Archives

Bénie soit Sixtine de Maylis Adhémar

éditions Julliard – 308 pages

Présentation de l’éditeur :

Sixtine, jeune femme très pieuse, rencontre Pierre-Louis, en qui elle voit un époux idéal, partageant les mêmes valeurs qu’elle. Très vite, ils se marient dans le rite catholique traditionnel et emménagent à Nantes. Mais leur nuit de noces s’est révélée un calvaire, et l’arrivée prochaine d’un héritier, qui devrait être une bénédiction, s’annonce pour elle comme un chemin de croix. Jusqu’à ce qu’un événement tragique la pousse à ouvrir les yeux et à entrevoir une autre vérité

Merci à Netgalley et aux éditions Julliard pour ce partenariat.

Mon avis :

J’ai coutume de dire que chaque livre entraîne des résonances en nous, et que chaque avis est forcément personnel. Je suis issue d’une famille athée et catholique anticléricale. Déjà, enfant, j’étais révoltée contre certains propos tenus au catéchisme, alors quand je suis confrontée à la doctrine qui a cours dans la famille de Sixtine (prénommée ainsi sans doute parce qu’elle est la sixième de la famille), je suis révoltée et je leur conseillerai tout simplement de relire les dix Commandements – oui, aime ton prochain comme toi même est un précepte difficile, et aucun membre de ce versant traditionaliste du catholicisme ne le respecte. Ma remarque est abrupte mais le fond du problème est véritablement là : les dérives de l’extrémisme, quel qu’il soit.

Le lecteur suit les pas de Sixtine, de sa jeunesse à sa maternité – j’ai presque déjà envie de vous dire : à son émancipation. Sixtine a été une jeune fille élevée dans la stricte obédience des préceptes traditionalistes. Les études ? J’ai envie de dire « on oublie, c’est un détail ». L’important était de trouver un mari qui soit de la même obédience qu’elle, et de lui faire, dans la douleur, cinq à six enfants. Les trop rares bouffées d’oxygène lui ont été offertes par son père, dans sa jeunesse, père trop amoureux de sa femme pour oser lui dire que sa foi, son traditionalisme, son refus de toute forme de modernité étaient excessifs. Ce n’est jamais la religion catholique qui est attaquée dans ce livre. Le lecteur rencontre d’ailleurs de très belles personnes, qui vivent leur foi de manière lumineuse, dans l’amour et le respect de leur prochain, et qui, comme le prêtre qui baptisera l’enfant de Sixtine, ou celui qui la confessera, lui montre ce qu’est vraiment la foi : l’amour avant tout. Quand je lis certains développements, je me dis que, pour imposer autant de privations, autant de tourments psychologiques aux autres, il faut vraiment avoir peu d’amour pour soi, peu de confiance en soi, et une énorme crainte de vivre.

Et vivre, Sixtine va le faire. Elle ne va pas briser ses chaines subitement non. Il faudra un drame pour qu’elle continue à remettre en cause ce qu’elle avait toujours vécu – la remise en cause avait commencé un peu avant, quand Sixtine s’était retrouvée à n’avoir plus à penser qu’à elle. Il faut beaucoup de courage pour rejeter ce cocon de tradition, assez protecteur si l’on y réfléchit – justement parce qu’à aucun moment, il ne faut réfléchir, simplement accepter, sans se révolter, ce que d’autres ont décidé pour vous. Il faut beaucoup de courage pour ne pas céder à la tentation du retour en arrière, pour lever le voile sur des « secrets » que d’autres ont estimé ne pas être utiles de vous révéler.

Bénie soit Sixtine est un très beau roman, mais comme j’ai trouvé sa lecture étouffante, asphyxiante. J’ai vraiment eu besoin de « respirer » après l’avoir lu, tant cette oeuvre était prenante. C’est ce qui fait sans doute aussi que son écriture est réussie.

Bonne route, Sixtine.

La discrétion de Faïza Guène

Edition Plon – 256 pages

Présentation de l’éditeur :

Yamina est née dans un cri. À Msirda, en Algérie colonisée.À peine adolescente, elle a brandi le drapeau de la Liberté.
Quarante ans plus tard, à Aubervilliers, elle vit dans la discrétion. Pour cette mère, n’est-ce pas une autre façon de résister ?
Mais la colère, même réprimée, se transmet l’air de rien.

Merci aux éditions Plon et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Faïza Guène est une autrice qui a une manière unique d’emporter les lecteurs dans son univers, qui est aussi le nôtre, même si nous donnons parfois l’impression de passer à côté, à côté de ses personnes qui ont toujours fait de leur mieux, qui ont toujours travaillé, et se reprochent aujourd’hui les échecs, les errances de leurs enfants.
Est-ce vraiment des échecs, des errances, d’ailleurs ? Les quatre enfants de Yamina ont un travail – parfois, comme son fils, Omar, un de ses métiers précaires que l’on fait en attendant mieux, en se disant que c’est provisoire, un travail qui dépend (il est chauffeur Uber) de sa disponibilité et du jugement que les autres voudront bien laisser sur internet, ou un travail de fonctionnaire, en mairie, travail sous le regard des autres, de ceux qui sont prêts à vous dénoncer parce que vous avez parlé arabe avec une personne qui avait besoin de votre aide. Changer simplement « arabe » par « anglais », je suis sûre, comme d’autres dans ce récit, que « dénonciation » se transformerait en « félicitations ». Les enfants de Yamina ne sont pas, pas encore ou plus mariés : le mariage est la réussite d’une mère, et le divorce de sa fille aînée, le désir d’indépendance de sa cadette sont pour elle comme des échecs.
Et Yamina de se souvenir. De sa jeunesse, des « événements » en l’Algérie, l’indépendance, puis, tardivement, son mariage et son arrivée en France. Les vacances, ensuite, au pays, avec les enfants. Ne pas faire de vagues, jamais, être contente de ce que l’on veut bien lui accorder. Yamina ne remarque même pas les injustices dont elle est victime. Je pense notamment en début de roman à l’attitude du médecin envers elle, qui m’a fait grincer des dents. L’un de ses filles, Hannah se révolte par contre, et ne supporte pas cette fausse bienveillance, cette condescendance, comme si elle devait sans arrêt se justifier d’être là, d’être née en France, d’être ce qu’elle est. Se justifier aussi de n’être pas « comme eux », ceux qui ont commis des attentats – alors que personne ne devrait avoir à le faire, cela devrait être évident.
La discrétion – ou l’histoire d’une famille qui est comme les autres, mais une histoire que certains n’ont pas envie d’entendre, parce qu’elle est très éloignée des clichés.

La grâce et les ténèbres d’Ann Scott

Présentation de l’éditeur :

Musicien, Chris vit la nuit dans un appartement trop grand et presque vide où il tente de composer son premier album.
Inspiré par l’engagement de sa mère, climatologue, et de ses soeurs, l’une photographe de guerre, l’autre grand reporter, il cherche aussi à donner un sens à sa vie. Jusqu’au jour où il découvre un groupe d’anonymes qui lutte contre la propagande jihadiste sur les réseaux sociaux. Fasciné par leur courage, Chris se lance dans cette cybersurveillance d’un genre particulier. Peu à peu, il voit son quotidien submergé par cette bataille qui l’éloigne de sa musique et de lui-même.
Mais comment arrêter sans se sentir lâche ? Et comment retrouver la grâce sans laisser gagner les ténèbres ?

Mon avis :

Je commence la rédaction de mon avis en prévenant qu’il ne plaira pas à tout le monde. Tant pis. Je n’écris pas sur mon blog pour plaire. J’ai reçu ce livre en partenariat, et je remercie les éditions Plon et Netgalley pour cela. Et j’aimerai dire « pour raisons personnelles, j’ai bloqué après le chapitre 18 ». Seule une demi-douzaine de personnes peuvent comprendre pourquoi, mais c’est ainsi : après le chapitre 18, la lecture est devenue douloureuse, très, et comme un avis est personnel (logique), j’ai le droit personnellement d’avoir du mal. Mais j’ai beaucoup de choses à dire, à transcrire, sur l’ensemble de l’oeuvre.

Elle fait partie de celles qui, je l’espère, seront liées à une époque, celle de la lutte contre la propagande jihadiste, celle de la lutte contre le terrorisme. Ce ne sont pas des agents secrets, ce ne sont pas des personnes qui vont sur le terrain, ce sont des personnes qui, comme moi, sont assises derrière leur ordinateur. Elles traquent, sur les réseaux dits « sociaux » et qui ne le sont plus depuis longtemps, ceux qui endoctrinent, ceux qui conseillent pour partir, ceux qui préparent. Leur angoisse ? Passer à côté d’une information essentielle, comme en 2016, ne pas être assez méfiant, ne pas « voir ». Chris se cherchait. Il est musicien. Sa famille toute entière est investie, « sur le terrain ». Sa mère est climatologue, et si elle  est très pointue sur le sujet, elle sait aussi, lors de l’écriture de son dernier ouvrage, se montrée accessible au plus grand nombre. Ses soeurs sont sur le terrain, l’une comme photographe, l’autre comme journaliste. Ce n’est sans doute pas un hasard si Chris a plongé dans ce monde de la cybersurveillance.

Son travail, ses notes, les informations qui lui ont été transmises, les informations qui lui ont été données, tout cela fait de ce livre comme un document sur notre époque, sur la facilité avec laquelle on peut tenter d’endoctriner, on peut aussi tenter de monter, voire monter tout simplement, des attentats. Les objectifs changent au cours du récit, les moyens demeurent. Le travail d’investigation menée par l’autrice a été mené avec rigueur – et moi, de me demander quand ceux qui effectuent cette traque trouvent le temps de vivre, simplement. Chris est le personnage principal, cependant Colette, sa mère, Cass et Claire sont toutes aussi importantes. J’ai aimé que soit montré ce qu’était véritablement le travail de journaliste, celui de photographe. Informer, réellement, non chercher à vendre plus en en jouant sur l’émotion et le sensationnel.

 

Les lettres d’Esther de Cécile Pivot

Présentation de l’éditeur :

« Cet atelier était leur bouée de sauvetage. Il allait les sauver de l’incompréhension d’un deuil qu’ils ne faisaient pas, d’une vie à l’arrêt, d’un amour mis à mal. Quand j’en ai pris conscience, il était trop tard, j’étais déjà plongée dans l’intimité et l’histoire de chacun d’eux. »

En souvenir de son père, Esther, une libraire du nord de la France, ouvre un atelier d’écriture épistolaire. Ses cinq élèves composent un équipage hétéroclite :
une vieille dame isolée, un couple confronté à une sévère dépression post-partum, un homme d’affaires en quête de sens et un adolescent perdu.
À travers leurs lettres, des liens se nouent, des coeurs s’ouvrent. L’exercice littéraire se transforme peu à peu en une leçon de vie dont tous les participants
sortiront transformés.

Merci aux éditions Calmann-Lévy et à Netgalley pour ce partenariat.

Préambule :

J’ai voulu lire ce livre à cause de son titre : Esther est le prénom de deux sœurs (mes arrière-grandes-tantes). Oui, elles vécurent toutes les deux (elles se sont mariées, elles ont encore des descendants à ce jour) et je n’ai pas d’explication logique au fait qu’elles portèrent tous deux ce prénom (Marie-Esther et Esther, pour être juste) pas même l’existence d’une grand-mère ou arrière-grand-mère à qui rendre hommage. Les trois autres soeurs se prénommaient Aimée Eléonore, Françoise Caroline et Eugénie Caroline.

Mon avis :

Le sujet du livre, la manière dont il est rédigé peuvent presque paraître désuets : cinq personnes participent à un atelier d’écriture épistolaire. Surtout, nous lirons leurs lettres et si Esther leur donne des conseils pour améliorer leur style, si elle leur donne des exercices d’écriture à faire, c’est avant tout le contenu de leurs écrits qui comptent, et pas la recherche d’effets d’écriture artificiels.

Autant le dire tout de suite : le genre épistolaire n’est vraiment pas mon genre de prédilection, à la suite de rencontres littéraires ratées. La rencontre a été ici réussie, due en partie à la personnalité des cinq épistoliers. Nicolas, Juliette, Jeanne, Samuel, Jean. Cinq personnes, cinq volontaires qui vont correspondre, qui vont se choisir sans se connaître réellement, sauf Nicolas et Juliette, qui s’écrivent, sur le conseil du médecin qui suit Juliette. Il est des choses qu’il est plus facile de dire par écrit, ne serait-ce que parce qu’on a le temps de mûrir ce que l’on va écrire, de réfléchir aux mots que l’on emploie, de ne pas répondre au tac au tac, de prendre aussi le temps de lire la lettre de son correspondant, de la relire – sans s’enflammer, parfois. Je pense au personnage de Jean, le quinquagénaire qui a réussi professionnellement, ne s’est pas vraiment donné la peine de réussir sa vie de couple, sa vie de père, et l’assume avec un certain cynisme, sans crainte du jugement d’autrui. Nicolas se lâche lui aussi avec Jean, ose les formules directes – les figures de style, ce n’est pas pour lui. Nicolas, marié à Juliette, qui souffre de dépression post-partum et ne parvient plus à communiquer avec lui, à s’occuper de sa fille. Il fait de son mieux, mais rien n’est facile, même si de nos jours cette maladie est mieux prise en compte (pendant que je rédige le brouillon, je regarde une série dans laquelle un médecin dit à sa patiente que sa dépression post-partum « va passer tout seul, vous allez voir ») bien que la prise en charge reste imparfaite, comme le prouve la réaction de son médecin généraliste. Avec ce couple, nous abordons le thème de la filiation, de la transmission, et si ce n’est pas simple pour eux, ce n’est pas facile non plus pour les autres participants. Si Esther a conçu cet atelier d’écriture, c’est en mémoire de son père avec lequel elle a correspondu jusqu’à sa mort, Jeanne n’a presque plus de contact avec sa fille unique Aurélie. Samuel a perdu son frère, et depuis, il se cherche, il cherche sa place dans sa famille, digne mais dévastée. Se confier est-il plus facile quand on ne connaît pas la personne ? Parfois oui, parfois non – réponse de normande. Il pourrait sembler plus facile de se confier à quelqu’un du même sexe, de la même génération, et pourtant Jeanne et Samuel vont développer un des plus beaux échanges du roman, parce qu’ils doivent réinventer leur vie, parce qu’ils ont une préoccupation commune – l’avenir de la planète, et comment l’homme peut influer sur lui – parce que la re-naissance peut être au bout du chemin épistolaire. N’hésitez pas à lire et relire l’ultime lettre de ce récit.

Amoros de Marc Gaudron

édition Kyklos – 340 pages

Quatrième de couverture :

Ils étaient arrivés sur la terrasse. À l’intérieur, les derniers clients du restaurant s’attardaient auprès du piano où l’un d’eux massacrait la Marche Turque. Antoine distinguait mal le visage de Kampaner, à la lueur de l’enseigne clignotante.
« Vous allez au devant d’un combat, cher Monsieur. Je vois distinctement une forme sinueuse qui tourne autour de vous et cherche à vous enserrer. Quoi que vous fassiez, vous n’y échapperez pas. Vous serez mis à l’épreuve. Mais vous recevrez de l’aide. Il ne s’agit pas seulement de vaincre, mais aussi de sauver…  »
« Sauver… Qui ? »
Kampaner eut un geste vague pour désigner l’infini du ciel et de l’océan, la façade de l’hôtel hachée d’éclairs verdâtres, le groupe qui s’agitait derrière la baie vitrée. Puis il s’inclina et tendit la main à Antoine.
« Je ne dînerai pas, ce soir. Bonne nuit, Monsieur.  »

Merci aux éditions Kyklos et au forum Partage-Lecture pour ce partenariat.

Mon avis :

Voici Antoine. Il est le héros de ce livre. Il est un héros un peu particulier : il vient de prendre sa retraite, et il a traversé sa vie sans faire de vagues. Il est divorcé, sans regret. Il n’est pas proche de son fils, et cela le laisse indifférent. Même son pot de départ le gène un peu aux entournures. Il est vrai que son métier, dans la finance, n’avait rien de palpitant, rien, du moins, qui donne matière à des aventures rocambolesques ou à des amitiés franches et profondes. N’allez pas croire cependant qu’Antoine est un personnage insensible, bien au contraire. Il est presque trop sensible, trop réceptif à ce que les autres ressentent, vivent, et si jusqu’à présent les seuls échanges un peu suivis qu’il avait (en dehors de son travail) avaient lieu avec Agnès, bibliothécaire de son état, les choses changent après son départ à la retraite, sous l’impulsion de Nicole, son ex-chef.

Le voici, lui et son cadeau de départ (un ciré !), en route pour la Bretagne. Non, il n’a pas tout laissé derrière lui, il a fait la première de ses rencontres qui va le plonger dans le grand bain. Parce qu’il n’avait pas tout vu autour de lui, parce qu’il ne peut pas rester indifférent. Discret, Antoine, peu bavard, Antoine, en manière ou presque de protection. Est-ce pour cela que tant de personnes vont s’ouvrir à lui, et lui de se demander pour quelles raisons il est le réceptacle de leur secret, de leur peine, de leur douleur avec laquelle il leur faut bien vivre ? Lui qui, à ses yeux, n’a jamais éprouvé de grandes souffrances, se voit ainsi confronter à eux, forcé de s’interroger, et de suivre un parcours spirituel et intellectuel qui n’était pas prévu. Il faut croire que ce morceau de Bretagne est un lieu où se sont réfugiés des personnes qui avaient besoin de panser leur plaie ou d’apaiser leurs douleurs. N’allez pas croire cependant que le récit soit un long fleuve tranquille : le lecteur ne sait jamais où il va être entraîné – pas plus qu’Antoine d’ailleurs, qui n’aurait jamais envisagé la direction que sa vie prendrait après sa retraite.

Servi par une langue douce et poétique, Amoros nous entraîne sur des chemins rarement empruntés. J’espère qu’un large public découvrira ce livre.

La femme révélée de Gaëlle Nohant

édition Grasset – 384 pages

Présentation de l’éditeur :

Paris, 1950. Eliza Donneley se cache sous un nom d’emprunt dans un hôtel miteux. Elle a abandonné brusquement une vie dorée à Chicago, un mari fortuné et un enfant chéri, emportant quelques affaires, son Rolleiflex et la photo de son petit garçon. Pourquoi la jeune femme s’est-elle enfuie au risque de tout perdre ?
Vite dépouillée de toutes ressources, désorientée, seule dans une ville inconnue, Eliza devenue Violet doit se réinventer. Au fil des rencontres, elle trouve un job de garde d’enfants et part à la découverte d’un Paris où la grisaille de l’après-guerre s’éclaire d’un désir de vie retrouvé, au son des clubs de jazz de Saint-Germain-des-Prés. A travers l’objectif de son appareil photo, Violet apprivoise la ville, saisit l’humanité des humbles et des invisibles.
Dans cette vie précaire et encombrée de secrets, elle se découvre des forces et une liberté nouvelle, tisse des amitiés profondes et se laisse traverser par le souffle d’une passion amoureuse.
Mais comment vivre traquée, déchirée par le manque de son fils et la douleur de l’exil ? Comment apaiser les terreurs qui l’ont poussée à fuir son pays et les siens ? Et comment, surtout, se pardonner d’être partie ?

Merci aux éditions Grasset et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Il est plus difficile pour moi de rédiger un avis en ce moment qu’en temps « ordinaire » – et j’espère que ce que nous vivons actuellement ne deviendra pas notre ordinaire dans les années à venir.

Et pourtant… La femme révélée est un portrait passionnant, un portrait de femmes, mais aussi un portrait passionnant de la France et de l’Amérique. Portrait de femme, d’abord, parce que j’ai senti, véritablement, Violet vivante sous la plume de Gaëlle Nohant, être humain de chair et de sang, et non être de papier. Violet est vivante, et Eliza ne l’était plus. Au fur et à mesure de son parcours parisien, nous voyons Violet s’affirmer – en tant que femme, en tant que photographe – et nous découvrons le passé d’Eliza. L’enfant, la jeune fille qui admire son père et ses combats, l’adolescente orpheline, dont la mère ne pense qu’au mariage – parce que c’est le sort de quasiment toutes les jeunes filles de la bonne société, trouver un mari riche, bien placé dans la société, et surtout, surtout, ne rien voir, ne rien savoir de cette société.

Pourtant, la société américaine entre violemment dans la vie d’Eliza, et elle commence à ouvrir les yeux. Elle ne cessera désormais plus de regarder, de vouloir dénoncer aussi, par les images. Ce n’est pas sans danger. Tout au long du roman, de l’Amérique à la France, nous découvrons la face cachée de l’Amérique, la face ignorée, et son racisme parfaitement assumé, même dans ces grandes villes du Nord qui se targuent d’être plus tolérantes. J’ai pensé à l’oeuvre de James Baldwin en lisant certaines pages, et j’ai aimé qu’il soit fait allusion à cet auteur si inspirant.

Le livre nous mène d’une guerre à l’autre, la Seconde guerre mondiale, qui a vu le mari d’Eliza changer, la guerre du Vietnam, qui ré-unira Violet et son fils. Les violences sont partout, dirigées contre les plus faibles, ceux qui n’ont pas de voix pour se faire entendre. Angoissant ? Oui, un peu, sachant que certaines situations semblent traverser le temps.

Une lecture que je n’aurai pas pensé apprécier, à cause du postulat de départ – et pourtant, si.

Survivre de Vincent Hauuy

Présentation de l’éditeur :

2035. La Terre est en sursis : les catastrophes climatiques se multiplient, les sociétés sont en ébullition et les réserves d’eau potable se raréfient. Le survivalisme prend de l’ampleur. Survivre devient à la fois un défi et une obsession. C’est aussi le thème et le nom du grand jeu télévisé que lance le milliardaire Alejandro Perez, magnat des intelligences artificielles.

Dans l’énorme complexe construit ad hoc dans l’Idaho, le lancement de Survivre s’annonce spectaculaire. Mais lorsqu’un agent de la DGSE infiltré dans l’organisation de Perez disparaît, son frère, l’ex-journaliste Florian Starck, se décide à intégrer l’émission.

Livre que je n’aurai pas lu sans le confinement.
Merci à Netgalley et aux éditions Hugo Thriller pour ce partenariat.

Mon avis :

Cela pourrait presque être demain, d’ailleurs c’est demain que l’action se passe : qu’est-ce que quinze ans au regard de l’humanité ? Voici quinze ans, nous nous disions que la canicule avait eu lieu deux ans plus tôt. Nous ne pensions pas être confinés quinze ans plus tard – et l’auteur n’aurait sans doute pas pensé que son livre sortirait dans une telle claustration.
Nous suivons Florian Starck, ou plutôt, nous découvrons le monde tel qu’il est en 2035 avec Florian. Il a été un journaliste particulièrement brillant. Il dénonçait, déjà, les risques que courait la Terre, il parcourait le monde pour le faire. Le drame est survenu : sa femme et sa fille sont mortes au cours de la première grande catastrophe naturelle de ce siècle. Il y en aurait d’autres après. Depuis leurs morts, Florian accomplit ce qui étaient leurs rêves : vivre de manière autonome, seul. Non loin, une communauté s’est installée. Alors non, ce n’est pas idyllique : les réfugiés climatiques sont nombreux, dérangent (comme les réfugiés actuels me direz-vous), les violences sont le quotidien, les tempêtes et autres tornades sont extrêmement fréquentes. Et c’est au milieu d’une situation tout sauf réjouissante – les pillards pillent et saccagent, quand ils ne tuent pas ceux qui leur résistent ou, plus simplement, tuent pour faire un exemple – que Florian est sollicité par sa soeur Claire : leur frère Pierrick, plus sauvage encore que Florian, a disparu. Aussi, Florian se doit d’accepter le poste de coach dans une émission de télé-réalité nommée tout simplement Survivre, et entraîner une candidate, Zoé, dont il ne comprend pas trop la présence dans ce type d’émission : elle ne correspond pas aux critères que l’on est habitué à avoir.
Nous sommes en terrain connu, puisque les gentils téléspectateurs actuels se délectent de ce type d’émission, tout en sachant fort bien que les non moins gentils participants ne risquent pas grand chose – avec tout le staff technique qui les entoure. On ne laissera pas mourir un candidat, qu’on se le dise ! Là, les enjeux sont moins limpides, surtout que c’est un magnat des intelligences artificielles qui est au commande. Que cache donc réellement ce programme ? Et qu’est devenu le frère de Florian ? Pierrick est un agent de la DGSE infiltré, homosexuel et fiancé à un autre journaliste – son homosexualité ne semble poser de problèmes à personne. Tout au long de ce récit, il sera caractérisé de manière indirecte, voire même en creux, parce que jusqu’à la fin, on aura des doutes sur ses véritables motivations, sur son caractère. D’ailleurs, on ne saura la finalité de ce qui était en jeu qu’à la fin – et ce n’est foncièrement pas optimiste. Peut-on l’être quand on voit que personne ne se bouge ? Qu’il est trop tard ou presque ?
On ne croise pas vraiment des personnes qui distillent l’espoir, plutôt des personnes qui vivent de leur mieux dans cette situation, sans excès de confort – comme cette charmante famille que Florian croisera dans l’Idaho, prenant bien soin de leur chien robot. Il en est d’autres qui ne sont pas prêts du tout à renoncer à leur relatif confort – tant qu’ils n’y sont pas forcés, pourquoi le feraient-ils ? Fermer les yeux, s’accommoder, y compris quand les conflits éclatent continuellement, de groupe en groupe ou de pays à pays, que l’on s’adapte – tant que l’on a, finalement, un certain confort.
L’adaptation, jusqu’à quand ? Difficile à dire. Certains ont déjà la réponse dans cette intrigue, et la gardent pour eux. Je le ferai aussi, bien entendu. L’épilogue laisse quelques questions ouvertes, à nous d’imaginer peut-être la suite.
Je ne pouvais terminer cet avis sans parler de Sandra, la fille défunte de Florian. Plus que son oncle, plus que d’autres personnages, elle est véritablement vivante, puisqu’elle parle avec son père, le conseillant, l’avertissant. Chaque lecteur est libre d’interprêter cette voix comme il l’entend, conscience de Florian, reflet de ses peurs, de ses remords, ou véritable intervention apportant une touche fantastique au récit. Je n’ai pas réussi à parler d’elle à travers ma critique, peut-être parce qu’elle est le personnage le plus prenant de ce récit.

Oh happy day de Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat

Présentation de l’éditeur :

Après quatre ans de silence, Pierre-Marie se décide à envoyer un mail à Adeline au sujet d’un carnet noir qu’il aurait oublié et dans lequel il cherche à retrouver une petite phrase de trois lignes qui serait, dit-il, un excellent début de roman. Prétexte évidemment pour reprendre contact après une longue période passée prostré après son « grand malheur » comme il l’appelle. Mais Adeline a bien d’autres projets que de chercher ce carnet. Sa vie est à un tournant puisqu’elle est à quelques semaines de déménager à Toronto avec le nouvel homme qui partage sa vie. Pourtant la correspondance finit par prendre de l’ampleur, entraînant les deux personnages dans un tourbillon inattendu.

Merci à Netgalley et à Fleuve édition pour cette belle découverte en temps de confinement.

Mon avis :

J’ai l’impression que tout avis sur ce livre que je pourrai écrire serait fortement réducteur. Mais tant pis ! Il est tellement de richesse dans ce livre, tellement à lire, tellement à explorer.
Déjà, c’est un roman épistolaire moderne, mais pas que : les deux protagonistes, Pierre-Marie et Adeline échangent des emails, certains personnages secondaires aussi, mais attention, des emails construits, développés, ils en ont à dire, à se dire, pour rattraper quatre années de silence. Les emails, d’ailleurs, ne constituent pas seuls le roman, il contient des parties narratives plus classiques qui contribuent à la progression de l’action, et introduisent un autre point de vue sur le récit.
Pierre-Marie et Adeline sont les héros d’un précédent volume, Et je danse, que je n’ai pas lu, parce que j’ai découvert son existence en progressant dans ma lecture. Sa lecture aurait-elle changé quelque chose ? Je ne sais pas, mais j’ai fortement apprécié ce roman !
Pierre-Marie, Adeline. Pierre-Marie a fait une énorme erreur en quittant Adeline. La vie a continué pour elle, et elle a construit « quelque chose » de son côté. Pierre-Marie a lui vécu un « grand malheur » qui en est vraiment un, malheureusement. Il se relève à peine de ce qu’il a vécu, et c’est là qu’il recontacte Adeline, pour un prétexte futile. Tout est bon, après tout, pour renouer le fil de leurs échanges.
Et il est renoué. Nous avons même les brouillons des mails non envoyés – parce qu’ils n’existent pas de touche « oups » pour ramener au bercail un mail parti trop tôt, sans que l’on ait bien réfléchi à son propos. L’intrigue ne traîne pas, et si nous en savons plus, parfois, que l’autre personnage, il finira par être au courant aussi – les non-dits, les secrets, ne sont bons pour personne.
Livre avec vampires aussi, un vrai, celui qui vous ôte toute votre énergie, toute votre volonté, qui vous prive de votre force vitale bien plus qu’une maladie – alors si la maladie devait se trouver là, n’en parlons pas. Il est des personnes qui irradient, qui apportent du bonheur autour d’eux, qui aident à voir claire, à chercher ce qui est bien. Il en est d’autres qui sont d’autant plus effrayants qu’ils me questionnent : sont-ils conscients que tout ce qu’ils font n’est pas normal ? Oui, sans doute : pour manipuler, pour enfoncer, pour souffler le chaud et le froid à ce point, il faut véritablement savoir ce que l’on fait.
Et l’écriture ? Pierre-Marie est un écrivain qui n’écrit plus, qui ne parvient plus à écrire, et à qui son éditeur a une forte envie de botter les fesses. En quoi la vie et l’écriture s’imbrique-t-elle ? Le récit montre que l’écriture, la vraie, n’est pas la transposition du réel, mais sa réinvention. A méditer.

Amitié Amoureuse par Hermine O.L. du Nouÿ

L’appel des loups, tome 1 : L’ombre du grizzly de Pascal Brissy

Présentation de l’éditeur :

Traqueur est considéré comme le plus fin chasseur de son clan. Aussi, lorsque l’un des loups est-il porté disparu, c’est lui qui se met en quête de son frère de meute. Rapidement, il retrouve sa trace mais aussi celle d’un grizzly ! Traqueur parviendra-t-il à sauver son ami des griffes de l’ours ?

Mon avis : 

Je me demande encore comment j’ai hérité d’un frère pareil !

Faites un sondage : nombreuses seront les filles qui pourraient dire cette phrase. Si elles ont un frère jumeau, on atteint presque le 100 %. Cendre a beau être une louve, elle est la première à reconnaître que son frère Demi-Queue a le don pour se mettre dans des situations invraisemblables. Et là, il a disparu ! C’est Traqueur, le plus fin limier (oui, j’emploie cette expression canine) qui est chargé de le retrouver, et il le fera.

Nous suivons la piste des animaux qui parlent, mais qui se comportent comme des animaux et ne peuvent communiquer avec d’autres espèces (sans vouloir trop dévoiler de la cause de la disparition de Demi-Queue). Il est question de nourriture, de territoires, de lutte pour conserver son territoire, ou même d’infractions en ce qui concerne les territoires de chaque meute. Ce roman devrait plaire aux jeunes lecteurs, il n’a pas de difficultés de lecture particulière, les actions s’enchaînent sans temps morts. Les personnages sont attachants, que ce soit Traqueur ou Cendre. Je n’ai garde d’oublier Grisepatte, le chef de meute, qui lui aussi a fort à faire pour prendre soin des siens.

Un livre bien écrit, bien construire, que demander de plus ? Si : je lirai prochainement les tomes suivants.