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Les enfants sont rois de Delphine de Vigan

Présentation de l’éditeur :

« La première fois que Mélanie Claux et Clara Roussel se rencontrèrent, Mélanie s’étonna de l’autorité qui émanait d’une femme aussi petite et Clara remarqua les ongles de Mélanie, leur vernis rose à paillettes qui luisait dans l’obscurité. “ On dirait une enfant ”, pensa la première, “elle ressemble à une poupée”, songea la seconde.Même dans les drames les plus terribles, les apparences ont leur mot à dire. »À travers l’histoire de deux femmes aux destins contraires, Les enfants sont rois explore les dérives d’une époque où l’on ne vit que pour être vu. Des années Loft aux années 2030, marquées par le sacre des réseaux sociaux, Delphine de Vigan offre une plongée glaçante dans un monde où tout s’expose et se vend, jusqu’au bonheur familial.

Mon avis :

Livre choc, livre coup de poing, livre qui devrait remettre les idées en place à certains, mais je serai juste : les personnes qui exhibent leurs enfants sur les réseaux sociaux ne seront pas ceux qui lisent ce livre. Ils n’ont pas le temps, il faut bien qu’ils montrent leur vie plutôt que de la vivre vraiment.

Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, la lecture de ce livre prouve que Delphine de Vigan est une grande autrice.

Le sujet de ce livre est tragiquement contemporain : l’addiction aux réseaux sociaux, et la surexposition dont peuvent être victimes les enfants, à leur corps défendant. Oui, il est des parents qui collent leurs enfants devant des écrans pour être tranquilles, parce qu’ils sont fatigués, parce qu’ils veulent, parfois, un peu de répit. ce sont des choses qui peuvent arriver. Il est des parents qui filment leurs enfants. Ce n’est pas très grave, j’ai moi-même vu des vidéos de ma petite-nièce. Oui, mais c’est toute la différence : les vidéos en question sont d’ordre privée, et plus tard, quand elle les reverra, cela lui rappellera de jolis moments de bonheur familial simple. Ici, ce n’est pas le cas. Mélanie Claux, épouse Diore (avec un -e, à son grand désappointement) met en scène ses deux enfants quasi quotidiennement, pour une chaine youtube. Tout au log du récit, sera décrite la typologie des différentes vidéos postées. Edifiant, même pour quelqu’un qui, comme moi, fréquente tout de même régulièrement les réseaux sociaux – pas si régulièrement que cela, finalement.

Ce qui fait la force de ce roman, c’est sa brutalité. Delphine de Vigan nous livre les faits, rien que les faits, et ne juge pas, elle laisse ses lecteurs se faire leur opinion eux-mêmes avec ce qui est raconté, et avec l’après, le devenir de ses enfants dont l’enfance a été livré à des milliers, des millions d’internautes que ce soit pour un instant (les fameuses « story ») ou pour l’éternité : rien ne se perd jamais sur internet.

J’en viendrai presque à oublier le point de départ du roman, l’enlèvement de Kimmy, la fille de Mélanie, la vedette de sa chaine Youtube. J’ai pensé à tous ses enfants qui avaient été enlevés, et jamais retrouvés, ou alors si, mais avec quelles séquelles. J’ai pensé (saut du coq à l’âne) à l’enlèvement de Mélodie, la fille de Kiméra, dans les années 80 (sans doute à cause du jeu des sonorités). L’enquête policière est menée par Clara, qui est l’antithèse de Mélanie. Elle est toute entière dévouée à son travail, elle n’expose pas sa vie sur les réseaux sociaux, qu’elle connaît à peine. Elle tend non pas à l’effacement, mais à l’épure – laisser le moins de trace possible derrière soi. Elle n’est pas mariée, n’a pas d’enfants, et n’est pas carriériste non plus : elle donne le meilleur d’elle-même pour son métier, sans chercher une promotion, elle aime ce qu’elle fait, point. Et quand le roman se prolonge dix ans plus tard, nous ne sommes pas vraiment dans une dystopie, nous sommes presque, déjà, dans ce monde qui nous est décrit, dans lequel le numérique a entraîné de nouvelles pathologies, qu’il faut soigner, et qu’il n’aurait pas été nécessaire de soigner si…. Je me demande si je dois compléter la phrase, parce qu’elle peut se terminer de plusieurs manières. Si les parents avaient joué leur rôle ? S’ils n’avaient eu, comme Mélanie Claux, le désir d’être aimé, non par leurs proches, mais par le plus grand nombre ? L’image qui est donné de soi est très importante pour Mélanie, on le voit avant même qu’elle ouvre sa chaine Youtube. Sa vie, c’était le virtuel, elle qui passait ses journées sur les réseaux, elle qui veillait à toujours dire d’elle ce qui donnait une bonne image d’elle. Elle, elle, toujours elle. Même parler au sujet d’une fin de grosses difficile lui était impossible puisque cela ternissait l’image de bonne mère qu’elle voulait donner. Et si cela vous paraît insensé, allez jeter un coup d’oeil sur les comptes insta dédiées à la maternité ou à l’allaitement. Il est heureusement des femmes qui osent dire ce qu’elles ressentent, ce qu’elles vivent réellement et disent bien qu’il est important de parler, de ne pas s’isoler. Je m’écarte presque du sujet du livre, du sujet d’écrire une chronique sur un livre, pourtant, il offre matière à maints débats, tant le virtuel envahit nos vies peu à peu.

Un livre que l’on referme sans savoir si l’on doit être subjugué par la solidité de la construction de ce récit, ou fortement inquiet par toutes les conséquences à venir pour nous de ce monde dans lequel nous vivons déjà.

Vivantes de Marie-Haude Mériguet

Présentation de l’éditeur :
En juillet 1996, Nicolette est envoyée en Italie pour s’occuper des deux garçons d’une famille franco-italienne.
Pour l’étudiante avide de voyage et d’émancipation, cette immersion dans les paysages grandioses des Dolomites est le début de l’aventure.
Elle y rencontre Faustine, une jeune fille aussi solaire que brillante, aussi belle que mystérieuse.
Leur entente est évidente. Leur amitié, immédiate. Ensemble elles traversent un concentré de vie absolu, où la liberté s’impatiente, où les extrêmes se côtoient.
Vingt et un ans plus tard, un rendez-vous étonnant replonge Nicolette dans cet été magnifique et terrible.
Qu’est-ce qu’être vivante ?
Dans son souvenir intact, Nicolette retrouve les réponses qui, à l’époque, ont changé le cours de sa vie.
Sous le soleil brûlant de l’Italie des montagnes, ce roman raconte combien la rencontre, aussi courte soit-elle, a le pouvoir de nous changer. Il raconte comment l’amour nous fait devenir.
Mon avis :
Il est bon, parfois, de ne pas avoir d’attente en découvrant un livre. Les surprises n’en sont que plus agréables.
Le roman ne commence pas par la fin, il commence cependant par le présent, et nous savons que Nicolette s’apprête à faire une rencontre décisive. Avec qui ? Comment est-elle arrivée là ? Ma curiosité était déjà bien éveillée et je vous rassure, elle sera satisfaite au cours du roman.
Nicolette est une jeune fille bien comme il faut. Elle est étudiante en sociologie. Ses parents, sa mère surtout, ne supportent pas ce qui ne sert à rien, même les vacances doivent être optimisées. Aussi Nicolette (à qui sa mère n’a pas demandé son avis) partira-t-elle en Italie jouer les jeunes filles au pair pour les deux fils d’un couple franco-italien. Seulement, les parents d’Andrea et Luca n’ont pas tout dit à ceux de Nicolette, ils ont même omis de mentionner qu’ils avaient une fille, Faustine, qui est presque du même âge que Nicolette.
Les deux jeunes filles vont devenir amies, une amitié qui poussera Faustine à se confier, et qui fera, au fil des jours, que le voile se lèvera peu à peu sur cette famille si parfaite, ou qui veut donner une telle image. Mariangela et Agostina sont les deux figures maternelles qui se sont penchées sur Faustine. L’une est sa mère, mondaine, brillante, maitrisant parfaitement l’art de la conversation, et celui d’attirer l’attention sur elle. L’autre, Agostina, a pris soin de la fille comme elle a pris soin de la mère, lui portant toute l’attention et tout l’amour qu’elle pouvait – même si, parfois, ce n’est pas suffisant.
Ce pourrait être une histoire simple, cela ne l’est pas. Il s’agit de bien plus que d’amitié ou d’amour de vacances, il s’agit de découvrir pour la première fois à quel point la vie peut faire mal.
A découvrir.

Astro N/F par Violaine Janeau

Présentation de l’éditeur :

En 2165, le monde déplore une baisse drastique de la fertilité, et la seule perspective de sauver l’humanité réside en la colonisation d’une nouvelle planète. Daphné Niels, une non-fertile tatouée d’un N, prend place à bord de l’Avenir, un vaisseau en quête de la terre promise, dont l’objectif est de préserver les derniers féconds, les F. Alors que l’astronef erre dans l’univers, Daphné perd espoir et se réfugie dans l’alcool pour oublier son statut et fuir sa sœur et ses neveux, qui lui rappellent ce qu’elle n’aura jamais. Mais lorsqu’elle part en reconnaissance sur la planète GreenWay, sa rencontre avec Alexander Perkins, un fertile haut gradé, ébranle toutes ses convictions… Si elle se désespère de ne pas pouvoir avoir d’enfant, apparemment, d’autres ne conçoivent pas de sacrifier leur corps au service d’une humanité sur le déclin. Et si cette découverte sonnait le glas de la révolution ?

Mon avis :

Merci aux éditions Explora et à Netgalley pour ce partenariat.

Nous sommes dans un récit de science-fiction. Nous sommes pourtant dans un futur assez proche, finalement, si l’on y réfléchit bien. Qu’est-ce que cent quarante ans, à l’échelle de l’univers ? Peu de choses. La situation n’est pas brillante. Il a fallu que des personnes choisies, triées sur le volet, partent dans l’espace dans l’espoir de coloniser une nouvelle planète. Visiblement, en avoir bousillé une n’était pas suffisant. Il faut dire que le second problème est la baisse de la fertilité : de plus en plus d’hommes, de femmes, deviennent stériles, et aucun des traitements qui existent ne parvient à vaincre ce qui s’apparente à une malédiction. Il ne s’agit pas de laisser les non-fertiles sur Terre et de laisser partir les fertiles en quête d’une terre promise, non. Les N (ainsi ont-ils été tatoués. Vous, je ne sais pas, mais moi, les tatouages ont éveillé dans mon souvenir de sinistres souvenirs) qui ont pu embarquer sont au service des F, dont le rôle est d’avoir le plus d’enfants possibles.

Daphné est une N, seule à être ainsi dans une famille parfaitement fertile. Au cours de retour en arrière, nous découvrons son passé – elle était institutrice avant, sa rupture (son compagnon ne pouvait admettre de rester avec quelqu’un qui ne pouvait pas avoir d’enfants), son addiction à l’alcool, pour supporter, et bien d’autres faits encore. Si elle a pu prendre place à bord de l’Avenir, c’est parce qu’elle a été embauchée comme mécano. Sa mère, sa soeur, son beau-frère et ses deux neveux sont à bord et elle peut ainsi vivre avec eux.

Alors, oui, il y a aura des péripéties nombreuses, qui ne commencent pas seulement avec sa rencontre avec Alexander Perkins, fils du général, un F. qui remet en cause les idées reçues. Daphné découvre bientôt qu’il n’est pas le seul. Cela devrait paraître évident, et pourtant : est-ce parce que l’on peut avoir des enfants que l’on doit en avoir ? Doit-on en avoir autant que l’on veut, ou autant que la société nous commande d’en avoir ? De même, Daphné souffre de ne pas pouvoir avoir d’enfants, certains se montrent méprisant envers les non-fertiles, tout a été mis en oeuvre, sur Terre, pour leur permettre de concevoir à nouveau et, dans l’espace, les généticiens, dont son beau-frère, ne désespère pas de trouver un remède. Des personnes « bienveillantes » demandent à Daphné de se tenir éloignée des enfants – pour que leur vue ne la fasse pas souffrir. Je ne nie pas qu’être infertile peut faire souffrir, je pense cependant que ce n’est pas aux autres de savoir ce qui est le mieux pour ces personnes. Et cette thématique me questionne. L’on peut, de prime abord, ne se sentir pas concerné, puis être horrifié(e) quand on découvre jusqu’où ceux qui promeuvent la fertilité peuvent aller, et enfin se dire : « ce type d’injonction existe dans notre société ». Si l’on regarde un peu autour de soi, l’on découvre que oui, comme si on ne le savait pas déjà.

Astro N/F est le premier tome d’une saga prometteuse. Il est évident pour moi que je lirai le tome 2 quand il paraîtra.

 

Où es tu Mari ? de Kristel Petersen

Présentation de l’éditeur :

Maja vit à Forsøl, petit village norvégien à quelques kilomètres de la ville de Hammerfest, au nord du cercle polaire. Elle raconte dans son journal sa lutte quotidienne pour vivre malgré le chagrin qu’elle éprouve depuis la mystérieuse disparition de sa fille Mari. Elle essaie d’endormir sa douleur avec l’aquavit du placard de la cuisine et s’accroche à l’idée que Mari est encore vivante quelque part. Maja est prête à tout pour la retrouver, même à boire les tisanes hallucinogènes d’un vieux shaman sami. En s’isolant régulièrement dans sa cuisine avec des brioches et du thé pour écrire son journal et pour réfléchir, elle avance lentement dans la recherche de la vérité, mais plus elle progresse sur ce chemin, plus le danger, irrémédiablement, resserre son étau…

Mon avis :

Simple ? Non. Pourquoi une histoire de disparition d’enfants serait-elle simple. Maja est professeure des écoles. Elle est norvégienne, mais pas que : son père était russe, sa mère est sami, et certains norvégiens ne voient pas les samis d’un bon oeil. Maja a été follement amoureuse d’un sami, dans sa jeunesse, elle pensait qu’ils se marieraient, mais il l’a abandonnée alors qu’elle était enceinte de leur fille. Elle s’est alors marié avec Bjarne, un homme « bien », patron d’une usine de poisson, dont le père fait une brillante carrière politique. Ensemble, ils ont eu un fils, Kristian. La vie s’écoule, heureuse. Ou plutôt semble s’écouler heureuse, parce que Maja fait tout pour donner le change, pour son mari, pour son fils, pour ses collègues, qui osent à peine lui parler : que dire à une femme dont l’enfant a disparu sans laisser de traces ?

Alors, pour tenir le coup, Maja boit. Un peu, beaucoup. Elle buvait déjà le jour de la disparition de sa fille, et c’est aussi pour cette raison qu’elle culpabilise encore plus que si elle avait été dans un état je ne dirai pas plus normal, mais dans un état que la société attend d’une femme, d’une épouse, d’une mère. Elle tient un journal, aussi, dans lequel elle note tout ce qu’elle vit, tout ce dont elle se souvient, tout ce qu’elle éprouve, entre espoir, reconnaissance et colère. Ce journal, nous le découvrons en même temps qu’elle l’écrit, il entrecoupe la narration qui nous permet de nous focaliser pas seulement sur Maja mais sur d’autres personnages, comme Bjarne, son mari. Et parfois, le lecteur de se demander comment Maja peut être aussi aveugle sur ce qui l’entoure.Il faut dire que la police ne voit pas grand chose non plus. Chance ? Oui, pour ceux qui ont quelque chose à cacher.

Où es-tu Mari ? est aussi, pour moi, l’histoire d’une transmission ratée. Maja n’a que faire des traditions samis que sa propre mère aurait voulu qu’elle partage, c’est Wilma, sa belle-mère qui va l’y intéresser. Wilma aime éperdument son mari, qui ne la respecte pas, pas plus que son fils ne la respecte, en homme sûr de son bon droit. Aimer ne suffit pas, surtout si l’on est prêt à tout accepter de la personne aimée.

Roman policier ? Oui, aussi, même si le seul policier du coin n’est pas très actif. Cela n’empêche pas Maja de vouloir savoir ce qui est arrivé à sa fille, d’osciller entre espoir de la revoir vivante, et crainte qu’elle ne soit morte. Où es-tu Mari ? est un livre sur la douleur de l’incertitude, que ne vient pas tempérer la douceur de prendre soin des siens.

 

Asphalte par Matthieu Zaccagna

Présentation de l’éditeur :

« Courir déterminé, en un bloc solide, résistant. Se faire violence, serrer les dents, plisser les yeux, broyer l’asphalte. Courir vite, sentir la vie, maintenir l’urgence, ne jamais ralentir, jamais faiblir. Respirer fort, mécaniquement, trois inspirations, trois expirations, toujours, même dans les montées. Sentir qu’on brûle, qu’on arrache cette chose, qu’on tient bien là, doigts moites, mains tremblantes. Cette chose qu’on serre, qu’on use, qu’on épuise, ce corps qu’on purge, que diable peut-il contenir pour qu’on l’éprouve ainsi ? Courir avec méfiance, avec défiance, sans compromis, sans concession, slalomer entre les voitures, les piétons, les deux-roues, les laisser derrière, tous. S’échapper, partir d’ici, partir de soi. J’avance dans les quartiers nord de la ville. Mes cuisses sont en vrac. Mes genoux, pareil. Je ne m’arrête pas. J’abîme la douleur. Dans l’aube naissante, la brume se dissipe sur l’eau du canal. J’ignore combien de temps je vais pouvoir tenir comme ça. »

Merci aux éditions Noir sur Blanc, et à netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Il est une formule que j’ai souvent lu, pour définir des styles qui parfois n’en méritaient pas tant : « un style épuré ». Les critiques qui utilisent ces termes n’ont sans doute pas encore lu Asphalte, qui redéfinit le sens de cette expression.

Rien n’est inutile, tout est haletant, oppressant. Le narrateur a survécu, le narrateur se construit au fil des pages et des courses, lui qui n’a pu le faire jusqu’à présent.

Pas de place pour la sensiblerie, qui n’a rien à voir avec la sensibilité. Un adolescent, presque un jeune adulte, a grandi avec un père dominateur, violent, narcissique, et une mère qui ne pouvait se défaire de son emprise. Nous découvrons ce qu’il a vécu au cours de retour en arrière bref, précis, et douloureux. L’écriture nous laisse peu de répit, parce que le narrateur en a peu. Il fait deux belles rencontres cependant, deux personnes qui ne demandent rien, ne jugent surtout pas, comme lui ne juge pas ceux qu’ils rencontrent. Il voit, il dit, il ne brode pas.

Une oeuvre forte.

Douze années lumières de Jean-Baptiste Rudelle

Présentation de l’éditeur :

Année 2360, la croissance est à l’arrêt. Les scientifiques ont identifié une planète habitable, mais douze années-lumière nous en séparent. Trois femmes se portent volontaires pour ce voyage sans retour, guidées par l’espoir d’offrir aux humains une seconde Terre…
À la fois roman d’anticipation et essai, cet ouvrage explore les conséquences du réchauffement climatique. Loin des mirages de la science-fiction, il imagine un futur où le progrès technique a été poussé jusqu’à ses extrêmes limites.
Derrière le récit haletant de la mission spatiale se cache une question simple et troublante : jusqu’où ira l’humanité ?

Mon avis :

Tout d’abord, merci à Babelio et aux éditions Diateino pour ce partenariat. J’ai quinze jours de retard pour le publier. Ce sont des choses qui arrivent. Est-ce que cela m’angoisse ? Non. Mes soucis personnels eux, si. J’entre maintenant dans le vif du sujet.

Nous sommes en 2360 et pourtant, certaines choses n’ont pas changé. Prenez Lucie (lumière en latin). Elle désire par-dessus tout participer à la mission Columbus, une mission qui a pour but de coloniser une autre planète, à des années-lumières de la Terre. Et que fait-elle pour être parmi les trois femmes sélectionnées ? Elle se livre à un chantage sur un prédateur sexuel, une personne bien placée pour lui avoir… la place. En gros, on peut aller très loin dans l’espace, mais pas se contrôler. Balancetonporc dans l’espace.

Ce roman comporte trois parties, et j’ai trouvé qu’il avançait très lentement, d’autant plus qu’à la fin de chaque chapitre, nous avons des explications scientifiques pour justifier les choix effectués par l’auteur, choix étayés par des connaissances scientifiques, mais aussi par ce qui a déjà été fait et écrit en matière de science-fiction. Alors, lire un chapitre, deux chapitres, trois chapitres de ce genre, pourquoi pas ? Voir la narration ainsi découpée m’a plutôt génée, et j’avais presque envie de les sauter, ces chapitres. Je vous rassure, je ne l’ai pas fait. Cependant, ce n’est pas la lecture de ce livre qui fera que je n’aime plus Star Trek – provoquer des émotions est important.

Trois parties, pour trois héroïnes, trois femmes. Au final, l’on en sait peu sur elles, sur leur vie quotidienne, leur entente ou leur mésentente. Sur les difficultés liées au renoncement, ou au renoncement imposé à leurs filles, leurs petites-filles : il faudra attendre d’être presque arrivé à destination pour faire naitre des garçons. Les hommes supporteraient-ils mal l’enfermement ? Difficile de trancher. Difficile aussi de s’attacher à des personnages qui ne font que passer, et dont la mort tient en une ligne dans le journal de bord. Je suis dure ? Oui. Finalement, c’est Ana qui m’a le plus touchée, par son humanité.

Livre lu ? Oui. Livre qui m’a émue ? Non.

La mare au diable de George Sand.

Mon avis :

La mare au diable est un livre que j’ai longtemps proposer à mes élèves en lecture cursive. Longtemps, et il y a longtemps, les deux allant ensemble. J’avais arrêté, parce que d’autres oeuvres me semblaient tout aussi intéressantes à leur proposer. Avant de la proposer à mes 4e de cette année, je me suis dit « relisons cette oeuvre ». Ce n’est pas que je ne la vois pas avec le même regard, c’est que les défauts que je lui trouvais, je les vois toujours, et les qualités, je les vois de moins en moins.

Il est deux parties qui m’ont toujours ennuyée, la première, dans laquelle l’autrice présente son projet, et la dernière, qui nous décrit plus sûrement qu’un reportage, une noce traditionnelle berrichonne. La première m’ennuie, parce que l’autrice se justifie de ce qu’elle a écrit, présente les « gentils » paysans aux lecteurs (parisiens ?) qui ne connaissent pas leur innocence ni ce que j’appelle leur absence de sensibilité. Oui, les paysans travaillent trop, de manière répétitive, pour être sensible à la beauté de ce qui les entoure. En gros, c’est la dureté des travaux effectués qui les a rendus ainsi. La dernière partie… j’ai toujours déconseillée à mes élèves de la lire, sauf s’ils voulaient lire une reconstitution historique telle qu’on pourrait les lire dans « Vivre dans le Berry au XIXe siècle ».

Entre les deux, nous avons une intrigue qui ne laisse pas un souvenir impérissable. Germain est veuf, et son beau-père Maurice l’incite à se marier, pour maintes raisons, notamment le fait que sa belle-fille attend un nouvel enfant, et que sa belle-mère devra s’occuper de l’autre enfant du couple (les enfants de son fils), elle ne pourra donc plus veiller sur les enfants de sa fille décédée, même si Petit Pierre, l’aîné, accompagne déjà souvent Germain aux champs. Germain accepte de rencontrer la veuve dont lui parle Maurice. Oui, il n’est plus temps pour les mariages d’amour, et Maurice a une idée très précise du genre de femme qu’il faut pour son gendre. Note : dans la vraie vie, Germain se serait sans doute déjà remarié, un an après son veuvage, comme beaucoup d’hommes le faisaient à l’époque. Il fallait bien quelqu’un pour élever les enfants, et les belles-soeurs ou belles-mères n’étaient pas toujours disponibles – ou alors, il épousait la jeune soeur de sa femme, cela arrivait aussi.

Je ne dirai pas que l’intrigue avec la jeune Marie, qui est placée bergère dans un village non loin, à la ferme des Ormeaux, n’est pas cousu de fils blancs. Il l’est ! Il faudra simplement beaucoup de temps pour que Germain ose avouer son amour à Marie – encore une fois aidé par sa belle-famille. J’ai presque envie de dire que Marie a de la chance d’avoir été placée si tardivement – seize ans au lieu de … beaucoup moins, parfois même huit ans – et de ne pas être encore mariée, voire de ne pas avoir eu d’enfants illégitimes. Pour se faire une idée, il suffit de parcourir les archives départementales, leur lecture est édifiante.

La mare au diable est une histoire d’amour simple, qui me semble surtout prétexte à raconter la vie quotidienne (idéalisée ?) du paysan berrichon, qu’il soit aisé ou non.

Sous le sol de coton noir de Paul Duke

Présentation de l’éditeur :

Après une mission au Soudan du Sud qui tourne mal, le narrateur, ex-salarié d’une ONG humanitaire, se terre en Normandie, traumatisé. Jusqu’au jour où il retrouve le téléphone d’Arthur, un photographe qui l’avait accompagné à Malakal, tué dans des circonstances mystérieuses.

Il se replonge alors dans ce passé trouble qu’il voulait oublier lorsqu’il était au cœur des bombardements, dans une base des Nations Unies, près d’un camp de population shilluk. Trente mille personnes y vivaient dans la peur, la misère, mourant de faim, quand elles n’étaient pas massacrées par les troupes gouvernementales du SPLA (Sudan People’s Liberation Army), occupées à extraire le pétrole de ce sol de coton noir.

Mon avis :

Comme un retour en arrière sur des événements douloureux, sur la terre argileuse surnommée Black Cotton soil à cause de sa texture et de sa couleur.

L’on dit toujours qu’il faut aller de l’avant. Mais là, il ne peut pas. Il a beau séjourner dans sa maison d’enfance, au coeur de la Normandie, les événements qui se sont passés un an plus tôt lui sont restés sur le coeur du narrateur. Arthur, le photographe qui l’accompagnait en mission, a été tué, et non, pour le narrateur, ce n’était pas un accident. Il semble le seul à vouloir faire toute la lumière sur ce qui s’est passé. Est-ce vraiment souhaitable ? Est-ce vraiment possible ?

Au cours de ce récit, j’ai rencontré des personnes qui ne sont pas ce qu’elles paraissent être, des personnes qui cultivent presque le fait d’avoir deux visages, cloisonnant chaque partie de leur vie, faisant comme si l’une et l’autre ne pouvaient s’influencer, comme si aussi certains actes pouvaient être commis en toute impunité. L’on ne parle quasiment pas du Soudan du Sud, de ce qui s’y passe ou de ce qui s’est passé aux actualités. Parce que c’est trop loin ? Parce que l’on a trop d’intérêts là-bas pour en parler ? Parce que les journaliste ne peuvent pas y faire leur travail ? Ce serait une piste aussi. Les ONG peinent déjà à y mener à bien leurs missions, elles semblent ne pas avoir besoin de journalistes qui cherchent la belle image, le scoop, au détriment des personnes qui tentent de vivre là-bas, et qui seront encore là quand eux seront repartis. C’est un vrai questionnement à avoir – surtout quand les états ferment les yeux sur ce qui se passent.

Oui, ce roman m’a beaucoup questionné, y compris quand j’ai vu tous ces jeunes couples qui mènent une vie « de notre temps », avec des vies sentimentales et sexuelles presque dignes d’une romance contemporaine, et se retrouvent confrontés sur le terrain aux pires horreurs. Clotilde et Mathieu ont eu une fille – après leur retour. La fille de Jacques dit « le Vieux » a voulu un destin à l’opposé de celui de son père – une maison, un mari, des enfants. Quant au narrateur, peut-être trouvera-t-il l’apaisement à la fin. Peut-être. J’en doute.

Les ombres de Morgat de François Le Mer

édition du palémon – 304 pages.

Présentation de l’éditeur :

Noémie Kerdreux, vieille dame quelque peu excentrique, tient, avec sa belle-fille, une ferme-auberge à Lostmarc’h, pittoresque hameau de la presqu’île de Crozon. Rien ne saurait altérer la complicité entre ces deux femmes.
Seule ombre à leur bonheur : la disparition inexpliquée, voilà dix ans, de Martin, leur petit-fils et fils. D’ailleurs, ce 8 juillet 1995 aurait mérité d’être marqué d’une pierre blanche car Alice, la meilleure amie du jeune homme, trouvait la mort justement ce jour-là.
Alors que les parents d’Alice séjournent à l’auberge, les événements dramatiques vont se précipiter. Une autre jeune fille est assassinée, un enfant est enlevé.

Mon avis :

Zut, l’heure est grave : je ne me souviens même pas des interventions des enquêteurs dans cette enquête (oui, je suis un peu redondante) tant j’ai plutôt retenu d’autres éléments à cette lecture – et pas forcément dans l’ordre chronologique.

Prenez par exemple les triplés. J’aime beaucoup les triplés, trois charmants bambins qui en font voir de toutes les couleurs à leurs parents, et qui se sont surpassés, pour la bonne cause, ai-je envie de dire, dans cette enquête. Leur mère a eu des méthodes éducatives assez particulières – et elle n’est pas la seule à les avoir utiliser.

Les mères sont au centre de ce récit. Le fils de Scarlett a disparu depuis dix ans. Dix ans plus tôt, la fille d’Isabelle a été assassinée. Quant au fils d’Estelle, il a été enlevé. 99999999998 (oeuvre de Saphir). Les mères sont importantes, les pères sont soit portés disparus, soit pas vraiment impliqués. Oui, ce roman est apparu pour moi comme une variation sur le thème de la maternité, sur le thème de la culpabilité aussi, celle que l’on ressent, celle que l’on ne ressent pas, ou trop tard, celle que l’on tente de faire peser sur les autres.

Tout ne finira pas bien – parce que tout n’avait pas bien commencé.

 

session Mémoire chez Azilis

 

À l’ombre des patriarches de Pierre Pouchairet

Présentation de l’éditeur :
Alors que la région s’embrase à nouveau, que les affrontements intercommunautaires se multiplient et que les morts s’accumulent de part et d’autre, Dany et Guy deux inspecteurs de la police judiciaire israélienne enquêtent sur le meurtre d’une Européenne retrouvée assassinée en plein quartier arabe à Jérusalem-Est. Ils débutent leurs investigations sous haute tension d’autant que, pour les extrémistes, les coupables paraissent tout désignés et qu’une telle horreur appelle forcément vengeance. Parallèlement, Maissa, flic palestinienne, se retrouve chargée d’enquêter sur l’enlèvement d’une de ses amies en poste dans une organisation internationale. Les 2 affaires vont se croiser, s’imbriquer et obliger les policiers à travailler ensemble dans un climat de suspicion généralisée, où rien n’est simple et où il ne faut surtout jamais se fier aux apparences.
Un polar percutant écrit à l’encre d’une actualité brûlante.
Mon avis :
Que dire ? Eh bien, je n’ai pas trop envie d’en dire, justement, parce que ce livre est un véritable coup de poing, roman noir, roman politique plus que roman policier.
Nous sommes en Israël, nous sommes en Palestine, mais jamais Pierre Pouchairet ne prend partie pour l’un ou pour l’autre camp. Il raconte, il montre, il ne juge pas, il n’influence pas le lecteur. A lui de voir ce que signifie vivre là-bas, ce qu’est la vie quotidienne là-bas, pas si loin de la France que cela. Une jeune femme est assassinée, elle n’est ni palestinienne, ni israélienne, elle travaillait avec passion, et a été victime… de qui ? On le saura, je vous le rassure, au cours d’une enquête qui nous amènera à côtoyer le meilleur et le pire de l’être humain, l’impression que la justice est impuissante, et que ne reste que la vengeance – et son lot de traumatisme.
Oui, je suis brève, non parce que je n’ai rien à dire, mais parce que A l’ombre des patriarches est un roman percutant, jusqu’à son dénouement.