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Un zéro avant la virgule de James Holin

édition Ravet-Anceneau – 276 pages

Présentation de l’éditeur :

À Deauville, le festival du film américain ouvre bientôt ses portes. Cinéphiles, stars et politiques préparent ce rendez-vous incontournable. Pourtant, le commissaire Arnaud Serano n’a pas la tête aux réjouissances. Il enquête sur l’assassinat par empoisonnement de Jean-Guy Bougival, comptable du musée de la sculpture contemporaine. Un meurtre qui a lieu alors que les finances de l’établissement sont contrôlées par Eglantine de Tournevire, magistrate à la Cour des comptes. Simple coïncidence ? Peu à peu, Tournevire sort le nez des chiffres et se prend au jeu de l’enquête aux côtés de Serano. Sur le tapis rouge du festival s’étalent ambitions, magouilles et trahisons. Pour Eglantine et Arnaud, les mauvais comptes font les bons ennemis.

Mon avis : 

A Deauville, tout va bien. Si, si, je vous assure. La réputation de cette ville n’est plus à faire, tout est très paisible.
Enfin presque.
Imaginez tout de même que le festival du film américain débute et que le maire a tout prévu pour se faire une promo d’enfer. Accessoirement, les policiers de toute la ville, y compris ceux de Trouville, sont sur les dents, mais il faut ce qu’il faut pour accueillir dignement les stars américaines, non ? Même l’armée s’y le faut sera de la partie ! Ah non, vivre à Deauville, ce n’est pas de tout repos.
Ah, le musée de la sculpture contemporaine est contrôlé ? Ce sont des choses qui arrivent, surtout que, franchement, c’est un petit musée, récent, pas de quoi fouetter un chat tripode et obèse. Ce musée et sa directrice ont pourtant de la chance : Tournevire et Lacroix, chargés de ce contrôle, sont des personnes consciencieuses, aimant leur métier, sans être pour autant extrêmement pointilleux. Sauf si l’on cherche à leur dissimuler quelque chose, forcément. Sauf si, aussi, l’agent comptable meure de manière vraiment inopiné, après avoir été largement aidé. Un meurtre est-il facile ? Oui.
Serano, le policier chargé de l’enquête est atypique – homme qui se dévoile peu sur son passé, il n’en reste pas moins très sociable, sans se laisser enquiquiner par certaines contingences. Il est, finalement, assez proche d’Eglantine qui, elle non plus, n’a pas l’intention de se laisser intimider. L’enquête comporte plusieurs ramifications, et nous emmène sur les marchés de l’art, ou dans les coulisses de la belle Normandie. Il montre également des personnes qui ne reculent devant rien pour arriver à leur fin. Vraiment rien – et je ne ressens aucune sympathie pour eux, sauf pour les victimes collatérales.
Sont au passage égratignés les prétentions écologiques des vedettes qui cherchent un nouveau moyen de se faire remarquer. Quant à l’écologie réelle, quotidienne… on en est loin ! Ne parlons pas non plus des petites luttes de pouvoirs politico-politiciennes, qui seraient presque drôles, n’étaient les enjeux.
Un roman policier agréable à lire, même si les péripéties sanglantes ne manquent pas.

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Soleil noir d’Armèle Malavallon

Présentation de l’éditeur :

Montpellier, mois de juillet, sous un soleil de plomb. Le corps d’une paisible retraitée, ou plutôt ce qu’il en reste, est découvert un dimanche matin dans son salon. Un petit tas de cendres et deux jambes intactes semblant miraculeusement rescapées d’un brasier infernal. L’hypothèse d’un phénomène de combustion humaine spontanée est aussitôt évoquée, plongeant les policiers chargés de l’enquête, dans une profonde perplexité. Un deuxième corps va les lancer sur la piste du Seraphim, l’ange de feu ou bien le Diable en personne ?

Mon avis : 

J’ai eu du mal avec le début du livre – je n’aimais pas l’enquêteur principal qui se trouve être un peu trop donneur de leçons, son système de pensée étant le seul à être valable. Ce n’est pas en humiliant les jeunes enquêteurs que l’on parvient à des résultats, mais apparemment, si. Hyppolite Peyot évolue un peu, heureusement, sinon la lecture aurait vraiment été pénible.
Le thème ? La vengeance. Traditionnel. Je n’ai pas été sensible à cette volonté de se venger, parce qu’elle est exprimée dans l’excès. Et pourtant, en matière littéraire, je suis pour tout ce qui peut être excessif, mais là, non. Se venger n’est pas faire exactement ce que l’on vous a fait subir – en bien pire. En littérature, qu’elle soit policière ou « blanche », la vengeance emplit toute l’existence du « vengeur », et après, il ne reste rien – surtout que nous ne serons jamais dans la tête de celui-ci, bien plus inhumain que ceux dont il se venge.
Au lecteur de se faire son propre avis.

Nickel Chrome d’Hervé Claude

Présentation de l’éditeur (extraits) :

Perth, capitale du boom minier en Australie, en pleine ferveur nationale car elle s’apprête à recevoir les championnats du monde de cricket. Une ville où il fait bon vivre, sinon qu’une bande de bikers, aux ramifications mafieuses, sème la terreur. Ces motards provoquent la police, agressent des touristes et lancent des raids racistes et homophobes. Quelques semaines avant les championnats, un joueur est assassiné en plein match. La psychose gagne. […] Une fois encore, le police officer Ange Cattrioni va solliciter l’aide de son vieux complice et amant occasionnel, le très flegmatique Ashe.

Mon avis :

Ashe vit très bien dans sa petite maison de Perth. Ses voisins sont presque charmants. Mon « presque » concerne le mari, qui semble prendre des distances quand il découvre la nature des amitiés de Ash. Il concerne aussi le fait que leur fils se montre assez fuyant. Ash se rendra compte bien assez tôt qu’il le connait déjà et qu’il a fait sa connaissance dans des circonstances pas très reluisantes… pour le fiston.
Bref, la vie pourrait être paisible si un meurtre n’avait été commis, puis un autre. Et si quelqu’un n’avait eu la très mauvaise idée de faire exploser une voiture (avec son conducteur dedans, bien sûr). La petite ville de Perth n’a plus rien de paisible. Et lui rendre sa tranquillité ne sera pas si simple.
Ce que j’ai aimé dans ce livre ? La zénitude du narrateur, Ashe. Il est homosexuel, et cela ne lui pose strictement aucun problème. Par contre, il est toujours des personnes à qui les gays posent problème alors qu’ils ne leur ont strictement rien demandé, et si Ashe est quelqu’un de serein, il l’est un peu moins quand il se retrouve au beau milieu d’un passage à tabac en règle, pour de pas dire un règlement de compte homophobe, terme presque trop gentil au vue des résultats recherchés. Sans oublier le racisme des agresseurs – pourquoi avoir un défaut quand on peut en avoir plusieurs, je vous le demande ?
Nickel chrome – un roman policier que j’ai fortement envie de définir comme franco-australien.

Les hamacs de carton de Colin Niel

Présentation de l’éditeur : 

Sur la rive française du Maroni, en Guyane, une femme et ses deux enfants sont retrouvés sans vie. Comme endormis dans leurs hamacs. Inexplicablement. En charge de l’affaire, le capitaine Anato débarque dans un village où les coutumes des Noirs-Marrons comptent autant que les lois de la République. Et bien qu’il soit un « originaire », un Guyanais de naissance, le prisme de la métropole où il a grandi retient les secrets du fleuve et ses traditions. Tandis que l’on ordonne les rites funéraires et que le chef coutumier s’apprête à faire parler les défunts, l’enquête officielle entraîne le capitaine à la confluence des communautés guyanaises, loin, très loin du fleuve, là où les parias rêvent d’un meilleur destin.

Mon avis : 

Je n’aime pas vraiment les romans qui se situent en Amérique du Sud, je ne suis pas très fan des intrigues qui se passent dans la forêt amazonienne, et pourtant, j’ai beaucoup aimé ce roman, très dense. Et il est difficile aussi de parler d’un roman qui dégage une telle puissance, parce qu’il est impossible de la restituer dans un simple écrit.
La mort d’une femme, de ses deux enfants n’est pas un fait que l’on prend à la légère, même si l’enquête promet de ne pas être facile puisqu’elle se déroule au fin fond de la Guyane. Oui, l’accès est difficile,pour tout le monde, policier et scientifique. La jeune femme, courageuse, travailleuse, ne semblait pas avoir d’ennemi, son mari, qui travaille loin du village, non plus. Alors qui a pu commettre ce meurtre ?
Pour enquêter, le capitaine Anato revient sur les terres où il est né, sans y avoir grandi : il ne connaît que la métropole et cherche ses racines. Il découvre les coutumes de ce peuple qui est le sien mais qui ne le reconnaît pas, il découvre la dureté de la vie quotidienne, la complexité des lois dans ce département si éloigné de la France. Il découvre sur lui, sur les siens, des faits qu’il aurait aimé ne pas connaître
Poignant, touchant, dense, Les hamacs de carton nous apprennent beaucoup sur le poids des traditions, sur la difficulté de vivre avec (ou de ne pas vivre). Le passé nous rattrape toujours, quoi que l’on fasse. Si vous avez envie de découvrir des oeuvres fortes, n’hésitez pas !

Meurtres à l’île d’Yeu d’Yves Ramonet

Mon résumé : 

Isabelle, navigatrice renommée, revient sur son île natale avec son fils Noé avant une dernière transat. Elle reçoit un signal de détresse. Las ! C’est un corps décapité qu’elle repêche. Le commandant Nicolas Lemeur enquête.

Petite précision : 

Si vous avez vu le téléfilm sur France 3, vous ne lirez ni le livre, ni mon avis. Pas grave : je ne vais pas être très sympa.

Mon avis : 

– Ce que je voulais dire, c’est qu’on est en basse saison, et que c’est toujours calme. 
– Calme ? Un mec décapité. Un bateau sans doute coulé. Qu’est-ce que ce doit être quand c’est agité….

Je suis bien d’accord avec le commandant Lemeur : franchement, ce n’est pas une affaire pareille qui permettra le bon développement du tourisme sur l’île d’Yeu. Mettons nous également à la place d’Isabelle, originaire de l’île et qui, pour son retour, est accueillie par un cadavre : il est des comités d’accueil bien plus sympathiques, c’est moi qui vous le dit. Et ce n’est pas fini ! Point positif (pour le tourisme, toujours) : il apparaîtrait que seuls les enfants nés sur l’île seraient menacés, en vertu d’une légende locale. Je vous le dis tout de suite : il est vraiment dommage que cette partie de l’intrigue ne soit pas davantage développée, elle avait un fort potentiel. Tant pis pour le cartésianisme, il est toujours bon d’aller au bout des choses.
A l’intrigue ésotérico-policière s’ajoute une histoire d’amour – ou presque : l’enquêteur est l’ex de la navigatrice. Disons plutôt qu’elle l’a quitté 18 ans plutôt et qu’il n’a pas vraiment compris pourquoi. L’explication s’appelle Noé et ne doit pas du tout sa participation à l’intrigue au commandant – ce qui explique ainsi la rupture, n’est-ce pas ?
Les intrigues se déroulent sans trop de complication, avec logique, ai-je envie de dire. Il est tout de même des invraisemblances, des faits qui ne sont pas assez creusés. Je me répète, mais il est bon de laisser une intrigue se déployer. L’ensemble reste sympathique, mais pas indispensable.

L’arménien de Carl Pineau

Présentation de l’éditeur :

Nantes, 22 décembre 1989. Le cadavre de Luc Kazian, dit l’Arménien, est retrouvé en forêt de Touffou. Deux balles dans la peau, et partiellement calciné. Assassiné. Mais par qui ?
Et qui était vraiment l’Arménien ?
Un trafiquant de cocaïne notoire, comme le pense l’inspecteur Greg Brandt ?
Un copain de virées avec qui écumer les bars et draguer les filles, comme le voit Bertrand, son premier et peut-être unique ami ?
Un jeune orphelin perturbé, mais à l’esprit vif et éveillé, comme le pense Françoise de Juignain, sa psychiatre depuis 20 ans ?
Rien de tout cela, bien plus encore ?

Merci à Netgalley et à Librinova pour ce partenariat.

Mon avis :

Tout commence par une mort, et par des regrets. Nous découvrons Luc par le regard des deux personnes qui lui étaient le plus proches, Bertrand, son meilleur ami, et Françoise, sa psy. Nous allons le découvrir grâce à des retours en arrière, qui vont nous amener jusqu’à son arrivée en France, après le meurtre de ses parents, traumatisme qui a entraîné ses consultations dans le cabinet de Françoise de Juignain.
Seulement… ce n’était pas hier ni avant-hier que ce meurtre a eu lieu, alors pourquoi continuait-il à consulter sa psy ? La vie de Luc était bien plus compliqué que ne le pense Greg Brandt, chargé de l’enquête. A chaque révélation, le lecteur découvre un peu plus de la complexité de ce personnage, tout comme celle de ses deux amis, bien loin de l’image très lisse que l’on pouvait avoir d’eux à la première rencontre.
Nous sommes à Nantes – il est toujours intéressant de lire un roman policier qui se déroule en province. Nous sommes dans les années 80, années dont certains sont nostalgiques, parce que tout allait bien, etc, etc… et le livre de nous montrer, pour ceux qui en doutaient, que tout n’allait pas si bien que les souvenirs veulent bien le montrer.
L’intrigue est bien construite, surprenante aussi, sans user de coup de théâtre inutile. Un roman qui, finalement, ne permet pas de répondre complètement à cette question : qui était vraiment Luc Kazian ?

La femme au serpent de Claude Izner

Présentation de l’éditeur :

Septembre 1921.
Jeremy Nelson, jeune pianiste américain passionné de jazz, a traversé l’Atlantique en quête de gloire – et de ses origines. Mais dans un Londres pluvieux et tentaculaire, il ne trouve que des questions. Que cache Victor Legris, ce mystérieux libraire qui aurait connu son père¬ ? Pourquoi semble-t-il si réticent à lui fournir des informations sur sa famille ?

Mon avis : 

Je ne vais pas me faire que des amis avec cet avis, mais ce n’est pas grave. Ce blog est personnel, mes avis aussi, et je dois dire que je n’ai pas apprécié ce titre, mettant en scène Victor Legris vieilli – et tous les autres aussi. Je trouve qu’il n’a pas très bien vieilli, même si je comprends que les fans soient heureux de le retrouver. Moi aussi, je l’aurai apprécié, s’il avait eu l’esprit moins tordu. Je n’en dirai pas plus, pas même sur le dénouement, parce que je ne veux pas gâcher le plaisir de lecture à ceux qui le découvriraient (comment ça, c’est déjà presque fait ?).

Pour l’enquête, qui, finalement, est presque secondaire, je dirai qu’elle m’a rappelé les précédentes enquêtes de Victor Legris, comme Le petit homme de l’Opéra, sans que rien ne retienne vraiment mon attention. Il est question de music-hall, de ses coulisses, de ses artistes qui percent difficilement et de ses producteurs qui ont déjà la dent très dure. Il est question de peinture, de Renaissance italienne sans que cette thématique me semble suffisamment exploitée. Il est question, aussi, de la première guerre mondiale, et des conséquences sur le destin de certains personnages. Sur ce thème, j’ai largement préféré les romans de Guillaume Prévost tel La valse des gueules cassées ou Le quadrille des maudits. 

J’ai presque oublié de parler de Jeremy Nelson, pianiste de son état, courant le cachet comme beaucoup dans son cas et qui enquête de son mieux, entouré par quelques personnages tout aussi bigarrés que ceux qui côtoyaient en leur temps la librairie de Kenji, Victor et Joseph. Finalement, Sammy, son ami et quasi-auxiliaire attitré, a plus de personnalité et est plus attachant que lui – mais cela n’engage que moi.

La femme au serpent, un roman à réserver aux fans.