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L’art du meurtre par Chrystel Duchamp

Présentation de l’éditeur :

Quatre victimes. Et aucun coupable.
Des relations amoureuses sans lendemain. Une mère possessive et intrusive. Des nuits entières à errer. La vie d’Audrey, 34 ans, pourrait se résumer à une succession d’échecs. Seul son métier de lieutenant à la PJ lui permet de garder la tête hors de l’eau.
En ce jour caniculaire de juillet, Audrey et son équipe sont appelés sur une scène de crime. Le corps de Franck Tardy, avocat à la retraite, est retrouvé dans son luxueux appartement du XVIe arrondissement. Son corps a été torturé, mutilé, partiellement écorché, puis mis en scène sur une table dressée pour un banquet. Pour compléter cette vanité, un crâne humain lui fait face : celui de sa défunte épouse, dont la tombe a été profanée quelques jours auparavant.

Merci aux éditions de l’Archipel et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Si un jour j’écris mon autobiographie, je l’intitulerai Comment saborder une relation amoureuse en dix leçons.

La citation pourrait sembler presque légère, si ce n’est qu’elle montre bien le désarroi dans lequel vit Audrey. Elle a 34 ans, et sa relation de dix ans avec un homme qui l’a trahi l’a amené à sombrer. Son métier, et surtout sa chef Patricia, presque une mère pour elle, la font tenir. Ou faire semblant de tenir, parce qu’elle cumule les excès, qui peuvent avoir des conséquences sur sa vie, tout court. En plus, il fait chaud, très chaud, nous sommes en pleine canicule et c’est épuisant. Cela a aussi une influence que certains criminels avaient peut-être prévu : les odeurs d’un corps en décomposition se perçoivent plus vite. C’est ainsi que le corps de Franck Tardy est découvert. Il a eu une vie très bien remplie : trois femmes, six enfants, un métier qui l’a rendu riche et lui a permis de multiplier résidences secondaires et de se livrer à ses deux passions. L’une est avouable : l’art. L’autre l’est moins : le SM. Il est la première victime, il ne sera pas la seule.

J’ai beaucoup aimé ce roman très prenant. J’ai marqué peu de pauses dans ma lecture, je n’ai pas eu envie, comme cela m’arrive très souvent, d’alterner avec un autre livre. Il faut dire que j’ai vraiment eu envie d’accompagner Audrey dans ses recherches, dans sa découverte de la vérité. Policière au parcours atypique (elle a étudié à l’école du Louvres avant d’entrer dans la police), elle perçoit des correspondances entre les meurtres, ou plutôt leur mise en scène, et des oeuvres d’art, des courants artistiques, des performances aussi. J’ai apprécié cette manière de présenter le plus de facettes possibles de l’art contemporain – et elles sont nombreuses. Il est question du marché de l’art – rares sont ceux qui peuvent se permettre d’acquérir les oeuvres qu’ils convoitent, rares aussi sont ceux qui parviennent à vivre en vendant et en achetant ses oeuvres. Joël, qu’Audrey rencontre au cours de son enquête, crée ainsi le lien entre les deux mondes, et lui permet de mettre en forme ses théories : il n’est pas forcément facile de faire entendre qu’un meurtre a été commis dans le cadre d’une démarche artistique, ce n’est pas le mobile le plus courant.

Il est question aussi de créations artistiques. Sans pédanterie, la démarche de certains artistes (Warhol) ou de certains performeurs est intégrée dans le récit. Le fait que ces explications soient le fait d’Audrey y est pour beaucoup, elle qui a gardé un pied dans le monde de l’art, malgré tout, elle qui doit faire aussi avec son immense solitude, que masque mal le fait qu’elle soit constamment entourée.

Il est question aussi de la place de l’art dans notre société, notamment de l’art figuratif. Oui, cet art que l’on ne veut plus vraiment voir depuis que la photographie existe, cet art qui est trop proche de la réalité, trop proche du passé (paradoxe, non ?). Ceux qui continuent à s’exprimer ainsi sont condamnés à se taire, tant ils sont invisibilisés. Le verdict artistique n’est plus celui du public, mais celui du marché. Enfin, quand je dis « celui du public », il existe si peu de public pour l’art que je ne sais pas vraiment comment un art qui s’écarte de ce qui est admis et vendeur actuellement pourrait trouver à s’exprimer. De même, j’espère que ce livre trouvera son public : l’art et le polar ont beau rimé, ils sont rarement mélangés. C’est dommage, surtout quand l’union est aussi réussi que dans ce livre.

Blessures invisibles d’Isabelle Villain

Présentation de l’éditeur :

Le major Maraval est retrouvé mort à son domicile, une balle dans la tête, son arme à la main.La thèse du suicide est pourtant très vite abandonnée par le groupe du commandant Rebecca de Lost, et les pistes militaires et familiales se multiplient.Dans le même temps, le « tueur au marteau », demeuré silencieux depuis l’enterrement du capitaine Atlan, décide de reprendre du service.Deux enquêtes sous haute tension. Un final explosif !

Merci à Joël des éditions Taurnada pour ce partenariat et sa confiance.

Mon avis :

Nous retrouvons dans Blessures invisibles l’équipe de Mauvais genre – ce qui reste de cette équipe. Ses membres tentent de se remettre de ce qu’ils ont vécu, et ce n’est pas simple. L’après est rarement montré en littérature policière – l’après immédiat, si, pas l’après dans le sens où les jours ont passé, où la vie est censée avoir repris son cours, et où il faut vivre, quand même, et continuer à enquêter. Parce que les morts ne se sont pas arrêtés une fois Mauvais Genre refermé. Parce qu’il est des Blessures invisibles.

L’action se passe en 2016. Après les attentats. Après Charlie. Après l’Hypercacher. Après Saint-Etienne du Rouvray. Il est les blessures physiques. Il est les blessures invisibles, celles que l’on ne voit pas, avec lesquelles il faut vivre.

Le major Maraval est dans ce cas. Il n’a pas été victime des attentats, non. Il est militaire et il est atteint du syndrôme de stress post-traumatique. Il a enchaîné les missions. Il a dû tuer, voir d’autres se faire tuer. Il n’est pas question d’étouffer un horrible scandale (comme c’est souvent le ressort dans les séries télévisées), il est question de montrer ce qu’est réellement le métier de militaire, ce que cela entraîner pour ces hommes pour qui l’armée, c’est toute leur vie. Alors oui, l’armée a mis des décennies à reconnaître cette maladie. Oui, la manière dont elle est soignée, les traitements mis en place ne sont pas encore très au point mais elle a réellement commencé à prendre en charge ceux qui en souffrent.

Le Major souffrait-il au point de se suicider ? Ses proches ne le croient pas. Le groupe du commandant Lost enquête donc et découvre des faits troublants. Eux aussi sont, comme Maraval, des hommes et des femmes entièrement dévoués à leur métier. Aussi est-ce un coup de tonnerre quand le « tueur au marteau » refait son apparition, continuant le cheminement macabre de ses meurtres.

Non, rien n’est facile à gérer, ni physiquement, ni émotionnellement. Rebecca, ses hommes se soutiennent, et doivent aussi toujours être vigilant contre ce tueur si peu saisissable et si proche. Un personnage, à la lisière de l’équipe, m’a intéressé : le nouveau légiste. Je l’ai trouvé profondément humain, gérant à sa manière son approche de son travail. Il dérange un peu les enquêteurs – parce qu’il est différent de son prédécesseur, et il est toujours dur de ne plus travailler avec une personne que l’on appréciait beaucoup. C’est humain, là aussi.

La vie, la mort. La fin de vie. Elle est évoquée, là aussi, non sous forme de débat, mais sous forme de choix, personnels – forcément personnels. Cela amène le lecteur à s’interroger – sur nous, sur les autres, sur ce que nous sommes prêts à entendre de nos proches.

Et là, je me rends compte que mon ton est devenu un peu docte, distancié, ce qui ne retranscrit en rien l’intensité de ce roman. Le lecteur, avec les enquêteurs, croit souvent être sur une piste, avoir trouvé – enfin – avoir la certitude de ce qui s’est passé : rien n’est jamais terminé tant que le mot fin n’a pas été apposé.

Blessures invisibles est une enquête prenante, aux personnages attachants – et j’espère que nous retrouverons à nouveau le commandant Rebecca de Lost pour de nouvelles enquêtes.

Sème la mort de Laurent Malot

Présentation de l’éditeur (extrait) :

Un quadruple meurtre secoue alors la ville. Arrêté avec un couteau à la main et du sang sur ses vêtements, un ado de 14 ans se mure dans le silence avant d’être interné en hôpital psychiatrique. Gange, aux affaires courantes, reste en retrait. En arrêtant un jeune qui sème le trouble dans les rues, il croise la route de sa mère, femme de pouvoir séduisante, prête à tout pour protéger son fils. Une femme d’influence que personne, à Etampes, n’ose vraiment contredire…

Préambule (vous n’êtes pas gâté, encore une chronique longue) :

Voici quelques jours, j’ai écouté sur Inter une chronique sur les influenceurs. Je n’en suis pas une, je suis blogueuse, ce n’est pas la même chose.

Mon avis :

J’ai lu, avant de rédiger mon avis, tout ce que j’ai pu lire sur Babelio. Alors, je ne serai pas brève (bis), je tenterai simplement de suivre un grand principe : ne pas prendre un livre tel qu’on aurait aimé qu’il soit, mais tel qu’il est. Il est tout de même rarissime (sinon, j’attends des témoignages) d’apprendre qu’un éditeur ait forcé un auteur à modifier radicalement une intrigue. Alors commençons.

Sème la mort, c’est d’abord l’histoire d’un lieutenant, Gange, qui se remet à peine d’une affaire douloureusement complexe, et surtout, de la séparation d’avec sa femme. Parce qu’il ne comprend pas, non, pourquoi elle l’a planté là, avec sa fille, pourquoi elle est revenue pour divorcer et tout faire – du moins, c’est mon sentiment – pour l’écarter de la vie de sa fille. Alors il a demandé sa mutation, pour ne pas être éloigné de sa fille. Il s’accroche, pour être présent chaque fois que celle qui est quasiment son ex-femme lui en laisse l’occasion. Sa mutation n’a pas fait que des heureux, bien au contraire. Il se retrouve même plutôt dans un placard, parce qu’il a un chef qui fait régner son ordre, et sa discipline. Tant pis si les enquêtes en pâtissent, je ne suis même pas sûre qu’il s’en rende compte puisque personne n’ose se dresser devant lui.

Sauf Gange. Non, il ne joue pas les cow boys, il veut simplement, à un moment de l’enquête, pouvoir faire son travail, faire passer la recherche et l’arrestation du suspect avant les querelles d’égo – ce que d’autres comprennent très bien. Il fallait simplement un policier déclencheur, si j’ose dire. Un policier qui a une toute jeune co-équipière, devenue policier parce qu’elle a regardé beaucoup de séries télévisées policières. Note : vous connaissez beaucoup de séries télévisées qui ne sont pas des séries policières, mis à part les sketchs humoristiques diffusés sur M6 ? Comment s’étonner alors que des vocations soient nées, tout comme l’Instit avait été créé pour donner envie de s’inscrire à feu l’IUFM ? Sam ne déchante pas parce qu’elle découvre la réalité du terrain, elle déchante parce qu’avec un chef comme le sien, une jeune femme a très peu de chance de se faire sa place, encore moins d’avoir une place digne de ce nom. Mais Sam est vraiment faite pour ce métier, pas du genre à se décourager, comme nous le montre nous le dénouement.

L’intrigue, c’est tout de même une famille entière qui a été assassinée, et un suspect idéal : il est jeune, il était sur les lieux du crime, il était différent parce que surdoué. Ne cherchez plus, c’est le coupable idéal, que ce soit pour le commissaire, ou mieux, les journaux, qui tiennent un sujet en or quasiment massif. Je ne saurai mieux dire que l’auteur :

Depuis le meurtre de la rue des Barricades, seul Ethan intéressait les médias. Sa personnalité avait été disséquée sur toutes les chaînes et dans tous les journaux. C’était la même chose avec les attentats ; tout le monde connaissait le nom et le visage des terroristes ; les victimes, elles, étaient laissées au bon souvenir de leurs familles.

Il est question de terrorisme, aussi. Depuis 2015, nous vivons avec, et si nous n’y pensons pas tous les jours, les menaces, les suspicions existent. Le fait qu’on puisse y faire allusion, même pour écarter cette piste, nous le rappelle.

Et un cinquième meurtre survient, et peine à réorienter l’enquête. Par commodité. Si l’on n’a pas de preuves de la culpabilité du jeune garçon, on n’a pas de preuves suffisantes de son innocence non plus. Vous avez dit absurde ? Un peu. N’oublions pas que nous sommes en province, cette province que les médias ignorent sauf en cas de crimes, cette province qui est regardée avec dédain de la capitale. Cette province dans laquelle les agriculteurs vivent comme ils peuvent, meurent aussi, à cause des engrais qu’ils ont dû répandre pour obtenir de meilleurs rendements, engrais fabriqués dans des usines qui font vivre l’économie locale : le cercle vicieux est bouclé.

Il est question aussi des enfants différents. Pas seulement Ethan, mais aussi Rémy. Comment prendre soin de ses enfants ? Comment les protéger aussi d’eux-mêmes ? Comment les aider à grandir harmonieusement ? Certains y arrivent, avec beaucoup de soins, dans tous les sens du terme. D’autres noms, parce qu’il est plus facile de fermer les yeux.

Sème la mort est un roman policier qui nous tend un miroir vers notre société. Un miroir pas forcément agréable, mais juste.

 

La variée était en noir de Jean Failler

Présentation de l’éditeur :

Voici Mary Lester plongée dans le monde étrange des marais de Brière dans le cadre – voulu par un ministre – d’une coopération avec la gendarmerie. Les gendarmes l’acceptent volontiers à condition qu’elle ne fasse pas de vagues et surtout, qu’elle ne se mêle pas d’enquêter sur les incendies qui ravagent des maisons de  » hors venus  » au marais. Évidemment, il suffit d’interdire quelque chose à Mary pour qu’elle ait envie de le faire. Elle ne tarde pas à découvrir que ce qui se passe sur l’Ile aux Vierges est bien plus grave que les incendies, et à s’intéresser à un personnage louche et à sa compagne. Des gens qui ont le bras long, au point de pouvoir empêcher Mary de mener son enquête à bien ? Ils auraient tort de le croire…

Mon avis : 

C’est un livre inquiétant. Si, si, je vous le dis. Il est inquiétant à plus d’un titre. Certes, il faut le replacer dans son époque, celle où le premier ministre d’alors voulait prouver la bonne collaboration entre la gendarmerie et la police : Mary Lester est donc envoyée dans les Marais de Brière pour être la caution politique de cette belle entente. Si vous avez déjà lu une enquête de Mary Lester, vous devez savoir qu’elle n’a vraiment rien qu’une « caution », et tout d’une enquêtrice qui veut mener à bien ses enquêtes. Pas si simple puisqu’un charmant personnage sévit, effraie quasiment tout le monde, au point que personne n’ose porter plainte, et que la gendarmerie laisse faire – surtout ne pas faire de vague !
Ce qui est inquiétant aussi, si vous lisez la couverture, est que le roman est signé « Mary Lester », et non « Jean Failler ». Pourquoi ? L’auteur a été condamné en diffamation pour un de ses précédents romans, parce qu’une personne s’est reconnue dans l’ouvrage – plusieurs mêmes, si j’en crois l’article que j’ai lu à ce sujet. Quid de la liberté de l’écrivain ? Pas gagné, si j’ose dire.
Cette vingt-cinquième enquête nous emmène dans les marais de la Brière où des incendies ont lieu, de manière inexpliquée – enfin, pas pour tout le monde. On sait, on n’a pas de preuve, et en France, on ne peut pas condamner sans preuves. Heureusement, me direz-vous. Je suis bien d’accord. Je dis simplement que pour pouvoir faire cesser ces exactions, il faut aussi se donner les moyens d’enquêter, faire cesser la peur, oser aussi se poser les bonnes questions. Tant que les victimes n’oseront pas porter plainte, tant qu’elles seront terrorisées par leur bourreau, tant que les violences conjugales seront traitées comme de simples disputes causées par la jalousie. Je parlai d’actualité plus haut : force est de constater que les choses n’ont guère changé depuis la publication de ce roman en 2004.
Pas une enquête facile pour Mary Lester, non seulement parce qu’elle est un peu seule contre tous, mais aussi parce qu’un homme ne peut bénéficier d’une telle immunité sans être protégé. Qu’est-ce qui peut bien se passer dans ses marais pour qu’on lui laisse faire sa loi ?
Ce que découvre Mary Lester est tout sauf reluisant. Il est de bonnes personnes. Il en est d’autres qui savent tirer le meilleur, pour eux, de la misère humaine.Cela se passe près de chez nous, il faut simplement ne pas fermer les yeux.

L’empathie d’Antoine Renand

Présentation de l’éditeur :

Vous ne dormirez plus jamais la fenêtre ouverte.  » Il resta plus d’une heure debout, immobile, face au lit du couple. Il toisait la jeune femme qui dormait nue, sa hanche découverte. Puis il examina l’homme à ses côtés. Sa grande idée lui vint ici, comme une évidence ; comme les pièces d’un puzzle qu’il avait sous les yeux depuis des années et qu’il parvenait enfi n à assembler. On en parlerait. Une apothéose.  » Cet homme, c’est Alpha. Un bloc de haine incandescent qui peu à peu découvre le sens de sa vie : violer et torturer, selon un mode opératoire inédit. Face à lui, Anthony Rauch et Marion Mesny, capitaines au sein du 2e district de police judiciaire, la  » brigade du viol « . Dans un Paris transformé en terrain de chasse, ces trois guerriers détruits par leur passé se guettent et se poursuivent. Aucun ne sortira vraiment vainqueur, car pour gagner il faudrait rouvrir ses plaies et livrer ses secrets. Un premier roman qui vous laissera hagard et sans voix par sa puissance et son humanité.

Mon avis :

Qu’est-ce qu’un coup de coeur ? La lecture de ce livre m’a permis de me poser la question. J’ai donc trouvé une définition : u coup de coeur, c’est un roman qui est littéralement scotché à vos mains au point que vous avez sérieusement du mal à vous en détacher, vous avez les yeux fixés sur les lignes et ne les relevez pas (ce n’est pas très bon pour la vue, j’en conviens) et vous êtes totalement sourd à ce qui se passe autour de vous; C’est ce phénomène que j’ai vécu en lisant l’empathie, roman au titre très bien choisi.

Seulement voilà… ce premier paragraphe, c’est ce que j’ai écrit juste après avoir lu le livre au mois de juillet. J’ai cessé de rédiger – manque d’inspiration, sûrement, et je reprends plusieurs mois après, en me souvenant de cette lecture qui m’avait envoûtée, du plaisir que j’avais eu à lire, mais je ne me souviens plus que vaguement de l’intrigue, des personnages, et de leurs relations.

Si je fais un effort, je me souviens des thématiques, cependant je trouve que certains comportements des enquêteurs étaient un peu… excessifs. Je ne suis pas la personne la plus optimiste qui soit, cependant je trouve que l’avalanche de catastrophe qui s’abat sur la vie des enquêteurs, la méthode qu’a choisi Anthony Rauch pour résoudre son problème, et même la personnalité d’Alpha… Quand on n’est pas dans le mouvement de la lecture, on voit un peu trop ce qui ne va pas – un peu comme quand on prend ses distances avec une série télévisée que l’on a apprécié regarder.

Alors, oui, ce revirement peut être jugé excessif, mais un véritable coup de coeur est durable, et même si je ne rédigerai pas, parce que le temps a passé, mon avis sur Tous les démons sont ici ou Le voleur de goûter de la même manière, j’en garde encore un souvenir vif, sans que j’y ressente le moindre excès.

Il vous suffira de mourir, tome 1 et 2 de Jean Failler

Présentation de l’éditeur :

Un singulier concours de circonstances amène Mary Lester sur les bords du lac de Guerlédan, en centre Bretagne : la voiture de son ami Lilian, qui venait la retrouver pour une semaine de vacances, a été accidentée en traversant le bourg de Saint-Gwénécan et le voilà immobilisé. Elle vient donc le récupérer pour aller, comme prévu, faire de la voile à la Trinité-sur-Mer, mais au cours de la nuit qu’elle passe au motel des Forges, sur les bords du lac, elle est témoin d’une scène troublante : la jeune et jolie hôtelière est victime d’un coup de téléphone anonyme qui la déstabilise complètement. Le même soir, son compagnon, qui avait disparu, réapparaît en piteux état en compagnie d’un type inquiétant, et ne s’explique pas sur le motif de son absence. Il n’en faut pas plus à Mary Lester pour subodorer quelque chose de louche.

Mon avis :

Les vacances, ce ne sera pas encore pour cette fois – ou alors, d’une drôle de manière. Mary Lester attend son ami Lilian pour partir faire de la voile, mais celui-ci a un accident dans un petit village. Personne pour témoigner, faire un constat, même le policier municipal ne met pas vraiment du sien pour dresser le susdit constat d’accident. Seule une jeune femme, Claire, nouvelle venue dans les lieux, se range du côté de Lilian, une jeune femme, arrivée depuis un an et depuis, victime d’appels anonymes. Bref, rien ne va, alors que tout aurait pu être très simple si, et seulement si, ce simple constat avait été rempli.

Mary Lester arrive dans un microcosme villageois où le temps semble s’être arrêté. Les gendarmes ? Tant que les menaces restent verbales, ce n’est pas bien grave, et si la jeune hôtelière n’est pas contente, elle n’a qu’à déménager. La réponse vous choque ? Tant mieux, parce que c’est pourtant quelque chose qui est tenu pour admis, encore et toujours : chercher du côté de la victime plutôt que du coupable. Vous me direz que, de nos jours, avec la présentation du numéro et autres systèmes qui nous permettent de savoir quasiment à coup sûr qui nous appelle, cela ne peut plus arriver. Certes. Cependant, le cyberharcèlement a remplacé le harcèlement téléphonique, et c’est tout aussi pénible. Quant au compagnon de la jeune femme, il lui arrive aussi quelque bricole. Porter plainte ? Non. Personne ne porte plainte, soit parce que cela ne sert pas à  grand chose, soit parce que l’on ne veut pas perdre la face.

Puis, une autre affaire occupe les gendarmes depuis deux ans : la disparition de deux garde-chasse. Rien ne prouve qu’ils sont morts. Rien ne prouve non plus qu’ils soient vivants. Depuis deux ans, les gendarmes ont une seule et unique piste : les braconniers. S’il est bien un secteur économique qui ne connaît pas la crise, c’est bien celui-là. Seul problème, et de taille : impossible de les coincer, ils ont toujours une longueur d’avance, même en cas de barrage routier. Impossible aussi de les impliquer dans la disparition des garde-chasse, puisque pas l’ombre d’un indice ne les implique – à commencer par l’absence de corps.

Mary Lester, dans le cadre de la collaboration gendarmerie/police (rappelons-le : le ministre de l’époque y tenait particulièrement) se retrouve à enquêter à son tour, et l’on n’attend qu’une chose d’elle : qu’elle se plante. Non, on ne le lui dit pas, voyons, pas devant elle, non, mais elle le comprend aisément. Alors oui, elle explore une piste qui ne l’avait pas été. Pourquoi ? Les gendarmes ont-ils vraiment été aussi butés, ou aussi aveugles ? Difficile à dire. Dans un tout autre roman, avec une enquêtrice pour qui « la loi est la loi », le dénouement aurait été tout autre. Mary fait un choix, un choix implicitement soutenu par la gendarmerie – pour une fois qu’elle obéit à un ordre.

Un échec de Mary Lester ? Pas vraiment. On lui avait demandé d’enquêter sur les braconniers, elle a enquêté sur les braconniers ! Alors oui, l’économie parallèle locale, l’équilibre fragile qui régnait dans les villages se retrouvent déstabilisés : ils ne l’auraient pas été si, quelque part, l’école, les services sociaux n’avaient pas été mis en échec. Pour que certains mènent une vie dite « normale », il aurait fallu lutter contre l’alcoolisme, empêcher la guerre d’Algérie (vaste programme), ne pas laisser les instituteurs de village aussi seuls qu’ils l’ont été. Vaste sujet. Et une seule personne ne peut remédier à tout, plusieurs peuvent essayer d’éviter que les problèmes ne soient encore plus nombreux.

 

Congés mortels de Didier Fossey