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Mental – Mélodie à l’origine de Marine Maugrain-Legagneur

Présentation de l’éditeur :

Lorsque son père disparaît dans un accident de voiture et que sa mère sombre dans une profonde dépression, Kenza, quinze ans, doit s’occuper seule de sa petite sœur. Elle jongle tant bien que mal entre l’école d’Assia, le lycée et la tenue de la maison. Quand sa mère est conduite à l’hôpital, Kenza en est persuadée : on va la séparer de sa sœur et les placer dans un foyer. Et ça, il n’en est pas question.

Merci aux éditions Rageot et à Netgalley pour leur confiance.

Mon avis :

Pour commencer, je donne ce simple avertissement : je ne connais pas la série Mental, je ne l’ai jamais vue, et je n’ai pas eu la curiosité de faire des recherches à son sujet. Quelqu’un qui l’aura vue aura sans doute un ressenti différent du mien. Peu m’importe : c’est l’objet littéraire qui m’intéresse. Et bien sang, qu’est-ce que j’ai pu rire en lisant ce roman tragique. Non pas d’un rire involontaire, d’un rire franc, large, massif, devant la langue vivante, riche, radieuse employée et déployée par Kenza pour nous raconter ce qu’elle vit.

Se laisser abattre ? Pas question. Elle fait avec. Le regard des autres ? Elle s’en fout totalement. Elle n’a pas le temps. Il lui faut s’occuper de sa petite soeur de cinq ans, Assia, accro depuis peu au lait grenadine, il faut l’emmener à l’école, la rechercher, accessoirement, aller au lycée, étudier. Elle doit faire sans, par contre, sans sa mère qui sombre peu à peu depuis huit mois, depuis la tragédie, mère qui ne parvient plus à faire face, à émerger.

Cela aurait presque pu durer longtemps, jusqu’à cette péripétie majeure qui amène Kenza – encore – à repenser totalement, follement son quotidien. le lecteur avec elle quitte l’univers qui était le sien et celui d’Assia pour partir sur les routes, en un road trip fait de rencontres improbables et parfois hautement flippantes, il faut bien le dire – oui, le langage colorée et inventif de Kenza déteint sur l’écriture de cette chronique.

Alors oui, j’ai été bluffée par le récit, par le ton de Kenza et par le dénouement, que je n’ai pas vu venir (mais peut-être ceux qui suivent la série l’auront vu…). Ce roman est la preuve qu’avec des sujets lourds, graves, ce genre de sujets qui font faire grise mine à certains en disant « non, je ne lirai pas un livre qui parle de ça« , l’on peut écrire un roman débordant d’énergie, qui m’a emmené avec lui tout au long de ses 256 pages.

Le maitre de cérémonie d’Hervé Mestron

Présentation de l’éditeur :

Ziz, le Gandhi de la Kalach, débute en bas de l’échelle aux pompes funèbres Santini. Il se hisse rapidement au poste convoité de maître de cérémonie. Là où ça se passe. Là où, d’un regard compatissant, il peut remonter le moral des pleureuses. Aux côtés de Nadège qui cajole ses ambitions, notre Rastignac veut aller encore plus haut mais se fait renvoyer de son job. Ziz a la rage et décide de se perfectionner au stand de tir.
Ca va faire mal.

Merci aux éditions Atelier In8 pour l’envoi de ce livre.

Mon avis :

Ziz est de retour, voici le troisième volet de ses aventures. Cela fait toujours plaisir de voir quelqu’un qui a eu un parcours si complexe, qui a tant trébuché dans son chemin de vie réussir à se réinsérer dans la société. Certes, le travail qu’il effectue n’est pas le travail le plus convoité de tous, puisqu’il travaille dans les pompes funèbres. Pourtant, tel un Rastignac du XXIe siècle, Ziz est près à tous les efforts, tous les sacrifices pour gravir peu à peu les échelons de l’entreprise. Il ne ménage pas sa peine.

Ecrit ainsi, cela semble presque idyllique, non ? Bien sûr, il n’en est rien. Nous découvrons tout le récit à travers les yeux de Ziz, et quand il se confronte aux regards des autres, cela pourrait presque faire mal à son égo. Presque. Ziz en a vu d’autres, Ziz sait réellement ce qu’il veut, il sait aussi se retourner quand il est remercié, trouver un autre travail si besoin, travail dont je me demande toujours quelle filière il faut suivre pour y parvenir (non, je ne dirai pas lequel), un travail pour lequel les clients, étonnamment, ne manque pas, teintant encore plus en noir le récit que nous avons entre les mains. Ce travail n’est pas sans engendrer une certaine lassitude, comme tous les métiers, et Ziz craint de perdre la main. Oui, la vie est dure quand on sort du rang. Mais ses efforts le font à nouveau remarqué par monsieur Santini, oui, celui-là même qui l’avait remercié. Il est des petites entreprises qui ne connaissent jamais la crise.

Noir, cynique, drôle, le maître de cérémonie nous amène à nous interroger sur notre société, sur notre rapport à la mort et à la vie, sur le fait que, pour certains, la fin de vie est déjà une mort vécue, sur le fait, aussi, parce que les deux interprétations sont possibles, ce qui fait la richesse du récit, que certains humains ne sont plus, pour leur entourage, que des objets encombrants dont on peut se débarrasser facilement. Il nous interroge, et c’est le propre d’un livre intéressant de nous interroger, sur les casseroles que l’on traine avec soi, comment faire avec – ou s’en débarrasser.

Le livre mesure 80 pages, ce n’est pas un fait essentiel, ce qui l’est c’est sa force, et l’impact qu’il peut avoir sur nous, lecteurs.

Claudine à l’école de Willy et Colette

édition Le livre de poche – 252 pages.

Présentation de l’éditeur :

« Ces quatre-là et moi, nous formons cette année la pléiade enviée, désormais au-dessus des « grandes », qui aspirons au brevet élémentaire. » Avec Claudine, quinze ans, intelligente, séduisante, très avertie, ses camarades, la flamboyante directrice de l’école et sa jolie adjointe, les deux instituteurs des garçons et quelques autres, nous allons vivre une année scolaire peu banale… Rempli de vie et de sensualité, Claudine à l’école, premier roman de Colette, réunit déjà toutes les qualités qui assureront l’immense succès du grand écrivain.

Mon avis :

Il est toujours drôle, intéressant, comme vous voulez, de lire à l’âge adulte un livre que l’on a lu, relu, et re-relu étant enfant. J’aimais beaucoup lire les romans de Colette quand j’étais jeune, j’en ai tellement lu que j’ai un peu délaissé cette autrice à l’âge adulte parce qu’elle ne correspondait plus à ce que j’aimais le plus. Développement de l’esprit critique ? Peut-être.

Comment suis-je retournée vers Colette ? Par le biais du challenge solidaire sur Babelio. Alors, autant retourner aux sources, et lire le tout premier roman de Colette, soi-disant co-écrit avec Willy, son mari. En lisant la première page, je me suis rendue compte qu’il s’agissait d’un texte donné lors du brevet voici pas si longtemps que cela, texte donné comme autobiographique, texte, je m’en aperçois maintenant, particulièrement ardu pour les adolescents et les lecteurs d’aujourd’hui.

Claudine, c’est un peu le personnage de l’ado surdouée, même si l’adolescence n’existait pas proprement dit à cette époque. Si je me replace dans le contexte, elle et ses amies ont la chance d’être encore scolarisées, de préparer  un diplôme, puis, peut-être après, de devenir institutrice ou « sous-maitresse ».

L’éducation nationale avait-elle déjà des soucis à l’époque ? En tout cas, l’ancienne directrice est remplacée par une femme plus jeune, protégée par un des hommes politiques du coin, qui n’aime rien tant qu’inspecter l’école, surtout la classe des « grandes ». Si l’on écoute les discours d’aujourd’hui (j’ai quelques noms en tête), on expliquera qu’avoir quinze ans à l’époque, ce n’est pas pareil que maintenant. Lapalissade. Eh oui, à l’époque, à quinze ans, on mariait les filles, on ne leur demandait pas leur avis, ou au contraire on attendait pour les marier, parce qu’il n’était pas question de perdre un salaire (voir La place d’Annie Ernaux). Oui, à l’époque aussi, les hommes pouvait avoir des comportements déplacés envers des jeunes filles, mais unir une toute jeune femme avec un quadragénaire ne dérangeait pas tant que cela – voir le propre mariage de Colette.

Ce sont aussi des histoires en filles, entre jeunes filles, entre jeunes femmes et jeunes filles – on dirait que je déroule un catalogue complet. Est-ce que cela choquait, alors que l’homosexualité, tant masculine que féminine, était assez fréquente dans les milieux littéraires français ? Pas tant que cela. Pas suffisamment pour être censuré, suffisamment pour émoustiller. Il est bon de voir des amours véritables. Même si elles n’ont pas forcément de fin heureuse.

Premier tome des Claudine, premier roman aussi, dans cette Bourgogne loin de Paris, cette Bourgogne où l’héroïne est élevée par un père seul, fille unique et heureuse. Je regrette presque, pour me souvenir de la suite, de ne pas avoir retrouvé après l’ensemble des personnages présents dans ce tome, ou du moins les plus marquantes, comme Anaïs et Marie. Enfants, elles ont grandi ensemble, adultes, elles ont pris des voies différentes.

 

Dragons et mécanismes d’Adrien Tomas

édition Rageot – 640 pages

Présentation de l’éditeur :

Dague est voleur et espion. Il vit de cambriolages et de petits larcins. Alors qu’il est en mission de surveillance, il assiste à l’agression de Mira, une étrangère qui a fui son pays suite à un coup d’Etat. L’adolescente est archiduchesse, poursuivie par un tyran qui veut l’épouser et s’accaparer ses talents. Car elle fait partie des mécanomages, des sorciers capables de combiner leurs pouvoirs à de savants montages d’ingéniérie mécanique. En sauvant Mira, Dague est blessé, et les deux jeunes gens sont d’abord contraints de se cacher. Mais l’aristocrate est déterminée. Pour échapper à son ennemi et – accessoirement – tenter de récupérer le trône d’Asthénocle auquel elle peut prétendre, elle est résolue à s’enfoncer au cœur de la jungle. Un territoire hostile, quasi inexploré, et peuplé de dragons sanguinaires.

Mon avis :

Gagnez un temps précieux, ne lisez pas mon avis, lisez Dragons et mécanismes.
Si ce roman se déroule dans le même univers qu’Engrenages et sortilèges (lu trois fois, autant dire que je maîtrise le sujet), il n’est pas utile de l’avoir lu pour apprécier Dragons et mécanismes.
De quoi parle ce roman ? Il parle de complots, de trahison, de la capacité à s’adapter quelle que soit la situation. Oui, que l’on soit un voleur, un espion ou que l’on soit l’héritière déchue d’un trône, il faut toujours être sur le qui-vive, parce que ce qui vous attend, ce qui vous arrive, n’est pas du tout ce que l’un ou ce que l’autre avait prévu, que ce soit à court ou à long terme. Pour parler en des termes plus littéraires, les rebondissements et les péripéties sont nombreux, et emmènent le lecteur dans une intrigue inattendue. Attention ! Ne confondons pas « s’adapter » et « renoncer à ses principes », ou pour faire court, Mira et Dague chercheront toujours tous les moyens pour combattre Arlov, celui qui a renversé les parents de Mira. D’autres seront amener à les remettre en cause, leurs principes, leur règle, leur loi : faut-il vraiment obéir à son chef si celui-ci ressemble énormément à un tyran ?
Mes personnages préférés ? Kimba et Cuthbert, forcément. L’un comme l’autre ne manient pas la langue de bois et font preuve de beaucoup d’humour. Ni l’un ni l’autre n’ont pris les chemins que l’on attendait d’eux – si tant est que la mère de Cuthbert attendait quoi que ce soit de lui, ou que quiconque ait réussi à influencer Kimba. Etre un fantôme et élever un gosse aussi imprévisible que dague, c’est compliqué. Quant à Cuthbert, c’est un dragon – petit, certes, mais un dragon quand même !
Une citation, pour la route :
– Aucune idée, soupira Shumbi. Pourquoi quiconque voudrait libérer la plus dangereuse créature du monde après des millénaires d’enfermement ? A moins d’être à la recherche d’un suicide particulièrement destructeur et spectaculaire et d’emmener la planète entière dans sa chute…

Le bazar du zèbre à pois par Raphaëlle Giordano

Présentation de l’éditeur :

Basile, inventeur, agitateur de neurones au génie décalé, nous embarque dans un univers poético-artistique qui chatouille l’esprit et le sort des chemins étriqués du conformisme. De retour à Mont-Venus, il décide d’ouvrir un commerce du troisième type : une boutique d’objets provocateurs. D’émotions, de sensations, de réflexion. Une boutique « comportementaliste », des créations qui titillent l’imagination, la créativité, et poussent l’esprit à s’éveiller à un mode de pensée plus audacieux ! Le nom de ce lieu pas comme les autres ? Le Bazar du zèbre à pois.

Merci aux éditions Plon et à netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Je n’ai jamais lu cette autrice avant de découvrir cette ouvrage. Je ne la connaissais que de nom, connaissais aussi le titre de ses précédents ouvrages mais n’en ai jamais ouvert un, ni même lu les avis sur ceux-ci, paradoxe d’une personne qui rédige des avis et ne lit pas forcément ceux qui concernent des livres qu’elle n’a pas envie de lire dans l’immédiat.
Le bazar du zèbre à pois, c’est le titre du roman et c’est aussi le titre de la boutique ouverte par Basile, enfant de retour au pays natal, si j’ose dire. Il est inventeur, et surtout, il veut bousculer les conventions avec ses « objets provocateurs ». En ce qui concerne la « provocation », cela dépend pour qui. Il ne s’agit de rien de gratuit ou pire, de trash, de cru ou de sanglant. Il s’agit de faire fonctionner les méninges et la créativité de celui ou celle qui rentre dans la boutique. Consommer et faire réfléchir – un paradoxe, là aussi. Le bazar ne cherche pas une consommation de masse, mais une consommation raisonnée pour ne pas dire économique et créative, quand Basile et son nouvel employé créent une machine à customiser. En revanche, il est des personnes qui seront provoquées, c’est certain, des personnes comme Louise. Etre à la tête d’une association citoyenne, c’est bien. Ne vouloir que des choses utiles, des actes utiles dans sa vie, c’est triste et réducteur. Je fais partie de ses personnes, comme Basile, qui pense que « travailler » et « souffrir » ne sont pas un couple obligatoire. Et pourtant ! J’en ai cotoyé, au début de ma carrière, des collègues qui parlaient de leur souffrance en préparant leur cour, de leur souffrance en cours, de leur boule au ventre avant de rentrer dans une salle de classe. Il a fallu plusieurs années pour rencontrer des collègues qui disent que certaines activités de notre métier sont moins agréables que d’autres, et qu’il en est de même pour tous les métiers. Ouf. Je me sens moins seule à ne pas souffrir.
Le bazar du zèbre à pois pourrait n’être qu’un feel good roman. Il nous interroge, pourtant, sur ce que nous voulons faire dans la vie, ce que nous voulons faire de notre vie. Doit-on forcément renoncer à ses rêves pour garder un travail alimentaire dans lequel on ne s’épanouit pas, au lieu d’en chercher un autre, moins gratifiant financièrement mais plus risqué, plus épanouissant ? Que signifie la réussite professionnelle, qui assure un bon train de vie, quand on n’en profite même pas, et quand on passe à côté de ses proches, ceux pour qui l’on prétend se tuer à la tâche ? Comment changer aussi le regarde de certains professeurs, qui mettent définitivement les élèves dans des cases, et ne font rien, ni dans leur travail, ni dans leur propre cheminement, pour les en sortir ? Ne parlons pas non plus de la fausse bienveillance, bien pire que la vraie indifférence, parce qu’elle donne bonne conscience.
Le bazar du zèbre à pois est un livre agréable à lire, avec un récit bien construit et bien rythmé. Mention spéciale pour les chapitres avec Opus comme narrateur, charmant teckel parfois dépassé par la situation.

Miranda de Philippe Cuisset

édition Kyklos – 189 pages.

Quatrième de couverture :

Bien que Miranda soit essentiellement une héroïne de papier ou l’ombre indécise de quelques souvenirs vagues, je l’ai croisée au cours de l’automne 2017 à Reims sur un camp de réfugiés et de demandeurs d’asile. Miranda n’est qu’une des innombrables figures de l’abandon qui s’échouent sur les plages, s’épuisent au pied de murs fraîchement érigés, disparaissent sur le fil ininterrompu de l’exil avant de mourir dans les mascarades savantes des études statistiques. M’est-elle apparue dès le début sous la forme d’un squelette ? Je l’ignore, mais il fallait bien que quelqu’un songe un jour à lui rendre un peu de sa chair.

Merci aux éditions Kyklo et au forum Partage-Lecture pour ce partenariat.

Mon avis :

Voir, se voir, nous voir, comme dans un miroir. Miranda, prénom d’une héroïne shakespearienne. Miranda, « merveilleuse » en latin. Miranda – ou l’histoire d’une femme seule, une femme comme il en est tant d’autres, de manière indénombrable, au Mexique ou ailleurs. Miranda, seule, prostituée, outil dans les mains d’un cartel, déversoir pour les hommes. Une pute, c’est « cadeau », comme le dira un membre du Cartel à son tueur.
Miranda, c’était d’abord une jeune fille qui rêvait d’un ailleurs meilleur, et qui est tombé dans les griffes d’un réseau de prostitution, proie facile, sans soutien, sans appui. Alors Miranda ne rêve plus, Miranda qui doit rapporter le plus possible à son souteneur, Miranda qui ne compte même plus ou presque plus le nombre de passe qu’elle effectue. Alors elle prie, elle prie la « Maigrelette », la « Santa Muerte » parce qu’elle n’a plus d’espoir en cette vie, parce qu’au Mexique, la violence est partout, à tous les coins de rue, parce que la police est corrompue et qu’il n’est de refuge nulle part.
Miranda est un roman noir, qui montre sans fard la prostitution, et démonte le mécanisme de la lutte anti-drogue – entre paraître et bonne conscience, pour mieux permettre à d’autres réseaux de prospérer. Miranda, roman en trois parties, tragédie en trois actes, qui lance la jeune femme sur les routes du Mexique pour s’extraire de cette guerre, comme si c’était possible. Routes cabossées, défoncées, loin des images touristiques du Mexique, routes qui emmènent peut-être vers une grande ville où Miranda et Manuela, troisième figure féminine du roman (la deuxième restant pour moi la Santa Muerte, omniprésente dans les pensées de Miranda), pourront peut-être se construire une autre vie. Peut-être.
Roman noir, disais-je, parce que les cartels ne laissent personne leur échapper, parce qu’ils ont leur tueur, dont Le Chien, qui sera chargée d’éliminer les deux femmes en fuite. Le Chien, pour montrer sa perte d’humanité, ou pour dire que, tel un chien de chasse, il traquera sa proie jusqu’au bout ? Les deux, peut-être.
Un épilogue heureux est-il possible pour Miranda ? Je l’espère.

 

Le festin des pierres de Françoise Le Mer

édition du Palémon – 286 pages.

Présentation de l’éditeur :

A l’aube d’un frileux matin de printemps, un cycliste habitant Carnoët, alors qu’il parcourt le site désert de la Vallée des Saints, aperçoit une forme étrange au pied d’un de ses géants de granite. Intrigué, il s’approche et découvre avec effroi qu’il s’agit du cadavre d’un homme entièrement nu, en position foetale.
Et ce mystérieux invité n’est pas le seul dans ce lieu emblématique… Deux autres dépouilles vont être retrouvées, dans les mêmes conditions ! Chargés de l’enquête, le commissaire Le Gwen et ses lieutenants Le Fur et Geoffroy apprennent très vite l’identité des trois victimes.
Celles-ci n’ont pas toutes disparu au même moment mais les voici étrangement réunies dans la mort ; de plus, chaque corps a été déposé au pied de son saint éponyme. S’agirait-il de crimes perpétrés au sein d’une secte ?
Lorsque Quentin Le Gwen connaîtra la vérité dans cette affaire où sorcellerie et irrationnel vont de pair, il aura bien du mal à y croire…

Mon avis :

Lu et énormément aimé, aussi ai-je tenu à garder cet avis pour l’ouverture du mois du polar.
Enfin « aimé », il serait plus juste de dire que cette lecture est pour moi un véritable coup de coeur.
J’avais déjà lu un roman basé sur la même thématique, et je ne l’ai jamais chroniqué – parce que je n’avais pas apprécié ce roman. Ici, c’est tout le contraire.
Trois personnes sont trouvées assassinées, leurs cadavres déposés au pied de statues de la Vallée des Saints. Bien que ces trois personnes aient disparu à des dates très différentes (quatre ans pour la plus ancienne), c’est ensemble que leurs corps furent retrouvés, par un cycliste passionné par le vélo, certes, mais soucieux de faire son devoir.
Le Gwen et Le Fur sont désignés pour cette enquête, bien qu’ils aient déjà deux autres affaires en cours, dont il sera question de loin en loin – oui, dans la « vraie vie » des policiers, il est rare qu’ils ne doivent enquêter que sur une seule affaire, si complexe fut-elle. Ils ont aussi la lourde tâche de prendre contact avec les proches des victimes, et c’est là que les deux enquêteurs commencent à aller d’étonnements en étonnements. En effet, les victimes ne laissent pas derrière elles des personnes hautement chagrinées. Pour deux d’entre elles, il est même évident que leurs conjoints respectifs les pensaient décédés, soit par une connaissance parfaite de leur moitié, soit par d’autres méthodes – et c’est là que le surnaturel entre en scène.
Que l’on y croit, que l’on soit septique ou que l’on récuse toute croyance au surnaturel, il est certain que les personnes que nous croiseront dans ce roman sont des personnes qui mettent leur don au service des autres – parce qu’ils ne veulent pas le perdre ! Le roman ne proposera pas d’explications, il montrera les personnages en action, à travers les yeux des enquêteurs qui, s’ils étaient dubitatifs, constatent la véracité des faits. Être une personne généreuse ne met pas à l’abri des problèmes, des tourments, de rencontrer l’indifférence d’autrui quand on n’abuse pas carrément de votre générosité. Je rappelle que la générosité n’est pas seulement lié à l’argent. On peut être généreux de son temps, de l’aide que l’on apporte,de sa présence, de son écoute.
Il est question aussi d’hérédité, de maternité, de jeunes femmes qui ne parviennent pas à avoir un enfant, de jeunes femmes à qui l’on reproche de trop, de mal s’occuper de votre enfant – quoi que fasse une mère, elle a toujours tort aux yeux de ceux qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas. Il est question de secret, de psychogénéalogie aussi. Parfois, ce que l’on ignore ne peut pas faire de mal. D’autres fois, la révélation du secret peut être dévastatrice, ou permettre enfin d’ouvrir les yeux sur ce qui (nous) entoure.
Le festin des pierres – un roman qui me prouve à nouveau que je suis une inconditionnelle des romans de Françoise Le Mer.

Tant qu’il le faudra de Cordélia

Présentation de l’éditeur :

Prudence est une jeune lesbienne dans le placard qui découvre la vie parisienne… David est un étudiant gay dont la vie tourne presque exclusivement autour de son engagement associatif et de son meilleur ami… Jade, militante féministe et anti-validisme, essaie de faire entendre sa voix sur les réseaux sociaux… Ina, déjà dans la vie active, doit jongler entre son travail, ses deux associations et ses activités d’autrice Wattpad… Ensemble et aux côtés de leurs amis, ils essaient, tant bien que mal, de s’entendre, pour publier HoMag, une revue LGBT+. Mais entre amour, études, travail et autres réalités du quotidien, la vie n’est pas toujours simple, pour celles et ceux qui ne rentrent pas dans le moule d’une société trop formatée. Suivez leurs vies, leurs errances, leurs luttes, durant toute une année scolaire, à travers un récit choral aussi ambitieux que stimulant.

Merci aux éditions Akata et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

J’essaie d’être brève : j’aurai aimé, étant adolescente, pouvoir lire des livres comme celui-ci, des livres qui montrent que les êtres sont divers, différents, qu’il n’y a pas un modèle à suivre absolument, que se « fondre dans le moule », que « faire comme le plus grand nombre » n’est pas une obligation. Être soi, c’est déjà assez compliqué comme cela. Hélas, ces livres n’existaient pas de mon temps. J’ai simplement eu la chance de naître dans une famille où ne pas être dans la norme était fréquent.
Prudence, David, Jade, Ina, Galahad, autant de prénoms, autant de personnages singuliers. Ce sont tous de jeunes adultes, ils sont tous différents. Leur point commun ? Ils sont engagés dans le milieu associatif, et s’investissent énormément pour publier HoMag, une revue LGBT. Nous les suivons, alternativement. Si Ina est déjà insérée dans la vie active, les autres sont encore étudiants. Cela ne rend pas leur vie facile pour autant, surtout s’ils n’osent parler à leurs parents, craignant leur réaction, se doutant que l’acceptation, ce n’est pas pour tout de suite, et c’est peut-être même pour jamais. Sans vouloir faire preuve de pessimisme, s’il est bon que de tels livres existent et même deviennent de plus en plus nombreux, c’est aussi parce qu’ils rappellent que notre société est loin d’être aussi ouverte et tolérante que certains veulent bien le penser. Mention pour ceux qui pensent que les LGBT+ ont réussi à avoir les mêmes droits que les hétéros. Si seulement c’était vrai ! J’ajoute que l’incompréhension peut aussi venir de militants homosexuels – la transphobie existe partout. Le fait que l’autrice en parle est intéressant, parce qu’elle a su créer des personnages qui sont loin d’être manichéens.
Moi qui, d’habitude, n’aime pas que les points de vue changent d’un chapitre à l’autre, cela ne m’a pas dérangé ici, j’ai trouvé que cela apportait vraiment de la richesse à la construction du récit.
Des regrets ? Oui. Depuis la sortie d’Alana et l’enfant vampire, j’espère vraiment le retour des salons du livre – pour des échanges « en vrai » avec l’autrice.

Qui a tué Louis Cadiou ? de Philippe Tranchart

édition Librinova – 238 pages.

Présentation de l’éditeur :

En octobre 1919, un procès d’assises bâclé a mis un point final à une affaire criminelle qui reste obscure. Dans les premiers jours de 1914, le patron d’une usine du Finistère travaillant pour le ministère de la Guerre disparaît. On a quelques raisons de penser qu’il a pris la fuite : Louis Cadiou faisait alors l’objet d’une enquête pour des malversations commises au détriment des poudreries nationales.
Mais un mois plus tard, on retrouve son cadavre dans des conditions rocambolesques. Le même jour, le directeur technique de l’usine est arrêté. L’affaire Cadiou a commencé, feuilleton échevelé aux rebondissements spectaculaires, peuplé de fous, de mythomanes, d’affairistes véreux et de politiciens corrompus, miné par la guerre des polices, et plombé par le souvenir tout récent de cuirassés qui explosent. Elle tiendra la Bretagne en haleine et quittera rarement la une de tous les journaux de France, avant que la Grande Guerre n’impose son actualité.

Mon avis :

Merci aux éditions Librinova et à Netgalley pour ce partenariat.
Je suis toujours admiratives des policiers, des juges, qui ont tout mis en oeuvre pour que la vérité éclate. Mais, parmi toutes les affaires criminelles qui ont passionné l’opinion publique, combien ne se sont jamais terminées ? C’est le cas de l’affaire Louis Cadiou, une affaire totalement oubliée de nos jours.
Dès que j’ai lu les dates auxquelles cette affaire avait débuté, je savais bien que d’autres assassinats viendraient faire sombrer celui-ci dans l’oubli. Je ne me doutais pas que l’affaire elle-même n’aboutirait jamais, au point que le procès semble une vaste mascarade.
L’enquête ? Une succession de bâton dans les roues mis par le procureur en personne. Entre mettre la pression sur le juge, gêner les policiers avec constance, cet ambitieux personnage s’est surpassé.
Je suis presque étonnée de l’exquise politesse de la justice. L’on tenait un coupable, Louis Pierre, ingénieur de son état. Il était donc inutile, totalement, de chercher quelqu’un d’autres, d’explorer les pistes qui pourtant, ne manquaient pas. Il ne fallait surtout pas déranger la famille, même si les allégations du frère de la victime était étonnantes, pour ne pas dire fantaisistes. Si un scénariste de séries télévisées écrivait de telles péripéties, ils feraient sourire. Dans la « vraie vie », personne ou presque n’a souligné l’invraisemblance de certains faits.
Le dossier aurait-il été trop sensible ? Avant le meurtre de Louis Cadiou, il y a eu des scandales liés à l’usine qu’il dirigeait. Oui, fabriquer de la poudre, livrer de la poudre défectueuse, avec des conséquences qui pouvaient être dramatiques, être une usine française fondée grâce à des capitaux allemands, rien de tout cela n’est anodin.
Je suis ressortie de cette lecture irritée par tout ce qui aurait pu être élucidée et ne l’a pas été. La vérité et la justice n’ont pas véritablement été servie. L’auteur n’y peut rien : les faits, relatés avec précisions, ne peuvent être changés.

Que Dieu lui pardonne de Laurent Malot

Présentation de l’éditeur :

Maya a dix-sept ans. Lorsqu’elle décide d’échapper à la violence de son père, elle trouve refuge à Fécamp, au pied des falaises. Elle se reconstruit et peut enfin se rêver un avenir : elle sera architecte.
Mais dans l’appartement mitoyen du sien, quatre enfants, de six à douze ans, sont la proie d’un homme tyrannique. Son combat, désormais, n’est plus seulement de sauver son âme, mais de les protéger.
Jamais elle n’aurait imaginé que les choses se passeraient ainsi. Elle va agir avec son cœur. Sans réfléchir. Que Dieu lui pardonne. Comme il pardonne aux lâches. Aux misérables.

Mon avis :

Livre tout sauf facile à lire. Livre dont j’ai tourné les pages très lentement, tant le sujet est éprouvant : la maltraitance, et le fait que trop de personnes ferment les yeux et se bouchent les oreilles face à elle. Les exemples ne manqueront pas dans ce récit, quand les personnes ne se cherchent pas des excuses, pour ne pas avoir agi, le bon vieux « on n’était pas sur » ou « cela ne nous regarde pas ».
Pourtant, l’auteur reste toujours sobre et juste dans son récit, sans pathos, sans misérabilisme. La réalité simple, vraie, crue. La douleur d’une jeune fille confrontée à ses propres souffrances, au silence des siens, et qui doit en plus prendre en charge la souffrance d’autrui – parce qu’elle ne sait que trop bien ce que eux, ressentent. Il y a la situation sur le papier. Il y a la vie quotidienne, les détails de chaque jour, les maltraitances qui ne sont pas que physiques. Le système judiciaire français ne sort pas grandi de cet ouvrage, tout simplement parce qu’il est montré tel qu’il est. Pour une condamnation « exemplaire », combien d’affaires n’auront jamais d’existence, parce que les victimes n’oseront pas parler, ou parce qu’elles parleront trop tard, parce que personne n’aura voulu les écouter, sauf pour les dissuader d’en parler davantage ou de porter plainte : ce sont elles/eux que l’on accuse d’avoir détruit leur famille, pas ceux qui les ont violenté(e)s.
Une oeuvre rude dont je suis sortie en manquant littéralement d’air.
Merci à Netgalley et aux éditions XO pour ce partenariat.