soeurs et un frère, tous trop octogénaires, et qui sont des musiciens dont la musique peut provoquer des effets secondaires certains (voir la citation plus haut).
Si n’importe quel ado ou presque connaît les télé-crochets et rêvent d’y participer, pour la famille, c’est tout le contraire, et le frère, qui donne le ton, a des capacités insoupçonnables pour écarter les gêneurs – Jim en tête. Ce roman est réjouissant – merci – tendre mais il nous questionne aussi. Jusqu’où est-on prêt à aller pour obtenir ce que l’on veut ? Et le jeu en valait-il vraiment la chandelle ? Mention spéciale pour le personnage de Tulla, qui a su garder la tête haute malgré les épreuves et une capacité à analyser finement ce qui l’entoure :
Tous les chemins paraissaient mener à la perdition. Avec eux, croire devenait un acte d’abnégation, à la limite du mépris de soi. Jésus est notre libérateur, mais eux en avait fait un gardien de prison.
Octosong ? Un roman hautement recommandable.

Gunnar Staalesen : l’enfant qui criait au loup.

Merci à Livraddict et aux éditions Folio pour ce partenariat.

Mon avis :

Varg Veum enquête. Ce n’est pas nouveau. Ce qui l’est, c’est que son enquête le confronte à un enfant dont il a eu le dossier en charge alors qu’il travaillait à la protection de l’enfance et que Varg (une des formes de « loups » en norvégien) mettra en oeuvre toutes ses ressources de détective privé pour le tirer d’affaire.

Grâce au retour en arrière, nous découvrons le passé commun de Varg et de Janegutt (son surnom) Jeannot en français). A cette époque, Varg est marié, père d’un jeune enfant, et sa femme supporte de moins en moins ses horaires de travail : on ne peut présumer du temps que cela prendra pour sauver un enfant en danger, du moins, si l’on prend son travail à coeur. Et Varg n’hésite pas à payer de sa personne pour le faire, ce fichu travail. Fait symbolique, Janegutt changera de prénom quand il changera de famille adoptive – et de découvrir qu’en Norvège, il est possible de renoncer à l’enfant que l’on a adopté, il est possible aussi d’adopter (plus facilement ?) parce que l’on est un proche d’un membre de la protection de l’enfance. D’un autre côté, la Norvège est un petit pays, et tous ses habitants, ou presque, ont des parents, des amis, dans toutes les régions du pays. Se retrouver est donc facile, même après des années.

En parcourant le passé commun de Varg et de Janegutt, le lecteur est invité à chercher les indices qui expliqueraient comment le jeune homme en est arrivé à être accusé d’un double meurtre, ou plutôt, comment on en est arrivé à le considérer comme un meurtrier. La narration montre avec objectivité les certitudes (merci les enquêteurs) et les doutes (de Varg et d’autres témoins) de chacun. Il est vrai que les certitudes prennent naissance dans des preuves matérielles bien tangibles : il n’est plus, de nos jours, de romans policiers sans analyse, sans empreinte digitale. Il est dommage d’oublier qu’on peut leur faire dire, finalement, ce que l’on veut bien entendre.

La tonalité de ce roman qui se déroule sur un quart de siècle est résolument pessimiste. Les meilleures volontés, les meilleures intentions peuvent provoquer des tragédies, au même titre que les mauvaises. Le poids des mots pèse sur les destins de chacun. Les préjugés ont la vie dure, ils tiennent une place très importante dans cette affaire – seul Varg semble ne pas en avoir, désabusé qu’il est par tout ce qu’il a vu, vécu.

Plus qu’un roman policier, l’enfant qui criait au loup est un roman très noir qui dresse un portrait peu reluisant de la société norvégienne.

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Corbeaux de Vidar Sundstol

Présentation de l’éditeur :

Son frère Andy est-il un assassin ? Hanté par cette question, Lance fuit les forêts du Minnesota marquées par la mort. Mais sa nièce Chrissy lui demande de l’aide : Andy est devenu fou et cadenasse la jeune fille. Lance découvre que Chrissy était présente sur les lieux du crime le soir du drame. Les bois cachent-ils encore d’autres ombres ?

Mon avis :

Toi et moi, on est comme des corbeaux qui traversent les épreuves de l’hiver. On résiste à tout. Rien ne peut nous abattre, p. 245.

J’ai laissé passé trois ans et trois mois entre ma lecture du tome 2 et  celle du tome 3 – en partie par peur d’être déçue par cette lecture. Et bien, ça y est, c’est fait, j’ai lu et je suis déçue.

Deux mois se sont écoulés entre la fin du tome 2 et le début du tome 3, deux mois pendant lequel Lance Hansen a fait croire qu’il était parti en Norvège alors qu’il n’était pas loin, au Canada. Il se décide à revenir, passe négligemment voir sa vieille mère, Inga, à qui il s’est débrouillé pour envoyer des cartes postales depuis la Norvège, puis enquête à nouveau. Son but ? A la fois innocenter celui qui croupit en prison, prouver la culpabilité de son frère Andy et rendre justice au jeune norvégien assassiné.

Ce troisième tome comporte nettement moins de substance que les autres. Certes, nous en apprenons un peu sur la culture ojibwa, nous découvrons Lance en train de tenter de rêver à nouveau, mais je n’ai pas ressenti à cette lecture la force et l’émotion qui se dégagent des pages écrites par Craig Johnson. Peut-être parce qu’il y a une différence essentiel : Walt Longmire agit pour les autres, avant tout, Lance Hansen agit pour lui, en oubliant un peu (beaucoup) ceux qui l’entourent. Parfois même, cela vire à la bluette sentimentale (si, si, je vous assure) et j’ai eu du mal à cacher mon ennui, pour un livre qui pourtant se lit très facilement. J’ai dû d’ailleurs faire des retours en arrière parce que, par moment, j’avais l’impression d’avoir déjà lu tel ou tel passage.

Lance Hansen a des excuses… Il découvre que des membres de sa famille lui ont menti depuis… fort longtemps. Peut-être aussi parce que lui non plus n’a pas pris la peine de poser des questions, d’aller au-delà des apparences. Un comble pour un policier qui n’a pas vu ce qui se passait pas très loin de chez lui. S’intéresser au passé, c’est bien. Regarder le présent aurait été mieux. A Lance de regarder vers un avenir qui n’offre pas des perspectives très réjouissantes, comme le montre l’épilogue.

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Soleil de nuit de Jo Nesbo

Soleil de nuit.
Edition Gallimard – 224 pages.

Présentation de l’éditeur :

Chargé de recouvrer les dettes pour le Pêcheur, le trafiquant de drogue le plus puissant d’Oslo, Jon Hansen, succombe un jour à la tentation. L’argent proposé par un homme qu’il est chargé de liquider permettrait peut-être de payer un traitement expérimental pour sa petite fille, atteinte de leucémie. En vain. Trouvant refuge dans un village isolé du Finnmark, et alors qu’il est persuadé d’avoir tout perdu, Jon croise la route de Lea (dont le mari violent vient de disparaître en mer) et de son fils Knut. Une rédemption est-elle possible ? Peut-on trahir impunément le Pêcheur ?

Mon avis :

Je ne suis pas une grande fan de la série Harry Hole, infiniment noire. Peut-être est-ce pour cette raison que j’ai aimé ce roman.
Le narrateur est un héros de roman noir. Encaisseur raté, exécuteur malgré lui, il est en fuite pour avoir volé de l’argent – et ce ne fut pas suffisant pour sauver celle qu’il aimait. Il se retrouve dans une petite communauté où les Laestadien dominent – nous les avons déjà rencontrés, si vous aimez les policiers nordiques, dans Le détroit du loup d’Olivier Truc. A mes yeux, leurs conceptions religieuses ne les empêchent pas de profiter de la vie, elles les empêchent de vivre tout simplement. Je ne vous parle même pas du sort des femmes, tout sauf enviables.
Alors oui, ce roman est un mélange de roman noir et de mélodrame – ou plutôt la femme fatale de ce roman n’est pas vraiment celle que l’on croit. L’humour du narrateur permet, parfois, de voir un peu de lumière dans un univers bien sombre et les retours en arrière nous permettent de savoir comment tout cela a pu survenir.
Sans doute pas le meilleur roman de Jo Nesbo, mais une lecture agréable cependant.

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Au revoir et bon vent (et la pluie d’automne) de Tormod Haugen

Présentation de l’éditeur :

Parce qu’ils ont juré de s’aimer toute la vie, Grégoire offre à Gloria une bague avec une pierre bleue et Gloria donne à Grégoire une bague avec une pierre rouge. Mais un jour, Gloria trouve abandonnée dans l’herbe du parc la bague de Grégoire. Grégoire l’a-t-il perdue ? Grégoire l’a-t-il jetée ? Grégoire aime-t-il encore Gloria ? Et pourquoi est-il en retard à leur rendez-vous ? Gloria ne trouve pas de réponse à ses questions.

Mon avis :

Grégoire et Gloria vivent une tendre histoire d’amour, comme seuls les enfants peuvent en vivre. Les obstacles ? le quotidien, déjà, les séparations nécessaires, qui ne sont pas, comme pour les adultes, la semaine et le travail, mais bien le week-end en famille. Ils sont jeunes, et pourtant, ils se posent déjà des questions sur leur histoire, sur les mots qu’ils se disent; les présents qu’ils échangent. Sur cette sensation de manque qu’ils ressentent quand ils sont séparés. L’écriture, très poétique, participe grandement au plaisir de lecture. Un livre à conseiller !

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