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Parlez-vous polar ? (collectif)

Présentation de l’éditeur :

Plongez dans l’ambiance polar !
Découvrez le style des différents auteurs des Editions du Palémon à travers leurs nouvelles.
Testez vos connaissances grâce aux quizz dédiés à cette thématique…

Mon avis :

J’ai reçu ce recueil en cadeau, voici quelques années, au salon du livre de Paris (disons que j’avais acquis quelques livres des éditions Palémon et que je n’ai pas perdu cette habitude depuis). Ce recueil comporte les nouvelles de huit auteurs, certains que je connaissais déjà, d’autres que je découvre grâce à ce recueil.

Que dire ? J’ai aimé retrouver la plume de Cicéron Angledroit. J’ai aimé le texte, fantastique, onirique de Gérard Chevalier, aussi à l’aise dans ce registre que dans l’humour. J’ai découvert Hervé Huguen et je dois dire que sa nouvelle m’a intéressé au point que, depuis, j’ai acquis deux romans de cet auteur, et que je compte les lire prochainement. Une histoire apparemment simple, un homme meurt en tentant de fuir la police… alors que la police ne le pourchassait pas, et n’avait aucune idée de la raison qui l’avait poussé à fuir. L’action se passe au Havre, ville que j’ai découverte l’an dernier et que j’ai appris à apprécier : au cours d’une enquête serrée, l’on remonte le fils de plusieurs destins qui se sont entrecroisés pour le pire (pas de meilleur à venir). Point commun entre les textes d’Hugo Buan et d’Anne-Solenn Kerbrat ? L’humour noir peut teinter les récits policiers à l’infini !

 

Goliat de Mehdy Brunet

Présentation de l’éditeur :

La mer de Barents, au large des côtes norvégiennes : Goliat, une plateforme pétrolière en proie aux éléments déchaînés, est le sinistre théâtre d’une série de meurtres odieux.
David Corvin, ex-agent du FBI, va devoir utiliser toutes ses compétences pour stopper l’hécatombe.
Mais au bout du chemin, il risque de perdre son âme…
Et bien plus encore…

Merci à Joël des éditions Taurnada pour ce partenariat

Mon avis :

Troisième roman de Mehdy Brunet, troisième roman que je lis de cet auteur, et troisième roman que j’apprécie. Je dirai donc pour commencer : carton plein.
Dans ce roman, l’auteur joue sur la temporalité du récit. Nous découvrons tout d’abord David Corvin, de nos jours, quasiment (en 2019). L’homme est au bout du rouleau, il se noie dans l’alcool, littéralement. Pourquoi ? Nous le retrouvons trois ans plus tôt, et si tout n’était pas parfait dans sa vie, David Corvin, ex agent du FBI, était pourtant en bien meilleure condition physique, et surtout, il mettait tout en oeuvre pour sauver son couple avec Abigaël. Pour faire un couple, il faut être deux, et la jeune femme était bien décidée elle aussi à oeuvre dans la même direction que David. Que s’est-il donc passé ? Et quel est le lien avec une autre affaire, qui nous renvoie encore une année en arrière, aux Etats-Unis, entre enquête sur un tueur en série, et accident d’avion qui, emportant des vies, brisa plusieurs familles ? Trois époques, dans laquelle le lecteur navigue avec fluidité – jusqu’à gagner Goliat.
Goliat, c’est le nom d’une plateforme pétrolière, cet univers toujours présenté dans l’imaginaire collectif comme essentiellement masculin. Et pourtant, c’est là qu’Abigaël va travailler, en tant que chercheuse en biotechnologie. Les plateformes pétrolières dérangent, un peu, beaucoup, il est donc nécessaire de prouver que tout va bien. Il est aussi nécessaire de les protéger, parce que les menaces sont prises au sérieux : David est engagé lui aussi sur cette plateforme pour assurer la sécurité. La plateforme est un monde où faire confiance aux autres est essentiel, un huis clos quasi permanent. Peut-il arriver pire encore que ce que les éléments déchaînés peuvent provoquer ? Oui.
Le roman contient des scènes sanglantes, et cela m’ennuie presque de devoir le préciser, parce que cela me paraît logique lorsque je lis un thriller. De même, je ne veux pas évoquer l’ensemble des thématiques, parce que cela en dirait trop sur le roman et gâcherait la lecture. Je vous dirai simplement que l’épilogue est absolument poignant.

Fantazmë de Nicko Tackian

édition Le livre de poche – 288 pages

Présentation de l’éditeur :

Janvier 2017. Dans une cave du XVIIIe arrondissement de Paris, un homme est retrouvé, battu à mort. Le commandant Tomar Khan pense à un règlement de compte. Le genre d’affaire qui restera en suspens des années, se dit-il. Mais voilà, l’ADN relevé sur les lieux a déjà été découvert sur le corps d’un dealer albanais, battu à mort dans une cave lui aussi. Et bientôt une rumeur court dans les quartiers chauds de Paris, celle d’un tueur insaisissable, un Fantazmë, un « spectre » en albanais, qui s’en prend à la pègre. Avec cette enquête troublante, Tomar Khan plonge dans des zones d’ombre où s’affronteront inévitablement son devoir de policier et ses sentiments d’être humain.

Mon avis :

Il est des livres dont on n’arrive pas à décrocher parce qu’on se demande jusqu’où l’auteur va aller. Il en est d’autres qu’on ne peut pas lâcher parce que l’on se demande si l’auteur ira au bout des choses. C’est le cas pour Fantazmë.
Tomar et Rhonda ne sont pas seulement co-équipiers, ils sont aussi en couple et restent discrets : être ensemble, oui, s’épancher, non. Les descriptions restent d’ailleurs sobres, il n’est pas question de s’étendre sur le physique avantageux ou pas de l’autre. L’important, c’est l’enquête, les enquêtes, dans ce 36 quai des Orfèvres bientôt abandonné – il serait intéressant de lister le nombre de romans policiers qui prennent pour cadre le 36 en cours de déménagement, et évoquent ce lieu avec, déjà, de la nostalgie.
Nous sommes à Paris, et les attentats ne sont pas loin. Par conséquent, la police fonctionne autrement, la priorité étant donnée, même au quai des Orfèvres, à la lutte contre le terrorisme : rares sont les groupes qui se consacrent uniquement aux crimes de droit commun. Il est difficile de faire la part entre le droit commun, et ce qui agite la capitale – ou plutôt devrait l’agiter. Les sans-domicile fixe, les réfugiés, ils sont nombreux, ils sont à la rue, ils se débrouillent – personne ne les voit, ou presque. Ara, la mère de Tomar, les voit, pourtant, elle voit cette jeune femme, seule, accusée de vol, elle se revoit elle, combattante, dans son pays, mais aussi en France, face à un mari violent qui a laissé des traces durables. Alors elle aide, elle accueille chez elle cette femme et ses deux enfants, et demande à son fils un coup de pouce pour eux. Ni l’un ni l’autre ne sont naïfs, ils savent ce qui attend cette famille si le dossier est rejeté. J’aimerai dire que l’on n’en parle pas assez, je dirai simplement que l’on n’en parle pas du tout. On parle peu aussi de ce qui est mis en œuvre pour déloger les SDF, des trafics dont sont victimes certain(e)s. J’ai l’impression que les auteurs de romans policiers – je pense aussi à Nicolas Lebel et à son Dans la brume écarlate – font le travail d’informations et de mise en garde contre l’inhumanité qui nous guettent que tant d’autres ne font pas.
Un homme a été retrouvé torturé à mort. Il n’est pas le premier, et un tueur est désigné, il donne même son nom au roman, il est un « spectre ».
Et nous, de nous questionner, sur les notions de justice, là où la justice peine à s’exercer. Tomar et Rhonda y croient encore, cependant, et savent ce qui attend Fantazmë s’il est arrêté – la France ne laisse pas les crimes impunis, du moins, elle essaie. Et pourtant, la violence est là, tellement là, au point qu’on ne la voit plus, peut-être parce qu’on ne nous la montre plus non plus. De même, l’auteur n’oublie pas à quel point les forces de l’ordre ne sont plus aimées, soutenues par la population. Il ne faut pas croire tout ce que disent les journalistes, dit un des personnages – surtout quand ceux-ci cherchent le sensationnel plutôt que la vérité (là, c’est moi qui l’ajoute).
Tomar est un personnage complexe, qui a déjà franchi la ligne rouge comme l’on dit. Pourtant, lui et ses bagages, fort lourds, restent nettement plus sympathiques que l’enquêteur de l’IGPN, pas du tout objectif. Certes, son enquête est justifiée, mais ses méthodes sont injustifiables.
Fantazmë – ou un roman noir contemporain.

Meurtres au programme de Susan

La cave aux poupées de Magali Collet

édition Taurnada – 224 pages

Présentation de l’éditeur :

Manon n’est pas une fille comme les autres, ça, elle le sait depuis son plus jeune âge.
En effet, une fille normale ne passe pas ses journées à regarder la vraie vie à la télé.
Une fille normale ne compte pas les jours qui la séparent de la prochaine raclée monumentale…
Mais, par-dessus tout, une fille normale n’aide pas son père à garder une adolescente prisonnière dans la cave de la maison.

Préambule :

Tout d’abord, je tiens à remercier Joël, des éditions Taurnada pour ce partenariat, et aussi à présenter mes excuses pour le retard. En effet, j’ai reçu ce livre juste avant le confinement et… comment dire ? Il fut tout sauf facile à lire, encore moins à chroniquer.

Mon avis :

Manon. Est la narratrice de ce roman. Manon. En fait, nous n’apprendrons son prénom que tardivement, parce que personne ne se donne la peine de l’appeler par son prénom. Manon vit seule avec son père, qu’elle nomme « Le Père ». Elle n’a pas de contact avec le monde extérieur, sauf si l’on prend comme un contact le soir, quand son père rentre de son travail. Elle regarde la télévision, c’est un « contact », si l’on veut. Ses journées ? Tenir la maison. Se remettre de la dernière raclée affligée par son père. Prendre soin de la fille qui est retenue prisonnière dans la cave, avant que celle-ci ne rejoigne celle qui l’a précédée – sous le tilleul.
Ce n’est pas le style qui rend le livre difficile à lire, non, le livre est très bien écrit, nous sommes vraiment avec la jeune fille, avec son Père, aussi, qui n’a de Père que ce titre que lui donne Manon. Je ne veux même pas écrire qu’elle est sa fille, non, elle est sa victime, presque comme les autres. Ce qui le rend difficile à lire est véritablement les faits qui nous sont racontés, tant j’ai eu l’impression de me retrouver enfermée avec Manon, avec la prisonnière aussi : un huis-clos, littéralement. Elle n’a jamais rien connu d’autres que cette existence, à la fois bourreau et victime. Il est impossible de ne pas ressentir de la compassion pour elle, elle qui est, finalement, sa première victime.
Pas de pathos, pas de fioriture dans le style ou dans la narration. Pas de complaisance non plus ou de voyeurisme: le récit n’est pas plaisant, il n’y a pas d’admiration ou d’excuses, à aucun moment pour le tortionnaire – oui, je renonce à dire « le Père ».
Ce récit m’a amené aussi à m’interroger, aussi : comment une telle vie est-elle possible ? Comment se fait-il que rien n’ait transparu ? Bien sûr que je me doute que c’est possible mais cela n’empêche que ce récit est effrayant et effroyable.
Je terminerai ma chronique en disant : gardons les yeux ouverts, ne détournons pas le regard. Plus facile à écrire qu’à mettre en oeuvre.

La fille de la plage d’Alexis Aubenque

édition Hugo &  Cie – 571 pages

Présentation de l’éditeur :

Qui est-elle ? D’où vient-elle ? Que cherche-t-elle ?

Santa Barbara. Une jeune femme se réveille sur une plage.
Elle est amnésique. Elle ne se souvient que de trois choses : son prénom, le visage d’une femme ensanglantée, et enfin de ne surtout pas appeler la police. Quatre amis, qui viennent fêter la fin de leurs études universitaires, la retrouvent et décident de venir à son aide.

Mais est-ce pour le meilleur ou pour le pire ?
S’insinuant dans la vie de chacun des personnages, Chelsea, la mystérieuse fille de la plage, est-elle aussi ingénue qu’elle le paraît ?

Mon avis :

J’ai lu des critiques de ce livre après avoir rédigé mon brouillon. Non, elles ne m’ont pas fait changer d’avis, j’ai simplement constaté que certains avis étaient extrêmement élogieux, d’autres négatifs, voire très négatifs. Alors, je me suis interrogée : dois-je dire tout le mal que je pense de ce roman ?

Je commencerai par les points positifs : le roman se lit très rapidement et le chapitre 51 (le dernier) est bien.

Pour la suite de la critique, eh bien… Le livre promettait tout de même de savoir qui est cette jeune femme amnésique, qui est cette femme au visage ensanglanté dont elle se souvient. Oui, nous le saurons, mais l’enquête policière est totalement diluée dans tout autre chose. D’ailleurs, quand je dis « enquête policière », les termes sont exagérés : jamais la police n’est impliquée, quoi qu’il se passe. Un pépin ? Papa va arranger cela  ! Une jeune fille est victime de cyber-harcèlement ? Il ne faut surtout pas porter plainte, sinon la jeune fille en « mourrait », surtout si les images étaient diffusés sur le web. Mais si l’on ne porte pas plainte, jamais ce genre de personnes n’arrêtera – l’impunité ne doit plus exister, la honte doit vraiment changer de camp (oui, je sais, ce n’est pas gagné).

L’action durera deux jours, et pendant deux jours, Chelsea, finalement, va bien s’amuser. Oui, elle a des flashs, elle voit des choses horribles, mais elle part en virée shopping avec les filles, elle est hébergée sur un yacht, dans un superbe appartement, elle a une relation avec un des garçons, et remonte peu à peu la piste de son passé.

Alors, qu’en est-il du reste de l’intrigue ? Et bien, Santa Barbara, déjà, pour moi, c’est le titre d’une série fleuve, d’un feuilleton, pour utiliser les termes de l’époque, des années 80. Ici, nous avons une jeunesse dorée, très très dorée même – et le soleil y participe aussi. Ils roulent dans des voitures de luxe (je n’ai pas retenu les marques), l’un d’eux se voit même offrir un appartement par ses parents pour ses vingt ans. Il était temps ! Le pauvre aura enfin un endroit où recevoir ses conquêtes ! Le plus important, pour eux, c’est l’apparence. Les descriptions m’ont donc fortement ennuyée, tant l’accent est mis sur la perfection du physique. Même les parents s’y mettent, qui invitent leur fille à se mettre en valeur, et, parfois, ne connaissent pas vraiment leurs enfants et leurs tourments. Je vous rassure : ils sont en général très brefs, pour ne pas dire, parfois, peu crédibles, tant les personnalités des personnages m’ont semblé manquer de cohérence – sauf à rester constamment dans la futilité. Ils sont tous incapables de conserver une relation sérieuse. Ce n’est pas que le sexe est important pour eux, c’est plutôt obsessionnel. Fiona, la grande soeur de Nathan, est à cet égard, complètement à l’ouest : peu importe que son petit frère ait une petite amie (qu’elle n’apprécie pas, elle n’est pas assez riche pour son frère, elle en veut forcément à l’argent de son rondouillard de petit frère), elle lui offre une escort girl. Je regrette l’absence de personnalité féminine forte. J’avais espéré, un temps, que Sandy rentrerait dans cette catégorie. Hélas non. Si je peux facilement passer sur le fait qu’elle veuille devenir danseuse, et qu’elle ne connaisse pas Béjart, estime peu la danse moderne, et n’a jamais entendu le Boléro de Ravel, en revanche, l’oscillation permanente de sa personnalité, son incapacité à tenir tête à presque tout le monde, sa volonté de rentrer dans la norme (enfin, celle de Santa Barbara) tout en voulant se démarquer (parfois) est au final assez décevant, le conformisme l’emportant trop souvent sur l’originalité. Reste, heureusement, Dodi, la grand-mère de Jason, la seule personne qui dit ce qu’elle pense, qui vit comme elle en a envie, après une existence qui fut mouvementée – et que cela déplaise, elle n’en a cure. Même si son fils a choisi pour elle la meilleure clinique, les meilleurs soins, il a oublié qu’il fallait aussi rendre visite à sa mère, et non la laisser isolée, dans ce qui ressemble fort à un mouroir plaqué or.

J’ai oublié de vous parler de la musique. Elle est très importante, elle rythme le récit, mais elle m’a semblé parfois un peu datée. Etre fan d’Ed Sheeran, ok. Aimer les chansons de Fame, de Dirty Dancing ou de Flashdance est plutôt anachronique.

Je terminerai par la fin, forcément : elle n’a rien à envier aux meilleurs films à l’eau de rose.

Disko de Mo Malo

Présentation de l’éditeur :

Depuis sept mois qu’il a été nommé chef de la police locale au Groenland, l’inspecteur danois Qaanaaq Adriensen a fini par s’habituer aux rudesses du climat de la grande île blanche. La découverte, au beau milieu de la baie touristique de Diskø, d’un homme assassiné d’une atroce façon, et dont le corps est figé dans la glace d’un iceberg, marque le début d’une enquête qui va fortement l’ébranler.

Mon avis :

Ce livre est en lice pour le prix : « livre qui est resté le moins longtemps dans ma PAL ». Acheté hier, commencé à lire hier avec Galopin et les chatons bondissants, terminé aujourd’hui, écriture de la chronique dans la foulée.

Lire ce livre me donnerait presque envie de devenir climato-septique, tant les écologistes décrits dans ce livre utilisent des méthodes extrêmes, pour ne pas dire le mot « extrémistes ». Oui, les choses ne bougent pas, oui, les gouvernements se paient de mots, nous paient de mots. Les méthodes utilisées peuvent-elles fonctionner ? Non. D’ailleurs, je ne suis même pas sûre que ceux qui agissent dans ce roman, commettent des crimes pour dénoncer le réchauffement climatique soient tous aussi convaincus que cela : pour certains, la motivation première est l’argent. « Une vie ne vaut rien, mais rien ne vaut une vie » : je ne saurai mieux dire que Malraux.

L’élément le plus important dans ce roman ? Le temps. Lors de la lecture des cent premières pages, j’ai bien senti son écoulement – le temps qu’il a fallu pour arriver sur les lieux, sortir le corps, faire les constatations d’usage, chercher enfin : l’atrocité de cette mort, des suivantes, n’est pas occultée, la capacité qu’ont certains à verser dans le sensationnalisme non plus, renvoyant dos à dos l’observateur lamba et son portable, le journaliste en quête de scoop, et l’artiste qui n’est pas à une provocation prêt.

Le second élément important ? La famille ? Qaanaaq reste partagé entre ce qu’il a découvert dans le premier tome, les liens qu’il a gardé avec sa mère adoptive, et ce qui l’attend encore, dans le registre des découvertes, dans cette deuxième enquête. Et le lecteur avec lui.

Reste aussi l’amitié que Qaanaaq aura tissé avec certains de ses collègues, Appu en tête. Cependant, au fur et à mesure du déroulement de l’intrigue, le capitaine Andriensen verra des certitudes s’envoler, et se demander aussi comment il a pu ne pas se questionner plus tôt.

Critique assez courte, oui, mais plaisir de lecture très grand – et une envie folle de souhaiter le pire aux assassins.

Mon dernier billet pour le challenge polar de cette année….

Qaanaaq de Mo Malo

éditions Point – 552 pages.

Présentation de l’éditeur :

Dans le vaste pays blanc, l’esprit de Nanook se réveille. Le grand ours polaire, seigneur des lieux, protégera les siens. Jusqu’au bout.
Adopté à l’âge de trois ans, Qaanaaq Adriensen n’a jamais remis les pieds sur sa terre natale, le Groenland. C’est à contrecoeur que ce redoutable enquêteur de Copenhague accepte d’aller aider la police locale, démunie devant ce qui s’annonce comme la plus grande affaire criminelle du pays : quatre ouvriers de plateformes pétrolières ont été retrouvés, le corps déchiqueté. Les blessures semblent caractéristiques d’une attaque d’ours polaire. Mais depuis quand les ours crochètent-ils les portes ?
Flanqué de l’inspecteur inuit Apputiku – grand sourire édenté et chemise ouverte par tous les temps –, Qaanaaq va mener l’enquête au pays des chamanes, des chasseurs de phoques et du froid assassin. Et peut-être remonter ainsi jusqu’au secret de ses origines.

Mon avis :

C’est la fin de l’année (scolaire), il fait chaud (très chaud) aussi ai-je lu Qaanaq de Mo Malo, pseudonyme d’un auteur français qui nous emmène dans le grand froid groenlandais. Dire que le polar est réfrigérant au vue des descriptions qui sont faites est un peu facile – et je cède à la facilité, face au mal que j’ai eu à m’y retrouver dans les noms des principaux protagonistes.
Qaanaaq, c’est le prénom du capitaine Andriensen. Qaanaaq, comme le lieu où il est né, a été trouvé, avant d’être adopté par un couple fort honorable : un auteur de romans policiers et sa femme, elle-même une légende de la police danoise. Qaanaaq n’est jamais allé au Groenland, c’est une enquête sur le massacre de trois ouvriers d’une plateforme pétrolière, bientôt suivi de la mort d’un quatrième, qui le font se rendre pour la première fois sur les terres où il est né et dont il ne se souvient absolument pas. Dire que Rikke, qui est sa supérieure pour l’enquête, n’accueille pas sa venue avec joie et bonheur est un fait. Rikke semble mettre un point d’honneur à rabaisser tout le monde. A mes yeux, elle joue un jeu dangereux avec ses hommes, qu’elle ne semble d’ailleurs pas vraiment considérer. Elle a pourtant devant elle l’essence même de la police groenlandaise, police réduite à sa plus simple expression : une pincée d’enquêteurs, un médecin légiste pour toute l’île, un technicien dévoué à sa tâche. Il faut dire que les crimes sont rares, que les prévenus passent certes la nuit en prison, mais sont libérés au matin : le groenlandais ne supporte pas l’emprisonnement. Homme de parole, il mène une vie normale le jour, et rentre docilement le soir à la prison – sauf si bien sûr, au matin, il a été relâché définitivement, si aucune charge n’a été retenue contre lui, si, si, si…. Oui, cela fait beaucoup de si, et Qaanaaq ne va pas tarder à découvrir ce qui cause aussi cette mansuétude de la part d’un certain policier.
Comment enquêter quand on se rend compte que pas grand’monde, pas même dans votre propre camp, ne veut réellement vous aider ? En demandant conseil à sa maman ! Oui, je sais, je suis un peu lourde, mais Qaanaaq n’hésite pas à appeler sa mère, Flora, qui garde également ses deux enfants, Else et Jens (elle lui reproche de les appeler « les jumeaux » et non par leur prénom respectif), à lui donner tous les détails de l’enquête et à écouter ses conseils. Famille, je vous aime. Il n’est pas le seul dans ce récit.
En revanche, le Groenland souhaiterait bien obtenir son indépendance. Ce n’est pas la première fois qu’il le souhaite, mais là, cela commence à prendre sérieusement forme, et l’indépendance passe aussi par une autonomie financière – le pétrole ! Ce fameux pétrole que se disputent plusieurs compagnies, ce pétrole, que certains voudraient ne voir surtout pas exploité, ce pétrole qui a sans doute causé ces morts. Qaanaaq sera confronté au passé du lieu, à son passé aussi – ou comment se retrouver face à soi-même et aux siens : « On ne choisit pas sa famille. Mais, quand on est flic, on ne choisit pas non plus ses coupables. »
J’ai ressenti de la tristesse, pour Qaanaaq, bien sûr, mais aussi pour ceux qui n’ont pas su protéger les leurs, ou pire, les ont sacrifiés. Croire en une cause, oui, tuer, massacrer, se venger pour ses idées… ai-je vraiment besoin de continuer ma phrase ?

J’ai apprécié ce titre malgré tout, au point d’avoir commandé le tome 2.

Plus puissants que les dieux d’Hugo Buan

Présentation de l’éditeur :

Un mystérieux sarcophage est découvert au barrage de la Rance, Lucien Workan et ses coéquipiers vont enquêter sur cette étrange découverte… Alors que Workan et son équipe se torturent les méninges dans un stage de psychocriminologie censé les aider à mieux appréhender le profil comportemental des criminels, le divisionnaire Prigent leur confie une enquête pour le moins singulière.
Des plongeurs ont découvert un étrange sarcophage au pied du barrage de la Rance. Depuis quand ce mystérieux cercueil est-il envasé là ? Que recèle-t-il ? C’est avec stupeur que les flics y découvrent un répugnant cadavre momifié au sourire narquois. Un sourire jaune. Mais Workan, comme on le sait, n’aime pas qu’on se moque de lui…

Mon avis :

Il est des personnes qui aiment jeter de l’argent par les fenêtres. Si, si, je vous assure. Qui, me direz-vous ? Ceux qui ont financé le stage de psychocriminologie à l’usage du groupe Workan. Les trois sessions précédentes, avec trois autres groupes (forcément) se sont bien passées, bizarrement, avec Workan et les siens, cela coince largement. Heureusement, ils sont sauvés de cette formation inutile – et le formateur, peut-être, d’une agression certaine – par la découverte d’un sarcophage, au barrage de la Rance, qui relit Dinard à Saint-Malo (entre autres). Si le sarcophage avait été vide, nous aurions sans doute eu une enquête quand même, mais sur la tragique disparition d’un formateur.

Entre deux discussions/disputes avec la lieutenant Mahir, Workan a bien l’intention d’enquêter. Quelqu’un ose évoquer la prescription, ou le fait qu’au cours de l’enquête, il aurait un peu marché sur les plates-bandes de ses confrères malouins. L’évocation passe bizarrement excessivement rapidement. Un homme a été assassiné, et il n’est pas question de le laisser sans nom (une première étape), encore moins sans savoir comment il est arrivé dans ce coffrage qui ne lui était pas destiné.

Le barrage de la Rance ? C’est l’histoire de sa construction et aussi de ses opposants qui nous est contée. Dès le début, par la voix d’un des ingénieurs qui a travaillé à sa création, nous savons que l’enquête y reviendra sans arrêt, le plus souvent d’ailleurs au sens propre du terme. Nous savons aussi que cet octogénaire qui nous raconte son passé adore s’écouter parler. Oui, l’âge aidant, il est des personnes qui ont une folle envie de transmettre leurs souvenirs. Et des personnes qui se souviennent, ou pas, Workan en recherche – et en trouve.

Il faut aussi constater que les décès furent nombreux, lors de la construction, sans compter ceux dont on est « pas tout à faire sûr » de ce qu’ils sont devenus. Passons également les légendes – nombreuses – et la sensation d’une malédiction qui planerait après la découverte de ce sarcophage. Le mort se vengerait-il ? Pas besoin. Les vivants font très bien les choses eux-mêmes, et le nombre de morts s’accroit dangereusement au fil des jours. Il est heureusement des personnes qui, parfois, font preuve d’un peu de bon sens, à défaut de ne rien avoir à se reprocher. C’est fou aussi comme certains sont capables de se justifier d’actes injustifiables : ils ont eu beaucoup de temps pour cela aussi.

 

 

La lionne rouge de Marion Cabrol