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La louvre de Rouen de Gilles Milo-Vaceri

Présentation de l’éditeur :

Normandie, juin 2018. Le SRPJ réclame le commandant Gerfaut, car des meurtres barbares terrorisent Rouen. Aurélie, nièce du divisionnaire Marcelli, a failli en être victime. Sa soeur jumelle, Céline, est responsable de Monet 2018, une exposition composée de vingt tableaux qui seront présentés dans la cathédrale. Enzo Battista, l’as de l’OCBC, est chargé de leur protection. Tout va de travers… Les cadavres pleuvent, les journalistes parlent trop et les témoins se font tuer. Alors, quand une menace semble planer sur Céline et qu’elle disparaît brutalement, Gerfaut voit rouge.

Mon avis :

Rouen est une belle ville. Je sais, j’y vais souvent. Rouen est mis à l’honneur dans ce roman, les œuvres qu’elle a inspirées, ses clochers, et aussi son bouquiniste qui a une place de choix dans ce roman, place tout à fait justifiée pour qui connait Le rêve de l’escalier.
Il se trouve qu’une série de meurtres secoue la ville, meurtre et tentative de meurtres, sur la personne de la nièce du supérieur hiérarchique de Gerfaut. Celui-ci sait à quel point Marcelli est attaché à sa famille, aussi accepte-t-il de se rendre sur place pour enquêter, main dans la main avec son ami Enzo Battista. Le tout est désormais que leurs équipiers parviennent à tenir le choc.
Ce n’est pas qu’enquêter est difficile, c’est qu’enquêter quand des témoins vous cachent des informations pour une raison ou pour une autre que les choses deviennent encore plus compliquées, ou quand d’autres personnes ne font absolument pas attention à ce qui se passent autour d’eux. Il faut dire que les coupables, eux, savent parfaitement où ils veulent en venir, quels objectifs sont les leurs – ou plutôt quelle folie, ou, pour faire plus direct, quel esprit tordu. Le seul point positif est de faire découvrir la belle région de Normandie à ceux qui ne la connaîtraient pas. Peut-être après se diraient-ils que la Normandie est une région dangereuse. Non. L’on peut visiter une exposition consacrée à Monet ou (comme c’est le cas en ce moment) à Flaubert sans encombre.
Comme les tomes précédents, la louve de Rouen est une enquête efficace et rondement menée. Je note cependant qu’elle était très sanglante, non que cela me dérangeât, mais je pense aux « âmes sensibles » qui passeraient ici et me liraient.

La geisha de Yokohama de Charles Haquet

édition Le Masque – 288 pages.

Présentation de l’éditeur :

Un monastère zen dans les faubourgs de Kanazawa. Le moine Kodebu fait ses ablutions dans la cour endormie. Soudain, un cri retentit. Sur le toit de la Grande Pagode, une silhouette ailée brandit un corps inanimé. Elle le précipite dans le vide, sous le regard horrifié du moine. Qui est cette mystérieuse créature ? Pourquoi persécute-t-elle la communauté bouddhique ? Dans les sombres couloirs du monastère, la peur rôde… Pour résoudre cette énigme, Kodebu appellera son fidèle ami à la rescousse : Tosode, un ancien samurai qui erre sur les routes du Japon depuis la mort de son maître. L’enquête mènera les deux hommes dans les maisons de plaisirs du quartier Higashi. Ils y rencontreront Fumiko, une troublante geisha qui cache un terrible secret dans ses manches de soie…

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier Pativore grâce à qui j’ai gagné ce livre pour l’anniversaire de son blog. La lecture de ce livre fut une belle découverte, au point que j’ai recherché si d’autres livres de cet auteur était disponible à la bibliothèque (oui, un, le tome 5 des aventures de Tosode).

L’action se passe dans un Japon en pleine mutation. Les samouraïs ne sont plus les guerriers tout puissants et craints qu’ils étaient, et doivent chercher un autre moyen de subsistance plus encore quand, comme Tosode, ils ont devenus des rônins, samouraï sans maître. Celui de Tosode a été assassiné. Ce n’est pas que Tosode a de la chance, c’est que son ami Kodebu l’appelle au secours. Le monastère de Kanazawa, où vit le moine Kodebu, est en proie à des attaques fréquentes, deux moines ont déjà perdu la vie, les autres ont peur. Une malédiction planerait-elle sur le monastère ? C’est ce que certains commencent à croire, et ce n’est pas très bon à cette époque où leur ordre est mis à mal au profit du shintoïsme. Qui aurait intérêt à ce que les moines soient chassés, le monastère détruit ?

Parallèlement, nous suivons Fumiko, geisha qui, par amour, a fui sa condition. Oui, éperdument amoureuse, elle l’a été, et son désir de vengeance est à la hauteur de la trahison qu’elle a subie. Par conséquent, elle fait preuve de patience, de persévérance, d’abord pour retrouver l’homme avec lequel elle avait bâti des projets d’avenir après avoir renoncé à tout ce qui avait constitué sa vie. Pour cela, elle entreprend un voyage qui lui fera croiser à plusieurs reprises le chemin de Tosode qui, parfois, n’en demande pas tant. A moins qu’il ne change d’avis. Les deux mondes – celui de la geisha et celui du moine Kodebu – semblent très éloignés, et pourtant… Aucun lieu ne semble vraiment propice au calme, à la sérénité et au pardon.

La geisha de Yokohama est un roman policier qui nous emmène loin dans le temps et dans l’espace, et nous permet, en plus de suivre une intrigue policière originale, de découvrir le Japon du XIXe siècle.

 

Commandant Gabriel Gerfaut – tome 3 : le semeur d’âme de Gilles Milo-Vaceri

Présentation de l’éditeur :

2013 Le commandant Gerfaut, missionné par Interpol, aide l’inspecteur Vasco da Silva à mettre en prison le plus grand tueur en série brésilien, Fausto Negro, alias Le semeur d’âmes. 2015 Da Silva rappelle Gerfaut en urgence. De nouveaux meurtres, avec le même mode opératoire, terrifient la ville de Manaus. Fausto Negro invoque l’erreur judiciaire et ses avocats le feront libérer dans 15 jours. Les enquêteurs, pressés par l’inexorable ultimatum, doivent tout faire pour s’y opposer. Ils livrent alors une bataille sans merci contre le temps tandis qu’Adriana, l’assistante de Gerfaut, cherche des preuves à São Paulo. Comment Le semeur d’âmes pourrait-il encore tuer alors qu’il est en prison ? Si ce n’est pas lui, qui est le fauve sanguinaire qui sème des cadavres à Manaus ? Quand on enquête au cœur de la forêt amazonienne et des ethnies les plus redoutables, on risque aussi de réveiller des forces surnaturelles. Mais pour le commandant Gerfaut, l’invisible est presque devenu une routine.

Mon avis :

J’aime beaucoup les enquêtes du commandant Gerfaut. Cependant, je dois dire que, si vous aimez, comme l’une de mes amies, les polars reposants et pas sanglants, il vaut mieux passer votre chemin.
Au début, pourtant, tout allait bien pour le commandant Gerfaut. Il pensait même pouvoir partir en vacances. Bizarrement, il n’a pas pu, parce que deux affaires l’ont empêchée de partir.
La première, il l’a confiée à Adriana Guivaarch. Non, elle n’est pas son double féminin, elle est sa co-équipière, la personne qui connaît le mieux ses méthodes, la personne qui est la plus proche de lui, en tout bien, tout honneur (formidable formule passe-partout). Le fils du préfet a été assassiné, le préfet est entre la vie et la mort, autant dire qu’il est urgent de comprendre ce qui a pu se passer. Autant vous dire qu’Adriana mènera l’enquête avec méthode et rigueur, tant pis pour le coupable présumé – quand on tue, il ne faut pas s’attendre à l’impunité, quel que soit l’alibi fourni. Je me dis souvent que les alibis parfaits, c’est souvent pour les personnes qui ont des choses à cacher.
La seconde affaire est bien plus lourde, et emmène Gerfaut dans le passé, assez récent cependant. Deux ans plus tôt, il a aidé l’inspecteur Vasco da Silva à mettre fin aux agissements du tueur en série Fausto Negro. Laissons de côté le « présumé » : il a été jugé et emprisonné, les deux policiers n’ont aucun doute sur sa culpabilité. Aujourd’hui, cependant, d’autres crimes ont été commis, reproduisant strictement le mode opératoire du semeur d’âmes, y compris en utilisant des méthodes qui n’ont jamais été divulguées dans la presse. Auraient-ils commis une erreur ? Non. Non, malheureusement, ils évacuent très vite cette possibilité. Cependant, il faut convaincre la justice qu’il s’agit bien d’un imitateur, dont le but est de faire sortir le tueur originel de prison. Cette mission est, bien entendu, nettement plus compliquée, surtout qu’ils doivent agit avant le 20 août, date à laquelle le procès du semeur d’âme devrait être révisé. Ce qui serait encore mieux, c’est qu’ils puissent confondre le tueur avant que celui-ci ne fasse davantage de victimes. Difficile, compliqué. Le Brésil qui nous est décrit est un pays où règnent la corruption et le manque de moyen, l’un et l’autre étant indissociables. Ne pas faire de vagues, passer inaperçu, ne surtout pas appeler la police, même si l’on voit quelque chose d’anormal, parce que les brésiliens n’ont pas confiance en la police et craignent d’attirer l’attention sur eux, même s’ils n’ont rien à se reprocher. Je tiens à avertir à nouveau : les scènes de violence sont difficilement soutenables. Et si le commandant Gerfaut cherche les motivations du tueur, en aucun cas, il n’est question de l’excuser, de lui trouver des circonstances atténuantes.
Le semeur d’âme est un roman policier, mais pas seulement. Il est aussi question de croyance, de spiritualité, dans le respect d’autrui. Oui, des notions dont les tueurs de ce roman sont dépourvus, le pouvoir, celui de faire souffrir autrui, étant pour eux bien plus important. Ce ne sont pas seulement des policiers qui affrontent des criminels, ce sont deux façons de concevoir le monde et d’y vivre qui sont représentés.

Des personnages dont je continuerai à suivre les enquêtes avec plaisir.

 

Commandant Marie Sevran – tome 2 : Crystal meth

édition Lajouanie – 271 pages.

Présentation de l’éditeur :

Strasbourg. Un arrivage de Crystal Meth, méthamphétamine ravageuse, est annoncé. Des dealers se font assassiner.
La police découvre qu’un sordide et monstrueux trafic se cache derrière cette arrivée de drogue.

Un gros arrivage de Crystal Meth, drogue particulièrement puissante, va inonder Strasbourg. Plusieurs petits dealers sont assassinés.
Le commandant Marie Sevran est chargée de l’enquête, deux flics des stups, le commandant Costner et son adjoint Moreau, la rejoignent.
Les policiers découvrent rapidement que ce trafic de drogue, pour inquiétant qu’il soit, en cache un autre bien plus terrible encore.

Mon avis :

J’ai préféré ce second tome au premier, ne serait-ce que parce que je n’ai pas été gênée par les « coquilles » contenues dans le premier tome.
Cependant, la vie sentimentale du commandant Marie Sevran est toujours aussi chaotique. Non, elle ne s’est pas remise avec Patrick, son ex-mari. Oui, elle a rompu avec Jennifer, la jeune criminologue stagiaire dont elle était éprise. Elle espère cependant toujours retrouver l’amour, ne plus être seule, ne pas finir célibataire. Oui, sa vie sentimentale occupera encore une grande place dans ce tome mais, à nouveau, elle ne l’empêchera pas d’enquêter.
Il faut dire que ce n’est pas moins de quatre meurtres qui surviennent – quatre personnes retrouvées assassinées dans un appartement, et si l’un d’entre eux était un petit dealer sans réelle envergure, les trois autres passent très vite pour des victimes collatérales. Ils ne seront pas les seuls à mourir, quasiment dans les mêmes conditions.
Point positif de cette enquête : aucune piste n’est écartée, même celle qui ne semble pas la plus crédible. C’est bien que les enquêteurs restent ouverts d’esprit, n’hésitent pas à remettre ce qui semble trop évident en cause. Alors oui, l’enquête prend du temps parce qu’une bonne enquête ne peut se faire en un claquement de doigt. Les pistes suivies nous entraîneront loin, très loin, montrant le pire de ce que l’être humain est capable. Elles rappelleront aussi à quel point, voici quelques décennies seulement, les morts dues aux surdoses de drogue n’entraînaient qu’indifférence. Même si elles sont moins nombreuses aujourd’hui, je ne suis pas certaine qu’elles suscitent davantage de compassion, pas même, comme le montre le roman, parmi les proches des morts. Vision sombre de l’humanité ? Oui.
Mon petit regret est que le personnage d’Arsène, celui que j’avais préféré dans le tome 1, est mis un peu en retrait dans celui-ci : il est remarié est heureux. Même Rachid semble prêt à renoncer à courir de conquête en conquête. Seule Marie… mais le dénouement semble promettre le contraire. J’espère qu’un tome 3 le confirmera.

 

 

Gabriel Gerfaut – tome 2 : le mystère Lux et umbra de Gilles Milo-Vaceri

Présentation de l’éditeur :

Un sextuple meurtre. Une loge maçonnique légendaire. Un ennemi historique.Une nouvelle enquête du commandant Gabriel Gerfaut.Un sextuple meurtre. Une scène de crime cernée de triangles et de compas, de feuilles d’or et de symboles ésotériques. Des victimes qui appartiennent aux plus hautes sphères de l’État. Lorsque le commandant Gabriel Gerfaut est appelé sur cette affaire, il flaire d’emblée le parfum âcre du secret. Un relent bien vite confirmé : les victimes appartenaient à la franc-maçonnerie et aucun élément ne doit filtrer de cette enquête, au risque de provoquer un scandale sans précédent. Mais au fil des interrogatoires, le mystère s’épaissit, les incohérences se multiplient. Car les victimes n’auraient jamais dû se trouver ensemble : leur réunion funeste brise les règles fondamentales du culte ancestral. Aidé de sa coéquipière Adriana, Gerfaut va devoir faire la lumière sur cette sombre affaire, tout en veillant à rester dans l’ombre…

Mon avis :

A Noël, les éditions du 38 organisaient une opération « livre mystère ». Il s’agissait de dire quels étaient nos goûts, puis de passer commande pour recevoir un livre mystère, soit en ebook, soit en papier. Il était aussi possible de l’offrir, mais j’ai préféré me l’offrir.

J’ai donc reçu Le mystère Lux et Umbra de Gilles Milo-Vacéri (titre que j’écorche passablement à chaque fois que je le cite à l’oral). Je vous rassure, s’il est un personnage dont je n’écorche pas le nom, c’est celui du commandant Gabriel Gerfaut parce que cette première rencontre avec lui et ses équipiers fut agréable.

Le mystère qui ouvre le récit policier a de quoi laisser perplexe, parce que contraire à tout ce à quoi l’on s’attend si l’on connait un peu (juste un peu) la Franc-Maçonnerie. Mais je saute une étape, parce que je n’ai pas parlé du tout début de l’oeuvre, qui nous plonge dans le passé, un passé sombre. Les personnages que nous rencontrerons n’auront qu’une envie : s’unir, pour que ce qui s’est passé n’arrive plus jamais. Cette union sera forte, comme nous le montrera le développement de l’enquête – tout comme étaient forts le caractère de certains, et fort courageux.

Les six victimes l’étaient aussi, et elles ont payé de leur vie leur attachement à leurs convictions. Et des personnes de convictions, le commandant Gerfaut et sa coéquipière Adriana le sont également. Ils sont même très attachants, même si le mot peut sembler étonnant en parlant de Gerfaut. Je me demande même comment son supérieur tient le choc. Lui aussi se le demande peut-être ! Adriana est elle aussi fortement caractérisée, il ne s’agit pas d’une faible femme, d’une policière falote qui suivrait son chef sans mot dire ou dont la vie personnelle compliquée remplirait des chapitres entiers. Tous les deux sont parfaitement complémentaires, d’où leur entente et leur force. Ils accueillent Paul, un transfuge qui, à mon humble avis, restera sans doute dans les enquêtes suivantes.

En lisant le livre, j’ai pensé à des films, parce que l’écriture est très visuelle et que les péripéties s’enchaînent sans temps mort. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas un temps pour l’explication des actes que certains ont été amenés à commettre. Eh oui, certains cherchent encore à accomplir des rêves moisis. Impossible, impensable ? Cela fait des dizaines d’années que l’on nous répète d’être vigilants, que ce qui s’est passé il n’y as pas si longtemps à l’échelle humaine pourrait recommencer, que des situations devraient nous alerter, devraient nous dire de lutter contre « la bête immonde ».  Alors… ce qui nous est raconté dans le mystère Lux & Umbra est malheureusement possible, et effrayant à la fois.

La disparue des Monts d’Arrée de Gérard Chevalier

édition du Palémon – 160 pages.

Présentation de l’éditeur :

Catia considère désormais le manoir du comte de Pennec comme son incontournable résidence de vacances. Il faut dire que la présence d’Hector, le vieux chien Saint Hubert, son chevalier servant, lui est devenue indispensable. Leur relation est ponctuée de disputes et de réconciliations. Or, à peine est-elle arrivée sur les lieux que Erwan, son « homme », officier de police en congé sans solde, vient la récupérer. Le commissaire Legal requiert leurs services immédiatement. Une jeune Chinoise a été kidnappée à la descente du ferry en provenance de Plymouth, sous le nez de ses parents. L’alerte enlèvement est lancée et commence une enquête ahurissante, gênée dès le départ par les parents de l’enfant, insupportables et mal élevés. Que cache leur attitude ? Leur accusation, désignant le grand-père paternel comme le ravisseur, dissimule-t-elle un drame familial ou une machination diabolique ?

Mon avis :

Voici la sixième et peut-être dernière aventure de Catia, chat enquêtrice au sein de la police. Pourquoi La disparue des Monts d’Arrée devrait-elle être sa dernière enquête ? Parce que l’auteur ne supporte plus le caractère de la sus-dite enquêtrice/narratrice/personnage principale. Essayez de travailler avec un chat, juste pour voir, et vous m’en direz des nouvelles !

Pourtant, l’affaire est d’importance : une petite fille a été enlevée ! Difficile de croire que la Bretagne puisse être une région aussi dangereuse, et pourtant, un enlèvement a bien eu lieu. Venue de Chine avec ses parents, Ting a disparu du terminal de Roscoff et depuis, la police est sur les dents. Ses parents ? Ils ne sont pas aussi coopératifs qu’ils pourraient l’être, ils passent plus de temps, au début du moins, à vitupérer contre la police qu’à l’aider réellement. Être policier, ce n’est pas facile, surtout quand l’enquête nécessite de se rendre dans de nombreux restaurants, et de partager divers alcools avec le père de la victime afin de faciliter l’interrogatoire.

Ironique, moi ? Oui, un peu. Il faut dire qu’un suspect est très vite identifié, il s’agit ni plus ni moins du grand-père de la fillette. Il est un traître ! Il a en effet choisi de vivre en France et se passionne pour le taoïsme ! Un comble quand on a un fils qui est un brillant ingénieur et qui fait la prospérité de son entreprise !

Catia et les siens vont mettre de l’ordre dans tout ce gâchis, en arpentant les belles routes de Bretagne. Surtout, surtout, elle va mettre fin à une histoire bien douloureuse : au tout début du roman, elle s’est fâchée avec Hector, son complice canin, un modèle de connaissance historique qui pourrait renvoyer aux oubliettes Stéphane Bern et consort. Oui, pour trois fois rien, elle s’est fâchée avec Hector – une discussion historique qui a mal tournée. Heureusement, cette enquête est l’occasion de faire appel à ses talents, et elle ne s’en prive pas.

A lire si vous aimez les polars humoristiques et les enquêtrices félines.

 

L’attaque du train 921

édition Oxymoron – 95 pages
Présentation de l’éditeur :
La duchesse Charlotte-Adélaïde de Maubois, qui va se marier aux Indes, a pris place dans le rapide de Marseille. Elle emporte de merveilleux bijoux sur le sort desquels veille le policier Mirabel. Ce dernier, après avoir causé au moment du départ avec un riche américain, Harry Gedworth, remarque dans le wagon un individu qu’il croit reconnaître ; mais il ne peut préciser ses souvenirs. L’inconnu suspect s’est retiré de très bonne heure dans son compartiment. Le policier attend vainement son retour : lorsqu’il rentre enfin dans le sleeping, l’homme a disparu.

Mon avis :

C’est quasiment une formule consacrée : je n’attendais pas grand chose de cette lecture. Le bilan est donc simple : je n’ai pas eu grand chose. Et même si ce tome se termine par un « à suivre », je ne suivrai pas la suite des aventures de ce policier-détective (les deux sont dits, ce n’est donc pas très clair) dont les aventures me font penser à un ancien slogan publicitaire : « même mouillé, il est sec ! ». Ce n’est pas le seul souci dans la construction de l’intrigue.

Roman policier ? Roman d’aventures ? Roman sentimental ? Je penche plutôt pour les deux dernières catégories. La très belle Charlotte-Adélaïde de Maubois est veuve, son mari ayant eu la bonne idée de mourir d’un accident de chasse. Elle s’est mariée pour échapper à un milieu familial qui l’étouffait – la vie entourée par deux tantes célibataires n’était pas folichonne, et la jeune fille avait soif de divertissements, de voyage. Ce n’est pas auprès de son mari qu’elle a pu étancher cette soif. Aussi, elle ne se prive pas maintenant qu’elle est veuve, et c’est ainsi qu’elle rencontre un beau prince indien, qu’ils tombent amoureux l’un de l’autre, qu’il la demande en mariage, la couvrant de bijoux, et qu’elle accepte sa proposition. Pardon ? Oui, c’est bien un roman policier, mais là, nous sommes plutôt dans la romance. Son chaperon, préférant resté à une table de jeu plutôt que de s’occuper de Charlotte-Adélaïde (pas de diminutif, c’est dommage), il lui suggère d’embaucher le célèbre détective/policier (on ne sait toujours pas très bien) Mirabel (qui n’appelle pas Églantine).

Commence alors un roman d’aventures qui contient des éléments intéressants et des invraisemblances. Je ne passerai pas sous silence le cadavre nu dont on fouille les poches, ou le détective qui, pris d’une impulsion, saute à l’eau puis sort de l’eau sans être mouillé. Je n’oublie pas la « femme fatale » qui apparaît à la fin de la partie que j’ai lue, et la pincée de termes teintés de racisme. Oui, ce sont les termes employés à une époque, et que l’on se garderait bien d’utiliser maintenant. Je note cependant que les bandits du rail ne sont pas tout blancs – et cela me dérange fortement de verser ainsi dans le manichéisme, même dans la littérature populaire.

Le manoir de la peur d’Henry de Golen

édition Oxymoron – 104 pages

Présentation de l’éditeur :

L’inspecteur Poncet de la Sûreté de Paris est chargé d’élucider l’étrange meurtre d’Edouard Scott, un des rares survivants de l’expédition des fouilles dans les sarcophages de Tout-An-Kânon dont les trois quarts des membres sont morts mystérieusement faisant naître la rumeur d’une malédiction ayant décimée les profanateurs.
Edouard Scott s’était, depuis, installé dans un château proche de La Rochelle où sa femme était décédée six mois plus tôt, portant au doigt l’un des bijoux de la momie.
La malédiction semble avoir encore frappée puisqu’Edouard Scott, à son tour, a été retrouvé mort dans son manoir, sauvagement étranglé.
La bague de sa femme, qu’il portait depuis le décès de celle-ci, a disparue.

Mon avis :

Retour à la vie normale, nous voilà ! Plus de masques en extérieur, restaurants, cinémas et musées ouverts, possibilités de lire en terrasse depuis quelques jours déjà. Je ne suis pas sûre que Le manoir de la peur soit vraiment un livre que certains qualifierait de « normal ». Quoique.

Il fait partie de ce que l’on nomme la « littérature populaire », littérature qui a sa place sur les blogs – et dans la vie littéraire. D’Henry de Golen, j’ai déjà lu La péniche rouge, qui met en scène le brigadier Poncet, devenu ici l’inspecteur Poncet. Par rapport au premier tome (il s’agit ici du quatrième), des faits ont changé. Poncet déplorait de ne pas avoir d’enfants. Or, ici, il est le parent d’une petite fille de quatre ans. Avec la même femme ? Difficile à dire puisqu’elle n’apparaît pas dans le récit.

Poncet est appelé près de La Rochelle pour résoudre le meurtre horrible d’un riche archéologue. Edouard Scott a littéralement sombré depuis la mort de sa femme, six mois plus tôt. Son refuge ? L’alcool, à haute dose, au point de mettre sa vie en péril. Ses proches ? Il a un jeune frère, Robert, qui vit sa vie de jeune homme très aisé, mais envisage tout de même le mariage avec la belle-fille du docteur qui prend soin de son frère aîné.

Oui, Poncet enquête, il se mouille même au cours de ses recherches, sachant séparer ce qui concerne l’enquête, et ce qui ne la concerne pas. Autre temps, autre moeurs ? Peut-être. Il n’empêche : je ne suis pas sûre que le mariage de Robert et de Yolande soit formidablement heureux, même si Robert sait préserver l’honneur d’une femme – tout en trompant sa fiancée. Il est des femmes que l’on épouse. Il en est d’autres avec lesquelles on a des liaisons – quand on ne les aime pas, tout simplement.

J’aimerai vous dire aussi que l’intrigue est bien construite mais ce n’est pas tout à fait le cas. Il est une scène qui ne s’intègre pas à l’ensemble, une scène qui remet en cause la cohérence du dénouement. Comment se fait-il que personne (auteur, éditeur) ne l’ait vu ? Certes, elle est très bien, cette scène, simplement, elle ne cadre pas avec le reste et nous fait aussi relire certains faits, comme la recherche de la mystérieuse voiture que l’on a vu sur la lande. Oui, la lande, qu’elle soit bretonne ou anglaise, ait souvent inspirante – pour les romanciers.

Le manoir de la peur n’est pas une oeuvre désagréable à lire, j’ai simplement trouvé que la peur n’était pas vraiment au rendez-vous.

Qu’à jamais j’oublie de Valentin Musso

Présentation de l’éditeur :

Nina Kircher, une sexagénaire, veuve d’un photographe mondialement célèbre, passe quelques jours dans un hôtel de luxe dans le sud de la France. Soudain, elle quitte la piscine où elle vient de se baigner pour suivre un homme jusqu’à son bungalow puis, sans raisons apparentes, elle le poignarde dans un enchaînement inouï de violence, avant de s’enfermer dans un mutisme complet.

Pour tenter de comprendre cet acte insensé, son fi ls Théo, avec lequel elle a toujours entretenu des relations difficiles, n’a d’autre choix que de plonger dans le passé d’une mère dont il ne sait presque rien. De Paris à la Suisse en passant par la Côte d’Azur, il va mener sa propre enquête, jusqu’à découvrir des secrets inavouables et voir toute sa vie remise en question…

Mon avis :

Je sens que la publication de cet avis risque de marque la fin de partenariat pendant un certain temps. Si, si. Ce n’est pas parce que j’ai reçu un livre en partenariat que je ne vais pas dire ce que je pense sur lui. Que mon avis ne plaise pas ne m’importe pas, ce qui m’importe est d’être sincère.

J’aimais beaucoup les romans de Valentin Musso. Je n’en avais pas lu depuis cinq ans, et dès le premier chapitre, j’ai ressenti une déception. J’ai trouvé le style très plat, rempli de précisions inutiles. Je me suis dit : « allons, ce n’est que le premier chapitre, poursuivons, le style sera meilleur. ». Eh bien non. J’ai pensé, en le lisant, à un autre auteur que j’apprécie peu, un certain Guillaume Musso. J’ai tâché de faire abstraction tout au long de la lecture pour me concentrer sur l’intrigue. A nouveau, j’ai coincé. Pourquoi ?

Le sujet, enfin, celui qui aurait dû être le véritable sujet, est un sujet fort, et à mon avis, il n’a pas été suffisamment traité. Oui, Nina a tenté de tuer un homme, comme ça, sans que l’on sache pourquoi, et à son fils de faire toute la lumière. STOP ! Son fils. Il enquête, il cherche. Mais que fait la police, bon sang ? Au début, le lecteur a pourtant rencontré un policier qui semblait tout à fait compétent. Malencontreusement, il n’a guère de place dans l’intrigue, pour ne pas dire crument qu’il disparaîtra aussitôt apparu.

Un autre fait m’a fait tiquer, alors que je n’étais toujours pas allée très loin dans l’intrigue (page 60, environ), la découverte de l’avocat de Nina. il est immédiatement reconnaissable. J’ai trouvé que les auteurs de romans policiers (je ne parle pas seulement de Musso) cèdent à la facilité en utilisant un seul modèle d’avocat, comme si un auteur ne pouvait inventer un personnage. De toute façon, dès que je l’ai vu apparaître, c’était plié : l’héroïne serait forcément innocentée grâce à Disculpator. A chaque fois qu’il agit, il m’a agacé par ses méthodes parce qu’il n’effectue pas son travail d’avocat auprès de la justice, mais auprès des médias. A croire que les avocats ne sont pas tenus au secret ou ont le droit de tout révéler de la vie privée et intime de leurs clients à la presse, et tant pis s’ils ne sont pas contents. J’aimerai croire avoir lu une critique de ces méthodes

Il reste aussi la thématique des secrets de famille, thématique qui est tout sauf ma préférée. En lisant, en découvrant le (les ?) fameux secrets, je me dis que Théo a été, tout au long de sa vie, soit très naïf, ne se posant jamais de questions sur certains faits pourtant étonnants (je ne pose pas de questions est un leitmotiv chez lui), soit tellement centré sur lui-même que tout ce qui ne le concernait pas ne l’intéressait pas, que ce soit la vie de son demi-frère ou la vie de sa mère. Oui, les révélations sont nombreuses, très nombreuses, trop nombreuses, au point que la vraisemblance est partie en courant depuis longtemps.

Même quand le lecteur est plongé dans le passé de Nina (Nina et toutes les autres, pour ne pas trop en dire), je n’ai pas été autant touchée que je l’aurai voulu, parce que j’ai eu une impression d’avoir déjà lu et relu cette histoire, ou plutôt des histoires liées à la même thématique. Et quand on a lu ou vu des histoires beaucoup plus fortes, ou racontées avec une plus grande économie de moyen, on a du mal à se promener dans les palaces, à assister à des recherches en ligne ou à lire des détails dont je me serai bien passées, parce qu’ils n’apportaient rien à l’intrigue à mes yeux, si ce n’est montrer la vacuité de Théo – pour ne pas dire une certaine misogynie intériorisée.

Oui, Qu’à jamais j’oublie montre la défaite des femmes, de toutes les femmes, de Nina, de Denise, de Maud aussi. Je ne parle même pas de la mère de Camille, morte et oubliée au point de ne pas avoir de nom. Ah, pardon, elle est la très jeune femme de Joseph Kircher, morte très jeune et dont il s’est consolé très vite. Que reste-t-il, pour Camille, de sa mère ? Je ne sais pas, puisque l’on ne lui parle pas d’elle. Même sa belle-mère, Nina, n’a pas eu la force d’élever deux enfants, le confiant à Maud. Je n’en dis pas plus, parce que je pense beaucoup de choses à ce sujet.

Dernier point : la dernière révélation qui laisse le lecteur un peu sur sa faim. Je ne dis pas que c’est la révélation de trop, cela fait déjà longtemps qu’il y a eu « trop » de révélations. Je dirai qu’une fin presque ouverte n’était pas nécessairement utile.

Sur des Breizh ardentes par Stanislas Petrosky