Archives

Claude Prince, détective radiesthésiste, tome 1 : Qui est cet homme ? de Marcel Priollet

Oxymoron éditions – 52 pages

Présentation de l’éditeur :

Claude PRINCE, le célèbre radiesthésiste détective, est contacté par Madame d’Orsen afin de l’aider à résoudre un grave problème. Son mari, Christian d’Orsen, a disparu en 1914, au tout début de la Première Guerre mondiale. Six mois après la fin du conflit, toujours sans nouvelle, s’estimant veuve, elle s’apprête à épouser son cousin, amoureux de longue date. Mais la Croix-Rouge rapatrie un grand blessé, mutilé, trépané, amnésique, censé être Christian d’Orsen. Pendant des années, elle s’occupe de l’invalide dans lequel elle ne reconnaît guère l’homme dont elle était tant éprise avant de découvrir, dans un cimetière belge, l’existence d’une tombe gravée du nom et du régiment de Christian d’Orsen. Elle compte alors sur les dons de Claude PRINCE pour lui confirmer les doutes sur l’identité de l’éclopé…

Mon avis : 

Ce livre était depuis quelques temps déjà dans ma PAL. J’avais envie d’une lecture courte, c’était donc le moment. Si je connaissais déjà la plume de Marcel Priollet, auteur prolifique, en revanche, je ne connaissais pas Claude Prince, détective radiesthésiste. Je le dirai franchement : l’intérêt de ce récit n’est pas dans cette particularité, il ne se sert quasiment pas de son don, en revanche, on peut se servir de lui, et ce n’est quasiment pas une autre histoire.

Nous sommes en effet plongés au beau milieu d’une affaire délicate : madame d’Orsen pense que son mari n’est pas son mari. Elle le pense, du moins, depuis des années, que cet homme, qu’on lui a rendu fort diminué après la première guerre mondiale, n’est pas l’homme qu’elle a aimé et épousé. Cet homme, amnésique, souffrant de multiples séquelles, s’oppose fortement à l’union de sa fille unique, dont il ne parvient pas à se souvenir, avec l’homme qu’elle aime. Claude Prince doit donc enquêter, prouver ou non l’identité de Christian d’Orsen.

Alors oui, le récit est court, c’est une des contraintes du genre, mais j’ai trouvé cette thématique très intéressante. L’on oublie parfois, quand on parle de la première guerre mondiale, ceux qui sont revenus, mais dans quel état, cumulant tant de séquelles, que ce soient physiques ou psychologiques que le retour à la vie d’avant est quasiment impossible. De même j’ai aimé la construction de l’intrigue, qui nous amène de rebondissement en rebondissement, jusqu’à un dénouement que je n’avais pas vu venir.

 

Le danseur mondain de Claude Ascain alias Henry Musnik

Présentation de l’éditeur : 

Une riche péruvienne est assassinée, frappée par un objet contondant, durant la nuit, dans sa chambre d’un hôtel parisien. L’inspecteur GASPIN, chargé de l’enquête, constate que les bijoux de la défunte se sont volatilisés. Les soupçons se portent rapidement sur deux personnes : un danseur mondain, louant une mansarde dans l’établissement, probable amant de la victime, qui a mystérieusement disparu ; un plombier-zingueur parti cuver une bouteille de vin dans la cave du Palace et qui, au réveil, se plaint du vol de son marteau…

Mon avis : 

J’aime à me replonger dans la littérature fasciculaire, j’ai l’impression que cela faisait longtemps que je ne l’avais pas fait. Qu’à cela ne tienne ! Me voici à la découverte de l’inspecteur Gaspin, qui doit enquêter sur un meurtre et un vol de bijoux. Monsieur Lespot, le directeur du grand hôtel parisien où le crime a eu lieu a une piste à proposer, ce fameux danseur mondain qui a disparu « comme par hasard » le jour du meurtre, Mirlobar. L’inspecteur Gaspin peut compter sur Despeaux, son fidèle lieutenant, pour le seconder, c’est à dire pour faire ce qu’il lui demande, voire même pour prendre des initiatives au cas où son chef ne serait pas joignable. C’est qu’il doit se déplacer pour enquêter, l’inspecteur Gaspin, et, dans ses années-là, l’on allait beaucoup moins vite que maintenant – même si Gaspin s’empresse bien de suivre la piste qu’il a trouvée.

Cette enquête nous permet de découvrir des personnages pittoresques, comme ce plombier-zingueur qui est peut-être compétent (l’on ne l’a pas vraiment vu à l’oeuvre) mais qui est surtout grand amateur de boisson, et pas très très méfiant. Quant au danseur qui donne son titre au roman, on le verra finalement très peu, tout en entendant beaucoup parler de lui. Non, il n’est pas l’Arlésienne de cette oeuvre, il a sa place à part entière, il est même l’un des personnages les plus étonnants de cette oeuvre, offrant un dénouement qui tranche avec ce que l’on peut découvrir dans la littérature policière.

Un mot sur l’auteur : Henry Musnik est un écrivain de langue française, né au Chili le 25/09/1895 et mort à Paris le 04/09/1957. Il a été journaliste sportif à L’Auto puis à L’Équipe. Il fut aussi le cocréateur avec Brantonne de la bande dessinée Fulguros. Il a publié des romans policiers, d’aventure, de science-fiction … sous de nombreux pseudonymes (source : Babelio). 21

Marc Renard, tome 4 : Les secrets de La Trinité de Jean-Marc Perret

Présentation de l’éditeur :

Julia Castello, addicte au jeu, criblée de dettes, se trouve harcelée par des créanciers sans scrupules. Au casino de La Baule, elle tente une dernière fois sa chance et perd. Un mystérieux individu, Nicolas Slavko, témoin de sa défaite, se propose alors de la renflouer. À une condition : qu’elle séduise Vincent Céserac, propriétaire d’un magasin de fournitures maritimes à La Trinité-sur-Mer. Acculée, financièrement au bord du gouffre, Julia accepte la proposition sans se douter qu’elle va devenir le jouet d’une terrible machination.

Mon avis : 

Je découvre, avec ce titre, les romans de Jean-Marc Perret, et par là même Marc Renard, détective privé de son état. Il est un vrai détective privé, c’est à dire que, quand nous le rencontrons, il ne nous parle pas de ses activités ô combien passionnantes et trépidantes, non. Il nous le dit bien : être détective, c’est le plus souvent accepter et effectuer des missions de routine, et tant pis si elles sont ennuyeuses, il faut bien vivre. Justement, une nouvelle mission plus conséquente s’offre à lui : retrouver une personne disparue. Ce n’est pas sa femme qui le demande, c’est un ami proche, un ami de plus connu, Antoine Di Car, un animateur télévisée sur le retour dont les blagues font moins rire qu’avant. Vincent Céserac est connu lui aussi, dans son domaine : son magasin de fournitures maritimes est florissant, il possède une superbe maison et collectionne les conquêtes. Lepire ? Ce n’est même pas un secret pour sa femme, qui semble s’en moquer éperduement, en mode : il finit toujours pas revenir. Dit ainsi, l’on pourrait presque croire qu’elle parle d’un animal fugueur. Bien sûr, ce n’est pas si simple – d’autant plus que le lecteur en sait un peu plus que le détective, du moins, quand celui-ci se retrouve chargé de l’affaire.

En effet, nous avons rencontré Julia Castello. Elle est traductrice. Ou plutôt, elle l’a été, cela fait longtemps qu’elle ne traduit plus rien. Elle a vécu une histoire d’amour passionné avec un homme qui lui a fait découvrir une autre vie que la sienne et qui est mort aujourd’hui. L’addiction au jeu, elle l’a gardé, et aujourd’hui, elle doit faire face, elle doit payer ses dettes, et la manière qu’on lui a proposée… Oui, il faut vraiment ne plus avoir d’espoir pour l’accepter, mais ce qu’elle en fera est intéressant à lire. Je sais « intéressant » est un peu court, mais je ne veux pas non plus dévoiler les rebondissements de l’intrigue ! Ils seront là jusqu’au bout, c’est à dire non pas jusqu’au dénouement, mais jusqu’à l’épilogue.

Comme souvent, pour ne pas dire comme toujours, les mobiles sont à chercher dans le passé des victimes – oui, j’utilise le pluriel, parce que « victimes » est un terme large. Le roman, en changeant de focalisation, nous invite à en découvrir un peu plus sur le passé de certains personnages, plus complexes qu’il n’y paraît de prime abord. Cela justifie-t-il ce qui se passe dans le roman ? Non, absolument pas. Cela enrichit la caractérisation des personnages et donnent de la profondeur à l’intrigue.

Une belle découverte.

La patience de l’immortelle de Michèle Pedinielli

Présentation de l’éditeur :

Letizia Paoli a été assassinée. Pour Ghjulia – Diou – Boccanera, c’est d’autant plus une tragédie que cette jeune journaliste corse était la nièce de Joseph Santucci, son ancien compagnon. Pour enquêter sur ce meurtre, Diou débarque sur une île qu’elle a quittée depuis longtemps et dont elle ne maîtrise plus les codes. Dans les montagnes de l’Alta Rocca, elle doit se confronter à des habitants mutiques, encaisser des coups sans sommation et affronter ses propres souvenirs tronqués. Loin de ses repères niçois, elle va cheminer sur une terre qui brûle, dans un paysage insulaire menacé par la maladie et la spéculation. Entourée de la famille de Jo et de sa propre solitude. Avec pour seuls guides un vieil homme à la main croche et un milan qui tournoie inlassablement…

Mon avis : 

Ce que je retiens de ce polar ? Des scènes fortes. La première, c’est celle pendant laquelle Diou, détective privée, apprend l’assassinat de Letizia, est confrontée à l’horreur et l’aberration de cet acte. Diou ne se contente pas de voir cette jeune femme, morte, elle se souvient du nouveau né qu’elle a tenu dans ses bras – et c’est pire. Létizia est la nièce de son ancien compagnon, policier de son état. Pour lui, impossible de laisser ce crime atroce impûni – le corps de Letizia a été retrouvé brûlé dans le coffre d’une voiture. Après cela, vous pouvez essayer toutes les formules les plus convenus, vous restez quand même avec l’horreur de cette scène.

Qui pouvait en vouloir à cette jeune journaliste, que les enquêtes de fond n’effrayaient pas ? Ceux qui craignaient qu’elle débusque des scandales ? Peut-être. Diou est retournée en Corse, avec Jo, et se demande, finalement, pourquoi elle n’est pas retournée ici plus tôt – ses grands-parents étaient corses. Anecdotique ? Non. Parce que Diou connaît cette région, repart sur les traces de son passé et se confronte à ses souvenirs. Ce sont les siens, cela veut dire aussi qu’ils sont forcément partiels, partiales. Diou enquête, oui, doit faire avec ceux qui n’ont pas envie qu’elle découvre certains faits. Doit faire avec aussi ce qu’elle n’a pas su voir. Même de très bons détectives peuvent s’arrêter aux apparences, parce que l’on aura tout fait pour qu’ils s’y arrêtent.

Une oeuvre forte, qui exploite des thèmes actuels, en nous montrant qu’ils ont toujours été là, si ce n’est qu’on ne les voyait pas.

58e lecture – Corse.

Meurtres en série à Giverny de Christine Cloos

Présentation de l’éditeur :

Une saison touristique s’achève à Giverny qui s’apprête à retrouver sa quiétude hivernale quand une jeune femme un peu paumée est retrouvée morte face à la maison de Claude Monet. L’inspecteur Delâttre, assisté de Danièle, sa fidèle coéquipière, tente de reconstituer le puzzle. Les soupçons se resserrent autour de certains jardiniers travaillant dans les jardins du maître de l’impressionnisme. Et bientôt, un second corps est découvert… Les investigations des deux policiers révèlent, par petites touches, la part d’ombre de ce village normand devenu célèbre, où les touristes accostent et repartent, où les habitants restent à quai, sous l’ombre déterminante de la Fondation Monet.

Mon avis : 

C’est la fin de la saison à Giverny, dans le roman comme au moment où j’écris. Il est deux Giverny, celui du jour et celui de la nuit. Non, ne vous imaginez rien de trépidant, bien au contraire ! Plutôt un retour au calme, au vide presque, les habitants rendus à la solitude, les rues désertes…. Jeanne vit là, et surtout, elle se saoûle là, si quelqu’un veut bien lui payer un coup, deux coups, plusieurs coups. Ce soir-là, les coups ne seront pas que métaphoriques, et, au petit matin, son corps sera retrouvé. Ne surtout pas troubler la fin de la saison touristique ! La mort est officiellement accidentelle, c’est pour cette raison qu’il sera très difficile pour les enquêteurs de mener à bien leur mission. « Oui, nous vous posons des questions mais…. c’est un accident, c’est simplement pour clas-ser-le-dos-sier ». Seulement, une autre mort accidentelle a lieu, un autre adepte de la boisson à haute dose est retrouvé mort, lui aussi victime de coups… pardon, d’une chute malencontreuse, et il faut aussi enquêter discrètement. Les deux victimes fréquentaient les mêmes bars – il faut dire aussi qu’ils ne sont pas si nombreux que cela à Giverny, qui n’est pas Paris (oui, je sais, c’était facile) ni même Vernon, tout proche.

L’enquête mène les trois policiers tout droit à la fondation Claude Monet, et à ses jardiniers, dont certains connaissaient bien les deux victimes. Il est deux catégories de jardinier: ceux qui aiment leur travail et ne rechignent pas à ce que les plantations changent, ceux qui aiment leur travail et ne veulent surtout pas que les choses changent ! Vive la routine florale ! J’exagère à peine. Les trois policiers enquêtent, l’un est près de la retraite, et commence à n’en plus pouvoir, l’autre se demande ce qu’il fait encore dans la police, songe sérieusement à donner sa démission, ce qui ne l’empêche nullement de faire son travail. Il reste Danièle Raoul, enquêtrice qui souffre un peu de porter ce patronyme masculin, et qui a des intuitions – pour être exact, elle a repéré des faits, des indices, inconsciemment, le tout est de parvenir à faire remonter ce qu’elle a vu à la surface de sa conscience et de montrer aux autres que ce qu’elle a vu est important.

Les enquêteurs sont prudents, dans le sens est que leur but est de faire cesser cette vague de crime, de protéger ceux qui peuvent encore l’être et de trouver celui qui fait cela. Ils seront très surpris. Si le mobile des meurtres est à chercher dans le passé des victimes, il faut tout de même noter que ce mobile est très tenu – mais les coupables se préoccupent-ils vraiment de leurs propres motivations ?

Un polar sous le signe des fleurs et des soins qu’on leur donne.

55e lecture – Eure.

La croix des veuves, tome 2 de Jean Failler

Présentation de l’éditeur :

Mary Lester est maintenant convaincue que la disparation mystérieuse d’un médecin et de sa famille est liée au triple meurtre.
La recherche des disparus ne progressant pas, Mary est instamment priée de s’y atteler, au grand dam du commandant Lemarillé qui ne supporte pas la désinvolture dont font preuve le capitaine Lester et son adjoint, le lieutenant Fortin. Il y oppose le sérieux des gendarmes, ce qui n’impressionne guère Mary, pour qui la fin justifie les moyens.

Mon avis : 

Oui, j’ai mis du temps à chroniquer ce tome 2, alors que le tome 1 appartient à la première session du challenge. Je n’en accuse que mes envies de lecture, multiples et variées.

Je n’ai pas pu m’empêcher de penser, en le lisant, à des affaires existantes. Il faut dire que le scandale lié à des médicaments ayant des effets secondaires « indésirables » est intemporel, tout comme la difficulté, pour ne pas dire l’impossibilité de mener une enquête jusqu’au bout. Il ne suffit pas d’avoir les moyens humains pour enquêter, il faut aussi avoir le temps, la patience, ne pas se retrouver avec les arguments tels que « mais voyez ce que cette personne a fait/fait encore de bien dans tels ou tels domaine », ou, pour résumer la situation, l’économie, la loi du marché, passe parfois avant la justice.

Cela peut sembler banal de dire que l’argent peut tout. Il peut cependant beaucoup, notamment faire passer pour un bienfaiteur si l’on cible un domaine « porteur ». Mary Lester se retrouve presque dans une impasse dans cette enquête qui, elle le sait bien, a un goût d’inachevé. Elle et Fortin iront pourtant aussi loin qu’ils le pourront.

Les enquêtes de Mary Lester, tome 39 : Le visiteur du vendredi de Jean Failler

Présentation de l’éditeur :

Le golfe du Morbihan, un territoire paisible, est-il en passe de perdre sa bonne réputation ? Les services de police de Vannes sont saisis de plaintes répétées de “dames” épiées par un mystérieux voyeur.
Des voyeurs, on connaît ça du côté d’Arradon ! En général, ils sévissent l’été dans les campings. Or cette fois, le malotru s’active hors saison estivale et, comble de mauvais goût, dans de luxueuses villas bordant la «petite mer».
Le commissaire Chasségnac de Vannes est dans ses petits souliers ; ces “dames” ont des relations dans les hautes sphères politiques… Il se confie à son ami le divisionnaire Fabien qui a sous ses ordres une policière particulièrement futée, le capitaine Mary Lester.
Fabien serait-il assez bon pour dépanner son collègue Chasségnac et détacher son enquêtrice vedette dans le Morbihan ?
Allons, la solidarité entre commissaires n’est pas un vain mot ! Surtout quand elle arrange le divisionnaire Fabien.

Mon avis : 

Ce tome apparaît, à mes yeux du moins, comme un tome de transition après Villa des quatre vents et avant La croix des veuves. Le commissaire Fabien s’inquiète un peu pour Mary Lester, après ce qu’elle a vécu. Il lui conseillerait bien de changer d’air mais… c’est délicat. Justement, en parlant d’affaire délicate, le commissaire de Vannes en a une, il lui faudrait une enquêtrice. Et si le commissaire Fabien détachait le capitaine Lester ? Aussitôt dit, presque aussitôt fait, parce que l’intrigue est tout de même un peu longue à démarrer.

D’ailleurs, l’enquête est-elle vraiment le sujet de ce livre ? Mary Lester m’a semblé à un tournant de sa vie sentimentale dans ce tome, entre une rupture par abandon de son partenaire de longue date, et des liens qui se nouent avec quelqu’un d’autres, rencontré à la fin du tome précédent, nous passons beaucoup de temps avec elle, mais pas forcément à enquêter. J’ai eu l’impression qu’il fallait attendre plus de la moitié du roman pour que l’on entre enfin dans le vif du sujet, et si l’on ne nous rejoue pas la guerre police/gendarmerie, en revanche, la guerre des polices est là !

Pour conclure, certains n’apprécient pas que l’on vive différemment, que l’on cherche à s’affranchir de ce qui semble nécessaire ou indispensable à certains. Vivre comme on l’entend, selon ses convictions, sans faire de mal aux siens et encore moins aux autres, que demander de mieux ?

Crime et chat qui ment

Présentation de l’éditeur :

À Versailles, les guerres de succession sont à la mode ! Quand un riche vieillard disparaît mystérieusement dans un incendie, ses héritiers jubilent. Pourtant, impossible de mettre la main sur son trésor ! Le seul à pouvoir les aider est un chat majestueux et hautain qui vivait avec la victime. Hors de question qu’il finisse entre de mauvaises mains ! Marie-Antoinette charge de sa protection sa modiste et son coiffeur – un duo d’enquêteurs amateurs, aux egos surdimensionnés, qui se chamaillent comme de vieux amants. Mais Rose et Léonard se retrouvent confrontés à une galerie de suspects hauts en couleur – sans parler du chat, qui a son petit caractère…

Merci aux éditions de la Martinière et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis : 

Cela va mal à Versailles. Si, si, je vous le dis, il faut faire des économies, et faire faire des économies à la reine demande, de la part de ceux qui l’entourent, beaucoup d’énergie. La reine vient déjà de se faire offrir Trianon, alors… elle pourrait peut-être faire modifier des robes qu’elle a déjà porté, utiliser des tissus moins onéreux ? Autant vous dire que c’est un sale temps pour Rose Bertin et pour Léonard, qui a, de plus, quelques problèmes d’ordre privé. Qu’à cela ne tienne, il leur faut quand même enquêter pour le compte de la reine – on ne quitte pas son service comme cela.

Pourquoi doivent-ils enquêter ? A cause d’un chat ! En effet, la reine craint pour la sécurité de Salomon, chat royal que la princesse de Lamballe a offert à un malheureux domestique qu’elle a renversé, et qui a perdu une jambe à cause de cela. Recevoir un chat royal devrait compenser cette perte, non ? Ou comment prouver, par l’absurde, à quel point l’aristocratie pouvait être coupée des réalités. Or, il se trouve que le maître du domestique et du chat est mort, que ses héritiers se déchirent, et que le chat risque de pâtir hautement de la situation. En effet, chez les Baskerville, seule soeur Brigitte se préoccupe de lui, mais aussi de tous les animaux que Dieu a crée (je l’admets – j’ai mis un temps fou à comprendre pourquoi ce personnage se prénommait Brigitte. Fatigue, quand tu nous tiens).

Rose et Léonard, pour leur enquête, se retrouvent flanqués d’un fabuliste, Florian, qui débarque, le pauvre. Il n’a pas vécu les précédentes enquêtes, il ne sait pas ce qui l’attend !!!! Rose et Léonard, eux, ne le savent que trop et peuvent afficher un air blasé face à l’inexpérience naïve du fabuliste. Je n’irai pas jusqu’à dire que nos deux héros, qui passent toujours autant de temps à se détester, sont blasés, mais presque : ils n’ont plus d’illusions sur les aristocrates, sur la cour, sur les motivations des humains. Cyniques ? Oui, mais ils sont pas les seuls.

Si l’on y réfléchit bien, cette intrigue est très sombre, le ou les coupable(s) ne reculant devant rien pour obtenir ce qu’il veut – pour lui, bien sûr, nul altruisme dans le crime. Heureusement, Rose, Léonard, leur inventivité (il faut bien conserver la confiance de la reine) et leur humour sont là, pour un tome que j’ai beaucoup apprécié.

Mary Lester : le vautour revient toujours, tomes 1 et 2 de Jean Failler

Présentation de l’éditeur :

Quand le commissaire divisionnaire Fabien convoque Mary Lester en urgence, c’est que l’heure est grâve !
Un riche industriel s’est tué en chutant d’une falaise dans le Cap Sizun, près de la pointe du Raz. Tout laisse penser qu’il s’agit d’un dramatique mais banal accident de vélo.
Le parquet souhaite pourtant une enquête approfondie. Et le commandant Lester va devoir s’y coller.
Si la collaboration avec la gendarmerie se passe – une fois n’est pas coutume – à merveille, une ombre malfaisante plane cependant sur Mary… Celle du Vautour, le peu recommandable Lostelier, qu’elle a fait mettre derrière les barreaux il y a dix ans.
Lostelier vient d’être libéré, et la victime du Cap Sizun n’est autre que le nouveau mari de Cécile Poingt, sa maîtresse de l’époque.
Personne n’avait relevé la coïncidence. Cependant, elle n’a pas échappé à Mary Lester…

Mon avis (tome 1) :

Il semble que certaines personnes prennent des libertés avec la police nationale. Si, si. Quand il s’agit d’une juge d’instruction, c’est un peu différent : elle sait qui elle veut pour mener une enquête délicate, pour ne pas dire casse-gueule. Un industriel bien connu, un homme qui a réussi, est mort d’une chute de vélo. Ce sont des choses qui arrivent. Ce serait un simple et banal promeneur, on n’en ferait pas toute une histoire, cela resterait dans la rubrique « faits divers » et l’histoire serait classée. Seulement, l’homme est un riche industriel (je sais, je me répète) et la juge, pas spécialement amie avec Mary Lester, souhaite une enquête approfondie, au cas où les gendarmes seraient passés à côté de quelque chose. Oui, si j’ose dire, mais rien qui ne concerne le terrain : la veuve, pas vraiment éplorée, n’en est pas à son premier veuvage. Son premier mari a en effet été assassiné, et son meurtrier vient tout juste de sortir de prison à la suite d’une remise de peine pour bonne conduite. Note : il ne s’agit pas de remettre ici en cause le système judiciaire français, même si le roman accueille les réactions désabusées de certains. Le meurtrier, qui a tenté de faire passer son crime pour un accident, en a pris pour vingt ans, il sort au bout de dix, parce qu’il a tout fait pour préparer sa réinsertion. Jugé, il l’a été. Ce n’est pas à nous de le faire, non plus que de remettre en cause sa volonté bien réelle de reprendre sa vie en main une fois sorti de prison. Seulement, la nouvelle enquête débusquera des zones d’ombre, des questionnements, et Mary Lester se lancera à nouveau sur sa trace. Le tout est de le retrouver, et ce n’est pas vraiment ce qui se passe durant le premier tome.

Mon avis (tome 2) :

Pas de temps mort quand débute ce second tome. Diantre ! Les péripéties se sont enchaînées, Mary Lester cherche le moindre indice lui permettant non pas d’incriminer Lostelier, qui a disparu (ce serait trop simple), mais de chercher la vérité. Trouver une piste, c’est une chose, pouvoir prouver les faits, s’en est une autre. L’on voit aussi, beaucoup, l’aspect technique du métier, entre interrogatoire, rédaction des rapports, lecture des rapports d’autopsie, résultats d’analyse complémentaire qui prennent du temps à arriver, parce que le laboratoire n’est pas équipé pour, parce que l’enquête n’est qu’une parmi tant d’autres, parce qu’elle ne peut être désignée comme étant réellement prioritaire : il y aura un temps long, certain, entre le dernier interrogatoire et le début du procès. Chacun a droit à un procès équitable, à une bonne défense, ne l’oublions pas, tout comme les victimes ont droit à ce que tout soit mis en oeuvre pour que justice leur soit rendue. Mary Lester et les policiers ont fait leur travail, rien que leur travail, et c’est déjà beaucoup.

challenge un mot des titres, session toujours

L’empathe prend de la hauteur de Claude Picq

Présentation du roman :

Il aura suffi qu’un adepte de la poêle à frire balade son instrument sur les rives d’un modeste lac de montagne pour qu’un nouveau mystère me tombe sur le bec. Pas clair, le macchabée ! Pas de papiers, exsangue et bouffé par la vermine. Personne pour s’inquiéter. Le mort aurait-il des secrets à cacher ? Des choses inavouables à confesser ?
.
Forcément au bout de 10 jours d’errance, la police nationale pense à moi. Je suis le dernier recours. Une occasion de visiter Grenoble et de randonner dans la Belledonne, ça ne se refuse pas. Alors, enfilez vos godasses à crampons et suivez-moi !

Mon avis : 

Sauf erreur de ma part, ce titre est le troisième tome des aventures de l’empathe, alias Georges Marchais. Après avoir arpenté les falaises de Dieppe et du Tréport, après s’être promené sur les quais du bassin de l’Arsenal, le voici en montagne, pour enquêter sur une mort énigmatique. En effet, si le rapport d’autopsie précise bien de quoi ce qui a causé la mort de cet homme, en revanche, on ignore jusqu’à son identité, ce qui est plus que gênant pour trouver ce qu’il faisait là et pourquoi il a été tué. L’arme du crime ? L’un des couteaux les plus vendus dans les boutiques de souvenirs, autant dire qu’il ne faut pas trop chercher de ce côté-là. A l’empathe, donc, de chercher, et de trouver.

Il commence à avoir l’habitude, de se lancer à la recherches des émotions perdues, oui, mais aussi de la manière dont les policiers l’accueillent – la plupart sont plutôt septique sur la nature de son don, et leur intérêt pour Georges varie en fonction des résultats qu’il obtient, et de la confirmation par les bonnes vieilles méthodes traditionnelles (les indices relevés sur la scène de crime, si vous préférez).

Et si …. la victime ne l’était pas tant que cela ? Si la vraie victime était à chercher ailleurs. Oui, je sais, j’ai coutume de dire que la victime, c’est celle qui est morte, et c’est logique. Cependant, il ne faut pas oublier ce qui se nomme la légitime défense, il ne faut pas oublier la fuite, comme un instinct de survie quand on a enfin pu se libérer de son agresseur. Peut-être que je spoile un peu. Cependant, il est des enquêtes dans lesquels le (présumé) coupable n’est pas forcément arrêté, non parce que ce n’est pas nécessaire, mais parce qu’il est difficile de le retrouver : les randonneurs vont et viennent dans les montagnes, ils ne prennent pas forcément de chambre d’hôtel, ils ne mangent pas nécessairement au restaurant, ne font pas des achats dans les boutiques. Et quand bien même ils en feraient, une fois qu’ils sont tous retournés dans leur ville, région, voire pays d’origine, comment les retrouver ? Difficile. Pour ne pas dire impossible, surtout si l’on tient compte du temps qui s’est écoulé entre le meurtre et la découverte du corps, entre cette découverte et celle d’une piste tangible. Et une pensée pour les victimes collatérales.

Philip Jackson, David Suchet