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La crêperie des petits miracles d’Emily Blaine

édition Harlequin – 396 pages.

Présentation de l’éditeur :

Adèle a tout quitté : Paris, le grand restaurant dans lequel elle travaillait, la pression constante des cuisines, la misogynie du chef qui la bridait chaque jour un peu plus. Pour échapper au burn out, elle s’est réfugiée chez une amie de sa grand-mère, à Saint-Malo. Dans la crêperie de Joséphine, elle reprend petit à petit ses marques, restant loin des cuisines mais s’occupant du service et des clients. Dans ce cocon gourmand et chaleureux, elle devient celle à qui l’on demande des conseils d’écriture pour un discours municipal, un dossier de candidature ou une lettre de réclamation. Alors, quand la crêperie est menacée de fermeture, Adèle est prête à tout pour empêcher que ce bastion d’humanité et de bienveillance ne disparaisse. À tout, y compris à convaincre Arnaud Langlois, puissant homme d’affaires fraîchement divorcé, de devenir son associé.

Mon avis :

J’ai lu ce livre lors d’une lecture commune qui n’a pas totalement abouti. Pour ma part, j’ai choisi de lire ce livre parce que je ne voulais pas rester sur un échec, je n’ai pas aimé le dernier titre écrit par Emily Blaine.

L’héroïne, c’est Adèle. Elle a fait un burn-out et s’est réfugiée à Saint-Malo, faisant un travail foncièrement différent de celui qui était le sien à Paris, celui qui lui avait apporté une petite notoriété dans son milieu, ce dont certains n’ont pas hésité à se servir. Une femme en cuisine peut toujours être utile, servir de caution (non, le milieu de la grande cuisine n’est pas misogyne !) et attirer le client de par sa notoriété. Certes, les émissions de cuisine ne sont pas des émissions de télé-réalité, mais elles ont un impact sur la vie personnelle des participants. C’est un héritage qui la forcera à reprendre sa vie en mains, à se replonger dans l’action. Et à entrer en contact avec Arnaud, le type même de l’homme qui ne vit que pour sa carrière. Il est revenu au pays natal après un divorce qui n’aurait pas eu lieu avant, voire qui n’aurait pas lieu dans certains milieux, parce que les raisons qui ont motivé ce divorce ne seront pas comprises par des personnes qui ont une idée très précise de ce qu’est un bon mari : seulement, Arnaud et sa femme ne partageaient rien, ils vivaient l’un à côté de l’autre mais pas ensemble, et lui ne commence à se préoccuper de sa fille Zoé que quand il sait qu’il sera privé de sa présence. Ce n’est pas tant qu’il la voyait beaucoup, c’est qu’il savait qu’elle était là, dans sa chambre, et qu’il aurait pu la voir, partager du temps avec elle, à condition qu’il ait eu du temps à lui consacrer, bien entendu. Mais n’était-ce pas pour sa famille qu’il travaillait autant ? Non. Il est temps aussi de démonter ce mythe du père qui travaille beaucoup pour les siens : lui travaille surtout pour lui.

La crêperie des petits miracles est une histoire classique, qui rapprochent deux personnes qui ne sont pas si opposées que cela, finalement. Tous les deux ont tout donné pour un travail qui les passionnent, et ils en ont subi les conséquences – je n’ai garde d’oublier le meilleur ami d’Arnaud, misogyne patenté, opposé au mariage par principe, un personnage on ne peut plus classique. Il est vrai que ce roman est une romance classique, pas désagréable à lire, mais pas très surprenante non plus. Cependant, ce serait faire l’impasse un peu vite sur le personnage d’Elisa, le personnage le plus intéressant de ce récit. Elle est très amie avec Adèle. Elle a un cancer, elle est hospitalisée dans l’attente d’une greffe, et surtout, elle est délaissée par sa famille à laquelle je ne me fatiguerai pas à chercher des excuses. Remarque simple : c’est la personne malade, celle qui se bat pour vivre qui souffre le plus, pas les proches, et c’est elle qui doit avoir l’attention d’autrui, non l’inverse. Alors oui, Eva écrit, pour se plaindre de la fin de film qu’elle changerait – pour que les dénouements soient enfin heureux. C’est un défouloir qui ne fait de mal à personne, pas même à ceux à qui ces lettres sont destinés, puisque l’on se doute bien qu’ils ne les liront pas. Mais avoir un but, tenir un discours organisé, écrire enfin ne peut que faire du bien – et c’est ce personnage qui fait vraiment la différence dans ce roman.

Les demoiselles d’honneur préfèrent les kilts

Présentation de l’éditeur :

La meilleure amie de Nelly, Cécilia, se marie dans quelques semaines ! Mais qu’est-ce qu’on organise comme enterrement de vie de célibataire, quand on est une bande de filles plutôt introverties et fans de littérature ?
Nelly a la réponse ! Pour l’enterrement de vie de jeune fille de Cécilia, elle embarque ses demoiselles d’honneur, Louise et Maï-Lan, dans un road trip en Ecosse, sur les traces de leur saga fantastique préférée, Time Turners, à la rencontre du couple phare Calum et Katerine.
Sur la route des Lochs, entre amitié, littérature, secrets et rires, les 4 jeunes femmes vont vivre un moment charnière à l’aube de leurs 30 ans, qui marquera leur vie à jamais…

Mon avis :

Cette lecture, c’est un peu le grand écart avec l’avis que j’ai posté hier.

Je sens que je ne vais pas me faire que des amies en l’écrivant, mais tant pis.

Il est des choses que j’ai aimées, il en est d’autres que je n’ai pas aimé dans ce livre. Je dis toujours que je ne conseillerai pas à un auteur de changer tel ou tel point du récit, c’est son livre, il ou elle sait mieux que moi ce qu’il a voulu dire. Mais en retour, l’auteur ou l’autrice doit accepter que je n’ai pas apprécié certains faits.

Tout d’abord, c’est un roman agréable à lire, il se lit très vite, puisque, après tout, il est question d’un enterrement de vie de célibataire (et non de jeunes filles, quoique la nuance soit très fine). J’ai aimé ce voyage en Ecosse, ses allusions à l’histoire de l’Ecosse, mêlant réalité et fiction puisque nous sommes sur les traces d’un roman, Time turners, qui me semble fortement inspiré par Outlander (jamais lu le livre, jamais vu la série, mais je connais beaucoup de personnes qui sont accro), des hauts lieux où se déroulent son action et celle de la série qui en est dérivée. Pour ce voyage, quatre amies sont réunies, qui sont très différentes. Quoique… à nouveau, si l’on creuse un peu…. Elles sont toutes les quatre passionnées de littérature. A une exception près, elles consomment très peu d’alcool. Elles ont toutes des relations amoureuses longues – Louise est en couple depuis sept ans, Nelly vit une relation à éclipse depuis quatre ans – elles sont toutes les quatre respectueuses et bienveillantes les unes envers les autres. Ce n’est pas si fréquent que cela, même si parfois, je me dis qu’il serait bon qu’elles se secouent les unes les autres – si, si, je ne suis pas une toute jeune trentenaire, mais une quadragénaire qui me demande ce que ces jeunes femmes deviendront dans dix ans, parce que, même si elles s’entendent bien, je ne suis pas certaine qu’elles soient toutes pleinement épanouies, que ce soit dans leur vie personnelle ou dans leur vie professionnelle. En relisant mon avis avant publication, je me suis fait la réflexion aussi qu’aucune n’avait d’animaux de compagnie : un détail, certes, mais un point commun tout de même.  Je me surprends même à me dire que je ne voudrais être à la place d’aucune d’entre elles, ce qui est un comble pour un roman feel good (et sans doute, aucune ne voudrait être à ma place ou à celle de mes amies).  La narratrice est bi, l’une de ses amies fait son coming out et cela se passe plutôt pas mal, tout se règle vite, assez vite d’ailleurs, les discussions franches ont lieu rapidement. Pourquoi pas ? Cependant, je me répète, aucune ne respire le bonheur absolu, pas même la future mariée : elle et son fiancé, même s’ils s’aiment, craignent de mener à bien leurs rêves parce que cela ne plairait pas à leurs familles. La quadragénaire que j’ai vue en a croisé des couples, qui ont renoncé à leurs rêves communs. Bilan : ils ne sont plus en couple.

J’en viens à ce qui m’a gênée, c’est la charge contre JK Rawlings, que je trouve exagérée. A été collée sur l’autrice d’Harry Potter l’étiquette de « transphobe ». Bon. Que la narratrice dise qu’elle a été déçue, je peux l’entendre. Qu’elle souhaite continuer à aimer Harry Potter pour tout ce que ce livre lui a apporté et faire comme si cette série n’avait pas d’auteur, non. Pour moi, cela ne passe pas. Pour quelques phrases, peut-être maladroites, on balaie la somme de travail que l’autrice a fourni pour écrire cette série de sept livres et apporter du bonheur  à tant de personnes  ? C’est un peu un comble pour une aspirante autrice (je parle de Nelly, le personnage qui prononce ces mots). Etre féministe, c’est une chose, jeter la vindicte sur une femme, s’en est une autre.

PS : avis relu. Et je ne changerai pas ce que j’ai écrit.

Afterlove de Tanya Byrne

Mon avis :

Pardon ? Je suis en retard de six jours pour écrire mon avis ? Oui, je suis au courant, mais je ne peux pas y faire grand chose. J’ajoute que les chatons dont je m’occupe, enfin les chatons de la haie, ont un sérieux retard de croissance, et que cela me stresse bien plus.
Tout d’abord, je tiens à remercier Babelio et les éditions Hachette pour ce partenariat – et merci pour le post-it me souhaitant bonne lecture.
Nous sommes face à une romance paranormale. Mais nous sommes aussi face à une romance lesbienne, et ce n’est pas si fréquent. Ash a seize ans et elle est lesbienne. Elle a fait son coming-out auprès de sa mère, qui n’a pas trop mal pris l’annonce de sa fille, même si cela remettait en cause ce qu’elle avait imaginé pour son avenir – les parents d’Ash sont catholiques pratiquants, originaire de Guyana, un pays que, contrairement à Poppy, je serai bien en peine de placer sur une carte.
Poppy. Contrairement à ash, elle est pensionnaire dans un institut très chic. Elle est rousse, elle est lesbienne elle-aussi. Fille unique, elle a fait son coming-out auprès de ses parents, qui ont pris les choses comme des parents modernes se devaient de prendre les choses. Cependant, son père pense que ce n’est qu’une « phase », mot que l’on emploiera jamais pour une relation hétérosexuel. Il est vrai que jamais un ado, ou une ado n’a jamais eu à dire à ses parents qu’il/elle était hétéro.
Ash et Poppy ont un point commun : elles veulent être sûres que l’autre est sérieuse. Adara, la meilleure amie et confidente d’Ash, sait à quel point elle a galéré, se retrouvant face à des adolescentes qui affirment après coup avoir été ivres, ou qui préfèrent courageusement poser un lapin, ou encore qui veulent juste « essayer ». Ash est très lucide et sait que certaines jeunes filles, pourtant lesbiennes, font taire leurs préférences et choisissent une vie dans la norme. Seulement, elle en a assez d’être toujours celle qui fait les frais de ce revirement.
Ce ne sera pas le cas avec Poppy, si ce n’est que leur romance est interrompu par la mort d’Ash et sa transformation en grande faucheuse. Nous apprenons très vite quelle est sa mission, quelles sont aussi les autres faucheuses, comment elles lui apprennent le « métier », comment elles la soutiennent aussi lors de ses premiers pas dans sa fonction. Le côté paranormale de la romance est bien conçu, cohérent, sans pesanteur aucune, ce qui rend cet aspect du roman parfaitement intégré à ce que l’on a lu jusque là.
J’ai aimé aussi que le livre parle de certains faits, parce qu’ils existent, ou ont existé. Je pense à l’arrivée en Angleterre des parents d’Ash, qui n’ont pas vraiment été accueillis à bras ouverts. Je pense aussi au prétexte pour renvoyer un employé, comme l’a été le père d’Ash, pour ne pas dire qu’il faut « compresser » le personnel hospitalier pour cause de problèmes de budget. Je pense aussi à l’homophobie totalement décomplexée de certaines personnes.

Afterlove est une romance paranormale ancrée dans le réel, et cela, c’est un exploit.

Nuits blanches à Langston Manor de Jacquie d’Alessandro

Présentation de l’éditeur :

 » – Quelles sont, selon vous, les qualités de l’homme parfait ? demande Sarah Moorehouse à ses amies Julianne, Emily et Carolyn. – Il doit être gentil, patient, honorable. – Beau, grand, fort, romantique et passionné. – Il doit aimer faire les boutiques ! – Avoir les yeux bleus, ajoute Sarah avec le plus grand sérieux. Bleus, comme ceux du marquis de Langston, leur hôte, qui, justement, cherche une épouse. Mais aucune chance qu’il remarque Sarah ! Elle n’est pas assez jolie. D’ailleurs, elle ne veut pas d’un mari. Tous les hommes sont des imbéciles, y compris le marquis. Donc, il ne l’intéresse pas. Tout de même, que faisait-il en pleine nuit dans le cimetière, sous l’orage, une pelle à la main ?  »

Mon avis :

« Il n’est pas de problème qu’un bon coup de pelle ne résolve » (devise personnelle).

Si vous aimez les romans historiques drôles, ce livre est fait pour vous. Sarah Moorehouse est le prototype même de la vieille fille à qui personne ne fait attention. Moins jolie que sa soeur, elle a fait le désespoir de sa mère, d’autant plus qu’elle a refusé de se couler dans le moule, de tenter d’améliorer ce qui pouvait être améliorable (toujours selon sa mère). Elle se satisfait de son sort, d’autant plus qu’elle est très proche de sa soeur aînée Carolyn. Celle-ci a toutes les qualités, notamment celle d’avoir été une grande soeur adorable, une grande soeur qui a eu la douleur de perdre son mari voici trois ans et qui commence seulement à revenir dans le monde, accompagnée par Sarah, qui lui sert de chaperon, parfaitement invisible aux yeux des hommes.

Le marquis de Langston ne fait pas exception. Matthew connaît le nom de toutes les belles jeunes femmes qui sont réunies dans son manoir, puisque son objectif est simple : épouser l’une d’entre elle le plus rapidement possible, à condition qu’elle soit riche (jolie aussi, cela peut aider). Pourquoi le jeune marquis a-t-il besoin d’une épouse riche ? Cela a lien avec son obsession de visiter son jardin, la nuit, avec une pelle, accompagné par son adorable et démonstratif chien. Oui, un chien est toujours utile, le marquis a beau être dans son jardin, il sait qu’une agression est toujours possible – son père a agonisé longuement après avoir été agressé non loin de sa demeure.

Ce que Matthew n’avait pas prévu, et son meilleur ami Daniel non plus (un vrai ami, ai-je envie de préciser) c’est qu’il tomberait amoureux de Sarah. Leurs rencontres n’auront rien de conventionnelles, certaines seront même fort drôles. Sarah adore jardiner (une activité que réprouve sa mère) et elle sait très bien manier une pelle, elle n’a rien contre les chiens, elle-même possède un exemplaire énorme et fort démonstratif. Il y aura aussi des moments émouvants, quand Matthew et elle se remémorent des êtres chers qui ne sont plus, ce qui ne veut pas dire que la douleur n’est pas présente : Peu importe le temps écoulé, on ne guérit jamais de la perte d’un être cher. 

Alors, l’amour triomphera-t-il ? Matthew pourra-t-il résoudre tous ses problèmes, y compris ceux dont il ne soupçonne pas l’existence alors que débute le roman ? Sarah et ses amies du club de lecture parviendront-elles à définir ce qu’est l’homme idéal ? Et pourquoi pas ?

Les tartines sont meilleures quand on les partage à deux de Emily Blaine

Présentation de l’éditeur :

Tristan est photographe, Emma est médecin. Depuis leur rencontre lors d’un mariage, Tristan est convaincu qu’elle est la femme de sa vie.
D’ailleurs, le destin semble d’accord avec lui : il ne cesse de mettre Emma sur sa route. Mais toujours le timing et les aléas de la vie les empêchent d’être ensemble. Alors, Tristan attend. Et Tristan y croit, pour eux deux. Mais après huit ans de relation en pointillés, de fuites d’Emma et de rupture sans explication, ne serait-ce pas le moment d’avancer pour de bon ? Oui, il va tenter sa chance une dernière fois : soit il tournera définitivement la page de cette histoire… soit il retrouvera enfin celle qu’il aime.

Mon avis :

Je pense que je ne vais pas me faire que des ami(e)s avec cet avis, mais je n’ai pas vraiment apprécié ce livre. La romance est racontée du point de vue de Tristan, et elle s’étale sur huit ans, huit ans pendant lesquels il attend que la femme dont il est amoureux cesse de prendre la fuite et daigne enfin nouer une relation amoureuse avec lui. Je ne peux pas m’extasier sur cette histoire, parce que je la trouve toxique – oui, je lâche le mot – sans doute parce que j’ai vu de telles histoires dans la vie réelle et j’ai vu comment elles se terminaient dans la vie réelle. Pas du tout comme l’on pourrait l’imaginer. Preuve cependant, que dans une lecture le lecteur projette aussi son vécu.

Oui, cela peut être intéressant d’inverser les points de vue, de voir l’homme qui patiente (tout en enchaînant les conquêtes) et la femme qui ne veut pas s’engager, qui a peur qu’il lui reprocher de ne pas s’épanouir dans sa carrière à cause d’elle, qui, elle-même, ne vit que par et pour son travail, et n’hésite pas à s’engager dans des histoires d’amour soit foireuses, soit pantouflardes, des histoires qui m’ont semblé, parfois, des prétextes pour ne pas s’engager dans la seule histoire qui semblait compter pour elle. Je suis dure avec ce livre ? Oui, j’en conviens. En me relisant, je me dis que je pourrai édulcorer mon propos, ce qui ferait surtout qu’il ne serait plus réellement mien, et ne correspondrait pas à ce que j’ai ressenti.

Un personnage sort du lot cependant : Hélène, meilleure amie de Tristan et d’Emma. Elle attend qu’ils se décident enfin, ou qu’ils tournent la page. Elle est l’inverse d’eux, elle qui a toujours su profiter de l’instant présent, sans regret.

PS : j’ai lu depuis un autre roman, antérieur, de l’autrice, et je l’ai beaucoup apprécié. Elle-même dit avoir pris des risques en écrivant ce livre. Je comprends, et je salue le fait d’oser sortir, surtout pour une romance, des sentiers battus. Ce n’est pas le livre qui m’a déplu, c’est la situation qui y est racontée.

Pour l’amour du pho de Loan Le

Présentation de l’éditeur :

Cela fait des années que les Mai et les Nguyễn se livrent une compétition acharnée pour savoir qui détient le meilleur restaurant de phở. À cause de cela, Linh et Bảo se sont toujours évités. Mais même sans se côtoyer, tous deux savent que ce conflit dépasse le cadre d’une simple rivalité entre familles et trouve ses origines dans des blessures plus profondes. Quand par chance, Linh et Bảo se retrouvent à devoir travailler ensemble, ils se rendent immédiatement compte qu’ils peuvent devenir amis… et bien plus. Est-il possible pour eux de vivre leur amour malgré l’histoire et les conflits qui opposent leurs familles ?

Mon avis :
Merci aux éditions Éditions Akata et à Netgalley pour ce partenariat.

Romance ? Ce serait vraiment réducteur de penser que Pour l’amour du Pho n’est que cela, sauf si une romance signifie raconter des histoires d’amour ancrées dans le monde réel. En lisant le roman, l’on peut penser Roméo et Juliette, Linh et Bao feront même allusion à cette célèbre histoire. Source d’inspiration, peut-être. Surtout, Pour l’amour du pho nous plonge dans la culture vietnamienne, et je connais peu de livres qui le font, encore moins des livres young adult.

Pour l’amour du pho est bien une histoire de famille, les Mai et les Nguyễn. Elles ont toutes deux un restaurant, elles travaillent toutes les deux avec acharnement, ne comptant pas leurs heures, non pour exceller dans la restauration, mais pour que leurs enfants ne manquent de rien, ne vivent pas ce que leurs parents ont vécu à leur arrivée aux Etats-Unis. Soucieux de la réussite de leurs enfants, ils tiennent à ce qu’ils fassent des études qui leur permettent de faire un métier stable, sûr, solide. Evie, la fille aînée des Mai, fait des études de biologie. Linh, la cadette, est encouragée à devenir ingénieur. Elle aime peindre, que dis-je, elle est une véritable artiste mais, pour ses parents, ce n’est pas possible, ce n’est pas audible, peintre, artiste, c’est un métier pas assez sûr : la soeur de sa mère est sculptrice, elle est restée au Vietnam, et si elle vit désormais de son art, cela n’a pas toujours été le cas. Un voile opaque recouvre le passé familial, la vie au Vietnam, l’arrivée sur le continent américain. Et les Mai détestent leurs rivaux, les Nguyễn, qui le leur rendent bien. La conséquence est que les deux restaurants ont beau être voisins, les deux familles ne se fréquentent pas du tout, et c’est par hasard que leurs deux enfants vont participer à un projet commun au lycée. Ils vont devenir amis, se confier leurs aspirations – surtout Linh, qui ne peut guère parler de ses désirs artistique à ses parents – et leurs relations va évoluer, lentement mais sûrement. Il faut dire qu’en temps qu’enfants de restaurateur, enfants de vietnamiens immigrés, ils ont beaucoup en commun, beaucoup plus qu’ils ne croient.

Le roman n’est pas manichéen, il n’y a pas de « méchants » parents face à des « gentils » enfants, mais des hommes, des femmes, qui se sont donnés beaucoup de mal pour avoir une situation professionnelle stable, une situation qui leur permet de vivre décemment, d’offrir un avenir à leurs enfants, tout en vivant avec les plaies du passé, plaies encore très vives, pour eux, mais aussi pour ceux qui sont restés au pays. La nourriture est aussi omniprésente, parce qu’il ne s’agit pas seulement de tenir un restaurant, il s’agit vraiment de nourrir ceux qui y viennent, de nourrir ses enfants aussi, de transmettre des recettes familiales – et la recette transmise par la mère est toujours la meilleure.

Il est question aussi de racisme, malheureusement : il existe encore des personnes qui pensent que d’autres n’ont pas le droit de vivre sur le même sol qu’eux, en raison de leur couleur de peau, de leur culture, de leurs origines. Ecrire est un moyen de lutter contre le racisme, ne l’oublions pas.

 

Lake, qui es-tu ? de Theresa Charles

Présentation de l’éditeur :

Londres, 1941. La guerre, les alertes, la ville dans les ténèbres.
Ténèbres aussi dans la mémoire d’une jeune femme arrachée aux décombres d’un immeuble et qui se réveille, seule au monde, dans une chambre d’hôpital Lake… C’est le nom qu’elle murmure quand on lui demande qui elle est, mais est-ce vraiment le sien ? Cette question va l’obséder tandis qu’elle s’engage à tâtons dans la recherche de son passé. Quête douloureuse où alternent l’espoir et la peur.
Il y a ce cavalier aux cheveux de flamme qui était peut-être le bonheur… Il y a cet homme sans visage mais dont elle entend, terrorisée, le pas boiteux, saccadé…
Quel fut le passé de Lake ? Y a-t-il encore un avenir pour elle ?

Mon avis :

J’ai envie de partager avec vous une lecture « légère » avec cette romance qui a traversé le temps. Je le dis parce que ma mère l’a lu quand elle était jeune fille, ma grand-mère l’a sans doute lu elle aussi. Je l’ai découvert à mon tour quand j’étais adolescente, et j’ai retrouvé le livre dans une boite à livres.

Nous sommes dans un contexte historique grave : les bombardements de 1941 à Londres. Lake se réveille à l’hôpital, amnésique. Du moins, elle croit qu’elle s’appelle ainsi. Il lui faut retrouver son passé, et cela sera tout sauf facile. Encore que… Romance, oui, mais romance qui aborde aussi des thèmes graves : le veuvage, le handicap. Je ne sais pas pourquoi Theresa Charles (pseudonyme qui cache un couple d’auteurs) s’est intéressée à ses thèmes. Je note cependant qu’un homme devenu handicapé à la suite d’un accident a plus de chance de se retrouver en couple qu’une femme. Dans ce roman, il y a aussi des trahisons, une femme fatale, de la jalousie – et deux rouquins. Oui, les héros de romance peuvent aussi être roux, et non pas forcément être de « beaux bruns ténébreux ».

Une romance en forme de souvenirs pour moi.

Mademoiselle Rose, avec le fantôme, dans la bibliothèque par Caroline Pietralunga

Présentation de l’éditeur :

Depuis qu’Éléa, jeune et pétillante parisienne, vient d’emménager dans son nouvel appartement des suites d’une rupture amoureuse, elle y perçoit une singulière présence qui la terrifie. Ange ou fantôme ? Il est d’abord question de parler de ce ressenti à des amis qui sauront l’entendre et l’accompagner. Pour Éléa, ce sera aussi l’occasion d’aller à la rencontre des habitants de cet immeuble et de nouer des amitiés, notamment avec une charmante et élégante octogénaire. Dans ce roman à la fois drôle et émouvant, empreint d’une intertextualité qui résonne avec chaque chapitre, l’héroïne va mener de front ses investigations, sa vie sociale et sa reconversion professionnelle, tout en conversant avec ce finalement très sympathique fantôme qui aime qu’on lui lise Barjavel.
Un cheminement sous forme de voyage initiatique qui l’amènera à la plus belle des révélations et à une issue à rebours de la tragédie de l’héroïne de La Nuit des Temps.

Merci aux éditions La Sirène aux Yeux Verts et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

J’ai beaucoup de mal à rédiger des avis depuis plusieurs mois, c’est un fait, et cet avis-ci ne fait pas exception.

Nous sommes dans une romance à la fois contemporaine et dans un roman qui dépasse le clivage des époques, une romance, oui, mais qui nous entraîne vers des thématiques beaucoup moins légères.

Et pourtant… Eléa, qui doit son prénom à Barjavel, est une jeune femme d’aujourd’hui, à la vie sentimentale pas très calme – elle sort tout juste d’une rupture – et pas forcément ouverte à tout ce qui est surnaturelle. C’est dans son nouvel appartement qu’elle sent comme une présence. Menaçante ? Pas tant que cela. Dérangeante, sans doute. Le tout est de trouver ce qu’il fait là, voire de vivre avec – et de se remettre en question aussi, entre vie personnelle et vie professionnelle.

C’est une lecture qui vous fera passer par plusieurs émotions, du grincement de temps (ah les commentaires de certaines vendeuses, ou la muflerie de certains hommes) au rire en passant par une pincée de tristesse.

Une belle histoire.

 

Jardin secret à Palerme par Valérie MANGIN

Présentation de l’éditeur :

Lorsque les filles de Sara arrivent à Palerme, elles ne reconnaissent plus leur mère. Sous le soleil de Sicile, quelque chose a manifestement changé. Petit à petit, Manon et Lisa vont comprendre que ce changement de lieu inopiné est loin d’être une fuite, et en découvrir les vraies raisons. Sara est une femme meurtrie par une existence menée sous le joug du silence. Silence dissimulateur, silence réparateur, silence rédempteur qui doit un jour se briser pour faire place à la lumière : celle de la vérité, celle de la vie, celle de l’amour dans tout son éclat. La révélation de Sara à ses filles, c’est d’abord la révélation d’elle-même, puis la célébration du lien mère-filles jusqu’ici terni par les non-dits et les affres d’un mariage raté.« Jardin Secret à Palerme » est un chant-roman initiatique dont le personnage central est la Sicile, île solaire, île de beauté, de joie, d’amour et de liberté retrouvés.

Merci aux éditions La sirène aux yeux verts et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Livre lu ? Oui. Livre aimé ? Non.

Je pourrai encore et toujours parler de mon insensibilité sur certains sujets, cela ne changerait rien, je n’ai pas été sensible à cette histoire.

Pourquoi ? D’abord, à cause de ce contraste entre le silence qui entoure Sara et ses filles depuis des décennies, et les paroles, nombreuses, qui sont échangées dans ce roman, en attendant le bon moment – il arrive assez vite – pour la révélation du secret, celui que la mère de Sara a tu toute sa vie, celui que sa fille ne veut pas porter seule.

Oui, Sara a toujours été silencieuse, et n’a rien dit à ses filles de ce qu’elle vivait avec son mari – leur père qui a un jour l’a quitté pour pouvoir profiter de la vie. Je ne dis pas que cette situation n’existe pas, je sais bien qu’elle existe, ce que je ne comprends pas, c’est que Lisa et Manon, les deux filles, sont avant tout venues en Sicile non pour comprendre leur mère, mais pour la convaincre de revenir à Paris pour prendre soin de son père et de leur père. Je ne dis pas là non plus que cette situation n’existe pas encore de nos jours. Je me dis simplement que ces deux jeunes femmes ont bien appris les leçons du patriarcat – la femme est une infirmière qui ne doit jamais se plaindre, elle doit être à la disposition des hommes. Ses désirs, ses envies ? J’ai eu l’impression que pour ses filles, ils ne peuvent exister en dehors des hommes. Très classiquement, elles pensent d’ailleurs que c’est à cause d’un homme que leur mère veut rester en Sicile.

Oui, la révélation du secret, d’autres révélations aussi vont rapprocher mère et filles. Oui, il n’est pire chose que ce que l’on ne veut pas voir, pas entendre. Ne rien dire pour protéger est parfois la pire des choses, ne serait-ce que parce que cela peut être interprété comme de l’indifférence alors qu’il ne s’agit que d’une manière de montrer son amour. Il faut du courage pour se colleter à tout ce qui est épineux. Et le silence assourdissant qui a régné pendant des années a fini par étouffer littéralement la lectrice que je suis.

La naissance de Jalna de Mazo de la Roche

Présentation de l’éditeur :

Quand ils se rencontrent, c’est le coup de foudre. Pour Philippe Whiteoak, toutes les femmes sont des laiderons stupides auprès de la jolie Adeline Court. Aux yeux de la pétulante Irlandaise, nul homme n’a plus belle prestance que le capitaine Whiteoak. Leur mariage dépasse en splendeur ce qu’a connu la ville indienne de Jalna. Mais la naissance d’Augusta met fin à leur vie brillante – et l’ennui vient.
La mort de leur oncle de Québec qui leur laisse une fortune considérable les décide à quitter les Indes. Ils font halte en Angleterre, puis en Irlande. Après un faux départ et maints incidents, leur voilier les conduit à Québec, d’où ils partent s’installer dans les verts espaces de l’Ontario.

Mon avis :

Cet article risque d’être un peu long. Tant pis, pour une fois que je lis le premier tome d’une saga, tout en ayant la certitude que je ne lirai pas la suite. Lire un livre qui ‘est pas votre genre de lecture, oui. Poursuivre et découvrir la dizaine de volumes suivant, non.

Adeline et Philippe, c’est d’abord pour moi l’histoire d’un couple aisé, d’un couple qui peut se permettre de n’en faire qu’à sa tête. Ils se sont rencontrés puis mariés en Inde, leur fille Augusta y est née, et c’est après qu’ils décident de partir pour le Canada, où Philippe a hérité d’un de ses oncles. Ils se rendent néanmoins avant en Angleterre, puis en Irlande, pour voir leurs familles respectives. Au Québec, nous assisterons alors à la naissance de Jalna.

Simple et efficace. Sauf que…. il est des faits qui peuvent étonner, ce n’est pas une romance, c’est bien une saga familiale. Premier exemple : il est question, dans ce roman, de la dépression post-partum. Certes, elle n’est pas nommée ainsi, et elle ne l’est pas toujours actuellement (certains la confondent encore avec le baby blues), mais ce dont souffre Adeline est clairement décrit, tout comme est clairement décrit les maux de sa seconde grossesse. Autre point que l’on voit rarement dans les romans : alors qu’Adeline annonce cette seconde grossesse, Philippe lui reproche d’être tombé enceinte « trop tôt » – et elle de lui rappeler que c’est lui qui l’a mise dans cet état. Oui, Adeline ne se laisse pas faire, et c’est tant mieux. De même, Philippe se trouve fort démuni pendant la traversée quand Adeline ne peut pas s’occuper de Gussie, leur fille, parce qu’elle est trop malade du fait de sa grossesse et du mal de mer. Il confie donc la petite à une écossaisse mère de famille nombreuse : l’ayah dévouée n’a pas survécu à la traversée.

Je devrais dire « aux traversées » parce qu’ils ont dû rebrousser chemin, et que cela aura des conséquences pour la famille d’Adeline. Philippe dit tout le bien qu’il pense de certains membres, et Adeline de ne pas apprécier les reproches qui sont faits à elle et à sa mère. Oui, Adeline comme sa mère se « serre » pendant la grossesse – et même si cela est dit abruptement par Philippe, je me dis aussi que ce n’est pas très bon. Elle se serrera aussi pendant sa troisième grossesse, qui survient alors que Jalna est en construction – nom choisi en souvenir du régiment de Philippe, nom qui a vu naître leur amour.

Adeline tranche avec les autres femmes, parce qu’elle n’en fait qu’à sa tête et que personne ne parvient à raisonner. Le qu’en dira-t-on ? Très peu pour elle. Se rendre seule chez un homme ? Oui, c’est un ami, ils ont effectué la traversée vers le Québec ensemble, et il lui a livré un gros secret pas très reluisant (à mes yeux) même si, autre temps, autre moeurs, il aurait pu de nos jours résoudre ses soucis personnels autrement. Adeline tranche avec les autres femmes, plus conventionnelles, plus attentives à leur famille aussi – Adeline ne sait pas trop comment tenir une maison. Adeline est irlandaise aussi, qu’on se le dise ! Ne venez surtout pas lui dire du mal de son pays.

Adeline ne se laisse pas faire non plus. Les ordres du docteur, qui lui interdit de se lever avant trois jours après son accouchement ? Elle n’en tient pas compte. Ses menaces ? Elle s’en moque également. L’allaitement ? Avoir une charmante chèvre à disposition, c’est bien utile. Le slogan n’existait pas à l’époque, et pourtant : son corps, son choix, pourrait dire Adeline. Par contre, les enfants… sont souvent livrés à eux-même, la nurse semble débordée, prompte à se reposer sur la jeune Gussie (quatre ans), qui a bien compris que ses frères étaient les chouchous de la famille.

Jalna – un domaine dont nous assistons à la construction pas à pas, au fil des saisons, des joies liées à chacune d’entre elles, comme le fait de patiner, par exemple, ou de se baigner, l’été, au grand dam de certains canadiens.

La fin de ce tome 1 annonce déjà la suite – l’on sait qui sera le prochain maître de Jalna, liant ainsi trois familles entre elles.