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Tabous de Danielle Thiéry

 

Présentation de l’éditeur :

Dans un hôpital d’Arcachon, une femme et son bébé de 4 mois disparaissent mystérieusement. Le commissaire de la PJ de Paris, Edwige Marion, descend épauler son ancien collègue bordelais, accompagnée d’Alix de Clavery, une jeune psycho-criminologue aux méthodes singulières.
L’enfant est retrouvé… sans sa mère.
Commence alors une enquête difficile où la spécialiste se heurte aux murs du silence et à la puissances des tabous.

Mon avis : 

Ce roman suit Dérapages dans l’écriture, mais pas dans la construction de l’intrigue : nul besoin d’avoir lu le précédent pour comprendre et apprécier celui-ci. Le commissaire Marion doit cependant faire avec les conséquences de l’enquête précédente, sa fille Nina est retournée en Angleterre, leurs relations ne sont plus aussi proches qu’elle l’aurait souhaité.
Pourtant, l’enquête que va mener le commissaire Marion la ramène vingt ans en arrière, à une autre enquête qui, déjà, parlait d’enfants en péril. Je ne veux pas trop m’avancer, mais j’ai l’impression que ce thème est cher à l’auteure.  Célia et sa fille Roxane ont disparu, là, comme ça, boum ! d’une maternité où l’on peut entrer et sortir pire que dans un moulin. A la décharge de l’institution, Célia ne venait pas de mettre au monde son bébé, elle revenait en consultation avec sa fille alors même qu’elle n’avait pas accouché ici – premier mystère. Le bébé est retrouvée très vite, mais sa maman, non. Pourtant, mis à part les enquêteurs, personne ne semble se soucier de la jeune femme. Ni ses parents, ni son frère, ni son mari qui est loin, très loin – et pas vraiment aimé par sa belle-famille, au prétexte qu’il est « étranger ».
L’enquête est presque un huis-clos. On étouffe, dans cette dynastie, qui vit en vase clos. Les enfants ne s’écartent guère de la scierie familiale, même s’ils ont fait, comme Armel et Celia, des études aussi prestigieuses qu’inutiles puisqu’elles ne leur ont pas permis de prendre leur envol. J’ai pensé à Mauriac – un peu – puisque l’enquête se situe dans le bordelais.
J’ai pensé aussi au débat sur le mariage pour tous (oui, je m’écartais du sujet, un peu) et sur la maternité, thème central s’il en est de ce roman. On vous pose toujours des questions si vous n’avez pas d’enfants on ne vous demandera jamais pourquoi vous avez eu des enfants. Or, dans ce livre, il est peu de relations parents/enfants heureuse. La seule qui l’est, c’est Reynald et Irma, le policier municipal pas toujours futé qui a pris avec lui sa mère devenue impotente et prend soin d’elle à sa manière, sans excès mais sans négligence. Sinon… Prenons par exemple l’intrigue qui semble secondaire, et ce mystérieux Truc – oui, c’est bien son nom. Truc a été surnommé ainsi par sa mère, avant d’être retiré à sa garde. Même chose pour Carole, abandonnée elle aussi et mère célibataire d’une petite fille. Nathalie, l’aide ménagère, est fâchée avec sa fille. L’aisance financière ne change rien à l’affaire : les Laporte ne cessent de montrer leur absence d’amour envers leur descendance. Pire : ils confondent éducation et dressage, tout en essayant de laver leur linge sale en famille.
Les crimes étaient-ils évitables ? Oui. Il est facile d’imputer le hasard, ou la faute à pas de chance pour certains d’entre eux. Le hasard, ce n’est dans cette histoire que le nom que l’on donne aux causes que l’on ne veut pas ou ne peut pas voir.

 

 

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Dérapages de Daniele Thiery

Présentation de l’éditeur :

Un corps d’enfant, très déconcertant, est découvert sur une plage du Nord de la France. Un cas troublant qui laisse perplexes tant les forces de police que le médecin légiste.
Même la commissaire Edwige Marion, qui dirige maintenant un important service de la PJ parisienne, n’a jamais rien vu de tel.
Au même moment, Marion récupère sa fille Nina en état de choc et couverte de sang. Nina a quitté Londres et sa sœur Angèle, clandestinement. Elle est murée dans son silence. Angèle et son mari, un scientifique renommé, ont disparu.
Quels peuvent être les liens entre un enfant étrange mort noyé, une adolescente, un scientifique spécialiste du génome humain… et une jeune mère dont on a enlevé le bébé et qui, séquestrée chez elle, sombre dans l’horreur.

Mon avis :

Avis à ceux qui aiment les romans policiers sans meurtres et sans violence (oui, de tels fans existent, j’en ai rencontrés),passez votre chemin : ce roman est glauque et sanglant. Les enquêteurs vont avoir fort à faire pour résoudre cette affaire, notamment lutter contre ceux qui leur mettent des bâtons dans les roues. Normal, me direz-vous, un coupable, quel qu’il soit, n’a pas très envie d’être découvert. Sauf que certains enquêteurs eux-mêmes ne sont pas forcément prêts à aider le commissaire Marion et son équipe.
J’anticipe et je suis floue, oui, mais je ne veux pas trop en dire non plus, parce que l’intrigue est complexe, et parce que les points de vue sont variés. Prenons par exemple cette jeune femme, Jennifer, enfermée dans son curieux appartement. D’un côté, le lecteur la plaint pour les tourments qu’elle endure, pour sa solitude. De l’autre, nous sommes en droit de nous demander dans quelle mesure ce qu’elle voit, ce qu’elle ressent est vrai, et plus encore comment une jeune femme moderne a pu se retrouver aussi isolée, et aussi dépendante d’un seul homme, au point que son enfant voit pour la première fois un médecin à l’âge de quatre mois.
Effrayant, ce thriller ? Oui. Marion, qui doit de plus veiller sur sa fille Nina, découvre des ramifications à peine croyables, tant « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Chercher à guérir des maladies, à améliorer le sort des souffrants, oui. Chercher autre chose de plus futile (à mes yeux) non.
Ce que j’ai aimé, en dépit de l’épaisseur de ce livre, c’est à quel point il est facile à lire, à quel point j’ai tourné les pages rapidement pour découvrir le pourquoi du comment. J’ai d’ailleurs enchaîné avec le tome suivant, que je chroniquerai dès demain.

 

L’enfer du dossier Li de Grégoire Lacroix


édition Flamant noir – 172 pages

Présentation de l’éditeur :

Les duos d’aventuriers ou d’enquêteurs ont toujours captivé les lecteurs. Sherlock Holmes et le Dr Watson, Don Quichotte et Sancho Panza, San Antonio et Bérurier, et, dans leur sillage : Gibson Greg et Basile Duglandier. Ces deux agents, moins connus puisque secrets, sont eux aussi étonnants.L’affaire du moment : le dossier « Li ».Au départ, seulement deux lettres, et aucune piste fiable. Leur duo tourne alors au duel, et tout devient passionnant, voire inquiétant ! Surtout quand l’enquête, partie d’un rien, prend une dimension planétaire et les entraîne au c?ur d’une actualité brûlante… Ils s’en sortiront, oui. Mais dans quel état…?

Mon avis :

Les deux premiers tomes mettant en scène ces deux supers agents étaient follement drôles. Le troisième tome l’est tout autant. Ce fut un vrai plaisir de retrouver Gibson Greg, et surtout Basile Duglandier, personnage pour lequel j’avais déjà un faible. Basile évolue… Si Greg s’estime toujours autant et n’a aucun doute sur ses capacités de séducteur et d’agent secret, ou plutôt, il n’a aucun doute sur aucune de ses capacités, il en avait des quantités sur celles de son adjoint/sous-fifre/faire valoir. Il faut cependant reconnaître que Basile a bien plus de capacités que Greg ne le pense.

Leur enquête commençait pourtant bien, puisqu’elle partait dans toutes les directions ou presque. Nos deux agents secrets reprenaient donc leur couverture et enquêtaient donc sur terre et sur mer, avec le soutien de Florence, le grand amour, la grande passion de Basile. Les journalistes aussi sont capables de mener l’enquête.

Greg ne se ménage pas, et est toujours capable d’aligner les aphorismes avec une régularité confondante. Ils sont toujours très percutants, marqués du sceau de sa suffisance absolument hilarante, même dans les moments où il se trouve en sérieuses difficultés. La vie d’un agent secret n’est pas de tout repos !

L’enfer du dossier Li, un roman à lire en toutes circonstances.

Une petite citation pour finir : Quand on sait que l’on va mourir, il est inutile de revoir son passé. Mieux vaut regarder son avenir, ça prend moins de temps.

Les disparues de Louisiane d’Alexis Aubenque

Présentation de l’éditeur :

En ce début des années 60, Alan Swift, détective privé installé en pleine Louisiane, est perplexe quand un jeune homme vient lui demander de retrouver la jeune fille qui fut son premier amour. Une simple affaire de cœur ou plus que cela ?
Swift se pose bien des questions, surtout quand rentre dans sa vie Carol Perry, une jeune journaliste fraîchement revenue de New-York, qui vient d’intégrer l’équipe du grand quotidien de la ville. Elle enquête de son côté sur la mort de Julia Sands, une prostituée poignardée à mort.
Fille de la bonne société, Carol a passé son existence dans le grand monde. Elle est tout l’opposé de Swift, orphelin habitué à la violence urbaine, qui ne se sent à l’aise que dans les bas-fonds.

Mon avis : 

Roman policier ? Roman noir ? Les disparues de Louisiane est un peu des deux. Dans ce livre du plus américains des auteurs français, nous retrouvons le détective un peu (beaucoup) dans la dèche, la femme presque fatale et le policier désabusé, qui est un ami du détective. Le monde est petit.
Swift doit retrouver l’amour perdu d’un jeune homme de bonne famille – amour perdu depuis sept ans. Il est blanc, elle est noire, et dans la Louisiane des années 60, ces unions ne sont pas très bien vues. Je ne pense pas, d’ailleurs, qu’elles soient forcément très bien vues par certaines personnes, même dans ces années 2010 finissantes. Swift enquête, et ce qu’il découvre n’est pas joli-joli.
Carol Perry enquête aussi, de son côté. Journaliste, elle est bien décidée à ne pas se cantonner aux pages cuisines et mode du journal. Elle veut être une véritable journaliste d’investigation, et faire toute la lumière sur le décès d’une jeune prostituée noire – qui ne l’était pas vraiment. Carol n’est pas la seule à vouloir être reconnue pour son travail, même si elle est un peu mieux armée, étant issue d’une bonne famille et ayant un peu d’expérience derrière elle. J’ai trouvé cependant, par rapport à Swift, qu’elle manquait de nuance, étant parfois incapable d’aller au-delà des apparences, surtout si la personne qui est en face d’elle ne fait pas partie du même milieu qu’elle. Certes, elle sait ce qu’elle veut, elle sait se montrer pugnace, pourtant elle ne l’est pas autant qu’elle croit l’être.
L’auteur sait nous tenir en haleine tout au long de l’intrigue, nous entraîner dans des rebondissements inattendus. Plus l’on avance dans la lecture, plus l’on a envie de savoir ce qu’il est advenu des victimes, plus nombreuses qu’on ne pouvait le croire.
Encore un roman très réussi signé Alexis Aubenque.

Achève et prends ma vie de Marie-Laure Binville

Présentation de l’éditeur :

Un dimanche matin d’automne dans l’Essonne, un adolescent disparaît. Le capitaine Le Goff de la PJ de Versailles, un policier perspicace et obstiné qui connaît quelques difficultés personnelles, est chargé de l’enquête, qui s’annonce difficile : pas de témoins, pas de suspects, pas de corps. Quelques jours plus tard, on découvre sur un parking le cadavre d’un enfant rom, dont personne ne vient réclamer la dépouille.

Mon avis : 

Je vous le dis d’entrée de jeu : il est assez mitigé sur ce livre.
Je commence d’abord sur les points positifs : l’enquête sur la disparition de Lucas. Déjà, nous avons la chance que le récit se focalise, parfois, sur le jeune adolescent. Perte de suspens ? Non, puisque la quatrième de couverture en avait déjà beaucoup trop révélé, ce qui à mon avis est fort dommage. Nous ne nous demandons pas alors s’il va s’en sortir, mais comment il va s’en sortir.
Lucas, c’est un adolescent comme il y en a beaucoup. Il n’est pas en échec scolaire, non, mais il n’est pas non plus au sommet de sa réussite. Ses parents sont très pris, par leur travail, par les soins du ménage, et le poussent à faire toujours mieux, toujours plus, sans véritablement l’épauler, tout en pensant faire « tout ce qui est bon pour lui ». Bref, une famille quasiment ordinaire à qui arrive l’impensable.
La description des maltraitances subies par Lucas lors de son enlèvement reste assez modérée : nous sommes dans un polar, non dans un thriller. J’ai beaucoup aimé la manière dont l’enquête était menée, les efforts que font le capitaine Le Goff et son équipe pour retrouver l’adolescent qui, il faut bien l’avouer, bénéficie d’un mélange de chance et de courage.
Reste tout ce qui ne m’a pas plu – et bien je dirai la suite de l’enquête, après le retour de Lucas. Nous sommes entraînés dans des chemins tortueux, pas seulement du fait de la personnalité des suspects, mais aussi de celles des enquêteurs. Je suis bien d’accord pour dire qu’un meurtrier n’a pas à être charismatique, seulement j’ai trouvé certaines péripéties un peu grosses, pour ne pas dire téléphonées, comme des passages attendus dans le devenir d’un pervers en puissance.
Je me suis aussi interrogée sur le capitaine et sa vie privée. Son ex-femme l’a quitté, emportant leur fille unique sous le bras – les policiers ont très souvent des filles uniques. Curieux personnage que cette Béatrice Le Goff, qui semble tout droit sorti d’un autre univers que celui du roman policier.
Pour finir (et pourtant, je ne suis pas réputée auprès de mes élèves pour avoir une immense largeur d’esprit), je n’ai pas du tout aimé l’image qui était donné des homosexuels dans ce roman, pas un pour racheter l’autre. Dommage.

Rendez-vous passage d’enfer de Claude Izner.

Présentation de l’éditeur :

Par une chaude nuit d’août 1895, la chute d’une météorite en forêt de Montmorency bouleverse le train-train du libraire-enquêteur Victor Legris, de son père adoptif Kenji Mori et de Joseph Pignot, ancien commis récemment promu associé. Cet événement spectaculaire entraîne, suite à un rocambolesque concours de circonstances, une série de meurtres mystérieux. Lancée à la poursuite d’une confrérie haute en couleur dont les membres ne font pas de vieux os, d’un jeune gandin en quête d’un trésor et d’une pierre maudite, l’aventureuse équipe, sillonne un Paris fin de siècle gouailleur et canaille à un rythme d’enfer. Rendez-vous pris avec le diable !

Mon avis :

L’on n’en sait peu, finalement, sur la famille de Victor Legris, ce libraire de la rue des Saint-Pères qui est enquêteur à ses heures perdues – au grand dam de Tasha, sa moitié. Dans ce tome, il est question d’Emile, son oncle, celui-là même qui lui a légué la librairie et qui était un philanthrope à temps plein. Il avait fondé une confrérie et, bien des années plus tard, quelqu’un élimine ses membres un à un, avec des méthodes qui visent à faire passer ses meurtres pour de banals accidents.  Nous croisons aussi le neveu d’un des membres de cette confrérie qui ne songe qu’à une chose, s’enrichir de façon assez simple avec une belle persévérance.

L’enquête est agréable à suivre, en dépit d’une quantité assez conséquente de décès – et l’impression de vies gâchées. L’on passe assez vite sur chacun de ces personnages qui auraient mérité d’être un peu plus fouillés. L’un d’entre eux l’est un peu plus. Après tout, les réunions se passaient chez lui, et si je le trouve fort sympathique, c’est grâce à sa passion immodéré pour les chiens, peu importe dans quel état ils se trouvent et de quelles races ils sont.

Reste le contexte historique, qui est très bien restitué. Ce roman plaira aux fans, qui l’auront déjà lu au moment où j’écris ces lignes.

 

Les larmes de River Falls d’Alexis Aubenque

Présentation de l’éditeur :

Alors que l’été s’achève, le shérif Mike Logan savoure la tranquillité qui règne sur sa ville. Revenir à River Falls a été la meilleure décision de sa vie, se dit-il. Mais le destin le rattrape : à l’aube, on retrouve le cadavre d’un homme dans un champ, crucifié tel un épouvantail. Un mot est accroché à ses habits : « Là est ta place ! » Secondé par la lieutenante Lindsay Wyatt, amie de la fille de la victime, Logan enquête dans toutes les directions possibles, avec la terrible impression que d’autres meurtres vont suivre.Plus méfiant que jamais à l’encontre de Logan, le journaliste Stephen Callahan et sa consœur Leslie Callwin, une spécialiste des tueurs en série, enquêtent en parallèle. Ils vont découvrir qu’à River Falls, l’horreur peut prendre de multiples visages…

Merci aux éditions Bragelonne et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis : 

Le sous-titre : « la série culte » n’est vraiment pas de trop, et en refermant ce livre, j’ai été soulagée de lire qu’un prochain tome paraîtra en juin 2019 – oui, cette série est vraiment addictive et lire ce livre fut un vrai plaisir.
Oui, la thématique est dur – les petites villes américaines ne sont pas des lieux calmes et paisibles. Le shérif l’avait déjà expérimenté à plusieurs reprises, son retour ne fait que confirmer : le mal peut surgir n’importe où, et pas nécessairement là où l’on pense. Petite ville mais média moderne : les informations circulent plus vite que les policiers, et il est très difficile de garder un secret.
Le rythme de l’intrigue est soutenu sans être précipité. Les chapitres s’enchaînent sans temps mort, offrant des points de vue différents sur la progression de l’enquête. Le shérif n’est pas seul, les journalistes aussi veulent savoir – et ils sont parfois plus de facilité à obtenir des informations.
Il n’est pas nécessaire d’avoir lu et apprécié les autres romans mettant en scène Logan et Hurley pour lire celui-ci. Des allusions à leurs enquêtes précédentes sont faites, suffisantes pour plaire aux fans, mais pas étouffantes, elles ne nuisent pas à la compréhension de l’intrigue. Cependant… le passé nous rattrape parfois.
Le passé, et le présent : voir les suprématistes blancs à l’oeuvre n’est pas des plus agréables.
Les larmes de River Falls est un roman policier efficace et réussi.