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Marchands de mort subite de Max Izambard

édition du Rouergue – 356 pages.

Présentation de l’éditeur :

Pierre Marlot observe une colonie d’avocettes en baie de Somme lorsqu’il reçoit un appel du consul de France en Ouganda. On n’a plus de nouvelles de sa fille Anne, journaliste prometteuse et farouchement indépendante, depuis qu’elle est partie dans l’Est de la République démocratique du Congo pour les besoins d’un reportage. En arrivant à Kampala, Pierre comprend qu’il ne faut rien attendre des services consulaires. Il se lance dans une quête solitaire sur les traces de sa fille. C’est ainsi qu’il rencontre Juliet Ochola, une journaliste travaillant pour un grand quotidien ougandais. Juliet décide de reprendre le travail d’Anne. Dans un pays où les journalistes subissent menaces de mort et arrestations arbitraires, elle s’engage dans une enquête à haut risque, alors même qu’une insurrection étudiante met la capitale à feu et à sang.
Dans ce premier roman, passionnante enquête sur les minerais du sang qui tient le lecteur en haleine de la première à la dernière page, Max Izambard nous transporte au cœur d’une Afrique des Grands Lacs affamée de justice. Dans un labyrinthe de questions et de faux-semblants, ses magnifiques personnages luttent pour faire émerger des vérités dérangeantes face à un pouvoir aux abois.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier Max Izambard pour l’envoi de ce roman que je chronique, comme beaucoup de romans, très en retard.

J’aurai envie de commencer cet article en vous disant que tout va bien en Ouganda. Oui, vraiment tout. Officiellement, bien entendu. Une journaliste française a pourtant disparu – Anne Marlot, partie en reportage dans l’Est de la République démocratique du Congo. Les services consulaires ne montrent pas un zèle particulier pour retrouver cette ressortissante française; . Ils ne montrent pas de zèle du tout serait sans doute la formule la plus juste. Alors son père, Pierre Marlot, a quitté la paisible baie de Somme pour se rendre à Kampala, capitale de l’Ouganda, et mener l’enquête de son côté.

Tout va bien, pourtant. Les diplomates français sont beaucoup plus occupés par l’avancement de leur carrière que par leur rôle – à moins qu’ils ne jouent un rôle dans…. eh bien, dans tout ce qui ne va pas en Ouganda. Il semble qu’Anne avait découvert des « choses » dérangeantes sur le trafic d’or et son exportation illégale. Dérangeant pour qui ? Et avec quelles conséquences pour elle ?

En Ouganda, faire son métier de journaliste, c’est prendre de gros risques. Juliet Ochola est prête à en assumer encore plus pour aider Pierre Marlot et pour couvrir l’actualité. Termes génériques, quasiment pudiques que j’emploie pour désigner tout ce qui ne va pas en Ouganda, de la corruption qui règne à tous les étages à la violence utilisée avec la bénédiction des autorités pour étouffer les révoltes étudiantes – ou tout autre opposition.

Marchands de mort subite est un livre fort, dur, qui dresse l’itinéraire de personnes qui tentent de mettre un peu de justice, un peu d’ordre dans le chaos ambiant. Peuvent-ils seulement y parvenir ? Rien n’est moins sûr.

La grande colère du chief-inspector Fox d’Edward Brooker

oxymoron édition – 76 pages

Présentation de l’éditeur :

Branle-bas de combat à Scotland Yard ! Mister NOBODY, l’insaisissable gentleman cambrioleur n’en finit plus de faire parler de lui. Cette fois, c’est le Premier ministre d’un état du Moyen-Orient venu à Londres pour signer un important traité qui en est pour ses frais : sa bague dont l’émeraude enchâssée vaut une fortune lui a été dérobée. Scotland Yard promet une récompense de mille livres à qui aidera à l’arrestation de Mister NOBODY. Pourtant, celui-ci est innocent du vol pour lequel il est accusé. Et, vexé que sa tête soit mise à prix pour une peccadille, mais aussi choqué qu’un individu se serve de son nom pour commettre ses larcins, l’homme au masque de satin est bien décidé à se venger de la police et de son « remplaçant ».

Mon avis :

Le chief-inspector (je respecte l’orthographe du titre) n’est pas content, mais alors là, pas content du tout, et c’est sur sa colère que s’ouvre ce court récit. Sa colère est d’ailleurs assez réjouissante, véritablement bien décrite, presque un exercice de style sur le thème : montrer un policier en colère. Pourquoi ? Que se passe-t-il ? C’est très simple : il ne parvient pas à mettre la main sur l’insaisissable Mister Nobody, le véritable héros de cette série, et franchement, cela commence à bien faire ! D’autant plus que le fameux cambrioleur vient de voler un bijou particulièrement précieux (comme tous les bijoux), une bague avec une émeraude d’une immense valeur dessus, appartenant à un homme politique en visite au Royaume-Uni. Que fait la police ? Elle agit à sa façon, en hurlant, tempêtant, reprochant à certains de ne pas avoir été suffisamment efficace, menaçant de renvoi, etc, etc…

Pendant ce temps, Mister Nobody se repose, et découvre dans les journaux qu’il a volé cette bague précieuse, ce dont il n’était pas au courant. Lui aussi est furieux d’être accusé ainsi. Que fait la police, il se le demande ! Que fait également Isaacs, son receleur attitré (pas que le sien, d’ailleurs), lui qui lui affirme ne pas avoir la bague parmi les nombreux objets qu’il recèle ? Eh bien il ment, et ce n’est pas bien, parce que la vengeance de Mister Nobody sera terrible.

De l’auteur, je n’ai trouvé que peu de renseignements sur internet (je n’ai pas énormément cherché non plus). Il serait né en Autriche ou en Pologne, ses romans seraient peut-être traduits de l’allemand, il fut très prolifique à une époque, avant de ne plus du tout l’être après 1947. Mister Nobody, ce gentleman cambrioleur, fait forcément penser au plus célèbre des gentlemen cambrioleurs, à savoir Arsène Lupin. Certes. Cependant, Mister Nobody vole avant tout pour pouvoir mener une vie de luxe et dépenser ce qu’il gagne en toute impunité. Souvent à sec, il doit donc cambrioler souvent. Il est seul, avec son domestique qui ressemble à s’y méprendre à une grenouille (d’où le surnom « Froggy ») et qu’il rudoie de temps en temps.

La couverture, telle que je l’ai trouvée sur internet, est un spoil à elle toute seule, puisqu’elle met en scène l’homme au masque de satin et Isaacs, le recéleur. Ce dernier, avide d’accumuler des riches et de vivre comme un avare, est une caricature à lui tout seul, pour ne pas dire pire.

Un récit pas désagréable à lire, mais qui ne restera pas mon préféré de cette collection.

De l’or et des larmes d’Isabelle Villain

Présentation de l’éditeur :

Jean-Luc Provost, le très médiatique entraîneur de gymnastique français, meurt dans un accident de voiture. La thèse du suicide, à seulement six mois des prochains jeux Olympiques de 2024, est très vite écartée.
L’affaire, considérée comme sensible et politique, est confiée au groupe de Lost. Pourquoi vouloir assassiner un homme qui s’apprêtait à devenir un héros national ?
Rebecca et son équipe se retrouvent immergées dans un monde où athlètes et familles vivent à la limite de la rupture avec pour unique objectif l’or olympique. Ils sont prêts à tous les sacrifices pour l’obtenir.
Jusqu’au jour où le sacrifice demandé devient insurmontable…

Merci aux éditions Taurnada pour ce partenariat.

Mon avis :

Je commencerai par un préambule : le sport ne m’a jamais intéressé, et la nature étant bien faite (il vaut mieux prendre les choses de ce côté), je suis dispensée de sport depuis l’âge de neuf ans. Regarder les exploits des sportifs à la télévision ne m’intéresse pas plus que cela non plus – ne pas être sportive ne signifie pas supporter de rester immobile devant un écran. De même, cela ne signifie pas ne pas apprécier lire des romans qui se déroulent dans le milieu du sport.

Nous sommes ici dans le sport de très haut niveau, dans l’équipe de gymnastique française, et l’histoire débute pendant les jeux olympiques de 2024. Au début, nous ne savons pas grand chose, si ce n’est que l’équipe a été rudement éprouvée. Puis, retour en arrière, et le récit policier se met en place.

Le pire est en effet survenu. Il faut simplement définir ce qu’est le pire, et le récit permettra à chacun de s’interroger. Qu’est-ce que le pire ? L’assassinat de leur entraîneur, sans qui parvenir à la victoire semble impossible ? Ou d’autres faits, qui auraient conduit à son assassinat ? J’ai trouvé assez angoissant le récit de la vie menée par ses adolescents – parce que ce sont des adolescents, pas des adultes. Non, je ne suis pas admirative de leurs parcours, tout au service de leur passion, parce qu’ils sont loin de leur famille et que celle-ci n’a absolument aucun regard sur la vie menée par leurs enfants. Oui, l’on peut dire que les parents aussi font des sacrifices – au détriment parfois, souvent, des autres enfants de la fratrie. L’impact sur le corps et sur l’intellect est énorme parce qu’à la moindre blessure, tout peut se terminer. Et c’est dans ce milieu, dans ce contexte, que le groupe Lost devra résoudre le meurtre de celui qui devait mener son équipe à la victoire.

Le temps a passé depuis la précédente enquête. Oui, il est des enquêteurs qui ne vieillissent pas, qui n’évoluent pas, ce n’est pas le cas de ce groupe. Certains ont un enfant, des enfants ont grandi et sont devenus des adultes. Les couples se forment ou au contraire ne se forment pas, les amitiés perdurent et le temps qui passe amène à se poser des questions sur les choix qui ont été faits dans la vie. Mener sa vie personnelle et sa vie professionnelle n’est jamais chose facile, et ce récit nous le rappelle aussi.

Reste, et en tentant de ne pas trop en dévoiler, le choix fait par l’autrice dans la conduite et la construction de son récit. Parce que certains faits sont inattendus. Parce qu’ils existent aussi. Parce qu’en parler, quand ils existent, semble quasiment impossible. A chaque fois que je lis un roman qui traite des violences faites aux femmes, aux adolescentes, je me dis que les choses évoluent véritablement très lentement.

L’incendiaire joue avec le feu

édition du Palémon – 224 pages

Présentation de l’éditeur :

La banlieue brûle. René fait partie des victimes et ne compte pas rester sur le côté. Le commissaire Saint Antoine souffle sur les braises pendant que sa hiérarchie le laisse mijoter à petit feu. Toutes les polices du pays sont sur les charbons ardents. Momo et moi, on suit le mouvement tant bien que mal, au gré du vent qui attise les flammes. Et quand je vous aurai dit que même les services secrets nationaux se mettent à danser autour du bûcher, vous saisirez l’ambiance.
D’ici que la Seine s’embrase… Manque plus que Jeanne d’Arc en qualité de consultante ! Un conseil : ne perdez pas de vue votre extincteur en lisant ce brûlot. Après on s’étonne que la planète se réchauffe. Quelle époque !

Mon avis :

Le livre commence comme une catastrophe, parce que s’en est une ! Quelqu’un a mis le feu à la maison de René en pleine nuit – et non, ce n’était pas un accident ! Heureusement, il était réveillé (comme quoi, aller aux toilettes la nuit peut avoir des avantages) et il est sauf – seule Paulette, sa compagne a été légèrement blessée, l’on saura pourquoi en fin de volume. Non, ce n’est pas la faute de René, qui l’a sauvée. Non, ce n’est pas lui qui a mis le feu à sa maison – et pour quelles raisons l’aurait-il fait ? Toucher l’assurance ? Trucider sa nouvelle compagne ? Ah, franchement, les policiers en ont, des idées tordues ! Non, je ne parle pas de Saint-Antoine, ni de Vanessa, non, je parle de ceux qui sont chargés de l’enquête, et qui vont passer des moments détonants pendant l’interrogatoire de René. Il est des questions qu’ils n’auraient franchement pas dû poser, eu égard aux réponses qu’ils ont reçues.

Un second incendie survient, et là, il a tourné à la tragédie, une famille entière a été tuée, des enfants à la grand-mère en passant par le chien. Coïncidence ? Non, c’est le même produit qui a été utilisé à chaque fois, un produit qu’il est très difficile de se procurer sauf si… l’on fait partie des bons services, l’on travaille au bon endroit. Enquêter permet de découvrir des choses qu’il n’était absolument pas prévu de découvrir.

Le dénouement ? Il fallait y penser, ou plutôt, il fallait vraiment que les enquêteurs y pensent, tant le coupable présumé (restons dans le politiquement correct) a eu l’esprit tortueux. Oui, je spoile un peu le dénouement – mais mettre le feu à des maisons n’était pas le signe d’un esprit qui « fonctionne » bien !

Le secret des brumes de John-Erich Nielsen

Présentation de l’éditeur :

Un secret enfoui depuis des siècles va refaire surface derrière les brumes de l’archipel de St Kilda ! St Kilda est un archipel méconnu, perdu au cœur de l’Atlantique Nord. Pendant deux mille ans, des hommes ont vécu sur ces terres hostiles, coupés du reste du monde, jusqu’à l’évacuation des trente-six derniers habitants en août 1930. Depuis, le silence est retombé sur Hirta, Boreray ou Soay. « Aucun meurtre n’avait jamais été commis sur ces îles solitaires. Pourtant, une Bête maléfique semble s’y être réveillée. Derrière les brumes qui masquent les plus grandes falaises de Grande-Bretagne, je ne m’attendais pas à découvrir, enfoui depuis des siècles, …un incroyable secret ! » Retrouvez l’inspecteur Sweeney dans le 18e tome de ses Enquêtes !

Mon avis :

L’inspecteur-chef Archibald Sweeney n’a pas vraiment le temps de se reposer, même si sa femme lui a annoncé une grande nouvelle à la fin de leurs vacances : son supérieur l’appelle, et il est très clair.

– Un meurtre ?
– Non, une garden-party le rabroua Sales, avant de raccrocher brusquement.

Il faudra enquêter, encore et toujours, alors que la menace liée à Crabtree est toujours bien présente. Enquêter, alors que certains poussent gentiment Sweeney vers une piste, pour qu’il ne pense pas trop à regarder dans une autre direction. Raté, forcément, surtout qu’un autre meurtre est commis, meurtre qui l’envoie dans l’archipel de St Kilda. Les découvertes qu’il y fera seront… surprenantes, et teintées de fantastique.

Ce livre est paru cette année, et comme pour beaucoup d’ouvrages, la question du Covid s’est sans doute posée. Faire comme si tout allait bien ou en parler ? L’auteur a choisi la deuxième solution. Cela ne rend pas la lecture désagréable, cela nous rappelle, le temps d’une lecture, que la situation n’a pas vraiment changé depuis mars 2020.

Le roman se termine sur un coup de théâtre, alors j’espère bien que le tome 19, que je viens de recevoir, nous en apprendra plus à ce sujet !

Philip Jackson, David Suchet

Le canal des innocentes d’Hervé Huguen

Présentation de l’éditeur :

1988. En six mois, trois jeunes femmes mystérieusement disparues furent retrouvées le long des berges du canal de Nantes à Brest, victimes d’un tueur maniaque qui ne sera jamais identifié.
Vingt-trois ans plus tard, un corps sans vie est abandonné sur les mêmes rives, le long du seuil de partage de Bout-de-Bois. Puis c’est au tour d’une cinquième jeune femme d’être découverte à proximité de l’écluse de la Prée. Toutes deux présentent exactement les mêmes caractéristiques physiques que les disparues de 1988.
Persuadé que le Prédateur du Canal s’est réveillé, le commissaire Nazer Baron exhume les vieux dossiers.

Mon avis :

Les affaires classées ne le sont jamais réellement.

Vingt-trois ans plus tôt, un criminel n’avait pu être arrêté. Il avait torturé et tué trois femmes. Oui, un suspect avait été identifié, mais il avait été relâché et s’était suicidé peu après avoir été relâché. Aucun autre crime n’avait été commis, mais deux femmes sont tuées, exactement de la même manière. Un copieur ? Cela paraît strictement impossible, tant les similitudes sont nombreuses, pour ne pas dire totales. Le seul homme suspecté ne peut plus l’être. Alors ?

Alors il faut compter sur la patience des enquêteurs et sur une bonne dose de civisme (oui, cela existe encore) de la part de certaines personnes. Toutes les vérités ne sont pas faciles à dire, encore moins à entendre, et pourtant, nous ne le répéterons jamais assez, communiquer est important. Que penser aussi de l’avenir d’un couple quand on ne peut rien dire à son/sa conjoint(e), que l’on n’a pas envie de se retrouver face à elle/lui, ou, pire, que l’on craint de se retrouver face à lui, parce qu’on sait que l’on est dans une impasse ? La violence n’est pas que physique, elle est aussi psychologique, il est toujours bon de le rappeler. Il est bon de rappeler aussi que les enfants se retrouvent (parfois) au centre de tout ceci et se retrouvent victimes collatérales des adultes, quand ils ne sont pas instrumentalisés par eux.

Le canal des innocentes – une enquête solide et étonnante.

Philip Jackson, David Suchet

 

Le crime est pour demain de Marcel Priollet

oxymoron édition – 92 pages.

Présentation de l’éditeur :

Les meilleurs enquêteurs du monde assistent, à Liverpool, au Congrès International de la Police, quand un richissime et excentrique lord décide d’engager un match entre deux invités les plus réputés : Gordon PERIWINKLE alias OLD JEEP, l’Américain… et le commissaire MARCASSIN, le Français. Les deux hommes se confronteront sur le prochain forfait qui aura lieu dans un délai de trois jours. L’enjeu ? Une énorme prime versée au Fonds d’aide aux orphelins de Guerre.

Mon avis :

J’ai déjà lu et apprécié des enquêtes signées Marcel Priollet. Aujourd’hui, je découvre une nouvelle série, mettant en scène un duo d’enquêteurs, Gordon Periwinkle et le commissaire Marcassin. Ils se sont connus à la Libération, et ont noué une amitié durable.

Pour l’instant, les voici réunis à Liverpool, pour un congrès. Quelle que soit l’époque, vous pouvez être sûr d’une chose : rien n’est plus ennuyeux qu’un congrès ! Seulement, nous sommes en Angleterre, en Angleterre, il y a des lords, et « excentrique » est l’adjectif qui est le plus souvent accolé au titre de « lord ». Celui-ci décide d’engager un pari. L’enjeu ? Le gagnant sera celui qui résoudra la prochaine énigme qui surgira dans les trois jours. Et s’il y a bien de l’argent en jeu, c’est uniquement pour une oeuvre de charité. Seulement, les délinquants en tout genre savent lire la presse, et aucun d’entre eux n’est pressé de commettre un délit. Dame ! Ce n’est pas vraiment le moment non ? Non. Cependant, Old Jeep avertit Marcassin qu’un crime aura lieu le lendemain, quelques heures avant la fin du délais. Il lui en donne même tous les détails ! Mais comment est-ce possible ? Old Jeep serait-il prêt à devenir un criminel simplement pour un pari ?

Vous vous doutez bien, même si le récit est court, contraintes du genre oblige, que rien n’est aussi simple. Cependant, Marcassin, policier français grand fumeur devant l’éternel, gardera un calme presque britannique devant les faits qu’il découvrira. C’est Old Jeep qui se montrera presque nerveux face à la tranquillité de son ami et rival de quelques jours français. Old Jeep était en effet sûr… oui, qu’un crime serait commis. Mais il était sûr d’épater son ami, et là… c’est un peu raté.

Oui, le crime a bien eu lieu : une vieille femme isolée, pauvre au point que son neveu, par charité, l’aidait un peu, a été retrouvée morte, son corps ayant été déplacée. Si arme du crime il y a bien – forcément, il y a eu crime – les suspects ne se pressent pas au portillon.

Ecrit ainsi, mon avis paraît sans doute tortueux, parce que je ne tiens pas à révéler le postulat sur lequel est basé le début de l’enquête. Je peux simplement dire que ce duo d’enquêteurs est bien sympathique. A retrouver bientôt pour d’autres enquêtes.

Châtiment pour mémoire d’Hervé Huguen

Présentation de l’éditeur :

La découverte d’un vieux paysan assassiné relance le commissaire Nazer Baron sur une nouvelle enquête !Un vieux paysan est découvert assassiné dans sa ferme près de Roscoff. L’homme, veuf et malade, allait avoir quatre-vingt-dix ans.Qui a pu s’en prendre à un vieillard inoffensif ? Et dans quel but ? L’autopsie réservera même quelques surprises…Le lendemain, c’est une tombe du cimetière de Santec qui est découverte profanée. Quelqu’un y a gravé, par deux fois, le mot Assassin. L’homme inhumé là aurait eu quatre-vingt-six ans. Existe-t-il un rapport entre les deux ?

Mon avis :

Nous sommes dans une commune sans histoire, véritablement sans histoire. Et pourtant…. Un homme de 90 ans est assassiné. 90 ans ! Qui a bien pu vouloir assassiner un homme qui n’avait que très peu de temps à vivre – déduction extrêmement simple, même pour une personne qui n’aurait pas su que la maladie l’avait condamné à brève échéance. Il ne s’agit pas d’un cambriolage qui aurait mal tourné : rien n’a disparu, d’ailleurs, rien n’était réellement digne d’intérêt pour un cambrioleur. Alors qui ?

Parallèlement, une tombe est retrouvée profanée au cimetière. Une seule tombe. Il ne s’agit pas d’une profanation ordinaire. Un seul mot est écrit : assassin. Au singulier. Preuve d’une seule des deux personnes enterrées est visée. Le mari ? La femme ? Les enquêteurs font très vite le lien entre les deux affaires. Les deux hommes n’avaient que quelques années d’écart, ils venaient du même village, ils ont certainement dû se connaître. Reste à trouver des personnes qui ont pu les connaître et qui sont encore vivantes, encore capables de témoigner.

Les enquêteurs ont tout de même une piste – très mince. Ils ont trouvé une lettre adressée au commissaire Baron, une lettre qui parle simplement de vengeance. Alors oui, il existe deux commissaires Baron, mais le second est trop jeune, pas assez connu pour que la missive lui soit adressée. Contacté, le commissaire Baron est étonné. Aucun des noms cités dans cette affaire ne lui dit quelque chose, aucun des visages ne lui est connu. Et pourtant, il va seconder les enquêteurs, parce que si ce message lui est adressé, c’est pour que cette enquête ne tombe pas dans l’oubli, pour que quelqu’un cherche, dans le passé des victimes, ce qui a pu amener quelqu’un à dire, à faire, en dépit du temps passé.

Il faut parfois, véritablement, chercher loin, très loin. Alors oui, la prescription existe, alors oui, voici quarante, cinquante, soixante ans, les enquêteurs ne disposaient pas des mêmes moyens pour mener à bien leur enquête. Ce qui ne change pas, cependant, c’est la volonté ou non de mener à bien une affaire. Il est tellement facile de classer une affaire. Pour réveiller le passé, il suffit que quelqu’un parle, et je suis sûre qu’il est de grandes affaires judiciaires actuelles dont les survivantes n’attendent qu’une chose : que quelqu’un parle enfin ! Et de rappeler aussi, même si cela semble contradictoire avec ce que je viens d’écrire, que garder un secret permet aussi de protéger les vivants. Parfois, on n’a peu de temps pour faire un choix, et ce choix peut, aussi étonnant que cela puisse sembler, être le bon.

Le châtiment sera bien là, même si le lecteur ne pouvait pas se douter, en ouvrant le livre, de ce qu’il adviendrait.

 

Un homme volatilisé de Rodolphe Bringer

Présentation de l’éditeur :

En fin d’après-midi, Gaston Boudouran, un riche négociant en bois, disparaît, à vélo, sur la route qui mène de Pierrelatte à Saint-Andéol. Le mystère s’épaissit quand la bicyclette de l’homme volatilisé est retrouvée près du cadavre d’une femme inconnue. Le Commissaire ROSIC, chargé de l’enquête, penche très rapidement pour un rapt crapuleux, notamment, après avoir appris que Boudouran venait de retirer cent mille francs au guichet de sa banque et que ce dernier n’a pas été aperçu par le cantonnier travaillant toute la journée sur la fameuse route.

Mon avis :

Tout va bien, Rosic est là, Rosic qui « avait débrouillé des énigmes autrement inextricable que la volatilisation de M. Boudouran ».

Mais revenons au commencement de cette énigme.

Gaston Boudouran est un homme jeune, qui a été très éprouvé par la guerre – comme beaucoup d’hommes de sa génération. Son entreprise est prospère. Il est marié, à une jeune orpheline. Ce mariage a été « arrangé », c’est à dire qu’il a demandé à un proche de lui présenter une jeune fille qui pourrait devenir sa femme, qui accepterait de vivre dans une maison assez isolée, auprès d’un négociant en bois tout aussi solitaire. Ma foi, ce mariage semble sans nuage. Puis, un jour, Gaston Boudouran disparaît, comme cela, sur la route qui le ramenait chez lui. Comme est-ce possible, à une heure où les champs alentours étaient remplis d’ouvriers agricoles en plein travail – sans oublier le cantonnier qui jure ne pas l’avoir vu. Certes, il avait sur lui une belle somme d’argent, mais personne ne pouvait être au courant – belle somme qui était loin d’être la totalité de sa fortune. Le mystère s’épaissit encore plus quand sa bicyclette est retrouvé près du corps d’une femme assassinée. Celle-ci, arrivée depuis peu dans la région, séjournait à l’hôtel et n’a pas laissé derrière elle des indices permettant de l’identifier. Que faisait-elle là ? Pourquoi la tuer ? Rosic n’est pas au bout de ses surprises.

C’est la première fois que je rencontre cet enquêteur, et je dois dire qu’il est vraiment original. D’abord, il a une très bonne réputation – comme beaucoup d’enquêteurs de la littérature populaire. Mais, surtout, il reçoit un coup de pouce, pour ne pas dire un énorme coup de main, de son ennemi juré, Vix. Non, Vix n’est pas un « méchant », il vit de ses rentes, et il n’aime rien tant que donner un coup de main à ses amis. Par exemple, dans cette enquête, il séjourne chez un ami dont il n’a rien moins que sauver la tête, lors d’une précédente enquête. Ici, eh bien, il résout tout simplement le triple mystère (oui, une seconde disparition a lieu) et, grand seigneur, laisse Rosic faire ce qu’il veut avec ses conclusions. A-t-il raison ? Oui. Comme souvent (oui, j’en dévoile tout de même un peu) la solution est à chercher dans le passé des victimes, passé fort tourmenté et tumultueux. J’ai aimé me retrouver plonger dans une époque que je n’ai certes pas connu, mais dont j’ai beaucoup entendu parler par ma grand-mère.

Note : déjà, à cette époque, l’on se plaignait du changement d’heures, et l’on n’était pas décidé à suivre !

La péniche rouge d’Henry de Golen

édition Oxymoron – 106 pages.

Présentation de l’éditeur :

Près de La Ferté-sous-Jouarre est repêché le corps d’une sage-femme ayant séjourné plusieurs jours dans la Marne. La victime a été jetée à l’eau après avoir reçu deux coups qui lui ont fracassé le crâne… Le brigadier PONCET, dépêché par la Police Judiciaire de Paris, est chargé de reprendre l’enquête du juge d’instruction de Meaux. Tout laisse à penser que la défunte a ouvert sa porte à son assassin et l’a ensuite suivi jusque sur les berges de la rivière avant d’y être agressée. PONCET apprend qu’une péniche ancrée dans le coin ces derniers temps a appareillé la nuit du crime. À bord, des mariniers à mines patibulaires et une femme enceinte…

Mon avis :

Ah, qu’il est agaçant, ce brigadier Poncet ! Certes, il a eu beaucoup de succès dans le passé (qui ne sont pas racontés dans un autre opus, du moins je ne le crois pas, celui-ci étant le premier de la série), mais cela ne l’autorise pas à penser autant de mal de…. eh bien, de la province !

« Sale province ! Ils pourraient faire leurs enquêtes eux-mêmes ! ».

Heureusement, le juge d’instruction de Meaux ne manque pas d’ironiser sur la situation, même s’il est bien forcé de s’incliner :

« ces messieurs de la Police judiciaire de Paris ont une haute idée de leur valeur, et quand, par hasard, nous autres, pauvres magistrats de province, avons besoin de faire appel à leur précieux concours, ils savent nous le faire payer le plus haut prix. Mais, vous avez promis ; c’est entendu. »

Voici donc Poncet en train d’enquêter à Meaux sur une affaire que certains pensent déjà pliée : une sage-femme a été assassinée. Elle était une femme sans histoire, en apparence, et si elle est sortie en plein milieu de la nuit, cela ne peut être que pour une raison simple : apporter des soins à une jeune femme sur le point d’accoucher. Or, le corps de la victime a été retrouvé sur les bords de la Marne, là où une péniche venait tout juste de partir. Bien sûr, l’épouse du marinier était enceinte d’au moins huit mois. Les coupables sont tout trouvés !

Ce n’est pas l’avis du brigadier, pour lui, tout est trop facile, trop simple, comme si le travail avait été vraiment mâché – comme si les coupables avaient saisi les bonnes circonstances pour accomplir leurs forfaits. Son enquête l’emmène tout droit vers le passé de la victime, qui n’est pas aussi lisse qu’on voulait bien le croire. Et l’arrestation du coupable… Oui, elle aura lieu, mais elle prendra plus de temps que l’on pouvait s’y attendre dans un court roman.

Nous en découvrons aussi un peu plus sur le passé de Poncet. Contrairement à d’autres enquêteurs, il n’est pas célibataire, c’est même au cours d’une de ses précédentes enquêtes qu’il a rencontré Lucienne, sa « petite femme ». Ils sont toujours aussi amoureux l’un de l’autre. Ils ont cependant un regret : ne pas avoir eu d’enfants. Ce fait m’a rappelé le commissaire Maigret et sa femme, autre archétype du couple uni sans enfants – l’on oublie souvent qu’ils ont eu une petite fille qui n’a pas vécu.

Pour en revenir à la péniche rouge, le récit fut agréable et facile à lire. Que demander de plus, finalement, pour ces fascicules qui n’avaient d’autres buts que le divertissement de ses lecteurs ?