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Sur des Breizh ardentes par Stanislas Petrosky

Mathilde a disparu par Leno Solveig

Présentation de l’éditeur :

Où est passée Mathilde ?
Sa voiture est retrouvée sur le parking de l’entreprise.
Sa voisine, ses collègues de bureau, ses parents, son ex-compagnon, son amoureux transi, d’autres personnes encore l’ont croisée le jour de sa disparition, mais finalement, qui la connaissait vraiment ? Au fil des témoignages, le policier chargé de l’enquête découvre une jeune femme aux prises avec de redoutables dangers. Parviendra-t-il à la sauver ?
La course contre la montre est lancée…

Mon avis :

Merci à Netgalley et à Librinova pour ce partenariat.
Pour faire court, je ne sais pas à quoi je m’attendais en lisant ce livre. Je me disais seulement : mais qu’est-il donc advenu de Mathilde ?
Déjà, je me suis dit qu’elle avait de la chance, la Mathilde. Une enquête est ouverte pour sa disparition, alors qu’il est très rare qu’on en ouvre une si vite pour une adulte majeure, vaccinée, célibataire et sans enfants. Le récit de l’enquêteur, narrateur à la troisième personne mais focalisation interne, est entrecoupé par des témoignages qui nous montrent des visions de Mathilde, qui a dû se construire, et parcourir la vie en ne trouvant pas chez les autres ce qu’elle en attendait. J’ose dire qu’elle a quitté le regard peu bienveillant de son père pour celui de Théo, qui tient plus du pervers narcissique que de l’amoureux. C’est peut-être aussi pour cela que j’ai peu apprécié l’enquêteur, qui ne parvient pas tant que cela à garder sa neutralité – même s’il ne le montre pas. Je crois que j’en ai assez que l’on colle l’étiquette « amour » sur des actes qui ne manifestent en rien de l’amour.
En refermant le livre, dérangeant, déroutant, je me suis dit que oui, Mathilde avait bel et bien disparu. Ne pas avoir aimé une intrigue, des personnages, ne m’empêche pas d’avoir trouvé ce livre bien écrit, son intrigue bien construite, dénouement y compris.

Les chiens de Pasvik d’Olivier Truc

Présentation de l’éditeur :

Ruoššabáhkat, « chaleur russe », c’est comme ça qu’on appelait ce vent-là. Ruoššabáhkat, c’est un peu l’histoire de la vie de Piera, éleveur de rennes sami dans la vallée de Pasvik, sur les rives de l’océan Arctique. Mystérieuse langue de terre qui s’écoule le long de la rivière frontière, entre Norvège et Russie. Deux mondes s’y sont affrontés dans la guerre, maintenant ils s’observent, s’épient. La frontière ? Une invention d’humains. Des rennes norvégiens passent côté russe. C’est l’incident diplomatique. Police des rennes, gardes-frontières du FSB, le grand jeu. Qui dérape. Alors surgissent les chiens de Pasvik. Mafieux russes, petits trafiquants, douaniers suspects, éleveurs sami nostalgiques, politiciens sans scrupules, adolescentes insupportables et chiens perdus se croisent dans cette quatrième enquête de la police des rennes. Elle marque les retrouvailles – mouvementées – de Klemet et Nina aux confins de la Laponie, là où l’odeur des pâturages perdus donne le vertige.

Merci aux éditions Métailié et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

J’ai lu toutes les enquêtes de la police des rennes avant celle-ci, qui est la quatrième en date. Bizarrement, j’avais un peu d’appréhension à retrouver leur univers touffu et dense. Je dois dire que… j’avais un peu raison. Dans cette nouvelle enquête, Nina et Klemet ne sont plus partenaires, Nina officie ailleurs. Leur lien ? Todd, le père de Nina, réapprend à vivre, à être dans le monde des vivants, auprès de la dévouée Berit, amie d’enfance de Klemet – comme si lui seul restait de ce qui s’était tissé entre eux au fil de leurs enquêtes successives.

Oui, je me suis perdue dans ce livre. Les personnages étaient très nombreux. « Trop » seraient injustes, mais j’ai eu beaucoup de mal avec l’ensemble des personnages russes, le seul dont l’identité est facile à retenir est Gagarine. Un chien. Le chien de la discorde. Il s’est sauvé de chez lui, lui, le seul lien entre un père et sa fille, fille qui somme son père de tout faire pour le retrouver. Les chiens errants ont en effet la réputation – justifiée – d’attaquer les rennes, de les tuer, et de les laisser là, sans les manger, au contraire des autres animaux qui errent sur les territoires russes ou norvégiens. Oui, les rennes n’ont que faire des frontières, et ce sont justement les rennes de Piera Kyrö qui se sont échappés hors de Norvège. La scène dans laquelle Klemet et les autres tentent de les ramener, poursuivis par la menace latente des chiens que l’on entend, que l’on pressent, est une des scènes les plus magistrales du roman.

Il n’est pas question que d’animaux dans cette enquête – forcément. Il est question des liens entre la Russie (ex-URSS) et la Norvège, du peuple sami, dont les territoires n’ont jamais correspondu avec les frontières, de la corruption, qui permet à certains de prospérer et d’en tenir d’autres sous leur coupe – piéger est tellement simple. Il est question des morts, des disparus, ceux que l’on ne veut pas – et à raison – oublier, ceux dont on veut savoir ce qu’ils sont devenus, ceux à qui l’on veut rendre leur honneur.

Faire la paix avec son passé et faire la paix avec le passé de son peuple. Klemet essaie toujours, en des démarches qui ne sont pas toujours comprises de ses proches. Il n’est pas le seul à avoir à faire avec son passé, Piera Kyrö tente lui aussi de faire la lumière sur ce qui peut l’être, de retrouver ce qui a été perdu et ce qu’il découvrira ne laissera pas de le surprendre. Et s’il est séparé de sa femme, celle-ci n’est pas en reste en ce qui concerne l’acharnement, la ténacité – ne pas savoir est pire que tout.

Les chiens de Pasvik – un roman que les fans auront déjà lu à la publication de ma chronique.

Les enquêtes du commissaire Benoit, tome 2 : l’inconnu de la rue Tourlaque de Jean et Robert Grimey

édition Oxymoron – 74 pages.

Présentation de l’éditeur :

L’inspecteur Roumey a été assassiné !…
Chargé d’une enquête sur une série de vols de bijoux, il a été tué alors qu’il rendait visite à un témoin.
Non loin de la scène de crime, une carte signée « Le Mondain » est retrouvée.
Le commissaire BENOIT, qui a déjà eu à affronter cet étrange chef d’une organisation de malfaiteurs, est chargé de l’affaire…

Mon avis :

J’ai apprécié la lecture du premier tome de cet enquêteur. Il n’est pas rare, dans ce cas, que je lise un autre tome de ses enquêtes. C’est aujourd’hui chose faite avec le tome 2 (sur 14).
L’adversaire du commissaire Benoit et de ses hommes, nous l’avons déjà rencontré, ou plutôt nous avons déjà connu son identité dans le premier tome. Ici, nous en découvrirons un peu plus sur lui, et nous aurons la confirmation que ce n’est pas un adversaire facile à attraper/coffrer/mettre hors d’état de nuire, même s’il est plus facile de mettre « au frais » un ou plusieurs membres de sa bande. Ce n’est pas tant que le Mondain est partout, c’est qu’il est très souvent sur la route du commissaire.
L’intrigue commence sur une information-choc : la mort d’un policier. L’inspecteur Roumey a été tué au cours de son enquête, et s’il a été tué, c’est bien parce qu’il avait trouvé une piste sérieuse. Hors de question de laisser sa mort impunie, hors de question de laisser la piste inexplorée, et c’est sur les chapeaux de roue que le récit commence.
Il mènera le lecteur loin, très loin, jusqu’aux Etats-Unis. Il entraînera aussi quelques soucis de santé. Oui, être le secrétaire du commissaire Benoit n’empêche pas se souffrir du mal de mer, cela se saurait. De même, écrire un roman policier n’empêche pas un peu d’humour dans le cours du récit.
L’intrigue va vite, et ne s’embarrasse pas de digressions ou de descriptions inutiles. Le récit est très plaisant à lire, plus plaisant que de suivre une série télévisée française contemporaine – je préfère les feuilletons papiers aux feuilletons télé, la qualité est meilleure.
Le coup de théâtre finale me fait dire que je ne serai pas sans lire le tome 3.

Lettres mortes de Cécile Calland

Présentation de l’éditeur :
Un fleuron de la biotechnologie toulousaine, sur le point de commercialiser du sang artificiel, perd deux membres de son comité de direction, abattus en pleine rue. Le capitaine Firdmann, policier efficace mais peu diplomate est chargé de l’affaire. On lui impose une jeune lieutenant assez curieuse. L’antipathie entre les deux officiers est aussi soudaine que réciproque. Gravitent autour de cet improbable binôme une mystérieuse motarde, quelques chercheurs, et un journaliste italien très – trop ? – bien informé. Alors que l’enquête piétine, un message codé semble annoncer une troisième exécution…
Merci aux éditions Lajouanie et à Babelio pour ce partenariat.
Mon avis :
Ecrire un roman sur des sujets navrants, désolants, déprimants, et réussir le tour de force de donner un ton humoristique au récit est un tour de force trop rare dans la littérature française, qui, trop souvent, se prend (trop) au sérieux. Il est des moments pour être grave, il en est d’autres où l’humour est bienvenu : « Voyez-vous, Firdmann, il y a deux choses qui m’horripilent dans la vie : voir le Stade toulousain se prendre une branlée et être pris pour un imbécile. »
L’auteur de ces propos sont d’un fan de rubgy, mais surtout du supérieur hiérarchique du capitaine Stefan Firdmann, qui aimerait bien, lui, qu’il prenne l’enquête un peu plus au sérieux et la résolve très vite, tout en prenant soin de sa lieutenant stagiaire (nièce du maire, fait très important, pour la police et pour l’enquête).
Mais revenons à l’enquête. Deux membres du comité de direction d’une entreprise de biotechnologie ont été assassinés, froidement. Une seule balle a suffi. il est des tueurs qui font du bon boulot (un peu d’humour noir ne fait de mal à personne. D’ailleurs, personne ne les appréciait réellement de leur vivant, ils étaient des « tueurs », chacun dans leur domaine de référence, domaine dans lequel les acronymes et surtout les anglicismes fleurissent, histoire de rendre encore un peu plus opaque ce qui se passe dans cette entreprise dont la santé financière est au beau fixe. Enfin, à condition que quelqu’un ait désormais envie de travailler pour elle : personne n’a envie de se faire trucider pour un poste !
Leur dernier projet ? La création et la commercialisation d’un sang artificiel, qui leur permettre d’assurer un progrès certain en médecine et de s’en mettre le plus possible dans les poches. Il est des chercheurs qui travaillent encore pour découvrir et faire faire des progrès à la médecine. Il est des commerçants qui regardent profit et stratégie managériale. Et il y a un binôme d’enquêteurs qui tâchent de découvrir le coupable (un peu plus d’une centaine de suspects si l’on prend tous les salariés de l’entrepris, beaucoup plus si l’on prend ceux qui ont été remerciés) et d’empêcher si possible un nouveau crime.
Sur leur route, Firdmann, le policier qui se préoccupe le moins de son apparence physique (voir l’état de ses chaussures) et qui ne cherche à plaire à personne, pas même à son chef ou au maire, croisera une jeune femme à moto, une jeune italienne, qui est venue en France pour mettre fin à des années de rancoeur, de silence. J’en connais, dans la « vraie vie », des jeunes filles devenues des femmes qui ont réagi comme elle, et qui ont « tenu » aussi longtemps qu’elle, voire plus. Bien malgré elle, elle se retrouve mêlée à l’enquête et emmènera Firdmann loin de son « port d’attache » – mais toujours dans le cadre de l’enquête.
Je ne l’ai pas précisé, mais Selena est journaliste, et Firdmann n’aime guère les journalistes – elle est chroniqueuse littéraire, donc pas à la recherche d’un scoop. Ce n’est pas le cas d’Angelo, l’hidalgo (et tant pis si le terme est espagnol) qui souhaite la reconquérir. Le scoop, c’est la vie, c’est sa vie, et Firdmann n’aime pas du tout cela.
Firdmann m’a fait penser à d’autres policiers célèbres qui n’aiment guère avoir des stagiaires. Obnubilé par l’enquête, un peu parano sur les bords, misogyne aussi parfois, il est cependant suffisamment lucide pour se rendre compte de ses propres défauts – il lui faut simplement un peu de temps.
J’ai apprécié la lecture de ce livre, le deuxième roman de l’autrice. J’espère sincèrement qu’elle en publiera d’autres.

Rouge de Koz

Présentation de l’éditeur :

Tandis qu’une canicule sans précédent s’est abattue sur la France, les départs de feu se multiplient dans la garrigue aux alentours de Marseille, provoquant de véritables scènes de panique. L’intention criminelle ne fait aucun doute. La cellule Vulcain, qui enquête sur les causes d’incendies suspects, est mise à contribution pour identifier et arrêter les responsables de cette catastrophe. Une mission dont le capitaine Hugo Kezer, en charge de la cellule Nouvelles Menaces, va rapidement prendre le commandement. En effet, celui-ci se trouve justement dans la région pour rendre visite à sa fille, Mila, qui s’est portée volontaire au sein d’une association pour secourir la faune mise en danger par les feux de forêt. Impossible alors, pour lui, de ne pas se lancer à corps perdu dans cette affaire. Pourtant, sans tarder, ses investigations sur les « mégafeux » en cours vont compromettre son propre enfant…

Merci aux éditions Fleuve noir et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Rouge est la suite de Noir, titre sobre, efficace, titre qui dissimule la folie qui peut s’emparer des hommes.

Le roman s’ouvre sur une scène choc, la mort par le feu d’une brigade de pompiers qui n’a rien pu faire. Non, ils n’étaient pas incompétents, non, ils ne manquaient pas de moyens, et non, ce n’était pas la faute à pas de chance, et autres risques du métier. L’incendie était criminel – mais comment un incendie d’une telle ampleur, avec plusieurs départs de feu a-t-il pu avoir lieu ?

Les gouvernants pensent avoir tiré les leçons des émeutes de Noir : ils ont crée une cellule Nouvelles Menaces dont la direction a été confiée à Hugo Kezer, ce qui n’a pas été sans faire grincer les dents de quelques-uns, notamment à Anne Gilardini, cheffe du groupe 3 de répression du banditisme, rivale depuis cinq ans d’Hugo Kezer. Ajoutons que certains voient cette nouvelle unité comme un gadget, un de plus, destiné à rassurer, à prouver que les choses sont bien prises en main, et que ce qui s’est passé ne pourra plus jamais se passer.

Hugo Kezer prend l’enquête en main – et pourtant, il était censé être en vacances, lui qui voulait renouer les liens avec sa fille Mila, pas vraiment remise de tout ce qui s’est passé depuis cinq ans. Elle fait partie d’une association écologiste, Feu sacré, une association pleine de bonnes intentions, puisqu’il s’agit de préserver les animaux victimes des incendies, une association qui a été fondée par Charles de Blagnac en mémoire de son fils Cédric décédé dans un incendie. Il n’est pas le premier à consacrer une oeuvre à la mémoire de son enfant. Qui oserait mettre en doute sa bonne foi, la bonne foi de tous ses jeunes gens (oui, la plupart du temps, ce sont des jeunes gens) qui ont adhéré à son association ? Peu de personnes, si ce n’est Hugo Kezer qui se rend bien compte qu’il tient une piste à creuse.

Le temps presse. Comme dans la première enquête, tout est question d’urgence, parce que les circonstances météorologiques seront bientôt favorables pour déclencher à nouveau des incendies qui seront difficiles à arrêter – oui, il est des jours plus propices que d’autres, des conjonctures, entre chaleur et sécheresse, plus favorables pour créer des catastrophes naturelles. Si la nature n’en a cure, l’homme peut en tirer profit. Mais quel profit ? Les motivations des coupables (je ne m’embarrasse pas de la présomption d’innocence) peuvent séduire. Si. Il existera toujours des personnes pour prôner des solutions extrêmes, et prétendre sauver la nature, les animaux, les hommes (barrez les mentions inutiles) en provoquant des catastrophes. « Une vie ne vaut rien, mais rien ne vaut une vie ». Et si Hugo et Anne sont rivaux, ils sont tous les deux des enquêteurs sérieux, bien conscients que le pire est toujours à redouter – et qu’il faut profiter du répit offert par la vie.

Noir de Koz

Présentation de l’éditeur :

Au moment où les dix-huit transformateurs alimentant Paris et sa banlieue en électricité explosent simultanément, le noir tombe sur la capitale et ses environs. La nuit est totale, le danger inédit. En quelques heures à peine, les rues sombrent dans le chaos. Les scènes de pillages et de violence se multiplient. La tension monte. Immédiatement, Hugo Kezer, chef de groupe à la brigade criminelle, prend le commandement de la cellule de crise mise en place pour répondre à l’urgence de la situation. Il doit avant tout comprendre qui se cache derrière cet acte criminel, cette organisation aussi élaborée. Et les raisons pour lesquelles ce black-out a été si minutieusement orchestré. Une course contre la montre s’engage alors pour Kezer, d’autant plus éprouvante que les menaces sont nombreuses et pourraient bien mettre en danger celles et ceux qu’il aime…

Merci aux éditions Fleuve noir pour ce partenariat.

Mon avis :

J’aime commencer, parfois, par des versions courtes : j’ai aimé lire ce livre, j’ai apprécié le temps de lecture passé en sa compagnie, et je n’ai pas compté combien de temps j’avais mis à le lire, ce qui est important à remarquer. J’ai eu la chance d’enchainer avec le second tome, Rouge, dont je vous parlerai prochainement.

Noir, c’est d’abord l’histoire d’un black-out, d’une nuit où rien, absolument rien ne se passe comme prévu, où rien de ce qui se passe n’était prévisible. Puis, en écrivant ceci, je me dis que je fais fausse route, et qu’au contraire, ce qui nous est raconté est prévisible, pour ne pas dire quasiment possible.

Quand l’histoire a-t-elle commencé ? Pas ce soir-là, non, elle a commencé bien plus tôt, elle a commencé cinq ans plus tôt pour Hugo Kezer, chef de groupe à la brigade criminelle. Elle a commencé aussi bien plus tôt pour ceux qui ont crée ce chaos qui mettront à mal … Non, pas l’économie française, même si c’est elle que les politiciens veulent à tout prix préserver. Elle met à mal la société français, parce qu’il est des personnes qui ne mesurent pas la portée de leurs actes, parce qu’ils en est d’autres qui les mesurent très bien, et parce qu’il en est d’autres qui se moquent éperdument des conséquences de ce qu’ils auront provoqué.

Hugo et ses hommes vont donc tenter de résoudre ce chaos – et quand on sait à quel point l’on peut être habitué à tout résoudre grâce à tous les appareils électriques qui sont à notre disposition, on se dit que, isolé, chacun de leur côté, réussir à communiquer pleinement entre eux sera déjà compliqué. Oui, l’on ne pense pas à prévoir des « solutions de secours » – parce que l’on croit que tout ira toujours très bien.

Certaines scènes sont particulièrement émouvantes, à la limite presque du pathos. Il suffirait de presque rien pour que la frontière soit franchie. Pas de point de vue omniscient dans ce récit, mais une juxtaposition de point de vue interne, qui nous font connaitre le ressenti de certains d’entre eux, qui me font dire aussi que certains feraient mieux de se taire plutôt que de porter des jugements hâtifs.

Tout est bien qui finit bien ? Non, pas vraiment. Ce roman nous rappelle à quel point tout est loin d’être parfait, d’être aussi parfait que certains le pensent dans notre belle société civilisée.

Thrillers polars 02

Les oubliés de Malik Agagna

édition Lajouanie – 304 pages
Présentation de l’éditeur :
En enquêtant sur la disparition d’un rocker sur le retour, un ancien flic, viré du S R P J de Strasbourg pour une bavure monumentale, découvre que de nombreux marginaux disparaissent sans laisser de traces…
Pister l’ancien chanteur va l’amener à croiser une cohorte de personnages pour le moins saisissante  : fonctionnaires véreux, migrants apeurés, adolescents déboussolés, musiciens de seconde zone, criminels en mal de rédemption…
Circonstance de lecture : nous sommes, quand j’écris cet avis, le 24 février 2021. Je l’ai programmé pour le 27 mars sans me douter de tout ce qui se passerait entre temps. Dire que je suis en manque de salon du livre, de rencontre d’auteurs est une évidence. Cela ne m’empêche pas d’acheter des livres (je suis une acheteuse compulsive). Je lis aussi les livres achetés lors des différents salons de l’année 2019, me souvenant ainsi de belles rencontres.
Mon avis :
Serge aurait dû faire une belle carrière de policier. Seulement, une bavure magistrale en début de carrière en a décidé autrement. Serge, cependant, vit assez bien : ses missions de soudeur intérimaire lui permettent de vivre, il est en couple avec Maryse, coiffeuse de son état, et est un beau-père acceptable pour Jenny, dix-huit ans. Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est que Jenny lui demanderait un service sous prétexte qu’il est un ancien policier – depuis le temps, il y a quasiment prescription : retrouver le père de son petit copain, mystérieusement disparu. Seulement, voilà : les policiers n’ont pas vraiment le temps de se préoccuper de la disparition d’un quinquagénaire, rocker de son état (si c’est possible) qui parvient à vivre de ses chansons, de ses concerts, même si ceux-ci se rapprochent davantage du bal populaire que de Bercy. De là à dire que Jimmy (son nom de scène) est parti en goguette avec une fan, a décidé de changer de vie, il n’y a qu’un pas que les policiers ont franchi – il est tant d’adultes qui disparaissent.
Enquêter n’est pas si facile. Les membres du groupe ? Ils sont tellement rangés que j’ai envie de les qualifier de retraités du rock. La famille ? Sa femme alterne période de normalité et période de coaltar médicamenteux, fourni par la médecine. Son fils s’inquiète – un peu – tout en cultivant son étrangeté. Les amis d’enfance ? Ils sont bizarrement tournés, et, dans le cas de Boris, sont presque sympathiques. A leur contact, Serge se surprend à réutiliser les techniques d’interrogatoire enseignées dans sa jeunesse. La police, c’est comme le vélo, cela ne s’oublie pas. Pour Serge, c’est aussi l’occasion de renouer plus finement avec ses amis de l’époque, de voir pour eux deux le chemin parcouru – une belle carrière, une famille, un chien aussi – et, entre deux détours, une découverte. Puis plusieurs.
William alias Jimmy n’est pas le seul à avoir disparu : plusieurs SDF ont disparu des radars également. Leur disparition a beau être signalée, on ne peut pas dire qu’ils soient véritablement retrouvés. Qui se préoccupent d’eux ? Qui les voient ? Qui se souvient encore de leur identité ? Serge lui-même se rend compte très vite des préjugés bien établis : un SDF, des sdf, pas « Boris et Dimitri » : ils sont ressentis comme un groupe, un ensemble, dont chaque membre serait parfaitement identique, inidentifiable, comme si la rue, la violence, ce qu’ils avaient vécu les rendaient tous semblables. Je note aussi qu’il est effrayant de voir le temps qu’il faut pour s’en sortir, pour se réhabituer à une vie en dehors de la rue : au moins une année, à condition d’être aidé, accompagné. Le travail est énorme, sans fin, pour cette population vulnérable – j’ai failli écrire « plus vulnérable qu’on ne le dit », mais qui parle d’eux dans les médias ? Quasiment personne.
Il est des personnes qui les aident – c’est un peu comme écoper une fuite d’eau avec une cuillère à café. Il en est d’autres qui profitent d’eux, même si cela semble impensable – dès le moment où l’autre n’est plus vu comme un être humain mais comme une charge, un fardeau pour la société, alors le pire est à craindre.
Roman policier mais pas que, pour reprendre la devise de la maison d’édition, Les oubliés jouent avec les codes du roman policier, pour mieux dresser un état des lieux de notre société, dans laquelle tout va bien – jusqu’à ce que ce qu’elle pensait cacher ne puisse plus l’être.

Mary Lester, tomes 30 et 31 : Te souviens-tu de Souliko’o ? de Jean Failler

Présentation du tome 1 (250 pages) :

Instamment priée par son patron, le commissaire Fabien, de prendre un mois de convalescence, Mary Lester choisit d’aller se reposer chez l’une de ses amies, Monette Charron, infirmière à Trébeurnou, petit village de la côte sauvage en Finistère Nord. À peine arrivée, elle se fait agresser par un type étrange qui conduit un énorme tracteur.

Mon avis :

Mary Lester est priée de prendre des vacances. Pardon : officiellement, elle est en convalescence, à la suite de sa blessure reçue lors de sa précédente enquête, bien qu’elle ait été moins grièvement blessée que Fortin qui lui a repris le travail (vous avez dit misogynie ? A peine). Où partir en vacances ? Non, pas aux Baléares, non, pas au Brésil, en Bretagne, dans un petit village du Finistère Nord. Là, elle y retrouve une amie d’adolescence. Monette n’est plus infirmière à l’hôpital, mais infirmière à domicile, très soucieuse de ses patients, mais aussi très stressée : le petit village où elle vit a bien changé depuis quelques années. Qui a dit que les petits villages étaient tranquilles ? Il est des personnes qui savent justement à quel point on peut y être tranquille, faire ses petites affaires, et pousser gentiment ceux qui dérangent vers la sortie. Ce serait très mal connaître Mary Lester que de croire qu’elle profitera de sa convalescence pour rester tranquillement les bras croisés. Non : elle agit, et le contrecoup est féroce. Certes, elle a l’habitude, mais qu’on veuille à ce point l’empêcher de défendre ceux qui sont dans leur bon droit, ceux qui sont persécutés, c’est un peu fort de café. Heureusement, Mary est précautionneuse, elle connaît son droit, elle connaît le droit, et elle sait aussi à qui elle peut se fier (on a toujours besoin d’un petit génie de l’informatique avec soi).

Présentation du tome 2 :

Ayant appris que Vanco, l’agriculteur irascible, avait séjourné en Australie, Mary s’envole pour ce continent où elle espère trouver quelques réponses aux questions que pose son comportement agressif. Pourquoi Vanco a-t-il abandonné un magnifique domaine australien de trente mille hectares pour une misérable ferme cent fois plus petite en Finistère Nord ? Elle a la chance d’être accueillie à bras ouverts par la famille résidant sur le domaine autrefois exploité par Vanco. Et là, les choses commencent à s’éclairer. Elle a même la possibilité, grâce à un ancien policier de brousse, d’enquêter jusque dans la tribu aborigène des Musgrave qui, depuis la nuit des temps, occupe le territoire des Trois Rivières, l’endroit où se trouvait le ranch de Vanco. Celui-ci a laissé derrière lui un souvenir déplorable et personne ne semble le regretter.

Mon avis :

Dans ce second tome, Mary Lester a bien été obligée de prendre le large, oui, de prendre de vrais vacances. Officiellement, elle fait du bateau – il est difficile d’être joint en pleine mer, non ? Puis, qui a dit qu’il fallait être constamment joignable pendant ses vacances ? Ah, les joies du portable n’en sont pas vraiment quand le petit appareil est un fil à la patte indémontable. Pour une fois, Mary est réellement partie au loin, en Australie pour être précise, sur les traces de Vanco, ce néerlandais naturalisé français depuis peu qui entend bien continuer à régenter la commune où il a élu domicile quinze ans plus tôt.

Mary se retrouve alors au coeur de la brousse, et si elle apprend tout ce qu’elle désire apprendre sur Vanco, elle découvre aussi l’art de vivre en Australie, la culture aborigène, ces Aborigènes, justement, qui vivent sur les terres de l’ancien ranch de Vanco, Aborigènes qu’il aurait bien voulu…. Soumettre ? Je n’ai pas d’autres mots à proposer. Que les Aborigènes n’aillent pas se plaindre à la police est une chose, qu’ils ne disposent pas de leur propre méthode pour rendre la justice en ait une autre – Vanco aurait dû lire les romans d’Arthur Upfield, cela aurait pu lui être bien utile.

Le retour en France est assez mouvementé. Déjà, il y a le regret d’avoir quitté des personnes si agréables et si hospitalières. Ensuite, il se trouve qu’en France, on a cherché à joindre Mary – qui est en convalescence, rappelons-le – et qu’elle n’a été trouvée ni dans la venelle où elle habite, ni à la Trinité, où elle affirmait être partie (note : il est vraiment des personnes qui s’acharnent contre elle, ou je ne m’y connais pas). La situation ne s’est pas vraiment arrangée non plus à Trebeurnou, entre conseil municipal agité (certains oublient même comment un conseil municipal doit se dérouler) et trafic en tout genre presque discret. Mary et les gendarmes du lieu n’ont pas l’intention de rester les bras croisés : les choses vont bouger. Comme Mary, pas plus que le commissaire divisionnaire Fabien ou Fortin n’en ont quoi que ce soit à faire de leur carrière, ceux qui s’en prennent à eux et oublient la loi feraient bien d’être un peu plus respectueux… de la justice.

Leur dernier été de Nicolas Barrois

Présentation de l’éditeur :

Strasbourg serait une cité paisible si Mickaël Solmeyer n’y résidait pas. Ce jeune homme, désabusé et raté, voue à la planète entière et à ses confrères de la tour Hartmayer Industries en particulier, une hostilité sans frein. La découverte de deux corps dans l’Ill va permettre au commandant Xabi Etchegoyen et à la journaliste Élise Cervantès de faire une découverte des plus surprenantes : une tueuse à gages a été assassinée. Celle-ci, sur les traces d’un inspecteur des finances publiques, s’était précisément rendue quelques jours auparavant chez le président de la compagnie Hartmayer Industries. Une coïncidence troublante qui n’échappe à nos deux enquêteurs.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier l’auteur Nicolas Barrois grâce à qui j’ai pu découvrir ce livre. Merci pour sa patience aussi – je suis toujours très longue à chroniquer un SP. Je vais donc le chroniquer en faisant ce que je sais faire le mieux : du Sharon (avec Chanel sur les genoux).
Il est des personnes qui n’ont vraiment pas de chance. Prenez cette charmante jeune femme qui exerce le beau métier de tueuse à gage – je suis toujours curieuse de savoir quelle formation diplômante elle a suivi pour exercer ce si beau et si rare métier. Quelque chose me dit tout de même que sa formation contenait des lacunes : elle a en effet été elle-même assassinée. Ajoutons qu’une femme d’un certain âge, totalement inconnue des services de police (il est tant de personnes pour qui l’on utilise la formule inverse que je ne résiste pas à l’envie d’utiliser celle-ci), a été retrouvée morte, assassinée, au même endroit. Les deux affaires auraient-elles un lien ? C’est ce que le commandant Xabi Etchegoyen doit découvrir – et bien sûr, découvrir l’identité du coupable.
Oui, Strasbourg pourrait être une ville calme – d’ailleurs, c’est une très belle ville. Ce n’est pas Denis, père de famille, et sa femme Isabelle qui diront le contraire – jusqu’à ce que leur vie bascule. Tout cela à cause d’une photo. Tout cela à cause d’une affaire jamais véritablement résolue qui nous renvoie à l’été 1987. Qu’est-ce que Denis peut bien cacher ? Qu’est-ce qui lui fait si peur ? Je n’irai pas jusqu’à dire que son jugement se trouve altéré par les erreurs commises dans le passé au point qu’il compromet son présent, son avenir, et celui des êtres qui lui sont chers mais… oui, finalement, c’est tout de même ce que j’ai écrit.
La peur, ce n’est pas le sentiment principal éprouva par Elise Cervantès au début de l’intrigue. Fille d’une mére qui l’a élevée seule, elle est mère d’un petit garçon qu’elle élève… seule. Journaliste, elle ne peut pas se permettre de refuser un sujet, et c’est ainsi que son travail l’amène à rencontrer Xabi Etchegoyen, oui, le commandant chargé de l’enquête sur la mort des deux femmes trouvées dans l’Ill. Avantage d’être journaliste : mener une enquête plus facilement. Inconvénient : plus nombreux qu’on ne le pense. Surtout quand l’enquête tourne autour de la compagnie Hartmayer Industries, une industrie fa-mi-liale dans laquelle le grand patron, après avoir quasiment renié un de ses fils, a hâte de voir le cadet, qu’il a si bien préparé, lui succéder. La famille, c’est très important, on ne le répètera jamais assez. Ironique, moi ? Presque pas.
Passé, présent, présent, passé…Les deux sont indissolublement liés, et si les réponses sont à trouver dans le passé, si le passé demande des réponses, l’accumulation de frustration, de rancœur, justifiées ou non, peuvent entraînée des conséquences désastreuses.
Leur dernier été ? Un livre que j’ai aimé découvrir.