Archive | juillet 2016

Corbeaux de Vidar Sundstol

Présentation de l’éditeur :

Son frère Andy est-il un assassin ? Hanté par cette question, Lance fuit les forêts du Minnesota marquées par la mort. Mais sa nièce Chrissy lui demande de l’aide : Andy est devenu fou et cadenasse la jeune fille. Lance découvre que Chrissy était présente sur les lieux du crime le soir du drame. Les bois cachent-ils encore d’autres ombres ?

Mon avis :

Toi et moi, on est comme des corbeaux qui traversent les épreuves de l’hiver. On résiste à tout. Rien ne peut nous abattre, p. 245.

J’ai laissé passé trois ans et trois mois entre ma lecture du tome 2 et  celle du tome 3 – en partie par peur d’être déçue par cette lecture. Et bien, ça y est, c’est fait, j’ai lu et je suis déçue.

Deux mois se sont écoulés entre la fin du tome 2 et le début du tome 3, deux mois pendant lequel Lance Hansen a fait croire qu’il était parti en Norvège alors qu’il n’était pas loin, au Canada. Il se décide à revenir, passe négligemment voir sa vieille mère, Inga, à qui il s’est débrouillé pour envoyer des cartes postales depuis la Norvège, puis enquête à nouveau. Son but ? A la fois innocenter celui qui croupit en prison, prouver la culpabilité de son frère Andy et rendre justice au jeune norvégien assassiné.

Ce troisième tome comporte nettement moins de substance que les autres. Certes, nous en apprenons un peu sur la culture ojibwa, nous découvrons Lance en train de tenter de rêver à nouveau, mais je n’ai pas ressenti à cette lecture la force et l’émotion qui se dégagent des pages écrites par Craig Johnson. Peut-être parce qu’il y a une différence essentiel : Walt Longmire agit pour les autres, avant tout, Lance Hansen agit pour lui, en oubliant un peu (beaucoup) ceux qui l’entourent. Parfois même, cela vire à la bluette sentimentale (si, si, je vous assure) et j’ai eu du mal à cacher mon ennui, pour un livre qui pourtant se lit très facilement. J’ai dû d’ailleurs faire des retours en arrière parce que, par moment, j’avais l’impression d’avoir déjà lu tel ou tel passage.

Lance Hansen a des excuses… Il découvre que des membres de sa famille lui ont menti depuis… fort longtemps. Peut-être aussi parce que lui non plus n’a pas pris la peine de poser des questions, d’aller au-delà des apparences. Un comble pour un policier qui n’a pas vu ce qui se passait pas très loin de chez lui. S’intéresser au passé, c’est bien. Regarder le présent aurait été mieux. A Lance de regarder vers un avenir qui n’offre pas des perspectives très réjouissantes, comme le montre l’épilogue.

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Le brigand bien-aimé d’Eudora Welty

Mon avis :

Il était une fois un brigand qui menait le jour la vie d’un honnête et la nuit (ou était-ce d’autres jours ?) celle d’un remarquable brigand. L’action se passe dans le bel état du Mississippi, et les descriptions de ses paysages sont absolument somptueuses.
Il était une fois un naïf marchand, qui pourrait être le frère du père de la Belle. Lui aussi a une très belle fille, Rosamonde, elle et lui sont les seuls survivants d’une attaque d’indiens. Clément Musgrove, le marchand, s’est remarié avec Salomé, aussi laide qu’elle est méchante, ce qui n’est pas peu dire. La marâtre, comme toutes les marâtres de contes de fée, cherche tous les moyens de se débarrasser de sa belle-fille – elle n’a pas songé que l’un des moyens était de la marier – et son naïf mari ne s’aperçoit de rien.
Il était une fois un garçon nommé Bouc, nantie de six soeurs pas vraiment jolies, qu’il souhaite toutes marier. Maltraité par tous ou presque, muni d’une très riche employeur qui ne le paie que de mots – elle sait y faire- il est lui aussi assez naïf puisqu’il respecte les préceptes qu’on lui a enseignés et qu’il a retenus on se demande bien comment. Par contre, les notions classiques de « bien » et de « mal » sont un peu passées à la trappe.
IL était une fois un brigand (oui, lui encore), qui enlève sa belle, la perd, l’enlève et la reperd, avant, peut-être, de la retrouver définitivement ou de se perdre lui-même.
Il était une fois des objets qui parlent, des animaux qui parlent, et des êtres humains qui parlaient trop.
IL était une fois un gentilhomme qui doit libérer une naïve jeune fille en détresse, et un bandit (oui, cela fait trois fois que je le nomme, le chiffre trois est important dans ce livre) qui tourmente une jeune idiote – mais peut-être ne s’agit-il que d’un seul et même couple ?
Vous l’aurez compris, il s’agit d’un conte de fée à la sauce western, et l’ensemble prend très bien !

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Thomas Hampson

50Le challenge 50 états/50 billets de Sofynet se termine demain, et je n’ai strictement proposé, en quatre années, aucun billet musical ! Je vais donc régler ce souci sur le champ en vous présentant un chanteur d’opéra américain : Thomas Hampson.

Né en Indiana, à Elkhart, en 1955, il a grandi dans l’état de Washington. Voilà pour les années de jeunesse. S’il a étudié avec Marietta Coyle, Elisabeth Schwarzkopf, Martial Singher ou encore Horst Günther, s’il a fait ses premiers pas sur scène à Dusseldorf, c’est Leonard Bernstein qui fut son mentor.

Pourquoi ce chanteur ?

Si ma passion pour l’opéra ne se satisfait que par intermittence (les prix des places ont flambé, quoi qu’en disent les directeurs d’opéra), j’ai souvent entendu des chanteurs français dire : « ah, non, mais chanter en français, c’est difficile » et ils sont souvent incompréhensibles dès qu’ils doivent interpréter quoi que ce soit dans leur langue maternelle. Bizarrement, Thomas Hampson n’a pas ce problème.

Son répertoire  ? Mozart, Rossini, Verdi, mais aussi Ambroise Thomas, Offenbach, Malher et Schubert. J’ai écouté sa version de Leporello dans Don Giovanni un nombre incalculable de fois. Son Figaro du Barbier de Seville est très bien aussi ! Pour illustrer cet article autant utiliser un de mes duos préférés, celui de Don Carlo de Verdi.

Thomas Hampson (baryton, je ne l’ai pas encore précisé) est Rodrigo, marquis de Posa. Jonas Kaufmann (ténor) est Don Carlo. La video a été enregistré au festival de Salzburg, en 2013.

Et même si la qualité de l’image est très moyenne, son interprétation de l’air de Figaro dans le Barbier de Séville de Rossini est par contre excellente :

Bon samedi à tous !

Meurtres à Willow Pond de Ned Crabb

Présentation de l’éditeur :

Sur les rives d’un petit lac du Maine, Alicia et Six Godwin coulent une existence paisible, entre la librairie qu’ils ont créée et leur passion commune pour la pêche. Jusqu’au jour où ils décident de passer le week-end dans le luxueux lodge que leur richissime cousine, Iphigene Seldon, dirige d’une main de fer. Âgée de soixante-dix-sept ans et dotée d’un caractère bien trempé, la vieille femme a justement convoqué ce même week-end ses nombreux héritiers pour leur annoncer qu’elle modifie son testament. Au lodge, l’atmosphère devient électrique. Et tandis qu’un orage d’une extrême violence se prépare, tous les membres de la famille se laissent envahir par des envies de meurtre.

50Mon avis :

« Qui voudrait tuer les meilleurs guides de pêche du Maine, bordel? Quelqu’un du Massachussets  »  p. 315.

Je préfère donner le ton dès le début pour vous montrer où vous mettez les pieds. Il est toujours des personnes qui ne veulent lire que de la littérature 100 % aseptisée, garanti sans gros mots, sans situation scabreuse, bref de la littérature dont on peut se vanter tranquillement de l’avoir lue, voire laisser traîner le livre en question en toute tranquillité sur la table du séjour. Note : rédiger ce genre d’avertissement est usant, comme si lire était dangereux pour la santé.

Mais revenons à Willow Pond. Tous cousins dans le Maine ! pourraient dire Six et Alicia, les deux premiers personnages que nous rencontrons. Eux aussi dépotent. Quoi ! Un couple d’anciens enseignants, sexagénaires, et toujours sexuellement actifs ensemble après tant d’années de mariage, un couple qui partage toujours des passions communes, ne serait-ce pas hautement réprouvés, non pas la morale, mais par les lecteurs bien pensants ? Eux sont les seuls à apprécier Iphigene Seldon, leur cousine (enfin, une parmi tant d’autres), ce qui ne les empêche pas de cerner son caractère constamment brutal.

« O dieux du lac, je dédie mon frère poisson aux mille dents à la mémoire d’Iphigénie Seldon, grande pêcheuse parmi les mortels« . p. 413.

La vengeance est douce, parfois, et Iphigene, Gene pour les intimes, le Duce pour ses proches, a vécu des années dans l’ombre de son brillant frère, si aimé par ses parents, et de sa chère épouse, très brillante elle aussi. Un orage, un coup de tonnerre les a fait partir en fumée, laissant trois orphelins presque adultes et une absence de testament qui fit d’Iphigene la propriétaire du lodge et de ses neveux ses salariés – cela fait vingt ans que cela dure. Brad et Merrill, les deux aînés, sont devenus de brillants guides de pêche, l’un vouant une passion au pot de fleurs dans lequel il planque sa bouteille de whisky, l’autre plane sur un petit nuage dû à son addiction à la drogue. Quant à Kipper, le plus jeune, le chouchou d’Iphigene, il dirige le loge, a engagé Jean-Pierre, son petit ami, comme cuisinier. Tous n’ont qu’un désir (y compris leurs conjoints) : que Gene se décide à mourir. Quitte à l’aider un peu.

Sauf que le meurtre a vraiment bien eu lieu, lors d’un orage particulièrement violent. La réalité d’un meurtre est bien différente du meurtre fantasmé, imaginé, dont le plan a été cent fois rêvé. Elle est bien différente aussi de ce que l’on peut voir dans les séries télévisées – dira-t-on jamais assez ce qu’elles ont apporté au genre ? – ou dans les romans délicieusement british que dévore Renee, la future ex-femme de Brad. Les enquêteurs locaux arrivent, aidés par une enquêtrice de la criminelle hors-norme. Ce n’est pas que les policiers du cru ne soient pas compétents, c’est qu’ils ne sont pas du tout habitués à une telle violence. Il est encore des endroits, aux Etats-Unis, où l’on peut régler une querelle sans sortir les flingues ou la batte de base-ball.  Pour un peu, on se croirait en Angleterre, non en Nouvelle-Angleterre. ce pendant, ce n’est pas du thé qui coule à flot, c’est bien du whisky et autres cocktails servis généreusement au bar, ou dissimulé dans un pot de fleurs. Le jardinage a de beaux jours.

Angleterre, toujours, avec les cent dernières pages du livre qui nous font croire que l’on est dans un James Bond, plutôt que dans un paisible relais de pêche. Dire que certains voulaient se reposer, et finissent canardés à tout va…. Finalement, le Maine n’est pas si paisible que cela. Demandez à William G. Tapply. Ou à Tim Burton.

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Les tribulations jubilatoires d’un pisse-copie de Philippe Gindraux

Merci au forum Partage-Lecture et aux éditions Slatkine pour ce partenariat.

Quatrième de couverture

Comment débuter dans le journalisme quand on est jeune étudiant à Paris et de surcroît suisse et fauché ? Quand on ne connaît rien ou presque de la vie, que l’on est maladroit et candide ? Avec humour et franchise, Philippe Gindraux nous livre sans complexe ses recettes. Nous vivons avec lui ses espoirs et ses déconvenues d’apprenti journaliste, puis de reporter confirmé. D’anecdotes en interviews, nous partageons ses joyeuses rencontres.

Mon avis :

A l’heure où le moindre badaud témoin d’un événement filme, photographie, et se croit très important, où une information à peine parue sur le net est presque périmée, se souvient-on qu’il existe des journalistes qui rédigent des articles, des brèves, des billets, et qu’il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton pour le devenir ? Dans ce livre, Philippe Gindraux retrace le parcours qui a été le sien – ou comment le jeune étudiant suisse est devenu un journaliste confirmé ?

La lecture de cette biographie journalistique n’engendre pas la monotonie. L’auteur ne nous cache rien de ses déboires, de ses progrès aussi pour faire le métier dont il rêve. Pas de misérabilisme, ce n’est pas le genre de la maison, mais beaucoup d’humour, et une plume alerte. Même si certains refus, quelques mésaventures ont retardé le développement de sa carrière naissante, l’auteur s’est toujours démené pour parvenir à ses fins professionnelles.

Chaque chapitre est relativement court, comme un article de journal, finalement. Si l’ordre chronologique est respecté, il n’est pas interdit de picorer un chapitre ici, un chapitre là, pour lire directement ce qui concernent votre artiste préféré, la manière dont il a été interviewé ou photographié. Photos un peu « surprises », parfois, comme pour le mariage d’Audrey Hepburn, jamais de photos scandaleuses (il ne débusque pas les couples illégitimes) ou de traques intempestives (les maladroites sont par contre tout à fait possibles). Il se dégage de la tendresse, de l’admiration pour les personnes dont il nous parle. Pas d’amertume, non : l’auteur n’est plus journaliste, par envie d’une autre aventure professionnelle et il a gardé le meilleur de ses quinze années.

Les tribulations d’un pisse-copie est  un livre que j’ai pris plaisir à lire et que je recommande.

Le berger de Frederick Forsythe

Trente ans d’attente avant de finalement, retrouver ce livre, comme je l’expliquai dans l’article Ma mémoire me travaille.

.  Pour faire court :

– est-ce que cela en valait le coup ? Oui.
– Est-ce que la jeune lectrice que j’étais dans les années 80 aurait aimé ce livre ? Oui.
– Le recommanderai-je ? Oui.

De quoi parle-t-il ?

Un jeune pilote, en 1957, rentre chez lui pour Noël. Dans son Vampire (nom de son avion, et oui). Du secteur Nord de l’Allemagne à l’Angleterre. Un seul fusible qui saute, et des instruments de navigation tombent en panne, dont la radio. S’en sortira-t-il vivant ? Vous aurez une centaine de pages pour le découvrir.

En fait, sa lecture m’a fait penser à un autre conte de Noël qui fut un coup de coeur : Steamboat de Craig Johnson. Tout simplement parce que les deux livres contiennent le même message : jusqu’où êtes-vous prêts à aller pour sauver une personne en danger ? Jusqu’au bout, avec elle, est la réponse dans les deux cas.

Le berger a beau être un livre de littérature jeunesse, il n’est pas moralisateur. Le tout jeune pilote de la RAF exerce un métier dangereux, il connaît les risques, pour lui, pour les autres. Et alors ? Rien ni personne ne le lui reproche. Encore heureux.  Il faut dire que ses instructeurs lui ont appris comment diminuer les risques en cas de problèmes – pour lui, mais surtout pour les autres. Protéger est le premier mot d’ordre. Aussi, d’autres pilotes ont été formés pour guider les avions en détresse jusqu’aux pistes atterrissage. Ce sont les bergers, sur lesquels l’avion en détresse doit calquer son vol. La couverture ci-dessus, qui date de 1978 (là aussi, les coïncidences) montre assez bien comment la manœuvre est effectée.

L’autre risque, avec ce livre, aurait été qu’il ait une fin décevante. J’ai quelques titres en tête, de romans que j’avais très envie de lire, dans mon enfance ou plus récemment et qui, une fois que je les ai refermés, n’ont provoqué pour réaction que cette phrase : « tout ça pour ça ». Si la littérature ne permet pas aussi de s’évader, d’imaginer, pas d’être « réductrice ». Le berger me donne envie d’écrire un livre aussi réussi que celui-ci, et c’est tout sauf évident.

Swan Peak de James Lee Burke

Présentation de l’éditeur:

Dave Robicheaux, son épouse Molly et son ami Clete Purcel tentent d’oublier le traumatisme de Katrina en s’immergeant dans la nature somptueuse et sauvage du Montana. Alors qu’il pêche tranquillement, Clete est pris à parti par deux individus qui l’ont reconnu à cause d’une sordide affaire pourtant très ancienne. Ces hommes aux manières brutales et au passé trouble travaillent pour un riche entrepreneur extrêmement déplaisant. Alors qu’une ambiance malsaine s’installe, d’horribles faits divers se produisent…

Préambule :

J’ai lu ce livre dans le cadre du challenge Livra’deux pour Pal’addict. Mon binôme estAud042, dont vous pouvez découvrir le blog . 

 

Mon avis :

Je commencerai par un trait d’humour (et comme le roman est tout sauf drôle, ce sera quasiment le seul) : il ne faut pas prendre de vacances lorsque l’on est un enquêteur. Ja-mais. Je ne connais pas un seul enquêteur qui ait pu avoir des vacances reposantes. Sur le papier, pourtant, tout devait bien aller : le Montana n’est pas l’état le plus réputé pour son taux de criminalité, les gens y viennent pour pêcher, non pour se quereller. Sauf que, si vous avez lu comme moi Rivière de sang, vous savez bien que ce n’est pas aussi simple que cela, quelle que soit la sérénité qui se dégage des paysages..

C’était bien parti pourtant, enfin, pour les vingt premières pages, puisque très vite, deux individus s’en prennent à Clete Purcel, le meilleur ami de Dave Robichaux. Dans la rubrique « on marche sur la tête », ce sont ses agresseurs qui lui demandent de se tenir tranquille. Mais quel lièvre (ou quel brochet) a-t-il bien pu soulever ? Peu après, deux jeunes étudiants sont retrouvés assassinés, après qu’ils ont été torturés. Cela s’est passé tout près du ranch d’Albert, l’ami de Dave qui les héberge : humaniste, écologiste, il a fait de la prison quand il était tout jeune, et sait fort bien les séquelles que l’on peut avoir,même après un court séjour. Ce n’est pas une seconde chance qu’il offre à ses employés, il n’a pas cette prétention, c’est le fait de les accueillir, quel que soit leur passé, du moment qu’ils sont là pour travailler. Et l’un de ses employés, justement, a vécu une expérience tout sauf facile : dans un second temps, c’est son histoire que nous allons suivre, la sienne et celle de son « gardien », un ancien de l’armée, viré pour des actes que l’armée condamne après avoir fermé les yeux dessus. Ou comment, encore une fois , raconter noir sur blanc une réalité que beaucoup ne veulent pas voir.

Le Montana ? Un état idéal dans lequel la largeur d’esprit n’a pas vraiment cours. L’expression « Amérique profonde » est très souvent employé, je pense que l’on est rarement confronté dans les romans, et à plus forte raison à la télévision, à des personnages comme ceux de Troyce Nix ou de Quincey. Sans vous dévoiler trop l’intrigue (et je sais que je ferai peut-être hurler ceux qui ont lu le roman), Troyce, par son devenir, par sa complexité aussi (il n’est pas que la brute qu’il paraît être), est un personnage auquel le lecteur peut s’attacher, progressivement. Il est la preuve, tout comme Candace, avec laquelle il va former un duo détonnant, que l’Amérique n’en a pas grand chose à faire de ses enfants. Famille, qu’as-tu fait pour moi ? M’apprendre la supériorité de la race blanche, comme l’a fait celle de Quincey, apprendre à se faire respecter par ceux qui sont jugés inférieurs ? Apprendre à être le larbin de la famille Wellstone, surtout de Leslie Wellstone et de Jamie Sue, sa femme, chanteuse qui a connu son heure de gloire et qui chante maintenant au cours de cérémonie religieuse revivaliste. Leslie, qui est l’ennemi juré de Clete, dont on reparle du passé. Le FBI veut faire toute la lumière sur la mort de Sally Dio, un mafieux que fort peu de monde regrette mais,peut-être que, dix-sept ans plus tôt (voir Black Cherry Blues), Clete a peut-être prêté la main au malencontreux accident qui l’a emporté. Cela fait beaucoup de peut-être. Une certitude : un des anciens hommes de main de Sally travaille maintenant pour Leslie. Le passé ne vous laisse jamais en paix, et ce n’est pas Clete, Dave, hantés tous deux par le Vietnam, qui diront le contraire.

Rien ni personne ne semble pouvoir les apaiser, et si les deux hommes enquêtent, c’est avant tout pour ne pas laisser un crime de plus impuni. En toute légalité ? Pas nécessairement. La cavalerie n’arrive pas toujours quand on l’attend ou bien elle prend des formes vraiment bizarres.

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