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Maria d’Angélique Villeneuve

Présentation de l’éditeur :

Dans le cœur de Maria, il y a d’abord Marcus, son petit-fils de trois ans. Ensemble, ils guettent les oiseaux, collectionnent les plumes et s’inventent des mondes. À l’arrivée d’un deuxième enfant, les parents de Marcus font un choix radical. Nul ne saura le sexe du nouveau-né.  Ni fille, ni garçon, leur bébé sera libéré des contraintes de genre.
Maria est sous le choc. Abasourdie, abandonnée, elle se débat pour trouver sa place et ses mots. Reste ’éblouissement de l’amour pour Marcus, restent les oiseaux dont les ailes les abritent. Mais pour combien de temps  ?

Mon avis :

J’ai commencé ce livre lors d’une pause, et j’ai regretté de devoir le reposer.

Maria est une femme simple. Shampouineuse, elle a élevé seule sa fille Céline après son veuvage. Aujourd’hui grand-mère heureuse, elle a tissé des liens très forts avec Marcus, son petit-fils. Elle s’apprête à être à nouveau grand-mère et subit de plein fouet le choix de sa fille et de son beau-fils Thomas : ne pas révéler le sexe du bébé nouveau-né.

J’avais déjà lu un livre qui exploitait ce thème de manière secondaire (le mois le plus cruel de Louise Penny). Ici, le sujet est central : le genre, et la parentalité. Ce livre m’a questionnée sur les questions liées au genre, mais aussi sur la réception de ceux qui décident d’élever leurs enfants autrement. Oui, Thomas et Céline font des choix différents, qui heurtent parfois. Cependant, ces choix ne mettent pas en danger la santé de leurs enfants. Les réactions qu’ils provoquent sont violentes, parce que tout ce qui sort de la norme dérange, parce que chacun a des idées toutes faites sur ce qui est bon pour les enfants, parce que l’on a une forte tendance à reproduire ce qui nous a été transmis, sans véritablement s’interroger si c’était bon, ou bien ou pas. Prenez William, par exemple. Le compagnon de Maria, père de deux fils qu’il n’a pas élevé, qui vivent désormais loin de lui, ne supporte pas de voir Marcus élever différemment. Lui souhaite le voir ressembler à un garçon, ou plutôt à l’idée qu’il se fait d’un garçon.

Ce roman est court, et plutôt que de le regretter, je vois les avantages puisqu’il permet à chacun de se questionner, et non d’imposer une vision des choses. Un fossé est creusé entre Maria et sa fille, ces difficultés à se comprendre n’empêchent pas l’amour, il entrave simplement son expression. Pour toujours ? Pas nécessairement.

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Trois amours de ma jeunesse de Danièle Saint-Bois

Présentation de l’éditeur :

Comment apprend-on à se construire dans les années soixante-dix, à la campagne, quand on est une jeune femme attirée par d’autres femmes ? À l’époque, Danièle est mariée, élève ses trois enfants. Une vie conforme aux attentes de sa famille. Seule la littérature lui ouvre d’autres horizons. Sa rencontre avec Mia la foudroie. Mais comment s’assurer que ses sentiments sont réciproques ? Du souvenir de cette passion resurgissent, comme de poupées russes, d’autres visages : ceux de Frankie, adolescente qui fut son premier coup de foudre sur les bancs de l’école, puis de Linda, dont elle tomba amoureuse à la veille de son mariage.

Merci à Netgalley et aux éditions Fayard pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce livre est avant tout une introspection. Danièle, la narratrice, qui se confond avec l’auteur, apprend, le décès de Mia, une jeune femme qui a beaucoup compté dans sa vie. Comme elle, je rallonge un peu les choses : « Tourner autour du pot, c’est un procédé, sinon, un livre ferait juste deux pages. Pourquoi aller droit, alors qu’il est si surprenant de zigzaguer ? » Cela est valable pour l’écriture de critique.
Ce livre tranche parce qu’il nous parle du sentiment amoureux et non de la sexualité. La narratrice se souvient qu’elle ne savait pas, qu’elle ne mettait pas de mots sur ce qu’elle était, elle qui, n’ayant pu faire d’études (comme beaucoup de jeunes femmes de sa génération) s’est mariée très jeune, a eu trois enfants coup sur coup. Même si nous sommes dans les années 70 et qu’il existait une certaine tolérance pour certaines « extravagance », elles étaient tolérées tant que madame restait à la maison et assurait son rôle de mère et d’épouse. Mais qu’elle ressente de l’amour pour une jeune lycéenne excentrique, non.
Le récit n’est pas linéaire, dans le sens où l’auteur écrit au présent, et cherche à se souvenir de ce qu’elle a vécu, à ce moment. Quarante ans qu’elle n’a pas vu Mia, plus encore qu’elle a perdu de vue Frankie et Linda, ses deux autres amours. Le hasard de la vie se mêle à la volonté de couper les ponts après une rupture qui s’apparentait presque à des trahisons, comme si une relation amoureuse ne pouvait jamais être paisible. En fait, la seule relation paisible, ou presque, est celle qu’elle vit avec son mari, Aurel – si tant est qu’il s’agisse véritablement une relation amoureuse.
Danièle revient aussi sur sa jeunesse, sur l’extrême pauvreté dans laquelle elle a grandi et qui a orienté sa vie, sa difficulté à nommer ce qu’elle ressent – parce qu’elle n’a pas reçu l’affection et l’attention qu’elle aurait dû avoir. Peut-être. L’amour n’est jamais léger, pas même l’amour filial.
L’intérêt de ce livre est aussi son style, riche, soigné, sans être pesant ou précieux.
Un livre à lire pour redécouvrir une autre facette de cette époque.

La traversée de Jean-Christophe Tixier

Présentation de l’éditeur :

Jeune Africain, Sam voyage à bord d’un bateau : destination l’Europe. Mais la tempête éclate, provoquant son naufrage. Sam échappe à la noyade et tente d’organiser la survie des rescapés. Au fil des minutes, ses souvenirs remontent à la surface : sa vie au village, son désir d’ailleurs, la belle Thiane au camp de Tripoli. La mer n’a pas dit son dernier mot…

Mon avis :

La traversée est un livre fort, dérangeant, non politiquement correct à mettre dans toutes les mains, celles des parents comme celles des enfants – il est important de partager autour de ce livre.
Il est question des migrants, et nous nous attachons en particulier à Sam, qui a choisi ce prénom et a réussi à l’imposer aux siens. Nous le trouvons quasiment à la fin de l’aventure, au moment où la barque chavire, où l’espoir de survivre est très mince. La tragédie n’a pas lieu une journée, elle a lieu une nuit, et c’est au cours de cette nuit que nous découvrons comment Sam en est arrivé là. Ce qui domine, c’est l’inespoir, en dépit des études, en dépit d’une vie familiale presque sereine. « Presque », parce que le frère aîné de Sam a choisi lui aussi de quitter sa famille, mais d’une autre manière.
Les souvenirs de Sam sont autant d’étapes dans son voyage, des obstacles à surmonter pour chaque candidat au départ, obstacles que certains ne surmonteront pas, de rencontres avec des personnes qui, pour d’autres raisons, ont fait le choix de partir – parce que, justement, elles n’avaient pas le choix. Thiane, à cet égard, est le symbole du mariage forcé, et d’autres abus encore qui ne sont pas détaillés. Nous sommes dans un livre pour adolescents, après tout. Parfois, un mince, très mince espoir reste, comme pour Sekou. Pour d’autres, le sort est sans appel, comme pour Samory, ou encore le frère et la mère de Nafi.
Qui pour écrire l’histoire de ces hommes, de ces femmes, de ces enfants que l’on oublie ? Je terminerai par ces citations :
La mer a pris maman et mon petit frère, je suis la seule à savoir qu’ils sont morts. Si je meurs aussi, qui se souviendra d’eux ?
La mort s’était éloignée, elle avait passé son chemin. Du moins chacun voulait-il le croire.

Tout comme l’auteur, à la fin du livre, je ne puis que vous recommander de regarder Welcome de Philippe Lioret et La pirogue de Moussa Touré.

Merci à Netgalley et aux éditions Rageot pour ce partenariat.

De l’influence de David Bowie sur la destinée des jeunes filles de Jean-Michel Guenassia

Présentation de l’éditeur :

De l’influence de David Bowie sur la destinée des jeunes filles nous fait partager l’histoire improbable, drôle et tendre, d’une famille joliment déglinguée dont Paul est le héros peu ordinaire. Paul qui, malgré ses allures de filles, aime exclusivement les femmes. Paul, qui a deux mères et n’a jamais connu son père. Paul, que le hasard de sa naissance va mener sur la route d’un célèbre androgyne : David Bowie.

Mon avis :

Ce livre est d’actualité, parce que certains pourraient s’en servir pour illustrer la théorie des genres, d’autres pour vous dire que la jeune génération ne sait absolument pas qui est Bowie.

Paul est androgyne, ce qui pose plus de problème à un garçon qu’à une fille. Il se dit lesbien, ce qui ne me surprend même pas. Il se heurte à une mère lesbienne, encore plus intransigeante que si elle avait été hétérosexuelle. La compagne de sa mère est celle qui se rapproche le plus d’une mère – ni l’une ni l’autre n’aime leur prénom et ce n’est sans doute pas un hasard si Paul a un prénom épicène.
Il se cherche, et il y a dans ce roman une charge contre l’éducation nationale dans laquelle je ne me reconnais pas. Venez dans mon établissement, et vous aurez une autre définition du courage.
Il aime la musique mais sa mère refuse qu’il suive une formation classique – où l’on nous reparle de la fameuse « école de la vie », qui, à mon sens, ne forme pas vraiment des musiciens. Oui, la mère de Paul déteste le système en son entier mais le système (éducation nationale, école de musique) n’est pas en dehors de la vie, il est dedans. Paul, une fois ce fameux système scolaire quitté, va ainsi d’une situation professionnelle à une autre, comme si les grandes luttes sociales étaient une chose que même celles qui les revendiquaient se sentaient incapables d’appliquer. Ou ne le voulaient pas. Les discours, c’est bien, les actes, c’est autre chose.
L’autre thème central est la famille, celle que l’on choisit, celle que l’on construit – ou pas. Le narrateur est parfois agaçant avec ses réticences, qui ressemblent à ce que l’on peut lire sur les réseaux sociaux, lui qui ne veut pas nous dire certaines choses, comme une diva qui se fait désirer par son public.
Il est question aussi de l’évolution du comportement des femmes qui, finalement, se mettent aussi à singer celui des hommes. Elles se retrouvent entre elles, comme une nouvelle tribu, séduisent, aime le football, etc, etc…
Et David Bowie, me direz-vous ? Si, si, il croise notre route, mais pas tout de suite.

Mémoires secrets d’un valet de coeur de Brigitte Aubert

Présentation de l’éditeur :

Paris, 1910. La ravissante Dédée, née André vingt ans plus tôt, officie dans le très huppé et fort discret hôtel Sélignac, claque pour messieurs qui apprécient les travestis. Tout roule pour ces « dames », à l’abri des violences du monde extérieur grâce à des protections en haut lieu, jusqu’au jour où l’on découvre l’une d’elles la gorge tranchée, émasculée.

Mon avis : 

Lire ce livre m’a légèrement déprimé. Nous savons que ce roman est rétrospectif, puisqu’il s’agit des mémoires de Dédée, travesti aujourd’hui octogénaire. Nous savons donc que Dédée s’en sortira à peu près indemne – mais les autres ? Il n’est toujours pas facile d’être différent de nos jours, il ne l’était pas du tout de l’être en 1910. Dédée est presque une privilégiée, elle qui se prostitue dans un hôtel très particulier. Ou comment résoudre un problème, parler de la prostitution, du travestissement et de pratiques peu courantes sans sombrer dans le voyeurisme, ou l’auto-apitoiement.
Non, ce qui m’a attiré au début et m’a fait déprimé à la mi-lecture est la présence d’Albert Feclas, médecin légiste, prestidigitateur et ami de Louis Denfert, l’un des héros de Brigitte Aubert. Douze ans se sont écoulées depuis la dernière enquête parue de Louis (y en aura-t-il d’autres ?) et, au détour d’un souvenir, j’ai cru comprendre que la vie d’Albert ne s’était pas vraiment terminée de façon heureuse. Le sujet d’un prochain roman ? Oui, je me répète un peu, c’est une habitude.
Dans ce roman, ce sont des travestis qui sont assassinées, la première victime se prénomme Nina (les Nina se font souvent assassiner dans les romans, je proteste). Elle n’est pas LA première victime dont entend parler Dédée, puisqu’elle a la chance, l’honneur et l’avantage d’avoir comme pratique un charmant commissaire de police qui adore se faire mener à la baguette (ou presque). Elle apprécie les confidences qu’il peut lui faire, au sujet des enquêtes en cours, il lui en révèle toujours bien plus que les journaux qu’elle lit. Elle a donc très envie de mener des enquêtes de son propre côté – elle avait commencé à le faire quand Nina a été assassinée, première sur une liste qui s’allongera plus vite que prévu.
Enquêter n’est pas facile quand sortir de son hotel est compliqué, pas seulement parce que Dédée est né homme, mais parce qu’elle n’est pas libre de ses mouvements. Il est important d’être à la disposition des visiteurs. Quand Dédée éprouve un certain béguin pour Maurice, dont la tante a été assassinée (décidément,
Paris est tout sauf une ville sûre), elle sait que c’est quasiment sans espoir. Quasiment. Maurice est un homme à femmes, et l’état civil de Dédée est sans appel.
Un peu déprimée,oui, mais j’ai aimé lire ce livre, j’ai aimé son intrigue et son attachante narratrice. Et je n’ai pas toujours des lectures policières qui me permettent un tel verdict.

Nous ne sommes pas encore dans le mois du polar, mais je propose le logo de notre Belette en avance :

 

La sublime communauté, tome 1 : les affamés d’Emmanuelle Han

Présentation de l’éditeur :

C’est la fin de notre ère. Aux quatre coins d’une planète surpeuplée et en pleine dévastation, six mystérieuses Portes apparaissent, ouvrant des brèches vers des mondes inconnus. En quête d’une terre promise, fuyant la misère et la mort, des flux d’hommes, de femmes et d’enfants désespérés, les « Affamés », se pressent aveuglément vers ces Six Mondes, ignorant tout à leur sujet.
Quels secrets renferment ces Portes ? Quel mal ronge les Affamés ? Quelle est la nature des Six Mondes ? En ces temps de détresse où la violence et le chacun-pour-soi font rage, seuls trois enfants pourront le découvrir. Ashoka, Ekian et Tupà ne se connaissent pas, vivent à des milliers kilomètres de distance. Pourtant, leurs destins sont liés. De leur union dépendra le sort de la Sublime Communauté.

Mon avis : 

Roman qu’il est dommage de classer. Littérature young adult ? Littérature qui peut intéresser les adultes comme les adolescents qui aiment lire. Dystopie ? Il nous parle de la fin du monde en un texte bien conçu. Nous sommes immédiatement jetés dans l’action, pas de temps mort, pas de pause, et, déjà, nous explorons plusieurs mondes, ou plutôt plusieurs parties d’un même monde.
Je ne dirai pas « âme sensible s’abstenir »: la fin du monde n’est pas une partie de rigolade, cela se saurait. Chacun pour soi et les autres on s’en fout me paraît bien plus juste. Et si, en plus, on peut se faire une jolie pelote en attendant, que demander de plus ?
L’univers qu’a crée Emmanuelle Han est riche de sens, de références, sans que jamais cela devienne pesant ou hors-sujet. Premier roman, oui, mais abouti, pensé, premier d’une série qui, je l’espère, aura autant de profondeur que ce premier tome.
Je vous ai à peine parler des personnages principaux, tous les trois différents, tous les trois ayant des points communs, comme celui de n’être pas exactement à la bonne place.
Un livre à découvrir.

 

 

Notre vie dans la forêt de Marie Darrieussecq

Quatrième de couverture :

Une femme écrit au fond d’une forêt. Son corps et le monde partent en morceaux. Avant, elle était psychologue. Elle se souvient qu’elle rendait visite à une femme qui lui ressemblait trait pour trait, et qu’elle tentait de soigner un homme.

Mon avis :

J’ai emprunté ce livre dans mon réseau de bibliothèque, un peu étonnée de le trouver en rayon. D’habitude, les nouveautés de la rentrée littéraire s’arrachent comme des petits pains, et il est nécessaire de les réserver. Et bien dans le cas de ce livre, pas de soucis pour le prendre.
Je trouvai intéressant de trouver une dystopie dans un rayon « adulte ». Cependant, le rythme est très lent, les répétitions sont nombreuses. J’aurai aimé que certains points soient davantage approfondis et non effleurés comme c’est souvent le cas. « Notre vie dans la forêt » – non, pas vraiment, plutôt la vie avant la forêt, plutôt que la manière dont la vie s’organise.

Heureusement, à un moment, il est un coup de théâtre, une révélation – utiliser les termes que vous souhaitez. Elle est cependant relativement tardive, parce qu’elle n’était pas si prévisible que cela. Bien sûr, cela étonne, questionne, et nous fait reconsidérer ce que l’on avait lu avant. Nous nous disons alors : « pourquoi pas ? » Pourquoi ne pas admettre cette vision de la société future qui n’est pas si impossible que cela ?

Un livre qui est intéressant à lire, mais je pense qu’il en existe d’autres, sur le même sujet, qui sont davantage approfondis.