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La fosse aux âmes de Christophe Molmy

édition de la Martinière – 304 pages

Présentation de l’éditeur :

Un attentat dans un cinéma : la vie de Fabrice explose. Sa compagne est tuée par les terroristes, lui en réchappe. Le sens de sa vie gît quelque part, criblé de balles. C’est sur cette crête, entre folie et possible résilience, que Fabrice avance désormais. L’amour d’une autre femme, comme une pulsion de vie, suffit un temps à calmer le trauma. Mais quand cette dernière disparaît à son tour, Fabrice est accusé et le mal en lui se réveille. Tout bascule. Il est un fugitif, un survivant – quoi qu’il en coûte.

Mon avis :

Un livre tristement actuel. Oui, je ne peux pas m’empêcher de le dire. Que reste-t-il après, pour ceux qui ont survécu, pour ceux qui doivent vivre avec (la douleur) et sans (l’être aimé) ? Que reste-t-il à ceux qui souffrent de la culpabilité de ceux qui ont survécu ?

Fabrice était à une séance de cinéma, avec sa compagne Juliette et son beau-frère quand des terroristes sont entrés dans la salle et ont tiré. Juliette et son frère ont été tués, lui a survécu. Il doit témoigner, aussi, témoigner devant la police, qui s’étonne parfois de certaines de ses réactions – comme s’il existait un catalogue des réactions « normales » à avoir dans une situation qui ne l’est pas.

Se reconstruire, revivre ? Des grands mots. Pourtant, Fabrice tombe à nouveau amoureux, de Clarisse, qui était en charge de l’enquête, et à nouveau, le drame survient : la femme qu’il aime disparait. Pire : il est accusé d’être responsable de sa disparition. Pour Fabrice, s’en est trop, et il bascule. Il ne s’agit plus de reconstruire sa vie, il s’agit de survie, proprement dit. Il ne s’agit même pas de prouver son innocence, presque plus, à peine, il veut savoir ce qu’il est arrivé à Clarisse, qui est responsable de sa mort – parce qu’il le sait, elle n’a pas pu disparaître ainsi.

Je ne pense pas avoir été la seule à avoir été happée en voyant Fabrice sombrer peu à peu, réagissant à chaque fois qu’un nouveau coup lui était porté. Le répit ne peut exister pour lui. Se reconstruire sera-t-il possible ?

Merci aux éditions de la Martinière et à Netgalley pour ce partenariat.

Le coiffeur frise toujours deux fois de Frédéric Lenormand

Présentation de l’éditeur :

À la Cour, le ministre des Finances Necker est au bord du burn-out depuis que son ami Champsecret, un riche banquier protestant, a été assassiné. Quelle aubaine pour Marie-Antoinette ! Enceinte et sous le charme de sa nouvelle amie, Gabrielle de Polignac, elle se désole de ne pouvoir dépenser à sa guise. Ni une ni deux, elle scelle un pacte avec le grand argentier de la couronne : en échange de son aide pour arrêter le meurtrier, il fermera les yeux sur ses dépenses faramineuses. Rose et Léonard commencent à enquêter, mais l’affaire n’est pas simple : un vol qui aurait mal tourné ? Un héritage convoité ? Les rumeurs vont bon train. Seuls indices : un oiseau noir à bec jaune mal poli et des sous-vêtements féminins… Entre chantage, luttes d’influences et crêpages de chignons, les intrépides détectives amateurs de Sa Majesté ne sont pas au bout de leurs peines.

Mon avis :

Si je devais mettre une étiquette à ce roman qui parle d’une reine qui a beaucoup souffert à cause de l’Etiquette, je dirai « roman historique policier humoristique ». Les enquêteurs ? Ce sont Rose et Léonard. Rose est la modiste de la reine, celle qui crée les tendances,  celle qui doit aussi, à la ville, veiller à être toujours payée pour les vêtements qui ont été confectionnés dans son atelier. Vaste tâche. Léonard est le coiffeur de la reine. Il a deux frères, qui travaillent avec lui. Il est également marié, il n’hésite pas à le répéter, et à répéter qu’il ne veut surtout pas voir/être vu avec sa femme – que personne ne connait, en fait. Ce sont eux qui enquêtent, pour le compte de la reine, et ils mettent autant d’entrain à se chamailler/déchirer/disputer qu’à tenter de résoudre l’enquête qui leur est confiée.

L’heure est en effet grave : un banquier a été assassiné. Un protestant. Or Necker, qui tient les cordons de la bourse du royaume, est protestant, et tient à ce que toute la lumière soit faite sur ce décès. Sinon ? Sinon, il ne desserrera pas les cordons de la bourse, et la reine Marie-Antoinette devra renoncer à ces futurs achats, notamment à ses projets à Trianon. C’est pour cette raison que Rose et Léonard devront enquêter. La reine ne peut pas tout faire ! Elle attend son premier enfant, et le roi ne peut rien lui refuser, tout comme elle ne peut rien refuser à Gabrielle de Polignac, sa nouvelle meilleure amie, qui a supplanté dans le coeur de la reine la douce mais terne princesse de Lamballe.

Je n’anticiperai pas, non sur l’histoire mais sur le fait que les jeunes années de la reine sont trop souvent oubliées, traitées rapidement dans beaucoup de ses biographie. Oui, ce n’en est pas une ici, cependant, j’ai trouvé le roman très bien documenté, sans que jamais cela ne soit lourd, ou ne gène la progression du récit. La reine vit sa vie, s’entoure de jeunes gens, de jeunes femmes, et se rend à peine compte, tant elle est occupée à s’amuser et à garder sa meilleure amie près d’elle qu’elle se crée des inimitiés durables à la cour. Elle est heureuse, cela lui suffit.

Et Rose et Léonard ? Ils enquêtent, vous dis-je, ils n’ont pas le choix ! Ils découvrent ainsi que la vie de cet austère banquier était bien plus mouvementée qu’il n’y paraissait. Les apparences sont trompeuses ! Il leur faut vraiment être très attentifs à tout ce qui les entoure, à tout ce qu’ils voient et ce qu’ils entendent, même si ce n’est pas toujours agréables. Les banquiers sont, de plus, très procéduriers, très attachés à remplir des papiers en tout genre, voire à tenter de les faire disparaître, si nécessaires. Rose et Léonard n’en auront que plus de mérites à démêler le vrai du faux.

Le coiffeur frise toujours deux fois ? Une enquête historique très plaisante à lire.

Le disparu du sagittaire de Maurice Lambert

Présentation de l’éditeur :
Le capitaine Léonce Paradis est soulagé. Son cargo, le « Sagittaire », est bientôt prêt à reprendre la mer à la suite d’un passage en cale, dans le port de Rouen, afin de réfection. Aussi, c’est avec une certaine allégresse qu’après une soirée au bistrot, il remonte sur son rafiot et rejoint sa cabine. Mais la joie fait rapidement place à la stupeur, puis à l’horreur : un inconnu dort dans son lit de son ultime sommeil administré d’une balle dans la tempe. Affolé, Léonce Paradis court au commissariat le plus proche et revient, avec le policier de permanence, dans ses pénates ; sa couche est vide ! Ni blague ni hallucination éthylique, les traces de sang sur les draps ne laissent aucun doute sur le drame qui s’est déroulé ici. Il faut se rendre à l’évidence, le corps a disparu… Pour résoudre cette mystérieuse affaire, la 1re Brigade de Paris envoie l’un de ses meilleurs hommes, l’inspecteur MAZÈRE…
Mon avis :
Le capitaine Léonce Paradis, j’ai l’impression de le connaître. Si, si. Je ne dis pas cela parce qu’il est rouennais. Je dis cela parce qu’il fait partie de ces personnes qui ne cessent de parler, pour dire toujours la même chose. Ce n’est pas que l’on ne sait plus comment les faire taire, c’est simplement que l’on sait que l’on ne pourra pas les faire taire et que, quoi qu’il arrive, ils parleront quand même, ils iront au bout de ce qu’ils ont à dire, même s’ils l’ont dit pour la cinquantième fois.
Là, le capitaine Léonce a le coeur léger, il va enfin pouvoir repartir ! Son cargo a été enfin réparé, il va pouvoir quitter le port de Rouen (très beau port, très belle ville, forcément pour moi). Il avait le coeur léger, jusqu’à ce qu’il rentre dans sa cabine et trouve un cadavre. Quand il revient avec un policier, le cadavre a disparu. Un classique, même si l’on se doute que le cadavre n’est pas parti tout seul. Qui l’a déplacé ? Et surtout, qui était cet homme ?
Pour enquêter, c’est un policier parisien qui est envoyé à Rouen, l’inspecteur Mazère. Oui, il va enquêter, oui, il va identifier le coupable, et, fait rare, nous connaitrons même le verdict du procès. Oserai-je dire que l’enquêteur en est fort dépité ? Je le dis. Et c’est aussi pour cette raison que ce court roman, qui se déroule non loin de chez moi, est aussi intéressant à lire.

Piège mortel au Vatican de Gilles Milo-Vaceri

les éditions du 38 – 415 pages

Présentation de l’éditeur :

2 décembre 2018
Le commandant Gerfaut et ses adjoints sont invités en Italie pour donner une conférence. Ce qui ressemblait à des vacances tourne vite au cauchemar. Dès leur arrivée à Fiumicino, ils sont la cible d’un attentat qui fait de nombreuses victimes. Adriana est grièvement blessée et lutte contre la mort. Bien qu’abattu et démoralisé, Gerfaut se joint au capitaine Paola Tempesti, de la Sécurité Intérieure italienne. Poursuivant un témoin disparu, ses investigations le mènent au Parrain de Cosa Nostra. L’enquête piétine, mais quand on cherche la vérité à Rome, les mystères du Vatican et le silence de l’Opus Dei ne tardent pas à brouiller les pistes. Il va traquer les coupables, quitte à mettre la Ville Éternelle à feu et à sang. Résoudra-t-il cette énigme ? Quel effroyable secret se cache derrière tous ces crimes ? Le commandant n’a plus rien à perdre et il ira au bout de lui-même.
Piège mortel au Vatican est la 7e enquête du commandant Gabriel Gerfaut.

Mon avis :

C’est la septième enquête du commandant Gerfaut que je lis, et ce n’est pas la dernière. Oui, la lecture de cette série est addictive, vous serez prévenue, et même si je mets du temps entre la lecture et la rédaction de mes avis, c’est simplement que cette année reste compliquée, vacances scolaires comprises.

Tout avait pourtant bien commencé. Il ne s’agissait pas pour Gabriel et Adriana d’enquêter, mais de donner une série de conférences en Italie. C’était presque des vacances, pour tout dire. Ce qui n’était pas prévu, c’est qu’une fusillade éclate à l’aéroport et qu’Adriana soit très grièvement blessée. Je ne spoile pas, cette information est écrite sur la quatrième de couverture, je spoilerai si je disais comment la blessure est arrivée, et comment évolue l’état de santé d’Adriana. Pour Gerfaut, c’est un choc, énorme. Gerfaut prend la mesure de ce qu’il ressent pour Adriana, et craint qu’il ne puisse jamais le lui dire. Ce n’est pas qu’il a envie d’enquêter, non, c’est qu’il a envie de tout retourner pour trouver qui a pu commettre ce qu’il faut bien appeler un attentat. Disons qu’il est complètement à cran, ce qui ne l’empêche ni d’être sensible au sens de l’honneur (le vrai, pas celui qui se paie uniquement en mots), ni d’être attentif à ce/ceux qui l’entoure(nt). Plaire ? Mais à qui ? Déplaire ? C’est fort possible, puisque la seule chose qui l’intéresse, c’est la traque de la vérité. Et elle va l’emmener très loin.

Pour faire court, Piège mortel au Vatican est un roman que les fans aimeront. Par contre, si vous souhaitez découvrir la série, je vous conseille plutôt un autre tome, pour mieux comprendre les liens entre Gabriel, Adriana et Paul.

 

Diamants sur macchabées de Michael Fenris

Présentation de l’éditeur :

Ancien policier devenu détective privé, Jefferson Fergusson tente de survivre en acceptant la plupart des enquêtes qui lui sont confiées. C’est ainsi qu’il fait la connaissance de Véra Llerellyn, dont le frère David a disparu. Alors qu’il est persuadé que le jeune homme est mort et enterré quelque part en ville, Fergusson réalise assez vite qu’il n’est pas seul à s’intéresser à cette disparition soudaine. Il s’agit en particulier de son ancien collègue, Bridges, brutal et retors, devenu chef de ta police, mais également Tony Di Marzo, un gros patron de la pègre locale. Et si l’affaire était liée à un important vol de bijou survenu quelques années plus tôt ? Au fur et à mesure qu’il progresse, avec la désagréable impression qu’on cherche à le doubler, Jeff Fergusson soulève certains secrets qui n’ont pas envie d’être révélés, et réveille de vieilles rancoeurs. Rien n’est jamais bon lorsqu’on hante les rues de « La Ville ». Surtout lorsqu’on est un ancien flic…

Mon avis :

Premier tome des aventures du privé Jeff Fergusson, tome que je lis en deuxième après avoir apprécié la lecture du second tome Vengeance sur pellicule de Michael Fenris. J’ai été logique avec moi-même. Ma manière de lire prouve seulement que l’on peut lire la série dans le désordre, cela ne pose aucun souci, même si le tome 2 comporte quelques allusions au tome 1/

Jeff Fergusson est donc un détective privé. Il a quitté la police parce qu’il était dégoûté de la corruption qui y régnait. Son ancien co-équipier, Taylor Bridges, a d’ailleurs atteint le sommet de la hiérarchie. D’autres policiers ont plutôt fini avec une balle dans le buffet – ce sont des choses qui arrivent. Ce n’est plus le problème de Fergusson. Son problème serait plutôt de boucler ses fins de mois, et de ne pas dépasser une certaine dose d’alcool – il sait ce que trop boire peut coûter à sa santé, en le privant de réflexes vitaux. Il apprécie le jazz, notamment Miles Davis.

Un jour, une riche jeune femme lui demande de rechercher son frère, David. Ils devaient partir ensemble, pour vendre la maison d’une vieille tante, et il s’est évaporé. Que lui est-il arrivé ? Jeff n’est pas vraiment optimiste, il sait trop ce qui se passe dans cette ville. Et pourtant, il va mener l’enquête – il est payé pour cela, et son métier, il le fait bien, et son enquête va faire remonter à la surface une affaire vieille de dix ans.

Roman noir ? Oui. Diamants sur macchabées est un roman contemporain, pourtant, il emprunte tous les codes des romans des années cinquante auquel il rend homme sans les plagier. Le roman ne manquera pas de femmes fatales, qu’elles se nomment Véra ou April. Il ne manquera pas non plus de patrons de la pègre (tous se valent) ou d’hommes de main cognant, tabassant, achevant, ou étant achevé (cela dépend). Jeff a beaucoup de mal non à se sortir indemne de la masse d’embûches et de gros bras qui seront sur son chemin, il a beaucoup de mal à s’en sortir tout court. Il est un détective privé avec trente ans de police derrière lui, non un super héros, et si son corps souffre, se blesse, cicatrise, il reste le plus souvent lucide sur celles et ceux qui l’entourent. Que l’on veuille s’en sortir dans la vie, oui, mais pas par tous les moyens.

Merci aux éditions Eaux troubles et à Netgalley pour ce partenariat.

Vengeance sur pellicule de Michael Fenris

eaux troubles éditions – 292 pages.

Présentation de l’éditeur :

Simon Crane, le meilleur ami et collègue de Jeff Fergusson, est retrouvé mort, abattu dans une ruelle sordide. Alors que les soupçons se portent sur le détective, Susan, l’épouse de Simon avec qui il entretient une relation adultère, lui avoue qu’elle est coupable du meurtre. Incapable de la dénoncer, Jeff la laisse s’enfuir à Hollywood, où elle rêve de devenir une grande actrice sous la coupe d’un patron de la pègre. Quinze ans plus tard, Fergusson est appelé par le nouveau chef de la police, pour identifier un corps. Il s’agit de Susan, assassinée dans une chambre d’hôtel minable, avec pour tout indice sa carte de visite dans son manteau. Qu’est-ce qui a pu motiver son retour à Résilience, et pourquoi après tant d’années de silence ? Tous les éléments semblent se liguer contre Fergusson. Une seule chose est certaine, elle cherchait à le contacter. Le détective n’a guère le choix : il va falloir qu’il replonge dans son passé pour trouver le coupable du présent… Une deuxième enquête de notre privé atypique Jeff Fergusson qui va encore ravir les fans de polar noir, avec toujours un parfum de poudre !

Mon avis :

Jefferson Fergusson est un détective comme les autres. Il est un ancien policier, et, quand il n’enquête pas, il trompe le temps en fumant, buvant du whisky et en écoutant des disques de jazz. Il a été policier, dans une vie antérieure. Il a même été témoin au mariage de son co-équipier, avant d’avoir une liaison avec sa femme. C’est ballot. Ajoutons à cela que Simon Crane, son co-équipier, a été assassiné par sa femme, et que Fergusson n’a pas eu le courage de la dénoncer. La suivre à Hollywood, où elle rêvait de devenir actrice ? Non plus. Il est des choses que même un policier désabusé ne fait pas. Quinze ans ont passé, Fergusson a quitté la police pour devenir un privé, et Susan Crane réapparaît dans sa vie. Morte. Assassinée. Lui, suspect ? Allons donc. Oui. Un peu. Beaucoup. Les questions ne manquent pas pour la police, d’autant plus que quelques indices, ici ou là, semblent incriminer Jeff Ferguson.

Enquêter est tout sauf facile quand rares sont les personnes qui vous valent du bien. Heureusement, il en est quelques unes, des collaborateurs solides dirai-je, sur lesquelles Jeff peut compter. La police ? Il est légèrement méfiant, il en sait quelque chose, il en a fait partie. La corruption ? Elle est partout. Le maire ? Le poste est légué de père en fils depuis trois générations, le tout est de savoir jouer au jeu des sept différences.

Je ne me suis pas ennuyée du tout au côté de ce privé à l’ancienne, qui n’hésite pas à contourner la loi pour parvenir au bout de son enquête. C’est un peu ce que l’on attend de lui aussi, sinon, il serait policier. Ne pas compter ses heures, ne pas compter ses plaies aussi. Je ne qualifierai pas son adversaire de redoutable, je le qualifierai de sans aucune empathie. Une fois le livre refermé, il restera même, pour nous comme pour Fergusson, quelques interrogations. A-t-on vraiment besoin de savoir tout ce qui se passe dans la tête d’un tueur ? Pas forcément.

Merci aux éditions Eaux troubles et à Netgalley pour ce partenariat.

Crimes et beurre salé d’Héléna Marie

Présentation de l’éditeur :

Situé quelque part entre Saint-Malo et Dinard, Plouvarech est un village paisible d’Ille-et-Villaine. C’est ici que la jeune Joséphine, professeure agrégée d’anglais fraîchement et injustement débarquée de son académie, vient se ressourcer. Elle y retrouve sa meilleure amie Anna qui tient le joli Café Bleu du bord de mer, et aussi ses grands-parents adorés qui vivent là-bas depuis toujours. C’est dans cette atmosphère idyllique, comblée d’amitié et de pâtisseries, qu’un soir tout bascule. Alors que Joséphine assure le service dans une soirée privée, le propriétaire des lieux est retrouvé mort et enfermé dans son bureau. C’est alors que débute un véritable Cluedo à la française, ponctué d’énigmes, de rencontres, de voyages… Le tout sur fond de légèreté et de franche camaraderie, ce qui fait de ce livre une authentique comédie policière.

Merci à Netgalley et aux éditions La Sirène aux yeux verts pour ce partenariat.

Mon avis :

Je l’admets, j’ai cherché la biographie de l’autrice : sa connaissance du système éducatif français et du méandre des mutations m’ont fait dire qu’elle était professeure, je ne me suis pas trompée. Si vous lisez la mésaventure qui arrivent à Joséphine, je vous rassure tout de suite, elle ont failli m’arriver aussi (et en plus, je ne suis même pas agrégée) et elle est arrivée à d’autres collègues. Mention spéciale pour celles et ceux qui ont le bonheur de se retrouver dans quatre établissements. Quant à ce qu’elle dit à sa chef d’établissement, cela fait déjà vingt ans que j’ai entendu une collègue… d’anglais dire quasiment la même chose, à une personne qui lui suggérait de faire un enfant pour avoir la mutation qu’elle désirait.

Nous allons donc suivre les aventures de Joséphine, entre vacances reposantes (et non apprenantes) et enquête. En effet, un crime sera commis au cours d’une fête d’anniversaire, et Joséphine a bien l’intention de mener l’enquête de son côté. Elle donnait un coup de main à son amie Anna quand le crime a eu lieu, il est hors de question de le laisser non résolu.

Comme les romans policiers qu’elle aime, Joséphine évolue dans une intrigue à la construction classique, ce qui n’est pas désagréable. Ce qui sort de l’ordinaire, ce sont les thèmes qui y sont traités. Sans vouloir trop en dévoiler, je pense tout d’abord aux liens familiaux, à la famille que l’on a, ou celle que l’on se crée. Cela peut être des ami(e)s qui deviennent aussi importants que des membres de votre famille, cela peut être un enfant que l’on adopte. Ce’ dernier thème m’a intéressée, parce qu’il est traité loin des clichés mièvres que l’on peut trouver habituellement.

Ce qui sort de l’ordinaire aussi, c’est le mélange policier/romance moderne. Joséphine a 37 ans, et c’est une jeune femme de notre temps, complexée par son apparence physique au point de tenter un célèbre régime « à points ». Elle n’est pas la seule à avoir des soucis avec son apparence, parce qu’il ne correspond pas à une certaine norme. Ce thème parait léger ? Combien de femmes, de nos jours, dépensent du temps et de l’énergie pour se conformer à ce que l’on attend d’elles, et ne profitent pas assez de ce qu’elles ont. Même une femme avec un caractère aussi fort que le sien peut (parfois) se laisser faire. A côté d’elle et de ses amies, il est des femmes qui ont des carcans encore plus importants. Là encore, je passe à côté du thème principal, parce que ce serait vraiment trop en dévoiler. Non, je pense à ses femmes qui vivent selon les préceptes religieux strictes et se sont fixées des règles de vie qui les empêchent d’être elles-mêmes. Quatre ans de catéchisme, du bon, du moins bon, mais au moins un précepte que j’ai retenu : « aime ton prochain comme toi-même ». Ce commandement est bien détourné quand on fait du mal aux autres « pour leur bien ».

Même si l’action se passe essentiellement en Bretagne, ce roman devrait plaire aux amateurs de cosy mystery.

Une arête dans la gorge de Christophe Royer

édition Taurnada – 384 pages

Présentation de l’éditeur :

Mutée depuis peu à la Criminelle de Lyon, le commandant Nathalie Lesage, mise à l’écart par sa supérieure, va devoir se battre pour trouver sa place…
Très vite, une série de meurtres atroces va la plonger dans les entrailles et les arcanes de la Ville des Lumières, lui réservant de bien sombres surprises…

Mon avis :

Tout d’abord, je voudrai remercier Joël, des éditions Taurnada, pour ce partenariat que je chronique avec quatre mois de retard. Fin février/début mars était une mauvaise période d’un point de vue professionnel, et la situation fut longue, très longue à se modifier. Finalement, l’avoir lu maintenant, en une période de grandes vacances m’a permis de vraiment apprécier ce livre.

J’avais beaucoup aimé Lésions intimes, dans lequel j’avais rencontré pour la première fois Nathalie Lesage. Après ce qu’elle a vécu dans ce tome, elle a eu besoin de faire une pause, une longue pause. Si elle reprend du service, c’est à Lyon qu’elle travaille désormais, avec le grade de commandant. Son arrivée ne semble pas vraiment faire plaisir à sa supérieure. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’elle la met dans un placard mais presque. Elle lui adjoint de plus un stagiaire – non, non, non, elle ne lui met pas des bâtons dans les roues. L’isolement imposé ne durera pas longtemps, un meurtre est commis, puis un deuxième puis… Tous les enquêteurs se retrouvent mobilisés, même si Nathalie Lesage est censée rester toujours discrète.

La bonne surprise, c’est que son stagiaire est d’ors et déjà un policier efficace, heureux d’être en binôme avec elle et avide de faire ses preuves. Attention ! Cela ne veut pas dire qu’il est une tête brûlée, prêt à faire n’importe quoi. Non : être prudent, ne pas faire cavalier seul font aussi partie des bonnes pratiques policières. J’ai aimé ce personnage à la vie personnelle bien remplie. Il adore manger, il adore le rugby (il pratique assidûment), il aime aussi le cosplay, bref, un personnage qui aime son métier sans vivre uniquement pour lui. Ils forment tous deux un binôme intéressant, et même un binôme qui obtient des résultats.

Le livre nous fait découvrir Lyon, de ce qui se passe dans cette ville et sous cette ville. Paris et ses catacombes ne sont pas seules ! Ce monde souterrain condamné (impossible de le visiter, pour cause de trop grande dangerosité) ne pouvait qu’intéresser des personnes avides de découvertes comme ce journaliste qui guidera généreusement Nathalie, ou d’autres, avides de secrets et de symboles.

J’espère retrouver Nathalie Lesage et Cyrille dans d’autres enquêtes.

PS : J’allais presque oublier le personnage de Diane, un personnage qui m’a fait tiquer (et Nathalie aussi). Diane a connu Nathalie à l’école de police, quinze ans plus tôt; Elle est lesbienne (aucun problème), elle va se marier (c’est une bonne nouvelle), Joanna dite Jo, sa fiancée, est extrêmement jalouse, au point que prendre un verre  avec Nathalie sans qu’elle ait donné son feu vert après avoir rencontré le commandant Lesage est impossible. Est-ce vraiment cela que les femmes veulent, la soumission, la peur perpétuelle de faire quelque chose qui déplaise à l’autre et provoque une crise ? Oui, je suis atterrée que l’on confonde encore amour et désir de possession. Oui, cela existe, c’est bien de le montrer, ce qui ne le cautionne aucunement, bien de montrer que cela existe aussi dans les couples homosexuels.

 

La louvre de Rouen de Gilles Milo-Vaceri

Présentation de l’éditeur :

Normandie, juin 2018. Le SRPJ réclame le commandant Gerfaut, car des meurtres barbares terrorisent Rouen. Aurélie, nièce du divisionnaire Marcelli, a failli en être victime. Sa soeur jumelle, Céline, est responsable de Monet 2018, une exposition composée de vingt tableaux qui seront présentés dans la cathédrale. Enzo Battista, l’as de l’OCBC, est chargé de leur protection. Tout va de travers… Les cadavres pleuvent, les journalistes parlent trop et les témoins se font tuer. Alors, quand une menace semble planer sur Céline et qu’elle disparaît brutalement, Gerfaut voit rouge.

Mon avis :

Rouen est une belle ville. Je sais, j’y vais souvent. Rouen est mis à l’honneur dans ce roman, les œuvres qu’elle a inspirées, ses clochers, et aussi son bouquiniste qui a une place de choix dans ce roman, place tout à fait justifiée pour qui connait Le rêve de l’escalier.
Il se trouve qu’une série de meurtres secoue la ville, meurtre et tentative de meurtres, sur la personne de la nièce du supérieur hiérarchique de Gerfaut. Celui-ci sait à quel point Marcelli est attaché à sa famille, aussi accepte-t-il de se rendre sur place pour enquêter, main dans la main avec son ami Enzo Battista. Le tout est désormais que leurs équipiers parviennent à tenir le choc.
Ce n’est pas qu’enquêter est difficile, c’est qu’enquêter quand des témoins vous cachent des informations pour une raison ou pour une autre que les choses deviennent encore plus compliquées, ou quand d’autres personnes ne font absolument pas attention à ce qui se passent autour d’eux. Il faut dire que les coupables, eux, savent parfaitement où ils veulent en venir, quels objectifs sont les leurs – ou plutôt quelle folie, ou, pour faire plus direct, quel esprit tordu. Le seul point positif est de faire découvrir la belle région de Normandie à ceux qui ne la connaîtraient pas. Peut-être après se diraient-ils que la Normandie est une région dangereuse. Non. L’on peut visiter une exposition consacrée à Monet ou (comme c’est le cas en ce moment) à Flaubert sans encombre.
Comme les tomes précédents, la louve de Rouen est une enquête efficace et rondement menée. Je note cependant qu’elle était très sanglante, non que cela me dérangeât, mais je pense aux « âmes sensibles » qui passeraient ici et me liraient.

La geisha de Yokohama de Charles Haquet

édition Le Masque – 288 pages.

Présentation de l’éditeur :

Un monastère zen dans les faubourgs de Kanazawa. Le moine Kodebu fait ses ablutions dans la cour endormie. Soudain, un cri retentit. Sur le toit de la Grande Pagode, une silhouette ailée brandit un corps inanimé. Elle le précipite dans le vide, sous le regard horrifié du moine. Qui est cette mystérieuse créature ? Pourquoi persécute-t-elle la communauté bouddhique ? Dans les sombres couloirs du monastère, la peur rôde… Pour résoudre cette énigme, Kodebu appellera son fidèle ami à la rescousse : Tosode, un ancien samurai qui erre sur les routes du Japon depuis la mort de son maître. L’enquête mènera les deux hommes dans les maisons de plaisirs du quartier Higashi. Ils y rencontreront Fumiko, une troublante geisha qui cache un terrible secret dans ses manches de soie…

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier Pativore grâce à qui j’ai gagné ce livre pour l’anniversaire de son blog. La lecture de ce livre fut une belle découverte, au point que j’ai recherché si d’autres livres de cet auteur était disponible à la bibliothèque (oui, un, le tome 5 des aventures de Tosode).

L’action se passe dans un Japon en pleine mutation. Les samouraïs ne sont plus les guerriers tout puissants et craints qu’ils étaient, et doivent chercher un autre moyen de subsistance plus encore quand, comme Tosode, ils ont devenus des rônins, samouraï sans maître. Celui de Tosode a été assassiné. Ce n’est pas que Tosode a de la chance, c’est que son ami Kodebu l’appelle au secours. Le monastère de Kanazawa, où vit le moine Kodebu, est en proie à des attaques fréquentes, deux moines ont déjà perdu la vie, les autres ont peur. Une malédiction planerait-elle sur le monastère ? C’est ce que certains commencent à croire, et ce n’est pas très bon à cette époque où leur ordre est mis à mal au profit du shintoïsme. Qui aurait intérêt à ce que les moines soient chassés, le monastère détruit ?

Parallèlement, nous suivons Fumiko, geisha qui, par amour, a fui sa condition. Oui, éperdument amoureuse, elle l’a été, et son désir de vengeance est à la hauteur de la trahison qu’elle a subie. Par conséquent, elle fait preuve de patience, de persévérance, d’abord pour retrouver l’homme avec lequel elle avait bâti des projets d’avenir après avoir renoncé à tout ce qui avait constitué sa vie. Pour cela, elle entreprend un voyage qui lui fera croiser à plusieurs reprises le chemin de Tosode qui, parfois, n’en demande pas tant. A moins qu’il ne change d’avis. Les deux mondes – celui de la geisha et celui du moine Kodebu – semblent très éloignés, et pourtant… Aucun lieu ne semble vraiment propice au calme, à la sérénité et au pardon.

La geisha de Yokohama est un roman policier qui nous emmène loin dans le temps et dans l’espace, et nous permet, en plus de suivre une intrigue policière originale, de découvrir le Japon du XIXe siècle.