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Le cheptel de Céline Denjean

Quatrième de couverture

Le corps d’une jeune femme est retrouvé en Lozère. Au regard des éléments qu’ils détiennent, les enquêteurs de la SR de Nîmes se forgent rapidement un avis : elle a fait l’objet d’une chasse à l’homme… Pour le capitaine Merlot, d’Interpol, les conclusions médico-légales placent cette victime dans une longue série. Les gendarmes nîmois vont alors apprendre à leur grande stupéfaction, qu’Interpol tente depuis vingt-cinq ans de démanteler un réseau de trafic d’êtres humains.

Merci au forum Partage-Lecture et aux éditions Marabout pour ce partenariat

Mon avis :

Si vous aimez les romans policiers reposants, prévisibles, pas trop sanglants, bref, si vous cherchez un polar divertissant, passez votre chemin. Nous sommes ici dans un roman dur, difficile, non par son écriture, mais par les sujets qui sont abordés.
Le roman semble se composer de trois intrigues différentes – qui finissent par se rejoindre, pas forcément de la façon dont on s’y attendait. Le plus attachant, à mes yeux, est Louis : oui, il n’est pas tout jeune, oui, il a eu une vie heureuse, sans histoire, cependant ce qu’il découvre de ses origines, ce secret de famille qui lui est révélé à la suite de la maladie de son père lui fait reconsidérer tout ce qu’il a vécu jusque là. S’il faut retenir un seul point de sa quête, c’est la découverte qu’il a toujours été entouré d’amour, et que l’on a toujours, quelque part en France, penser à celui qu’il était vraiment. Il est une expression pour qualifier les années pendant lesquelles Louis est venu au monde « les années les plus noires de notre siècle ». Disons que l’on veut croire, très souvent, que « cela » est derrière nous, que « cela » ne peut pas recommencer. Pourtant, ce qui nous est conté dans les deux autres intrigues montrent que c’est toujours possible, ou probable.
Prenez Bruno, un adolescent ordinaire, finalement, qui s’amuse avec ses copains. A la suite d’un accident, il se retrouve projeter dans un univers qui n’est pas du tout le nôtre – et pourtant, nous ne sommes ni dans la fantasy, ni dans la science-fiction. Il ne s’agit pas seulement pour lui d’évoluer dans un monde dont il n’a pas les codes, il s’agit de tâcher de s’en sortir plus ou moins bien, face à ses personnes qui semblent venir d’ailleurs – j’ai pensé, en un raccourci thématique, à Tout le monde te haïra d’Alexis Aubenque.
Viennent ensuite les enquêteurs proprement dits. Ils sont nombreux, et pour certains, cela fait longtemps qu’ils sont sur la piste… de quoi au juste, de qui ? Et bien d’actes criminels qui paraissent totalement inimaginables – et pourtant, cela a beau être énorme, hors-norme, le lecteur se prend à dire que cela pourrait être possible, en un mélange d’utilisation des techniques les plus modernes (voir l’usage du Darknet) et des méthodes les plus anciennes pour conditionner les êtres humains. Vertige ? Oui, certainement.
Surtout, l’on pressent très vite, et on le met à l’épreuve également, que ce ne sera pas une enquête tiède, pendant laquelle les enquêteurs ne risqueraient pas grand chose. Il suffit d’un rien pour tout tourne mal, alors quand on sait que les origines de cette affaire remonte à plus de vingt ans, le « rien » qui peut tout faire déraper ne tient qu’à un fil. Là, j’aimerai citer d’autres faits, bien réels, que m’ont rappelé le dénouement, mais je vous en dirai alors vraiment beaucoup trop.

AdopteUnTueur.com d’Enzo Bartoli

Présentation de l’éditeur :

Lorsque le cadavre de Charles Maillard, chef d’entreprise sur le déclin, est repêché du canal de l’Ourcq, l’enquête du commandant Pascal Guilbert et du capitaine Guilhem Lanternier se tourne rapidement vers les activités professionnelles de la victime. Ils découvrent alors que l’emploi du temps de Maillard consistait principalement à visiter des sites où les rencontres peuvent s’avérer malsaines. Dans le cadre d’une sombre affaire dans laquelle sexe et argent jouent à cache-cache, « Tonton » et le « Beau Gosse » vont remonter la piste d’une vieille histoire dont les personnages entretiennent de tenaces rancunes.

Merci à Netgalley et à l’auteur pour ce partenariat.

Mon avis :

Non, mais, je vous demande un peu : tuer dans la vie réelle un spécialiste du virtuel, c’est du grand n’importe quoi. En plus, mettre son cadavre dans le canal de l’Ourcq marque vraiment une absence totale d’esprit pratique – par contre, pour le sens de la mise en scène, oui.

J’ai beaucoup aimé retrouvé « Tonton » et le « Beau gosse » dans cette intrigue qui ne plaira pas forcément à tout le monde. D’abord, les policiers enquêtent – oui, je sais, j’adore enfoncer les portes ouvertes – et ce qu’ils découvrent n’est pas forcément réjouissant. Ne rien avoir à cacher est une chose, et c’est même une bonne chose. Ne rien avoir dans sa vie, ou plutôt avoir pris soin de tout dissimuler n’est pas une bonne nouvelle.

Le virtuel laisse forcément des traces dans le réel, c’est impossible autrement – deuxième porte ouverte enfoncée. Si les enquêteurs fouillent dans ce que le grand spécialiste des sites a pu créer sur le net, ce sont des êtres de chair et d’os qui sont interrogés, qui choisissent ou pas de se livrer. Après tout, la vie continue, elle a même très bien continué pour l’ancien associé de la victime, ou pour ses ex-femmes dont il sera finalement peu question.

Ce roman est-il sanglant ? Je ne me serai peut-être pas posé la question si je n’avais pas lu des avis qui disent que ce roman ne l’est pas assez. Chacun sa sensibilité. Puis, un roman policier a forcément un côté noir, sombre parce que l’on parle de la mort, de ce qui a poussé un être humain à tuer un autre être humain. Qui peut croire que ce soit plaisant ? Personne.

Que le crime ait eu sa cause dans le monde réelle ou dans le monde virtuel, elle n’est pas très différente de ce que l’on peut connaître : l’amour, l’argent, la vengeance répondent toujours présents au moment de trouver un mobile.

Mon ombre assassine d’Estelle Tharreau

Présentation de l’éditeur:
En attendant son jugement, du fond de sa cellule, Nadège Solignac, une institutrice aimée et estimée, livre sa confession.
Celle d’une enfant ignorée, seule avec ses peurs. Celle d’une femme manipulatrice et cynique.
Celle d’une tueuse en série froide et méthodique. Un être polymorphe.
Un visage que vous croisez chaque jour sans le voir.Une ombre. Une ombre assassine.

Mon avis :
Tout d’abord, je tiens à remercier Joël des éditions Taurnada pour ce partenariat très apprécié.
Quel livre ! Et quelle claque !
D’habitude, j’apprécie peu les récits dans lesquels les tueurs présumés racontent leur vie, parce que, trop souvent, elle n’est que banalité, stéréotype, et leurs voix me donnent une envie irrésistible de sauter ces chapitres. Ici, ce n’est pas du tout le cas : la voix de Nadège est prenante, hors-norme, et son récit, pour insupportable qu’il soit, nous donne envie de poursuivre la lecture.
Elle ne se cherche pas d’excuses. Elle n’en veut pas. Elle nous montre une vie des plus ordinaires en apparence, ou plutôt une vie solitaire, transparente, où tout est fait pour n’attirer l’attention de personne. Surtout pas.
Ce qu’elle nous montre, ce n’est pas seulement des crimes qui sont ignorés de la justice. C’est une jeunesse qui est passée totalement inaperçue aux yeux de l’éducation nationale et des services sociaux. Débordés ? Non, pas vraiment, indifférents plutôt. Nadège grandit donc, et se construit, pas seulement une carapace pour se protéger, non, ce n’est pas cela, elle s’adapte à ce que les autres perçoivent d’elle – invisible, sans sentiment, sans reproche, sans paroles, sans désir aussi, parce que cela arrange bien tout ceux qui l’entourent.
Nadège est un personnage comme je les aime, un de ses beaux méchants richement construits, qui vont jusqu’au bout des choses, et tant pis si cela dérange le gentil lecteur. Nadège pense à tout, y compris à l’après – surtout à l’après – parce qu’elle a un privilège par rapport à d’autres tueurs : être proche de ceux qu’elle fait souffrir. Oui, cette tueuse ordinaire, cette tueuse du quotidien, loin des tueurs en série spectaculaire et sanguinaire, est bien plus inquiétante que ses confrères. Parce qu’elle est une femme ? Pas seulement. Pas qu’elle inspire la confiance, et parce qu’elle sait résister à ses pulsions – nous sommes loin des tueurs de série télévisée qui assassinent une fois par semaine.
Mon ombre assassine est un roman fascinant, dont on aimerait bien ne jamais croiser l’héroïne dans la vie réelle.

Sauf d’Hervé Commère

Présentation de l’éditeur :

L’année de ses six ans, à l’été 1976, Mat a perdu ses parents dans l’incendie de leur manoir en Bretagne. Rien n’a survécu aux flammes, pas le moindre objet.
Mat est aujourd’hui propriétaire d’un dépôt-vente. Comme à chaque retour de congés, il passe en revue les dernières acquisitions. La veille, ses employés ont récupéré un album photos à couverture de velours. Sur chaque page de cet album, des photos de lui enfant. Sauf que cet album ne devrait plus exister. Il ne peut pas exister. Et pourtant…
Mat a toujours aimé se raconter des histoires, mais à quarante ans passés, il semblerait que la sienne lui ait échappé. De Montreuil à la pointe du Finistère, cherchant à comprendre quel message la vie veut lui adresser, il traquera les vérités, ses vérités, celles que recèle un album de famille resurgi brutalement des décombres.

Mon avis :

Ce pourrait être une histoire simple, et au début, s’en est une. Mathieu, le narrateur, a 48 ans, il tient un dépôt-vente. Il vit en couple avec Anna, professeur, divorcée, mère d’une adolescente dont il n’est pas le père de substitution, puisqu’elle en a un. Si Anna et son ex-mari ne sont plus un couple, ils sont des parents responsables puisque leur garde alternée se passe bien. Mathieu a deux employés dont le passé est peut-être trouble, il n’empêche, ils s’entendent bien tous les trois, les journées de travail se passent sans problème. Quand on sait ce qui est arrivé dans la jeunesse de Mathieu, on se dit qu’il aurait pu avoir un destin très différent : ses parents sont morts dans un incendie quand il avait six ans, sa tante l’a recueilli avec son mari, et tous deux l’ont élevé avec beaucoup de dévouement.

Sauf qu’un jour, cela arrive. L’incident, la mouche dans le lait : on porte au dépot-vente un album photo qui aurait dû brûler dans l’incendie qui a tué les parents de Mathieu. Celui-ci a à peine le temps de se questionner que le chaos rentre dans sa vie : son local est cambriolé, sa maison brûle, ceux qui ont agi ainsi sont déterminés… à quoi ? A empêcher Mat de se pencher sur sa jeunesse, sur ce qui s’est passé quand il avait six ans et dont il n’a guère de souvenirs ?

Mat a beau avoir des amis hors-normes, ce sont avant tout des personnes fiables, véritablement prêtes à l’aider. Ce qu’il découvre ? La famille peut vous offrir le pire comme le meilleur. En effet miroir, nous pouvons lire le destin de Catherine Dourdan, qui est une enfant de remplacement. Je m’attarderai sur elle, parce qu’elle est un personnage secondaire mais important. Elle représente un phénomène dont on parle très peu dans notre société : l’enfant qui est née pour remplacer un enfant mort. Annie Ernaux en parle, puisqu’elle ne serait jamais née si sa soeur n’était pas morte. Pour certaines mères, ce sont les médecins qui ont fortement conseillé d’avoir un autre enfant, pour sortir de la dépression. Pour d’autres, elles ont pris elles-mêmes la décision d’avoir un autre enfant, donnant au suivant le prénom de l’aîné décédé (j’espère simplement qu’elles ne parlent pas devant lui comme devant des étrangers,  indiquant un numéro après le prénom…).

Mat enquête, à ses risques et périls, lui qui finalement souhaitait continuer la vie qu’il menait. Il est attachant parce que cet adulte bien dans sa vie paie à la quarantaine les errances des adultes – de ses propres parents. Même si certains faits peuvent sembler un peu incroyable… quand on se plonge dans la généalogie (et la tenue de l’état civil) pourquoi pas ? Cela n’ôte rien à la qualité de l’écriture de ce roman, particulièrement prenant, que j’ai dévoré en une soirée.

Partir c’est mourir de Jean Mignot

Présentation de l’éditeur :

En pleine nuit, le corps de Séverine est trouvé allongé dans la rue, devant chez elle à Versailles. Elle est atteinte d’une balle dans la tête. Elle est dans le coma et la médecine refuse de retirer la balle. Elle s’apprêtait à partir faire le djihad en Syrie après s’être convertie à l’Islam. Qui a commis cette tentative de meurtre ? Anouar, à qui elle venait d’annoncer qu’elle renonçait à partir avec lui ? Frédéric, l’amant de Séverine ? Alice, la femme de ce dernier ou Arthur, le fils de celle-ci ? C’est le commandant Bertrand qui mène l’enquête. Un flic à l’originalité qui cache sa sensibilité et le drame qu’il a vécu. En cours d’enquête, deux autres crimes sont commis.

Mon avis :

Ce n’est pas un secret, j’adore les romans policiers et quand j’ai vu ce livre sur Netgalley, je me suis laissée tenter. Problème : je n’ai pas aimé ce livre. Et là, vous vous dites « c’est court, comme avis ». Oui, je sais, c’est pour cette raison que je vais développer.
Le premier chapitre, qui nous plonge au coeur de l’intrigue, m’avait plu, et après ce début sur les chapeaux de roue, je m’attendais à ce que le reste soit de même nature. Pas trop. Chaque personnage est longuement présenté, décrit, et nous nous retrouvons plongés dans son passé, au point que je me suis retrouvée parfois à devoir faire coïncider ce que je venais de lire, montrant un personnage tout jeune adolescent, et l’époque actuelle dans laquelle le personnage l’était moins. Il fallait simplement que je m’adapte à cette façon de construire les personnages.
Par contre, ce qui m’a vraiment gêné, c’est la syntaxe. Je me suis même questionnée sur les raisons de transcrire les dialogues ainsi. En effet, quel que soit le personnage, adolescent, éducateur chevronné, femme timide, effacé et respectable, commandant, tous oublient une fois sur deux voir plus le « ne » de la négation – mais pas toujours, parfois, il est bien en place, et surtout, le « e » des « je » et autres pronoms est fréquemment élidé. Oui, cela donne peut-être une transcription de l’oralité, pourtant, quand cet effet porte sur tous les dialogues, c’est agaçant, et j’avais bien du mal à croire en la caractérisation de ces personnages qui parlaient tous de la même façon.
Beaucoup de secrets ou de non dits parsèment cette intrigue. J’aurai aimé que le voile soit levé sur certains d’entre eux. J’aurai aimé aussi que certains ne se voilent pas la face et « se bougent » un peu plus. Oui, les situations évoquées dans le livre sont malheureusement crédibles, et sont exploitées dans d’autres intrigues. Cependant, j’ai toujours du mal face à la naïveté et à la passivité de certains, surtout quand ils (ou elles) sont entourés de personnages prêts à agir. Roman policier, oui, mais j’aurai vraiment envie de savoir ce qui a poussé Séverine à agir comme elle a agi avant le commencement du roman, parce que les décisions qu’elle a prises tout au long de sa vie ne sont pas si évidentes que cela à prendre, y compris en connaissant son passé.
Bref, un roman que j’ai peu apprécié, mais que vous apprécierez peut-être.
Merci à Netgalley et aux édtions Bookelis pour ce partenariat.

Il y aura du sang sur la neige de Sébastien Lepetit

Présentation de l’éditeur :

LA TRANSJURASSIENNE. Célèbre rendez-vous du ski de fond français. Tous les ans, plus de 3 500 skieurs se retrouvent sur les pistes du Haut-Jura pour braver le froid glacial, le vent et la fatigue, autour du même objectif : donner le meilleur de soi et franchir la ligne d’arrivée ! Le commissaire Morteau connaît bien cette compétition dont il suit chaque édition. Mais cette fois, l’événement lui réserve des surprises… Depuis quelque temps, l’organisation de la course reçoit des menaces de mort très sérieuses. Morteau, accompagné de son jeune collègue, Fabien Monceau, est appelé à se rendre sur place pour évaluer les risques. Mais lorsqu’un homme est retrouvé assassiné de plusieurs balles dans la tête en pleine montagne, la situation devient plus complexe que prévu. Jalousie personnelle, rivalité sportive ou jeu pervers ? Cette année, la neige pourrait bien prendre la couleur du sang…

Mon avis :

J’ai toujours un regret quand je referme une enquête du commissaire Morteau : comme je les ai lus au fur et à mesure de leur parution, je n’ai pas d’autres livres mettant en scène cet enquêteur sous la main pour prolonger le plaisir de lecture. J’ai, par contre, beaucoup de citations en réserve, et l’envie de découvrir le burger franc-comtois.
Morteau n’a pas de chance. Comme le commissaire Maigret en son temps, un ami d’enfance le contacte. « Ami », il faut le dire vite, plutôt une personne avec laquelle il est allé à l’école. Il est un grand sportif – son ami – marié à une ancienne championne de ski. Non, ce n’est pas sur lui que planent les menaces, non, c’est sur la célèbre course qu’il organise – la Transjurassienne. Qui peut vouloir nuire aux skieurs – qui ne sont pas des sportifs qui brassent autant d’argent que les footballeurs ? Et surtout, qui peut être assez bête pour prévenir avant d’agir ? Oui, là, c’est ma question, parce que la discipline est trop difficile pour donner envie d’avoir un coup de pub, cela ne fera pas venir les skieurs et les sponsors plus vite !
Morteau revient chez lui, c’est à dire dans sa région natale, et il entend bien mener l’enquête à sa manière, même si cela ne convient à personne, ni à Fabien Monceau, son parigot de lieutenant, ni à la juge d’instruction. Il faut agir vite, très vite ! Un meurtre a eu lieu, confirmant les menaces reçues par l’organisateur, et tous n’apprécient pas les méthodes de Morteau. D’ailleurs, j’ai apprécié que certains points de procédures soient rappelés – ce qui ne veut pas dire qu’ils alourdissent le récit. En effet, dans les séries policières qui envahissent nos écrans, il suffit quasiment d’un coup de baguette magique pour que le bon enquêteur soit chargé de l’enquête. Là, rien n’est si simple, et Morteau le rappelle : il ne peut littéralement pas enquêter comme ça, pour faire plaisir à un « ami », d’autant plus que d’autres (les gendarmes) sont tout aussi compétents que lui pour se faire. Pas de guerre des polices, pas non plus – et c’est très important pour moi – de fascination ou de compréhension pour les meurtriers. Pour une fois, le commissaire Morteau et le lieutenant Monceau sont d’accord : qu’on puisse vouloir tuer quelqu’un les dépasse, et l’on peut très bien enquêter sans partager le point de vue du meurtrier.
Le respect de la procédure, oui, mais pas les excès : le lecteur ne subit pas un cours magistral sur la manière de collecter les indices, sur les rapports à écrire, ou pire, trois pages de scènes d’autopsie : seules les informations nécessaires à la compréhension de l’enquête nous sont donnés (je crois que vous m’avez compris, je déteste les scènes d’autopsie).
Les fans de Morteau pourront être rassurés : il a toujours son ours en peluche, il l’a emmené. Par contre, son chat est resté chez lui, soigneusement gardé : il est le chat d’un policier, non un chat policier, et il se porte très bien ainsi.
Je n’en dirai pas plus sur l’enquête, les suspects, les indices, les fausses pistes. Je dirai simplement que l’intrigue est habilement construite, et que lire ce livre fut un véritablement plaisir.
Une petite citation pour la route :
Morteau montra l’ardoise où figurait la carte du restaurant. Il avait choisi l’établissement pour deux raisons. D’abord, il adora la viande fumée du Haut-Doubs, et un restaurant qui en avait fait sa spécialité ne pouvait que l’attirer. Ensuite, le nom du restaurant, Les plaisirs cochons, lui avait laissé peser que le restaurateur avait forcément de l’esprit, d’autant plus qu’il avait précisé sur la devanture « Pour les épicuriens ne mangeant pas de porc, des plaisirs végétariens sont également prévus ». Que l’on puisse imaginer l’existence de plaisir végétariens était à ses yeux le summum du sens de l’humour !

Erectus de Xavier Müller

édition Xo – 440 pages

Présentation de l’éditeur :

Et soudain l’humanité se mit à régresser À Richards Bay, en Afrique du Sud, c’est le choc. Un homme s’est métamorphosé. Il arbore des mâchoires proéminentes, est couvert de poils, ne parle plus. Bientôt, à New York, Paris, Genève, des Homo erectus apparaissent en meutes, déboussolés, imprévisibles, semant la panique dans la population. De quel virus s’agit-il ? Que se cache-t-il derrière cette terrifiante épidémie ? Une scientifique française, Anna Meunier, se lance dans une course contre la montre pour comprendre et freiner cette régression de l’humanité. Partout, la question se pose, vertigineuse : les erectus sont-ils encore des hommes ? Faut-il les considérer comme des ancêtres à protéger ou des bêtes sauvages à éliminer ?

Merci à Netgalley et aux éditions XO pour ce partenariat.

Mon avis :

Je cherche comment qualifier ce roman. Ce n’est pas seulement un roman policier, c’est aussi un thriller scientifique, entre science-fiction et roman politique. Le point de départ est l’apparition d’un virus, qui fait régresser d’abord les animaux, puis les plantes, et enfin l’homme. Autant dire que la première phase est consacré au choc ressenti, à l’établissement de la preuve scientifique de l’existence de ce virus et de ses conséquences. Mais, après, que faire ?
Nous suivons des personnages qui sont directement concernés par le virus – parce qu’ils l’ont vu à l’oeuvre, parce qu’ils l’ont isolé, parce qu’un de leurs proches a été contaminé. Les problèmes qui se posent sont nombreux : comment l’empêcher de se propager ? Comment le guérir ? Et que faire des personnes atteintes, impossible à guérir au sens où on l’entend habituellement. Sont-ils encore des hommes ? Plus encore que la maladie, c’est le traitement que les grands de ce monde veulent réserver aux malades – parce qu’ils sont avant tout des malades, le lecteur ne doit pas l’oublier – qui fait froid dans le dos. Et si cela devait se produire, une épidémie de ce type ou un autre fléau qui exclurait une partie de la population, aurions-nous la force de nous rebeller ? C’est la vraie question que nous pose ce roman.
Erectus, un thriller efficace et effrayant.