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Nuuk de Mo Malo

Présentation de l’éditeur :

Dans les villages du Groenland, une étrange épidémie de suicides touche les jeunes gens. La misère sociale et la rudesse climatique n’expliquent pas tout. Après un long passage à vide, la hiérarchie de Qaanaaq Adriensen l’a autorisé à reprendre son poste de chef de la police de Nuuk, la capitale du pays. Mais sous deux conditions : être suivi par une thérapeute et renoncer aux expéditions sanglantes qui ont fait sa réputation. Hélas, ses démons le reprennent vite, au grand dam de son adjoint inuit, Apputiku Kalakek. Qaanaaq découvre que les différentes morts sont liées par les traces du passage d’un mystérieux chamane chez plusieurs victimes. Et partout où se rend le policier, lui sont livrées, colis après colis, les pièces d’un puzzle macabre. Paranoïaque, disent-ils ? Qaanaaq veut prouver à tous que ses failles n’ont pas atteint ce qu’il a de meilleur en lui : son instinct de chasseur.

Mon avis :

Troisième volume des enquêtes de Qaanaaq à ce jour – et j’ai attendu le premier jour des vacances pour le lire. J’aime à la fois lire les enquêtes de ce policier, tout en remarquant certains traits d’écriture qui sont autant d’épines dans ma lecture.
Alors oui, c’est un roman policier. Mais ce n’est pas ce qui m’intéresse le plus à sa lecture. ce n’est pas non plus la découverte des traditions inuits, ou de la vie au Groenland, où l’un des plus fort taux de suicide des jeunes est enregistré. Ne cherchez pas, il n’y as pas d’avenir sur cette terre de glace, les villages se meurent les uns après les autres, et les jeunes, adolescents comme adultes, n’ont que peu de lieux où ils peuvent se retrouver, voire s’amuser.
Non, le thème qui m’intéresse le plus est celui de la famille et de la transmission. Qaanaaq sait, depuis les tomes précédents, quelles sont ses origines. S’il a perdu pied – et bien avant que commence le premier tome – il n’a pas fini de découvrir des faits dont il se serait bien passé. Et pourtant… C’est un nouveau départ qui s’offre à lui, avec son union avec Massaq, et la naissance de son troisième enfant. S’il n’a plus de famille, ni adoptive, ni biologique, il en a reconstitué une avec son adjoint inuit Apputiku Kalakek dont il est très proche. Il nous montre ainsi certaines traditions – il se trouve toujours, dans une communauté, quelqu’un qui peut prendre votre enfant en charge assez rapidement, pour une soirée ou davantage. Il nous montre aussi comment certaines traditions peuvent être dévoyées. Il est des adultes qui font des choix, conscients, comme l’a fait la mère biologique de Qaanaaq, et même si c’est dur à encaisser, même si bien des questions resteront sans réponse, le policier constate bien que personne n’a forcé sa mère à accomplir ce qu’elle a accompli.
Ce n’est pas forcément le cas de toutes ces jeunes filles que l’on retrouve mortes, et dont les noms s’égrainent les uns après les autres. Tout semblait sourire à l’une, tout était sombre pour l’autre, et pendant ce temps, quelqu’un s’amuse à un jeu de pistes macabre avec Qaanaaq, le renvoyant une fois de plus, et bien malgré lui, à son passé, à celui de son père adoptif aussi, dont il n’est jamais parvenu à lire les romans, qu’il juge médiocre. Qui peut bien lui en vouloir, parce que c’est bien lui qui est visé, lui qui paiera de sa personne à nouveau, et pas qu’un peu. Il se retrouvera au coeur d’une enquête qui allie les mythes inuits et surtout les dérives d’une jeunesse en désamour, livrée à elle-même et privée du soutien d’adultes responsables et aimants. Ne parlons même pas des occurrences où les adultes peuvent être manipulateurs, et profiter du désarroi de ces jeunes. Il semble véritablement que l’on en veille à Qaanaaq, et que les moments de tranquillité seront extrêmement rares, même pendant son propre mariage.
Le roman se termine sur un nouveau coup de théâtre… et j’espère qu’il y aura un tome 4 pour, peut-être enfin, éclaircir certaines zones d’ombre liées à la famille adoptive de Qaanaaq.

Dame d’atout de Alexis Lecaye

éditions du Masque – 480 pages.

Présentation de l’éditeur :

Le commissaire Martin est appelé au milieu de la nuit : le corps d’une fillette vient d’être retrouvé sur le périphérique entre Paris et Pantin. Malgré ses années de service, Martin ne peut s’habituer aux meurtres d’enfants et c’est animé d’une rage folle qu’il se rend sur les lieux du crime. Très vite, l’enquête le conduit au domicile d’un certain Akim Fédiche. Mais l’homme, récemment sorti de prison, semble impossible à confondre et les recherches pour l’interroger restent vaines. Jusqu’à ce qu’on le retrouve pendu, en pleine forêt, à une centaine de kilomètres de Paris dans un simulacre de suicide…

Mon avis :

J’ai enchainé la lecture des deux derniers tomes des dames – série signée Alexis Lecaye – et je dois dire que j’ai parfois du mal à distinguer les deux intrigues, voire à les distinguer des intrigues précédentes. L’une des raisons est que l’on retrouve un des tueurs d’un tome à l’autre, qu’il soit traqué, arrêté, ou relâché. La seconde raison est l’importance donnée aux problèmes personnels des enquêteurs. N’en jetez plus, c’est littéralement : « tu veux ou tu veux pas ? » Martin et Marion ont un fils, Rodolphe, se sont séparés, se sont remis, et dans ce tome, ils se séparent à nouveau à la suite d’une incartade de Martin. Je préfère ce terme à « coup d’un soir », et pourtant, c’est bien de cela dont il s’agit. Marion pourrait être policière : ce sont les cheveux blonds dans le caleçon qui ont trahi Martin ! Fort heureusement, elle n’est pas policière, elle n’est pas membre des experts, et ne fera pas de test ADN. Pardon, je m’égare ? Je vous assure que je prends plus de plaisir à écrire cela qu’à lire ce roman.

Si je retire les atermoiements sentimentaux des principaux enquêteurs, le récit aurait dû être poignant : une fillette est retrouvée morte, une autre est portée disparue, le compte à rebours a commencé pour la retrouver vivante. Partie poignante s’il en est, tout comme la dignité de sa famille. Alors, qu’est-ce qui cloche ? Nous savons à la moitié du roman qui est coupable, pourquoi il a agi ainsi, qui l’a aidé, qui l’a couvert, et le roman aurait pu se terminer une centaine de pages plus tôt. Parce que je ne m’intéresse que fort peu aux coupables, parce que nous évoluons avec lui dans un milieu très aisé, dans lequel sa mère a pu financer les traitements qui étaient censés le soigner. Ces « délires » ne m’attirent pas plus que cela, non plus que les questionnements traditionnels de son épouse, qui ne comprend pas ne pas avoir vu ce qui clochait chez son mari – si cela se voyait si facilement, cela se saurait.

Bref, passez votre chemin, il est d’autres rivages littéraires policiers à visiter.

Les couloirs démoniaques de Jean-Marc Dhainaut

Edition Taurnada – 320 pages

Présentation de l’éditeur :

Le Foyer des Galibots, une maison de retraite paisible située dans le Nord de la France, ferma ses portes en 1992 après une effroyable série de morts mystérieuses. Des suicides, selon l’enquête. Détails troublants : certains pensionnaires avaient témoigné de présences effrayantes, et une aide-soignante avait affirmé avoir été attaquée par une force invisible. Alan Lambin, enquêteur en paranormal, sent que cet endroit, construit sur les ruines d’un hôpital exploré quinze ans plus tôt, a besoin de lui. A-t-il oublié la menace qui y rôde ?

Mon avis :

Quinze ans ont passé depuis Les Galeries hurlantes quinze ans pendant lesquels Alan a tenue sa promesse : il a cessé d’enquêter. Il écrit, il donne des conférences, il vit sa vie avec Mina, la femme qu’il aime, et c’est tout. Une vie simple et tranquille. Bien sûr, cela ne pouvait pas durer. Paul, ami de longue date, a découvert l’histoire du Foyer des Galibots. Cette maison de retraite aurait dû être paisible. Seulement, voilà : elle a été construire sur les ruines de l’hôpital dont l’exploration, quinze ans plus tôt, a déterminé Alan Lombin à mettre un terme à sa carrière d’enquêteur paranormal. Sur ces lieux, les suicides se sont succédé, les enquêtes ont été très rapidement closes, et pourtant, la maison de retraite a fini par fermer ses portes, et les témoins de cette époque vivent avec les souvenirs des phénomènes étranges, inquiétants, qui laissèrent une empreinte physique sur eux. Alan allait-il se laisser convaincre ? Et bien oui, je vous spoile un peu, mais il se rend dans le Nord de la France avec Mina et Paul, pour voir de quoi il s’agit vraiment, mais aussi, peut-être, pour mettre un point final à ce qui s’est passé quinze ans plus tôt.

Si lire les enquêtes d’Alan Lombin est un véritable plaisir de lecture, je ne vous cache pas que les thèmes abordés sont rudes, témoin non d’une époque révolue (ce serait bien) mais d’actes qui sont toujours commis, quelles que soient les époques; La différence ? La parole se libère de nos jours, mais cela ne pourra être efficace que si l’on écoute ce que l’on a à dire. Et Mina, avec son don de voyance, écoute ce que les fantômes errants dans les murs de ce foyer ont à lui apprendre. Facile ? Non. Mais leur apaisement est à ce prix et Mina est pleine de compassion, elle souffre véritablement avec eux.

L’apaisement, ce n’est pas vraiment ce que cherche Erwann Diwenn, le rival de toujours, que nous retrouvons avec fils et belle-fille. Il est toujours déterminé, très en forme, non pour apaiser, mais pour trouver la gloire médiatique, et tant pis s’il faut faire de grands effets de manche et de fumisterie. Beaucoup plus simple. Mais parfois risqué.

C’est avec regret que je referme ce livre qui, comme tous ceux de la série, en aura appris un peu plus aux lecteurs sur les fantômes. Alan Lombin n’enquêtera plus cependant, la relève est peut-être déjà là. Qui sait ?

Merci aux éditions Taurnada et au forum Partage-Lecture pour ce partenariat.

Juste une balle perdue de Joseph D’Anvers

édition Rivages – 349 pages

Présentation de l’éditeur :

Roman veut devenir boxeur. Il se rêve déjà professionnel lorsqu’il intègre une prestigieuse académie qui fera de lui un champion. Un soir, il rencontre Ana, une jeune fille qui va changer sa vie. Entre drogues, sexe, alcool, amour et délinquance, ces deux écorchés vont s’offrir une parenthèse enchantée. Mais tout tourne très vite au cauchemar. Comme s’il était impossible d’échapper à son destin. Juste une balle perdue raconte cette saison entre paradis et enfer.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier Be Polar et les éditions Rivages pour ce partenariat.

En lisant ce livre, j’ai pensé irrésistiblement à deux autres œuvres :
J’irai au Paradis car l’enfer est ici, film de Xavier Durringer que j’ai parfois l’impression d’être la seule à avoir vue ;
J’irai au Paradis, la chanson de Daniel Darc.

Cette association d’idée m’est venue parce que, comme les héros du film de Durringer, Roman et Ana brûlent leur vie sans penser au lendemain. Roman, c’est le personnage principal et le narrateur du récit. Nous sommes au plus près de l’action avec lui, avec lui, nous nous remémorons son passé, son enfance, celle d’un gamin maltraité, cassé, placé, qui a trouvé un semblant de sens à sa vie en pratiquant la boxe. La rédemption par le sport : trop facile, trop beau pour être durable. Parce qu’à côté, il y avait la fête, le luxe, l’argent facile. A côté, il y avait Ana. Cela aurait pu être une belle histoire d’amour, si ce n’est qu’Ana est aussi cabossée, peut-être même plus que Roman. Cela aurait presque pu être une émission de télé-réalité, en un huis-clos magique : la villa d’Igor, la fête en continue, le sexe, la drogue… On n’était pas très loin de l’univers dont la télévision gave les adolescents. Cette existence rêvée a une contrepartie, et si, au début, tout semble exaltant pour Roman et pour tous les autres « anges » (je vois encore ici un lien avec la télé-réalité), très vite, c’est la descente, puis la dégringolade. Comme s’il était impossible pour Roman d’échapper à la noirceur de son destin. Comme si un seuls des « anges » pouvaient espérer un avenir réellement radieux. Non, je ne spoile pas, j’imagine, j’extrapole, à partir du moment où tout a dérapé.
Cette histoire simple d’un amour entre deux écorchés est écrit dans un rythme haletant, comme on scande un texte de chanson, comme si chaque paragraphe était un souffle, la respiration saccadée ou profonde du narrateur, souffle long, souffle court, respiration profonde ou halètement, inspiration ou expiration. Beaucoup de phrases commencent par « je », simplement, ce « je » qui aspire à devenir un « nous », avec Ana, ou à se fondre dans le « on » avec son groupe d’amis, avec les « anges d’Igor » (à ne pas confondre avec Charly’s Angels – j’aime à trouver des réminiscences de culture populaire). Roman se raconte au passé, composé ou imparfait. Il se projette peu dans le futur comme si, finalement, dès le début, il n’avait pu se projeter, lui qui aimerait tant récrire son passé, lui qui sait ce qui lui a manqué.
Juste une balle perdue – ou une belle histoire simple.

Parlez-vous polar ? (collectif)

Présentation de l’éditeur :

Plongez dans l’ambiance polar !
Découvrez le style des différents auteurs des Editions du Palémon à travers leurs nouvelles.
Testez vos connaissances grâce aux quizz dédiés à cette thématique…

Mon avis :

J’ai reçu ce recueil en cadeau, voici quelques années, au salon du livre de Paris (disons que j’avais acquis quelques livres des éditions Palémon et que je n’ai pas perdu cette habitude depuis). Ce recueil comporte les nouvelles de huit auteurs, certains que je connaissais déjà, d’autres que je découvre grâce à ce recueil.

Que dire ? J’ai aimé retrouver la plume de Cicéron Angledroit. J’ai aimé le texte, fantastique, onirique de Gérard Chevalier, aussi à l’aise dans ce registre que dans l’humour. J’ai découvert Hervé Huguen et je dois dire que sa nouvelle m’a intéressé au point que, depuis, j’ai acquis deux romans de cet auteur, et que je compte les lire prochainement. Une histoire apparemment simple, un homme meurt en tentant de fuir la police… alors que la police ne le pourchassait pas, et n’avait aucune idée de la raison qui l’avait poussé à fuir. L’action se passe au Havre, ville que j’ai découverte l’an dernier et que j’ai appris à apprécier : au cours d’une enquête serrée, l’on remonte le fils de plusieurs destins qui se sont entrecroisés pour le pire (pas de meilleur à venir). Point commun entre les textes d’Hugo Buan et d’Anne-Solenn Kerbrat ? L’humour noir peut teinter les récits policiers à l’infini !

 

Goliat de Mehdy Brunet

Présentation de l’éditeur :

La mer de Barents, au large des côtes norvégiennes : Goliat, une plateforme pétrolière en proie aux éléments déchaînés, est le sinistre théâtre d’une série de meurtres odieux.
David Corvin, ex-agent du FBI, va devoir utiliser toutes ses compétences pour stopper l’hécatombe.
Mais au bout du chemin, il risque de perdre son âme…
Et bien plus encore…

Merci à Joël des éditions Taurnada pour ce partenariat

Mon avis :

Troisième roman de Mehdy Brunet, troisième roman que je lis de cet auteur, et troisième roman que j’apprécie. Je dirai donc pour commencer : carton plein.
Dans ce roman, l’auteur joue sur la temporalité du récit. Nous découvrons tout d’abord David Corvin, de nos jours, quasiment (en 2019). L’homme est au bout du rouleau, il se noie dans l’alcool, littéralement. Pourquoi ? Nous le retrouvons trois ans plus tôt, et si tout n’était pas parfait dans sa vie, David Corvin, ex agent du FBI, était pourtant en bien meilleure condition physique, et surtout, il mettait tout en oeuvre pour sauver son couple avec Abigaël. Pour faire un couple, il faut être deux, et la jeune femme était bien décidée elle aussi à oeuvre dans la même direction que David. Que s’est-il donc passé ? Et quel est le lien avec une autre affaire, qui nous renvoie encore une année en arrière, aux Etats-Unis, entre enquête sur un tueur en série, et accident d’avion qui, emportant des vies, brisa plusieurs familles ? Trois époques, dans laquelle le lecteur navigue avec fluidité – jusqu’à gagner Goliat.
Goliat, c’est le nom d’une plateforme pétrolière, cet univers toujours présenté dans l’imaginaire collectif comme essentiellement masculin. Et pourtant, c’est là qu’Abigaël va travailler, en tant que chercheuse en biotechnologie. Les plateformes pétrolières dérangent, un peu, beaucoup, il est donc nécessaire de prouver que tout va bien. Il est aussi nécessaire de les protéger, parce que les menaces sont prises au sérieux : David est engagé lui aussi sur cette plateforme pour assurer la sécurité. La plateforme est un monde où faire confiance aux autres est essentiel, un huis clos quasi permanent. Peut-il arriver pire encore que ce que les éléments déchaînés peuvent provoquer ? Oui.
Le roman contient des scènes sanglantes, et cela m’ennuie presque de devoir le préciser, parce que cela me paraît logique lorsque je lis un thriller. De même, je ne veux pas évoquer l’ensemble des thématiques, parce que cela en dirait trop sur le roman et gâcherait la lecture. Je vous dirai simplement que l’épilogue est absolument poignant.

Fantazmë de Nicko Tackian

édition Le livre de poche – 288 pages

Présentation de l’éditeur :

Janvier 2017. Dans une cave du XVIIIe arrondissement de Paris, un homme est retrouvé, battu à mort. Le commandant Tomar Khan pense à un règlement de compte. Le genre d’affaire qui restera en suspens des années, se dit-il. Mais voilà, l’ADN relevé sur les lieux a déjà été découvert sur le corps d’un dealer albanais, battu à mort dans une cave lui aussi. Et bientôt une rumeur court dans les quartiers chauds de Paris, celle d’un tueur insaisissable, un Fantazmë, un « spectre » en albanais, qui s’en prend à la pègre. Avec cette enquête troublante, Tomar Khan plonge dans des zones d’ombre où s’affronteront inévitablement son devoir de policier et ses sentiments d’être humain.

Mon avis :

Il est des livres dont on n’arrive pas à décrocher parce qu’on se demande jusqu’où l’auteur va aller. Il en est d’autres qu’on ne peut pas lâcher parce que l’on se demande si l’auteur ira au bout des choses. C’est le cas pour Fantazmë.
Tomar et Rhonda ne sont pas seulement co-équipiers, ils sont aussi en couple et restent discrets : être ensemble, oui, s’épancher, non. Les descriptions restent d’ailleurs sobres, il n’est pas question de s’étendre sur le physique avantageux ou pas de l’autre. L’important, c’est l’enquête, les enquêtes, dans ce 36 quai des Orfèvres bientôt abandonné – il serait intéressant de lister le nombre de romans policiers qui prennent pour cadre le 36 en cours de déménagement, et évoquent ce lieu avec, déjà, de la nostalgie.
Nous sommes à Paris, et les attentats ne sont pas loin. Par conséquent, la police fonctionne autrement, la priorité étant donnée, même au quai des Orfèvres, à la lutte contre le terrorisme : rares sont les groupes qui se consacrent uniquement aux crimes de droit commun. Il est difficile de faire la part entre le droit commun, et ce qui agite la capitale – ou plutôt devrait l’agiter. Les sans-domicile fixe, les réfugiés, ils sont nombreux, ils sont à la rue, ils se débrouillent – personne ne les voit, ou presque. Ara, la mère de Tomar, les voit, pourtant, elle voit cette jeune femme, seule, accusée de vol, elle se revoit elle, combattante, dans son pays, mais aussi en France, face à un mari violent qui a laissé des traces durables. Alors elle aide, elle accueille chez elle cette femme et ses deux enfants, et demande à son fils un coup de pouce pour eux. Ni l’un ni l’autre ne sont naïfs, ils savent ce qui attend cette famille si le dossier est rejeté. J’aimerai dire que l’on n’en parle pas assez, je dirai simplement que l’on n’en parle pas du tout. On parle peu aussi de ce qui est mis en œuvre pour déloger les SDF, des trafics dont sont victimes certain(e)s. J’ai l’impression que les auteurs de romans policiers – je pense aussi à Nicolas Lebel et à son Dans la brume écarlate – font le travail d’informations et de mise en garde contre l’inhumanité qui nous guettent que tant d’autres ne font pas.
Un homme a été retrouvé torturé à mort. Il n’est pas le premier, et un tueur est désigné, il donne même son nom au roman, il est un « spectre ».
Et nous, de nous questionner, sur les notions de justice, là où la justice peine à s’exercer. Tomar et Rhonda y croient encore, cependant, et savent ce qui attend Fantazmë s’il est arrêté – la France ne laisse pas les crimes impunis, du moins, elle essaie. Et pourtant, la violence est là, tellement là, au point qu’on ne la voit plus, peut-être parce qu’on ne nous la montre plus non plus. De même, l’auteur n’oublie pas à quel point les forces de l’ordre ne sont plus aimées, soutenues par la population. Il ne faut pas croire tout ce que disent les journalistes, dit un des personnages – surtout quand ceux-ci cherchent le sensationnel plutôt que la vérité (là, c’est moi qui l’ajoute).
Tomar est un personnage complexe, qui a déjà franchi la ligne rouge comme l’on dit. Pourtant, lui et ses bagages, fort lourds, restent nettement plus sympathiques que l’enquêteur de l’IGPN, pas du tout objectif. Certes, son enquête est justifiée, mais ses méthodes sont injustifiables.
Fantazmë – ou un roman noir contemporain.

Meurtres au programme de Susan

La cave aux poupées de Magali Collet

édition Taurnada – 224 pages

Présentation de l’éditeur :

Manon n’est pas une fille comme les autres, ça, elle le sait depuis son plus jeune âge.
En effet, une fille normale ne passe pas ses journées à regarder la vraie vie à la télé.
Une fille normale ne compte pas les jours qui la séparent de la prochaine raclée monumentale…
Mais, par-dessus tout, une fille normale n’aide pas son père à garder une adolescente prisonnière dans la cave de la maison.

Préambule :

Tout d’abord, je tiens à remercier Joël, des éditions Taurnada pour ce partenariat, et aussi à présenter mes excuses pour le retard. En effet, j’ai reçu ce livre juste avant le confinement et… comment dire ? Il fut tout sauf facile à lire, encore moins à chroniquer.

Mon avis :

Manon. Est la narratrice de ce roman. Manon. En fait, nous n’apprendrons son prénom que tardivement, parce que personne ne se donne la peine de l’appeler par son prénom. Manon vit seule avec son père, qu’elle nomme « Le Père ». Elle n’a pas de contact avec le monde extérieur, sauf si l’on prend comme un contact le soir, quand son père rentre de son travail. Elle regarde la télévision, c’est un « contact », si l’on veut. Ses journées ? Tenir la maison. Se remettre de la dernière raclée affligée par son père. Prendre soin de la fille qui est retenue prisonnière dans la cave, avant que celle-ci ne rejoigne celle qui l’a précédée – sous le tilleul.
Ce n’est pas le style qui rend le livre difficile à lire, non, le livre est très bien écrit, nous sommes vraiment avec la jeune fille, avec son Père, aussi, qui n’a de Père que ce titre que lui donne Manon. Je ne veux même pas écrire qu’elle est sa fille, non, elle est sa victime, presque comme les autres. Ce qui le rend difficile à lire est véritablement les faits qui nous sont racontés, tant j’ai eu l’impression de me retrouver enfermée avec Manon, avec la prisonnière aussi : un huis-clos, littéralement. Elle n’a jamais rien connu d’autres que cette existence, à la fois bourreau et victime. Il est impossible de ne pas ressentir de la compassion pour elle, elle qui est, finalement, sa première victime.
Pas de pathos, pas de fioriture dans le style ou dans la narration. Pas de complaisance non plus ou de voyeurisme: le récit n’est pas plaisant, il n’y a pas d’admiration ou d’excuses, à aucun moment pour le tortionnaire – oui, je renonce à dire « le Père ».
Ce récit m’a amené aussi à m’interroger, aussi : comment une telle vie est-elle possible ? Comment se fait-il que rien n’ait transparu ? Bien sûr que je me doute que c’est possible mais cela n’empêche que ce récit est effrayant et effroyable.
Je terminerai ma chronique en disant : gardons les yeux ouverts, ne détournons pas le regard. Plus facile à écrire qu’à mettre en oeuvre.

La fille de la plage d’Alexis Aubenque

édition Hugo &  Cie – 571 pages

Présentation de l’éditeur :

Qui est-elle ? D’où vient-elle ? Que cherche-t-elle ?

Santa Barbara. Une jeune femme se réveille sur une plage.
Elle est amnésique. Elle ne se souvient que de trois choses : son prénom, le visage d’une femme ensanglantée, et enfin de ne surtout pas appeler la police. Quatre amis, qui viennent fêter la fin de leurs études universitaires, la retrouvent et décident de venir à son aide.

Mais est-ce pour le meilleur ou pour le pire ?
S’insinuant dans la vie de chacun des personnages, Chelsea, la mystérieuse fille de la plage, est-elle aussi ingénue qu’elle le paraît ?

Mon avis :

J’ai lu des critiques de ce livre après avoir rédigé mon brouillon. Non, elles ne m’ont pas fait changer d’avis, j’ai simplement constaté que certains avis étaient extrêmement élogieux, d’autres négatifs, voire très négatifs. Alors, je me suis interrogée : dois-je dire tout le mal que je pense de ce roman ?

Je commencerai par les points positifs : le roman se lit très rapidement et le chapitre 51 (le dernier) est bien.

Pour la suite de la critique, eh bien… Le livre promettait tout de même de savoir qui est cette jeune femme amnésique, qui est cette femme au visage ensanglanté dont elle se souvient. Oui, nous le saurons, mais l’enquête policière est totalement diluée dans tout autre chose. D’ailleurs, quand je dis « enquête policière », les termes sont exagérés : jamais la police n’est impliquée, quoi qu’il se passe. Un pépin ? Papa va arranger cela  ! Une jeune fille est victime de cyber-harcèlement ? Il ne faut surtout pas porter plainte, sinon la jeune fille en « mourrait », surtout si les images étaient diffusés sur le web. Mais si l’on ne porte pas plainte, jamais ce genre de personnes n’arrêtera – l’impunité ne doit plus exister, la honte doit vraiment changer de camp (oui, je sais, ce n’est pas gagné).

L’action durera deux jours, et pendant deux jours, Chelsea, finalement, va bien s’amuser. Oui, elle a des flashs, elle voit des choses horribles, mais elle part en virée shopping avec les filles, elle est hébergée sur un yacht, dans un superbe appartement, elle a une relation avec un des garçons, et remonte peu à peu la piste de son passé.

Alors, qu’en est-il du reste de l’intrigue ? Et bien, Santa Barbara, déjà, pour moi, c’est le titre d’une série fleuve, d’un feuilleton, pour utiliser les termes de l’époque, des années 80. Ici, nous avons une jeunesse dorée, très très dorée même – et le soleil y participe aussi. Ils roulent dans des voitures de luxe (je n’ai pas retenu les marques), l’un d’eux se voit même offrir un appartement par ses parents pour ses vingt ans. Il était temps ! Le pauvre aura enfin un endroit où recevoir ses conquêtes ! Le plus important, pour eux, c’est l’apparence. Les descriptions m’ont donc fortement ennuyée, tant l’accent est mis sur la perfection du physique. Même les parents s’y mettent, qui invitent leur fille à se mettre en valeur, et, parfois, ne connaissent pas vraiment leurs enfants et leurs tourments. Je vous rassure : ils sont en général très brefs, pour ne pas dire, parfois, peu crédibles, tant les personnalités des personnages m’ont semblé manquer de cohérence – sauf à rester constamment dans la futilité. Ils sont tous incapables de conserver une relation sérieuse. Ce n’est pas que le sexe est important pour eux, c’est plutôt obsessionnel. Fiona, la grande soeur de Nathan, est à cet égard, complètement à l’ouest : peu importe que son petit frère ait une petite amie (qu’elle n’apprécie pas, elle n’est pas assez riche pour son frère, elle en veut forcément à l’argent de son rondouillard de petit frère), elle lui offre une escort girl. Je regrette l’absence de personnalité féminine forte. J’avais espéré, un temps, que Sandy rentrerait dans cette catégorie. Hélas non. Si je peux facilement passer sur le fait qu’elle veuille devenir danseuse, et qu’elle ne connaisse pas Béjart, estime peu la danse moderne, et n’a jamais entendu le Boléro de Ravel, en revanche, l’oscillation permanente de sa personnalité, son incapacité à tenir tête à presque tout le monde, sa volonté de rentrer dans la norme (enfin, celle de Santa Barbara) tout en voulant se démarquer (parfois) est au final assez décevant, le conformisme l’emportant trop souvent sur l’originalité. Reste, heureusement, Dodi, la grand-mère de Jason, la seule personne qui dit ce qu’elle pense, qui vit comme elle en a envie, après une existence qui fut mouvementée – et que cela déplaise, elle n’en a cure. Même si son fils a choisi pour elle la meilleure clinique, les meilleurs soins, il a oublié qu’il fallait aussi rendre visite à sa mère, et non la laisser isolée, dans ce qui ressemble fort à un mouroir plaqué or.

J’ai oublié de vous parler de la musique. Elle est très importante, elle rythme le récit, mais elle m’a semblé parfois un peu datée. Etre fan d’Ed Sheeran, ok. Aimer les chansons de Fame, de Dirty Dancing ou de Flashdance est plutôt anachronique.

Je terminerai par la fin, forcément : elle n’a rien à envier aux meilleurs films à l’eau de rose.