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Elvira Time, tome 1 : Dead Time de Mathieu Guibé

édition du chat noir – 224 pages

Présentation de l’éditeur :

L’existence des vampires n’est plus un secret pour personne. Alors que le tout Hollywood les décrit comme les amants du siècle, notre bon vieux gouvernement des Etats-Unis a tranché. Chaque rejeton aux dents longues se verra proposer un choix : se référencer auprès des autorités et survivre comme un animal en cage ou rester libre et se faire traquer par des chasseurs de primes rémunérés par l’état. Perso, je préfère la deuxième solution. C’est beaucoup plus lucratif pour mes finances depuis que j’ai hérité de l’entreprise familiale. Le problème, c’est qu’à 17 ans, je suis encore enchainée au lycée et je dois concilier cours de math et exécutions sommaires. D’aucuns diront que j’ai la fâcheuse tendance à ramener plus de boulot au bahut que je ne rapporte de devoirs à la maison. C’est pas faux. Alors voyez-vous, quand on doit gérer tous ces vampires attirés par le miasme hormonal émanant de mon école et qu’en plus, on s’appelle Elvira, la vie n’est pas simple.

Mon avis :

J’ai lu ce livre, je l’ai aimé, j’ai trouvé certains passages très drôles, d’autres très émouvants, j’ai continué en lisant et en chroniquant les suites (sauf le tome 3, que je ne chroniquerai pas, chroniquer tout ce que l’on lit n’est pas une obligation).
Après la version courte et sèche, voici la version développée, qui ne sera sans doute pas très différente des autres chroniques publiées sur ce livre (je ne les ai pas lues, ce n’est pas pour cela que je pense être très originale). J’ai pensé, en lisant ce livre, à Buffy contre les vampires, forcément. Elvira, comme Buffy, est une tueuse de vampire. Attention, pas n’importe lesquels ! Aux Etats-Unis, les vampires ont le choix : s’ils sont référencés, et portent un collier destinées à mettre fin définitivement à leurs jours au cas où ils attaqueraient un être humain, il est impossible de les chasser. En revanche, s’ils ont refusé ce référencement, les chasseurs de prime peuvent les tuer. C’est simple, et Elvira a repris ainsi le métier de son père, chasseur de primes tué dans l’exercice de ses fonctions. Problème : non, elle n’a pas peur des vampires, elle est encore mineure et n’a pas encore le droit de travailler, ce qui, bien entendu, ne l’empêche pas de le faire. Qui sauverait, sinon, la vie de jeune fille en détresse qui ont été séduite sans le savoir par un beau vampire ? Personne.

Dit ainsi, tout semble simple. Ce n’est pas vraiment le cas. Elvira est un peu borderline, surtout depuis la mort, un an plus tôt, de son meilleur ami Jericho (pour les circonstances précises, voir le tome 3, justement). Depuis, ce n’est pas seulement qu’elle porte sa peine, c’est qu’elle vit avec son fantôme, fantôme qui porte exactement la même tenue que le jour de sa mort. C’est vraiment un coup à réfléchir sur sa manière de se vêtir (pour la tenue, voir la couverture du tome 4) pour être sûr de ne pas se retrouver avec une tenue hautement improbable à porter pour l’éternité (mon humour n’est pas si noir que cela, je vous assure !). Elvira doit aussi faire avec deux personnes qui vont lui venir en aide et/ou lui compliquer la vie, c’est selon. Pour la première, Belinda est justement le prototype même de la gentille et naïve lycéenne – et Elvira de quasiment regretter de lui avoir sauver la vie. Pour l’autre, Ludwig est le modèle même du pré-adolescent geek, très doué pour tout ce qui touche à l’informatique et aux bandes dessinées, nettement moins en ce qui concerne les relations humaines. On ne peut pas tout avoir dans la vie.

Elvira Time est une série en quatre tomes que j’ai beaucoup appréciée. J’espère qu’il en sera de même pour ceux qui croiseront sa route.

L’oeil du chaos de Jean-Marc Dhainaut

Présentation de l’éditeur :

Tandis qu’une canicule sans précédent frappe l’Europe, Théo, un jeune lycéen de 17 ans, est terrifié quand il réalise que les photos qu’il vient de faire dévoilent l’horreur et le chaos 21 jours à l’avance…
Mais personne ne le croit. Et lorsque, partout dans le monde, le courant disparaît, les avions s’écrasent et que toutes les cloches des chapelles et des églises se mettent à sonner inexplicablement, il est déjà trop tard.
Théo est alors loin d’imaginer l’incroyable mission de survie et d’espoir que le destin lui réserve.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier Joël des éditions Taurnada pour ce partenariat.

De Jean-Marc Dhainaut, j’ai déjà lu et apprécié la série mettant en scène Alan Lombin, dont le dernier tome des aventures est Les couloirs démoniaques. Pas d’Alan Lombin ici, pas tout à fait un thriller non plus, L’oeil du chaos est un roman d’anticipation teinté de fantastique. Le héros est ici un jeune adolescent, Théo, 17 ans. J’aimerai vous dire « presque un adulte », mais non : il est encore, au début du roman, un adolescent insouciant, passionné de photographie, doté d’un petit frère et de parents aimants. Il est insouciant, oui, mais plus pour très longtemps.

Comme souvent dans le genre fantastique, c’est un objet qui va tout déclencher. Est-il maléfique, bénéfique ? C’est au lecteur d’en juger. Non, il n’est pas tombé dans les mains de Théo par hasard, il s’agit simplement de son appareil photo, qui a modifié, et qui fait apparaître des photos parfaites… si ce n’est qu’elles montrent des événements atroces, événements qui auront lieu trois semaines plus tard. Comme tous ceux qui ont fait un découverte qui n’entre pas dans le cadre cartésien de notre société, Théo se retrouve face à un dilemme : comment faire comprendre ce qui va survenir dans les jours à venir ? Difficile, impossible, impensable face à des personnes qui raisonnent avec les codes de notre époque, sans penser, même sans ces photos, que le monde souffre (non, je n’exagère pas).

Alors ??? Alors non, je n’ai pas tout dit, ou trop dit. Alors tout commence serait plus juste, et ce « tout », c’est ce chaos. Après le thème de l’objet fantastique, le roman nous entraîne dans du dérèglement du climat, de la société – de la fin du monde, pour synthétiser, et de la manière d’y survivre. L’objectif de ce roman n’est pas, à mon sens, de faire ce qui a déjà été fait avant, de proposer une version qui a été vue – dans les films catastrophes, notamment. Non, c’est une autre variation que nous propose l’auteur, variations qui jouent, hélas, avec ce dont nous disposerions si de telles événements se produisaient.

Ce livre n’est pas un divertissement, il est une interrogation sur ce que nous ferions, nous, si de tels faits nous arrivaient. Comment nous organiserions-nous, comment survivrions-nous, comment tenterions-nous de changer les choses ? Autant de questions auxquelles le récit répond. Mais nous, à l’heure actuelle, que faisons-nous pour qu’un tel chaos n’arrive pas ? A nous de trouver la réponse et d’agir.

 

Ceci n’est pas mon corps d’Enguerrand Guépy

Présentation de l’éditeur :

Sous la plume d’Enguerrand Guépy, l’affaire Yves Dandoneau devient une fable grinçante haletante. Dans la nuit du 6 au 7 juin 1987, sur une petite route de l’Hérault, une voiture percute un rocher. A l’arrivée des pompiers, elle est en flammes, et le corps à l’intérieur totalement carbonisé. « Maintenant, il lui fallait un corps, il lui fallait de la chair à offrir à son impeccable scénario, un corps qui ne servirait plus, un corps qui serait presque son corps mais tout à fait, néanmoins suffisamment ressemblant pour que personne ne s’étonne, ne pose de questions, pour que tout cela s’apparente à un banal accident, un accident de rien du tout comme il en arrive tous les jours, le genre de pépin qui rythme le quotidien des urgences et fait trois lignes dans la feuille de chou locale. Mais où le trouver ?

Merci aux éditions du Rocher et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce livre court (200 pages) est difficile à lire sans se mettre en colère. Yves Dandonneau rêve d’une vie meilleure. Une revanche à prendre sur son enfance. C’est son droit le plus absolu. Vouloir escroquer les assurances pour cela, non. Se penser supérieur à un autre être humain, le tuer pour le mettre à sa place, non encore.

Ce livre contient des pages sombres sur ce qu’Yves pense des SDF, qu’il méprise et compare à des déchets. En contraste, les pages consacrés à Joe, SDF sans illusion sur son avenir, sur les autres, sur ce qui l’a amené dans la rue, sont lumineuses. Oui, l’on s’ennuie auprès d’Yves, tout en se demandant jusqu’à quel point il croit les bobards qu’il se dit. Quant à Cécile, la femme de sa vie, sa complice, elle partage avec lui cette même suffisance. Elle est presque caricaturale dans sa posture d’amoureuse transie, qui ne peut se passer de son homme. J’ai parfois eu l’impression qu’Yves regardait sa vie, au lieu de la vivre. Ah, c’est vrai : ce n’est plus la sienne puisqu’il est mort, c’est celle du personnage qu’il s’est composé.

La fin était connue, puisque le récit est inspiré de faits réels. J’ai apprécié la logique des enquêteurs, leur ténacité aussi. On ne parlera jamais assez de l’importance de la sécurité. On ne parlera jamais assez de l’importance des vies humaines – de toutes les vies humaines.

Mala vida de Marc Fernandez

édition Le livre de poche – 288 pages.

Présentation de l’éditeur :

De nos jours en Espagne. La droite dure vient de remporter les élections après douze ans de pouvoir socialiste. Une majorité absolue pour les nostalgiques de Franco, dans un pays à la mémoire courte. Au milieu de ce renversement, une série de meurtre est perpétrée, de Madrid à Barcelone en passant par Valence. Les victimes : un homme politique, un notaire, un médecin, un banquier et une religieuse. Rien se semble apparemment relier ces crimes … Sur fond de crise économique, mais aussi de retour à un certain ordre moral, un journaliste radio spécialisé en affaires criminelles, Diego Martin, tente de garder la tête hors de l’eau malgré la purge médiatique. Lorsqu’il s’intéresse au premier meurtre, il ne se doute pas que son enquête va le mener bien plus loin qu’un simple fait divers, au plus près d’un scandale national qui perdure depuis des années, celui dit des « bébés volés » de la dictature franquiste.

Mon avis :

Tout d’abord, merci à Belette qui m’a fait découvrir ce livre au cours d’un mois espagnol. Et quel livre, franchement, quelle claque.

Sa lecture fut un coup de cœur, gagnons du temps, et je n’ai lâché sa lecture que pour me rendre chez le vétérinaire, faire découdre Lisette et ponctionner l’oreille d’Annunziata. C’est donc à son chevet que j’ai terminé la lecture de ce roman.

Je pourrai ensuite analyser les procédés littéraires et stylistiques qui font que j’ai adoré ce livre, comme s’il fallait toujours prouver qu’un auteur est un « bon » auteur qui maîtrise les techniques narratives, comme l’on est soi-même un « bon » lecteur qui parvient à les repérer. Je pourrai utiliser des termes tels que « fluidité » ou « les pages se tournent toutes seules », termes que je n’aime pas lire parce qu’ils me semblent des formules passe-partout.

J’irai au plus court. Je parlerai des personnages, des incorruptibles que sont Diego Martin et son ami Daniel Pons. Diego est journaliste. Sa femme Carolina a été assassinée cinq ans plus tôt, en représailles d’une de ses enquêtes. Depuis, il n’a plus que son travail dans la vie, et il n’a pas l’intention de fléchir, de faillir, d’abandonner sa ligne de conduite. Daniel Pons est juge. il est aussi l’informateur anonyme de Diego, qui fait tout pour garder secrète son identité. Ne faire confiance à aucun des moyens modernes de communication, ils sont si facilement piratables. Pour compléter le trio, Ana. D’origine argentine, elle a connu le pire là-bas. Devenue détective privée, elle se fait fort d’aider Diego dans ses enquêtes. Celle qui débute n’est pas sans lui rappeler les heures les plus sombres de son pays. Oui, l’Amérique du Sud n’a pas le monopole des bébés volés, l’Espagne aussi a connu (connaît ?) ce fléau.

Ce scandale n’est toujours pas résolu à l’heure actuelle, même si un premier procès (pour un seul cas !) a eu lieu en 2018. On peut parler de « tabou », on peut surtout dire que la loi d’amnistie a posé sur chape de plombe supplémentaire sur les années où Franco dirigeait l’Espagne. Pour vivre ensemble, pour construire l’avenir, faut-il nécessairement absoudre ? Terme choisi à dessein, parce que l’église catholique a participé activement à ce vol d’enfants.

Quand le livre débute, c’est la droite qui a pris le pouvoir, ceux qui veulent que surtout rien ne change, ou mieux, que tout redevienne comme avant. Les journalistes ? Muselés, virés, remplacés par des journaleux proches du pouvoir. Seul Diego a la chance de garder son poste. Il en faut bien un ! Des assassinats sont commis aussi, un jeune homme politique – du parti en place – un notaire, et si le lecteur saura très vite qui et (quasiment) pourquoi, force est de constater que la police patauge. Enfin, presque toute la police.

J’ai vraiment particulièrement apprécié certaines scènes, le témoignage d’Emilia, l’interview vibrante d’Isabel, l’avocate qui prend fait et cause pour les enfants volés et leurs familles, la nuit qu’Isabel et Diego passeront ensemble, parce que leur nuit est à elle seule un détournement de tous les clichés auxquels on peut s’attendre.

Et, comme le titre du roman lui a été emprunté, je ne pouvais pas ne pas partager :

Le coeur en laisse par Line Papin

Présentation de l’éditeur (extraits) : 

Maurice est un écrivain à succès. Mais voilà qu’à quarante ans, il ne ressent plus rien. Plus rien pour sa compagne Isabelle, plus rien pour ses livres. Alors qu’il tente de sauver une dernière fois son couple, soudain, elle apparaît. Elle, Ambroisie. Égérie du Tout-Paris, ancien mannequin à succès, d’une beauté saisissante, elle parle bien, elle sait tout. Ambroisie est un tremblement dans sa vie.

Merci à Netgalley et aux éditions Stock pour ce partenariat

Mon avis :

C’est un roman pour lequel je peine à rédiger mon avis. Je me rends compte en effet que, pour moi, ce roman a été cinématographique. Grâce aux mots de Line Papin, j’ai « vu » les scènes qu’elle racontait, et surtout, je me suis véritablement attachée à Maurice, personnage principal et narrateur de son histoire. Il est véritablement attachant, Maurice, peu importe les choix qu’il fait, peu importe le parcours qu’il suit dans ce roman, parce que j’ai vu un être de chair, presque quelqu’un que j’aurai pu rencontrer dans la vie et secouer un peu : « Maurice, tu fais une grosse bétise ». Oui, ma remarque est un peu infantile, parce que Maurice a beau avoir quarante ans, il est à la fois blasé et pas vraiment installé dans une vie d’adulte. Il a du succès en tant qu’écrivain ? Il n’arrive plus vraiment à écrire. Sa compagne ? Il ne ressent plus grand chose non plus. Il vit avec son chat dans un appartement qui tient plus du studio d’étudiants que de la demeure d’un écrivain qui a réussi.

Sa rencontre avec Ambroisie change tout. Non, il ne se remet pas à écrire, il donne un tournant totalement inattendu à sa vie, au point de se perdre. Ils sont différents, pour ne pas dire totalement opposés l’un à l’autre, et Ambroisie emmène Maurice avec elle, dans le tourbillon de sa vie. Je me suis demandé quand il allait ouvrir les yeux – ou si il allait ouvrir les yeux. La dolce vita ? Oui, non, peut-être. Maurice est hors de la vie qu’il s’était construite quasiment sans le savoir. Il est amoureux, il est ébloui, il se brûle à la folie Ambroisie – et l’écriture de Line Papin nous emmène avec lui.

Le coeur en laisse – un roman qui m’a emportée avec lui.

Un rendez-vous inattendue de Claudie Poirier

Présentation de l’éditeur :
L’Italie des années soixante invente la Dolce Vita et cicatrise doucement de la guerre. À Fiesole, sur les hauteurs de Florence, Giuseppina dont le quotidien est rythmé par la vie du Borgunto, quartier pauvre où sont logées les familles des carriers qui travaillent à la Pietra Serena, s’ennuie. Elle a quarante ans, peu de rêves et peu de vie. Giuseppina que l’on surnomme volontiers la grosse Beppa, non par mépris mais par admiration pour ses formes avantageuses, va découvrir brutalement que la morale ne constitue pas une feuille de route. Que vivre implique des forces bien plus fertiles et des engagements bien plus authentiques. Dans les parfums de la Toscane, dans le quotidien bruyant de son quartier, sous la touffeur des nuits étoilées, une route va pourtant s’ouvrir.

Merci aux éditions Librinova et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

La lecture de ce roman a été pour moi une belle surprise. Il m’a transportée dans l’Italie d’après-guerre, l’Italie qui se relève à peine de ce qu’elle a vécue. L’héroïne, c’est Giuseppina, dite Beppa. Elle a la quarantaine, et elle n’attend plus grand chose de la vie. Elle est mariée, depuis longtemps, avec Ernesto. Il est carrier, il travaille à la Pietra Serena, et fait presque toujours un détour, le soir, par le café du village, quand il ne fait pas, mais c’est rare, c’est.. plus discret, un détour pour voir une autre femme. Beppa et Ernesto font presque partie des familles aisées du quartier de Borgunto : une paye pour deux suffit pour bien vivre, Beppa et Ernesto n’ayant jamais réussi à avoir un enfant, à leur grand regret. Pour tromper son ennui, Beppa s’occupe de tous les enfants du voisinage qui ont besoin de ses soins, il est tant de femmes débordées par leur (trop) nombreuse progéniture.
Non loin de là vit Ilario et sa femme Margherita. Il est chirurgien. Tous les jours, il se rend à Florence pour opérer. Sa femme s’ennuie. Elle s’ennuie de Rome, dont elle est originaire, elle s’ennuie parce qu’elle n’a pas de vie sociale, elle s’ennuie aussi parce qu’elle sent l’hostilité des villageoises, qui n’ont aucune envie de converser avec cette femme qui vit sa vie si éloignée de la leur. Elle décide donc de passer quelques jours à Rome, jours qui se transforme en semaines, et son mari, qui n’a jamais eu à gérer quoi que ce soit dans sa maison, se retrouve à chercher une femme de ménage. Beppa se retrouve alors à travailler pour lui.
Oui, c’est une rencontre entre deux personnes que tout oppose, ou presque. Dans un petit village, tout se sait, et ce que l’on ne sait pas, on peut le deviner, le supputer, l’inventer éventuellement, spécialement quand il est des choses inattendues qui se passent là, juste sous les yeux des habitant(e)s.
Je crois que le personnage qui m’a le plus marqué est Irena, qui pourtant n’est plus, Irena, tuée par les fascistes, à qui Beppa rend visite régulièrement, raconte les derniers potins du village, lui confiant aussi ce qu’elle ressent et qu’elle ne peut confier à personne, Irena, qui était sa seule véritable amie d’enfance, elles que leurs parents avaient envoyé dans un petit village pour les protéger de la guerre.
Un premier roman à découvrir.

Mental – Mélodie à l’origine de Marine Maugrain-Legagneur

Présentation de l’éditeur :

Lorsque son père disparaît dans un accident de voiture et que sa mère sombre dans une profonde dépression, Kenza, quinze ans, doit s’occuper seule de sa petite sœur. Elle jongle tant bien que mal entre l’école d’Assia, le lycée et la tenue de la maison. Quand sa mère est conduite à l’hôpital, Kenza en est persuadée : on va la séparer de sa sœur et les placer dans un foyer. Et ça, il n’en est pas question.

Merci aux éditions Rageot et à Netgalley pour leur confiance.

Mon avis :

Pour commencer, je donne ce simple avertissement : je ne connais pas la série Mental, je ne l’ai jamais vue, et je n’ai pas eu la curiosité de faire des recherches à son sujet. Quelqu’un qui l’aura vue aura sans doute un ressenti différent du mien. Peu m’importe : c’est l’objet littéraire qui m’intéresse. Et bien sang, qu’est-ce que j’ai pu rire en lisant ce roman tragique. Non pas d’un rire involontaire, d’un rire franc, large, massif, devant la langue vivante, riche, radieuse employée et déployée par Kenza pour nous raconter ce qu’elle vit.

Se laisser abattre ? Pas question. Elle fait avec. Le regard des autres ? Elle s’en fout totalement. Elle n’a pas le temps. Il lui faut s’occuper de sa petite soeur de cinq ans, Assia, accro depuis peu au lait grenadine, il faut l’emmener à l’école, la rechercher, accessoirement, aller au lycée, étudier. Elle doit faire sans, par contre, sans sa mère qui sombre peu à peu depuis huit mois, depuis la tragédie, mère qui ne parvient plus à faire face, à émerger.

Cela aurait presque pu durer longtemps, jusqu’à cette péripétie majeure qui amène Kenza – encore – à repenser totalement, follement son quotidien. le lecteur avec elle quitte l’univers qui était le sien et celui d’Assia pour partir sur les routes, en un road trip fait de rencontres improbables et parfois hautement flippantes, il faut bien le dire – oui, le langage colorée et inventif de Kenza déteint sur l’écriture de cette chronique.

Alors oui, j’ai été bluffée par le récit, par le ton de Kenza et par le dénouement, que je n’ai pas vu venir (mais peut-être ceux qui suivent la série l’auront vu…). Ce roman est la preuve qu’avec des sujets lourds, graves, ce genre de sujets qui font faire grise mine à certains en disant « non, je ne lirai pas un livre qui parle de ça« , l’on peut écrire un roman débordant d’énergie, qui m’a emmené avec lui tout au long de ses 256 pages.

Le maitre de cérémonie d’Hervé Mestron

Présentation de l’éditeur :

Ziz, le Gandhi de la Kalach, débute en bas de l’échelle aux pompes funèbres Santini. Il se hisse rapidement au poste convoité de maître de cérémonie. Là où ça se passe. Là où, d’un regard compatissant, il peut remonter le moral des pleureuses. Aux côtés de Nadège qui cajole ses ambitions, notre Rastignac veut aller encore plus haut mais se fait renvoyer de son job. Ziz a la rage et décide de se perfectionner au stand de tir.
Ca va faire mal.

Merci aux éditions Atelier In8 pour l’envoi de ce livre.

Mon avis :

Ziz est de retour, voici le troisième volet de ses aventures. Cela fait toujours plaisir de voir quelqu’un qui a eu un parcours si complexe, qui a tant trébuché dans son chemin de vie réussir à se réinsérer dans la société. Certes, le travail qu’il effectue n’est pas le travail le plus convoité de tous, puisqu’il travaille dans les pompes funèbres. Pourtant, tel un Rastignac du XXIe siècle, Ziz est près à tous les efforts, tous les sacrifices pour gravir peu à peu les échelons de l’entreprise. Il ne ménage pas sa peine.

Ecrit ainsi, cela semble presque idyllique, non ? Bien sûr, il n’en est rien. Nous découvrons tout le récit à travers les yeux de Ziz, et quand il se confronte aux regards des autres, cela pourrait presque faire mal à son égo. Presque. Ziz en a vu d’autres, Ziz sait réellement ce qu’il veut, il sait aussi se retourner quand il est remercié, trouver un autre travail si besoin, travail dont je me demande toujours quelle filière il faut suivre pour y parvenir (non, je ne dirai pas lequel), un travail pour lequel les clients, étonnamment, ne manque pas, teintant encore plus en noir le récit que nous avons entre les mains. Ce travail n’est pas sans engendrer une certaine lassitude, comme tous les métiers, et Ziz craint de perdre la main. Oui, la vie est dure quand on sort du rang. Mais ses efforts le font à nouveau remarqué par monsieur Santini, oui, celui-là même qui l’avait remercié. Il est des petites entreprises qui ne connaissent jamais la crise.

Noir, cynique, drôle, le maître de cérémonie nous amène à nous interroger sur notre société, sur notre rapport à la mort et à la vie, sur le fait que, pour certains, la fin de vie est déjà une mort vécue, sur le fait, aussi, parce que les deux interprétations sont possibles, ce qui fait la richesse du récit, que certains humains ne sont plus, pour leur entourage, que des objets encombrants dont on peut se débarrasser facilement. Il nous interroge, et c’est le propre d’un livre intéressant de nous interroger, sur les casseroles que l’on traine avec soi, comment faire avec – ou s’en débarrasser.

Le livre mesure 80 pages, ce n’est pas un fait essentiel, ce qui l’est c’est sa force, et l’impact qu’il peut avoir sur nous, lecteurs.

Claudine à l’école de Willy et Colette

édition Le livre de poche – 252 pages.

Présentation de l’éditeur :

« Ces quatre-là et moi, nous formons cette année la pléiade enviée, désormais au-dessus des « grandes », qui aspirons au brevet élémentaire. » Avec Claudine, quinze ans, intelligente, séduisante, très avertie, ses camarades, la flamboyante directrice de l’école et sa jolie adjointe, les deux instituteurs des garçons et quelques autres, nous allons vivre une année scolaire peu banale… Rempli de vie et de sensualité, Claudine à l’école, premier roman de Colette, réunit déjà toutes les qualités qui assureront l’immense succès du grand écrivain.

Mon avis :

Il est toujours drôle, intéressant, comme vous voulez, de lire à l’âge adulte un livre que l’on a lu, relu, et re-relu étant enfant. J’aimais beaucoup lire les romans de Colette quand j’étais jeune, j’en ai tellement lu que j’ai un peu délaissé cette autrice à l’âge adulte parce qu’elle ne correspondait plus à ce que j’aimais le plus. Développement de l’esprit critique ? Peut-être.

Comment suis-je retournée vers Colette ? Par le biais du challenge solidaire sur Babelio. Alors, autant retourner aux sources, et lire le tout premier roman de Colette, soi-disant co-écrit avec Willy, son mari. En lisant la première page, je me suis rendue compte qu’il s’agissait d’un texte donné lors du brevet voici pas si longtemps que cela, texte donné comme autobiographique, texte, je m’en aperçois maintenant, particulièrement ardu pour les adolescents et les lecteurs d’aujourd’hui.

Claudine, c’est un peu le personnage de l’ado surdouée, même si l’adolescence n’existait pas proprement dit à cette époque. Si je me replace dans le contexte, elle et ses amies ont la chance d’être encore scolarisées, de préparer  un diplôme, puis, peut-être après, de devenir institutrice ou « sous-maitresse ».

L’éducation nationale avait-elle déjà des soucis à l’époque ? En tout cas, l’ancienne directrice est remplacée par une femme plus jeune, protégée par un des hommes politiques du coin, qui n’aime rien tant qu’inspecter l’école, surtout la classe des « grandes ». Si l’on écoute les discours d’aujourd’hui (j’ai quelques noms en tête), on expliquera qu’avoir quinze ans à l’époque, ce n’est pas pareil que maintenant. Lapalissade. Eh oui, à l’époque, à quinze ans, on mariait les filles, on ne leur demandait pas leur avis, ou au contraire on attendait pour les marier, parce qu’il n’était pas question de perdre un salaire (voir La place d’Annie Ernaux). Oui, à l’époque aussi, les hommes pouvait avoir des comportements déplacés envers des jeunes filles, mais unir une toute jeune femme avec un quadragénaire ne dérangeait pas tant que cela – voir le propre mariage de Colette.

Ce sont aussi des histoires en filles, entre jeunes filles, entre jeunes femmes et jeunes filles – on dirait que je déroule un catalogue complet. Est-ce que cela choquait, alors que l’homosexualité, tant masculine que féminine, était assez fréquente dans les milieux littéraires français ? Pas tant que cela. Pas suffisamment pour être censuré, suffisamment pour émoustiller. Il est bon de voir des amours véritables. Même si elles n’ont pas forcément de fin heureuse.

Premier tome des Claudine, premier roman aussi, dans cette Bourgogne loin de Paris, cette Bourgogne où l’héroïne est élevée par un père seul, fille unique et heureuse. Je regrette presque, pour me souvenir de la suite, de ne pas avoir retrouvé après l’ensemble des personnages présents dans ce tome, ou du moins les plus marquantes, comme Anaïs et Marie. Enfants, elles ont grandi ensemble, adultes, elles ont pris des voies différentes.

 

Dragons et mécanismes d’Adrien Tomas

édition Rageot – 640 pages

Présentation de l’éditeur :

Dague est voleur et espion. Il vit de cambriolages et de petits larcins. Alors qu’il est en mission de surveillance, il assiste à l’agression de Mira, une étrangère qui a fui son pays suite à un coup d’Etat. L’adolescente est archiduchesse, poursuivie par un tyran qui veut l’épouser et s’accaparer ses talents. Car elle fait partie des mécanomages, des sorciers capables de combiner leurs pouvoirs à de savants montages d’ingéniérie mécanique. En sauvant Mira, Dague est blessé, et les deux jeunes gens sont d’abord contraints de se cacher. Mais l’aristocrate est déterminée. Pour échapper à son ennemi et – accessoirement – tenter de récupérer le trône d’Asthénocle auquel elle peut prétendre, elle est résolue à s’enfoncer au cœur de la jungle. Un territoire hostile, quasi inexploré, et peuplé de dragons sanguinaires.

Mon avis :

Gagnez un temps précieux, ne lisez pas mon avis, lisez Dragons et mécanismes.
Si ce roman se déroule dans le même univers qu’Engrenages et sortilèges (lu trois fois, autant dire que je maîtrise le sujet), il n’est pas utile de l’avoir lu pour apprécier Dragons et mécanismes.
De quoi parle ce roman ? Il parle de complots, de trahison, de la capacité à s’adapter quelle que soit la situation. Oui, que l’on soit un voleur, un espion ou que l’on soit l’héritière déchue d’un trône, il faut toujours être sur le qui-vive, parce que ce qui vous attend, ce qui vous arrive, n’est pas du tout ce que l’un ou ce que l’autre avait prévu, que ce soit à court ou à long terme. Pour parler en des termes plus littéraires, les rebondissements et les péripéties sont nombreux, et emmènent le lecteur dans une intrigue inattendue. Attention ! Ne confondons pas « s’adapter » et « renoncer à ses principes », ou pour faire court, Mira et Dague chercheront toujours tous les moyens pour combattre Arlov, celui qui a renversé les parents de Mira. D’autres seront amener à les remettre en cause, leurs principes, leur règle, leur loi : faut-il vraiment obéir à son chef si celui-ci ressemble énormément à un tyran ?
Mes personnages préférés ? Kimba et Cuthbert, forcément. L’un comme l’autre ne manient pas la langue de bois et font preuve de beaucoup d’humour. Ni l’un ni l’autre n’ont pris les chemins que l’on attendait d’eux – si tant est que la mère de Cuthbert attendait quoi que ce soit de lui, ou que quiconque ait réussi à influencer Kimba. Etre un fantôme et élever un gosse aussi imprévisible que dague, c’est compliqué. Quant à Cuthbert, c’est un dragon – petit, certes, mais un dragon quand même !
Une citation, pour la route :
– Aucune idée, soupira Shumbi. Pourquoi quiconque voudrait libérer la plus dangereuse créature du monde après des millénaires d’enfermement ? A moins d’être à la recherche d’un suicide particulièrement destructeur et spectaculaire et d’emmener la planète entière dans sa chute…