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L’homme qui voulait devenir psychopathe de Laurent Malot

Présentation de l’éditeur :

Victor a quarante-six ans, une femme et deux enfants. Une vie simple, comme les autres, il a beau bien faire, on ne le connait, ne le reconnait pas…
Lassé de la vie, il décide d’en finir, mais même son suicide, il le rate…
Alors, quitte à laisser une trace, vu que l’on ne retient pas les bons, autant devenir un mauvais, dans le genre tueur en série…
Mais être un psychopathe n’est pas chose aisée, Victor va le découvrir à ses dépens.

Merci à Netgalley et aux éditions French pulp pour leur confiance.

Mon avis :

Vous envisagez de devenir psychopathe ? Ce livre est fait pour vous ! C’est vrai, il se trouve des livres qui décortiquent comment un psychopathe est parvenu à passer aux yeux de ses contemporains pour monsieur Tout-le-monde, pas comment monsieur Tout-le-monde a senti irrésistiblement le désir d’en devenir un, et tout ce qu’il a mis en oeuvre pour y parvenir.

Victor est la personne à laquelle on ne fait pas attention, invisible aux yeux de sa famille, de ses proches, de ses collègues. Il a 46 ans, c’est à dire qu’il ne peut même pas se payer le luxe d’une crise de la quarantaine ou de la cinquantaine, un âge qui n’intéresse personne.

Croyez-moi, ce n’est pas facile de devenir ce que l’on n’est pas. Ce n’est pas facile d’être reconnu pour ce que l’on veut être. Reconnu pour ce que l’on est ? Ne rêvons pas !

Pour moi, ce livre est à la fois un roman mâtiné de policier et une satire de notre société. Ce n’est même plus une société du spectacle, c’est une société de l’instantané, du flash, de la nécessité de trouver toujours quelque chose de plus fort, de différent, de plus choquant, parce que les membres de cette société, connectés quasiment vingt-quatre heures sur vingt-quatre veulent toujours plus de nouveauté, et se lassent aussi vite qu’ils s’emballent, quel que soit le sujet. D’ailleurs, font-ils vraiment attention à ce qu’ils regardent ?Je n’en suis pas sûre. Société de l’indifférence, société de la transparence – on ne se voit plus les uns les autres – société avec oreillette – on ne s’écoute pas les uns les autres. La fameuse bienveillance dont on nous rebat les oreilles dans les médias ? Un mot, bien entendu, de même que son synonyme, l’empathie. La citation ci-dessous illustre parfaitement ce propos :

L’empathie n’a jamais été son fort. Rien à cirer des errements de son mari, seul compte le quotidien, savoir ce qu’on mange le soir, s’il faut racheter du Sopalin ou du shampoing, qui plongera du dix mètres dans Splash sur TF1 ? Voilà les vraies questions existentielles qui taraudent Agnès.

Alors oui, j’ai ri jaune, j’ai souri devant les pérégrinations de Victor, descendant direct du Distrait ou d’Alfred, incarné par Pierre Richard dans les années 70. Autre temps, autre inclination, l’un arrivait au bonheur malgré lui, dans une société de consommation encore insouciante, l’autre ne sait plus quoi faire pour atteindre son objectif – ou comment ériger la violence, le meurtre, l’indifférence aussi, en valeurs. Vous avez fait : « glups, mais c’est horrible ? » Ce n’est pas moi qui ai inventé cette fascination. Ce n’est pas moi qui ai inventé cette indifférence. Nous ne vivons pas ensemble, nous vivons les uns à côté des autres.

Où bat le coeur du monde de Philippe Hayat

Présentation de l’éditeur :

Darry Kid Zak s’apprête à monter sur l’une des plus grandes scènes de Paris pour y donner son dernier concert. Comment Darius Zaken, l’enfant muet et boiteux, grandi dans la Médina de Tunis des années 1930, est-il devenu l’un des plus grands jazzmen du XXe siècle ?

Merci aux éditions Calmann-Lévy et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Bienvenue pour un voyage à travers le temps, grâce à la musique. Nous commençons par la fin, nous savons quel grand musicien de jazz est Darry Kid Zak, nous découvrons comment, au cours d’un récit rétrospectif, il l’est devenu. Un jazzman qui a vécu très longtemps, qui donne certes son ultime concert, mais qui a surtout donné des concerts toute sa vie et qui a toujours auprès de lui la femme qu’il aime, Stella.

Nous assistons à un voyage musical, au récit de ce long apprentissage, pendant lequel Darry cherche sa voie, lui à qui la violence a ôté sa voix. Il lui faut aller contre les préjugés de la sociétés, quels qu’ils soient et quelle que soit cette société. Il lui faut écouter, affiner toujours son écoute, en se référant aux différents style de jazz qu’il identifie (ce dont je suis, pour ma part, bien incapable). Il lui faut aussi braver les interdits, aller au bout de ses rêves, poussé en partie par Lou, qui lui a offert son premier instrument, Lou, qui n’est pas allée au bout de son propre rêve de théâtre. Il lui faut aussi braver sa mère, ou  plutôt aller contre ce qu’elle souhaite pour lui. Stella, sa mère, a été rejetée par sa communauté d’origine quand elle s’est mariée avec le père de Darius. Veuve, elle a dû s’en sortir, et même gravir les échelons un à un pour son fils, fils qui, en retour, doit faire honneur à sa famille, au souvenir de son père, et s’intégrer dans la communauté juive. Et devenir un jazzman blanc n’est pas vraiment ce qui semble le mieux pour cette communauté.

Il faut dire qu’elle est bien mal en point, dans ce pays qui n’existe plus tel qu’il était à l’époque, rejetée par les musulmans comme par les français, qui ne s’émeuvent pas vraiment du sort qui lui est fait. C’est un voyage à travers la violence, de la seconde guerre mondiale à l’indépendance de la Tunisie, en passant par les Etats-Unis et la ségrégation, montrant ainsi que la musique n’a pas de frontière, ni de couleur.

Livre magnifique, émouvant, qui nous fait vraiment entendre la musique de ces passionnés.

 

 

Jolis, jolis monstres de Julien Dufresne-Lamy

Présentation de l’éditeur (extraits) :

Au début des années sida, James est l’une des plus belles drag-queens de New York. La légende des bals, la reine des cabarets, l’amie fidèle des club kids et des stars underground. Quand trente ans plus tard il devient le mentor de Victor, un jeune père de famille à l’humour corrosif, James comprend que le monde et les mentalités ont changé.

Mon avis :

Je ne vous raconte pas le nombre de fois que j’ai remis à plus tard la rédaction de cette chronique ! Je suis en effet en train de partir vers une jolie technicité et cela ne va pas du tout. Je peux vous dire solennellement que la narration alterne le point de vue de Victor et celui de James, sachant que le premier est le destinataire du récit du second, que le récit est parfois rétrospectif puisque nous nous plongeons dans le récit des jeunes années de l’un et de l’autre, leur deux temporalité s’entrecroisant parfois, puisque deux événements marquants eurent lieu dans leur vie respective.

Et là, mon avis vous a tellement ennuyé que vous avez mis les voiles et vous vous demandez franchement quelle mouche me pique ! L’analyse littéraire, c’est formidable, certains adorent, mais franchement, changeons de cap !

Jolis jolis monstres est un récit plein de vie, de rythme, de couleurs, et de mouvements, d’amour aussi pour celleux qui se sont auto-proclamés monstres. Iels se cherchaient et comme rien de connu n’existaient, iels se sont inventées. Que de personnes ai-je croisé dans ce roman, entre la scène et la vie, parce que la drag est un être que l’on crée, non qui vous a été imposé par la société, qui définit ce qui est socialement acceptable et ce qui ne l’est pas.

S’il est un mot-clef pour définir ce roman, c’est « amour », l’amour que l’on reçoit, comme James l’a reçu de sa tante, et tout l’amour qu’Angie donne à ses filles. « Don », second mot-clef, puisque Angie, tout comme James ou Victor ne pensent pas leurs actes, leurs créations pour leur enrichissement personnel – d’autres ont détourné leur culture, tel Madonna et son utilisation du voguing (ne me dites pas que vous croyez que c’est elle qui l’a inventé ?). Angie donne son temps, son énergie, son amour (encore une fois) sans compter, et se relève toujours malgré les coups du sort. Parce que nous sommes dans les années 80. Et toutes ses vies fauchées, par cette maladie dont on parle de moins en moins. En parlait-on tant que cela dans les médias à l’époque, d’ailleurs, puisque cette maladie ne touchait, disait-on, que les hommes, et encore, ceux qui appartenaient à une « certaine » communauté ? Quant à celleux qui ont été assassinés, c’est un non événement pour la société bien pensante, avec une forte probabilité pour que les coupables ne soient jamais trouvés.

Alors oui, la société a changé en trente ans, depuis l’époque où James était Lady Prudence. A-t-elle véritablement évoluée ? Oui, et non, parce que tous les progrès sont fragiles. Et j’aimerai tant conclure sur une note optimiste, parce que ce roman est rempli d’énergie, d’intensité, de folie créatrice. Et qu’il serait dommage de voir se dérouler sa vie en passant à côté de qui l’on est vraiment.

 

Et, parce que je résiste difficilement à l ‘envie de partager une citation, en voici une, p. 356

« Aujourd’hui, Marsha a une fontaine. D’autres ont droit à quelques portraits dans la presse spécialisée. En t’asseyant sur le rebord, tu te remémores cette conversation avec Marsha l’année de sa mort. Elle te parlait des émeutes du Stonewall et d’un monument commémoratif dans tu-ne-sais-plus-quel parc, et Marsha t’avait dit.
« Combien de gens sont morts pour que deux jolies petites statues soient placées dans un square ? Combien de jolies petites statues faut-il pour que les gens se comportent comme des frères et des sœurs ? Pour qu’ils comprennent que l’on fait tous partie de la race humaine ? »

Une joie féroce de Sorj Chalandon

Présentation de l’éditeur :

Jeanne est une femme formidable. Tout le monde l’aime, Jeanne.
Libraire, on l’apprécie parce qu’elle écoute et parle peu. Elle a peur de déranger la vie. Pudique, transparente, elle fait du bien aux autres sans rien exiger d’eux. A l’image de Matt, son mari, dont elle connaît chaque regard sans qu’il ne se soit jamais préoccupé du sien.
Jeanne bien élevée, polie par l’épreuve, qui demande pardon à tous et salue jusqu’aux réverbères. Jeanne, qui a passé ses jours à s’excuser est brusquement frappée par le mal. « Il y a quelque chose », lui a dit le médecin en découvrant ses examens médicaux. Quelque chose. Pauvre mot. Stupéfaction. Et autour d’elle, tout se fane. Son mari, les autres, sa vie d’avant. En guerre contre ce qui la ronge, elle va prendre les armes. Jamais elle ne s’en serait crue capable. Elle était résignée, la voilà résistante. Jeanne ne murmure plus, ne sourit plus en écoutant les autres. Elle se dresse, gueule, griffe, se bat comme une furie. Elle s’éprend de liberté. Elle découvre l’urgence de vivre, l’insoumission, l’illégalité, le bonheur interdit, une ivresse qu’elle ne soupçonnait pas.
Avec Brigitte la flamboyante, Assia l’écorchée et l’étrange Mélody, trois amies d’affliction, Jeanne la rebelle va détruire le pavillon des cancéreux et élever une joyeuse citadelle.

Mon avis :

On ne me l’aurait pas offert, je ne l’aurai pas lu. J’ai le mérite d’être claire. Il faut dire que les deux sont arrivés dans la même journée, ce livre, et ma lecture de sa critique cinglante dans le magazine Lire – oui, j’ai retenu la cinglante, pas celle qui est positive, parce qu’elle faisait écho à ce qu’avait dit Sorj Chalandon lors d’une rencontre à la librairie l’Armitière : il est toujours quelqu’un pour lui conseiller d’aller voir un psy. Pour ma part, le travail d’un critique n’est pas d’expliquer à un auteur comment il aurait dû écrire son livre mais d’analyser ce qu’il a écrit. Après, on peut aimer, ne pas aimer, trouver une partie plus faible que l’autre : tous les goûts sont dans la nature.

Alors oui, j’ai lu ce livre presque d’une traite, et je rédige mon avis dans la foulée, sans brouillon, comme ça, à chaud, avec une syntaxe un peu désordonnée. Lire le premier quart du livre fut pour moi une épreuve, parce que cela fait 15 mois, à peu près, qu’un très proche « a chimio ». Et nous, ses proches, respectons ses choix. Jeanne, elle, n’a pas de choix, elle est la gentille Jeanne, celle qui est toujours gentille avec tout le monde, celle qui ne se rebelle devant rien, pas même face à un mari qui s’éloigne d’elle parce que c’est mieux pour elle. Pas la peine de se mettre en rogne, c’est possible, c’est même le cas (dans des statistiques lues voici quelques années) de 25 % des personnes atteintes d’un cancer de se voir ainsi quittées par leur conjoint(e). Jeanne qui a perdu son fils unique d’une maladie rare et qui a eu droit au traditionnel commentaire de sa belle-soeur (oui, si vous lisez le livre, ce genre de phrase est malheureusement possible/courante/fréquente) ne trouve du soutien qu’auprès du personnel soignant, qui a hélas beaucoup de malades dont il faut prendre soin, auprès de son fidèle médecin de famille et d’autres patientes, qui la prennent sous son aile, notamment Brigitte, qui est la maman de toutes, elle dont le fils ne veut plus la voir.

Alors… je n’ai pas forcément envie de vous conter la suite et la fin de ce récit, avec ces moments de joie quand Gavroche, le survivant, continue à suivre les cygnes, au parc et que Jeanne y voit la réussite de son combat. La férocité, aussi, quand Jeanne se rebelle, qu’elle en a assez d’être la gentille Jeanne. Il n’est qu’avec Hélène, la libraire, celle qui l’a connue avant sa maladie, qu’elle ne change pas, sans doute aussi parce qu’Hélène n’a pas changé à son égard. J’ai noté aussi que c’était un roman dans lequel on racontait beaucoup d’histoires, notamment à Jeanne, qui se rend bien compte que les personnes ne s’intéressent pas à elle, mais aiment raconter les cas de maladies qu’ils/elles ont eu dans leur entourage, sans s’apercevoir (là, encore une fois, ce n’est que mon point de vue) qu’ils ne sont pas capables de s’intéresser réellement à autrui. Jeanne elle-même d’ailleurs en vient à raconter des histoires, notamment à cette femme dont la fille est malade aussi, et qui tente, en plus des soins, une autre méthode pour la soulager. Oui, le roman ne fait pas l’impasse sur ses personnes qui craquent, qui n’en peuvent plus, qui arrêtent les soins, et tant pis pour leur corps.

Après, comme je le disais plus haut, on aime ou on n’aime pas ce récit. Mais il ne peut pas laisser indifférent.

 

 

Mes vacances à Morro Bay de Paul Jorion

Mon avis  :

Vous me direz que le titre est de circonstance, et bien, presque !

C’est vraiment par curiosité que j’ai voulu découvrir ce roman autobiographique de Paul Jorion – il est bien le « je » qui parle. Paul Jorion est un sociologue et anthropologue, auteur belge de nombreux essais sur l’économie. Il tient aussi un blog, et ces « vacances » est son premier roman.

Pourtant, à le lire, j’ai peu vu l’aspect romanesque. Loin de moi d’aller vérifier l’exactitude de ce qui est narré sur sa vie sentimentale mouvementée, et ses difficultés à voir ses enfants. Le texte est parsemé de références littéraires (Bukowski, Kerouac), de réflexions, sur l’ambition, sur la vieillesse, sur le rapport avec les parents, et aussi sur le changement de comportement après leur décès. Il est question de vie amoureuse aussi, et j’admets avoir souvent perdu le fil entre les différentes ex-compagnes de l’auteur et les enfants qu’il en a eus, dont au moins un vit aux États-Unis.

Roman court, aux objectifs bien circonscrits : raconter ses cinq jours de vacances, avec un prologue (chez sa dentiste) et un épilogue (chez sa dentiste, à nouveau). Nous avons presque là un récit à la manière de tous ses grands modèles américains. Il nous conte toutes, de ses rencontres minuscules, de ses coïncidences étonnantes, de ces familles recomposées ou à recomposées, de tous ceux que l’on peut croiser aux Etats-Unis qui ne sont pas ou peu américains, de l’idée que l’on se fait aussi des USA. Il parle aussi, des classes sociales, des loisirs qui siéent de pratiquer ou pas quand on est universitaire (à bas le karaoké) ou des idylles amoureuses que l’on parvient à nouer. J’ai d’ailleurs aimé la manière dont l’auteur/narrateur tire sa révérence à la fin du livre. En effet, l’auteur manie une certaine distance par rapport à ce qu’il vit, ce qu’il raconte, et la manière dont il se considère ne manque pas d’humour, lui qui veut devenir « le saint patron des vieux qui ne savent pas vieillir ».

A vous te voir si vous voulez vous rendre avec lui à Morro bay.

 

Sur le fil du coeur de Théo Lemattre

Présentation de l’éditeur :

Constance et Weaver, étudiants, sont amenés à travailler en binôme au sein du même stage. Le problème ? Ils se détestent, ou du moins ils en sont persuadés. Désormais contraints de se côtoyer chaque jour, les deux jeunes gens vont devoir apprendre à surpasser leur rivalité pour mieux s’entraider. Alors qu’un rapprochement semble se dessiner entre eux, un événement les amène à se perdre de vue. Cinq ans plus tard, ils se retrouvent par un curieux hasard. Parviendront-ils à se donner une chance de renouer le fil de leur destin ?

Merci à Netgalley et aux éditions Amazon publishing pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce roman est à lire pour se détendre, si l’on est sensible à ce genre littéraire qu’est la romance contemporaine. Le roman se scinde en deux parties, avec une ellipse de cinq années entre les deux. Le fil conducteur est Contance et Weaver, deux étudiants en psychologie qui à la suite d’un concours de circonstance, sont obligés de faire leur stage ensemble. Constance, sur laquelle se focalise le récit, fait partie d’un groupe d’amies. Enfin d’amies… elles passent leur temps à se clasher et à boire, à monter en épingle les moindres défauts ou faux pas de l’autre. Elles parlent, mais elles ne s’écoutent pas. La plus représentative à cet égard est « Tamalou », que les autres ne gratifient même plus de son prénom, qui a renoncé à parler, à s’expliquer, puisqu’elle a très bien compris que les autres ne l’auraient pas entendu. Constance regrette aussi, et c’est dit à plusieurs reprises, ses années lycées. C’est son droit. Pour ma part, elles sont les pires années de ma vie et j’ai éprouvé un immense soulagement une fois qu’elles ont été derrière moi. Ce qui m’a frappé chez Constance, et chez Weaver, qui est son pendant masculine, est qu’ils se comportent tous les deux comme des mômes, leurs chamailleries sont dignes de gamins, aucun des deux n’est capable de mettre son ego de côté, allant de mesquinerie en mesquinerie. Pour deux personnes qui ont choisi la psychologie, elles n’en font pas vraiment preuve – je me suis même demandé pourquoi ils avaient choisi cette voie, tant ils ne semblent jamais parler de leur cours, de leur projet, simplement que waou ! ce fut dur d’en arriver là.

Plus j’avance dans cet écriture, plus j’ai l’impression de dresser un constat déprimant. L’amitié ? Il n’en reste pas grand chose, vu le nombre de non-dits. La famille ? Elle est absente pour Constance, qui en a recréé une avec sa logeuse, Weaver a comme seul souvenir de son père une voiture qu’il entretient soigneusement, et ne cherche pas à renouer les liens – y a-t-il un psy dans la salle ? Oui, je n’ai pas pu résister. L’amour ? Je ne l’ai pas trouvé tellement valorisé, d’ailleurs, je ne l’ai pas tellement trouvé. J’ai pourtant trouvé plaisir à lire la seconde partie, quand Constance et Weaver sont lancés dans leur vie d’adulte, pas tout à fait celle à laquelle ils pensaient – à eux de voir ce qu’ils sont prêts à accepter, ou pas, pour la vivre.

 

L’âme du violon de Marie Charvet

édition Grasset – 272 pages.

Présentation de l’éditeur :

Un vieux luthier Italien au XVIIème siècle, un tsigane orphelin qui vit de sa musique sur les chemins de la France des années 30, une jeune femme bohème qui rêve de voir un jour ses toiles exposées dans le Paris contemporain et un PDG infatigable dont le cœur n’est touché que par les airs classiques qui résonnent dans son bureau new-yorkais : si différents soient-ils, ces quatre personnages ont en commun, un objet, le violon.

Merci aux éditions Grasset et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

J’ai l’impression de soigner de moins en moins la rédaction de mes critiques. Ce sont des choses qui m’arrivent et je ne dis pas cela pour que l’on me jette des fleurs en retour. Il est des écritures dont je suis heureuse (La blanche caraïbe, le maître du feng shui…) et il y a d’autres dont j’ai l’impression de me débarrasser vite fait, mal écrit ou presque.

La lecture de ce roman n’a pas été désagréable, et globalement, elle fut intéressante. Globalement. Le problème, quand l’autrice décide de nous faire suivre le destin de quatre personnages, c’est que l’on s’attache à l’un d’entre eux plus qu’à d’autres. J’ai nettement préféré le vieux luthier italien, Giuseppe, que j’aurai voulu accompagner constamment, lui et son élève, sans oublier Clara, sa protectrice, au caractère bien trempée : en fait, le caractère bien trempé, on le découvre au détour d’une lettre lu plusieurs siècles après par deux autres protagonistes, et il est dommage que ce personnage féminin n’ait pas été davantage approfondi. Oui, je n’ai pas vraiment trouvé de personnages féminins qui retiennent mon attention. Mina disparaît trop vite, elle est davantage caractérisée à travers les yeux de Laszlo que par ses actes, Lucie ne sait pas vraiment ce qu’elle veut réellement faire de sa vie, passant son temps à procrastiner, et à boire pour se donner de bons prétextes pour ne pas se consacrer à la peinture. Sa grand-mère Bulle pourrait être sympathique, même si j’ai franchement du mal avec les personnes qui sacrifient tout, proches y compris, à la musique, et vous remplacer « musique » par n’importe quelle autre passion, cela fonctionne aussi. Aure, la violoniste ? Elle est elle aussi mise à distance, objet de vénération, de passion de la part de Charles, personnage que je n’arrive pas à « voir » – d’ailleurs, à part Clara et Giuseppe,  je n’en « vois » aucun, pas même le violon. J’ai « cru voir » Charles, et découvert à la fin que j’avais raison, même si sa description par Lucie (la boucle est bouclée) ne correspondait pas réellement à mon ressenti – après tout, c’est la description de Charles à travers les yeux de Lucie, donc subjective.

Oui, un livre agréable, facile à lire, mais qui ne me laissera pas beaucoup de souvenirs, sauf Giuseppe et la création de « son » violon.