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Nuits de pleine lune de Jacky Moreau

Présentation de l’éditeur :

Vague de meurtres à Abbeville. Sur les scènes des crimes, les inspecteurs Lucas Rosépine et Bertrand Millavène ne relèvent aucun indice. Ni empreinte, ni trace d’ADN. Le tueur fait preuve d’une méticulosité extrême. C’est un professionnel. Un élément commun à ces assassinats interpelle pourtant Millavène : la pleine lune. Pourquoi le tueur choisit-il cet instant précis pour accomplir ses forfaits ? L’inspecteur étudie la voie de la lycanthropie. Le profil d’un prédateur se dessine alors. Le policier le sent, la solution n’est pas loin. Mais attention : s’il ne reste pas sur ses gardes, Millavène risque de tomber dans la gueule du loup.

Mon avis :

Je n’aime pas commencé un avis par un constat simple : ce roman policier m’a laissé sur ma faim. Il faut prendre les romans comme ils sont, cependant, j’ai eu trop d’un côté, et pas assez de l’autre.
Trop : trop de sang, trop de meurtres, avec un mobile très tenu, pour ne pas dire très léger. Finalement, je n’ai pas eu l’impression de savoir pourquoi le tueur massacrait autant, se justifiant à ses propres yeux de ses actes. Le nombre de meurtres augmente peu à peu, allant crescendo dans la violence – et dans l’indifférence du tueur. Trop.
Et pas assez. Pas assez de pages consacrées aux sympathiques enquêteurs, avec lesquels j’aurai aimé partagé plus de temps, pas assez de causes pour ce qui est entrepris, pas assez de logique, dans les derniers meurtres, qui arrivent un peu comme des cheveux sur la soupe.
Trop encore, de contradiction, entre un tueur qui revendique le droit de s’amender pour les victimes en général, mais pas pour ses victimes en particulier.
Au final, je dirai que ce roman m’a laissée indifférente, et c’est peut-être le pire de ne rien ressentir, sauf pour les deux enquêteurs, que j’ai appréciés, même si l’un des deux manque de… « sens pratique ». J’ai surtout eu l’impression que nous ne partagions pas assez de temps avec les personnages pour nous attacher réellement à eux – je pense notamment au journaliste, et à son anonyme compagnon (pourquoi ne faire de lui qu’une silhouette, qu’une voix ?) qui méritaient à mes yeux une plus grande place, une moins grande indifférence. A croire que l’indifférence du tueur est le composant premier de l’intrigue. Peut-être que oui, après tout.

La chasse sauvage de Laetitia Bourgeois

Edition 10/18 – 312 pages

Présentation de l’éditeur :

Des cavaliers masqués sèment la tourmente au Val d’Amblavès, durant le mois de la Fête des morts. Barthélemy, le bayle du lieu, a-t-il affaire à des brigands ou pire encore ?
La fièvre gagne les villageois et les vieilles superstitions resurgissent du passé, laissant le champ libre à l’imagination. Qui sont vraiment ceux que l’on nomme désormais les Écorcheurs ? Car dans ce Moyen Age du XIVe siècle, une seule chose est capable de faire perdre la tête aux gens : la sorcellerie.

Préambule : avoir le tome 1 et le tome 4 à la bibliothèque. Logique.

Mon avis :

J’ai lu ce quatrième tome en étant immédiatement plongée dans le roman, dans ce moyen-âge du Val d’Amblavès. Barthélémy est toujours bayle, mais pas dans le Gévaudan dont il a dû partir dans le premier tome de ses enquêtes, et Ysabellis, sa femme, exerce toujours ses talents de guérisseuse. Dès le début du  livre, elle a accompagné une jeune femme lors de son accouchement, et veille sur les suites de ses couches, ainsi que sur son bébé : elle sait qu’il faut bien peu pour emporter une mère, son enfant, ou les deux en même temps.

Surtout, la scène initiale était saisissante. Non, ce ne sont pas des routiers, ce ne sont pas des soldats, c’est une bande de malfrats bientôt surnommés les écorcheurs qui met littéralement à sac une maison, frappant femme et fillette, massacrant quelques bêtes pour le plaisir. Quelques temps plus tôt, une bande avait été arrêtée, leur chef pendu, et il semble être rené de leurs cendres – en pire.

Oui, Barthélémy doit les retrouver, non seulement afin que leurs agissements cessent, mais aussi pour que tous les racontars, toutes les peurs autour de ces événements s’arrêtent. A cette époque où l’on vit avec la mort, les morts, où l’on cherche à savoir si les défunts sont apaisés, ou non, où la fête des morts est une véritable fête, les peurs sont grandes, la croyance en la sorcellerie aussi.

Puis un meurtre est commis – et peu importe pour moi que la victime trafiquait un peu, s’intéressait d’un peu trop près à la femme d’un autre (elle était consentante), ce qu’il a fait avant de mourir (tenter de porter secours à son mulet de tête, celui qu’il préférait) rend cet homme particulièrement touchant. Son apprenti, porté disparu, est tout aussi sensible, comme le montre le portrait qu’en dresse tous ceux qui l’ont connu. Autant dire que Barthélémy croit peu en ses chances de le retrouver vivant. Il peut cependant compter, encore et toujours, sur Ysabellis, qui peut plus facilement parler avec villageois, découvrir aussi des faits auxquels personne n’a fait attention : ce n’est pas d’aujourd’hui que certains sont laissés à l’écart, trop vieux, sans famille, trop différents, comme si avoir réussi à survivre était louche. Ysabellis ne dit pas que la sorcellerie n’existe pas, bien au contraire, elle dit qu’elle sait se faire discrète. Pas inquiétant du tout.

La chasse sauvage – un roman qui m’a totalement emportée dans son univers.

 

Survivre de Vincent Hauuy

Présentation de l’éditeur :

2035. La Terre est en sursis : les catastrophes climatiques se multiplient, les sociétés sont en ébullition et les réserves d’eau potable se raréfient. Le survivalisme prend de l’ampleur. Survivre devient à la fois un défi et une obsession. C’est aussi le thème et le nom du grand jeu télévisé que lance le milliardaire Alejandro Perez, magnat des intelligences artificielles.

Dans l’énorme complexe construit ad hoc dans l’Idaho, le lancement de Survivre s’annonce spectaculaire. Mais lorsqu’un agent de la DGSE infiltré dans l’organisation de Perez disparaît, son frère, l’ex-journaliste Florian Starck, se décide à intégrer l’émission.

Livre que je n’aurai pas lu sans le confinement.
Merci à Netgalley et aux éditions Hugo Thriller pour ce partenariat.

Mon avis :

Cela pourrait presque être demain, d’ailleurs c’est demain que l’action se passe : qu’est-ce que quinze ans au regard de l’humanité ? Voici quinze ans, nous nous disions que la canicule avait eu lieu deux ans plus tôt. Nous ne pensions pas être confinés quinze ans plus tard – et l’auteur n’aurait sans doute pas pensé que son livre sortirait dans une telle claustration.
Nous suivons Florian Starck, ou plutôt, nous découvrons le monde tel qu’il est en 2035 avec Florian. Il a été un journaliste particulièrement brillant. Il dénonçait, déjà, les risques que courait la Terre, il parcourait le monde pour le faire. Le drame est survenu : sa femme et sa fille sont mortes au cours de la première grande catastrophe naturelle de ce siècle. Il y en aurait d’autres après. Depuis leurs morts, Florian accomplit ce qui étaient leurs rêves : vivre de manière autonome, seul. Non loin, une communauté s’est installée. Alors non, ce n’est pas idyllique : les réfugiés climatiques sont nombreux, dérangent (comme les réfugiés actuels me direz-vous), les violences sont le quotidien, les tempêtes et autres tornades sont extrêmement fréquentes. Et c’est au milieu d’une situation tout sauf réjouissante – les pillards pillent et saccagent, quand ils ne tuent pas ceux qui leur résistent ou, plus simplement, tuent pour faire un exemple – que Florian est sollicité par sa soeur Claire : leur frère Pierrick, plus sauvage encore que Florian, a disparu. Aussi, Florian se doit d’accepter le poste de coach dans une émission de télé-réalité nommée tout simplement Survivre, et entraîner une candidate, Zoé, dont il ne comprend pas trop la présence dans ce type d’émission : elle ne correspond pas aux critères que l’on est habitué à avoir.
Nous sommes en terrain connu, puisque les gentils téléspectateurs actuels se délectent de ce type d’émission, tout en sachant fort bien que les non moins gentils participants ne risquent pas grand chose – avec tout le staff technique qui les entoure. On ne laissera pas mourir un candidat, qu’on se le dise ! Là, les enjeux sont moins limpides, surtout que c’est un magnat des intelligences artificielles qui est au commande. Que cache donc réellement ce programme ? Et qu’est devenu le frère de Florian ? Pierrick est un agent de la DGSE infiltré, homosexuel et fiancé à un autre journaliste – son homosexualité ne semble poser de problèmes à personne. Tout au long de ce récit, il sera caractérisé de manière indirecte, voire même en creux, parce que jusqu’à la fin, on aura des doutes sur ses véritables motivations, sur son caractère. D’ailleurs, on ne saura la finalité de ce qui était en jeu qu’à la fin – et ce n’est foncièrement pas optimiste. Peut-on l’être quand on voit que personne ne se bouge ? Qu’il est trop tard ou presque ?
On ne croise pas vraiment des personnes qui distillent l’espoir, plutôt des personnes qui vivent de leur mieux dans cette situation, sans excès de confort – comme cette charmante famille que Florian croisera dans l’Idaho, prenant bien soin de leur chien robot. Il en est d’autres qui ne sont pas prêts du tout à renoncer à leur relatif confort – tant qu’ils n’y sont pas forcés, pourquoi le feraient-ils ? Fermer les yeux, s’accommoder, y compris quand les conflits éclatent continuellement, de groupe en groupe ou de pays à pays, que l’on s’adapte – tant que l’on a, finalement, un certain confort.
L’adaptation, jusqu’à quand ? Difficile à dire. Certains ont déjà la réponse dans cette intrigue, et la gardent pour eux. Je le ferai aussi, bien entendu. L’épilogue laisse quelques questions ouvertes, à nous d’imaginer peut-être la suite.
Je ne pouvais terminer cet avis sans parler de Sandra, la fille défunte de Florian. Plus que son oncle, plus que d’autres personnages, elle est véritablement vivante, puisqu’elle parle avec son père, le conseillant, l’avertissant. Chaque lecteur est libre d’interprêter cette voix comme il l’entend, conscience de Florian, reflet de ses peurs, de ses remords, ou véritable intervention apportant une touche fantastique au récit. Je n’ai pas réussi à parler d’elle à travers ma critique, peut-être parce qu’elle est le personnage le plus prenant de ce récit.

Plumes et emplumés de Gérard Chevalier

édition du Palémon – 167 pages

Présentation de l’éditeur :

Je suis sur une grande poubelle dans la petite rue de la Providence. J’attends Gérard Chevalier… Ah, le voilà, avec sa dégaine de John Wayne anémié.
— Bonsoir Catia. Alors, pourquoi vouliez-vous me voir ? dit-il en posant sa tablette à côté de moi.
Je tape à une vitesse stupéfiante le plan phénoménal que j’ai imaginé pour me rendre plus célèbre encore. Enfin… NOUS, hélas… À la fin de sa lecture il reste figé.
— Mais… C’est insensé! bredouille-t-il. Pourquoi voulez-vous disparaître aussi ? Vous n’êtes que l’héroïne de mes romans ! Il n’y a que moi qui dois disparaître, si j’accepte votre combine fumeuse…

S’ensuivront des investigations et une pagaille médiatique hallucinante, de quoi atteindre une notoriété quasi-mondiale!

Mon avis :

Qu’on se le dise ! Catia est une plume, une autrice, une romancière de notoriété… et même plus encore. Seulement, là, elle se sent négligée, oubliée, mise de côté. Ne parlons même pas de la personne qui lui sert… et bien de plume, justement, et qui recueille toute la notoriété ou presque. Oui, le monde des lettres n’est pas près pour un chat auteur qui mène l’enquête. Aussi, Catia, qui manque de tout sauf d’idée, lance une opération de grande envergure pour retrouver toute l’attention qu’elle mérite.

Mégalo, Catia ? A peine. Et pourtant… quel grand écrivain ne rêverait pas d’attirer toute l’attention sur lui ? Quel enfant gâté ne voudrait pas que l’on ne fasse attention qu’à lui ? Oui, depuis la naissance de Rose, Catia n’est plus la personne la plus importante dans la vie d’Erwann ou de Catherine, et elle doit faire avec Rose, leur fille. Ce qu’elle a mis en scène aura des conséquences inattendues, dont une magistrale dispute entre Erwann et son beau-père – ne jamais se fâcher avec la police, ja-mais, même si c’est à titre privé, même si l’on se comporte comme un gaffeur de compétition. Il faut dire que le beau-père d’Erwann, le père de Catherine donc, a pour compagne l’ex de son gendre, de quoi rendre la moindre réunion de famille hautement explosive, pour peu que chacun n’y mette pas du sien. Il est bon de bien réfléchir avant de parler, ce que tout le monde ne fait pas.

Ne pas négliger non plus les pouvoirs de la presse, et sa capacité à diffuser une information, sans trop approfondir les sources – une disparition, c’est une disparition, qu’on se le dise et que la police se mette un peu au travail. Ne pas négliger l’appât du gain, qui peut bloquer ou débloquer bien des situations, ou encore la volonté de revanche de … et bien de personnes qui ont publié un livre et n’en sont pas devenus les auteurs reconnus qu’ils auraient voulu être. Je ne sais pas s’il faut chercher une référence bien réelle à ce personnage de voyant qui ne voit rien, mais son nom, Castan, m’a irrésistiblement fait penser à une célèbre marque bien connu des amateurs de félins.

Ce troisième volume des enquêtes aventureuses de Catia est l’occasion, aussi, de rendre hommage à des auteurs des éditions du Palémon, mêlés bien malgré eux à cette enquête abracadabrante.

Je terminerai avec ce remerciement spécial de Catia : Toujours pas de remerciements de la part de Catia. Dire merci à cette bande d’exploiteurs qui n’ont pas honte de me pressurer le citron pour alimenter leur boutique ? Jamais !

Maldonne au festival de Cannes d’Alice Quinn

Edition Bookélis – 280 pages

Quatrième de couverture

C’est le Festival de Cannes. Rosie est de nouveau dans la dèche. Grâce aux Gilet Jaunes, tous les samedis, elle est assurée de pouvoir offrir des croissants à ses enfants. Elle rencontre un footballeur devenu acteur qui l’engage comme Body Guard pour une soirée de gala. Mais pourquoi ce type a-t-il besoin d’un garde du corps ? Que lui veut la productrice du film, qui ne la lâche plus d’une semelle ?

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier l’autrice pour sa confiance.
Pour une fois, je commencerai par la fin. Oui, avec ce cinquième tome, c’est un au revoir que nous adressons à Rosie Maldonne. Un au revoir, pas un adieu. Oui, je vous spoile un peu la fin, pour vous rassurer : Rosie Maldonne ne meurt pas à la fin, écrabouillée par un TER ou victime d’un empoisonnement fulgurant. Dire « au revoir », c’est laisser un personnage voguer vers son destin.
Mais pour l’instant, quand nous commençons ce livre, Rosie est là, et bien là, et elle cherche un travail stable pour élever ses trois filles. Note : il est, dans le corps du roman, des personnes pour s’étonner qu’à son âge elle ait déjà trois grandes filles. Enfin, « grandes » pour ces personnes qui ne s’occupent que de ce qui les regardent pas. Rosie, surtout, elle s’occupe des gilets jaunes. Ce n’est pas qu’on les a un peu oubliés, non, c’est que ceux qui portent des gilets jaunes sont, comme Rosie, de grands oubliés, des gens dont on ne parle pas, que l’on ne voit pas, des gens qui travaillent, oui, mais qui, en dépit de leurs salaires, ne s’en sortent absolument pas. On aura beau le dire (et je crois que c’est encore plus d’actualité avec ce que nous sommes en train de vivre pendant que j’écris), il faut vraiment le faire : repenser notre rapport au monde, à la consommation autrement, remettre l’humain au centre, non le profit. Le personnage de Sabrina, fille de Rosie, est à ce propos à la pointe du questionnement de ce que l’on peut faire vraiment pour repenser notre manière de vivre. Oui, soyons optimiste, malgré tout.
Mais (et forcément, le mais est immense), nous sommes à Cannes, et qui dit Cannes dit festival – le téléscopage des deux mondes va faire mal, parce que Rosie n’est pas du genre à se laisser faire (heureusement d’ailleurs). Alors, oui, Rosie retrouve du travail, de la manière la plus improbable qui soit : garde du corps. Si, c’est possible – même elle a dû mal à y croire. Elle se retrouve au centre de magouilles qui dépassent largement les préoccupations du commun des mortels : comment réussir à vendre un film par terrible terrible, avec un acteur plus moyen, ex-footballer plus que moyens, film produit avec des capitaux pas très propres ? Je vous avais bien dit que c’était compliqué, surtout quand un cadavre se mêle à cette affaire, et que la panique gagne certains protagonistes. Surtout, les préoccupations de Rosie, dont la maman décédée lui envoie régulièrement des chansons pour lui annoncer le programme de sa journée, reste toujours très pragmatique : se loger, se nourrir, se vêtir, elle et ses filles, leur permettre de suivre leur scolarité. Rosie a noué des amitiés solides, et ses amis le lui rendent bien.
Elle va aussi, presque involontairement, en savoir plus sur son passé, ou plutôt sur une partie de sa famille dont elle savait peu de choses jusqu’à présent : son père ! Et ses découvertes sont pour le moins surprenantes, mais bien en accord, finalement, avec la personnalité de Rosie.
Bon vent Rosie ! Porte-toi bien !

Madame B de Sandrine Destombes

Présentation de l’éditeur :

Mon avis :

« Allo ? Oui, j’ai un petit souci, j’ai un cadavre dans mon salon. Il est en train de saloper totalement mon canapé neuf ! Je peux compter sur vous, merci ! »

C’est à peu près les phrases que l’on pourrait dire à madame B.
Madame B, c’est Blanche Barjac. Elle a 39 ans, et, en matière d’orientation professionnelle, elle a choisi un métier pour le moins rare : nettoyeuse de scène de crime. Attention ! elle n’est pas aux services de la police, elle travaille pour des particuliers, des gens très bien renseignés, qui ont eux aussi choisi des métiers assez parallèles à ceux que l’on propose d’habitude dans les forums des métiers. Comment a-t-elle eu l’idée d’excercer son métier ? C’est son beau-père qui lui a mis le pied à l’étrier. Mieux : c’est lui qui a pris soin d’elle depuis le suicide de sa mère, suicide causée par la crainte de ne plus pouvoir faire face à la maladie mentale qui gagnait du terrain. Oui, c’est tragique, et je ne peux m’empêcher de penser qu’un beau-père nettoyeur n’est pas forcément une garantie contre cette maladie, apparemment héréditaire. Je dis « apparemment » parce que les zones d’ombre sont déjà là, pour moi : il prend soin d’elle mais la crainte du diagnostique fait qu’elle ne consulte pas.
Et les embêtements commencent. Un maître chanteur est bien décidé à ruiner sa réputation, à la faire douter encore plus de sa santé mentale et, qui sait ? de l’envoyer en prison. Elle a beau puiser dans son carnet d’adresse bien fourni de personnes qui ont un service à lui rendre – c’est bien de tenir ses archives à jour – il n’est pas facile de démêler le vrai du faux, l’aide du coup de pied en douce. Blanche s’aperçoit finalement qu’elle n’en sait pas tant que cela sur ceux qui l’entourent. Ne pas en savoir trop sur les affaires dont elle s’est occupée était un choix de sa part – choix qu’elle regrette presque, au fur et à mesure du déroulement de son enquête.
Oui, ce livre est prenant, parce que nous avons une héroïne terriblement solitaire, qui s’est construit son monde sans jamais le remettre en cause, un monde, finalement, dépeuplé. Il est difficile de vivre en ne se préoccupant pas des autres. Il n’est pas aussi simple de vivre en accordant de l’importance qu’à une seule et unique personne. Regarder en face ce que l’on a fait, ce que l’on a causé, c’est ce que Blanche fera dans ce livre.
Madame B – un roman prenant.

Cézembre noir d’Hugo Buan

édition du Palémon – 350 pages

Présentation de l’éditeur :

Que se trame-t-il à Cézembre, cette île mystérieuse de la côte bretonne ? Petite terre, riche d’Histoire et, interdite aux touristes. Cette question, Berty, tueur à gages intérimaire, vieux rocker parisien, tourmenté et endetté jusqu’au cou, ne se la pose pas. Sa cible il devra l’atteindre coûte que coûte. « Il n’y a pas un chat sur ce foutu rocher en plein hiver ! » lui avait dit Kolo. « C’est du billard ! », lui affirma-t-il. En effet, il n’y avait presque personne sur les dix-huit hectares de l’île. Hormis deux agents de la C.I.A., cinq officiers de la Police Judiciaire, un ancien para de Diên Biên Phu, des séminaristes et une famille d’accueil particulièrement troublante.

Mon avis :

Le commissaire Workan n’a pas de chance, non, vraiment pas. Rien ne va plus pour lui si tant est que quelque chose soit bien allé un jour. Il a eu l’idée formidable d’un séminaire pour… je crois qu’à la fin, il ne savait même plus pourquoi, tant il était dévasté par ce qui se passait. Il a beau trouver la situation anormale, il est le seul, et cela l’agace encore plus.

Jugez plutôt : lui et ses quatre policiers séminaristes se retrouvent à Cézembre, petite île au large de Saint-Malo, qui a été largement et abondamment bombardée pendant la seconde guerre mondiale : les allemands ne voulaient pas se rendre. Et quand je dis « bombardée », je parle de bombes au phosphore et au napalm. J’ajoute qu’en dépit de plusieurs campagnes de déminage, une partie de l’île est interdite d’accès – trop dangereuse, il reste des bombes qui n’attendent que cela, exploser. Autant vous dire que ce n’est pas vraiment un site touristique de référence, malgré la présence d’un restaurant. Aussi, le commissaire fait les comptes : ils sont 14 sur l’île, 14, alors qu’à la même période de l’année, un an plus tôt, et bien il n’y avait personne.

Et ce qui devait arriver arriva, immanquablement : un meurtre est commis. Nous, lecteurs, nous le savions depuis le début, parce qu’un tueur à gages était en route pour Cézembre, à cause de la colle, de Patrick Bruel et de l’amour. Oui, cela fait beaucoup de cause, surtout quand on est davantage un tueur improvisé qu’un réel tueur à gages, que l’on a l’impression de débarquer en pays hostile, dans lequel on risque de vous faire danser la gavotte et boire du lait ribot. Surtout, Berty découvre que la réalité est tout autre, que la « bonne » victime a été tuée, mais pas par lui, et que, avec la tempête, on ne capte rien, même pas au sommet de l’armoire de sa chambre (je propose, pour sa prochaine incarnation, qu’il devienne un vampire).

Bref, nous sommes dans un huis-clos îlien, avec un commissaire divisionnaire parfois joignable (il n’y a pas que les tueurs qui ont des soucis avec leur portable), des personnes qui se demandent bien comment tout cela a pu arriver, des histoires d’amour et de jalousie, des neurones qui fichent le camp et des preuves matérielles à foison, le tout prenant racine, comme très souvent, dans le passé des personnes réunis à Cézembre.

Et le futur ? Il s’annonce compliqué. Le commissaire Workan fait un choix simple, j’ai envie de dire un choix en conformité avec la loi et avec la justice. Je suis déjà convaincue, pour ma part, que la vengeance ne sert à rien. Montrer à quel point ceux qui ont préféré la vengeance à la justice avaient tort ne fera qu’aggraver leur situation.