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Dans l’ombre du loup d’Olivier Merle

Présentation de l’éditeur :

A Rennes, l’officier de police Hubert Grimm affronte une affaire obsédante : un notable, M. Kerdegat, personnage désagréable et méprisant, reçoit coups de téléphone et lettres anonymes. Il y a aussi cet homme en scooter qui semble traquer les moindres faits et gestes du chef d’entreprise.
Jusqu’au jour où l’employée de maison des Kerdegat tombe, devant la demeure familiale, sur un corps découpé en
morceaux. La tête du cadavre est introuvable…
Cette fois, l’enquête prend un tour terrifiant. Hubert Grimm découvre les ramifications de ce qui n’était, au départ, qu’une sale histoire de corbeau : un club sadomasochiste, des messages codés, des mises en scène morbides. Et une famille décimée.
Parfois, une seule affaire peut terrifier une ville entière.

Merci aux éditions Xo et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Voici un policier atypique. Je parle d’abord du commandant Hubert Grimm – un nom de famille de contes de fée (elle était facile, je l’ai faite, ne me remerciez pas). A une lettre près, cela donne aussi « crime », et certains ne se privent pas pour commettre le lapsus. Il a une vie sentimentale qui l’a forcé à quitter son précédent poste pour Rennes – huit cents kilomètres, parfois, ce n’est pas suffisant. Il est aussi, et c’est à ma connaissance le premier policier que je lis ainsi, obsédé par le réchauffement climatique, au point de ne lire que des livres qui parlent de catastrophes écologiques. Il est toujours, constamment, éminemment pessimiste. Cependant, il est obligé de consulter une psy, à la suite, justement, de ce qui l’a forcé à quitter Montpellier. Le lecteur saura beaucoup de choses sur lui, personnelles, intimes, bien plus que ses propres hommes, qui doivent faire avec ses sautes d’humeurs. Il n’empêche : Hubert Grimm aime enquêter, et ne se sent véritablement bien qu’en plein coeur d’une enquête.
Celle qu’on lui confie de prime abord n’a pourtant pas de quoi être réjouissante. Elle est même plutôt du genre à faire rentrer dans les rangs. On envoie des lettres anonymes à un notable. Le but ? Trouver l’auteur en faisant le moins de vague possible. Ne faire que ce qui est nécessaire et faire cesser ces importunités. cela le gène aux entournures, Grimm, de ne pas avoir les coudées franches. Va-t-il prendre quelques libertés ? Oui, tout en restant dans le cadre de ce qu’aurait pu être l’enquête si Yann Kergedat n’était pas un notable dont il ne fallait pas déranger la vie privée. Elle se retrouvera bien dérangée toute seule quand un corps découpé en morceaux est livré devant chez lui.
C’est fou ce qu’être un homme connu peut entraver le cours d’une enquête. Pas de vague est le mot d’ordres, le mensonge aussi, et, au cours de l’enquête, la ténacité des enquêteurs, leur sens de l’observation les aideront énormément. Les enquêteurs de Grimm ne comptent pas leurs heures, sacrifiant parfois leur vie privée, comme Ermeline, la seule femme du groupe.
Dans l’ombre du loup est un polar très prenant. J’ai vraiment eu envie de progresser le plus possible dans la lecture pour connaître les développements de l’enquête, pour suivre les différents rebondissements. La justice prend cher parfois, au sens large du terme. Comme le dit l’un des personnages les plus singuliers de ce récit, ce n’est pas la vérité qu’ont cherché les policiers, mais un coupable, s’arrêtant à la première personne qui remplissait toutes les conditions requises. Grimm, finalement, n’a fait que respecter les procédures – et de voir à quel point elles peuvent être lourdes, et retarder certains actes. A force de voir, de lire des enquêtes où les policiers-têtes brûlées se moquent des procédures à suivre, on en vient à oublier qu’elles existent, et qu’elles ont aussi une raison d’être.
Je me suis questionnée aussi sur le thème de la paternité, de la famille qui sous-tend le roman. Pourquoi a-t-on des enfants ? Comment les accueille-t-on, les élève-t-on ? Je ne parle pas seulement des interrogations de Grimm sur l’avenir de la planète (quoique), je parle aussi du fait de préparer ses enfants à l’avenir – et de ce que certains appellent les protéger.
Alors oui, j’ai aimé ce livre, même si certaines scènes m’ont déplu, c’est ainsi. Cependant, il est suffisamment de personnages attachants, étonnants dans cette œuvre pour que les quelques scènes que j’ai peu appréciées soient un détail secondaire.

Au coeur du solstice de Jacques Vandroux

édition Pocket – 520 pages

Présentation de l’éditeur :

Grenoble, juin 2013. Le corps d’une jeune femme est découvert dans l’ancien baptistère de la ville. L’autopsie révèle que l’assassin lui a retiré le coeur. Le capitaine Nadia Barka est aussitôt saisie de l’enquête. Mais la découverte d’un second cadavre va vite plonger la ville dans la psychose.
Une course contre la montre s’installe alors entre la policière et le psychopathe aux motifs inconnus. Aucun indice, si ce n’est le témoignage surprenant d’un homme, averti des disparitions et des meurtres par d’étranges apparitions. Mythomane, illuminé ou piste providentielle ? Nadia Barka et son équipe devront s’appuyer sur des alliés parfois déroutants pour tenter de stopper un tueur à l’efficacité redoutable.

Mon avis :

ce livre était dans ma PAL depuis juin 2019 -le dernier salon du livre de Saint-Maur-des-fossés auquel j’ai pu me rendre. Moralité : je ne regrette pas de l’avoir acheté, je ne regrette pas de l’avoir lu, au point que je n’ai pas envie de chercher ce qui pourrait me déplaire dans ce livre.
Premier ouvrage que je lis de cet auteur, et certainement pas le dernier, Au coeur du solstice a pour personnage principal le capitaine Nadia Barka. Elle est toute entière dévouée à son métier, sans pour autant apparaître comme une carriériste forcenée. Le métier, oui, et il consiste avant tout à résoudre des enquêtes. il est d’ailleurs une enquête, qui l’a hanté trois ans plus tôt, une enquête pour laquelle elle est allée très loin, prenant conscience qu’elle était à deux doigts d’aller trop loin. Et c’est l’un es traits de caractère que j’ai aimé chez Nadia : si elle va jusqu’au bout de ses forces physiques, elle a une éthique à laquelle elle ne dérogera pas. La justice, oui. La vengeance, non, même si elle sait que la tentation de « faire justice soi-même » existe.
Au coeur du solstice est un thriller, par conséquent les lecteurs ne devront pas s’étonner de scènes sanglantes, violentes. Et pourtant, dans ce roman, l’espoir est là, parce que les enquêteurs ne partent ni battus ni résignés d’avance. Tout tenté pour qu’une nouvelle victime ne vienne pas s’ajouter à la liste.
Le thriller se teinte de fantastique, aussi, tout en mettant en garde contre les dérives possibles – et elles sont nombreuses. Mais le tueur lui-même n’est-il pas un être à la dérive, et depuis trop longtemps ? Alors pourquoi n’a-t-il pas été arrêté plus tôt ? Il est d’abord le fait qu’il soit intelligent (oui, tous les tueurs ne sont pas des idiots, quoi que certains optimistes pensent), le fait que certaines de ses dérives aient pu être couvertes, au nom de la loi ou au nom de son talent. Séparer l’homme de l’oeuvre est très courant, que ce soit avant, ou maintenant – nous en avons encore des exemples quasi-quotidiennement.
Au coeur du solstice – un roman que j’avais très envie de faire découvrir pour ce mois du polar.

Les trois Brestoises – tome 4 : Avec le chat pour témoin de Paul Pouchairet

édition du Palémon – 320 pages

Présentation de l’éditeur :

La chef de la PJ de Brest, Léanne, est prête à tout pour faire innocenter sa meilleure amie, accusée d’avoir tué son amant. Quand le corps de Marc Chabot est découvert, les soupçons se portent sur sa maîtresse. Indices, témoignages, tout accuse Vanessa, bassiste du groupe Les Trois Brestoises.
La suspecte a beau être une psychologue respectée, quand la machine judiciaire se met en marche, elle ne fait pas de cadeaux…
Pour Léanne, la chef de la PJ de Brest, l’amitié n’est pas un vain mot. Quelle que soit la vérité, elle est bien décidée à sortir Vanessa de prison. Et pour y arriver, tous les moyens seront bons !

Mon avis :

Ce quatrième tome débute en fait avec le dénouement du troisième, qui annonçait : Le meurtre remonte à seulement quelques heures. Il y a bien un témoin, le chat siamois. Jusqu’ici, il n’a rien dit. 

Le chat, personne n’en veut : ni la veuve de la victime, ni son beau-fils qui, de toute façon, ne semble pas très concerné par la mort du mari de sa mère. Oui, Vanessa, psy, ancienne militaire, ne savait pas que son amant était toujours marié – sur le papier, il ne vivait plus avec sa femme depuis fort longtemps. Si cela nous donne quelques données supplémentaires pour le crime, cela ne nous éclaire pas sur le devenir du félin. C’est Léanne qui le récupère, dans l’appartement qu’elle avait loué auprès de la (future) victime. Un de ses hommes lui donne les affaires de son défunt félin, ce qui permet à la chef de la PJ de Brest de voir venir (trouver un bac, de la litière en urgence, ce n’est pas que c’est compliqué, c’est que cela prend du temps à réunir et à installer). Cela lui donne aussi le temps d’enrager. Elle sait que Vanessa est innocente, mais elle ne peut pas enquêter, elle n’est pas chargée de l’enquête – même Elodie, la médecin légiste, se retrouve écartée, trop proche, selon certains, de Vanessa.

Que faire ? S’investir dans ses propres enquêtes d’une part – et Léanne ne manquera pas de travail. Déléguer, de l’autre. J’ai découvert dans ce tome Johanna, la jeune soeur de Léanne, policière elle aussi. Aussi brillante que son aînée, la dernière enquête à laquelle elle a participé l’a laissé grièvement blessée. Elle est dans un centre de rééducation, elle ne sait pas si elle parviendra à récupérer totalement, physiquement, moralement. Quoi de mieux que sa grande soeur pour lui remonter le moral en lui confiant une mission spéciale, qu’elle peut parfaitement effectuer, même avec ses béquilles ? Oui, enquêter c’est la vie quand on est enquêtrice.

Cette enquête nous emmène dans le passé de la victime – je persiste à dire que la clef d’un meurtre est très souvent dans le passé de celle-ci. Elle nous mène sur la trace de braqueurs qui ont agi des décennies plus tôt et nous montrera aussi ce qu’ils sont devenus.

Et que deviendront les trois Brestoises ? J’envisage de commencer le tome 5 très prochainement.

 

Manhattan sunset de Roy Braverman

Présentation de l’éditeur :

Il n’y a pas pire vengeance que ce qui blesse ceux qu’on aime.
À moins qu’on ne les tue.
Il n’y a pas pire obsession qu’un fantôme qui vous hante.
À moins que ce ne soit celui d’un ami.
Il n’y a pas pire crime que de tuer une enfant.
À moins de la tuer deux fois.

Merci à Netgalley et à Hugo Thriller pour ce partenariat.

Mon avis :

Il en est des romans policiers comme des plats que l’on reçoit au restaurant. Le nom et le descriptif vous ont plu, et une fois que vous le dégustez, vous vous rendez compte que ce livre n’était pas fait pour vous.
Ce que j’ai aimé ? La présence fantomatique de Pfiffelmann, le coéquipier décédé de l’inspecteur Donnelli, l’inspecteur qui n’arrive jamais à temps, ou presque jamais. J’ai aimé ses interventions, lui qui n’a (presque) plus rien à perdre, puisqu’il a déjà perdu la vie, lui qui tente de se faire comprendre de Donnelli, qui a fort à faire avec les enquêtes en cours, et celles qu’on ne veut surtout pas qu’il suive. La justice ? Elle ne semble plus vraiment au programme, remplacée par les luttes de pouvoir entre différents services, entre la volonté de préserver des intérêts autre que ceux de la vérité – ne parlons même pas des parents éplorés qui ne sauront jamais ce qui est arrivé à leur enfant.
Ce que je n’ai pas aimé ? L’extrême violence. Les situations sanglantes, tragiques, dramatiques, s’enchaînent, sans que jamais l’espoir ne soit au bout du chemin, ou au bout de la nuit. La résilience ? Elle n’est pas envisagée. Vivre avec l’absence, vivre avec la douleur ne semble pas non plus possible. Manhattan sunset décrit un monde où aucune issue un tant soit peu positive ne semble possible.
Manhattan sunset – un roman à réserver à un public averti.

Piqûres de rappel d’Agathe Portail

Présentation de l’éditeur :

Qui fait son miel sait manier le venin. Le major de gendarmerie Dambérailh a été missionné pour remplacer temporairement le chef de la brigade de Montraguil, petite bourgade paisible de Dordogne. Enfin, paisible… On note quelque agitation autour d’une châtaigneraie mise en vente par un monastère voisin et que se disputent un apiculteur et un propriétaire cherchant à étendre un parc photovoltaïque. L’affaire met en émoi l’association des chasseurs qui s’inquiète de voir disparaître un important territoire de chasse. Pour l’apiculteur, Pascal, et son associé, Hugo, qui ont monté Honey Box, une start-up de vente de miel par abonnement, l’acquisition de la parcelle est vitale pour pérenniser l’affaire et rembourser les dettes accumulées. Alors que les frères du monastère eux-mêmes montrent des signes de nervosité, une attaque mortelle d’abeilles va plonger Dambérailh dans la perplexité… avant qu’il s’aperçoive qu’il s’est fourré dans un sacré guêpier…

Merci aux éditions Calmann-Lévy et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Revoici le major Dambérailh pour une nouvelle enquête. Cette fois-ci, il se trouve loin des siens. Non, pas sa famille, au contraire, il se rapproche même de son fils Baptiste. Il est loin de sa brigade, parce que le chef de celle de Montraguil, le très apprécié major Péramel est en arrêt-maladie. Tout pourrait se passer dans le meilleur des mondes, si un accident ne survenait. Enfin, si cela avait été un accident, tout se serait bien passé, sauf que ce n’est pas le cas. pas de chance pour le major : c’est-un-meurtre. S’il n’évolue pas cette fois-ci dans le milieu du vin, il découvre celui du miel, des apiculteurs devrai-je dire, et ce milieu n’est ni doux, ni tendre, ni sucré. Il paraît même sans pitié. Non mais franchement, qui aurait envie d’assassiner quelqu’un à coup de piqure d’abeilles, sachant non que le résultat est aléatoire (après tout, quelqu’un aurait pu passer par là et appeler les secours, qui sait ?) mais que la mort est lente et douloureuse. J’ai envie d’ajouter que cette personne, quelle qu’elle soit, n’aura jamais le labelle « ami des abeilles ». Celles qui ont piqué sont mortes elles aussi, désorganisant ainsi complètement la ruche dont elles sont issues.

Qui pouvait haïr autant Hugo Cassague le fondateur d’Honey Box ? Telle est la question à laquelle doit répondre le major, question qui obtient un peu trop de réponses. Il gagne un temps précieux à trouver qui ne le haïssait pas, qui l’aimait même, et savait le juger correctement, lui qui n’était pas à un excès près. Je ne parle pas d’excès culinaire, ou d’excès amoureux. Je parle d’excès pour obtenir ce qu’il voulait, utilisant de trop gros moyens pour un résultat qui n’aurait peut-être pas demandé tant. En parlant d’Hugo Cassague, je ne parlerai pas de « noirceur de l’âme humaine », de son côté « sombre », non, je parlerai plutôt de bêtises, de manque cruel d’empathie et de traditions familiales mal digérées.

Comme dans l’année du gel, la première enquête du major Dambérailh, la famille est importante. Le major en sait quelque chose, lui qui a le bonheur de voir son fils heureux, apprécié es autres, et tant pis si le major n’avait pas du tout pensé à cette voie pour lui – l’important est de s’être trouvé, et la communauté monastique dans laquelle il vit ne manque pas de personnalités hors-normes. Dambérailh doit composer aussi avec sa tante, Daphné, à qui il a bien dit de ne pas se mêler de l’enquête. Enfin, presque pas. Je ne vous raconte pas son ébahissement quand il constate le rapprochement même pas stratégique entre Daphné et le représentant de la brigade de recherches qu’on lui a collé dans les pattes, à savoir Jules Louvain. Ou plutôt si, je vous le raconte en citant le texte :

Ce n’était pas l’envie qui manquait au major de saisir l’OPJ au col pour avoir osé appeler sa tante par son prénom, mais il lui fallait garder les deux mains sur le volant.

Franchement, qui de mieux qu’une innocente vieille dame pour en apprendre un peu plus sur toutes ses familles, dont celle de Cassague, justement ? Qui mieux pour sympathiser avec Asma Cassague ? Daphné, femme de goût, comme dit son neveu, femme qui appelle un chat un chat avec beaucoup de réalisme aussi ! Elle fait la paire avec Louvain, insaisissable et parfois incontrôlable, qui ne manque pas (parfois) de jouer avec les nerfs du major.

Oui, voir des personnages aussi humains, aussi prompts à dire les choses, les faits, leur ressenti au plus juste cela fait du bien face au noeud de vipères que constituent les relations que la famille Cassague entretient avec autrui. Entre les secrets, les non-dits, ou au contraire ce qui est dit haut et fort dans le but d’appuyer là où cela peut faire le plus mal possible, les détestations même pas cachés,, on peut légitimement se demander comment plus de dégâts n’ont pas été causés plus tôt. Et si l’on parle de famille, l’on parle aussi de ce que l’on choisit de transmettre – ou de ne pas transmettre – à ses enfants. Le patrimoine génétique ? L’on n’y peut pas grand chose. La mémoire, par contre, l’on peut choisir ou pas de raconter, sachant que ne pas savoir, pour les descendants, est parfois pire : quand on sait, on a le choix de le transmettre. Quand on ne sait pas, se retrouver face à son histoire, à l’histoire de son peuple, peut être très douloureux.

Piqûres de rappel – un roman à la fois sombre et lumineux.

Les remparts de la colère de Bernard Glotin

édition du Palémon – 288 pages

Présentation de l’éditeur :

Alors que la saison touristique bat son plein, la petite ville fortifiée de Guérande est le théâtre d’une série de meurtres aussi spectaculaires qu’inexplicables. Chargé de l’enquête, le capitaine Axel Lourisse avance toujours avec un temps de retard sur les événements et enchaîne les déconvenues.
Subissant la pression de la commandant Nahia Etchegaray, une Basque intransigeante, il doit aussi composer avec les journalistes attirés par le sensationnel, dont la sulfureuse blogueuse Adeline Langèle, prête à tout pour obtenir l’exclusivité d’une information.
Capitaine « old school », divorcé, père de jumelles adolescentes, Axel Lourisse n’imagine pas que cette enquête va en quelques heures faire basculer sa propre vie.
Et si la solution se trouvait dans le regard de Tosca, chienne impliquée malgré elle dans les méandres d’un été hors du commun ? Et si la réponse à cette énigme se trouvait là, sous les yeux d’Axel, et qu’elle lui échappait ?

Mon avis :

Bonjour à tous, les amis, je suis le Père Lourisse et je vais vous faire visiter les remparts de Guérande, veuillez me suivre, s’il vous plait.
Non, cela ne m’amuse pas du tout de faire cela. Non, ce n’est pas un job d’été, c’est plutôt un job de circonstance.
Guérande, un été de canicule. Un été qui vois le capitaine Axel Lourisse et ses hommes obligés de se costumer pour assurer la sécurité des guérandais et des touristes : un meurtre a eu lieu, sans mobile apparent, et le meurtrier a promis qu’il recommencerait. C’est chose faite en ce 11 août 2020, jour de la sainte Claire. Un meurtre spectaculaire s’il en est, puisque la victime est tombée d’une montgolfière. Accident ? non. Et le meurtrier n’a pas vraiment l’intention de s’arrêter là.
Ce qui est formidable est qu’il est des personnages qui aiment le tourisme « vert », d’autres, comme moi, le tourisme « urbain ». Nous découvrons le tourisme macabre, des personnes qui ne viennent dans une ville que pour voir les endroits où des meurtres ont eu lieu. Pourquoi s’en étonner ? Les exécutions capitales étaient considérées comme des fêtes il n’y a pas si longtemps.
Enquêter pourrait sembler facile, si ce n’est qu’aucun des occupants de la montgolfière ne peut être coupable. Alors qui ? Et surtout, comment ? Lourisse, divorcé, père de deux filles, sans problème particulier, pas plus que son ex-femme, tente d’empêcher un nouveau crime. Sa supérieure, Nahia Etchegaray, entend bien obtenir des résultats, l’échec est impossible pour elle. Femme dans la police, elle s’est heurtée au machisme qui l’empêchait d’obtenir la promotion qu’elle désirait, et c’est pour enfin monter en grade qu’elle a quitté sa région natale pour la Bretagne. Enquêter, c’est ne pas oublier la lourdeur des procédures judiciaires et de la paperasse – aussi. Enquêter, c’est faire face à des empêcheurs de tourner en rond, comme Adeline Langèle. Elle est blogueuse, une blogueuse judiciaire, si j’ose dire, et elle n’a aucune envie de révéler ses sources. Elle n’est pas la seule, pourtant, à représenter dans ce livre toute l’importance que les réseaux sociaux, les sites où l’on partage ses avis, ont pris dans noter vie quotidienne. Personnage ambiguë, plus profonde qu’elle ne paraît de prime abord, et surtout qu’elle ne paraît aux yeux de Lourisse, elle est l’un des personnages féminins les plus intéressants de ce roman. Non, parce qu’en matière de personnage intéressant, je décerne la palme à celle à travers les yeux de laquelle nous découvrons certains chapitres : Tosca, croisée bergère de son état, viscéralement attachée à son maître, n’aimant pas beaucoup les chats – qui le lui rendront bien. J’espère la revoir, ainsi qu’Axel Lourisse, dans un second opus;

Dans les flammes de Gretna Green de John-Erich Nielsen

Présentation de l’éditeur :
Rendez-vous sur l’île d’Islay pour l’inspecteur Sweeney : son ami d’enfance Bruce Fowler l’y a invité pour déjeuner en compagnie de sa fiancée, la belle Rhoda McGillis. C’est là que la jeune femme, épaulée par son oncle Daniel, dirige la prestigieuse distillerie Lagabhain. Au dessert, le couple lui annonce son intention de se dire « Oui » devant un « prêtre de l’enclume » à Gretna Green, le village écossais des amoureux. Si près de cinq mille mariages y sont célébrés chaque année, celui de Bruce et Rhoda promet d’être l’un des plus réussis ! Toutefois, depuis deux mois, l’ombre d’un dangereux « corbeau » semble planer sur la noce… D’Islay au mur d’Hadrien, de Glasgow à Gretna Green, Sweeney n’avait encore jamais connu d’enquête aussi… brûlante !
Mon avis :
Quand on est policier, on devrait le savoir : tout, même un événement heureux, peut se transformer en une espèce de catastrophe. Si, si, lisez les petites lignes, c’est écrit dans le contrat de travail de tout enquêteur digne de ce nom, jamais tu ne te reposeras – ou presque. Son ami d’enfance se marie, son ami d’enfance l’invite à son mariage, quoi de plus logique. Ce qui ne l’est pas, ce sont les menaces reçues par la fiancée, héritière d’une prestigieuse distillerie. Sa jeunesse a été tout sauf facile – elle qui fut la seule survivante de l’accident qui causa la mort de ses parents et la laissa défigurée. Qui peut donc leur en vouloir ? Chercher parmi les proches, dira-t-on. Ce n’est pas si simple, son oncle a toujours été juste avec sa nièce, sa soeur ne s’entend pas avec elle mais ne s’en cache pas – vous l’aurez compris, elle ne lui enverrait pas des lettres anonymes, elle le lui dirait en face.
L’enquête mènera Sweeney loin, à se plonger dans le passé des McGillis et de leurs curieuses traditions familiales, qui semblaient avoir fonctionné jusqu’à maintenant. Elle lui permettra aussi de mettre un point final à une histoire personnelle, et dans le même temps, d’en commencer une autre, nettement plus joyeuse. Maintenant que ces étapes ont été franchies, quel avenir pour Sweeney ?

Les vagues reviennent toujours au rivage par Xavier-Marie Bonnot

Présentation de l’éditeur :

Depuis qu’il est retraité de la police, Michel de Palma, alias le Baron, vit sur un bateau et a tiré un trait sur ses années de brigade criminelle au bénéfice de la voile et du violon. Mais quand il apprend l’étrange suicide de Thalia Georguis, c’est un grand amour de jeunesse qui ressurgit et bien plus qu’une mort suspecte signifiant son retour à la case police. Thalia avait voué sa vie aux missions humanitaires en Méditerranée et avait reçu des menaces de l’extrême droite identitaire. Elle a aussi laissé derrière elle un manuscrit retraçant le parcours d’Amira, réfugiée syrienne, une ombre parmi les ombres qui risquent tout pour fuir la guerre. De Palma mettra tout en œuvre pour retrouver ce témoin clé, quitte à entrer dans l’enfer de Raqqa, à parcourir le camp de la honte de Moria. Et à affronter toute la monstrueuse violence qui sévit en Méditerranée, cet abandon sans fin de l’humanité comme les vagues qui reviennent au rivage. Avec le grand retour du commandant de Palma pour son enquête la plus intense et personnelle, Xavier-Marie Bonnot, écrivain engagé, rend hommage à la Mare Nostrum, ce berceau des grandes civilisations que la crise migratoire du XXIe siècle a transformée en plus grand cimetière marin du monde.

Merci aux éditions Belfond et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Flic un jour, flic toujours pourrai-je dire. Michel de Palma a beau être retraité de la police, il n’a pas perdu ses réflexes de policier, il a encore moins perdu son envie de justice. Pourtant, au tout début de ce récit, il semblait bien que ses seules occupations allaient être la vie sur son voilier, et l’apprentissage du violon. Il n’est pas d’âge pour accomplir un rêve ! Il n’est pas d’âge non plus pour être choqué, ému par une mort, celle de Thalia, grand amour de jeunesse du Baron. Elle s’est suicidée. Baron n’y croit pas, il y croit encore moins quand le légiste l’autorise à voir le corps, quand il visite l’appartement de la morte. Retraité, le Baron n’oublie pas les méthodes qui étaient les siennes, hors de question de se renier. Oui, les temps ont changé, oui, la paperasserie, les règles de procédure règnent en maître pour celle qui lui a succédé : Michel a encore des fidèles, dont Karim. Il a aussi beaucoup de détermination, pour faire toute la lumière sur la mort de Thalia et sur la disparition d’Amira.
Amira, c’est une jeune fille parmi tant d’autres, une migrante que Thalia a croisé dans un camp et dont elle a voulu raconter l’histoire. Je ne dirai pas « triste histoire », je ne dirai pas « histoire horrible », je dirai histoire tristement banale, histoire d’une jeune fille qui a vécu la guerre, la mort de proches, la fuite, et tente de survivre – vivre est un terme trop fort pour ce qu’elle endure au quotidien. Soyons honnête : si le sort des réfugiés n’intéressait pas grand monde, c’est encore pire depuis le début de la crise sanitaire. Dois-je parler de l’acharnement de certains groupuscules, prêts à tout pour se débarrasser des migrants ? Il est bon qu’un roman montre de quoi sont capables certains. Il est bon aussi de montrer l’audace, la hardiesse même de ceux qui mettent leur vie en jeu pour en sauver d’autres.
Les vagues reviennent toujours au rivage – une invitation à garder les yeux ouverts.

L’assassin qui aimait Paul Bloas de Pierre Pouchairet

édition du Palémon – 345 pages

Présentation de l’éditeur :

La commandant Léanne Vallauri a beau engranger les succès à la tête de la Police judiciaire de Brest, elle se retrouve engluée dans une méchante affaire. L’informateur qu’elle protégeait a été la cible de deux tueurs et elle encourt des sanctions disciplinaires et pénales. Alors que le moral est en berne, elle accueille avec soulagement l’occasion d’oublier ses ennuis en travaillant sur un nouveau dossier. La découverte d’un cadavre lardé de coups de couteau et abandonné à proximité de l’ancienne base des sous-marins allemands va l’entraîner dans une nouvelle aventure à hauts risques et lui faire découvrir des lieux dont elle n’imaginait pas l’existence. Les tunnels et les souterrains de Brest, vestiges de la guerre, recèlent bien des mystères et des dangers.

Mon avis :

Ce troisième tome commence bien mal pour Léanne : elle est la cible d’une enquête interne. Pour son indic, c’est pire : il est hospitalisé dans un état critique après s’être fait tirer dessus. Heureusement, elle n’a pas le temps de s’appesantir sur ses états d’âme, ou de ressasser ce que d’autres considèrent comme des erreurs d’appréciation : une nouvelle affaire débute. Elle relierait bien d’ailleurs cette affaire à une autre, sauf que ceux qui ont enquêté avant elle sont formelles : les autres meurtres ont été commis par un SDF qui est désormais logé en prison.
Pour faire court, cette enquête emmène Léanne, Vanessa et Elodie dans les bas-fonds, physiques, moraux, de la société. Nous y croisons des hommes qui exploitent des femmes et parfois des hommes, nous y croisons des adultes consentants qui consentent à assouvir leurs fantasmes avec des personnes qui sont rétribuées pour les satisfaire, oui, les mêmes personnes exploitées dont je parlais précédemment. Nous y croisons des hommes qui aiment « casser du pédé », « casser de l’arabe », bref, des hommes qu’il faut absolument empêcher de nuire et à qui je n’ai pas envie de chercher d’excuses.
Nous découvrons aussi les souterrains de Brest, les souvenirs de la Seconde Guerre Mondiale, que certains s’amusent à explorer, à leurs risques et périls parfois.
Oeuvre dure ? Oui, et toutes les peintures de Paul BLoas n’y changeront hélas rien.

Et puis mourir de Jean-Luc Bizien

édition Fayard noir – 342 pages

Présentation de l’éditeur :

Plusieurs samedis d’affilée, alors que tous les services de police de France sont mobilisés par les manifestations des gilets jaunes, de meurtres sont commis dans les beaux quartiers de Paris. Cela pourrait être l’œuvre d’un déséquilibré qui aurait poussé jusqu’à la vengeance les revendications de justice sociale, mais le commandant Jean-Yves Le Guen n’y croit pas.
Avec son adjoint, le capitaine Patriziu Agostini, ils jouent contre la montre. Car l’idée d’un « meurtrier gilet jaune » menace de faire l’objet de récupérations politiques qui ne feraient qu’empirer la situation – et le prochain samedi de protestations se rapproche …

Merci à Netgalley et aux éditions Fayard pour ce partenariat.

Mon avis :

Quand j’ai entendu parler de la nouvelle collection Fayard noir, j’ai eu très envie de découvrir ce livre, pour deux raisons. Tout d’abord, j’aime beaucoup les romans de Jean-Luc Bizien, ensuite, je me demandais comment un romancier exploiterait ce contexte politico-social qui nous a tous touchés, même au fin fond des campagnes.

Une fois le livre terminé, je dois dire que je suis un peu déçue, parce que j’ai trouvé ce livre très classique. Les gilets jaunes sont là, oui, mais uniquement en toile de fond. Je n’ai pas été surprise par le mobile du tueur – et si je vous indiquais à quels autres romans il m’a fait penser, vous, lecteurs, comprendriez tout de suite de quoi il s’agit. Pour en dire simplement un peu plus, il s’agit de vengeance personnelle. Or, je pense toujours que la vengeance ne sert à rien, parce qu’elle ne répare rien, elle n’adoucit rien, elle ne rend pas justice et ne laisse qu’un grand vide une fois qu’elle a été assouvie. Si je peux ressentir la douleur de celui à qui justice n’a pas été rendue, l’empathie face à la victime, je ne peux éprouver aucune admiration,pour sa vengeance.

Quant au duo de policiers, il officie au bastion, nouveau siège de la police, qui a la lourde tâche de succéder au célèbre 36, quai des Orfèvres. C’est devenu un lieu commun de la littérature policière contemporaine, et je ne compte plus le nombre de romans qui parlent du départ du Quai, de l’arrivée au Bastion, de la nostalgie du Quai, même si le Bastion est plus confortable. Je suis lassée de lire cet éternel passage obligé. Jean-Yves Le Guen est un vieux de la vieille, plus proche de la retraite que de son début de carrière, et nostalgique, aussi, d’une certaine manière d’enquêter. Le capitaine Patriziu Agostini est pour un respect strict de la loi, des procédures. Policier, oui, juge non. Si Le Guen connaît ses limites, et ce qu’il s’autorise, Agostini découvrira les siennes au cours de cette enquête.

Et puis mourir est un policier classique, peut-être trop à mon goûts.