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Je l’aimais d’Anna Gavalda

édition J’ai lu – 160 pages.

Présentation de l’éditeur :

À soixante-cinq ans, il est à l’âge des bilans. Elle en a moitié moins et rumine son chagrin. Celui d’avoir été plantée là avec ses deux filles par un mari volage parti pour une « femme moins usée. »
A priori, Pierre et Chloé n’ont pas grand chose à partager. Il en décide pourtant autrement, emmenant sa belle-fille sur un coup de tête pour quelques jours à la campagne. Au fil d’un long dialogue, ils vont peu à peu se livrer.

Mon avis :

J’ai lu ce roman pour la première fois presque au moment de sa parution, et mon seul souvenir tient en un mot : « fade ». Je l’ai relu aujourd’hui, et je ne peux pas dire que je l’ai apprécié.

Tout d’abord, je n’ai pas été sensible au style : le roman est essentiellement composé de dialogue entre une femme Chloé et son beau-père Pierre. Ils parlent, ils parlent, ils parlent énormément, comme s’ils n’avaient jamais eu l’occasion de parler avant. J’en viens maintenant à la raison pour laquelle ils parlent autant : Chloé a été quittée par son mari, et elle a trouvé refuge auprès de ses beaux-parents pierre et Suzanne. Elle n’apprécie pas son beau-père, et elle le lui dit clairement. Pourquoi alors accepter de passer du temps avec lui ? Etre quitté n’est pas facile (j’enfonce une porte ouverte) mais aller, même pour que l’on prenne soin de vous et de vos filles auprès de ses beaux-parents avec lesquels on n’a pas vraiment de lien, je trouve cela tiré par les cheveux. Note : il fallait bien que le roman commence ! Il semble réellement débuter à la moitié du roman, quand le beau-père de Chloé se confesse à elle – alors qu’elle n’avait rien demandé.

Lui n’est pas comme son fils, lui n’a pas eu le courage de quitter sa femme – et vive-versa : Suzanne savait qu’elle était trompée, mais il était hors de question pour elle de perdre sa condition sociale, son nom de famille (celui de son mari), sa place dans la société et sa jolie maison qu’elle a passé tant de temps à décorer au point qu’elle pense avoir négligé son mari. Un couple bien assorti, finalement. Il dit donc à sa belle-fille qu’elle mérite mieux que la vie qu’elle mène, qu’elle mérite mieux que son fils, qu’il faut qu’elle utilise ses talents, etc, etc… Bravo, on se sent tout de suite mieux après avoir entendu ses paroles qui sont censées être consolatrices. Et, vu la piètre opinion qu’il a de son fils, je comprends mieux que celui-ci ait eu de la peine à se construire à l’ombre d’un père qui ne pensait qu’à être à la hauteur de son travail, des ouvriers qui étaient sous sa responsabilité et qui laissait sa femme gérer l’intendance, c’est à dire l’éducation des enfnts.

Alors, il y a eu dans sa vie une grande passion amoureuse qui a tourné court parce qu’il n’a pas eu le courage de vivre cet amour, parce qu’il a vu, non avec sa femme mais avec sa secrétaire Françoise, les ravages causés par les hommes qui quittent leur femme. Je note quand même qu’il s’est bien amusé avec Mathilde, qu’ils se sont retrouvés en Asie, et qu’ils ont vécu des moments intenses – mais jamais des moments du quotidien, jamais leurs relations charnelles passionnées n’ont été troublées par des problèmes d’ordre domestique. Jamais il n’a eu le courage de découvrir réellement ce qu’elle était devenue, parce que, parce que, parce que… Cela fait beaucoup de parce que, et beaucoup de facilités.

Je voudrai revenir aussi sur certains faits marqueurs d’une époque – et j’espère bien que cette époque est dépassée depuis longtemps. Chloé a interrompu ses études, forcément brillantes, pour soutenir son futur mari, totalement dévasté, découragé, par le non-amour de son père. Grâce à elle, il est devenu l’homme qu’il est aujourd’hui. Elle ? Elle vivote d’un petit travail dans le sous-sol d’un musée parce-qu’elle-a-interrompu-ses-études-pour-lui et qu’à aucun moment, quelqu’un n’a pensé qu’elle pourrait reprendre ses études, que c’était « son tour ». Non, à la place, ils ont eu deux filles, et Chloé s’est retrouvée de fait très occupée. Autre fait marqueur d’une époque : Pierre a épousé Suzanne parce qu’elle était enceinte, et qu’à cette époque, dit-il doctement à sa belle-fille, qui semble sacrément ignorante des moeurs françaises des années soixante, on épousait la jeune fille qu’on avait mise enceinte. Scoop : pas toujours. Parce que, justement, si elle avait couché avec un garçon, elle ne « méritait » pas qu’on l’épouse, le jeune homme se dépêchant de trouver une jeune fille « bien » qu’il pouvait épouser et, à l’époque, il était impossible de forcer un homme à reconnaître son enfant – c’était aussi un des arguments des féministes qui luttaient pour le droit à l’avortement.

Ce n’est pas la fadeur qui ressort de cette seconde lecture, c’est plutôt l’irritation voire la colère contre des personnages qui sont tellement conformistes.

Les trois filles de la rue des Maraîchers – Tome 1 Confidence pour confidence par Sylvaine Jaoui

Présentation de l’éditeur :

Lélia, Marie et Christine sont voisines et inséparables. Cette année, elles entrent en 2nde et tout va être chamboulé. Nous sommes en 1965, et leur lycée, jusqu’à présent réservé aux filles, va être ouvert aux garçons. Voilà qui va mettre leur amitié à l’épreuve et exiger d’elle encore plus de solidarité. Car, parmi les adultes, tout le monde ne voit pas l’arrivée des garçons d’un très bon œil.

Mon avis : 

Je vous parle d’un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître. Oui, je commence par une allusion musicale, mais elles sont nombreuses dans ce roman, alors je n’allais pas me priver !

Nous suivons trois amies, qui ont la chance d’être lycéennes – je ne peux pas m’empêcher de le dire, parce que beaucoup de jeunes filles de leur âge, à la même période, étaient ouvrières, secrétaires, jeunes filles au pair. Elles ont des parents qui sont soucieux de leur scolarité, de leur avenir, et qui ont aussi les moyens que leurs filles poursuivent leurs études. Elles se connaissent depuis toujours, elles connaissent leurs parcours – Jeanne, la mère de Christine, veille discrètement sur Lélia, dont la mère, qui était son amie, est morte. Depuis, une belle-mère est entrée dans la famille, parce que leur père a le droit d’aimer à nouveau, et parce qu’un homme a besoin d’une femme pour élever ses enfants (ce n’était pas l’époque des papas poules, des nouveaux pères, encore moins des familles monoparentales). Pour Marie, c’est plus compliqué. Elle est, comme l’on disait à l’époque, une pied-noire, elle a vécu tout ce qu’ils ont vécu à cette époque. Sa mère a des idées très précises sur ce qu’une jeune fille doit faire ou ne pas faire, et elle entend bien faire respecter ses principes à sa fille.

L’événement qui change tout est l’arrivée de la mixité dans le lycée où sont inscrites les trois jeunes filles. De nos jours, la mixité nous semble naturelle. Ce n’était pas du tout le cas à l’époque. Comment se comporter envers les garçons quand on ne les a jamais cotoyé pendant sa scolarité, qu’on les a aussi un peu idéalisés, parfois ? Tout sauf facile. Surtout que ces garçons ne viennent pas d’apparaître comme par magie, ils ont un passé eux aussi, et un regard sur ce monde exclusivement féminin dans lequel ils arrivent. N’oublions pas non plus les soucis techniques, et intemporels : les toilettes !!!!! Anecdotique ? Pas tant que cela.

Mais je m’égare, je m’égare, revenons à ces trois adolescentes qui ont chacune leurs soucis et qui vont devoir faire avec. Elles se sentent aussi protégées par cette amitié qui les unit et qu’elles pensent inaltérables. Est-ce si simple ? Non, bien sûr.

J’ai aimé cette intrigue bien rythmée, qui alternent les scènes au lycée et les scènes en famille, je ne pensais pas lire le livre si rapidement, c’est à dire enchaîner les chapitres, avec ma chère Annunziata (mon chat) près de moi, et terminer presque tout naturellement ce livre

La fille sur la photo de Karine Reysset.

Présentation de l’éditeur :

Quand elle accourt au chevet de Garance, la fille de son ancien compagnon, Anna doit faire face à tout ce qu’elle a cru laisser derrière elle. Le foyer qu’elle a fui et la place incertaine qu’elle y a tenue pendant dix ans. Son histoire d’amour avec le «grand homme», réalisateur de renom, qu’elle a quitté pour un admirateur plus inquiétant qu’il n’en avait l’air. Les trois enfants qu’elle a «abandonnés», après les avoir aimés comme s’ils étaient les siens. Les raisons de son départ, dont elle-même a fini par douter, et les traces qu’il a laissées dans le coeur des uns et des autres. Est-il trop tard pour recoller les morceaux ? Est-ce seulement souhaitable ?

Mon avis : 

J’ai lu ce livre très vite, en compagnie de mes chats. J’écris cette critique, avec Fidélio, Onyx et Lucianna. J’ai l’impression que ces précisions sont les choses les plus intéressantes que j’ai à dire….

En découvrant la quatrième de couverture, je m’attendais à autre chose. Je pensais que l’intrigue serait centrée sur le personnage de Garance, cette adolescente anorexique qui va mal, qui vient d’être hospitalisée. Eh bien non. C’est aussi simple que cela. Le traitement de l’anorexie m’a presque semblé « magique » : certes, un traitement lourd est pratique mais Garance guérit assez rapidement. Elle est très très peu présente.

Celle qui monopolise toute l’histoire, c’est Anna, Anna qui n’a jamais pu trouver sa place, et qui n’a jamais su s’imposer. Ah, si vous me connaissez, vous devez vous douter qu’abandonner son animal parce que son beau-fils est soi-disant allergique, puis partira ensuite très très vite de la maison, laissant Anna à ses regrets (!) puisque son chat s’est laisser mourir au refuge n’a pu que m’énerver. Puis, abandonner son animal par amour pour son conjoint et sa nouvelle famille, c’est un cliché. Je vous rassure, les clichés, Anna les aligne, elle qui a élevé les enfants de deux autres femmes, elle qui a vécu avec un artiste de vingt ans son aîné, dans son ombre, elle qui est pourtant une romancière publiée par une vraie maison d’édition (pourquoi, les petites maisons d’édition seraient-elles des fausses ?). Abandonnée par leur mère, puis par leur père, elle et sa soeur peinent à créer des liens – Bettina a voulu un enfant, elle ne parvient pas à être sa mère, même maintenant qu’il s’engage dans l’armée – besoin d’un cadre ? Puis, les accidents qui n’en sont pas  mais semblent des suicides à peine déguisés, l’accident qui provoque la stérilité… parfois j’ai eu l’impression d’être en plein mélodrame.

Nous sommes toujours avec Anna, et avec Serge, dont elle supporte le caractère tortueux, même après leur séparation. Après tout, c’est un artiste. Mouais. J’ai déjà parlé de clichés, et s’en est encore un, le grand artiste devant laquelle la femme s’efface, fait tout dans l’ombre pour lui permettre d’avoir une vie aisée, sans souci, lui qui minimise son oeuvre à elle, et elle qui n’ose jamais.

Il y a la Bretagne aussi, je l’avais presque oubliée, et pourtant, j’adore cette région. Je ne me suis pas sentie en Bretagne en lisant ce livre, c’est peut-être le pire.

Les Enquêtes d’Hadrien Allonfleur sous le Second Empire – Tome 6: À l’Ombre des sucrières

Présentation de l’éditeur : 

Hadrien Allonfleur, capitaine des cent-gardes, devenu enquêteur officieux de Sa Majesté Napoléon III, est sommé par le ministre de l’intérieur, de s’éloigner de Paris durant quelques mois, le temps de se faire oublier. Qu’à cela ne tienne, notre officier fougueux se joint à un ami qui part pour l’île de La Réunion. Héloïse, jeune femme impertinente et talentueuse auteur de romans à succès, en quête d’aventure, sera également du voyage. Lorsqu’il apprend qu’un planteur de canne à sucre a été assassiné, Hadrien accepte avec empressement, à la demande de sa veuve, de reprendre des investigations qui n’ont abouti qu’à l’arrestation d’un tout jeune garçon.
Anciennement terre d’esclavage, essentiellement tournée vers la culture de la canne à sucre, où les ouragans ne sont pas rares, où la pauvreté côtoie la richesse, l’île de La Réunion à la splendeur puissante peut se révéler dangereuse pour les âmes et les corps.
Hadrien en fera la douloureuse expérience.

Circonstance d’écriture : 

J’ai lu ce livre voici quelques mois déjà, je tente donc une écriture d’avis de mémoire.

Mon avis : 

Quelle que soit l’époque, être policier, c’est compliqué : Hadrien doit se mettre au vert. Je n’ai pas lu les cinq enquêtes précédentes, je n’ai donc pas eu tous les tenants et les aboutissants, j’ai simplement été attirée par cette enquête, parce que jamais un polar ne m’avait emmené à la Réunion.

Hadrien se rend avec deux amis à la Réunion, ou, pour être précise, il accompagne un ami, et une amie romancière, semblant avoir elle-même beaucoup d’imagination, se joint à Hadrien. Je note que la jeune femme est … jeune, comme si, dans la littérature, seule les femmes encore jeunes pouvaient se permettre de partir à l’aventure ! Pas la peine de me souffler que, dans la société du Second empire, c’était compliqué. Je le sais : cependant, cette jeune romancière talentueuse ne semble pas avoir de soucis particuliers pour partir (ni financier, ni familial) alors j’attends le roman qui nous montrera une femme aventurière pas toute jeune.

Il n’était pas question pour Hadrien de prendre des vacances, non, pas vraiment, et heureusement : parce qu’il devra enquêter ! Il ne s’agit pas vraiment d’une enquête officielle, plutôt d’une enquête officieuse, si ce n’est qu’il n’aurait pas dû se mêler de cette enquête. Enfin, il rejoint la longue liste des enquêteurs qui n’auraient pas dû enquêter puisqu’ils étaient en vacances, des enquêteurs qui découvrent des secrets qui ne demandaient finalement qu’à être révélés, des enquêteurs qui se mettent en danger en quelques sortes. Oh, bien sûr, l’on pourrait toujours imaginer une version dans laquelle le capitaine Allonfleur ne ferait strictement rien sauf se faire le plus petit possible – dans ces cas-là, on n’aurait pas de romans !

Alors oui, le lecteur découvre la Réunion sous le Second Empire, la géographie de l’île – son climat aussi. Il découvre aussi à quel point il pouvait être dur d’être une femme à cette époque, quand on ne voulait pas rester dans le rôle que la société vous avait assigné. Je n’ai cependant pas été transportée, émue, comme j’avais pu l’être en découvrant d’autres enquêtes. Je n’ai pas été touchée par les personnages, et pourtant, j’aurai dû/pu l’être !

Une série que j’ai envie de poursuivre, au moins pour un tome, afin de confirmer, ou pas, mon ressenti.

56 – La Réunion

Tapas nocturnes de Marc Fernandez

édition Le livre de poche – 160 pages

¨Présentation de l’éditeur :

Tandis que Diego Martín, journaliste reporter police/justice, cherche à rencontrer le fameux Don Fernando, dit El Matador, chef d’un puissant cartel de la drogue au Mexique, Carolina, sa compagne, professeure de droit spécialisée dans les affaires criminelles à l’université de Madrid, reçoit des menaces de mort, de plus en plus pressantes et insistantes. Le quotidien de la jeune femme devient un véritable cauchemar. Les narcos, dérangés dans leurs trafics, oseront-ils s’en prendre à elle ? Carolina attend avec impatience le retour de Diego…
On retrouve ici Diego, Ana, Carlos et les autres, tous ces personnages audacieux et courageux que l’on a découverts dans la trilogie Mala vida, Guérilla Social Club et Bandidos. Sans relâche et avec détermination, ils ont révélé des secrets d’État et lutté contre la corruption et les narcotrafiquants. L’intrigue de Tapas nocturnes se situe avant Mala vida mais peut être lue indépendamment de la trilogie.

Mon avis :

Ce fut un plaisir pour moi de retrouver Diego, Ana et Carlos, des personnages que j’avais apprécié dans Mala Vida. Je m’arrête là, parce que je me dis qu' »apprécier » sonne un peu pompeusement, eu égard au plaisir de lecture que j’ai ressenti. Plaisir aussi d’échanger avec l’auteur, lors du salon du livre de Saint-Maur-des-fossés, cette année.

Diego est journaliste, et il est allé enquêter au Mexique sur le chef d’un puissant cartel. Bien qu’il cherche sans relâche tout ce qui fâche, tout ce qui dérange, il n’est pas une tête brûlée, il s’est entouré de précautions pour tenter de rencontrer Don Fernando, ce fameux chef dont tout le monde, sauf ses proches collaborateurs, ignore le visage. Il est notamment accompagné par Miguel, son fixeur, et Diego est tout à fait conscient que c’est Miguel qui prend le plus de risque : Diego peut rentrer en Espagne quand il veut, Miguel restera au Mexique. Diego ne savait cependant pas ce qui l’attendait une fois rentré.

Court ? Oui, et j’en aurai bien volontiers lu davantage, j’aurai volontiers passé plus de temps en leur compagnie, y compris celle de Carolina, qui a toujours soutenu Diego tout en menant sa propre carrière. Bref, elle ne s’est pas contentée d’être la compagne de, même si être la compagne de Diego aura un fort impact dans sa vie – impact que vous connaissez déjà si vous avez lu Mala Vida et les autres enquêtes de Diego.

Si l’on y réfléchit un peu, la lecture de ce roman est désespérante. La corruption règne au Mexique et en Espagne, les intérêts économiques priment – et pas qu’en Espagne, faut-il le rappeler. Etre intègre, c’est bien, mais c’est rare, très rare, aussi Diego apprécie-t-il fortement les rares personnes qu’ils rencontrent et qui le sont – mention spéciale non à des personnages intègres, mais à des hommes politiques qui « récupèrent » des événements tragiques pour se faire mousser. Suivez mon regard, ce n’est pas seulement une péripétie littéraire.

Je termine, en toute logique, par Mala vida de Mano negra.

Je m’attendais à tout sauf à nous par Elodie Garnier

Présentation de l’éditeur : 

Après une rupture difficile, Élodie ne croit plus en l’amour.
Jusqu’au jour où elle croise le chemin d’Emmanuelle, une jeune architecte de 35 ans, divorcée d’un homme d’affaires japonais et mère d’un petit garçon de 10 ans qui habite avec son père.
Contre toute attente, l’alchimie est si forte que les deux femmes tombent amoureuses. Élodie veut reprendre sa vie à zéro, essayer une nouvelle fois d’y croire, et Emmanuelle est prête à tout pour lui prouver la réalité de ses sentiments. Mais c’est compter sans  les obstacles  qui viennent ébranler leur histoire aux apparences indestructibles.

Mon avis : 

Merci aux éditions Fayard et à Netgalley pour ce partenariat.

J’ai été surprise par la lecture de ce livre, par sa construction aussi, parce qu’elle m’a entraînée sur des chemins que je ne pensais pas parcourir. Tout a été particulièrement bien choisi, y compris le titre, qui prend tout son sens une fois le livre terminé.

Ce roman traite d’un sujet qui est rarement traité de nos jours, et qui est pourtant en train de rentrer dans les mœurs : deux femmes qui se marient et qui fondent une famille (je ne spoile pas, nous le savons dès les premières pages). Elodie a eu du mal à se reconstruire après une rupture douloureuse. Pour elle, Sara était la femme de sa vie, et elle ne peut imaginer la vie sans elle. Pourtant, il le lui faut bien. La vie sans amour ? Aussi. Du moins, c’est ce qu’elle croyait avant de rencontrer, au Japon, Emmanuelle. Elle redécouvre ce qu’est l’amour, elle découvre aussi le fait de vivre à deux, de se marier, de vouloir un enfant, elle qui pensait ne jamais se marier, ne jamais avoir d’enfants.

Idyllique ? Non, ce serait trop simple. Etre un couple lesbien, c’est aussi affronté le regard des autres mais aussi avoir strictement les mêmes problèmes qu’un couple hétéro : la garde du bébé, la crise d’adolescence de l’aîné, les problèmes plus ou moins graves au boulot, la nécessité de s’organiser…. La nécessité aussi de se demander quelle place on a dans le couple, quelle place l’autre vous accorde, surtout quand cet autre semble ne pas prendre soin de vous comme vous l’aimeriez, ne pas vous défendre aussi – parce que l’homophobie peut aussi être là, y compris parmi les plus proches.

Elodie n’est pas seule, ai-je envie de dire. Elle a des amis qui tiennent à elle, qui sont prêts à l’écouter, à ne surtout pas la juger, quelles que soient les décisions qu’elle prend. Tout dire, absolument tout à l’autre n’est pas nécessaire, c’est ne rien cacher qui l’est – parce que vouloir tout dire à l’autre, absolument tout, me semble une forme de dépossession dangereuse, qui ouvre la porte aux excès – vouloir tout dire, absolument tout est en soi un excès.

Je terminerai par parler du titre, qui est vraiment très bien trouvé – parce que je m’attendais à tout, sauf au dénouement.

 

Lizzie Grace – tome 1 : un baiser sanguinaire de Keri Arthur

Présentation de l’éditeur :

Lizzie a depuis longtemps délaissé la sorcellerie et a préféré ouvrir un café avec sa meilleure amie. Mais lorsqu’une femme lui demande de l’aide pour retrouver sa fille disparue, Lizzie va être mêlée à des événements bien plus dangereux que prévu.
Dans un monde où science et magie cohabitent et dans lequel les puissants sorciers sont considérés comme les collaborateurs indispensables de tous les gouvernements, Lizzie Grace fait figure d’exception. Bien qu’issue de l’une des familles les plus importantes de la noblesse des sorciers, elle ne veut rien savoir de son passé ou de sa magie.
Cependant, lorsqu’elle ouvre un petit café dans la réserve des loups-garous de Faelan avec Belle, sa familière humaine et meilleure amie, elle se retrouve impliquée dans la traque d’un vampire bien déterminé à semer le chaos.
Une chasse qui devient vite personnelle, qui va lui demander de recourir à tous ses talents afin de survivre. À condition de ne pas laisser les loups-garous, qui détestent tout ce qui touche à la sorcellerie, l’atteindre en premier.

Mon avis :

Il est des livres que j’ai lus, et que je n’ai pas forcément envie de chroniquer, parce que j’ai l’impression que tout a déjà été dit sur eux, et que je ne serai capable, au mieux, que de dire des formules convenues. Il y aurait aussi, paraît-il, des livres qui mériteraient plus que d’autres d’être chroniqués, pour lesquels il faudrait prendre plus de soin (oui, j’ai du mal avec ce genre de formule). Un livre se chronique, ou pas, il n’y a pas d’autres possibilités.

En choisissant ce livre, je savais qu’il y avait peu de risque que je sois déçue, et c’est vraiment le cas : je n’ai pas du tout été déçue à la lecture de ce livre, premier tome de ce qui sera, je l’espère, une nouvelle série. Lizzie est une sorcière, une vraie, mais la mort de sa soeur, douze ans plus tôt, lui a fait changer de vie du tout au tout. Elle a coupé les ponts avec sa famille parce qu’elle se sent responsable de la mort de sa soeur – je rappelle, à toute fin utile, que se sentir responsable ne fait pas de soi quelqu’un de coupable. Elle a ouvert un café avec Belle, sa familière humaine. N’allez pas y voir un lien de dépendance malsain : les deux jeunes femmes sont amies, et se moquent bien de ce que les autres peuvent dire ou penser d’elles. Elles ont ouvert un café au beau milieu d’une réserve de loups-garous. Elle détecte une source de magie « sauvage », et se demande bien ce que le sorcier local fait. Réponse : pas grand chose puisqu’il n’y en a plus, et l’on saura pourquoi dans le cour du roman.

Bien que Lizzie se présente comme une sorcière « mineure », une avocate Marjorie va faire appel à elle pour retrouver sa fille Karen qui a disparu. Ce qui n’était pas prévu, c’est ce qui a causé sa disparition : cela mettra Lizzie en grand danger. Je pourrai même dire qu’elle courra plusieurs grands dangers, parce qu’elle sera amenée à mettre de l’ordre dans un problème qui date de bien avant sa venue dans la réserve, pour ne pas dire avant même sa naissance.

La famille devrait être réconfortante – l’on voit ce qu’il en est pour Lizzie. Elle ne le fut pas totalement pour Karen, qui vécut mal le divorce de ses parents. Il semble que, des années plus tôt, les enfants avaient plus de liberté, mais aussi qu’ils se confiaient nettement moins à leurs parents. Le harcèlement, par exemple, a toujours existé, c’est simplement que l’on n’en parlait pas, donc on n’en voyait pas les conséquences, ni pour les harcelés, ni pour les harceleurs. La famille, c’est aussi celle que l’on se crée, comme peut en témoigner Lizzie avec Belle.

Et Aidan ? Je n’ai pas encore parler de lui. Il est le chef des enquêteurs loups-garous. Protéger les loups-garous lui tient à coeur, protéger sa famille lui tient à coeur, ce qui lui fait un point commun avec Lizzie. Prendre des risques inconsidérés est aussi un point commun, si ce n’est que l’on ne sait jamais, finalement, à quel point les risques pris seront considérables ou pas.

le challenge halloween 2022chez Hilde et Lou.

Paris se lève, Armand Delpierre

Présentation de l’éditeur :

Pierre-Louis Madec, alias PLM, se réveille ce matin de janvier avec le sentiment d’un désastre imminent. Ce nouveau départ loin de sa Bretagne natale, au commissariat de la Défense, promet d’être mouvementé. A peine arrivé, on lui confie l’affaire Françoise Laborde : une femme de 70 ans retrouvée morte dans son salon. Un corps en lambeaux, signe d’un véritable acharnement contre sa personne. S’ajoute à cette enquête le mystérieux viol d’une jeune fille, Elsa, trouvée inconsciente devant un bloc d’immeubles. Elle reste mutique, incapable de se souvenir du moindre détail sur la soirée de la veille. À moins que les cauchemars qu’elle ne cesse de faire soient des indices…

La menace est partout. Et c’est quand on pense que rien de pire ne pourrait arriver, que l’impensable se produit. Tapis dans l’ombre, des hommes se préparent à frapper fort, à commettre une atrocité au nom de leur Dieu. De quoi bouleverser la population et mettre à mal les forces de police. Mais il faut rester concentré, PLM le sait. Le meurtrier de Françoise Laborde pourrait profiter de l’agitation ambiante pour commettre bien pire. Le temps est compté…

Mon avis :

Livre fort. Très fort. Je ne l’ai pratiquement pas lâché, moi qui étais entourée par mes chats pendant que je le lisais. Je ne sais pas ce que je n’ai pas aimé dans ce livre qui m’a emporté et m’a fait revivre autrement le 7 janvier. Parce que nous nous souvenons tous où nous étions le 7 janvier, quand nous avons su.

J’ai aimé les personnages des policiers, parce qu’ils sont divers, humains, parce qu’il n’y a pas un donneur de leçons parmi eux, mais des personnes qui enquêtent, oui, qui sont dévoués à leur métier, mais qui ont aussi une vie à côté, des peurs, des angoisses, des difficultés avec lesquelles il leur faut vivre. des défauts aussi, avec lesquels les autres membres de l’équipe ont appris à composer. Pas de surhomme non plus dans l’équipe, vous l’aurez compris. Des êtres humains, tout simplement.

Tout aurait pu être un entrecroisement d’enquêtes de police ordinaires – parce qu’il y a rarement une seule enquête en cours. Cela va du tristement banal (un trafic de pièces détachées) à l’horreur quasi absolue. Les victimes – Françoise, Elsa, redonnons leurs prénoms aux victimes plutôt qu’aux coupables – sont des femmes, l’une est morte, l’autre pas, elle est détruite. Les enquêteurs doivent faire vite, parce qu’ils savent qu’au bout d’un temps relative court, les chances de retrouver le(s) coupable(s) chute(nt) à vingt pour cent. Alors oui, de nos jours, nous avons des techniques, des moyens, rien ne remplace pourtant la conscience professionnelle des enquêteurs et leur acharnement – ils en subissent les conséquences aussi. Enquêter n’est pas sans risque pour soi.

Puis se joint la traque, celle des terroristes, traque qui emporte tout ou presque sur son passage tant ce qui se passe paraît complètement sorti du réel. Et tout cela pourquoi ? Pour des dessins. Il ne faut jamais l’oublier.

Je voudrai ajouter, avant de conclure, une réflexion personnelle. Là où certains nous parlent de déconstruction, je voudrai avant tout parler de construction – parce que pour déconstruire, il faut qu’il y ait eu quelque chose d’abord, que l’on ait permis à l’enfant, l’adolescent, d’acquérir des valeurs, de s’épanouir, d’avoir un appui, eh bien, pour se construite justement, et voir ce qu’il veut faire après de ce qu’il aura reçu. Avoir pu se construire donne de la force, même si cela ne permet pas de tout surmonter.

 

Les Sentiers obscurs de Karachi d’Olivier Truc

Présentation de l’éditeur 

En 2002, à la sortie d’un hôtel à Karachi, un attentat à la bombe a coûté la vie à 14 personnes, dont 11 ingénieurs français travaillant à la mise au point d’un sous-marin acheté par le gouvernement pakistanais. Toutes les victimes venaient de la base nautique de Cherbourg.  Vingt ans après, un jeune journaliste localier proche de l’un des ingénieurs rescapés de l’attentat décide de mener une véritable investigation sur les coupables. Une enquête menée par les Français a certes révélé les probables pots-de-vin ayant servi au financement de la campagne de Balladur, mais tout s’est arrêté là. Les victimes ont été abandonnées. Le journaliste trouve à Karachi de l’aide auprès d’une jeune lieutenante pakistanaise et d’un homme droit, fidèle aux valeurs du travail bien fait et de la loyauté. Mais il progresse dans une jungle de mensonges politiques avant de s’apercevoir que la vérité de Karachi ne se trouve pas dans les journaux mais peut-être dans les poèmes que tous récitent.

Merci à Netgalley et aux éditions Métailié pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce livre fut une lecture véritablement prenante. Alors oui, je ne l’ai pas lu d’une traite, parce qu’il est impossible, avec les aléas de la vie, les obligations de la vie plutôt, de lire un livre d’une traite. Je peux dire simplement que j’avais hâte de retrouver ce roman, cette intrigue, que sa lecture fut un coup de coeur, et que, maintenant que j’ai écrit cela, il faut que j’explique pourquoi ce fut un coup de cœur, et c’est nettement plus difficile.

Déjà, en lisant, je n’ai pas pensé « construction de l’intrigue », « caractérisation des personnages » parce que tout est là. Je ne sentais pas la construction de l’intrigue, je ne me disais pas que les changements de points de vue, les retours dans le passé s’enchaînaient avec logique et fluidité puisque tout me paraissait couler de source. De même pour les personnages, que le lecteur reconnaîtra immédiatement dès qu’il les aura rencontrés une première fois, non à cause d’un long et immense portrait, mais parce qu’il suffit d’un détail, d’un trait de caractère, d’un lien qui unit un personnage à un autre pour que celui-ci prenne vie, y compris les personnages que l’on pourrait juger secondaires.

D’ailleurs, l’on peut s’interroger : qui sont les personnages principaux ? Jeff et Sara ? Lui est un jeune journaliste français, loin des personnages de journalistes que l’on trouve dans certains romans. Il est journaliste, oui, mais il n’est pas un baroudeur infatigable, prêt pour sa prochaine mission. S’il a déjà couvert des sujets d’actualité important, il peut aussi se retrouver à écrire un papier sur un événement local affreusement banal. Il a envie d’écrire sur d’autres sujets, et son amitié avec Marc, un des survivants de l’attentat de Karachi, lui donne une ouverture. Parce que Marc a survécu, mais a vu ses collègues mourir autour de lui. Parce qu’il est fâché avec Claude, le père de Marc, pour des raisons qui seront élucidées au fur et à mesure de la lecture. Parce que Marc se demande pourquoi la France n’a rien fait, ou si peu, pour que les auteurs de l’attentat soient identifiés, jugés. Oui, cela ne se passait pas sur son sol, mais il y a eu des hommes politiques, un juge, qui ont tenté de redonner une impulsion à l’enquête, pour que justice soit faite. Vingt ans après, l’on en est loin, comme si seul l’aspect financier avait eu de l’importance, non l’aspect humain – les morts étaient si loin.

En effet, dans ce roman, c’est véritablement l’aspect humain qui compte, pour donner vie à ceux qui ne sont plus, pour montrer ceux qui subissent l’insécurité permanente de ce pays – les attentats, on ne les compte quasiment plus. Et pourtant… comme partout, les hommes, les femmes, souffrent, endurent, et ne veulent pas se taire. Et pourtant, ils doivent toujours faire attention, y compris à ce qu’ils disent. C’est sans doute pour cette raison que, dans les dialogues, ce qui est sous-entendu est aussi important que ce qui est dit.

Les Sentiers obscurs de Karachi – un roman prenant sur des thèmes universels.

 

Blizzard de Marie Vingtras

édition de l’Olivier – 192 pages.

Présentation de l’éditeur :

Le blizzard fait rage en Alaska. Au coeur de la tempête, un jeune garçon disparaît. Il n’aura fallu que quelques secondes, le temps de refaire ses lacets, pour que Bess lâche la main de l’enfant et le perde de vue. Elle se lance à sa recherche, suivie de près par les rares habitants de ce bout du monde. Une course effrénée contre la mort s’engage alors, où la destinée de chacun, face aux éléments, se dévoile.
Avec ce huis clos en pleine nature, Marie Vingtras, d’une écriture incisive, s’attache à l’intimité de ses personnages et, tout en finesse, révèle les tourments de leur âme.

Mon avis : 

Ce livre m’a été offert par un ami, sinon, je ne sais pas si je serai allée spontanément vers lui, parce que je n’avais jamais entendu parler de lui. J’étais apparemment devant une histoire simple : un enfant lâche la main d’une femme alors que tous les deux sont partis se promener dans le blizzard. Les quatre hommes qui vivent dans ce trou perdu et glacé de l’Alaska vont tenter de les retrouver ou de le retrouver. Je fais très vite cette distinction, parce qu’il paraît évident que, pour certains hommes, la priorité est de retrouver le petit garçon, non la jeune femme. Pourquoi ? Parce qu’elle est une femme. Parce que, pour eux, cette femme n’aurait jamais dû venir ici, elle est une femme « de la ville » c’est à dire une femme qui ne sait pas rester à sa place de femme – dans la maison, pas dehors, discrète, silencieuse, bref invisible et inaudible.

Le seul qui veut vraiment les retrouver tous les deux, c’est Benedict. C’est lui qui a amené Bess ici, pour des raisons que nous découvrirons au fur et à mesure de la lecture, tout comme nous découvrirons, au fur et à mesure de la lecture, quels sont les liens entre eux. Peu de personnages sont présents dans ce coin de l’Alaska, et les absents, les morts sont tout aussi importants que ceux qui sont vivants, pour ne pas dire qu’ils le sont plus. Benedict, Bess, Freeman (un ancien militaire, le seul afro-américain du coin), tous les trois ont au moins une personne morte dont le souvenir ne les quittent pas – le souvenir, les remords, les regrets, la culpabilité.

L’autre thème fort est les relations parents/enfants, que nous découvrons à travers les pensées de Benedict, Bess et Freeman (encore une fois, un trio important, même si eux ignorent les liens qui les unissent tous les trois). Certains parents n’arrivent plus à l’être, d’autres ont rompu tout lien avec leurs parents, pour des raisons qui leur appartiennent et n’en sont pas moins légitimes. Il en est qui essaie de devenir parents, et ce n’est pas forcément facile, surtout quand l’enfant est déjà là et qu’il a besoin de vous. Il en est qui n’ont plus d’enfants, il n’en reste pas moins des parents, qui vivent avec cette douleur, qui se demandent aussi quand ils ont fait des erreurs, parce qu’ils vivent avec la douleur de survivre à son enfant.

Un livre dur ? Oui. Parce que les hommes sont durs, parce que la société est dure, parce que les personnes ayant des principes, des règles de vie, des valeurs, ne pensent pas nécessairement que les personnes qu’ils côtoient tous les jours ne partagent pas ses valeurs – ou font semblant, c’est tellement plus simple.

Pour terminer, une pensée émue pour Cordélia, charmante représentante de la race canine, à qui personne ou presque n’a pensé, et qui, pourtant, remplit parfaitement la mission qui est la sienne.