Archives

Mores, épisode 1 :Genèse de G.A. O’Neill

Présentation de l’éditeur :

Charlotte de Saint-Fulgent est belle, jeune, et se fait appeler Charly. C’est aussi l’un des meilleurs flics du 36 quai des Orfèvres, mais sa vie bien réglée vacille lorsque le cadavre du Président de l’Assemblée nationale est retrouvé dans un club très spécial dans lequel elle a l’habitude de se rendre pour assouvir ses pulsions sexuelles.
Une enquête est ouverte et bien sûr Charly et son coéquipier Anthony sont chargés de l’affaire.

Mon avis :

Parfois, quand j’écris un avis, je ne me fais pas que des amis. J’ai un certain titre en tête. Je n’aime pas être trompée sur la marchandise. Rien de tel ici, je savais à quoi m’attendre en ouvrant le livre puisque certaines scènes pouvaient choquer de jeunes lecteurs ou des lecteurs non avertis. Sauf qu’avertie, je l’étais.

J’ai même plutôt été agréablement surprise par ce roman qui mêle roman policier et érotisme. Oui, nous avons là un vrai roman policier, avec un crime, des suspects, des fausses pistes, des mobiles sans oublier un coupable -il ne manquerait plus que cela qu’il n’y en ait pas un. Nous avons aussi des enquêteurs, Anthony, presque trop cultivé aux yeux de certains pour être flic. Nous avons le commissaire Buisson, qui coordonne l’équipe. Et nous avons Charlotte de Saint-Fulgent, Charly pour les intimes, pour les collègues, Charlotte-Amélie pour sa très peu perspicace tante Adélaïde. Elle a d’ailleurs un souci avec cette enquête : elle était là, dans ce club très spécial, que l’on peut aussi nommer lupanar ou bordel, et s’inquiète d’être reconnue par l’une ou l’autre des personnes qui étaient présentes ce soir-là. Satisfaire ses désirs, pour ne pas dire ses pulsions n’est pas chose aisée.
Je pourrai dire que Charly est une sex addict. Quelle vilaine expression. Non, c’est plus complexe que cela, et c’est pour cette raison que le personnage est intéressant. Charly vit pleinement ses moments érotiques mais elle se rend compte que ce sont pas de simples désirs, ils pèsent sur sa vie quotidienne, sa carrière. Elle s’est peu à peu isolée, s’en rend compte, et se met à consulter un psy pour comprendre les raisons profondes de son comportement. Non, je ne vous dirai pas si elle change du tout au tout. Je dirai simplement que, tout comme elle, j’ai été déçue par l’attitude de son cousin Henri (le fils de la très peu perspicace tante Adélaïde) – tout n’est pas si simple pour tout le monde, même dans les années 2000.
Je dirai aussi que l’enquête reste bien menée, malgré les « soucis » de Charlotte. Si la tante déjà nommée deux fois ne voit pas grand chose, son co-équipier, lui, est loin d’être peu attentif. Il faut être prêt à payer de sa personne pour enquêter – les désirs de Charlotte ne l’empêchent pas de prendre des risques pour ce en quoi elle croit.
Un livre à découvrir pour des lecteurs curieux.

Publicités

Agatha de Françoise Dargent

Présentation de l’éditeur :

Agatha vit seule avec sa mère depuis la mort de son père. Elle s’ennuie. Alors elle lit. Tout ce qui lui tombe sous la main. Surtout des romans policiers. Elle lit, et elle imagine des histoires de meurtre et de disparition.
Livre après livre, rêve après rêve, elle grandit. Paris, l’Égypte : Agatha brûle de voir le monde. Elle a soif de goûter à tout ce que la vie peut lui offrir.
Plus tard, Agatha Miller prendra sa plume pour écrire. Son premier roman policier sera signé Agatha Christie.

Mon avis : 

Ecrire une biographie romancée n’est pas chose aisée, parce qu’il faut à la fois coller à la réalité historique et écrire un texte plaisant à lire. De ce point de vue, je peux dire qu’Agatha est une réussite.

Ce récit ne prétend pas que l’enfance, l’adolescence d’Agatha Miller contenaient toute son oeuvre à venir en germe, non. Elle ne prétend pas non plus qu’un homme a transformé la tendre jeune femme en écrivain, non – en effet, pour certains, derrière la femme qui écrit, cherchez l’homme qui guide, corrige, inspire. Agatha est la petite dernière de trois enfants, aimée par sa mère et sa soeur aînée qui est restée proche d’elle malgré son mariage et la naissance de son fils. Elle était aimée par son père aussi, cela ne fait aucun doute, mais celui-ci est décédé prématurément, laissant sa femme et sa fille dans une situation financière compliquée.

Plus que sur la naissance d’un auteur – Agatha a toujours aimé écrire, son père, sa soeur, l’y ont encouragé – ce livre nous montre l’éducation réservée aux filles aisées au tout début du XXe siècle. Tout était fait pour les maintenir dans une certaine forme d’ignorance – même les pensions avaient pour but de les préparer à une vie mondaine, une vie d’épouse, non à les cultiver ou à entretenir leur curiosité. Même jouer au théâtre pouvait se révéler fort compliqué, il fallait compter avec les costumes, pas toujours conformes à l’idée que l’on se fait d’une tenue idéale pour une jeune fille. Ne parlons même pas de nager, sport, pourtant, dans lequel la jeune fille excellait. Agatha n’est pas naïve, non, elle est maintenue dans l’ignorance de certaines choses de la vie, tout comme ses amies – même les soeurs aînées « oublient » de transmettre certaines informations à leurs jeunes soeurs, parce qu’elles ont oublié ce par quoi elles sont passées, ou parce qu’elles respectent les interdits qui ont été posées par leurs mères.

Le but ultime est de trouver un mari pour sa fille -un bon mari, qui aura une bonne situation. Si beaucoup de jeunes gens gravitent autour d’Agatha, qui apprend, entre autre, comment tenir un carnet de bal, il n’est pas encore question d’une grande histoire d’amour pour la jeune fille, mais d’amour comme on peut en ressentir à l’adolescence, quitte à découvrir que l’objet de vos soupirs n’est plus tout à fait celui qui faisait rêver.

Agatha est un joli roman pour raconter qu’en fait un écrivain a toujours écrit, même quand il n’était pas publié.

 

Les aventures miraculeuses de Pomponius Flatus d’Eduardo Mendoza

Flatus

édition Points – 218 pages.

Ma présentation :

Ier siècle de notre ère. Pomponius Flatus accomplit un voyage pour trouver une source d’eau miraculeuse, capable de lui apporter la connaissance. En attendant, il goûte maintes eaux et en tire les conséquences, désastreuses, pour ses intestins, et pour ceux qui l’entourent. Après une mésaventure dans le désert, il se retrouve dans la petite ville de , à venir aux secours d’un charpentier condamné à mort.

Mon avis :

Gonflé  ! Et fortement érudit.
Je ne veux pas trop vous en dévoiler sur l’intrigue, pour ne pas vous gâcher l’effet de surprise de cette intrigue remarquablement construites, où chaque péripétie est à sa place, sans excès. Le propre de la véritable érudition est de passé tout seul, sans effet de manche, avec une écriture limpide, drôle, qui appelle un chat un chat, et une hétaïre, une hétaïre.
Pomponius écrit donc une lettre à son meilleur ami pour lui raconter ses tribulations en Palestine, et il n’est pas déçu de son voyage. Philosophe, mais pas passif, il est amené à enquêter pour innocenter un intègre charpentier, à la demande du jeune fils de celui-ci. Comme il n’est pas juif, il n’a pas les mêmes scrupuleuses règles que le condamné et peut se permettre quelques libertés dans son enquête, y compris celle de faire tourner en bourrique un humble porte-enseigne aussi baraqué que naïf. Comme il est romain, de l’ordre équestre qui plus est, il bénéficie d’une certaine impunité face à ses démarches un peu hasardeuse. Je me permets tout de même un petit spoiler : il bénéficie aussi d’aides en haut lieu.

Drôle et réaliste, émaillé de mythe et de récits érudits, les aventures miraculeuses de Pomponius Flatus est un roman policier non conventionnel, un roman historique pas barbant, une biographie non pontifiante, qui compose une oeuvre majeure, d’un écrivain qui ne l’est pas moins.

voisins-voisines-version-curlz