Archive | février 2018

Un troupal de chevals d’Ann Schmauch

Présentation de l’éditeur :

Mélisande a un père correcteur qui relit la dernière édition du célèbre dictionnaire Labrousse. Un soir, quatre chevals en colère sonnent à sa porte. Criant à l’injustice, ils exigent son aide pour faire leur entrée dans l’ouvrage avant « chevaux ». Face à ces créatures fantastiques, Mélisande sait que sa tâche ne sera pas facile…

Merci à Netgalley et aux éditions Rageot pour ce partenariat.

Mon avis :

Allo ? Oui, je vous appelle parce que j’ai un troupal de chevals sur ma pelouse et que cela dérange grandement mon canasson personnel. Non, je ne me trompe pas, c’est bien des chevals qui sont devant moi. Et oui, ce n’est pas la même chose ! Et c’est ce que Mélisande va essayer de faire entendre à son père. Autant vous le dire tout de suite : ce n’est pas gagné.
Ce n’est pas gagné non plus pour que le titre trouve son public, parce que les personnes qui lisent et font lire leurs enfants tiennent, tout comme le père de Mélisande, à ce que leur enfant maîtrise la langue française et ses exceptions. Il est donc hors de question pour eux que les jeunes lecteurs fréquentent des chevals.
C’est dommage pourtant parce que ce roman jeunesse, bourré d’humour et de rebondissement, montre finalement que les parents de Mélisande s’intéressent davantage à la forme qu’au fond, et n’écoutent pas ce que leur fille a à leur dire, trop pris qu’ils sont tous les deux par leurs professions respectives. Mélisande est plus élevée par sa nounou Natacha que par ses parents. Oui, elle peut tout dire à Natacha si ce n’est que celle-ci ne parle pas très bien le français, ce qui ne les empêchent pas de communiquer toutes les deux.
Mélisande, finalement, est un peu seule, tout comme les quatre quadrupèdes qui sont venus la trouver et qui en ont assez de cette solitude et d’une certaine forme d’ignorance du monde. Pour vivre heureux, vivons cachés – à condition de pouvoir sortir de temps en temps.
Un troupal de cheval est un roman drôle et enlevé, aux illustrations très réussies. Laissez-vous tenter !

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Porteurs de peau de Tony Hillerman

Présentation de l’éditeur : 

Les porteurs-de-peau sont les sorciers, les loups navajo qui décident d’apporter le mal à leurs congénères. Ils rôdent dans les ténèbres de la grande réserve, parfois couverts d’une fourrure d’animal, et possèdent des pouvoirs surnaturels. Trois meurtres sont commis, peut-être quatre. Une nuit, Jim Chee, le policier navajo traditionaliste, est tiré de son sommeil et plongé dans l’angoisse. Alors commence une enquête qui lui fera côtoyer le lieutenant Joe Leaphorn et les marquera tous deux profondément, dans leur esprit comme dans leur chair.

Mon avis :

Jim Chee adopte un chat, ou presque. Depuis quelque temps, une chatte domestique erre près de la caravane de Jim et tend à retourner à la vie sauvage. Elle a maigri, elle a des balafres, bien qu’elle chasse assez régulièrement. Jim Chee, traditionaliste, veut rendre cet animal domestique à la vie sauvage. Dans un tout autre roman, nous aurions une fin différente, que je vous laisse imaginer, selon que l’auteur ait voulu tendre vers le conte ou la fable moralisatrice. Ici, nous avons un récit réaliste, logique : Jim Chee renonce, parce qu’à long terme, un animal domestique n’a aucune chance dans le monde sauvage. A méditer par tout ceux qui abandonnent leur chat en se disant qu’il se débrouillera très bien.

Oui, je me recentre sur Jim Chee : tout a très mal commencé pour lui puisqu’on lui a tiré dessus alors qu’il aurait dû dormir dans sa caravane. « Aurait dû » parce que le chat l’avait réveillé et que, du coup, il n’était pas dans le lit de sa caravane standard. Qui peut lui en vouloir ? Certains ont leur petite idée, qui est simple, pour ne pas dire simpliste : un policier sait forcément qui lui a tiré dessus, il lui suffit d’examiner sa conscience. Et bien non, Jim Chee n’a pas commis de bavure. Quelqu’un (ou plutôt quelqu’une) lui a bien dit sa façon de penser récemment, mais cette personne a été assassinée. Elle aussi. Parce que deux autres meurtres ont été commis. Sont-ils liés entre eux ? Oui? Non ? Pas facile. Joe Leaphorn, le légendaire enquêteur est sur le coup.

Sa vie personnelle n’est pas sereine, puisque sa femme Emma, que je ne crains pas de qualifier d’amour de sa vie, présente les premiers signes de la maladie d’Ahlzeimer. Il mènera son enquête consciencieusement – on peut enquêter et souffrir en même temps, sans que jamais l’oeuvre ne sombre dans le pathos. Il n’apprécie pas vraiment Jim Chee parce qu’il n’apprécie pas la sorcellerie et que Jim est un apprenti chaman. Travailler avec lui ? Oui, mais parce qu’il n’a pas le choix. Il reconnaît cependant les qualités du jeune homme, notamment son sens de l’observation. Combien d’indices sont laissés de côté par ceux qui ne savent pas voir ? D’un autre côté, être observateur peut aussi vous causer des ennuis. Oui, je finis mon avis quasiment à la normande.

J’ai beaucoup aimé ce livre, j’aime beaucoup l’oeuvre de Tony Hillerman. Si vous ne connaissez pas cet auteur, n’hésitez pas à vous laissez tenter.

 

Cadavre, vautours et poulet au citron de Guillaume Cherel

Présentation de l’éditeur :

Jérôme Beauregard, « détective public » dilettante, passe son temps dans son appartement parisien à rêver de voyages, jusqu’au jour où il reçoit un coup de fil de Pat, un ami parti s’installer en Mongolie pour faire fortune dans les mines d’or. Englué dans une sordide affaire de gros sous à la suite du meurtre accidentel d’un Chinois, celui-ci lui propose d’enquêter dans la capitale mongole, où plane encore le fantôme de Gengis Kahn.

Merci à Netgalley et aux éditions Michel Lafon pour ce partenariat.

Mon avis : 

Quand j’associe « polar » et « Mongolie », je pense désormais irrésistiblement à Ian Manook et à Yerruldelger. Ce polar-ci est différent, ce qui, bien sûr, ne veut pas dire qu’il n’est pas intéressant, loin de là.
Prenons notre narrateur/personnage principal Jérôme. Comme le récit est rétrospectif, nous avons une certitude : il s’en sortira vivant. Ce que nous ne savons pas, c’est dans quel état. Ce détective public -il y tient – a eu des envies d’aventures, il a donc accepté de rejoindre un ami en Mongolie pour lui donner un coup de main.
La Mongolie n’est pas une destination touristique – ou alors, je ne m’y connais pas en tourisme. Jérôme aura de très saines occupations au début de son séjour : bagarre, alcool, alcool, bagarre (les deux en même temps, c’est mieux). Quelques femmes, aussi. Il prend très vite le rythme, c’est tout juste s’il ne sombre pas dans la routine, quand survient enfin, à ses yeux, l’action qui lui avait été promise. Et quelle action !
Pauvre Jérôme qui, face à tout ce qui survient, fait toujours preuve, non, pas de sang froid, mais d’un humour certain. Humour noir, oui, le seul possible dans certaines situations – à moins de transformer Jérôme en un être naïf et innocent, ce qui n’est pas le cas, heureusement pour lui et pour nous.
La peinture qui est faite de la Mongolie n’est pas non plus très réjouissante, entre corruption et extrême pauvreté. Plutôt qu’un polar traditionnel, Cadavre, vautours et poulet au citron est un roman noir, dans lequel même les femmes fatales ne sont pas absentes. Le tout est de leur échapper, n’est-ce pas Jérôme ?

Bienvenue en Amérique de Linda Boström Knausgård

Présentation de l’éditeur :
Ellen vient d’avoir onze ans. Elle a prié Dieu pour que son père meure, elle a souhaité de tout son cœur qu’il disparaisse et qu’il cesse de venir à la maison. Ses parents étaient divorcés mais les visites de son père alcoolique, colérique, se faisaient de plus en plus menaçantes. Avant cela pourtant, la famille avait été heureuse, sa mère était l’une des comédiennes les plus célèbres de Suède. Puis son père avait changé et elle avait commencé à prier.
Son père est mort. « C’est de ma faute » avait-elle immédiatement pensé, son souhait le plus cher s’était réalisé. Depuis ce jour elle ne parle plus. Personne n’entend le son de sa voix, elle s’est murée dans le silence. Son frère s’enferme lui aussi – dans sa chambre dont il cloue la porte pour que personne n’entre – alors que sa mère répète à longueur de journée que leur famille est lumineuse. Comme pour faire revivre un passé glorieux, lorsque sa fille venait assister à ses spectacles et qu’elle l’applaudissait quand elle déclamait sur scène : « Bienvenue en Amérique ».

Merci à Netgalley et aux éditions Grasset pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce livre est un paradoxe à lui tout seul puisque tout au long de ces pages, nous entendons Ellen, une toute jeune fille qui ne parle plus. Elle ne communique même plus, puisqu’elle n’utilise pas le cahier que lui donne sa mère pour qu’elle écrive. Ellen tient bon, Ellen ne cède pas, quel que soient les circonstances.
Ce qu’elle nous raconte, c’est sa vie au milieu d’une famille qui est qualifiée de « lumineuse » par la mère. C’est d’elle que vient la lumière, et je n’ai pas besoin de dire que la lumière peut éblouir et brûler aussi. Elle peut empêcher de voir ce qui entoure – et la mère de ne pas voir la violence de son fils, d’ignorer son mal être, tout comme elle feint de ne pas voir les souffrances de sa fille. Vivre le plus normalement possible, maintenir la famille à flot, pas si facile.
Ellen observe ce qui l’entoure, malgré son silence. Elle se souvient aussi, des moments heureux, de ceux qui le sont moins, de ceux aussi qui étaient source de désespoir. Ce qu’elle a vu ? Ce que je qualifie de « dépression » du père, dépression vu à hauteur de cette gamine de onze ans qui a subi le comportement de son père. Bienvenue en Amérique est peut-être, finalement, l’histoire d’une enfant qui ne parle plus parce que tous les mots n’ont pas été dits dans sa famille, parce que les mots qui ont été dits n’ont pas forcément été compris, parce que les mots qu’elle a pensé étaient indiscibles.
Bienvenue en Amérique, ou une variation sur le langage et ses limites.

Maria d’Angélique Villeneuve

Présentation de l’éditeur :

Dans le cœur de Maria, il y a d’abord Marcus, son petit-fils de trois ans. Ensemble, ils guettent les oiseaux, collectionnent les plumes et s’inventent des mondes. À l’arrivée d’un deuxième enfant, les parents de Marcus font un choix radical. Nul ne saura le sexe du nouveau-né.  Ni fille, ni garçon, leur bébé sera libéré des contraintes de genre.
Maria est sous le choc. Abasourdie, abandonnée, elle se débat pour trouver sa place et ses mots. Reste ’éblouissement de l’amour pour Marcus, restent les oiseaux dont les ailes les abritent. Mais pour combien de temps  ?

Mon avis :

J’ai commencé ce livre lors d’une pause, et j’ai regretté de devoir le reposer.

Maria est une femme simple. Shampouineuse, elle a élevé seule sa fille Céline après son veuvage. Aujourd’hui grand-mère heureuse, elle a tissé des liens très forts avec Marcus, son petit-fils. Elle s’apprête à être à nouveau grand-mère et subit de plein fouet le choix de sa fille et de son beau-fils Thomas : ne pas révéler le sexe du bébé nouveau-né.

J’avais déjà lu un livre qui exploitait ce thème de manière secondaire (le mois le plus cruel de Louise Penny). Ici, le sujet est central : le genre, et la parentalité. Ce livre m’a questionnée sur les questions liées au genre, mais aussi sur la réception de ceux qui décident d’élever leurs enfants autrement. Oui, Thomas et Céline font des choix différents, qui heurtent parfois. Cependant, ces choix ne mettent pas en danger la santé de leurs enfants. Les réactions qu’ils provoquent sont violentes, parce que tout ce qui sort de la norme dérange, parce que chacun a des idées toutes faites sur ce qui est bon pour les enfants, parce que l’on a une forte tendance à reproduire ce qui nous a été transmis, sans véritablement s’interroger si c’était bon, ou bien ou pas. Prenez William, par exemple. Le compagnon de Maria, père de deux fils qu’il n’a pas élevé, qui vivent désormais loin de lui, ne supporte pas de voir Marcus élever différemment. Lui souhaite le voir ressembler à un garçon, ou plutôt à l’idée qu’il se fait d’un garçon.

Ce roman est court, et plutôt que de le regretter, je vois les avantages puisqu’il permet à chacun de se questionner, et non d’imposer une vision des choses. Un fossé est creusé entre Maria et sa fille, ces difficultés à se comprendre n’empêchent pas l’amour, il entrave simplement son expression. Pour toujours ? Pas nécessairement.

Tombé du Ciel – une nouvelle de Craig Johnson

Présentation de l’éditeur : 

Walt Longmire est le shériff d’un comté du nord du Wyoming qui a du mal à surmonter le décès de son épouse. Le 1er janvier 2000, lendemain d’un cuite mémorable, il se met en tête de déposer son chèque de paye à son adjoint le plus éloigné. Le voilà partit à l’aube dans son véhicule de service, en peignoir dans un état franchement négligé. Arrivé sur place, il répond à un coup de fil et le voilà embarqué dans une étrange affaire. On lui signale une femme armée qui attendrai Jésus, dans sa voiture sur le parking d’une station-service…

Mon avis : 

Cette courte nouvelle est l’occasion de découvrir Walt Longmire dans un état rare c’est à dire non pas complètement bourré, mais au lendemain d’avoir été complètement bourré. Il lui reste encore quelques séquelles – comme le fait de se rendre chez son adjoint en peignoir pour lui payer son dû. Ce n’est pas seulement par altruisme qu’il agit ainsi, non, c’est également parce qu’il en veut à la charmante administration du Wyoming. Las ! A peine arrivé, le voilà plongé dans une affaire… nan, pas une affaire criminelle (encore que) mais une affaire surprenante et légèrement sordide quand on y réfléchit bien.

Moralité : pas rasé, pas trop dégrisé, pas vraiment coiffé, Walt Longmire parvient tout de même à mettre de l’ordre dans de sérieux gâchis.

Le crime de l’Orient express d’Agatha Christie

Présentation de l’éditeur :

Mon avis :

Hercule Poirot devait faire un voyage tranquille, banal, ordinaire dans un train. Et pourtant, dès le début, il avait relevé des faits qui avaient éveillé sa curiosité. On ne se refait pas, et Hercule Poirot est détective à plein temps.
Un meurtre est commis, et le train est bloqué par la neige. Il doit donc enquêter, et mettre à jour, dans cet univers feutré, en apparence, les liens qui unissent les personnes présentes.
Le crime de l’Orient express est un roman qui se lit tout seul, tant on veut savoir comment le détective belge parviendra à résoudre ce crime. En dépit de la gravité de certains faits (et je ne parle pas du meurtre), des touches d’humour parsèment le récit, tant le crime semble un casse-tête à résoudre. Le dénouement est assez unique dans l’historique des Hercule Poirot, c’est aussi ce qui en fait son originalité.
Une des meilleures enquêtes écrite par Agatha Christie.