Archives

Lésions intimes de Christophe Royer

Présentation de l’éditeur :

Nathalie Lesage, capitaine au caractère bien trempé, travaille au sein de la brigade de répression du proxénétisme. Une des branches de l’organisation « Gorgona », spécialisée dans un certain genre de soirées parisiennes, va l’amener à côtoyer un milieu où règnent la perversion et les pratiques extrêmes.
Victime d’un banal accident, son enquête va prendre une tournure inattendue. Dans le même temps, le décès de son frère va l’obliger à renouer avec son passé.
Tout va alors se mélanger et entraîner Nathalie vers l’inimaginable…

Merci aux éditions Taurnada pour leur confiance.

Mon avis :

Dans la vie de Nathalie, tout va bien. Elle est capitaine dans la brigade de répression du proxénétisme, et n’a pas de soucis particuliers. Non, elle n’est pas alcoolique, non, elle n’a pas été tentée par la drogue, non, elle ne fricote pas avec des indics. Sa vie sentimentale n’est pas un désastre, elle assume parfaitement son mode de vie, différent de celui que l’on a l’habitude de découvrir, mais Nathalie est parfaitement équilibrée, ce qui est le plus important. Un bémol, cependant, et il est assez important : orpheline de père à 12 ans, elle n’a aucun souvenir des événements qui ont eu lieu avant cette tragédie. Elle se souvient bien, cependant, de sa scolarité dans un établissement secondaire militaire, de l’épanouissement qu’elle y a trouvée, des études qu’elle a menée, et de son travail, dans lequel elle s’investit totalement.

On parle souvent de zone d’ombres, mais là, dans ce travail épanouissant et apprécié, Nathalie découvre qu’elle ne savait pas tout, notamment d’une de ses collaboratrices, efficace, dévouée, et qui pourtant, au cours de leur enquête, vient de commettre un geste totalement fou, qui trouve son origine non seulement dans ses investigations, mais aussi dans son passé, sur lequel personne n’avait songé à la questionner : pourquoi s’en faire puisqu’elle travaillait aussi efficacement ? C’est la première claque que se prend Nathalie, la seconde n’est pas virtuelle, puisqu’elle est victime d’un accident, et là, tout dérape. Alors oui, Nathalie n’a absolument pas envie de laisser tomber l’enquête en cours, elle a trop envie de démanteler l’organisation « Gorgona » pour traîner à l’hôpital. Seulement, elle développe des troubles assez étonnants, qui l’amènent à se questionner sur ce qui a bien pu se passer dans cet hôpital – ne serait-ce que sur l’identité de la personne qui l’y a conduite et celle du médecin qui l’a soigné. A ce moment-là, nous ne basculons pas dans le fantastique, non, mais la dimension de ce roman policier très noir s’élargit encore.

Oui, noir et rouge sont les couleurs de ce roman. J’ai l’esprit assez large en ce qui concerne ce que deux adultes, pleinement consentants, peuvent faire ensemble. Seulement, ces idées larges impliquent qu’aucun moyen de pression n’existe entre l’homme et la femme – parce qu’une femme qui vend son corps pour vivre , qui est prête à tout accepter, y compris des actes violents, subit une pression. C’est la face sombre de la sexualité qui est explorée dans ce roman, avec, pour moi, en le lisant, une inquiétude face à ce besoin que des personnes (je devrai dire des hommes, majoritairement) d’aller toujours plus loin et de braver les interdits. D’ailleurs, je devrai plutôt dire qu’il n’est aucun interdit pour ses personnes : rien de ce qui est abject ne leur est étranger.

Ce qui manque cruellement ? L’amour. Attention, il existe bien dans ce roman, l’auteur le montre, l’amour, l’affection. Il est aussi des personnes qui pensent tellement à elles-mêmes et à la satisfaction de leur propre plaisir qu’ils en oublient les autres. Ou comment porter un masque virtuel qui n’a rien à voir avec les accessoires pseudo-érotiques de la littérature tout aussi pseudo-érotique. Nathalie enquête, elle enquête doublement, sur Gorgona, sur son passé proche et sur un passé bien enfoui dans les replis de sa mémoire. Mention spécial pour le frère de Nathalie, personnage fantôme (il est mort dès le début du roman) mais dont la présence bienveillante grandit au fur et à mesure du déroulement de l’intrigue.

Et le rouge. Rouge comme le sang, bien sûr, rouge comme les blessures qui sont affligées, rouge, à nouveau, comme le pseudo-érotisme. Je préfère le vert et le bleu final, qui amène à l’apaisement.

 

Piquette à la roquette de Danielle Thiéry

Présentation de l’éditeur :

Un ancien taulard qui prétend rechercher sa petite-fille disparue, la réapparition d’une ancienne maîtresse, morte depuis trois ans, amènent Burma dans le bouillonnant 11ème arrondissement de Paris.
De la Roquette à la Bastille, le quartier des Apaches et des bistrots pris pour cible par les fous de Dieu.
Celui aussi des tatoueurs, piqueurs en tout genre qui font des corps un terrain de jeux dangereux.
Parce qu’on ne le provoque pas impunément, le détective de choc va plonger dans les tréfonds nauséabonds, au fond des caves où se planque le diable !

Mon avis :

J’ai bien sûr commencé cette lecture avec un préjugé : j’aime Nestor Burma, j’aime les romans de Danielle Thiéry qui ne m’ont jamais déçue. Je pensais donc passer un bon moment de lecture, et je ne me suis pas trompée. J’ai à la fois retrouvé Burma et le style de l’autrice. Mais, pour tous ceux qui ne connaîtraient ni l’un ni l’autre, plongeons nous dans cette intrigue.
Elle est sombre, très sombre, et commence pourtant comme presque toutes les enquêtes : un client se présente parce qu’il souhaite que Nestor Burma retrouve sa petite-fille disparue. Le souci est que le client ne dit pas tout, pour ne pas dire qu’il ne confie presque rien, avant d’être retrouvé assassiné. Y a-t-il un lien entre sa mort et la disparition de celle de sa petite-fille, ou prétendue telle ? Je ne dirai pas « à vous de voir », je vous dirai que les coïncidences ne peuvent pas passer inaperçu aux yeux de Burma, qui a eu aussi fort à faire avec Mansour, son acolyte spécialisé dans la traque sur internet. Note : Burma ne se privera pas pour rendre au jeune homme la monnaie de sa pièce, en tout bien, tout honneur, sans douleur, sauf pour son ego. Il aura aussi fort à faire pour Kardiatou, sa très efficace secrétaire, qui ne manque pas d’esprit d’initiative. Ne jamais douter de ses collaborateurs, une évidence pour Burma.
Malgré son humour, Nestor se retrouve confronté à une enquête des plus sombres, désespérantes, montrant tout ce que l’homme est capable de faire à autrui, et pas en bien. L’imagination semble ne pas avoir de limites, les ressources pour faire du mal non plus. Il faut toute la persévérance de Burma, le fait qu’il ne recule devant rien lui non plus pour venir à bout de cette enquête.
Autre élément important : le passé de Burma, celui dont il n’a pas envie de parler, parce que le passé est mort, enterré, et pourtant, Burma ne divague pas, il « voit » son ancien amour, morte depuis trois ans. Pourquoi ? Burma ne devient pas fou, l’intrigue ne s’égare pas non plus dans des méandres irréalistes, il s’agit de se dire que rien ne peut rester inachevé.

 

Les Pèlerins du diable de Frédéric Pons

Présentation de l’éditeur :

Lourdes, début juillet. La saison des pèlerinages bat son plein. Venus du monde entier, les pèlerins affluent devant la grotte des Apparitions.
Les autorités sont en alerte. La vague des attentats djihadistes de 2015 a permis de renforcer la sécurité mais certains policiers s’inquiètent. Alertés par une série de « signaux faibles », ils devinent que le pire reste possible. La suite des évènements va leur donner raison. Trop tard. Rien ne pourra arrêter le cycle infernal qui mettra face à leur destin Fanny, l’ambitieuse lieutenant de police, le placide abbé Maurice, le commandant Cabana ou la jeune hospitalière Manon.
Dans l’ombre, un djihadiste revenu de Syrie a réactivé un réseau de jeunesse. Croyants exaltés ou petits délinquants, ces fanatiques veulent venger la défaite du califat islamiste. Leur projet effrayant n’a qu’un but : ouvrir l’enfer sous les pas des « mécréants ».

Merci aux éditions Calmann Lévy et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce ne fut pas une lecture facile. C’est mon premier constat, l’impression dominante après avoir terminé cette lecture, après avoir été éprouvée par certains passages. C’est un livre comme j’aimerai qu’ils ne soient plus nécessaires/loisibles/possibles d’écrire, des livres dont l’intrigue fait partie du champ des possibles, et ce serait tellement mieux si ce n’était pas le cas.

Il est question de personnes ordinaires, que nous pourrions cotoyer tous les jours. Il est question de Manon, qui depuis des années est bénévole à Lourdes, pendant les vacances, ce qui rassure ses parents – Lourdes est une ville nettement plus sûre que Beyrouth. Disons plutôt « nettement plus sécurisée » parce que l’expérience a appris que tout pouvait arriver. Le commandant Cabana est un personnage qui n’entre pas dans les normes des personnages de policiers que j’ai croisés jusqu’ici. Certes, il est célibataire, ne vit que pour son métier, mais il est avant tout croyant, véritablement. Il est aussi prêt à aller jusqu’au bout quand il entreprend quelque chose, surtout s’il a l’impression d’avoir failli, notamment avec la formation de Fanny, jeune lieutenant, devenue policière parce que son père l’était aussi, qu’elle les admirait beaucoup, lui et son travail. Aussi, elle qui a déjà planifié sa carrière tient-elle à finaliser ses enquêtes, même celles qui semblent les plus tristement banales, dans une société où toutes les violences ne sont pas forcément prises en compte. Fanny a vraiment envie d’aller loin.

Mais… nous sommes dans un instantané, un moment de vie. Nous découvrons ceux qui mènent leur vie ordinaire, à Lourdes ou prêts de Lourdes, et de l’autre côté, nous découvrons ceux qui préparent l’attentat. Je dis « instantané » parce qu’il est déjà trop tard pour certains, non pas trop tard parce que la fatalité est là, et qu’ils mourront dans l’attentat, trop tard parce que leur endoctrinement est tellement profondément ancré en eux que rien ne semble pouvoir leur faire changer d’avis. Ni sur leur acte, ni sur les personnes qu’ils visent. Ou comment ne plus voir l’autre, quel qu’il soit, comme un être humain, mais comme un ennemi, même pas un adversaire potentiel, non, un ennemi qu’il faut éradiquer. Là, je ne peux pas dire « j’ai aimé », parce que l’on ne peut pas aimer voir des hommes, des femmes, apprécier de regarder des videos d’exécution, admirer ceux qui ont combattu et tué, ceux qui ont semé la violence par leurs actes, et par leurs paroles. J’aimerai, par contre, que l’on montre le travail que représente de désendoctriner ceux qui l’ont été. Là est le travail pour notre société.

J’aurai pu conclure sur ses mots. Mais je voulais vous parler de l’abbé Maurice, parce que ce qui lui arrive, à lui et à ses paroissiens m’a rappelé un attentat survenu près de chez moi, un attentat qui m’a touché pour des raisons personnelles (et mes proches savent lesquelles). Il nous rappelle à quel point un acte terroriste n’est pas isolé, qu’il s’inscrit dans une histoire de la violence et de ses victimes. Et là, vous me direz que je n’ai toujours pas précisé si ce livre est un bon roman policier ou pas. Je vous répondrai qu’il est avant tout un miroir de notre société actuelle et de la place que l’on donne à chacun.

 

 

La vie en rose de Marin Ledun

édition Gallimard – 310 pages

Présentation de l’éditeur :

Ses parents partis parcourir la Polynésie, Rose – qui s’est installée avec le lieutenant Personne – se retrouve seule pour s’occuper de ses frères et sœurs.
Coup sur coup, elle est confrontée au cambriolage de Popul’Hair – le salon de coiffure où elle fait la lecture –, à la découverte inopinée de sa grossesse et au meurtre de l’ex-petit ami de sa sœur. Bientôt, c’est le meilleur ami de Camille que Rose découvre poignardé.

Mon avis (avec beaucoup de moi en prime) :

J’ai commencé la lecture de ce livre à la bibliothèque Parment, le 27 août, j’en ai lu cent cinquante pages et j’ai beaucoup aimé, au point, bien sûr, de l’emprunter. Et le lendemain, coup de mou, dû à un pépin de santé, un pépin matériel, et l’annonce de mon emploi du temps de l’an prochain, suivi par la jolie liste de mes futurs élèves. Un coup à ralentir nettement la lecture. J’ai choisi donc de programmer cet article pour le 30, alors que je serai en pleine pré-rentrée.

Ce livre est un tourbillon de folie, avec une héroïne… Ah, comment la qualifier ? Non, ce n’est pas qu’elle ne pourrait vivre une vie ordinaire, c’est qu’elle, les membres de sa famille, ont choisi une vie singulière. Certes, elle vit avec un lieutenant de police, ce que sa mère, dont la dernière garde à vue date de 2017. Ce n’est pas être différent qui est difficile, c’est être soi, pleinement, sans tricherie, sans jamais chercher à être ce que les autres veulent que vous soyez qui est compliqué – pour les autres qui sont un tantinet plus conformiste. L’avocat de la famille est blasé – ou présumé tel. Il est pourtant franchement réjouissant de voir Antoine organiser des parties de poker dans l’EHPAD où il travaille – enfin, de strip poker, pour être précise, avec des vertus pour la réappropriation du corps, la connaissance du matériel de soin et le resserrage des liens entre les différents pensionnaires. Ils sont bien sûr tous pleinement consentants, finalement, les seuls qui ne sont pas d’accord, ce sont le personnel soignant traditionnel et le directeur, qui appelle généreusement madame Mabille-Pons – il appelait Adélaïde, la mère, il rencontre Rose, la fille, avec un résultat tout aussi positif, pour le soutien inconditionnel à Antoine.

Mais un meurtre est commis, puis un second – deux jeunes gens, deux proches de Camille, la soeur cadette de Rose. Deux adolescents très différents, l’un très ordinaire, l’autre qui voyait enfin le bout du tunnel après des années d’errance. Un troisième est gravement blessé, et son statut de fils unique du plus gros patron de la région met tout de suite le feu aux poudres.

Richard, le lieutenant et compagnon bien aimé de Rose, enquête. Rose continue sa vie, et surtout débute une grossesse inattendue, en se demandant quelle conjonction de ratage pilule/capote a pu produire ce foetus. Elle doit aussi mener de front son travail de lectrice à Popul’hair, et son rôle de chef de famille par interim du fait de la croisière de ses parents. Elle découvre ainsi les délices des réunions parents-professeurs, un vrai bonheur. Alors oui, Rose s’offusque du discours de certains enseignants, et elle a raison ! L’important (et là, c’est la prof qui parle) de trouver sa voie, même si elle est hors-norme. Quant au professeur de mathématiques, monsieur Blache, qui s’acharne à voir réussir ses élèves, et bien j’ai envie de lui dire, en tant que prof, qu’à un moment il faut lâcher prise, et des mauvaises notes, en quelques matières que ce soit, n’empêche pas de réussir sa vie.

Ce que j’ai aimé, c’est à quel point ce livre contient une culture littéraire parfaitement intégrée au récit, nous présentant une galerie de fans de romans noirs issus de milieux différents, mais affirmant tous leur goût, sans souci. Et c’est vraiment tant mieux. Oui, il est agréable de rencontrer des lecteurs, des vrais, des personnes qui intègrent véritablement l’oeuvre qu’ils ont lu. Il en est de même pour la musique : Rose aime ce qu’elle écoute, et elle ne ressent pas le besoin de justifier ses préférences détonantes. Elle est aussi la preuve qu’en dépit des aléas, la grossesse ne transforme pas radicalement une femme. Ouf.

 

Le Diable s’habille en licorne de Serge Petrosky

Présentation de l’éditeur :

Requiem, votre curé préféré est de retour à… Dunkerque et en plein carnaval ! Pour une séance d’exorcisme. Notre héros, hors norme, est, il faut l’avouer, un peu étonné par cette divine mission. Non pas qu’il ne croie pas au démon, c’est quand même un petit peu son boulot, mais il se méfie, c’est tout. Il faut dire que les festivités donnent lieu à de sacrées fiestas mais aussi à quelques curieux décès. Des lycéens meurent les uns après les autres après avoir ingurgité des bonbons aux saveurs bien peu catholiques. Requiem réussira-t-il à démanteler ce trafic de «Licorne» et à sauver le carnaval ?

Mon avis :

L’affaire qui avait mené Estéban Lehydeux au Havre n’en finit pas d’en finir, et elle a amené son ami Régis à Dunkerque, pour terminer de démanteler le réseau néo-nazi mis à jour dans notre belle Normandie. Et Requiem, me direz-vous ? Lui se trouve à Dunkerque pour mener à bien son travail, celui que l’on avait quasiment perdu de vue dans les deux premiers opus : pratiquer un exorcisme. Hélas, il arrive trop tard, la jeune fille est morte, suicidée.

Seulement, Requiem connaît son métier. Que l’on y croit ou pas, là n’est pas la question, quand on lit un roman mettant en scène un prêtre exorciste, et bien, on croit en ce qu’il fait. Et Requiem conforte ce que je pensais déjà : dans la majorité des affaires qui requièrent sa profession, le démon est absent, l’homme est responsable de ce qui se passe. Mais qui aurait pu pousser une adolescente à se suicider dans ce qui a ressemblé à une crise de délire mystique ? Surtout, les morts succèdent aux morts, toutes plus sanglantes les unes que les autres, et cela commence à faire beaucoup pour le prestigieux établissement catholique dans lequel, bizarrement, tous étaient scolarisés. Requiem se retrouve alors à frayer, ou plutôt à rentrer dans le lard de quelques ecclésiastiques du cru, et il en est des gratinés, dont le directeur de ce prestigieux établissement qui, bizarrement, ne supporte pas, mais alors pas du tout la présence de Requiem dans ses murs. Il a déjà eu assez à faire avec un professeur excentrique, dissident, qui a curieusement disparu sans laisser la moindre explication – bien sûr, Requiem cherche tout de suite un lien possible entre cette disparition et l’affaire qu’il doit résoudre.

Premier pas : la présence de drogue dans l’établissement, dont l’ingestion pourrait expliquer certains comportements dévastateurs. Second pas : Requiem devient professeur dans l’établissement, à la demande de l’évêque, un personnage charmant et excentrique. Il n’est pas aussi hors norme que Requiem, mais il est le seul ecclésiastique que j’ai trouvé attachant dans ce petit monde particulièrement étriqué. Je le dis, je le répète à chaque fois que j’écris une analyse d’un roman mettant en scène Estéban Lehydeux, certains croyants oublient le commandement le plus important : « aimez-vous les uns les autres ». Quand je vois le mal que certains catholiques extrémistes – extrêmement rigides – peuvent faire aux autres, je me dis qu’ils n’ont rien compris, ou qu’ils ne s’aiment pas beaucoup eux-mêmes.

Heureusement, au milieu de cette enquête particulièrement glauque et sanglante, il reste l’humour de Requiem, et la présence de Cécile. Un peu de douceur dans un monde d’esprits étriqués.

Requiem, tome 2 : Dieu pardonne lui pas !

Présentation de l’éditeur :

Ce deuxième épisode des aventures de Requiem est basée sur un fait réel : l’histoire de Jules Durand, qui défraya la ville du Havre en 1910. Cette sorte d’affaire Dreyfus dans le monde ouvrier est encore dans les mémoires de nombreux havrais.

Mon avis :

Je serai claire : j’aime beaucoup le titre, parce que je me verrai très bien dire cette phrase, en changeant simplement le pronom personnel. Maintenant que c’est dire, passons au roman proprement dit, qui se passe en Normandie (ma région, donc) au Havre, pour être plus précise, ville que j’ai visitée en juillet 2019 (j’adore être précise). Requiem découvre cette ville parce qu’il est passionné d’histoire, un certain Jules Durand, docker, est accusé de meurtre, comme un autre Jules Durand l’avait été en 1910. Le dénouement n’a pas été très heureux pour lui, et Requiem voudrait bien qu’il en soit autrement pour son homonyme contemporain.
Oui, il enquête, mais en mode infiltré : il faut dire aussi qu’il a gardé le look qu’il avait à la fin du tome 1 et que Falvo, son correspondant préféré, est plutôt en train de s’arracher les cheveux dès qu’il s’agit d’Esteban Lehydeux, de ses notes de frais, ou de la création d’une couverture crédible. Là, il sera gâté, notre Requiem, surtout quand il verra dans quoi il a mis les pieds.
Non, je ne parle pas du milieu des dockers, profession difficile et respectable. Je parle de tout autre chose, d’un mouvement visant à la suprématie d’une certaine catégorie de la population, et adorant les vieux souvenirs datant de la période sise entre 1939 et 1945 – à ne pas confondre avec la formule  » se souvenir pour que cela n’arrive plus jamais ». Oui, certains pages ne sont pas faciles à lire, et pour ceux qui se diraient que nous n’en sommes plus là, posons-nous la question : combien d’actes de violence dirigés contre des personnes hors-normes sont encore perpétrés en France ? Beaucoup trop est une réponse suffisante.
Oui, l’enquête n’est pas drôle, les résultats non plus, mais le ton caractéristique de ce narrateur charismatique est toujours là, et heureusement pour nous, lecteurs et lectrices. Un narrateur (un auteur ?) qui dit ce qu’il a à dire, et tant pis si cela dérange certains.
Requiem, un prêtre comme il devrait en exister (et tant pis pour son penchant pour les femmes, elles sont toutes majeures et consentantes).
Un extrait : « mais quand je te cause d’être missionnaire, ce n’est pas le genre de con qui veut convertir celui qu’il considère comme un sauvage à ses rites religieux, non, moi je te cause du curé qui va faire de l’humanitaire, le genre de type pour qui la religion, être un bon chrétien ce n’est pas prier à longueur de journée, […]. Non pour lui c’est aider l’autre, celui qui souffre de la faim, de la guerre, de maladie sans ce soucier s’il a espoir dans le même mec s’il brûle des chandelles dans les mêmes lieux. »

Zaïgo de John Renmann

Présentation de l’éditeur :

Guadeloupe.
Ville de Sainte-Anne.
Un étudiant est retrouvé mort sur la plage, le corps entièrement momifié.
Tout autour du cadavre, d’étranges empreintes laissent penser que le tueur était pourvu d’un sabot de bouc.
Appelés sur les lieux, les inspecteurs Nicolas Rousseau et Marie Kancel se lancent dans une enquête dont les premiers éléments semblent révéler le côté surnaturel. Très vite, les meurtres s’enchaînent, avec pour seules victimes des hommes jeunes dont le corps sera méticuleusement momifié.

Mon avis :

Allô ? Vous voulez connaître la suite de la guerre des polices aux Antilles ? Ah, vous avez appelé au mauvais endroit. Non, je vous assure, tout va bien entre la commissaire Bertille Manoël et l’inspecteur Nicolas Rousseau. N’a-t-elle pas, à la fin du volume précédent, refusé sa démission avec véhémence ? Surtout, elle ne peut que se féliciter de l’entente entre Nicolas et Marie Kancel. Vision idyllique des liens entre les trois personnages ? Non, je suis en train de verser dans l’écriture de la version acceptable, policée : un peu de calme avant l’enquête qui débute avec, à nouveau, une bonne dose de surnaturel.

Un corps est retrouvé momifié sur la plage, et même l’expert en médecine légale et proverbe antillais ne comprend pas comment cela peut être possible. Un second corps est découvert peu après, et là, on frôle le drame médiatique. En effet, la victime était un technicien qui devait officier au cours de l’élection de miss Guadeloupe – peut-être la future miss France ! Il faut penser aux retombées médiatiques – énormes – aux retombées financières pour l’hôtel qui reçoit les futurs miss. Cette élection nous permet de découvrir un personnage haut en couleurs, l’organisateur, Darius Galipo. Chacune de ses apparitions est à apprécier à sa juste valeur, surtout que Rousseau (et Kancel aussi, d’ailleurs), se moque éperdument du politiquement correct, et des éventuels appuis de Galipo.

Ce fut un plaisir pour moi de me replonger en Guadeloupe, de retrouver Ty Raccoon, un personnage que j’aime vraiment beaucoup, à la fois original et apaisant, un personnage auprès duquel Nicolas Rousseau peut être lui-même, presque sans protection, puisque Ty Raccoon le connaît véritablement. Celui-ci parvient même à lui faire partager certaines de ses croyances – en particulier à cause de leur passé commun, et de l’enquête précédente.

Oui, à nouveau le surnaturel est au rendez-vous. Oui, à nouveau, l’enquête a été très plaisante à lire, grâce au ton utilisé, au rythme de l’intrigue et à l’intégration parfaite du surnaturel dans l’intrigue.

J’espère sincèrement que l’auteur écrira un troisième volume de ses enquêtes.