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La femme révélée de Gaëlle Nohant

édition Grasset – 384 pages

Présentation de l’éditeur :

Paris, 1950. Eliza Donneley se cache sous un nom d’emprunt dans un hôtel miteux. Elle a abandonné brusquement une vie dorée à Chicago, un mari fortuné et un enfant chéri, emportant quelques affaires, son Rolleiflex et la photo de son petit garçon. Pourquoi la jeune femme s’est-elle enfuie au risque de tout perdre ?
Vite dépouillée de toutes ressources, désorientée, seule dans une ville inconnue, Eliza devenue Violet doit se réinventer. Au fil des rencontres, elle trouve un job de garde d’enfants et part à la découverte d’un Paris où la grisaille de l’après-guerre s’éclaire d’un désir de vie retrouvé, au son des clubs de jazz de Saint-Germain-des-Prés. A travers l’objectif de son appareil photo, Violet apprivoise la ville, saisit l’humanité des humbles et des invisibles.
Dans cette vie précaire et encombrée de secrets, elle se découvre des forces et une liberté nouvelle, tisse des amitiés profondes et se laisse traverser par le souffle d’une passion amoureuse.
Mais comment vivre traquée, déchirée par le manque de son fils et la douleur de l’exil ? Comment apaiser les terreurs qui l’ont poussée à fuir son pays et les siens ? Et comment, surtout, se pardonner d’être partie ?

Merci aux éditions Grasset et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Il est plus difficile pour moi de rédiger un avis en ce moment qu’en temps « ordinaire » – et j’espère que ce que nous vivons actuellement ne deviendra pas notre ordinaire dans les années à venir.

Et pourtant… La femme révélée est un portrait passionnant, un portrait de femmes, mais aussi un portrait passionnant de la France et de l’Amérique. Portrait de femme, d’abord, parce que j’ai senti, véritablement, Violet vivante sous la plume de Gaëlle Nohant, être humain de chair et de sang, et non être de papier. Violet est vivante, et Eliza ne l’était plus. Au fur et à mesure de son parcours parisien, nous voyons Violet s’affirmer – en tant que femme, en tant que photographe – et nous découvrons le passé d’Eliza. L’enfant, la jeune fille qui admire son père et ses combats, l’adolescente orpheline, dont la mère ne pense qu’au mariage – parce que c’est le sort de quasiment toutes les jeunes filles de la bonne société, trouver un mari riche, bien placé dans la société, et surtout, surtout, ne rien voir, ne rien savoir de cette société.

Pourtant, la société américaine entre violemment dans la vie d’Eliza, et elle commence à ouvrir les yeux. Elle ne cessera désormais plus de regarder, de vouloir dénoncer aussi, par les images. Ce n’est pas sans danger. Tout au long du roman, de l’Amérique à la France, nous découvrons la face cachée de l’Amérique, la face ignorée, et son racisme parfaitement assumé, même dans ces grandes villes du Nord qui se targuent d’être plus tolérantes. J’ai pensé à l’oeuvre de James Baldwin en lisant certaines pages, et j’ai aimé qu’il soit fait allusion à cet auteur si inspirant.

Le livre nous mène d’une guerre à l’autre, la Seconde guerre mondiale, qui a vu le mari d’Eliza changer, la guerre du Vietnam, qui ré-unira Violet et son fils. Les violences sont partout, dirigées contre les plus faibles, ceux qui n’ont pas de voix pour se faire entendre. Angoissant ? Oui, un peu, sachant que certaines situations semblent traverser le temps.

Une lecture que je n’aurai pas pensé apprécier, à cause du postulat de départ – et pourtant, si.

Survivre de Vincent Hauuy

Présentation de l’éditeur :

2035. La Terre est en sursis : les catastrophes climatiques se multiplient, les sociétés sont en ébullition et les réserves d’eau potable se raréfient. Le survivalisme prend de l’ampleur. Survivre devient à la fois un défi et une obsession. C’est aussi le thème et le nom du grand jeu télévisé que lance le milliardaire Alejandro Perez, magnat des intelligences artificielles.

Dans l’énorme complexe construit ad hoc dans l’Idaho, le lancement de Survivre s’annonce spectaculaire. Mais lorsqu’un agent de la DGSE infiltré dans l’organisation de Perez disparaît, son frère, l’ex-journaliste Florian Starck, se décide à intégrer l’émission.

Livre que je n’aurai pas lu sans le confinement.
Merci à Netgalley et aux éditions Hugo Thriller pour ce partenariat.

Mon avis :

Cela pourrait presque être demain, d’ailleurs c’est demain que l’action se passe : qu’est-ce que quinze ans au regard de l’humanité ? Voici quinze ans, nous nous disions que la canicule avait eu lieu deux ans plus tôt. Nous ne pensions pas être confinés quinze ans plus tard – et l’auteur n’aurait sans doute pas pensé que son livre sortirait dans une telle claustration.
Nous suivons Florian Starck, ou plutôt, nous découvrons le monde tel qu’il est en 2035 avec Florian. Il a été un journaliste particulièrement brillant. Il dénonçait, déjà, les risques que courait la Terre, il parcourait le monde pour le faire. Le drame est survenu : sa femme et sa fille sont mortes au cours de la première grande catastrophe naturelle de ce siècle. Il y en aurait d’autres après. Depuis leurs morts, Florian accomplit ce qui étaient leurs rêves : vivre de manière autonome, seul. Non loin, une communauté s’est installée. Alors non, ce n’est pas idyllique : les réfugiés climatiques sont nombreux, dérangent (comme les réfugiés actuels me direz-vous), les violences sont le quotidien, les tempêtes et autres tornades sont extrêmement fréquentes. Et c’est au milieu d’une situation tout sauf réjouissante – les pillards pillent et saccagent, quand ils ne tuent pas ceux qui leur résistent ou, plus simplement, tuent pour faire un exemple – que Florian est sollicité par sa soeur Claire : leur frère Pierrick, plus sauvage encore que Florian, a disparu. Aussi, Florian se doit d’accepter le poste de coach dans une émission de télé-réalité nommée tout simplement Survivre, et entraîner une candidate, Zoé, dont il ne comprend pas trop la présence dans ce type d’émission : elle ne correspond pas aux critères que l’on est habitué à avoir.
Nous sommes en terrain connu, puisque les gentils téléspectateurs actuels se délectent de ce type d’émission, tout en sachant fort bien que les non moins gentils participants ne risquent pas grand chose – avec tout le staff technique qui les entoure. On ne laissera pas mourir un candidat, qu’on se le dise ! Là, les enjeux sont moins limpides, surtout que c’est un magnat des intelligences artificielles qui est au commande. Que cache donc réellement ce programme ? Et qu’est devenu le frère de Florian ? Pierrick est un agent de la DGSE infiltré, homosexuel et fiancé à un autre journaliste – son homosexualité ne semble poser de problèmes à personne. Tout au long de ce récit, il sera caractérisé de manière indirecte, voire même en creux, parce que jusqu’à la fin, on aura des doutes sur ses véritables motivations, sur son caractère. D’ailleurs, on ne saura la finalité de ce qui était en jeu qu’à la fin – et ce n’est foncièrement pas optimiste. Peut-on l’être quand on voit que personne ne se bouge ? Qu’il est trop tard ou presque ?
On ne croise pas vraiment des personnes qui distillent l’espoir, plutôt des personnes qui vivent de leur mieux dans cette situation, sans excès de confort – comme cette charmante famille que Florian croisera dans l’Idaho, prenant bien soin de leur chien robot. Il en est d’autres qui ne sont pas prêts du tout à renoncer à leur relatif confort – tant qu’ils n’y sont pas forcés, pourquoi le feraient-ils ? Fermer les yeux, s’accommoder, y compris quand les conflits éclatent continuellement, de groupe en groupe ou de pays à pays, que l’on s’adapte – tant que l’on a, finalement, un certain confort.
L’adaptation, jusqu’à quand ? Difficile à dire. Certains ont déjà la réponse dans cette intrigue, et la gardent pour eux. Je le ferai aussi, bien entendu. L’épilogue laisse quelques questions ouvertes, à nous d’imaginer peut-être la suite.
Je ne pouvais terminer cet avis sans parler de Sandra, la fille défunte de Florian. Plus que son oncle, plus que d’autres personnages, elle est véritablement vivante, puisqu’elle parle avec son père, le conseillant, l’avertissant. Chaque lecteur est libre d’interprêter cette voix comme il l’entend, conscience de Florian, reflet de ses peurs, de ses remords, ou véritable intervention apportant une touche fantastique au récit. Je n’ai pas réussi à parler d’elle à travers ma critique, peut-être parce qu’elle est le personnage le plus prenant de ce récit.

Oh happy day de Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat

Présentation de l’éditeur :

Après quatre ans de silence, Pierre-Marie se décide à envoyer un mail à Adeline au sujet d’un carnet noir qu’il aurait oublié et dans lequel il cherche à retrouver une petite phrase de trois lignes qui serait, dit-il, un excellent début de roman. Prétexte évidemment pour reprendre contact après une longue période passée prostré après son « grand malheur » comme il l’appelle. Mais Adeline a bien d’autres projets que de chercher ce carnet. Sa vie est à un tournant puisqu’elle est à quelques semaines de déménager à Toronto avec le nouvel homme qui partage sa vie. Pourtant la correspondance finit par prendre de l’ampleur, entraînant les deux personnages dans un tourbillon inattendu.

Merci à Netgalley et à Fleuve édition pour cette belle découverte en temps de confinement.

Mon avis :

J’ai l’impression que tout avis sur ce livre que je pourrai écrire serait fortement réducteur. Mais tant pis ! Il est tellement de richesse dans ce livre, tellement à lire, tellement à explorer.
Déjà, c’est un roman épistolaire moderne, mais pas que : les deux protagonistes, Pierre-Marie et Adeline échangent des emails, certains personnages secondaires aussi, mais attention, des emails construits, développés, ils en ont à dire, à se dire, pour rattraper quatre années de silence. Les emails, d’ailleurs, ne constituent pas seuls le roman, il contient des parties narratives plus classiques qui contribuent à la progression de l’action, et introduisent un autre point de vue sur le récit.
Pierre-Marie et Adeline sont les héros d’un précédent volume, Et je danse, que je n’ai pas lu, parce que j’ai découvert son existence en progressant dans ma lecture. Sa lecture aurait-elle changé quelque chose ? Je ne sais pas, mais j’ai fortement apprécié ce roman !
Pierre-Marie, Adeline. Pierre-Marie a fait une énorme erreur en quittant Adeline. La vie a continué pour elle, et elle a construit « quelque chose » de son côté. Pierre-Marie a lui vécu un « grand malheur » qui en est vraiment un, malheureusement. Il se relève à peine de ce qu’il a vécu, et c’est là qu’il recontacte Adeline, pour un prétexte futile. Tout est bon, après tout, pour renouer le fil de leurs échanges.
Et il est renoué. Nous avons même les brouillons des mails non envoyés – parce qu’ils n’existent pas de touche « oups » pour ramener au bercail un mail parti trop tôt, sans que l’on ait bien réfléchi à son propos. L’intrigue ne traîne pas, et si nous en savons plus, parfois, que l’autre personnage, il finira par être au courant aussi – les non-dits, les secrets, ne sont bons pour personne.
Livre avec vampires aussi, un vrai, celui qui vous ôte toute votre énergie, toute votre volonté, qui vous prive de votre force vitale bien plus qu’une maladie – alors si la maladie devait se trouver là, n’en parlons pas. Il est des personnes qui irradient, qui apportent du bonheur autour d’eux, qui aident à voir claire, à chercher ce qui est bien. Il en est d’autres qui sont d’autant plus effrayants qu’ils me questionnent : sont-ils conscients que tout ce qu’ils font n’est pas normal ? Oui, sans doute : pour manipuler, pour enfoncer, pour souffler le chaud et le froid à ce point, il faut véritablement savoir ce que l’on fait.
Et l’écriture ? Pierre-Marie est un écrivain qui n’écrit plus, qui ne parvient plus à écrire, et à qui son éditeur a une forte envie de botter les fesses. En quoi la vie et l’écriture s’imbrique-t-elle ? Le récit montre que l’écriture, la vraie, n’est pas la transposition du réel, mais sa réinvention. A méditer.

Amitié Amoureuse par Hermine O.L. du Nouÿ

L’appel des loups, tome 1 : L’ombre du grizzly de Pascal Brissy

Présentation de l’éditeur :

Traqueur est considéré comme le plus fin chasseur de son clan. Aussi, lorsque l’un des loups est-il porté disparu, c’est lui qui se met en quête de son frère de meute. Rapidement, il retrouve sa trace mais aussi celle d’un grizzly ! Traqueur parviendra-t-il à sauver son ami des griffes de l’ours ?

Mon avis : 

Je me demande encore comment j’ai hérité d’un frère pareil !

Faites un sondage : nombreuses seront les filles qui pourraient dire cette phrase. Si elles ont un frère jumeau, on atteint presque le 100 %. Cendre a beau être une louve, elle est la première à reconnaître que son frère Demi-Queue a le don pour se mettre dans des situations invraisemblables. Et là, il a disparu ! C’est Traqueur, le plus fin limier (oui, j’emploie cette expression canine) qui est chargé de le retrouver, et il le fera.

Nous suivons la piste des animaux qui parlent, mais qui se comportent comme des animaux et ne peuvent communiquer avec d’autres espèces (sans vouloir trop dévoiler de la cause de la disparition de Demi-Queue). Il est question de nourriture, de territoires, de lutte pour conserver son territoire, ou même d’infractions en ce qui concerne les territoires de chaque meute. Ce roman devrait plaire aux jeunes lecteurs, il n’a pas de difficultés de lecture particulière, les actions s’enchaînent sans temps morts. Les personnages sont attachants, que ce soit Traqueur ou Cendre. Je n’ai garde d’oublier Grisepatte, le chef de meute, qui lui aussi a fort à faire pour prendre soin des siens.

Un livre bien écrit, bien construire, que demander de plus ? Si : je lirai prochainement les tomes suivants.

Freeman de Roy Braverman

Présentation de l’éditeur :

Patterson, en Louisiane.

Deux millions de dollars disparaissent. Pendant un ouragan d’une rare violence. Dans la maison du boss de la mafia locale.

La traque commence. Elle va faire se croiser et s’affronter un « parrain » amateur de cocktails, un fabuleux tandem de flics que tout oppose mais dont chacun poursuit une quête personnelle, une serveuse qui aime trop l’un des deux flics, le FBI, Freeman et sa fille Louise (celle-là même qui avait été retenue prisonnière quatorze ans dans un trou perdu des Appalaches dans Hunter), un collecteur de dettes arménien, et tout ce que La Nouvelle-Orléans compte de faune interlope, d’indics et de petites frappes…

Cela pourrait être le début de beaucoup de polars. Sauf que c’est au coeur du bayou, et que c’est Roy Braverman qui est aux manettes. Et que la traque va être bercée par le rythme envoûtant de la zydeco, imprégnée des senteurs de la cuisine cajun, caressée par les parfums sensuels de la flore de Louisiane, et rendue plus haletante encore par la menace des crocs acérés des alligators…

Merci à Netgalley et aux éditions Hugo Thriller pour ce partenariat.

Mon avis : 

Poisseux, violent, mouvementé, toujours.

Nous sommes en Louisiane, nous sommes en plein ouragan, et même si ce n’est pas Katrina, le poids de Katrina est toujours là – parce que les souvenirs sont intacts, vivaces, parce que la ville n’a pas été reconstruite comme il aurait fallu, parce que les maisons ne sont toujours pas faites pour résister à une telle violence. Et c’est ce moment que choisit un homme pour cambrioler la maison d’un parrain local, suscitant l’admiration du seul témoin de la scène, qui se gardera bien de divulguer quoi que ce soit. Parce qu’il en a fallu du courage, pour affronter la tempête et la future colère du mafieux local, surprotégé à force d’arroser tout le monde.

Ah, c’est dommage, il paraît justement que le FBI allait le faire tomber. Personne ne verse des larmes de crocodiles sur cette opération merveilleuse – comme si c’était possible de parvenir à le faire tomber.

Alors oui, nous sommes dans le sordide, parfois, souvent. Pas tant la manière dont cet homme se débarrasse de ses ennemis ou de ceux qu’ils croient tels, non – à force de jouer avec le feu, on se brûle, c’est bien connu. Non, je pense plutôt à cette violence quotidienne, à celles et ceux qui se croient tout permis, parce qu’ils ont l’argent et avec lui le pouvoir. Pire encore : l’indifférence. Qu’ils n’en aient rien à faire des autres, on s’en doutait déjà. Qu’ils n’en aient rien à faire d’eux-mêmes, êtres humains réifiés par leur propre soin, c’est presque nouveau pour moi, mais pas si étonnant. La notion de justice ? Avec un bon avocat, un bon juge, un bon dossier, on fait ce qu’on veut devant un tribunal – alors la justice, ce n’est plus un concept, ce n’est même plus un mot, c’est une succession de syllabe dont le sens leur échappe complètement. A quoi bon un procès d’ailleurs, quand certains jeunes pensent que les réseaux sociaux sont un tribunal bien suffisant ? Ce n’est pas seulement dans les livres que ces dérives sont constatés, ouvrez le moindre réseau social, et vous vous rendrez compte à quel point c’est juste, tous les jours ou presque.

Freeman, vous le connaissez peut-être si, contrairement à moi, vous avez lu les autres romans de Roy Braverman : ce n’est pas quelqu’un qui lâche prise, lui qui a mis quatorze ans à retrouver sa fille Louise. Il est là, dans l’intrigue, pas le personnage principal, mais un personnage secondaire sur lequel on peut compter. Un personnage secondaire toujours inquiet aussi, parce que la vie, pour Louise, n’a pas repris là où elle s’était arrêtée, elle doit vivre avec ce qu’elle a vécu, et vivre maintenant comme elle l’entend, même si cela n’ôte absolument pas son père son inquiétude constante : on craint de perdre ce que l’on a déjà perdu. Aussi, il comprend l’obsession d’Howard, policier qui cherche son petit frère Tyler depuis un an, lui dont la disparition a été plutôt considérée comme une fugue – ce qui permet de ne surtout pas enquêter sérieusement. De l’autre côté, nous avons Beauregard, le co-équipier d’Howard – trois ans qu’ils font équipe, trois ans qu’ils ne savent rien l’un de l’autre. Dommage ? Non, chacun a ses raisons, ce qui ne les empêche pas de travailler l’un à côté de l’autre, mais pas l’un avec l’autre : tous les deux ont cependant la même énergie, et l’amour des leurs les motive pour ne pas négliger leur vie personnelle. Sachons toutefois que les enquêtes contenues dans Freeman sont tout sauf claires, limpides et ordonnées, plutôt : la police contre la police, le FBI, les trafiquants, et autres joyeusetés.

Bref, ce n’est pas une enquête reposante, ce n’est pas une enquête pendant laquelle on peut avoir des certitudes : tout peut arriver, tout le monde peut trahir, ou au contraire venir en aide de manière inattendue. L’on y croise aussi des personnages totalement improbables, comme Emma, qui ne fait que quelques apparitions, mais quelles apparitions ! Je n’ai garde d’oublier non plus l’ambiance dans laquelle baigne ce roman. Nous sommes véritablement en Louisiane, avec ses odeurs, ses sonorités, ses couleurs, sa vie en quelque sorte, dont la mort n’est jamais loin.

Un roman prenant et réussi – avec une pointe d’apaisement à la fin.

Souffler n’est pas jouer de Michel Boujut

édition Rivages/noir – 152 pages

Présentation de l’éditeur :

Eté 1934. Après une tournée harassante, Louis Armstrong coule des jours tranquilles à Bougival avec sa smala, dans une villa mise à sa disposition par la pétulante Bricktop, reine des nuits de Pigalle. Le géant du jazz vient de couper les ponts avec son imprésario mafieux qui ne l’entend pas de cette oreille et lance à ses trousses deux malfrats newyorkais, Lepinski et Di Maggio. A peine débarqués au Havre, ceux-ci ne vont pas tarder à semer les cadavres derrière eux, au fil d’une grande vadrouille qui les mènera de Paris aux rives du Léman.

Mon avis :

Je n’aime pas rédiger des avis en forme de constat d’échec. Et pourtant…. J’ai lu ce livre d’une traite, entourée par Annunziata, Rossignol et Duchesse, et là, c’est un point très positif. En revanche, le fait que je n’ai pas apprécié ce livre n’en est pas un.

Oui, nous sommes en France, oui, nous nous promenons entre Le Havre et Bougival, et quelques villages aussi. Des noms, mais pas tant de ressenti que cela qui permettent de reconnaître véritablement les villes où se passe l’action : on y passe sans s’y arrêter, sans voir véritablement leurs spécificités. Un roman très court, mais beaucoup de meurtres « pour rien », gratuits comme l’on dit – mais la mort, la violence sont-elles aussi gratuites que certains veulent bien le laisser entendre ? Alors oui, l’on peut se concentrer sur le parcours des deux tueurs opportunistes, qui ne voient dans la mort qu’un moyen de se débarrasser d’un ou de plusieurs problèmes, après avoir cédé à leurs pulsions ou avoir dégagé la route pour leur étape suivante. On ne pense pas assez à ceux qu’ils laissent derrière eux, qui ne sont que brièvement évoqués. Un peu comme leur patron qui cède lui aussi, de son côté, à la tentation du meurtre – non, parce que Louis Armstrong, il suffisait simplement de l’intimider, au départ, pas de semer des cadavres sans rapport avec lui. Armstrong : je l’avais presque oublié à la lecture ! Il faut dire qu’il joue peu, le pauvre, il est souffrant, mais bien accompagné par un garde du corps efficace et dévoué, sans oublier un petit chien charmant.

Nous verrons dans ce roman beaucoup de figurants célèbres, telle Joséphine Baker (celle que l’on verra le plus) ou Robert Desnos. Hélas, ce ne sont que des figurants, et même le jazz passe souvent à l’arrière-plan, a contrario de la vie sentimentale agitée d’Armstrong.
Bref, si vous souhaitez découvrir un roman qui parle de jazz, préférez plutôt un autre roman.