Douze de trop de Colleen McCullough

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Mon résumé :

Holloman, ville du Conneticut, fin des années 60. Douze meurtres ont été commis le 3 avril, douze, et selon des méthodes différentes, allant de la moins douloureuse à la plus cruelle. L’inspecteur Carmine Delmonico enquête.

Mon avis :

Je n’aurai qu’un mot à dire (ou presque) : réactionnaire. Ce livre a été écrit en 2009, il semble abominablement daté. C’est une chose de situer son roman dans les années 60 et de restituer le climat d’une époque (voir les romans de James Sallis), s’en est une autre de sembler approuver les discriminations qui régnaient à l’époque, voir même d’enfoncer le clou.

Douze meurtres ont eu lieu le même jour. Les forces de police sont sur les dents. Enfin… un peu. Personne ne panique, et surtout pas l’inspecteur Delmonico, qui commence par résoudre avec une facilité déconcertante quatre premiers meurtres. Il se permet au passage de sermonner un père de famille, un mari bien plus préoccupé par sa réussite professionnelle que par sa propre famille et… c’est à peu près tout, avant de reprendre sereinement le cours de son enquête.

Quand le titre nous dit « douze meurtres » il devrait plutôt préciser : neuf meurtres, et trois noirs tués. Les meurtres des trois « noirs » sont vraiment traités avec rapidité, pour ne pas dire quasiment passés sous silence. Interroge-t-on leurs familles, leurs proches ? Peut-être, mais jamais nous n’aurons la retranscription de ces scènes. Ils étaient « de bonnes personnes », sans problème, sans casier, faisant de bonnes études et de petits boulots pour les payer. Puis, ils n’ont pas souffert, une balle dans la nuque ou dans la tête, cela ne fait presque pas mal, n’est-ce pas ? Cela tue, un point c’est tout. Il ne manquerait plus qu’ils se plaignent post-mortem ! Ils n’ont pas droit non plus à une individualité, leur nom sera cité une fois, en passant, il sera précisé que « les trois victimes noires » sont deux hommes et une femme, et après, ils resteront « les trois noirs » (et pourquoi pas les trois nègres ?) bien rangés de leur côté, contrairement aux autres victimes, bien blanches, bien caractérisées.

Je vous parlerai aussi de la misogynie ambiante – une féministe est forcément frigide, quand elle ne le proclame pas elle-même haut et fort. La place des femmes est à la maison, auprès de leur mari et de leurs enfants. Elles sont même contre la mixité à l’école, parce que ce n’est pas bon pour leur fils, qui sera forcément harcelé par les filles, qui l’empêcheront de travailler tellement elles seront folles de lui. Et leurs filles, dans tout cela ? Et bien… il en est peu question. Je ne dis pas que les femmes ne mettent pas au monde des filles, je dis simplement qu’aucun lien ne semble s’être crée entre elles, comme si elles étaient négligées. Ne pensez pas que l’auteur pose un constat, ou dénoncé un état de fait, non, c’est juste que les filles doivent simplement apprendre à être de bonnes femmes au foyer, ni plus, ni moins, qui restent dans leur cuisine toute la journée pour préparer des repas. Et à avoir une autre qualité :

« – Je vais ouvrir l’oeil.
– Tant que vous voulez, du moment que vous gardez la bouche fermée. » (Delmonico à sa secrétaire aspirante policière).

Je n’ai garde d’oublier le traitement réservé aux personnages homosexuels. Il est une chose de montrer le climat répressif d’une époque, il en est une autre de montrer les homosexuels comme des monstres pervers. L’auteur confond homosexualité avec pédophilie, masochisme et nécrophilie, et si je conçois qu’on peut présenter des personnages homophobes (ils existent), je me dis que créer des personnages homosexuels au comportement systématiquement monstrueux est tout de même étrange !

Avec cela, nous nous éloignons de l’enquête. Je vous rassure : Delmonico et sa secrétaire adjointe parviendront à tout résoudre, malgré les bâtons dans les roues que leur met le FBI. Il est question aussi de guerre froide, d’espionnage, comme pour compléter le tableau d’une époque. Est-ce crédible ? Très moyennement. Il fallait une explication à cette soudaine folie meurtrière, l’opposition entre les deux blocs en est une.

L’inspecteur Delmonico, dont la famille toute entière fut mise en danger au cours de cette enquête, résoudra d’autres affaires puisqu’il est le héros d’autres romans policiers. Grand bien lui fasse : je ne les lirai pas.

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19 réflexions sur “Douze de trop de Colleen McCullough

  1. C’est celle qui a écrit « Les oiseaux se cachent pour mourir  » ? J’avoue qu’après cette saga, je n’ai jamais rien lu d’elle et que je n’en ai jamais eu envie. Alors un livre pareil, loin de moi, le plus loin possible…

    • Oui, c’est elle ! Elle s’est tournée récemment vers le genre policier.
      Je l’ai emprunté à la bibli parce que l’action se passait dans le Connecticut, et que j’avais envie de découvrir davantage cet état. Moralité : cet « état-timbre poste » (je cite) est bien réactionnaire.

    • S’en est presque amusant parce que l’enquêteur, rital, est lui-même victime de racisme, tout comme sa femme, pas vraiment américaine. Au fond, c’est comme si tout le malheur de cette charmante communauté venait des étrangers, ou de ceux qui avaient séjourné à l’étranger.

      • Mais rien n’a changé, tu sais… on accuse toujours l’autre d’être responsable, les gens n’accusent jamais les banquiers de voler, mais bien les chômeurs… l’état est chiant, mais on ne l’accuse jamais d’être responsable de la merde dans laquelle nous sommes, c’est toujours les étrangers les responsables… Ils ont tous oubliés que les subprimes venaient des states ! Je te jure, il y a des jours où j’ai envie d’en étrangler certains… le racisme crasse, j’aime pas ça 😦 et encore, je te dis pas tout parce ici c’est public, mais mon mari en a entendu des vertes et des pas mûres !

      • Non, rien n’a changé, les « cibles » se sont juste modifiée, la guerre froide est oubliée elle aussi.
        Je n’aime pas non plus le racisme primaire (ni le secondaire, et encore moins le tertiaire).

      • Oui, ça fait pas mal au crâne et on peut ressortir les phrases déjà toutes prêtes ! 😀 Je ne devrais pas rire, mais bon… vu que certains sont aussi bêtes, je vais en rire pour ne pas en pleurer :/

  2. J’avais lu ,il y a peut-être plus de 30 ans (ça fait peur) lu les oiseaux se cachent pour mourir, et il me semble que c’était très misogyne, je ne me souviens plu mais ça devait certainement ressemblé un peu dans le style de celui-ci. Je ne sais pas pourquoi il a eu autant de succès à l’époque, mais faudrait vérifier si ça se trouve c’est raciste, homophobe. Mais je n’ai aucune envie de le relire, ni de lire celui-ci 🙂

    • Ma cousine a lu les oiseaux se cachent pour mourir, j’avoue ne pas avoir du tout envie de me lancer dans la lecture de cet ouvrage après avoir lu Douze de trop. Ce qui m’a dérangé n’est pas tant la présence de personnages racistes ou homophobes, mais que rien ne vienne contrebalancer ces personnages.

  3. J’ai lu, il y a bien longtemps aussi, Les oiseaux se cachent pour mourir…. J’ai souvenir de l’histoire, mais comme de quelque chose de vieillot déjà… Enfin, ton billet ne me donne pas envie du tout de découvrir !!
    Hop, billet ajouté !

  4. Pingback: 50 billets, 50 états – le bilan final | deslivresetsharon

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