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Sous le sol de coton noir de Paul Duke

Présentation de l’éditeur :

Après une mission au Soudan du Sud qui tourne mal, le narrateur, ex-salarié d’une ONG humanitaire, se terre en Normandie, traumatisé. Jusqu’au jour où il retrouve le téléphone d’Arthur, un photographe qui l’avait accompagné à Malakal, tué dans des circonstances mystérieuses.

Il se replonge alors dans ce passé trouble qu’il voulait oublier lorsqu’il était au cœur des bombardements, dans une base des Nations Unies, près d’un camp de population shilluk. Trente mille personnes y vivaient dans la peur, la misère, mourant de faim, quand elles n’étaient pas massacrées par les troupes gouvernementales du SPLA (Sudan People’s Liberation Army), occupées à extraire le pétrole de ce sol de coton noir.

Mon avis :

Comme un retour en arrière sur des événements douloureux, sur la terre argileuse surnommée Black Cotton soil à cause de sa texture et de sa couleur.

L’on dit toujours qu’il faut aller de l’avant. Mais là, il ne peut pas. Il a beau séjourner dans sa maison d’enfance, au coeur de la Normandie, les événements qui se sont passés un an plus tôt lui sont restés sur le coeur du narrateur. Arthur, le photographe qui l’accompagnait en mission, a été tué, et non, pour le narrateur, ce n’était pas un accident. Il semble le seul à vouloir faire toute la lumière sur ce qui s’est passé. Est-ce vraiment souhaitable ? Est-ce vraiment possible ?

Au cours de ce récit, j’ai rencontré des personnes qui ne sont pas ce qu’elles paraissent être, des personnes qui cultivent presque le fait d’avoir deux visages, cloisonnant chaque partie de leur vie, faisant comme si l’une et l’autre ne pouvaient s’influencer, comme si aussi certains actes pouvaient être commis en toute impunité. L’on ne parle quasiment pas du Soudan du Sud, de ce qui s’y passe ou de ce qui s’est passé aux actualités. Parce que c’est trop loin ? Parce que l’on a trop d’intérêts là-bas pour en parler ? Parce que les journaliste ne peuvent pas y faire leur travail ? Ce serait une piste aussi. Les ONG peinent déjà à y mener à bien leurs missions, elles semblent ne pas avoir besoin de journalistes qui cherchent la belle image, le scoop, au détriment des personnes qui tentent de vivre là-bas, et qui seront encore là quand eux seront repartis. C’est un vrai questionnement à avoir – surtout quand les états ferment les yeux sur ce qui se passent.

Oui, ce roman m’a beaucoup questionné, y compris quand j’ai vu tous ces jeunes couples qui mènent une vie « de notre temps », avec des vies sentimentales et sexuelles presque dignes d’une romance contemporaine, et se retrouvent confrontés sur le terrain aux pires horreurs. Clotilde et Mathieu ont eu une fille – après leur retour. La fille de Jacques dit « le Vieux » a voulu un destin à l’opposé de celui de son père – une maison, un mari, des enfants. Quant au narrateur, peut-être trouvera-t-il l’apaisement à la fin. Peut-être. J’en doute.

Les ombres de Morgat de François Le Mer

édition du palémon – 304 pages.

Présentation de l’éditeur :

Noémie Kerdreux, vieille dame quelque peu excentrique, tient, avec sa belle-fille, une ferme-auberge à Lostmarc’h, pittoresque hameau de la presqu’île de Crozon. Rien ne saurait altérer la complicité entre ces deux femmes.
Seule ombre à leur bonheur : la disparition inexpliquée, voilà dix ans, de Martin, leur petit-fils et fils. D’ailleurs, ce 8 juillet 1995 aurait mérité d’être marqué d’une pierre blanche car Alice, la meilleure amie du jeune homme, trouvait la mort justement ce jour-là.
Alors que les parents d’Alice séjournent à l’auberge, les événements dramatiques vont se précipiter. Une autre jeune fille est assassinée, un enfant est enlevé.

Mon avis :

Zut, l’heure est grave : je ne me souviens même pas des interventions des enquêteurs dans cette enquête (oui, je suis un peu redondante) tant j’ai plutôt retenu d’autres éléments à cette lecture – et pas forcément dans l’ordre chronologique.

Prenez par exemple les triplés. J’aime beaucoup les triplés, trois charmants bambins qui en font voir de toutes les couleurs à leurs parents, et qui se sont surpassés, pour la bonne cause, ai-je envie de dire, dans cette enquête. Leur mère a eu des méthodes éducatives assez particulières – et elle n’est pas la seule à les avoir utiliser.

Les mères sont au centre de ce récit. Le fils de Scarlett a disparu depuis dix ans. Dix ans plus tôt, la fille d’Isabelle a été assassinée. Quant au fils d’Estelle, il a été enlevé. 99999999998 (oeuvre de Saphir). Les mères sont importantes, les pères sont soit portés disparus, soit pas vraiment impliqués. Oui, ce roman est apparu pour moi comme une variation sur le thème de la maternité, sur le thème de la culpabilité aussi, celle que l’on ressent, celle que l’on ne ressent pas, ou trop tard, celle que l’on tente de faire peser sur les autres.

Tout ne finira pas bien – parce que tout n’avait pas bien commencé.

 

session Mémoire chez Azilis

 

À l’ombre des patriarches de Pierre Pouchairet

Présentation de l’éditeur :
Alors que la région s’embrase à nouveau, que les affrontements intercommunautaires se multiplient et que les morts s’accumulent de part et d’autre, Dany et Guy deux inspecteurs de la police judiciaire israélienne enquêtent sur le meurtre d’une Européenne retrouvée assassinée en plein quartier arabe à Jérusalem-Est. Ils débutent leurs investigations sous haute tension d’autant que, pour les extrémistes, les coupables paraissent tout désignés et qu’une telle horreur appelle forcément vengeance. Parallèlement, Maissa, flic palestinienne, se retrouve chargée d’enquêter sur l’enlèvement d’une de ses amies en poste dans une organisation internationale. Les 2 affaires vont se croiser, s’imbriquer et obliger les policiers à travailler ensemble dans un climat de suspicion généralisée, où rien n’est simple et où il ne faut surtout jamais se fier aux apparences.
Un polar percutant écrit à l’encre d’une actualité brûlante.
Mon avis :
Que dire ? Eh bien, je n’ai pas trop envie d’en dire, justement, parce que ce livre est un véritable coup de poing, roman noir, roman politique plus que roman policier.
Nous sommes en Israël, nous sommes en Palestine, mais jamais Pierre Pouchairet ne prend partie pour l’un ou pour l’autre camp. Il raconte, il montre, il ne juge pas, il n’influence pas le lecteur. A lui de voir ce que signifie vivre là-bas, ce qu’est la vie quotidienne là-bas, pas si loin de la France que cela. Une jeune femme est assassinée, elle n’est ni palestinienne, ni israélienne, elle travaillait avec passion, et a été victime… de qui ? On le saura, je vous le rassure, au cours d’une enquête qui nous amènera à côtoyer le meilleur et le pire de l’être humain, l’impression que la justice est impuissante, et que ne reste que la vengeance – et son lot de traumatisme.
Oui, je suis brève, non parce que je n’ai rien à dire, mais parce que A l’ombre des patriarches est un roman percutant, jusqu’à son dénouement.

Le manuscrit des damnés de Mathieu Bertrand

Présentation de l’éditeur :

Royaume des Francs, 1135 : L’Abbé Suger entreprend la rénovation d’une église Carolingienne qui deviendra l’Abbaye de Saint- Denis, nécropole des rois de France. France, juillet 2013 : À son retour de Jérusalem, où il a caché la couronne d’émeraudes, Paul Kaminsky, agent du service des enquêtes spéciales du Vatican et ancien Franc-maçon, est envoyé à Paris par le Saint-Siège. Il fait la connaissance d’un Cardinal et de deux chercheurs qui lui révèlent la présence d’un secret oublié depuis de nombreux siècles dans les cathédrales. Cette aventure le plongera dans les mystères de la Grande Pyramide et des lacs sacrés du Tabor. Il voyagera de l’histoire tragique de la nuit de la Saint-Barthélemy à celle plus secrète des recherches ésotériques du IIIe Reich. Assisté d’Elaheh, dernière descendante de la secte des Assassiyines, ils réaliseront ensemble que certains manuscrits devraient demeurer fermés à tout jamais… Une enquête qui mettra en péril bien des croyances et qui verra la mise en place d’une union inattendue afin de préserver l’humanité.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier Netgalley et les éditions Eaux troubles pour ce partenariat. C’était la partie la plus facile de la chronique, parce que je n’ai pas apprécié ce livre. Oui, c’est un thriller ésotérique, et je n’ai rien contre ce genre. Cependant, je dois bien reconnaître que, très vite, j’ai eu du mal avec les personnages, que j’ai trouvé très manichéens. Je pense notamment au personnage d’Elaheh, qui a tué, qui tue encore, parce que c’est sa mission, c’est ainsi, elle n’a pas le choix, et pas vraiment d’états d’âme non plus. A moins que… Mais stop, c’est déjà trop en dire. De toute façon, elle n’a pas le choix, c’est son destin, et j’ai du mal avec les personnages qui ne peuvent pas choisir, justement, ce qu’ils feront de leur vie. Paul Kaminsly est un peu plus nuancé. Oui, il est prêtre, mais il est aussi un ancien franc-maçon, ce qui est a priori totalement incompatible. C’est lui le héros de cette intrigue, à mes yeux, lui qui n’hésite pas à remettre en cause ce à quoi il a consacré sa vie jusqu’à présent.  Bref, dans cette intrigue, il est le seul personnage qui m’a réellement intéressée.

Je crois que l’intrigue comportait trop d’éléments issus des différentes mythologies pour retenir mon attention. L’auteur s’est bien documenté, le souci n’est pas là, mais trop d’éléments mythologiques, trop d’éléments historiques tuent l’élément mythologique et/ou historique, qu’il s’agisse des Cathares, des Protestants, ou de la mythologique grecque ainsi que nordique. Ne pas se laisser embarquer par un récit, ne pas réussir à y croire, même s’il s’agit d’un thriller ésotérique, c’est tout de même dommage. J’ai bien aimé, cependant, après tous ces méandres, ces labyrinthes… le dénouement. J’ai aimé aussi que l’on sache le devenir de certains personnages, qui avaient « disparu » (je ne dirai pas comment non plus) à un moment du récit.

Le crime de Mlle Pouque de Rodolphe Bringer

édition Oxymoron – 62 pages

Présentation de l’éditeur :

Mademoiselle Pouque vient d’assassiner un homme !
Jeune trentenaire, elle chérit la vie au point d’être incapable de tuer une araignée et une mouche. Cette aversion pour la violence et le sang l’a même poussée à rompre ses fiançailles avec celui qu’elle aime à cause de sa profession de substitut du Procureur qui le conduit à envoyer des scélérats à l’échafaud.
Mais, à la suite de sa rupture, Céline Pouque vit seule dans une maison isolée.
Et, malgré toute sa répugnance pour la mort, ce soir-là, Mademoiselle Pouque commet un crime !

Mon avis :

C’est la deuxième oeuvre de Rodolphe Bringer que je lis, la deuxième qui contient le mot « crime » dans le titre. Oui, la douce et tendre Mlle Pouque va commettre un crime, elle qui pourtant ne ferait pas de mal à une mouche, au sens propre du terme.

Oui, le format est court, très court, c’est pour cette raison qu’il faut beaucoup de talent à son auteur pour passer du policier à un roman nettement plus sentimental, comme ici – terme qui n’a rien de péjoratif. Mlle Pouque est orpheline, elle a fait un héritage suffisamment conséquent pour lui permettre de démissionner de son poste d’enseignant de latin et de grec. Elle craint cependant d’attirer les jeunes gens qui n’en voudraient qu’à son héritage, sans pour autant renoncer à se marier. Elle tombe amoureuse d’un jeune homme bien sous tout rapport, mais… et le mais est immense, elle ne peut l’épouser, lui qui est fier – il est substitut du procureur – d’avoir envoyé un homme à l’échafaud. Digression : il paraît que certaines personnes souhaiteraient, en France, le rétablissement de la peine de mort. Je ne sais pas si Rodolphe Bringer était pour ou contre, je sais seulement qu’il souligne que le condamné a été envoyé à l’échafaud grâce aux talents du substituts du procureur plutôt qu’à cause des preuves qu’il y avait contre lui. Alors, elle rompt, elle s’éloigne, elle s’exile. Dans le village où elle a élu domicile, elle se montre sympathique – pas plus, pas moins – avec un voisin, qui interprète mal sa gentillesse. Note : j’ai l’impression là aussi que rien ne change et que beaucoup d’hommes prennent leurs désirs pour des réalités.

C’est là, qu’un soir, dans sa maison, Mlle Pouque, alertée par les aboiements de son chien, sort, voit une silhouette qui escalade le mur de son jardin, tire et… tue un homme. Pour elle, c’est horrible, et elle se met à la torture, cherchant, puis trouvant la seule solution possible pour elle.

Non, je vous rassure, tout ne finira pas dans un bain de sang ! Mlle Pouque est trop innocente, trop honnête, trop soucieuse de protéger la vie pour cela. Le dénouement est d’ailleurs bien ficelé, du moins à mes yeux. Alors oui, il est une personne qui a souffert, mais, franchement…. pour entrer dans une propriété, rien ne vaut de frapper à la porte plutôt que d’escalader un mur !

Les yeux d’Iris de Magali Collet

Mon avis :

Il faut, pour Fred et Morgane, vivre avec et vivre sans. Vivre avec la douleur d’avoir perdu leur soeur Iris, vivre avec la culpabilité parce qu’un soir, ils ont craqué, ils n’ont plus été là pour elle, un soir, un seul soir. Vivre sans elle. Ni l’un ni l’autre n’y parvient, ni l’un ni l’autre ne parvienne à construire leur vie, tout semble poser sur du « provisoire ». C’est du moins ainsi que je l’ai ressenti. Lui est policier, en France, elle donne des cours de français, en Irlande. Un jour, elle rentre, parce qu’une ami (sa meilleure amie ?) le lui a demandé, elle rentre pour honorer une promesse, une promesse qu’elle et son frère ont faite.

Laquelle ? Comme Morgane, le lecteur a parfois l’impression d’être laissé dans l’ignorance – justement parce que nous suivons le point de vue de Morgane ! Nous découvrons aussi deux autres couples, pas des couples fraternels, non, de vrais couples, dont les conjoints ont un point commun : ils me sont sortis par les yeux ! Bastien, d’abord, par la manière dont il s’adresse à Julie, sa compagne – sa chose, son esclave, sa bonne devrais-je plutôt dire. L’on sait que Julie a ses raisons pour accepter cela, pour « tenir », et ces raisons sont pour le moins… stupéfiantes. Un coup de théâtre au milieu du récit. Le dernier couple, c’est Mickaël et Audrey. Sur le papier, dans le regard des autres, il semble pourtant un couple idéal. Il a une bonne situation, il est généreux, elle est violoncelliste, ils ont un enfant…. et lui ne veut surtout pas qu’elle retourne travailler, il a assez d’argent pour deux. Comme il est généreux ! Il n’est pas question pour lui d’écouter sa femme, il a forcément raison, il sait ce qui est bon pour son enfant, pour elle, donc toute discussion est impossible, Audrey restera à la maison, son enfant ne sera pas confié à une nourrice. Oui, de tels hommes existent encore, et pas seulement dans un roman ! Il est toujours malheureusement utile de le préciser, pour ceux qui trouveraient ce type de personnages « un peu exagéré ».

Maintenant, je dois avouer que la lecture de ce polar a été addictive – et pourtant, je peux vous dire que ce n’est pas toujours facile pour moi d’accrocher à une lecture. Certaines scènes sont particulièrement sanglantes, crues, réalistes devrai-je plutôt dire. Elles ne sont pas agréables à lire, elles sont même fortement désagréables à lire parce qu’elles m’ont secoué, parce qu’elles se mettent au plus près du ressenti des victimes – qui, faut-il le rappeler, n’ont rien fait pour l’être. Malgré tout, je me suis posé la question : est-il possible de construire une vengeance aussi méthodique et organisée, en entraînant e conscience ses proches avec soi ? Je n’en suis pas sûre.

Reste Iris, et l’obsession de Morgane : ne pas avoir les yeux d’Iris.

Merci aux éditions Taurnada pour ce partenariat.

 

Les enquêtes de l’inspecteur Sweeney, tome 17 : Archie et le passager perdu de John Erich Nielsen

Head over Hills Editions – 284 pages

Présentation de l’éditeur :

Le corps d’un jeune garçon étrangement semblable à Harry Potter est retrouvé cinquante ans après sa disparition. Malheureusement, le crime n’a rien de magique… Octobre 1969 : le jour de son onzième anniversaire, Henry Cotter disparaît à Fort William, petite ville des Highlands célèbre pour son Poudlard Express. Le train à vapeur, ainsi que le viaduc de Glenfinnan, y sont en effet les décors mythiques du premier film consacré au magicien de J.K. Rowling.
Cinquante ans plus tard, le corps du jeune garçon est enfin découvert : avec la similitude de son nom, son âge, ses lunettes rondes, et le billet de train qui se trouve dans sa poche, la presse a tôt fait de parler du « Passager perdu du Poudlard Express ». Un titre accrocheur, mais qui, pour l’inspecteur Sweeney, pose deux problèmes : en dépit de coïncidences évidentes, la locomotive ne circulait pas en 1969. En outre, les livres de J.K. Rowling ne sont parus qu’en… 1997 !
Dans ces conditions, comment Henry Cotter pourrait-il être le « passager perdu » du Poudlard Express ?
Inspecteur Sweeney – Police criminelle d’Édimbourg

Mon avis :

Le temps a (un peu) passé depuis le tome 16. L’inspecteur Sweeney est désormais marié, et son vieil ennemi n’est plus. Du moins, il l’espère, mais il reste tout de même un doute, d’autant plus qu’un autre enquêteur a disparu. Bref, le sentiment de sécurité n’aura guère duré.

Il doit enquêter ici sur ce que l’on nomme un cold case : le corps d’un jeune garçon a été retrouvé, cinquante ans après sa disparition. Or, quelqu’un a déjà été condamné, a déjà passé des décennies en prison pour son meurtre, qui n’en est peut-être pas un. Que s’est-il réellement passé cinquante ans plus tôt ? Pour certains, le temps s’est arrêté cinquante ans plus tôt, les rancoeurs et les haines sont toujours là, et m’ont fait penser à certaines affaires hélas trop connues. Ou comment détester tellement son enfant et la vie d’adulte qu’il a choisi de mener que la disparition de son petit-fils laisse totalement indifférents. Tout le monde n’a pas la chance d’être orphelin. Tout le monde n’a pas la chance de quitter ces petites villes et leur carcan.

Sombre ? Oui, cette enquête l’est, indubitablement. Même si certains passages peuvent faire sourire, il n’en est pas moins vrai que ce récit nous raconte des personnes, des policiers remplies de préjugés, ce qui n’est jamais bons, ni à l’époque, ni maintenant. Alors oui, il est des moments d’éclaircies, des variations autour du thème d’Harry Potter qui sont amusantes. Cela n’empêche pas l’histoire d’être profondément triste.

 

Au service secret de Marie-Antoinette, tome 3 : La Mariée était en Rose Bertin

Présentation de l’éditeur :

La reine Marie-Antoinette reçoit la visite de son frère adoré, l’empereur Joseph II. Mais les retrouvailles sont de courte durée. Un code secret permettant d’entrer en contact avec les espions du royaume a été dérobé ! Et le voleur se serait enfui… accoutré d’une robe de mariée ! Une création de Rose Bertin, la modiste de la Reine ! À Versailles, rien ne tourne plus rond.

Mon avis :

C’est ma deuxième incursion Au service secret de Marie-Antoinette, et c’est à rebours que je découvre cette série puisqu’il s’agit ici du tome 3. Et si j’ai choisi de publier mon avis aujourd’hui, c’est parce que Marie-Antoinette est née le 2 novembre 1755.
Les catastrophes ne cessent de pleuvoir : Joseph, l’empereur d’Autriche, vient rendre visite à sa sœur et à son beau-frère. Il a quelques conseils à leur donner – la reine n’a toujours pas donné un héritier au trône de France, alors que sa belle-sœur a beau être idiote, elle a donné au plus jeune frère du roi un fils ! Il a aussi maints autres conseils à donner, il veut aussi s’assurer du soutien du roi de France pour ses désirs d’expansion ! Tout un poème que cet empereur autrichien, venu visiter la France incognito, ce que ne feront jamais Louis XVI et la reine. Peut-être, comme leurs prédécesseurs, auraient-ils dû le faire pour mesurer ce qui se passait en France, comment vivaient les français. Note personnelle : nos politiques actuels ont beau le savoir, cela ne change pas grand chose à leur manière de gouverner. je digresse, je digresse, et j’en oublie la catastrophe qui est tombé sur Marie-Jeannette Bertin. Non, je ne me suis pas trompée de prénom : sa famille, toute sa famille ou presque est venue lui rendre visite du fin fond de la France où elle vivait, c’est à dire, je vous le donne en mille, de Picardie. il est temps de marier Marie-Jeannette, qui préfère se faire appeler Rose. Elle a presque trente ans !

Heureusement, la reine a une mission pour eux. Vous pourriez presque entendre les soupirs de soulagement de Rose ! Il faut absolument retrouver la personne qui a dérobé le code permettant de décrypter les messages échangés entre espion – et peut-être aussi, se servir de ce code pour pouvoir échanger des messages secrets à son tour. Rien ne reste secrets longtemps à Versailles – et personne de se dire, à l’époque, qu’il aurait peut-être fallu réformer certaines choses. Ah si, l’empereur Joseph a de vastes projets pour son propre empire – et sa sœur, son beau-frère, de ne pas le comprendre du tout.

Je me dis, en lisant ce livre, que, quelle que soit l’époque, les femmes sont rarement les gagnantes. Je ne parle même pas de la petite Elisabeth, jeune soeur du roi que l’on songe déjà à marier, avant de renoncer – il n’y avait guère de choix quand on était fille de roi. Quand on était fille tout court, non plus. Rose doit se battre pour mener la vie professionnelle qu’elle souhaite – sans un mari pour la commander. D’autres essaient, comme Suzelle, qui souhaitait le mariage c’est à dire la respectabilité et la position sociale qui vont avec, elle n’aura eu qu’une robe de mariée. Pour la femme du président Mongeaud de Sartre, qui avait réussi à s’extraire de sa condition sociale grâce à son mariage (à la plus grande joie de ses parents), elle ne récoltera rien, si ce n’est la mort – accidentelle, bien sûr. Un suicide n’est pas possible, quant au meurtre, pourquoi un homme aussi respectable tuerait-il sa femme ? Montaine de Maronval avait des ambitions, elle avait même gagné ses galons auprès des hommes qu’elle battait régulièrement dans « son » jeu de paumes – elle meurt elle aussi. Sous des dehors enrubannés et drôles, Léonard et Rose ne cessant de se disputer et de se lancer des piques, l’histoire est bien plus tragique qu’elle n’y paraît.

 

Dernier été à Primerol de Robert Merle

Présentation de l’éditeur :

C’est au cours de sa captivité en stalag, de 1940 à 1943, que Robert Merle a rédigé cet inédit, qui constitue sa première oeuvre littéraire.
Jusqu’à son décès en 2004, Robert Merle a décidé de le conserver sans jamais lui donner une autre forme, le réécrire ou le prolonger.
Un texte flash-back, où le premier sujet – le camp de transit, le temps de la servitude -, donne naissance au témoignage romancé d’une époque passée, la magnifique et fragile liberté de l’été 39.
Comme l’essentiel de l’oeuvre de Robert Merle, cet inédit est à la croisée d’une histoire singulière et de la grande Histoire, qui emprisonne dans ses filets chaque volonté individuelle et réduit celle-ci à n’être que l’instrument des événements. Robert Merle a toujours été fasciné par ce poids monstrueux des situations qui façonnent les heurs et les malheurs d’une existence.

Mon avis :

Robert Merle est un auteur que je n’avais jamais lu, et il fait partie de ces auteurs que j’ai découvert grâce au Challenge solidarité. Musardant en bibliothèque, j’ai découvert ce titre, un inédit de l’auteur publié par les soins de son fils après sa mort.

Nous sommes à une époque dont on parle peu – parce que ceux qui l’ont vécu ont davantage parlé de ce qui s’en est suivi, à savoir la seconde guerre mondiale. Récit rétrospectif, il nous montre les souvenirs du personnage principal, prisonnier de guerre, de ce dernier été avant la guerre. Rien ne manque : le repos, les baignades, la chaleur, les touristes qui viennent de plusieurs pays d’Europe. La peur de la guerre pour certains, l’incrédulité pour les autres, il est impossible, après la grande guerre, qu’une telle folie se reproduise. Tout est toujours possible.

Le fils du pêcheur de Sacha Sperling

Présentation de l’éditeur :

Au cours des dix dernières années, j’ai été amoureux deux fois. Elle s’appelait Mona, il s’appelait Léo. J’ai vécu avec elle à Paris, avec lui en Normandie. J’ai été en couple pendant sept ans avec elle, avec lui pendant sept mois. Je les ai aimés pareil. Je veux dire, aussi fort.
En sept ans, j’ai pris dix kilos. J’ai voulu arrêter la drogue. J’ai essayé de faire un enfant. J’ai vu un homme mourir. Je me suis éloigné de mon père. J’ai vu les contours de mon visage disparaître. J’ai vu la femme que j’aimais se détruire. J’ai détruit le mec que j’aimais.
J’écris ces phrases dans le vide. Je ne sais plus à qui je m’adresse. Peut-être aux deux êtres que j’aimais le plus et que j’ai brisés.
On m’a tout donné et j’ai tout gâché. Il me reste le souvenir de ces deux passions.
Il me reste l’histoire que je vais vous raconter.

Mon avis :

J’aimerai… faire de grandes et belles phrases bien construites pour vous parler de ce livre. J’aimerai vous dire que je l’ai apprécié. Non, ce n’est pas le cas. J’ai hésité sur le genre dans lequel je devais le classer. Roman ? Roman autobiographique ? Autofiction ? Il correspondrait plutôt à cette dernière case, comme d’autres titres écrits par Sacha Sperling – pour ne pas dire comme tous les autres titres.

Il est question ici de passion amoureuse, et le ton est donné dès le départ : « J’ai vu la femme que j’aimais se détruire. J’ai détruit le mec que j’aimais. » Encore faut-il être à la hauteur du programme ainsi donné, et je me suis dit, tel Félix de Vandenesse le héros du Lys dans la Vallée, remis à sa place par la comtesse de Manerville, Sacha Sperling, le narrateur-personnage principal, se donne une importance qu’il n’a pas, surtout, à mon sens, pour Léo, le fils du pêcheur qui donne son nom au roman. Il avait rencontré Mona dans J’ai perdu tout ce que j’aimais (déjà, ai-je envie de dire – le roman date de 2013), il montre la lente destruction de la jeune femme, accro à diverses substances, dans cette oeuvre. Pour avoir lu plusieurs titres signés Sacha Sperling, j’ai l’impression qu’il ne cesse de nous conter sa destruction, nécessaire pour qu’il construise une oeuvre littéraire. Il me fait penser à un personnage de Boris Vian, incapable d’écrire s’il ne souffre pas.

Oui, je pense beaucoup à d’autres romans en lisant la prose de Sacha Sperling, ce pauvre petit garçon parti se réfugier dans la maison familiale, ce gamin qui a fait sa première crise d’angoisse à vingt ans, qui depuis a pris des substances chimiques légales (les tranquillisants) ou illégales et qui attend le salut de son psy – quand il ne le cherche pas, encore et toujours, dans la fuite.

Même si le roman est bien écrit, j’ai l’impression, pour la fin de ma chronique, de recourir à nouveau à des clichés. Avoir un enfant, quand on veut redevenir un enfant, quand on part à la recherche de l’enfant que l’on a été, et que l’on a perdu de vue parce que l’on a voulu grandir trop vite, n’est pas véritablement possible. Lui et Mona sont à la croisée des chemins, Mona qui peine à rendre visite à son père malade, Mona qui finit par perdre son père. Sacha, liée à sa mère, mais pas tellement à son père. Léo, défini avant tout par son lien avec son père, et qui va devenir père à son tour.

Le fils du pêcheur ? L’histoire d’un pauvre petit garçon riche.

Merci à Babelio et aux éditions Robert Laffont pour ce partenariat.