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Nom de code : Mémé Ruth d’Alice Quinn

Présentation de l’éditeur :

Rosie Maldonne est une jeune mère de famille sexy, grande gueule… et en situation précaire.
Au resto du cœur, elle rencontre une SDF autoritaire qui la charge d’une mission : porter un message au Yacht Club de Monaco. Comme il y a des petits fours gratuits en perspective, Rosie ne se fait pas prier, mais elle ne se doute pas qu’elle va déranger des individus prêts à tout…

Mon avis :

Pour démarrer ce mois d’octobre, autant vous donner un avis sur un livre qui m’a plu, sur un livre qui fait du bien, plutôt que sur un livre qui m’a moyennement plu.
Rosie Maldonne est une héroïne aux antipodes de ce que l’on peut trop souvent lire dans la littérature contemporaine. Oui, sa situation financière est tout sauf satisfaisante, oui, elle est à la tête d’une famille recomposée (et non décomposée) et cela ne plaît pas à tous les amateurs de « norme ». Et alors ? Quand les difficultés se présentent, et elles sont un peu son lot quotidien, elle ne baisse pas les bras, retrousse ses manches, et elle y va ! Ses amis, qui forment à ses côtés une véritable famille, ont le même état d’esprit qu’elle : pourquoi attendre que les choses s’arrangent alors qu’il est possible de se bouger pour qu’elles s’arrangent plus vite ?
La vie de Rosie est fête de rencontre et elle tombe sous le charme d’un jeune clochard, presque trop beau pour avoir vécu longtemps dans la rue. Elle accepte aussi la mission donnée par une SDF trop autoritaire pour avoir vécu longtemps dans la rue. Et bien sûr, c’est là que les événements se compliquent, remettant presque malgré elle Rosie au coeur d’une histoire criminelle, avec des adversaires prêts à tout pour obtenir ce qu’ils veulent. Leurs objectifs sont très éloignées de ceux de Rosie, cela va sans dire.
Au cours de ce récit, Rosie est amenée à se replonger dans le passé de sa famille, dont nous avons déjà eu des bribes dans les tomes précédents. Comme souvent, ce ne sont pas ceux qui ont agi véritablement qui en ont parlé le plus.
Au pays de Rosie Maldonne mêle comédie, policier et histoire pour le plus grand plaisir des lecteurs.

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L’art de perdre d’Alice Zeniter

Présentation de l’éditeur :
L’Algérie dont est originaire sa famille n’a longtemps été pour Naïma qu’une toile de fond sans grand intérêt. Pourtant, dans une société française traversée par les questions identitaires, tout semble vouloir la renvoyer à ses origines. Mais quel lien pourrait-elle avoir avec une histoire familiale qui jamais ne lui a été racontée ?
Son grand-père Ali, un montagnard kabyle, est mort avant qu’elle ait pu lui demander pourquoi l’Histoire avait fait de lui un « harki ».

Merci à Babelio et aux éditions Flammarion pour ce partenariat.

Mon avis :

Il n’est pas toujours facile de chroniquer un livre que l’on a beaucoup apprécié, et que l’on quitte avec regret. Le personnage de Naïma m’a accompagné même après que le livre a été refermé, et pourtant, elle n’est pas vraiment le personnage principal du livre, plutôt l’initiatrice du projet qui lui fait remonter le temps et retracer l’histoire de ses grands-parents, puis de ses parents.
Je me suis sentie proche de cette histoire, parce que mes grands-parents aussi ont émigré. Eux ont fait le choix de ne pas retourner dans leur pays et, comme Naïma, je comprends mal le concept « d’immigrés de la seconde génération », ou le fait que l’on nous renvoie à nos origines – surtout quand les ponts ont été coupés, que la culture n’a pas été transmise, volontairement. Voici pour le paragraphe personnel.
Ce qui nous est donné à voir tout d’abord est la vie en Algérie du côté de ceux qui y étaient nés, qui y vivaient, qui ont dû choisir leur camp au moment où les « événements » ont éclaté. Choix qui n’a pas été facile puisque le but était de penser à l’avenir, tout en tentant de se prémunir des dangers du présent. Si nous avions été à leur place, qu’aurions-nous fait ? Vaste question. La vie, avant, était paisible, entre mariages, naissances et le passage du temps, qui amenait les récoltes.
Viennent le départ, l’arrivée en France, et toujours pour Ali le souci de protéger les siens. En lisant le sort des « harkis », je ne puis m’empêcher de faire des rapprochements avec la manière dont les réfugiés actuels sont traités – hasard du calendrier littéraire. Je ne puis m’empêcher de penser aussi que la manière de traiter les vaincus n’a guère changé depuis les camps qui accueillirent les espagnols en 1936.
La suite ? Les études, pour les enfants, l’intégration, les différences faites entre les garçons et les filles, sans s’en rendre compte. La vie qui continue en faite, avec en point d’orgue le mariage d’Hamid et de Noémie, ainsi que la naissance de leur quatre filles – dont Naïma.
Puis, la boucle est presque bouclée, avec le retour au pays (aux sources, allais-je dire) pour elle, comme s’il avait fallu d’abord remonter l’histoire de sa famille avant qu’elle franchisse la Méditerranée en sens inverse. Il y aura aussi des questionnements sur l’art, et ce qui légitime (ou non) tel ou tel artiste. L’histoire (des arts) écrite par les vainqueurs.
J’en ai déjà beaucoup dit, alors pour conclure, je dirai que je souhaite le meilleur destin possible à cette oeuvre.

Le dernier violon de Menuhin de Xavier-Marie Bonnot



Présentation de l’éditeur :

Rodolphe Meyer a été un célèbre violoniste. Le public l’adulait, les critiques l’encensaient. Il a été, il n’est plus. L’alcool a vaincu l’artiste. Reclus, il vit en compagnie du prestigieux Lord Wilton, qui fut jadis le violon de Yehudi Menuhin, modèle absolu de Rodolphe.
Un héritage va précipiter le destin de Meyer. Émilie, sa grand-mère, lui lègue une ferme isolée, dans l’Aveyron.

Mon avis :

C’est un curieux objet littéraire que nous avons dans les mains. Il est question de Yehudi Menuhin, oui, mais pas seulement. Il est présent, en filigrane, dans l’oeuvre, sans jamais être un prétexte pour évoquer le sujet principal du livre.
Et quel est-il, d’ailleurs ? La musique, l’amour de la musique ? La difficulté à jouer, jour après jour, à rester au sommet, à interpréter des oeuvres que des génies ont sublimé avant vous ? Rodolphe est un violoniste qui a lâché prise. Dernier membre vivant de sa famille, il revient dans l’Aveyron pour enterrer sa grand-mère Emilie, qui lui a légué une vaste bâtisse, et quelques secrets aussi. Il se rend compte qu’il l’a négligé, qu’il ne sais presque rien, finalement, de la manière dont sa propre mère, disparue elle aussi, a grandi dans cet endroit. A la recherche des souvenirs, de son passé ? Ou aussi, et de cet amour maternelle qu’il devait partager avec son frère aîné, mort de ses addictions, de cette part d’ombre, de sauvagerie, qui l’a dévoré.
Les relations mère/fils sont au coeur de ce roman, ainsi que les relations père/fils. Le père apparaît tout puissant, ambitieux, accomplissant ses rêves à travers son fils. Sa mère, ayant abandonné ses études contre l’avis de ses parents, est une simple femme au foyer qui ne s’oppose pas à son mari. Et Rodolphe de découvrir que sa mère était plus proche de sa propre mère (Emilie donc) qu’il ne le pensait, et que cette dernière pensait très souvent à son unique petit fils survivant, bien que celui-ci ait bien d’autres choses à faire que de venir au fin fond de l’Aveyron.
Puis vient l’irruption du fantastique – réussi, je dois le dire, s’appuie sur la légende de Victor, l’enfant sauvage. Victor, ce prénom se répercute dans le roman, passant d’un enfant mort-né en 1797 au frère d’Emilie, porté disparu pendant la première guerre mondiale, sans oublier cet enfant sauvage dessiné par Jean-Etienne, frère aîné de Rodolphe. Victor, encore, qui vient hanter Rodolphe dans l’Aveyron et s’avère presque son double, sa part de sauvagerie. Ce basculement dans une autre dimension, oscillant entre réel et étrange, assure une montée en puissance dans l’écriture du roman, après la dimension plus intimiste du début du roman.
Le dernier violon de Yehudi Menuhin

Les panthères grises de Patrick Eudeline

Présentation de l’éditeur :

Il y a eu les Chaussettes noires,
il y a eu les Blacks Panthers.
Voici désormais venu le temps des Panthères grises.
Ils ont soixante ans et plus beaucoup de scènes underground à électriser. Reformer le groupe le temps du mariage de l’un de leurs petits-fils, c’est pas vraiment ce qu’on pourrait appeler un grand rêve. Mais c’est le seul qu’il leur reste.

Mon avis :

Let me introduce les panthères grises ! The show must go on – ou presque. Guy et Didier ont vu le monde changer, et pas vraiment comme ils l’auraient voulu. A l’heure de la retraite, ils reforment leur groupe de rock, remontent sur scène et… et bien, non, ils n’électrisent pas vraiment les foules, ils animent le mariage du petit fils de l’un d’entre eux, Enzo, et l’on ne peut pas vraiment dire que le jeune homme, tout à la construction de sa vie (poursuite des études, travail, mariage, maison, futur enfant) ait véritablement apprécié le talent musical de son aïeul. Nan, il l’enverrait même bien en maison de retraite, et fissa, voir même plus, pour ses velléités musicales, prémices de la démence pour lui. Vous l’aurez compris, les liens familiaux sont un peu distendus. Au milieu, la fille de Guy apparaît comme le symbole de notre époque : infirmière, dépressive dans un milieu hospitalier en déliquescence, elle n’a pas (plus ?) la force de se lancer dans une aventure professionnelle en solo.
Bref, tout ne va pas bien dans le meilleur des mondes, même Guy se fait l’effet d’être devenu ce qu’il redoutait le plus : un réac. De l’autre côté, nous trouvons Patrick, professeur oui, mais surtout bohème qui s’est laissé porter par les événements et qui aujourd’hui voudrait agir, accomplir quelque chose, voir bouger la société. Nadire, enfin, et madame Mado, sa compagne, tiennent tous les deux un café à Pigalle, un café « comme avant », loin de la gentrification du quartier (j’ai pensé à la chanson de Georges Ulmer en lisant la description du quartier, de leur café). Ancien braqueur, un peu flambeur, Nordine s’ennuie un peu. Alors quand une occasion se présente, presque sur un plateau d’argent,il veut renouer avec son passé. A condition de trouver des personnes prêtes à l’accompagner dans son aventure. Je vous laisse deviner de qui il s’agira.
Oui, le roman s’inscrit dans l’actualité, brocardant au passage les starlettes et leurs admirateurs. Anecdotique ? Pas vraiment, plutôt une radiographie pas très optimiste de notre société frileuse. Le livre se clôt, tout de même, sur une note d’espoir. Reste à faire réellement bouger les choses.

Et soudain la liberté d’Evelyne Pisier et Caroline Laurent

Présentation de l’éditeur :

Mona Desforêt a pour elle la grâce et la jeunesse des fées. En Indochine, elle attire tous les regards. Mais entre les camps japonais, les infamies, la montée du Viet Minh, le pays brûle. Avec sa fille Lucie et son haut-fonctionnaire de mari, un maurrassien marqué par son engagement pétainiste, elle fuit en Nouvelle-Calédonie.
À Nouméa, les journées sont rythmées par la monotonie, le racisme ordinaire et les baignades dans le lagon. Lucie grandit ; Mona bovaryse. Jusqu’au jour où elle lit Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. C’est la naissance d’une conscience, le début de la liberté.

Merci à Babelio, à son pique-nique et aux éditions Les Escales pour cette découverte.

Mon avis : 

Ce livre est une oeuvre curieuse, parce qu’elle a été inachevée à cause du décès d’Evelyne Pisier et que l’éditrice a fait le choix de la terminer, faisant ainsi office de co-auteure. Le récit proprement dit est ainsi coupé par les commentaires de Caroline Laurent, nettement délimité, qui explique son travail, les processus d’écriture qu’elle a suivis, un peu comme Delphine de Vigan dans Rien ne s’oppose à la nuit, si ce n’est qu’elle parlait alors de son roman. J’ai un regret à ce sujet : le récit de la création du personnage de Marthe, dont l’itinéraire de vie perd ainsi de sa force.
Maintenant que ce bémol est posé vient ce que j’ai aimé. Ce livre est véritablement prenant. Il retrace une époque dont on parle peu, finalement, à savoir la fin des colonies françaises et ce qui s’est passé, là-bas, si loin de la France métropolitaine. On apprend aussi le devenir ce ceux qui ont été en fonction là-bas, leur reconversion, si j’ose utiliser un terme si moderne.
Le second thème dominant est le féminisme, et la prise de conscience de Mona. C’est un récit à faire lire à tout ceux qui oublient le chemin parcouru, quelle était la situation des femmes avant les années 70, mais aussi le manque d’engagement de la génération actuelle. Parce que, finalement, s’engager, ce n’est pas, comme certains le font actuellement, s’engager pour une seule et unique cause, mais contre toutes les injustice, et la transformation de Mona est à ce titre remarquable, pour ne pas dire toujours d’actualité. Je pense à la sortie du film 120 battements par minute de Robin Campillo, par exemple.
Je suis comparatiste de formation, donc je ne peux m’empêcher de comparer ce livre avec Le bal du gouverneur, que j’ai lu voici plusieurs années. L’un des points communs est que la fratrie est limitée à une soeur et un frère plus jeune. Si Evelyne s’explique de ce choix, dans une très belle page hommage à sa soeur, j’aurai aimé savoir pourquoi Marie-France Pisier a fait le même choix.

Une fille dans la jungle de Delphine Coulin

Merci à Netgalley et aux éditions Grasset pour ce partenariat.

Mon avis : 

Ce livre est facile à lire – par le vocabulaire utilisé, par la construction du récit, par la facilité avec laquelle chaque personnage est identifiable.  Voilà pour nous aider à entrer dans ce livre. La difficulté, c’est tout le reste. J’ai été littéralement prise aux tripes par le destin de ces six jeunes, dont Hawa est la figure phare, sans être une chef de bande avec ses aspects négatifs.
Leur but ? Passer en Angleterre, oui, mais surtout survivre. La jungle ne semble pas seulement une zone de non droit, c’est un lieu où la loi n’a pas (n’a plus ?) court et où tout ce qui s’y passe semble en dehors de notre temps. Nous croisons parfois des bénévoles, trop peu, trop occupés. Puis, la jungle a été démantelée, ils n’ont plus de raison d’être là, non ? L’impression de faire comme si, comme si détruire cet endroit était LA solution pour qu’il n’y ait plus de migrants, alors que l’histoire n’est qu’un éternel recommencement.
A l’intérieur de courts chapitres, l’on saura comment Hawa, Elira, Milad, Jawal, Ali et Ibrahim sont arrivés là et se sont réunis, refusant de répondre aux injonctions de ceux qui voulaient… J’ai envie d’écrire « les parquer ailleurs » et bien je l’écris puisque c’est ce que je pense à la lecture. Dans ces bracelets colorés qui leur furent distribués et les envoyèrent dans des lieux différents, j’ai eu l’impression de lire des déplacements d’objet, que l’on range comme l’on peut, non des soins portés à des êtres humains.
Ce qui domine ? La violence des hommes sur d’autres êtres humains. La violence et la peur du surgissement de la violence. La peur au ventre, la peur dans le ventre.
Ce livre est un roman, ce pourrait presque être un documentaire. C’est en tout cas un livre inconfortable, parce qu’il nous montre ce que l’on ne veut pas, ne veut plus voir et qui pourtant existe pas loin de nous.

Dans le ventre de la baleine de Danièle Buelens

Merci à Mathieu et aux éditions Librinova pour ce partenariat.

Mon avis : 

Voici un livre curieux à lire pour la casanière que je suis, celle qui pourrait organiser un circuit touristique comportant les maisons natales de plusieurs membres de sa famille. D’ailleurs, celle-ci n’a guère bougé de la Normandie, du moins, elle y est établie depuis 1698 (je ne suis pas remontée au-delà). Ceci explique sans doute et aussi l’immense retard pour rédiger cet avis : ce service de presse est dans ma PAL depuis décembre.
Tout autre est la famille dont sont issus les personnages que nous croisons dans les derniers chapitres du livre. Ils viennent d’horizons divers, et ne se sont pas contentés d’y vivre, ils ont aussi beaucoup voyagé – par obligation ou par choix personnel, professionnel. Leur point de départ ? Le Mont Liban, dont les massacres vont pousser une des branches de cet arbre généalogique littéraire à partir. Une autre vient d’Egypte, une Egypte bien différente de l’image que l’on peut en avoir aujourd’hui, l’Egypte, le Liban où se termineront une partie du voyage. Je n’ai garde d’oublier la Bretagne – presque double puisqu’un garçon des terres a fait le choix de la mer.
Goût du voyage ou nécessité, ce qui m’a frappé est qu’en dépit de l’éloignement, des aléas de la vie, de l’histoire également, les liens ne se sont pas distendus entre les membres d’une même famille. Au fil des générations, chaque fratrie (ou plutôt sororie pour le XXe siècle) a partagé … beaucoup, sans que jamais les décisions des uns ou des autres ne soient jugées – solidarité familiale qui perdure depuis 1860 et s’exprime avec la même attention.
Ce voyage dans le temps et l’espace passe très rapidement et montre aussi l’évolution, positive ou négative, de nos sociétés, le regard aussi qui peut être portés sur celles et ceux qui, justement, ne se préoccupent pas du regard des autres. Dans le ventre de la baleine est à la fois un roman historique, une chronique familiale et renoue aussi avec la tradition des récits de voyage.