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Octavie d’Urville, tome 2 d’Esther Brassac

Présentation de l’éditeur :

« Parfois, croiser les doigts, c’est utile. Du moins, c’est ce qu’on dit et Octavie applique cette thérapie avec détermination. Seulement, voilà, les ennuis continuent de s’enchaîner. Et pas un ou deux, non ! Des bataillons entiers qui s’approchent en rangs serrés. Oui, parce que sinon, ça serait trop facile. Les Supranaturels londoniens meurent comme des mouches, victimes d’un étrange syndrome. Et comme si ça ne suffisait pas, Arthur de Strangewell, l’archivampire ressuscité par Swann, adopte un comportement aberrant. Difficile à vivre quand on sait qu’il représente le principal espoir contre la menace des extrémistes humains.
Heureusement, tout n’est pas négatif. Octavie s’apprête à fêter son anniversaire. Même avec des mois de retard, c’est une bonne occasion d’oublier le désastre de sa vie. Reste un dernier point noir : James, le charmant et mystérieux rouquin dont elle est amoureuse, va-t-il répondre à son invitation ? »

Mon avis :

Parfois, j’aime un livre, je prends beaucoup de plaisir à le lire, et je ne le chronique pas : c’est ce que j’ai fait avec le tome 1 d’Octavie d’Urville (et avec beaucoup d’autres livres aussi). J’ai donc avec plaisir acheté le tome 2 au salon du livre de Paris, et je l’ai lu avec encore plus de plaisir.
J’aime beaucoup le personnage d’Octavie, cette fée fantôme qui cherche désespérément à prendre un peu de poids. La situation a encore empiré depuis le tome précédent (rien à voir avec son poids, par contre). Elle et ses proches ne disposent que de peu de temps pour tenter de sauver les Supranaturels. Ce n’est pas qu’ils tombent comme des mouches, c’est plutôt qu’ils se battent les uns contre les autres jusqu’à la mort. Comment combattre ses ennemis ? En les forçant à se retourner les uns contre les autres. Pratique et tragique.
Nous découvrons à la fois l’aspect scientifique et l’aspect combatif de l’enquête. Octavie et les siens ne vont pas rester les bras croisés en attendant que la situation se tasse, ou que leurs mystérieux ennemis ne gagnent – ils gagnent déjà beaucoup de terrain. J’ai aussi beaucoup aimé l’humour qui parcourt le récit : Octavie est une jeune fée tout ce qu’il y a de plus normale (avec de légers soucis avec ses pouvoirs, il est vrai): elle a des amis, des parents, un patron, et tout ce qu’ils souhaitent à peu près tous c’est qu’elle reste à l’abri, à l’écart de ce que se trame parce qu’Octavie a le don pour se flanquer toujours dans les situations les plus dangereuses. Enquêter semble être sa passion, sa raison d’être, avec une grande lucidité :
Décidément, cette journée allait concourir pour le prix de la catastrophe de la semaine. Malheureusement, elle n’était pas finie. On risquait pire encore.
J’ai très envie de découvrir la suite et la fin de cette trilogie.

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Les filles de l’astrologue, tome 1

Présentation de l’éditeur :

Quatre destins guidés par les étoiles dans un roman d’aventures au féminin.
Thérèse : née sous le signe du Capricorne, élément Terre. Ariane : née sous le signe du Verseau, élément Air. Philomène : née sous le signe du Verseau, élément Air. Soledad : née sous le signe du Lion, élément Feu.
Elles sont filles d’astrologue. Et elles sont en danger, car le monde change. Suite à l’arrestation de leur père par le roi Louis XIV qui a interdit la pratique de l’astrologie, elles doivent quitter le domaine familial et se séparer. Avec les astres pour seuls guides, chacune doit désormais suivre sa voie.

Merci à Netgalley et aux éditions Rageot pour ce partenariat.

Mon avis : 

L’action se passe au temps de Louis XIV – une époque que j’aime particulièrement, pour sa musique et pour sa littérature. Nous sommes cependant très éloignés de la Cour dans ce roman – mais ceci est quasiment une autre histoire.
Nous découvrons quatre toutes jeunes filles, trois sont orphelines de mère, l’une, Soledad, a été recueillie parce que toute sa famille a été décimée. Leur père est un scientifique, du moins, tel qu’on pouvait l’entendre à l’époque, mais assez rêveur, finalement, puisqu’il était, au début du roman, loin de son domaine. Il se retrouve dans une situation dangereuse et seules ses filles et sa nièce peuvent l’aider – autant dire que la situation est alors encore plus compliquée. Elles sont filles, elles sont provinciales, elles ont peu de moyens.
Elles ne s’attendaient pas au destin qui sera le leur mais je dois dire que je me suis peu attachée à elles. Leur père leur a peut-être donné une éducation très poussée, surtout à Ariane qui le secondait énormément, mais il n’a pas su leur trouver des alliés fiables en cas de problèmes. Thérèse vivra des aventures que je qualifierai de rocambolesques, Ariana vivra le sort de maintes jeunes filles pauvres. Sol rêve de briller, et elle m’a souvent agacée. Reste Philomène, au parcours atypique.
Toutes feront des rencontres variées, parce qu’il est impossible de s’en sortir seul(e), personne ne se déplace seul, encore moins seule à cette époque. Paris est le point de convergence pour toutes, de Perpignan ou d’ailleurs. Quant à leur ennemi, il m’a fait penser à un mythique balafré – même si je ne le crois pas aussi charismatique.
Un roman qui devrait plaire aux jeunes lectrices : je suis sans doute un peu trop âgée pour apprécier totalement ce livre.

 

Sainte Zélie de la Palud d’Hervé Jaouen

Présentation de l’éditeur :

On l’appelait Paolig dans son enfance, Paulo pendant ses années de chien, puis un beau jour il fut sacré le Grand Paulo, l’un des plus gros mareyeurs du pays bigouden. Un grand seigneur charismatique, pour qui la fière Marie-Morgane décida le jour de ses noces de tout plaquer : son futur mari et sa famille, et qu’importe le scandale. Ils ont su, au premier regard, qu’amour et réussite feraient bon ménage. Depuis toujours, ce sont les femmes qui ont soutenu et aimé Paul Draoulec. A commencer par sa mère, l’inénarrable Zélie, qu’il accompagnait, enfant, dans ses doubles tournées, de poissonnière ambulante et de buveuse invétérée. C’était au début des années 1930, sur les chemins de la palud de Penmarc’h. Il revient de si loin, le Grand Paulo… Le roman vrai, bouleversant, d’un amour filial.

Merci à Netgalley et aux éditions Presse de la cité pour ce partenariat.

Mon avis :

J’aurai aimé apprécier totalement ce livre, et ce ne fut pas vraiment le cas.
Je crois que j’aurai aimé en savoir plus sur Zélie, qui disparaît au premier tiers du roman. Je n’ai pas envie d’oublier qu’elle est morte jeune, usée, et qu’elle a malgré tout tenté d’élever de son mieux son fils unique, menant un travail très dur physiquement – existait-il des métiers faciles pour les filles mères, dans les années 30 ? J’aurai aimé que le récit se focalise réellement sur elle, et même si l’on en découvre encore un peu sur elle au cours du récit, je suis restée  sur ma faim.
Bien sûr Paul Draoulec est un personnage intéressant, par son parcours professionnel, par le milieu que nous découvrons grâce à lui – celui des mareyeurs et de la pêche. Un autre temps, un autre monde.
J’ai eu vraiment du mal avec le personnage de Marie-Morgane. Parfois, je trouve des femmes vivants dans les années 70 trop soumises eu égard au contexte. Ici, c’est cette jeune fille de bonne famille, benjamine de quatre soeurs, dont la liberté amoureuse m’a peu convaincue.

Les champignons de Paris d’Hervé Mestron

Mon résumé : 

Lucien part une semaine en vacances chez sa grand-mère, à Paris, dans le quartier de Montmartre. Il y fera des découvertes et des rencontres.

Mon avis :

Si vous avez mon âge, ou à quelque chose près, vous vous souviendrez peut-être d’une publicité qui ventait les mérites de ces fameux champignons parisiens. Ceux qui nous sont présentés ici sont bien différents, même s’ils ont des liens avec la musique.

Lucien, dit Lulu, est en vacances chez sa grand-mère. Comme beaucoup d’enfants, il fait partie d’une famille recomposée. Contrairement à ce que l’on nous vente un peu partout, sa situation n’est pas vraiment idyllique. Martins, sa belle-mère (respectons ses désirs de prononciation) apprécie peu son beau-fils, et n’a pas envie de s’investir pour lui. Son père, qui en est à sa quatrième compagne depuis le décès de la mère de Lulu, reste transparent, sans que Lucien tranche véritablement entre la volonté d’avoir la paix dans son ménage ou le désir de privilégier sa nouvelle famille – terme un peu fort, j’en conviens, puisqu’aucun enfant n’est encore né de cette nouvelle union.

Sa grand-mère tente donc de lui procurer ce que son père ne lui donne pas vraiment : de l’attention, l’absence de jugement, le respect de ses désirs, et aussi une autonomie bienveillante – ce qui ne veut pas dire que Lulu peut faire n’importe quoi. Lucien découvre alors que des gens vivent en plein Paris dans des conditions de vie qu’il ne pouvait imaginer. Comme le lui fait remarquer sa grand-mère : Plus la société évolue, plus l’entraide diminue. Arrêtons le massacre.

Hervé Mestron nous disait en 2010 ce que d’autres continuent de nous dire en 2018 : on peut avoir des papiers, un travail, scolariser ses enfants, et ne pas pouvoir se loger correctement. Certains en profitent et savent très bien le faire. Nous devons être vigilants, mais tout le monde en a-t-il vraiment envie ?

Disparitions à Versailles de Virginie Platel

Présentation de l’éditeur :

Alors qu’elle travaille au Louvre, Elfi découvre que La Paix ramenant l’Abondance de la célèbre portraitiste de Marie-Antoinette, Élisabeth Vigée Le Brun, a disparu… Pas seulement du musée mais bien de la conscience collective. C’est comme s’il n’avait jamais existé. Aussi, lorsqu’un ami scientifique qui ?uvre pour un laboratoire secret à Monaco, lui propose de tester un incroyable voyage dans le temps, Elfi y voit aussitôt l’opportunité de percer le secret de la disparition du tableau. Propulsée, en compagnie d’Inès, en plein c?ur du XVIIIe siècle, elle n’aura que quelques heures pour résoudre des énigmes dont dépendent à la fois leur destin et leur survie dans le turbulent Paris de l’époque, avec Élisabeth Vigée Le Brun en personne, mais aussi dans le Versailles de la dernière reine de France…

Merci à Netgalley et aux éditions MxM pour ce partenariat.

Mon avis : 

Aimez-vous les romans d’aventures ? Aimez vous les romans historiques ? N’êtes-vous pas contre une touche de fantasy ? Si oui, alors ce roman devrait vous plaire. J’ajoute que si, comme moi, vous êtes passionnée par tout ce qui touche à Marie-Antoinette, vous êtes vraiment au bon endroit.
J’ai eu envie de secouer Elfi, qui correspond au prototype de la parfaite épouse telle que j’en ai trop croisé dans ma vie. Ce que j’entends par là ? La jeune femme qui a fait des études, brillantes, qui a un poste à la hauteur de ses qualifications, et qui abandonne un travail qui lui plait pour son « couple » et surtout, pour la carrière de son mari. Bien sûr, c’est un échec – et très souvent, dans la vie aussi.
Tout se brouille après dans sa vie, elle perd ses derniers repères artistiques et c’est là qu’on lui fait une proposition qu’elle ne refuse pas, parce qu’elle ne voit pas vraiment quel sens donner à sa vie. Pour cette mission – car s’en est une – elle rencontre Inès qui est quasiment son contraire. Malgré ses secrets, elle est volontaire, dynamique, débrouillarde, et toujours prête à venir au secours d’Elfy.
Avec elles, le lecteur se trouvera projeté dans un monde très finement reconstitué – parfois un peu trop, j’ai eu parfois l’impression que cela ralentissait l’action. Qu’importe finalement, nous nous trouvons plongés dans ce monde pré-révolutionnaire, dans lequel il fait encore bon vivre pour la noblesse, pas très bon pour tous les autres. Je ne vous parle même pas de la place des femmes. Cela tombe bien, j’aime aussi beaucoup l’oeuvre de madame Vigée-Lebrun, son rapport avec Marie-Antoinette.
Mais le roman historique n’est pas tout, ce livre présente un autre aspect que j’ai presque envie de vous laisser découvrir seul. Il s’agit du volet aventure, mâtinée d’espionnage, sur lequel se clôt le roman. Qu’en sera-t-il dans le tome 2 ? A voir !

La chambre des merveilles de Julien Sandrel

Présentation de l’éditeur : 

Louis a 12 ans. Ce matin, alors qu’il veut confier à sa mère,    Thelma, qu’il est amoureux pour la première fois, il voit bien  qu’elle pense à autre chose, à son travail sûrement. Alors il part, fâché et déçu, avec son skate, et traverse la rue à fond. Un camion le percute de plein fouet. Le pronostic est sombre. Dans quatre semaines, s’il n’y a pas d’amélioration, il faudra débrancher le respirateur de Louis.  En rentrant de l’hôpital, désespérée, Thelma trouve un carnet sous le matelas de son fils. À l’intérieur, il a dressé la liste de toutes ses « merveilles », c’est-à-dire les expériences qu’il aimerait vivre au cours de sa vie. Thelma prend une décision : page après page, ces merveilles, elle va les accomplir à sa place. Si Louis entend ses aventures, il verra combien la vie est belle. Peut–être que ça l’aidera à revenir. Et si dans quatre semaines Louis doit mourir, à travers elle il aura vécu la vie dont il rêvait. Mais il n’est pas si facile de vivre les rêves d’un ado, quand on a presque quarante ans…

Merci aux éditions Calmann-Lévy et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis : 

Quand je rédige un avis, je mets forcément beaucoup de moi. J’ai le même âge que l’héroïne, mais, contrairement à elle, cela fait très longtemps que je distingue ce qui est urgent de ce qui ne l’est pas. Peut-être parce que j’ai été confrontée très jeune à la perte d’un proche, et que l’arrivée du dernier jour ne prévient pas toujours.  Je ne dis pas qu’il est possible de s’entendre bien, tout le temps, avec tout le monde. Je dis simplement que le travail n’est pas tout dans la vie, surtout si aucune vie ne se retrouve mise en jeu.
Mais revenons au livre, nous sommes tout de même là pour cela. Autant vous dire qu’il faut avoir un bon moral avant de le lire. Il n’est pas forcément réjouissant de lire l’histoire d’une mère qui veille son fils unique, plongé dans le comas, comas dont il ne pourrait jamais sortir. Mère qui, par la même occasion, se rapproche de sa propre mère, des valeurs qu’elle lui a inculqué, et met de l’ordre dans sa vie professionnelle – enfin, pourrait-on dire. Thelma veut aider son fils, et pour cela, elle va vivre ses rêves – à sa place – et découvrir tout ce qu’elle ne savait pas sur son fils. Tout ce à quoi elle n’avait pas fait attention.
Oui, certaines pages sont savoureusement drôles, et paraîtront parfois improbables. Peu importe : le récit se tient, allant crescendo dans les défis. Ils amènent aussi Thelma à s’interroger sur sa solitude, qu’elle n’avait pas vu jusque là, tant elle était plongée dans son travail. S’ouvrir à nouveau aux autres est possible, même quand le temps est compté.
La chambre des merveilles est un livre riche, qui parle de notre époque et nous interroge sur notre rapport aux autres, sur nos priorités aussi. Gardez tout de même une boite de mouchoirs à portée de main.

Le temps des râteaux d’Hervé Mestron

Présentation de l’éditeur :

Édouard, boutonneux, en mal de filles, est accroc aux jeux vidéo. Obéissant au médecin qui lui prescrit de la marche à pied, Édouard va accepter un job de promeneur de chiens.

Mon avis : 

Tout d’abord, je tiens à remercier Fabienne Germain des éditions Zinedi pour ce partenariat, ou plutôt pour cette rencontre avec ce livre plutôt hors-norme.
Laissez-moi vous présenter Edouard, l’ado dans toute sa splendeur. Ce n’est pas tant qu’il est un geek, c’est plutôt qu’il est un « no life », un être quasiment asocial, qui consent néanmoins, entre deux parties de jeux video, à se rendre au lycée. Sa mère, qui l’élève seule, est désespérée. Elle prend donc conseil auprès d’un médecin, et commence, pour son fils, une thérapie radicale. Je dirai même plus : une thérapie canine radicale, avec option ablation de tout ce qui comporte un écran, de près ou de loin.
Je ne dirai pas que j’ai compati à la douleur d’Edouard, non, je dirai qu’elle m’a amusée – sans doute aussi parce que j’ai côtoyé moi-même des ados qui ont subi la même thérapie, avec même, pour certains, l’option canine. Oui, Edouard doit promener un chien, et pas n’importe lequel : une yorkshire de compétition, primée, pomponnée, un être dont il doit prendre grand soin et qui ne risque pas d’être trop difficile à promener.
Là, nous basculons légèrement dans le merveilleux, puisqu’Eouard se met à entendre Princesse parler. Impossible de se confier à qui que ce soit. Alors, que faire ? Suivre ses conseils avisés, à elle qui semble bien connaître la gent féminine ? Peut-être. Note : cette charmante Yorkshire connaît aussi très bien la gent masculine, quasiment une psy à quatre pattes. C’est dire aussi à quel point Edouard s’est isolé.
Pourtant, cette thérapie de choc lui permet de s’interroger un peu sur sa mère et sur sa famille – sa mère aussi est seule après tout. Et oui : Edouard est capable de s’intéresser à une autre personne qu’à lui, même si le ton reste toujours humoristique, décalé :
J’ai pris conscience qu’une mère ce n’était pas garanti à vie. ce n’était pas un poêle à bois.
Vous l’aurez compris, le temps des râteaux est un roman contemporain au ton décalé, qui nous parle autant des adolescents que de leurs parents.