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Préférer l’hiver d’Aurélie Jeannin

Présentation de l’éditeur :

À distance du monde, une fille et sa mère, recluses dans une cabane en forêt, tentent de se relever des drames qui les ont frappées. Aux yeux de ceux qui peuplent la ville voisine, elles sont les perdues du coin. Pourtant, ces deux silencieuses se tiennent debout, explorent leur douleur et luttent, au cœur d’une Nature à la fois nourricière et cruelle et d’un hiver qui est bien plus qu’une saison : un écrin rugueux où vivre reste, au mépris du superflu, la seule chose qui compte.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier les éditions Harper Collins et Netgalley pour ce partenariat. Maintenant, les choses difficiles commencent : je n’ai pas apprécié ce livre. Je le dis d’entrée de jeu. Reste à savoir pourquoi, et là, c’est assez simple.

Dans ce livre, nous sommes dans la contemplation, et non dans l’action. Préférer l’hiver, oui, mais la fille (qui est aussi la narratrice) et la mère vivent non seulement dans la saison hivernale mais aussi dans un hiver affectif depuis la mort de leur fils, de leur petit-fils. Elles vivent littéralement leur deuil. Elles en ont la possibilité. Et c’est là que je deviens très froide, très indifférente envers ses femmes qui ont le luxe de pouvoir se retirer du monde, de vivre dans une cabane en forêt, avec des provisions. Certes, la vie est difficile, la narratrice se demande si elles auront assez à manger, s’il leur reste suffisamment d’essence pour aller en ville, où elles sont les « recluses » du coin mais je connais peu de personnes qui peuvent se permettre, en dépit de leur immense douleur, de vivre ainsi. Elles ne peuvent pas, pour des raisons matérielles, professionnelles, familiales.

Puis, j’ai trouvé ce livre terriblement impersonnel, les personnages principaux sont uniquement définis par leurs liens familiaux, peut-être pour montrer le côté universel de cette histoire, ou pour accentuer la froideur de la situation vécue par les personnages. Certes, elles sont seules, mais elles ont aussi été abandonnées par les pères respectifs de leurs enfants – autre manière de vivre leur deuil.

Pas de dialogue, ce qui ne veut pas dire que les deux femmes ne communiquent pas. J’ai parfois eu l’impression qu’elles ne quitteraient jamais l’hiver, que ce n’était pas le printemps qui les attendaient au bout de la route, mais leur mort. Il faut dire que la violence est présence, bien qu’elles soient retirée du monde, violence qui a ôté la vie du frère de la narratrice, violence qui la fera se faire agresser (et survivre), violence des voisins qui veulent à tout prix qu’elles se débarrassent du héron et du ragondin qui visitent leur étang.

Alors oui, l’attention est portée à chaque chose, les phrases sont belles, poétiques, et pourtant, nulle émotion pour moi. C’est ainsi.

Drôle de pistolet de Francis Ryck

Présentation de l’éditeur :

Un jour, même les meilleurs se font avoir. Et ce jour-là, ils doivent choisir : se taire ou parler. Avec, en cas de résistance, la perspective de souffrances raffinées. Alors Yako a parlé. Il a tout donné, trahi le KGB, et en échange, on lui a rendu sa liberté. Mais combien de temps avant que le KGB ne la lui reprenne, définitivement cette fois-ci ? Adapté à l’écran en 1973 sous le titre Le Silencieux par Claude Pinoteau avec Lino Ventura avec des dialogues de Jean-Loup Dabadie, Drôle de pistolet a obtenu le Grand prix de littérature policière.

Merci aux éditions French Pulp et à Netgalley pour leur confiance.

Mon avis :

Lire ce livre, c’est un peu comme aller au restaurant et commander sur la carte un plan que l’on n’aime pas vraiment, que l’on a déjà testé, en se disant que cette fois-ci sera peut-être la bonne.  Et bien, cela ne l’était pas. Je n’ai pas vraiment d’affinité avec les romans d’espionnage, c’est ainsi.
Drôle de pistolet, c’est aussi le roman d’une époque, comme nous le rappelle la postface du livre. En 1969, année de sa parution, cela fait déjà quelques années qu’un espion est devenu célèbre dans le monde entier – James Bond. Contrepoint nécessaire ? Les romans d’espionnage veulent alors montrer un espion plus réaliste.
Oui mais. Yako n’est pas vraiment montré dans son travail d’espion, il est plutôt montré dans l’après. Que se passe-t-il quand l’espion est découvert, et qu’il ne lui reste plus rien ? Il se passe que, la seule chose qu’il peut encore sauver, c’est sa vie. Mais quelle vie ? Celle qu’il a eu pendant des années et qui n’était qu’une couverture, non une véritable vie ? Celle qui commence à partir du jour où il n’est plus un espion, mais un homme en fuite – et qui est cet homme en fuite ?
Bouger, toujours, être en mouvement. Ne faire confiance en rien, en personne, et aller, à mes yeux, trop loin – la méfiance comme seule manière de vivre, la violence comme seule manière de survivre. Bref, un questionnement incessant sur comment survivre – ou pas, ce qui est la véritable question, toujours.
Un livre qui confirme que le roman d’espionnage n’est pas mon genre de prédilection.

Le consentement de Vanessa Springora

Présentation de l’éditeur :

Au milieu des années 80, élevée par une mère divorcée, V. comble par la lecture le vide laissé par un père aux abonnés absents. A treize ans, dans un dîner, elle rencontre G. , un écrivain dont elle ignore la réputation sulfureuse. Dès le premier regard, elle est happée par le charisme de cet homme de cinquante ans aux faux airs de bonze, par ses oeillades énamourées et l’attention qu’il lui porte.
Plus tard, elle reçoit une lettre où il lui déclare son besoin  » impérieux  » de la revoir. Omniprésent, passionné, G. parvient à la rassurer : il l’aime et ne lui fera aucun mal. Alors qu’elle vient d’avoir quatorze ans, V. s’offre à lui corps et âme. Les menaces de la brigade des mineurs renforcent cette idylle dangereusement romanesque. Mais la désillusion est terrible quand V. comprend que G. collectionne depuis toujours les amours avec des adolescentes, et pratique le tourisme sexuel dans des pays où les mineurs sont vulnérables.
Derrière les apparences flatteuses de l’homme de lettres, se cache un prédateur, couvert par une partie du milieu littéraire.

Mon avis :

Le livre. L’affaire.
Ce livre est dans doute celui dont tout le monde a parlé pour cette rentrée littéraire de l’hiver 2020. Tout le monde. Mais qui l’a lu ? Moi même, je m’étais dit que je ne le lirai pas, puisque tout le monde allait (forcément) en parler. C’était avant que l’on ne me l’offre. Sa lecture venait après celle d’un roman autobiographique sensible (L’empreinte d’Alexandria Marzano-Lesnevich)  et ce n’était pas forcément le plus simple.

J’ai lu ce roman quasiment d’une traite. Quasiment. Ce qui est raconté dedans m’a littéralement mise en colère. Parce que je me suis dit « non, pas possible, il y a forcément quelqu’un qui va réagir ». Et bien non. Vanessa est seule, irrémédiablement. Alors oui, Vanessa a une mère, qui ne s’émouvra que lors de la rupture. Elle a aussi un père, totalement défaillant. Ne parlons pas non plus du milieu médical, aperçu furtivement, et qui passe complètement à côté de cette histoire entre une adolescente et un homme qui pourrait presque être son grand-père, à quelques années près (oui, je force le trait, un peu). Il est la brigade des mineurs, aussi, qui « enquête », et ne parviendra à aucun résultat – on peut franchement se demander comment.

Le consentement, c’est l’histoire d’une proie, et de son prédateur. Ce n’est pas une belle histoire. C’est l’histoire d’une toute jeune fille, amoureuse, oui, d’un homme qui sent, qui sait qu’il pourra faire ce qu’il veut d’elle puisqu’elle l’aime aveuglément, puisque personne n’est là pour la mettre en garde, puisqu’elle n’a pas les armes intellectuelles et émotionnelles pour se prémunir contre ce prédateur. Il sait manipuler les mots et les êtres. Alors non, ce n’est pas le roman d’une époque, parce que cette époque, je l’ai vécu moi aussi, c’est le roman d’un milieu cultivé, très cultivé, pour qui toutes les transgressions sont bonnes, qui dissocient l’homme de l’oeuvre, qui se targue de faire « oeuvre littéraire » et non « morale ». Un tel constat ne donne pas envie d’écrire.

Et pourtant, Vanessa l’a fait. Elle qui était devenue un objet littéraire, elle dont le prédateur réinventait sans cesse l’histoire dans ses livres, dans ses journaux, elle s’est réapproprié son histoire dans ce livre. Parce que le consentement, c’est cela aussi, c’est l’histoire d’un long retour à une vie normale, un très long retour, et l’autrice n’oublie pas les hommes, les femmes, qui ont jalonné son parcours et l’ont aidé à vivre, tout simplement : ceux qui lui ont permis de sortir de l’isolement dans lequel elle avait été plongée, ceux qui lui ont permis de reprendre le cours de sa vie d’adolescente (parce qu’elle était une adolescente, non une femme, ne l’oublions pas), de construire sa vie d’adulte, de femme, de mère, avec toujours, en arrière-plan, le rappel de ce qu’elle a vécu, par livre ou lettre interposée.

Ce livre est-il utile pour d’autres victimes ? Demande-t-on à un livre s’il est utile ? Il est le signe que peut-être, la parole des victimes va enfin se libérer, s’incarner, être écoutée – pour qu’elles ne soient pas, à vie, uniquement des victimes.

Piste rouge… sang d’Enzo Bartoli

Présentation de l’éditeur :

Journaliste au chômage, accro au jeu et à l’alcool, Louis Vergier se voit contraint d’accepter un travail dont il se serait bien passé : préparer un reportage autour d’un triple homicide survenu vingt-trois ans plus tôt à Chamonix, alors qu’il y vivait à cette époque une adolescence difficile. Comme il le craignait, ce qui ne devait être qu’un boulot va se transformer en pèlerinage funeste et son retour au pied du Mont-Blanc s’avérera déclencheur d’une série d’événements que personne n’aurait pu prévoir. Entre retrouvailles, rancœurs et mauvais souvenirs, Louis parviendra-t-il à mener son enquête sans éveiller d’anciens démons ?

Mon avis :

Louis Vergier n’est pas l’enquêteur idéal. D’ailleurs, il n’est pas un enquêteur, il est un looser, un journaliste qui est sur une voie de garage et ne pourra certainement pas en sortir. Si sa carrière a foiré, si sa vie privée est ratée, en revanche, il est médaillé en addiction, que ce soit à l’alcool ou au jeu. Aussi, quand on lui propose un travail que je qualifierait de « documentation », il ne peut pas se permettre de le refuser.

J’ai qualifié son travail de « documentation », parce qu’il ne s’agit pas pour lui d’enquêter, non, mais de préparer une émission judiciaire comme il en existe quelques-unes. Elles sont en vogue, elles présentent les victimes de manière très stéréotypée et ne font pas réellement avancer les choses. Elles jouent sur l’émotion, le sensationnel, surfe sur les affaires classées non résolues, bref, les proches des victimes ne peuvent quasiment rien faire pour empêcher la réalisation et la diffusion de ces émissions. Vous cherchiez pire que la télé-réalité, vous avez trouvé.

Louis aussi a été trouvé : cette affaire, elle lui a fait quitter Chamonix, vingt ans plus tôt. Les trois victimes, il les connaissait, il était au lycée avec elles. Il n’était pas leur ami, loin de là, eux étaient des natifs, des privilégiés par leur naissance, leur famille – pas lui. Replonger dans son passé ne lui fait pas envie, il n’a pas le choix. Il découvre une ville qui a changé, les lieux de son adolescence ne sont plus là, et il est difficile de revenir dans le passé. Certaines familles ne veulent rien savoir, une autre par contre espère toujours, un jour, savoir le pourquoi de ces meurtres et cet acharnement : les trois victimes ont été massacrées, littéralement.

Alors, Louis n’enquête pas, il fait le job pour lequel il a été payé, tout en vivant avec les moyens du bord. Il renoue aussi avec une amie d’adolescence, qui a bien changé, à ses yeux. Comment en est-elle arrivée là ? J’ai presque envie de dire « mystère » mais chut ! Alors le rythme est assez lent, parce que Louis se perd dans les méandres de son passé, et d’une certaine dose d’alcool, parce qu’il essaie de ne pas se souvenir de son passé, de ce qu’il a vécu. Brusquement, un événement survient, qui amène à relire autrement le triple meurtre. Réouverture de l’enquête ? Rien n’est si simple, puisque toutes les pistes avaient été explorées, sans résultats.

Nous allons de révélations en révélations dans la seconde partie du roman mais je n’ai pas été autant séduite par ce livre que je l’ai été par les précédents opus de l’auteur. Peut-être parce que je n’avais pas vu venir la résolution de l’enquête. Peut-être aussi parce que le récit est celui d’un immense gâchis, quel que soit le point de vue que l’on adopte.

Bons baisers de Moscou : Justin Case par Jean-Luc Bizien

Présentation de l’éditeur :

Étrange message que ce SMS codé en provenance de Russie… Matthew Slides, l’ancien avocat d’affaires, est rattrapé par son passé : Allistair Quinn, un ami perdu de vue depuis des lustres, l’appelle au secours. Le malheureux risque d’être condamné pour espionnage… ou assassiné sans que quiconque ait vent de sa terrible situation. Seule solution pour lui venir en aide ? Embarquer pour Moscou et découvrir de quoi il retourne. Ce que Justin Case n’hésite pas à faire. Destination ? L’ancien paradis des espions !

Mon avis :

Je découvre ce personnage, Justin Case, par le biais de ce livre, alors qu’il a déjà été le héros de trois autres aventures – mieux vaut tard que jamais. Par contre, je ne découvre par l’auteur de Vienne, la nuit, sonne l’heure (mais ceci est une autre histoire).

J’ai eu beaucoup d’images en tête en lisant ce livre. J’ai pensé à Largo Winch, un Largo Winch plus jeune, mais tout aussi volontaire (je parle de la bande dessinée, pas des films, entendons-nous bien) en découvrant le personnage de Justin Case. Quant au personnage de Matthew Slide, l’avocat qui a eu de multiples vies, je l’ai imaginé sous les traits d’Alan Cumming, actuel héros de la série Instinct. C’est vous dire à quel point la série est visuelle, prête pour une adaptation télévisée de qualité (oui, je sais, j’ai beaucoup d’imagination, parce que des adaptations ratées, des scénarios écrits sur un timbre poste, il en existe plein).

Mais revenons à notre intrigue, qui nous emmène des États-Unis à la Russie. Ah, les Etats-Unis ! Non, l’on n’y est pas si tranquille que cela, et certains ne reculent devant rien pour éliminer tous les témoins gênants. J’anticipe ? A peine. Presque pas, tant la menace sourd de l’un à l’autre continent. Non, pas le temps de s’ennuyer.

Alors on me dira que, maintenant, la guerre froide est loin, que la tension entre les deux pays n’existent plus. Pas faux. Par contre, le capitalisme, les trafics en tout genre, se portent comme un charme, je vous remercie. L’argent n’a pas d’éthique, et tous les moyens sont bons pour obtenir ce que l’on veut.

Cette phrase pourrait s’appliquer à Justin aussi, sauf qu’il désire aider ceux qui sont victimes d’erreurs judiciaires, bref, des personnes innocentes, pas d’anciens espions se reconvertissant dans trafiquant en activité (je me demande si pôle emploi propose des formations pour ce cursus professionnel). C’est vraiment au nom des liens qui l’unit à son parrain, qui invoque lui-même les liens qui l’ont uni à Allistair qu’il intervient – et ses associés ne manquent ni de répondant, ni d’inventivité.

Bref, si vous aimez les romans divertissants, plus profonds qu’ils n’en ont l’air, n’hésitez pas à lire Bons baisers de Moscou.

 

Laisse le monde tomber de Jacques-Olivier Bosco

Présentation de l’éditeur :

À travers une succession de crimes dignes du Chien des Baskerville, de jeunes policiers vont être confrontés à la violence sociale et humaine d’une grande cité de banlieue.
« Et la violence ne se combat pas par la violence… » ; c’est ce qu’aimerait prouver Jef, le flic idéaliste et lâche, mais sa collègue Hélène, bouffie de mal-être, a de la rage à revendre, quant à Tracy dont le frère est mort lors des attentats de Paris, c’est de vengeance dont elle rêve.
Dans un thriller ténébreux et spectaculaire, leurs voix, celles des retraités, parents, filles et fils de banlieue vont s’exprimer avec lucidité et mélancolie.

« Comment rester humain dans un monde qui vous déteste ? »
Une enquête où se multiplient les pertes et les désillusions, pour un final de guerre.

Merci à Netgalley et aux éditions Frenchpulp pour leur confiance.

Mon avis :

Vous souhaitez un livre aimable, gentil, policé ? Passez votre chemin. Laisse le monde tomber est un livre-constat sur une société à la violence omniprésente. Phrase très plate, qui ne va pas du tout avec le style de ce livre, constamment en mouvement, constamment sur ses gardes, parce que tout, surtout le pire, peut survenir.
Ne cherchons pas la lumière au bout du chemin, il n’y en a pas. L’espoir ? Non plus. Ou alors, il faut vraiment saisir au vol la très mince lumière qui surgit subitement. On est vraiment très loin du discours, trop souvent lénifiant, sur l’ascenseur social – et l’auteur de nous montrer l’importance de la configuration des lieux, de la hauteur d’un immeuble, sur la vie quotidienne de ses habitants. Il n’est pas question de gentrification, mais de l’appauvrissement d’un quartier, déserté par les classes moyennes depuis très longtemps – quand elles ont daigné s’y installer. D’ailleurs, ce ne sont pas les numéros de chapitres qui rythment le livre, mais les bâtiments et la lettre qui les désigne.

Jef, Hélène, Tracy, trois policiers cabossés, meurtris par la vie. Jef ? Il noierai bien sa douleur dans l’alcool, il l’anesthésie ainsi parfois, cela ne l’empêche pas de faire son travail, et de se rappeler à quel point il a merdé dans le passé. Hélène et Tracy se ressemblent plus qu’elles ne le croient, elles sont habitées par la même rage, cette rage qui fait que, comme Jef finalement, elles ne vont pas rester les bras croisés en attendant que les événements se passent, se tassent. Agir, tâcher d’être dans l’action plutôt que dans la réaction. Tenter, essayer, plutôt que témoigner.

J’ai eu l’impression de me retrouver dans un lieu coupé du monde – et pourtant, c’est en France, cette France que l’on ne voit pas, ne montre pas, ne regarde pas, cette France de gens qui travaillent, qui étudient, qui tâchent de s’en sortir du mieux qu’ils peuvent. J’ai pensé aussi aux romans d’Olivier Norek, aussi, qui montrent cette banlieue et ceux qui y vivent. Quant au monde, il se rappelle au bon souvenir du lecteur, pour démontrer que la violence est partout, qu’elle peut fondre sur tout le monde. La non violence ? Un voeu pieux.

Laisse le monde tomber est une oeuvre forte, qui vous secouera, vous dérangera, vous forcera à garder les yeux ouverts.

Tous pour elle de Laurent Malot

Présentation de l’éditeur :

Clémence est une femme moderne, drôle et pétillante, mais elle ne croit plus au romantisme depuis que sa vie amoureuse est au point mort.
Jusqu’à ce qu’une rencontre inattendue lui offre le pouvoir de séduire qui elle veut, à condition de trouver l’homme de sa vie avant d’avoir trente ans. Si elle n’y croit pas au début, force est de constater qu’elle attire les regards. Et même plus. Mais si l’open-bar de l’amour lui semble promis, les difficultés ne font que commencer.
Elle a trois semaines pour trouver l’homme de sa vie.

Merci à Netgalley et aux éditions French pulp pour ce partenariat.

Mon avis :

Il n’y a pas que les polars dans la vie, il y a la romance contemporaine aussi. Non, je ne dis pas cela pour moi, enfin, pas uniquement, je dis cela pour l’auteur, qui passe du polar à la romance sans souci.
La vie sentimentale de Clémence est un désert, le vide, le néant. Certes, elle a des amis, mais ce sont des amis, justement, et l’on ne construit pas une vie, on ne fait pas un enfant avec l’unique ami, marié qui plus est, que l’on a. Les deux soeurs de Clémence ont moins de soucis, et pourtant, elles aussi, dix ans plus tôt, on été abandonnées par leur père. Certes, elles étaient quasiment adultes, mais un père qui vous laisse là, et ne vous donne pas de nouvelles, cela laisse des traces – dix ans de psychanalyse pour Clémence, et pas l’ombre d’une amélioration pour sa vie amoureuse.
Alors survient un élément perturbateur (oui, c’est bien, parfois, le vocabulaire de l’analyse littéraire. Ou plutôt, un élément salvateur, une fée, nommée Morgane, prénom typique des fées, qui offre à Clémence trois semaines de pouvoirs de séduction illimitée, trois semaines pour trouver l’homme de sa vie. Si elle n’y parvient pas, elle sera condamnée à rester seule jusqu’à la fin des temps. Oui, cela ressemble bien à un conte de fées, avec quelques épines quand même, et beaucoup de modernité.
En effet, les princesses ne sautent pas sur tout ce qui bougent, ou presque. Clémence rattrape presque tout le temps perdu, tout ce temps passé seul, et s’en donne à coeur joie. Cependant, le réveil peut être dur, et bien avant la date prévue – qu’est-ce que la séduction si l’on ne peut rien construire avec la personne qui partage son lit ? Que faire aussi, si l’on s’éloigne de ses amis, de ses proches, dans le but unique de séduire, et de quitter son univers. Après tout, n’ont-ils pas toujours été tous là pour elle ?
Tous pour elle est un roman mené tambour battant, enlevé, ébouriffant, nous amenant aussi à nous questionner sur ce que l’on veut vraiment dans la vie.