Archives

Apocalypse transferts de Fabio M. Mitchelli

Présentation de l’éditeur :

Un jeu en ligne ultra violent et ultra réaliste… Si réaliste que lorsque les joueurs se déconnectent de la plate-forme, certains d’entre-eux ne prennent pas conscience de leur retour à la réalité, et continuent de tuer… Dans quel monde vivons-nous vraiment ? Sommes-nous les acteurs de nos vies ou n’en sommes-nous que les marionnettes ? Et dans ce cas, qui tire les fils de nos destinées ? Cette banalisation de la violence et du sexe ne finira-t-elle pas par conduire l’humanité aux frontières d’un chaos irréversible ? À l’heure des réseaux sociaux, de l’hyperconnexion, des drogues de synthèse, et de l’impression des armes à feu en 3D, l’adolescence est en passe de supplanter l’adulte et de prendre le contrôle…

Merci à Netgalley et à French pulp éditions pour ce partenariat.

Mon avis :

C’est un livre prenant, du réel au virtuel, ou plutôt un tissage, un entrelacement entre le réel et le virtuel, sans que l’on sache toujours, à l’instar des protagonistes, où se termine l’un, où commence l’autre. Les chapitres sont courts, comme les nouveaux formats des séries télévisées, si ce n’est qu’à leur différence, ils nécessitent une attention soutenue, et suscitent l’envie d’en découvrir un peu plus sur cet univers bouleversé.
Oui, ce livre nous questionne sur notre société, sur ses valeurs ou plutôt sur son absence de valeurs. Y a-t-il vraiment des points positifs dans cette société ? On n’est pas d’où l’on vient, on est ce que l’on devient, et que sont les jeunes devenus ?Je note d’abord l’absence effrayante des parents. Oui, pardon, nous en avons, un puissant PDG qui ne pense qu’au bien-être de sa fille – c’est bien de penser à elle, lui qui ne prend jamais soin d’elle, ne se préoccupe pas réellement d’elle et ignore le mal qu’il lui a fait par son indifférence. J’ai presque envie de dire qu’il est le prototype même du grand bourgeois, pour qui seuls compte les apparences – une fille parfaite et bonne élève, une femme décorative et docile. Nous avons aussi un policier qui aurait sans doute fait un bon père, lui qui a encore en mémoire les valeurs d’un autre temps inculqué par son propre père – sa femme enceinte a été tuée. Alors oui, il est question de transmission, et les jeunes de ce roman (de notre société ?) en manquent cruellement.
Nous nous retrouvons face à des fratries, le niveau de la sphère familial suivant, celui qui est solide, notamment quand les enfants sont orphelins, ou quand les parents sont défaillants. Mais contrairement à d’autres fratries que l’on peut croiser dans la littérature, ses fratries sont tournées vers le négatif, non vers le positif. Ils sont incapables de voir ce qui est important, du début jusqu’à la fin, dans la réalité, ils pensent à la vengeance, non à la justice, ajoutant de la cruauté, de la violence, à ce qui est déjà une situation chaotique.
Comment la vie a-t-elle pu être dévalorisée à ce point ? Comment la mort peut-être ne plus avoir aucune importance ? Certains proposeront des solutions radicales. Et si chacun d’entre nous prenaient ses responsabilités, sans baisser les bras ?

 

 

La dame qui poussait un fauteuil roulant avec personne dedans de Brigitte Lecuyer

Présentation de l’éditeur:

Un accident stupide oblige Norma à rester hospitalisée et incapable de toute activité.
Une bonne occasion pour faire le point sur sa vie : sa jeunesse tronquée par la mort brutale de ses parents, une vie de couple qui n’en est plus une, une fille ado qui devient adulte et avec qui sa relation n’est plus la même, un frère trop loin et un voisin plus qu’attentionné…
La convalescence sera longue et lui imposera une séparation interminable d’Isadora, sa jument islandaise à qui elle voue une passion sans limite.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier Partage-Lecture et Bookless éditions pour ce partenariat.

Ce qui m’a attiré en premier est le titre, énigmatique. Norma est l’héroïne de ce roman. Elle mène une vie banale, tranquille, une vie dans laquelle elle ne cesse de courir, pourtant, entre sa fille adolescente, son ex avec lequel elle cohabite, son travail, les courses, et sa passion pour le cheval, plus particulièrement pour sa jument islandais Isadora, passion qu’elle ne parvient pas à transmettre à sa fille unique. Il faut dire que la jument est en pension loin, trop loin, et que pour l’adolescente, passionnée de musique classique, partir le week-end à la campagne avec sa mère pour passer du temps avec un cheval, ce n’est pas vraiment sa définition du week-end idéal. Pourtant, Camille n’est pas une adolescente difficile, loin de là : elle a simplement des goûts, des passions, des préférences qu’elle tient à affirmer.

Bref, Norma mène une vie bien réglée jusqu’à l’accident, lui aussi banal : ce sont les conséquences qui le sont moins, puisque sa blessure la force à rester hospitalisée, entre opération et rééducation. Les conséquences ? Elle a enfin le temps de se poser, et de revenir sur son passé – oui, dit ainsi, cela fait presque pompeux. Disons plutôt qu’elle peut faire le point sur sa vie, son enfance, ses amours, et se demander si la vie qu’elle mène lui convient réellement, ou si elle veut lui donner une nouvelle direction.

Norma est l’exemple même de la personne qui, même si sa famille est peu nombreuse – son seul frère vit avec femme et enfants en Islande – est malgré tout très entouré, entre amis, ex et fille unique. La vie qu’elle a eu fait qu’elle s’accommode assez bien de ses voisines de chambre successives. Mention spéciale pour Dora et son optimisme, autre mention pour « la grosse dame », qui vit, gère, son hospitalisation comme elle le peut (versant « je râle soir et matin »).

Moment de vie, avec les souvenirs d’enfance, l’hommage à la soeur jumelle de sa mère, Marthe, qui a élevé son neveu et sa nièce, avec aussi des secrets qui sont levés, un peu à la manière d’un conte de Noël.

Qu’en sera-t-il de l’avenir ? Norma et les siens sont en tout cas sur de bonne voie.

Nos trente ans d’Arthur Dreyfus

Présentation de l’éditeur :

Un micro. Un intervieweur invisible. Trois garçons et trois filles. Six personnages qui, ensemble, incarnent la génération dite des « millenials » – ceux qui sont devenus des adultes au tournant du nouveau millénaire. Qui ont appris à vivre à travers des écrans. Et qui tous, à leur manière, cherchent à comprendre ce que signifie « devenir adulte ». Ou plutôt : à garder espoir dans un monde déjà foutu, où la politique ne pourrait plus rien…

Mon avis :

Merci à Babelio et aux éditions Audible pour ce partenariat.

Ce fut mon premier livre audio, et ce fut une expérience particulière, que j’ai eu très envie d’arrêter, à plusieurs reprises. En effet, ce livre a été conçu pour être écouté, non lu, et cela change, à mon avis, la façon dont le livre lui-même a été conçu. Les six personnages (que j’ai eu du mal à repérer, me perdant souvent) sont en effet interviewer par … l’auteur ? un narrateur ? sur des sujets tels que l’amour, l’argent, le travail, la place (leur place ?) dans la famille. Ce sont des trentenaires – et moi pas – ce qui expliquent aussi que leurs confidences ne m’ont pas vraiment intéressée. J’ai eu l’impression de me retrouver le 15 juin 2019 (oui, j’adore être précise) dans un café, en train d’entendre intégralement la conversation de voisins qui ne m’intéressaient pas. Ou comment se rendre compte, finalement, que « lire » un roman tenait un peu du voyeurisme.
Cet audio-livre est composé de sept épisodes, dont j’ai réparti l’écoute sur plusieurs jours. Je n’ai pas vraiment ressenti d’originalité dans les paroles de ces personnages. C’était sans doute le but, dresser un portrait de cette génération. J’ai même eu parfois l’impression d’entendre des lieux communs, et vous vous doutez bien que les propos de cette chère Sybille, professeur à la Sorbonne, ont trouvé un écho (négatif) en moi (ou m’ont fait bouillir, au choix) : Je n’ai pas travaillé pendant trois ans sur la place des adverbes chez Bossuet pour me retrouver à faire de la discipline et à confisquer des téléphones portables. 
Ces personnages parlent beaucoup (forcément), dissertent énormément sur leur vie, sur leur choix de vie, sur la construction de leur vie, se découvrent eux-mêmes, se lient parfois, à d’autres, racontent leur passé, l’histoire de leur famille, la culture, et agissent peu. Oui, je n’ai pas réussi à me passionner, à m’intéresser à leur propos parce que ceux-ci s’écartent peu des lieux communs, de ce que l’on voit dans les médias de cette génération.
J’aimerai conclure sur une note positive, je n’en trouve pas réellement, ne serait-ce que parce que j’ai eu du mal à situer les personnages, qui ne se présentent pas. Mis à part deux d’entre eux, j’ai franchement eu du mal à les (re)situer.
Bref, un livre qui plaira peut-être aux trentenaires, mais qui ne m’a pas réellement séduite.

L’assassin du marais de Catherine Cuenca

Présentation de l’éditeur :

Avril 1849. Alors que les élections législatives de la toute jeune IIe République se préparent, des femmes courageuses et indépendantes sont retrouvées mortes, assassinées dans différents lieux de Paris. Tout indique qu’elles ont été victimes d’un seul et même tueur. L’inspecteur Alexandre Delage est chargé de l’enquête. Aidé par Léa, une spirite à la sensibilité hors du commun, et par Julie, farouche employée d’un grand magasin dont la meilleure amie fait partie des victimes, le jeune policier met tout en œuvre pour démasquer l’assassin. Mais les crimes se multiplient et celui-ci semble insaisissable…

Merci aux éditions Scrinéo et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Etre une femme n’est pas facile. Lieu commun ? Non, évidence eu égard aux nombres d’injonctions que les femmes reçoivent. Le combat pour nos droits est toujours d’actualité, mais qu’en était-il avant ?
1849. On ne s’en rend pas compte, mais l’espoir en de grands changements étaient là. La république avait été proclamée pour la deuxième fois de l’histoire de France. On ne refait pas l’histoire, nous savons ce qu’il est advenu. Les personnages ne le savaient pas, et les femmes essaient de faire évoluer leur condition. A chaque fois que les femmes ont essayé d’obtenir plus de droits, de violentes réactions ont eu lieu – aujourd’hui, hier. Hier plus qu’aujourd’hui, même si le discours peut encore être ressorti aujourd’hui : la place des femmes est chez elle, elle ne peut apporter que le trouble dans la vie publique/politique, tout est bon pour restreindre ses libertés et ses droits, y compris ses droits sur ses enfants : à l’époque, en cas (rarissime !) de divorce, la garde n’était pas confiée à la mère, il est bon de le rappeler.
Ce livre nous fait découvrir des femmes courageuses, des femmes qui essayaient de vivre libre, de se loger, de se nourrir, sans l’aide d’un mari ou de leurs parents. Une existence rude, difficile, où le moindre écart peut vous faire perdre votre travail, et rendre extrêmement difficile d’en trouver un nouveau.Une existence dans laquelle les femmes pensent, et ont bien l’intention de vivre selon leurs idées. Cela dérange ? Oui. Cela dérange quelqu’un (le féminin est ici inutile) qui s’en prend à des femmes fortes, des militantes, des femmes qui ne faisaient pas mystère de leurs idées, quelle que soit leur appartenance sociale. Les femmes écrivent, les femmes partagent leurs idées, l’une veut même se présenter à la députation.

Si l’enquête  avance ? Bien sûr que non. Une femme ne peut avoir été tuée que par un de ses « galants », pourquoi enquêter ? A l’heure où soixante femmes en France sont mortes sous les coups de leurs conjoints ou de leurs ex-conjoints, il ne faut surtout pas oublier qu’un auteur de « crimes passionnels » ne risquaient pas grand’chose en France jusqu’en… 1994. Je m’écarte de l’objet littéraire qu’est l’assassin du Marais, et j’ai l’air de vous le montrer comme un texte aride, uniquement historique. Il n’en est rien. ce sont d’abord des personnages passionnés que nous croisons, dont Léa Caron et Julie. Elles se sont bien trouvées. Elles n’attendent pas un sauveur, pas même pour clore l’enquête, elles savent que le salut, la survie, viendra d’elles-mêmes. Bien sûr, il y a l’inspecteur Alexandre Delage, le seul policier qui a un tant soit peu d’intérêt pour trouver le coupable et le mettre hors d’état de nuire. Il n’est pas un personnage simple, son passé a fait pleinement de lui l’homme à multiples facettes qu’il est.Mention spéciale aussi pour Gustave, journaliste persévérant, bien plus intéressant qu’il n’aurait pu sembler de prime abord. Les gens peuvent changer, et c’est bien aussi de le dire et de l’écrire.

L’assassin du marais, un roman policier historique, féministe et fantastique aussi, un roman qui n’en finit pas de nous délivrer ses secrets, sans jamais céder à la facilité.

Escalier B. Paris 12 de Pierre Lunère

Mon avis :

Je ne suis pas en train d’écrire un avis, non pas du tout, d’ailleurs, j’ai vraiment plein de choses à faire, et pourtant, je n’ai pas pu lâcher ce livre, je voulais à tout prix savoir comment il se terminait – et je ne voulais pas non plus quitter ces personnages !
Ce roman policier drôle met en scène Pierre, un concierge voyante et une policière cagole montée à Paris prénommée Marion-Lara. Leurs enquêtes paraissent d’abord totalement déjantées. Imaginez un peu que la policière demande l’aide de Pierre, puisque celui-ci a contribué à la rassurer lors d’une affaire qui la touchait directement. Déjantées, oui et puis pas seulement. Si l’on gratte un peu, on découvre l’insondable égoïsme de l’être humain, sa volonté de le garder pour soi celui ou celle qu’il aime, et non pas de vouloir le meilleur pour lui. Oh, je vous rassure, on croise de belles personnes pleines de vie et de volonté dans ce roman, comme Amelina ou Rémy Yen. On croise aussi beaucoup de personnes qui n’ont que faire de la norme et qui ont bien raison – l’immeuble, le quartier, comme un monde en miniature.
Un roman pour tous ceux qui aiment sortir des sentiers battus.

Merci à Netgalley et aux éditions Harper Collins pour cette découverte.

L’expérience de la pluie de Clélie Avit

Présentation de l’éditeur :

Camille et Arthur vivent dans une bulle. Pourquoi cette mère et son fils de 6 ans vivent-ils seuls, dans cette bulle ouatée en évitant tout contact et interaction avec le monde qui les entoure ? Tous les deux atteints du syndrome d’Asperger, leur quotidien est rythmé par un emploi du temps très précis et chaque contact physique, s’il n’est pas anticipé et prévu est une souffrance, parfois à la limite du supportable. Aurélien entre dans leur vie par hasard et fera peu à peu tomber les murs qu’elle a érigés autour d’eux.

Mon avis :

Je remercie les éditions Plon et Netgalley pour ce partenariat.

J’ai voulu lire ce livre parce que le sujet – l’autisme – m’intéressait. Et le problème n’est pas Camille et Arthur, une mère et un fils tous les deux autistes Asperger hypersensoriels, mais le problème est toutes les personnes qui les entourent. Trop, c’est trop : toutes les personnes de leur entourage ont un problème grave ou très grave, et à force, je me suis sentie noyée dans le trop de douleurs, comme si je me retrouvais moi-même hyper sollicitée par chacune de ses histoires qui se juxtaposent, se superposent les unes aux autres. C’était peut-être l’effet recherché, cependant, je n’ai du coup ressenti aucune empathie pour les personnages secondaires comme Eloïse ou Lucile – pour ne pas dire Caroline.

Puis, nous avons l’effet inverse : le pas-assez. Nous n’avons pas suffisamment d’informations pour appréhender le personnage d’Aurélien, ou alors ces informations viennent trop tard, un peu comme pour Lucile. Parfois, nous n’avons même aucune information, j’ai eu l’impression de rester dans un flou artistique concernant les relations entre certains personnages, les non-dits. Or, comme je suis quelqu’un de très terre à terre, j’ai vraiment besoin d’un minimum d’explication pour comprendre certains faits, surtout quand j’ai droit à des commentaires philosophiques et répétitifs.

Je n’ai pas oublié Camille et son fils Arthur. L’un des faits qui m’a étonné n’est pas qu’Arthur ne soit pas scolarisé mais qu’à aucun moment ( ou alors, j’ai mal lu), on ne lui propose un(e) AESH : tous les élèves atteints de troubles du spectre autistique que je connais en ont un(e), et cette présence a grandement favorisé leur scolarité, leur socialisation. Puis, Camille et Arthur sont autistes Asperger et ont strictement les mêmes troubles, ce qui me semble assez rare. Il est intéressant de mettre en avant l’hypersensibilité, cependant ce n’est pas le seul trouble dont ils peuvent être atteints – et j’ai trouvé souvent qu’Arthur avait un langage très mature pour son âge.

Pour résumé, en dépit d’un sujet intéressant, j’ai un peu l’impression d’être passée à côté de ce livre.

L’odeur de la colle en pot par Adèle Bréau

Présentation de l’éditeur :

Septembre 1991. Caroline a treize ans et intègre son nouveau collège. Avec ses parents et sa sœur Charlotte, ils ont quitté la banlieue pour s’installer à Paris, dans un appartement trop grand où les liens se distendent chaque jour. S’il voulait se rapprocher de ce travail qui le dévore, le père est pourtant de plus en plus absent. Quand il est là, c’est vêtu de ce blouson qu’il ne quitte plus, et de cet air qui semble dire son désir de partir loin. Autour de l’unique téléphone fixe de la maison se chuchotent les secrets d’une famille en plein chaos : le chagrin de la mère, la fuite du père et les tourments adolescents de l’héroïne, qui déroule le fil de cette année si particulière où l’enfance s’éloigne.

Merci à Netgalley et aux éditions Jean-Claude lattès pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce roman pourrait être sous-titré : une année presque ordinaire dans la vie d’une collégienne. « Presque », parce que Caroline vivra des bouleversements, certes banals, mais des bouleversements quand même au cours de cette année scolaire. Nous sommes dans les années 90, et nous sentons bien les années 90. Non, contrairement à d’autres auteurs, Adèle Bréau n’a pas cru bon de dresser un catalogue de tout ce qui composait ces années-là, tel un vaste dépliant publicitaire. Elle montre ce qui faisait le quotidien de ses années, et le glisse dans le récit avec naturel – parce que cela l’était, à l’époque, comme il l’était, pour les parents, de cacher certaines choses à leurs enfants. Si le récit nous est entièrement raconté du point de vue de Caroline, nous en savons ainsi autant qu’elle, c’est à dire très peu, sur la vie de couple de ses parents, sur les dissensions qui ont pu régner dans leur couple, les relations avec leur famille également. L’une des familles est fréquentée de manière ritualisée, l’autre est passée complètement à la trappe, de manière quasi-institutionnalisée – et cela ne peut que rejaillir, au plus mauvais moment, tout comme les tourments intimes liés à la conception de leur deuxième enfant. Les liens sont d’ailleurs assez faibles entre Caroline et Charlotte, la petite soeur qui est encore une enfant alors que Caroline est une adolescente, avec ses problèmes d’adolescente et ce que l’on nommerait aujourd’hui de la dysmorphophobie. A l’époque, on ne disait rien, il s’agissait simplement d’une ado qui se trouve trop grosse, avec des parties de son corps trop affirmée, d’autres pas assez pour se plaire à elle-même – le regard des autres, le regard sur son comportement alimentaire nous renseigne sur ce qu’il en est vraiment.
Il est question de la banlieue aussi, pas celle dont on nous parle aujourd’hui, mais celle dont j’entendais parler étant enfant (j’ai le même âge que l’héroïne) : un lieu calme où l’on vivait assez bien. Autre trait des années 90 : l’importance de la carrière du père, qui travaille dur et qui mérite donc que toute la famille déménage pour qu’il puisse se consacrer davantage, et bien, à son travail. Sa famille ? Entre-t-elle vraiment dans l’équation ? Non. Pour la parité, vous repasserez également. Tout ce qui concerne la gestion de la vie quotidienne revient forcément à la femme.
Si parfois, l’on peut se sentir étouffé par les contraintes de l’époque (les joies du téléphone et de ses tarifs, l’absence d’internet), ce n’est aussi que pour mieux voir ce qui a changé par rapport à ces années, ou pour mesurer le chemin qui reste encore à parcourir, dans nos années où tout semble encore possible.
Quant au titre… combien de quadragénaires cherchent encore, et retrouvent l’odeur de la colle en pot de leur adolescence ? Beaucoup.