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Plus puissants que les dieux d’Hugo Buan

Présentation de l’éditeur :

Un mystérieux sarcophage est découvert au barrage de la Rance, Lucien Workan et ses coéquipiers vont enquêter sur cette étrange découverte… Alors que Workan et son équipe se torturent les méninges dans un stage de psychocriminologie censé les aider à mieux appréhender le profil comportemental des criminels, le divisionnaire Prigent leur confie une enquête pour le moins singulière.
Des plongeurs ont découvert un étrange sarcophage au pied du barrage de la Rance. Depuis quand ce mystérieux cercueil est-il envasé là ? Que recèle-t-il ? C’est avec stupeur que les flics y découvrent un répugnant cadavre momifié au sourire narquois. Un sourire jaune. Mais Workan, comme on le sait, n’aime pas qu’on se moque de lui…

Mon avis :

Il est des personnes qui aiment jeter de l’argent par les fenêtres. Si, si, je vous assure. Qui, me direz-vous ? Ceux qui ont financé le stage de psychocriminologie à l’usage du groupe Workan. Les trois sessions précédentes, avec trois autres groupes (forcément) se sont bien passées, bizarrement, avec Workan et les siens, cela coince largement. Heureusement, ils sont sauvés de cette formation inutile – et le formateur, peut-être, d’une agression certaine – par la découverte d’un sarcophage, au barrage de la Rance, qui relit Dinard à Saint-Malo (entre autres). Si le sarcophage avait été vide, nous aurions sans doute eu une enquête quand même, mais sur la tragique disparition d’un formateur.

Entre deux discussions/disputes avec la lieutenant Mahir, Workan a bien l’intention d’enquêter. Quelqu’un ose évoquer la prescription, ou le fait qu’au cours de l’enquête, il aurait un peu marché sur les plates-bandes de ses confrères malouins. L’évocation passe bizarrement excessivement rapidement. Un homme a été assassiné, et il n’est pas question de le laisser sans nom (une première étape), encore moins sans savoir comment il est arrivé dans ce coffrage qui ne lui était pas destiné.

Le barrage de la Rance ? C’est l’histoire de sa construction et aussi de ses opposants qui nous est contée. Dès le début, par la voix d’un des ingénieurs qui a travaillé à sa création, nous savons que l’enquête y reviendra sans arrêt, le plus souvent d’ailleurs au sens propre du terme. Nous savons aussi que cet octogénaire qui nous raconte son passé adore s’écouter parler. Oui, l’âge aidant, il est des personnes qui ont une folle envie de transmettre leurs souvenirs. Et des personnes qui se souviennent, ou pas, Workan en recherche – et en trouve.

Il faut aussi constater que les décès furent nombreux, lors de la construction, sans compter ceux dont on est « pas tout à faire sûr » de ce qu’ils sont devenus. Passons également les légendes – nombreuses – et la sensation d’une malédiction qui planerait après la découverte de ce sarcophage. Le mort se vengerait-il ? Pas besoin. Les vivants font très bien les choses eux-mêmes, et le nombre de morts s’accroit dangereusement au fil des jours. Il est heureusement des personnes qui, parfois, font preuve d’un peu de bon sens, à défaut de ne rien avoir à se reprocher. C’est fou aussi comme certains sont capables de se justifier d’actes injustifiables : ils ont eu beaucoup de temps pour cela aussi.

 

 

La lionne rouge de Marion Cabrol

Opération porcelaine d’Hugo Buan

Présentation de l’éditeur :

A l’intérieur de la chapelle de l’Oratoire de Nantes, le musée d’Arts s’apprête à accueillir une des plus prestigieuses collections de porcelaines de différentes dynasties chinoises. La tête de monsieur Zhou, un des Chinois qui accompagne l’exposition, retrouvée sur un plat de la Famille Verte du XVIIIe siècle de la période Kangxi, dynastie Qing, laisse un arrière goût d’amertume aux organisateurs. D’autant plus que Zhou et son plat ont été retrouvé dans le Speed Rabbit, un manège de la fête foraine qui se déroule au même moment devant le musée. Et c’est avec un frémissement glacé que la police découvre avec horreur, la présence, sur place, de Fletcher Nowski, le malfrat amateur d’Art et néanmoins cousin du commissaire Workan.

Mon avis :

– Ce n’est pas mon cousin !

Ah, franchement, il est des gens qui sont durs de la feuille, il est des personnes qui ont la comprenette difficile. Combien de fois le commissaire Workan devra-t-il répéter que non, Fletcher Nowski n’est pas son cousin ! Il n’est que son cousin é-loi-gné, et s’ils ont quelques souvenirs en commun, si la soeur de Lucien Workan, Alice, juge de son état, apprécie Fletcher, ce n’est pas une raison pour rappeler constamment ce vague lien de parenté. Le commissaire a suffisamment de soucis comme cela dans sa vie personnelle, soucis qui implique son ex-femme et un agent immobilier – entre autre.

En attendant, il faut bien enquêter, et ce n’est pas rien. Alors que le musée d’Arts de Nantes s’apprête à recevoir une prestigieuse exposition, un meurtre est commis. C’est déjà assez pénible ainsi de constater que l’on a choisi d’ôter la vie à une personne, mais si en plus, on le fait en exposant sa tête de manière spectaculaire dans un manège de la fête foraine toute proche, c’est le début de gros ennuis. Le mort était un chinois faisant partie de la délégation chargée d’encadrer l’exposition de porcelaine chinoise, autant dire que les relations diplomatiques avec la Chine sont un peu tendues, et elles ne cesseront de se tendre tout au long du roman.

Fletcher Nowski, le coupable ? Mais pas du tout ! Voleur, escroc, certes, fantasque et imaginatif aussi, il n’en est cependant pas un meurtrier, et chercher une solution « facile » n’est pas chercher une vraie solution. Fletcher va déployer toute sa créativité pour mener à bien l’opération qu’il aura décidé, et il en fera voir de toutes les couleurs à son cousin, et à Prigent, son supérieur, qui ne manque pas d’imagination non plus – pour le pire.

Opération porcelaine ? Un polar drôle et divertissant.

La daronne d’Hannelore Cayre

éditions Points – 177 pages.

Présentation de l’éditeur :

« On était donc fin juillet, le soleil incendiait le ciel ; les Parisiens migraient vers les plages, et alors que j’entamais ma nouvelle carrière, Philippe, mon fiancé flic, prenait son poste comme commandant aux stups de la 2e dpj. – Comme ça on se verra plus souvent, m’a-t-il dit, réjoui, en m’annonçant la nouvelle deux mois auparavant, le jour de sa nomination. J’étais vraiment contente pour lui, mais à cette époque je n’étais qu’une simple traductrice-interprète judiciaire et je n’avais pas encore une tonne deux de shit dans ma cave. » Comment, lorsqu’on est une femme seule, travailleuse avec une vision morale de l’existence… qu’on a trimé toute sa vie pour garder la tête hors de l’eau tout en élevant ses enfants… qu’on a servi la justice sans faillir, traduisant des milliers d’heures d’écoutes téléphoniques avec un statut de travailleur au noir… on en arrive à franchir la ligne jaune ? Rien de plus simple, on détourne une montagne de cannabis d’un Go Fast et on le fait l’âme légère, en ne ressentant ni culpabilité ni effroi, mais plutôt… disons… un détachement joyeux. Et on devient la Daronne.

Mon avis :

Complètement dingue, complètement fou, et avec certaines vérités qui font mal.
Alors oui, ce roman fut un énorme succès, avec le personnage de Patience, traductrice « au noir » pour la justice – pas de sécu, pas de retraite, mais que fait la police qui profite pourtant de ses services ? Patience a grandi dans un milieu familial assez particulier – pas très très loin du banditisme, on dira. Veuve jeune, elle a élevé ses filles de son mieux, et songe toujours à leur avenir et aux siens. Pourquoi ne pas profiter elle aussi de l’économie parallèle ?
Oui, le récit est mené tambour battant, le lecteur n’a pas le temps de s’ennuyer, pas le temps non plus de contempler le portrait de notre beau pays de France, et la manière dont certains luttent contre le trafic de drogue. Je ne parle même pas du soin, ou plutôt de l’abandon dans lequel se trouvent nos aînés. Ce n’est pas que le mieux est l’ennemi du bien, c’est que ce qui peut être pratique pour les enfants ne l’est pas nécessairement pour les parents qui ne sont plus vraiment considérés comme tels, mais plutôt comme des objets encombrants, et qui coûtent cher en permanence. Le cynisme de certains personnages fini par me gagner…
Il est peut-être des personnes qui discuteront de la moralité du personnage de Patience Portefeux. La littérature n’a pas à être morale, et, tel une Figaro des temps modernes, Patience déploie une énergie énorme pour parvenir à maintenir à flot son commerce, entre deux bandes rivales et quelques policiers. Mention spéciale aussi pour sa voisine chinoise, qui elle aussi doit se maintenir à flots, tout en sachant très bien que les agressions contre la communauté chinoise n’intéresse pas grand monde.
La daronne – un roman qui nous questionne sur notre société.

Les Santons de granit rose de Françoise Le Mer

édition du Palémon – 304 pages

Présentation de l’éditeur :

Appelée par son notaire, Marie Demelle, jeune femme divorcée et mère de deux enfants, va tomber des nues. En effet, cette romancière berrichonne se voit couchée sur le testament d’un illustre confrère qu’elle n’a pourtant entraperçu qu’une fois dans sa vie… Ravie à l’idée d’hériter d’une villa à Perros-Guirec, Marie Demelle ne se préoccupe pas pour l’heure des raisons pour lesquelles le ciel semble lui offrir un cadeau aussi somptueux… Néanmoins, Maurice Malloc’h, le roi du polar, à émis une réserve testamentaire dans un codicille un peu particulier. Marie sera la nouvelle propriétaire de sa maison à la condition qu’elle termine la rédaction d’un manuscrit qu’il n’a pas eu le temps de boucler. L’étrangeté de cette clause n’émousse pas l’enthousiasme de la jeune femme. Combien de morts faudra-t-il pour qu’elle découvre enfin la vérité ? Le commissaire Quentin Le Gwen et son lieutenant Michel Le Fur l’aideront dans cette quête.

Mon avis :

Il est des auteurs qui ont vraiment de drôles d’idées. Léguer leur maison à une consoeur, en laissant largement de quoi vivre à leur fils, soit : cela ne fait de mal à personne. Demander en échange à l’autrice de terminer un de ses romans en cours, alors que l’un et l’autre ont des univers totalement différents, c’est une toute autre affaire. De plus, il apparaît très vite à Marie Demelle, divorcée, deux enfants, que le manuscrit a des points communs avec un fait dives récent. Mais est-ce une simple source d’inspiration pour l’auteur, ou bien était-il très proche de ce meurtre ? Marie décide alors de se confier à un ancien équipier, le commissaire Quentin Le Gwen, bon enquêteur et aussi expert en maltraitance d’adjoint – qui donne, il est vrai, très souvent le bâton pour se faire battre.

Perros-Guirec est pourtant très calme, si l’on excepte un adolescent un peu (beaucoup) voyeur, une patronne de bar qui n’aimait pas les femmes et donnait toujours raison aux hommes, avant de trouver la mort au détour d’un chemin, un couple qui se chamaille jusqu’à la déchirure, un autre qui a fort à faire avec un ado en pleine crise, sans oublier quelques rivalités par-ci, par-là. Bref, Perros-Guirec n’est pas calme du tout !

Le roman est plaisant à lire et, comme souvent, il faut se plonger dans les méandres du passé pour trouver les solutions du présent. Je reste toujours persuadée que parler, partager, dire véritablement ce que l’on pense, ce que l’on ressent peut faire avancer les choses bien plus facilement qu’on le pense, plutôt que de rester à mariner avec ce que l’on croit, de devoir faire semblant, voire de faire des circonvolutions assez complexes pour continuer à mener la vie que l’on entend. Simon, que Marie supporte peu, est une des rares personnes à dire et à faire exactement ce qu’il pense, quitte à ce que cela ne fasse pas plaisir. Marie lui ressemble plus qu’elle ne pense.

Une enquête bien menée, un duo d’enquêteurs atypique – Les Santons de granit rose me donne envie de découvrir d’autres de leurs enquêtes.

Urbex Sed Lex de Christian Guillerme

Présentation de l’éditeur :

Contre une belle somme d’argent, quatre jeunes passionnés d’urbex sont mis au défi de passer une nuit dans un sanatorium désaffecté.
Ils vont relever le challenge, mais, une fois sur place, ils vont se rendre compte qu’ils ne sont pas seuls dans cet immense endroit abandonné…
Et très vite comprendre qu’ils n’auraient jamais dû accepter cette proposition.
JAMAIS

Merci aux éditions Taurnada pour leur confiance.

Mon avis :

L’oeuvre commence par un prologue, qui m’a questionnée, pour son lien avec la suite de l’intrigue. Le lien se fera – un peu plus tard, mais il sera bien là.
Le roman met en scène quatre jeunes adultes bien dans leur peau, deux couples qui s’entendent bien, qui ne sont ni dans la rivalité, ni dans la jalousie. Quatre adultes, deux couples, Fabrice et Carine d’un côté, Théo et Chloé de l’autre, qui se sont connus et formés autour d’une passion : l’urbex. Je ne connaissais pas cette activité avant de découvrir ce livre, par contre, j’avais déjà entendu parler de la toitophilie (voici presque dix ans). Si je devais définir l’urbex (le mot vient de l’anglais urban exploration), ce serait l’exploration non de la nature, mais de ce que l’homme a crée, puis abandonné – sans trop savoir quoi en faire. Réhabiliter ? Détruire ? fermer les yeux sur tous ceux qui se lancent des défis et explorent ses lieux? Vaste questionnement auquel il faudra bien répondre sérieusement un jour. Là, un défi leur a été lancé, un défi contre une forte somme d’argent, qui leur permettrait, non pas de changer totalement de vie, mais d’y apporter des améliorations. Oui, l’argent a compté dans leur décision, mais aussi le fait d’explorer un lieu vaste et angoissant (à mes yeux) : un sanatorium désaffecté près de Dreux. Oui, il a existé, et existe encore, et oui, des personnes se rendent bien sur les lieux. Troisième oui : un gardien veille bien sur les lieux. Le lieu, devrai-je dire, qui suscite peur et souvenirs.
Ces quatre jeunes gens d’aujourd’hui se retrouvent plongés dans le passé, dans une géographie médicale qui nous montre la vie au temps où le BCG n’existait pas, au temps où la tuberculose était une maladie dont on guérissait peu, où les traitements (le pneumothorax) étaient extrêmement douloureux. La maladie frappait à tout âge de la vie – les enfants aussi avaient leur « place » dans ce sanatorium.
Mais les quatre jeunes gens n’ont guère le temps de s’interroger sur le passé : un événement se produit et change tout. Peut-on leur reprocher, comme ils se le reprocheront, d’avoir été naïfs ? Ils sont plutôt animés par leur passion.
Avec eux, face à eux devrais-je dire, des personnes qui nous font explorer l’inhumanité de certains êtres en France, et aussi sur d’autres continents. Ils n’auront d’ailleurs pas de noms, pas vraiment, puisqu’ils ont renoncé à ce qui les rendait humains. S’en rendent-ils compte ? Pas vraiment.
Alors, en dépit de tout ce qui nous est conté, en dépit de passages sombres, violents, désespérants, j’ai envie de terminer ma chronique en vous disant qu’il faut toujours tabler sur ce que l’homme a de meilleur, sur ce qui peut l’amener à se dépasser pour les autres. L’union de personnes solidaires est une force.

Lynwood Miller de Sandrine Roy

Présentation de l’éditeur :

Elle est jeune, belle et capable de déplacer des objets à distance et de guérir par l’impositions des mains. On cherche à la tuer. Il est beau, américain et coule une retraite paisible et prématurée dans les montagnes françaises. Lynwood Miller est un ancien des forces spéciales. Il veut la sauver. Ils se sont rencontrés dans des circonstances peu communes : deux malfrats avaient kidnappé la belle et projetaient de l’exécuter. Pas de chance, ils opéraient à deux pas de la bergerie de l’ancien soldat… Gravitent autour de ce duo, deux psychiatres allemands au passé chargé ; un jeune hacker un brin introverti partageant son temps entre balades en montagne et curieuses missions à travers le monde ; une brigade de policiers d’outre-Rhin ; un commissaire français débonnaire et un sacré nombre de gens bien décidés à faire disparaître définitivement l’héroïne.

Livre acquis lors de Polar’Osny.

Mon avis :

Passer sa retraite dans les montagnes françaises semble une bonne idée – d’un premier abord. Les habitants du lieu, en tout cas, se questionnent fortement sur l’acquéreur et le restaurateur de cette maison isolée. Parmi ceux qui se questionnent, nous trouvons Simon – il est hacker, et effectue parfois des missions qui lui permettent de bien vivre, tout en voyageant. Il a 37 ans, mais se comporte comme un adolescent attardé, alors que sa soeur Marie est divorcée et mère de famille, en étant à peine plus âgée que lui. Ah si, Simon est tout de même responsable d’un charmant chien nommé Maurice – mais il n’est pas question pour lui d’avoir une femme ou un enfant. Aussi, est-il intrigué par ce nouveau voisin, qui répond (ou pas) au nom de Lynwood Miller. Celui-ci a à peine le temps de découvrir les joies de la montagne, qu’il découvre une jeune femme torturée par deux hommes, qui l’avaient préalablement enlevé. Il est un ancien des forces spéciales : il les neutralise. Homme logique, il conduit la jeune femme, gravement blessée, à l’hôpital, et prévient la police : oui, il arrive parfois que les choses soient faites normalement.

Il apparaît cependant que pas grand chose n’est normal autour de cette jeune femme, Elisabeth dite Eli. Lynwood découvre peu à peu les pouvoirs qui sont les siens, un peu comme si une X-men s’invitait dans la vie de Chuck Norris – une X-men qui n’aurait pas le pouvoir de se guérir elle-même. Reste une énorme question : qui a bien pu vouloir l’enlever et la tuer ? Tout comme Simon, ado trentenaire, Eli a 27 ans mais ne connait pas grand chose de la vie, surprotégée qu’elle a été par ses parents. Elle ne connaît pas grand chose de sa vie non plus, et là, c’est peut-être le pire.

Lynwood Miller est un roman qui mèle les genres, entre policier et romance paranormal. Le mélange fonctionne et l’intrigue questionne aussi sur la résilience, la capacité qu’ont les parents à faire de leurs enfants des adultes responsables – ou pas. Quant à la résolution de l’enquête, elle rappelle un fait que beaucoup d’aspirants criminels oublient : on n’est jamais si bien servi que par soi-même, ou, si l’on renverse la tendance, il ne faut pas hésiter à se salir les mains – un criminel ne peut se permettre d’être délicat. Lynwood, le personnage, ne craint pas de tout faire pour protéger/délivre Eli. Quant au père de la jeune femme, il confond hélas respect de l’autre et volonté de ne pas bousculer ses propres habitudes : protéger l’autre, c’est aussi lui donner les moyens de se protéger soi-même et de prendre les bonnes décisions.

Une lecture agréable, qui nous questionne aussi sur ce que l’on veut transmettre ou pas aux siens.

A leur corps défendant d’Anne-Solen Kerbrat

Présentation de l’éditeur :

Les commissaires Perrot et Lefèvre se lancent sur la piste d’un mystérieux serial killer… Le corps mutilé de Sabrina Boucheul est découvert dans un chemin forestier nantais au petit matin. Fait troublant, le même mode opératoire a présidé au meurtre d’une autre jeune femme quelques mois plus tôt dans le Morbihan. Les commissariats de Nantes et Vannes sont conjointement saisis, aussi Perrot et Lefèvre posent-ils leurs valises à Vannes pour prêter main-forte au capitaine Jeanne Sixte. Mais lorsqu’une troisième jeune femme au profil similaire disparaît à son tour dans les mêmes conditions, nos enquêteurs s’orientent sur la piste d’un meurtrier en série.

Mon avis :

Ce roman illustre qu’il est toujours difficile d’être une femme à l’heure actuelle – et il est difficile de dire le contraire. Deux jeunes femmes ont été retrouvées tuées, une troisième est enlevée à son tour, autant dire qu’une course contre la montre s’engage pour la retrouver. Les commissaires Perrot et Lefèvre enquêtent, tout en ayant une vie familiale tout sauf simple : la fille de Perrot est soignée pour un cancer.

Trois jeunes femmes, et peu de points communs, finalement : elles sont des femmes, elles sont jeunes, elles travaillent en horaire décalé et, comme toutes les femmes qui travaillent ainsi, elles vont travailler avec la peur au ventre, matin et soir. Delphine Seyrig le disait déjà dans une interview donnée dans les années 70, et qui a tourné en boucle récemment : une femme, qui se promène seule à minuit, n’est pas en sécurité. Une femme qui travaille ne l’est pas non plus. Bien sûr, il existe toujours des personnes pour dire :
– il ne faut pas avoir peur (facile à dire bien en sécurité chez soi) ;
– il faut trouver des solutions.
Certes. La solution que ces jeunes femmes ont trouvé aurait dû les protéger. Mais il est toujours des hommes pour savoir mieux que les femmes ce qu’elles doivent faire de leur vie, ce qu’elles doivent faire de leurs corps. En effet, le second point commun entre ces jeunes femmes est qu’elles étaient enceintes, et qu’elles avaient l’intention d’interrompre leur grossesse. L’interruption volontaire de grossesse est un droit, on l’oublie trop souvent. Il a fallu attendre la loi Veil pour qu’il soit dépénalisé, et la loi Vallaud-Belkacem de 2014 pour que l’idée de « situation de détresse » soit supprimée. Autant dire que le parcours pour accéder à l’avortement n’a pas été si simple pour ces jeunes femmes, ce que les deux enquêteurs découvriront au cours de l’enquête.
Non, l’enquête ne fut pas facile, et elle n’est pas forcément facile à lire, parce que certaines scènes sont sanglantes, parce que nous sommes avec les victimes, non avec le tueur, qui ne mérite pas plus de place dans le récit que celle qui lui a été accordée.

Affaires internes de Didier Fossey

Randonnée funeste au centre équestre: Enquêtes aux Bois Feuillus de Danielle-Marie Poret

Présentation de l’éditeur :

Gérante d’un centre équestre, Lucie passe sa journée auprès de ses cavaliers et des chevaux dont elle prend soin. Un matin de juillet, sa tranquille routine est bouleversée par la disparition de Candice, une jeune cavalière, qui n’est jamais revenue de son excursion.
Le lendemain, le drame se confirme alors que son corps est retrouvé sans vie dans la forêt. Un meurtre dont le mobile est totalement inexpliqué ; qui pouvait en vouloir à cette jeune femme au point de commettre l’irréparable ?
S’associant à la gendarmerie, Lucie met tout en œuvre pour lever le voile sur une affaire qui pourrait bien nuire à la réputation de son centre… Mais très vite, le doute l’assaille : connaissait-elle vraiment la victime ? Et si Candice avait des secrets ?

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier l’autrice pour l’envoi de son livre. L’action se passe en Normandie, c’est un polar, il avait donc tout pour me plaire, et il m’a beaucoup plu. Je préfère le dire d’entrée de jeu, cela évite de faire durer le suspens – surtout vu le temps passé entre ma lecture et la rédaction de cet avis. .
Soyez le bienvenu dans le bocage normand, vert et serein. Découvrez les villages qui le composent, ils ne sont jamais très loin, en voiture ou, si vous avez de la chance, en train, d’une ville de dimension respectable. Ainsi, l’on peut être étudiant, travailler, et, le soir, ou le week-end, retourner dans un village calme. L’on peut aussi y vivre et y travailler, comme Lucie. Elle gère un centre équestre, qu’elle a hérité de ses parents. Attention ! ai-je envie de dire tout de suite. Nous ne sommes pas dans les clichés que j’ai parfois pu trouver ici ou là : oui, les centres équestres accueillent des cavaliers de tous âges, de tous niveaux aussi. J’ai bien dit « des cavaliers » – il n’y a pas que les filles qui aiment les chevaux ! Et pratique l’équitation, cela n’a pas grand chose à voir avec le rose, les paillettes, et l’esbroufe.

Ah, si, il existe une exception : Candice Morinaud. Très sûre d’elle-même, elle est toujours à la pointe de la mode, et entend bien le montrer. Son objectif ? La compétition. Ce n’est pas l’essentiel pour Lucie, très investie dans son métier, toujours prête à prendre soin des animaux, de tous les animaux, même ceux qui sont « inutiles » aux yeux de certains (de Candice !), même si elle doit s’attirer quelques ennuis avec un concurrent – la maltraitance animale existe aussi parce que certains ferment les yeux, et que d’autres ne pensent que profit. Oui, pour Candice, comme pour ses parents, un animal doit rapporter, gagner, sinon, on le revend (formule moins polie : on s’en débarrasse). J’ai aimé à croire que Candice n’a pas toujours été ainsi. Oui, elle a été élevée ainsi, et pourtant, elle est largement en âge de se rebeller contre ce que lui ont inculqué ses parents, et elle leur a assez prouvé par le passé. Mais là, ce sont les vacances, c’est l’occasion, après une année de prépa à Rouen de profiter du bocage normand, de randonnée – oui, l’équitation devrait avant tout être plaisir, et non compétition. Nous pourrions presque nous croire dans les chroniques ordinaires de la Normandie que l’on ne voit jamais, sauf dans des documentaires, quand survient l’impensable : sa jument Ondine rentre seule, affolée. Le lendemain, le corps de Candice est retrouvée : ce n’est pas une chute de cheval qui a conduit à sa mort.

Onde de choc ? Oui. Et l’enquête commence. Elle prend son temps, parce qu’il est nécessaire de le prendre, ce meurtre ne sera pas résolu en un claquement de doigt (ou en cinquante-deux minutes si l’on suit le format télévisuel). Sa résolution est le fruit du travail d’une brigade tout entière, dont chaque membre a sa personnalité, ses points forts, se complétant les uns les autres, il n’est pas question de montrer un poor lonesome enquêteur n’en faisant qu’à sa tête, mais une personnalité qui réunit ses hommes dans tous les sens du terme. Ah si, il est tout de même quelqu’un qui enquête en solitaire : Lucie. Oui, elle n’est pas enquêtrice, mais elle veut comprendre. Déjà, elle connaît bien les bois qui entourent le centre équestre, et cherche à reconstituer le parcours de Candice. Puis, elle pense, pensait, du moins, bien connaître Candice, presque sans histoire, brillante étudiante de prépa, capable de fédérer ses camarades. En enquêtant, Lucie, qui était toujours plongée dans son travail, dans la nécessité de maintenir le centre à flot, voire de l’améliorer tant la compétition est rude, aussi, entre les centres, en découvre aussi, un peu, sur elle-même, et j’envie presque l’optimisme dont elle faisait preuve sur l’entente qui régnait entre les membres de son centre : Lucie est un personnage qui, œuvrant toujours pour le bien-être des autres, empathique, ne peut s’imaginer la noirceur des actes dont certains sont capables. Que le terme « noirceur » ne vous effraie cependant pas : il ne s’agit pas de découpages en règle par un tueur en série sadique, il est question de relations humaines, d’influences que l’on peut avoir sur les autres, d’emprise aussi. Il est, heureusement, des personnes capables de réagir et de prendre des décisions en conséquence. Il faut, pour cela, parler, ne pas hésiter, on ne le répétera jamais assez. Le bocage, les bois, les grandes villes normandes peuvent cacher bien des secrets, entre tradition, modernité, et, parfois terrible sentiment de solitude.