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Nuits blanches à Langston Manor de Jacquie d’Alessandro

Présentation de l’éditeur :

 » – Quelles sont, selon vous, les qualités de l’homme parfait ? demande Sarah Moorehouse à ses amies Julianne, Emily et Carolyn. – Il doit être gentil, patient, honorable. – Beau, grand, fort, romantique et passionné. – Il doit aimer faire les boutiques ! – Avoir les yeux bleus, ajoute Sarah avec le plus grand sérieux. Bleus, comme ceux du marquis de Langston, leur hôte, qui, justement, cherche une épouse. Mais aucune chance qu’il remarque Sarah ! Elle n’est pas assez jolie. D’ailleurs, elle ne veut pas d’un mari. Tous les hommes sont des imbéciles, y compris le marquis. Donc, il ne l’intéresse pas. Tout de même, que faisait-il en pleine nuit dans le cimetière, sous l’orage, une pelle à la main ?  »

Mon avis :

« Il n’est pas de problème qu’un bon coup de pelle ne résolve » (devise personnelle).

Si vous aimez les romans historiques drôles, ce livre est fait pour vous. Sarah Moorehouse est le prototype même de la vieille fille à qui personne ne fait attention. Moins jolie que sa soeur, elle a fait le désespoir de sa mère, d’autant plus qu’elle a refusé de se couler dans le moule, de tenter d’améliorer ce qui pouvait être améliorable (toujours selon sa mère). Elle se satisfait de son sort, d’autant plus qu’elle est très proche de sa soeur aînée Carolyn. Celle-ci a toutes les qualités, notamment celle d’avoir été une grande soeur adorable, une grande soeur qui a eu la douleur de perdre son mari voici trois ans et qui commence seulement à revenir dans le monde, accompagnée par Sarah, qui lui sert de chaperon, parfaitement invisible aux yeux des hommes.

Le marquis de Langston ne fait pas exception. Matthew connaît le nom de toutes les belles jeunes femmes qui sont réunies dans son manoir, puisque son objectif est simple : épouser l’une d’entre elle le plus rapidement possible, à condition qu’elle soit riche (jolie aussi, cela peut aider). Pourquoi le jeune marquis a-t-il besoin d’une épouse riche ? Cela a lien avec son obsession de visiter son jardin, la nuit, avec une pelle, accompagné par son adorable et démonstratif chien. Oui, un chien est toujours utile, le marquis a beau être dans son jardin, il sait qu’une agression est toujours possible – son père a agonisé longuement après avoir été agressé non loin de sa demeure.

Ce que Matthew n’avait pas prévu, et son meilleur ami Daniel non plus (un vrai ami, ai-je envie de préciser) c’est qu’il tomberait amoureux de Sarah. Leurs rencontres n’auront rien de conventionnelles, certaines seront même fort drôles. Sarah adore jardiner (une activité que réprouve sa mère) et elle sait très bien manier une pelle, elle n’a rien contre les chiens, elle-même possède un exemplaire énorme et fort démonstratif. Il y aura aussi des moments émouvants, quand Matthew et elle se remémorent des êtres chers qui ne sont plus, ce qui ne veut pas dire que la douleur n’est pas présente : Peu importe le temps écoulé, on ne guérit jamais de la perte d’un être cher. 

Alors, l’amour triomphera-t-il ? Matthew pourra-t-il résoudre tous ses problèmes, y compris ceux dont il ne soupçonne pas l’existence alors que débute le roman ? Sarah et ses amies du club de lecture parviendront-elles à définir ce qu’est l’homme idéal ? Et pourquoi pas ?

Les tartines sont meilleures quand on les partage à deux de Emily Blaine

Présentation de l’éditeur :

Tristan est photographe, Emma est médecin. Depuis leur rencontre lors d’un mariage, Tristan est convaincu qu’elle est la femme de sa vie.
D’ailleurs, le destin semble d’accord avec lui : il ne cesse de mettre Emma sur sa route. Mais toujours le timing et les aléas de la vie les empêchent d’être ensemble. Alors, Tristan attend. Et Tristan y croit, pour eux deux. Mais après huit ans de relation en pointillés, de fuites d’Emma et de rupture sans explication, ne serait-ce pas le moment d’avancer pour de bon ? Oui, il va tenter sa chance une dernière fois : soit il tournera définitivement la page de cette histoire… soit il retrouvera enfin celle qu’il aime.

Mon avis :

Je pense que je ne vais pas me faire que des ami(e)s avec cet avis, mais je n’ai pas vraiment apprécié ce livre. La romance est racontée du point de vue de Tristan, et elle s’étale sur huit ans, huit ans pendant lesquels il attend que la femme dont il est amoureux cesse de prendre la fuite et daigne enfin nouer une relation amoureuse avec lui. Je ne peux pas m’extasier sur cette histoire, parce que je la trouve toxique – oui, je lâche le mot – sans doute parce que j’ai vu de telles histoires dans la vie réelle et j’ai vu comment elles se terminaient dans la vie réelle. Pas du tout comme l’on pourrait l’imaginer. Preuve cependant, que dans une lecture le lecteur projette aussi son vécu.

Oui, cela peut être intéressant d’inverser les points de vue, de voir l’homme qui patiente (tout en enchaînant les conquêtes) et la femme qui ne veut pas s’engager, qui a peur qu’il lui reprocher de ne pas s’épanouir dans sa carrière à cause d’elle, qui, elle-même, ne vit que par et pour son travail, et n’hésite pas à s’engager dans des histoires d’amour soit foireuses, soit pantouflardes, des histoires qui m’ont semblé, parfois, des prétextes pour ne pas s’engager dans la seule histoire qui semblait compter pour elle. Je suis dure avec ce livre ? Oui, j’en conviens. En me relisant, je me dis que je pourrai édulcorer mon propos, ce qui ferait surtout qu’il ne serait plus réellement mien, et ne correspondrait pas à ce que j’ai ressenti.

Un personnage sort du lot cependant : Hélène, meilleure amie de Tristan et d’Emma. Elle attend qu’ils se décident enfin, ou qu’ils tournent la page. Elle est l’inverse d’eux, elle qui a toujours su profiter de l’instant présent, sans regret.

PS : j’ai lu depuis un autre roman, antérieur, de l’autrice, et je l’ai beaucoup apprécié. Elle-même dit avoir pris des risques en écrivant ce livre. Je comprends, et je salue le fait d’oser sortir, surtout pour une romance, des sentiers battus. Ce n’est pas le livre qui m’a déplu, c’est la situation qui y est racontée.

Pour l’amour du pho de Loan Le

Présentation de l’éditeur :

Cela fait des années que les Mai et les Nguyễn se livrent une compétition acharnée pour savoir qui détient le meilleur restaurant de phở. À cause de cela, Linh et Bảo se sont toujours évités. Mais même sans se côtoyer, tous deux savent que ce conflit dépasse le cadre d’une simple rivalité entre familles et trouve ses origines dans des blessures plus profondes. Quand par chance, Linh et Bảo se retrouvent à devoir travailler ensemble, ils se rendent immédiatement compte qu’ils peuvent devenir amis… et bien plus. Est-il possible pour eux de vivre leur amour malgré l’histoire et les conflits qui opposent leurs familles ?

Mon avis :
Merci aux éditions Éditions Akata et à Netgalley pour ce partenariat.

Romance ? Ce serait vraiment réducteur de penser que Pour l’amour du Pho n’est que cela, sauf si une romance signifie raconter des histoires d’amour ancrées dans le monde réel. En lisant le roman, l’on peut penser Roméo et Juliette, Linh et Bao feront même allusion à cette célèbre histoire. Source d’inspiration, peut-être. Surtout, Pour l’amour du pho nous plonge dans la culture vietnamienne, et je connais peu de livres qui le font, encore moins des livres young adult.

Pour l’amour du pho est bien une histoire de famille, les Mai et les Nguyễn. Elles ont toutes deux un restaurant, elles travaillent toutes les deux avec acharnement, ne comptant pas leurs heures, non pour exceller dans la restauration, mais pour que leurs enfants ne manquent de rien, ne vivent pas ce que leurs parents ont vécu à leur arrivée aux Etats-Unis. Soucieux de la réussite de leurs enfants, ils tiennent à ce qu’ils fassent des études qui leur permettent de faire un métier stable, sûr, solide. Evie, la fille aînée des Mai, fait des études de biologie. Linh, la cadette, est encouragée à devenir ingénieur. Elle aime peindre, que dis-je, elle est une véritable artiste mais, pour ses parents, ce n’est pas possible, ce n’est pas audible, peintre, artiste, c’est un métier pas assez sûr : la soeur de sa mère est sculptrice, elle est restée au Vietnam, et si elle vit désormais de son art, cela n’a pas toujours été le cas. Un voile opaque recouvre le passé familial, la vie au Vietnam, l’arrivée sur le continent américain. Et les Mai détestent leurs rivaux, les Nguyễn, qui le leur rendent bien. La conséquence est que les deux restaurants ont beau être voisins, les deux familles ne se fréquentent pas du tout, et c’est par hasard que leurs deux enfants vont participer à un projet commun au lycée. Ils vont devenir amis, se confier leurs aspirations – surtout Linh, qui ne peut guère parler de ses désirs artistique à ses parents – et leurs relations va évoluer, lentement mais sûrement. Il faut dire qu’en temps qu’enfants de restaurateur, enfants de vietnamiens immigrés, ils ont beaucoup en commun, beaucoup plus qu’ils ne croient.

Le roman n’est pas manichéen, il n’y a pas de « méchants » parents face à des « gentils » enfants, mais des hommes, des femmes, qui se sont donnés beaucoup de mal pour avoir une situation professionnelle stable, une situation qui leur permet de vivre décemment, d’offrir un avenir à leurs enfants, tout en vivant avec les plaies du passé, plaies encore très vives, pour eux, mais aussi pour ceux qui sont restés au pays. La nourriture est aussi omniprésente, parce qu’il ne s’agit pas seulement de tenir un restaurant, il s’agit vraiment de nourrir ceux qui y viennent, de nourrir ses enfants aussi, de transmettre des recettes familiales – et la recette transmise par la mère est toujours la meilleure.

Il est question aussi de racisme, malheureusement : il existe encore des personnes qui pensent que d’autres n’ont pas le droit de vivre sur le même sol qu’eux, en raison de leur couleur de peau, de leur culture, de leurs origines. Ecrire est un moyen de lutter contre le racisme, ne l’oublions pas.

 

Lake, qui es-tu ? de Theresa Charles

Présentation de l’éditeur :

Londres, 1941. La guerre, les alertes, la ville dans les ténèbres.
Ténèbres aussi dans la mémoire d’une jeune femme arrachée aux décombres d’un immeuble et qui se réveille, seule au monde, dans une chambre d’hôpital Lake… C’est le nom qu’elle murmure quand on lui demande qui elle est, mais est-ce vraiment le sien ? Cette question va l’obséder tandis qu’elle s’engage à tâtons dans la recherche de son passé. Quête douloureuse où alternent l’espoir et la peur.
Il y a ce cavalier aux cheveux de flamme qui était peut-être le bonheur… Il y a cet homme sans visage mais dont elle entend, terrorisée, le pas boiteux, saccadé…
Quel fut le passé de Lake ? Y a-t-il encore un avenir pour elle ?

Mon avis :

J’ai envie de partager avec vous une lecture « légère » avec cette romance qui a traversé le temps. Je le dis parce que ma mère l’a lu quand elle était jeune fille, ma grand-mère l’a sans doute lu elle aussi. Je l’ai découvert à mon tour quand j’étais adolescente, et j’ai retrouvé le livre dans une boite à livres.

Nous sommes dans un contexte historique grave : les bombardements de 1941 à Londres. Lake se réveille à l’hôpital, amnésique. Du moins, elle croit qu’elle s’appelle ainsi. Il lui faut retrouver son passé, et cela sera tout sauf facile. Encore que… Romance, oui, mais romance qui aborde aussi des thèmes graves : le veuvage, le handicap. Je ne sais pas pourquoi Theresa Charles (pseudonyme qui cache un couple d’auteurs) s’est intéressée à ses thèmes. Je note cependant qu’un homme devenu handicapé à la suite d’un accident a plus de chance de se retrouver en couple qu’une femme. Dans ce roman, il y a aussi des trahisons, une femme fatale, de la jalousie – et deux rouquins. Oui, les héros de romance peuvent aussi être roux, et non pas forcément être de « beaux bruns ténébreux ».

Une romance en forme de souvenirs pour moi.

Mademoiselle Rose, avec le fantôme, dans la bibliothèque par Caroline Pietralunga

Présentation de l’éditeur :

Depuis qu’Éléa, jeune et pétillante parisienne, vient d’emménager dans son nouvel appartement des suites d’une rupture amoureuse, elle y perçoit une singulière présence qui la terrifie. Ange ou fantôme ? Il est d’abord question de parler de ce ressenti à des amis qui sauront l’entendre et l’accompagner. Pour Éléa, ce sera aussi l’occasion d’aller à la rencontre des habitants de cet immeuble et de nouer des amitiés, notamment avec une charmante et élégante octogénaire. Dans ce roman à la fois drôle et émouvant, empreint d’une intertextualité qui résonne avec chaque chapitre, l’héroïne va mener de front ses investigations, sa vie sociale et sa reconversion professionnelle, tout en conversant avec ce finalement très sympathique fantôme qui aime qu’on lui lise Barjavel.
Un cheminement sous forme de voyage initiatique qui l’amènera à la plus belle des révélations et à une issue à rebours de la tragédie de l’héroïne de La Nuit des Temps.

Merci aux éditions La Sirène aux Yeux Verts et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

J’ai beaucoup de mal à rédiger des avis depuis plusieurs mois, c’est un fait, et cet avis-ci ne fait pas exception.

Nous sommes dans une romance à la fois contemporaine et dans un roman qui dépasse le clivage des époques, une romance, oui, mais qui nous entraîne vers des thématiques beaucoup moins légères.

Et pourtant… Eléa, qui doit son prénom à Barjavel, est une jeune femme d’aujourd’hui, à la vie sentimentale pas très calme – elle sort tout juste d’une rupture – et pas forcément ouverte à tout ce qui est surnaturelle. C’est dans son nouvel appartement qu’elle sent comme une présence. Menaçante ? Pas tant que cela. Dérangeante, sans doute. Le tout est de trouver ce qu’il fait là, voire de vivre avec – et de se remettre en question aussi, entre vie personnelle et vie professionnelle.

C’est une lecture qui vous fera passer par plusieurs émotions, du grincement de temps (ah les commentaires de certaines vendeuses, ou la muflerie de certains hommes) au rire en passant par une pincée de tristesse.

Une belle histoire.

 

Jardin secret à Palerme par Valérie MANGIN

Présentation de l’éditeur :

Lorsque les filles de Sara arrivent à Palerme, elles ne reconnaissent plus leur mère. Sous le soleil de Sicile, quelque chose a manifestement changé. Petit à petit, Manon et Lisa vont comprendre que ce changement de lieu inopiné est loin d’être une fuite, et en découvrir les vraies raisons. Sara est une femme meurtrie par une existence menée sous le joug du silence. Silence dissimulateur, silence réparateur, silence rédempteur qui doit un jour se briser pour faire place à la lumière : celle de la vérité, celle de la vie, celle de l’amour dans tout son éclat. La révélation de Sara à ses filles, c’est d’abord la révélation d’elle-même, puis la célébration du lien mère-filles jusqu’ici terni par les non-dits et les affres d’un mariage raté.« Jardin Secret à Palerme » est un chant-roman initiatique dont le personnage central est la Sicile, île solaire, île de beauté, de joie, d’amour et de liberté retrouvés.

Merci aux éditions La sirène aux yeux verts et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Livre lu ? Oui. Livre aimé ? Non.

Je pourrai encore et toujours parler de mon insensibilité sur certains sujets, cela ne changerait rien, je n’ai pas été sensible à cette histoire.

Pourquoi ? D’abord, à cause de ce contraste entre le silence qui entoure Sara et ses filles depuis des décennies, et les paroles, nombreuses, qui sont échangées dans ce roman, en attendant le bon moment – il arrive assez vite – pour la révélation du secret, celui que la mère de Sara a tu toute sa vie, celui que sa fille ne veut pas porter seule.

Oui, Sara a toujours été silencieuse, et n’a rien dit à ses filles de ce qu’elle vivait avec son mari – leur père qui a un jour l’a quitté pour pouvoir profiter de la vie. Je ne dis pas que cette situation n’existe pas, je sais bien qu’elle existe, ce que je ne comprends pas, c’est que Lisa et Manon, les deux filles, sont avant tout venues en Sicile non pour comprendre leur mère, mais pour la convaincre de revenir à Paris pour prendre soin de son père et de leur père. Je ne dis pas là non plus que cette situation n’existe pas encore de nos jours. Je me dis simplement que ces deux jeunes femmes ont bien appris les leçons du patriarcat – la femme est une infirmière qui ne doit jamais se plaindre, elle doit être à la disposition des hommes. Ses désirs, ses envies ? J’ai eu l’impression que pour ses filles, ils ne peuvent exister en dehors des hommes. Très classiquement, elles pensent d’ailleurs que c’est à cause d’un homme que leur mère veut rester en Sicile.

Oui, la révélation du secret, d’autres révélations aussi vont rapprocher mère et filles. Oui, il n’est pire chose que ce que l’on ne veut pas voir, pas entendre. Ne rien dire pour protéger est parfois la pire des choses, ne serait-ce que parce que cela peut être interprété comme de l’indifférence alors qu’il ne s’agit que d’une manière de montrer son amour. Il faut du courage pour se colleter à tout ce qui est épineux. Et le silence assourdissant qui a régné pendant des années a fini par étouffer littéralement la lectrice que je suis.

La naissance de Jalna de Mazo de la Roche

Présentation de l’éditeur :

Quand ils se rencontrent, c’est le coup de foudre. Pour Philippe Whiteoak, toutes les femmes sont des laiderons stupides auprès de la jolie Adeline Court. Aux yeux de la pétulante Irlandaise, nul homme n’a plus belle prestance que le capitaine Whiteoak. Leur mariage dépasse en splendeur ce qu’a connu la ville indienne de Jalna. Mais la naissance d’Augusta met fin à leur vie brillante – et l’ennui vient.
La mort de leur oncle de Québec qui leur laisse une fortune considérable les décide à quitter les Indes. Ils font halte en Angleterre, puis en Irlande. Après un faux départ et maints incidents, leur voilier les conduit à Québec, d’où ils partent s’installer dans les verts espaces de l’Ontario.

Mon avis :

Cet article risque d’être un peu long. Tant pis, pour une fois que je lis le premier tome d’une saga, tout en ayant la certitude que je ne lirai pas la suite. Lire un livre qui ‘est pas votre genre de lecture, oui. Poursuivre et découvrir la dizaine de volumes suivant, non.

Adeline et Philippe, c’est d’abord pour moi l’histoire d’un couple aisé, d’un couple qui peut se permettre de n’en faire qu’à sa tête. Ils se sont rencontrés puis mariés en Inde, leur fille Augusta y est née, et c’est après qu’ils décident de partir pour le Canada, où Philippe a hérité d’un de ses oncles. Ils se rendent néanmoins avant en Angleterre, puis en Irlande, pour voir leurs familles respectives. Au Québec, nous assisterons alors à la naissance de Jalna.

Simple et efficace. Sauf que…. il est des faits qui peuvent étonner, ce n’est pas une romance, c’est bien une saga familiale. Premier exemple : il est question, dans ce roman, de la dépression post-partum. Certes, elle n’est pas nommée ainsi, et elle ne l’est pas toujours actuellement (certains la confondent encore avec le baby blues), mais ce dont souffre Adeline est clairement décrit, tout comme est clairement décrit les maux de sa seconde grossesse. Autre point que l’on voit rarement dans les romans : alors qu’Adeline annonce cette seconde grossesse, Philippe lui reproche d’être tombé enceinte « trop tôt » – et elle de lui rappeler que c’est lui qui l’a mise dans cet état. Oui, Adeline ne se laisse pas faire, et c’est tant mieux. De même, Philippe se trouve fort démuni pendant la traversée quand Adeline ne peut pas s’occuper de Gussie, leur fille, parce qu’elle est trop malade du fait de sa grossesse et du mal de mer. Il confie donc la petite à une écossaisse mère de famille nombreuse : l’ayah dévouée n’a pas survécu à la traversée.

Je devrais dire « aux traversées » parce qu’ils ont dû rebrousser chemin, et que cela aura des conséquences pour la famille d’Adeline. Philippe dit tout le bien qu’il pense de certains membres, et Adeline de ne pas apprécier les reproches qui sont faits à elle et à sa mère. Oui, Adeline comme sa mère se « serre » pendant la grossesse – et même si cela est dit abruptement par Philippe, je me dis aussi que ce n’est pas très bon. Elle se serrera aussi pendant sa troisième grossesse, qui survient alors que Jalna est en construction – nom choisi en souvenir du régiment de Philippe, nom qui a vu naître leur amour.

Adeline tranche avec les autres femmes, parce qu’elle n’en fait qu’à sa tête et que personne ne parvient à raisonner. Le qu’en dira-t-on ? Très peu pour elle. Se rendre seule chez un homme ? Oui, c’est un ami, ils ont effectué la traversée vers le Québec ensemble, et il lui a livré un gros secret pas très reluisant (à mes yeux) même si, autre temps, autre moeurs, il aurait pu de nos jours résoudre ses soucis personnels autrement. Adeline tranche avec les autres femmes, plus conventionnelles, plus attentives à leur famille aussi – Adeline ne sait pas trop comment tenir une maison. Adeline est irlandaise aussi, qu’on se le dise ! Ne venez surtout pas lui dire du mal de son pays.

Adeline ne se laisse pas faire non plus. Les ordres du docteur, qui lui interdit de se lever avant trois jours après son accouchement ? Elle n’en tient pas compte. Ses menaces ? Elle s’en moque également. L’allaitement ? Avoir une charmante chèvre à disposition, c’est bien utile. Le slogan n’existait pas à l’époque, et pourtant : son corps, son choix, pourrait dire Adeline. Par contre, les enfants… sont souvent livrés à eux-même, la nurse semble débordée, prompte à se reposer sur la jeune Gussie (quatre ans), qui a bien compris que ses frères étaient les chouchous de la famille.

Jalna – un domaine dont nous assistons à la construction pas à pas, au fil des saisons, des joies liées à chacune d’entre elles, comme le fait de patiner, par exemple, ou de se baigner, l’été, au grand dam de certains canadiens.

La fin de ce tome 1 annonce déjà la suite – l’on sait qui sera le prochain maître de Jalna, liant ainsi trois familles entre elles.

Les petits secrets de Letitia d’Emily Larkin

Mon avis :

Après le tome 1 des sortilèges amoureux, voici le tome 2, dont l’héroïne est cette fois-ci Letitia. Note : je préfère le titre en VO « Trusting Miss Trentham ».
Contrairement à Charlotte, Letitia connait son don et le maîtrise très bien : elle sait quand quelqu’un ment. C’est un don extrêmement utile quand on est orpheline (elle aussi, ai-je envie de dire) et que l’on dispose d’une grosse fortune. Tous les coureurs de dote sont à vos trousses ! Elle a d’ailleurs repoussé dix-huit demandes en mariage rien que pour cette année, trente l’année dernière. Le major Icarus Reid n’en a strictement rien à faire de sa fortune, c’est son don qui l’intéresse, et il le dit en toute franchise – elle le perçoit très bien d’ailleurs. Ce qu’il veut, c’est savoir qui les a trahis, lui et ses hommes, au Portugal, et le lui faire payer – la cour martiale, pas la vengeance aveugle, même s’il craint de ne pas se maitriser quand il saura le nom du traitre.
J’ai préféré ce deuxième tome, parce que nous sommes davantage dans l’action. Attention ! Je ne dis pas que tout est crédible, Letitia se débrouillant toujours pour pouvoir enquêter avec le major, se moquant de sa réputation. Elle se montre aussi, sur certains points, extrêmement naïve, sur d’autres, elle a des réflexions qui sont trop contemporaines à mon goût. Cependant, ce sont des artifices propres à la romance qui ne sont pas tant génant que cela parce que ce n’est pas le coeur du sujet de ce livre.
La culpabilité du survivant, voilà le sujet. Le major Reid est un homme courageux, qui a servi son pays pendant des années, mais ceux qui l’ont connu ne le reconnaissent plus. Il a énormément maigri (six semaines d’hôpital), et la force qui était en lui s’est volatilisé. Ne parlons même pas de son humour ou de sa joie de vivre. En revanche, il est toujours prompt à aider ceux qui en ont besoin, surtout les anciens militaires, les vétérans, qui ont été blessés, mutilés pour leur pays et qui, pour certains, sont réduits à la mendicité. Letitia, elle, s’occupe des orphelins, des enfants abandonnés, des femmes enceintes abandonnées elles aussi, poursuivant l’oeuvre de sa mère. Oui, l’on voit gros comme une maison que ces deux-là vont finir ensemble. Letitia est certes naïve sur certains sujets, mais elle sait que les cauchemars du major ont une cause bien réelle : se sentir coupable d’avoir survécu quand quatre hommes sont morts. Et savoir que la vie, même hors du champ de bataille, ne tient parfois qu’à un fil, autre point commun qu’il partage avec Letitia qui vit avec la présence d’une absente – Julia.
Oui, c’est une romance, mais une romance bien construite, bien écrite, qui me donne envie de découvrir le tome 3 de cette série.

Les aventures de Charlotte d’Emilie Larkin

Présentation de l’éditeur :

Orpheline, Charlotte Appleby se morfond à la campagne chez son oncle quand lui apparaît, le jour de ses vingt-cinq ans, une fée qui lui offre le don de métamorphose. Elle peut désormais se transformer à sa guise en n’importe quel être vivant. Forte de sa magie, elle s’enfuit à Londres sous l’apparence de Christopher, jeune secrétaire zélé, qui ne tarde pas à être engagé par le comte de Cosgrove, un homme à la réputation sulfureuse. Charlotte n’en a cure. Elle découvre les joies de l’indépendance… et aussi les affres du désir !

Mon avis :

Bonjour, vous êtes bien sur le blog de Sharon. Sharon est toujours là, je vous rassure, seulement, l’heure est grave, elle a décidé de consacrer les jours autour de Noël à des romances. En effet, cela se lit vite, sans trop de soucis.

Charlotte est orpheline. Son oncle et sa tante l’ont recueillie, conformément à la promesse qu’ils sont faites à son père sur son lit de mort. C’est en revanche la seule promesse qu’ils aient tenu. La faire débuter dans le monde ? Très peu pour eux. L’exploiter ? Oui, sans souci. Seulement… à vingt-cinq ans, sa marraine lui apparaît – et elle ne ressemble pas vraiment à un personnage de contes de fée, sauf à penser aux véritables versions, non les versions édulcorées que certains trouvent encore trop violentes. Celle-ci lui accorde un don, et Charlotte choisit celui de pouvoir se métamorphoser en ce qu’elle veut. Elle en profite pour prendre sa liberté et voler à tire d’aile vers Londres. Là-bas, pour être libre, elle se métamorphose en homme et devient Christopher Albin, le secrétaire du marquis de Cosgrove.

Que dire sans trop spoiler ? Déjà, le récit comporte une bonne dose de fantastique. Ensuite, il parle aussi de sujets graves. En effet, le marquis de Cosgrove, que certains accusent injustement d’avoir poussé sa femme au suicide, est très investi dans la lutte contre l’esclavagisme. Il peut en parler à titre personnel : ses parents possédaient une plantation qu’ils ont fait visiter à leur fils. Grâce à l’argent qu’ils ont gagné à la sueur du front de leurs esclaves, ils ont même pu faire construire une magnifique serre dans le château de campagne, serre qui jouera un rôle important dans l’intrigue.

Il est question aussi des relations hommes/femmes, femmes que les hommes divisent en trois catégories : celles qu’on épouse, celles que l’on prend pour maîtresse, femmes qui se prostituent. Simple, clair, nette, et pas du tout misogyne. En écrivant ceci, je pense à une chanson des années 1970 (autant préciser le siècle) Les filles que l’on aime de Joe Dassin mais aussi à ces jeunes femmes (toujours dans les années 60/70) qui faisaient partie malgré elles des femmes que l’on prend pour maîtresse et que l’on plante là, enceintes, parce que l’on va épouser quelqu’une d’autres (j’ai trois exemples en tête). Ah, dans ce roman, il est bien spécifié que homme comme femme prennent des précautions, utilisent la contraception de l’époque. Non, je ne suis pas rassurée, je constate, c’est tout.

Je constate aussi que les scènes érotiques seront nombreuses, trop à mon goût. Et bien oui, le marquis de Cosgrove a un secrétaire, pas une secrétaire, il peut donc parler crument à celui-ci, l’entraîner dans une maison close, et même lui donner des conseils, à ce naïf jouvenceau qui rougit comme une pucelle. Normal, c’est ce qu’iel est (bien utile, ce pronom).

Bref, une romance qui mélange les genres et peut parfois se montrer cru et sanglante.

Au pied du sapin de Keira Andrews

Présentation de l’éditeur :

Après des années de solitude, Daniel Diaz est enfin prêt à abandonner sa vie bien rangée de célibataire. Alors qu’il s’apprête à partir pour une petite escapade de Noël avec son nouvel amant Daniel reçoit un coup de fil des urgences. Son ex demi-frère a été admis à l’hôpital et Daniel est la personne à prévenir en cas d’urgence. Pourquoi ? Ils se connaissent à peine. Le mariage de leur parent avait duré moins d’un an et c’était il y a une décennie de cela ! Mais Cole n’a personne d’autre pour veiller sur lui et le médecin lui a interdit de rester seul. Aussi, Daniel l’emmène avec lui en vacances histoire de s’assurer qu’il ne meurt pas de faim ou qu’il ne tombe pas dans le coma.

Mon avis :

Si l’on me demande pourquoi ce livre est entré (sûrement à Noël dernier) dans ma PAL, c’est très simple : la couverture ! Je n’ai sans doute qu’à peine lu le résumé. Par contre, je persiste et signe : la couverture est vraiment très réussie !

En revanche, l’histoire est une romance M/M des plus classiques. Deux hommes se retrouvent réunis pour Noël dans un chalet et finissent par nouer très rapidement une relation entre eux. Ou comment passer de « on ne sait pas vu depuis des années et tu as été appelé parce que j’ai eu un accident » à « conduisons-nous comme des lapins » – non, il ne s’agissait pas de battre un record de dégustation de carottes. Cependant, il a failli avoir un meurtre, voire plusieurs. Heureusement, les protagonistes de ce récit savent se maîtriser.

Certains pourraient être choqués par le fait que les deux personnages principaux soient présentés comme « ex demi-frère ». C’est le terme qui me dérange : le fait que leurs parents respectifs se soient unis pour divorcer aussi vite ne créer pas de liens du sang, pour ne pas dire qu’il ne créé pas de lien du tout – si ce n’est que le coming-out de l’un a favorisé le coming-out de l’autre.

Sympathique mais pas indispensable.