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Cadavre, vautours et poulet au citron de Guillaume Cherel

Présentation de l’éditeur :

Jérôme Beauregard, « détective public » dilettante, passe son temps dans son appartement parisien à rêver de voyages, jusqu’au jour où il reçoit un coup de fil de Pat, un ami parti s’installer en Mongolie pour faire fortune dans les mines d’or. Englué dans une sordide affaire de gros sous à la suite du meurtre accidentel d’un Chinois, celui-ci lui propose d’enquêter dans la capitale mongole, où plane encore le fantôme de Gengis Kahn.

Merci à Netgalley et aux éditions Michel Lafon pour ce partenariat.

Mon avis : 

Quand j’associe « polar » et « Mongolie », je pense désormais irrésistiblement à Ian Manook et à Yerruldelger. Ce polar-ci est différent, ce qui, bien sûr, ne veut pas dire qu’il n’est pas intéressant, loin de là.
Prenons notre narrateur/personnage principal Jérôme. Comme le récit est rétrospectif, nous avons une certitude : il s’en sortira vivant. Ce que nous ne savons pas, c’est dans quel état. Ce détective public -il y tient – a eu des envies d’aventures, il a donc accepté de rejoindre un ami en Mongolie pour lui donner un coup de main.
La Mongolie n’est pas une destination touristique – ou alors, je ne m’y connais pas en tourisme. Jérôme aura de très saines occupations au début de son séjour : bagarre, alcool, alcool, bagarre (les deux en même temps, c’est mieux). Quelques femmes, aussi. Il prend très vite le rythme, c’est tout juste s’il ne sombre pas dans la routine, quand survient enfin, à ses yeux, l’action qui lui avait été promise. Et quelle action !
Pauvre Jérôme qui, face à tout ce qui survient, fait toujours preuve, non, pas de sang froid, mais d’un humour certain. Humour noir, oui, le seul possible dans certaines situations – à moins de transformer Jérôme en un être naïf et innocent, ce qui n’est pas le cas, heureusement pour lui et pour nous.
La peinture qui est faite de la Mongolie n’est pas non plus très réjouissante, entre corruption et extrême pauvreté. Plutôt qu’un polar traditionnel, Cadavre, vautours et poulet au citron est un roman noir, dans lequel même les femmes fatales ne sont pas absentes. Le tout est de leur échapper, n’est-ce pas Jérôme ?

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Le crime était signé de Lionel Olivier.

Mon résumé :

Une jeune femme de seize ans est retrouvée assassinée dans le coffre d’une voiture, en région parisienne. Sa meilleure amie, chez qui elle devait séjourner, a disparu elle aussi. Est-il trop tard pour la retrouver vivante ?

Mon avis :

Je commencerai par les points positifs : ce livre est facile à lire. Les pages se tournent toute seule, le style est vivant avec des dialogues vifs. Les procédures sont bien intégrées dans le récit, précises sans alourdir ou ralentir le déroulement de l’enquête. Pas besoin de rappeler que l’on n’est pas dans une série télévisée, les analyses ne se font pas en deux temps, trois mouvements.
C’est là, à ce moment de ma chronique, que tout se gâte. Je n’ai pas réussi à visualiser un seul membre de l’équipe d’enquêteurs, j’ai d’ailleurs à peine retenu leur nom. Ce n’est pas qu’ils soient si compliqués que cela, c’est simplement que je n’ai pas senti qu’ils formaient une équipe. Ils ont beau être unis, ils ont beau passer des moments ensemble, j’ai tout de même l’impression qu’ils ignorent beaucoup de choses les uns des autres. Bien sûr, c’est possible, sans que je ressente cette impression de vide – voir Mehrlicht, qui reconnaître lui même dans De cauchemar et de feu, à quel point il s’est leurré sur ses adjoints !
L’enquête, maintenant. Elle partait bien, puis je constate que beaucoup de personnages sont laissés au bord de la route, des personnages que j’aurai bien voulu revoir, ne serait-ce que pour approfondir leur motivation. Je ne parle pas seulement du coupable, non, mais bien de tous ceux qui seront suspects ou qui seront simplement témoins. Certes, lors d’une vraie enquête, les policiers n’ont peut-être pas la possibilité de trop approfondir certains faits. Mais, en temps que lectrice, j’aurai vraiment aimé que le narrateur omniscient nous en dise un peu plus. Idem pour les victimes. Au risque de me répéter, là aussi, j’aurai aimé les connaître un peu mieux. Je ne parle pas non plus des motivations du coupable. J’ai eu l’impression que tous les ingrédients pour faire un bon roman policier étaient là, mais qu’il manquait du liant entre eux. J’ai eu aussi l’impression que certains ingrédients s’ajoutaient et que cela n’apportait rien à l’intrigue, un peu comme ce professeur qui enseigne la théorie du genre, en tombant comme un cheveu sur la soupe. Ou ce policier tragiquement marqué par une tragédie familiale. Même les moments où les policiers se retrouvent entre eux, pour « souffler » autour d’un bon repas m’ont semblé très artificiels.
Le crime était signé est un roman qui m’a laissé sur ma faim.

Croisière jaune de Zolma

Présentation de l’éditeur :

Lily Verdine, détective privée au bord de la faillite, n’a plus le choix ! Impossible de refuser ce boulot très ordinaire et limite déprimant. Alors coincer un mari volage, prendre quelques clichés croustillants… Rien de bien passionnant, mais les temps sont durs et les caisses vides !

Mon avis : 

Je n’ai pas grand chose à dire sur ce livre, si ce n’est qu’il se passe à Montauban, dans le Tarn et Garonne, département crée par Napoléon pour remercier ses fans. Les poulets sont coriaces, dans ce département.
Je n’ai rien contre les détectives privées, je trouvai intéressant de rencontrer un tel personnage, si ce n’est que Lily passe son temps à se plaindre et à jouer de malchance, pire que Nestor Burma qui se fait systématiquement assommer à chacune de ses enquêtes. Pour être sincère, Lily attire les ennuis comme d’autres les moustiques, et ils sont nombreux.
Le récit m’a semblé être rétrospectif, puisqu’elle commente ses actions et les conséquences désastreuses qu’elles ont eues pour son enquête et pour sa vie. Cela a un peu parasité le déroulement de l’intrigue, qui commençait de manière très classique, pour finir d’une manière qui ne l’est pas du tout. De même, le titre est volontairement trompeur. La « croisière » qui donne son nom au titre est tout sauf de tout repos.
Il est tout de même un personnage que j’ai aimé : Victor, le médecin, ami de Lily et philanthrope complet, bref, le genre de personnes que l’on aimerait croiser dans la vraie vie, au contraire de Pradelles, le mari volage, et pas que.

Sans elle d’Amélie Antoine

Présentation de l’éditeur :

Il était une fois une famille heureuse et unie. Des jumelles de six ans qui se ressemblaient comme deux gouttes d’eau. Des enfants fusionnelles qui grandissaient ensemble et s’adoraient. Jusqu’à un soir de feu d’artifice où l’une d’elles se volatilise brutalement. Il était une fois deux fillettes inséparables. Jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’une. Il était une fois une histoire qui n’a rien d’un conte de fées.

Mon avis : 

Sans elle est indissociable d’avec elle, projet d’écriture mené à deux auteurs. J’ai choisi de commencer par ce texte, et de faire une pause avant la lecture du tome suivante. La raison ? La force ressentie à la lecture de ce volume.
Sans elle, c’est sans Jessica. Elle a disparu à l’âge de six ans, alors qu’elle accompagnait sa mère à un feu d’artifice. Le livre nous montre à quel point il est difficile pour Colline de grandir sans sa jumelle, sans savoir ce qu’elle est devenue. Surtout, Jessica avait une position dominante dans le couple de jumelles, n’aimant pas tel ou tel dessin animé, préférant tel ou tel jeu, et Colline découvre ce que c’est de pouvoir faire ce qu’elle aime sans les récriminations de sa soeur. Liberté illusoire. Colline s’efface peu à peu, tandis que Jessica prend toute la place par son absence. Colline, c’est celle que l’on ne voit pas, que l’on entend pas, dont on interprète un peu trop vite les gestes, le comportement, les désirs.
En cas de disparition d’enfants, nous voyons à la télévision des spécialistes de ce type d’événements nous expliquer d’un ton docte que le couple résiste rarement à de tels événements. Cette forme de sensationnalisme est dénoncée, à l’extrême fin du roman. Il est question aussi de ceux qui confondent les intuitions avec les preuves. Il est facile de récrire l’histoire après coup, avec une somme de petits faits anodins pris un à un, mais qui forment un sens aux yeux des enquêteurs. Là aussi, j’ai pensé à certaines affaires trop connues, qui ont aussi débouché et bien, sur tout sauf leur résolution : il est facile de faire de la mère la première, voire la seule et unique suspecte. Il est facile aussi de transformer des comportements altruistes en comportements suspects. Il est étonnant de devoir le rappeler : on peut réellement avoir envie d’aider son prochain.
L’écriture de ce roman est vraiment très prenante, il est très difficile de résister à la tentation de tourner les pages et de poursuivre la lecture. Un livre fort, réussi, que je ne peux que vous recommander.

Fatale randonné d’Alain Gandy

Présentation de l’éditeur : 

1975. Joseph Combes part séjourner en convalescence chez un camarade, Alberto Gibert, adjudant gendarme en poste à Montgenèvre, à proximité de la frontière italienne. Cette zone frontalière est en ébullition. L’avant-veille, deux membres des Brigades rouges ont enlevé le jeune fils d’un riche industriel de Turin, le dottore Fallacci. Les autorités craignent que les ravisseurs ne se réfugient en France. Gibert, entraînant son ami Combes, se lance dans une quête inattendue, au milieu d’un décor de montagnes glaciales, fort dépaysant pour notre détective aveyronnais. La découverte, au fond d’une vallée perdue, d’une motoneige accidentée et d’un cadavre jette les deux amis dans l’action. Ce meurtre est-il lié au rapt ? Où serait alors le second brigadiste ? Et, surtout, où serait l’enfant ?

Préambule :

Hier, nous nous sommes régalés avec des recettes toutes plus savoureuses les unes que les autres. Aujourd’hui, il est bon de faire un peu d’exercices.

Mon avis : 

Depuis Agatha Raisin, l’on sait que la randonnée peut être un sport dangereux. Ce fait, rare pourtant, se confirme dans ce livre d’Alain Gandy, qui me permet de découvrir son sympathique héros, Joseph Combes. Ancien gendarme devenu détective, il est marié, aime sa femme qui travaille avec lui dans son agence, ils ont des enfants. Bref, Joseph est un personnage attachant parce qu’il est ordinaire – ce n’est pas si fréquent chez les enquêteurs. Mal remis d’une grippe, il se rend chez son ami Alberto. Ils ont fait la guerre d’Indochine ensemble, guerre dont quasiment personne ne parle, et ils n’ont cessé de correspondre depuis.
Ce que Joseph n’avait pas prévu est qu’un appel d’urgence pour Alberto surviendrait, et qu’il devrait s’occuper de l’enlèvement du jeune fils d’un industriel italien, enlèvement revendiqué par les brigades rouges. Il se pourrait que les ravisseurs se soient réfugiés en France. Dès le début, Combes ne peut s’empêcher de se poser des questions. Après tout, pourquoi viendraient-ils en France ? Et surtout, pourquoi n’ont-ils pas davantage brutalisé les parents du jeune garçon ? Non, Combes ne croit pas à une complicité, loin de là, il se demande simplement quel message les deux kidnappeurs ont voulu faire passer en laissant deux témoins vivants.
L’enquête se déroule dans un paysage neigeux et dangereux pour qui ne connaît pas la montagne ou se montre imprudent. D’ailleurs, Joseph se montre particulièrement novice pour le coup, même si lui maîtrise assez bien les techniques de survie et n’est pas dépourvu de sens de l’observation. Contrairement à son ami, il est aussi assez peu confiant en la nature humaine et a peu d’espoir sur le dénouement de l’enquête. Si l’on élimine son complice, ce n’est sans doute pas pour garder l’otage en vie. Et si, en plus, l’on n’hésite pas à « nettoyer » derrière soi, l’on n’aura guère de compassion pour ceux du camp adverse.
Fatale randonné est un roman agréable à lire parce que l’intrigue est bien construite, parce que l’on est immergé dans un univers dans lequel on a plus l’habitude de venir en aide à des personnes imprudentes mais honnêtes qu’à des tueurs sans scrupules. Dans ce lieu où il fait bon vivre, même si les conditions de vie sont parfois difficiles pour ceux qui sont habitués à la ville et ses avantages (voir la vie de couple compliquée d’Alberto), il est plus difficile d’espérer passer inaperçu – ou de penser que la police est trop occupée pour ne pas tout mettre en oeuvre.
Un roman policier qui me donne envie de poursuivre avec cet auteur. 8

De cauchemar et de feu de Nicolas Lebel

Quatrième de couverture :

Paris, jeudi 24 mars 2016 : à quelques jours du dimanche de Pâques, le cadavre d’un homme d’une soixantaine d’années est retrouvé dans un pub parisien, une balle dans chaque genou, une troisième dans le front.
À l’autopsie, on découvre sur son corps une fresque d’entrelacs celtiques et de slogans nationalistes nord-irlandais. Trois lettres barrent ses épaules : IRA.

Mon avis : 

Le capitaine Mehrlicht est un enquêteur qui n’est pas un ami du politiquement correct. Tenez ! « On » lui a encore envoyé une stagiaire, sans se préoccuper de l’état dans lequel il allait la rendre. Maintenant, quand on voit à quel point la chère petite peut être originale, on peut se demander combien de temps elle va tenir tout court dans la police, avec ou sans Mehrlicht, au physique incomparable.
Revenons tout de même au sujet du livre : l’enquête ! Vous vous rendez tout de même compte que c’est un anglais qui s’est fait assassiner en France, un, bientôt suivi par deux autres. Pourquoi n’ont-ils pas la délicatesse de se faire assassiner dans leur pays d’origine afin de laisser en paix les policiers français ? Ils ont assez à faire avec leurs propres problèmes. Je ne vous parle pas de Dos Santos, psychorigide confronté à son passé et à son amour impossible, Latour, et son amour qui semble être devenu enfin possible, sans oublier Mehrlicht, bien décidé à se qualifier enfin pour Question pour un champion. Quand je vous dis que la police française est débordée !
Comme si cela ne suffisait pas, on leur envoie un enquêteur anglais pour les aider, un de ceux qui connaît bien le passé de l’IRA, parce que, bien sûr, de nos jours, tout est fini, oublié, terminé, et les anciens membres de l’organisation vont maintenant de l’avant, utilisant des méthodes plus policées pour obtenir ce qu’ils désirent – la politique ! Parallèlement à l’enquête, nous replongeons dans le passé irlandais, au côté d’un jeune garçon et de ses amis. Nous les voyons grandir, s’engager, lutter, subir, souffrir. Ou comment montrer le conflit irlandais de l’intérieur.
Mehrlicht a beau, parfois, se sentir totalement à côté de la plaque parce qu’il n’a pas remarqué certaines choses, il n’est pas du genre à baisser les bras quand il enquête. Tous auraient dû se le tenir pour dit.

Climat de France de Marie Richeux

Présentation de l’éditeur (extraits) :

En 2009, Marie, la narratrice, est à Alger. Sur les hauteurs de Bab el-Oued, elle est subjuguée par la cité qu’y construisit entre 1954 et 1957 l’architecte Fernand Pouillon, appelée « Climat de France ». Saisie par la nécessité de comprendre l’émotion qui l’étreint, celle qui a grandi à Meudon-la-Forêt, dans la « Cité heureuse » du même Pouillon, entreprend alors une plongée dans le passé : le sien, celui des édifices et de leurs habitants.

Préambule :

Beaucoup de livres paraissent et racontent le devenir de ceux qui ont vécu la guerre d’Algérie. C’est très bien d’offrir des livres riches et variés sur ce sujet. J’attends maintenant, égoïstement, le livre qui parlera des polonais qui sont venus s’installer en France après la seconde guerre mondiale. Je ne pense pas que mes grands-parents soient les seules personnes dans ce cas. Même s’il faut, à chaque fois, que je précise qu’ils étaient tous deux catholiques pratiquants.

Mon avis :

Ce livre est un premier roman, et ce qui est intéressant, au-delà de cette étiquette « premier » est qu’il est écrit avec une plume singulière.
Ce roman nous plong dans le passé commun de la France et de l’Algérie par le biais d’un architecte qui construisit des cités de part et d’autres de la Méditerranée, des cités construites pour que des gens vivent, non pour qu’ils y soient parqués. La narratrice a vécu dans une de ces cités, son voisin de pallier, Malik, a connu les deux. Grâce à lui, elle raconte les souvenirs liés à ses lieux.
Ce n’est pas un catalogue, ce n’est pas un article érudit d’encyclopédie. Ce sont des brides de vie, saisies dans les méandres des souvenirs. La chronologie n’est pas linéaire, d’ailleurs, aurait-ce été utile ? Non. Il est des faits qui ne peuvent pas être racontés tout de suite, de but en blanc, il est une gradation dans ce récit, avec en point d’orgue, la fin de ce texte.
Il est aussi un fait que j’ai moi-même constaté. Il existe une chronologie historique d’un côté, une chronologie personnelle de l’autre, et les deux peuvent ne pas se rencontrer.
Une auteur à suivre.