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Le fils du pêcheur de Sacha Sperling

Présentation de l’éditeur :

Au cours des dix dernières années, j’ai été amoureux deux fois. Elle s’appelait Mona, il s’appelait Léo. J’ai vécu avec elle à Paris, avec lui en Normandie. J’ai été en couple pendant sept ans avec elle, avec lui pendant sept mois. Je les ai aimés pareil. Je veux dire, aussi fort.
En sept ans, j’ai pris dix kilos. J’ai voulu arrêter la drogue. J’ai essayé de faire un enfant. J’ai vu un homme mourir. Je me suis éloigné de mon père. J’ai vu les contours de mon visage disparaître. J’ai vu la femme que j’aimais se détruire. J’ai détruit le mec que j’aimais.
J’écris ces phrases dans le vide. Je ne sais plus à qui je m’adresse. Peut-être aux deux êtres que j’aimais le plus et que j’ai brisés.
On m’a tout donné et j’ai tout gâché. Il me reste le souvenir de ces deux passions.
Il me reste l’histoire que je vais vous raconter.

Mon avis :

J’aimerai… faire de grandes et belles phrases bien construites pour vous parler de ce livre. J’aimerai vous dire que je l’ai apprécié. Non, ce n’est pas le cas. J’ai hésité sur le genre dans lequel je devais le classer. Roman ? Roman autobiographique ? Autofiction ? Il correspondrait plutôt à cette dernière case, comme d’autres titres écrits par Sacha Sperling – pour ne pas dire comme tous les autres titres.

Il est question ici de passion amoureuse, et le ton est donné dès le départ : « J’ai vu la femme que j’aimais se détruire. J’ai détruit le mec que j’aimais. » Encore faut-il être à la hauteur du programme ainsi donné, et je me suis dit, tel Félix de Vandenesse le héros du Lys dans la Vallée, remis à sa place par la comtesse de Manerville, Sacha Sperling, le narrateur-personnage principal, se donne une importance qu’il n’a pas, surtout, à mon sens, pour Léo, le fils du pêcheur qui donne son nom au roman. Il avait rencontré Mona dans J’ai perdu tout ce que j’aimais (déjà, ai-je envie de dire – le roman date de 2013), il montre la lente destruction de la jeune femme, accro à diverses substances, dans cette oeuvre. Pour avoir lu plusieurs titres signés Sacha Sperling, j’ai l’impression qu’il ne cesse de nous conter sa destruction, nécessaire pour qu’il construise une oeuvre littéraire. Il me fait penser à un personnage de Boris Vian, incapable d’écrire s’il ne souffre pas.

Oui, je pense beaucoup à d’autres romans en lisant la prose de Sacha Sperling, ce pauvre petit garçon parti se réfugier dans la maison familiale, ce gamin qui a fait sa première crise d’angoisse à vingt ans, qui depuis a pris des substances chimiques légales (les tranquillisants) ou illégales et qui attend le salut de son psy – quand il ne le cherche pas, encore et toujours, dans la fuite.

Même si le roman est bien écrit, j’ai l’impression, pour la fin de ma chronique, de recourir à nouveau à des clichés. Avoir un enfant, quand on veut redevenir un enfant, quand on part à la recherche de l’enfant que l’on a été, et que l’on a perdu de vue parce que l’on a voulu grandir trop vite, n’est pas véritablement possible. Lui et Mona sont à la croisée des chemins, Mona qui peine à rendre visite à son père malade, Mona qui finit par perdre son père. Sacha, liée à sa mère, mais pas tellement à son père. Léo, défini avant tout par son lien avec son père, et qui va devenir père à son tour.

Le fils du pêcheur ? L’histoire d’un pauvre petit garçon riche.

Merci à Babelio et aux éditions Robert Laffont pour ce partenariat.

Les saigneurs du royaume des cinq anneaux de Mark Zellweger

Présentation de l’éditeur :

Les médias ne font que de parler de l’ouverture prochaine des JO de Tokyo reportés d’une année, Covid oblige. Pendant ce temps, une jeune étudiante à Londres n’a plus de nouvelles de son fiancé, étudiant de dernière année en journalisme et enquêtant sur le CIO depuis des mois. Où est ce jeune journaliste et qu’a-t-il découvert. Pendant la cérémonie d’ouverture, le corps inanimé d’une employée des RH est discrètement exfiltré, mais quelqu’un a tout vu. Le président Fluss, contesté à l’intérieur depuis des mois pour sa gestion n’apparaît pas aux compétitions et des athlètes trop baraqués se baladent dans le village Olympique.

Merci aux éditions Eaux troubles et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

J’ai laissé passer beaucoup de temps entre la lecture de ce livre et la rédaction de cet avis. Pour quelles raisons ? Je n’ai pas vraiment accroché à la lecture de ce roman d’espionnage. J’ai eu un peu de mal avec tous ces super-espions, tous plus brillants les uns que les autres, tous plus parfaits les uns que les autres, réussissant parfaitement et brillamment leur mission, par conséquent. J’ai trouvé aussi qu’ils passaient beaucoup de temps à parler, à échanger, et, finalement, pas assez à agir proprement dit. J’ai trouvé aussi que le récit comportait un peu trop de description. Peu m’importe qu’Halina Wysocki prenne « un bon bain moussant bien chaud » ou qu’elle « croqu[e] de temps en temps à autre dans un morceau de fromage ». Je le répète, j’aurai préféré plus d’actions, ou plus de réflexion des personnages que la description de leur vie quotidienne. Oui, les espions aussi ont droit de vivre « normalement ». Mais ce qui se passe pendant ces JO est-il vraiment normal ?

Un meurtre, une disparition, des soupçons de dopage, des rivalités – pas grand chose ne va sous le ciel japonais. Et si l’affaire est résolue, j’ai trouvé que le dénouement venait un peu trop vite. C’est un peu dommage.

Les saigneurs du royaume des cinq anneaux ? Un roman qui n’était pas tout à fait pour moi.

L’emprise des sens de Sacha Erbel

Présentation de l’éditeur :

Lorsque Talia, en pleine désillusion sentimentale, s’envole pour des vacances de rêve à la Nouvelle-Orléans, elle est loin de s’imaginer que son destin l’y attend. Dès le lendemain, elle se retrouve mêlée à un crime, exécuté selon un rituel macabre et violent. Rites vaudou ou crimes en série, la frontière entre les deux semble floue pour Louis Lafontaine, policier chargé de l’enquête, lui-même confronté à des troubles obsessionnels. Avec sa coéquipière il est prêt à tout pour remonte à la source de l’horreur. Face à l’emprise du mal, Talia saura-t-elle affronter ses démons et le don terrifiant qui lui est révélé ? Le soutien d’Azaïa, prêtresse excentrique et l’amour de Basile seront-ils suffisants pour l’y aider ? Dans la chaleur mordante de ce voyage en pays cajun, les esprits tourmentés se révèlent, les traumatismes refont surface et les peurs inavouables s’entrechoquent jusqu’à la révélation finale.

Mon avis :

J’ai lu le livre en entier. C’est un constat positif. Je n’ai pas eu de mal à le lire, pas de difficultés avec le style ou le vocabulaire. Pas de difficultés non plus avec le lieu ou les personnages, j’avais déjà voyagé en Louisiane, par le biais de plusieurs livres. Je m’y connais peu en vaudou, je n’ai pas de réticences à lire de livres sur ce sujet.

Cependant, je n’ai pas réellement apprécié ce livre. Tout d’abord, je l’ai trouvé extrêmement gore, sanglant, saignant, violent. Je n’ai pas aimé être avec le tueur, je n’ai pas non plus aimé être avec Talia qui se retrouve bien malgré elle à rêver de ce que fait le tueur, à être dans la tête du tueur. Talia était pourtant venue en Louisiane pour se changer les idées, pour oublier ce qu’elle avait vécu, pour enfin se sentir libre. Le moins que je puisse dire, c’est que ses vacances ne lui ont pas apporté le renouveau qu’elle espérait. A moins que…. Sait-on jamais ?

Cependant, c’est malgré elle qu’elle se retrouve avec Louis, le policier et Basile, le médecin légiste, sur la piste d’un tueur en série qui s’en prend à des hommes. Ce n’est pas beau à lire, ce n’est pas beau à découvrir. Il faut non seulement l’identifier (la victime, le tueur), chercher son mobile, et le mettre hors d’état de nuire. Ce n’est pas vraiment facile, et c’est là que Talia intervient.

C’est sans doute ce que j’ai préféré dans ce roman, l’aspect surnaturel. C’est en cela que certaines parties du récit sont bluffantes. C’est en cela aussi que la toute dernière page du récit est véritablement surprenante.

Après… je crois que la personnalité du tueur m’a véritablement dérangée. Je ne dirai pas pourquoi, parce que ce serait vraiment spoiler ce sur quoi repose toute l’intrigue que de dire le pourquoi de ce « dérangement ». Je pourrai même dire « les pourquoi » parce qu’il y a plusieurs raisons à cela. De ma pat, peut-être un peu de lassitude aussi, parce que certains thèmes évoqués l’ont déjà été dans des thrillers. Non, ce qui démarque vraiment ce thriller des autres, c’est le recours au surnaturel – et c’est ce que je choisis de retenir. Si une suite devait être écrite, j’espère que cet aspect du roman sera conservé.

Merci aux éditions Eaux troubles et à Netgalley pour ce partenariat.

 

Le crime de la rue François Ier de René Trotet de Bargis

Présentation de l’éditeur :

Mme Louviers est retrouvée morte par son mari, dans leur appartement d’un immeuble de la rue François Ier. La jeune femme a été étranglée dans l’après-midi et, selon la concierge, seule une personne a pénétré dans le bâtiment, une locataire travestie, pour le Mardi gras, en bayadère. L’inspecteur VIGEON découvre sous le cadavre un morceau d’étoffe sur laquelle est collée une étoile dorée en papier, comme l’on en trouve sur les déguisements. Il n’en faut pas plus au juge pour faire arrêter la voisine. Cependant, l’inspecteur VIGEON est rapidement convaincu que la suspecte est innocente. Mais alors, qui est l’auteur du crime de la rue François Ier ?

Mon avis :

J’ai un souci avec ce récit policier. Je me souviens très bien de la victime, la douce madame Lucienne Louviers (le prénom et le nom de famille m’ont beaucoup aidé pour cela). Je me souviens bien aussi de Viviane de Châtellerault, jeune femme qui vivait dans le même immeuble et qui fut soupçonnée du meurtre. Je me souviens du coupable et de son mobile. Par contre, si l’on me demande à quoi ressemble l’inspecteur Vigeon et quelles sont ses méthodes, je sèche totalement. Je n’ai aucun souvenir de lui et même s’il confond le coupable, c’est un article de journal qui clôt le récit et nous donne tous les détails dont nous avions besoin pour tout comprendre. Je me souviens seulement qu’il n’a pas voulu s’arrêter au premier coupable idéal trouvé et découvrir le fin mot de l’histoire. Voilà pour lui.

Je me souviens également d’autres petits soucis au cours de la lecture. Tout va trop vite : en trois jours, madame Louviers est tuée puis enterrée ? Même à cette époque, je trouve que cela va vraiment très (trop ?) vite comme si on avait sauté des étapes. Cette partie du récit ne sera d’ailleurs pas la seule mais si je dis quel personnage va beaucoup trop vite, je risquerai de dévoiler mobile et meurtrier.

Le crime de la rue François Ier, c’est pour moi la défaite des femmes. Je le répète, j’aime beaucoup le personnage de madame Louviers, qui a fait un mariage d’amour avec un homme plus aisé qu’elle, un mariage auquel personne, dans la famille du marié, ne s’est opposé, tant ils ont préféré l’amour et les qualités de la fiancée à une dot sonnante et trébuchante. Lucienne est heureuse, heureuse de sa vie, heureuse de la partager avec l’homme qu’elle aime, et l’on aurait presque pu basculer dans la romance si elle n’avait pas été sauvagement assassinée. Elle est une victime innocente, tout comme Viviane de Châtellerault, qui a pour seul tort d’aimer les hommes, d’aimer s’amuser, tout en veillant à toujours rentrer chez elle seule (c’est à dire non accompagnée)  : la morale (celle de l’époque) est sauve. Même Yvette Surger, demi-mondaine célèbre, courtisane (les deux termes sont employés) n’a pas un destin réjouissant. Elle veut être aimée, pour elle, se marier parce qu’elle est aimée. Elle l’espère en tout cas, non l’être pour son argent. Etre une femme, marié, célibataire ou entretenue, c’est toujours être à la merci des hommes.

L’arbre ou la maison d’Azouz Beggag

Présentation de l’éditeur :

Après des années d’absence et la mort de leur mère, deux frères lyonnais, Azouz l’écrivain et Samy l’arboriculteur, binationaux franco-algériens, décident de rentrer quelques jours à Sétif, le temps de nettoyer les tombes de leurs parents et de vérifier l’état de la maison familiale. Tandis que Samy bougonne à l’idée de remettre les pieds dans cette ville où il n’a plus de repères, Azouz est impatient d’assister à la révolution démocratique qui secoue le pays. Par-dessus tout, il espère retrouver Ryme, la femme qu’il aime depuis toujours, son cordon ombilical avec la terre de ses ancêtres. Mais à Sétif, Samy et Azouz ne reconnaissent plus rien, et aux yeux des locaux, ils sont devenus des étrangers, des bi. Quant à Ryme, l’amour de la liberté lui a donné des ailes, comme à son peuple. L’aura-t-elle attendu ? Il n’y a que le bel arbre planté par leur père devant la maison, un demi-siècle plus tôt, qui n’a pas changé de place. Mais il a tellement grandi que ses racines en menacent les fondations. Les deux frères se retrouvent ainsi face à un dilemme : garder l’arbre ou la maison.

Merci aux éditions Julliard et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Je n’avais jamais lu de romans d’Azouz Beggag jusqu’à maintenant, non, jamais, pas même pendant mon parcours scolaire. C’est désormais chose faite.

Il s’agit non pas d’un retour au pays natal, Azouz et son frère Samy sont nés à Lyon, mais d’un retour au pays natal de ses parents. Comment définir ce pays, d’abord ? L’Algérie, oui, l’Algérie, qui fut colonie française pendant des années, Algérie où la mère de l’auteur n’a pas pu être scolarisée, parce que les écoles n’étaient pas pour elle, mais pour les enfants de colons. L’école en France ? Si Azouz y a excellé, ce ne fut pas le cas de son frère qui a été très vite rejeté, ostracisé. Trouver leur place est difficile, que ce soit en France, où ils sont des « bicots » ou en Algérie, où ils sont des « bi ». Ce qui m’a frappé aussi, sauf erreur de ma part, c’est que ni l’un ni l’autre n’ont d’enfants, qu’Azouz est amoureux de Ryme, et pourtant, elle reste en Algérie, et lui en France. Pourquoi ? Ryme est à elle toute seule l’image, le souvenir, le regret, la douleur des années sombres de l’Algérie, ces années 90 où la mort était trop souvent au rendez-vous, il suffisait d’être coupable de vivre. Ryme est celle qui parvien à se révolter, encore, à agir, aussi, à écrire, sûrement.

L’arbre ou la maison, c’est le fait de se retrouver avec son frère, grand angoissé, toujours, de parler avec lui, de confronter les souvenirs. Il est question de chercher ce qui est important, ce à quoi on tient vraiment, et ce qu’il reste, après, quand on est reparti. Un livre simple et sobre.

Cette nuit-là par Aurélie Massé

Présentation de l’éditeur :

C’est l’histoire de Gabriel, l’insoumis pétillant, Agathe, la fêtarde insouciante, Alex, l’élève parfait, Sarah, la discrète mal dans sa peau. C’est aussi et surtout l’histoire d’Eden, dont l’aura suffit à combler le mutisme. C’est l’histoire d’un secret, de gestes déplacés qui mènent un jour à l’inconcevable… Durant une nuit, le temps s’arrête et cinq vies basculent.

Merci aux éditions Slalom et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Cette nuit-là est un roman qu’il est difficile de lâcher. Oui, je sais, cela sonne comme un cliché, pour un roman qui ne l’est pas. L’autrice connaît parfaitement le monde de l’adolescence qu’elle décrit, elle ne joue pas à imaginer ce que pensent les adolescents. Ils sont cinq, cinq à se côtoyer au lycée, à penser à leur avenir, ou pas, cinq adolescents, pas encore des adultes, plus des enfants, qui vont vivre une nuit qui changera leur vie.

Non, je ne vous révèlerai pas ce qui s’est passé cette nuit-là, si ce n’est que ce n’est pas du tout ce à quoi je m’attendais, que c’est bien loin des clichés que j’ai pu lire dans des romans young adult qui sont avant tout dans la surenchère, plutôt que d’être dans l’humain, dans ce que l’on ne voit pas, ce que l’on ne montre pas. Les années lycées ne sont pas forcément des années heureuses, ce sont des années où les parents peuvent vous mettre une énorme pression pour que vous soyez le meilleur, surveiller intensément les fréquentations de sa progéniture, ou contraire ne rien voir, parce que trop pris par sa propre vie, son propre travail, ses propres soucis, et oublier que les enfants ont (encore) besoin de parents qui soient réellement attentifs, à l’écoute, même si ce n’est pas toujours facile. J’ai vraiment l’impression d’utiliser une litote en disant ceci.

Ce à quoi Gabriel, Agathe, Alex et Sarah vont être confrontés, c’est véritablement une situation indicible, une situation qui aurait pu … tourner court. Oui, le roman aurait pu s’arrêter très vite, si ces adolescents ne s’étaient pas décidé à prendre leur destin en main. Parce que le choix qu’ils ont fait cette nuit-là aura des conséquences sur leur parcours à venir.

Mention spécial pour le personnage de Sarah, atteinte d’anorexie. J’ai envie de dire « réellement anorexique » tant j’ai trop vu et lu des caricatures de cette pathologie.

Un livre fort.

Brassens, Jeanne et Joha de Maryline Martin

Présentation de l’éditeur :

Août 1981. Georges Brassens souffre d’un mal dont il cache le nom, même à ses proches. Puisque la Camarde affûte sa faux, il compte profiter du temps qui lui reste pour composer de nouvelles chansons, auprès de Joha Heiman, surnommée Püpchen, prendre du bon temps avec ses amis et remonter sur scène à Bobino… Comme chaque été, Georges a regagné sa résidence secondaire Ker Flandry, son havre de paix situé non loin de Paimpol. Pendant ces quelques jours, il navigue sur le flot de ses souvenirs : Sète, ses frasques adolescentes, son professeur de français Alphonse Bonnafé, le début du succès avec Patachou… Et surtout il pense aux deux femmes qui ont marqué sa vie : Jeanne Planche, de trente ans son aînée – qui l’avait caché impasse Florimont, pour qu’il échappe au STO – et Püpchen, dont il fait la connaissance en 1947. En se promenant sur la plage de Lézardrieux, des scènes, des visages lui reviennent en mémoire… et Georges replonge dans ce chassé-croisé amoureux.

Merci à Netgalley et aux éditions Elidia pour ce partenariat.

Mon avis :

Voici quarante ans que Georges Brassens est décédé. Brassens, Jeanne et Joha est un livre qui paraît à cette occasion. Cette biographie romancée raconte Brassens en nous parlant des femmes qui ont compté dans sa vie, Jeanne et Joha.
Le premier mot qui me vient à l’esprit est légèreté. Et pourtant, raconter les débuts de Brassens, et les mois qui précédèrent sa mort ne sont pas légers. Maryline Martine évite pourtant dans sa narration toute la pesanteur liée parfois aux récits biographiques. Oui, l’on peut raconter une vie, l’amour, la mort, les rencontres, et bien d’autres choses encore sans jamais être pesant ou pire insistant lourdement sur des précisions qui n’apportent pas tant de choses à la connaissance de l’homme et de l’oeuvre. L’homme et les femmes qui, même si, comme Joha, elle ne vécut jamais avec lui, partagèrent, donnèrent, aimèrent.
Le second mot qui me vient à l’esprit est pudeur. Il s’agit avant tout du portrait intime d’un homme qui se préoccupa avant tout de vivre dans le présent. L’image qu’il donnait ? Ce n’était pas sa préoccupation, préserver les siens, prendre soin d’eux, oui.
Un bel hommage à Brassens et aux femmes de sa vie.

L’homme qui riait sous les bombes de Benoit Christal

Présentation de l’éditeur :

13 novembre 2015, à Sinjar, en Irak, le Général Kovli remporte une bataille décisive contre Daech, avec Bakhtiyar, le célèbre « fixer » kurde irakien, et Alex, journaliste français en reportage. Mais la victoire est amère. Le groupe d’amis apprend le soir-même que plusieurs attentats ont été commis à Paris. Alex, dont la belle-sœur a survécu à l’attaque du Bataclan, décide de rester en Irak et d’« enquêter » sur ce nouvel ennemi intime de la France, le djihadisme « new age » occidentalisé qu’il suit à la trace depuis plusieurs années. À moins que ce ne soit la recherche de l’adrénaline qui l’empêche de rentrer ? La noble mission d’informer ne cache-t-elle pas le goût du risque, de sombres blessures d’orgueil, la crainte d’affronter en France les conséquences d’une nouvelle série d’attentats ? Entre Mossoul, Raqqa et Paris, Alex croisera sur son chemin Mike, un Américain ambigu et insaisissable qui s’est porté volontaire pour combattre aux côtés des Kurdes… Qui est-il ? Pourquoi se fait-il de plus en plus menaçant ? Et pourquoi les services secrets occidentaux se mettent-ils soudainement à la recherche de Bakhtiyar ?

Mon avis :

Héros : Celui qui se distingue par ses exploits ou un courage extraordinaire (d’après Le Robert). Et le héros de ce livre est celui qui est désigné par le titre, du moins, c’est ainsi que je l’ai ressenti. Il est le héros plus qu’Alex, le journaliste français dont la belle-soeur, Nadia, fiancée de son frère Lucas, est une survivante du Bataclan, plus que Mike, personnage étonnant, caméléon que je ne savais pas trop situer, même s’il s’est porté (c’est du moins la version officielle) volontaire pour combattre du côté des kurdes. Pourtant, on le retrouvera ici, là, il a déjà été vu lors d’autres conflits, d’autres luttes armées. Pourquoi est-il réellement là ?

Pour Alex, la question ne se pose pas, c’est son métier, il informe, il est dans tous les endroits où la guerre est présente. Surtout, depuis l’attentat du Bataclan, il veut aller au bout des choses, être là, quand le djihadisme tombera enfin, lui qui enquête à ce sujet depuis des années. Etre là quand les combats cesseront, être là quand la paix sera là. Est-ce si simple ? Bien sûr que non. L’arrêt des combats ne signifiera pas nécessairement la stabilisation politique, ce serait trop beau, ce serait trop simple.

Nous sommes pris, littéralement, dans un tourbillon de violence, de morts, de deuil. Se relever, continuer malgré les morts, voilà ce que doivent faire les combattants, et les journalistes aussi, parce qu’ils furent également victimes du conflit. Les journalistes et les « fixer », dont Bakhtiyar. Après sa mort (ce n’est pas un spoil, il suffit de chercher un tout petit peu sur internet pour connaître le destin de cet homme tout entier dévoué à l’information.

Je n’oublie pas non plus le Général Kovli, que la mémoire des morts pousse toujours plus loin dans l’engagement – jusqu’à ce que son propre corps lâche.

Un livre extrêmement fort, qui nous questionne jusqu’où on peut aller par engagement, par volonté de faire payer ceux qui ont fait souffrir. Il s’interroge aussi, un peu, parce que ce n’est pas le sujet principal, sur ceux qui sont venus d’occident pour devenir djihadiste, sur leurs compagnes, leurs enfants. Il parle aussi des « lionceaux du khalifat »,  adolescents transformés en kamikaze par les djihadistes. Mais le sujet, ce n’est pas eux, ce sont tous ces anonymes qui ont tout mis en oeuvre, et l’ont souvent payé de leur vie, pour que la vie, justement triomphent. La vie, et la paix.

L’homme qui riait sous les bombes est une oeuvre forte, difficile à oublier.

Merci aux éditions Elidia et à Netgalley pour ce partenariat.

Les indécis d’Alex Daunel

Présentation de l’éditeur :

« Je ne vous ai pas demandé qui vous étiez. Mais quoi. Quel genre littéraire ? »

Voilà comment Max, 33 ans, est accueilli dans un bâtiment froid et austère avant de comprendre qu’il vient de mourir dans un accident de voiture. Il n’est ni au Paradis, ni au Purgatoire, mais à l’Inspiratoire où les morts doivent choisir un genre littéraire afin d’inspirer un auteur sur terre. Ils sont ainsi réincarnés en personnages de roman. Sous le choc de sa mort brutale, Max a plus de questions que de réponses. Il est, ce que l’on appelle, un « Indécis ». Pour le guider, il peut compter sur Mme Schmidt, sa défunte professeure de français. Mais Max doit faire vite : il n’a que vingt-quatre heures pour prendre la plus importante décision… de sa seconde vie !

Merci aux éditions de l’Archipel et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Si vous deviez être un genre littéraire, lequel seriez-vous ? Pour moi, c’est évident, je serai le polar. Pour Max, le choix est plus compliqué.

Il est arrivé à l’Inspiratoire. D’abord, il doit prendre conscience qu’il est mort, et cette première étape n’est pas forcément la plus facile. Ensuite, il découvre qu’après la mort, tout ne se passe pas vraiment comme il l’avait prévu. A vrai dire, il n’avait rien prévu, ni de mourir de manière brutale, ni de devoir choisir un genre littéraire, lui qui ne sait pas vraiment vers lequel se tourner. Il est un « indécis ».

Ce roman est un hommage aux livres, à tous les livres quels qu’ils soient. Il n’est pas question de juger, ni les livres, ni les lecteurs, mais de prendre plaisir à lire, à découvrir, que l’on aime un genre littéraire en particulier ou que l’on préfère papillonner d’un style à l’autre. Il est aussi un questionnement sur la vie et sur ce qu’on en fait. J’ai été sensible à ce personnage qui ne s’investit que dans son travail, qui se dit qu’il aura le temps plus tard pour… Pour quoi, au juste ? Pour tout ce qu’il se refuse à l’instant présent ? Pour tout ce qu’il n’a pas osé faire ou dire ? Pour revenir en arrière et oublier les compromissions qu’il a faites ? Max a toujours eu le temps, il n’a jamais pris le temps.

Je n’ai pas envie de trop en dévoiler sur ce livre. J’ai plutôt envie de vous dire que si vous aimez lire, si vous aimez les livres, si vous n’avez rien contre la découverte d’un univers fantastique qui va de paire avec tout ce que la vie peut comporter de cruel, alors laissez-vous tenter par ce livre.

Crime au « bar du peuple » de René Byzance

édition Oxymoron – 55 pages

Présentation de l’éditeur :

L’inspecteur Gonzague GAVEAU, dit « Le Professeur », après avoir résolu l’affaire du « Meurtre à Baumugnes », s’installe dans une modeste chambre au « Bar du Peuple », établissement tenu par la plantureuse et exubérante Martine qui héberge une faune hétéroclite et haute en couleur. Un matin, la patronne est retrouvée dans la salle commune, baignant dans son sang, la gorge tranchée. « Le Professeur » va alors se charger de l’enquête…

Mon avis :

L’inspecteur Gonzague en a eu assez. Non, il n’en a pas eu assez de son métier, il en a eu assez de Paris, de ces crimes sordides, il a donc demandé sa mutation en province et le voici, très heureux, à Grenoble. Le salaire d’un inspecteur étant ce qu’il est, il loge au « Bar du peuple », et cela ne le dérange pas plus que cela. Au contraire, il aime l’ambiance qui y règne, les gens qu’il y rencontre. Tout irait pour le mieux si la propriétaire du bar n’était assassinée.

Le récit est court, l’intrigue est donc rapidement résolu, cependant j’ai aimé les personnages, rapidement caractérisés, certes, mais nettement caractérisés. Martine, la patronne du bar, aura vécu plusieurs vies, du Cameroun à ce bar où elle sert… eh bien, des personnes qu’elle a connues au Cameroun. Elle a un amant plus jeune, déjà usé par la vie. Elle a un fils qui lui souhaite s’établir avec sa maîtresse plus âgée, ce que maman n’accepte pas. Des personnages hauts en couleur, donc, jusqu’au maire de la commune que j’ai eu un peu de mal à supporter, et je ne suis pas la seule.

Crime au « bar du peuple » n’est pas une lecture inoubliable. Ce récit offre cependant une lecture plaisante, et c’est déjà très bien.