Archive | août 2014

Zoé Zéphyr de Chris Riddell et Paul Stewart

Présentation de l’éditeur :

As-tu envie de découvrir le pays de l’âne enrhumé, de la chèvre rieuse et du cochon dansant ? Parviendras-tu à déjouer les terribles complots de la confrérie des clowns ? Et surtout, perceras-tu le mystère de la créature enfermée dans la cale du navire ? Oui ? Alors si tu ne souffres pas du mal de mer, tu es prêt pour la plus extraordinaire des traversées…

Circonstances de lecture :

J’ai trouvé ce livre dans une des bibliothèques du réseau que je fréquente. Il était le seul de la section jeunesse que je n’avais pas lu. Je me suis presque jetée dessus.

Mon avis :

Si vous aimez l’aventure, la loufoquerie, les histoires d’amour qui finissent bien, les histoires d’amour qui finissent mal, les fées, les boites de conserves, les croisières improbables ainsi que la défense des espèces en voie de disparition, ce roman bourré d’illustration très drôles est fait pour vous !

Zoé est une petite fille qui n’est jamais allée à l’école, mais a étudié sous l’égide de percepteurs. Son père était un célèbre ingénieur, sa mère s’occupe de ses six enfants, quatre garçons et deux filles. Quand je dis « était », ce n’est pas qu’il soit décédé, c’est que son dernier projet s’est effondré. Même si personne ne lui en veut, lui se juge responsable et n’a entrepris ce voyage que pour se rendre, la mort dans l’âme, chez ses beaux-parents, avec lesquels il travaillera désormais. Il passe ses journées prostré dans son lit, en pyjama, et aucun de ses enfants, auquel il est pourtant attaché, ne parvient à le tirer de sa torpeur, ou à le convaincre de dîner à la table du capitaine.

Il faut dire que le rafiot, pardon, le bateau, n’est pas très gaie, ni en très bon état. Les passagers ne s’en plaignent pas, ils sont trop occupés à ne rien faire, ou à arborer des mines lugubres. Mais il se passe quelque chose d’étrange à bord, comme en témoigne les en-têtes de chapitres, qui donnent la parole, en italique, à une personne en particulier, qui semble en bien mauvaise posture, même si des souvenirs heureux affleurent. (Note : le dénouement et l’épilogue sont vraiment très bien conçus, chapeaux les artistes !).

Sous couvert d’aventures extraordinaires, les auteurs/illustrateurs abordent des sujets sérieux, comme le deuil, la dépression, la résilience. Ce n’est pas la fougue de la jeunesse qui aide les personnages en souffrance, mais le soin, l’attention qui leur a été accordé. Le temps aussi, et le respect de leur attitude, même si elle ne fut pas toujours facile à vivre.

Zoé Zéphyr signe cette aventure d’un Z que ne renierai pas Zorro !

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Le fils du tigre blanc de Carlos Salem

9782330019204
Je suis le fils du tigre blanc
Edition Actes Sud Junior – 156 pages.

Présentation de l’éditeur :

Un père disparu depuis de nombreuses années, qui s’avère être à la fois un voleur et un justicier recherché par les polices du monde entier…Voilà un bien curieux cadeau d’anniversaire pour Nahuel.Une découverte qui va l’entraîner au cœur d’une véritable conspiration.

Mon avis :

N’avez-vous jamais rêvé qu’Arsène Lupin ait un fils ? Et bien, dans ce roman, le premier roman de littérature jeunesse écrit par Carlos Salem, ce souhait est exaucé.
La maman de Nahuel estime qu’à treize ans, son fils a le droit d’en savoir plus sur son père, décédé six ans plus tôt. Il apprend ainsi qu’il était non seulement un expert en arts, mais un voleur, qui volait des oeuvres d’art acquises illégalement pour les rendre à leur légitime propriétaire. Nahuel n’a qu’une envie, en savoir plus sur son père, et cultiver les rares souvenirs qu’il a de lui.
Dès le début, nous savons pourtant que l’adolescent, si débrouillard et si mature, s’est mis dans une belle panade : il a été kidnappé. Pourquoi, par qui ? Nous ne le découvrons qu’à la fin du roman, en une intrigue habilement construite.
Ce que j’ai aimé dans ce roman, c’est l’absence de manichéisme. Les personnages évoluent, qu’ils soient des ados ou des adultes. Nahuel sait reconnaître ses erreurs, il fait preuve d’humour également, y compris dans les situations les plus délicates (pas toujours facile d’avoir une conscience bavarde quand on est ligoté sur une chaise).
Un très beau roman à découvrir.

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Le voltigeur de Marc Pondruel

9782709644778-G

Présentation de l’éditeur (extrait) :

« Je ne suis jamais retourné à Lille. Mais ce que j’ai construit ici, avec Merve, moi qui ne savais pas faire grand-chose, la maison de Varna, c’est aussi la preuve d’avoir avancé. On ne change jamais vraiment, au fond. C’est seulement les années, seulement les années qui sont passées. Tous ces gens sont loin. Je ne sais pas ce qu’ils font de leurs vies. Moi, j’ai essayé d’être heureux. »
Dans une paisible maison d’hôtes en Bulgarie, un homme revient sur son passé et raconte tout à celle qu’il aime.

challengerl2014Mon avis :

Si, pour ne pas perdre mes bonnes habitudes, je vous parlais de mon insensibilité légendaire ? Cela sonne presque comme un avertissement envers ceux qui me diraient que je n’ai pas compris l’essence profonde de ce livre, etc, etc. Effectivement, je n’ai pas été touché par ces deux personnages principaux, le narrateur et sa compagne Merve.

Premier point : contrairement à ce que dit le quatrième de couverture, il ne raconte pas, en retrouvant un souvenir du passé, sa jeunesse à « celle qu’il aime », mais à leurs hôtes et à celle qu’il aime. Il est vrai qu’elle seule restera jusqu’au bout et qu’il se rend compte à quel point elle tient à lui. Ils ne veulent pas d’enfants, la question est évacuée très vite, je me demande même pourquoi elle a été soulevée, comme si les couples sans enfant devaient à tout prix s’en expliquer, ou comme si ne pas vouloir d’enfants signifiait s’aimer plus fort que les autres couples.

Certes, le style est agréable à lire. Certes, la construction, entre passé et présent, est intéressante. Certes, le lecteur voit peu à peu le narrateur et ses amis passer de l’adolescence à l’âge adulte, passant des rêves à une réalité banale et résignée. Mais ce n’est pas suffisant pour trouver ce livre marquant, qui, parfois, accumule les passages obligés (la drogue, les voyages en rupture des études, les amours contrariés). Le narrateur ne va pas jusqu’au bout de ses amitiés, il préfère la rupture, y compris avec sa propre famille. Et il a beau dire que Merve est l’amour de sa vie, il a beau en donner des preuves, je me suis parfois demandée quel était la véritable place de la jeune femme, eu égard à tous les souvenirs du narrateur.

1312260953408502211846257Défi premier roman

Il bouge encore de Jennifer Murzeau

9782221145739

Présentation  de l’éditeur :

 » Trop de rituels. Vautré sur un banc, face aux murs d’une école, le coccyx malmené par la dureté du bois, les jambes écartées et le regard flou, Antoine les a énumérés. Puis il les a trouvés suspects. Trop nombreux, donc suspects. Il s’est dit qu’ils avaient lissé sa vie, qu’il avait laissé son existence s’aplatir sous leur poids. Ils ont décapité les reliefs, comblé les aspérités, ils lui ont fait une petite vie, ces rituels, toute petite et prévisible. Sans le fard du travail, elle lui est apparue, elle est venue le frapper au visage, sa vie, lui serrer la gorge.  »
Par un matin ensoleillé, Antoine est licencié. Le choc est brutal. Son couple tangue, ses certitudes s’effondrent, son ego vacille. Mais à mesure qu’il se libère de ses habitudes, d’une consommation vengeresse et de l’agitation stérile qui l’avaient mû jusque-là, la vérité se fait jour.
Il bouge encore raconte cette odyssée sédentaire qui lui rend la vue.

challengerl2014Livre lu dans le cadre de la pré-sélection du prix Fnac.

Mon avis :

Je serai brève : je n’ai eu aucun atome crochu avec ce livre. Il dépeint sans doute une réalité du monde du travail et des trentenaires des années 2010, mais ce monde m’est totalement étranger.

Antoine et Mélanie travaillent dans des sociétés aux langages abstraits, où il convient de faire du profit, d’écrabouiller les concurrences ou les rivaux, où il faut être « opé », quitte à employer des aides médicamenteuses pour cela. Il faut en mettre plein la vue aux autres, par son appartement, par son mariage (pourquoi se marier si on n’épate pas les amis ?), par ses enfants, aussi, preuve de sa réussite sociale : Elle s’était vue annonçant à ses copines, à son frère, à ses parents, à sa boss même, elle s’était entendue, frissonnante, prononcer les mots « j’attends un enfant », elle avait joui à l’avance de cette nouvelle inscription sociale, « être parent », dire « mon fils », ça claque « mon fils ». Vous remarquerez qu’elle veut « un fils », et non « une fille ». Le féminisme n’a vraiment pas droit de citer pour Mélanie, qui adore parler avec une voix de petite fille, formule de protection dérisoire. Elle ne cherchait pas non plus l’amour mais « un mâle reproducteur », qu’elle a « ferré » comme un poisson. Pour ses copines, même constat : elles ne peuvent se construire seules, il leur faut un homme et un enfant. Sommes-nous vraiment en 2014 ? Mélanie ne veut rien voir, ni de son couple, ni du monde extérieur, avec l’excuse bienvenue qu’elle « bosse comme une tarée ».

Pour Antoine, ce chômage lui permet de se rendre compte qu’il s’est leurré sur ses amis, qu’il les connaît moins bien qu’il le croyait. L’homme qu’il est devenu ne lui plaît pas vraiment, alors il va changer, dit-il. Ce qui est fascinant est la capacité de ce couple à ne pas se parler, mais à crier, hurler ou pleurer (pour Mélanie), s’injurier avec une intense vulgarité à chaque fois qu’ils entament une discussion. Le style est d’ailleurs très souvent proche de l’oralité, entre terme cru et syntaxe relâchée.

Antoine, pendant les trois quarts du roman, n’a suscité aucune empathie chez moi (et je peux vous dire que le style m’a fait plusieurs fois tomber le livre des mains). Plus il se libère, plus il ouvre les yeux sur qui il a été, plus il devient intéressant, tout en conservant des traits à faire grincer les dents du lecteur. Il a encore bien du chemin à parcourir, ce cher Antoine.

Un roman que j’ai terminé pour écrire cet avis, mais que j’ai bien du mal à conseiller.

La briscola à cinq de Marco Malvadi

tous les livres sur Babelio.com

Mon résumé :

Un jeune homme, un peu pris de boisson, prend la route quand même. Il fait une petite pause et là, il découvre un cadavre dans une poubelle. IL appelle les policiers d’un bar, sis non loin, mais les policiers ne le croient pas – le jeune homme est bourré comme un coing. Massimo, le patron du bar, les appelle à son tour, et là, ils sont bien forcés de venir, et de constater qu’une jeune femme a été assassinée.

1312260953408502211846257Défi premier roman

Mon avis :

Les insomnies, c’est bien, quand elles vous permettent de découvrir un roman aussi réussi. Il est court (166 pages) mais bien construit, et les personnages sont très attachants. De plus, je viens de découvrir qu’il s’agit d’un premier roman… alors là, chapeau !

Massimo est un barman ordinaire, si ce n’est qu’il refuse parfois de servir à ses clients des boissons qui pourraient nuire à leur santé. Le premier à s’en plaindre est bien sûr son grand-père, un des plus assidus clients du Bar Lume, avec ses trois amis octogénaires – et grand-mère met aussi son cher et tendre au régime à la maison. La vie n’est pas toujours drôle quand on est retraité, même s’il fait beau, même si l’on joue aux cartes au beau milieu d’une horde de touristes hollandais. La preuve ? L’humour de son petit-fils : Si vous souhaitez un de ces bibelots en forme de petit vieux, je peux vous satisfaire. Je vous conseille l’exemplaire qui tient une canne, il est bon marché.

Je ne vous parle même pas du meurtre, dans lequel Massimo se trouve impliqué bien malgré lui. C’est presque lui qui a découvert le corps, ce qui lui vaut toutes les attentions du commissaire Fusco. Grâce à lui, les coupables peuvent dormir sur leurs deux oreilles, même en plein jour. Sa compétence est telle qu’il écrira bientôt un ouvrage sur l’art et la manière de contaminer les indices sur une scène de crimes. Ses hommes sont pourtant extrêmement doués, ils sont premier prix de courses en fauteuil à roulettes dans les couloirs du commissariat. Bref, quand il tient un suspect, il a tôt fait de le déclarer coupable, quitte à changer d’avis en cas d’alibi, sauf si celui-ci est « à chier » (je cite). Il est parfois difficile pour des toilettes de signer une déposition.

Il y a de l’Agatha Christie dans ce roman, dans cette manière de présenter un village où tout le monde se connaît. Massimo ne constate-t-il pas que « le brainstorming des petites vieilles était redoutable, et pas un seul villageois n’échapperait dans les jours à venir aux élucubrations de prétendues Miss Marple occupées à téléphoner à toutes leurs connaissances.  » Lui, par contre, pousse son raisonnement jusqu’au bot, allant au-delà des apparences et des idées reçues.

Un excellent roman, pour les vacances ou tout autre moment de l’année.

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De chez nous de Christian Authier

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Présentation de l’éditeur :

« Les frontières de notre pays sont mouvantes. Elles viennent du passé et ne cessent de se renouveler en guettant l’horizon, elles n’épousent pas une identité nationale réduite à des papiers officiels, une feuille d’impôts ou une carte d’électeur. Pour les dessiner et peindre les visages qui en composent le coeur battant, nous aurons recours à l’Histoire, à la littérature, aux poètes, aux amis, aux vivants et aux morts, à des sentiments ordinaires et rares, à des souvenirs et à des espérances. Nous emprunterons des chemins buissonniers et d’autres plus balisés, des raccourcis et des digressions, des tangentes et des lignes droites.
Bienvenue chez nous. »

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Mon avis :

Tout d’abord, je voudrai remercier Agathe1000 du forum Libfly, qui a fait voyager ce livre jusqu’à moi et Catherine, lectrice qui me précédait pour ce livre voyageur, et qui me l’a fait parvenir très vite.

J’ai lu ce livre quasiment d’une traite, en une seule journée, sans avoir envie d’aller « lire ailleurs », mais en prenant beaucoup de notes, tant ce livre est riche, foisonnant, et ouvre matière à réflexion. Je me demande d’ailleurs s’il trouvera sa place dans cette rentrée littéraire, tant les échos que j’ai eu à son sujet sont contrastés.

Le sujet ? Le questionnement sur ce qui constitue l’identité française, de la seconde guerre mondiale à nos jours. Vaste sujet. Il parle tout d’abord de la Résistance, qui a pris des visages inattendus, et pour certains, méconnus. Je m’y attendais presque, mais il évoque ensuite la guerre d’Indochine, la guerre d’Algérie, et la position des gradés en face de la torture. Il évoque l’histoire de France, et la manière dont elle est vécue, de nos jours :

« L’histoire de France n’est pas un musée que l’on visite, dans une odeur d’encaustique et avec le sentiment obligé du devoir de mémoire, pas plus qu’elle n’est une galerie où les ombres funèbres de la culpabilité et de l’auto-flagellation se répondent dans une conversation morbide. Non, elle est vivante et ne se réduit pas aux bibelots commémoratifs dont nos politiques sont friands. Elle s’incarne dans des figures qui ont bien plus de réalité que la plupart des ombres que la société du spectacle nous glisse entre les mains et sous les yeux au cœur d’un commerce de représentations falsifiées« .

Seulement, il est bien difficile, pour le grand public, de trouver « ses figures », là où justement on préfère l’immédiateté des faits, sans creuser au-delà. Il m’a aussi parfois agacé, notamment toute la partie consacrée au vin. Même si le narrateur dit : « Beaucoup boivent pour oublier, je bois pour me souvenir », la tradition vinicole française n’est pas vraiment un élément que j’ai envie de mettre en avant. Les français boivent, c’est naturel. Les français célèbrent le moindre événement en trinquant. Les françaises boivent également, pendant leurs grossesses – et peu importe la qualité du vin, le degré d’alcool rentre toujours en ligne de compte pour moi. Fin de ma parenthèse.

Il parle aussi, dans ce qui ressemble presque à un très long monologue, de ce silence qui nous envahit : « des murs de silence nous séparent désormais quand ce ne sont pas d’autres frontières encore plus infranchissables. »

De chez nous est un livre à lire, à annoter, à discuter aussi.

 

Tes yeux bleus occupent mon esprit de Djilali Bencheikh

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Présentation de l’éditeur :

« Avant d’apprendre la profession de son père, j’étais prêt à me damner, à devenir daltonien. À inventer de l’iris vert dans le bleu de son regard ! J’étais prêt à tout accepter, tout admettre. Tout mais pas un militaire ! Pas un officier ennemi alors que les frères se battent, les mains presque nues, face à une puissance surarmée ! Au maquis ou en prison, ils meurent par dizaines depuis quatre ans, pour reconquérir notre dignité bafouée. »

Algérie, la guerre d’indépendance couve. Salim, un jeune garçon du douar, rentre à l’école et s’éveille aux autres, à ses désirs, ses révoltes et à ce déchirement qui le gagne inexorablement. Tel est le propos de ce roman d’apprentissage qui répond autant à l’exigence d’une mémoire personnelle qu’au souci de célébrer l’amour de vivre dans un pays en proie au fracas de l’histoire.

Merci aux éditions Elyzad et au forum Libfly pour cette découverte.

Mon avis :

« Je ne pense jamais comme ceux de mon clan. Les miens n’ont rien à m’apprendre. Je sais tout d’eux, ils savent tout de moi. Avec les étrangers, quelle que soit leur origine, je m’instruis en permanence, j’ai l’impression d’être en perpétuel voyage ».

Ainsi parle Salim, le narrateur de ce roman, qui nous aura mené du tout début des « événements » à l’indépendance de l’Algérie. Presque huit ans se seront écoulées entre le début et la fin du récit, qui voit Salim passer de l’enfance à l’orée de l’âge adulte.

Choisir un enfant comme narrateur n’est pas chose aisée, mais Djilali Bencheikh sait les éviter. Déjà, il sait faire évoluer le langage de son héros, mais aussi son regard, son analyse sur ce qui l’entoure. Le petit garçon du douar devient un adolescent qui ne veut surtout pas devenir un berger, comme l’obstination de son père l’y condamne, un temps. Pour lui comme pour ses frères, l’émancipation passe par les études, ce qui ne signifie pas trahir les siens, comme le lui serinent certains de ses camarades.

Pas de manichéisme dans ce roman. La bêtise et la violence ne sont pas l’apanage d’un seul camp. La barbarie n’est pas passée sous silence, elle est racontée de la même manière que l’on conte un événement tragique à un enfant : en lui synthétisant les informations, sans s’étendre dans de longs discours. Peu de mots peuvent avoir beaucoup de poids.

Son frère Elgoum prendra la parole à l’avant-dernier chapitre. Il offre un regard plus mûr. De deux ans plus âgé, il n’a pas la naïveté, l’idéalisme de son frère. Il sait, crument, certains faits, certaines trahisons, certains carnages. Il est d’une grande lucidité, et d’une grande tendresse pour son frère.

 Une très belle oeuvre à découvrir.