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Villa des quatre vents, tome 2 de Jean Failler

édition du Palémon – 304 pages.

Présentation de l’éditeur :

L’enquête menée par Mary Lester sur le double meurtre de la Villa des Quatre Vents l’a conduite dans la région parisienne où vivaient les victimes. À peine a-t-elle gagné la capitale que les deux flics des Renseignements généraux rencontrés en Bretagne resurgissent, nettement moins cordiaux cette fois. Ils n’apprécient pas qu’une fliquette de province vienne empiéter sur leurs plates-bandes et sont décidés à employer la manière forte pour la dissuader de poursuivre son enquête.

Mary doit donc faire profil bas et ruser pour démasquer le meurtrier de Louis Sayzé et de son amie à la Villa des Quatre Vents. Un faisceau de présomptions l’amène bientôt à soupçonner un proche de la femme de Louis Sayzé, mais la réaction est brutale.

Elle essuie deux coups de revolver destinés à l’intimider. Il lui faudra l’aide du lieutenant Fortin, mais aussi du lieutenant Albert Passepoil, petit génie de l’informatique, et surtout l’appui indéfectible du commissaire divisionnaire Fabien, son patron, pour se sortir de ce mauvais pas et arriver à ses fins : trouver le meurtrier. Pour autant, les flics des Renseignements généraux ne désarment pas.

Cette fois, Mary joue sa peau, jusque sur son territoire, venelle du Pain-Cuit…

Mon avis :

Le tome 2 commence immédiatement après la fin du tome 1. J’ai trouvé à ce second tome les mêmes défauts qu’au précédent, même s’il n’est pas désagréable à lire. J’ai trouvé que les personnages parlaient beaucoup et que la guerre des polices tenait la première place dans la construction de l’intrigue, au détriment de l’enquête policière proprement dite. J’ai trouvé aussi que certains policiers, ayant pourtant des grades assez élevés, n’étaient pas très futés (mais je ne vous dirai pas en quoi, à vous de faire votre propre jugement). Est-ce parce qu’ils sont trop occupés par les intrigues politiques, tout ce qu’il faut cacher, ou bien est-ce parce qu’ils sont avant tout des policiers parisiens ? Je me garderai bien de trancher. L’enquête sera résolue, cependant, par Mary et par Fortin, l’indispensable Fortin. Résoudre une enquête ne veut pas dire que justice sera rendue. Il est des personnes qui ont la rancune tenace, et Mary a bien failli en faire les frais.

Ce que j’ai moins apprécié aussi est la place accordée à la vie privée de Mary, entre ses discussions avec Angélique, écrivain qui rêve d’écrire autre chose que ce qu’elle écrit, et ses soucis de couple avec Lilian. Je devrai plutôt dire « et son absence de couple avec Lilian », Mary et lui semblent ne plus partager grand chose, et je me demande comment évoluera leur couple, ou ce qui devrait être un couple.

Un roman pas désagréable à lire (certaines scènes sont même franchement comiques) mais ce n’est pas mon préféré dans la série.

Les enquêtes de Mary Lester – tome 37 : Villa des quatre vents de Jean Failler

Présentation de l’éditeur :

Un double meurtre bien mystérieux vient d’être découvert dans le Finistère Nord. Un homme d’affaires parisien, Louis Sayzé, et sa jeune amie sont retrouvés chacun avec une balle dans le coeur à la Villa des Quatre Vents, une vaste maison isolée au milieu des champs d’artichauts et de choux-fleurs. Immédiatement, il apparaît aux enquêteurs de la gendarmerie nationale que ce double meurtre, lié à une affaire d’espionnage industriel, présente des ramifications internationales ; découvrira-t-on son auteur, vraisemblablement un tueur professionnel commandité pour cette double exécution ? Trouver un coupable rassurerait l’opinion publique. Mary Lester est requise, par le biais d’une de ses anciennes relations devenue chef de cabinet au ministère des Affaires étrangères. Cette mission n’enthousiasme pas notre capitaine qui sent derrière ce dossier une forte implication politique. Elle se heurte à deux officiers des Renseignements généraux qui lui conseillent « paternellement » de laisser tomber. Il n’en faut pas plus pour qu’elle s’accroche et découvre certains éléments plus que sensibles, qui l’exposent au danger… Mais comment arrêter Mary Lester lorsqu’elle est lancée ?

Mon avis :

J’ai lu ce tome dans le train puis le TER qui m’emmenait à Nogent sur Marne – aucun rapport avec ce roman policier breton. Si je le note, c’est pour m’en souvenir quand je relirai cet avis. Je dois dire que ce n’est pas mon préféré de la série. Mais n’anticipons pas : la chronique du tome 2 paraîtra demain.

Le roman nous entraîne dans les terres, avec une victime qui faisait tout autre chose dans la vie que vivre en Bretagne. La villa ? Un lieu de villégiature presque comme un autre. J’ose même dire qu’en dépit du nom des lieux, je ne me suis pas vraiment sentie en Bretagne dans ce roman. Nous avons un double meurtre avec une victime et une victime collatérale, couple pas légitime du tout, pas même un couple d’ailleurs, plutôt un homme qui a loué les services d’une femme. Le fond de l’enquête est une affaire d’espionnage qu’il faut résoudre au plus vite. Le double meurtre peut presque attendre, et c’est Mary Lester qui est missionnée pour enquêter, avec pour charge de ne pas toucher à l’autre affaire. Les autres plutôt, parce que d’autres enquêtes s’entrecroisent, qui feront rencontrer à Mary une romancière en perte d’inspiration, bien qu’elle ait publié maints romans. Angélique (à l’état civil)/Jeanne (en littérature ) a enfin pu revenir dans son village natal quarante ans après l’avoir quitté, scandale littéraire oblige. A-t-elle été oubliée ? Pas tant que cela, cependant le temps a passé, et Angélique peut presque passer inaperçue, tant elle peut être suspicieuse en ce qui concerne sa vie privée. A ce point-là, ce n’est plus prendre des précautions, c’est presque se prendre pour une agent secret, comme si l’on n’avait pas assez de barbouze dans ce roman. Oui, j’exagère un peu… mais elle aussi !

L’on parle beaucoup, beaucoup dans ce roman, je pense aux longs échanges entre Mary et son supérieur, entre Mary et les autres policiers (oui, nous sommes presque dans une guerre des polices), entre Mary et Angélique, qui pratique la restriction d’information avec brio. Je trouve que cela fait parfois perdre beaucoup de temps à la mise en place de l’intrigue, à l’enquête elle-même. Mais ce n’est que mon point de vue.

 

Bordeaux voit rouge d’Anne-Solen Kerbrat-Personnic

édition du Palémon – 288 pages.

Présentation de l’éditeur :

Lorsqu’un pêcheur harponne une blonde sirène – ou plutôt ce qu’il en reste – Bordeaux s’émeut. D’autant plus que deux autres victimes également mutilées sont retrouvées. Une enquête haletante va mener le commandant Perrot et son fidèle acolyte Lefevre des quartiers populaires à ceux de la haute bourgeoisie bordelaise vers le bassin d’Arcachon.

Mon avis :

Le tout est de ne pas trop en dire… parce que je me sens d’humeur bavarde. Perrit et Lefèvre devront enquêter sur trois affaires de disparition, mutilations et suivis de la mort des victimes. Je le précise parce qu’une victime peut disparaître et être retrouvée en parfaite santé physique, même si, pour la santé psychique, c’est autre chose.

Il n’est pas facile, d’enquêter, il n’est pas facile non plus de tout dire aux proches. Si j’utilise ce terme, plutôt que le terme « famille », c’est parce qu’il est des personnes qui font partie de l’entourage qui sont plus proches, qui se préoccupent plus de l’être qu’ils côtoient tous les jours que leur propre famille. Cela nous questionne aussi, en passant. Pourquoi avoir des enfants ? Parce qu’il faut avoir des enfants, d’un point de vue social ? Et cet enfant, à quoi doit-il ressembler ? Doit-il être un clone des parents (beaucoup semblent en rêver) ? Doit-il être un modèle parfait de ce que l’on attend d’un enfant, puis d’une adolescente et d’une jeune adulte ? Quand j’emploie les mots « modèle parfait », je parle toujours d’un point de vue social, et non d’un point de vue humain : l’enfant parfait devrait être celui qui s’épanouit, qui est heureux, qui parvient à vivre la vie qu’il voulait, et tant pis si ce n’est pas celle dont ses parents rêvaient pour lui – ou pour être bien vu par autrui.

J’ai l’impression, en rédigeant cet avis, d’entretenir un flou volontaire, comme si, finalement, sans l’acharnement des enquêteurs, les coupables auraient pu continuer longtemps ainsi. Je ne peux pas m’empêcher de le penser, de penser aussi que l’intrigue qui nous est raconté est possible – encore et toujours.

 

 

L’inconnue de Nantes d’Hervé Huguen

Présentation de l’éditeur :

Une nuit d’hiver au cœur de la banlieue nantaise Milène Estaguy est retrouvée morte au volant de sa voiture dans une rue déserte. Hypothèse banale du triangle amoureux. Entre un mari célèbre et un amant délaissé, la jeune femme était loin de mener l’existence paisible de la quadragénaire tranquille dont elle s’efforçait pourtant d’adopter l’apparence.
Mais nul n’est à l’abri de la folie. L’affaire s’avère en réalité beaucoup plus complexe. Qui était véritablement Milène Estaguy ?
Le commissaire Baron va découvrir que la victime sombrait dans une névrose obsessionnelle. Que s’est-il passé vingt-cinq ans plus tôt, quand le docteur Liberg dont elle portait le nom est décédé dans des conditions dramatiques ? Qui était la femme dont la dépouille avait été rapatriée d’Afrique des années auparavant ? Milène Estaguy voulait savoir qui elle était.

Mon avis :

Hervé Huguen fait partie de ses auteurs que j’aime lire quand cela ne va pas, un de ces auteurs qui possède des qualités du point de vue de l’écriture et du point de vue de la construction de l’intrigue.

Tout paraissait simple, pourtant, dans ces nouvelles enquêtes du commissaire Nazer Baron. D’un côté, nous avons deux retraités morts dans un accident de la route – la faute à pas de chance, au hasard, à une légère consommation d’alcool. Rien qui ne semble nécessiter une enquête, si ce n’est que l’un des morts était aussi un jeune marié, et qu’il laisse à sa jeune veuve un confortable pactole. Il n’en faut pas plus pour faire jaser, et pour ouvrir une enquête, même si rien d’anormal n’a été décelé de prime abord. De l’autre, nous avons une quadragénaire, directrice d’une entreprise d’événementiel qui marchait assez bien, trouvé assassinée à la sortie de son club de gym. Mariée à un auteur célèbre, elle avait un amant qu’elle devait quitter – ce qu’elle s’est bien gardé de faire. Alors, est-ce le mari ou l’amant qui est responsable ?

Tout est trop simple, et chacun s’applique dans l’affaire Estaguy à ne pas tout dire, à l’exception d’une personne que je nommerai le « témoin involontaire », libraire qui vit en face de l’entreprise de la défunte et qui a vu des choses que l’on ne pensait pas qu’il verrait. Comme il n’a rien ni à perdre, ni à gagner, il peut par conséquent tout dire.

Dire. Tout est là. Si les personnes qui savaient avaient dit, maints événements ne seraient pas survenus. L’on peut vouloir garder un secret pour préserver une personne, je peux éventuellement le concevoir, à condition que ce secret ne dure qu’un temps – sachant que le récit se chargera d’illustrer à quel point maintenir un secret peut être nocif et avoir des conséquences dévastatrices. Je comprends encore que l’on garde pour soi un fait important, que l’autre cherche absolument à savoir. C’est jouer avec la vie des gens en s’accordant – moralement – le beau rôle. Après, il faut faire face aux conséquences : vous l’aurez compris, elles sont à nouveau dévastatrices.

L’inconnue de Nantes – chercher à préserver les autres, c’est avant tout chercher à se préserver soi, et certains sont prêts à tout pour cela.

Summit Les Enquêtes de Qaanaaq Adriensen 4 par Mo Malø

Présentation de l’éditeur :

À Nuuk, capitale du Groenland, Qaanaaq Adriensen, le chef de la police locale, mi-Inuit mi-Danois, est chargé d’organiser la première réunion de la Scandinavian Police Association. Les plus grands flics islandais, danois, norvégiens et finlandais se retrouvent à Kangerlussaq, à l’ouest du grand pays blanc, pour sauver le Danemark d’une guerre des gangs qui menace sa stabilité. Mais tout se complique quand l’un d’entre eux disparaît… Malgré la situation, le groupe doit partir en expédition dans l’Inlandsis – une nappe de glace recouvrant la terre ferme et qui peut atteindre plusieurs milliers de mètres d’épaisseur. Mais pendant le voyage, des événements de plus en plus inquiétants se produisent : leurs balises de repérages sont désactivées, ils évitent un accident de justesse, deux autres participants disparaissent à leur tour… Et si quelqu’un cherchait délibérément à provoquer leur perte ? Dans cette atmosphère angoissante, Qaanaaq doit affronter une blessure ancienne, liée à un secret de famille qui vient de refaire surface. Au milieu du blizzard et des blocs de glaces, tous sont désormais coupés du monde : si la faim et le froid n’ont pas raison d’eux, ce pourrait bien être la folie polaire…

Merci aux éditions et à Netgalley pour ce partenariat

Mon avis :

Les fans, dont je fais partie, attendaient avec impatience la sortie de ce tome, et désormais, j’espère bien qu’un tome  verra le jour.
J’ai l’impression que Arne Jacobsen, surnommé la Fourmi, n’en finit pas de trouver des moyens de rendre la vie de plus en plus difficile à Qaanaaq Adriensen. Ce premier séminaire de la Scandinavian Police Association n’aurait pu être qu’un pensum parmi tant d’autres, une perte de temps, alors que ce séminaire est censé les souder pour lutter contre un ennemi commun, les gangs de bikers (oui, même en pays nordiques, on trouve des gangs de bikers). Non, il se double d’activités destinées à souder l’équipe : une expédition dans l’Inlandsis. Cette randonnée (nommons-là ainsi) était pourtant parfaitement balisée, presque touristique avec la présence des inévitables chiens de traineau, dont le récit évoque sans fard les conditions de vie et de mort peu enviables.Seulement, dès le départ, un fait (que je ne révèlerai pas) bouscule le début de cette réunion, les incidents arrivent, les accidents aussi, à moins que cela ne soit pas des accidents.
Ce tome nous parle des tomes précédents, de toutes les épreuves que Qaanaaq Adriensen a traversées, les erreurs qu’il dit avoir commises aussi. Cela fait déjà quatre ans qu’il est en poste, quatre ans qu’il aspire à être véritablement inuit, quatre ans qu’il se demande s’il est véritablement légitime pour ce poste, s’il n’a pas, déjà, mis trop de fois les siens en danger – sa femme, ses enfants, ses collègues. Il a l’impression, cette fois-ci, qu’il a atteint les limites, que, s’il s’en sort, si les siens s’en sortent, il faudra raccrocher. Heureusement, il y a Appu, le fidèle Appu, qui est là pour lui remettre les pieds sur terre – ou sur la glace du Groenland. Appu est, pour moi, le personnage le plus sympathique de cette série de romans, lui, le policier groenlandais, lui qui a tant souffert aussi, et n’oublie pas les autres pour autant.
Qaanaaq Adriensen doit aussi faire face à de nouvelles informations sur sa famille adoptive, comme si les secrets n’avaient jamais fini d’être totalement dévoilés. Relèvera-t-il le défi lancé par Arne Jacobsen ?

Matrices de Céline Denjean

Présentation de l’éditeur :

« À bout de souffle, elle file au plus vite, soutenant son ventre protubérant. Elle trébuche, chute, se relève en criant de douleur et de rage, mais reprend sa course folle. Parce qu’elle veut sauver sa peau. »
En plein mois de décembre, une terrible tempête se déchaîne sur les Pyrénées. Sous la pluie battante, une jeune femme enceinte qui court à perdre haleine est percutée par une camionnette. Avant de mourir, elle murmure quelques mots en anglais : « Save the others. »
Qui est cette femme sans identité ? Que cherchait-elle à fuir ? Que signifie la marque étrange sur son épaule ? Et qui sont ces autres qu’il faudrait sauver ?
Les gendarmes Louise Caumont et Violaine Menou se lancent alors dans une enquête hors-norme. Au fil de leurs investigations se dessine la piste d’un trafic extrêmement organisé. Dès lors, les enquêtrices comprennent que l’horloge tourne pour d’autres femmes, sans doute prisonnières quelque part, et dont la vie ne tient plus qu’à un fil.

Mon avis :

Merci à Be polar et aux éditions Marabout pour ce partenariat.

Louise Caumont, Violaine Menou, Thierry Saint-Orens. Ils sont trois gendarmes qui travaillent ensemble. Louise est le chef, la plus âgée. Elle est d’une rigueur toute militaire. Célibataire, elle vit seule avec son chat, et peine à répondre aux invitations de Violaine, de Thierry, voir à comprendre le mode de vie de cette jeune génération, qui s’engage tôt, qui fait les choses dans l’ordre et dans les règles (mariage, maison, enfants), elle qui n’est jamais parvenue à parler de son douloureux passé. C’est sa nouvelle enquête qui lui permettra – enfin – d’ouvrir les vannes. Mais quelle enquête.

Une jeune femme enceinte de huit mois est renversée par une voiture, au cours d’une violente tempête. Avant de mourir, elle a le temps de murmurer : « Save the others ». Commence alors un travail de fourmi pour tenter de savoir qui était cette jeune femme, d’où elle venait, et pour le compte de qui elle portait cet enfant. Oui, la jeune victime était enceinte, mais c’était une GPA : autant dire que retrouver sa trace, et retrouver la trace de ceux à cause de qui elle était enceinte n’est pas simple.

Les mots que j’ai employés orientent, bien sûr, laissent à entendre mon point de vue sur la GPA. Jusqu’où certaines personnes sont-elles prêtes à aller pour avoir un enfant ? Moi, nulle part. Certaines personnes, très loin. Ces personnes ne désirent pas un enfant, elles désirent un enfant qui soit génétiquement le leur. Je suis sévère ? Oui. Parce que ce ne sont pas elles qui prennent des risques au cours de la grossesse, c’est la mère porteuse, c’est elle qui subira la grossesse, l’accouchement, et le post-partum, qui n’est jamais évoqué quand on parle de GPA « éthique » comme si tout s’arrêtait – physiquement – pour la femme après son accouchement.

Et si la GPA devenait un nouveau business bien lucratif pour de nouveaux trafiquants de chair humaine, si elle devenait un nouveau moyen d’exploiter les femmes, encore et toujours, de rentabiliser au maximum leur corps ?  Il existait déjà tant de moyen pour les trafiquants. La prostitution a bien des visages, et je me dis que certaines citations, sur les films pornographiques, feront tiquer certains lecteurs. Et pourtant, elles nous rappellent ce qu’est vraiment l’univers de la pornographie : « à y bien regarder, un film porno n’est rien d’autres qu’une passe sans fin, offertes à la concupiscence de centaines d’inconnus…. « . De même, en ce qui concerne la prostitution : la pénalisation de la clientèle n’a pas du tout amélioré le sort des prostituées (voir les chiffres donnés, via Louise Caumont, par l’autrice).

L’enquête est lente à se mettre en place, parce que les enquêteurs, qui sont bientôt rejoints par le major Vanessa Roumieu et le major Farid Benchik, doivent chercher partout, et qu’ils ne peuvent pas penser à tout. Les trafiquants non plus, ce qui est presque rassurants : c’est quand ils commettent des erreurs qu’on peut retrouver leurs pistes. C’est dans la seconde partie du récit que le rythme s’accélère, que les récits secondaires rejoignent le récit principal, que certains faits prennent sens, parfois même cruellement.

A travers Matrices, l’autrice nous interroge aussi sur la parentalité. Ce n’est pas tout de vouloir un enfant, il faut aussi savoir prendre soin de lui une fois qu’il est là, et force est de constater que ce n’est pas toujours le cas, que la violence éducative ordinaire n’est pas toujours visible au contraire de ses conséquences. Il faut aussi voir ce que l’on veut transmettre à son enfant, ce que l’on est prêt à faire – ou pas – pour qu’il vive sa vie du mieux possible. Vastes soucis. Les réponses données ne sont pas toujours celles que l’on attendait.

A lire si vous aimez les polars qui accrochent et interrogent sur les maux de notre société.

 

Bigoudis et petites enquêtes, tome 1 : Panique à Wahlbourg

Présentation de l’éditeur :

Quand la coiffeuse démêle l’enquête
Léopoldine Courtecuisse est coiffeuse dans le bourg alsacien de Wahlbourg. Entre teinture, shampoing et coupe de cheveux, cette mère peine à gérer ses deux adolescents depuis que le père de ses enfants l’a quittée pour sa jeune sœur. Léopoldine déteste son nom de famille et ses parents qui ne jurent que par leur cadette. Mais garde le moral grâce aux séries policières qui n’ont aucun mystère pour elle, tout comme les petits secrets des habitants de la ville qui viennent s’épancher dans son salon.
Un jour, elle découvre le cadavre de Véronique Busch sur le parking de l’hypermarché. Alors que toute la population est sous le choc, Léopoldine, qui a toujours rêvé d’être flic, en est désormais certaine : elle va pouvoir montrer à tous quelle incroyable enquêtrice elle est.
Et ce n’est certainement pas cet arrogant lieutenant Delval qui l’en empêchera, foi de Léopoldine Courtecuisse ! Il se pourrait même qu’il soit contraint de lui demander son aide…

Mon avis :

Merci aux éditions de l’Archipel et à Netgalley pour ce partenariat.

Je lis à peu près tous les cosy mystery que je trouve, et celui-ci ne fait pas exception. Ce genre littéraire a le vent en poupe, pour combien de temps, je ne sais pas, et j’aime découvrir ces différentes variations.

Nous sommes ici en Alsace, et j’ai eu l’impression que Léopoldine Courtecuisse, je pourrai la connaître, la croiser dans la rue, parler avec elle. Elle pourrait être notre voisine, notre amie. Cosy mystery, oui, mais avec un lot de problèmes qui, si l’on regarde bien, ne sont pas si cosy que cela. Léopoldine est coiffeuse, parce que ses parents ne se sont pas beaucoup intéressés à elle, à ses études : sa soeur cadette est tellement plus brillante ! D’ailleurs, elle va se marier, ce que Léopoldine n’a jamais réussi à faire, elle qui a vécu en couple pendant des années et a eu deux enfants, aujourd’hui en mode « ados rebelles ». Pour être plus précise, Constance Courtecuisse épouse l’ex-compagnon de sa soeur aînée, et les parents n’y trouvent rien à redire. Je vous effraie tout de suite : non, ce n’est pas invraisemblable. Certains refusent le mariage parce que les enfants sont le meilleur des liens. Discours facile quand on finit par se marier avec quelqu’un d’autres pour de toute autre raison. Autant dire que les clientes du salon se délectent de la situation, même si, finalement, ce n’est qu’un potin parmi d’autres. Prenez par exemple Véronique Bush, qui est la personne qui se rapproche le plus d’une bimbo, pour ne pas utiliser le nom d’une célèbre marque de poupée. Celle-ci semble avoir de très nombreuses aventures – oui, je ne me mêle pas des potins !!! Léopoldine la trouve cependant sympathique. Elle aurait aimé ne pas trouver son cadavre sur le parking, surtout que le principal suspect est (forcément) le mari (trompé), que Léopoldine a toujours beaucoup apprécié.

Débusquer les secrets, c’est presque son métier. Enquêter, tel était son rêve, et elle le réalise en partie, au grand dam du lieutenant Delval, muté dans le coin à la suite d’une incartade retentissante. Il n’est pas fou de joie d’être là, il l’est encore moins de devoir enquêter et de trouver sur sa route Léopoldine Courtecuisse. Deux personnages qui se rencontrent, ne s’entendent pas et finissent par… s’entendre très bien, c’est un classique, qui fait de ce livre une « romance mystery ». Et pourtant… les secrets exhumés peuvent être glaçants, et interrogent sur le fait de parvenir à vivre, à survivre quand on a connu le pire.

A découvrir si vous êtes fan du genre.

 

 

L’Affaire Roukia ou les ombres de Mayotte par Nicolas Goinard

Présentation de l’éditeur :

15 janvier 2011. Le corps en partie dénudé d’une jeune femme est découvert sur une falaise à l’aplomb de la baie de Trévani, à Mayotte. C’est le début de l’affaire Roukia, cette lycéenne de dix-huit ans qui gagnait de l’argent en faisant la « soussou » – prostituée occasionnelle. Les analyses toxicologiques révèlent que Roukia est morte d’une overdose d’héroïne. D’où provenait la drogue qui l’a empoisonnée ? Son petit ami Mathias, métropolitain, toxicomane, avec qui elle a passé sa dernière soirée, Mansour, avocat et élu local, et Hakim, le juge qui instruit l’affaire – toujours en attente d’être jugée – en sont convaincus : la poudre blanche a été mise en circulation par le Groupe d’intervention régional, afin de rémunérer des indics. Formée de policiers et de gendarmes, cette unité est censée lutter contre l’économie parallèle. Entre jalousie, violence et manipulations, cette histoire raconte le destin d’une jeune fille perdue, mais aussi l’envers du décor d’une île de carte postale entrée trop rapidement dans la modernité, rongée par la pauvreté, aux frontières fermées mais poreuses, un territoire oublié de la République.

Mon avis :

Merci à Netgalley et aux éditions Presse de la cité pour ce partenariat.

Ce livre est un documentaire, et je dois dire que je ressors effarée de sa lecture. L’affaire Roukia, quelle est-elle ? Roukia est une tout jeune femme de 18 ans, et pourtant, elle a eu son lot d’épreuve. Mise à la porte à quinze ans par sa mère, cette lycéenne se prostituait occasionnellement. Elle se droguait aussi. Elle est morte d’une surdose de drogue. Son petit ami, bien plus âgé qu’elle, en consommait également. Il cherchera à faire disparaître le corps. S’il y était parvenu, il n’y aurait pas eu d’affaire Roukia. Le pire pour moi ? L’affaire a beau porter son nom, Roukia est la grande oubliée.

Le juge d’un côté, la police de l’autre, et au milieu, l’économie parallèle liée au commerce de la drogue. Pour y mettre fin, le groupe d’intervention régional utilise des indics. Ils oublient parfois de respecter la procédure parce que… je n’ai pas vraiment d’explication. Parce qu’ils sont entrés dans une certaine routine ? Peut-être. Cela aurait pu n’avoir aucune conséquence. Cela en a eu, parce que des doutes ont plané, et parce que l’on n’a pu trouver d’explications à la mort d’une toute jeune femme de dix-huit ans.

J’ai eu l’impression que cette enquête a été une suite de ratés, de procédures non respectées, comme si, loin de la France métropolitaine, l’on pouvait se passer des règles. Ou plutôt, comme si on n’avait pas les moyens – humains, financiers – de les suivre. Tout manque, tout. Médecin légiste ? Absents. Juge ? Débordés. Les dossiers traînent. Je me suis demandé aussi pourquoi ces gendarmes, ces policiers, ces juges avaient choisi de partir pour Mayotte, comment certains pouvaient supporter l’éloignement avec leurs proches, qui n’ont pas pu ou voulu venir. Comme si la guerre entre les différents services était plus importante que la Justice. Je ne parle même pas des hommes et des femmes, qui semblent passer véritablement au second plan.

Déprimant ? Oui. J’ai parlé de l’affaire, et je me rends compte que je n’ai pas véritablement parlé du livre, soigné, précis, sourcé. Il en est d’autant plus angoissant.

Les enquêtes de l’inspecteur Higgins, tome 3 : Les trois crimes de Noël de Christian Jacq

Présentation de l’éditeur :

La nuit de Noël, le froid,un manoir perdu au cœur de la vieille Angleterre. Un étrange musée peuplé de chefs-d’œuvre rassemblés par un aristocrate excentrique, mort dix ans plus tôt.
Une mort suspecte qui appelle la vengeance et en annonce d’autres, celles de ses hôtes invités à connaître son testament.
Parmi eux, l’ex-inspecteur-chef Higgins, ami du Lord défunt. Son cadeau de Noël ? Trois crimes, et la mort qui rôde.

Mon avis :

Lire ce polar aujourd’hui, c’est dire à quel point je n’avais pas le moral. Ce n’est pas que Christian Jacq soit un « écrivain-doudou », comme Andrea Camilleri ou Pieter Van Aspe, non, c’est qu’il est… sans aspérité, sans grand surprise pour moi. Peut-être que, pour ceux qui ont lu les quarante enquêtes dans l’ordre, ce tome 3 a-t-il apporté son lot de surprise. Pour ma part, il m’a permis de me mettre en pause, tout en me disant que certaines personnes étaient bien naïves.

Quelqu’un a envoyé par la poste une page arrachée d’un journal intime à l’ex-inspecteur chef Higgins. Muni de sa Bentley, pas fâchée de se promener à la campagne (peut-être changera-t-elle d’avis au cours du voyage) et de l’inspecteur Scott Marlowe qui devra toujours rester sur le qui-vive (c’est traître, la campagne anglaise sous la neige), Higgins devra enquêter sur un meurtre vieux de dix ans, et sur deux autres meurtres qui surviendront au cours de la nuit de Noël.

Je serai claire : mis à part Scott Marlowe, touchant par son dévouement, la Bentley et Trafalgar, le chat d’Higgins qui fait une furtive apparition, aucun personnage ne m’a paru réellement sympathique, pour ne pas dire qu’ils m’ont tous semblé antipathiques, première victime y compris. Non, il n’a pas mérité ce qui lui est arrivé, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Je dis par contre qu’il a été fortement égocentrique, et très mauvais juge des personnes qui les courtisaient, lui et sa collection d’objets d’art. Ces courtisans ne se donnaient d’ailleurs pas tant de peine que cela pour parfaire leur couverture. A se demander pourquoi ils n’ont pas été démasqués avant. Parce qu’ils se seraient les coudes ? Peut-être.

Une lecture pas désagréable remplie de personnages désagréables.

La nuit des anges d’Anna Tommasi

édition Préludes – 320 pages

Présentation de l’éditeur :

Alice, jeune mère divorcée, décide après dix ans d’absence de revenir à Perros Guirec, la ville de son enfance. Elle espère en profiter pour retrouver sa famille, des paysages familiers, et laisser derrière elle un passé douloureux. Mais dans ce coin de Bretagne chargé de souvenirs, l’angoisse s’installe rapidement : ses parents sont devenus des étrangers, son amour de jeunesse est obsédé par l’enlèvement de sa sœur, qui a eu lieu vingt-cinq ans plus tôt, et les visages jadis connus ne sont plus que des fantômes. Bientôt, c’est toute la ville qui est secouée d’un vent de panique avec la disparition d’une fillette. Le début du cauchemar pour Alice, embarquée malgré elle dans une enquête à double vitesse, entre le passé et le présent…

Mon avis :

Ce n’est pas un secret que je peine, en ce moment, à écrire des chroniques. C’est pour cette raison que, plus qu’une chronique linéaire, je rédige ici un journal de lecture.

J’ai fait une première pause au bout d’une centaine de pages parce que je coinçais un peu. J’avais besoin de cette pause parce que j’avais l’impression que quelque chose clochait dans ma progression. Je n’étais pas à l’aise. Passe avec la description de la Bretagne – je n’y suis pas retournée depuis dix ans, et je veux bien croire que la région pâtit du réchauffement climatique, je meurs déjà de chaud dans ma salle de classe. J’ai eu du mal avec Alice, l’héroïne. les mystères autour d’elle, autour de sa famille et de ses proches sont nombreux. Elle est divorcée, son couple n’ayant pas résisté à l’éducation d’un enfant autiste. Ce n’est pas moi qui dirais que c’est facile, puisque, depuis quatre ans, je suis amenée à travailler avec des enfants souffrants de troubles du spectre autistique, qui sont intégrés dans ma classe. Aucun de ces enfants n’est identique, et j’ai eu la chance de les voir évoluer – positivement. Je suis d’ailleurs étonnée de voir Alice, médecin généraliste qui a renoncé à sa spécialisation pour son enfant, aussi démunie, aussi ignorante face à la maladie de son fils. C’est ainsi. Lucas n’est pas le seul enfant en souffrance. Son grand-oncle était handicapé, et il est mort peu après que ses parents aient décidé de le confier à une institution. La meilleure amie d’Alice, prénommée Victoire, a disparu quand elles étaient enfants – disparues, volatilisées. Et que dire de cette enfant dont nous lisons les entretiens avec un docteur, enfant dont les propos et les actes déroutent, pour ne pas dire plus. Non, parce que si je dis plus, je dis mes attentes de lectrice, et cela serait sans doute trop.

Alice, divorcée, en manque de sexe (ce n’est pas moi qui le dis, c’est elle) retrouve au cimetière Teddy, son amour de jeunesse, amour pas approuvé par ses parents, parce qu’il n’est pas gentil, Teddy. Non, il n’est pas violent : il ne suit pas les chemins que ses parents et la société attendaient de lui. Spoiler : un fils n’a pas à suivre le chemin que ses parents désirent pour lui, il est tout à fait capable de trouver par lui-même ce qu’il désire, y compris tomber dans les bras de son ex, lui qui, miraculeusement, est toujours célibataire, et célibataire au bon moment, pile quand Alice retourne au pays, qu’elle a quitté dix ans plus tôt. Oui, quand je lisais qu’elle communiquait essentiellement par internet avec ses parents, j’ai vraiment cru qu’ils vivaient au bout du monde….

Une petite fille disparaît – de nouveau, ai-je envie de dire. Ce n’est pas la première. Sera-ce enfin la dernière ? Peut-être, ce serait trop en dévoiler. Cela replonge en tout cas Alice dans les douleurs du passé – celles de la disparition de Victoire. Savoir, enfin, ce qui lui est arrivé. Chercher, dans le passé, dans le présent – et toujours, ces curieux entretiens qui ponctuent le texte, et amène le lecteur à se demander quel est le lien avec le présent. Là aussi, il le saura.

Oui, le lecteur saura, il saura beaucoup de choses, il sera étonné, aussi, de savoir jusqu’où certaines personnes sont prêtes à aller, pour protéger la personne dont elles sont éprises. Oui, à nouveau, je reste floue, volontairement. J’ai eu l’impression, en découvrant la fin, qu’elle était presque ouverte. Je dis bien « presque », parce qu’après tout, ce n’est qu’une impression de lectrice.

Merci aux éditions Préludes et à Babelio pour ce partenariat.